TP - Mesures Et Incertitudes
TP - Mesures Et Incertitudes
L’évaluation des incertitudes de mesure est toujours un point délicat du travail expérimental. Toutefois, cette
difficulté est réelle et intrinsèque à toute mesure, quelle que soit le niveau de l’expérience. L’objectif de ce document
est de fournir un cadre unique pour toutes les expériences rencontrées en CPGE.
« Bien que ce Guide fournisse un cadre pour l’estimation de l’incertitude, il ne peut remplacer ni la réflexion
critique ni l’honnêteté intellectuelle ni la compétence professionnelle. L’évaluation de l’incertitude n’est jamais une
tâche de routine ni une opération purement mathématique ; elle dépend de la connaissance détaillée de la nature du
mesurande et du mesurage. La qualité et l’utilité de l’incertitude fournie pour le résultat d’un mesurage dépendent,
en fin de compte, de la compréhension, de l’analyse critique et de l’intégrité de [celles et] ceux qui contribuent à son
évaluation. »
1 Variabilité et incertitude-type
1.1 La variabilité en science expérimentale
Une expérience de mesure en science expérimentale est un processus généralement complexe qui entremêle de très
nombreux processus. Cette complexité se traduit systématiquement par une variabilité de la mesure, qui implique
que la répétition de l’ensemble de la mesure conduit généralement à une valeur mesurée sensiblement différente de
la première. Cette variabilité est naturelle et fait intrinsèquement partie de la mesure. Il ne faut pas chercher à la
faire disparaître, bien au contraire, elle renferme généralement une grande richesse d’information sur le processus
physique !
Cette variabilité peut provenir de nombreux aspects, dont les principaux sont les suivants :
. le choix de la méthode de mesure ;
Exemple 1 : Choisir de mesurer un petit élément à la règle graduée ou au pied à coulisse n’implique
pas la même précision !
Exemple 2 : Si l’on souhaite mesurer la célérité du son avec un protocole se déroulant sur une journée
complète, comme la température de l’air va évoluer au cours du temps, la célérité du son aussi.
Exemple 3 : Mesurer une tension avec deux voltmètres semblant identiques amène parfois à une
mesure de tension légèrement différente.
Exemple 4 : Par exemple, une expérience de mécanique quantique est intrinsèquement variable car la
mécanique quantique ne prédit que des lois de probabilité.
1.2 L’incertitude-type
Définition. La quantification de la variabilité d’une mesure x d’une grandeur est appelée incertitude-type et
notée u(x).
Par définition, l’incertitude-type correspond à l’écart-type de la distribution des données issues d’une répétition
de la mesure.
Dans ce document, le résultat d’une mesure sera noté par convention x ± u(x) .
L L L Attention ! Ce qui suit le ± est une incertitude-type. Il ne s’agit pas d’une « incertitude élargie ». Cette
notation synthétique peut prêter à confusion. Pour éviter cela, on peut spécifier les deux informations de façon
séparée, à savoir x = ... d’une part et u(x) = ... d’autre part.
On fera à ce stade deux remarques :
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. pour estimer l’incertitude-type du résultat d’une unique mesure, il faut donc répéter un grand nombre de fois le
processus de mesure. Cette répétition et les valeurs supplémentaires servent uniquement à estimer la variabilité
du processus de mesure.
. l’incertitude-type est l’estimation d’une variabilité qui est unique à chaque processus de mesure. Il est donc naturel
que deux personnes réalisant exactement la même expérience aient une variabilité, et donc une incertitude-type,
différente.
Propriété. La variabilité d’un processus de mesure avec un protocole, du matériel et des conditions expérimentales
données, impliquant une ou plusieurs personnes dans l’expérience, est mesurée par une unique incertitude-type.
Exemple 5 : 1.2540 × 10−2 possède 5 chiffres significatifs ; 0.0023 en possède 2 ; 1254 en possède 4 ;
on ne peut pas dire combien de chiffres significatifs il y a dans 2500, car il existe une ambiguïté :
2500 = 2.5 × 103 ou 2.500 × 103 ?
Le nombre de chiffres significatifs employés sert à communiquer une information grossière quant à l’incertitude
associée à la valeur écrite, si on ne la connaît pas.
