Or RDC
Or RDC
OUGANDA
Hg
RWANDA
Or
BURUNDI
TANZANIE
Rapport du projet Minamata Initial Assessment (MIA) pour la préparation du Plan d’Action National
(NAP) pour la réduction de l’utilisation du mercure en R.D. Congo
Résumé
Cette étude a été menée dans 5 ces provinces (Sud-Kivu, Tanganyika, Haut-Uele, Tshopo et
Ituri), représentant plus de 80% de la production de l’or de la RDC. 16 sites miniers ont été
étudiés : Mbulambula, Kazabula, Tokoma, Moku, Beverindi, Port Bac, Kafiawema, Teturi,
Byondo, Nipe-Nikupe, Tokoleko, Avakubi, Yambi-Yaya, Bendera, Lugushwa et environs. La
méthode mixte a été utilisée : une étude qualitative, focalisée sur la socio-économie de la mine
(accessibilité, organisation, femmes, enfants, formalisation, vie des creuseurs, la situation
sanitaire et environnementale, etc.) et une étude quantitative, focalisée sur la quantité d’or
produite, de mercure, la main d’œuvre, etc.
On a estimé qu’il y a 230,000 à 250,000 creuseurs dans l’EMAPE d’or, produisant 8,1 à 12 ,2
tonnes d’or par an, avec une pureté moyenne 22 carats (92%). Un creuseur produit en moyenne
0,93gr/jour pendant le temps de production, ce qui est largement supérieur aux autres secteurs de
la vie active au Congo. L’or est mesuré dans les sites généralement à l’aide d’une balance
rudimentaire, avec des anciennes pièces de monnaie (p.ex. 1K, Sengi) ou des tiges d’allumette
dont les poids sont bien connus. Les minerais exploités ont une teneur variant de 10 à 25
grammes/tonne (12 en extraction alluvionnaire, 17,5 en souterraine et 22 par drague).
Par an, l’EMAPE rejette 3 à 4,5 tonnes de mercure dans l’environnement. Seuls 25-30% des
orpailleurs s’en servent et ceux-ci en ignorent les effets sur la santé et l’environnement. Le
mercure est utilisé avec le concentré (jamais avec les minerais bruts) et en petite quantité
(bouchons de stylo ou centimètre cube) qui permettent d’obtenir de l’or à des ratios de 1 à 2gr de
mercure pour chaque gramme d’or. Le cyanure est également utilisé récemment pour recycler les
résidus. Les activités minières provoquent aussi beaucoup de déforestation.
Le commerce de l’or est principalement informel et orienté souvent vers l’Est (Ouganda,
Rwanda, Burundi, Tanzanie). Le niveau élevé des taxes constitue un obstacle majeur à la
commercialisation formelle de l’or et à la formalisation du secteur minier. Les taxes ne sont pas
toujours conformes à la régulation et varient d’une mine à l’autre. Aussi dans certaines régions,
le parallélisme et les conflits de pouvoir entre les autorités coutumières et les autorités
administratives finit par affecter les activités minières.
Le commerce de mercure est illégal, mais pas toujours caché. Il provient de l’Ouganda et de la
Tanzanie et transite par les négociants. Les creuseurs l’achètent en centimètres cubes, ou en
bouchons de stylo (13,5gr à 8.000 à 10.000 FC (soit 5 à 6,25$) voire 20.000 FC dans les régions
plus isolées). Le prix est assez élevé pour que les creuseurs utilisent le mercure avec attention,
ii
mais pas assez pour en décourager l’utilisation. Ce commerce est intéressant par son profit (près
de 330.000Fc (soit 200US$) par kg), mais surtout il permet aux négociants d’accorder du
mercure à crédit à des creuseurs entendu que ceux-ci leur vendent l’or qu’ils en tirent.
Les routes conduisant aux mines sont majoritairement en mauvais état. Le principal moyen de
transport y utilisé est la moto. Les creuseurs de toute origine sont facilement acceptés dans les
mines. Les vivres et non vivres ont un prix significativement élevé dans les mines comparées aux
autres coins du pays. Cela empêche les creuseurs de jouir de leur revenu relativement élevé.
Il y a 3 types d’extraction : souterraine, à ciel ouvert et sur rivière. Les techniques utilisées ne
varient pas en fonction du type de minerais exploités, plutôt que des régions. La majorité des
outils utilisées sont rudimentaires (bèches, pioches, marteau, etc.) et souvent polyvalents
(pouvant être utilisées pour des tâches domestiques). Quelques outils mécanisés, tels les dragues,
les concasseurs, sont courant mais le broyage manuel qui continuent à y coexister.
Les creuseurs vivent dans des conditions difficiles, malgré un revenu souvent supérieur à celui
d’autres secteurs ruraux. Leurs maisons sont souvent en matériaux rudimentaires, faites pour
minimiser les couts (malgré les conséquences sur la santé) étant donné l’incertitude de la durée
de la production du site. La migration des creuseurs est un problème fréquent, provoquant des
transmissions de maladies, la dislocation des familles et la difficulté pour l’Etat de les suivre.
Leur alimentation dépend et varie avec la production, mais est souvent médiocre. Les sites
miniers sont très attrayants pour le petit commerce, la prostitution, etc., mais pas la religion.
iii
L’accès aux soins de santé des creuseurs (ainsi que celle de leurs familles) est très limité
suite à l’instabilité du revenu des creuseurs, à l’indisponibilité des structures de santés, de
personnel qualifié, ou aux problèmes de transport vu le manque des hôpitaux à proximité de
beaucoup des mines. Les creuseurs pratiquent généralement de l’automédication pour contourner
cette difficulté (malgré les risques) et à la médecine traditionnelle. Nombreux consomment
beaucoup d’alcool et autres types de drogues pour gérer leur stress et douleurs.
Les femmes représentent entre 30% et 40% de la population des mines, mais n’ont pas accès
l’extraction primaire. Elles (ainsi que les jeunes filles) sont plutôt impliquées dans le recyclage
résidus miniers laissé par les hommes, le broyage manuel de leurs minerais, le transport de
minerais à dos, le traitement des minerais (même au mercure et ce malgré les risques pour leur
santé ou celle de leurs fœtus si elles sont enceintes), le petit commerce, la restauration des
creuseurs, la prostitution et/ou le sexe transactionnel. Elles sont dans les mines volontairement et
nombreuses souhaitent y améliorer leur position progressivement.
Les enfants sont présents dans toutes les mines, malgré l’interdiction de la loi. Ils s’occupent
du transport, du traitement, de l’approvisionnement en eau, etc. Ils sont souvent suite à la
disparition de leur père (souvent à cause de la guerre) et/ou la pauvreté de leurs familles (qui
empêche leur scolarisation et parfois leur alimentation). Les conséquences de ce travail sont à
nuancer. Nombreux abandonnent l’école pour y travailler en permanence (réduisant ainsi les
chances de se capaciter et ainsi ils pérennisent dans la région une main d’œuvre non qualifié et
très peu productive), s’adonnent l’alcool ou la drogue, ont des grossesses précoces ou des
maladies, etc. Mais quelques-uns utilisent la même opportunité pour financer leur scolarisation
ou s’occuper plutôt que de s’adonner à des activités criminelles.
En conclusion, malgré les difficultés de la vie des creuseurs et les dommages causés à
l’environnement, l’EMAPE d’or demeure le meilleur et parfois le seul moyen de survie de
plusieurs familles congolaises et le moteur de l’économie de plusieurs villages miniers et
villes avoisinantes (source d’investissement et de marché pour l’agriculture, le transport et
plusieurs autres biens et services). Protéger l’environnement par le renforcement de la loi et
l’augmentation de la pression sur leur source de revenu n’est ni réaliste vu la faiblesse des
structures officielles, ni socialement juste vu la pauvreté généralisée dans le pays. Nous
recommandons plutôt de les accompagner vers une formalisation plus effective, leur faciliter
l’accès aux finances pour mieux produire et les former en techniques à la fois
environnementalement acceptables et économiquement viables dans leur situation.
iv
Remerciements
A tous les creuseurs, négociants et autres acteurs qui nous ont accueilli dans leurs lieux de
travail, nous ont partagé leurs expériences et connaissances, nous ont fait suffisamment
confiance pour nous accéder à des informations sensibles ; ils ont mangé, rit et marché avec nous
tout au long de cette recherche.
Aux autorités politico-administratives congolaises de différentes provinces qui nous ont
accueillis et ont veillés à rendre notre travail le plus accessible que possible ; particulièrement au
Ministre de l’Intérieur de la Province du Tanganyika, Mr Joseph Kiluba Mpunge, au responsable
du SAEMAPE Tanganyika et son chargé des opérations, au responsable du SAEMAPE Tshopo,
Mr Jerry Kalume,
A l’organisation International Peace Information Service (IPIS) (spécialement Alexande Jaillon
et Manuel Claeysbouuaert) pour avoir permis et facilité l’accès aux bases des données du secteur
minier de la RDC.
A Mr Jean-Paul de Malteser pour tous les conseils et informations sécuritaires en Ituri.
Aux coopérativesCODEMA à Mambasa en Ituri et CDMI à Kalemie en Tanganyika (et son
président, Mr Delphin Amuri) pour nous avoir accueilli et informé.
A l’ONG Impact et particulièrement à Mr Thadée Byegulu pour son encadrement durant nos
recherches en Ituri.
Aux chercheurs Daniel Muhindo, Lucette Bikubanya et Gabriel Kamundala ainsi qu’aux
Professeurs Christian Kamala Kaghoma et Paul-Robin Namegabe pour leur inestimable
contribution dans cette recherche.
A l’Institut des Nations Unies sur la Formation et la Recherche (UNITAR) et particulièrement
Mr Jorden de Haan pour avoir accompagné d’un bout à l’autre cette étude ; et ainsi qu’à
l’Agence Congolaise de l’Environnement (ACE) particulièrement Mr Jean-Claude Emene pour
l’avoir appuyé.
v
Sigles et abréviations
Liste de figures
Figure 1: Sites d’exploitation minière artisanale à l’Est de la RDC. ........................................................... 4
Figure 2. Sites d'orpaillage visités................................................................................................................ 7
Figure 3: Teneur d’or dans les minerais...................................................................................................... 22
Figure 4: Pureté de l’or dans les sites EMAPE de la RDC visités (source : entretiens sur les sites) ........ 23
Figure 5:Revenu des creuseurs par site ....................................................................................................... 26
Figure 6: Production de l’or dans les différentes régions EMAPE de la RDC .......................................... 30
Figure 7:Trajet Bukavu-Lugushwa ............................................................................................................. 34
Figure 8. Barrières routières dans les provinces du Nord et Sud-Kivu ....................................................... 35
Figure 9: Schéma synthèse de l’extraction de l’or en RDC (adapté de Nkuba et al., 2016). ...................... 54
Figure 10:Hiérarchie des acteurs impliqués au niveau de la mine dans l’orpaillage en extraction
souterraine au Sud-Kivu (a), à ciel ouvert (b) et à drague (c) en Province Orientale ............................... 61
Figure 11 : Chaîne d’approvisionnement nationale de l’or(De Haan et Geenen, 2016) ............................. 69
Figure 12: les acteurs dans le commerce de l’or ....................................................................................... 112
Figure 13: Médecins et population à soigner (source : entretien avec les MCZ)...................................... 125
Figure 14: Utilisation du mercure par région EMAPE de la RDC (basé sur la simulation des données
collectées dans les mines visités) .............................................................................................................. 151
Figure 15 : Emission de Hg dans la terre par site EMAPE sélectionnés .................................................. 151
Figure 16: Emission de Hg dans l’air par site EMAPE sélectionnés ........................................................ 151
Figure 17 : Rapport mercure-or dans les sites EMAPE sélectionnés........................................................ 152
Figure 18: Origine du mercure .................................................................................................................. 157
Photo 14:Bouveau abandonné par excès d’accumulation d’eau de pluie (Yesu aza bien en Province de
Haut-Uele) .................................................................................................................................................. 45
Photo 15: Extraction par bouveau à Atekoma (Haut-Uele) ........................................................................ 45
Photo 16: Extaction à multiples bouveaux (Haut-Uele) ............................................................................. 45
Photo 17: Extraction de l’or des lits des rivières avec barrage à Kamituga (Sud-Kivu)............................. 46
Photo 18 : Extraction de l’or des lits des rivières sans barrage sur la rivière Ituri à Avakubi (Tshopo) ..... 46
Photo 19 : Utilisation de l’eau pour extraire l’or (technique sukura) (Yesu aza bien, Haut-Uele) ............. 47
Photo 20 : Traitement de l’eau obtenu par sukura (Yesu aza bien, Haut-Uele).......................................... 47
Photo 21: Tuyau relié à un moteur qui aspire le sable à la carrière Avakubi (Tshopo ............................... 47
Photo 22 : Sluice (table de lavage) commençant à une grande hauteur. Avakubi (Tshopo) ...................... 47
Photo 23: Creuseur en train de faire le lavage simple à la carrière Yindi dans l’Ituri ................................ 49
Photo 24: Drague installée sur la rivière Kibali à Avakubi (Tshopo) ......................................................... 51
Photo 25 : Tapis installé sur la sluice de la drague à Avakubi (Tshopo) ................................................... 51
Photo 26: Focus group dans un camp de plongeurs à Bac sur la rivière Kibali (Haut-Uele)...................... 52
Photo 27: Travailleurs sur les dragues sur la rivière Kibali ........................................................................ 52
Photo 28: Bec d’une drague sur la rivière Kibali dans le Haut-Uélé .......................................................... 53
Photo 29 : Concassage à l’aide d’une pièce circulaire lourde à la carrière Yindi dans l’Ituri .................... 56
Photo 30 : Concassage manuel à l’aide d’un marteau dans le territoire de Mambasa en Ituri.................... 56
Photo 31 : Femmes twangeuses à Lugushwa au Sud-Kivu......................................................................... 57
Photo 32 : Pilon et mortier pour faire le concassage des pierres avant le concassage mécanique à
Mambasa dans l’Ituri .................................................................................................................................. 57
Photo 33 : Concasseur à Lugushwa au Sud-Kivu ....................................................................................... 57
Photo 34: Tamisage à l’aide d’un tamis et un bassin à Lugushwa au Sud-Kivu ........................................ 57
Photo 35 : Amalgamation dans un bassin à Kamituga dans le Sud-Kivu ................................................... 58
Photo 36: Chauffage de l’amalgame à Kafiawema dans l’Ituri .................................................................. 58
Photo 37: Prix de l’or pur (OR) et or-amalgame (M) dans MiniMAMs alors que le prix sur le marché est à
40$ le gramme à quelques kilomètres de ces MiniMAMs .......................................................................... 83
Photo 38: Une exploitation à ciel ouvert tenu uniquement par des femmes à Kafiawema en Ituri ............ 88
Photo 39: Implication des femmes dans le broyage manuel à Kamituga, au Sud-Kivu ............................. 89
Photo 40 : Un mineur brulant son amalgame dans la cuisine d’une maman S4, pendant la préparation du
repas ............................................................................................................................................................ 91
Photo 41 : liste des taxes de l’autorité coutumière à Lugushwa, Sud-Kivu .............................................. 117
Photo 42 : Centres de santé de Mapale (Lugushwa) et de Bendera (Kalemie) ......................................... 123
Photo 43: Le logement dans les sites miniers ........................................................................................... 131
Photo 44: Village PK25, construit grâce aux activités artisanales, Mambasa, Ituri ................................. 133
Photo 45 : Unité de traitement au cyanure en province de Haut-Uele ...................................................... 143
Photo 46 : Concentration du minerai par gravimétrie ............................................................................... 147
Photo 47 : Mélange mercure-minerai........................................................................................................ 147
Photo 48: Obtention de l’amalgame or-mercure ....................................................................................... 147
Photo 49 : Evaporation du mercure........................................................................................................... 147
Photo 50 : Utilisation des feuilles pour capturer le mercure ..................................................................... 147
Photo 51 : obtebtion de l’or (du type amalgame ....................................................................................... 147
Photo 52: Une mesure de mercure « cm³ »............................................................................................... 149
Photo 53: L’or de la concentration gravimétrique, on peut obtenir de l’or visible et directement
récupérable (à gauche) ; et concentré nécessitant un traitement au mercure (à droite).......................... 149
Photo 54 : Cas de négociants avec brasero pour bruler l’amalgame et acheter l’or directement .............. 158
Photo 55: Bouteille indiquant la vente de mercure dans une maison de négoce à Durba ....................... 160
1
Introduction générale
Les richesses en ressources naturelles exceptionnelle de la République Démocratique du
Congo (RDC) lui ont valu le titre de scandale géologique. La RDC contient plusieurs
gisements entre autres celui de cuivre, de cobalt, d’étain, de coltan, d’or et de diamant (World
Bank, 2010, Kilosho et al. 2009).
Ces ressources naturelles sont source de revenu pour un grand nombre de Congolais. Le
rapport de la Banque Mondiale de 2008 sur la RDC estime que 14 à 16% de la population
congolaise (8 à 10 millions de personnes) vivent de ces gisements uniquement de par
l’extraction artisanale (World Bank, 2008), pendant que le Ministère des Finances a estimé
que l’extraction minière contribue à 25% au Produit Intérieur Brut du pays et à 33% de sa
croissance (MinFinRDC, 2015). Il fut un temps où le secteur minier contribuait à plus de 80%
des exportations, 60% des recettes publiques et 50 à 55% du Produit National Brut (PNB)
(Promines, 2013). Hayes et Perks (2012) ont quand a elles estiment le secteur artisanal minier
comme contribuant à 90% de la production national du pays.
Depuis les années 80’, suite au déclin de plusieurs sociétés d’extraction industriel et sur
décision présidentielle de laisser les congolais se débrouiller pour survivre, un grand afflux de
creuseurs artisanaux s’est rué vers les anciennes mines d’or (Macgaffey, 1991). Depuis lors,
la politique nationale se retrouve souvent coincée entre deux objectifs contradictoires et
parfois incompatibles : promouvoir les investissements privés étrangers par l’extraction
industrielle, par opposition à promouvoir le développement social et économique de la
population par l’exploitation artisanale (Campbell, 2004)
Cependant, l’extraction minière, et particulièrement celle artisanale, n’a pas que des
conséquences économiques positives. Beaucoup d’auteurs considèrent que la grande dotation
en ressources naturelles comme un frein au développement des pays (Ross, 2003). Le secteur
génère des revenus, mais ceux-ci ne contribuent pas au développement du pays ou à
l’amélioration des conditions de vie de la population. Ceci est dû pour une grande part à la
gouvernance du secteur (World Bank, 2008). D’un autre côté, l’exploitation minière
occasionne de nombreux dommages à l’environnement, notamment : l’érosion des terres, la
sédimentation des rivières, la déforestation, ou la pollution avec différents produits chimiques.
Parmi les minerais de la RDC, l’or est sans nul doute celui que l’on retrouve dans presque
toutes les régions dites minières. Dans le monde, il considéré comme le symbole de tout ce
qui est précieux et de valeur durable en raison du rôle qu’il a jadis joué dans les échanges et le
2
commerce, de l’effort nécessaire pour l’extraire et de sa rareté par rapport aux autres métaux
(Eisler, 2003). Cela en fait une des matières les plus chères du monde, or au fur et à mesure
que le prix de l'or augmente sur le marché mondial, aussi le nombre de creuseurs artisanaux
qui exploitent et traitent de l'or, souvent à l'aide de procédés rudimentaires augmente.
Hélas, dans son extraction artisanale, l’utilisation du mercure pour séparer l’or fin du reste des
particules des minerais est tellement courante que l’exploitation de l’or artisanale est le
premier utilisateur mondial du mercure (PNUE, 2013). Pourtant, le mercure peut causer
multiples dommages à la plupart des organismes, à des concentrations de 1mg/L sous une
forme inorganique et à des concentrations plus faibles sous forme organique. Parmi ces
dommages, il y a une production élevée d’enzymes, la baisse des fonctions cardiovasculaires,
la modification de la structure et du fonctionnement du foie ainsi que des troubles de
comportement (Boening, 2000). Le mercure (et plus particulièrement le méthyl-mercure) est
l’un des poisons les plus dangereux existants. Il est extrêmement toxique, affectant le système
nerveux central (perte de sensation aux extrémités des mains et des pieds, des zones autours
de la bouche, perte de la coordination de la marche, difficulté de locution, diminution de la
vision et perte de l’ouïe) ainsi que le développement fœtal lors d’une grossesse. En cas
d’intoxication sévère, il conduit à la perte totale de la vision, au coma et à la mort (Bakir et al,
1973). Actuellement, l’Union Européenne ne tolère pas plus de 0,7µg/L dans les rivières de
son territoire (EC, 2013), mais pour beaucoup de pays dans le monde dont la RDC, des
mesures strictes de suivi et contrôle restent inexistants.
Suite à ces constats, déjà en 2009, le Conseil d’Administration du Programme des Nations
Unies pour l’Environnement (PNUE) a adopté la décision 25/5 sur le développement d’un
instrument légal sur le mercure. Cet instrument légal fut adopté et signé quatre ans plus tard
en 2013. Cet accord a été signé par 128 parties de différents pays du monde (PNUE, 2013).
