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44
Thomas Pikandieu-Gomis
Thomas Pikandieu-Gomis
Donner sens à son mariage
Oser le mariage religieux, coutumier et civil
Le mariage a-t-il encore un sens de nos jours ? Hier comme Donner sens
à son mariage
aujourd’hui, on lui donne diverses représentations selon les
usages et coutumes des peuples. Réalité humaine et terrestre, se
pose alors la problématique de sa sacralité, de son sérieux entre
son accomplissement selon la foi chrétienne et selon la coutume
et l’état civil. En cherchant à montrer la juste valeur de ces
accomplissements du mariage, cet ouvrage présente des points Oser le mariage religieux, coutumier et civil
de repère essentiels théologiques, spirituels et anthropologiques,
capables de répondre à la question du sens du mariage.
Dès lors le mariage apparait comme une réalité inculturée, aussi
Donner sens à son mariage
dans une reconnaissance des réalités authentiques d’une culture
déterminée, l’auteur tente d’ouvrir un chemin d’inculturation
pour la célébration du mariage chrétien en Afrique. Il faudra
alors qu’en Église l’on puisse insister sur le sérieux du mariage
coutumier et civil, là se situe le vaste et important domaine de la
pastorale au sujet de l’alliance matrimoniale.
Thomas Pikandieu-Gomis est moine-prêtre bénédictin sénégalais de
l’abbaye Cœur Immaculé de Marie, dans la commune de Keur Moussa
au Sénégal. Il est coauteur du livre Actes du colloque – Penser la veille,
L’Harmattan, collection Croire et savoir en Afrique, produit à l’occasion
du cinquantenaire de l’abbaye de Keur Moussa. Coauteur également du
livre Laïcité et défense de l’État de droit, Collection des Actes de colloques
de l’IFR, Université Toulouse 1 Capitole.
Préface de Dom Michel Jorrot
Illustration de couverture : © Dom Georges Saget « les Noces de Cana » détail des fresques de
l’église abbatiale des moines de Keur Moussa - Sénégal.
ISBN : 978-2-14-031187-1
Les impliqués
É diteu r
21,50 €
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Les impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public
des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les
domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Pellegrini (Rudolf), Journal d’un jeune toubib parmi les
Berbères. Goulmima 1955-1958, 2023.
Efira (Delphine), Le tango de la sultane juive, 2023.
Sabourdy (Philippe), Ukraine ou le droit d’exister, suivi de
Traces d’un conflit intérieur, 2023.
Poliquin (Laurent), L’acharnement des ruines, 2023.
Dalgalian (Gilbert), Utopies salvatrices. Pour une politique de
la vie, 2023.
Robin (Jean-Paul), Au nom du père, 2023.
Bontinckx (Christian), Le temps du rêve, 2023.
Pululu (Jean-Marie) (dir.), Vade-mecum des administrateurs
gestionnaires des organisations de santé, 2023.
Matar (S.), À la recherche d’Eva, 2023.
Lobacthev (Boris), Impasse sur le haut. Mal lui prit de dépasser
la taille d’une fourmi, 2023.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
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Du même auteur
(Auteur) Ils se sont dit Oui : Devant Dieu et les Hommes,
TRAMA IMPRESIONES, Pérou, 2022, (tirage limité).
(Co-auteur) Laïcité et défense de l'État de droit,
Colloque Université Toulouse 1 Capitole,
Presse universitaire Toulouse 1 Capitole, 2019.
(Co-auteur) Actes du Colloques, Penser la veille.
L'Harmattan, collection Croire et Savoir en Afrique, 2013.
© L’Harmattan, 2023
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
[Link]
ISBN : 978-2-14-031187-1
EAN : 9782140311871
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« Lorsqu’une société veut couper l’homme de sa
transcendance, elle n’a pas besoin de s’attaquer aux
édifices des églises et des religions, il lui suffit de
dégrader la relation entre l’homme et la femme. »
Christiane SINGER, Du bon usage des crises, 2015. Albin Michel
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DÉDICACE
- À Marie Angèle et Pierre, êtres d’exception que la
providence divine a uni par les liens sacrés du mariage,
pour me propulser à l’existence. Sans vous, ce modeste
ouvrage n’aurait pas vu le jour.
- À toi Julien Vincent (+), frère bien aimé, tu n’as pas
attendu pour me lire. Pourtant tu te souciais tant de
régulariser ta situation matrimoniale. À présent là où tu es,
les hommes ne prennent point de femmes, ni les femmes
de maris. Repose en paix !
-Aux amis et aux Oblats de Keur Moussa
- Aux couples de l’équipe « Sainte Famille »
- À la communauté JeunEspérance (Couples et Familles
Espérance)
- Au groupe Enfants de Marie et de Joseph
- À vous tous qui m’avez donné tant d’expérience,
PAIX et JOIE
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REMERCIEMENTS
Qu’il me soit permis de dire merci :
À Mgr Ernest SAMBOU, Évêque de Saint Louis, à
Dom Philippe CHAMPETIER de RIBES premier père
abbé de Keur Moussa, à Dom Ange Marie NIOUKY son
successeur et à l’actuel père abbé, Dom Olivier Marie
SARR, qui m’ont une fois ou l’autre encouragés à écrire.
À Dom Michel JORROT, abbé de l'abbaye Saint
Maurice de Clervaux au Luxembourg, d’avoir bien voulu
préfacer ce modeste ouvrage, et à Dom Henri
DELHOUGNE moine de Clervaux, pour leurs lectures
patientes et leurs corrections. Je ne saurai passer sous
silence mon édifiant et agréable séjour à l’abbaye de
Clervaux, où votre généreuse hospitalité a contribué à ma
formation humaine et spirituelle. Je vous en suis très
reconnaissant chers pères et frères.
À toutes les personnes qui ont apporté leurs généreuses
contributions multiformes, en vue de l’édition de ce livre,
en particulier à M. Martin BOMBOH, et à Martine
CHARPENTIER.
Merci
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Imprimatur Nihil obstat de Dom Olivier Marie SARR,
Abbé de l’abbaye Cœur Immaculé de Marie
Keur Moussa-Sénégal
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PRÉFACE
Tout ce qui concerne les comportements humains
mérite d’être toujours mieux connu. Car savoir le sens des
choses, c’est pouvoir apprécier leur valeur et leur place
dans l’immense champ des réalités proprement humaines.
Le mariage en est une !
Aussi quel défi, le père Thomas GOMIS, moine-prêtre
de l’Abbaye sénégalaise de Keur Moussa, n’a-t-il pas
relevé en proposant cet ouvrage sous le titre : Donner sens
à son mariage. Il s’agit en fait d’une vraie question, d’une
question essentielle. Qui douterait qu’à l’heure actuelle le
sens du mariage semble s’évanouir en une multitude
d’approches faisant disparaître les éléments les plus
authentiques de la valeur du mariage, de sa vérité ? Il est
donc très opportun et même urgent de présenter les points
de repères essentiels capables de répondre à la question du
sens du mariage. Ainsi, sera précisé le sens des mots eux-
mêmes. Quelle confusion quand les mots perdent leur sens
précis et qu’ils en viennent à désigner tout autre chose
selon divers contextes sociaux-culturels. Autrement dit :
de quoi parlons-nous ?
Pour le père Thomas, il ne s’agit pas de donner
arbitrairement un sens au mariage. Il entend expliquer le
vrai sens du mariage dans ses dimensions proprement
humaines et chrétiennes.
Ainsi, quatre parties structurent son ouvrage. Elles
explicitent ce qu’il faut entendre par sens du mariage.
Cela pourra encourager et réconforter ceux qui s’efforcent
de comprendre et surtout de vivre le mariage, si inscrit
dans la condition humaine.
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Quantité de publications ont vu et verront le jour sur ce
thème. De nouvelles questions ont été soulevées par des
changements, tant dans le vaste domaine de la sociologie
que de celui des investigations médicales. Il s’en est suivi
des enseignements divergents et des présentations morales
incompatibles avec la morale chrétienne.
Cependant, notre Auteur va plus loin. Car, le sens du
mariage éclaire nécessairement celui de la famille.
L’amour des époux n’est-il pas, avec l’expression de leur
communion, la source de la vie de relations qui caractérise
au plus la réalité interne de la famille ?
Or, à l’évidence, le mariage comme la famille, sont des
réalités essentiellement humaines. Sous cet aspect, leurs
liens avec les caractères spécifiques d’une culture sont
indéniables, sinon incontournables. Certes, la nature
humaine comme telle est la même sous toutes les latitudes,
mais quelle diversité dans ses expressions vitales ! C’est
vers cette reconnaissance des réalités authentiques d’une
culture déterminée que le père Thomas a orienté une
grande part de son propos. Un chemin d’inculturation
s’ouvre dès lors pour la célébration du mariage chrétien
lui-même.
Ainsi, la 1e partie de ce livre s’ouvre sur l’évocation de
l’origine divine du mariage. Ensuite, un parcours
historique permet de percevoir les éléments communs de
la pratique humaine du mariage dans le monde antique.
Précieux apport pour admettre des modalités particulières
en des temps différents !
La 2e partie aborde directement les origines bibliques et
anthropologiques de cette institution. Ce point de départ
est essentiel, comme nous l’avons dit, pour savoir de quoi
on parle. Les sources de cette première approche sont
incontournables pour ouvrir la voie à une réflexion qui
14
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puisse aboutir effectivement à la saisie du sens du
mariage. Fondamentalement, l’acte du Créateur
concernant l’homme et la femme, sera toujours la
référence initiale à tous les niveaux où le mariage est
considéré dans sa richesse humaine et sacramentelle.
L’indissolubilité du mariage chrétien n’est pas étrangère à
sa première qualité humaine.
La 3e partie en vient à prendre directement en
considération ce qui est impliqué dans le rite traditionnel
africain en général et sénégalais en particulier, de façon à
lui donner une place dans le contexte de la célébration
religieuse. Cette place n’est pas seulement celle d’un ajout
contribuant à donner une couleur locale, mais celle d’un
contexte culturel hautement significatif du point de vue
humain. Une manière de comprendre et de vivre la réalité
si riche du mariage selon une interprétation, ici
sénégalaise, est susceptible de corroborer le sens du
mariage chrétien lui-même. C’est donc l’occasion de
cerner les conditions canoniques du mariage et d’évaluer
les comportements culturels dignes d’y être associés.
Enfin, la 4e partie s’attache à présenter le sens spirituel
du mariage, dans son contexte ecclésial le plus large.
L’amour des époux implique un témoignage de l’Évangile
face aux épreuves de la vie et aux programmes de société
pouvant s’opposer aux finalités du mariage. En regard de
tout cela, l’éducation revêt une importance considérable
tant en ce qui concerne l’action éducatrice que la réception
de cette éducation. Le contexte actuel de la société rend
encore plus déterminant le rôle de l’éducation.
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On appréciera combien cet ouvrage puise dans
l’Évangile son intention essentielle : faire mieux
comprendre que « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le
sépare pas ! » (Mt 19, 6).
Dom Michel JORROT
Abbé de Clervaux
Dimanche 21 août 2022
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AVERTISSEMENT
Ce modeste ouvrage, « Donner sens à son mariage »,
s’adresse à ceux qui se préparent au mariage religieux
catholique, et aux jeunes mariés, pour les aider à mieux
prendre conscience de cette vocation propre qu’est le
mariage. Le contenu, n’est pas une étude archéologique du
mariage, ni une étude anthropologique ou sociologique du
mariage, ni une étude du mariage dans le droit canonique,
ni essentiellement une théologie du mariage, même si le
lecteur aura l’impression d’avoir à faire à toutes ces
disciplines. On comprendra que le mariage renvoie
simultanément à des conceptions d’ordres religieux,
culturels et juridiques. Le lecteur constatera aussi que les
sous-thèmes abordés ne sont pas exhaustifs. Ce travail se
veut avant tout, une démarche pastorale élargie pour aider
des fiancés et des jeunes mariés catholiques, à donner
davantage un sens à l’alliance matrimoniale à laquelle ils
s’engagent. Notre démarche se veut aussi une invitation à
chercher et à trouver des solutions pour maintes
interrogations au sujet du mariage tel qu’il est vécu
aujourd’hui, surtout dans notre contexte africain, et
sénégalais en particulier, tout en soulignant la pensée de
l’Église. Cela n’exclut pas de voir ce qui se fait ailleurs.
Puisque malgré la diversité des pratiques, il y a tout de
même des traits communs et permanents 1
En effet, devant la gravité des conséquences du
mariage, en particulier du mariage sacramentel, et
spécialement en ce qui concerne l’indissolubilité, on doit
se poser des questions sur les conditions dans lesquelles
est conféré habituellement le sacrement de mariage. Aussi,
par soucis d’une bonne préparation en voulant suivre les
1
(CEC n° 1603).
17
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directives des canons annotés 1063–1065 qui indiquent
« qu’il faut donner aux fiancés […] une catéchèse aussi
bien de la doctrine sur le mariage et sur la famille, que du
sacrement et de ses rites, des prières et des lectures, de
sorte que les contractants puissent célébrer leur mariage
consciemment et avec profit » 2. N’est-ce pas là donner du
sens à son mariage pour un catholique ?
2
CODE DE DROIT CANONIQUE, Bilingue et annoté, Wilson-
Lafleur, 3ème édition corrigée et mise à jour, deuxième tirage révisé. P
923
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INTRODUCTION
L’un des défis majeurs de l’Église est de préserver cette
vieille institution qui engendre la cellule de base de la
convivialité humaine, la famille, et de répondre aux
besoins des couples chrétiens, face à la crise du mariage
dans la conception et dans l’expérience vécue. On assiste à
une banalisation des engagements pris au mariage, et aussi
à la manipulation idéologique qui gravite autour : mariage
pour tous, cohabitation sans aucun engagement. Aussi, sur
cinq mariages, trois se soldent par un divorce.
Pourquoi donner du sens à son mariage, comme si ceux
qui se marient, même légalement, n’en donnaient aucun ?
Il y aura toujours une raison pour se marier. Après une
petite enquête auprès de jeunes fiancés, pour la plupart
cela leur paraît clair : « Je me marie pour fonder un foyer,
pour me donner une descendance et à ceux qui m’ont mis
au monde ». « Je me marie parce que c’est la loi de la
société, de toute société qui se veut pérenne ». D’autres
cherchent absolument à se marier, parce que « les
camarades se marient un à un, je ne veux pas être en reste ;
il faut que je fasse comme les autres ». Pour d’autres
encore c’est juste pour se caser, leur mariage est un
mariage de raison. Comme le soutient un adulte d’une
cinquantaine d'années, après un concubinage qui lui a
donné deux grands enfants. Séparé de sa compagne, il
épouse à l’Église une femme qui avait eu la même
expérience que lui, avec de grands enfants de son côté
également. Peu de temps après leur mariage religieux, le
couple éclate par un divorce. Et l’homme n’a pas trouvé
d’autres mots que de dire : « C’était un mariage de raison,
il n’y avait pas vraiment d’amour, j’en étais conscient ».
Mais pour la plupart, on se marie parce que l’on est tombé
amoureux, et il faut reconnaître que tout mariage d’amour
19
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est aussi un mariage de raison. On doit avoir des raisons
d’aimer l’autre, mais quelles raisons ?
Enfin, un musulman d’un certain âge nous disait : Le
mariage est « farata », c’est-à-dire une obligation chez les
musulmans 3, parce que la religion nous le demande -dit-il-
mais on aurait pu faire uniquement des enfants et s’en
passer ; le mariage est parfois très douloureux à vivre ; et
les femmes se font toujours désirer, c’est cela qui nous
fatigue, elles sont compliquées conclue t-il. Bien entendu
cela n’engage pas sa religion, mais il donne son opinion
sur les difficultés de vivre parfois le mariage.
Ce sont là autant de sens, ou plutôt des raisons que l’on
peut se donner pour le mariage ; ainsi pour la plupart des
jeunes interrogés, on se marie par amour, par principe, par
devoir, par mimétisme et donc parfois sans amour, et sans
aucune conviction profonde, c’est tout juste une valeur
que l’on ajoute à notre vie, pour une certaine assurance ou
considération sociale. Mais tout cela est-il suffisant ?
Toutefois, on ne peut perdre de vue que le but et l’objectif
du mariage chez les humains en général, est la
reproduction de l’espèce.
On pourrait se dire que l’homme n’a pas beaucoup
changé, si telles sont les raisons que l’on donne au
mariage. Dans l’antiquité grecque, un citoyen athénien se
marie essentiellement pour avoir des enfants, et de
préférence des enfants mâles, pour perpétuer le culte des
ancêtres. Et rien, dans la préparation ni dans les rites du
mariage, ne met l’accent sur l’affection et l’amour mutuel
des époux.
3
En Islam, il y a des actes dits Sunna, c’est-à-dire relevant de la
tradition et les pratiques du prophète islamique, et d’autres dits farata,
c’est-à-dire à caractère obligatoire. Certes le mariage reste une
obligation pour les musulmans, cependant tout le monde n’est pas
tenu de se marier s’il ne remplit pas certaines conditions requises pour
le mariage.
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À Sparte, le souci d’eugénisme prédomine, allant
jusqu’à permettre au mari âgé d’une jeune femme
d’introduire auprès d’elle un jeune homme afin qu’elle en
ait des enfants sains et vigoureux 4.
Dans notre monde contemporain, les notions les plus
élémentaires du mariage sont parfois oubliées, voire
négligées. Il n’est pas inutile de rappeler que la Révélation
biblique et la religion chrétienne véhiculent une haute idée
du mariage. L’union de l’homme et de la femme devant
Dieu et leurs semblables n’est ni un piège, ni un « faute de
mieux », ni une nécessité insignifiante selon le pape
Benoît XVI 5. Aussi la plupart de nos contemporains
catholiques se marient en reconnaissant les propriétés
essentielles du mariage telles que nous l’enseigne l’Église,
à savoir : l’unité du mariage concernant et un seul homme,
et une seule femme, les époux resteront unis jusqu’à ce
que la mort les sépare. Comme on dit d’une manière
profane : « Nul n’est censé ignorer la loi », mais seulement
nombre de nos jeunes contemporains aussi sont immatures
pour contracter un mariage sacramentel, parce que les
dispositions du cœur requises pour que le sacrement
confère effectivement la grâce à laquelle il est ordonné,
font bien souvent défaut. Le mariage requiert une bonne
préparation.
Dans ce modeste ouvrage que nous proposons, nous
verrons que le mariage apparaît comme un phénomène qui
évolue selon les peuples, les cultures, les époques. De
manière résumée, nous verrons également le laborieux
travail de réglementation, que l’Église a fait au cours de
4
Article du net intitulé « Mariage dans la Grèce antique ». Auteurs:
Sarah B. Pomeroy, Stanley M. Burstein, Walter Donlan,
Jennifer Tolbert Roberts, Tandy et Tsouvala, A Brief History of
Ancient Greece : Politics, Society, and Culture, New York,
NY, Oxford University Press, 2019, p. 448.
5
BENOIT XVI, Voici quel est votre Dieu, Entretien avec Peter
Seewald, Mame-Plon,
21
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son histoire, au profit du mariage. Et l’Église continue à
écouter ce que l’Esprit lui souffle à l’oreille au sujet de
cette vieille institution qu’est le mariage ordonné par Dieu.
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PREMIÈRE PARTIE :
AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE MARIAGE
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CHAPITRE I :
LE MARIAGE, UNE INSTITUTION
HUMAINE ET SOCIALE DE L’ANTIQUITÉ
À NOS JOURS
Institution voulue par Dieu, pour l’être humain
On en convient, le mariage est une vieille institution
naturelle, avant même d’être une institution sacramentelle.
C’est-à-dire, qu’il est une réalité humaine et terrestre,
inscrite dans le tréfonds de notre humanité et donc dans le
projet de la création 6. Cependant, d’origine divine, le
mariage était déjà une réalité sacrée avant d’être élevée
comme sacrement par le Christ.
Le mariage représente le groupement humain le plus
fondamental. Comme communauté de vie, il a :
-Une fin première qui est « l’accomplissement mutuel
des époux comme individus » : les époux s’entraident, ils
s’aiment complémentaires l’un, l’autre ; participants au
même festin par les noces, ils deviennent solidaires par le
destin, ils se soutiennent moralement par une affection
réciproque. Voilà qui donne un sens profond au mariage,
et nous voyons la différence avec les mariages sans
amour, évoqués dans l’introduction.
- La procréation de nouveaux sujets humains, comme
fin seconde. C’est ici que l’homme diffère des animaux, il
ne s’agit pas uniquement de la conservation de l’espèce,
en multipliant les individus, mais, un des biens importants
du mariage, est l’éducation de ces individus nés du
mariage, pour en faire de nouvelles personnes.
6
Gn 1, 22-28 ; 2, 8-23.
25
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Notons qu’avant Vatican II, on faisait passer comme fin
première, la procréation, et l’accomplissement mutuel des
époux comme fin seconde.
Dieu a créé l’homme et la femme différents pour un
but : la communion dans la diversité pour une « altérité
fondatrice » 7. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, il
lui faut une aide » (Gn 2,18). C’est pourquoi, le mariage n’est
pas une institution purement humaine, même si au cours
de l’histoire, sont apparues des variations, selon les
différentes cultures, structures sociales et attitudes
spirituelles. Malgré la diversité des pratiques, il y a tout de
même des traits communs et permanents 8, comme nous
l’avons dit dans l’avertissement de cet ouvrage.
Le mariage dans l’Antiquité
Le mariage en tant que telle, a d’abord existé comme
réalité religieuse païenne, c’est-à-dire qu’il se célébrait
avec des rites d’une religion traditionnelle, et aussi se
célébrait civilement dans différentes civilisations, avant
d’être une célébration proprement chrétienne, puisque le
christianisme s’est introduit plus tard.
Selon les travaux de l’égyptologue, Guillemette
ANDREU, chez les Égyptiens de l’Antiquité, le mariage
se définit comme un désir d’habiter ensemble, homme et
femme sous un même toit, et faire des enfants. « Posséder
une maison, prendre une épouse, avoir des enfants, assurer
le bien-être et la prospérité du foyer sont les aspirations les
plus répandues dans la société ». C’est aussi fréquemment
au sein de la même communauté, et plus souvent du même
village, que les futurs époux se rencontrent. Il est mal
7
F. DE MUIZON, Homme et Femme, l’altérité fondatrice, Paris, Ed. Du
Cerf, 2008, p. 147.
8
Catéchisme de l’Église Catholique (CEC), Paris, Mame/Plon, n°
1603.
26
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venu de prendre une étrangère ainsi qu’une femme de
classe sociale différente.
Toujours selon ANDREU, « la jeune femme choisit
elle-même son mari, elle garde son nom et ses biens
propres, elle est aussi libre de divorcer. Il est même attesté
qu’il existait des contrats de mariage « à l’essai » pour une
durée indéterminée. Les hommes se marient autour de
vingt ans, les jeunes filles plus tôt, entre quinze et dix-huit
ans. Les mariages entre cousins sont pratiqués, mais sont
exclus les mariages entre enfants nés du même lit ».
Aucune cérémonie n’a lieu, l’originalité du mariage ‘à
l’égyptienne’ consiste à ce que « les deux époux se
promettent fidélité et se disent : « Je te prends pour
époux » devant quelques membres de la famille pour la
circonstance 9.
C’est également en fonction des biens matériels d’un
jeune homme, qu’un père acceptera ou non de donner sa
fille en mariage. Bien que l’union repose en partie sur
l’intérêt économique, une grande place est laissée aux
sentiments amoureux 10.
Chez les Romains et les Grecs de l’Antiquité, avec
quelques légères variantes, le mariage est considéré
comme une réalité sacrée, d’ordre familial, rattachée à la
« religion du foyer » dont le père de famille est le prêtre.
Ici, les Romains s’adressent aux dieux lares, mânes et
pénates on dirait dans le jargon charismatique
d’aujourd’hui, idolâtres.
Le rituel de ces pratiques antiques se faisait en trois
étapes :
- La première, c’est que la fille reçoit un voile dans la
maison paternelle, d’où le passage du mot « nubere =se
9
Guillemette ANDREU, Les Egyptiens au temps des pharaons, éd.
Hachette, ch. 1, p17-39.
10
C. SALLES, Histoire du mariage : Entre raison et fortune, la place
de l’amour ?, Paris, Ed. De la Martinière, 2001, p. 215.
27
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voiler » au sens de se marier. Et vous comprenez aussitôt
l’origine du voile de la mariée dans nos célébrations
d’aujourd’hui. Il y a aussi l’offrande du sacrifice aux
dieux domestiques que les Romains appelaient
couronnement. Pour clore cette première étape, la jeune
mariée est remise à son mari par son père, en joignant les
deux mains des mariés. Ce qu’ils appellent le transfert =
sponsio (d’où les épousailles).
- Aussitôt après, la jeune fille, quittant la maison de son
père, est conduite vers celle de son mari ce qu’ils appellent
« domum-ductio ».
- Et enfin, la dernière étape consistait en l’entrée de la
jeune mariée, dans la maison du mari, ce dernier simulant
un rapt, fait franchir le seuil à sa femme en le portant dans
ses bras.
Une fois dans la maison, la fiancée est conduite devant
l’autel domestique, est arrosée d’eau lustrale et est invitée
à toucher le feu sacré. Elle était donc reçue dans la
communion de l’eau et du feu. Le feu était le symbole des
ancêtres disparus, des dieux domestiques. Puis le mari
offrait le sacrifice, et pour achever le rituel, les époux
devaient partager du pain sacré au miel. 11 Ce pain sacré
inspire le gâteau nuptial, que les époux doivent couper et
manger ensemble dans nos célébrations d’aujourd’hui.
Quant aux Grecs, ils employaient le mot epistion, ce
qui entoure l’âtre, le foyer sacré, le symbole permanent
des divinités domestiques. Ainsi la famille antique était
par définition une communauté religieuse 12.
Notons bien que, si l’on compare les usages du mariage
des barbares (les peuplades germaniques qui envahirent la
11
[Link], La civilisation romaine, Paris, Flammarion, 1981,
réédité en 1998, p. 92. Du même auteur, Rome et l’Amour, Paris,
Robert Laffont, 2007.
12
E. SCHILLEBEECKX, Le mariage : Réalité terrestre et mystère de
salut, Tome I, Paris, Ed. Du Cerf, 1966, p. 210.
28
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Gaule, puis l’Espagne et l’Italie du nord), avec ceux des
Romains et des Grecs, on dirait que les usages des
premiers sont plus divers et moins précis que ceux des
seconds. Cependant on ne peut occulter que les usages
barbares ont joué un certain rôle dans l’élaboration du
mariage chrétien. Parmi les particularités de ces usages, on
peut relever l’importance de la transaction entre le père
(ou le tuteur) et le fiancé qui donne lieu à un échange
d’arrhes et à la dot. Chez les chrétiens, ceci avait lieu en
général au moment des fiançailles. Remarquons aussi que
le mariage, chez les Égyptiens de l’Antiquité, avait au
moins un point commun avec le mariage tel qu’il est
entendu dans la religion catholique. C’est le choix mutuel
des mariés – A quelques différences près, l’âge requis
pour se marier. Pour l’Église c’est au moins 16 ans pour le
garçon, et la fille 14 ans. Encore un dernier aspect de
ressemblance avec une variante, c’est que les époux
Égyptiens de l’Antiquité se promettent fidélité uniquement
dans l’intimité de la famille, ce qui était le cas pour les
chrétiens des premiers siècles, et ce n’est que plus tard que
ces derniers se marient devant Dieu et l’assemblée de
croyant. C’est ce que nous allons voir à présent.
Le mariage chrétien des premiers siècles
Dans la Rome antique avant notre ère, entre le VIIe et le
e
V av. J.-C., il y a eu des mutations dans les célébrations
du mariage. On se mariait de moins en moins à la maison,
la cérémonie est transférée dans le temple des dieux de la
cité. Les rituels domestiques avaient disparu, et donc les
traditions familiales cédaient la place aux lois de la cité.
Le mariage commence à devenir une institution de la
société civile séparée du religieux. Malgré ces mutations,
les chrétiens avaient adopté les rites du mariage selon les
usages des pays où ils se trouvaient ; et donc des nouveaux
29
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convertis au christianisme n’avaient pas de raison de
rompre avec les usages familiaux ou ceux de la cité, sauf
en ce qui relevait de l’idolâtrie 13.
La célèbre Épître à Diognète, écrite au IIe siècle de
notre ère, nous renseigne : « Les chrétiens ne se
distinguent pas des autres hommes ni par le pays, ni par le
langage, ni par le vêtement… Ils se conforment aux
usages locaux pour la manière de vivre, tout en
manifestant les lois extraordinaires de leur république
spirituelle. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des
enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés 14 ».
Les Romains, inventeurs du droit ont su, mieux que les
Grecs, réformer le système matrimonial. Car jusqu’ici le
mariage portait les traces du péché de l’homme : par la
conception mercantile du mariage, par exemple en
achetant la femme, l’exploitation de celle-ci par l’homme,
le mariage forcé, sans amour, juste à des fins de
procréation, et de préférence des enfants masculins, etc.
Et il y avait aussi cette autre réalité étrange, comme le
note le théologien Flamand Schillebeeckx (+2009) : «
Chez les Grecs, aussi bien que chez les Romains, le
mariage ne trouvait pas sa raison d’être dans une sorte
d’intersubjectivité conjugale ; il ne se rattachait pas
directement au désir d’avoir des enfants et de fonder une
famille, ni à l’autorité paternelle ou maritale : le mariage
était lié à la religion du foyer, au ‘focus patrus’ » 15.
Désormais, la nouvelle loi romaine se basait sur le
consentement mutuel par amour des époux, pour valider
leur union au niveau civil. Et les chrétiens des premiers
siècles se sentaient à l’aise avec ce nouveau cadre
juridique, puisque dans sa vision religieuse, le
13
TERTULLIEN, De Corona, 7 et 13.
14
Epitre à Diognète, 1, 4.
15
E. SCHILLEBEECKX, Le mariage - Réalité terrestre et mystère de
salut, p. 210.
30
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christianisme prône ce genre de mariage, et pas tant de la
civilité de la pratique, que du consentement libre des
époux. L’Église tenait surtout à protéger d’une manière
religieuse le mariage des chrétiens contre la passion,
contre toute autre déviation. C’est ainsi que vers 110, saint
Ignace d’Antioche écrivit à saint Polycarpe, évêque de
Smyrne : « Il convient aux hommes et aux femmes qui se
marient de contracter leur union avec l’avis de l’Évêque,
afin que leur mariage se fasse selon le Seigneur et non
selon la passion. Ceci a pour but de sauvegarder la fidélité
conjugale, mais aussi d’identifier le mariage aux noces du
Christ et de l’Église : Dis à mes sœurs d’aimer le Seigneur
et de se contenter de leurs maris de chair et d’esprit. De
même recommande à mes frères d’aimer leurs femmes
comme le Christ a aimé l’Église » 16.
Petit à petit les chrétiens des premiers siècles se
détachaient du droit romain qui présentait bien des failles,
notamment, il autorisait le divorce. Aussi, le droit romain
interdisait le mariage d’esclave avec une personne de libre
condition. Probablement à la même époque, saint Paul
écrivit aux chrétiens de Galates : « En effet, vous tous que
le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ, il
n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme
libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne
faites plus qu’un dans le Christ Jésus » 17. On dirait dans
notre contexte sociologique sénégalais : Amoul guèr
amoul guéwél, mbeuguèl mo am, « Il n’y a ni noble, ni
griot, c’est l’amour qui compte ». Il faut dire qu’au
Sénégal, depuis des temps anciens, un noble n’épouse pas
une griotte, ou un descendant d’esclave, ni une griotte
n’épouse un forgeron. On le voyait surtout dans la société
16
IGNACE D’ANTIOCHE, Lettre à Polycarpe, 5, 2, cité par E.
SCHILLEBEECKX, op. Cit. p. 219.
17
Gal 3, 28.
31
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Wolof 18 assez castée et aussi chez les Sérères 19. Cette
mentalité perdure encore dans certains milieux. Cela
bloque ou annule parfois bien des projets de mariage,
surtout que les concernés s’aiment et se sont déjà choisis.
Pour preuve, vers les années 1979-1980, en plein quartier
urbain de Dakar, un jeune homme forgeron de caste,
sortait à l’insu des parents avec une jeune fille griotte de
caste. Un enfant finit par naître de leur flirt, ils ont voulu
se marier, mais les parents s’y opposent catégoriquement,
ces deux castes ne doivent pas se marier, leur dit-on. Et
d’une manière récente, en juillet 2019, un jeune catholique
sérère du Sine 20 est venu nous voir désemparé, nous
disant : « Mon père, j’ai un problème. Je sortais avec une
fille, et je l’aimais beaucoup. J’envisageais de l’épouser,
mais ma mère m’a formellement interdit de l’épouser,
parce que, dit-elle, je suis issu d’une lignée noble quant à
elle, sa lignée est griotte. Je ne savais pas tout cela, et cela
me trouble actuellement. J’ai du mal à abandonner cette
fille, c’est comme si je la trahissais ».
Le pape saint Calixte (217–222), qui a été esclave et
avait été affranchi, une fois élu Pape, avait autorisé un
mariage d’esclave avec une personne libre, à l’encontre de
la loi romaine en vigueur. Et nous connaissons le reproche
que lui avait fait saint Hippolyte de Rome, comme la
bénédiction d’une fornication. Mais la miséricorde
prévalut, puisqu’au nom de celle-ci, l’Église catholique
des premiers siècles intégra ce genre de mariage et le
classa comme mariage secret, c’est-à-dire contracté avec
la permission de l'évêque, mais sans la loi civile de Rome.
18
Groupe ethnique influent au Sénégal.
19
Un autre groupe ethnique du Sénégal
20
Région du Sénégal située au nord de la Gambie et au sud de la
petite côte, à peu près au centre du pays.
32
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Mais dans tout cela, le rite même du mariage chrétien
n’était pas encore précis 21.
Nous cheminons vers la précision du mariage chrétien,
en abordant dans la deuxième partie de notre travail, le
fondement biblique et la théologie du mariage.
Abbé J.-[Link], Le sacrement de mariage, éd. François
21
Xavier de Guibert, p. 352.
33
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DEUXIÈME PARTIE :
FONDEMENT SCRIPTURAIRE ET
THÉOLOGIQUE DU MARIAGE
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CHAPITRE II :
LE MARIAGE DANS LA SAINTE ÉCRITURE
Le mariage n’est pas banal, son mystère se reflète à
travers toute la Sainte Écriture. La Bible s’ouvre sur la
création de l’homme et de la femme à l’image et à la
ressemblance de Dieu au livre de la Genèse au ch.1, 26-
27, et s’achève sur la vision des noces de l’Agneau dans le
livre de l’Apocalypse au ch.19, 7-9.