L’incertitude-type résulte d’une évaluation : on n’est jamais certain de sa valeur. Pour rappeler que l’incertitude-
type est elle-même incertaine, on limite en général son nombre de chiffres significatifs à deux.
Lorsque l’incertitude-type est précisée, le nombre de chiffres significatifs de la valeur mesurée correspondante n’a
plus de sens propre. On le choisit de manière à faciliter la lecture, en s’arrangeant pour que le dernier chiffre de la
valeur mesurée ait la même position (dans la mantisse ou en écriture décimale) que le dernier chiffre de l’incertitude-
type.
Exemple 6 : A = 623.5 cm2 , u(A) = 11.3 cm2 se réécrit A = 624 cm2 , u(A) = 11 cm2 ou encore de
manière condensée A = (624 ± 11) cm2 (où ce qui suit le ± est l’incertitude-type).
De même, L = 100 m, u(L) = 1.55 cm se réécrit L = (100.000 ± 0.016) m.
Il est à noter qu’il n’y a qu’une incertitude-type u(x) pour l’ensemble des mesures xi , et non pas une pour chacune.
En effet, l’incertitude-type caractérise la variabilité d’un processus de mesure, et donc toutes les mesures issues de
ce processus ont logiquement la même incertitude-type.
u(x)
Fig. 1 – Représentation d’une série de 100 mesures d’une grandeur x ainsi que de la largeur de l’incertitude-type de cet
ensemble.
La figure 1 représente une distribution de mesures ainsi que l’incertitude-type. On constate qu’en moyenne deux
valeurs prises au hasard sont séparées de quelques u(x). Toutefois, on constate aussi que quelques points sont très
éloignés des autres. Il ne s’agit pas de points aberrants, mais de valeurs dans des domaines peu fréquents car peu
probables mais tout de même possibles.
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Propriété. L’incertitude-type permet de quantifier la variabilité d’une mesure. Ainsi, deux mesures x1 et x2 issues
du même processus sont séparées en moyenne de quelques u(x) par construction de l’incertitude-type en tant
qu’écart-type.
(a) Simulation de 100 expériences. (b) Simulation de 1 000 expériences. (c) Simulation de 10 000 expériences.
La courbe de la figure 2c est celle qui s’approche le plus d’une distribution lisse, appelée distribution gaussienne.
Cette courbe « en cloche » est caractéristique de très nombreux processus de mesure. Le fait que la distribution
aléatoire des résultats d’une mesure tende vers une courbe gaussienne est un résultat important en physique. Pour
ces trois simulations, on trouve une valeur moyenne autour de cm = 343 m/s et un écart-type de u(c) = 10 m/s. Le
résultat de la mesure est la donnée de ces deux grandeurs.
On peut montrer que, pour une distribution gaussienne, environ 68% des résultats du processus de mesure sont
comprises entre cm − u(c) et cm + u(c) et 95% sont comprises entre cm − 2u(c) et cm + 2u(c).
Définition. L’écart normalisé EN entre deux processus de mesure donnant les valeurs m1 et m2 et d’incertitudes
types u(m1 ) et u(m2 ) est défini par
|m1 − m2 |
EN = p . (1.1)
u(m1 )2 + u(m2 )2
Par convention, on qualifie souvent deux résultats de compatibles si leur écart normalisé vérifie la propriété
EN . 2 .
Ce seuil à 2 est d’origine historique. On le retrouve dans de nombreux champs scientifiques, comme la médecine, la
pharmacie, la biologie, la psychologie, l’économie, l’écologie, etc. Ce seuil peut différer selon le domaine : par exemple
pour démontrer l’existence d’une nouvelle particule en physique subatomique, il faut atteindre un seuil de 5.
On constate avec les trois histogrammes 3a, 3b et 3c que les distributions se chevauchent si EN est suffisamment
petit. Si elles se chevauchent, cela veut dire qu’il est possible que les deux processus de mesure conduisent au même
résultat.
I Interprétation
Pour justifier cette convention, on peut revenir à la définition de l’incertitude-type. Celle-ci quantifie les fluctua-
tions potentielles de la valeur mesurée annoncée. Lorsque deux mesures sont cohérentes, on s’attend à ce qu’elles ne
coïncident pas exactement, mais qu’elles ne s’écartent pas l’une de l’autre de plus que de quelques incertitudes-type.