Bien que la République Démocratique du Congo ne fasse pas partie des signataires de cet
accord, elle est fermement engagée dans le processus qui vise à réduire et si possible
3
éradiquer toute forme d’utilisation du mercure dans le monde (ACE, 2017). Cela sera réalisé à
travers l’interdiction de l’ouverture de nouvelles mines de mercure, la fermeture des mines
existantes, la réduction voire l’arrêt de l’utilisation du mercure dans un plusieurs produits et
processus, des mesures de contrôle sur les émissions du mercure dans l’air et différents rejets
dans l’eau et le sol, et la régulation du secteur informel de l’exploitation artisanal de l’or
(PNUE, 2013).
C’est dans le cadre d’avoir déjà une idée globale de l’utilisation du mercure qu’il a été réalisé
dans les principales provinces productrices de l’or entre autres le Sud-Kivu, le Tanganyika,
l’Ituri, le Tshopo et le Haut-Uele. Cette étude a permis non seulement d’analyser la situation
socio-économique de l’orpaillage et des creuseurs la réalisant, mais aussi d’analyser leur
production d’or, leur utilisation de mercure dans son traitement et leurs connaissances par
rapport aux effets du mercure sur la santé et l’environnement.
4
METHODOLOGIE
1. Milieu
Les ressources aurifères de la RDC se trouvent principalement concentré dans deux
formations géologiques : le Kibalien et le Kibarien. Le Kibalien couvre le nord-est du pays
(Ituri, Tshopo, Bas-Uele, Haut-Uele et
une partie du Nord-Kivu) tandis que le
Kibarien couvre l’est du pays (une
partie du Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le
Maniema et le Tanganyika).
La Province d’Ituri occupe 65,000km² avec une population de plus de 4 millions d’habitants
(6ème en RDC). Il est administrativement divisé en 5 territoires : Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et
Mambasa. Ces territoires renferment 45 collectivités et 5 cités, dont la capitale Bunia. La
population est diverse. Le plus grand groupe est constitué d’Alurs (27% de la population)
vivant principalement dans le territoire de Mahagi. Les deux autres grands groupes sont les
Lendu (24%) et les Hema (18%) vivant dans les territoires de Djugu et Irumu. Ces 3 ethnies
constituent pratiquement 60% de la population et occupent 3 sur les 5 territoires de celle-ci.
Pour ce qui est des deux territoires restants, celui d’Aru est dominé par les Lugbara tandis que
5
celui de Mambasa est occupé par les Pygmées, les Bila, les Lese, et bien d’autres (van
Puijenbroek et Schouten, 2013).
La Province de la Tshopo couvre 199,567km² (la plus grande province de la RDC) avec une
population de seulement 2,6 millions d’habitants (11ème en RDC). Il est constitué de 7
territoires : Bafwasende, Banalia, Basoko, Isangi, Opala, Ubundi et Yahuma. Cette province
a pour capitale, la ville de Kisangani qui fut la capitale de l’ancienne province Orientale, qui
jusqu’au récent découpage des provinces de 11 à 26 en 2015, incluait les 3 autres provinces à
part la Tshopo : Ituri, Haut-Uele et Bas-Uele.
En 1903, deux géologues australiens ont trouvé de l’or à environs 85km de Bunia. En 1926, la
Belgique a créé la Société Minière de Kilo-Moto (SOKIMO). Vers les années 1950, celle-ci
employait jusqu’à 6.000 personnes et a produit entre 4.000 et 6.000 kg d’or par an entre 1935
et 1955. En 1966, la SOKIMO est devenue OKIMO avec une superficie exclusive de
83,000km² dans l’Ituri et le Haut-Uele. La production a baissé jusqu’à 1.000kg par an en
1980, voire moins dans les années 90 suite à la mégestion. OKIMO a divisé sa concession en
3 : la concession dite « 38 » à Durba (territoire de Watsa autour de l’ancienne mine de Moto
en Haut-Uele), la concession dite « 39 » à Djalasiga et Zani (dans le territoire de Mahagi en
Ituri) et la concession dite « 40 » à Mongbwalu (territoire de Djugu, autour de l’ancienne
mine de Moto). En 2005, OKIMO a formalisé les contrats avec les exploitants artisanaux qui
travaillaient en son sein depuis plusieurs années et en 2010, elle est redevenue SOKIMO, une
entreprise gouvernementale ayant pour but d’attirer les investissements à grande échelle,
abandonnant ainsi l’encadrement des creuseurs initié par SOKIMO (van Puijenbroek et
Schouten, 2013).
IKV Pax Christi et le Réseau Hali na Amani ont identifié 883 chantiers miniers artisanaux
dans la Province de l’Ituri ; dont 413 dans le territoire de Mambasa (où notre étude a été
menée), parmi ceux-ci 70 dans la Reserve de Faune à Okapi, 230 à Djugu et 209 à Irumu. Le
nombre de creuseur fluctuait entre 67.000 en saison de pluie et 130.000 en saison sèche. Le
nombre de personne dépendant de cette activité a été estimé entre 500.000 et 650.000 (IKV
Pax Christi et RHA, 2012). Un orpailleur y gagne entre 150 et 250$/mois, soit entre 200 et
6
250 millions de dollars pour l’ensemble des orpailleurs (l’IPIS évalue cette production à 540
millions) (IKV Pax Christi et RHA, 2012).
1.2. Le Kibarien
1.2.1. Administration des zones visitées (figure 2)
Depuis les années 1920, plusieurs sociétés sont impliquées dans l’extraction de l’or au Sud-
Kivu (de Failly, 2001). Après l’indépendance (années 60), les incertitudes politiques, les
rebellions et la détérioration de l’administration publique, ont sensiblement baissé la
production. Dans les années 70, la zaïrianisation, qui excluait les personnes de nationalité
étrangères qui dirigeaient ces sociétés minières, a aggravé la situation déjà critique de la
baisse de production, poussant les sociétés minières du Kivu à fusionner sous la SOMINKI
(Société Minière et Industrielle du Kivu) appartenant à 28% à l’Etat et 72% aux privés. En
1985, avec la chute du prix de l’étain, la SOMINKI s’est concentré sur la production de l’or,
particulièrement à Kamituga et Lugushwa (site où notre étude a été menée).
Au milieu des années 90, la société Canadienne Banro a acquis toutes les concessions de la
Sominki (Kamituga, Lugushwa et Twangiza au Sud-Kivu avec des réserves d’or estimées
respectivement à 28.470, 85.100 et 34,321kg d’or ; et la concession de Namoya au Maniema),
mais n’a commencé l’extraction que dans les sites de Namoya et Twangiza (où le premier
lingot d’or a été produit en 2011). Le site de Lugushwa a à peu près 400 puits d’or employant
7
Tshopo
Avakubi
Yambi-yaya
Sud-Kivu
Lugushwa
Tanganyika
Bendera
Figure 2. Sites d'orpaillage
visités
La taille de ces sites miniers varie énormément. Certains sont simplement des Zones
d’Exploitation Artisanale de 25km² pendant que d’autres sont un ensemble de plusieurs mines
distincts et éloignés, avec des dynamiques parfois différentes. Dans le site de Lugushwa par
exemple, nous avons pu visiter les mines de G7, Simali, Njolinjoli ainsi que Lugushwa centre
où sont situé les maisons d’achat. A Bendera, c’est la mine de Bulongo et le centre
8
commercial de Mapanda qui ont pu être visité (une étude a aussi été menée dans la capitale
provinciale, Kalemie, auprès des négociants, autorités minières et responsables de
coopérative). A Watsa, le travail s’est étendu sur Durba centre, Watsa, et les mines de
Mbulambula, Yesu aza bien, Atekoma, Beverindi, Kazabula, Porc Bac...
2. Méthode
Deux principales méthodologies ont été utilisées pour mener cette étude. La première était la
recherche qualitative. Celle-ci se focalisait sur les analyses des informations sur la situation
socio-économique des creuseurs et autres acteurs du secteur minier. Elle était basée sur le
guide de l’enquête socio-économique sur l’orpaillage de l’Institut des Nations Unies sur la
Formation et la Recherche. La seconde était la recherche quantitative. Celle-ci s’est focalisée
sur l’estimation de la production et du mercure utilisé.
L’analyse des données qualitatives collectées dans cette étude se focalisera à interpréter,
valider et trianguler les éléments des résultats quantitatives trouves des estimations initiales de
l’utilisation du mercure et des pratiques utilisées dans EMAPE.
Les thèmes spécifiques de recherche de l’étude de terrain, les questions clés ainsi que les
sous-domaines de recherche sont repris dans les 8 domaines ci-dessous.
9
2.1.2. La Documentation
L’étude a commencé par l’analyse documentaire pour rendre l’étude de terrain efficiente en
termes de cout. L’analyse documentaire a commencé par établir un aperçu national du secteur
de l’orpaillage aussi complet que possible.
L’objectif de l’étude documentaire était d’établir une évaluation de la capacité légale et
institutionnelle, ainsi que d’autres types d’informations déjà rassemblés par d’autres
chercheurs. Cela a permis de dresser un profil national de l’orpaillage et de déterminer quelles
informations sont disponibles et lesquelles manquent. Celle-ci s’est étendue de juillet 2017 à
janvier 2018. Celle-ci s’est concentrée sur les thèmes ci-haut détaillés.
Les sources suivantes ont été consultées pendant l’étude documentaire :
• Les rapports de structures gouvernementales sur la production de l’or, l’exportation, le
mercure, les populations, l’orpaillage, le cadastre minier, etc.
• Les rapports des agences des Nations Unies, particulièrement sur l’orpaillage, le mercure
et les projets NAP.
• Les publications scientifiques, rapports d’ONGs et organisations internationales sur
l’orpaillage.
• Les articles académiques publient sur le secteur de l’or en RDC et d’ailleurs, plus
spécialement ceux des collègues du CEGEMI.
L’échantillonnage utilisera la méthode d’échantillonnage par quota. Cela afin d’assurer que
chaque groupe particulier de la population est représenté correctement. Les quotas seront donc
des sous-groupes de la population, composée par catégorisation de celle-ci.
Ces enquêtés étaient choisis pour représenter les différents genres, ainsi que les différents groupes
d’âges.
2.1.6. Ethique
Durant la collecte de données sur terrains, les traditions, les coutumes, les normes et les
valeurs locales ont été respectées de mieux que l’on a pu. Bien que la dynamique du genre
n’ait pas été respecté par faute de moyen et la longueur de la mission, aucune relation
coécrive n’a était entretenue avec les enquêtés. Également, les principes éthiques de respect
des personnes, de respect des intérêts de l’enquêté, de justice et des respects des communautés
ont été scrupuleusement observés. Les enquêtés ont tous accordé leur consentement éclairé
avant le début des entretiens.
L’enregistrement commence par la prise des notes sur terrain lors des entretiens et le
remplissage de formulaire d’observation. Cela incluait également l’enregistrement des
entretiens après si l’enquêté donnait son accord.
La familiarisation avec les données s’est réalisée à travers la saisie et l’encodage de toutes les
notes, tous les formulaires ainsi que tous les enregistrements réalisés sur terrain ; ainsi que par
des séances de discussions sur la pertinence et les particularités des données récoltées sur
terrain.
Le découpage des données en petites pièces d’une phrase ou deux, selon la question analysée,
a été réalisé manuellement. Cela a permis de s’assurer que les informations ne soient plus
rassemblées suivant les interviews, mais plutôt suivant les thèmes de recherche et ainsi
faciliter leur analyse.
Après avoir regroupé les informations par thème, il a été question de rédiger les différents
thèmes (chapitres) en se basant à la fois sur les informations recueillies sur terrain ainsi que
sur celles recueillies lors de la phase. Le rapportage a également inclus plusieurs séances de
discussion sur les résultats des interviews et leur conformité à la réalité observée sur terrain.
Avec cette boite à outil, la production aurifère a été évaluée par détermination de la
production basée sur l’extraction, de la production basée sur le traitement et celle basée sur le
transport des minerais. Après une moyenne a été déduite. La sélection des sites a pris en
compte l’échelle et la répartition des activités EMAPE, l’accessibilité des sites, la taille de
l’équipe de terrain, le calendrier et les ressources financières allouées. L’objectif clé lors de la
sélection d’un sous-ensemble de sites est de rendre compte de la diversité des pratiques et de
la productivité de l’or dans la région EMAPE.
Dans la phase 1, toutes les informations disponibles concernant le type, l'emplacement et les
caractéristiques des ressources aurifères sont rassemblées. Les sources comprennent des
15
articles scientifiques, des rapports établis par des entreprises minières privées, des organismes
internationaux, des institutions et des Organisations Non Gouvernementales (ONG).
Dans la phase 2, une base de données de tous les sites de l’or connus est élaborée à partir de la
documentation et des renseignements cartographiques de référence.
Dans la phase 3, les sites d’extraction aurifère dans la zone d'étude sont visités par l’équipe et
celle-ci collecte des informations sur le terrain auprès des creuseurs, négociants, autorités
locales et autres membres de la communauté locale, sur les caractéristiques des puits, les
estimations initiales de la production de l’or et du mercure, et sur les données socio-
économiques sont collectées sur chaque site.
Dans la phase 5, les données recueillies au cours des quatre premières phases sont analysées
afin de produire des estimations des ressources aurifères et de la capacité de production
artisanale du pays. Cette dernière phase nécessite une triangulation (une technique utilisée
pour comparer des estimations provenant de sources indépendantes afin de vérifier
l'exactitude et la validité de chacune des sources) des estimations régionales.
Cette boite à outil a également permis de quantifier plusieurs aspects clés du secteur
d’orpaillage :
- La minéralogie du site : les types de gisements aurifères, la teneur en or et le taux de
pureté de l’or ;
- L’extraction des minerais : les unités d’extractions, les outils d’extraction,
l’organisation des travailleurs d’extraction ;
16
Source 3 – Estimation à partir du traitement de minerai (suivant la même procédure) : 40,6 kg.
total 320
Cette moyenne avec celle d’autres sites visités pour obtenir la production de la province de
Haut-Uélé en se basant sur l’extraction, le traitement et le transport des minerais ; et les
productions provinciales pour extrapoler la production nationale. Cette dernière phase
nécessite une triangulation permettant de comparer les estimations obtenues avec celles
provenant de sources indépendantes afin d’en vérifier l'exactitude et la validité.
Pour remédier aux erreurs et aux cas échéants, nous avons recourir aux recoupements des
données de site acquises sur le terrain, ensuite prendre en compte la qualité des sources des
données utilisées dans l'estimation ; par exemple, les revenus annuels et la répartition des
revenus sont difficiles à établir avec précision en raison du secret et des politiques sociales.
Par conséquent, cette méthode devrait être moins précise que les méthodes basées sur
l’extraction et le traitement. Après le recoupement des informations avec celles de parties
prenantes bien informées (par ex. représentants du gouvernement, dirigeants locaux,
superviseurs miniers, magasins d'or) est très nécessaire pour la validation des données
obtenues. A cela, nous avons collecté des données supplémentaires. Et enfin, l'équipe de
terrain a établi des estimations régionales de grande qualité à partir de plusieurs sources
d'information et qu’elle les a recoupées pour obtenir une fourchette d'estimation fiable, il est
temps d’établir les estimations initiales nationales.
20
INTRODUCTION
Plusieurs tentatives de formalisation du secteur minier artisanal selon les minerais considère
ont déjà été expérimentées mais avec toujours des difficultés d’implémentation. Parmi ces
contraintes, certaines ont été analysés par plusieurs académiciens (Geenen et Radley, 2014 ;
Bashizi et Geenen, 2015 ; de Haan et Geenen, 2016 ; Wakenge 2017 ; Bashwira 2017).
Premièrement, il a été mentionné le caractère « top-down » de la majorité de ces mesures, les
creuseurs artisanaux ne les trouvent pas adaptés à leur vécu. Deuxièmement, les lourdeurs
administratives pour la création de coopératives minières ; le cout d’accès aux autorisations de
fonctionnement des coopératives et des frais annuels (s’élevant à 5.500 et 2.500$US
respectivement). Troisièmement, la facilité avec laquelle les élites locales et certains hommes
d’affaires exploitent cette opportunité légale pour se faire de l’argent au dos des creuseurs. Il
n’est donc pas surprenant que malgré le Code minier de 2002, consacrant la formalisation du
secteur minier, si on doit considérer le secteur de l’or, 90% de la production soit toujours dans
informelle (Geenen, 2012).
Cette première partie du travail va comprendre huit chapitres au total. Il s’agira de l’ analyse
la situation géographique des sites miniers ainsi que leur accès ; les différentes technologies
d’extraction, processus et outils qu’ils utilisent dans ces sites ; l’organisation des creuseurs et
répartition du revenu ; la commercialisation de l’or produit ; les taxations en vigueur et les
21
autres contraintes que rencontrent les creuseurs et les négociants dans leur travail ; l’état de
lieu de la formalisation de ce secteur ; l’intervention des femmes dans différentes activités qui
ont lieu dans la mine ; la présence des enfants dans les mines étant donné que la loi leur
interdit formellement l’accès ; le style de vie que mènent les creuseurs dans les mines
(logement, restaurant, accès à la santé, etc.).
22
*Les creuseurs produisent au total entre 8.1 et 12.2 tonnes d’or par an, avec une
pureté de 22 carats soit 92% (variant entre 90 et 96%)
*La production individuelle moyenne est 0,93gr pendant la période de production.
*L’or est mesuré dans les sites à l’aide d’une balance rudimentaire, avec des
anciennes pièces de monnaie ou des objets courants dont les poids sont bien connus.
*Les minerais exploités ont une teneur variant de 10 à 25 grammes par tonne (avec
en moyenne 12 en alluvionnaire, 17,5 en souterraine et 22 pour drague).
Lorsque l’on s’intéresse à la production artisanale de l’or en RDC, son aspect informel semble
s’imposer dans toutes les provinces, lequel a pour corollaire l’absence de données tangibles et
officielles et, donc, de référence sur laquelle se baser pour la définition d’interventions
publiques adaptées. Pour comprendre les estimations de la production aurifère, il a fallu donc
de remonter à ses origines, au niveau des sites, les creuseurs et du premier vendeur, les parties
prenantes, les négociants d’or, le transport du
minerai, l’extraction du minerai et le traitement du
atekoma
minerai. port bac
moku
beverendi
sites EMAPE séléctionnés
dubele
1.1. Minerais et teneur en or Yindi
tokoleko
teturi
La teneur en or des minerais varie en fonction du kafiawema
biondo
type d’extraction réalisé sur le site (extraction de bulongo
simali
l’or dans la fosse ou à ciel ouvert, l’extraction dans
njoli njoli
la roche dure c’est-à-dire dans le puit et G7
yambi yaya
l’extraction par des dragues)1. avakubi
0 10 20 30
La quantité de minerais produit s’exprime en t et la Teneur de l'or en g/t
teneur en or en g/t. La teneur récupérable a été la Figure 3: Teneur d’or dans les minerais
1
Enquête et observation dans les provinces aurifères de l’Est de la RDC (Tanganyika, Sud-Kivu, Tshopo, Ituri et
Haut-Uélé).
23
teneur qu’on a pu déterminer au cours de cette étude car elle permet de déterminer la quantité
d’or produit à partir de la formule suivante :
De manière générale, les petits gisements de minerai à haute teneur sont ainsi ciblés par les
creuseurs artisanaux, ce qui est une des raisons de la répartition inégale des creuseurs dans les
sites visités2.
L’extraction alluvionnaire présente la plus faible teneur de l’or, avec une moyenne de 12 g/t
avec une fourchette comprise entre 8-12 g/t3et 22 g/t dans l’extraction des dragues avec une
fourchette comprise entre 20-25 g/t4. L’extraction de minerai dans la roche dure présente des
teneurs intermédiaires entre l’extraction par des dragues et l’extraction alluvionnaire qui a une
fourchette comprise entre 15-18 g/t soit une moyenne de 17,5 g/t5. Ces résultats arrivent en
une estimation de la teneur moyenne nationale dans le minerai de 20 g/t avec une fourchette
comprise entre 10,8-29 g/t.
dubele
d’une même région minière. Par exemple
Yindi
dans la région minière de Tanganyika, la tokoleko
teturi
pureté moyenne est 92% soit 22 carat. Mais kafiawema
biondo
avec ce pourcentage varie de 90% à bulongo
simali
Lubichiako à 96% à Bulongo, en Province de njoli njoli
G7
Tanganyika. Cette considération est générale yambi yaya
dans tous les autres sites de l’EMAPE de la avakubi
80 85 90 95 100
RDC. Dans le cadre général, dans les différentes Figure 4: Pureté de l’or dans les sites
EMAPE de la RDC visités (source :
entretiens sur les sites)
2
Entretiens avec les creuseurs et observation sur les sites des provinces aurifères de l’Est de la
RDC (Tanganyika, Sud-Kivu, Tshopo, Ituri et Haut-Uélé).
3
Entretien et observation dans les sites visités de l’Est de la RDC
4
Entretien avec les kazabuleurs de la province orientale œuvrant principalement sur la rivière Ituri
5
Entretien et observation avec les creuseurs des sites Simali au Sud-Kivu et Beverendi dans la province de
Haut-Uélé.