Le mariage dans l’Ancien Testament
Longtemps chez les peuples de la terre, le système
religieux est jalonné de mythes et de récits relatant la
relation de l’homme et de la femme, d’un mâle et d’une
femelle, tout ce qui est lié à cette réalité, à savoir : amour
passionné, mariage, sexualité, et fécondité. Par exemple le
mythe de Gilgamesh et d’Ishtar, ou celui d’Enki chez les
Sumériens et Babylonie 22. Le récit biblique a été rédigé
probablement entre le Vème et le VIème siècle avant notre
ère, sous l’influence de l’Épopée de Gilgamesh.
Il faut dire que le mythe a une dimension de
transcendance, car sa raison d’être est de donner une
valeur sacrée aux actions humaines, émanant du divin, et
sur ce plan, il a quelque chose de salutaire. « Rien n’est
donc laissé au hasard. Israël adapte, dans la Bible, les
mythes anciens des peuples qui l’avoisinent à ses besoins,
et mélange les traditions populaires. Il est vain de chercher
22
S.N. KRAMER, Le mariage sacré à Sumer et à Babylone, Paris, Berg
International, 1983, pp. 59-60.
37
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à comprendre cette œuvre » qui n’est pas neutre 23,
(autrement dit, qui n’est pas sortie de nulle part), sans tenir
compte de l’influence du culte des Perses et surtout des
Égyptiens de l’époque pharaonique. C’est dans ce sens
qu’il nous faut comprendre la création du premier couple
humain Adam et Eve, relatée dans la Bible au Livre de la
Genèse (Gn 1, 26), « car l’exigence de compréhension et de
savoir n’exclut pas, dans la recherche du sens des
Écritures, comme dans les rapports avec les puissances
invisibles, le recours à des pratiques de type rituel qui
impliquent une expérience étrangère au régime de la
croyance et de la foi » 24. Dieu n’a-t’il pas, «a maintes
reprises et sous maintes formes, parlé jadis à nos Pères par
les prophètes…» nous signale l’épître aux Hébreux. 25 Et
le Verbe était au commencement avant toute chose 26.
Cependant parmi tous les peuples, Israël, porteur d’un
message à caractère universel, a su donner au mythe un
cachet assez particulier différent des autres peuples
avoisinants 27.
Comme le note Bertrand Pinçon, « les premières pages
du Livre de la Genèse évoquent un temps mythique, le
temps d’avant l’histoire » 28. Mais ici rien n’est comparable
aux récits Perses ou Égyptiens. Pour Israël, il n’y a pas des
dieux et des déesses qui créent le monde par un
23
Il y a sans doute là un phénomène d’interpénétration des cultures et
des religions. Ici l’auteur Kramer parle d’une œuvre syncrétique.
24
Daniel Arnaud, cité dans l’Encyclopédie des religions, sous la
direction de Frédéric LENOIR et de Ysé TARDAN-MASQUELIER, tome
II, 2e éd., Bayard, 2000, p. 1650.
25
Hébreux 1,1
26
Jn 1,1
27
A. le BOULLUEC, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Paris, Seuil,
2002, p. 77 ; M. PELLEGRINO, La foi entre croyance et savoir, Turin,
Bottega d’Erasmo, pp. 17-42 ;
28
B. PINÇON, « Le couple dans l’Ancien Testament », dans Cahiers
Évangile n 155, mars 2011, pp.
38
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accouplement sacré (mariage-fécondité-génération), mais
un Dieu unique, parfois appelé le Dieu des dieux. Créateur
de tout ce qui existe par la force de sa parole. Il dit :
« Faisons l’homme à notre image » (Gn 1, 26). « Il les créa
homme et femme » (Gn 1, 27) et leur dit : « Soyez féconds
et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la »
(Gn 1, 28).
Plus que tout autre peuple de l’Ancien Testament,
Israël a su également mettre le mariage et la fécondité
sous la protection du Dieu unique. Tout repose sur la
bienveillance gratuite de Dieu. « Le mariage est délivré
des rites païens de fécondité, parce que le Dieu d’Israël est
un Dieu différent des autres dieux, aucune action magique
ou occulte ne peut le contraindre » 29. Jusqu’ici le mariage
était entouré de religiosité païenne, comme nous l’avons
vu chez les peuples de l’antiquité. On s’adressait à des
dieux (notamment le dieu de la fécondité) pour son
mariage.
Le récit de la Genèse nous montre une égale dignité
entre l’homme et la femme. Une égale dignité qui exprime
un seul amour, une symbiose (une seule vie) entre
l’homme et la femme. Désormais, ce ne sont plus des
querelles passionnées entre l’homme et la femme, le mâle
et la femelle, comme on le voit dans les mythes
mésopotamiens. Le mâle (‘îsh) a un vis-à-vis tiré de sa
côte, donc un autre lui-même, qui s’appelle femme
(‘ishshah). Ils se doivent de respecter leur vie commune,
leur même corps, « la chair de sa chair - l’os de ses os »,
c’est-à-dire un autre soi-même. Le prophète Malachie
dira : « Le Seigneur a été témoin entre toi et la femme de
ta jeunesse : tu l’as trahie, elle, ta compagne, la femme de
ton alliance. Un seul n’a-t-il pas fait la chair, et le souffle
de vie qui est en elle ? Et que recherche-t-il ? Une
29
SCHILLEBEECKX, op. Le mariage, réalité terrestre, mystère de salut,
p210
39
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descendance divine. Vous prendrez garde à votre souffle
de vie : que nul ne trahisse la femme de sa jeunesse. Car je
hais la répudiation, dit le Seigneur, Dieu d’Israël 30 ».
Dans la Sainte Écriture en l’occurrence l’Ancien
Testament, le mariage reflète l’amour tenace et la
tendresse, malgré les difficultés liées au péché et la
dégradation qui en résulte : le mariage d’Isaac et de
Rebecca bien qu’arrangé par les parents, est finalement
empreint d’amour et de tendresse : « Isaac introduisit
Rebecca dans sa tente. Il la prit, elle devint sa femme et il
l’aima (v. 67). Aussi Jacob, « pour obtenir Rachel en
mariage, servit pendant sept années qui lui parurent
comme un jour, tellement il l’aimait » 31.
On pourrait avancer dans le même sens : la délicatesse
un peu paternelle de Booz pour Ruth 32.
La tendresse d’Elkana pour son épouse stérile Anne :
« Pourquoi pleures-tu ? Est-ce que je ne vaux pas pour toi
mieux que dix fils ? » 33
Les Livres sapientiaux, qui sont un ensemble de livres
de l’Ancien Testament visant à donner un enseignement
moral et qui comprennent le Livre de Job, les Psaumes, les
Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, le
livre de la Sagesse, l’Ecclésiastique, nous fournissent un
enseignement précieux sur le mariage :
- L’idéal de « la femme parfaite » 34.
C’est d’ailleurs pour donner sens à leur lien
matrimonial, que certains fiancés, de nos jours, prennent
ce texte du livre des Proverbes, comme lecture à la Messe
de leur mariage.
30
Ml 2, 14-15.
31
Gn. 29, 20.
32
Ruth 2, 8-13 et 3, 6-14.
33
I Samuel 1, 8.
34
Pr 31, 10-31.
40
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La bénédiction nuptiale dans le rituel du mariage
catholique s’exprime en ces termes : « Regarde cette
nouvelle épouse qui demande pour elle-même tous les
biens de ta bénédiction : qu’elle ne soit que paix et
tendresse ; qu’elle se conduise comme les saintes femmes
dont parle l’Écriture ».
- Il y a d’autres aspects qui reflètent l’amour tenace,
c’est la lutte contre l’adultère et la séduction 35, la fidélité
et le bonheur familial 36 dans le livre des Proverbes.
Il reste à souligner deux grands livres modèles au sujet
du mariage : il s’agit du Livre de Tobie, sans doute un
roman édifiant, mais véhiculant une haute idée de la
relation de l’homme et de la femme devant Dieu et les
humains, et enfin du Livre du prophète Osée.
Le livre de Tobie veut nous instruire que le mariage est
un don de Dieu : La bénédiction de Ragouël : « Que le
Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob soit avec vous, qu’il
vous unisse Lui-même et vous comble de sa
bénédiction » 37. L’ange protecteur Raphaël signifiant que
c’est Dieu qui préside à la vie du couple, et montrant qu’il
ne faut avoir aucune crainte dans le mariage. Et la prière
du couple Sarah et Tobie manifeste que c’est la pensée de
Dieu qui doit présider au mariage et non la passion 38.
Quant au Livre d’Osée, il nous instruit sur la fidélité et
l’indissolubilité du mariage. Signe de l’amour
inconditionnel de Dieu pour son peuple, c’est d’ailleurs le
thème central du livre. À travers son couple, Osée nous
montre que Dieu aime notre humanité malgré les
comportements inhumains de notre monde.
Il montre également que tout mariage a son lot de
difficultés.
35
Pr 5, 2b-11 ; 6, 24-26 ; 7, 5-27.
36
Pr 5, 18-19 ; Si 26, 1-4 + 13-18 ; 36, 21-27.
37
Tobie, 7, 15-16 Vulg.
38
IGNACE D’ANTIOCHE, Lettre à Polycarpe, ibid.
41
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Même les unions faites devant Dieu, où le nom du
Seigneur a été prononcé, connaissent des moments de
tension, d’amertume. D’où les noms que le Seigneur lui
demande de donner à ses enfants : Lô-Rukhama qui veut
dire, « Pas-Aimée » amour, miséricorde et compassion, et
Lô-Ammi qui signifie, « Pas-mon-Peuple », ou bien
« compatriote » et « allié » (Os. 1, 6, 9). Mais il y a une
lueur d’espoir, une « promesse d’une ère de bonheur »
(Os. 2).
En somme l’Ancien Testament nous montre que le sens
profond du mariage est dans l’amour conjugal, un amour
tenace, plein de tendresse et de sollicitude qui doit animer
le couple, pour qu’une famille naisse et propage des biens
fondamentaux qui doivent régir toute société : l’amour,
l’harmonie et la paix. Ce que le Christ seul peut nous
donner en plénitude, car Dieu seul peut combler le cœur
de l’être humain. Le mariage procure un bonheur, mais un
bonheur qui participe à un plus grand bonheur, celui de
l’union à Dieu par le Christ.
Le mariage dans le Nouveau Testament
Le Nouveau Testament explicite le sens du mariage,
pour lui donner un souffle nouveau. L’Ancienne Alliance
trouve son accomplissement en Jésus Christ. Jésus ne
parle pas beaucoup du mariage dans la Bible, et il n’a pas
non plus déployé toute une théologie sur le sujet. Mais, il
nous montre que le mariage est l’une des manifestations
non moins importantes de ce qu’il veut nous révéler de
Dieu. Un Dieu qui appelle son peuple à établir une relation
spéciale avec lui et qui accepte de se lier par des alliances.
Ainsi, un homme et une femme établissent une alliance
avec Dieu, pour vivre ensemble comme mari et femme.
Dieu est l’une des parties dans l’alliance, l’homme et la
femme qui se marient représentent l’autre partie.
42
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Cependant, toute parole de Jésus est théologie, dans la
mesure où elle nous révèle quelque chose de Dieu. C’est
en voulant corriger l’erreur humaine, que Jésus apporte un
éclairage à propos d’un compromis sur le mariage : c’est
« à cause de la dureté de votre cœur » que Moïse vous a
prescrit un certificat de mariage. Jésus confirme la
Révélation à portée universelle du plan de Dieu sur la
relation de l’homme et de la femme : « Au commencement
de la création il n’en était pas ainsi, Dieu les fit homme et
femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa
mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus
qu’un. Ce que Dieu a uni que l’homme ne le sépare
pas » 39. Ceci veut dire que si l’homme et la femme
changent d’avis, Dieu étant partie prenante dans cette
alliance, n’a pas changé d’avis en ce qui le concerne. Une
partie ne peut rompre une alliance à elle seule. Jésus
apporte une nouvelle vision du mariage, et invite à
dépasser ce compromis dans la pratique
40
vétérotestamentaire de cette loi de Moïse .
La vision des noces, thème utilisé dans le dernier livre
de la Bible, l’Apocalypse, évoque en filigrane l’image de
l’union de l’homme et de la femme, exprimée dans la
Genèse : « Ils deviennent une seule chair ». Ainsi le
commencement et la fin de la Bible se rejoignent en
parlant d’une seule et même réalité, à double dimension :
la réalité terrestre de l’union de l’homme et de la femme
dans le mariage est l’image de l’union du Christ et de son
Église dans une charité sans faille. Et le sacrement du
mariage chrétien en est la manifestation dans l’ordre
sensible 41.
39
Mc 10, 6-9.
40
Mgr Gerhard Ludwig MÜLLER, Le mariage dans l’Ecriture Sainte,
Source [Link]. Rome, 25 octobre 2013.
41
H. BRICOUT, Le mariage entre consentement et bénédiction, Paris,
Ed. du Cerf, 2005, p.139.
43
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Saint Paul déclare clairement : « De la même façon, les
maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres
corps. Celui qui aime sa femme, s’aime soi-même. Jamais
personne n’a méprisé son propre corps » 42. De quelle
même façon les maris doivent-ils aimer leurs
femmes selon st Paul ? Ici le mariage chrétien et donc
l’amour conjugal, selon Paul, est le signe de l’union
nuptiale du Christ et de l’Église. L’Église représentant la
Nouvelle Jérusalem, l’épouse de l’Agneau, l’auteur du
Livre de l’Apocalypse nous dit : « Je l’ai vue qui
descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces,
comme une épouse parée pour son mari » 43. Et comment
le Christ a-t-il aimé l’Église ? « En se livrant lui-même
pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain
de l’eau baptismale, accompagné d’une parole », nous dit
Paul, et pourquoi le Christ s’est-il ainsi livré à l’Église son
épouse, « car Il voulait se la présenter à lui-même, cette
Église, resplendissante », en faire la plus belle des
fiancées 44. Remarque : si on se demandait d’où remonte le
bain nuptial des fiancées dans les mariages coutumiers des
peuples de l’Antiquité, et surtout des peuples africains de
nos jours, sans lien aucun avec la foi chrétienne. Nous
l’avions évoqué plus haut chez les Romains de l’Antiquité
où on asperge la mariée d’eau lustrale. Et ce bain est suivi
du revêtement de la parure, les plus beaux habits et bijoux
de l’épouse avant sa rencontre avec l’époux. La Bible
nous en donne la grande Révélation.
Voilà comment les époux chrétiens sont appelés à
vivre : amour de prédilection, amour indéfectible, amour
attentionné, aimer comme soi-même, car le rayonnement
de son épouse est le sien. Ceci nous amène à comprendre
clairement la prophétie de Malachie citée plus haut :
42
Ep. 5, 28-29.
43
Ap. 21, 2.
44
Ep 5, 25-26.
44
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« Prenez garde à votre souffle de vie » 45. La femme est le
souffle de vie de son mari et vice versa.
Jésus est fidèle, il n’abandonne jamais les siens, il les a
aimés jusqu’au bout ; si tous nous abandonnent, lui le
Seigneur ne nous abandonne pas. Ainsi les époux
chrétiens doivent vivre, en vertu de cette réalité de
l’amour miséricordieux de Dieu pour son Peuple, de
l’amour indéfectible du Christ pour son Église.
Dans l’Ancien Testament, la révélation de Dieu sur le
mariage a été embryonnaire dans la création de l’homme
et de la femme. Puis il y a eut le mariage des patriarches,
ensuite l’idée du mariage décrit dans les Livres
Sapientiaux, et enfin le mariage des prophètes dont celui
d’Osée, annonçant déjà le prototype du mariage : l’amour
indéfectible de Dieu pour son Peuple, malgré l’infidélité
répétée de celui-ci : « C’est pourquoi - dit le Seigneur par
la bouche d’Osée : « Mon épouse infidèle, je vais la
séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai
cœur à cœur » 46.
Quel est le plus grand commandement, demanda un
scribe à Jésus. Il répondit : « voici le premier : écoute,
Israël : Le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute
ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » et « Voici
le second : tu aimeras ton prochain comme toi-même »
(Mc 12, 28-31). Et les deux ne font qu’un. Ce qui est
exprimé ici est grand, pour parler comme saint Paul,
concernant l’amour de l’homme et de la femme en couple
béni par Dieu. On ne doit pas se demander s’il faut aimer
Dieu à part et ensuite aimer sa femme ou son mari après.
Autrement dit, servir Dieu d’abord et ensuite son épouse.
Non ! L’amour dont j’aime Dieu doit se concrétiser dans
celui dont je dois aimer mon épouse. Mon amour pour ma
45
Ml 2, 15.
46
Os 2,16.
45
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femme, mon amour pour mon mari, manifeste mon amour
pour Dieu. Jésus lui-même a appliqué ce commandement
en nous donnant l’exemple de celui qui sert, et le lavement
des pieds de ses disciples en est le signe. Le témoignage
de Gary Chapman, pasteur et conseiller conjugal réputé,
est instructif pour les couples en difficultés : « Je ne
pouvais imaginer de service plus déplaisant. Pourtant,
quand il m’apparut enfin à qui Jésus cherchait en fait à
enseigner l’attitude du serviteur, j’ai compris que j’avais
agi exactement à l’opposé dans le cadre de mon mariage.
J’avais imposé des exigences à mon épouse. J’avais
attendu d’elle qu’elle me rende heureux… Quand j’ai
enfin été disposé à poser ce principe de service, mon
mariage a progressivement évolué » 47.
47
G. CHAPMAN, Couple et complices p. 35.
46
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CHAPITRE III :
LA THÉOLOGIE DU MARIAGE
CATHOLIQUE
Le fondement théologique du mariage trouve sa source
dans ces paroles : « Tous les deux ne feront qu’un… Ce
que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10,
6-9). C’est de là que découlent les propriétés
essentielles du mariage qui sont : indissolubilité, entraide,
communauté de vie, (procréation et éducation des enfants,
liberté, fidélité, sacrement).
Dieu crée l’homme et la femme pour que leur altérité
soit fondatrice. Dieu a institué le mariage à sa
ressemblance. Trinité dans l’unité. Dieu est amour, il
appelle l’être humain à l’amour, et c’est la vocation
fondamentale de tout être humain. Dieu les ayant créés
homme et femme, leur amour mutuel devient une image
indéfectible dont Dieu aime l’homme (CEC 1604). Nous
revenons sur le même principe : Dieu a voulu le mariage
comme signe révélateur de son amour pour les hommes,
qui se concrétise au cours de l’histoire en partie par
l’alliance matrimoniale. Il est donc juste de percevoir le
mariage comme un sacrement : « Signe visible, sensible et
efficace à la fois, qui exprime une réalité
invisible conférant la grâce » 48.
48
CEC nº 1617.
47
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Le mariage sacramentel
L’homme est capable de bien, puisque Dieu l’a créé
bon. « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela
était très bon » 49, nous dit l’auteur de la Genèse. Mais
l’homme est tout aussi capable du mal, pour ne pas dire du
péché, et donc le mariage a pu subir une atteinte dans sa
dignité. Le Christ l’a rétabli à son sens d’origine, en
montrant son caractère sacré. Dans le Christ, le mariage
est inséré avec l’homme dans l’histoire du salut et
participe ainsi au combat contre le péché qui affecte la
situation de toute personne, de toute société, de toute
culture et de tout peuple de la terre. Voilà ce qui fait du
mariage entre baptisés un vrai sacrement de la Nouvelle
Alliance.
Selon Duns Scot, théologien contemporain de st
Thomas d’Aquin, « le mariage est remis aux mains des
conjoints, qui en décident personnellement par un acte de
volonté libre. Un tel acte est cependant insuffisant pour la
sanctification des époux : sa rectitude morale exige une
approbation divine, qui prend la forme de l’institution du
sacrement par Dieu, et c’est ainsi que nous passons du
mariage comme contrat naturel au mariage comme
sacrement » 50
Saint Paul, recourant à l’étymologie même du mot
sacrement c’est-à-dire mysterium, considère que le
mariage est un mystère de grande portée. Les chrétiens ont
utilisé d’abord le mot mystère, en grec mysterion qui a
finalement donné sacramentum en latin, pour désigner le
sacrement. « À cause de cela, l’homme quittera son père et
sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux
deviendront une seule chair : ce mystère est de grande
portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à
49
Gn 1, 31.
50
H. BRICOUT, [Link]. pp. 60-61.
48
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l’Église » 51. Le pape Benoît XVI affirme que dans la
théologie paulinienne, l'amour sponsal est le signe
sacramentel de l'amour du Christ pour son Église, un
amour qui a son point culminant dans la croix, expression
des « noces » avec l'humanité et, en même temps, origine
et centre de l'Eucharistie 52. Le mariage sacrement est ainsi
réparateur, de la « dureté du cœur » de l’homme.
Impact sur le « mariage terrestre » 53
Dans son ouvrage intitulé La tyrannie du plaisir, Jean-
Claude GUILLEBAUD montre la providence salvatrice
du christianisme pour le mariage en commençant par
décrire le monde païen : « Omnipotence de l’argent,
cruauté de l’esclavage ou des jeux du cirque, instabilité du
mariage et femmes répudiables à merci, […], dureté
morale païenne pour les matrones adultères ou violées :
c’est dans ce paysage que le christianisme a surgi » 54,
s’appuyant sur la considération du Christ, à propos de la
relation de l’homme et de la femme dans le plan de Dieu,
pour protéger le mariage.
Ce n’est que progressivement que l’Église catholique a
affermi les bases du mariage comme sacrement.
Chronologiquement, ce n’est qu’au quatrième concile du
Latran, en 1215, avec le pape Innocent III, que le mariage
est intégré dans la liste officielle des sept sacrements de
l’Église. L’on proclame l’indissolubilité du mariage
jusqu’à la mort d’un conjoint (pas de droit de divorce,
51
Ep. 5, 31-32.
52
Benoît XVI, la dimension Eucharistique du mariage
53
Ici « mariage terrestre » signifie le mariage avant le salut apporté par
Jésus Christ, autrement dit le mariage dépouillé de sa réalité
transcendantale. Cependant on ne peut dire « mariage céleste » en
opposition à « mariage terrestre », mais mariage sacramentel.
54
J.-C. GUILLEBAUD, La tyrannie du plaisir, Paris, Ed. Du Seuil, coll.
« Point », 1998, p. 199.
49
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comme on pouvait le trouver chez les Égyptiens et les
Romains de l’Antiquité). La cérémonie religieuse à
l’église devient obligatoire, les époux donnant leur libre
consentement de vive voix, dans un lieu public.
Désormais, plus de rapts, plus de mariage forcé. La
publication de bans est exigée, pour éviter les mariages
clandestins coupés de l’Église, qui se vivaient à l’époque.
L’imposition d’un âge minimal des époux, pour éviter des
mariages précoces et très souvent des mariages d’enfants,
car, il faut le noter, à cette époque, dans la civilisation
romaine, le mariage se faisait dès l’âge de la puberté, ainsi
à l’âge de douze ans des jeunes filles étaient prises en
mariage (mariage arrangé voire forcé ou rapt,) 55. L’Église
assainit ainsi les mœurs du mariage. Vers 1880, le mariage
d’amour, avec choix mutuel du conjoint triomphe sur le
mariage de raison 56.
Le sacrement du mariage est donc un acte qui unit ceux
qui se marient dans le Christ, par l’action de l’Esprit Saint.
Le sacrement en général relie les hommes à Dieu, mais
aussi à leurs frères. Inversement, il faut dire que le Christ,
Sauveur des hommes et Époux de l’Église, vient à la
rencontre des époux chrétiens par le sacrement de
mariage. Il est bon de rappeler ici quelques versets de la
bénédiction finale de la liturgie du mariage, adressés aux
nouveaux mariés :
« Que tout homme en difficulté trouve auprès de vous
soutien et réconfort ».
« Que votre foyer soit un exemple pour les autres et
qu’il réponde aux appels de vos frères ». C’est dire que se
marier est donc responsabilisant, et ne vous enferme pas
dans un égoïsme multiplié par deux. Le mariage chrétien
55
Remarquons que cette pratique se fait encore de nos jours en
Afrique, surtout chez les peuls.
56
G. DOSSETTI, dans Les Conciles œcuméniques, 2 vol., Paris, Ed.
Cerf, 1994 « décrets conciliaires en latin et traduits ».
50
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invite normalement les époux à une certaine mort à leurs
intérêts personnels, pour vivre heureux dans leur ménage.
Le sacrement et le ministre du mariage catholique
Durant la préparation au mariage, à la question :
qu’est-ce qui fait le sacrement du mariage ? Beaucoup de
fiancés restent perplexes. Pour les uns, ce sont les anneaux
appelés « alliances » qui font le sacrement ; pour les
autres, c’est la bénédiction du prêtre. C’est dire que
beaucoup de fiancés se marient en ignorant ce qui fait le
sacrement selon l’Église catholique. Il convient de
rappeler ici que la liturgie du mariage est structurée en
quatre parties, si la messe est célébrée :
1 -Rites d’accueil (ici le mot rite est au pluriel, ce qui
laisse entendre que l’Église permet une certaine souplesse
dans la façon d’accueillir des mariés avant la célébration).
Comme les autres parties de la liturgie du mariage, le
rite d’accueil est important. C’est là où se joue le mystère
de la rencontre du vouloir humain et de la volonté divine ;
de l’amour humain et de l’amour de Dieu. Ce rite
d’accueil à l’entrée de l’église donne davantage un sens à
la démarche entreprise par les époux. En venant solliciter
la grâce du mariage à l’Église, les époux montrent
clairement que Dieu manifesté en Jésus Christ est le centre
de leur amour. Autrefois les mariages se déroulaient à la
maison, en famille, avant d’être transférés à l’église. Le
rite d’accueil marque donc cette transition de la famille
restreinte à la grande famille de Dieu, et de la maison
humaine à la maison de Dieu qu’est l’Église.
2- Liturgie de la Parole
La parole de Dieu à toute son importance dans la
liturgie en général. Et dans celle du mariage, elle doit
prendre corps dans la vie des époux. Le pape François
rappelle que dans la préparation au mariage, il faudra
51
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insister sur la méditation de la parole de Dieu, pour que les
couples enrichissent la compréhension des alliances qui
seront échangées, ou d’autres signes qui ont fait partie du
rite 57. La liturgie de la Parole met aussi en évidence que
c’est Dieu qui préside aux destinées de la vie des époux.
Elle donne donc sens au mariage que contracte le chrétien,
et sans elle le mariage se vide de sa quintessence.
L’homélie rend actuelle et vivante la Parole de Dieu, et en
donne le goût. Elle aide surtout et invite et les époux et
l’assemblée des fidèles, à mieux comprendre le sens du
mariage, et prédispose à la prière. Le rituel du mariage
place la liturgie de la Parole avant celle du sacrement
proprement dit, qui en est le déploiement.
3- Liturgie du Sacrement
Dans la liturgie dite du sacrement, qui se déroule
normalement après l’homélie du prêtre, il y a le dialogue
initial avec les époux. Le prêtre ayant déjà invité les
témoins à se placer de chaque côté, encadrant les époux,
s’assure que les époux s’engagent librement et sans
contrainte, et qu’ils doivent échanger leur consentement
mutuel, à voix audible devant les témoins et l’assemblée.
C’est cet échange de consentements qui fait le sacrement.
4- Et enfin la liturgie Eucharistique du mariage est
doublement attachante et très parlant. L’Eucharistie
exprime qu’« il n’y a pas de plus grand amour que de
donner sa vie pour ceux que l’on aime ». Jésus prit du pain
et du vin, le donna à disciple pour leur signifier qu’il se
donne jusqu’au pour eux. Le sang de la nouvelle alliance
est scellé. Mariage et Eucharistie sont deux sacrements qui
actualisent à leur manière l’Alliance de Dieu avec les
hommes. Ainsi « le mari doit aimer sa femme comme son
propre corps »... comme le Christ aime l’Eglise qui est son
57
Pape François, Amoris laetitia, n° 216
52
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Corps 58. Nous reparlerons de la liturgie du sacrement dans
la troisième partie traitant des considérations canoniques.
A présent, revenons sur les questions : qui fait le
sacrement, et qui en est le ministre ? Deux questions
théologiques longuement débattues par des théologiens,
sans trouver entièrement un consensus, sont de savoir si
c’est uniquement le consentement qui constitue le
sacrement, ou s’il y a autre chose. Saint Thomas d’Aquin
enseigne que : « La signification parfaite du sacrement
consiste et dans la conjonction des âmes qui se fait par le
consentement et dans la conjonction des corps », car « le
mariage non consommé n’a pas sa pleine signification » 59.
Mais, certains théologiens se demandent, si l'union
sexuelle fait réellement le sacrement.
"Je te reçois comme époux et je me donne à toi..." Est-
ce uniquement un consentement ou déjà une
consommation du mariage ? Concrètement, non, on n’en
est pas encore à la consommation. Ici, on est dans l’ordre
de l’intention ; si les paroles prennent acte, ou prennent
chair, là on pourrait dire que la consommation est la
conséquence voulue du consentement. C’est ce que
souligne saint Jean-Paul II en rejoignant saint Thomas :
« L'échange des consentements est l'expression de
l'intentionnalité au niveau de l'intelligence, de la volonté,
de la conscience et du cœur de la réalité spirituelle de
l'amour, du don et de la fidélité. Cependant, cette
expression n'est pas complète sans l'union des corps, par
laquelle les mots prennent chair. Le sacrement du mariage
est constitué par le consentement dans la mesure où la
"réalité" qu'il constitue correspond à ces mots » 60.
58
Ephésiens 5, 28-29
59
Somme Théologique de St Thomas Suppl. Q.66, art. 1 et 2, ad 3.
60
Familiaris Consortio n°32 / Catéchèse sur la théologie du corps, et
Audience du 5 janvier 1983.
53
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Enfin la quatrième partie est le moment de la
consécration Eucharistique. Elle rehausse le sacrement du
mariage qui vient d’être donné et reçu. L’Eucharistie est
appelée sacrement de la Nouvelle Alliance, et donc elle
donne davantage sens à l’autre sacrement d’alliance qu’est
le mariage, ce qui fait que tous les deux actualisent
l’Alliance que Dieu a voulu faire avec son peuple. Ainsi
les nouveaux époux pourront communier au repas des
noces de la nouvelle alliance éternelle. Il est donc
vivement souhaité qu’un mariage catholique se déroule au
cours d’une messe. Dans bien des cas, le mariage se fait
sans messe, on ne peut que le regretter, même si ce n’est
pas une condition Sine qua non pour qu’un mariage soit
valide. Nous verrons toute l’importance de l’interaction
entre Eucharistie et mariage dans la quatrième partie de
cet ouvrage au chapitre X avec l’appui du magistère de
deux papes.
Il reste donc la question à savoir, qui est le ministre du
sacrement ?
Le ministre du sacrement :
La théologie occidentale soutient que les ministres du
sacrement de mariage sont les époux eux-mêmes, parce
qu’objectivement ce sont eux qui proclament leur
consentement devant le prêtre et l’ensemble des témoins.
La théologie orientale quant à elle, dit que c’est le prêtre, à
travers la bénédiction nuptiale qu’il donne. Il faut dire que
le sacrement de mariage est un cas unique et assez
complexe, par rapport aux autres sacrements.
Mais en réalité, ne pourrait-on pas dire que le
promoteur du sacrement de mariage, c’est Dieu qui uni, et
qui accorde la grâce aux époux ? Puisque le mariage est
fondé dès la Création par Dieu, malgré l’ignorance des
humains, et son caractère sacramentel a été institué par le
Christ. De plus il est dit dans les Évangiles : « Ce que
54
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Dieu à uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19 : 6)
(Mc 10, 1-2).
Par ailleurs, si le prêtre est un instrument de la grâce
divine autrement dit un collaborateur direct de Dieu dans
le cas du mariage, n’est-il pas ministre en quelque sorte ?
Puisqu’il est serviteur de Dieu qui donne accorde la grâce
du sacrement. Il est à ce titre considéré comme témoin
qualifié de l’échange des consentements et est appelé
ministre ordonné.
Saint Thomas d’Aquin enseigne que :
- Un ministre est un « instrument » : étant entendu que
dans un sacrement Dieu est l’agent principal, et le Christ
l’instrument conjoint, le ministre est un instrument dit
séparé, ou encore extrinsèque : par lui-même, ce dernier
ne produit rien, ne réalise rien ; c’est Dieu seul qui agit à
travers le sacrement que le ministre ne fait que
transmettre.
- Le ministre ordonné est appelé « ministre » ou
« ministre de l’Église » : il est implicitement mis en
relation avec l’Église, voire avec la foi de l’Église. Il en
est ainsi le représentant officiel et mandaté 61.
Cependant ce qui est fondamental, c’est que, dans le
sacrement de mariage, la réalité surnaturelle c’est-à-dire la
grâce, est étroitement liée à la réalité naturelle, celle de
l’amour humain. Or la réalité surnaturelle, les époux ne
peuvent la créer, cette grâce leur vient d’en haut (de Dieu),
et ils la sollicitent par leur don mutuel accueilli par le
prêtre, au nom de Dieu par l’Église qu’il représente.
Cependant, selon le Droit Canonique, il y a des
situations où il n’y a pas de prêtre (le cas du danger de
mort), et des fiancés qui veulent se marier religieusement,
peuvent émettre leur consentement devant deux témoins
crédibles sans prêtre, (Cf. Canon 1116) et le mariage sera
valide. Dans ce cas, on pourrait dire que les époux sont
61
Saint Thomas D'AQUIN, Summa Theol. III, q. 83, a. 1, ad [Link]
55
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ministres, puisqu’il n’y a pas de prêtre. Une étude récente
d’une théologienne laïque, Hélène Bricout, suggère que
« dans la logique juridique, les époux sont ministres du
sacrement » et que « dans la logique liturgique, le prêtre
est le ministre » 62. Il faudra alors comprendre que dans le
mariage des chrétiens aux premiers siècles, il n’y avait pas
à proprement parler de célébration liturgique. Il n’y avait
ni Eucharistie ni prêtre, puisque tout se déroulait à la
maison en famille. Ce n’est que plus tard que les fiancés
viennent aux portes de l’église. C’est donc
progressivement qu’ils sont introduits dans l’église pour la
célébration effective du mariage (De nos jours, le rituel
d’accueil du mariage a conservé cette symbolique de
l’entrée progressive dans l’Église, le jour même de la
célébration du mariage). Il faudra attendre également les
premières apparitions de la liturgie du mariage chrétien,
où l’on cherche encore à définir le sacrement par le
consentement, ou par la bénédiction (nuptiale), ou encore
par la jonction des mains, par le voile, ou par la couronne
etc. La bénédiction nuptiale 63 a toute son importance,
même si aujourd’hui il y a des cas où elle n’est pas
donnée. Enfin, aujourd’hui, ce qui est admis par l’Église
catholique d’une manière courante, c’est que ce sont les
62
Hélène BRICOUT, Le mariage, entre consentement et bénédiction, p.
245.
63
Certains théologiens et liturgistes déplorent la place de la
bénédiction nuptiale située après le Notre Père. Ce qui indique, selon
eux, que la bénédiction nuptiale ne fait pas partie du sacrement.
