BN 3760
BN 3760
DOCUMENTATION
30/09/2008
1. Structures, composants Les aciers inoxydables austénitiques ont, pour les nuances de
base, des caractéristiques de traction faibles, mais une bonne sou-
et matériaux dabilité et une mise en forme aisée. Bien que très résistants à la cor-
rosion généralisée, les aciers inoxydables peuvent être sensibles à
divers phénomènes de corrosion localisée comme la corrosion
intergranulaire, la corrosion sous contrainte ou la corrosion par
Pour la description complète d’un réacteur à eau sous pres- piqûres.
sion, le lecteur est invité à consulter l’article Réacteurs à eau
ordinaire sous pression de 600 à 1 500 W [BN 3 100]. Dans des cas de conditions de corrosion spécifiques (corrosion
sous contrainte en présence de différents milieux...), le choix s’est
porté sur des alliages à base nickel.
Les composants du cœur des réacteurs nucléaires à eau sous
pression (REP) sont essentiellement la cuve, les équipements inter- Enfin, pour la fabrication des tubes de gainage du combustible,
nes, les dispositifs de contrôle de la radioactivité et les crayons du il faut signaler les alliages de zirconium utilisés pour leurs proprié-
combustible nucléaire. Seules les principales caractéristiques de tés neutroniques et leur bonne résistance à la corrosion dans l’eau
ces composants et leurs matériaux constitutifs seront rappelés et au contact des produits de fission.
dans cet article.
Caractéristiques du milieu primaire
Pour plus de détails sur la cuve, les équipements internes et
les dispositifs de contrôle de la radioactivité (notamment leur Le milieu primaire est constitué d’eau additionnée de
description, leur fabrication et le retour d’expérience les 1 000 ppm de bore (sous forme d’acide borique, ralentisseur
concernant), le lecteur est invité à consulter l’article construc- de neutrons) et de 2 ppm de lithium (sous forme de lithine). Le
tion des centrales REP. Équipements primaires [BN 3 270]. pH est voisin de 7,3 à chaud et des conditions réductrices sont
Pour plus de détails sur le combustible, le lecteur est invité imposées à l’aide d’une teneur en hydrogène dissous de 25 à
à se reporter à l’article conception et fabrication de combusti- 50 cm3/kg. La température atteint 325 ˚C en branche chaude et
bles à base d’uranium [BN 3 620]. la pression imposée par le pressuriseur est de 155 bar.
■ Les grappes de contrôle et mécanismes sont majoritairement en Les mécanismes de vieillissement des matériaux des réacteurs à
acier inoxydable austénitique. eau sous pression sont identifiés et décrits dans l’article Gestion
de la durée de vie des centrales nucléaires [BN 3 307]. Il ne sera
■ Les broches de fixation des guides de grappes sont en fait état dans le présent paragraphe que des principaux modes de
Inconel X750, alliage de nickel à durcissement structural utilisé dégradation, hors irradiation, affectant les matériaux du cœur des
comme les aciers inoxydables austénitiques pour sa bonne tenue à REP : vieillissement thermique (§ 2.1), corrosion sous contrainte
(§ 2.2) et usure (§ 2.3).
la corrosion sous contrainte.
vieillissement dynamique et la ségrégation de certaines espèces – les alliages de nickel des adaptateurs de couvercles de cuves
chimiques. Tous ces mécanismes conduisent plus ou moins à une (alliage 600 et métaux fondus correspondants en alliage 182) et
fragilisation du matériau (avec ou sans durcissement). des broches de tubes guides de grappes de commande
Comme les vitesses de diffusion sont nettement plus élevées (Inconel X750) ;
dans les structures cubiques centrées (aciers ferritiques) que dans – les aciers inoxydables austénitiques.
les structures cubiques à faces centrées (austénitiques), seules les
premières risquent d’être affectées par le risque de vieillissement Exemple : l’alliage 600, bien que très résistant à la corrosion sous
thermique aux températures relativement basses des REP, c’est-à- contrainte en milieu chloruré, s’est révélé sensible à la corrosion sous
dire au voisinage de 300 ˚C. contrainte en milieu primaire (tubes de générateur de vapeur, adapta-
teurs de couvercles de cuves...). Les études de mécanismes ont
Finalement le seul mécanisme de vieillissement pouvant éventuel- conduit à écarter les mécanismes de dissolution – repassivation (pas
lement affecter les aciers ferritiques non alliés ou faiblement alliés d’effet néfaste de la sensibilisation des joints de grains) et de fragili-
des matériaux du cœur des réacteurs REP, sur le long terme et aux sation par l’hydrogène (FPH) (température du milieu primaire nominal
températures inférieures à 350 ˚C, est la ségrégation intergranulaire trop élevée) pour privilégier deux autres mécanismes : le premier sug-
d’espèces chimiques. Cette ségrégation peut conduire à une baisse gère une succession de microclivages provoqués par les interactions
de cohésion des joints de grains, favorisant la rupture intergranulaire. entre la corrosion et la plasticité localisées en pointe de fissure. Le
Nota : le vieillissement thermique de la phase ferritique des aciers inoxydables austé-
second repose sur une oxydation interne de l’alliage aux joints de
noferritiques qui constituent le circuit primaire des REP ne sera pas abordé dans cet grains formant un oxyde fragile en avant du front de fissure. Le pro-
article car les tuyauteries primaires ne sont pas considérées comme faisant partie du cessus itératif de formation puis de rupture de cette phase fragile
cœur des réacteurs (ce problème de vieillissement est traité par ailleurs, se référer à conduit à une fissuration macroscopique.
l’article sur la durée de vie des centrales nucléaires [BN 3 307].
