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L’agriculture est depuis toujours un pilier fondamental de l’économie sénégalaise. Elle
constitue non seulement une source essentielle de subsistance pour des millions de ménages,
mais elle joue également un rôle crucial dans la stabilité sociale et le développement territorial.
En effet, le secteur agricole représente environ 16 % du Produit Intérieur Brut (PIB) du pays et
emploie près de 70 % de la population active, notamment dans les zones rurales où les
opportunités économiques alternatives sont rares. Cependant, malgré cette importance
stratégique, l’agriculture sénégalaise reste confrontée à de nombreux défis structurels et
conjoncturels qui entravent son plein développement.
Parmi les principaux obstacles, on peut citer la faible productivité des exploitations, l’accès
difficile au financement, la faiblesse des infrastructures rurales, la dépendance aux aléas
climatiques, ainsi que le manque de structuration des chaînes de valeur agricoles. Ces
problèmes se traduisent par une précarité persistante des producteurs, une insécurité alimentaire
chronique dans certaines régions, et une faible capacité du secteur à contribuer efficacement à
la croissance économique et à l’industrialisation du pays.
Dans ce contexte, de nombreuses initiatives ont vu le jour pour tenter de dynamiser le secteur
agricole. Parmi elles, la montée en puissance des petites entreprises constitue une piste
particulièrement prometteuse. En effet, ces structures, souvent portées par des acteurs locaux,
jeunes ou issus de groupements communautaires, ont su démontrer leur capacité à innover, à
structurer les chaînes de production, à transformer localement les produits agricoles et à créer
de la valeur ajoutée au sein même des territoires ruraux.
Dès lors, il devient pertinent de s’interroger sur le rôle réel que peuvent jouer ces petites
entreprises dans la transformation du secteur agricole sénégalais. Dans quelle mesure la petite
entreprise peut-elle constituer un levier essentiel pour le développement agricole durable au
Sénégal ?
Pour répondre à cette problématique, le présent dossier propose une double analyse. Il s’agira
d’abord de mieux cerner les réalités actuelles de l’agriculture sénégalaise et d’évaluer en quoi
les petites entreprises offrent une réponse concrète aux défis du secteur. Ensuite, nous
examinerons les effets visibles de leur action sur le terrain, à travers des exemples concrets de
développement local, d’innovation et de création d’emplois.
Partie 1 : État des lieux de l’agriculture et rôle potentiel de la petite entreprise
Avant de mesurer l’impact réel des petites entreprises dans le développement agricole, il est
nécessaire de poser un diagnostic clair de la situation actuelle. En analysant les caractéristiques
du secteur agricole sénégalais, on comprend rapidement que de nombreux blocages entravent
sa performance. Toutefois, c’est aussi à travers ces difficultés que l’on entrevoit l’espace laissé
aux initiatives entrepreneuriales, notamment aux structures de petite taille, capables de répondre
à des besoins spécifiques, souvent négligés par les grands programmes publics.
Chapitre 1 : Caractéristiques et défis de l’agriculture sénégalaise actuelle
L’agriculture sénégalaise repose principalement sur des exploitations de type familial. Ce
modèle représente plus de 80 % des structures agricoles selon la FAO. Ces exploitations sont
généralement de petite taille, peu mécanisées, et dépendent fortement de la main-d’œuvre
familiale. On y retrouve des cultures vivrières comme le mil, le maïs, le riz, le sorgho, ainsi que
des cultures de rente comme l’arachide, produit historiquement dominant dans le bassin
arachidier.
Cependant, la faiblesse des rendements reste préoccupante. Plusieurs facteurs expliquent cette
situation : un accès limité aux intrants agricoles de qualité (semences améliorées, engrais,
produits phytosanitaires), une faible mécanisation, et une exposition directe aux aléas
climatiques.
Le changement climatique exacerbe ces difficultés en rendant les saisons plus imprévisibles et
en réduisant la pluviométrie dans plusieurs zones du pays.
Le problème foncier constitue également un verrou majeur. Les producteurs agricoles n’ont
souvent pas de titre de propriété formel sur leurs terres, ce qui les empêche d’investir ou
d’accéder au crédit bancaire. La loi sur le domaine national, en l’absence de réforme effective,
rend encore difficile la sécurisation foncière pour les petits exploitants.
Enfin, les pertes post-récolte représentent un autre défi majeur. Faute d’infrastructures
adéquates de stockage, de transformation et de transport, une part importante des récoltes est
perdue ou vendue à bas prix. Cela réduit considérablement les revenus des agriculteurs et
décourage la production à grande échelle. Dans ces conditions, le secteur agricole peine à se
moderniser, malgré les efforts déployés par l’État et ses partenaires.
Chapitre 2 : Le potentiel de la petite entreprise pour adresser les défis de l’agriculture
Dans cet environnement marqué par de nombreuses contraintes, la petite entreprise apparaît
comme un acteur dynamique capable de stimuler une véritable transformation rurale. À la
différence des grandes structures, souvent éloignées des réalités du terrain, les petites
entreprises sont souvent issues du tissu local et entretiennent des liens directs avec les
producteurs. Elles comprennent mieux les besoins spécifiques et y répondent par des solutions
souples, innovantes et inclusives.
Elles contribuent d’abord à la création de valeur ajoutée locale. En transformant les matières
premières sur place – par exemple en produisant de l’huile d’arachide, de la farine de mil ou
des jus de fruits naturels – elles permettent de réduire les pertes post-récolte et d’augmenter les
revenus générés localement. Cette logique de transformation de proximité permet aussi de
développer des compétences techniques au sein des communautés rurales.