Tandis que quand la bénédiction suit immédiatement l’échange de
consentement, elle indique que Dieu est au cœur de la donation
mutuelle des mariés, et qu’Il est l’auteur même du sacrement. De plus,
lorsque le prêtre étend les mains vers les époux, ou les impose sur eux,
cela prend une dimension consécratoire, par la sanctification des
mariés qu’il demande à l’Esprit saint. En conclusion, il faudra dire que
la bénédiction nuptiale est un élément majeur de la célébration du
sacrement, même si elle n’est pas perçue comme faisant le sacrement
proprement dit.
56
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époux qui sont les ministres du sacrement de mariage, et
l’échange des consentements en est le signe sacramentel.
Le Catéchisme de l’Église Catholique le dit ainsi :
« Dans l’Église Latine, on considère habituellement que
ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du
Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du
Mariage, en exprimant devant l’Église leur
consentement…
Dans les liturgies Orientales, le Ministre du sacrement
(appelé « Couronnement ») est le prêtre ou l’évêque qui,
après avoir reçu le consentement réciproque des époux,
couronne successivement l’époux et l’épouse en signe de
l’alliance matrimoniale » 64. Nous en apporterons des
éclaircissements dans la troisième partie de cet ouvrage
consacrée aux considérations juridico-canonique du
mariage, au chapitre de la Réglementation progressive du
mariage.
Il est judicieux de dire la remarque de la théologienne
Hélène BRICOUT. Selon elle, dire que les époux par leur
échange de consentement sont ministres du sacrement,
pousse à la tentation de confiner le mariage dans un
domaine privé. Or, le mariage sacramentel célébré est un
acte ecclésial. Le consentement mutuel public de l’amour
des époux, n’est pas un acte isolé du reste du monde, mais
un lieu où se manifeste concrètement l’amour
inconditionnel de Dieu pour l’humanité 65.
Au demeurant, les fiancés ou les époux prendront bien
conscience que cette divergence dans l’argumentation
théologique du sacrement de mariage est plutôt un
enrichissement, et ne doit pas les désengager dans leur
démarche de foi. Ministres ou non ministres, ils sont
appelés à être des témoins de l’amour dans le monde. Ils
64
CEC n° 1623
65
H. BRICOUT, Le mariage entre consentement et bénédiction, le
sacrement et son ministre. Ch. 8, pp 309-327
57
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sont donc pleinement responsables dans leur mariage, et
en sont des acteurs non négligeables. Ainsi, ils ne
subissent pas le sacrement, puisqu’ils le demandent eux-
mêmes, et émettent publiquement, en tout cas à voix
audible, leur consentement mutuel, devant des témoins. Ils
deviennent « instruments » de la grâce divine en
demandant et en recevant le sacrement. L’acte qu’ils vont
poser par le consentement mutuel en toute liberté, devant
Dieu et les hommes, va être habité par la grâce divine, tout
en ne dépendant pas d’eux. De plus, les époux constituent
en quelque sorte la matière qui est intrinsèque au
sacrement, car sans leur consentement, il n’y a pas de
sacrement de mariage. De la même manière qu’il n’y aura
pas d’Eucharistie sans pain et sans vin, ou que sans eau, il
n’y a pas de baptême. Enfin si l’Église catholique confère
aux époux le « titre » de ministres du sacrement, il
convient de dire qu’ils vivent d’un ministère. Non pas un
ministère qu’ils créent eux mêmes, mais qu’ils sollicitent
et que Dieu le leur donne. Bien entendu ils n’ont pas un
ministère ordonné, comme celui du prêtre, ou du diacre,
mais on pourrait parler de « sacerdoce conjugal », 66
comme l’a souligné saint Jean Paul II. Autrement dit : « la
mission éducative de la famille fondée sur le mariage
comme d’un « ministère », c’est-à-dire comme d’un
service d’Eglise reconnu, peut être considérée comme une
« mission sacerdotale » des époux 67. Le catéchisme de
l’Église catholique, déclare que le sacrement de l’ordre et
celui du mariage « confèrent une mission particulière dans
l’Église et servent à édifier le peuple de Dieu 68». Et de
fait, comme le souligne le pape François dans son
66
Marc HOMEDES-PALAU, LE MARIAGE : UNE
CONSÉCRATION SACRAMENTELLE ? in REVUE
THÉOLOGIQUE MAISON-DIEU 309, 2022/3, 85-104
67
Exhortation Apostolique Familiaris Consortio n° 38 et n° 59
68
CEC n°1534
58
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exhortation apostolique Amoris Laetitia « la décision de se
marier et de fonder une famille doit être le fruit d’un
discernement vocationnel » 69
Il faudra préciser que l’alliance matrimoniale n’est pas
un contrat quelconque, comme un simple accord passé
entre des personnes. Mais elle est sacrée et lie les fiancées
en couple béni de Dieu, durant toute leur vie terrestre. La
mort seule, constatée et prouvée, de l’un des conjoints met
fin au premier lien, et dans ce cas si le conjoint(e) vivant
le désire, il pourra accéder à des secondes noces qui seront
sacramentelles, s’il se marie à l’église. Faut-il le rappeler,
le sacrement de mariage est pour la vie d’ici-bas, et non
pour l’au-delà ? Jésus disait aux Sadducéens : « Les
enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux
qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à
la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni
mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables
aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la
résurrection » 70.
Le sacrement du mariage, quoi qu’imparfait en tant que
signe de l’amour entre Dieu et l’humanité, se manifestera
totalement au ciel. Tant que l’on est sur cette terre, ce
sacrement sera présent et sera l’image de cette union
éternelle et totale entre Dieu et chacun d’entre nous. Mais
une fois au ciel, ce sacrement n’existera plus (pas plus que
les autres sacrements), car nous vivrons cette union avec
Dieu dans sa plénitude. Il n’y aura plus besoin de signe.
Cependant tant que tous les deux époux sont vivants, le
mariage demeure indissoluble. « Entre l’indissolubilité du
mariage et sa sacramentalité, il existe un rapport
particulier, c’est-à-dire une relation constitutive
réciproque. L’indissolubilité permet de saisir plus
facilement la sacramentalité du mariage chrétien ; en
69
AL n°72
70
Luc 20, 34-36
59
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retour, du point de vue théologique, la sacramentalité
constitue le fondement dernier, bien que non unique, de
l’indissolubilité du mariage » 71.
L’indissolubilité du mariage : homme et femme
crées pour l’unité
« Au commencement de la création, il les fit homme et
femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa
mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront
une seule chair » 72. Si cette parole semble cacher une
« tragédie » dans le mariage, elle en est aussi le remède
(nous le verrons dans le chapitre quatre). La tragédie du
péché originel marque encore notre humanité. L’être
humain fait l’expérience du mal en lui-même, et autour de
lui. Cette expérience se fait sentir dans les relations entre
l’homme et la femme. De tout temps leur union a été
menacée par la discorde - l’esprit de domination -
l’infidélité – la jalousie - des conflits qui peuvent aller
jusqu’à la haine et à la rupture 73.
Une femme mature d’une cinquantaine d’années
raconte : « Au début, mon mari et moi nous sommes très
complices, on ne peut voir l’un sans l’autre (« ton pied,
mon pied […] pour l’éternité d’amour », comme l’exprime
une chanson profane magnifiant l’amour attachant d’un
couple). Le lendemain de notre mariage, il m’a demandé
d’arrêter mon travail, car lui, pouvait me donner le triple
de mon salaire, et que je reste à la maison. Il l’a fait. Ce
faisant, après la naissance de nos quatre enfants, il
commence à changer de comportement, il rentre tard sans
me donner d’explications. Il s’énerve quand je lui
Commission Théologique Internationale La doctrine catholique du
71
mariage, 1977.
72
Mc 10 : 6-9
73
Catéchisme de l’Église Catholique (CEC), n° 1606
60
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demande des comptes. Finalement, il s’absente des jours
sans raison. Notre relation se détériore à tel point que la
haine finit par m’envahir. J’ai su par la suite qu'il
entretient une autre relation amoureuse. De ce fait, quand
il rentre à la maison le soir, dès que je sens son parfum,
cela me donne la nausée. Nous avons fini par nous
séparer ».
Selon le pape émérite Benoît XVI, « le mariage
indissoluble est une question très discutée à l’heure
présente, au nom d’une conception de la liberté et de la
morale, suscitant un nombre croissant de ceux qui croient
à l’incompatibilité du mariage avec un engagement
définitif » 74. Pourrait-on dire que la chute du premier
couple humain Adam et Eve, a des répercussions sur tous
les couples après eux ? L’on pourrait être tenté de croire,
que le divorce est inévitable, dans la mesure où le ver est
déjà dans la pomme, comme on dit. Toutefois il faudra
préciser qu’Adam et Eve n’ont pas divorcé et pour leur
cas, il n’est pas question de problème de couple comme
nous le connaissons aujourd’hui.
« Des témoignages douloureux évoquent la situation
des chrétiens divorcés et remariés. Ce qu’ils ont vécu de
grand et s'épanouissant dans une première union était aussi
habité par Dieu. Une séparation, un divorce n’effacent pas
ces moments de bonheur où des enfants ont tenu leur place
aussi » 75.
Selon Mgr MÜLLER préfet de la Congrégation de la
doctrine de la foi, « l’indissolubilité du mariage peut être
rejetée à cause de motifs très variés : contrainte morale,
disposition psychosociologique de sa volonté de fidélité.
Mais, si dans son for intérieur, la personne mariée répond
à l’appel à se convertir à la foi, à suivre le Christ, et à
74
Benoît XVI Voici quel votre Dieu, entretien avec Peter Seewald,
page 297-298
75
Guy Musy Echos de la parole, p. 203
61
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vivre de l’Esprit, elle vivra la réalité intérieure du mariage
comme signe de l’alliance du Christ avec l’Église, ce qui
le rendra apte à surmonter toutes les adversités de la
vie » 76. Le pape Benoît XVI souligne : « Quand deux
personnes se donnent l’une à l’autre et donnent ensemble
la vie à des enfants, c’est le caractère sacré et mystérieux
de ce qu’est un être humain qui est concerné, et qui
dépasse le fait de simplement vouloir disposer de soi. Je
ne m’appartiens pas à moi seul. En chaque être humain est
présent le mystère de Dieu. C’est pourquoi la communauté
de l’homme et de la femme comporte quelque chose de
religieux, de sacré, une responsabilité devant Dieu. Toutes
les autres formes (comme le permis de répudiation) sont
donc des échappatoires, où l’on vise à se soustraire à la
responsabilité mutuelle aussi bien qu’au mystère de
l’homme. On introduit par là une instabilité dans la
société, ce qui ne va pas sans conséquence. Si nous
écoutons la Parole de Dieu, elle devrait nous éclairer et
nous apprendre que la communauté de l’homme, de la
femme et de l’enfant est une réalité sacrée 77 »
En effet comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église
Catholique : « Le bien-être de la personne et de la société
est étroitement lié à la prospérité de la communauté
conjugale et familiale 78». Ce qui sous-entend que quand
la sacramentalité, l’indissolubilité du mariage ne sont plus
prises en compte, les familles risquent l’éclatement,
pouvant créer un malaise sur le plan sociétal. En revanche,
le couple uni, se soutenant mutuellement dans l’amour
réciproque, constitue une thérapie dans un monde qui perd
ses repères les plus fondamentaux comme le mariage, la
fondation d’une famille, où des enfants doivent grandir
76
Mgr Gerhard Ludwig Müller, Munich, préfet de la Doctrine de la foi
article sur la Théologie du mariage, Source Zé[Link]
77
Card. Ratzinger in « Voici quel est notre Dieu » page 297-298
78
CEC n° 1603.
62
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normalement et bâtir un monde harmonieux. Tragédie du
destin ou destin tragique ? Nous dirons plutôt un destin
providentiel qui unit ceux qui se marient devant Dieu et
les hommes. Saint Paul certifie que : « L’homme quittera
son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et tous
deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis
en référence au Christ et à l’Église » 79. L’amour qui unit
mari et femme prend sa source dans le dévouement de
Jésus à l’Église.
79
Eph 5, 31-32
63
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TROISIÈME PARTIE :
CONSIDÉRATIONS JURIDICO-
CANONIQUES DU MARIAGE
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CHAPITRE IV :
ARTICULATION DU DROIT CANONIQUE AU
SUJET DU MARIAGE DANS L’ÉGLISE
CATHOLIQUE
Les sources du droit canonique
Un petit détour par l’histoire du Droit Canonique, en
particulier sur le mariage, nous édifiera, et nous aidera à
mieux donner sens à l’alliance matrimoniale.
Le Droit Canonique a en réalité deux sources :
1. La Sainte Écriture comme première source, avec le
Décalogue ou les dix commandements de droit divin,
promulgués par Moïse de la part de Dieu 80. C’est une loi
fondamentale inscrite dans le tréfonds de notre humanité,
valable pour toutes les époques. « On pourrait considérer
le Décalogue comme la souche, où se sont greffées par la
suite des prescriptions juridiques particulières, qui ont été
édictées dans des situations particulières, valables à des
époques données dans une société singulière. Jésus venu
non pour abolir, mais pour accomplir, résume le
Décalogue en une seule loi à deux volets : « Tu aimeras le
Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de
toute ta force. C’est le plus grand commandement et le
second « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Cela dénote une certaine hiérarchie des normes juridiques
dans l’Écriture Sainte 81.
2. La deuxième source du Droit Canonique est le droit
romain. L’Église s’inspira du droit romain surtout par
Exode 20, 1-17 ; Deutéronome 5, 1-22
80
81
P. GUINOT, Sources du droit canonique quelques repères, 02 juillet
2018. Source [Link]
67
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rapport à la codification classique de ce dernier.
Cependant petit-à-petit ce fut l’inverse, c’est le droit
romain qui s’inspira de la législation de l’Église 82. Comme
le note A. Esmein, « L’Église a dû, dans les premiers
temps de son existence, respecter les lois civiles. Tout ce
qu’elle a pu faire, c’était d’imposer à ses membres le
respect de certaines règles. Elle n’exerça son action qu’au
sein de la communauté. La seule sanction de ses décrets
était l’exclusion de la communauté prononcée contre les
fidèles qui ne se soumettaient pas à sa discipline. Avec
l’avènement des empereurs chrétiens, la situation changea.
La législation civile s’inspira des principes de l’Église. Un
rapprochement se fit de plus en plus étroit, entre la
réglementation ecclésiastique et la loi civile… la
juridiction disciplinaire de l’Église tendait à se substituer à
la juridiction civile, les tribunaux ecclésiastiques aux
tribunaux royaux » 83.
Réglementation progressive du mariage dans
l’Église catholique
Le Droit Canonique s’est donc élaboré progressivement
au sein de l’Église, s’appuyant dans un premier temps sur
le droit civil romain, avant de prendre sa pleine
autonomie. Finalement on pourrait dire que le
christianisme a « civilisé » le droit romain, quoique ce
dernier soit la base du droit de la plupart des peuples
aujourd’hui. Le Droit Canonique, ou le droit de l’Église
comme législation d’une société particulière, est
l’instrument même de la réglementation du mariage.
82
Jean GAUDEMET, Les sources du Droit Canonique – VIIIe-XXe
siècles, Cerf, Paris, coll. Droit Canonique, 1993, p. 19
83
A. Esmein, Le mariage en Droit Canonique, Paris, 1891. 2 vol. p
431. Bibliothèque de l’école des Chartes, Année 1890 p. 321
68
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À partir du IVe siècle, les papes par le moyen des lettres
dites décrétales, ont créé des normes. Il y a eu un travail
pénible de la part des canonistes du Moyen âge, par la
compilation de toutes les lettres décrétales à caractère
normatif. Vers 1140, le canoniste Gratien 84publia un traité
méthodique du droit, que l’on appelait « Décret de
Gratien » (Concordia discordantium canonum qui veut
dire « Concorde des canons discordants »). Ce décret
n’avait pas de portée universelle, parce que conçu en
quelque sorte comme un aide-mémoire, pour les
canonistes de l’Église à l’époque. Aussi ce droit n’avait
pas de juridiction sur tout le monde chrétien en raison de
schismes survenus avec une grande partie des
communautés orientales chrétiennes du bassin
méditerranéen 85.
Plus tard, vers le XVIème siècle en France, le roi
édictait des normes, notamment l’Ordonnance dite de
Blois promulguée en 1579 par Henri III, et l’Église tenait
les registres des actes de mariage. C’est dire que l’État
civil et le religieux étaient étroitement liés ; on était loin de
la Révolution française qui a conduit à la séparation de
l’Église et de l’État. François Terré dans son ouvrage Le
mariage religieux en droit français, a dit ceci :
« Avant la Révolution, la famille française est à la fois
une cellule monarchique et une cellule catholique, comme
l’a écrit Romuald SZRAMKIEWICZ. Songeons à
l’Ordonnance royale de Blois de 1579 : c’était le mari
devenu père qui imposait son autorité à sa femme, à ses
enfants et petits-enfants. Cette autorisation donnée par
84
Gratien est décrit comme le plus grand canoniste de tous les temps,
il fut moine bénédictin de l’ordre des camaldules. Tout est probabilité
chez la personne de Gratien, sa naissance est supposée vers la fin du
XIème. siècle. Il fut légat du pape Eugène III. (Cf. René Metz in
Revue des sciences religieuses : Année 1984/ 58-1-3 / pp. 64-76.
85
[Link], Débats sur le décret de Gratien – Codes et
codifications (dossiers), op. cité, p. 209-278
69
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celui qui détient la puissance sur eux était requise pour
tout mariage des garçons jusqu’à l’âge de trente ans, et des
filles jusqu’à vingt-cinq ans. Il avait fallu d’ailleurs,
comme le montre la législation canonique du concile
général de Trente de 1545 à 1563, que l’Église catholique
romaine protège la liberté de consentement personnel de
chaque futur conjoint, la liberté des futures conjointes
surtout, contre la pression sociale, spécialement les
pressions parentales et familiales. Pour garantir cette
liberté individuelle, l’Église n’hésite pas dorénavant à
exiger pour la validité du sacrement de mariage le respect
d’une forme canonique très consensualiste et publique » 86.
Le Droit Canonique contemporain a commencé avec le
Concile Vatican I, avec une commission dirigée en son
temps par le futur Cardinal Pietro Gasparri (1904). Les
canonistes s’appuyèrent encore sur le droit civil, en
l’occurrence le code de Napoléon de 1804, pour sa
méthode de codification, et cette influence va durer.
Le Code latin de 1917 a employé des méthodes mises
au point lors des codifications napoléoniennes un siècle
plus tôt. Le plan du Code de 1917 conserve encore une
structuration provenant des collections canoniques
antiques et médiévales et avec des principes de classement
ou de qualifications des matières hérités de l’empereur
Justinien. Il faut attendre la codification latine et orientale
de 1983 et 1990 pour voir apparaître d’autres classements
d’inspiration plus théologique que juridique. Par exemple,
le mariage est désigné en termes d’alliance matrimoniale,
et non plus en termes de contrat. Et ce n’est qu’avec ces
deux codifications survenues à la suite du concile
Vatican II que surgit, à côté du Droit Canonique public (in
nomine Ecclesiae), un véritable premier corpus codifié de
86
F. TERRE, Le mariage religieux en droit français, dans Joël-Benoît
d’Onorio, Mariage civil et Mariage canonique, op. cité. p. 49-61
70
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droit associatif canonique privé ; ce sont les canons latins
n° 299 à 311 (1983) 87.
Liturgie du sacrement et Normes canoniques
Au point de vue liturgique, la cérémonie du mariage a
eu une évolution différente selon les Églises d’Occident et
d’Orient. Dans celles d’Orient c’est la bénédiction des
époux par le prêtre qui fait le mariage, et le sacrement
s’accomplit quand le couple communie ensemble en
public. Tandis qu’en Occident c’est le consentement qui
fait le sacrement et ce dernier s’accomplit dans la
consommation. Bien que cet avis de la consommation
« copulatio carnalis » (union charnelle) du mariage qui
achève le sacrement n’est pas partagé par tous les
théologiens du moyen âge. Mais la tradition consensuelle
influencée par le droit romain soutient le « pacte
conjugal » entre deux partenaires libres, autrement dit le
consentement. Cependant le décret de Gratien cité plus
haut avait tenté de concilier les deux positions selon
laquelle, la validité du mariage repose sur le principe de
consentement libre au préalable, et de la consommation.
Saint Thomas d’Aquin a beaucoup soutenu la seconde
position qui a influencé l’Église à partir du XIIIème siècle.
Aujourd’hui, si un mariage n’a pas été consommé, il
pourrait-être dissout pour une juste cause, à la demande
même d’un seul conjoint, même contre le gré de l’autre.
Par ailleurs le droit canonique peut reconnaître la nullité
du sacrement de mariage s’il constate un défaut de
consentement.
Aussi ce n’est qu’au XIème siècle que l’Église en
Occident institue un rite spécifique du mariage religieux.
L’échange de consentement pouvait se faire à la porte de
87
F. TERRE, Le mariage religieux en droit français, dans Joël-Benoît
d’Onorio (dir), Mariage civil et Mariage canonique, op. cité. p. 49-61.
71
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l’entrée de l’église avant la messe et la bénédiction
nuptiale. L’Église a eu à faire quelques réformes de la
cérémonie du mariage. Aussitôt après le concile Vatican II
(1969) le dialogue lors du consentement a été modifié :
l’échange de consentement se fait désormais par un
dialogue entre les fiancés et non par des réponses aux
questions du prêtre. Plus tard, un nouveau rituel du
mariage est promulgué par le pape Jean Paul en 1990 et
l’adaptation en français que nous utilisons en Afrique est
entrée en vigueur en 2005. Celui-ci revalorise la
bénédiction nuptiale et le rôle du prêtre ou du diacre
(n’oublions pas que le diacre peut accueillir les
consentements des mariés). Et en prononçant la
bénédiction le prêtre le fait par un geste solennel, en
étendant les mains au-dessus des nouveaux époux, un peu
comme l’Évêque fait lors de l’ordination sacerdotale ou au
moment de la confirmation. Le prêtre célébrant peut tout
aussi poser ses mains sur celles des époux, lors de la
bénédiction nuptiale. Et cette bénédiction comporte une
invocation du Saint Esprit, pour implorer la grâce de la
force dans le couple. Selon le nouveau rituel, la
bénédiction pourrait se faire immédiatement après le
consentement, ou après le Notre Père comme cela se
faisait habituellement.
Quelques normes d’empêchements pour le mariage
catholique
Toutes les normes d’empêchements canoniques ne
seront pas énumérées ici, mais nous en présenterons
quelques-unes.
De plus en plus, au Sénégal, chez la plupart des jeunes
qui se préparent au mariage, et souvent de moins jeunes
qui veulent régulariser leur situation matrimoniale, hormis
la spiritualité, l’aspect Droit Canonique revêt une
72
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importance particulière. Ils veulent savoir ce que l’Église
demande pour que leur mariage se fasse dans les normes.
Ils ont aussi un ouï-dire des empêchements canoniques, et
des procédures de nullité, sans en avoir une information
plus claire. Mais au moment d’en parler dans la
préparation, leur intérêt sur le sujet se fait vif.
Tout d’abord, il faudra prendre en compte la
dégradation des mœurs du mariage dans l’histoire des
hommes, pour mieux comprendre et accepter que les
réglementations telles que le Droit Canonique nous les
ordonne, pour protéger ceux qui s’engagent dans le
mariage. C’est pourquoi, avant le mariage, dans la
préparation, le prêtre fait ce qu’on appelle une enquête
canonique à l’endroit des fiancés. Pour ce faire, il y a des
fiches préétablies avec des questions précises.
Citons à présent quelques empêchements :
Il y a deux types:
- L’empêchement que l’on appelle en terme canonique
dirimant, c’est-à-dire invalidant, interdisant un acte
juridique sous peine de nullité 88.
-L’empêchement dit prohibant ou prohibitif n'entraîne
pas la nullité. Il fait obstacle et si l’officiant passe outre, le
mariage est valide. Il concerne des conditions de forme
notamment, par exemple lorsque les bans ne sont pas
publiés.
Cependant en toute hypothèse, un empêchement
dirimant, ou prohibitif est cause d’opposition au mariage,
88
Can n° 1073-1074. Ces normes légifèrent sur les incapacités, les
incompatibilités, les interdictions légales, ou les manques de
légitimation. Et il y est souligné de façon claire, que l’empêchement
rend la personne incapable de contracter validement un mariage. Voir
aussi les Canon 1084 – 1094.
73
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et cette opposition doit être signalée à l’officialité 89. Nous
nous pencherons sur quelques empêchements dirimants.
Les empêchements dirimants sont les empêchements les
plus graves, dont on ne peut donner aucunement une
dispense. Ce sont :
- La consanguinité
Si elle est en ligne directe à tous les degrés et en ligne
collatérale jusqu’au 2ème degré 90. (Par exemple entre
personnes parentes, père-fille ; mère-fils, ou entre cousins
issus de germain. En somme, les mariages consanguins
sont interdits quand le degré de parenté est trop étroit).
- L’impuissance
Si elle est incurable et antécédente au mariage, cela
rend nul un mariage. Il peut arriver qu’une personne
consciente de son impuissance n’ose pas en parler, et
finalement contracte un mariage, par la force des pressions
familiales et sociales. Si un des conjoints le constate,
l’officialité peut déclarer nul ce mariage 91, puisqu’il l’était
de soi déjà.
Il faut préciser aussi qu’il peut y avoir impuissance
chez la femme, à ne pas confondre avec la stérilité. Sans
entrer dans les détails, quand celle-ci ne peut accomplir
l’acte sexuel complet pour des raisons physiques ou
psychologiques, elle est impuissante.
Remarquons aussi que dans l’enquête canonique, il est
bien précisé que la stérilité (si elle était alors ignorée), ne
rend pas le mariage nul, même si l’un des biens du
mariage est la génération.
- L’âge
89
L’officialité est le tribunal ecclésiastique chargé de rendre la justice
au nom de celui qui exerce le pouvoir judiciaire dans l’Eglise
catholique romaine.
90
Can n° 1094
91
Can n° 1084
74
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Le Droit Canonique de l’Église fixe : à partir de seize
ans pour les garçons et à partir de quatorze ans pour les
filles. Quand un mariage est conclu en dessous de ces
âges, le mariage est nul 92. Pensons à toutes sortes de
mariages précoces qui existaient avant cette
réglementation du Droit Canonique, comme c’était la
coutume chez les Romains de l’Antiquité. Il s’en suivait
parfois des maternités précoces, la mortalité enfantine ou
le décès de la mère à l’accouchement, et un faible nombre
d’enfants arrivant à l’âge adulte. De nos jours cela existe
bien entendu en Afrique, hélas. Cependant, il n’y a rien
d’étonnant, cet usage de marier les filles dès l’âge de la
puberté (12 ans) a toujours existé dans l’histoire de
l’humanité, les chrétiens n’en étaient pas épargnés. Il est
dit de sainte Macrine la jeune sœur ainée de saint Basile,
qu’elle avait été l’objet de nombreuses demandes en
mariage à l’âge 12 ans. Son père lui aurait choisi un
fiancé, mais la mort prématurée de ce dernier lui avait
permis de se consacrer à Dieu. 93
- L’existence d’un lien antérieur
Si l’on a été déjà marié à l’Église avant, et que par la
suite, on voulait convoler à de secondes noces, sans qu’il y
ait le décès constaté d’un conjoint, ou nullité du premier
mariage, même s’il n’a pas été consommé, on ne peut se
marier à nouveau à l’Église (à moins d’obtenir du saint
siège une dispense et se remarier). C’est pourquoi le prêtre
qui mène l’enquête et les fiancés eux-mêmes doivent être
assurés qu’il n’y a pas de lien antérieur. Dans le cas de
secondes noces, pour se remarier il faut qu’il soit établi
que son (sa) conjoint(e) ne vit plus.
-Le sacerdoce, ou les vœux perpétuels de chasteté dans
un institut religieux
Can 1084
92
Grégoire de NYSSE Vie de sainte Macrine, Ed. du Cerf. Paris 1976
93
chapitre 3.
75
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Il est clair que toute personne ordonnée prêtre, ou
diacre en vue du sacerdoce ou encore s’engageant par des
vœux perpétuels, dans une communauté religieuse, ne peut
contracter un mariage à l’Église, sauf dispense spéciale du
pape. Ici il ne s’agit pas du cas d’un diacre permanent, qui
lui en général est marié avant l’ordination diaconale.
Précisons que pour le religieux de droit diocésain, c’est à
son évêque que revient le pouvoir de donner la dispense
de cet empêchement, et pour les religieux de droit
pontifical, c’est-à-dire rattaché au Saint-Siège, il est clair
que le pouvoir revient au Siège apostolique 94.
-La disparité de culte
Un catholique ne doit pas épouser un non baptisé sans
autorisation de son évêque, au cas contraire, son mariage
est nul.
94
Can n° 1087
76
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CHAPITRE V :
MARIAGES INTERCONFESSIONNELS
Mariage avec dispense d’empêchement de disparité
de culte
Beaucoup de chrétiens confondent mariage avec
dispense de disparité de culte et mariage mixte. Le
mariage avec disparité de culte concerne un baptisé et un
non baptisé. Par exemple, le mariage entre chrétien et
musulman. Beaucoup de chrétiennes épousent des
musulmans dans un pays comme le Sénégal, où il y a une
majorité musulmane. Il y a empêchement pour ce mariage,
comme nous venons de l’évoquer à la fin du chapitre
précédent. Il faut absolument une autorisation de l’évêque
pour rendre possible un tel lien, sans quoi ce mariage n’est
pas reconnu. Cette autorisation de l’évêque, est appelée
d’une manière technique : « Dispense d’empêchement de
disparité de culte » 95. Mais soyons un peu plus clair : cette
autorisation ne sera donnée qu’à ces conditions :
- Que les fiancés reconnaissent en toute honnêteté et
franchise les propriétés et éléments essentiels du mariage,
qui sont indispensables à un mariage valide. Dans le cas
d’un mariage entre catholique et musulman, il faut vérifier
en particulier si le partenaire musulman est prêt à rester
fidèle à une seule conjointe et à vouloir son bien, et que la
partenaire catholique déclare son attachement à
l’indissolubilité de son union.
95
Canon 1083
77
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- Le (la) partenaire catholique se déclare prêt (prête)
à continuer de vivre en conformité avec sa foi
catholique. 96
- Il (elle) se déclare également prêt (prête) à
s’efforcer, dans le cadre des circonstances données et dans
la mesure du possible, de faire baptiser et éduquer dans la
confession catholique les enfants issus du mariage.
Il faut signaler qu’un tel mariage est reconnu comme
valide par l’Église catholique, mais que le mariage lui-
même (entre une personne baptisée et une autre non
baptisée) n’a pas de valeur sacramentelle. Cependant la
demande d’accord à l’Ordinaire (c’est-à-dire à l’évêque)
devrait être introduite assez tôt, avant que les préparatifs
concrets pour le mariage ne soient engagés ou, selon les
cas, avant que ne soient fixées les dates. Il est en effet
pastoralement malheureux qu’un refus d’autorisation
doive être prononcé alors que tout est prêt pour le
mariage ».
Pour mémoire, nous avions une fois préparé des fiancés
pour un mariage avec la demande de dispense de disparité
de culte, mais nous n’avions pas introduit la demande
assez tôt auprès de l’évêque, qui était en voyage. La date
du mariage est arrivée sans la dispense. Pour des raisons
pastorales, nous nous sommes déplacés à l’église où devait
se dérouler la cérémonie, non sans avertir le chancelier
chargé d’accueillir les demandes au nom de l’évêque, avec
également l’autorisation du curé du lieu de célébration.
Nous avons juste fait une liturgie de la Parole, suivie de
l’échange des anneaux sans paroles (puisque cet échange
d’anneaux ne fait pas le sacrement), et la prière du « Notre
Père ». Après quoi, les fiancés accompagnés de leurs
familles sont allés faire la fête, puisque tout était déjà
96
Can. 1086 §§ 1 et 2 / Can. N° 1125
78
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organisé. Dans les jours qui suivirent, l’évêque était de
retour et la dispense a été accordée. Le mariage valide
avec échange de consentements devant des témoins a pu
avoir lieu. Mais ce fut une expérience à ne plus répéter. Il
vaut mieux introduire le dossier bien avant et recevoir la
dispense d’empêchement à temps.
Enfin, ces demandes de mariages avec disparité de
culte, nécessitent de la prudence, de la clarté et exigent
une conscience réaffirmée de l’identité chrétienne et de la
vision catholique concernant le mariage et la famille. Nous
insistons sur cela lors de la préparation, en présence des
deux fiancés de confessions différentes. En raison
notamment des conséquences qui en dérivent au niveau
religieux, culturel, social et au niveau du dialogue
interreligieux, l’Église catholique n’encourage pas ces
mariages, selon une position partagée également par les
musulmans eux-mêmes. 97Beaucoup de femmes
catholiques se sentent « coincées » dans ces mariages,
surtout quand la belle-famille fait pression pour qu’elles
passent à la religion musulmane. Ou bien quand l’époux
se trouve une deuxième épouse. L’Église catholique a du
mal à accepter ce genre de situation, et peut appliquer dans
certains cas, ce qu’on appelle « le privilège Paulin ». « En
fonction de ce que Paul explique dans la première épître
aux Corinthiens (7, 12-17), l’Église se reconnaît le droit
d’annuler un mariage humain qui se révèle chrétiennement
invivable pour la conjointe baptisée, en raison de
l’opposition que lui fait son conjoint qui ne l’est pas. Dans
ce cas, le « privilège », s’il existe vraiment, joue en faveur
de la vie dans le Christ, dont l’importance peut prévaloir
de façon légitime au regard de l’Église, sur une vie
97
Groupe de travail « Islam » (GT) de la CES. Mariage catholique-
musulman doc 1 ; Internet .[Link]
79
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conjugale qui n’a pas pu et ne peut pas être effectivement
consacrée au Christ par un tel couple » 98.
Au demeurant, il s’agit primordialement d’un service
pastoral à rendre aux personnes concernées. L’Église
catholique respecte le choix d’un couple pour un mariage
catholique-musulman et désire l’aider dans le cadre d’une
pastorale du discernement.
Hormis les difficultés réelles que peuvent traverser les
époux de mariages avec disparité de culte, il est beau et
admirable de voir ces couples vivre dans l’harmonie et
dans la fidélité, soutenus par leurs familles réciproques. Ils
montrent ainsi à la face du monde que l’amour est au-delà
des races et des religions. Et Dieu dans sa mystérieuse
providence unit deux êtres par l’amour. C’est dans cette
optique que l’Église catholique a ouvert en quelque sorte
une brèche pour permettre ces mariages avec une dispense
d’empêchement de disparité de culte. Le Cardinal
Théodore Adrien SARR, archevêque émérite de Dakar a
dit que ces mariages entre chrétiens et musulmans sont
une chance pour le Sénégal, qui a déjà une longue
tradition de convivialité islamo-chrétienne.