Interactions
Réactions nucléaires Interactions élastiques
inélastiques
Diffusion
(v) (i)
Changement Précipitation
Cavités Boucles Sur défauts Sur joints Sur dislocations
de phases de bulles
ponctuels (atomes (biais)
(atomes soluté) soluté) Sursaturation
de lacunes
Figure 1 – Création des différents types de défauts d’irradiation, en fonction de la nature des interactions
– les réactions nucléaires où le matériau cible change de nature fragilisation), sensibilisation accrue au milieu chimique (corrosion
chimique. Ce mécanisme est particulièrement important dans le sous contrainte assistée par l’irradiation)... L’effet simultané de ces
combustible et les éléments absorbants où les changements de modifications peut dans certains cas conduire à des synergies très
composition peuvent conduire à des changements de phase. néfastes (par exemple dans le cas des interactions pastille de com-
Elle affecte profondément les performances des matériaux au bustible-gaine ou absorbant-gaine).
travers de :
– leurs liaisons chimiques modifiées par les excitations électroni-
ques et les transmutations (figure 1) ; 3.1 Endommagement microscopique :
– leur structure à l’échelle atomique, modifiée par les collisions défauts ponctuels
élastiques ayant pour conséquences la création de défauts ponc-
tuels, lacunes et interstitiels sous forme isolée ou sous forme de Les collisions élastiques ont pour effet de chasser de nombreux
très petits amas dans les cascades de déplacements (figure 1) ; atomes de leur site initial dans le réseau cristallin. Ces atomes se
– leur microstructure, affectée par la migration et l’aggloméra- placent alors en insertion dans le réseau (on les appelle des inters-
tion des défauts créés par les collisions (figure 1 et tableau 1). titiels) et laissent de ce fait des sites vacants appelés lacunes. Il se
Les modifications ainsi créées sous irradiation (tableau 1) peu- forme ce que l’on appelle une paire de Frenkel. Pour que celle-ci
vent entraîner des conséquences à l’échelle du composant : altéra- soit stable (c’est-à-dire ne se recombine pas spontanément),
tions dimensionnelles (gonflement, croissance, fluage...), évolution l’interstitiel doit se trouver suffisamment loin de la lacune (typique-
des caractéristiques mécaniques (notamment durcissement et ment à plus de 3 distances interatomiques).
Silicium Cuivre
Amas
Composition moyenne :
1,5 % Cu – 4,2 % Ni – 3,6 % Mn – 3,8 % Si
Taille moyenne : 3 nm de diamètre
Figure 4 – Analyse par sonde atomique tomographique de la microstructure des aciers ferritiques irradiés (source université de Rouen)
Avant
Abaissement
Résilience
irradiation
Lacunes du palier
ductile
Après
Cascade de
irradiation
déplacements Fragile
ΔTT Augmentation
Neutron
de la température
Interstitiels de transition
PKA
Choc élastique ΔE
Les facteurs déterminant l’amplitude de la fragilisation par irra- apparaître en grande quantité à fortes fluences, les cavités et bul-
diation se traduisant par une augmentation de la température de les d’hélium pourraient induire une dégradation supplémentaire
transition ductile-fragile (ΔTT) sont bien connus. Ce sont les des propriétés de ductilité.
teneurs en éléments résiduels cuivre et phosphore. Certains élé- Par ailleurs, différentes études de laboratoire ont également mis
ments d’alliage (Ni...) peuvent venir renforcer l’effet de ces élé- en évidence que l’irradiation neutronique au-delà d’un seuil rend
ments. À partir de là, des formules empiriques de prévision ont pu les aciers inoxydables austénitiques sensibles à la corrosion sous
être proposées. Ces formules sont du type : contrainte en milieu REP (§ 3.4 : corrosion sous contrainte assistée
ΔTT = f(φ n, %Cu, %P, %Ni...) par l’irradiation).
avec φ fluence en neutrons/cm2. 3.3.1.3 Durcissement sous irradiation des alliages à base
Par ailleurs, afin de suivre l’évolution sous irradiation de la cuve, nickel
un programme de surveillance a été mis en place. Il consiste à pla- Sous irradiation neutronique à 295 ˚C et à des fluences supérieu-
cer, dans des capsules, en des endroits appropriés dans la cuve, res à 3 · 1019 n/cm2 (E > 1 MeV), les alliages de nickel (du type
des éprouvettes représentatives des matériaux employés. Ces alliage 690) sont susceptibles de durcir par mise en ordre à longue
éprouvettes sont extraites et examinées à intervalles réguliers distance. La mise en ordre à longue distance consiste en un arran-
selon un programme permettant de surveiller l’évolution des prin- gement régulier d’atomes d’espèces chimiques différentes initiale-
cipales propriétés de ces matériaux durant la durée de vie de la ment répartis au hasard. Ce mécanisme, très durcissant, existe
cuve [2]. dans les alliages contenant du nickel et du chrome, où ces
réarrangements tendent à former le composé Ni2Cr. Ce phéno-
3.3.1.2 Durcissement et fragilisation intragranulaire sous mène est susceptible d’apparaître par vieillissement thermique aux
irradiation des aciers austénitiques températures supérieures à 450 ˚C. Toutefois, sous l’effet de l’irra-
Pour les aciers inoxydables austénitiques (comme les structures diation, il peut apparaître à des températures inférieures [3].
internes de cuves REP), aux températures comprises entre 300 et
350 ˚C, l’irradiation neutronique provoque d’importantes modifica- 3.3.1.4 Durcissement sous irradiation des alliages
tions de la microstructure. Le dommage d’irradiation peut attein- de zirconium
dre 80 dpa dans les zones les plus irradiées après 40 ans de Comme pour les aciers, l’augmentation de la concentration en
fonctionnement. Selon la température d’irradiation, les obstacles défauts (ici principalement les boucles de dislocations localisées
microstructuraux intragranulaires suivants sont observés : dans les plans prismatiques de la structure hexagonale) se traduit
– boucles de dislocations interstitielles, fautées, sessiles. Il sem- par un durcissement important sous irradiation des alliages de
ble que leur évolution soit de type asymptotique, avec une satura- zirconium (gainage du combustible) [4]. Quelle que soit leur struc-
tion atteinte vers 5 à 15 dpa selon la température. À mesure que la ture initiale, détendue ou recristallisée, leur limite d’élasticité aug-
température s’élève, la densité de boucles diminue tandis que leur mente sous irradiation jusqu’à une valeur de saturation d’environ
dimension s’accroît ; 600 MPa. Comme les aciers austénitiques, ces alliages présentent
– formation de cavités (et/ou de bulles de gaz) éventuellement après irradiation une tendance à un adoucissement par déforma-
durcissantes (§ 3.1) ; tion dû à une interaction entre les boucles prismatiques et les dis-
– ségrégation et éventuellement précipitation induite par l’irra- locations, ce qui se traduit par un allongement uniforme très réduit
diation (notamment γ ′ de type Ni3Si) ; et donc une déformation très localisée.