24
régions minières de la RDC, on ne détermine pas ce taux par des appareils. La province de
l’Ituri avec le Sud-Kivu et le Haut-Uélé renferme plus de 70%6 de l’or de la RDC et une
pureté assez élevée.
Dans les sites d’extraction alluvionnaire, le temps de travail est divisé en un ou deux quarts en
fonction de la main-d’œuvre présente ; la journée peut avoir un seul quart si le processus de
l’extraction et de traitement se fait sans interruption, donc de façon continue. De façon
générale, les sites avec 1 quart de travail, les activités commencent le matin vers 8h et se
terminent dans la soirée à 16h, soit 8h de travail par quart. Ce temps de travail est rencontré
site de Bulongo dans la Province de Tanganyika, à Yambi yaya dans la Province de la
Tshopo), au site G7 à Lugushwa dans la province du Sud-Kivu8. Par ces exemples, on
constate que le temps de travail n’est pas une fonction de leur localisation mais des habitudes
des creuseurs, du type d’extraction et aussi du taux de minerai présent sur le site9.
A côté de temps de travail ci-haut mentionné, nous avons aussi le temps de travail répartit en
2 ou 3 quarts toujours dans les sites visités10, ce temps de travail est le plus répandu en RDC
car il a été rencontré presque dans tous les sites de la RDC excepté chez l’extraction de l’or
alluvionnaire. Dans la plupart des cas, on y rencontre que 2 quarts pour ces genres de sites
dont chaque quart ayant 4à 6 h de temps dont un dans les avant-midis et l’autre dans les après-
midis. Les sites ayant 3 quarts sont ceux qui ont une grande productivité dont le troisième
quart se fait durant la nuit car ils ont dit lors de l’entretien.
« Lorsque le puit est vraiment au pic de la production, on n’a pas le temps à perdre car il
faut tirer le minerai au maximum possible » nous explique un creuseur de Lugushwa, dans
la province du Sud-Kivu.
6
Statistiques nationales de production et d’exportation minière de l’exercice 2016
7
Entretiens avec les creuseurs de la région minière de Mambasa dans la province d’Ituri
8
Enquête sur les estimations initiales de la production de l’or et l’utilisation du mercure en EMAPE de la RDC.
9
Entretien avec un orpailleur dans le site d’Avakubi de la région minière de Bafwasende.
10
Entretiens avec les orpailleurs des différentes régions visitées de la RDC
25
En résume, le temps de travail est réparti de la manière suivant dans l’exploitation à ciel
ouvert, on commence par l’extraction au premier quart et au deuxième le traitement. Pour
l’extraction dans la roche dure, les creuseurs se répartissent en 2 groupes ; ceux de
l’extraction et ceux de traitement, une fois que les colis de minerais seront en quantités
suffisantes, c’est une clé pour entamer le traitement de minerai12.
Enfin, il y a un temps spécifique pour les plongeurs variant suivant la puissance de la drague
(évaluée en pouces). Dans ce système d’exploitation (extraction par des dragues), le critère de
détermination de temps de travail est la puissance de la drague. On a des dragues de 6" (six
pouces), 8" et 12"13. Pour remplir un fût de 200 litres avec une drague de 6" il faut 3h alors
celle de 12", il en faut 2h seulement. Sur les sites à extraction de l’or par la drague, le temps
d'extraction du minerai varie entre 2-3h suivant les pouces (puissance) de la drague. En
résumé, on peut avoir jusqu’à 6 quarts le jour avec une moyenne de 4 quarts. Le nombre de
quarts sont déterminés en fonctions de nombre de plongeur présent sur la drague et la
productivité de la drague14.
Le principe est simple, au cours de chaque quart qui compte en moyenne 3 h, le plongeur
descend sous l'eau pour l’extraction (plus de détails au chapitre 3, portant sur les techniques
d’extraction) et monte à la fin de son quart. De là, il faut couper le moteur pour amène le
minerai extrait sur le rivage pour le traitement, pendant que le plongeur suivant commence un
autre quart.
11
Entretien avec un creuseur de Ngangazo (mine de Mbulambula) en Province de Haut-Uele
12
Entretien avec un PDG dans le site de SIMALI, Lugushwa dans la province du Sud-Kivu, RDC
13
Symbole ‘’ représente le pouce exprimant la puissance de la drague selon les kazabuleurs des régions
couvertes par des dragues.
14
Entretien avec un plongeur de Téturi, de la région minière de Mambasa, dans la province de l’Ituri sur la
répartition des revenus et la productivité de la drague.
26
Le revenu dépend du type de convention qu’ont les creuseurs avec les propriétaires de l’unité
d’extraction et/ou de traitement. Lors
2
Revenu creuseur en gramme d'or
0,8
plongeurs travaillant 2-3 quarts par
semaine. En extraction souterraine,
0,4
dans le cas où le puits n’en est pas
0
encore à sa production optimale « puit
port bac
G7
simali
biondo
teturi
tokoleko
avakubi
njoli njoli
dubele
atekoma
bulongo
kafiawema
moku
yambi yaya
yindi
beverendi
15
La moyenne obtenue à travers les différents sites miniers lors des entretiens avec le patron, le creuseur, des
propriétaires des puits ou fosses et les administrateurs des foyers miniers sur le revenu quotidien des
orpailleurs primaires et secondaires.
16
Entretien avec un creuseur du site Simali à Lugushwa, Sud-Kivu, RDC sur la productivité d’un puit, Kangumbu
étant un puit qui n’est pas à sa phase de production.
27
En comparant, le revenu moyen dans les différentes se répartit de la manière suivante : durant
la phase de production entre 1 g (72,000 FC ou 45$) pour un creuseur en puits et 2,0 g
(144,000 FC ou 90$) pour un plongeur, et durant la phase de faible production
(communément appelé Kangumbu17 à Lugushwa) la production a une fourchette de 0,2-0,4 g
(14,400-28.800Fc soit 9 à 18$)18. En tenant compte également des jours sans production le
revenu moyenne peut être équivalent à 0.2g/jour, soit 9$/jour. Ce revenu est largement
supérieur au salaire minimum congolais, bien que passé de 1.680Fc (1,05$au taux de
1600Fc/1$) à 7505 francs congolais (soit 4,6$) en Janvier 2018 selon le rapport national
congolais sur le salaire minimum garanti (SMIG). Ce revenu reste supérieur à celui des autres
secteurs, soit(respectivement en milieu rural et urbain)27.964 et 37.983 FC en agriculture(soit
30,4 et 41,3$ le mois, ou 1,4$ et 1,9$ le jour ; basé sur 22 jours de travail et sur le taux de
change en application en 2014 soit 920$), 47.384 et 66.421 FC dans le commerce (50,5 et
72,2$ le mois, ou2.3 et 3.3$ le jour), 43.623 et 108.864 FC dans les services (47,4 et 118.3$ le
mois, ou 2.2 et 5.4$ le jour), et 54.228 et 113.324FC dans l’industrie (58,9 et 122,1$ le mois,
ou 2,7 et 5.6$ le jour) (INS, 2014). Alors que le revenu moyen provenant d’activités minières
en RDC est de 16300 francs, soit 10 dollars qui va au-delà du double de revenu moyen
congolais. Ces résultats montrent l’attractivité de l’orpaillage par rapport aux autres types
d’emplois et expliquent pourquoi l’artisanat minier et les exploitations à petite échelle dans
les provinces de l’Est de la RDC restent une source de revenus capitale pour des centaines de
milliers de personnes (OCDE, 2012).
17
Enquête et entretien avec les orpailleurs de sites de SIMALI dans la région minière de Sud-Kivu
18
Entretiens avec les orpailleurs de sites EMAPE sélectionnés des provinces de Tanganyika, Sud-Kivu, Tshopo,
Ituri et Haut-Uélé sur le revenu par mineur et la répartition des revenus
28
Le tableau 1 représente les noms de l’unité dans des différentes sites/régions EMAPE visités
lors de notre étude des estimations initiales de l’utilisation du mercure.
Tableau 5:Noms de l’unité de pesage de l’or dans les différentes régions EMAPE de la RDC
19
Entretien avec un creuseur MANGEMBO ALIZA dans le site Moku dans la province de Haut-Uélé
20
Entretien avec un le creuseur KABILWA Joseph dans le site Kibungo dans la province de Tanganyika
21
Entretien avec le négociant Innocent Engulu dans une maison de négoce à Kalemie
22
Entretien avec les boutiques négoces et les creuseurs des sites de Bulongo dans la province de Tanganyika
29
Il est habituel de trouver des prix élevés dans certaines maisons de négoces, dans le but
d’attirer la clientèle, tout en manipulant le poids des pièces (afin d’acheter 1,1gr d’or par
exemple, disant au creuseur que c’est seulement 1gr). Pour ceux-ci, l’utilisation de la nouvelle
technologie est un fiasco.
Les appellations des unités de mesure de l’or ne varient pas suivant les nouvelles provinces de
l’ancienne Province Oriental (Haut-Uélé, la Tshopo et Ituri). L’unité d’un ½ gramme est
appelé Sengi dans les nouvelles provinces de l’ancienne et c’est la mesure la plus utilisée par
les boutiques de négoce24 et les acheteurs ambulants de l’or dans les régions ci-haut citées.
Toujours dans la même région, l’utilisation de la balance à précision est au rendez-vous mais
moins prisée par les négociants de la région pour les raisons ci-haut citées.
La région du Sud-Kivu avec une réalité qui est plus proche de la province de Tanganyika
mais cette dernière se trouve dans à la croisée des concepts des unités à cause de position
géopolitique mais aussi la ville de Bukavu est l’une des grands centres de négoces de l’or du
pays25. Au Sud-Kivu, on utilise souvent le terme « kikoroti » pour désigner les pièces des
23
Entretien avec un négociant d’or et de diamant Jean-Louis à Mambasa centre
24
Entretien et observation avec les négociants de l’ancienne province orientale
25
Entretien avec le responsable de l’ONG impact dans le territoire de Mambasa
30
monnaies dans la détermination des unités dans la quantification aurifère. Dans les maisons de
négoces accrédités les balances à précisons sont d’usages courant26.
visitées est très variable et dépend du Figure 6: Production de l’or dans les
différentes régions EMAPE de la RDC
26
Observation dans les maisons de négoces et entretiens avec les négociants de la ville de Bukavu
27
Simulations des résultats de notre étude couplée aux données existantes de l’IPIS (2016).
28
Estimation obtenue à partir des entretiens avec les orpailleurs des sites EMAPE sélectionnés de l’Est de la RDC
(voir méthodologie 2.2)
29
Statistiques de production et d’exportation minière de l’exercice 2014, 2015, 2016 et 2017.
30
Cette valeur nous a donné la limite supérieure des 3 méthodes utilisées (méthode se basant sur le nombre et
la production des mineurs, méthode de nombre et la production des puits et le types de traitement de l’or).
31
nombre des creuseurs présents sur le site au moment de l’étude, du type d’extraction et de
traitement du minerai, de la teneur de l’or dans le minerai et du revenu quotidien de
l’orpailleur.
Le Sud-Kivu et l’Ituri les plus productrices de l’or en EMAPE de la RDC. Les régions non
visitées sont la région minière de Maniema, la région minière du Nord-Kivu et la région de
Kongo Central qui ne représenteraient que le quart de la production nationale.
La production de l’or est une fonction du nombre des orpailleurs présents sur le site EMAPE,
à l’exception de la région de Tanganyika où les orapailleurs restent dans le camp et les autres
ont quittés l’activité à cause de l’insécurité31. C’est ainsi, par exemple qu’à Simali au Sud-
Kivu, 786 creuseurs produit 73,5 kg d’or par an32; pendant qu’à Tokoleko en Ituri, 76
creuseurs produisent comparativement 10 kg d’or/an33. Et il en va de même dans les autres
sites visités.
Ces estimations de production d’or corroborent approximativement les chiffres obtenus par le
IPIS en 2013 donnant plus de 8 à 10 t/an d’or artisanal produit (soit 475 millions de $US). En
se basant sur la fourchette de production de l’or obtenu 8-12 t/an, on obtient un revenu moyen
cumulé de tous orpailleurs congolais de 423 millions de $US avec une fourchette de 400-600
millions de $US34. Notre étude a décelé l’importance de secteur informel dans la survie de
plus de 250000 ménages congolais avec un revenu annuel d’un orpailleur de 1692 $US avec
une fourchette de 1600-2400 millions de $US/an soit 32 à 48 g/an.
31
Entretien avec le responsable du camp de Bulongo sur la production et le revenu moyen par mineur dans ce
site.
32
Entretien avec les orpailleurs de Simali au Sud-Kivu sur la production de l’or et les techniques d’extraction et
de traitement le plus utilisées.
33
Entretien avec les orpailleurs de Tokoleko mine, un site certifié de la province d’Ituri
34
Estimation obtenue à partir des entretiens avec les orpailleurs des sites EMAPE sélectionnés de l’Est de la RDC
32
Survol
* La majorité des routes conduisant aux mines sont en mauvais état
* Le principal moyen de transport utilisé pour accéder aux mines est la moto
* Les creuseurs de toute origine sont facilement acceptés dans les mines
* Les vivres et non vivres ont un prix significativement élevé dans les mines
comparées aux autres coins du pays
En RDC, seuls 3.126 km de route sont revêtus en 2012, soit à peine 5 % du réseau routier
d’intérêt général (Banque mondiale, 2016) et seulement 11% des voies de desserte agricole
sont dans état plus ou moins bon (DSCRP, 2014). Cette insuffisance de l'offre des
infrastructures de transport routier constitue l'un des problèmes prioritaires (cfr les 5 chantiers
du Président Kabila en 2006) du pays car elle constitue une entrave à une croissance
économique durable et ne facilite pas les échanges commerciaux, ni l'accès des populations
rurales aux autres services sociaux de base ainsi qu’à leur source de revenu. Aussi, la
mauvaise qualité des routes fait que le cout de transport des marchandises devienne élevé,
cela augmente le prix des denrées35.
Ce chapitre porte sur l’accessibilité des sites d’orpaillage en RDC avec un accent sur les sites
miniers, objet de cette étude, l’état des routes pour y accéder, les moyens de transport ainsi
que l’accès des mineurs aux vivres et non vivres.
35
Construction des routes : la voie du développement de l’Afrique.http://industrie.economie-
afrique.com/industrie/construction-routes-developpement-afrique/
33
Photo 3: Route Nationale no2 sur trajet Bukavu- Photo 4: Route Kitutu vers Lugushwa, au
Kitutu (itinéraire de Lugushwa) Sud-Kivu
Dans le pays, l’accès aux sites d’extraction est pour la plupart difficile, surtout pour ceux se
trouvant loin des cités et parfois en pleine forêt. De la ville de Bukavu par exemple, il faut
deux journées pour accéder à un site minier comme Lugushwa se trouvant à 250 kilomètres 36.
De Kitutu à Lugushwa, un trajet de 45 kilomètres en pleine forêt, la route est tellement
mauvaise que seules les motos peuvent y accéder
(et sur une bonne partie de la route, les passagers
des taxis motos doivent plutôt aller à pied
pendant que le motard se débat à faire avancer sa
moto), après 6 heures de route. Pour d’autres
sites se trouvant en pleine forêt, il faut marcher à
pied pendant plusieurs heures, et en traversant
parfois les rivières dans des pirogues comme cela
a été le cas pour accéder aux dragues des rivières Photo 5 : Traversée de la rivière Limi en
pirogue, en Tshopo
Limi, Kibali et Ituri
36
Après la pluie, la boue empêche toutes les voitures de passer. Les passagers passent ainsi souvent la nuit dans
les bus.
34
Bien que la plupart des routes à l’Est du pays soient dégradés, les provinces de l’Ituri, Haut-
Uélé, Tshopo et Tanganyika ont des routes nationales (Kisangani-Mambasa (RN4), Kalemie-
Bendera (RN5), Watsa-Ariwara (RN26)) en terre battue de qualité acceptable facilitant
l’accès à certains sites miniers. Malheureusement ces routes, n’étant pas asphaltées, elles se
détériorent très facilement en cas de forte pluie et après passage des camions dits « poids
lourds » (surtout que par suite d’une forte corruption dans le pays, la réglementation sur le
tonnage maximal des camions n’est pas respectée). Elles nécessitent ainsi des entretiens
fréquents37, qui de toute évidence ne peut être couvert par les maigres taxes que le
gouvernement arrive à obtenir des creuseurs.
37
Observations dans les provinces de l’Ituri, Haut-Uélé, Tanganyika et Tshopo en Février et Mars 2018.
35
La figure 4 montre l’emplacement des barrières routières et des sites miniers artisanaux dans
les provinces du Nord et Sud-Kivu (IPIS, 2017). Dans ces deux provinces, 174 ou 22% d'entre
eux ont une présence de groupe armé ; 55 ou 7% ont des acteurs qui ne sont liés ni à l'État ni à
un groupe rebelle (c'est-à-dire volontaires ou démobilisés) ; et 569 ou 71% des barrières sont
détenues exclusivement par les forces gouvernementales (telles que les FARDC, la police ou
les services administratifs) ou les acteurs sanctionnés par l'État (tels que les coopératives, les
chefferies) (Schouten et al., 2017).
38
La traversée de certaines de ces barrières est conditionnée par la détention d’une carte d’électeur (faisant office
de carte d’identité nationale)
39
Entretiens avec certains conducteurs de taxi-motos dans les sites miniers entre février et avril 2018
36
Certaines de ces routes traversent des régions en conflit inter-ethniques ou liées à des milices
rebelles. C’est le cas de la route Kalemie-Bendera dans la province de la Tanganyika où sévit
le groupe rebelle Mai-Mai appelé « Hapa na Pale » (signifiant ici et là, une manière évidente
de montrer son omniprésence dans la région) et une confrontation entre les tribus bantous et
pygmées de la région. C’est aussi le cas en Ituri où les affrontements entre les ethnies Hema et
Lendu se poursuivent (Reuteurs, 2018). Ces conflits ont occasionné des déplacements massifs
de la population, dont certains commerçants et creuseurs vers des régions plus sécurisé. Cette
situation constitue non seulement un obstacle aux mouvements des creuseurs (et négociants)
vers des sites plus productifs, mais un problème pour ceux qui restent quant au prix des vivres
et non vivres, l’accès aux soins et l’évacuation de l’or extrait.
qu’il pourrait transporter pour la vente ou l’achat. Ceux-ci préfèrent donc utiliser des taxi-
motos qui offrent à la fois plus de
discrétion et de flexibilité (malgré leur
inconfort quand les trajets sont très longs).
Dans certains sites comme à Pkutuka (PK25) à Mambasa en Ituri, tous les véhicules sont
interdits de circulation par la société minière ayant réhabilité la route, les creuseurs et
négociants œuvrant sur cette route ne peuvent donc y aller qu’à pieds ou à moto (voir photo
7). D’autres sites ne sont accessibles ni par véhicule ni par moto, mais uniquement à Pied
après une assez longue marche dans la forêt (voir photo 8).
40
Observations et entretiens avec les négociants à Ariwara et à Dourba.
41
Observation dans les sites miniers entre février et avril 2018
42
Entretiens avec les creuseurs à la carrière Teturi dans l’Ituri en Mars 2018
38
familiaux alors que d’autre fois, les acteurs ne sont que de simples connaissances (Geenen,
2011).
conditions socio-économiques des ménages Photo 9 : Transport des vivres vers le site
minier de Lugushwa, au Sud-Kivu
vivant dans et autour des sites miniers au Sud-
Kivu, il ressort l’ampleur de la précarité de ces ménages dont la très grande majorité dispose
des revenus souvent aléatoires. Ils vivent dans la pauvreté et sont très vulnérables aux chocs
de bien-être (Kamundala et Mukasa, 2017).
L’absence des routes de bonne qualité est entre autres un obstacle pour l’approvisionnement
en produits de consommations de première nécessité. En plus, la plupart des personnes vivant
dans et autour des sites miniers abandonnant l’agriculture au profit de l’exploitation minière,
il se pose alors dans la plupart des sites un problème lié l’insécurité alimentaire 43 vu qu’ils
s’approvisionnent totalement ou en partie dans les grandes villes. A Lugushwa au Sud-Kivu
par exemple, les vivres et non vivres valent au moins le triple du prix de Bukavu.
43
Entretien avec les creuseurs à Lugushwa, Février 2018.
39
Survol
* Il y a 3 types d’extraction : souterraine, à ciel ouvert et sur rivière
* Les techniques utilisées ne varient pas beaucoup en fonction des provinces
mais plutôt en fonction du type de minerais que les creuseurs rencontrent
* La majorité des outils utilisées sont rudimentaires (bèches, pioches, marteau,
etc.) et souvent polyvalents (pouvant être utilisées pour des tâches
domestiques)
* Le broyage par concasseur se repends de plus en plus dans les zones
minières en remplacement au broyage manuel qui continuer à y coexister
L’exploitation artisanale fait appel à des technologies simples basées sur le travail manuel
(Danilo et Asiro, 2002) et à l’utilisation minimale des machines. Le secteur d’orpaillage en
RDC également se caractérise par des activités qui s’effectuent souvent sur des petits terrains,
utilisent des techniques inefficaces et sont caractérisées par l’absence de mesures de sécurité,
de soins de santé ou de mesures de protection de l’environnement. Aussi il s’agit d’activités
parfois saisonnières ou temporaires. Le Code minier (2018) définit également l’exploitation
artisanale comme étant toute activité par laquelle un exploitant artisanal, se livre, dans une
zone d’exploitation artisanale à l’extraction et à la concentration des substances minérales en
utilisant des outils, des méthodes et des procédés non industriels conformément aux
dispositions dudit code.