Nous avons eu une belle expérience à préparer des
fiancés pour un « mariage dispars » ; à notre grande
surprise, le père musulman de la fiancée est venu à notre
rencontre pour s’enquérir du mariage chrétien. Après que
nous lui ayons soigneusement expliqué l’essence du
mariage catholique et son déroulement, le père attentionné
nous fit cet aveu : « C’est maintenant clair à mon
entendement, à ce point, je peux donner ma fille en
mariage à ce jeune homme chrétien ». Le mariage fut
célébré comme prévu, en sa présence dans l’église. Le
père de la fiancée a été surtout enchanté d’une chose : que
Bilan du second quinquennat (15 août 1974-14 août 1979) de la
98
Commission Théologique International. Les « 16 thèses » du P.
Martelet approuvées « in forma generica ».
80
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sa fille puisse accompagner son fiancé à l’Église sans faire
d’elle une chrétienne. Chez les musulmans, les fiancés ne
se rendent pas à la mosquée le jour du mariage, ce sont les
parents proches (les oncles par exemple) qui s’y rendent et
nouent l’alliance devant l’imâm qui les invite à se donner
la main. On récite la Fatiha qui est la première sourate du
coran, suivie de prières 99.
C’est quelquefois apostolique de ressembler
musulmans et chrétiens à l’église pour assister à un
mariage avec disparité de culte. Beaucoup de musulmans
nous ont dit apprécier les soigneuses préparations au
mariage et les célébrations chez les catholiques, ce qui
n’existe pas chez eux. À la lumière d’Amoris Laetitia,
comme le suggère Mgr Jean-Luc BRUNIN « la
célébration chrétienne met en valeur la réalité qui fonde le
mariage… c’est aussi pour l’Église l’occasion de
témoigner de sa confiance dans la fidélité de Dieu à
l’égard de ce couple » 100.
Cependant une précision est de taille : dans le cas du
mariage avec dispense de disparité de culte, le
consentement ne rend pas sacramentel au sens propre un
tel mariage, mais il n’y est pas étranger. Parce qu’avant
d’être élevé comme sacrement dans l’Église, le mariage
est une institution sacrée, voulue par Dieu. C’est là que
nous pouvons voir la connexion entre le baptême et le
mariage chez le catholique. Pour qu’il y ait sacrement, il
faut que les deux parties soient baptisées.
Chez les musulmans, les choses se passent assez vite,
une fois que la dot est remise, on fait la cérémonie à la
mosquée. Aussi, l’Islam a une conception contractuelle du
99
CES. Mariage Catho-musulman doc 1
Service National pour les relations avec les musulmans (Conférence
100
des Évêques de France), les mariages dispars et la question de la
sacramentalité, dans revue théologique des Barbarins N°23, mai-août
2018,pp.15-16.
81
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mariage, devant témoins musulmans, ainsi qu’un
règlement de l’indemnité de divorce. Il insiste davantage
sur les droits et devoirs en termes moraux et juridiques. Il
convient de dire qu’au-delà de cette conception
contractuelle du mariage, l’Islam a aussi le sens de
l’amour et de la protection que les époux doivent
s’apporter mutuellement. Le coran dit : « Allah a créé pour
vous des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec
elles, et Il a mis de l’affection et de la bonté 101». La
tradition chrétienne quant à elle, a une conception plus
théologique et spirituelle du mariage, il y est exprimé en
terme d’alliance matrimoniale qui est un signe de
l’alliance de Dieu avec son Peuple,
Selon l’Islam, les enfants issus d’un foyer islamo-
chrétien sont, de fait, musulmans, même si dans la
pratique ce n’est pas toujours vécu ainsi. L’Église quant à
elle, demande à la partie catholique du couple islamo-
catholique de faire connaître et de partager sa foi
catholique aux enfants 102. En pratique, les hommes
catholiques épousant des musulmanes, font baptiser
systématiquement tous leurs enfants, tandis que les
musulmans épousant des catholiques ne permettent pas
souvent à leurs enfants d’accéder au baptême chrétien. Il y
a des exceptions, certains musulmans permettent le
baptême chrétien de leurs enfants, comme ce sénégalais
professeur de droit dans une université européenne, qui
nous confie : « Je suis musulman, mais j’ai consenti à ce
que ma femme catholique sénégalaise, fasse baptiser à
l’Église tous nos enfants ». Dans certaines familles, une
partie des enfants pratiquent la religion musulmane, et une
autre partie la religion catholique, selon que le père ou la
mère de famille soient issus de ces deux religions. Ce n’est
pas souvent commode, mais c’est la réalité. Toutefois il
101
Coran, 30/21
102
Can.1086 § 2 / Can. 1125
82
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faut signaler que le mariage avec dispense de disparité de
culte ne concerne pas uniquement des partenaires de
religion catholique et musulmane. Cela peut concerner
aussi une personne chrétienne et une autre de la religion
traditionnelle africaine par exemple, ou avec une personne
qui se dit sans religion pourvu qu’il respecte la foi
catholique de son conjoint et veuille bien l’accompagner à
l’église. Cela n’est pas un obstacle à un mariage
catholique, mais il faut absolument une dispense de
l’Évêque, pour que le mariage ait lieu dans l’Église.
Enfin, personne ne peut dire d’avance où il va
rencontrer sa future épouse ou son futur mari. L’amour est
soudain, vous ne le surprenez pas, mais c’est lui qui vous
surprend. Une fois que vous aurez goûté à l’ivresse de
l’amour humain qui aboutit au mariage, il faudra de la
volonté pour le reconstruire constamment, parce que les
sentiments ne sont pas éternels.
Mariage mixte
Dans le dictionnaire, la notion de mixité renvoie à la
nationalité, à la race, à la religion, à l’ethnie, et dans le
langage habituel des gens, mariage mixte désigne mariage
interconfessionnel, interculturel. C’est pourquoi, beaucoup
de chrétiens appellent tout bonnement le mariage entre un
musulman et un chrétien, mariage mixte. Mais, pour
l’Église catholique qui a ses expressions propres, le
mariage mixte concerne des chrétiens baptisés dans des
églises différentes et qui veulent se marier. Par exemple, le
mariage entre catholique et protestant, ou orthodoxe et
anglican. Il n’y a pas d’empêchement à proprement parler,
mais si une catholique veut épouser un protestant, il faut
une autorisation de l’Évêque. Si l’accord est donné, il
faudra la présence du prêtre pour la partie catholique,
pendant la célébration, puisque celle-ci peut se dérouler
83
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dans un temple protestant. Il s’agit moins d’une démarche
administrative formelle que d’une attention pastorale.
L’évêque peut déléguer à un prêtre son pouvoir d’accorder
l’autorisation. Il faut savoir que chez les protestants le
mariage reste une institution naturelle et n’est pas
sacramentel comme dans l’Église catholique, puisqu’il n’y
a pas de sacrements chez les protestants, sauf le baptême.
Pour eux, seul le mariage civil compte et est attesté
comme valide. Pourtant ils tiennent à célébrer un culte
nourri de la Parole de Dieu, dans leur temple, après le
mariage civil. Mais pour les catholiques, dès lors qu’il
s’agit d’un mariage entre deux chrétiens baptisés, cela
devient un sacrement.
Aussi, il faut savoir que, chez les protestants, le
mariage n’est pas indissoluble, puisqu’ils ne reconnaissent
que le baptême comme sacrement. Nous avons noté plus
haut le rapport entre l’indissolubilité du mariage et sa
sacramentalité.
84
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CHAPITRE VI :
MARIAGE COUTUMIER
Nous consacrons un long chapitre pour ce type de
mariage, assez particulier, dont on ne parle pas beaucoup.
Et pourtant la plupart des mariages dans l’Ancien
Testament relèvent de la coutume. Ainsi l’on prenait
femme pour son fils par un dialogue à l’amiable avec sa
belle famille, en donnant la dot. Dans le livre de la
Genèse, Abraham demanda à son serviteur d’aller lui
prendre une femme pour son fils Isaac, non chez un peuple
étranger, mais dans son pays d’origine 103. Aussi Juda prit
pour Er son fils ainé, une femme nommée Tamar 104. Ce
type de mariage était arrangé et approuvé le plus souvent
par les parents, en particulier par le père. Et la dot était
fixée en espèce et en argent, entre autres une outre de vin.
Ce dernier élément joue un rôle important dans les
mariages coutumiers juifs, comme chez la plupart des
peuples africains à tendance chrétienne. Dès que l’accord
était conclu on versait du vin dans une coupe pour sceller
l’alliance. Le fait que Jésus révèle son premier signe
miraculeux à un mariage à Cana, en transformant l’eau en
vin, n’est pas innocent par rapport au scellement de
l’alliance matrimoniale chez les juifs de son temps. En
Afrique chez les Igbos du Nigéria qui sont généralement
chrétiens, durant le mariage coutumier, le père de la
fiancée remet à celle-ci un verre de vin et lui demande
devant toutes les familles et le village réunis, de leur
103
Gn 24, 2-4
104
Gn 38, 6
85
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désigner quel est l’homme qu’elle a choisi pour époux, en
lui portant le vin à boire.
Le mariage coutumier pourrait-être aujourd’hui une
étape non moins importante dans l’ensemble de la
préparation au mariage religieux catholique. Beaucoup de
chrétiens n’échappent pas souvent à ce mariage dans le
milieu social et culturel africain, qui allie tradition et
modernité. Le mariage, en ce qui concerne ses rites, nous
l’avions évoqué, exprime deux aspects : un aspect humain
et aussi la réalité du mystère du salut, et les deux aspects
ont une portée religieuse. C’est pourquoi l’Église veille,
dès lors, à l’harmonisation de ses rites, en intégrant
certains rites sociaux dans sa célébration, tout en
respectant aussi leur forme culturelle. Essayons à présent
de définir ce qu’est une coutume.
Qu’est-ce qu’une coutume ?
La coutume est définie en droit civil comme
« l’ensemble des règles juridiques qui résultent d’un usage
implanté dans une collectivité et tenu par elle comme
juridiquement obligatoire » 105. Quant à la doctrine
canonique, elle présente la coutume comme une norme
définie et observée par une communauté de fidèles, aptes à
recevoir une loi et consciente de créer ainsi un droit. Dans
le Droit Canonique, les canons 23 à 28 traitent de la
coutume. Selon ces canons, il y a des conditions :
- Pour qu’il y ait coutume, il faut le consentement
légal du législateur.
- Il faut que la coutume ne soit pas contraire au droit
divin, autrement elle ne peut obtenir force de loi (Can 24).
Une coutume réprouvée par le droit, n’est pas raisonnable.
105
H. DESCHENAUX Le titre préliminaire du code civil. Traité de droit
civil suisse, tome II Fribourg 1969, p. 96
86
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Il lui faut donc deux éléments : un élément matériel, ou
l’usage, et un élément psychologique, c’est-à-dire la
conviction du caractère obligatoire de l’usage. Donc
« aucune coutume ne peut obtenir force de loi, à moins
qu’elle n’ait été observée par une communauté capable au
moins de recevoir une loi avec l’intention d’introduire un
droit » (Can 24, 1, 2).
Mariage coutumier dans le droit civil au Sénégal
Précisons que, dans la législation sénégalaise, le
mariage coutumier qui a le plus de force est le mariage
coutumier musulman. Les musulmans sénégalais, ont
intégré des prescriptions coraniques, dans les usages
matrimoniaux typiquement traditionnels des différentes
ethnies islamisées, de sorte que le mariage coutumier
devient un mariage religieux, pour se distinguer du
mariage civil établi à l’époque coloniale par le législateur
français. Ce mariage coutumier est appelé coutume ouolof
islamisée. Comme le note Marième NDIAYE : « Le
législateur a procédé à une disqualification des règles
religieuses qui lui a permis de légitimer la subsidiarité de
la coutume par rapport aux règles de droit écrites,
largement inspirées du droit civil français » 106.
En 1972 l’État moderne du Sénégal a instauré un code
de la famille en essayant de faire une synthèse entre les
pratiques traditionnelles et le modernisme, en tenant
compte de toutes les composantes de la société 107. Le
législateur y a cautionné trois types de mariage : un
106
Marième NDIAYE, Sociologue, chercheuse en sociologie au
laboratoire, Les Afriques dans le monde(LAM) Article Interpréter le
non-respect du droit de la famille au Sénégal. La légitimité et les
capacités de l’Etat en question in DROIT ET SOCIETE, 2015/3
(N°91), p 607-622
107
Serge GUINCHARD in Mariage coutumier en droit sénégalais, Revue
internationale de droit comparé,1978, pp 811-832.
87
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mariage moderne avec l’intervention d’un officier d’état
civil, un mariage coutumier dans lequel l’officier d’état
civil intervient tout de même pour constater l’union
célébrée selon la coutume ou la tradition des contractants,
et enfin un mariage coutumier non constaté considéré
comme une forme d’union exceptionnelle, qui n’est pas
conforme à la réglementation, mais qui est accepté par
l’officier d’état civil, eut égard à la liberté religieuse
comme principe. Ici nous nous gardons d’entrer dans le
débat politico-religieux sur les droits de la femme par
rapport à ce code de la famille au Sénégal. Toutefois l’on
a noté qu’en Afrique le pluralisme des droits rend difficile
parfois l’état de droit dans un pays (comme le Sénégal par
exemple) 108.
À côté du droit musulman, dit coutume islamisée bien
en vigueur, il y a aussi une autre union coutumière bien
que celle-ci ait moins de force, dans l’état civil du
Sénégal. Dans l’entendement des non musulmans
sénégalais, pour la plupart des catholiques qui s’engagent
dans le mariage à l’église, le mariage coutumier équivaut
au mariage traditionnel avec des usages, des prescriptions
émanant de la religion traditionnelle africaine. Il est
souvent célébré en famille avec quelques anciens qui font
office d’autorité coutumière. Avant les indépendances
dans la plupart des états africains, les mariages se faisaient
uniquement selon la coutume, et certains se faisaient
transcrire dans les registres de l’état civil. Ce mariage
coutumier n’est pas tout à fait imprégné de l’Évangile,
mais certaines de ses pratiques ne sont pas contraires à
l’Évangile. Et ces usages remontent à des temps
immémoriaux. C’est très souvent le type de mariage qui
n’est pas constaté par l’état civil et demeure une forme
d’union exceptionnelle, non conforme à la réglementation.
Nous allons parler de cette union coutumière, qui n’a pas
108
M. NDIAYE, in Droit et société, 2015/3 N°91 ; p.607 – 622
88
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de valeur juridique, mais vécue par beaucoup de
catholiques, avant l’union dans le Seigneur.
Au Sénégal, chez les candidats au mariage religieux
catholique, le mariage coutumier ne fait pas souvent
l’unanimité. Beaucoup de jeunes chrétiens engagés, et
citadins pour la plupart, ne connaissant pas les coutumes
traditionnelles ancestrales, et par conséquent, rejettent tout
bonnement ces dernières. Certains en sont partisans, et
d’autres qui se disent assez « cathos », manifestent parfois
une opposition au mariage traditionnel, surtout à cause de
pratiques qu’ils jugent idolâtriques. D’autres encore se
voient assignés par la famille à ces pratiques, parce que
cela a toujours été ainsi. Ils s’y plient donc pour la forme
ou par principe, en ignorant complètement les richesses
que peuvent cacher ces rites traditionnels du mariage.
Pourtant, dans le formulaire de l’enquête canonique de
l’Église catholique, il est demandé aux fiancés s’ils ont
accompli ou non le mariage coutumier. C’est dire que
l’Église ne bannit pas ce genre de mariage, elle ne
l’impose pas non plus comme condition sine qua non pour
se marier à l’Église. Mais, pour la plupart des chrétiens
africains le mariage coutumier est non moins important, et
devient même un passage obligé pour certains. On pourrait
le considérer comme une étape, dans la préparation au
mariage sacramentel de l’Église, et il a des avantages.
Avantages du mariage coutumier
Le mariage coutumier a des avantages, et ne se limite
pas uniquement à la transaction de la dot, mais il y a des
étapes accompagnées de rites, qui peuvent se dérouler plus
ou moins sur une longue échéance. Dans ce mariage, on
prend deux familles à témoin, ce qui est une manière de
donner du sens à ce mariage. En Afrique, nous dit-on, on
ne se marie pas seuls. Quand deux personnes se marient,
89
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les deux familles respectives nouent également entre elles
une alliance. Toute famille humaine à son origine dans
l’union de deux personnes. De plus, la société
traditionnelle africaine est communautaire et non
individualiste, le groupe prime sur l’individu. On ne peut
exister sans sa famille. Et quand des alliances d’amour, de
paix et d’entente mutuelles, s’établissent, c’est là une
préparation à la foi chrétienne. Aussi bien l’homme que la
femme, chacun se sent bien intégré dans la famille de
l’autre, ce qui fait qu’en cas de crise, de mésentente du
couple, les deux familles pourront toujours intervenir pour
une médiation, voire, une réconciliation. En revanche, en
cas de brouille, très souvent, chaque famille devient
partisane et accentue la discorde. Il n’y a donc pas que des
avantages, il y a aussi des inconvénients.
Inconvénients du mariage coutumier
Nous constatons que dans bien des cas de mariages
coutumiers, les fiancés ne quittent vraiment pas père et
mère en s’attachant l’un l’autre. Ils vivent de pressions
familiales avant même le mariage. Il y a des contextes
culturels où les fiancés sont juste informés de la date et du
lieu de leur mariage, sans que cela soit leur choix, parfois
même ils ne sont pas choisis. Ici leur liberté s’en trouve
compromise. Dans bien des cas, il y a un consentement à
la base, mais au niveau des préparatifs, voire même des
dates du mariage, les parents organisent souvent tout à
l’insu des fiancés. Or dans l’optique chrétienne, les fiancés
doivent être au cœur du processus et non les parents à leur
place. Il arrive parfois aussi que deux familles empêchent
leurs enfants de se marier du fait de leurs tribus
différentes.
90
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Un témoignage du père Michel Gerlier sur la réalité du
mariage traditionnel en pays manjaku 109, illustre bien les
inconvénients du mariage coutumier dans certains milieux
en Afrique noire. « L’on peut célébrer validement un
mariage en l’absence du mari (tous les rites peuvent être
faits par les frères du mari) ; et les coépouses
("banimënts" 110) qui interviennent dans les rites sont la
plupart du temps les belles-sœurs de la mariée. La
deuxième chose qui montre que le mariage est avant tout
une affaire familiale, c’est le sort qui est réservé à la jeune
épouse, une fois terminées les réjouissances : elle est tout
simplement au service de sa belle-mère, et ne peut
pratiquement rien faire sans sa permission d’où les conflits
interminables dans nos communautés chrétiennes pour
l’engagement des jeunes mariées dans les activités de la
paroisse, surtout quand le mari est au Portugal ou en
France. Il est évident que dans cette manière de vivre le
mariage, l’amour de Dieu en souffre 111».
Il faut aussi parler de la question occulte (prendre ici
occulte dans le sens de sorcellerie, d’envoûtement) qui
plane et qui fait peur souvent autour de biens des mariages
coutumiers dans l’espace culturel africain, et aussi la
question de la dot. De jeunes fiancés que nous avions
préparés au mariage sont venus nous dire un jour, qu’il y
avait des tiraillements entre les deux familles respectives,
avant même leur mariage coutumier. Alors que la date du
mariage à l’Église était déjà envisagée par les fiancés. La
famille de la fille tenait absolument à célébrer le mariage
coutumier avec des libations, sans quoi, leur fille ne serait
109
Groupe ethnique originaire de la Guinée Bissau, disséminé un peu
partout à travers le monde, et dont la langue est classée parmi les
langues dites « Ouest Atlantique ».
110
Coépouses en langue manjaku, on prononce « Ba’niminse »
111
Père Michel Gerlier est missionnaire de la Congrégation du Saint
Esprit ayant vécu longtemps en pays manjaku en Guinée Bissau
91
Licence accordée à Henri DIOUF hmsdigger@[Link] - ip:[Link]
pas considérée, et que si elle se mariait sans les rites
coutumiers, elle sera exposée à la malédiction dans son
ménage (dans beaucoup de contrées en Afrique, celui qui
ne respecte pas la tradition, est souvent menacé par des
jurons, et des malédictions verbales). Quant à la famille du
garçon, elle reprochait à la famille de la fille son retard à
donner la liste des éléments de la dot, ce qui ralentissait le
processus du mariage coutumier. Des familles jouent sur
la dot, avec une surenchère, qui décourage vite le
prétendant. Pourtant, la surenchère n’a rien à voir avec le
mariage coutumier en tant que tel, c’est juste un vice,
comme un fléau qui atteint beaucoup de familles pauvres
surtout, et rend redoutable le mariage coutumier. Pour le
cas de ces fiancés dont nous parlions, leurs familles
respectives ne s’étant pas encore rencontrées (or c’est le
préalable dans le mariage) nous leur avons déconseillé de
se marier à la date déjà fixée, et d’attendre jusqu’à ce que
les deux parties trouvent un terrain d’entente. Si le
mariage coutumier présente des inconvénients, en voilà
donc un, et c’est un point sur lequel butent beaucoup de
fiancés. Malheureusement, cela les pousse à bout, et ils
sont tentés de vivre clandestinement leur union, au point
de concevoir des enfants avant le mariage. Quelque fois
cela peut inciter les familles à lâcher prise et les laisser se
marier.
En outre, il y a une croyance répandue, lors de certains
mariages traditionnels (parfois modernes) des personnes
mal intentionnées jettent un sort aux mariés pour les
rendre inféconds par exemple. Cela peut être l’œuvre de
membres même de la famille des mariés, par jalousie, ou
simplement parce qu’ils ne sont pas d’accord avec un tel
mariage. D’où la méfiance de certains fiancés s’il s’agit de
se marier traditionnellement. Cela contribue à affaiblir le
mariage traditionnel. Le Code de Droit Canonique estime
que la coutume « risque, cependant, d’être un écho trop
92
Licence accordée à Henri DIOUF hmsdigger@[Link] - ip:[Link]
immédiat de la faiblesse humaine et de provoquer un
relâchement de la discipline » 112. Ces inconvénients font
qu’il est parfois difficile d’admettre le mariage coutumier,
dans certains milieux.
Cependant les familles jouent un rôle important pour
l’insertion dans le tissu social, et ce cadre de solidarité qui
a été tant admiré au synode africain, a permis à l’Église de
considérer la « grande » famille africaine comme image de
l’Église « famille de Dieu ». Aujourd’hui chez certains
fiancés, il y a une tendance à mettre de côté les intentions
de la famille, si bonnes soient-elles, et à affirmer leur
volonté et leur liberté, ce qui n’est pas mauvais et c’est
même souhaitable, mais cela ne signifie pas mettre de côté
les bonnes intentions familiales. Toutefois il faudra
davantage travailler à harmoniser coutumes familiales et
pratique chrétienne du mariage.
Coutumes familiales et pratique chrétienne du
mariage
Essayons de voir quelques-unes de ces pratiques
rituelles du mariage coutumier, y noter des points
communs, et y dégager des éléments positifs, qui pourront
être l’objet d’approfondissement, afin d’être intégrés dans
le mariage chrétien de ceux qui pratiquent ces coutumes.
Durant nos entretiens de préparation au mariage, deux
jeunes fiancés sérères, très engagés dans leur paroisse,
m’ont dit refuser catégoriquement le mariage coutumier
que la famille voulait leur imposer : « parce qu’il s’agit de
bain mystique, de libation et on ne sait pas trop à quoi cela
va nous engager », me renseigne le fiancé. En plus de ce
bain, poursuit-il, « il y a le rituel de la vache liée. On
demande à la mariée, accompagnée d’une femme, de faire
trois tours autour de la vache, ensuite la vache tombe
112
Nouveau Code de Droit Canonique, p. 58
93
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comme par enchantement sans être abattue. Il y a des
vieux assis à l’écart en train d’observer la scène et je pense
qu’ils font des incantations. Une fois la vache écroulée,
elle est immolée. Sans ce rite, la femme n’est pas
considérée et n’a pas le droit de donner son avis lors d’une
rencontre de femmes. Après ce rite, la mariée passe à un
autre rituel appelé « Ndout », c’est une initiation familiale
du côté maternel. En quelque sorte c’est un don de soi. La
mariée est conduite dans un lieu secret, et assise au milieu
de femmes mûres, on l’outrage avec des injures, on la
malmène pour la préparer à être une femme et aussi à être
courageuse dans les difficultés une fois mariée. On lui
lègue un langage codé qu’elle ne doit jamais dévoiler ni à
son époux ni à qui que ce soit. Elles se comprendront entre
femmes qui ont subi la même initiation ».
Le récit de ce jeune fiancé manque de précision, et
manifeste une certaine ignorance de ces rites, et de leur
signification profonde. De prime abord, ne portons pas de
jugement hâtif au sujet de ces rites. Une question se pose,
on ne peut tout de même pas porter atteinte à la vie de ses
propres enfants le jour de leur mariage. On ne songe pas
non plus à les confier à un esprit maléfique. Seulement il
faut le reconnaître certains rites peuvent conduire à une
certaine aliénation et compromettre la foi du fidèle
chrétien. En tant que croyant, on veillera à ne pas verser
dans ce qui est occulte. Il faudrait surtout faire une étude
sérieuse de ces rites et en percer le mystère.
À y regarder de près, certains usages dans le mariage
coutumier africain, comme le bain nuptial de la fiancée, ou
du fiancé selon certains usages, a une portée religieuse. Ce
bain n’est pas fondamentalement différent de ceux du
monde de la Grèce et de la Rome antique, pour qui le bain
est lié à l’offrande sacrificielle d’une mèche de cheveux de
la fiancée.
94
Licence accordée à Henri DIOUF hmsdigger@[Link] - ip:[Link]
Pour parler du mariage chrétien, saint Paul fait allusion
dans la Lettre aux Éphésiens : « Le Christ a aimé l’Église,
il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en
la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné
d’une parole ; il voulait se la représenter à lui-même, cette
Église, resplendissante, sans tâche, ni ride, ni rien de tel ; il
la voulait sainte et immaculée » 113. Paul, juif de culture
pharisaïque connaissant bien sans doute la culture gréco-
romaine de son temps, et s’exprimant lui-même dans ces
langues, ne faisait-il pas allusion à ce rite de bain nuptial
dans la culture ambiante de son temps, pour proposer le
bain de l’eau baptismale, en l’appliquant à l’Église comme
une épouse que le Christ purifie.
Il existe également chez les juifs, ce rite de bain
nuptial, appelé « mikvéh, c’est un bain purificateur. Selon
la tradition juive, comme le note la sociologue Lisa
ANTEBY : « Le mikvéh est une pratique ancestrale qui
prend sa source dans le texte biblique, il s’inscrit dans un
ensemble prescriptif plus large qui régit les rapports entre
le pur et l’impur. La veille du mariage, la mariée se rend
au bain rituel, pour se purifier en vue de la cérémonie
nuptiale. Elle est accompagnée de quelques amies, de sa
mère, de sa belle-mère et d’autres femmes de sa
famille » 114.
Le bain nuptial symbolise aussi, l’abandon de son
ancienne vie et son passage à une vie nouvelle. On ne
saurait dire quelle culture a influencé l’autre, mais sans
doute une pratique existante chez nombre de peuples
depuis l’aube des temps. Cependant, malgré la présence de
cette pratique de bain nuptial chez les juifs, « aucun texte
biblique ne rapporte la toilette nuptiale de manière
explicite, selon le pasteur Kongolo Chijika, si ce n’est
Ephésien 5, 25-27
113
114
Lisa Anteby, Parole de chercheur, in Histoire des couples,
construction du genre. Source internet
95
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l’usage métaphorique que relate le prophète Ezéchiel 115.
Dans ce texte Yahvé s’engage à apporter à sa fiancée tous
les soins nécessaires, parmi lesquels le bain du corps dans
l’eau outre les soins du corps ». 116
On retrouve ce rituel du bain nuptial chez certains
peuples de l’Afrique. Chez les Sérères, selon des propos
recueillis par un certain Gilbert SÈNE, précisant que les
coutumes sérères varient d’un endroit à un autre. Pour le
cas des Sérères du Sine de la région de Fatick 117, il
rapporte ceci dans un article publié sur internet, à propos
du mariage traditionnel chez les Sérères : « À la tombée de
la nuit, les proches de la mariée, lui font prendre un bain
rituel et la parent de jolis pagnes ». Également chez les
Soninkés, note Tapha BATHILY : « Ce rituel puise ses
sources dans des traditions ancestrales et enrichit le
mariage tout en lui conférant un cachet particulier. Cette
cérémonie consiste à purifier la jeune mariée avant de la
conduire chez son mari. Cette purification, selon d’autres,
la protège des mauvaises langues et la rend
psychologiquement apte à affronter un entourage familial
différent du sien. » 118
En Afrique dans certains milieux, surtout en milieu
urbain, ce bain nuptial est souvent vu par certains fiancés
chrétiens comme mystique, sous-entendu occulte,
incompatible avec la foi. Faut-il le reconnaître en Afrique,
nous avons très souvent une mentalité magique, qui
consiste à voir un esprit un peu partout et dans bien des
cas un esprit maléfique. Ce qui risque d’enfermer dans la
peur, et conduit aussi à la méconnaissance de certains rites
qui cachent parfois des richesses inouïes. Le rite du bain
nuptial a surtout un sens de purification chez la plupart des
115
Ezéchiel 16, 9.
116
Pasteur Kongolo Chjika
117
Région du Sénégal
118
Mariage chez les Soninkés. Source internet
96
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peuples. Cependant la purification externe doit impliquer
celle de l’intérieur, ce qui est très évangélique. C’est
pourquoi l’Église Catholique demande aux fiancés de se
confesser avant de prétendre au sacrement de mariage,
ceci pour être en état de grâce. Cela est exprimé dans
l’enquête prénuptiale. De même que l’Église use de
l’aspersion de l’eau bénite, mais celle-ci ne remplace pas
la confession. Le rite du bain nuptial pourrait être adapté
dans la liturgie de l’accueil des fiancés sur le parvis de
l’église, le jour de leur mariage. Le prêtre célébrant
pourrait asperger par exemple les futurs époux d’eau
bénite à l’entrée de l’église, avec une formule appropriée.
Hormis le rituel du bain nuptial, il y a le rite du
franchissement ou du « saut » comme on pourrait
l’appeler. « Une ligne est tracée au sol sur toute la
longueur du portail de la maison sur laquelle on verse de
l’eau. Mais ici, cela symbolise la frontière qu’elle doit
franchir pour aller vers d’autres lieux et en y versant l’eau,
on lui enlève les mauvais sorts » 119. Chez certains peuples,
à la place de la ligne à franchir tracée au sol, il y a le balai
à sauter. À la fin de la cérémonie de mariage, le nouveau
couple est invité à sauter un balai posé au sol, ou dans
certains cas, tenu par deux témoins. Le balai symbolise
l’engagement de l’un envers l’autre, le changement de vie,
et aussi « le franchissement spirituel du seuil de la terre en
tant qu’époux » 120.
Chez la plupart des ethnies en Afrique, le rite du
mariage se fait par étapes, et peut comporter un rituel
sacrificiel, ou un rituel avec des objets symboliques. Chez
d’autres, ce sont des conseils que donnent des femmes
119
Gilbert SÈNE notre informateur dans le net, in Mariage chez les
sérères du Sine.
120
Aria, cérémonie de mariage lyrique, Rituel du balai, Source
internet.
97
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sages de la famille, à la jeune fille, ou bien ce sont les trois
possibilités (sacrifices - objets symboliques - conseils) à la
fois. Ne pouvant pas tous les exposer dans cet ouvrage,
nous rapportons ici le cas des fiançailles et du mariage
chez les Manjakus.
Nous avons interrogé Monsieur François Mendy 121, à
propos des rites de fiançailles chez les Manjaks, en
contexte sénégalais : Avant de célébrer le mariage à
l’Église, on se limite aux rites des fiançailles
traditionnelles « communément appelées « Manda
Cabass », termes créoles de la Guinée Bissau, qui
signifient « envoi de la calebasse ». « Cette pratique est
une adaptation de la coutume pratiquée en pays manjaku.
Selon la coutume manjaku, quand un homme et une
femme s’aiment et qu’ils décident de s’engager dans une
union, à ce moment leurs familles d’origine sont fortement
impliquées. Elles sont tenues de se rencontrer pour
entamer des pourparlers qui aboutiront à des fiançailles.
En effet, le mariage qui en découlera est une union entre
les deux familles. Les fiançailles, qui sont une étape vers
le mariage, se composent de deux phases, notamment les
visites d’usage et la cérémonie proprement dite.
Les visites d’usage
La première visite
Une fois que les deux concernés sont prêts à s’engager,
ils en parlent à leurs familles. Il revient à la famille du
fiancé de faire le premier pas, en délégant quelques-uns de
ses membres pour aller rendre visite à la famille de la
femme, pour exprimer leur intention. Emportant de la
boisson, les mandataires iront rendre visite à la famille de
la fiancée. Ils leur diront : « Nous avons vu quelqu’un
dans votre famille et nous sommes intéressés ». Le chef de
121
L’officialité est le tribunal ecclésiastique chargé de rendre la justice
au nom de celui qui exerce le pouvoir judiciaire dans l’Eglise
catholique romaine. Voir Code de droit Canon 1055-1165.
98
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la famille de la fiancée demandera que les mandataires lui
précisent de qui il s’agit. Une fois qu’il aura une réponse
précise, il pourra congédier ses hôtes, en leur disant qu’ils
vont se concerter en famille et qu’il les convoquera pour
leur donner une réponse. On sert la boisson apportée et les
parties trinquent.
La deuxième visite
En attendant la seconde rencontre, la famille de la
femme fera son enquête de moralité sur le fiancé et sa
famille, surtout si le monsieur n’est pas un habitué de la
famille. Après s’être concertée, la famille de la femme
envoie une personne pour dire à la famille de l’homme
qu’elle peut venir chercher la réponse. À cette rencontre,
la famille de la femme donne son accord pour cette union
des deux fiancés. Encore cette fois, la boisson apportée par
les mandataires de l’homme est bue ensemble. Un rendez-
vous est fixé pour la troisième visite.
La troisième visite
Lors de cette visite, les deux familles se concertent
pour fixer la date des fiançailles. Ensuite, la famille de la
femme exprime aux mandataires ce qu’ils doivent apporter
le jour fixé pour demander la main de leur fille.
Selon la coutume, ils doivent apporter une calebasse
dans laquelle ils mettront de la boisson alcoolisée et
sucrée, la quantité est définie par un nombre symbolique.
Hormis la boisson, on mettra dans la calebasse, un paquet
d’aiguilles, une pelote de fil, un bouton, un dé, des
ciseaux, un mouchoir de tête. Certains groupes manjaku y
ajoutent une couverture et un pagne tissé manjaku. Dans la
calebasse, y sera mise la dot dans une enveloppe dont la
famille de la fiancée précisera le montant. La calebasse
sera accompagnée de deux casiers de vin rouge, deux de
99
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bière et deux de jus de fruit ou plus, selon les moyens ou
la générosité du fiancé.