La petite entreprise joue également un rôle dans l’accès aux marchés. Grâce aux coopératives,
aux groupements d’intérêt économique ou aux start-ups agroalimentaires, les producteurs
accèdent à des circuits de distribution plus rentables, parfois même à l’exportation. Certaines
entreprises développent des plateformes numériques qui permettent de commercialiser les
produits agricoles en ligne, contournant les intermédiaires traditionnels souvent accusés de
capter une grande part de la valeur.
Un autre apport notable réside dans la diffusion des innovations et des pratiques durables. De
nombreuses petites structures introduisent des techniques d’agriculture biologique, de
compostage, de micro-irrigation ou de culture sous serre. Elles forment les producteurs à ces
méthodes et facilitent leur adoption. Ces pratiques, plus respectueuses de l’environnement,
renforcent la résilience des exploitations face au changement climatique tout en répondant aux
nouvelles exigences des consommateurs urbains.
Partie 2 : Les contributions concrètes de la petite entreprise au développement agricole
Après avoir identifié les atouts théoriques et les leviers d’action des petites entreprises, il est
temps d’examiner comment ces structures influencent réellement le développement agricole sur
le terrain. Leurs effets se manifestent à travers plusieurs dimensions : sociales, économiques,
technologiques. De nombreux exemples à travers le pays montrent que les petites entreprises
peuvent faire la différence lorsqu’elles sont bien accompagnées et ancrées dans leur territoire.
Chapitre 3 : Création d’emplois et amélioration des revenus en milieu rural
L’un des impacts les plus directs des petites entreprises dans le secteur agricole est la création
d’emplois. Ces structures génèrent des activités tout au long de la chaîne de valeur : production,
transformation, emballage, transport, commercialisation. Contrairement à l’agriculture
traditionnelle, qui repose souvent sur l’autoproduction, la petite entreprise introduit une logique
marchande qui nécessite une main-d’œuvre structurée et régulière.
Dans les régions rurales, où le chômage des jeunes constitue un problème endémique, les
initiatives entrepreneuriales offrent des débouchés nouveaux. Par exemple, dans le bassin
arachidier, certaines PME ont structuré des filières de collecte et de transformation de
l’arachide, employant des dizaines de jeunes et de femmes en situation de précarité. À Matam,
des unités de transformation du lait local ont vu le jour, créant des emplois dans les zones
pastorales autrefois délaissées.
Par ailleurs, ces entreprises contribuent à l’amélioration des revenus des producteurs. Grâce à
des partenariats équitables, certains groupements achètent les récoltes à un prix juste, parfois
supérieur à celui proposé par les commerçants informels. Cela permet aux agriculteurs de mieux
planifier leur production et d’investir dans leur exploitation, créant un cercle vertueux
d’amélioration continue.
Chapitre 4 : Promotion de l’agro-transformation et valorisation des produits locaux
Le développement de l’agro-transformation constitue un pilier essentiel du rôle des petites
entreprises dans le secteur agricole. En ajoutant de la valeur aux produits bruts, ces structures
réduisent la dépendance à l’importation et renforcent la souveraineté alimentaire du pays.
La transformation des produits agricoles offre également une opportunité stratégique pour
conquérir les marchés urbains. Aujourd’hui, les consommateurs sénégalais s’orientent de plus
en plus vers des produits locaux, traçables, transformés à petite échelle selon des normes de
qualité. Des entreprises comme La Laiterie du Berger ou BioEssence Sénégal illustrent bien
cette tendance, en valorisant les produits issus du terroir local (lait, baobab, bissap, moringa…).
En s’appuyant sur les ressources naturelles locales et en créant des produits innovants, la petite
entreprise valorise les savoir-faire traditionnels tout en répondant aux exigences
contemporaines du marché. Cette combinaison entre tradition et modernité permet une
croissance inclusive, centrée sur le territoire.
Conclusion
L’analyse développée tout au long de ce dossier montre clairement que la petite entreprise joue
un rôle stratégique dans le développement agricole au Sénégal. Elle apporte des réponses
concrètes aux nombreux défis du secteur, notamment en matière de transformation, de marché,
de création de valeur et d’emplois. En misant sur des approches locales, adaptées et innovantes,
elle permet de faire émerger une agriculture plus dynamique, plus résiliente et plus équitable.
Toutefois, pour que ces initiatives puissent pleinement s’épanouir, un accompagnement
renforcé reste nécessaire. Il passe par un meilleur accès au financement, un cadre fiscal adapté,
un appui technique continu, et une simplification des procédures administratives. Le
développement agricole du Sénégal ne pourra être durable que si les petites entreprises sont
reconnues et soutenues comme de véritables actrices du changement.
Ainsi, au croisement de l’agriculture et de l’entrepreneuriat, se trouve une voie d’avenir : celle
d’un modèle agricole sénégalais porté par ses propres acteurs, enraciné dans les réalités locales,
et tourné vers l’innovation, la souveraineté alimentaire et la justice sociale.
Référence :
ANSD, Rapport économique et social du Sénégal, 2023.
FAO, Profil agricole du Sénégal, 2022.
Banque Mondiale, Rapport sur le développement rural au Sénégal, 2021.
GRET, Innovations agroécologiques au Sahel, 2020.