– déstabilisation éventuelle de la matrice austénitique (formation
de ferrite, martensite...).
3.3.2 Dommage intergranulaire
Cette évolution microstructurale sous irradiation provoque une
importante évolution des propriétés mécaniques des aciers inoxy- Outre que l’irradiation augmentant les mobilités atomiques, via
dables austénitiques. Les limites d’élasticité et résistances les sursaturations de défauts ponctuels, peut accélérer les cinétiques
mécaniques deviennent très voisines et proches de 900 à de ségrégation d’équilibre sur les différents puits, joints de grains
1 000 MPa. Parallèlement, le matériau subit une très forte dégrada- inclus, elle peut également conduire à des ségrégations (ou appau-
tion de sa ductilité qui semble devoir être attribuée à une localisa- vrissements) hors d’équilibre. Dans ce cas, on parle de ségrégation
tion de la déformation dans certaines bandes. L’évolution des induite par l’irradiation. Son origine est purement cinétique. Elle
propriétés mécaniques en fonction de la dose semble de type provient de couplages positifs ou négatifs entre les flux de défauts
asymptotique, comme l’évolution microstructurale. Une saturation allant s’éliminer sur les puits et les flux de soluté. Ce phénomène se
est atteinte vers 5 à 15 dpa selon la température. Si elles devaient produit soit si un élément d’alliage possède un coefficient de
Fe (% pondéral)
Cr, Ni, Mo, Si (% pondéral)
Figure 6 – Exemple de ségrégation induite par irradiation aux joints Les très fortes déformations des joints peuvent provoquer la
de grains d’un acier inoxydable austénitique : profils de Fe, Cr, Ni, rupture des couches d’oxydes, favorisant ainsi amorçage et propa-
Si et Mo en fonction de la distance au joint, analysés par microsco- gation de la fissuration intergranulaire. L’effet respectif de ces dif-
pie électronique analytique (doc. Pacific Northwest National Labo- férents mécanismes n’est pas encore complètement quantifié,
ratory – PNNL)
mais le durcissement du grain et la localisation de la déformation
semblent être les plus opérants.
diffusion différent de la matrice (effet Kirkendall inverse) ou si un
soluté en faible concentration interagit fortement avec les défauts À ce jour, compte tenu du peu de travaux expérimentaux sur le
ponctuels. Une caractéristique importante de la ségrégation induite sujet, il n’existe pas d’élément objectif permettant d’incriminer la
par irradiation est que son étendue spatiale est typiquement de fragilisation par l’hydrogène ou les mécanismes susceptibles de
l’ordre de la dizaine de nanomètres alors que les ségrégations modifier localement la chimie habituelle du circuit primaire (radio-
d’équilibre ne dépassent guère quelques distances interatomiques. lyse de l’eau ou existence de zones confinées) comme des
La ségrégation se manifeste non seulement sur les joints de grains, mécanismes du premier ordre de l’IASCC en milieu REP.
mais également sur les boucles de dislocations, les bulles, les cavi- L’existence d’une fluence critique de sensibilité à la fissuration
tés, etc. Ces effets de ségrégation induite par l’irradiation sont maxi- intergranulaire voisine de 1 à 2 · 1021 n · cm−2 (E > 1 MeV), ce qui
maux dans le domaine de température où les sursaturations et flux
correspond approximativement à la dose de 2 à 3 dpa, est mainte-
de défauts ponctuels sont importants. Ils se produisent de plus lors-
nant acquise. L’existence d’une contrainte seuil (environ 40 % de la
que la fluence est suffisamment élevée (au-delà de quelques dpa).
limite d’élasticité) au-dessous de laquelle il n’y a pas d’amorçage
Tout le domaine des températures de fonctionnement des REP est
de la fissuration a été identifiée.
inclus dans le domaine de ségrégation.
Exemple 1 : aciers inoxydables austénitiques
Dans les aciers inoxydables austénitiques, l’irradiation provoque 3.5 Synergies
une forte ségrégation de certains éléments aux puits, et notamment
aux joints de grains. On note un appauvrissement significatif en Les effets simultanés de l’irradiation peuvent dans certains cas
chrome, molybdène et fer et un enrichissement en nickel et silicium conduire à des synergies très néfastes (par exemple dans le cas
(figure 6). Cette ségrégation aux joints de grains peut conduire à un des interactions pastille de combustible-gaine ou absorbant-
affaiblissement des joints, tant du point de vue mécanique que du gaine).
point de vue de la sensibilité à la corrosion.