Les gisements d’or exploités de manière artisanale dans le pays sont principalement primaires
et alluviaux. Les gisements primaires sont exploités en profondeur après creusement de puits
et galeries dans les filons de quartz aurifères, tandis que les gisements alluviaux sont exploités
le long des rivières ou dans des mines à ciel ouvert (Müller et Täubert, 2012). Les outils et les
techniques utilisées dans le processus de l’obtention de l’or artisanale sont rudimentaires et
parfois très archaïques (Maraver, 2016). Comme l’investissement en équipements est
relativement modeste, l’exploitation se fait à un taux de rentabilité très élevé car ces
gisements restent très productifs, même exploités artisanalement et à petite échelle (OFPRA,
2014).
Le présent chapitre décrit les méthodes ainsi que des matériels et outils utilisés dans
l’EMAPE de l’or en RDC.
40
en résulte ainsi des problèmes de santé, Photo 10: Entrée d’un tunnel d’extraction
d’hygiène et de sécurité1. souterraine, avec un compresseur l’oxygéner
Ce type d’exploitation est en effet sujet à des accidents liés aux gaz toxiques ou aux
éboulements où beaucoup de creuseurs perdent la vie. Cependant cela ne semble pas être un
frein pour les creuseurs.
« Nous n’avons pas peur de mourir. Personne ne peut fouir le jour que Dieu lui a prévu
pour mourir. Après les éboulements nous enlevons les cadavres et le lendemain le boulot
continue comme si de rien n’était. Beaucoup de gens meurent de maladies. Nous
connaissons bien les risques, mais nous sommes obligés de travailler car si la chance me
sourit, je pourrais acheter des maisons à Bukavu » (Lugushwa au Sud-Kivu).
C’est comme ça que malgré ce niveau élevé de risque, plusieurs centaines de creuseurs
peuvent s’engager dans un seul puit. C’est le cas de Lugushwa au Sud-Kivu où le puit le plus
productif en fin 2017 et début 2018, occupait plus de 500 creuseurs45.
44
Observations et entretiens sur les sites d’orpaillage de Février à Avril 2018.
45
Entretien avec les creuseurs à la carrière Simali (Lugushwa) au Sud-Kivu en Février 2018.
41
- Prospection
La méthode consiste à choisir un site où la production pourrait être assez importante et à
creuser des tunnels jusqu’à trouver des minerais présentant une concentration intéressante
d’or (Geenen, 2015).
- Extraction
Le creusage consiste à piocher dans la roche jusqu’à arriver aux minerais d’or. Les creuseurs
peuvent travailler plusieurs mois, voire des années,
avant d’atteindre la roche aurifère (Geenen et
Kamundala, 2009) (voir photo 11). Sur certains sites,
les tunnels artisanales sont excavés à la dynamite à
travers les roches de quartz et soutenus par des
poteaux en bois pour minimiser les risques
d’accidents causés par les éboulements (Vlassenroot
et Raeymaekers, 2004). Même avec ces protections,
les éboulements sont fréquents et le manque
d’oxygène à l’intérieur du puits constitue une
menace permanente (Geenen et Kamundala, 2009).
Photo 11: Recreusage d’un ancien tunnel
Les creuseurs ont donc besoins de compresseurs qui abandonné
pompent l’air à l’intérieur des galeries, pour éviter qu’ils suffoquent 46. En saison de pluie, il
arrive aussi souvent que le puit puisse se remplir d’eau et que les creuseurs doivent d’abord
extraire l’eau par des motopompes avant de s’y engager. Avec tous les risques que peut
46
Entretien avec un creuseur à la carrière Simali (Lugushwa) au Sud-Kivu en Février 2018.
42
représenter le fait de s’engager dans un puit encore humide. Lorsque la roche aurifère est
atteinte, les barres à mines sont alors utilisées pour casser les filons afin d’y extraire des
roches contenant de l’or.
- Le traitement
Les minerais extraits des galeries sont transportés vers des entités de traitement en utilisant
des sacs, des bassins ou des paniers, où ils sont manuellement ou pas broyés jusqu’à ce que
l’intégralité des matériaux puisse traverser un tamis à petites mailles.
En province du Sud-Kivu, ces entités de traitement (appelés « loutra ») sont des espaces
recouverts par des bâches pour protéger les travailleurs des intempéries où s’opère le
traitement manuel de l’or (dans les autres provinces, le broyage manuel s’effectue
généralement en plein air). Une partie de cette espace abrite des femmes « twangeuses47 » qui
se chargent de moudre manuellement les minerais à l’aide de mortiers et pillons métalliques.
Une autre partie de cet espace est constituée d’un fossé de 2m de long et de large et de 1 m de
profondeur contenant de l’eau (protégée par une
bâche au fond du fossé) où l’on procède à la
séparation gravimétrique. À ce stade, la
séparation s’effectue en plaçant les minerais
moulus dans un « karahi48 ». Il s’agit alors de
secouer en déversant petit à petit l’eau qu’il
contient avec les particules légères qui se
solubilisent dans l’eau, tandis que l’or et les
particules lourdes (concentrés) restent dans le
karahi. Les particules légères tombent avec Photo 12:Fosse de loutra à moitié remplis par
les résidus de minerais lors du traitement
l’eau du karahi représentent la partie sablo- gravimétrique
argileuse du minerai. Celles-ci retombent dans
le fossé et deviennent la propriété du détenteur de la maison (voir photo 12), qui les traitera
après séchage, pour en récupérer l’or ayant échappé à la séparation gravimétrique (Nkuba et
al. 2016).
Le broyage manuel est souvent effectué par des femmes dans plusieurs sites 49 (Kamituga,
Lugushwa, etc.). Lorsqu’il y a une grande quantité de pierres à broyer (ou que les pierres ont
une faible teneur en or), ils ne sont plus broyés manuellement, mais sont transportés à une
47
Vient du verbe swahili « twanga » qui signifie piler ou broyer.
48
Grand poêle sans manche, obtenu en modifiant les couvercles des futs métalliques de carburant.
49
Elles sont appelées « twangeuses » au Sud-Kivu. Ce jargon vient du verbe swahili « twanga » qui signifie
piller ou broyer.
43
autre entité où on les broie mécaniquement à un coût beaucoup plus faible, mais avec un
temps d’attente plus long que lorsque les dames chargent de cette opération50 (Nkuba et al.,
2016).
La poudre provenant du broyage mécanique par des concasseurs est ensuite traitée par
densimétrie avec de l’eau, de sorte à séparer trois matières : l’or, les concentrés et le reste
(principalement argile et sable fin)51. L’or est directement vendu aux maisons d’achat avec ou
sans traitement au mercure. Les concentrés restants sont vendus à un autre acteur de la chaine
de valorisation du minerai qui pourra ainsi les sécher, les broyer à nouveau, les séparer par
densimétrie pour en extraire l’or et reprendre le
reste pour le traitement au mercure.
50
Entretien avec un propriétaire d’un concasseur à Kafiawema dans l’Ituri. Les concasseurs sont utilisés lorsqu’il
y a plus de 200 kilogrammes de minerais à broyer. Un sac de 100 kilogramme de minerais est broyé à 36 000
Francs congolais. Le temps d’attente est plus long car il faut attendre que la poudre soit très fine.
51
La méthode consiste à distinguer l’or à partir de sa densité pour faire couler les particules et comme l’or est
lourd, il reste au fond et les autres particules seront éliminées.
52
Discussions en focus groupe avec les creuseurs de Yambi-Yaya en province de la Tshopo
44
On met en place une mine à ciel ouvert lorsque le minerai se trouve relativement proche de la
surface. Dans la province de la Tshopo par exemple, les minerais se trouvent souvent à entre 1
et 3 m de profondeur53. En Province de Haut-Uele, bien que les bouveaux puissent avoir
jusqu’à 20m de profondeur, les minerais sont déjà trouvés à 1m de profondeur 54. Ce type
d'exploitation offre plus sécurité pour les creuseurs comparé à l’exploitation souterraine (pas
d’asphyxie possible et moins de risque d’éboulement55).
- Prospection
Pour ce qui est des gisements alluvionnaires, l’or est disséminé dans du gravier à particules
fines, moyennes et grossières qui constituent les minerais exploités. Les travaux de
prospection se résument dans la plupart des cas à quelques tests de lavage des graviers ou du
sable récoltés dans les rivières.
- Extraction
La méthode à ciel ouvert présente quelques variantes : l’exploitation alluvionnaire (par
interception de l’or dans le sable des lits de rivières), l’érosion forcée des collines (par
utilisation de l’eau sous pression pour éroder une partie des collines), le recyclage des sols à
proximité des mines (par retraitement de l’or dans les sols près des différents sites) (Nkuba et
al., 2016) rencontré plus au Sud-Kivu et en Ituri, l’exploitation en puits à ciel ouvert et
l’utilisation des dragues pour aspirer les sédiments des rivières rencontré dans toutes les autres
provinces56.
53
Discussions en focus groupe avec les creuseurs de Yambi-Yaya en province de la Tshopo
54
Entretiens avec les creuseurs de Ngangazo, en Province de Haut-Uele
55
« Les avantages de l’exploitation minière à ciel ouvert », article disponible à http://www.handpuzzles.com/les-
avantages-de-l-exploitation-miniere-a-ciel-ouvert/
56
Observations de différents sites miniers entre Février et Avril 2018
45
❖ Exploitation en bouveau57
Ce type d’extraction consiste à creuser en terre meuble des puits à ciel ouvert. Souvent ces
puits sont creusés en gradins pour éviter que la masse de terre ne soit trop lourde et ne
retombe sur les creuseurs qui y travaillent. Cela fait que la surface au fond du bouveau soit
plus petite que celle à la surface de celui-ci. Mais lorsqu’il y a plusieurs bouveaux collés les
uns aux autres, cette surface peut augmenter progressivement par suppression des gradins sur
Les bouveaux sont des puits à ciel ouvert couramment retrouvés dans l’ancienne Province Orientale et au
57
Katanga
58
46
d’abandonner certains bouveaux bien que ceux-ci peuvent être productifs (voir photo 15).
❖ Extraction à ciel ouvert de l’or des lits de rivières
On dispose un barrage sur une partie de la rivière. L’eau est alors reconduite par un autre
passage afin qu’elle ne puisse pas perturber les travaux d’extraction (Nkuba et al., 2016).
Dans certaines zones, comme observé dans les mines de l’ancienne Province Orientale, on
exploite cet or dans une grande rivière sans la barrer, mais en choisissant des points où le
courant est assez lent.
Photo 17: Extraction de l’or des lits des Photo 18 : Extraction de l’or des lits des
rivières avec barrage à Kamituga (Sud-Kivu) rivières sans barrage sur la rivière Ituri à
Avakubi (Tshopo)
Souvent, les creuseurs qui s’adonnent à l’exploitation alluvionnaire ne le font pas de façon
exclusive. Par exemple, durant la saison sèche, lorsque le niveau des rivières est assez bas, il
est courant de voir certains creuseurs impliqués dans l’extraction souterraine s’arrêter
momentanément pour se lancer dans l’exploitation alluvionnaire. Et aussitôt que le niveau des
eaux s’élève et qu’il devient plus difficile et dangereux de pratiquer l’extraction alluvionnaire,
ils reprennent l’extraction souterraine. C’est le cas de Kamituga au Sud-Kivu (Nkuba et al.,
2016). Dans les autres sites visités, les creuseurs ne réalisent qu’un seul type d’extraction
pendant plusieurs années, voire toute leur vie.
Une technique semblable consiste à creuser une canalisation de 1 mètre de profondeur dans le
sol. Ensuite de l’eau provenant de la tuyauterie installée coule et érode le sol pour le
transporter à un endroit où il sera récupéré et traité. Ceci a été observé dans la carrière « Yesu
aza bien » (en lingala : Jésus est bon), dans le Haut-Uélé. L’argile et le sable sont ensuite
récupérés et lavés sur une table de lavage.
Photo 20 : Utilisation de l’eau pour extraire Photo 19 : Traitement de l’eau obtenu par
l’or (technique sukura) (Yesu aza bien, Haut- sukura (Yesu aza bien, Haut-Uele)
Uele)
Dans le Tshopo et l’Ituri, cette technique est utilisée dans certaines mines à petite échelle
grâce à une propulsion motorisée de l’eau par un « pistolet » qui provoque l’érosion pendant
qu’un système permet d’extraire les particules érodées et de les envoyer vers des slices
commençant à une très grande hauteur (photo 7)
Photo 22: Tuyau relié à un moteur qui aspire Photo 21 : Sluice (table de lavage) commençant
le sable à la carrière Avakubi (Tshopo) à une grande hauteur. Avakubi (Tshopo)
48
- Traitement
❖ Utilisation des tables ou rampes de lavage, ou Sluice
Les sluices sont des tables de lavage qui travaillent avec la force hydraulique pour évacuer les
stériles et concentrer les minéraux lourds piégés par des moquettes. On y fait recours, en
RDC, dans la plupart des sites aux gisements alluvionnaires et où les technologies utilisées
sont encore rudimentaires. C’est un dispositif taillé en bois sous forme d’une petite pirogue
dimensionnée au gré des utilisateurs. Les dimensions standard d’un sluice varient de 50 cm à
80 cm de diamètre sur ± 4 à 8m de long. Le bois est revêtu d’une moquette ou d’une
couverture permettant de découvrir de l’or dans des rivières aurifères. On peut aussi à la place
d’une moquette, utiliser une natte en lianes, des calles ou encore des écorces de bananier,
appelés « biporo » (Nkuba et al, 2016 ; Monikutidoo, 2010). La pirogue est enfin subdivisée
en plusieurs loges par des barres, cela permettant de retenir le maximum de sable lorsque les
premières loges sont remplies (Kouadio, 2008).
partir d’un tapis qui retient les particules fines (ou des composants internes des gaines
foliaires de bananier59). L’or et les particules lourdes sont retenus par le tapis pendant que
l’eau, l’argile et le sable passent par-dessus ces cavités. Dès que les cavités du tapis sont assez
pleines, on transfère le contenu (or et concentré principalement) dans un bassin pour ensuite
en extraire l’or.
❖ Lavage simple
Cette opération se fait dans l’eau ou dans un petit barrage construit par les orpailleurs eux-
mêmes à cet effet. Elle est pratiquée dans les sites où les orpailleurs ont un capital
d'investissement très bas. Le lavage simple ne nécessite pas, en effet, de « gros »
investissement dans les moyens de production. Il suffit d'une calebasse ou d'une cuvette tout
simplement pour le lavage.
59
Les gaines foliaires de bananiers sont utilisées à Kamituga au Sud-Kivu.
50
soit une barge ou un ponton équipé de manière adéquate pour remonter par godets ou pour
aspirer par succion l'eau et les sédiments, matériaux constituants le lit des fleuves ou des
rivières afin de les traiter (Save Act Mine, 2017).
Le dragage consiste à prélever des matériaux (sable, graviers et or) au fond des rivières. Dans
l’orpaillage en RDC, cette technique est plus récente par rapport aux précédentes car d’après
nos entretiens à la carrière Bac (sur rivière Kibali dans le Haut-Uélé), les dragues ont
commencé à se répandre au début des années 2000. Cependant, elle présente des impacts
significatifs sur la qualité des eaux des rivières. Par exemple, la rivière Kibali est fortement
polluée par la présence des dragues suceuses. Les creuseurs attribuent également la forte
turbidité de la rivière Ituri ainsi que la fuite des poissons et autres animaux aquatiques à
l’intensification des activités des dragues60.
3.1.3.1. Extraction
Les moteurs des dragues sont reliés à un tuyau placé sous l’eau par le plongeur, qui aspire les
sédiments alluviaux. Ces sédiments se déversent sur un sluice sur lequel il y a un tapis qui
retient les petites particules suivant leur densité et les graviers sont enlevés à la main. Au fur
et à mesure que le tuyau aspire les sédiments, les particules lourdes sont retenues sur le tapis
qui sera lavé pour récupérer l’or.
Durant 2 à 3 heures, le plongeur reste sous l’eau et il peut arriver qu’il ait besoin de remonter
à la surface, ou de modifier sa façon de travailler. Pour cela, il utilise une technique de
communication simple avec le « montiste » (assistant du plongeur chargé de le faire monter,
veiller sur son approvisionnement en oxygène et faciliter la communication entre le plongeur
sous l’eau et l’équipage de la drague en surface) qui le surveille à partir de la drague. Cette
technique de communication semble universelle chez tous les plongeurs interviewés. Elle se
résume comme suit : si le montiste tire 5 fois sur le tuyau de respiration, cela signifie qu’il
demande au plongeur de monter ; s’il tire 2 fois c’est pour dire que le sable est bon et que le
plongeur devrait rester au même endroit. Tirer 1 fois signifie qu’il y a trop de sable, et que le
plongeur prenne un peu d’eau. Dans le sens inverse si c’est le plongeur, qui tire une fois, cela
veut dire, qu’on le fasse monter. Pour sa sécurité, le plongeur attache le tuyau autour de la
taille, pour que le courant ne l’emporte pas. Au cas où le courant emporte le tuyau, il remonte
à la nage. Pour descendre sous l’eau, le plongeur le fait avec un sac de sable lourd lui servant
60
Entretiens avec les plongeurs d’Avakubi en Province de Tshopo et de Byondo en Province d’Ituri
51
d’appui ; ce dernier étant attaché à un fil allant à la machine et à l’autre extrémité, il est
attaché au bec61.
Quand le creuseur termine, il oriente le bec vers le haut pour qu’il ne suce plus le sable.
Durant le temps de travail, le bec est attaché sur un rayon de 2-3m. Le tuyau est appelé
« mangera » dans l’Ituri. Il achemine le sable vers la pompe. La pompe envoi le sable et l’eau
sur la « bako (ou drum) », où le sable passe sur le tapis (appelé « nzunzu ») qui retiens le
sable riche et l’or. Le plongeur descend sous l'eau et après la localisation des sédiments
aurifères, il les aspire ces derniers acheminent dans un fut de 200 litres se trouvant sur la
drague. Lorsque le plongeur monte à la surface, cela caractérise la fin du quart de travail62.
3.1.3.2. Traitement
La séparation des particules des sédiments alluviaux se fait comme pour l’exploitation à ciel
ouvert. Après deux ou trois heures de travail du plongeur, le tapis est récupéré et lavé dans un
bassin au bord de la rivière. Ensuite une personne va procéder au lavage du sable récupéré
jusqu’à obtenir un concentré (« Trinx » en jargon local)63. Le traitement du concentré avec le
mercure (par endroit appelé « cyanage », mais sans aucune utilisation de la cyanure) n’est pas
souvent réalisé dans tous les milieux où on fait l’extraction par drague. Cela est dû au fait que
l’utilisation du mercure ou non dépend de la granulométrie des particules d’or présentes dans
le minerai. Le mercure est utilisé si les particules d’or sont très fines pour pouvoir être
61
Entretien avec un montiste du de la carrière Port Bac dans le territoire de Watsa, dans la province de Haut-Uélé
sur l’organisation de la drague et la répartition des revenus par quart de travail.
62
Entretien avec plongeur sur la rivière Ituri à Avakubi, province de Tshopo.
63
Entretien avec un cyanneur à Avakubi dans la province de le Tshopo en Mars 2018. .
52
Sur chaque drague on trouve une équipe d’une dizaine ou une vingtaine de personnes dont les
plongeurs, les montistes, et le machiniste. D’autres se trouvent au bord de la rivière où
s’effectuent le traitement ou au camp comme cela a été observé dans le cas des dragues sur la
rivière Ituri en Haut Uélé. C’est dans le camp que se trouvent les maisons des plongeurs (en
bâches) et les restaurants.
Photo 26: Focus group dans un camp Photo 27: Travailleurs sur les dragues sur la
de plongeurs à Bac sur la rivière Kibali rivière Kibali
(Haut-Uele)
Le plongeur est l'acteur clé de cette exploitation ; il descend avec un tuyau à pointe
métallique d’environ 30 mètres dans l'eau et qui enfonce la pointe (appelée bec) dans le
gravier. L'épaisseur de la couche exploitée varie entre 0,5 m et 3 m dépendant de la géologie
du lit de la rivière et de la faisabilité technique. Pour une épaisseur de 3 m de gravier, une
drague reste jusqu’à un mois sur le même accostage. Moyennant le tuyau, les sédiments sont
aspirés par une pompe de 6, 8 ou 12 pouces (15, 20 ou 30cm) de diamètre et se font remonter
à la surface de l’eau. Le tuyau déverse les sédiments sur un sluice vêtu de tapis qui classe les
sédiments par gravité et retient l’or fin (COSOCGL, 2015).
En RDC, les dragues utilisées sont principalement de deux types : les dragues suceuses
artisanales et les dragues flottantes à chaîne à godets (plus fréquentes à Shabunda au Sud-
Kivu). Les dragues suceuses artisanales sont fabriquées en RDC, majoritairement à partir de
composantes de provenance chinoise (COSOCGL, 2015). La semi-mécanisation de
l’orpaillage a beaucoup facilité les activités en termes d’organisation et de temps.