Pour respecter cette définition, prenons deux valeurs expérimentales que l’on souhaite comparer m1 et m2 ,
d’incertitudes-type u(m1 ) et u(m2 ). Si m1 et m2 peuvent être considérées comme compatibles, cela implique que la
valeur 0 n’est éloignée de m1 − m2 que de quelques u(m1 − m2 ).
p
On admet pour l’instant que u(m1 − m2 ) = u(m1 )2 + u(m2 )2 (ce résultat est discuté dans la partie 3.1).
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(a) Deux distributions avec EN ≈ 0.3. (b) Deux distributions avec EN ≈ 2.1. (c) Deux distributions avec EN ≈ 5.0.
(a) Simulation d’un calcul de m1 − m2 (b) Simulation d’un calcul de m1 − m2 (c) Simulation d’un calcul de m1 − m2
point par point avec les distributions de point par point avec les distributions de point par point avec avec les distribu-
la figure 3a. la figure 3b. tions de la figure 3c.
Comme toute incertitude-type, elle représente l’écart-type de la distribution uniforme des données comprises dans
l’intervalle [x̄ − ∆, x̄ + ∆].
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Exemple 7 : Prenons une expérience de mesure de distance focale d’une lentille mince convergente.
Un étudiant réalise vingt mesures de positions d’objet et d’image puis, en appliquant la relation de
conjugaison, il en déduit vingt valeurs de la distance focale. En réalisant un traitement statistique, il
mesure l’écart-type de la distribution de ces distances focales u(f 0 ) = 0.15 cm.
Ensuite, cet étudiant consciencieux estime la précision de la mesure de la position de l’objet à
1 cm et la précision de la positon de l’image à 3 cm car il lui semble que l’image reste nette sur une
plage assez large. À l’aide d’une simulation Monte-Carlo, il en déduit que l’incertitude de type B vaut
u(f 0 ) = 0.32 cm.
Ainsi, en estimant la précision sur les positions, l’étudiant estime une variabilité qui est le double
de la variabilité observée. L’étudiant estime donc une variabilité qui n’est pas observée. Les incertitudes
sur les mesures des positions sont donc sur-estimées.
Qui plus est, en conduisant le calcul d’incertitude de type
√ A décrite au paragraphe suivant, l’incer-
titude finale sur la moyenne est donnée par u(f¯0 ) = u(f 0 )/ 20 = 0.033 cm. Le calcul d’incertitude de
type B a donc donné une incertitude largement surestimée et son estimation a pris un temps certain à
l’étudiant.
Ainsi, l’estimation de type B de l’incertitude-type permet de vérifier si on maîtrise bien toutes les causes de
variabilités de l’expérience. Toutefois, si on a accès à l’incertitude statistique, l’estimation de l’incertitude de type
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B au niveau CPGE prend un temps certain et est souvent surestimée. Ainsi, lorsque cela est possible, on pourra se
satisfaire de l’incertitude statistique.
Propriété. On réalise N fois le même protocole pour obtenir l’ensemble des points expérimentaux {xi }. On note
l’incertitude-type u(x) de cet ensemble de mesures qui est évaluée en calculant son écart-type.
N
1 X u(x)
Le résultat de l’expérience est x̄ ± u(x̄) avec x̄ = xi la moyenne de la distribution et avec u(x̄) = √ .
N i=1 N
Ainsi, en une série de mesure, on obtient les points expérimentaux, leur incertitude-type, la moyenne de ces points
et grâce à cette formule, l’incertitude-type sur la moyenne. On obtient ainsi une estimation plus précise de la grandeur
à mesurer en modérant la variabilité de chaque prise de mesure unique.
Remarque : Cette relation se démontre avec la formule de l’incertitude composée de type somme du
paragraphe suivant.
En appliquant la formule d’incertitude de type somme, on a
! v s
uX u(x) 2
X xi
u 2
u(x) u(x)
u(x̄) = u =t = N = √ .
i
N i
N N N
Variabilité observée ?
oui
non
N mesures d’écart-type σ.