■ Interaction pastille de combustible-gaine (figure 7) : au cours de
Exemple 2 : aciers ferritiques l’irradiation, la pression de l’eau induit un fluage de la gaine (Zirca-
L’existence d’une ségrégation accélérée, voire induite, par l’irradia- loy-4) qui se plaque sur la pastille, comblant le jeu entre la pastille
tion du phosphore aux joints de grains n’est pas encore solidement et la gaine. Les dilatations thermiques de la pastille sont ainsi
établie. Elle pourrait éventuellement se révéler à forte fluence. transmises à la gaine. Le phénomène de rupture du gainage par
interaction pastille-gaine est dû alors à la conjonction des
contraintes induites par la dilatation de la pastille et d’une attaque
3.4 Corrosion sous contrainte assistée chimique interne de la gaine par l’iode. La maîtrise de ces phéno-
mènes passe par la compréhension des sollicitations imposées par
par l’irradiation. IASCC le combustible à la gaine qui dépendent :
Les composants internes en acier inoxydable austénitique les – des dilatations thermiques différentielles entre les deux
plus proches du cœur sont soumis à un flux neutronique élevé ; matériaux ;
Recristallisation de l'oxyde
4. Prévision de l’évolution
Gonflement de la pastille des matériaux sous
irradiation à l’aide de
Pastille
modèles à base physique
Figure 7 – Mécanismes intervenant dans l’interaction pastille-gaine Les méthodes de simulation numérique (§ 4.4) se développent
du combustible
de plus en plus pour tenter de rendre compte de l’évolution des
propriétés d’usage des matériaux (figure 8) : modélisation de la
– de la fragmentation des pastilles sous l’effet des contraintes liaison chimique (par des calculs de structure électronique), modé-
thermomécaniques ; lisation à l’échelle atomique des collisions nucléaires (par des
– du fluage (thermique et d’irradiation) de la pastille et de la méthodes comme la dynamique moléculaire), modélisation des
gaine ; cinétiques lentes d’évolution microstructurale (par des méthodes
– du relâchement d’espèces corrosives par le combustible (cor- déterministes ou stochastiques), et enfin passage de la microstruc-
rosion de la partie interne de la gaine par l’iode...) ; ture aux propriétés mécaniques.
1 cm3 1 h à 1 année
Modélisation des agrégats (ensemble de grains)
1 cm3 1 année
Cinétique chimique (cinétiques lentes, long terme)
Monte Carlo sur objet, sur événement (diffusion, cinétiques lentes) 50 nm3 1sà1h
Figure 8 – Méthodes utilisées pour modéliser le vieillissement sous irradiation : de l’échelle atomique à laquelle se situe le dommage élémen-
taire, à l’échelle macroscopique à laquelle se situent les conséquences sur le comportement (doc. Ch. Domain, EDF R&D)
Extension
maximale
de la cascade
Amas lacunaire
Figure 9 – Simulation par dynamique moléculaire d’une cascade de déplacements dans le fer produite par une collision ayant cédé 10 keV au
premier atome frappé (doc. Ch. Domain, EDF R&D)
La modélisation du dommage d’irradiation est particulièrement comme des ions. C’est principalement dans les isolants que l’exci-
complexe compte tenu des domaines spatiaux et temporels à tation électronique peut être efficace vis-à-vis de la mobilité des
couvrir : de l’échelle atomique à laquelle se situe le dommage élé- défauts et des espèces chimiques, voire dans certains cas de la
mentaire, à l’échelle macroscopique de la pièce à laquelle se création de défauts (verres d’oxydes, halogénures alcalins). Dans
situent les conséquences sur le comportement, soit une échelle les métaux, l’énergie cédée en excitation électronique est transfor-
des temps allant de la picoseconde (voire de la femtoseconde dans mée en chaleur.
le cas des excitations électroniques) à quelques dizaines d’années Des méthodes propres fondées sur la détermination des structu-
pour couvrir la durée de vie des réacteurs (figure 8). res et densités électroniques des atomes sont en cours d’élabora-
tion. Des potentiels semi-empiriques sont actuellement utilisés car
ils permettent des calculs sur de plus grands volumes.
4.1 Dommage primaire :
dynamique rapide
4.2 Recuit du dommage primaire :
Il se produit sur des durées inférieures à la seconde lors de évolution microstructurale
l’interaction des particules irradiantes avec le matériau. Il ne peut
être traité qu’à l’échelle atomique, voire électronique. en cinétique lente
Associé à la mobilité des défauts créés lors du dommage pri-
4.1.1 Dommage balistique des métaux et isolants maire, ce type de modélisation nécessite :
Il s’agit de la création d’un défaut par choc élastique, résultat d’un – de calculer les mobilités des défauts et la stabilité des amas ;
transfert d’énergie cinétique de la particule incidente vers l’atome – d’utiliser des modèles cinétiques pour décrire l’évolution à
cible. Lorsque ce transfert est suffisant, l’atome choqué peut à son long terme.
tour déplacer d’autres atomes et donner naissance à une cascade de Les outils de modélisation existent, sont testés sur des matériaux
déplacements. La modélisation de ce phénomène repose actuelle- modèles et, moyennant un nombre raisonnable de paramètres
ment sur des codes de dynamique moléculaire. La technique est d’ajustement, peuvent être adaptés pour des matériaux plus com-
éprouvée, les moyens numériques ne cessent d’augmenter en puis- plexes tels que ceux utilisés en réacteurs. À cette échelle, les outils
sance, mais leur qualité dépend fortement des potentiels interatomi- de caractérisation existent (microscopie électronique en transmis-
ques utilisés. Le développement récent des calculs ab initio pour sion, sonde atomique, diffusion des neutrons aux petits angles... :
déterminer ces potentiels est un progrès notable. § 5) et permettent de valider aisément les modélisations.
Exemple : le cuivre est une impureté qui durcit et fragilise le fer et – 4.10 –9 10 4.10 –9
l’acier de cuve REP sous irradiation. L’évolution au cours du temps Distance au joint de grain (m)
des distributions de tailles de particules prévues par le modèle a été
confirmée expérimentalement de façon spectaculaire, aussi bien pour Figure 10 – Ségrégation induite par irradiation au joint de grain
d’un acier inoxydable austénitique. Profil de concentration en
la précipitation thermique que sous irradiation aux électrons : elle est chrome prédit par le modèle de cinétique chimique sur réseau
analogue à celles observées par sonde atomique tomographique (voir (doc. M. Nastar, CEA/SRMP)
figure 4), qui fait l’analyse spatiale, en 3D, atome par atome, de volu-
mes de matière à la même échelle que celle de la modélisation.