53
Cette section se donne l’objectif de passer en revue certains outils utilisés dans différentes
étapes de l’extraction et du traitement de l’or dans les sites visités.
3.1.1. Creusage
La barre à mine, est utilisée ensemble avec un marteau dans les gisements filoniens pour
casser les filons afin d’obtenir des pierres qui contiennent de l’or. La pioche sert à détacher le
sable qui pourrait être rattache à la roche. La bêche sert à ramasser et à manipuler le sable
dans les mines. La bèche est aussi utilisée pour charger les sacs et les seaux qui transportent le
sable contenant le minerai de l’extérieur du puit vers le site de traitement.
64
« C’était très fastidieux mais on était très motivé car avant il y avait beaucoup d’or » dit un creuseur de
Bulongo dans la province de Tanganyika.
65
Entretiens à Lugushwa au Sud-Kivu en Février et Mars 2018
54
Figure 9: Schéma synthèse de l’extraction de l’or en RDC (adapté de Nkuba et al., 2016).
Montagne Rivière Montagne Résidus des sites E
X
T
Extraction Extraction Extraction Ramassage Erosion
souterraine alluvionnaire par dragues provoquée R
A
C
Sable + T
Pierres Sable Sable +
graviers argile I
O
N
Mouture Mouture
Séparation
manuelle mécanique
gravimétrique
Bassin de loutra
Séparation
gravimétrique
T
R
Sable + argile
Or A
Concentré
I
T
Loutra E
M
Maison
E
Séchage + mouture d’achat
N
T
Séparation gravimétrique
Traitement au mercure
Résidus jetés Or
55
3.1.2. Eclairage
Les lampes torches sont utilisées pour l’éclairage dans les puits des extractions souterraines.
Dans les extractions à ciel ouvert, la lumière du soleil est généralement suffisante pour
éclairer les travaux. Elles sont portées au front ou à la main par les creuseurs et sont
indispensables car les galeries que ces derniers creusent dans les puits peuvent descendre
jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur où les rayons du soleil ne peuvent pas
arriver (International Alert, 2009). A Kamituga, au Sud-Kivu, par exemple, les tunnels
peuvent atteindre une profondeur de 30 mètres et une longueur allant jusqu’à quelques
centaines, parfois jusqu’à 500 mètres (Geenen et Kamundala, 2009).
3.1.3. Transport
Les sacs, les paniers, les bassins et les seaux de 20 litres servent au transport du sable. De fois
des brouettes aussi sont utilisés. Dans certaines site minier, comme à Kamituga, les moyens
de transport comme les camions et les tracteurs sont utilisés pour acheminer les minerais sur
une grande distance des puits vers les lieux où sont situés les concasseurs (Calvaire) (Geenen
et Kamundala, 2009; Nkuba et al, 2016 ), tandis que dans la majorité des sites en RDC les
camions ne sont pas utilisés soit parce que les concasseurs sont à proximité des puits ou parce
qu’il n’y a pas de route connectant les points d’extraction à celui de traitement66. Au Katanga,
les vélos sont aussi utilisés pour transporter les sacs de minerais. Une coopérative (CMDI)
offre des vélos à ses membres pour faciliter le transport des minerais entre les puits et les
concasseurs67.
Le pompage de l’eau se fait par des tuyaux insérés dans les galeries et reliés à une
motopompe pour aspirer l’eau. Les compresseurs d’air sont aussi utilisés pour fournir
l’oxygène aux creuseurs présents dans les galeries et les empêcher de suffoquer.
3.1.4. Concassage
Le concassage consiste à casser les pierres pour obtenir des morceaux broyables dans la
machine dite concasseur. A l’aide du marteau et d’une grosse pierre prise comme support,
l’artisan casse les pierres à une dimension de quelques millimètres afin de les préparer à la
pulvérisation et au tamisage. Etant donné que les opérations n’utilisent pas de matériel de
protection, le risque de traumatisme accidentel n’est pas exclu. L’artisan peut broyer son
66
Observation sur les sites d’orpaillage entre février et mars 2018.
67
Entretien avec le Président de la Coopérative CMDI à Kalemie, Province de Tanganyika
56
pouce par le glissement du marteau ou encore un morceau peut le frapper à l’œil ou sur un
autre endroit du visage ou ailleurs du fait qu’ils ne sont pas couverts.
Une autre technique utilisée le plus souvent lorsque la teneur du minerai est plus élevée est
l’usage du pilon et du mortier métalliques fabriqués avec des matériaux de récupération (les
pièces usées de différents véhicules). Ils sont utilisés pour concasser le minerai et le réduire :
Les concasseurs mécaniques utilisés en RDC sont des concasseurs à boules. Ces derniers sont
fabriqués localement. Le cylindre du concasseur est relié à un moteur qui le fait tourner et à
l’intérieur du cylindre se trouvent des boules métalliques lourdes qui broient les pierres
pendant que le cylindre tourne. Un concasseur peut broyer jusqu’à 8 sacs de pierres par jour,
d’après les estimations des opérateurs de concasseurs dans le site de Kafiawema en Ituri.
Ces concasseurs rotatifs ont mécanisé le travail, jusque-là manuel, de broyage des roches
pour pouvoir en retirer l’or. Bien que les concasseurs étaient rares il y a quelques années,
plusieurs chantiers artisanaux sont actuellement dotés de plusieurs concasseurs, en rotation
jour et nuit. Les opérateurs des broyeurs offrent leurs services aux équipes d’orpailleurs, qui
apportent leurs cailloux. Les orpailleurs en sont très contents car le broyage à main est un
57
travail très pénible et mauvais pour la santé. Toutefois, les concasseurs font aussi sortir de
grandes quantités de poussières respirées par tous ceux qui sont dans le site.
3.1.5. Tamisage
Des tamis aux mailles très fines sont utilisés pour séparer le sable grossier du sable fin avant.
Photo 33 : Concasseur à Lugushwa au Sud- Photo 34: Tamisage à l’aide d’un tamis et un
Kivu bassin à Lugushwa au Sud-Kivu
58
Généralement, le sable grossier repasse plusieurs fois au broyage pour atteindre une taille
assez faible. Cela se fait pour être sûr que les particules ont été suffisamment broyées pour
libérer l’or qu’elles contiennent lors du processus d’amalgamation au mercure.
3.1.4. Amalgamation
L’amalgamation est un processus qui dure à peu près 45 minutes et consiste à mélanger le
mercure au concentré pour capter tout l’or qui se trouve dans le mélange. Ce procédé se
réalise dans un bassin pouvant contenir 20 litres d’eau. Après le mélange du concentré avec le
mercure, l’amalgame est récupéré avec un petit tissu poreux. Le chauffage se fait sur un
brasero au charbon de bois, l’amalgame placé sur une louche. Il existe aussi des braseros pour
lesquels le charbon est soufflé par une manivelle alimentée par un panneau solaire.
Survol
* L’organisation des creuseurs varie significativement d’une province à
l’autre et d’un type d’extraction à l’autre
* Les chefs de puit/bouveau/drague semblent être la pièce centrale de
l’organisation, avec sous eux les creuseurs/plongeurs, et sous ceux-ci les
transporteurs/broyeurs manuels/aide-plongeurs, etc. ; au-dessus des chefs
des puits se trouvent les Fournisseurs et Administrateurs de Foyers Miniers
* La répartition du revenu varie également en fonction des provinces et des
types d’extraction, mais de manière générale le chef de puit/bouveau/drague
garde la moitié de la production et les autres acteurs se partagent l’autre
moitié
Bien que l'exploitation minière artisanale soit considérée comme un secteur chaotique, illégal
et criminel, elle a toujours sa propre organisation sur le terrain (Bashizi et Geenen 2015,
Bashwira, 2017). Vu de l’extérieur, l’orpaillage apparaît comme une activité inorganisée,
voire anarchique mais cela n’est qu’une apparence car l’orpaillage épouse de très près les
formes organisationnelles des structures villageoises, communautaires et familiales (Keita,
2001).
L’activité artisanale repose sur un ensemble de prescriptions coutumières généralement
acceptées dans beaucoup de milieux. Ces prescriptions constituent des systèmes
d’organisation cohérents et originaux. Les sites ont leurs règles que tout orpailleur accepte
d’avance en venant s’y installer (Cuvelier, 2011). Comme déjà noté par dans les premier
chapitre, l’accès aux sites est accordé à tous, à condition de se soumettre aux règles en
vigueur et la violation de ces règles est soumise à des sanctions (Keita, 2001).
Le présent chapitre va porter sur les acteurs impliqués dans l’orpaillage en RDC, pour ce faire
nous allons nous limiter aux seuls acteurs présents dans les sites miniers en regardant la
manière dont ils sont organisés, le partage de la production (revenu), ainsi que la dynamique
du pouvoir.
60
« La base de notre travail c’est l’esprit de famille. Il n’y a pas de chef. Nous nous
partageons tous équitablement la production. Et quand il y a des dépenses, nous les
gérons ensemble. Il nous arrive de fois de faire recours à de l’aide extérieur que nous
payons directement moyennant quelques bèches de minerais, mais pour nous autres le
partage est équitable » nous rapporte une équipe de creuseurs constitué par deux cousins
et un de leurs amis, à Mambasa, en Province de Ituri.
68
Observations de différents sites miniers entre février et avril 2018
69
Observation à la carrière Atekoma dans le Haut-Uélé en Mars 2018.
61
La figure suivante schématise l’organisation de l’exploitation artisanale de l’or ainsi que les
acteurs impliqués au niveau.
PDG
Propriétaire
AFM de drague
Superviseur
Chef de camp Chef de Superviseur
chantier
Conducteur
Capita
Chef de bouveau
Capita Plongeurs
Superviseur
Creuseurs
Montistes
Conducteur
Mamans
Bizalu S-4
Capita
Mamans
Twangaises Machiniste
Creuseurs
Transporteurs Bakaniste
• AFM
Les AFM (Administrateur de foyer minier) sont les propriétaires des terrains où se trouvent
les puits. Les foyers miniers ont une superficie de 25 Km2 (5 Km x 5 Km). L’AFM collabore
avec les chefs des puits et fait souvent partie d’une coopérative. On les rencontre plus dans
les provinces de Tshopo, Ituri et Haut-Uele. A Watsa, en Haut-Uélé par exemple, les AFM
travaillent en collaboration avec Kilomoto, l’entreprise d’exploitation industrielle d’or de qui
ils ont une licence payée annuellement pour exploitée cette superficie70. Si la zone n’est pas
couverte par un permis d’exploration (ex. à Mambasa, en Ituri), ils traitent plutôt avec les
chefs de village et la division des mines à qui ils paient différents frais pour avoir le droit
d’exploiter (ou plutôt de faire exploiter) ce foyer minier71. Ces frais payés à la société
industrielle et/ou à la division des mines, sont prélevés des frais payés par les chefs de
bouveaux œuvrant dans le foyer. Ici, les chefs de bouveaux ne paient pas de taxe directement
à l’Etat. Ils paient leurs frais d’exploitation à l’AFM et celui-ci se charge de tout régler avec
l’Etat.
Un chantier minier est l’ensemble de bouveaux (ou puits) à proximités les uns des autres au
sein d’un foyer minier (un foyer peut contenir plus de 5 chantier) et dont les propriétaires
résident dans le même camp. Le chef de chantier est le représentant des chefs de bouveaux
œuvrant dans le chantier. Il connait tous les bouveaux ainsi que les creuseurs qui y travaillent,
il connait également les bouveaux en production et ceux qui ne le sont pas. Le chef du camp,
par contre, est la personne qui contrôle le camp de logement et recense toutes les nouvelles
personnes dans le camp minier. Tout nouveau venu doit se faire connaitre par lui avant de
travailler sur la mine, le négoce, ou d’y effectuer n’importe quelle autre activité.
Contrairement à l’AFM, ces positions sont plus administratives (ou associatives)
qu’exécutives. Ce sont juste des creuseurs désignés par leurs pairs comme régulateur de la vie
quotidienne, arbitre en cas de conflits et leurs représentants auprès de l’AFM ou autres
structures. Il a respect de tous, mais n’a pas de droits supérieurs à ses pairs, ni des
responsabilités financières comme l’AFM.
70
Entretien avec un PDG à Mbula-mbula, province de Haut-Uélé, Mars 2018.
71
Entretien avec un AFM œuvrant dans le territoire de Mambasa, en Ituri, Mars 2018.
63
• PDG
Les PDG (Président directeur général) sont les propriétaires de puits ou dragues. Ils sont donc
responsables de la production, et assument une grande partie du risque et des coûts liés à des
périodes infructueuses (Bryceson et Geenen, 2016). Ils investissent des montants
considérables au début de l’exploitation et sont à la tête de toute organisation au niveau de la
mine. Ce sont souvent des anciens creuseurs qui ont fait suffisamment fortune comme pour
supporter le cout d’exploiter avec leur propre équipe, ou parfois des négociants qui ont
veulent diversifier leurs sources de revenus au-delà du négoce. Au début de l’exploitation, ils
prennent en charge toutes les dépenses lors de l’ouverture de la mine jusqu’à la production
qui peut arriver plusieurs semaines voire plusieurs mois après le début des travaux de
creusage. Ils assurent aux creuseurs la nourriture, les soins de santé en cas de maladie ou de
blessure aux lieux de travail, et donnent des prêts aux creuseurs pour leurs petites dépenses
quotidiennes. Ils s’occupent aussi de l’obtention de tous les documents légaux nécessaires
pour ouvrir le puit et de toutes les taxes qui s’en suivent. Ils sont souvent membre de
coopératives ou de syndicats et achètent les cartes des creuseurs à tous les mineurs chaque
année auprès de la Division des Mines72.
Dans l’ancienne province Orientale, les puits des sites d’exploitation ciel ouvert, « bouveau »,
et sont dirigé par un propriétaire appelé « chef de bouveau ». Il a les mêmes fonctions que les
PDG, mais comme expliqué précédemment n’ont pas sur eux le fardeau des taxes, car l’AFM
constitue un bouclier entre lui et la pression étatique. Cependant il doit s’acquitter
régulièrement de ses redevances financières envers l’AFM73. Il est aussi à noter que dans
certaines mines où le système hiérarchisé est d’application, plusieurs creuseurs peuvent se
mettre ensemble et partager les dépenses dans le cas où ils n’ont pas de PDG ou de sponsor.
Ils se partagent donc équitablement le revenu après la production74.
• Sponsor
Les sponsors sont des négociants d’or (souvent installés dans les grandes villes) auxquels les
PDG recourent pour avoir des prêts. Ils leur accordent le prêt pour couvrir les dépenses
pendant la période de non production où les PDG n’arrivent pas à couvrir. Ils sponsorisent
plus facilement quand les puits prometteurs et laissent les PDG se débrouiller au début quand
le puit n’est pas encore prometteur. Ils engagent généralement des personnes qui s’installent
72
Entretiens avec les creuseurs du Sud-Kivu, Tanganyika, Haut-Uélé, Tshopo et Ituri en Février et Mars 2018.
73
Idem
74
Entretiens avec les creuseurs de la carrière Njoli-njoli à Lugushwa, Sud-Kivu en Février 2018.
64
dans les sites pour superviser les travaux et leur rendre régulièrement compte de tout ce qui
s’y passe75.
L’AFM, le PDG et le sponsor ne sont pas souvent à la mine et n’y viennent que quand celle-
ci entre en phase de production. Au niveau de la mine nous trouvons donc les « travailleurs »
ou creuseurs proprement dits.
• Superviseur/ Secrétaire/Conseiller/Directeur
Le superviseur contrôle toutes les activités de la mine et rend compte au PDG. Le secrétaire
garde tous les documents de la mine et travaille avec le PDG et le superviseur. Il s’agit
souvent du plus instruit parmi les creuseurs. La plupart d’entre eux ont terminé les études
secondaires, ou se sont arrêtés en 5ème ou 6ème année, et ont une connaissance assez bonne du
Français76. Le conseiller est un creuseur expérimenté qui donne des orientations à ses
supérieurs en cas d’un problème quelconque. Il est à la fois à la fois proche des creuseurs et
des supérieurs7.
En Ituri, Tshopo et Haut-Uele, le chef de Chantier et l’AFM travaille avec une équipe pour
l’assister à la supervision des puits. Il s’agit notamment du Superviseur (différent de celui qui
travaille sous les ordres du PDG) et du directeur technique (qui est chargé de veiller au
respect des normes de creusage et de protection des creuseurs). Ceux-ci sont régulièrement
présents sur le site minier et doivent approuver l’orientation quotidienne des travaux dans
chaque bouveau77.
• Conducteur
Ce sont des creuseurs expérimentés qui dirigent les travaux de creusage et décident de
l’orientation de la galerie. Ils vérifient régulièrement que le creusage est bien fait, si les
planches sont bien installées dans les galeries pour éviter les éboulements. Ils sont aussi
appelés « arrangeurs » dans certaines carrières en Ituri, Haut-Uele et Tshopo.
• Capita
Les capitas sont chargés de gérer les heures de travail, la nourriture de l’équiper ainsi que la
répartition future de salaire des creuseurs. C’est pratiquement le capitaine, ou chef d’équipe
des creuseurs travaillant dans un même puit78.
75
Focus group avec les creuseurs à la carrière Simali à Lugushwa, Sud-Kivu en Février 2018.
76
Focus group à la carrière Atekoma dans le Haut-Uélé en Mars 2018.
77
Entretien avec plusieurs chefs de bouveaux en Ituri, Tshopo et Haut-Uele
78
Entretien avec les creuseurs de Lugushwa au Sud-Kivu en février 2018
65
• Creuseurs /Plongeurs
« Creuseur » est un terme générique qui inclut différentes catégories de travailleurs de la
mine (foreurs, pelleteurs, boiseurs, traiteurs, etc.). Les foreurs ont pour tâche de dégager les
pierres avec les burins et les marteaux. Cette équipe exige une main d’œuvre qui a de
l’expérience et de la force physique et leur âge varie entre 18 et 40 ans (Geenen et
Kamundala, 2009). « Bêcheur » est un terme qui désigne le creuseur dans certaines mines à
ciel ouvert dans l’ex-province orientale79. Les plongeurs travaillent sur les dragues installées
sur les rivières. Les « cyaneurs »80 interviennent lors de l’amalgamation des concentrés. Les
pelleteurs sont des creuseurs ayant pour fonction d’évacuer les sables et la terre à l’intérieur
du puit. Il s’agit souvent des enfants et adultes non encore expérimentés, qui reçoivent une
plus petite part dans la production. Les boiseurs préparent et installent des planches de bois
dans les galeries et remplacent celles qui sont endommagés pour empêcher des éboulements
dans la mine ; c’est souvent des creuseurs très expérimentés. Les cascadeurs, un genre
particulier de creuseurs, sont des creuseurs ambulants qui n’ont pas de puit fixe et travaillent
d’un puits à l’autre en fonction des rumeurs de bonne production81.
En jargon local en Ituri, Tshopo et Haut-Uele, les creuseurs sont appelés « boulonneurs »
(signifiant personne exécutant un boulot) tandis que les plongeurs sont appelés
« kazabouleur » (venant du swahili « kazi ya bure » ou travail non gratifiant). Ces
appellations montrent combien bien que produisant un revenu supérieur à la moyenne, le
creuseur et le plongeur continuent à se considérer au bas de l’échelle.
« Je fais ce travail parce que je n’ai rien d’autre à faire, et je ne souhaite pas devenir un
voleur dans le quartier. Aussi, grâce à ce travail, je paie les études de mon petit frère et
l’empêche d’être comme moi dans sa vie » nous confie un plongeur en Haut-Uele.
• Montistes/Machiniste/S-4
Les « montistes » ou « aides » sont des personnes chargées de veiller sur le plongeur quand
ce dernier se trouve sous l’eau. Ils vérifient régulièrement que le plongeur est en bonne
position et qu’il est bien approvisionné en oxygène82 comme expliqué au deuxième chapitre.
Les « machinistes » sont chargés de réparer les moteurs qui fonctionnent à la mine à savoir
79
Entretiens avec les creuseurs à Atekoma et Mbula-mbula dans le Haut-Uélé en Mars 2018.
80
Le terme « cyanner » est plus utilisé en ex-Province orientale. Au Sud-Kivu, on a plutôt des « lotteristes » qui
achètent les concentrent et les amalgames pour voir qu’est-ce qu’ils peuvent en tirer.
81
Focus group avec les creuseurs à Lugushwa au Sud-Kivu en Février 2018.
82
Entretien avec un plongeur à Kasabula sur la rivière Kibali en Mars 2018.
66
les motopompes, les compresseurs d’air, les concasseurs, les moteurs des dragues, etc.83. Le
mot « S4 » est un jargon de l’armée et de la police congolaise adopté par les creuseurs et les
plongeurs. Ce sont des femmes dont le rôle est de préparer la nourriture pour les creuseurs et
les plongeurs. Le revenu de ce groupe est largement inférieur à celui des plongeurs.
A part les acteurs intervenant dans l’extraction, d’autres sont dans la commercialisation. Il
s’agit des tenants des maisons de broyage et de traitement, les petits négociants et les grands
négociants des comptoirs urbains d’achat.