Incertitude sur une valeur ?
oui non
Incertitude de la moyenne ∆
Incertitude de la mesure unique σ Type B : u = √
Définition : u = σ Type A : u = √ 3
N
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s 2 2
u(y) u(x1 ) u(x2 )
= α + β . (3.2)
y x1 x2
u(x1 )
On remarque que pour les formules de type produit ou fraction, il faut considérer les incertitudes relative .
x1
Si une des incertitudes relatives est au moins 10 fois plus grande, avec les mises au carré dans la formule, son effet
sera au final 100 fois plus importante.
Propriété. Dans les formules de types produit ou fraction, on parle d’incertitude prépondérante si une des incer-
titudes relatives est 10 fois plus grande que les autres. Dans ce cas, on peut négliger les autres incertitudes.
Définition. Un algorithme utilisant la variabilité d’une mesure pour simuler un calcul d’incertitude fait parti des
algorithmes de type Monte-Carlo.
Remarque : Les algorithmes de Monte-Carlo sont nombreux et ont de nombreuses applications. Leur
point commun est qu’ils sont basés sur un processus aléatoire simulé informatiquement.
4 La régression linéaire
4.1 Principe
Définition. Prenons des listes de mesures x et y avec leurs incertitudes. La régression linéaire est une opération
mathématique qui consiste à trouver les meilleurs cœfficients a et b tels que axi + b soient les plus proches en
moyenne des points de mesures yi .
Remarque : En toute rigueur, il faudrait parler de régression affine et non pas linéaire.
Une régression linéaire permet de trouver la « meilleure droite » modélisant le mieux le comportement de ces
points. Mathématiquement, on peut optimiser par un calcul dit « des moindres carrés » ce procédé.
L L L Attention ! Le coefficient r 2 n’a aucun intérêt pour valider un modèle physique ou pour estimer des incertitudes-
type. Pour vous convaincre que le coefficient r2 ne permet en rien de juger une régression linéaire, on peut regarder
la vidéo suivante (dans laquelle le coefficient « cor » correspond au r) :
https://youtu.be/It4UA75z_KQ
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Dans tous les autres cas, on peut estimer la variabilité de a et b par une simulation Monte-Carlo.
Remarque : Dans ce second cas, si le calcul de l’écart normalisé final entre la mesure de a et la valeur
attendue a une valeur plus grande que 2, c’est que le modèle linéaire n’est peut être pas optimal et qu’un
modèle avec un b non nul serait préférable.
Remarque : On rappelle que l’incertitude-type est une estimation de la variabilité de la mesure. Ainsi,
il est naturel que les points expérimentaux soient éloignés de la valeur de la modélisation de quelques
incertitudes-type.
Si l’on constate par exemple que les points ressemblent plus à une parabole qu’à une droite, la régression linéaire
ne sera pas l’outil approprié.
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I Exemples
À l’aide de python, on a simulé à l’aide d’une méthode Monte-Carlo les incertitudes composées de :
. une fréquence connaissant la période ;
. une longueur entre deux points connaissant leurs positions ;
. une célérité connaissant une fréquence et une longueur d’onde ;
. une célérité connaissant la période de l’onde et la position de deux nœuds séparant 10 longueurs d’ondes ;
. une distance focale connaissant les positions de l’objet et de l’image.
Tous ces exemples sont regroupés dans un Google Colab disponible en cliquant ici 1 .
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I Exemple
Lorsqu’un métal est éclairé par un rayonnement ultraviolet ou proche ultraviolet, des électrons sont extraits du
métal : c’est l’effet photoélectrique. On considère une plaque de baryum éclairée par une lampe spectrale au mercure.
Un système de filtres permet de sélectionner une longueur d’onde particulière λ émise par la lampe. Un dispositif
expérimental indépendant permet de mesurer l’énergie cinétique Ec des électrons extraits de la plaque de baryum.
On récapitule ci-dessous les valeurs mesurées. L’incertitude-type de l’énergie cinétique est de 0.05 eV.
L’énergie cinétique des électrons extraits d’un métal éclairé par une onde électromagnétique de fréquence ν s’écrit :
Ec = h(ν − νs ) (5.1)
2. https://bit.ly/3A4ieqh
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