Une des applications est la simulation de la ségrégation aux
Pour traiter des systèmes plus grands et constitués d’objets plus joints des grains des aciers austénitiques (pour structures internes
complexes, il a été développé d’autres codes de Monte Carlo qui de REP) induite par l’irradiation, mécanisme incriminé dans la fis-
consistent non plus à traiter les sauts atomiques en prenant en suration par corrosion sous contrainte induite par irradiation
compte toute l’énergétique du système, mais à considérer unique- (§ 3.4). Le modèle prédit parfaitement les profils complexes de
ment le mouvement des défauts ponctuels et des atomes d’impu- concentration en Fe, Ni, Cr au voisinage des joints de grains, en
retés susceptibles de s’agglomérer. particulier la forme très particulière et complexe du profil de Cr
Les déplacements des espèces mobiles qui sont à l’origine de « en W », et leur évolution en fonction de la dose d’irradiation, en
l’évolution microstructurale sont traités soit de façon discrète, saut accord avec les mesures (figure 10).
par saut, sur un réseau qui pour des raisons évidentes est pris
identique au réseau cristallin du matériau considéré (Monte Carlo
sur objets), soit non plus saut par saut, mais événement par évé- 4.3 Incidence de l’évolution
nement (remaniements successifs des populations de défauts microstructurale sur
mobiles et des objets que sont les amas de tailles et de composi-
tions diverses). Dans ce dernier cas (Monte Carlo sur événements),
le comportement macroscopique
l’ensemble des sauts d’un défaut entre deux événements est ras-
La dernière étape (qui n’est pas spécifique aux matériaux du
semblé dans un macrosaut qui dépend évidemment du coefficient
nucléaire) consiste à prévoir l’influence de l’évolution microstruc-
de diffusion de l’espèce mobile considérée.
turale sur les propriétés des matériaux irradiés : limite d’élasticité,
À une échelle de temps plus grande, pour décrire l’évolution tenue au fluage, à la fatigue, ténacité, tenue à la corrosion et à la
globale des populations de défauts et d’amas de défauts en fonc- corrosion sous contrainte... Si l’incidence sur la limite d’élasticité
tion des conditions d’irradiation, sans limitation d’espace et pen- est assez bien comprise, les instabilités de comportement
dant des durées très longues, on recourt à une méthode comme la mécanique induites par l’irradiation (et en particulier les phénomè-
dynamique d’amas fondée sur la cinétique chimique homogène. nes de localisation) rendent la compréhension des autres
Cette méthode donne la distribution des amas de défauts. Elle est conséquences beaucoup plus délicate et il manque encore à ce
peu coûteuse en termes de temps de calcul, mais c’est au prix de jour les outils conceptuels pour la mener à bien.
la perte des corrélations de position entre objets.
Pour décrire comment cette évolution structurale induite affecte
Exemple : l’évolution des distributions de boucles interstitielles dans le comportement mécanique à l’échelle locale, et les lois de com-
le fer α sous irradiation aux électrons entre 200 et 470 ˚C a été simu- portement plastique, il faut d’abord décrire l’interaction des dislo-
lée et le calcul montre que les interstitiels s’agglomèrent en boucles cations avec les obstacles microstructuraux créés (à l’aide des lois
dont le rayon moyen croît avec le temps ou la dose d’irradiation, classiques de la métallurgie ou de méthodes comme la dynamique
l’inverse de la température et les éléments d’alliage ou impuretés. moléculaire) et déterminer les forces d’obstacle, puis recourir à
Les populations de boucles interstitielles et leur cinétique d’évolution des méthodes plus macroscopiques comme la dynamique des dis-
avec la dose d’irradiation par des électrons prédites par le modèle locations (DD) qui rend compte du comportement collectif de la
pour le fer pur et des alliages ferritiques binaires (Fe-Cu) et comple- population des dislocations et donne accès au comportement
xes (Fe-Mn-Ni-Cu-P) sont très bien confirmées par l’observation en mécanique local à l’échelle du grain, permettant par exemple de
microscopie électronique en transmission. rendre compte de l’écrouissage. La montée des dislocations est
difficile à introduire dans les codes de DDD, c’est pourquoi cette
technique ne permet pas encore de prédire le fluage d’irradiation
4.2.3 Ségrégation et précipitation induites dans toute sa complexité.
par l’irradiation
Pour passer aux échelles supérieures (c’est-à-dire à des volumes
Pour traiter les alliages concentrés, multicomposants, hétérogè- élémentaires représentatifs du composant) et accéder aux lois de
nes, sur de grandes échelles de temps et d’espace, une modélisa- comportement et aux propriétés de rupture, des méthodes par élé-
tion en « champ moyen », fondée sur la même physique des sauts ments finis (EF) utilisant des techniques d’homogénéisation sont
atomiques que le Monte Carlo sur réseau, est utilisée. nécessaires (figure 11).
Modélisation
Modélisation Dynamique des dislocations : Éléments finis
mécanique
physique plasticité cristalline Agrégat cristallin
Volume élémentaire
Évolution
microstructurale
10 nm 1 mm
5 µm 100 µm
Figure 11 – Passage de la simulation physique des défauts d’irradiation en cinétique lente à la modélisation par éléments finis du comporte-
ment mécanique : importance de l’étape intermédiaire de la dynamique des dislocations (doc. G. Monnet, O. Diard, EDF R&D)
4.4 Aperçu sur les méthodes • Monte Carlo sur réseau : la diffusion des atomes par
mécanisme lacunaire est décrite par des sauts atomiques discrets
de modélisation plutôt que par des trajectoires continues comme dans le cas de la
dynamique moléculaire. Les fréquences des sauts des atomes sont
Le lecteur est invité à consulter : déterminées par des calculs ab initio ou par la dynamique molécu-
– Méthodes de la chimie quantique [AF 6 050] ; laire. Cette simulation est relativement lente et ne prend pas en
– Modélisation moléculaire [J 1 011] [J 1 012] [J 1 013] compte les déplacements collectifs.