83
Entretiens avec les creuseurs à la carrière G7 (Poudrière) à Lugushwa, Sud-Kivu en Février 2018.
84
Entretien avec un loutrier à Lugushwa au Sud-Kivu en Février 2018
85
Entretien avec un négociant, tenant une maison de broyage à Mambasa en Ituri en Mars 2018
67
Ils sont présents sur le site pour acheter l’or produit dans les mines à proximité et vont les
revendre chez un autre négociant avec profit. Ils assurent aussi la vente du mercure dans les
sites d’orpaillage. Ils sont appelés « acquéreurs » en Haut-Uélé. Les creuseurs ne leur vendent
souvent que des petites quantités d’or (souvent pour accéder à un peu d’argent pour leurs
besoins quotidiens), mais dès que la quantité d’or est assez grande pour justifier le cout de
transport entre la mine et le centre le plus proche (où les prix sont plus élevés que ceux
qu’offrent les négociants ambulants), les creuseurs se passent de leurs services.
Dans les provinces produisant l’or et le diamant, l’ASSOPLOCO (Association des Plongeurs
du Congo), intervient dans la formation des apprentis plongeurs et dans la médiation des
86
Entretiens avec les creuseurs de Lugushwa en Février 2018.
68
conflits entre creuseurs, propriétaires des dragues et autres acteurs du secteur 87. A Kamituga,
au Sud-Kivu par exemple, il y a deux associations rassemblant des creuseurs : COKA
(Comité des Orpailleurs de Kamituga) et CPACAM (Coopérative Principale des Associations
des Creuseurs Artisanaux de Mwenga) (Geenen et Kamundala, 2009).
Le Ministère des Mines est responsable de l’EMAPE. Ses agences sont le Cadastre Minier
(CAMI), qui fournit un soutien administratif et technique au secteur minier en matière de
certificats de prospection, d'identification des mineurs et de demandes de location, et le
Centre d'Evaluation, d'Expertise et de Certification (CEEC), qui travaille évaluer et évaluer
les minéraux et légitimer et suivre toutes les étapes du processus, de la maison de commerce
au point d'exportation, dans le but de lutter contre la contrebande. Le SAEMAPE (Service
d'Assistance et d'Encadrement des Mines Artisanales et à Petite Echelle) est une branche
technique de la Division des mines qui a été créé en 2003. En collaboration avec la Division
des Mines, il suit l'écoulement des minerais du puit au point d’achat. Le SAEMAPE soutient
également les mineurs artisanaux avec une assistance technique, des conseils de santé et de
sécurité et des services sociaux (Bashwira, 2017). Hélas, beaucoup de ses agences s’écartent
de leur service et ne font que prélever les taxes (légaux et illégaux) auprès des creuseurs et
autres acteurs du secteur (Nkuba et al, 2016). Souvent, la mention du nom d’un service
étatique évoque plus les tracasseries que tout autre chose auprès des creuseurs (étant donné
que ceux-ci n’ont en plus jamais constaté un quelconque bénéfice émanant de l’argent qu’ils
donnent à ces agences)88. Durant les recherches, nous avons rencontré des agents du service
des mines envoyés en mission pour superviser des creuseurs dans des recoins isolés, se
convertir eux-mêmes en creuseurs pour assurer leur survie, car souvent l’Etat ne les prend pas
en charge89.
87
Focus group à la carrière Bavakubi en Mars 2018.
88
Entretien avec les creuseurs de différents sites entre février et avril 2018
89
Discussion en focus groupe avec les creuseurs de Yambi-Yaya à Bafwasende, Province de la Tshopo en mars
2018
69
90
Interview dans la Province de l’Ituri en Mars 2018.
70
91
Entretien avec le plongeur Junior de site minier d’Avakubi sur la répartition des revenus et les affectations de
ces revenus, Mars 2018.
92
Entretien avec le superviseur minier dans le site de Yambi yaya en Haut-Uele, Mars 2018.
93
Entretien avec un creuseur de Yambi yaya en Haut-Uele, Mars 2018.
94
Entretien avec un chef d’équipe de creuseur dans le site de Kafiawema, Mars 2018.
95
Entretien à Bendera dans la province de Tanganyika, Mars 2018.
71
c) Exploitation souterraine
La répartition des revenus dans le site de Lugushwa, au Sud-Kivu est une basé sur la
longueur du filon de minerais aussitôt qu’il est atteint : le premier mètre (appelé localement
« Muzamiyo ya kwanza ») revient PDG, suivi du DG, superviseur (conducteur), capita,
foreurs, pelleteurs, supporteurs, transporteurs, sentinelles. Le cycle recommence dès qu'on
atteint la dernière catégorie96.
• Le PDG
Le PDG qui gagne40 à 50% du revenu total. Il gagne plus car il a investi des montants
considérables (le plus souvent plusieurs milliers USD) au départ, prend en charge la
maintenance des machines, la santé des creuseurs qui travaillent pour lui et a contracté des
dettes pendant l’exploitation, qu’il doit rembourser. De fois, avant le partage, le PDG
soustrait les dettes qu’il a contactées pendant la semaine ou au cours du mois. Le « droit de
bouveau » (5% de la production) est payé à l’AFM par le chef de bouveau, comme paiement
pour l’occupation du terrain.
• Le Superviseur
Après le PDG ou le sponsor, c’est le superviseur, le directeur technique ou toute autre
personne ayant une position équivalente. Ils obtiennent plus ou moins 5% chacun.
• Les creuseurs
Les creuseurs se répartissent plus ou moins 40% de la production selon leur nombre. Souvent,
ils ne sont pas payés en espèces, mais dans une quantité de minerais (souvent comptés en sacs
ou bassins). Cela garantit plus de transparence dans le partage de la production et moins
suspicion de vol de la part de celui qui va faire le traitement (vu que chaque creuseur va lui-
même effectuer son propre traitement et donc voir par lui-même la quantité d’or qu’il
obtient). Cependant les profits individuels demeurent imprévisibles et dépendent de la qualité
de la roche ensachée par chacun97 (Bryceson et Geenen, 2016).Un autre mode de partage est
le temps d’extraction. Les minerais extraits pendant certains jours reviennent au PDG et
pendant d’autres jours aux creuseurs.
96
Entretien avec un mineur de Njoli njoli (exploitation à ciel ouvert) et un de Simali (exploitation souterraine) à
Lugushwa au Sud-Kivu, Février 2018.
97
Les systèmes varient d'un site à l'autre, mais les financiers prennent généralement un tiers du minerai extrait,
les détenteurs de mines ou les gestionnaires en prennent un tiers et un autre tiers est réparti entre les creuseurs.
72
98
C’est seulement dans certaines régions que le chef coutumier est payé en pourcentage et a un agent pour
veiller à ce que sa part soit respectée.
73
Survol
* La formalisation en RDC est encore à une phase élémentaire
* Quelques coopératives œuvrent dans certains sites, mais se butent au fait
que le secteur informel offre beaucoup plus d’avantages aux creuseurs qu’eux
ne peuvent
* Les principales contraintes à la formalisation de l’orpaillage sont : le manque
d’allocation des Zones d’Exploitation Artisanale riche en or; et le manque
d’accès des communautés des creuseurs aux moyens financiers ainsi qu’à
l’assistance technique et organisationnelle dans ce processus de formalisation.
L'accent mis sur les « minerais de conflit » dans les analyses des longs conflits armés et des
insécurités particulièrement à l’Est de la RDC, durant plus de deux décennies, a motivé les
efforts tant internationaux que nationaux, visant à améliorer la gouvernance du secteur minier
artisanal. L'hypothèse fait sur le lien direct entre les conflits et l’exploitation artisanale
montrait que, les réformes minières en privant les groupes armés de leur principale source de
revenu, les forceraient à abandonner les attaques armées. Le gouvernement congolais s'est
joint à un large éventail d'institutions et d'entreprises internationales pour rendre les chaînes
de produits miniers dits de conflits plus transparentes et, les empêcher de pénétrer sur les
marchés internationaux, tout en garantissant les bonnes conditions de vie aux creuseurs ainsi
que la redistribution équitable des revenus du secteur par une bonne gouvernance (Garrett et
coll., 2010 ; IPIS 2011). En général, le pauvre creuseur au niveau du site et le pays, de façon
générale, enregistrent beaucoup de manques à gagner tout au long de chaine
d’approvisionnement.
Dans ce chapitre nous exposons les sous bassement aux reformes minières existantes, les
contraintes et obstacles que rencontrent celles se focalisant sur l’or et une perspective
d’avenir des initiatives dans le secteur.
pendant les premières années de l’indépendance en 1960, mais les troubles politiques suivi
des politiques néo patrimoniales du Président Mobutu, la mauvaise gestion des grandes
sociétés minières et les tarifs oscillants au marché international ont tous contribué à plonger
le pays dans une crise économique sans précédent (Geenen, 2011 ; Geenen, 2014). Vers la fin
des années 1970, le Président Mobutu, en réponse à la crise économique persistante, a appelé
les citoyens congolais à « se débrouiller » ; ce qui a également été appelé « économie de la
débrouillardise » ou « Article 15 » (MacGaffey 1991, 1986 ; Meditz et Merrill, 1994).
Au début des années 80s, le Zaïre s’est engagé avec Fonds monétaire International et la
Banque mondiale dans les Programmes d’ajustement structurel (Mazalto, 2008). Poussé par
les organismes internationaux, l’État a, ainsi, libéralisé le secteur minier, ouvrant, par
exemple, certaines concessions minières à des creuseurs artisanaux. Ce phénomène s’est
progressivement généralisé à l’ensemble des sites d’extraction industrielle existants dans tout
le pays créant ainsi de nouveaux réseaux de commerce et de contrebande de minéraux
(MacGaffey, 1991). Au point où jusqu’en 2008, la production minière artisanale représentait
jusqu’à 90 % de la production minière du pays et fournit l’emploi et les moyens de
subsistance pour environ plusieurs millions de personnes (World Bank, 2008).
Depuis plus de 20 ans, la RDC a été engloutie dans les guerres successives (1996-1998,
1998-2003) et des poches d’insécurité continuent à surplomber plusieurs zones rurales surtout
à l’est du pays. Dans ses tentatives de réformer le secteur minier, le régime du Président
Kabila a signé plusieurs contrats juste après la guerre. Toutefois, ces contrats, qui ont été
développés sous la forme de partenariats économiques (joint-ventures), désavantageant la
RDC : le pays était dans une faible position de négociation, ayant pourtant besoin de capitaux
pour soutenir la position politique du nouveau gouvernement (Geenen 2014 ; Mazalto, 2008).
Plus tard, avec le Président Joseph Kabila et le retour des institutions financières
internationales dans le pays, la promulgation d’une nouvelle loi minière, le code minier en
2002, c’est vu comme une nécessite incontournable pour permettre non seulement la
formalisation du secteur mais aussi en promouvant.
Récemment, plusieurs initiatives ont été mises en avant en se concentrant sur le lien entre les
conflits et l’exploitation minière en RDC. Cela ouvre la voie à un large éventail d’efforts aux
niveaux international, régional et national pour améliorer la gouvernance minière de RDC.
Une gouvernance efficace minière est maintenant plus nécessaire que jamais pour la réussite
des initiatives en cours sur les « minéraux de conflit ».
75
Celui-ci comprend la promulgation des textes légaux tels que le code minier de 2018, celui de
2002, avec le règlement minier y relatifs de 2003. Conformément au code minier qui donne
le cadre légal de la formalisation du secteur minier artisanal, les creuseurs sont censés
travailler dans le respect de certaines mesures afin d’être reconnus. Le Code prévoit la
création de « zones d’exploitation minière artisanale » (ZEA) dans des endroits où des
exploitations industrielles ou semi-industrielles sont considérés comme irréalisables en raison
de facteurs techniques et économiques (Bashizi et Geenen, 2015 :6). Ces zones sont établies
par arrêté ministériel, après consultation de la Division des Mines et du gouvernement
provincial.
Dans les ZEA, creuseurs sont tenus d’obtenir une « carte de creuseur », renouvelable chaque
année et valable pour une zone donnée (Banque mondiale, 2008). Geenen (2012) a trouvé que
ce prix n’est pas fixe et dépend du pouvoir de négociation de chaque acteur. Après avoir
acquis l’identification requise, les creuseurs doivent être regroupés dans les coopératives qui
sollicitent l’agrément au ministre des Mines. Ce processus a été suggéré comme un moyen
pour fournir aux creuseurs un service d’assistance technique adapté à leur problème
spécifique selon le minéral exploité.
En plus du code minier de 2002, il y a aussi toutes les mesures prises par le gouvernement
congolais pour se conformer aux mesures internationales de luttes contre les minerais de
conflits. Le nouveau code minier de 2018 a pour principale objective d’inclure les principaux
textes qui ont été ajoute dans la gouvernance minière durant toutes ces années mais plus
encore d’augmenter les revenus de l’Etat en revoyant les avantages précédemment accorde
aux industries minières99. Le but final de ce cadre légal demeure de permettre que le secteur
minier industriel et artisanal congolais profite effectivement au peuple congolais.
99
Loi n°18/001 du 09 mars 2018 modifiant et complétant la Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code
minier
76
Toutefois, l’or est reste en arrière-plan dans la ruée d’implémentation des initiatives de
reformes minières. Comme déjà signaler, sur les 13 initiatives déjà en fonctionnalités en
2014, seulement 3 étaient focalisées sur l’or (Cuvelier et al, 2014) ont constaté qu’il existait
un certain nombre d'initiatives tentant de nettoyer le caractère lie au conflit de l’or au niveau
mondiale mais que leur impact en RDC n’était que minime car oriente plus sur les entreprises
de transformation. Toutefois, grâce au CIRGL, des efforts ont été mise en pour mettre des
100
Les arrêtés ministériels n° 0705 et 0706/CAB.MIN /MINES/01/2010 du 20 septembre 2010 ; portant
suspension des activités minières dans les provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ; l’arrêté n°
0034/CAB.MIN /MINES/01/2010 du premier mars 2011 portant levée la suspension des activités minières dans
les provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu).
77
projets pilotes visant à officialiser l'exploitation aurifère artisanale dans l'est de la RDC.
L’ONG IMPACT avec son projet « or juste » a été pendant longtemps la seule à pouvoir se
démarquer et à se concentrer sur ce minerai, plus tard, une initiative nationale CBRM ainsi
que TETRATECH vont la rejoindre et jusque-là font ce qu’ils peuvent pour analyser le
revenu de l’exploitation de l’or artisanal.
Malheureusement le circuit de collecte des taxes afin de bâtir des infrastructures dont la
population peut bénéficier est déficient par sa multiplicité d’autorités et le manque de
redevabilités de celles-ci envers la population pour qui elles doivent travailler. En effet, dans
la majorité des sites miniers visités, les communautés locales minières restent étroitement
attachées à l’autorité coutumière parallèlement à leur redevabilité envers les autorités civiles
(ainsi que celles militaires). Cet enchevêtrement entre droit coutumier et droit moderne
entretient une confusion juridique, qui parfois est à la base de plusieurs conflits (Alert
International, 2009 ;Geenen, 2012). Les acteurs locaux peuvent, par exemple, soit décider de
s’adresser aux représentants de l’État, qui délivrent les licences d’exploitation ; ou aux chefs
coutumiers qui donnent les droits traditionnels d’accès à la terre ; ou parfois aux chefs
militaires (surtout sur les sites où le processus de traçabilité n’est pas encore en vigueur), aux
élites locales ou aux associations locales des creuseurs et aux ONG. Ce type de contexte, où
78
les différents aspects de l’exploitation peuvent être gérer par plusieurs institutions différentes,
est connu comme un « pluralisme juridique » ou « multiplicité institutionnelle »(Van der
Haar et Heijke, 2013 ;Geenen, 2014 ; Bashwira et Cuvelier, 2017). Dans cette discussion, ils
ont montré que les reformes minières ont eu l’avantage de donner plus de pouvoir à
l’administration en limitant le pouvoir coutumier. Néanmoins, il est à considérer la présence
de la dynamique de la décentralisation (qui prévoit qu’une partie des ressources produits dans
un milieu doivent être rétrocédés pour assurer le développement dudit milieu), qui d’une
certaine façon donne plus de pouvoir aux autorités locales en leurs donnant plus de support
financier. Cette situation crée plusieurs disputes entre les deux pouvoirs au niveau locales qui
peuvent se répercuter sur la vie de la communauté et même indisposer certaines recherches
menées dans la zone. Hélas, dans presque tous les sites miniers les orpailleurs se plaignent
que les taxes payées aux autorités coutumières et civiles ne bénéficient ni à eux ni à la
communauté entière mais seulement autorités coutumières qui les prélèvent. Cette situation
avait déjà été décriée par Geenen et Custers (2010). L’orpaillage renforce les fonctions
traditionnelles de la concession des chefs et leur ajoute des fonctions nouvelles, non
reconnues par la loi ; l’autorité coutumière se confond à l’Etat.
Ainsi, la gestion des pouvoirs dans les sites d’exploitation d’or doit être une priorité pour que
la formalisation puisse réussir. Les orpailleurs (dans tous les sites enquêtés) se lamentent que
les reformes minières ont accru le nombre de taxes à payer bien qu’ils n’en trouvent aucune
contrepartie. Pour eux, que les taxes soient officielles ou non, la communauté n’en tire aucun
gain. Mais néanmoins, avec le démembrement de certaines provinces, un certain
79
rapprochement des autorités administratif commence à s’observer bien que cela n’ait pas
encore produit des fruits escomptés. Ceci est le plus visible pour les sites du Tanganyika et de
l’ancienne Province Orientale qui pour la plupart se situaient trop loin des villes.
La formalisation a toujours été proposée comme une solution miraculeuse pour faire face aux
problèmes de pauvreté et de sous-développement régnant dans les sites d’exploitation
artisanale des minerais (Geenen et Custers, 2010). Plusieurs défis et perspectives relatifs à la
formalisation du secteur de l’or artisanal en RDC ont identifiés :
Malgré les contraintes ci-haut, il existe des exemples des coopératives qui sont en activité
dans certaines provinces malgré la lourdeur administrative et les contraintes financières. Il
existe des études sur les coopératives minières en RDC (Bashizi et Geenen 2015 ; De Haan et
Geenen, 2016 ; Wakenge 2017). Dans cette partie du travail nous présenterons deux études de
cas : la coopérative minière de développement IMANI (CMDI) de la province de Tanganyika
et la coopérative CODEMA (Coopérative pour le Développement de Mambasa) dans la
province de l’Ituri, pour montrer la dynamique de fonctionnement des coopératives minières
d’or en RDC.
La CMDI est une coopérative qui a été créée en 2017 dans la province de Tanganyika.
81
« C’est avec l’adoption d’une loi par le gouvernement Congolais exigeant que les
exploitants artisanaux soient constitués en coopératives qui a motivé les creuseurs de se
mettre ensemble » nous dit le Président et fondateur de la coopérative.
C’est depuis 2011 que les processus de regroupement des creuseurs en équipe ont commencé
et aujourd’hui, le nombre de membres s’élève à plus 500 dans la coopérative et le nombre
continue à augmenter.
Cette coopérative vise à défendre des droits des creuseurs vis-à-vis de l’Etat, des chefs
coutumiers, etc. ainsi que l’encadrement des creuseurs d’or dans tous les sites miniers. Ainsi
elle organise la sensibilisation des creuseurs contre les mauvaises pratiques d’extraction et la
sécurité au travail. Elle met aussi à la disposition de ses membres des matériels et
équipements : casque, tenue, bottes, bêche, barre de mines, … Elle leur assure également les
soins de santé primaire, la ration alimentaire, etc. Elle met aussi en œuvre des activités qui
permettront aux creuseurs d’avoir une activité alternative telle que dans l’agriculture, le petit
commerce, etc. en cas de pénurie d’or.
En ce qui concerne les activités d’extraction, les creuseurs produisent pour la coopérative qui
centralise toute la production pour l’exportation. Cette centralisation se fait grâce à
l’utilisation d’une seule unité de traitement d’or dans la ZEA. Tous les creuseurs opérant dans
la ZEA sont obligés de venir faire le traitement de leurs minerais dans cette unité et c’est dans
cette même unité que la coopérative effectue l’achat de la production à ceux-ci, en divisant
directement les parts qui reviennent à chaque acteur. Cependant certains creuseurs arrivent
toujours à trouver le moyen d’échapper à ce système, malgré que le code minier 2018 prévoie
en son article 4 que l’exploitant détenteur d’une carte d’exploitant artisanal ne peut
commercialiser les produits issus de l’exploitation artisanale que par le truchement de la
coopérative minière à laquelle il a adhéré. La coopérative s’assure que toutes ses activités
sont limitées à cet espace géographique précis en application de la loi qui exige que les
creuseurs ne doivent exercer que dans une zone d’exploitation artisanale. Malheureusement,
la clandestinité dans laquelle beaucoup de négociants opère (surtout le fait qu’ils paient très
peu de taxe) leur permet d’offrir aux creuseurs des biens meilleurs prix que ceux de la
coopérative, poussant donc ceux-ci à cacher une partie de leur production à la coopérative et
la vendre dans le ‘marché noir’101.