La cérémonie des fiançailles
Avant la cérémonie
Généralement, les fiançailles ont lieu le samedi après-
midi. Avant ce jour, les parents de la femme et de
l’homme prennent le soin d’informer les membres de leur
famille. Chacun des fiancés invite ses amis proches. Dans
la matinée, un repas est préparé dans les deux familles.
Après le repas, la famille du fiancé se rend chez la
fiancée en forte délégation munie de la calebasse avec son
contenu. Une de ses cousines est désignée pour porter la
calebasse remplie de boisson.
La cérémonie proprement dite
Arrivée chez la famille de la fiancée, la délégation reste
dehors jusqu’à ce qu’une femme de la famille hôte verse
de l’eau sur le seuil de la porte pour la faire entrer. La
cousine du fiancé, qui porte la calebasse, sera la première
à entrer dans la maison en enjambant l’eau.
Les femmes de la maison vérifient si tout ce qui est
demandé est bien mis dans la calebasse. Ensuite, place au
discours du chef de la délégation de la famille du fiancé.
Puis le porte-parole de la famille de la fiancée parle.
Officiellement, la famille accepte la demande de la famille
du fiancé et accorde la main de sa fille. On prendra le soin
d’expliquer à la nouvelle élue, la signification des objets
mis dans la calebasse et de lui prodiguer des conseils pour
être une bonne épouse et une bonne mère :
- L’aiguille, le fil, le dé, les ciseaux, symbolisent le
devoir de la femme dans son foyer. Comme une couturière
qui coud l’habit déchiré et relie des morceaux de tissu, la
femme doit s’employer à concilier et à réconcilier les
100
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membres de la famille qui l’a accueillie. Donc, elle doit
œuvrer pour la paix et la concorde dans son foyer.
- Quant au mouchoir de tête, il signifie que l’épouse
doit être une femme qui sache garder les secrets, une
femme discrète mais aussi une personne digne de
confiance.
Après les discours, les deux familles sympathisent,
boivent et partagent le repas. Un peu plus tard, la
délégation du fiancé prend congé. Au retour, les parents
informent le fiancé resté à la maison du déroulement de la
cérémonie.
Dans la tradition manjaku, les fiançailles sont une étape
importante et obligatoire, qui a pour objectif d’aboutir à
un mariage. C’est une étape permettant de sceller l’amour
entre deux fiancés et l’union entre deux familles. La
calebasse symbolise en quelque sorte une forme de
compensation du fiancé à l’endroit de la famille de la
femme. En effet, le fiancé doit être au service de la famille
de sa fiancée depuis qu’elle lui a été promise, lui apportant
appui et soutien dans tous les événements heureux et
malheureux 122. Cependant, le rite du mariage traditionnel
proprement dit chez les manjaku, en contexte bissau-
guinéen, est assez particulier. Le fiancé accompagné de
ceux de sa famille reçoit la famille de la fiancée pour un
rituel qui consiste à franchir une ligne tracée qui va être
irriguée par le sang d’un coq, parfois par de l’eau. On
invoque les ancêtres, comme témoins invisibles, mais
présents et présidant au mariage. Ce rite est fait pour la
femme, puisque dans la conception manjaku du mariage,
la femme est la gardienne de l’intégrité familiale.
L’honneur conjugal doit être rigoureusement sauvegardé
par l’épouse. Les cas d’adultères en milieu traditionnel,
Exposé de Monsieur François MENDY (docteur en Histoire-
122
Géographie) sur le mariage dans la tradition Manjaku.
101
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sont rares chez les femmes manjakus mariées, ce qui ne
veut pas dire qu’il n’existe pas. Puisqu’il est prévu que
l’adultère, s’il y a lieu, se lave par le sacrifice d’une
chèvre sur l’autel des ancêtres. C’est pour cette raison que
la fidélité de l’épouse se justifie par le fait que durant la
cérémonie du mariage, l’épouse en franchissant la ligne
tracée fait serment d’être fidèle à son mari en présence des
ancêtres. Selon la remarque de l’administrateur colonial
Antonio CARREIRA, « le non-respect de cet engagement
provoquerait leur colère qui la rendrait stérile ou
supprimerait tous les enfants, les pires sanctions qu’une
femme puisse encourir » 123. Une autre alternative est que
la femme adultère puisse être lavée dans la place publique,
d’un bain purificateur, pour mériter le pardon.
Cependant, nous voyons bien les failles dans de tels
engagements au mariage, et cela est contraire au mariage
chrétien qui n’est pas assujetti à des représailles pouvant
coûter la vie d’un conjoint, en cas d’adultère. La seule
mesure que préconise le droit canon en cas d’adultère, est
que le conjoint lésé (l’homme comme la femme), peut
demander une séparation perpétuelle. Il est toutefois
conseillé de pardonner dans la mesure de ses forces. Jésus
n’a pas condamné la femme adultère qu’on lui a présenté.
De plus, le mariage n’est pas uniquement au profit de
l’homme. Et l’homme et la femme doivent s’engager dans
la fidélité. Parce que pour certaines pratiques
traditionnelles en Afrique, l’adultère de l’homme n’a
jamais de grande conséquence à condition qu’il choisisse
sa partenaire parmi les femmes non mariées. Cela semble
ancré dans la mentalité, même de nos contemporains, si un
homme marié s’intéresse à faire des avances aux femmes,
123
Vie sociale des Manjakus, par Antonio Carreira, 1947,
Administrateur de circonscription. Publié à l’occasion du centenaire
de la découverte de la Guinée Bissau. Lire aussi le sociologue
Amadou Moustapha Diop dans Société manjak et migration.
102
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on dit : « C’est un homme ! », et les femmes navrées
ajoutent : « Ils sont tous pareils les hommes ! On ne peut
pas avoir confiance en eux». Hélas, ce laisser-aller ouvre
bien des portes à des hommes, pour tomber facilement
dans l’adultère, et conduit certaines femmes à demander le
divorce.
Mariage coutumier et foi catholique : urgence
pastorale
« Le dessein de Dieu sur le mariage et sur la famille
concerne l’homme et la femme dans la réalité concrète de leur
existence quotidienne dans telle situation sociale et culturelle.
C’est pourquoi l’Église, pour accomplir son service, doit
s’appliquer à connaître les situations au milieu desquelles le
mariage et la famille se réalisent aujourd’hui… En tenant ferme
le double principe de la compatibilité avec l’Évangile des
diverses cultures à assumer et de la communion avec l’Église
universelle, on devra poursuivre l’étude - cela vaut
particulièrement pour les Conférences épiscopales et les
dicastères compétents de la Curie romaine - et l’action
pastorale, de sorte que cette « inculturation » de la foi
chrétienne se réalise d’une manière toujours plus vaste, même
dans le domaine du mariage et de la famille ». (Jean Paul II, E.A,
Familiaris Consortio n° 4 et10).
Les rites du mariage coutumier précités, malgré leurs
rudesses apparentes, nous font comprendre dans le fond, le
caractère sacré du mariage, et donc une invitation à la
fidélité, et surtout à éviter le divorce. Chacun des conjoints
aura à cœur de maintenir l’honneur familial, en vertu de
l’alliance nouée entre les deux familles, en vertu aussi et
surtout du rite qui les consacre comme mariés, ayant
comme témoins la famille et les ancêtres. Il y a dans le
rituel du mariage coutumier, des rites qui peuvent
contribuer à rendre la célébration matrimoniale assez
parlante chez le chrétien.
103
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Il est certainement avantageux d’étudier ces rites
traditionnels ancestraux, d’en recueillir les aspects
positifs, de les christianiser et de les proposer pour la
liturgie chrétienne. En mettant aussi l’accent, par exemple,
sur le rôle pédagogique que jouent certains rites, qui il faut
le reconnaître, n’ont aucun effet magique, ni occulte sur
les mariés, mais les incitent surtout à garder l’honneur
conjugal : fidélité, honnêteté, abnégation, courage dans la
vie conjugale, familiale et sociale. Ne traitons pas de
prime abord l’ensemble de ces rites comme diaboliques.
Le pape François, exhorte à ne pas crier au paganisme
devant des symboles non-chrétiens, mais à comprendre les
attentes qu’ils expriment. Dans la tradition patristique,
celle des Pères de l’Église, il y avait eu un double
courant : l’un qui détruisait volontiers les temples et les
idoles, avec une dimension purificatrice, à l’instar de saint
Martin de Tours dans ses tournées d’évangélisation des
campagnes gauloises ; et l’autre, qui a assumé beaucoup
d'éléments venus du paganisme, parfois même dans la
liturgie.
Par ailleurs, quand les fiancés sont laissés à eux seuls
pour faire leur mariage, il peut y avoir le risque de les
fragiliser surtout en cas de crise. Il est appréciable que les
pasteurs accompagnent les fiancées dans toutes les étapes
du mariage coutumier. Leur présence conforte le couple,
et c’est un avantage pour le pasteur de mieux connaître ce
qui se fait, afin de mieux orienter ses fidèles. N’est-ce pas
une manière de mieux faire passer le message de
l’Évangile au sein d’une culture donnée ? Cela nécessite le
discernement et la patience, deux vertus que le prêtre doit
développer dans la pastorale conjugale. Nous ne dirons
pas qu’il faut reprendre exactement les mêmes rites
traditionnels précités ; car comme on peut le constater
certains de ces rites sont incompatibles et non nécessaires
à notre vie chrétienne. Mais, une adaptation pourrait se
104
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faire, pour d’autres rites bien étudiés, sans verser dans une
vision romantique de sa culture, ni chercher à défendre à
tout prix ces pratiques traditionnelles. Elles sont, il faut le
reconnaître, ignorées de beaucoup de jeunes chrétiens, qui
demandent aujourd’hui à se marier à l’Église surtout en
milieu urbain. Si l’on doit intégrer le rite traditionnel du
mariage coutumier manjaku par exemple qui consiste à
faire traverser les fiancés, une ligne tracée au sol. Il faudra
d’abord que les fiancés sautent les deux ensembles pour
traverser la ligne, et non uniquement la fiancée. Ensuite, il
faudra éviter de verser du sang d’animal. Le père Gerlier,
le souligne avec pertinence : « le sang qui doit être évoqué
dans le mariage sacramentel (et même rendu présent
quand on y célèbre aussi l’Eucharistie) est celui de
l’Alliance nouvelle et éternelle ; et celui-là n’annonce pas
de représailles en cas d’infidélité ; au contraire c’est en lui
que se trouve la réconciliation ». Ils doivent sauter les
deux ensembles le "uging"(en langue Manjaku, trait tracé
au sol que la fiancée doit franchir) à l’entrée de l’église,
pour être accueillis comme couple dans l’Église qui est
leur famille. Ce sont les aînés de la famille qui les font
entrer (témoins du mariage et prêtre) ; mais eux, se
présentent comme homme et femme, créés à l’image de
Dieu, en totale égalité (droits et devoirs, dignité).
Autrement dit, on garde le même signifiant (un signe
matériel qui souligne fortement un engagement qui va
prendre toute la personne), mais le signifié est
profondément modifié : l’homme s’engage au même titre
que la femme, dans la fidélité et pour toujours » 124.
Les préliminaires du Rituel catholique romain actuel du
mariage, rapporte un enseignement important du Concile
Vatican II :
« Dans les usages et les façons de célébrer le mariage
en vigueur chez les peuples qui viennent de recevoir la
124
[Link], témoignage
105
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première annonce de l’Évangile, on appréciera avec
bienveillance tout ce qui est honorable et n’est pas
indissolublement solidaire de superstitions ou d’erreurs et,
si cela est possible, on en assurera la parfaite
conservation ; qui plus est, on l’admettra dans la liturgie
elle-même, pourvu que cela s’harmonise avec les
principes d’un véritable et authentique esprit liturgique.
Chez les peuples où, traditionnellement, les cérémonies du
mariage se font à la maison et durent même plusieurs
jours, il faut adapter ces cérémonies à l’esprit chrétien et à
la liturgie. En ce cas, la Conférence des évêques peut
décider selon les nécessités pastorales de ces peuples, que
le rite lui-même du sacrement pourra être célébré à la
maison » 125. Il faudrait lire également l’exhortation du
pape François sur l’Amazonie. Il y cite saint Jean-Paul II
qui enseignait ceci : « En présentant la proposition
évangélique, l’Église ne prétend pas nier l’autonomie de la
culture. Au contraire, elle a envers elle le plus grand
respect, car la culture n’est pas seulement sujet de
rédemption et d’élévation, mais elle peut aussi jouer un
rôle de médiation et de collaboration ». Et en s’adressant
aux indigènes du continent américain, le souverain pontife
François a rappelé : « une foi qui ne se fait pas culture est
une foi non pleinement accueillie, non pleinement pensée,
non fidèlement vécue ». Les défis des cultures invitent
l’Église à « un sens critique aigu mais aussi à la
confiance » 126.
Le Rituel catholique contient des rites qui expriment la
portée chrétienne du mariage. Ces rites comportent, dans
l’Église catholique, le consentement des époux ainsi que la
bénédiction nuptiale. Le Rituel romain se veut universel.
Mais, comme le veut aussi le Concile, il doit être adapté à
S.C (Sacrosanctum Concilium) n° 77.
125
Pape François, « Querida Amazonia », Exhortation post-synodale
126
sur l’Amazonie. Ch. 4, Un réveil ecclésial, n°66
106
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la culture des peuples, à l’exception toutefois, de
« l’essentiel du mariage », le consentement mutuel reçu
par le prêtre, dans l’Église catholique, qui doit être
exprimé dans un même rite 127.
Faut-il le rappeler, le mariage, réalité humaine et
terrestre, inscrite dans le tréfonds de notre humanité, « au
cours de l’histoire des hommes, a pu subir des variations,
selon les différentes cultures, structures sociales et
attitudes spirituelles. Malgré la diversité des pratiques, il y
a tout de même des traits communs et permanents » 128.
127
Abbé Jean Baptiste Bigangara in Problème de la compatibilité entre
les rites chrétiens et les rites coutumiers dans la célébration du
mariage chrétien au Burundi. Source : travaux de doctorat en
théologie et Droit Canonique. Université Catholique de Louvain, fasc.
5, p. 143.
128
Catéchisme de l’Église Catholique, n°1603
107
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CHAPITRE VII :
DROIT CANONIQUE ET MARIAGE
COUTUMIER
Peut-on réellement plaider pour une inculturation du
Droit Canonique , autrement dit, l’adapter aux réalités
africaines , puisque l’essence sociétale du Droit Canonique
est Ubi societas, ibi jus », « là où est la société, là est le
droit ». Contrairement à l’Évangile qui est immuable et
qui, en dialoguant avec les cultures, doit les transformer de
l’intérieur, le droit n’a pas pour vocation d’être immuable
et de transformer une culture, selon le canoniste C.
YATALA : « L’Évangile propose et le droit oblige », le
droit régule la vie des membres d’une culture 129.
Le code de Droit Canonique reconnaît la coutume, mais
la coutume canonique, en la situant au niveau de la loi non
écrite doit être observée par une communauté donnée,
sous le contrôle du législateur. Nous l’avions évoqué plus
haut, il y a des conditions : la conformité avec le droit
divin, le caractère raisonnable, la capacité de la
communauté concernée à recevoir la loi, l’intention de sa
part d’introduire une norme de droit, et l’approbation par
le législateur.
Mais il y a, semble-t-il, une dichotomie entre cette
coutume canonique et la coutume traditionnelle avec ses
valeurs ancestrales, comme nous les avons exposées dans
les paragraphes précédents. Selon Jean Paul BETENGNE
Constantin YATALA in « Revues des Sciences Religieuses » 1982,
129
n°2 (2010) pp. 245-262 citant O. Bimwenyi Kweshi, « Inculturation
en Afrique et attitude des agents de l’évangélisation », in « Cahiers
des Religions Africaines », vol. 14, n. 27-28 (Janvier Juillet 1980), p.
47).
109
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de l’institut catholique de Yaoundé, «l’Église chemine au
quotidien avec des chrétiens appartenant à ces
communautés coutumières en Afrique. N’est-il pas
nécessaire de créer des règles qui peuvent intégrer le
mariage coutumier dans le Droit Canonique ? Ce qui
permettra à tous les membres de la société ecclésiale de
s’y retrouver culturellement» 130 ? Et au canoniste
Constantin Yatala de dire. « L’adaptation du Droit
Canonique aux réalités culturelles africaines n’est pas son
inculturation, mais son application aux réalités qu’il est
appelé à réglementer. Cette application qui relève de
l’autorité administrative ou judiciaire, implique une
interprétation qui pourrait, certes, créer une certaine
jurisprudence » 131.
Il y a eu dans l’histoire, comme nous l'avons déjà vu,
une certaine « ecclésialisation » des coutumes et des
traditions romaines et en général européennes au travers
des titres d’autorités et de structures ecclésiastiques.
De la même manière, une « ecclésialisation » des
coutumes et traditions africaines pourrait se faire, toutefois
en se référant au législateur, puisque nous sommes en
Église, et « le référent au législateur du droit est important
pour l’Église puisque celle-ci est une société constituée et
organisée », selon le pape Jean Paul II lors de la
promulgation du nouveau Code de Droit Canonique de
1983. Cette dichotomie entre la coutume canonique et la
coutume traditionnelle africaine mérite d’être regardée de
près. Parce qu’il y a des chrétiens africains qui prennent le
mariage religieux canonique, et le mariage civil, comme
une formalité à remplir. Il y a d’une part, les coutumes
dictées par la tradition ancestrale qui a souvent une grande
influence dans la mentalité africaine, et d’autre part,
130
Jean Paul BETENGNE, Institut Catholique de Yaoundé, in Culture
canonique et culture juridique en Afrique.
131
C, YATALA¸ Ibidem
110
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d’autres coutumes dictées par l’Église. Si ces coutumes
ancestrales étaient intégrées, c’est-à-dire codifiées et
consignées dans le Code de Droit Canonique selon les
réalités culturelles, cela leur donnerait plus de force.
Cependant, précisons qu’intégrer le mariage coutumier
africain ne veut pas dire codifier tout son contenu. Alors la
question qui se pose est : qu’est-ce qu’il faut intégrer et
qu’est-ce qu’il ne faut pas ? C’est plus facile de dire ce
qu’il ne faut purifier et parfaire de la coutume. Nous
avançons quelques propositions :
Le mariage coutumier africain a une connotation
religieuse de par lui-même et demeure sacré. Il comporte
aussi une procédure éducationnelle pour la plupart, et a
une dimension familiale, communautaire, nous l’avons
déjà dit. De même, le mariage religieux chrétien comporte
également une dimension ecclésiale. Il y a un point
commun à prendre en compte pour l’évangélisation des
coutumes africaines. En revanche, l’Évangile aura à
purifier tout ce qui ne concorde pas avec l’essence du
mariage sacramentel, comme le défaut de consentement,
quand la fille est donnée contre son gré en mariage. Il en
est de même pour les mariages arrangés et précoces, avec
l’âge immature des mariés, les unions consanguines de
premier degré, et parfois la répudiation à cause de
l’infécondité de la femme, toutes ces réalités existent au
sein des mariages coutumiers.
Aussi pouvons-nous comprendre les canons 24 et 25,
quand ils stipulent qu' ”Aucune coutume contraire au droit
divin ne peut obtenir force de loi », « Elle risque d’être un
écho trop immédiat de la faiblesse humaine… ». L’Église
n’insiste pas trop pour le mariage coutumier, d’autant plus
qu’il y a plusieurs pratiques en ce domaine, et qu’il n’y a
pas de normes générales, ce qui rend complexe parfois de
pouvoir légitimer entièrement ces mariages. De plus
aujourd’hui, on peut dire que sur cinq mariages, trois ne
111
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sont pas endogamiques, c’est-à-dire que l’on se marie de
moins en moins dans le clan, dans l’ethnie. Il y a beaucoup
de mariages « interraciaux », et il y a beaucoup de
personnes ignorantes de leur culture d’origine. Toutefois,
nous retenons que le mariage coutumier est un champ à
défricher, un aréopage potentiel, pour que l’Évangile
s’enracine partout en Afrique, là où il y a des pratiques
coutumières traditionnelles, sans renier l’originalité et les
aspects positifs du mariage coutumier. Mgr DJOMO
Nicolas, président de la Conférence épiscopale nationale
du Congo, après avoir participé à deux synodes sur la
famille à Rome, donne ses impressions sur le tout dernier
qui nous a valu l’exhortation du pape François « Amoris
Laetitia ». Nous citons le prélat : « Dans ce texte, parlant
d’Amoris Laetitia– le Pape promeut une perception
nouvelle des réalités des familles. Durant le Synode, nous
étions plusieurs évêques africains à insister pour qu’un
autre regard soit porté sur ce que nous appelons dans notre
continent le « mariage par étapes » - c’est-à-dire la
succession du mariage traditionnel, du mariage civil et du
mariage religieux… Ainsi chacune des trois étapes du
mariage peut être considérée comme une manière de
progresser vers le mariage sacramentel... ». Enfin, l’État
juge le mariage coutumier valide et légal. Par conséquent,
il est généralement possible de le faire enregistrer,
démarche par laquelle le couple peut se faire remettre un
certificat officiel. L’enregistrement offre une protection au
couple ou à l’épouse si elle devient veuve, et aux enfants
qui naîtraient par la suite.
112
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CHAPITRE VIII :
DROIT CANONIQUE ET MARIAGE CIVIL
Selon Voltaire : « Le mariage est un contrat du droit
des gens dont les catholiques romains ont fait un
sacrement. A l’un sont attachés les effets civils, à l’autre
les grâces de l’Église » 132. Mais pour le chrétien le
sacrement et le contrat sont deux choses bien différentes :
aux yeux de l’Église le contrat matrimonial est
sacramentel. Le mariage pour le catholique n’est pas tant
un simple contrat qu’une alliance sacramentelle.
Si le Droit romain a été établi pour réglementer les
coutumes de l’Antiquité, il faut dire que ces dernières ont
donné au premier un tremplin pour se hisser. Des
spécialistes du droit civil ont remarqué aussi que dans les
Codes de droit civils il peut y avoir des compromis.
Avant le XVIIIe siècle en France, l’Église tenait les
registres de l’état civil du mariage. Depuis 1792,
révolution oblige, l'État laïc enlève à l’Église le droit de
garder les registres de mariage. Désormais, c’est à la
Mairie de réglementer tout mariage. On pouvait
comprendre alors l’affirmation du pape Pie IX, en 1852 :
« L’union conjugale entre les chrétiens n'est légitime que
dans le mariage-sacrement hors duquel il n'y a qu'un pur
concubinage ». Léon XIII qualifiera, quant à lui, le rite
civil « d'abominable concubinage ». Mais, dans Familiaris
Consortio, publié en 1981, Jean-Paul II affirme que la
situation de catholiques « unis seulement par le mariage
civil » ne peut être comparée à celle de « ceux qui vivent
sans aucun lien », car il y a au moins un certain
engagement dans un état de vie précis, et probablement
132
Voltaire-Mariage in Dictionnaire philosophique
113
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stable. En demandant, de la part de l'État, la
reconnaissance publique d'un tel lien, ces couples
montrent qu'ils sont prêts à en assumer aussi les
obligations en même temps que les avantages. » Le pape
ajoute cependant que : « L'Église ne peut pas non plus
accepter cette décision » 133.
Philippe Antoine, père blanc missionnaire en Afrique,
connu pour ces recherches canoniques sur le mariage, a
écrit : « La société sénégalaise contemporaine a hérité
cette manière de faire qui privilégie le mariage religieux
sur le mariage civil. Cette résistance au droit civil perdure
après l’indépendance. Le droit coutumier résiste encore
aux efforts du législateur qui cherchait à unifier l’ordre
juridique interne… En matière de mariage, la loi
(sénégalaise) du 23 juin 1961, tendant à la création d’un
état civil unique et à sa réglementation conserve au
mariage son caractère familial et religieux et évite par
conséquent de le laïciser » 134.
Aujourd’hui, au Sénégal, comme en France, l’Église ne
reconnaît pas le mariage civil, au point de vue
sacramentel, mais elle y oblige ses fidèles, pour être
conformes à la loi civile. Aussi, ne célèbre-t-elle jamais un
mariage religieux sans s’assurer qu’il ne soit célébré aussi
au niveau civil. Le couple fait partie intégrante de la
société d’une manière générale, tout en appartenant à une
société particulière qu’est l’Église avec ses droits et
principes. On ne peut renier l’existence de la législation du
mariage civil ; tous les États modernes en ont. Et cela est
une bonne chose à cause de la dimension sociale du
Jean-Louis Halpérin, L’impossible Code civil, Paris, PUF, coll
133
Philippe Antoine, journée scientifique du Réseau Démographique -
134
Mémoires et Démographie : 19-22 juin 2007 ; Comportements
matrimoniaux au Sénégal à l’interface des traditions, de l’Islâm, de la
colonisation et de la Loi du XVIIIe au XXe siècle. Source Internet,
revue-pouvoirs, 2003-4, page 59
114
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mariage et du caractère religieusement pluraliste des
sociétés modernes. Le fait que l’Église oblige ses fidèles
au mariage civil, a une implication dans les procédures
d’héritage. Aussi, pour un procès de nullité, le juge
ecclésiastique doit s’assurer que le divorce au niveau de
l’état civil a été effectif. En outre la valeur légale et
officielle du mariage civil s’appuie en partie sur le
commandement biblique de soumission aux autorités
civiles tel que les apôtres Pierre et Paul nous l’enseignent
« Soyez soumis à toute institution humaine à cause du
Seigneur… » « Que chacun soit soumis aux autorités
supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de
Dieu » 135.
Cependant, le mariage civil tel que l’État l’a légiféré
avec la possibilité du divorce, ne correspond pas au
mariage sacramentel tel que l’Église l’entend, ni au
mariage naturel voulu par Dieu. C’est ce qui explique le
ton tranché, et le caractère opposant des papes Pie IX, et
Léon XIII à l’égard du mariage civil. Ce qui est normal,
puisque l’Église a toujours défendu le droit naturel lié à la
nature humaine, tel que le Créateur l’avait voulu.
On a remarqué également que les droits civils en
général ont connu des compromis à l’égard du droit
naturel, à en croire les spécialistes du droit, Jean-Louis
HALPERIN a écrit : « Le Code civil napoléonien de 1804
est une œuvre de compromis entre ancien droit et droit
révolutionnaire, entre coutume et droit romain. Les
codificateurs recherchaient comment rendre leurs
dispositions conformes à la raison, mais ils ne semblent
pas avoir voulu innover. L’héritage révolutionnaire est
présent, mais le Code de 1804 se montre aussi
conservateur. Il est souvent admis de penser que la partie
sur les biens et les contrats est plutôt révolutionnaire,
tandis que celle sur la famille est conservatrice ; qu’enfin
135
1 Pierre 2.17 et Romains13, 1-7
115
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les régimes matrimoniaux et successoraux sont plutôt
transactionnels » 136.
Serge Guinchard, professeur aux facultés de droit de
Lyon et de Dakar, a écrit : « Carrefour de civilisation,
mosaïque de coutumes, foyer religieux où domine l’Islam,
mais où l’on rencontre des traditions animistes et
chrétiennes, le Sénégal s’est donné en l972, un Code de la
famille qui essaie courageusement de réaliser une synthèse
entre la tradition et le modernisme, entre toutes les
composantes de la société sénégalaise… Le Code en effet,
est dans son ensemble, une œuvre de compromis, parce
que le législateur a voulu laisser à chacun le libre choix de
sa conduite en harmonie avec les prescriptions de sa
religion » 137.
Enfin, quant au père Philippe Antoine, parlant du cas
du Sénégal : « Sous la colonisation, il n’y a donc pas
équité de traitement en ce qui concerne le mariage civil
selon les différentes religions existantes. On appliquait
aux minorités chrétiennes les textes du Code civil
interdisant aux ministres du culte de célébrer un mariage
religieux avant qu’il ait été célébré devant l’officier de
l’état civil, alors qu’on ne l’appliquait pas aux musulmans
dont la religion était largement dominante. Il en résulte
que l’état civil indigène fonctionnait de façon différente
selon la religion des intéressés. Les musulmans pouvaient
faire célébrer leur mariage religieux sans se préoccuper de
l’état civil, alors que les chrétiens ne le pouvaient pas. À
l’époque coloniale, le compromis règne entre pratique
religieuse et transcription du mariage a postériori à l’état
civil. (Il faut dire que les colons craignaient la révolte de
136
J. Louis HALPERIN in « L’impossible Code civil ». Paris, PUF,
coll.« Histoires » 1992, p. 276.
3
S. GUINCHARD, « Le mariage coutumier en droit sénégalais », Revue
internationale de droit comparé, 1978, Vol 30, N°3, pp. 811-832
137
116
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la part des chefs religieux musulmans soutenus par leurs
nombreux fidèles, qui défiaient le mariage civil tel que le
colon voulait l’imposer. Puisque la loi civile interdisait la
polygamie) » 138.
Dans l’Ancien Testament, la Loi de Moïse était en
défaut par rapport à la volonté du Créateur, et constituait
en quelque sorte un compromis par rapport au droit
naturel. À ce propos, Jésus reproche souvent à ceux qui
exercent en son temps un pouvoir spirituel, de prendre les
préceptes particuliers (droit positif des hommes) pour des
règles générales (droit divin) et ainsi de trahir la loi divine.
Par exemple : « C’est à cause de la dureté de votre cœur,
que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ».
Pour mieux comprendre ces propos de Jésus, il faut les
replacer dans leur contexte. Il est important de savoir que
dans la tradition du peuple d’Israël, ainsi que dans les
traditions qui tirent leur origine de près ou de loin de cette
Ancienne Alliance (Islam – Religions Traditionnelles) la
polygamie ainsi que la répudiation ou le divorce étaient
permis par la Loi divine, dans certaines conditions selon
lesquelles Moïse fixa un cadre légal aux séparations. La
lettre de répudiation que le mari doit donner à sa femme
devrait permettre à celle-ci de se remarier légalement et
ainsi échapper à la honte d’être regardée comme une
femme infidèle. Par rapport à l’anarchie morale de
certaines sociétés anciennes (Assyrie, peuples de Canaan
etc.) ce statut de la « famille était un progrès. Il instituait
une certaine protection de la femme et des enfants face à
l’arbitraire masculin. Mais Jésus explique à ses auditeurs
que ce statut conjugal n’était pas un commandement, mais
juste « une permission concédée par moïse de mauvaise
grâce parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement
« en raison de la dureté de votre cœur ». Il ajoute par deux
fois : à l’origine, il n’en était pas ainsi et il cite en
138
Philippe Antoine, Mémoires et Démographie, 19-22 juin 2007
117
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référence le livre de la Genèse. Jésus veut donc rétablir
l’union conjugale dans sa pureté originelle 139.
L’Église a une haute idée du mariage et ne saurait y
déroger pour des compromis. En revanche, aucun État ne
légifère sur le mariage en vue de favoriser le divorce, mais
en vue de la stabilité de l’union des époux.
Une dame chrétienne était venue nous voir, disant
qu’elle n’en pouvait plus de supporter les malentendus
avec son mari, qu’elle voudrait divorcer. Nous l’en avons
déconseillée, d’autant plus qu’elle avait effectué un
mariage sacramentel. Pas très convaincue, elle alla au
tribunal voir un juge, qui lui dit : « Madame, il faut
négocier et vous mettre d’accord à l’amiable, pensez aux
enfants. C’est vrai que le droit civil légifère pour les
divorces, mais nous savons que ce n’est pas la meilleure
solution. Personne ne tient à voir sa famille voler en éclat
par un divorce. Cela nous fait mal à chaque fois que nous
devons légiférer pour un divorce sur l’insistance des
citoyens ». Cette parole du juge l’avait complètement
retournée.
En fin de compte, l’Église ne devrait-elle pas
exiger le mariage coutumier comme elle le fait pour le
mariage civil, avant le mariage religieux ? D’autant plus
que certaines législations civiles du mariage sont parfois
sujettes à des compromis, qui ne disent pas souvent leurs
noms. Aujourd’hui, ce qui relève de la loi naturelle voulue
par le Créateur à savoir le mariage entre un homme et une
femme, est relativisé. On autorise dans certaines contrées
du globe, le « mariage » entre deux personnes de même
sexe. La législation civile issue de la Révolution française,
après s’être débarrassée de la tutelle de l’Église en ce qui
concerne le contrat matrimonial, a quand même maintenu
ce qui fait partie de l’essence du mariage chrétien, c’est-à-
139
Lettre Encyclique du pape Pie XI Casti Connubi. Ch.3 Le
Sacrement, le mariage indissoluble n° 35-36
118
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dire le consentement des deux parties qui s’engagent.
Cependant, cela ne suffisait pas: Aujourd’hui, quand deux
personnes de même sexe se « marient » civilement, le
même consentement est requis, pour valider ce
« mariage » à la municipalité, au même titre que les
mariages entre homme et femme.
En Afrique, surtout en milieu traditionnel, il est
difficile d’imaginer un mariage coutumier entre deux
personnes de même sexe.
En nous reportant aux textes sacrés cités par Jésus,
nous pouvons comprendre ce que sont les éléments
constitutifs de ce projet originel divin, c’est-à-dire,
premier dans l’intention divine : le Créateur, dès l’origine,
les fit homme et femme : « L’homme quittera son père et
sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux ne feront
qu’une seule chair. Ainsi ils ne seront plus deux, mais une
seule chair ». Si nous méditons ces paroles révélées, deux
conditions s’imposent à notre intelligence : c’est un seul
homme et une seule femme qui forment le couple humain
originel. C’est le couple homme-femme, qui a été créé.
Pour conclure cette partie juridico-canonique du
mariage, disons que le souci de l’Église en matière de
droit est le salut des âmes. Le droit canonique est une
œuvre de charité.
Droit canonique et charité
« Que le salut des âmes soit la loi suprême » 140
Le souci des âmes est donc le principe de base du Droit
Canonique, la charité préside au Droit Canonique. Le pape
Jean-Paul II, en présentant solennellement le nouveau
code de Droit Canonique le jeudi 03 février 1983,
Formule emblématique du Concile de Trente 1563, qui a été ajouté
140
par le Pape Jean-Paul II dans le dernier canon du code de Droit
Canonique.
119
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déclarait ceci : « Une clé importante pour comprendre le
sens du droit dans l’Église est l’histoire du Peuple de
Dieu, et surtout le lien étroit qui existait entre l’Alliance et
la Loi. On y découvre à quel point le suivi des
commandements et des diverses dispositions cultuelles et
législatives exprimait, dans la vie quotidienne, l’amour de
Dieu pour son Peuple et la fidélité de celui-ci à cet amour
» […] Le droit est important pour l’Église puisque celle-ci
est une « société constituée et organisée […] Un tel droit
sera toujours animé par la charité et ordonné à la
justice » 141.