[J 1 014] [J 1 015]. • Monte Carlo sur objets : les objets concernés sont les défauts
ponctuels et les amas de défauts liés à des sites du réseau cristal-
■ Les méthodes ab initio sont basées sur la résolution approchée lin, les déplacements sont effectués par des sauts élémentaires et
de l’équation de Schrödinger. Elles ne nécessitent pas l’introduc- cette méthode peut prendre en compte les déplacements collectifs
tion de paramètres empiriques et sont en principe les plus proches d’un amas dans son ensemble. Les calculs sont ici aussi ralentis
des réalités physiques étudiées. En raison de leur difficulté de par la prise en compte des sauts élémentaires qui sont l’étape limi-
mise en œuvre, elles sont utilisées pour déterminer les caractéris- tante et l’information sur la structure des défauts est perdue.
tiques physiques statiques de systèmes dans des configurations • Monte Carlo sur événements : les objets concernés sont les
atomiques données. On peut utiliser les méthodes ab initio pour défauts ponctuels et les amas de défauts ponctuels. Cette méthode
calculer des grandeurs comme des énergies de surface, des éner- décrit des évolutions temporelles en utilisant des méthodes statis-
gies de formation de défauts ponctuels ou de petits amas de tiques de Monte Carlo appliquées à des « événements » élémentai-
défauts ponctuels, des barrières d’énergie pour la diffusion des res variés décrivant les différentes possibilités d’évolution des
défauts et par là même des atomes. objets, avec des constantes de temps différentes. Les interactions
Les méthodes statiques fondées sur des potentiels empiriques entre les différents objets sont traitées simultanément à chaque
sont utilisées pour traiter des objets de plus grande taille comme pas de calcul. Il est possible d’atteindre de grandes échelles de
les amas d’interstitiels ou de lacunes contenant plus de quelques temps et de taille mais on perd des informations sur les structures
défauts ponctuels élémentaires (boucles de dislocations, cavités...). atomiques.
■ La dynamique moléculaire utilise la résolution des équations ■ Les méthodes de champ moyen autocohérent : fondées sur la
classiques du mouvement des atomes (de Newton ou de Hamil- même physique que les méthodes de Monte Carlo sur réseau,
ton). Les forces entre atomes sont décrites par des potentiels empi- elles permettent d’obtenir les coefficients de transport sous forme
riques qui, pour être suffisamment sûrs, doivent être validés par analytique. Elles sont particulièrement utiles pour traiter la ségré-
des calculs ab initio. Ces équations différentielles sont résolues en gation sur les joints de grains.
discrétisant le temps et en recalculant les nouvelles positions des
■ Dans les méthodes continues en champ moyen qui s’inspirent
atomes à chaque pas de temps. Les pas en temps doivent être très
de la « cinétique chimique » : le système est décrit par un ensem-
nettement inférieurs à la période de vibration des atomes (10−12 à
ble de variables continues, chaque variable décrivant une
10−13 s). La dynamique moléculaire permet surtout de suivre l’évo-
concentration locale d’un défaut de type donné. L’évolution de ces
lution au cours du temps d’un système : formation de cascades de
variables est décrite en intégrant un système d’équations différen-
déplacements sous irradiation, phénomènes de diffusion des
tielles couplées. Ces méthodes permettent de décrire la compéti-
défauts ponctuels. Le faible temps simulé constitue une sérieuse
tion entre la production de défauts par irradiation et leur
limitation de cette méthode pour traiter des systèmes réels.
élimination par recombinaison, agglomération ou diffusion vers
■ Les méthodes de Monte Carlo décrivent des évolutions temporel- des discontinuités du réseau cristallin. L’échelle de temps et le
les en utilisant des méthodes statistiques dites de « Monte Carlo ». volume concernés par les simulations réalisées par les méthodes
Ces techniques sont beaucoup plus économiques en temps de cal- continues sont importants (on peut simuler des irradiations de
cul que la dynamique moléculaire et permettent de simuler l’évolu- plusieurs années sur des matériaux réels). Cependant, ces métho-
tion d’un système contenant plusieurs millions d’atomes pendant des permettent uniquement le calcul de grandeurs physiques glo-
des temps allant de quelques minutes à quelques heures. bales et ne décrivent pas les distributions spatiales.
■ Les simulations de dynamique des dislocations (DD) sont utili- 5.1.1 Microscopie électronique en transmission
sées pour prédire la loi de comportement cristalline nécessaire aux
simulations mécaniques à l’échelle macroscopique. Le réseau de La microscopie électronique en transmission (MET) permet de
dislocations est décomposé en segments et la force sur chaque visualiser les champs de contraintes induits par les précipités,
segment est calculée. amas et boucles de dislocations (d’une taille supérieure au nano-
mètre), de les identifier et de les quantifier en taille et en densité.
Elle permet également de visualiser et de mesurer les densités de
dislocations. Équipée d’un canon à émission de champ (FEG-
5. Techniques de STEM : field emission gun – scanning transmission electron
microscopy), cette technique permet des analyses chimiques avec
caractérisation de une résolution de l’ordre du nanomètre, idéale pour les mesures
locales d’enrichissement ou d’appauvrissement (par exemple aux
l’évolution des matériaux joints de grains). Toutefois, l’analyse est limitée à des zones
réduites (épaisseur des échantillons de l’ordre de 100 nm) et peut
être perturbée par le magnétisme du matériau ou par la formation
La compréhension des mécanismes ainsi que la pertinence et la d’oxyde en surface des échantillons.