101
Entretien avec le Président de la CMDI en Mars 2018
82
Sur le plan de la production, CODEMA (grâce à son partenariat avec IMPACT) donne les
équipements pour l’exploitation aux creuseurs. En contrepartie, les creuseurs doivent accepter
de rester dans la coopérative et ne vendre qu’à celle-ci dans les maisons d’achat modernes
(MiniMAM et MAM), qui facilitent ainsi la traçabilité à travers l’achat de l’or dans les sites à
l’aide d’extraction où se trouvent les MINIMAM et la centralisation de cet or à Mambasa
centre. A partir de six sites validés, CODEMA accompagne aujourd’hui plus de 353
creuseurs actifs, dont 71 femmes avec 239 puits. Avec ces stratégies, CODEMA a déjà
augmenté la production et poursuit cet objectif (plus d’un kilogramme d’or par an). Le
nombre de creuseurs qu’accompagne Impact est très faible, car plusieurs n’en voient toujours
pas l’avantage. D’autres intègrent la coopérative pour bénéficier de différents avantages, mais
ne lui vendent pas la totalité de leur production, vu qu’ils peuvent vendre à des bien meilleurs
prix chez les négociants privés. Parmi les objectifs que poursuit l’organisation l’utilisation
responsable du mercure et limiter ses effets non seulement sur la santé humaine mais aussi
sur l’environnement.
83
Photo 37: Prix de l’or pur (OR) et or-amalgame (M) dans MiniMAMs alors que le prix sur
le marché est à 40$ le gramme à quelques kilomètres de ces MiniMAMs
Bien que, la formalisation de l’or artisanal en République Démocratique du Congo, est non
seulement une nécessité mais et surtout un impératif pour le développement du pays. De la
production à la consommation finale, le pays demeure le grand perdant dans le processus
(OSISA et SARW, 2015). La création des coopératives, bien qu’encore à ses débuts, est un
pas en avant pour plusieurs sites. Cependant les relations de pouvoir qu’elles créent ne
déterminent pas de façon évidente dont les acteurs de tous les niveaux en tirent bénéfice. La
« gouvernance par le bas » serait la solution à ce partage de bénéfice mais celle-ci risque
aussi d’être captée les élites locales qui en bénéficieraient le plus. Néanmoins, d’une façon
générale, bien que difficile à mettre en œuvre, la formalisation du secteur permettrait aussi de
développer le milieu où l’or est extrait (CDJP, 2015), car celui-ci continue à être privé des
externalités positives de ce secteur.
84
La position de la femme dans le secteur minier a pris de plus en plus d’ampleur dans les
discussions tant au niveau international que national depuis un certain temps (Bashwira,
2017). L’Afrique a le pourcentage de femmes artisanales le plus élevé, estimé entre 40 et
50% des artisans miniers (Hinton et al., 2003). Dans quelques pays africains tels que le
Ghana et le Malawi, les femmes représentent plus de 50% de la main d’œuvre de
l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (CAMD, 2015).
commençant par le manque de possibilités d'emploi pour les femmes et leur emploi dans des
travaux humiliants et non protégés (Lahiri-Dutt & Mahy, 2008).Dans des contextes de conflit
tels que celui de la RDC, cette attention est amplifiée par la relation supposée entre
l'exploitation minière artisanales, les conflits armés et les violences sexuelles (Attausserre,
2012 ; Bashwira, 2017).
L'une des caractéristiques du secteur minier est l'emploi croissant des femmes dans les
activités traditionnellement masculines, ce que Lahiri-Dutt (2015) a appelé la féminisation du
secteur minier, bien que les femmes, comme l’a constaté certains auteurs, restent toujours
désavantagées sur le plan social par rapport aux hommes (Sharma, 2010). La frustration et les
opportunités limitées éloignent les femmes de l'industrie minière. Compte tenu des inégalités
basées sur le genre existant dans les communautés africaines rurales, en général, les hommes
et les femmes n’ont pas souvent les mêmes rôles ni les mêmes droits de propriété sur les
ressources. Les femmes ne sont pas impliquées dans les processus de prise de décision
communautaire et encore moins en ce qui concerne les ressources. Cette discrimination à
l’égard des femmes est aggravée par l’accès restreint aux ressources telles que le crédit,
l’éducation et les technologies, la protection juridique à peine mise en application et
l’influence restreinte sur les milieux de prise de décision sur le plan local et national
(Yakovleva, 2007 ; CADM, 2015).
« Nous devons parfois ôter tous leurs vêtements pour porter la tenue de plonge et plonger
dans la rivière ou pour nager d’un point à l’autre et la présence d’une femme qui n’est
pas mon épouse ne peut que déranger » nous confient les plongeurs de la Rivière Kibali
en Haut-Uele.
Elles sont également confrontées à une discrimination basée sur le sexe dans les sites miniers,
les empêchant d'assumer des rôles qui leur procureraient un revenu plus élevé. Dans certaines
parties du pays, les femmes et les filles n’ont pas le droit de se trouver à proximité des zones
de creusage, soit disant parce qu’elles provoqueraient, selon la croyance, la disparition de
l’« esprit » qui fait apparaitre les filons d’or (PACT, 2010).
Les femmes qui travaillent sur ces sites sont donc plus susceptibles d’être vues en train de
creuser dans les zones de résidus ou les zones de rebuts de faibles densités. Même sur ces
sites, les femmes sont principalement affectées au traitement du minerai (surtout le
nettoyage) et à la fourniture de biens et services à d’autres creuseurs (World vision, 2013).
Il a toutefois été observé dans les sites aurifères visités que les femmes font partie des
groupes de production comme les coopératives et les comités de creuseurs. Leurs
représentantes appelées « mères chefs » sont impliquées dans la prise de décisions sur le site.
Le rôle de ces dernières est de faciliter la vie des femmes dans les mines, contrôler toutes les
activités exercées par les femmes au niveau de la mine et gérer tous les conflits impliquant
une femme.
La participation de la femme dans le secteur minier ne se fait toutefois pas sans encombre :
dans l'Est de la RDC, il a été noté que 40 % des femmes qui travaillent dans les exploitations
minières artisanales doivent faire face à des abus sexuels pour pouvoir travailler ou accéder à
des biens de première nécessité. Selon une étude récente, ces abus sont souvent commis par
des civils, plutôt que par des bandes armées qui profitent de la vulnérabilité de ces femmes en
matière de moyens de subsistance, d'éducation et d'accès aux ressources économiques. Pour
bon nombre de décideurs politiques et d’initiatives de reformes tant internationales que
nationales, l’idée serait de sortir les femmes dans les sites miniers et leur donner des
alternatives de revenus dans d’autre secteurs comme l’agriculture ou le commerce. Pourtant,
Bashwira et al., (2003) ont mentionné que cela n’était pas toujours évident et que considérer
les femmes comme un groupe hétérogène, ayant des besoins différents et donc des problèmes
différents, serait un moyen pour mieux aborder le problème que rencontrent les femmes dans
les mines.
87
Quatre principales raisons motivent les femmes à pratiquer l’artisanat minier : la recherche de
la sécurité, la pauvreté économique, les responsabilités familiales et l’envie d’avoir une
nouvelle/meilleure vie (Bashwira, 2017). Les femmes interviennent dans le concassage
manuel, le lavage, le transport des minerais vers le site de traitement, le lavage des déchets
mais aussi dans certains sites, elles font le creusage (Yakovleva, 2007, Hinton et al, 2003).
En ce qui concerne l’exploitation souterraine, dans presque tous les sites, les femmes sont
strictement interdites d’accéder aux trous par les chefs des camps et d’accéder même à la
carrière pour d’autres sites. Bien qu’exceptionnellement à Kamituga au Sud-Kivu, on a
rencontré certains chefs de puits femmes dont l’une d’entre elle a même été autorisée, après
une cérémonie coutumière, à entrer dans le puits. D’autres qui n’ont pas fait cette cérémonie
se font aider par un « manager » chargé de surveiller le travail des creuseurs dans le puits (vu
qu’elles ne peuvent pas y entrer).
88
Les femmes ne sont pas admises dans les puits, pour deux raisons : elles sont moins fortes
pour ce genre de travaux et la coutume locale est sévère avec les femmes qui peuvent tenter
d’y entrer. Selon cette coutume les femmes sont porte-malheurs dans le puits d’or :
« Même pour nous les hommes c’est difficile et risqué de circuler dans le puit. Comment
peut-on imaginer qu’une femme puisse avoir la force et la souplesse de circuler dans un
puits et creuser la roche ?» nous confie un creuseur à Lugushwa, au Sud-Kivu.
« Et puis, tout le monde le sait très bien, les femmes font fuir l’or. Si une femme entre dans
un puits, vous pouvez être certain que ce puit ne produira jamais un seul mushale (0,1gr)
d’or », complète un autre.
Au-delà des coutumes qui empêchent les femmes à s’impliquer dans l’extraction primaire,
elles ne semblent pas être motivées elles-mêmes à se battre contre ces coutumes. La raison
serait le fait que les hommes sont plus enclins à s’attaquer à des terrains vierges exigeant
beaucoup d’efforts physiques sans production au départ mais avec un espoir de faire un grand
gain dans le futur. Les femmes en revanche sont plus attirées par des sites exigeant moins
d’efforts au départ, à production plus rapide, même si ceux-ci peuvent ne jamais donner des
fortes productions dans la suite. Elles sont plus à la recherche de la survie de leur famille
(qu’elles ont toujours auprès d’elles), pendant que les hommes sont à la recherche de la
grande fortune (laissant souvent leur famille au loin).
A Kafiawema dans l’Ituri par exemple, une mine à ciel ouvert, les femmes possèdent leur
propre site d’exploitation, où elles ne doivent pas travailler près des hommes. Elles creusent
des trous de 1 mètre à peu près et lavent le sable pour en obtenir de l’or. Cependant, le site de
traitement est le même que celui des hommes.
103
Entretien avec les femmes twangaises de Lugushwa, au Sud-Kivu
90
Dans les entités de traitement (appelé « domaines » à Kamituga au Sud-Kivu), les femmes
(communément appelées « mamans bizalu ») interviennent aussi dans le lavage des minerais
ou le recyclage des résidus miniers. Les « mamans tora » font le transport des minerais du site
d’extraction vers l’entité de traitement. Elles se font souvent aider par leurs filles comme le
font les « maman twangaises ».
« Nous n’avons pas le choix car nos enfants doivent manger et parmi nous il y a beaucoup
de veuves. C’est difficile mais nous sommes obligés de travailler » nous confie une
« maman tora » qui travaillait avec sa fille.
Même si l’amalgamation est surtout réalisée par les hommes, dans certains sites, les femmes
impliquées dans le lavage et le recyclage du minerai sont en contact avec le mercure. Pour
obtenir des quantités minimes d’or, elles lavent les minerais ou recyclent ceux déjà utilisés
qu’elles traitent au mercure. A Kafiawema dans l’Ituri par exemple, des femmes, sans
dispositif de protection, font l’amalgamation et chauffent l’amalgame en plein air. Elles ne
connaissent pas les effets néfastes que pourrait avoir le mercure sur leur santé104.
« Les femmes travaillent l’or mais pas sur le même site que nous. Elles ramassent des pierres
au-dessus de 1 mètre de profondeur pour aller piler au moduleur ou concasseur. Les femmes
enceintes et celles qui ont des bébés travaillent aussi et utilisent le mercure sans aucun
problème » dit un creuseur de Mbula-mbula, un site d’exploitation d’or à ciel ouvert dans la
province de Haut-Uele.
Aussi, selon World vision (2013), les mères, en particulier, sont préoccupées par les
conséquences à long terme du contact de leurs enfants avec l’eau « acide » dans laquelle le
minerai est lavé. Des filles et des femmes de tout âge travaillent dans l’eau jusqu’à la taille et
ont de fois des infections vaginales, qu’elles traitent souvent elles-mêmes avec des
antibiotiques. Dans les sites aurifères visités, il n’a toutefois pas été observé des femmes
traitant le minerai à l’acide ou au cyanure.
6.1.4. Implication dans le commerce et la restauration
Ce sont les femmes, la plupart du temps, qui préparent la nourriture des creuseurs dans les
sites d’exploitation artisanale d’or visités en Ituri, Tshopo et Haut-Uele où elles sont appelées
S4 et font partie de l’équipe d’exploitation du bouveau ou de la drague. Au Sud-Kivu, par
104
Entretiens avec les creuseurs et observations sur les sites d’orpaillage en Février et Mars 2018.
91
contre elles possèdent des restaurants dans les carrières. Certaines travaillent en collaboration
avec les creuseurs qui leurs donnent de l’argent pour faire la provision pour un temps donné
et d’autres travaillent avec leur propre capital.
Les femmes impliquées dans la restauration ne sont pas toujours à l’abri de l’intoxication au
mercure, car dans plusieurs sites les feux des cuisines sont utilisés pour bruler l’amalgame et
en obtenir l’or ; et ce sans tenir compte que les femmes qui y font la cuisine à longueur de
journées peuvent être exposé à ce mercure vaporisé. À part la nourriture, elles vendent aussi
des produits divers (bières, jus, savons, biscuits, habits, etc.)
Photo 40 : Un mineur brulant son amalgame dans la cuisine d’une maman S4, pendant la
préparation du repas
Pour ce qui est de l’implication des femmes dans le commerce de l’or, les avis sont souvent
partagés entre les enquêtés. Certains trouvent que le fait que le négoce implique souvent le
fait de prêter de l’argent aux creuseurs et attendre qu’ils t’apportent la production et te
remboursent lors de l’achat, devient trop difficile pour les femmes. D’autres trouvent
qu’homme ou femme, tout le monde peut faire le négoce :
« Les femmes peuvent aussi être PDG ou négociantes d’or. L’essentiel c’est d’avoir le
capital nécessaire » selon les négociants interviewés à Nyanya dans l’Ituri. Toutefois,
même si les femmes peuvent bel et bien être PDG, selon les creuseurs de Lugushwa au
Sud-Kivu, il leur est difficile de donner le même respect à une femme car une femme ne
peut pas leur donner des ordres.
en a dans certains cas plusieurs qui entrent dans la prostitution librement, d’autres sont
recrutées par les propriétaires de bars ou de petits établissements de restauration près des
mines et ces derniers leur imposent la vente de leurs corps comme condition de leur travail en
tant que serveuses (Free the Slaves, 2013).
« Toutes les femmes que vous rencontrez dans les bars sont des prostituées. Je fais des
efforts pour les contraindre à se protéger contre les maladies et surtout ne jamais tomber
enceinte, mais je ne peux pas les empêcher de vendre leur corps », nous a expliqué une
responsable du genre dans l’un des sites visités105.
Aussi, étant donné que les revenus journaliers déjà modestes, ne sont pas certains, il y a des
femmes dans les mines, désespérées par une journée stérile du travail s’adonnent au sexe
transactionnel. Le travail minier étant une activité nécessitant beaucoup d’effort physique,
d’autres femmes s’adonner au sexe transactionnel comme alternative106. Elles se font payer
en liquide, ou moyennant de l’or selon la convention.
« Avec 1 gramme d’or (40$), une prostituée peut vous offrir ses services pendant deux
semaines » dit un creuseur de Bendera dans la province de Tanganyika.
« Ici, un ‘coup’ avec un prostitué ne coute que 10,000Fc (6USD), ce qui est moins de 2
bouteilles de Primus. Mais, maintenant si tu veux passer tout un mois avec elle, tu peux
chercher 10 gr d’or» dit un autre creuseur à Lugushwa, dans la province du Sud-Kivu.
Toutefois dans certains sites comme à Avakubi dans le Tshopo et Kazabula dans le Haut-
Uélé, les prostituées sont interdites d’exercer ou d’accéder aux carrières pour éviter les
mésententes entre creuseurs.
« Dans le passé nous avons eu un conflit entre deux plongeurs qui aimaient la même
prostituée. Un des plongeurs a failli se faire tuer par le petit frère du deuxième plongeur
pendant qu’il était sous-l’eau et que ce petit frère était responsable de lui envoyer
l’oxygène. Depuis, on a établi un règlement interdisant l’accès aux prostituées », nous dit
un responsable de drague à BAC en Province de Haut-Uele.
Dans un site en Ituri, par contre, les plongeurs présentaient les prostituées de leurs camps
avec beaucoup de fierté.
« Les activités se passent bien ici. Tu peux le voir toi-même par la qualité de nos
prostituées» nous dit un plongeur à Teturi, en Province de l’Ituri.
105
Par souci d’anonymat, nous taisons le site dont elle est responsable.
106
A Lugushwa au Sud-Kivu, les creuseurs disent qu’ils ne peuvent vivre sans prostituées car ces dernières les
aident à se détendre après les journées de dur travail.
93
Les femmes sont vulnérables dans le secteur minier artisanal (Muswamba, 2006). Promines
(2016), explique que ce fait est lié aux faits suivants :
- faible taux d'instruction chez les femmes, d'où un niveau d'information insuffisant pour
comprendre leurs droits, et par conséquent les apprendre aux autres,
- l'apport de la femme au budget des ménages ne cesse d'augmenter du fait de la crise,
- beaucoup de femmes sont des débutantes dans ce secteur et manquent d'expérience,
- la proportion élevée des femmes qui s’engagent dans la prostitution ou qui sont victimes de
violences sexuelles dans les mines,
- aussi certaines femmes migrent aux sites miniers d’autres zones géographiques en recherche
de l’emploi, souvent sans réseau social ni support ou ressources. Ceci intensifie la probabilité
d’exploitation.
- les déplacées de guerre.
107
Entretiens et observations à Kafiawema dans la province d’Ituri en Mars 2018.
94
les besoins, le statut et le rôle des femmes sont considérés comme égaux à ceux des hommes
fait partie intégrante d'un tel cadre.
• Les gouvernements donateurs, les ONG, les investisseurs et la société civile
congolaise devraient continuer à faire pression sur le gouvernement de la RDC et les agences
des Nations Unies pour répondre aux défis spécifiques rencontrés par les femmes dans les
communautés minières artisanales et les zones rurales. Par exemple, lorsque des programmes
de développement plus larges dans les domaines du VIH / Sida et de la violence sexuelle sont
en cours, des activités de sensibilisation ciblant spécifiquement les femmes artisanales les
aideraient à accéder à un soutien et à des services indispensables.
• Il est important de reconnaître que les femmes peuvent vouloir rester dans
l'exploitation minière artisanale. Ainsi, les initiatives de subsistance devraient considérer ce
secteur régulé comme une opportunité économique viable pour les femmes comme pour les
hommes, et devraient se concentrer sur le soutien aux femmes pour atteindre une plus grande
équité et sécurité dans le secteur.
• De petites opportunités pilotes de collaboration avec les agences des Nations Unies et
d'autres organisations de développement devraient être créées. Un élément important de ces
efforts pourrait être d'améliorer l'accès aux services de santé et de reproduction pour les
femmes artisanales ; par exemple, les cliniques locales pourraient fournir des services de test
et d'éducation sanitaire.
• La résurgence actuelle de l'intérêt international pour les « minerais de conflit » dans
l'est de la RDC devrait être l'occasion de mettre l'accent sur les résolutions 1325 et 1820 du
Conseil de sécurité des Nations Unies qui réaffirment le rôle central des femmes dans la
consolidation de la paix. Les résolutions devraient être des éléments essentiels de toute
nouvelle initiative proposée, financée ou mise en œuvre.
Promines à travers le RENAFEM (réseau national des femmes des mines) a commencé
depuis 2015. Il a d’abord répertorié le nombre d’associations et de groupes de femmes de
mines qui se trouvent dans chaque province selon les différents minerais. Ceci est une base de
données qui devrait être exploitée pour toute action à mener dans le secteur. Le RENAFEM
est maintenant fonctionnel avec un comité de pilotage qui représente les associations des
femmes des mines de la RDC. Prendre les femmes comme un groupe homogène ne pourrait
qu’obscurcir leurs situations et ne pas cibler les vrais problèmes spécifiques de chaque
catégorie des femmes dans les mines.
95
Survol
* Il y a une présence incontestable d’enfants dans presque tous les sites miniers
* Ceux-ci sont motivé par la pauvreté de leurs familles, qui les empêche d’être
scolarisés et parfois d’être nourris
* Beaucoup de ces enfants finissent par ne pas compléter leur formation
scolaire
* Les conséquences du travail des enfants sont évidentes mais à nuancer
lorsqu’on analyse les réalités de pauvreté sur terrain
* Les enfants utilisent le mercure de la même manière que les adultes. Il n’y a
aucun mécanisme empêchant les enfants comme les femmes d’accéder et
d’utiliser le mercure
Les enfants constitue une catégorie d’acteurs dans le secteur minier est la plus souvent
totalement oubliée par les décideurs. Le travail des enfants dans les mines entre dans la
grande et complexe thématique du travail des enfants en général. Il est souvent lié à la
pauvreté, au manque de services sociaux et d’emplois alternatifs à l’exploitation artisanale
(Thorsen, 2012 et World Vision RDC, 2013). Bien que l’on observe une nette amélioration
en ce qui concerne le travail des enfants à travers le monde (BIT, 2006), en RDC comme
dans bon nombre des pays d’Afrique, le travail des enfants continue de poser des sérieux
problèmes, aussi bien dans le domaine agricole (INS, 2014) que dans les sites miniers
d’exploitation artisanale des minerais (Amnesty International, 2013). L’UNICEF (Pactworld,
2016) estime que 42% des enfants (voire 46% en milieu rural) de RDC de 5–14 ans
travaillent.