A la suite de Jean-Paul II, le pape François rappelle
dans sa Lettre Apostolique Motu proprio « Mitis Iudex
Dominus Iesus », qui constitue une récente retouche du
code de Droit Canonique à propos de la nullité des
mariages: « C’est donc le souci du salut des âmes, qui –
aujourd’hui comme hier – reste la fin suprême des
institutions, des lois et du droit, qui conduit l’évêque de
Rome à offrir aux évêques ce document de réforme, en
tant qu’ils partagent avec lui le devoir de l’Église, qui est
de garantir l’unité dans la foi et la discipline concernant le
mariage, charnière et origine de la famille chrétienne » 142.
Le lien d’amour qui unissait Dieu à son Peuple devait
trouver son expression dans le témoignage de la vie
quotidienne, par l’observance des commandements, de
même que quand un homme et une femme doivent nouer
un lien d’amour devant Dieu et devant les hommes, cela
doit passer par une observance, puisqu’ils vivent dans une
société organisée. « Le droit est connaturel à la vie de
l’Église, à laquelle il est de fait très utile : il est un moyen
et une aide, et aussi – dans les délicates questions de
141
J.P II, Présentation solennelle du nouveau code de Droit Canonique,
le jeudi 03 février 1983.
142
Pape François, Motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus, p.7.
120
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justice – une protection » 143. Le droit canonique assure
une protection à ceux qui s’engagent dans les liens du
mariage, et de fait, l’Église a toujours essayé de protéger
le mariage des influences païennes négatives. La lettre de
saint Ignace au IIème siècle, l’atteste : « C’est la pensée de
Dieu qui doit présider au mariage et non la passion 144».
Le but de cette remarque n’impliquait pas un acte
juridictionnel, mais exprimait un souci pastoral et une
spiritualité chrétienne de la vie conjugale.
[Link] ibid.
143
144
Citée par E. Schillebeeckx « Le Mariage, réalité terrestre et
mystère de salut » p. 219.
121
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QUATRIÈME PARTIE :
SPIRITUALITÉ CHRÉTIENNE DU COUPLE
"L'élément fondamental de la
spiritualité conjugale est l'amour
répandu dans le cœur des époux comme
don de l'Esprit Saint. Les époux
reçoivent ce don dans le sacrement
en même temps qu'une particulière
consécration."
(Saint Jean-Paul II, 14 novembre 1984)
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CHAPITRE IX :
TÉMOINS DE L’AMOUR DANS LE MONDE
En les accompagnant et en célébrant des mariages,
l’Église fait mémoire et célèbre en même temps
l’inconditionnalité et la puissance de l’amour de Dieu, à
l’œuvre dans un couple en particulier 145 ».
Il est important dans la préparation des fiancés au
mariage, que la spiritualité tienne une place
prépondérante. Cela aide, d’une manière positive, à
donner sens non seulement à la célébration du mariage,
mais un sens pour toute la vie du couple. Car le sacrement
du mariage, encore une fois, n’est pas donné uniquement
le jour du mariage, mais il est encore à donner tous les
jours de la vie du couple. Le couple peut vieillir, mais le
sacrement du mariage lui ne vieillit pas. Les conjoints sont
invités à faire un renouvellement de leurs promesses
d’alliance matrimoniale à des moments ponctuels, comme
le jour anniversaire de leur mariage, et en d’autres
occasions, par exemple, le jour de la Sainte famille, ou
bien après les brouilles, les malentendus. Leurs choix
mutuels doit les animer dans la joie comme dans la peine,
et les stimulera à garder leur lien en cas de difficultés, car
comme l’enseigne le Catéchisme de l’Église Catholique :
« De tout temps, l’union de l’homme et de la femme est
menacée par la discorde, par l’esprit de domination, par
l’infidélité, par la jalousie et par des conflits qui peuvent
aller jusqu’à la haine et la rupture ». Cette spiritualité part
de l’intimité du couple, pour fonder une famille, église
145
H. BRICOUT, article Le Sacrement de mariage, un acte d’Eglise, in
LITURGIE ET SACREMENT, Ed. Service national de la Pastorale
liturgique et Sacramentelle-Conférence des évêques de France
125
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domestique et va vers les autres. C’est dire ce que les
couples chrétiens sont appelés à être : des témoins de
l’amour dans le monde.
Le Cardinal DANEELS, archevêque émérite des
Malines-Bruxelles, disait aux Équipes Notre Dame 146 :
« Si vous êtes les Équipes Notre-Dame dans la pastorale
de la famille et du couple, c’est pour les autres. Rendez
compte que vous avez dans l’Église un ministère. Il y a un
véritable lien ministériel entre ce que vous faites et
l’Église : vous êtes quelque part, les mains et les pieds, la
langue et la bouche de l’Église, dans un domaine
particulier, celui de la vie familiale et des couples. Et c’est
peut-être là le plus grand motif de crédibilité de l’Église à
notre époque. » 147
La dimension eucharistique du mariage
« Les époux, sont pour l’Église le rappel permanent de
ce qui est advenu sur la croix » 148.
Au moment de quitter ce monde vers son Père, nous dit
l’Écriture, Jésus aima les siens jusqu’au bout, au point de
se donner en sacrifice. « Il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». Votre
amour en tant que couple doit être oblatif et non captatif.
Voilà ce qu’écrit à ce propos John Wu, un converti chinois
du XXe siècle :
« Ma femme et moi avons trouvé notre quiétude dans le
cœur du Christ. Nous sommes liés l’un à l’autre par un
commun amour. Comme nous progressons dans l’amour
de Dieu, nous progressons dans notre amour mutuel.
Pendant ces dernières années, ma femme et moi, nous
146
Groupe de couples, fondé par le père Henri CAFFAREL
147
DANEELS Card. Au collège ERI/SR à Maredsous- 1998.
148
Jean Paul II, E.A Familiaris Consortio. Ed. Du Cerf, Paris 1981, n°
13, les tâches de la famille chrétienne
126
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avons reçu la sainte communion pratiquement chaque
jour… D’ordinaire, nous y allons ensemble. Chaque fois
que je me retrouve à genoux au banc de communion, à
côté de ma femme, je me sens vibrant de joie et
d’émerveillement. Il me semble que cette cérémonie du
vin d’amour partagé est renouvelée chaque jour dans un
monde transfiguré. Il semble que notre mariage lui-même
soit renouvelé chaque matin, et que chaque renouveau
approfondisse notre amour… Le Christ est devenu le lien
vivant entre nous. Nous ne nous adorons pas l’un l’autre.
Non, car la femme et l’homme qui s’adorent l’un l’autre,
glissent dans l’idolâtrie, dans un égoïsme multiplié par
deux. Nous adorons seulement le Christ que nous avons en
communion, et c’est lui qui nous tient unis. Et comme l’un
l’autre, nous nous approchons du Christ, nous voyons bien
que nous nous rapprochons l’un de l’autre » 149.
Le saint pape Jean-Paul II lors d’un discours disait :
"Les époux chrétiens participent à l’Eucharistie à un titre
spécial. En effet, le sacrement de mariage est le signe du
mystère d'amour par lequel le Christ s'est livré pour son
Église et un moyen d'y participer, l'Eucharistie est
précisément le sacrement et le mémorial de ce mystère. La
vie eucharistique est donc un élément spécifique de toute
la spiritualité conjugale : elle comporte les mêmes lois de
don de soi à la gloire de Dieu et pour le salut de
l'humanité, et elle apporte la nourriture nécessaire pour
suivre ce chemin." 150
Le pape Benoît XVI, abonde dans le même sens :
« Toute la vie chrétienne porte le signe de l'amour sponsal
du Christ et de l'Église. Déjà le Baptême, qui fait entrer
dans le peuple de Dieu, est un mystère nuptial : c'est pour
ainsi dire le bain des noces qui précède le banquet des
noces, l'Eucharistie. Le consentement mutuel que mari et
149
John WU Par- delà l’Est et l’Ouest
150
Discours... du 28 mai 1987, 4.
127
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femme échangent dans le Christ, et qui fait d'eux une
communauté de vie et d'amour, a lui aussi une dimension
eucharistique. En effet, dans la théologie paulinienne,
l'amour sponsal est le signe sacramentel de l'amour du
Christ pour son Église, un amour qui a son point
culminant dans la croix, expression de ses « noces » avec
l'humanité et, en même temps, origine et centre de
l'Eucharistie. Voilà pourquoi l'Église manifeste une
proximité spirituelle particulière à tous ceux qui ont fondé
leur famille sur le sacrement de mariage 151.
La dimension réconciliatrice du mariage
Le mariage rassemble, concilie et parfois réconcilie en
transcendant bien des clivages, ethniques, raciaux,
sociaux. Il y a un rapport entre le sacrement du mariage et
le sacrement de la réconciliation. Puisque le sacrement de
mariage appelle aussi les époux à une permanente
conversion personnelle, pour mieux vivre en harmonie,
tant nous savons qu’au cours de leur vie conjugale, les
époux peuvent avoir une divergence de vue qui les pousse
parfois à se blesser mutuellement. L’amour échangé sur
terre est un amour à pardon. Compte tenu de la chute
d’Adam et d’Eve, le mariage chrétien symbolise entre
autres le rétablissement de l’alliance entre Dieu et son
peuple. Oui le mariage en soi concilie et réconcilie deux
êtres, et par ricochet, des familles, des peuples. Voici un
beau témoignage vécu par un jeune couple, qui pourrait
aider beaucoup de jeunes chrétiens, voire des familles
chrétiennes face au choix de leur partenaire, ou au choix
de leurs enfants :
« Je suis originaire du centre du Cameroun, et Marie-
Claire est originaire de l’ouest. Leur tribu considère déjà
151
Benoît XVI, Exhortation Apostolique post-synodale, Sacramentum
Caritatis
128
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qu’il y a trop de sorcellerie chez nous, ce qui constitue la
première barrière considérable. En ce qui nous concerne,
je suis le dernier né et tous les aînés ont eu des épouses qui
n’étaient pas du village. Mon père espérait donc que
j’épouserais une fille du village. De l’autre côté, Marie-
Claire avait eu une formation d’ingénieur des Eaux et
Forêts. Sa famille espérait donc que ce soit un garçon du
village qui puisse l’épouser compte-tenu des efforts
consentis pour son éducation. C’étaient les premières
difficultés. Quand il a fallu que nous engagions les
démarches, les parents de Marie-Claire voulaient que la
cérémonie de la dot se fasse en ville car eux avaient quitté
le village. En revanche, la famille élargie voulait l’inverse
et que nous suivions toutes les démarches traditionnelles.
Nous avons donc décidé de prier et de faire une neuvaine.
Le mariage traditionnel serait le huitième jour de cette
neuvaine. Et avant même que nous commencions les
cérémonies, la personne qui s’opposait le plus nous a dit :
« Nous pourrions confier tout cela au Seigneur. Nous
avons prié et tout s’est bien passé. La nouveauté que le
sacrement du mariage a apportée est que le jour du
mariage tous étaient mélangés, Bassa et Bamilékés 152. Les
ruptures ont toutes été dépassées. Et même sans notre
présence, les deux familles se visitent régulièrement » 153.
Jésus prit du vin, le donna à ses disciples en disant :
« Prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang, le sang de la
Nouvelle Alliance qui sera versé pour vous et pour la
152
Les Bassas constituent un groupe ethnique bantou d’Afrique
centrale, principalement au Cameroun, dans la partie du Littoral et du
Sud. Quant aux Bamilékés, ils sont également un groupe ethnique du
Cameroun, mais vivant dans la région de l’Ouest, appelée « pays
Bamiléké », une vaste région de savane des hauts plateaux
volcaniques du Grassland.
153
Intervention faite lors de la première rencontre Amour et Vérité
Afrique de l’Ouest (été 2003) Mariage traditionnel et mariage
chrétien, Écrit par L'équipe de fianç[Link], Janvier 2011
129
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multitude, en rémission des péchés ». Dans le mariage, les
rapports intimes qui unissent le Christ et le peuple de Dieu
racheté, l’Église, sont manifestés de manière humaine. En
raison de la fragilité de l’homme dans sa réponse à Dieu,
la fidélité de Dieu dans son amour pour son peuple prend
la dimension du pardon. De même, la fragilité de l’homme
et de la femme, dans leur union d’amour, implique que
leur fidélité réciproque s’élargisse jusqu’au pardon. Le
pardon n’est pas l’oubli d’une offense, il est une volonté
d’amour assez grande, pour continuer à construire cet
amour par-delà les obstacles et les échecs 154.
Les mariés s'appuient-ils suffisamment sur le don de
Dieu, sur la grâce reçue le jour de leur mariage ? Sainte
Catherine de Sienne utilise une image très forte : "Pour
traverser le fleuve – le courant impétueux du monde –, je
vous ai fait un pont – dit le Père. Ce pont est mon Fils (…)
mais les hommes préfèrent traverser le fleuve à la nage, au
péril de leur vie (…). Pour que vous soyez soutenus tout
au long de votre marche, sur ce pont, j'ai disposé des
boutiques et en particulier celle du pardon pour guérir vos
blessures et celle de l'Eucharistie pour vous nourrir et vous
abreuver. Passez donc par ce pont, et non en-dessous" 155
Sur la terre, il n’y a pas d’amour parfait, irréprochable.
L’amour que l’on s’échange sur terre est un amour avec
pardon. D’emblée le canon 1065, § 2 dit : « Pour que le
sacrement de mariage soit reçu fructueusement, il est
vivement recommandé aux époux de s’approcher des
sacrements de la pénitence et de la très sainte
Eucharistie ». C’est déjà une préparation au pardon et à la
donation. Plus on se réconcilie avec Dieu, plus on se
réconcilie avec le prochain et avec soi-même, et on
devient plus humain. Plus on s’approche de la Sainte
154
E. SCHILLEBEECKX Le mariage réalité terrestre et mystère du salut
p.121.
155
Catherine DE SIENNE, Livre des Dialogues
130
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Eucharistie, plus on est configuré au Christ doux et
miséricordieux. « Le plus humain, c’est Dieu puisqu’il
nous a créés à son image et ressemblance. Pour être tout à
fait homme et femme, il faut ressembler à Dieu, car c’est
Dieu qui exige que l’homme et la femme soient
humains 156 ». Tantôt dans la Bible, Dieu s’identifie à une
mère : « Qui n’abandonne jamais ses enfants » (Isaïe),
tantôt à un Père aimant, attentionné. Pardonner c’est être
plus humain. Dieu est tendresse et pitié, il est pardon, lent
à la colère, plein d’amour pour ceux qui l’appellent 157.
Les sacrements en tant que signes visibles signifiant
une réalité divine invisible nous humanisent davantage,
parce que nous reliant au Créateur. Nous sommes appelés
à une première conversion, d’abord à être davantage
humain, et le sacrement de mariage appelle à une seconde
conversion : voir en cet homme ou en cette femme, notre
époux et notre épouse. L’image nous est donnée, mais la
ressemblance relève de notre vocation, celle d’être plus
humain. Nous sommes créés et appelés à devenir hommes
et femmes.
Des défauts et des qualités
Quand des fiancés nous sollicitent pour les préparer au
mariage, à notre première rencontre, nous leur proposons,
un petit exercice de confrontation. La confrontation veut
que chacun des fiancés à tour de rôle, puisse dire ce qu’il
n’aime pas chez l’autre, au niveau des défauts, et ensuite
ce qu’il apprécie chez l’autre, ses qualités. L’individu est
important, parce qu’avant de vous marier vous avez eu
affaire à un individu que vous avez rencontré puis aimé.
Avons-nous suffisamment pris le temps de cheminer avec
lui ou avec elle. Des conjoints peuvent vivre vingt ans de
156
Raisonnement cher à Nicolas BERDIAEFF
157
Psaume 102
131
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mariage sans réellement se connaître. Ils finissent par
devenir comme des colocataires dans leur propre maison.
Il y a parfois une rapidité dans la relation qui ne laisse pas
le temps à l’intelligence de faire son travail, c’est « le coup
de foudre », comme on dit, qui l’emporte. Mais l’émotion
ne dure pas, et quand on commence à découvrir l’autre tel
qu’il est en réalité, il y a trois alternatives : soit on
panique, on perd patience et on s’énerve à tout rompre, ou
bien on accepte l’autre tel qu’il est, soit enfin on vit dans
la fuite, en jouant des façades, des faux-semblants. La
confrontation au départ paraît capitale, cela permet au
couple de conjurer les malentendus qui peuvent survenir.
Lors d’une confrontation, un fiancé a dit : « Ce que je
n’aime pas chez ma fiancée, c’est que j’ai remarqué
qu’elle est arrogante avec ceux de sa famille, et même
avec moi. Parfois elle coupe court d’un ton déplaisant,
quand elle n’est pas d’accord. Je crains beaucoup pour
l’avenir de notre couple ». Quant à la fiancée, elle
reprochait à son fiancé de ne pas communiquer assez,
d’être à la limite taciturne : « Ce serait bien qu’il
s’améliore », dit-elle. Nous remarquons que le fiancé n’a
pas dit : « Je ne peux pas continuer avec elle ». Mais « Je
crains pour notre couple à l’avenir ». La fiancée n’a pas dit
non plus : « Je ne pourrai pas vivre avec quelqu’un comme
ça », mais : « Ce serait bien qu’il s’améliore ». Tous les
deux s’aiment, les défauts soulignés les dérangent, c’est
évident, mais ils ont espoir et veulent continuer leur
cheminement amoureux. Avoir l’espérance de ce que ma
conjointe ou mon conjoint peut devenir grâce à mon aide
est important dans un couple. Vouloir ici et maintenant,
changer son conjoint n’est pas la meilleure attitude. Par
contre, chacun aura à cœur de considérer ce qui dérange
l’autre, et les paroles dites ici ne sont pas vaines. Ils seront
déjà avertis l’un et l’autre sur ce qui peut paralyser leur vie
de couple.
132
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Quelque fois, le mariage unit deux personnes (un
homme et une femme) qui ont eu des blessures antérieures
enfouies dans leur être. A un moment donné ils n’avancent
plus parce que tenaillés par une situation conflictuelle
latente. S’il n’y a pas une bonne communication, ils vont
droit dans le mur. Lors d’une autre confrontation, cette
fois-ci, c’était avec un couple déjà marié depuis quelques
années. La femme ne cessait de pleurer soutenant qu’elle
avait découvert après leur mariage que son mari n’avait
pas assez d’amour envers elle. Parce qu’à la maison, il ne
se passait entre eux aucun câlin, aucun geste et aucune
parole de tendresse, aucune communication. S’il n’était
pas au travail, le mari passait tour à tour de son téléphone
mobile à son ordinateur. Celui-ci fut étonné de la réaction
de sa femme, et il argumenta, très ému, qu’il avait été
éduqué dans un foyer polygame où son propre père n’avait
jamais manifesté devant eux aucun sentiment d’amour ni
envers ses femmes, ni envers ses propres enfants dont lui
faisait partie. Formaté de la sorte dans sa famille, à son
tour, il ne manifestait envers sa propre mère, aucun
sentiment d’amour. Pourtant, il l’aimait profondément
disait-il, ainsi qu’il aimait profondément sa femme comme
il aimait sa mère. Quant à sa femme, elle avait vécu avec
une marâtre de qui elle n’avait jamais reçu aucun
compliment de toute sa vie, d’où sa souffrance. La
souffrance provoquée par ce sentiment de ne pas être
aimée. Chacun des deux conjoints avait vécu ces situations
douloureuses sans au préalable en parler. La confrontation
a permis de ressortir des frustrations enfouies au fond de
leur être, pour en parler librement quoi qu’avec difficultés,
mais à partir de ce jour-là leur vie conjugale à gagné en
qualité. Ils se sont reconnus à nouveau comme en une
renaissance, et ils ont appris dès lors à mieux s’aimer, et à
user de leur volonté pour rester ensemble. Le sentiment
amoureux leur faisait défaut à tous les deux. Le mari
133
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trouvait refuge dans une occupation quelconque et la
femme, mère poule se rabattait sur ses enfants, et souffrait
énormément de ce qu’elle jugeait comme manque
d’attention pour elle de la part de son mari.
Dans le mariage, ce qui compte ce n’est pas tellement
de trouver la bonne personne. En effet, des personnes
passent beaucoup de temps à essayer de trouver un
partenaire idéal, mais qu’en est-il d’eux-mêmes ?
Aspirent-ils à être un conjoint exemplaire. Posez-vous la
question, par exemple : suis-je la personne que Dieu veut
que je sois pour mon épouse ? Ou pour mon époux ? Suis-
je patient ? Suis-je prompt à parler ? Suis-je capable
d’écouter l’autre ? Suis-je un communicateur ? Quels sont
mes défauts ? Suis-je capable de tenir un budget ? Suis-je
fiable dans les petites tâches que j’ai à faire à la maison ?
Et comment va ma relation avec Dieu ? Il y a tellement de
domaines à soigner dans nos vies.
Les réponses à ces questions seront de bons indicateurs
de notre niveau moral et spirituel. Voilà autant de valeurs
que nous pouvons développer afin de vivre en harmonie
en couple.
Nous avons remarqué que quand il faut parler des
qualités mutuelles, celles-ci viennent effacer tous les
défauts déjà énumérés. La fiancée peut dire en parlant des
défauts du fiancé : « Il pense trop à sa personne, il est trop
centré sur lui » et ensuite en parlant des qualités, elle dit le
contraire : « Il est très généreux avec moi et avec ceux de
ma famille, il est attentionné ». Les qualités semblent plus
fortes, et au moment d’en parler on voit le visage rayonner
et changer d’expression. Il est important, dans la vie
conjugale, de miser sur les qualités, de ne pas s’attarder
sur les défauts qui risquent d’être comme la paille ou la
poutre dans l’œil de l’autre. L’amour ne repose pas
seulement sur le sentiment mais aussi sur la volonté. Il ne
dure pas tant que dure le sentiment. L’amour est un choix,
134
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une décision. Dans un couple, il arrive des moments où le
sentiment n’est plus au rendez-vous. Mais on peut encore
choisir d’ouvrir son cœur à l’autre, de le prendre dans son
cœur, de vouloir lui être uni. Non par nécessité, non par
peur d’être seul, non par soumission, mais par choix.
Encore une fois, la confrontation devant une tierce
personne qui, plus est le prêtre qui les prépare au mariage,
est une manière pour les fiancés, de conjurer les conflits à
venir. S’accepter différent, « s’aimer complémentaire »
voilà le défi que le couple doit relever au quotidien.
135
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CHAPITRE X :
LE CHOIX DES LECTURES
C’était la coutume dans l’Antiquité, de manger
ensemble le même pain sacré au jour du mariage. Si
aujourd’hui couper et manger ensemble le fameux gâteau
de mariage, signifie pour les mariés, se nourrir au même
festin et s’abreuver au même destin, tant mieux, c’est un
symbole qui doit parler au cœur de chaque conjoint, lui
rappelant toujours le lien sacré contracté, jusqu’à ce que
mort s’en suive. Pour le chrétien, choisir des textes
bibliques pour son mariage, c’est choisir son pain de vie.
On le choisit et on le donne au prêtre qui va en faire en
quelque sorte la cuisine (l’homélie). Normalement, la
véritable nourriture qui maintient solides les couples dans
leurs liens conjugaux, est la parole de Dieu, et sa
manducation atteint son paroxysme dans l’Eucharistie.
L’Eucharistie, c’est le ciment qui unit à Dieu et les
conjoints entre eux, comme l’exprime ce beau chant de
communion :
« En mangeant le même Pain,
Que le même amour divin
Nous unisse à tous nos frères,
Nous unisse à notre Père !
1. Nous allons manger ensemble
Le vrai Pain qui nous unit.
Dieu lui-même nous rassemble
Par le lien de son Esprit.
2. Le repas que Dieu prépare,
Prenons-le tous en commun,
Afin que rien ne sépare
Les Chrétiens qui ne font qu’un ».
137
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Il y a une panoplie de textes pleins de richesses
spirituelles et humaines, que l’Église propose pour la
célébration du mariage, et le choix incombe aux mariés en
concertation avec le prêtre. Cela contribue largement à
donner sens à leur mariage. Nous allons en citer quelques-
uns et en faire un bref commentaire.
Un des textes les plus usuels dans la célébration de
mariage est ce texte tiré de la Genèse et que Jésus a repris
dans l’évangile selon saint Marc, pour donner un bref
enseignement sur le lien matrimonial :
1. « L’homme quittera son père et sa mère, et
s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une
seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule
chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le
sépare pas. » (Gn 2, 24. Mc 10, 7-9).
Ces paroles choisies, engagent les mariés comme un
programme de vie. Elles constituent le fondement biblique
de l'union entre une femme et un homme, ce passage
recouvre une profondeur humaine, psychologique et
spirituelle. Il est en quelque sorte le résumé du projet de
Dieu pour le couple. Ce qui frappe dans cet ordre divin,
c'est la dynamique que l'on y trouve : Quitter…
S'attacher… Devenir. Cette parole est lourde de sens, que
cela ne vous surprenne pas, parce qu’elle paraît sans
fondement dans beaucoup de nos cultures. Dans la
pratique ce n’est pas l'homme qui quitte son père et sa
mère, mais plutôt la femme, et pourtant la volonté de Dieu
voudrait que ce soit l'homme qui se détache de la tutelle
parentale pour s'attacher à sa femme.
Nous savons que dans notre société, c’est très mal vu
qu’un homme rejoigne son épouse chez elle, encore moins
d’être pris en charge par celle-ci. Ce verset est mis à profit
pour le couple, manifestant ainsi que leur amour doit
138
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rester plus fort, et que chaque conjoint doit aimer de plus
en plus malgré toutes les pressions.
L’amour vrai surpasse toutes les considérations
matérielles, physiques, raciales, ethniques et religieuses.
Aussi quand l’homme doit quitter son père et sa mère, il
quitte également des habitudes. Le chrétien doit savoir
vivre un dépassement pour pouvoir s’attacher et enfin
devenir. Beaucoup se marient, en continuant d’avoir une
mentalité de célibataire, ils vivent comme s’ils n’étaient
pas mariés. Le mari se croit toujours capable de disposer
de son temps, de son corps comme il l’entend, sans en
référer à sa femme, et vice versa. Ce texte choisi vient
donner sens à votre nouveau statut de mariés. Beaucoup
n’ont pas quitté les vieilles habitudes. Le mariage
nécessite une conversion permanente. Quitter, équivaut au
consentement à mourir à soi, pour vivre pratiquement en
ressuscité, c’est aussi accepter de grandir. Quand on est
enfant, on a une quantité d’habitudes, courir un peu
partout en culotte courte, « faire les 400 coups » comme
on dit, mais il faut bien que, grandissant petit à petit, on
change de comportement pour entrer dans l’âge adulte. On
quitte pour s’attacher à des valeurs sûres, afin de devenir
mâture. Anselme Grün est catégorique, pour lui,
« beaucoup de mariages échouent parce que l’homme reste
le fils de sa mère, parce qu’intérieurement et
extérieurement il ne l’a pas encore quittée.
Réciproquement d’ailleurs, pour la femme qui n’a pas
quitté son père, n’est pas entièrement disponible pour son
mari en tant que partenaire » 158. Si l’homme et la femme
mariés ne peuvent quitter certaines habitudes, l’un l’autre
ne pourra s’attacher à son conjoint et donc ne pourra
réaliser l’unité. Leur mariage reste stérile, même s’ils
peuplent la maison de progéniture. Vous remarquerez avec
moi que les trois verbes de cette parole choisis sont
158
A. GRÜN, Le Mariage, Ed. Mediaspaul
139
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conjugués au futur « l’homme quittera, s’attachera… ne
feront qu’une seule chair… ». Cela veut dire aussi, qu’il
ne s’agit plus de revenir à une quelconque unité originelle
(qu’il y avait avant, et que l’on a perdue) dont l’homme
garderait la nostalgie, il s’agit plutôt de tendre vers une
unité à venir qui n’est pas la fusion, mais l’alliance libre.
Cette unité inédite sera à faire, ouvrant le champ de la
liberté et de la responsabilité humaines : « Et de deux, ils
seront une chair ». Un couple est forcément en devenir,
c’est en se faisant dans la vie quotidienne, qu’il se purifie,
se bonifie comme un vieux vin.
2. Les noces de Cana
« Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de
Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi fut invité
aux noces, ainsi que ses disciples… » (Jn. 2, 1-11)
Lors d’un mariage, Jésus et sa Mère étaient invités,
comme des invités bien attentionnés. Voilà une réalité qui
n’est pas toujours prise en compte. Combien de mariages
sont conclus sans que le nom de Jésus n’apparaisse ? Cela
se passe devant le maire, et l’on s’en arrête là 159 ! Les
fiancés chrétiens en sont conscients, c’est pourquoi
l’évangile des noces de Cana, est très souvent au menu de
leur mariage. Parce qu’à Cana, Marie et Jésus
interviennent pour permettre à la fête de continuer et au
vin de couler. Le Seigneur est avec les fiancés. Il est avec
eux pour le meilleur et pour le pire. Dieu préside à la
destinée du couple ; il y est présent, d’une présence
spéciale que manifeste le sacrement du mariage. Il est
encore avec eux pour changer le pire en meilleur. Car
Cana, c'est aussi le premier des miracles de Jésus où l'eau
est changée en vin, en très bon vin. Mais pour que naissent
les miracles, il faut être branché sur Dieu. Là où il n'a pas
159
Guy Musy, op, Echos de la parole, Ed. Saint Augustin, p.202
140
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trouvé la foi, Jésus n'a pas pu faire de miracles. Il faut être
greffé sur le cep divin pour que coule le vin du miracle.
Toute vie de couple et toute expérience familiale devraient
être comme le lieu naturel où Dieu prend place à la table
tel un invité ordinaire, celui qui a toujours son assiette. Le
mariage est une route de sainteté. Qu’on n’entende pas par
sainteté une perfection morale, un exploit volontariste dû à
la difficulté de vivre à deux ; mais une œuvre spirituelle,
dans la mesure où les couples sont fidèles à l’action de
l’Esprit Saint, en vivant la vie même de Jésus reçue au
baptême.
La présence de Jésus et de Marie est donc nécessaire à
toutes les noces pour que la fête soit réussie. Il faut
toujours les inviter au cas où le vin viendrait à faire défaut.
Le vin de l’amour.
Voici un autre texte très utilisé pour donner un sens à
son mariage :
3. « L’amour prend patience ; l’amour rend service,
l’amour ne jalouse pas… Il ne cherche pas son
intérêt… Il n’entretient pas de rancune… » (1Cor 12, 31 –
13,13).
Que cela ne plaise, on ne se marie pas pour être
heureux, on se marie pour rendre heureux. Là, il y a bien
une nuance importante. Beaucoup de personnes, en se
mariant, sont hantées par leur bonheur individuel, égoïste,
en ne pensant qu’à tirer leur épingle du jeu comme on dit,
mais on ne songe pas au bonheur personnel de son
conjoint, et vice versa. Des conjoints font leur programme
et veulent souvent l’imposer à l’autre. L’alliance repose
sur un amour constamment réciproque. Et l’amour
réciproque et constant est un choix. C’est pourquoi Paul
recommande aux maris d’aimer leurs femmes (Ephésiens.5.25)
et aux femmes d’apprendre à aimer leurs maris (Tite 2.4).
141
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Si l’amour que je porte à mon conjoint ou ma conjointe
« ne cherche pas mon intérêt », « s’il prend patience »,
« s’il rend service », « s’il n’est pas jaloux », « s’il ne
fanfaronne pas », « s’il ne s’enfle pas d’orgueil », « s’il ne
fait rien d’inconvenant », « s’il ne s’irrite pas », « s’il
n’entretient pas de rancune », « s’il trouve sa joie dans la
vérité », « s’il pardonne tout », « s’il croit tout », « s’il
espère tout », « s’il endure tout », cela prouve que cet
amour a son origine en Dieu qui nous a uni. Peu de gens
sont certes capables d’un tel amour, car nous sommes tous
des vases d’argile blessés par la vie et abîmés par le péché,
mais c’est pourtant ainsi que nous sommes appelés à
aimer. Et si notre cœur a bien été régénéré par le Saint-
Esprit, nous devons être capables d’un tel amour. C’est de
cet amour-là que Paul nous dit « qu’il ne passera pas », et
on comprend alors que le lien qui unit les époux qui
s’aiment d’un tel amour puisse être véritablement
indissoluble.
Les croyants peuvent puiser un grand réconfort dans la
certitude que Dieu les aime d’un amour qui ne varie pas.
Nous n’avons pas à nous demander quelle sera son attitude
à notre égard demain. Nous savons qu’elle sera identique à
celle d’aujourd’hui, car son amour n’a pas de fin. En
revanche, la fidélité, absolue et sans limite dans le
mariage, n’est pas à dimension humaine, car comment
peut-on promettre un avenir dont on ignore l’évolution ?
C’est là le lien à établir entre mariage et foi. Se lier ainsi
pour toute la vie suppose la reconnaissance d’un absolu
qui échappe aux vicissitudes des sentiments. Mes
dispositions affectives ne doivent pas être la norme de ma
vie. Aucun mariage ne signifie bonheur assuré ; même
ceux qui sont faits dans le Seigneur, peuvent traverser des
moments difficiles, et peuvent parfois conduire, hélas, à la
séparation. Et il n’y a pas de période fatidique, deux ans,
trois ans ou dix ans de mariage, à tout moment la
142
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séparation peut survenir. La fidélité à mon mariage est un
acte d’abandon et de confiance au Dieu absolu qui me
donne cette mission et qui donc, pourvoira à sa
réalisation 160. Un couple doit avoir une vie de prière
régulière. Cela aide à canaliser beaucoup de difficultés.
C’est pourquoi les fiancés ont à cœur de choisir cet
épisode de Tobie et de Sarah vaquant à la prière avant de
s’unir, comme pain de route de leur mariage.
3 « Nous ne devons pas nous unir, comme des païens
qui ne connaissent pas Dieu » Ils se levèrent tous les
deux et se mirent à prier ensemble avec ferveur » (Tb, 8, 4-
5 selon la Vulgate).
Quelle bonne chrétienne n’aimerait voir en son mari un
Tobie, qui incarne la patience, la crainte de Dieu et surtout
plein de respect pour son épouse, et quel bon chrétien ne
verrait pas en son épouse une Sarah qui incarne la
douceur, la docilité ? Il faut comme Tobie et Sara prier
d'abord et recourir à Dieu. La prière, accueil de Dieu,
donne à notre vie couleur et saveur de Dieu.
« Le soir de son mariage », nous dit la Parole de Dieu :
Tobie dit à Sara : « Nous ne devons pas nous unir, comme
des païens qui ne connaissent pas Dieu » Ils se levèrent -
tous les deux et se mirent à prier ensemble avec ferveur.
N’est-ce pas là une manière pour les jeunes époux de
confier au Seigneur leur vie conjugale ? Les fiancés ont
conscience de la nécessité de vivre de la prière, non
seulement pour obtenir la grâce de la protection du
Seigneur pour leur foyer, mais surtout, ils trouvent là la
nécessité d’être « branchés » en Dieu, la source de l’amour
qui coule dans leur veine d’époux chrétiens. À ce sujet
Gary Chapman déclare : « Tout conjoint trouve dans le
160
E. SCHILLEBEECKX Le mariage est un sacrement, Ed La
Pensée Catholique, pp. 39-40, paris 1961.