robustesse des modèles utilisés passent nécessairement par un
couplage étroit avec l’expérimentation, et notamment par une
caractérisation la plus fine possible des évolutions micro- 5.1.2 Microscopie ionique (ou microscopie
structurales et de leurs conséquences sur les propriétés d’usage à émission de champ) couplée
des matériaux. Ce sont en effet les techniques fines de caractérisa- avec une sonde atomique
tion qui permettent d’identifier les phénomènes physiques à La sonde atomique tridimensionnelle est une technique d’ana-
modéliser et de mesurer leurs caractéristiques, donc de fournir les lyse permettant de caractériser la répartition spatiale des différen-
données empiriques indispensables aux modèles, de caler les tes espèces chimiques au sein d’un matériau conducteur, à
paramètres et de valider les modèles en confrontant leurs pré- l’échelle atomique. Elle repose sur deux principes distincts : l’éva-
visions à l’expérience. poration par effet de champ et la spectrométrie de masse à temps
Avec les nouvelles techniques disponibles, il est possible de vol. L’échantillon à analyser est taillé en forme de pointe de fai-
aujourd’hui d’associer l’irradiation, la modélisation et l’observation ble rayon de courbure (quelques dizaines de nanomètres) et sou-
à la même échelle. Parmi les techniques utilisées comme la mis à un potentiel électrique élevé (quelques kilovolts). Sous l’effet
microscopie électronique analytique en transmission, l’analyse de de ce champ, les atomes constitutifs de l’échantillon sont arrachés
surface par spectroscopie Auger et la diffusion des neutrons aux de la surface sous forme d’ions (évaporation par effet de champ)
petits angles, la sonde atomique tomographique occupe une place et accélérés vers un détecteur sensible à la position des impacts
éminente puisqu’elle permet l’analyse atome par atome, en 3D, ioniques. L’évaporation atome par atome, plan atomique par plan
avec une résolution spatiale qui a pratiquement atteint la résolu- atomique de la pointe permet ainsi de reconstruire le volume ana-
tion atomique vraie, et pour des volumes de matière identiques à lysé dans les trois dimensions de l’espace. La principale limitation
de cette technique réside dans le très faible volume analysé (quel-
ceux des « boîtes » de calcul.
ques dizaines de milliers de nanomètres cubes). Pour cette raison,
Le couplage de la modélisation avec l’expérimentation est indis- elle ne permet de détecter des amas de solutés que si leur densité
pensable également pour assurer la représentativité des irradiations est supérieure à 1023 m−3 et évidemment leur rayon inférieur à
expérimentales et la validité des extrapolations en fonction de la quelques nanomètres. De plus, son rendement en termes d’ato-
durée, de la température, du flux, du débit de dose, de la nature et mes détectés n’étant pas de 100 %, elle est inapte à détecter les
de l’énergie des particules incidentes : en effet, seule la modélisa- lacunes et les interstitiels ainsi que leurs amas (boucles de disloca-
tion permet de déduire avec une certaine vraisemblance le compor- tions, cavités...).
tement sous flux de neutrons à partir du comportement observé
sous flux de particules chargées, d’ions ou d’électrons (voir encadré
« Irradiations expérimentales par des particules chargées »).
5.1.3 Spectroscopie Auger
Les techniques à utiliser pour caractériser l’évolution des maté- Cette technique permet de détecter les électrons de faible éner-
riaux utilisés dans les REP, et tout particulièrement leur évolution gie émis par les atomes de la surface d’un échantillon lorsqu’il est
sous irradiation, doivent permettre : bombardé par un faisceau d’électrons (voir Spectroscopie Auger
[P 2 620] [P 2 621]). L’analyse des surfaces de rupture intergranu-
– d’identifier des petits précipités ou amas dont la taille est de laires par cette méthode permet d’identifier et de quantifier les élé-
l’ordre du nanomètre, d’analyser leur composition chimique, et de ments qui fragilisent les joints de grains (en particulier le
les quantifier en taille et en densité ; phosphore). Elle se limite donc à l’analyse des joints de grains de
– de distinguer les petites boucles de dislocations des microcavi- matériaux sensibles à la fragilisation intergranulaire.
tés et des petites bulles de gaz ;
– d’analyser précisément les éléments en solution dans la
matrice et les éléments ayant ségrégé aux joints de grains ; 5.2 Techniques nucléaires avec
– d’identifier et d’étudier les mécanismes de durcissement.
interactions d’un faisceau
Seule l’association de plusieurs techniques complémentaires de particules avec le matériau
permet d’accéder de manière fiable à toutes les caractéristiques
requises.
5.2.1 Diffusion des neutrons aux petits angles
La méthode DNPA (SANS : small angle neutron scattering) (voir
5.1 Techniques microscopiques : Les faisceaux de neutrons. Comprendre et caractériser la matière
observation directe des défauts [BN 3 017]) consiste à irradier avec un faisceau parallèle de neu-
trons l’échantillon à analyser. Les hétérogénéités chimiques du
Le principal avantage des techniques microscopiques est de per- matériau provoquant une diffusion des neutrons incidents au
mettre une observation directe des défauts (surtout des défauts petits angles, l’analyse de l’intensité diffusée permet de caracté-
résultant des interactions élastiques). riser ces hétérogénéités. Cette méthode est largement utilisée pour
quantifier (taille et densité) les petits amas de soluté ou les petites restauration, recristallisation, transformations martensitiques... (voir
cavités dans les aciers irradiés. C’est une méthode complé- La mesure du pouvoir thermoélectrique : une technique originale
mentaire de la microscopie électronique en transmission ou de de contrôle des alliages métalliques [RE 39]). Cette méthode pré-
techniques comme la sonde atomique. contrairement à ces deux sente de l’intérêt dans l’étude des mécanismes de vieillissement
techniques précédentes, la DNPA ne permet pas la visualisation du fait de sa sensibilité à la composition des alliages et à leur évo-
directe des hétérogénéités ; cependant, elle est moins locale donc lution structurale. De plus, son utilisation est simple car elle per-
plus statistique que ces dernières. En effet, elle permet d’intégrer met une mesure directe, rapide et en principe indépendante de la
de l’ordre de 1022 atomes alors qu’il n’est possible d’en analyser taille, de la forme et de l’état de surface des échantillons. Comme
tout au plus que 1010 par microscopie électronique en transmis- la résistivité électrique, elle ne donne toutefois pas d’indication sur
sion et quelques milliers par sonde atomique. la nature et la densité des « objets microstructuraux ».
contrairement à la résistivité électrique, elle est difficile à mettre en
5.2.2 Annihilation des positons œuvre aux très basses températures nécessaires pour figer les
interstitiels créés par irradiation afin de les étudier.
Cette méthode permet de mesurer le temps de vie des positons
piégés par tout défaut provoquant une diminution de la densité
électronique locale (voir Caractérisation des défauts lacunaires par 5.4 Caractérisations mécaniques
annihilation de positons [P 2 610]). Elle est donc non seulement
sensible à la présence de lacunes et petites cavités, mais éga- Au-delà des techniques classiques de caractérisation mécanique
lement à celle de certains précipités. Toutefois, l’interprétation des – essais de traction, de résilience, de ténacité et de résistance à la
résultats obtenus par cette technique s’avère parfois délicate. déchirure –, la caractérisation du comportement mécanique
devient aussi possible à l’échelle de la modélisation, grâce à des
5.2.3 Diffraction ou diffusion des rayons X essais plus locaux comme les essais de nano-indentation, qui
affectent une largeur et une profondeur de l’ordre de la centaine
Ces méthodes permettent de mesurer les variations de distances de nanomètres, ou à des essais de small punch test qui sollicitent
interréticulaires, le volume de relaxation d’un défaut et de déte- (par emboutissage) des volumes très faibles de matière.
rminer la configuration des interstitiels (diffusion au pied des pics
de Bragg ou diffusion Huang). Comme pour celles des neutrons à
petits angles (§ 5.2.1), ces méthodes permettent d’étudier précipi-
tés et petites cavités. Enfin, l’EXAFS (extended X-ray absorption
fine structure spectroscopy), fondée sur les détails du spectre
6. Perspectives
d’absorption au voisinage des seuils de discontinuités, permet de
différencier les environnements des différentes espèces d’atomes L’un des principaux défis de la science des matériaux
et d’étudier les interactions impuretés-défauts. d’aujourd’hui est de doter l’industrie électronucléaire d’une modé-
lisation prédictive des performances des matériaux qu’elle utilise.
Nota : pour information, citons également d’autres techniques utilisables dans cer- En effet, l’allongement projeté de la durée de vie du parc nucléaire,
tains cas bien précis comme la spectroscopie Mössbauer (voir l’article [P 2 600]) et la
rétrodiffusion Rutherford en canalisation (voir dans Microsonde nucléaire [P 2 563] le stockage des déchets radioactifs à vie longue, le développement
[P 2 564]). de réacteurs de nouvelle génération, exigent la mise en œuvre de
moyens puissants et robustes de prévision du comportement à
long terme des matériaux. Il est impossible de fonder ces pré-
5.3 Mesures globales visions sur une base exclusivement expérimentale et empirique, et
il faut développer des modèles prédictifs très fiables. Pour être
Les mesures globales sont particulièrement utiles quand les dif- robustes, ces modèles doivent être fondés sur une base physique,
férents types de défauts ne sont pas discernables et quand leur autant que possible celle où la physique est la plus sûre, qui est
contribution est additive. souvent mais pas exclusivement l’échelle atomique, et cette modé-
lisation doit être étroitement couplée avec l’expérimentation.
5.3.1 Résistivité électrique Les perspectives qui s’ouvrent pour les années à venir vont dans
le sens de méthodes de caractérisation de plus en plus précises et
Les défauts cristallins, diffusant les électrons de conduction, d’outils de modélisation prenant en compte de mieux en mieux la
contribuent avec la vibration de réseau (phonons) à la résistivité complexité des matériaux et des sollicitations réelles.
électrique. Les mesures de résistivité effectuées à très basse tem-
pérature de façon à s’affranchir de la composante de phonons per-
mettent de quantifier les taux de création des défauts sous Irradiations expérimentales par des particules chargées
irradiation, de déterminer les énergies seuils de déplacement ainsi
que les volumes de relaxation. Cette technique permet également L’étude des effets de l’irradiation aux neutrons est rendue
de quantifier la mobilité des défauts. Elle est particulièrement inté- difficile, longue et coûteuse à cause des problèmes posés par
ressante pour valider les calculs numériques de propriétés des l’activation et la nécessité de travailler en « laboratoire de
défauts. haute activité ». C’est pourquoi on cherche à utiliser d’autres
moyens d’irradiation [5] : accélérateurs d’ions et d’électrons,
microscope électronique à haute tension..., pour étudier plus
5.3.2 Pouvoir thermoélectrique facilement les mécanismes et pour les accélérer. Le problème
principal qui se pose est la représentativité de telles irradia-
Comme la résistivité électrique, le pouvoir thermoélectrique
tions. Le couplage de la modélisation avec l’expérimentation
trouve son origine dans la diffusion des électrons de conduction
par les défauts. Le principe de la mesure consiste à réaliser deux est alors indispensable pour valider les extrapolations en fonc-
jonctions entre l’échantillon et un métal de référence à des tempé- tion de la durée, de la température, du flux, du débit de dose,
de la nature et de l’énergie des particules incidentes : seule la
ratures différentes. Une différence de potentiel d’origine thermoé-
modélisation permet de déduire avec une certaine vraisem-
lectrique est ainsi créée par effet Seebeck. Les applications du
blance le comportement sous flux de neutrons à partir du
pouvoir thermoélectrique en métallurgie sont le dosage d’élé-
ments en solution solide, l’étude des cinétiques de précipitation et comportement observé de particules chargées comme les
de dissolution, l’étude des transformations structurales : écrouissage, ions ou les électrons.