143
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mariage la seconde relation la plus importante de sa vie, la
première et la plus essentielle étant sa relation avec Dieu.
Cette dernière est primordiale parce qu’elle transcende le
temps et influence considérablement toutes les autres » 161.
Un couple chrétien doit savoir vivre cette relation aimante
avec le Christ, et cette relation ne se maintient pas
assurément sans combat et sans la prière. C’est là un
ferment de la spiritualité chrétienne du couple.
La lassitude, le découragement, les tensions au sein du
couple, notamment, l’attente désespérée et frustrante d’un
bébé au sein du foyer, chômage, disputes, mésententes,
infidélités etc. toutes ces difficultés peuvent fragiliser le
couple, en entraînant parfois des blocages relationnels. Et
vous savez, la croissance humaine ne se fait pas avec de la
douceur, mais se développe et s’enfante dans la douleur,
dans des luttes et des contradictions. C’est là d’ailleurs
toute la philosophie biblique de l’histoire du peuple de
Dieu.
Le combat quotidien pour le bien être de votre couple,
lui redonner bon moral, santé, équilibre, harmonie,
équivaut à consentir à lutter, travailler sur soi-même,
accepter de mourir à soi, grandir, mûrir, évoluer. La
philosophie de l’histoire des prophètes du peuple de Dieu
est dans cette dialectique, c’est-à-dire, le combat entre
l’oppresseur et l’opprimé. Quand il y a tension au sein du
couple, sachez qu’il y a un oppresseur et un opprimé.
L’oppression peut venir d’un facteur externe, comme
interne. Un bel exemple nous est offert dans le film « War
room » : Un couple traverse des moments difficiles, crise
financière et affective, les sentiments ne sont plus au beau
fixe, le mari commence à glisser dans l’infidélité et
devient agressif envers sa femme. Une vieille femme, qui
a l’expérience des combats spirituels, suggère à la jeune
femme en crise, de constituer une « chambre de guerre »,
161
G. CHAPMAN Couple et complices, p.5.
144
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d’où le nom du film. Autrement dit de créer chez elle un
espace où elle peut se retirer pour prier, afin de sauver la
situation conflictuelle avec son mari. Au début, ce n'est
pas facile pour elle. Ses principales difficultés sont la
paresse, la boulimie alimentaire., le manque d’assiduité à
la prière. Finalement, quand sa prière devient réelle, elle
porte du fruit en obtenant la conversion de son violent et
infidèle mari, par le biais d’un cauchemar dans lequel il
entend sa femme appeler au secours en hurlant. Il bondit
en direction de son épouse, et voit un homme en cagoule
en train de battre celle-ci. Le mari saisit l’homme masqué,
lui arrache sa capuche et découvre que c’est lui-même,
comme son jumeau, qui est en train de battre sa femme.
Alors il se réveille brusquement en tombant du lit. Ce
cauchemar n’est pas innocent par rapport à son ménage, le
mari violent et infidèle prend conscience que l’ennemi
numéro un de leur couple pourrait bien être eux-mêmes.
Les cauchemars peuvent être parfois un aspect caché
d’une réalité enfouie au fond de notre être, ou bien le
rejaillissement d’une situation qu’on vit de manière
inconsciente. La prière n’est certes pas facile, mais la
persévérance obtient des résultats.
Dans le combat quotidien, les couples ne sont pas
seuls, et tant qu’ils ont la volonté de s’en sortir, ils peuvent
choisir de rebâtir leur alliance sur le roc. Il faudrait refaire
tous les jours le choix de votre conjoint comme au jour du
mariage : « Je te choisis comme époux, épouse, et m’unis à
toi, dans les difficultés comme dans le bonheur ». Comme
Dieu préside au destin de son peuple, il préside aussi au
destin de chaque couple, Il y est présent, d’une présence
spéciale que manifeste le sacrement du mariage. Hélas des
témoignages douloureux évoquent la situation des
chrétiens divorcés. Ce qu’ils ont vécu de grand et
d’épanouissant dans leur union est habité par Dieu. Une
145
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séparation, un divorce n’efface pas les moments de
bonheur avec ou sans les enfants.
Un des secrets d’une vie conjugale réussie est la
prière conjugale quotidienne. Autrefois, disait un père, on
ne voyait pas dans le peuple chrétien, comme aujourd’hui,
tant de divorces et de difficultés dans les familles.
Pourquoi ? Parce que l’on priait en famille ! Les époux
avaient conscience que l’amour vient de Dieu et conduit à
Dieu, qui est Lui-même est l’amour, et que donc l’amour
ne peut se vivre qu’en relation à Dieu, ce qu’est
précisément la prière. Non seulement leur prière les
maintenait en communion avec la Source de leur amour à
laquelle celui-ci puisait sans cesse de nouvelles énergies,
mais encore elle constituait pour leur foyer un rempart
contre les assauts de l’ennemi désireux de détruire
l’homme et le premier lieu de son humanisation : la
famille. Les époux reçoivent, le jour de leur mariage, la
grâce sacramentelle, à l’instar de Tobie et de Sara pour le
ministère de conduire la communauté familiale que Dieu
leur confie, sur les chemins, certes, de la vie ici-bas, mais
d’abord sur ceux de la vie éternelle. « Le bien-être de la
personne et de la société » avons-nous déjà dit, « est
étroitement lié à la prospérité de la communauté conjugale
et familiale » 162. Et celle-ci se solidifie dans la prière.
162
CEC n°1603
146
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CHAPITRE XI :
MORALE CONJUGALE
La famille
Du 26 septembre au 25 octobre 1980, il y a eu un
synode sur la famille. Ce synode avait clairement
réaffirmé que la famille est, aujourd’hui encore, le moyen
le plus efficace pour humaniser et personnaliser la société.
Cela faisait l’écho au Concile Vatican II présentant la
famille comme le lieu de rencontre de plusieurs
générations qui s’aident mutuellement à acquérir une
sagesse plus étendue et à harmoniser les droits des
personnes avec les autres exigences de la vie sociale 163. Et
à la même période, septembre-octobre en 2014, un autre
synode sur la famille s’est encore tenu à Rome, présidé par
le Pape François. Cela explique que, de tout temps, la
famille est menacée et le Souverain Pontife a fait de la
famille une priorité, parce qu’il y a un problème de
toujours qui revient et marque chaque époque en ce qui
touche la famille. Les trente dernières années, nous avons
vu de façon accentuée, et de diverses manières, comment
on a porté atteinte à la famille : de la fécondation in vitro,
à la question de la contraception, de l’avortement autorisé
à l’homosexualité, avec le slogan « mariage pour tous ».
Cela constitua ce que nous pouvons appeler des attaques
externes contre la famille : Ces attaques tentent d’opérer
des mutations considérables dans notre société via la
cellule familiale.
Face à l’éclatement des familles, le phénomène de la
recrudescence des divorces de nos jours, autant de
163
Gaudium et Spes n°52
147
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remarques et d’études ont été faites. Le dominicain
Timothy RADCLIFF, dans son ouvrage : « Que votre joie
soit parfaite », a fait remarquer qu’à notre époque :
« L’acte de faire des promesses n’est guère crédible ». Sur
cinq mariages, deux se soldent par un divorce. Des
hommes et des femmes qui ont fait leurs promesses devant
Dieu et leur semblable, sont en train d’y renoncer en
masse ».
On a noté plus haut, que la société traditionnelle
africaine est communautaire et non individualiste, le
groupe prime sur l’individu. Comme l’a remarqué Charles
Waly TUHO, « aujourd’hui, avec cet autre phénomène
de la désorganisation sociale en milieu urbain, et la rupture
des relations primaires de la vie communautaire
traditionnelle, la liberté, l’individualisme occupent un
champ important dans le vécu des gens » 164. À cet effet, le
pape François rapporte que : « nous sommes conscients de
l’orientation principale des changements anthropologiques
et culturels, en raison desquels les individus sont moins
soutenus que par le passé par les structures sociales dans
leur vie affective et familiale » 165. Selon Charles Waly
TUHO, « les tentations sont-elles très fortes en milieu
urbain ; le plaisir, la réputation, la fortune, le pouvoir.
Mais d’abord et surtout, la fortune et l’argent, tout au
moins en milieu urbain d’Afrique » 166 Un constat avait été
fait en 2006, par la pertinente sociologue sénégalaise,
Fatou Bintou DIAL dans le cadre d’une thèse : « Au
Sénégal, -dit-elle- l'union matrimoniale cesse de plus en
plus nettement d'être un échange entre les groupes sociaux
pour devenir une alliance entre individus. Cette
désaffection relative des normes traditionnelles qui
164
Charles WALY THUO J’ai vu son visage p.20
165
Pape François Amoris Laetitia n° 32 rapport final du synode des
Évêques
166
162 Charles WALY TUHO in J’ai vu son visage p. 20.
148
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régissait auparavant la plupart des mariages est souvent
considérée comme un des facteurs de la croissance de
l'instabilité matrimoniale. Le divorce est de plus en plus
banalisé, il est même courant et ordinaire dans une société
imprégnée de tradition où le mariage reste le mode d'union
privilégié. Cependant, malgré sa fréquence en milieu
urbain, le divorce reste pourtant socialement
stigmatisé » 167. Et les intérêts sont multiples : la
réputation, la célébrité, le matérialisme. Cela veut dire
qu’au cours du ménage, si nos intérêts sont menacés, on
s’en va, sans se soucier de la petite famille. Ainsi voit-on
une série de divorces, de remariages.
La pertinente sociologue poursuit : « Si tu te mariais
avec quelqu’un pour qu’il satisfasse tes besoins matériels,
ou avec quelqu’un que tu n’aimes pas, juste pour le rite de
passage du mariage pour remplir le contrat qui te lie à la
société, à savoir être ou avoir été marié, tu serais passé à
côté d’une union qui ne serait pas exposée à la rupture.
Pour éviter le divorce, il faut la confiance, l’amour, la
sincérité. Parce que, les hommes comme les femmes, tout
le monde joue et les attentes des hommes et des femmes
ne sont pas les mêmes dans le cadre du mariage au
Sénégal, (attentes sociales et financières). Souvent, quand
une fille veut se marier avec quelqu’un, la famille pose la
question : « Qu’est-ce qu’il fait ? » Je ne suis pas contre
cette question, mais on ne découvre la personne qu’une
fois qu’on commence à vivre avec elle. L’homme calcule,
la femme calcule. Chacun cherche une garantie » 168. Ainsi
comme le dit Frédérique OSANAM, on pourrait voir des
167
Fatou Bintou DIAL, Le parcours matrimonial des femmes à
Dakar : subir le mariage, s’approprier le divorce.
168
Fatou Bintou DIAL, sociologue au Laboratoire d’anthropologie
Culturelle de l’Institut Fondamental de l’Afrique Noire (IFAN)
Auteur de la thèse « Le parcours matrimonial des femmes à Dakar :
subir le mariage, s’approprier le divorce ».
149
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« familles qui deviennent comme une association
d’intérêts et de jouissance…Là le matérialisme pratique
est consacré comme devoir d’état » 169.
À côté de ce que nous avons qualifié comme attaques
externes contre la famille, il y a toujours d’autres attaques,
celles-ci internes, et non moins dangereuses, opérées au
sein même des familles chrétiennes, on n’en parle pas
assez. Et ces attaques sont perpétrées par les constituants
même de la famille, (semblables à quelqu’un qui serait
assis sur une branche et se mettrait à la scier). Ces attaques
s’appellent : alcoolisme, parfois même drogue, vivre au-
dessus de ses moyens, l’adultère, en somme toutes ces
dépendances aliénantes. Au cours d’un synode diocésain,
des remarques pertinentes ont été faites notamment « pour
les couples mariés, ce dont se plaignent souvent les
épouses, mères de famille nombreuses, c’est de l’absence
de leur mari en fin de journée. Beaucoup préfèrent se
retrouver entre eux à l’extérieur plutôt que de participer
aux soucis du ménage et à l’éducation des enfants. La
consommation d’alcool est souvent le loisir principal dans
ce cas. En outre, la plupart se sentent dépourvus face aux
attentes de dialogue et de coresponsabilité de leur
conjoint. Quant aux hommes, ils reprochent parfois aux
femmes leur absentéisme à cause de leur participation à
des groupes de prière et des pratiques de dévotion qui ne
connaissent plus d’heure.
Une femme qui a été chrétienne et devenue apostat,
nous avait déclaré qu’elle ne donnerait jamais sa fille en
mariage à un chrétien, parce que, dit-elle, les jeunes
catholiques sont maintenant dépourvus d’ambition, ils ne
font que se saouler, et se hissent en coureur de jupons
invétérés. À la descente de leur travail, ils se donnent
rendez-vous dans des bars ou bien dans des maisons closes
Cité par Xavier LACROIX, in Actes de colloque FREDERICK
169
OSANAM, faculté de théologie de Lyon, 4-5 décembre 1994
150
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pour se livrer à des beuveries sans fin. Ne généralisons
pas, tous les jeunes catholiques ne sont pas ainsi, ce n’est
pas vrai ! Mais il faut reconnaître que cette remarque de la
dame est indicatrice d’une tendance vécue par certains
jeunes mariés. En tout cas c’est ce qu’avait confirmé un
curé qui venait d’arriver dans sa nouvelle paroisse en
milieu urbain. Il avait constaté qu’après la messe
dominicale des hommes mariés ,pour la plupart, se
retrouvaient souvent avec quelques femmes célibataires
ou non, pour pique-niquer dans la cour de la paroisse. Ces
groupes avaient l’habitude de passer toute la journée à
boire de l’alcool, et à grignoter des grillades dans
l’enceinte de la paroisse, pour soi-disant passer « un bon
dimanche ». Aussi nous dit le curé : « J’ai vu l’évêque
avant de mettre fin à cette pratique qui faisait souffrir
beaucoup de jeunes familles ».
En outre, dans les milieux urbains, la folie des
grandeurs et le matérialisme sont des fléaux qui guettent
beaucoup de jeunes mariés. Certains ont cette tendance à
vivre au-dessus de leurs moyens. Beaucoup s’endettent au
détriment de leur famille juste à des fins ostentatoires.
Grosse voiture, alors que l’on peine à y mettre du
carburant, location d’une maison ou d’un appartement
dont le coût du mobilier pourrait acheter un terrain et
construire petit à petit un toit pour soi. Un de nos doyens
prêtre, disait que le chrétien sénégalais est capable de
passer toute la nuit en adoration du Saint-Sacrement, et le
lendemain détourner la caisse paroissiale pour célébrer en
grande pompe la première communion de ses enfants.
« La bague que tu m’as offerte me fait un immense
plaisir », disait une jeune fille à son fiancé. « Elle ne
servira à rien… Alors qu’un four à micro-ondes m’aurait
été utile… La bague ne servira à rien, mais elle sera le
signe de ton amour. Et c’est justement parce qu’elle n’est
pas utile qu’elle a beaucoup de prix à mes yeux ».
151
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Ceux qui s’aiment le savent : l’amour authentique est
gratuité. Un mari déclare-t-il à sa femme : « Je t’aime
parce que tu m’es utile pour réussir ma carrière ? »
Évidemment, non !
L’amour change tout. «Votre tendresse réciproque a
transformé le regard que vous jetez sur la réalité. Vous
existez désormais pour un autre qui est devenu votre
raison d’être, d’aimer travailler, et même de souffrir, s’il
le fallait, pour la personne aimée. La Bible a raison de
prendre l’amour conjugal comme signe de l’amour de
Dieu pour l’homme. Or, l’originalité de la foi chrétienne
est précisément d’établir une relation aimante entre Jésus-
Christ et le croyant. Cette relation aimante est donc
capable de transformer l’épaisseur de l’existence sous ses
aspects, individuels, familiaux, sociaux,
professionnels ». 170
L’initiation au dialogue entre époux est nécessaire.
Son absence est une des carences les plus graves
aujourd’hui. Car, il y a beaucoup de séparations dues à ces
carences. Encore faut-il que les couples consentent à se
faire accompagner par un père spirituel. Se marier à
l’Église veut dire, avant tout, que les époux veulent bien
consacrer au Christ leur amour, car c’est une forme de
vocation à la suite du Christ, qui dit aux époux : « Suivez-
moi ! », et il le dit à chaque conjoint. « L’engagement à
l’union pour toute la vie, la fidélité, ne vont pas de soi. La
mise en œuvre de la vie conjugale, propre à chaque
couple, relève aussi du combat spirituel qui nécessite et
justifie la consécration des époux et le don de l’Esprit qui
leur est fait » 171. La famille chrétienne, fondée sur le
170
Jacques Lacourt avec la collaboration de Jean-Luc MARION
Dieu Au risque de croire, Tome 3 La Difficulté de Dieu. Droguet et
Ardant p.139.
171
Hélène BRICOUT Le mariage entre consentement et bénédiction,
p.348
152
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sacrement de mariage, se doit d’assumer pleinement la
vocation de laïcs, en cherchant le Règne de Dieu dans la
gérance des choses temporelles, pour les ordonner selon
Dieu (LG n° 31). Le saint Pape Jean Paul II a insisté sur la
« mission éducative » de la famille chrétienne « qui reçoit
la mission de garder, de révéler et de communiquer
l’amour, reflet vivant et participation réelle de l’amour de
Dieu pour l’humanité, et de l’amour du Christ Seigneur
pour l’Eglise son Epouse » 172.
Éthique affective et sexuelle du couple chrétien
La Bible place à l’aube de l’histoire le refus du premier
couple humain de coopérer au plan divin. Que dire de la
constitution fréquente de couples qui vivent leurs relations
sexuelles dans une certaine stabilité, sans engagement
matrimonial, et donc sans constitution d’une famille ? Des
rapports sexuels fréquents n’engageant pas totalement le
corps de chaque partenaire. L’exercice de la sexualité est
de plus en plus dissocié du mariage. Il s’agit
essentiellement de la cohabitation avant le mariage. Il y a
là certainement, quelque chose de contraire à l’ordre
normal des choses : l’acte sexuel n’a de sens que s’il est
fait par amour, non pas n’importe quel « amour », mais un
don total de soi impliquant un lien définitif et sans retour.
Pourtant il s’agit là d’un fait de société absolument
généralisé et apparemment indéracinable. Les jeunes, dans
leur quasi-totalité, sont persuadés qu’il faut agir ainsi et
que ne pas le faire serait déraisonnable et un manquement
à un soi-disant besoin vital. Le mariage apparaît trop
sérieux pour qu’on s’y aventure sans avoir expérimenté ce
qu’il implique. Mais il faut dire que quelques années de
vie commune à l’essai ne garantissent pas la fidélité de
toute une vie, malgré la bonne foi. Plusieurs mariages sont
172
Familiaris Consortio n° 17
153
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célébrés avec un bébé qui s’annonce déjà. Être en couple
n’est pas d’abord avoir un partenaire sexuel, mais
beaucoup d’autres choses au-delà de la sexualité.
Le saint pape Jean-Paul II, dans sa théologie du corps,
parle du « mariage comme sacrement primordial » et le
corps lui-même est aussi un signe signifiant, qu’il n’est
pas que bestial. Si le saint pape a osé proposer une telle
parole dans ses catéchèses sur la sexualité, n’est-ce pas
pour enlever de la morale catholique, toute condamnation
de la sexualité humaine, toute méfiance à son égard ? Et
surtout montrer sa dignité, sa bonté et son sens
éthique fondé sur l’alliance, sur le mariage sacramentel, et
le don total réciproque, conscient des époux. Selon saint
Jean-Paul II, le corps a un langage. En tout cas, il nous
paraît juste de dire que cette parole ne semble pas
innocente face à la controverse autour de la conception
chrétienne de la sexualité humaine qui a jalonné l’histoire
de l’Église. Controverse ancienne comme moderne,
puisque la question de l’éthique sexuelle ne cesse de
susciter des divergences de vue, des critiques, voire des
oppositions à l’enseignement de l’Église Catholique.
Cette affirmation du pape Jean-Paul II : « Le corps est
le sacrement primordial » est porteuse de sens par rapport
au mariage et aussi face à des problèmes actuels de nos
sociétés sur la question sexuelle. Selon une vision
chrétienne, la sexualité humaine et la procréation au sein
d’un mariage sont dans l’œuvre de Dieu. Les époux
veulent consacrer à Dieu leur amour. Ainsi la famille qui
accueille l’enfant devient un signe de la vie de la Trinité,
où le Père aime le Fils, le Fils, le Père, et leur amour à
qualité de personne : l’Esprit Saint. La relation de
l’homme et de la femme devient aussi l’image de la
relation entre le Christ et son Église, qu’il aime comme un
époux aime son épouse. Selon Jean-Paul II, l’homme et la
femme « une seule chair », sont signes de la donation que
154
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Dieu a fait à leur endroit en leur donnant l’être et la vie.
Est clairement indiqué ici le mystère du mariage et de la
famille. Ils ont enfin une égalité essentielle et une même
dignité humaine, l’homme et la femme. Enfin, il est
important de rappeler que le concile Vatican II 173 a
modifié la présentation de la finalité du mariage. Il a
affirmé que le mariage n’a pas seulement pour fin la
procréation, mais aussi l’amour et le bonheur des époux.
La sexualité est ainsi réhabilitée.
L’avortement
Il arrive que des couples chrétiens, mariés
sacramentellement, aient recours à l’avortement
volontaire, parce que l’enfant qui arrive n’était pas
attendu. Ici se joue la dissociation entre l’acte sexuel et la
procréation. Le couple doit être responsable dans sa
sexualité, et s’il arrive qu’un enfant soit en chemin, il faut
l’assumer et le prendre comme un don de Dieu. Or, on le
sait, l’avortement est passible d’excommunication dans
l’Église catholique. L’excommunication n’est pas
simplement le fait de ne pas prendre la communion à la
sainte messe, mais l’excommunié n’a même plus le droit
de poser le pied dans une église. Il est coupé de la
communion ecclésiale. Et nous savons que sur le plan de
la santé chez la femme, l’avortement représente un risque
de pathologie, tant dans son organisme que sur le plan
psychique, provoquant parfois un phénomène
psychosomatique.
Vivre des rapports sexuels en s’interdisant la possibilité
de procréer, c’est, semble-t-il, renoncer au privilège d’être
signe, sacrement primordial (expression chère au saint
pape Jean Paul II), par conséquent renoncer à collaborer
au geste de donation totale du Créateur.
173
Gaudium et Spes en 1965
155
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A l’issue d’un enseignement sur la vie, une jeune fille
de dix-sept ans nous avait fait ce témoignage assez
poignant : sa mère, sur son lit de mort, lui avait demandé
pardon, parce qu’elle avait survécu à une tentative
d’avortement (par sa mère) dont elle aurait pu être
victime. Elle nous dit qu’elle a réalisé à ce moment-là que
le manque d’affection envers sa mère qui l’habitait depuis
l’enfance, devait venir de là.
La sexualité humaine diffère de celle des animaux.
Bien que l’homme et l’animal appartiennent au monde
biologique, l’homme par sa complexion dégage une
originalité. Le corps de l’homme est le lieu par lequel il
entre en relation sociale avec les autres humains. Le corps
est l’être-au-monde de la personne, dont le sexe est une
modalité essentielle. Le rapport de l’homme et de la
femme dans l’acte sexuel est vécu à partir de la personne
et pour la personne, donc dans l’amour. Son objet n’est ni
l’instinct, ni le plaisir (même partagé), mais l’éveil de la
joie de l’autre par le don de soi fait à l’autre. La sexualité
doit être humanisée, recevant son sens de la liberté
personnelle. Ceci n’est pas automatique, mais le fruit d’un
effort, d’un apprivoisement dont les règles morales sont
l’expression 174.
Le pape Pie XII, et ensuite le pape saint Paul VI
(Humanae Vitae) ont admis dans l’Église catholique les
méthodes de contrôle dites « naturelles » et donc le
principe de la régulation des naissances, c’est-à dire la
possibilité de poser un acte sexuel dans des conditions où
la procréation n’est pas possible et donc n’est pas voulue,
pourvu qu’aucun acte positif ne soit posé pour exclure
cette procréation. Mais L’Église reste réticente en ce qui
concerne l’utilisation des méthodes artificielles où
174
Schillebeeckx, Le Mariage, réalité terrestre et mystère de salut,
p.50-51
156
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l’ordination à la procréation ne serait pas à prendre au cas
par cas, mais dans l’ensemble de la vie d’un couple.
Concrètement il faut dire que, beaucoup de couples qui
ne peuvent recourir aux méthodes naturelles à cause de la
santé de la femme, par exemple, usent de méthodes
artificielles plutôt que de risquer l’éclatement de leur vie
conjugale. Éclatement qui peut tout aussi survenir dans le
cas d’utilisation de méthodes artificielles, comme en
témoignent ce couple catholique pratiquant : « Il existe
plusieurs moyens de limiter les naissances. Nous en avons
essayé un certain nombre, en désespoir de cause… Nous
avons finalement opté pour la stérilisation, la mort dans
l’âme. Après l’intervention, j’ai traversé une grave
dépression : j’avais l’impression d’être allée contre la vie,
contre le dessein de Dieu. Je ne pouvais pas me
pardonner…mais aujourd’hui le Seigneur m’a
175
pardonnée »
L’épreuve de la stérilité
À l’opposé de l’avortement, il y a la stérilité naturelle.
Elle est très mal vue et mal supportée en général. En
Afrique, dans le mariage coutumier elle est dans bien des
cas cause de divorce. Au cours d’un week-end de couples,
un homme marié a suggéré que les prêtres qui préparent
au mariage, abordent avec les fiancés, la question de la
stérilité dans la spiritualité chrétienne. Parce qu’il y a des
couples qui se retrouvent seuls dans leur difficulté de ne
pouvoir enfanter, et ne savent pas souvent comment s’y
prendre. Notre interlocuteur est lui-même resté plusieurs
années en couple sans enfants, avant d’en avoir. Les
familles proposent souvent des pratiques non chrétiennes
pour résoudre ce problème de stérilité. Par exemple, aller
consulter un devin, un médium ou bien les fétiches, et
175
Hebdo Catho-Famille chrétienne N° 855 – 2 juin 1994. p. 20-21.
157
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donner une raison occulte à la stérilité. Alors qu’il y a des
stérilités médicalement traitables, en médecine moderne,
comme par la médecine naturelle par les plantes.
Quand un couple passe une année entière de mariage
sans l’ombre d’un enfant, la belle-famille commence à
s’interroger, et émanent de son entourage, les suspicions,
les commentaires, les railleries, et les commérages, un vrai
drame social. L’Église catholique ne considère pas comme
mariage nul, un mariage sans enfant. C’est là où l’on doit
se rendre à l’évidence du mystère de Dieu dans la
procréation. On dit bien procréation, parce que l’être
humain ne crée pas, il procrée, c’est-à-dire qu’il coopère,
et c’est Dieu qui est le maître d’œuvre. Comment
expliquer que des fiancés bien nés sans aucune anomalie
apparente qui s’unissent avec le désir de fonder une
famille, se retrouvent inféconds ? Il faut reconnaître que la
stérilité est une croix parfois lourde à porter, surtout quand
on la refuse. Avoir le désir d’étreindre ses propres enfants
est bien légitime, mais y demeurer centré au point
d’oublier toutes autres joies, n’est pas épanouissant pour le
couple dont la fécondité fait défaut. Il serait bien de songer
à adopter un ou plusieurs enfants si toutefois c’est
possible. Tandis qu’il y a des personnes qui n’ont pas de
chance d’enfanter, et demeure dans la misère, d’autres qui
en ont se débarrassent de ce don précieux d’enfanter.
Ainsi beaucoup d’enfants ont été abandonnés après leur
naissance et sont recueillis dans des pouponnières. Ces
enfants privés du bien-être d’avoir un père et une mère à
leurs côtés, ont besoin de tendresse, de reconnaissance.
Les adopter serait les combler de tendresse pour qu’ils
puissent grandir en s’épanouissant dans un foyer qui les
accueille et leur manifeste beaucoup d’amour.
Dieu a doté Adam de la tendresse de père, et Eve, de la
tendresse de mère, qui fait que quand, nous venons au
monde, homme ou femme, nous avons déjà cette vertu
158
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inscrite dans notre cœur. Et cette vertu n’est pas à nous
tout seuls, elle est faite pour être donnée, partagée.
Appelons cette vertu : vocation. Que l’on soit marié ou
pas, l’amour à donner aux autres sommeille dans nos
cœurs. Notre vocation à tous, c’est l’amour. Un prêtre ne
se marie pas et n’a pas d’enfants, pourtant il déploie toute
sa tendresse de père envers ceux que la providence a
placés sur son chemin, en bénissant, guérissant, priant,
nourrissant, pardonnant, consolant, faisant grandir
spirituellement et même humainement, comme Notre
Seigneur Jésus l’a fait. L’enfant abandonné n’attend que
cette main tendre qui le touche et le console. Le couple
chrétien qui n’a pas enfanté, est invité à cet acte de charité.
La tendresse enfouie dans son cœur doit être mise en acte,
sinon elle reste condamnée à la souffrance et à une envie
sans fin, et donc restera encore plus stérile. On peut être
fécond en couple autrement, en se lançant par exemple
dans une œuvre caritative. Nous avons besoin aujourd’hui,
en Afrique, de couples féconds par les œuvres, malgré
l’infécondité biologique, comme le couple FOLLEREAU
Raoul, Jean DAUJAT, leurs noms nous sont parvenus
parce qu’ils ont laissé une postérité spirituelle par des
œuvres, en se donnant entièrement au service des autres.
Pourtant dans leurs couples, il n’y avait pas d’enfants 176
Dieu n’abandonne aucun couple qui n’a pas enfanté. Le
couple biologiquement infécond, est déjà riche, comme
Jésus qui s’est fait pauvre pour nous rendre riches. Ils sont
déjà bénis de Dieu, leur situation n’est pas une
malédiction, mais un langage dans l’économie du salut.
176
Hebdomadaire catholique Famille chrétienne n°859, 30 juin 1994,
p. 20.
159
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L’éducation
Le mariage, par nature, est ordonné non seulement à la
génération, mais aussi à l’éducation des enfants. Il ne
suffit pas de peupler la terre, mais aussi de la doter
d’individus responsables, capables de la gouverner avec
sagesse, car il a été dit que le bien-être de la personne et
de la société sont étroitement liés à la prospérité de la
communauté conjugale et familiale. Des couples
nouvellement mariés peuvent attendre souvent des années
dans l’inquiétude et la souffrance, la venue d’un enfant qui
tarde. Et voilà que le premier enfant arrive enfin, c’est la
joie ! Mais il reste une autre étape non moins stressante à
vivre : l’éducation de cet enfant. Des couples peinent à
donner l’éducation qu’il faut à leurs enfants, et cela peut
être parfois source de discorde. Une femme se plaignait de
son mari : « Il n’a aucun sens de l’éducation des enfants,
dit-elle ; quand l’enfant présente des signes de maladie,
par exemple, quand il se met à tousser de façon anormale,
mon mari ne se rend pas compte des besoins de notre
enfant, et passe outre. Il ne s’interroge même pas pour
savoir pourquoi l’enfant tousse ainsi. C’est moi qui me
débrouille pour amener l’enfant chez le médecin pour voir
ce qu’il en est, sans que son père ne s’en soucie ».
Aussi, un enfant a besoin des deux parents pour son
équilibre psychologique. Des pères de famille laissent
entièrement à leurs épouses, la tâche d’éduquer leurs
enfants, sous prétexte qu’ils n’ont pas le temps à cause du
travail. Cela peut résulter d’une pathologie psychologique
de leur part, qui peut entrainer parfois des conséquences
sur la bonne croissance humaine de leurs enfants. Voilà un
autre cas d’une jeune mariée qui nous partageait ses
soucis, disant que son mari donne beaucoup de zèle dans
son travail, « il fait des heures supplémentaires qui ne sont
pas payées, au détriment de sa vie familiale. Les enfants
160
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ne le voient pas de toute la semaine, et ne passent avec lui
que peu de temps pendant les weekends. Moi-même, j’ai
besoin de passer du temps avec mon mari, et les
weekends, fatigué après s’être divertis avec les enfants, il
passe le reste de son temps à dormir ». Ce genre de père de
famille ne fonctionne que pour se faire valoir aux yeux de
leur hiérarchie. Ils mettent leur carrière en avant en
sacrifiant leur vie familiale.
Selon le Pape François, le mariage implique de savoir
tenir promesse envers les enfants que nous mettons au
monde. Il ne s’agit pas de la promesse de cadeaux pour les
rendre davantage obéissants, mais la promesse de suivre
soigneusement leur croissance humaine, psychologique et
intellectuelle, pour les rendre adultes responsables à
l’avenir. « Je me demande, parfois, - dit le Pape - si nous
sommes tout aussi sérieux avec leur avenir, avec l’avenir
des enfants et avec l’avenir des jeunes ! Une question que
nous devrions nous poser plus souvent est celle-ci : dans
quelle mesure respectons-nous les promesses que nous
faisons aux enfants, en les faisant venir dans notre
monde ? Nous les faisons venir au monde et cela est une
promesse, que leur promettons-nous ? Accueil et soin,
proximité et attention, confiance et espérance, sont autant
de promesses de base, qui peuvent se résumer en une
seule : amour » 177. Le but fondamental de l’éducation est
de transmettre l’amour qui, à son tour, permet à l’enfant
de devenir une personne capable d’aimer. Grâce à
l’éducation, chacun doit pouvoir développer toute la
perfection dont il est capable. Le bon exemple reçu en
famille est pour cela capital 178.
177
Pape François, Audience Générale du 14 octobre 2015, Place St-
Pierre. Source [Link]
178
Jorge M. Diaz Ferreira, psychologue, in revue « Nouvelle Cité » n°
545, p. 36-37
161
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Problèmes actuels de l’éducation
Nous sommes tous en quelque sorte « victimes » d’une
éducation, d’une manière ou d’une autre, parce que
l’éducation reçue, n’est pas forcément parfaite. Autrement
dit, nous subissons une éducation en famille, puis à
l’école, et aussi dans le milieu ambiant. Nous avons
souvent des références éducatives, comme une certaine
nécessité d’appartenir à une culture. S’efforcer de donner
le maximum aux enfants avec le suivi qu’il faut, les aider
à être sociables, ouverts et surtout responsables dans le
vivre ensemble en société n’est pas gagné d’avance. Face
à la pression égocentrique, il est important d’ouvrir
enfants et adolescents à l’existence de l’autre, de leur faire
découvrir que je ne peux trouver un sens à la vie qu’avec
et par les autres. L’éducation est comme une semence
jetée en terre, et les fruits pourront servir aux générations
futures.
Aujourd’hui, la transmission aux jeunes générations est
difficile à cause de certaines nouveautés : le succès facile,
la richesse ostentatoire des nouveaux riches et le tout mêlé
d’une certaine « pollution morale, du manque de valeurs,
de la chosification de la personne humaine dans lesquels
grandissent nos enfants ». Nous avons demandé à un
adolescent de seize ans qui avait du mal à travailler à
l’école, ce qu’il voulait faire de sa vie. Il nous répondit :
« Footballeur ou rappeur », et sa maman nous dit :
pourtant il y a quelques années il ne cessait de nous dire
qu’il voulait être médecin. D’autres jeunes optent pour la
lutte comme sport. Nous voyons aujourd’hui, dans une
ville comme Dakar, que les endroits de musculation
pullulent dans les quartiers, aux abords des routes,
puisqu’il semble que ces catégories de personnes, lutteurs,
rappeurs, footballeurs, ont un succès fou en société et
162
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roulent dans de gros bolides. La tentation du succès facile
guette beaucoup de jeunes aujourd’hui.
En outre, beaucoup de comportements d’enfants,
d’adolescents sont liés à des problèmes d’origines
affectives : le divorce des parents, l’absentéisme d’un
parent si ce n’est carrément les deux parents. Il y a aussi la
frustration des enfants nés d’une union illégitime etc.
Pourtant ces enfants blessés peuvent exercer de grandes
responsabilités dans le futur, et parfois avec de possibles
carences affectives, qu’il soit un évêque, un chef d’état, un
directeur de société, un père ou une mère de famille etc.
Enfin tenir promesse envers nos enfants, comme le
suggère le Pape, est une manière de donner sens à son
mariage. Sinon à quoi bon se marier et avoir des enfants ?
163
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CONCLUSION
Donner un sens à son mariage, avons-nous titré ce
modeste ouvrage dans un but pastoral, pour aider les
fiancés-mariés dans leur vocation spécifique. Pourquoi
alors proposer dès l’entrée un parcours historique du
mariage en tant que tel ? C’est dire toute la complexité de
cette vieille institution, qui progressivement a été inscrite
dans le septénaire des sacrements constituée par l’Église
catholique. Aussi avons-nous constaté que le mariage est
une réalité « inculturée » : « Au cours de l’histoire des
hommes, il a pu subir des variations, selon les différentes
cultures, structures sociales et attitudes spirituelles » 179 :
Ainsi, le voile, la couronne, les anneaux, la jonction des
mains, la dot, jusqu’au consentement, faisaient d’abord
partie du coutumier de l’Antiquité païenne à Rome, du
coutumier de peuples barbares, de celui de certains
peuples d’Afrique aussi, avec des formes plus ou moins
similaires. Et les nouveaux convertis au christianisme des
premiers siècles, continuaient à vivre selon ces coutumes,
jusqu’à ce qu’elles soient entièrement intégrées dans
l’Église. Hier comme aujourd’hui, les fiancés en
s’engageant devant Dieu et les hommes, le font d’abord
devant leur famille et devant la société. Aujourd’hui,
l’Église devrait insister sur le sérieux du mariage
coutumier et civil. Ici se situe le vaste et important
domaine de la pastorale du mariage qui reconnaît la valeur
et la validité du mariage coutumier et civil, mais doit
éduquer et éveiller les fiancés-mariés aux conditions
requises par la parole de Dieu et la communauté ecclésiale
pour recevoir et célébrer le sacrement chrétien du mariage
179
Catéchisme de l’Église Catholique n° 1603
165
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avec ses propriétés essentielles : consentement,
indissolubilité, unité, fidélité, génération et éducation. 180
Hier et plus encore aujourd’hui, avec une banalisation
du caractère sacré du mariage, on peut se demander en
paraphrasant Karl Marx 181, si les hommes en faisant leur
propre histoire - en se mariant par exemple - le font
« arbitrairement, dans des conditions choisies par eux » ou
bien « obéissent-ils tout simplement à une tradition, à un
héritage à perpétuer », ou encore obéissent-t-ils à une
mouvance sociétale sans en mesurer le sens profond de
manière qui les engage personnellement, ou enfin le font-
ils délibérément en tout état de cause ? Il est vrai qu’il y a
une diversité de cultures et chaque culture à sa façon de
vivre la vie matrimoniale, mais nous nous interrogeons en
tant que chrétiens. On pourrait trouver de bonnes raisons
qui laissent à penser que les hommes ne savent pas
l’histoire qu’ils font, tout aussi bien des raisons à croire le
contraire. Prenons ici l’histoire comme lieu de l’agir de
l’homme, de son mode de vie dans l’exercice sa liberté.
Mais dès que l’on parle de liberté, c’est dire que l’homme
n’est pas une marionnette manipulée contre son gré. Il agit
en toute liberté. On peut dire alors que les hommes savent
parfois l’histoire qu’ils veulent faire. Cependant l’on peut
constater aussi que même en agissant soi-disant en toute
liberté, l’homme semble être parfois contraint par une
certaine force irrésistible à agir à l’encontre de ce qu’il
désire vraiment. On pourrait se demander si Adam et Eve
étaient conscients des conséquences de leur
désobéissance ? En tout état de cause, l’expérience
humaine est marquée par cette contradiction que souligne
bien Jacques Lacourt: « Tout homme, ressent parfois des
180
René De [Link] « Quand y a-t-il mariage ? (Suite 3) in Telema,
Revue de réflexion et de créativité chrétienne en Afrique. N° 380, p.
50-51
181
Karl Marx, Le 18 Brumaire de L. Bonaparte 1851
166
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élans pour le bien qui sont paralysés au plus intime de son
être par des pensées et des pulsions négatives. Nul mieux
que l’apôtre Paul, n’a exprimé cette angoisse de l’homme
affronté à une insurmontable division intérieure : « Je ne
comprends rien –dit-il- à ce que je fais. Ce que je veux, je
ne le fais pas et ce que je hais, je le fais… Malheureux
homme que je suis ! » 182… Sans doute, la liberté humaine
n’est-elle pas absolue. Elle s’exerce dans la marge étroite
des conditionnements héréditaires et sociaux qu’étudient
la psychanalyse et la sociologie. Mais au-delà des
déterminismes extérieurs, lorsque l’homme plonge son
regard dans les profondeurs de lui-même, là où jaillit sa
liberté la plus personnelle, à la racine de ses sentiments et
de ses décisions, au centre le plus intime de son moi, il
détecte une sorte de blessure secrète, une infirmité
douloureuse qui le contraint à s’avouer ses limites et ses
faiblesses. Cette blessure intérieure, la foi l’identifie au
péché » 183. Ce virus du péché, appelons-le comme tel,
s’attache si bien à notre conscience comme une tare de
naissance collée à notre peau, qui fait que nous n’habitons
pas souvent avec nous-mêmes; alors, des luttes
émotionnelles ou obsessionnelles font souvent rage chez la
personne.
Selon Bruno de Saint Chamas, Adam et Eve ont agit
sous l’influence de la séduction de l’antique ennemi, qui
fit basculer la création toute entière dans l’esclavage du
péché et de la mort. « Le non était donc possible, inclus
dans la liberté, mais il n’était pas la liberté puisque la mort
s’en est suivie. Marie considérée comme la nouvelle Eve,
a dit oui. Jésus a dit oui, et la création a été arrachée à
l’esclavage du péché et de la mort. La liberté consiste à
pouvoir dire oui, à la suite de Jésus et de Marie. À la
182
Rm. 7, 15-25.
183
J. LACOURT, Dieu au risque de croire Collection Tome 3,
limoges 1980, Droguet et Ardant, p 93.
167
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question du marxiste : la liberté, pour quoi faire ?, le
chrétien répond : la liberté, pour aimer. L’amour est la
raison d’être de la liberté, et la liberté est la condition de
l’amour » 184.
Le Catéchisme de l’Église Catholique, souligne que, de
tout temps « l’union de l’homme et de la femme a été
menacé par le péché qui se traduit par : la discorde,
l’esprit de domination, l’infidélité, la jalousie, et par des
conflits qui peuvent aller jusqu’à la haine et la rupture ».
« Ce n’est pas pour rien, dit le pape François, que
l’enseignement du Christ sur le mariage est inséré dans
une discussion sur le divorce (cf. Mt 19, 3-9). La parole de
Dieu est témoin constant de cette dimension obscure qui
se manifeste déjà dès le début 185 (Gn 3, 16). Cependant la
fragilité de l’homme et de la femme, dans leur union
d’amour, implique que leur fidélité réciproque s’élargisse
jusqu’au pardon et, le pardon n’est pas de passer
simplement l’éponge sur l’offense, il est une volonté
d’amour assez grande, pour continuer à construire cet
amour par-delà les obstacles et les échecs. Un couple se
négocie et se construit au quotidien. Le divorce n’est pas
une fatalité, bien des fois il pourrait être évité. Toutefois
malgré le dialogue quotidien, la négociation et les
multiples médiations durant les périodes de crises, une
solution à l’amiable pourrait-être prise sans se traumatiser,
ni traumatiser les enfants 186. L’homme et la femme qui se
séparent, laissant les enfants dans le désarroi, sont-ils
conscients des conséquences de leur séparation, de son
impact sur les enfants ? Sont-ils conscients du genre de
société qu’ils sont en train de mettre au monde ? Hélas,
184
Bruno DE SAINT CHAMAS, in De la liberté intérieure à la liberté
extérieure, Association ICHTUS, Janvier 2012
185
Pape François, Amoris laetitia n°19
186
Sylvie ANGEL, in Non, le divorce n’est pas une fatalité, article
publié le 01 juin 2016, dans LE TEMPS
168
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des circonstances difficiles peuvent pousser des couples au
divorce, pourtant il ne s’agit pas de les pénaliser 187, mais il
faut tout de même avoir l’honnêteté de dire que la
séparation paraît dans certains cas, égoïste. L’homme
comme la femme, chacun de son côté, ne pense qu’à lui de
façon individualiste et non aux enfants qui n’ont pas
demandé à naître. Il faut aussi qu’ils se souviennent
comme le dit une thérapeute de couple, Sylvie ANGEL :
« 1 +1= 3. Dans un mariage, il y a le mari, la femme et le
couple, nouvelle entité autonome à respecter ! » 188.
Une jeune femme d’une trentaine d’années a fait ce
témoignage très touchant pour parler des conséquences du
divorce : « Mon père nous a abandonnés, ma mère, mes
frères et sœurs et moi, alors que nous étions tout petits. Je
ne sais pas si je vais me marier un jour, je cherche souvent
l’affection paternelle, chez la plupart de mes amants avec
lesquels je suis sortie. Ils sont en général beaucoup plus
âgés que moi, et sont déjà mariés ».
Que faire pour réduire les divorces assez rapides, peu
de temps après le mariage ? L’alternative du mariage par
étapes, que nous trouvons dans le mariage coutumier en
Afrique, qui peut être comparé à la célébration par étapes
des sacrements de l’initiation chrétienne, comme le
baptême d’adulte, peut-elle être une solution ? Loin de
penser que cette alternative soit une recette miracle contre
les divorces. Seulement, aujourd’hui il faut le reconnaître,
les fiancés semblent trop pressés de réaliser leur rêve. La
rapidité dans la relation ne laisse pas le temps à
l’intelligence d’effectuer son travail, comme l’a remarqué
187
Il faut reconnaitre qu’il y a des cas extrêmes qui poussent des
couples à se séparer, et l’Eglise ne les condamne surtout pas. Le Pape
Jean Paul II « exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté
des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une
grande charité tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas exclus de
l’Eglise » Familiaris Consortio n° 84.
188
S. ANGEL, ibidem
169
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le père Morin Jacques. Et l’argument est souvent que :
« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». On
dit aussi de manière ironique que le mariage est une
vocation selon laquelle, le noviciat se fait après « la porte
du voyage sans retour », autrement dit après le mariage
sacramentel, contrairement à la vocation à la vie
religieuse, où l’on requiert un long cheminement avant
l’engagement définitif.
Gary Chapman, distingué conseiller conjugal, note que
la durée de vie moyenne du coup de foudre est de deux
ans, et l'erreur, dit-il, est de croire que l’amour romantique
dure éternellement. 189
Il est bon de remarquer que dans le mariage coutumier,
toutes les étapes sont considérées comme essentielles, ce
n’est pas uniquement le moment précis de l’échange de
consentement.
Un autre aspect non moins important dans les cas du
divorce, est celui du cadre de vie. Aujourd’hui, la grande
famille qui servait de cadre de vie et contribuait à assurer
en quelque sorte la stabilité des couples et de la petite
famille, a tendance à disparaître, au profit de
l’individualisme. Le couple est laissé à lui-même, comme
le note le théologien dominicain flamand Schillebeeckx
que vous nous permettez de citer longuement ici : « Cette
désintégration familiale, ou plus exactement cette
disparition de fonctions assumées autrefois par la parenté,
place les conjoints devant un avenir incertain, un avenir
qu’ils auront à construire eux-mêmes. Mais cette situation
nouvelle va de pair avec une modification de structure à
l’intérieur de la famille elle-même. Le couple est ramené à
lui-même : il ne peut plus s’appuyer, pour trouver sa
stabilité et assurer la fidélité mutuelle, sur la situation
sociale « extérieure », il doit tout trouver en lui, rejoindre
une réalité intérieure, la réciprocité du recours et l’intimité
189
G. CHAPMAN, le langage de l’amour, ch 3.
170
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du dialogue de deux personnes » 190. Dans un même sens,
Sylvie ANGEL, thérapeute de vie conjugale déclare lors
d’une interview publiée en juin 2016, qu’une des causes
de divorce est dans le manque de soutien : « Aujourd’hui
dit-elle, les grands-parents sont moins disponibles
qu’avant. Soit ils habitent loin, soit-ils travaillent encore et
ne peuvent pas –ou ne souhaitent pas- s’occuper de leurs
petits-enfants » 191. Cette crise ne provoque-t-elle pas une
croissance dans le domaine conjugal, où les époux
prennent davantage conscience de leur responsabilité face
à leur avenir, et où ils sont « amenés à avoir une
compréhension plus profonde de la valeur personnelle et
intersubjective du mariage ? 192», bien que
l’individualisme ait des limites. Bien souvent, chacun des
conjoints peut ressentir une restriction de liberté à l'arrivée
du premier enfant, vu que la société actuelle prône
l’épanouissement personnel.
En tout cas, pour le chrétien, une des alternatives face à
cette crise du mariage est la pastorale conjugale.
Aujourd’hui, grâce à elle, beaucoup de couples et de
familles restent unis, malgré le changement de paradigme.
Accompagner des couples s’avère capital pour le bien-être
de la famille, de l’Église et de la société. Tout en sachant
que « les familles chrétiennes, par la grâce du sacrement
de mariage, sont les principaux acteurs de la pastorale
familiale » 193. Dans la même perspective de pastorale
familiale, des commissions pour la famille, des
pèlerinages pour les familles, des préparations au mariage
en couples groupés en doyenné selon les diocèses, ont été
190
E. Schillebeeckx, Le mariage, réalité terrestre et mystère de salut.
p. 19.
191
S. ANGEL, in « Non, le divorce n’est pas une fatalité », article
publié par Marie-Pierre GENECAND, le 01 juin 2016, dans LE
TEMPS
192
E. SCHILLEBEECKX, Cit. ibid.
193
Amoris Laetitia n° 200
171
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initiés par les conférences épiscopales, sous les directives
du magistère pontifical. Ceci en vue de renforcer l’unité
des couples et des familles chrétiennes, parfois même de
les sauver de graves crises qu’ils peuvent traverser. Aussi,
elles sont à encourager, des initiatives comme les Equipes
Notre Dame, fondées par le père Henri Caffarel, fécondes
dans le monde entier. Des initiatives au Sénégal, venant de
laïcs comme Couple-espérance et Famille-espérance de la
jeune communauté d’évangélisation Jeune-espérance,
organisant tous les ans des week-ends pour couples, pour
familles, pour enfants, pour hommes, pour femmes, ou
encore, cette association de jeunes chrétiens dénommée
Enfants de Marie et de Joseph, qui organise « les nuits du
couple » abordant des thèmes concernant la vie conjugale,
sont également à encourager. Beaucoup de couples s’y
retrouvent restaurés et des familles remodelées par la
grâce de Dieu. Pour notre part, cela a été spontané chez les
fiancés que nous avions eu à préparer au mariage, le
besoin s’est fait sentir de s’organiser en groupes avec la
« Sainte famille » comme patronne. Des week-ends de
prières, et aussi des chaînes de prières pour chaque couple
au quotidien, des enseignements et des dialogues, des
journées du vivre ensemble en couple, sont organisés pour
eux, afin de revisiter les valeurs de l’alliance
matrimoniale. Ceci permet aux jeunes mariés de garder
vivant aussi longtemps le trésor de l’alliance matrimoniale
dans les vases fragiles qu’ils représentent.
L’Église catholique, depuis les premiers siècles de
notre ère, a toujours essayé de relever ce défi majeur de
préserver cette vieille institution qu’est le mariage, et de
répondre aux besoins des couples chrétiens, face à la crise
du mariage dans la conception et dans l’expérience vécue,
comme nous l’avons souligné dans l’introduction. Pour
parler d’une période plus récente par rapport aux premiers
siècles de notre ère : le 31 décembre 1930, le pape Pie XI
172
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a en effet publié une encyclique intitulée Casti
Connubii dans laquelle il rappelait le sens authentique du
mariage chrétien. Quant au pape Léon XIII, il a rappelé la
sainteté du mariage dans l’encyclique Arcanum Divinæ
Sapientiae. En 1968, le pape saint Paul VI publiait
Humanae Vitae qui parlait de la régulation des naissances
et de la contraception, qui a d’ailleurs suscité beaucoup de
remous, voire des contestations même dans les rangs des
catholiques. Humanae Vitae de Paul VI est arrivée à
l’époque de la crise de mai 68, où l’enseignement de
l’Église était mis en cause, avec le slogan : « Il est interdit
d’interdire ». Il faut dire que le magistère de ces papes
précité a traversé un cadre hostile à l’enseignement de
l’Église : le droit nouveau, né de la Révolution française,
enraciné dans le Siècle des Lumières, favorisait le divorce,
Mais malgré tout, le magistère de l’Église catholique a,
en quelque sorte, tenu bon dans sa défense du mariage
chrétien, et de ce qu’il impliquait tant du point de vue des
couples et des familles catholiques que de la pastorale du
mariage et de la famille. Le pontificat de saint Jean-
Paul II, a joué un rôle important dans la réflexion au sujet
du mariage, et a confirmé et appuyé Humanae Vitae de
Paul VI. Amoris Laetitia du pape François vient s’inscrire
dans ce contexte général difficile, puisque cette
exhortation apostolique a fait, à son tour, couler beaucoup
d’encre. Mais il faut bien comprendre la démarche du
pape François : il a essayé de ressaisir la pensée de ses
prédécesseurs, tout en la mettant en perspective avec les
concepts et les conditions du monde actuel, et surtout avec
une sensibilité missionnaire intégratrice qui le
caractérise 194. Il faut dire que ce élan missionnaire
intégrateur a été déjà la démarche des Pères du Concile
Vatican II, que saint Jean-Paul II avait repris dans sa lettre
194
Thibaud COLLIN, Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ?
173
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encyclique Redemptoris Missio; tout son pontificat,
pourrait-on dire, le reflète.
Qu’on ne s’en étonne pas, le mariage a toujours subi
des contrecoups d’une certaine modernité. Aujourd’hui,
les nouvelles attaques contre l’Église sont assez subtiles
mais claires aux yeux de l’homme spirituel, elles passent
par la relation de l’homme et de la femme. Dans son
origine comme dans son actualité, le mariage demeure un
événement fondateur voulu par le Créateur. Comme une
pierre jetée dans l’eau, fait des ricochets en produisant des
ondes qui s’élargissent jusqu’à perte de vue. Il incombe à
l’homme et à la femme de tenir compte du futur. La
génération actuelle est en quelque sorte responsable de la
génération future 195. Chaque société humaine porte la
marque de multiples individus issus d’une union de
l’homme et de la femme avec tout ce qu’ils colportent en
bien ou en mal, nous voulons dire avec des carences et des
richesses, des luttes pour la survie, parfois à tout prix. On
peut comprendre alors que la détérioration des relations de
l’homme et de la femme, peut couper l’humanité de sa
transcendance. Le mariage, réalité sacrée quoique
terrestre, est à considérer comme une prophétie, parce
qu’il est le signe prophétique de l’alliance du Christ avec
l’humanité. Et une alliance d’amour comme l’incarnait le
prophète Osée à travers son ménage.
La mutation de paradigmes et les crises que traversent
notre monde : théorie du genre, recrudescence de la
pédophilie au sein même de l’Église, mariage pour tous,
désacralisation du mariage homme-femme, ont quelque
chose à nous dire. Elles doivent nous rappeler que notre
croissance en tant que chrétiens, Peuple de la Nouvelle
Alliance, passe par les douleurs de l’enfantement, comme
nous l’avons déjà évoqué. Nous sommes dans une
Réflexion chère à la philosophie Jonassienne/ Hans Jonas, le
195
principe de la responsabilité
174
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dynamique de combat spirituel, qui sera de tous les temps,
car il y aura toujours un Ennemi. Inutile de se demander
jusqu’à quand, puisque le Seigneur nous a dit de laisser
l’ivraie pousser à côté du bon grain, jusqu’à la fin de la
moisson. Le travail d’épuration lui appartient. Notre
Seigneur Jésus a mené évidemment le même combat que
mène l’Église aujourd’hui, jusqu’à donner sa vie. Car
rappelons-nous « l’Esprit est ardent, mais la chair est
faible ».
La création n’est pas close, « Elle continue de se faire
aujourd’hui comme aux origines, ou, plus exactement :
aujourd’hui est aussi origine. La genèse n’est pas
terminée. Elle continue… et l’histoire humaine est une
croissance, un développement, une maturation
intérieure… Elle s’enfante dans la douleur, d’une manière
déchirante, dans les luttes et les contradictions, dans la
guerre » 196.
Aussi le pape François, tentant de sauver le mariage,
dénonce une « guerre mondiale » qui essaye de « détruire
le mariage ». Et cette guerre, selon le pape, ne se fait pas
avec des armes mais « avec des idées ». En raison de tant
de souffrances des époux et de leurs enfants suite à une
séparation, le pape demande que nous fassions tout notre
possible pour contribuer concrètement à « sauver les
mariages » : ce qui veut dire les conduire à guérir de tant
de blessures, de fragilités, de conceptions erronées ou de
tant de biais qui minent le couple et la famille durables.
Donner un sens à son mariage est alors un besoin pressant.
Il y a une lueur d’espoir : de plus en plus de personnes
mariées renouvellent régulièrement leurs promesses de
mariage, de jeunes mariés en difficultés ont recours à leur
pasteur, et cherchent une médiation pour sauver leur
ménage. De jeunes fiancés et de moins jeunes, ces derniers
Claude Tresmontant, Essai sur la pensée hébraïque, Ed. Cerf, Paris
196
2017, p 35.
175
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voulant régulariser leur situation matrimoniale, veulent
prendre au sérieux leur engagement, et se confient à leur
pasteur pour une bonne préparation.
En définitif, puisque nous sommes toujours en genèse,
gardons espoir ! Que tous ceux qui pensent que de nos
jours, le mariage n’est pas évident, que les couples en
difficultés sachent que la Bible « abonde en familles, en
générations, en histoires d’amour et en crises familiales ».
L’exhortation post-synodale Amoris Laetitia, nous invite à
aborder le mariage comme « un processus dynamique qui
va peu à peu de l’avant, grâce à l’intégration progressive
des dons de Dieu » (A.L 122). Le mariage malgré ses hauts
et ses bas, est donc inscrit dans « un chemin dynamique de
développement et d’épanouissement ». Heureusement
pour notre consolation, les verbes sont conjugués au futur
dans cette parole fondatrice : « L’homme quittera son père
et sa mère et s’attachera à sa femme et tous deux
deviendront une seule chair ».
Clervaux, Pâques 2020
176
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POSTFACE
L’heureux lecteur de cet ouvrage où se précisent bien
des ouvertures à de judicieux points de vue
anthropologiques et religieux, aura pris conscience d’une
façon plus ample de la beauté du mariage, de ses
exigences aussi. S’éveille corrélativement la persuasion de
la nécessité d’une préparation à un tel engagement. Le
Catéchisme de l’Église Catholique le souligne clairement :
« Pour que le « Oui » des époux soit un acte libre et
responsable, et pour que l’alliance matrimoniale ait des
assises humaines et chrétiennes solides et durables, la
préparation au mariage est de première importance » (CEC
n° 1632).
En effet, le père Thomas GOMIS, faisant bénéficier de
son expérience de tant de rencontres en vue du mariage, a
su exposer, de façon méthodique, des approches
opportunes pour former un jugement éclairé sur toutes les
dimensions humaines du mariage et sur sa sacramentalité
dans l’Église.
La réalité du mariage, comme relation d’un homme et
d’une femme, semble simple au plan strictement humain.
Cependant, la richesse de ces pages tente de se situer à la
hauteur du mystère évoqué par saint Paul : « Ce mystère
est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église » (Ep.
5, 32).
Que le Père Thomas GOMIS en soit remercié. La
vocation monastique le dispose à percevoir dans l’amour
du Christ préféré à tout, la source et le sommet de l’union
stable des époux.
177
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Ainsi, éclairer les autres à cette dimension spirituelle et
mystique de la vie conjugale chrétienne représente un bel
acte de charité.
178
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APPENDICE
Les dossiers à fournir pour se marier à l’Église
Il est demandé aux fiancés de fournir au prêtre qui doit
célébrer leur mariage :
-Un certificat de baptême, car pour prétendre au
mariage à l’Église, il faut être baptisé, hormis le cas du
non chrétien qui épouse une baptisée, ou l’inverse ;
comme pour le mariage avec disparité de culte.
-Un extrait de naissance de chaque fiancé.
- Un certificat de mariage civil. Le mariage civil
s’effectue autant que possible avant le mariage religieux.
- Les formulaires de l’enquête canonique sont fournis
par le prêtre, qui fait l’enquête. Dans le formulaire des
questions précises y seront demandées aux fiancés.
- La déclaration d’intention. Elle n’est pas un texte
d’amour, et donc il ne s’agit pas de verser dans le
romantisme. Il faut que votre intention soit juste et vraie
en correspondance à ce à quoi vous aspirez réellement.
Chacun des fiancés de son côté, ou en commun, vous
devez rédiger un texte pour dire votre intention de vous
conformer à ce que l’Église demande au sujet du mariage
religieux que vous allez accomplir. Le contenu doit
tourner autour de ces thèmes : la liberté de consentement ;
la fidélité ; l’assistance entre conjoints ; l’éducation des
enfants dans la foi chrétienne.
La rédaction de cette lettre vous permettra toutefois de
prendre conscience de votre engagement. Ce sera aussi un
dialogue avec votre partenaire pour vous assurer que vous
partagez les mêmes aspirations pour l’avenir de votre
union.
Ces dossiers serviront de documents témoins de votre
union légitime, et aussi serviront à remplir le registre de
179
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mariage. Ils devront rester archivés dans la paroisse où
aura lieu le mariage, ils ne seront donc pas retournés aux
mariés.
En revanche, après le mariage, le prêtre célébrant
donnera un document de notification du mariage à chacun
des mariés, pour qu’ils le remettent au curé de leur
paroisse d’origine. Ce document de notification ira ensuite
à l’Évêché pour y être archivé. C’est dire tout le sérieux
que revêt l’acte de se marier religieusement.
Dans le cas d’une célébration avec un non catholique
ou un non baptisé, le prêtre envoie une demande de
dispense au bureau diocésain. Il est souhaitable que les
fiancés qui n’ont pas été catéchisés reçoivent une brève
présentation de la foi chrétienne. Celle-ci peut se faire de
manières diverses selon les paroisses.
Attention ! Il y a un nouveau formulaire de déclaration
d’intention de deux pages tout fait, pour le mariage avec
dispense de disparité de culte, adressé aux deux fiancés. Il
y a aussi des formulaires assez brefs adressés à chaque
fiancé de manière distincte, que la partie musulmane ou
d’autre religion que le christianisme, doit remplir et
signer, notamment en s’engageant à respecter la foi de son
conjoint ou de sa conjointe et aussi la promesse de vivre sa
foi chrétienne et de tout faire pour que les enfants aient
une éducation avec des valeurs chrétiennes.
Toutefois, faut-il le dire, le mariage qui unit un
chrétien, une chrétienne avec une ou un non baptisé, n’est
pas sacramentel. Pour qu’il y ait sacrement, il faut que les
deux mariés soient baptisés. Le baptême tient le rôle de
porte pour les autres sacrements. Mais le fait que la partie
non baptisée consente à accompagner à l’Église la partie
chrétienne, permet à cette dernière de vivre une situation
matrimoniale régulière.
180
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Autrement dit, le chrétien ou la chrétienne peut
communier à la messe. Et, comme le dit saint Paul, la
femme qui a un mari non chrétien, sanctifiera celui-ci en
vertu de son baptême.
181
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BIBLIOGRAPHIE
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Lafleur, 3ème édition corrigée et mise à jour, deuxième tirage
révisé.
Articles en Ligne « Mariage dans la Grèce antique ». Auteurs: Sarah
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Ml 2, 14-15.
Gn. 29, 20.
Ruth 2, 8-13 et 3, 6-14. 4
I Samuel 1, 8.
Pr 31, 10-31
Pr 5, 2b-11 ; 6, 24-26 ; 7, 5-27. 2 Pr 5, 18-19 ;
Si 26, 1-4 + 13-18 ; 36, 21-27.
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Dominus Iesus.
2 DANEELS Card. Au collège ERI/SR à Maredsous- 1998. 3 Jean
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1 Gaudium et Spes n°52
Charles WALY THUO J’ai vu son visage p.20 2 Pape François
Amoris Laetitia n° 32 rapport final du synode des Évêques.
Fatou Bintou DIAL, Le parcours matrimonial des femmes à Dakar :
subir le mariage, s’approprier le divorce.
Jacques Lacourt avec la collaboration de Jean-Luc MARION Dieu Au
risque de croire, Tome 3 La Difficulté de Dieu. Droguet et Ardant.
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extérieure, Association ICHTUS, Janvier 2012
Sylvie ANGEL, in Non, le divorce n’est pas une fatalité, article publié
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Thibaud COLLIN, Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ?
Claude Tresmontant, Essai sur la pensée hébraïque, Ed. Cerf, Paris
2017.
187
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TABLE DES MATIÈRES
DÉDICACE 7
REMERCIEMENT 9
PRÉFACE 13
AVERTISSEMENT 17
INTRODUCTION 19
PREMIÈRE PARTIE :
AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE MARIAGE 23
Chapitre I : Le mariage, une institution de tous les temps
25
Institution voulue par Dieu, pour l’être humain 25
Le mariage dans l’Antiquité 26
Le mariage chrétien des premiers siècles 29
DEUXIÈME PARTIE :
FONDEMENTS SCRIPTURAIRES ET
THÉOLOGIQUES DU MARIAGE 35
Chapitre II : Le mariage dans la Sainte Écriture 37
Le mariage dans l’Ancien Testament 37
Le mariage dans le Nouveau Testament 42
Chapitre III : La théologie du mariage 47
Le mariage sacramentel 48
Impact sur « le mariage terrestre » 49
Le sacrement et le ministre du mariage catholique
51
189
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L’indissolubilité du mariage : homme et femme crées pour
l’unité 60
TROISIÈME PARTIE :
CONSIDÉRATIONS JURIDICO-CANONIQUE DU
MARIAGE 65
Chapitre IV : Articulation du droit canonique au sujet du
mariage dans l’Église catholique 67
Les sources du droit canonique 67
Réglementation progressive du mariage dans l’Église
catholique 68
Liturgie du sacrement et Normes canoniques 71
Quelques normes d’empêchement pour le mariage
catholique 72
Chapitre V : Mariages interconfessionnels 77
Mariage avec dispense d’empêchement, de disparité de
culte 77
Mariage mixte 83
Chapitre VI : Mariage coutumier 85
Qu’est-ce qu’une coutume ? 86
Mariage coutumier dans le droit civil au Sénégal 87
Avantages du mariage coutumier 89
Inconvénients du mariage coutumier 90
Coutumes familiales et pratique chrétienne du mariage 93
Mariage coutumier et foi catholique : urgence pastorale103
Chapitre VII : Droit canonique et mariage coutumier 109
Chapitre VIII : Droit canonique et mariage civil 113
190
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Droit canonique et charité 119
QUATRIÈME PARTIE :
SPIRITUALITÉ DU COUPLE CHRÉTIEN 123
Chapitre IX : Témoin de l’amour dans le monde 125
La dimension eucharistique du mariage 126
La dimension réconciliatrice du mariage 128
Des défauts et des qualités 131
Chapitre X : Le choix des lectures 137
Chapitre XI : Morale conjugale 147
La famille 147
Éthique affective et sexuelle du couple chrétien 153
L’avortement 155
L’épreuve de la stérilité 157
L’éducation 160
Problèmes actuels de l’éducation 162
CONCLUSION 165
POSTFACE 177
APPENDICE 179
BIBLIOGRAPHIE 183
191
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Thomas Pikandieu-Gomis
Thomas Pikandieu-Gomis
Donner sens à son mariage
Oser le mariage religieux, coutumier et civil
Le mariage a-t-il encore un sens de nos jours ? Hier comme Donner sens
à son mariage
aujourd’hui, on lui donne diverses représentations selon les
usages et coutumes des peuples. Réalité humaine et terrestre, se
pose alors la problématique de sa sacralité, de son sérieux entre
son accomplissement selon la foi chrétienne et selon la coutume
et l’état civil. En cherchant à montrer la juste valeur de ces
accomplissements du mariage, cet ouvrage présente des points Oser le mariage religieux, coutumier et civil
de repère essentiels théologiques, spirituels et anthropologiques,
capables de répondre à la question du sens du mariage.
Dès lors le mariage apparait comme une réalité inculturée, aussi
Donner sens à son mariage
dans une reconnaissance des réalités authentiques d’une culture
déterminée, l’auteur tente d’ouvrir un chemin d’inculturation
pour la célébration du mariage chrétien en Afrique. Il faudra
alors qu’en Église l’on puisse insister sur le sérieux du mariage
coutumier et civil, là se situe le vaste et important domaine de la
pastorale au sujet de l’alliance matrimoniale.
Thomas Pikandieu-Gomis est moine-prêtre bénédictin sénégalais de
l’abbaye Cœur Immaculé de Marie, dans la commune de Keur Moussa
au Sénégal. Il est coauteur du livre Actes du colloque – Penser la veille,
L’Harmattan, collection Croire et savoir en Afrique, produit à l’occasion
du cinquantenaire de l’abbaye de Keur Moussa. Coauteur également du
livre Laïcité et défense de l’État de droit, Collection des Actes de colloques
de l’IFR, Université Toulouse 1 Capitole.
Préface de Dom Michel Jorrot
Illustration de couverture : © Dom Georges Saget « les Noces de Cana » détail des fresques de
l’église abbatiale des moines de Keur Moussa - Sénégal.
ISBN : 978-2-14-031187-1
Les impliqués
É diteu r
21,50 €