En effet, dans les mines artisanales, les enfants sont employés pour diverses raisons, aussi
bien pour de petites que les grandes tâches : creusage, nettoyage, bêchage, ramassage et
transport des minerais, broyage manuel, amalgamation au mercure, recyclage des résidus
miniers, transport de nourriture et bois de chauffe, petit commerce (Richard et al., 2015). Le
bureau international du travail (BIT) a classifié le travail des enfants dans les mines comme
l’une des pires formes de travail infantile en raison de ses dangers inhérents pour la santé
(Yaro et al., 2011 ; Richard et al., 2015).
En 2011, le rapport de l’EEPC sur la RDC pour le PNUE a noté une augmentation du nombre
des enfants dans les sites d’exploitation artisanale de l’or, en dépit des nombreuses
96
sensibilisations sur l’éradication du travail des enfants. Selon le rapport de World Vision
(2013), 40% des travailleurs dans les mines artisanales en RDC sont des enfants et leur
nombre ne cesse d’augmenter de jour en jour. Comme les adultes, les enfants des mines sont
généralement affectés aux activités selon leurs sexes : les garçons étant les plus nombreux
employés dans les travaux dits lourds et fastidieux (Eliseo, 2013). Les raisons qui
pousseraient les enfants à s’engager dans cette activité reconnue de dangereuse sont multiples
et ont déjà fait l’objet de plusieurs études. Certains enfants s’engagent volontairement à cause
du départ ou du décès d’un parent et/ou de la pauvreté, pendant que d’autres sont contraints
physiquement ou suite à des dettes (esclavage infantile). Généralement le secteur minier offre
aux enfants un revenu plus élevé que les alternatives telle l’agriculture et la construction.
Mais cette différence va de pair avec le niveau de risque dans le secteur (Schipper et al.,
2015).
Ce chapitre tente d’expliquer comment la question de travail des enfants est appréhendée par
les acteurs exerçants dans le secteur de l’or en RDC, les causes et conséquences socio-
économiques qui découlent de la présence des enfants dans les sites d’extraction d’or et
proposer des pistes de solutions pour éradiquer ce problème.
L’abolition du travail des enfants est l’une des composantes de l’objectif « travail décent » de
l’OIT qui repose sur quatre piliers stratégiques : l’emploi, les droits au travail, la protection
sociale et le dialogue social. La close lié à la protection sociale renforcent encore le souci de
voir les intervenants dans un travail ne pas être en situation de vulnérabilité.
Trois conventions majeures protègent les enfants actuellement contre le travail des enfants et
en leur garantissant l’accès à l’éducation et aux droits fondamentaux (International de
l’Education, 2013) :
- La convention 138 de l’OIT sur l’âge minimum d’admission à l’emploi, 1973, définit
des normes pour l’âge minimum d’accès à l’emploi. La convention exige des Etats
qu’ils fixent un âge minimum d’admission à l’emploi qui ne doit pas être inférieur à
l’âge auquel cesse la scolarité obligatoire, ni en tout cas à 15 ans. Cependant, un pays
dont l’économie et les institutions scolaires ne sont pas suffisamment développées
peut spécifier un âge minimum de 14 ans à certaines conditions. Les lois du pays
peuvent autoriser l’emploi de jeunes âgés de 13 à 15 ans pour un travail léger qui ne
97
met pas en cause leur assiduité scolaire ou ne porte atteinte à leur santé ou leur
développement. Les âges 12 à 14 ans peuvent s’appliquer à des travaux légers dans
des pays spécifiant un âge minimum d’admission à l’emploi de 14 ans. En octobre
2013, cette convention avait été ratifiée par 166 Etats.
- La Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, à l’article 32, reconnaît à
l’enfant le droit d’être protégé contre tout travail comportant des risques ou
susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son
développement physique, mental, spirituel, moral ou social. Cette convention a été
ratifiée par presque tous les pays.
- La convention 182 de l’OIT sur les pires formes de travail des enfants, 1999,
s’applique à toutes les personnes de moins de 18 ans et demande l’interdiction et
l’élimination des pires formes de travail des enfants à titre d’urgence. Les enfants
astreints aux pires formes de travail doivent en être retirés ou bénéficier d’une
réadaptation et avoir accès à un enseignement de base gratuit ou à une formation
professionnelle. Cette convention connait le rythme de ratification le plus rapide de
l’histoire de l’OIT. En deux ans seulement, 100 pays l’avaient ratifiée et il n’a fallu
que trois autres années pour parvenir à 150 ratifications. En octobre 2013, 177 pays
avaient ratifié cette convention.
Au niveau régional, Kyamwami a noté que les pays africains se sont pour la plupart calqué
aux décisions internationales sur les droits des enfants. Ainsi donc, ils ont mis sur pied la
Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant qui a pour d’adapter la Convention
relative aux droits de l’enfant aux problèmes spécifiques de l’enfant africain afin de faciliter
sa ratification massive et sa mise en œuvre dans les États africains. La RDC est signataire
cette convention.
Le travail des enfants a certes diminué dans le monde mais demeure et continue à prendre une
ampleur dans plusieurs pays ayant un niveau de vie faible108. La libéralisation des activités
minière des années 80s n’a pas eu que comme conséquence la ruée des femmes et des
hommes mais aussi des enfants dans les sites artisanaux et/ou abandonnés par les industries.
Alors que le code minier n’avait pas encore relevé le problème de la présence des enfants
dans les mines, les différentes réformes qui ont suivi et qui ont donné lieu aux minerais de
108
Estimations globales du BIT, 2006 cite par Kyamwami 2013, p 16.
98
conflits ont appelé à des mesures telle que le guide de l’OCDE et d’autres encore qui exclus
la présence des enfants dans les mines artisanales.
En 2001, le BIT avait recensé près de 246 millions d’enfants travaillant dans le domaine
minier. Ces enfants œuvrent aussi bien dans les sites à ciel ouvert que dans les puits
souterrains. Pour la RDC, les chiffres des enfants impliqués dans l’exploitation artisanale des
minerais en général et de l’or particulièrement ne sont pas bien maitrisés (André et MGodin,
2012). Mais certaines estimations (UNICEF, 2007) avaient projeté à plus de 50.000 enfants
impliqués dans l'extraction artisanale des minerais dans la région du Katanga. Néanmoins en
2013, Amnesty International indiquait que le nombre se situerait entre 70 000 et 150 000 en
dépit qu’il diminue au fur et à mesure que l’exploitation minière industrielle prend de
l’importance. Il faut souligner que le mot enfant est différemment perçu par les exploitants
dans le secteur de l’or.
Certains travaux, tels les domestiques que les enfants exécutent pour aider leurs parents et qui
n’entravent pas leurs droits (inclus l’éducation). Dans le site de Porc Bac en Haut-Uele, par
exemple, certains enfants qui s’occupent des leurs cadets de moins de cinq ans pendant que
leurs parents travaillent. Bien que leur présence dans les sites d’exploitation soit prohibée, ils
n’effectuent pas forcément des travaux lies directement à l’exploitation de l’or et/ou qui
portent atteinte à leur intégrité physique ou morale. Les travaux de ce type peuvent être
qualifiés de « légers » et peuvent être considérés comme acceptables voire bénéfiques pour le
développement de l’enfant (OIT, 1973 ; OIT, 1999).
Le travail qui constitue une exploitation de l’enfant et le travail qui comporte des risques pour
l’enfant sont, au contraire, prohibés. En RDC, l’article 58 de la loi n°09/001 du 10 Janvier
2009 portant protection de l’enfant protège les enfants contre toutes les formes d’exploitation
économique. Un travail accompli par un enfant est qualifié d’exploitation dans les situations
où : l’enfant travaille à plein temps à un âge précoce, l’enfant assume de trop lourdes
responsabilités, l’enfant n’est pas payé équitablement pour le travail qu’il fait ou alors le
travail retire à l’enfant sa dignité et sa propre estime (BIT, 2006). Il comporte des risques
pour l’enfant lorsqu’il l’amène à se livrer à des activités dangereuses et inappropriées qui
mettent en danger sa santé et son développement, provoquent un trop grand stress physique et
émotionnel, ne laissent pas à l’enfant le temps d’aller à l’école ou le fatiguent trop pour qu’il
puisse étudier ; ne laissent pas à l’enfant le temps de se reposer ou de jouer (BIT, 2006).
Ces travaux sont jugés par l’organisation internationale du travail (OIT) « inacceptable » car
ils privent les enfants de leur enfance, de leur potentiel et de leur dignité (Kyamwami, 2013).
Dans cette catégorisation nous avons aussi l’exploitation sexuelle. En effet, dans les sites
d’orpaillage, nous avons trouvé des jeunes filles impliquée dans la prostitution et/ou le sexe
transactionnel. Elles sont souvent sous la « protection » d’un(e) adulte qui serait la personne à
l’avoir amené dans le site. Dans sa naïveté, l’enfant lui fait entièrement confiance et lui
remets donc le gros de ses gains en contrepartie de sa « protection ». C’est aussi à cause de
telles pratiques que le travail des enfants dans les mines artisanales fait partie et est d’ailleurs
classifié par l’OIT parmi les pires formes de travail des enfants (Thorsen, 2012).
100
« Il est inconcevable que je travaille seule alors que j’ai deux filles (une en sixième
primaire et l’autre en première année secondaire (12 et 13ans)) à la maison qui maitrisent
bien le travail de l’or ».
Il s’en suit que pour les creuseurs d’or, l’enfance prend fin avec la capacité de l’enfant à
rapporter un revenu à la maison. Ce point de vue est capital pour la survie de la famille mais
préjudiciable pour le développement de l’enfant.
D’un point de vue légal, l’âge auquel on doit identifier un enfant varie selon les
organisations. Au sens de la convention internationale relative aux droits de l’enfant20
novembre 1989, un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si
la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable. Les
Conventions 138 (1973) et 182 (1999) de l’Organisation internationale du Travail (OIT)
mettent dans la catégorie des enfants travailleurs tous les enfants de moins de 12 ans ayant
une activité économique, quelle qu’elle soit, les enfants de 12 à 14 ans effectuant plus que des
travaux légers et tous les enfants subissant les pires formes de travail des enfants (esclavage,
recrutement forcé, prostitution, traite, activités illicites contraintes ou activités dangereuses).
109
Entretiens avec les creuseurs en Février et Mars 2018
101
(abandonné par leur parent à un très jeune âge) ou le trafiquent pour des facilités de
déplacement110.
Dans les sites visites, les enfants sont impliqués dans le transport, traitement du minerai (y
compris le traitement au mercure), le tamisage des pierres broyées, puiser de l’eau, la
surveillance de leur jeune frère sur le site et aider les femmes dans la préparation de
nourriture. Certains enfants travaillent directement avec les membres de leur famille et leur
rémunération est dans la plupart des cas quasi-nulle. D’autres enfants exercent les activités de
vente ambulante (pour les divers en général : cigarettes, eau, de beignets, pain, etc.) et de
broyage111. CRONGD‐KO, CEFOP‐DH, GAERN et GLOBAL‐RIGHTS (2011) avaient
montré que certains enfants qui accompagnent les parents dans les mines s’adonnaient aux
activités parallèles telles que la garde des enfants, la restauration ou la vente d’eau et
d’aliments auprès des creuseurs artisanaux.
La rémunération des enfants dans le secteur de l’or artisanal dépend du genre d’activités
qu’ils exercent et est variable d’un site à un autre. De cela, il s’observe une certaine inégalité
dans la répartition de revenu. Si les adultes sont soumis, pour la majorité des sites
d’extraction de l’or artisanal, à un régime de pourcentage ; cela n’est pas le cas pour les
enfants. Etant officiellement non admis dans les sites artisanaux, les adultes utilisent cette
excuse pour rendre la rémunération des enfants dépendante de leur bon vouloir, plutôt que
d’une convention antérieure au travail.
110
La plupart des postes de contrôle routier exigent une carte d’identité (carte d’électeur) pour passer. Ainsi
donc au moment de l’octroi des cartes d’identités (enrôlement des électeurs), beaucoup d’enfants se donne l’âge
requis pour obtenir la pièce d’identité, surtout vu que les agents d’enrôlements n’ont aucune base de données ni
n’exige aucune pièce pour vérification.
111
Entretien réalisé avec un responsable du puits ANGORA dans la carrière YESU AZA BIEN en date du 10
mars 2018.
102
« Mon grand-frère m’amène dans le site pour l’aider au lavage des pierres déjà broyées.
Il ne me donne que 5000 Francs congolais par semaine comme restauration mais en
échange il me paye aussi les études et d’autres choses nécessaires pour l’école. »
Les enfants qui travaillent à temps plein eux prennent de conventions concernant la
rémunération, mais qui ne sont pas souvent respectées par les aînés. Un entretien réalisé avec
un enfant dans la carrière d’or de Yambi Yaya dans le territoire de Bafwasende 112 qui a
abandonné les études en première année secondaire faute de moyen (car étant orphelin),
affirme
« Mon travail consiste au transport du sable du puits jusqu’au lieu de lavage. Et comme
rémunération, pour une quantité de sable estimée à plus ou moins 1000 bêches déplacées
par jour, je peux recevoir entre 50 et 100 bêches de rémunération. Apres traitement, qu’il
y ait ou pas de l’or, cela n’est plus le problème de celui pour qui j’ai travaillé. Dans le
meilleur des cas, j’en tire autour de 0,1 grammes d’or (équivalant de 4USD) ».
Le cas d’absence de rémunération des enfants dans les sites artisanaux arrive plus avec les
filles qui travaillent avec leurs mères et dont le travail est simplement considéré comme
contribution au revenu du ménage.
D’autres enfants travaillent dans la vente divers produits dans les sites miniers. Parfois ils
vendent de manière autonome des petits articles qu’ils ont achetés, ils ne se contentent que du
bénéfice qu’ils tirent de cette activité. Et parfois, ils travaillent pour autrui : soit un membre
de la famille, soit une autre personne de la communauté, mais souvent la rémunération n’est
même pas discutée en avance et dépend du bon vouloir du propriétaire des biens. Les jeunes
filles qui se voient déambuler dans les sites miniers avec les divers à vendre ont des risques
de se faire violer par les creuseurs. Certains de ces cas ont été relevés dans les années
récentes dans le site de Kamituga. Il est important de souligner que parfois le paiement des
produits divers peut se faire en échange d’une quantité d’or (parfois les creuseurs abusent de
l’ignorance de ces enfants et surévaluent la valeur de l’or qu’ils leurs donnent en paiement).
La plupart de temps, ce sont les parents eux-mêmes qui poussent leurs enfants dans la mine
pour augmenter le revenu total de la famille. Filles et garçons travaillent, afin de pouvoir
112
Le site de YAMBI YAYA a été visité le 21 mars 2018.
103
contribuer à la survie de la famille, bien que, le plus souvent cela nuise à leur développement
mental, physique et affectif. Le salaire des enfants dans les sites d’exploitation artisanale de
l’or, si maigre soit-il, représente une part non négligeable du revenu des ménages pauvres.
Plusieurs enfants113 ont aussi révélé que leur présence dans les chantiers (carrières d’or) est
motivée par le manque d’une prise en charge familial car soit l’un des parents ou les deux
sont décèdes les laissant orphelins. Enfin, pour d’autres enfants, la pauvreté n’est la raison
ultime, ils reconnaissent que leur participation à l’exploitation minière est dû au contact
fréquent qu’ils ont de la mine et de la facilite d’avoir de l’argent dans cette activité.
113
Entretiens avec les enfants-creuseurs entre Février et Mars 2018
104
insuffisantes (CRONGD‐KO et al.114, 2011). Cette réalité est aussi observable dans les
villages miniers d’exploitation de l’or, spécialement dans les zones visites. La distance est un
élément limitant l’accès à l’école, surtout pour les filles. Ainsi les enfants sont obligés de
parcourir plusieurs kilomètres avant d’atteindre les rares écoles comme c’est le cas de
beaucoup de sites comme Tokoleko (Ituri) où beaucoup d’enfants soulignent avoir abandonné
l’école du fait de la distance à parcourir.
Dans d’autres coins où l’école est accessible, comme à Kamituga (Alert International, 2009),
les enfants vont à l’école le matin et revienne l’après-midi pour l’exploitation de l’or. Pour
certains, c’est le peu d’argent gagné qui leur permet de payer les frais de scolarisation. Il
arrive aussi souvent que même l’enseignant soit impliqué dans l’exploitation de l’or. Ce qui
légitimise la préférence des enfants pour cette activité que réalise cet enseignant qui est aussi
leur modèle.
Toutefois, l’orpaillage reste dangereux et fatigant pour les enfants qui y passent parfois toute
la journée. Elle ne leur permet pas de jouir des droits fondamentaux tels que l’éducation et
l’épanouissement. En effet, la majorité des enfants interrogés dans les sites miniers ne
fréquentent plus du tout l’école.
114
Conseil Régional des ONGs de Développement ; Centre de Formation Populaire pour les Droits de
l’Homme ; Groupe d’Appui aux Exploitants des Ressources Naturelles et Global Witness
115
Le conflit inter-ethnique (entre les HEMA et les LENDU) dans la province de l’ITURI a déjà endeuillé
plusieurs milliers de familles et causé de nombreux déplacement des populations.
105
drogue par manque d’encadrement parental. Ils sont donc plus vulnérables, moins soucieux
de leur sécurité et plus exploitable par les adultes.
Conséquences négatives
La présence des enfants dans l’orpaillage accentue le problème de pauvreté communautaire.
Etant plonge dans l’exploitation minière, les enfants ne pensent à aucun avenir en dehors de
cet environnement. Cela conduit à la réduction sensiblement du nombre de personne
instruites et qui pourraient relever le niveau de vie de la population, contribuer à sa
reconstruction et peut-être participer dans les organes de prise de décision du pays en général
et dans leur milieu de vie particulièrement. Ainsi, la pauvreté devient un cercle vicieux pour
cette famille, qui s’hérite de père en fils (ou mère en fille)116. Comme déjà souligner dans les
précédentes sections, la vie dans les camps miniers ou dans les sites n’est pas indiquée pour
les enfants de bas âges. La vie que mènent les creuseurs n’est souvent pas un exemple pour
les jeunes enfants qui sont facilement influençables.
L’orpaillage affecte aussi la santé des enfants qui y participent. Ceux qui doivent transporter,
broyer ou piler les pierres, commencent des travaux lourds très tôt dans la journée pour ne les
terminer parfois que le soir. Même ceux qui ne font que de la vente ambulatoire, se voit
aspirer une grande quantité de poussière venant des concasseurs qui peut conduire à des
problèmes respiratoires. Bon nombre de fois dans des sites, l'utilisation de mercure dans ou
près des ménages, exposent ainsi toute la famille à la pollution, est courante (Nkuba et al.,
2016).
Le travail des enfants pérennise aussi une main-d’œuvre non qualifiée et avec un très faible
niveau de productivité. Les filles sont exposées à la prostitution alors qu’encore en jeune âge,
à des grossesses précoces et non-désirées avec comme conséquences d’attraper les maladies
graves (les MST et le SIDA), compte tenu de la faible utilisation des préservatifs par ces
116
C’est que les spécialistes du développement appellent la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.
106
Conséquences positives
Bien que la loi interdise la présence des enfants dans les sites d’orpaillage, le nombre limité
d’école et des enseignants, la pauvreté des ménages qui ne peuvent prendre en charge la
scolarisation de leurs enfants, etc. poussent certains enfants à chercher le moyen de survie.
Étant délaisser les enfants cherchent une occupation à bas âge et demeurent pour certains la
principale activité tout au long de la vie. D’autres enfants, généralement ceux ayant un âge un
peu avancé que les autres (entre 10 et 14 ans) et qui sont pour la majorité des orphelins,
acceptent de travailler dans le site d’or pour faire vivre leurs jeunes frères et sœurs. Nous
avons rencontré un certain nombre d’enfants, dans plusieurs sites et dans toutes les provinces
visitées, qui arrivent à s’acquitter des frais scolaires grâce à la l’activité de l’or.
107
Survol
* Le commerce d’or est principalement informel
* Les principales routes du commerce de l’or s’orientent vers les pays
frontaliers à l’Est de la RDC
* Les acteurs du circuit commercial vont du creuseur au niveau des puits, le
petit négociant au niveau de la mine, les négociants de villages miniers, les
opérateurs des comptoirs d’achat dans les grandes villes et les acheteurs à
l’extérieur du pays
* La taxation est variable d’une région à l’autre, contient un niveau élevé de
corruption et constitue un des majeurs obstacles au commerce formel de l’or
L’or de la RDC est véhiculé par toute une série d’acteurs intervenant à différents niveaux du
creuseur au marché international et aux producteurs des produits finis. Ce chapitre dresse les
grandes lignes de ce processus de commercialisation au niveau local, notamment des sites
d’extractions visites, depuis le petit creuseur aux comptoirs d’or présent dans les zones
minières. Mais au-delà du circuit, il analyse la dynamique d’acteurs : évaluer les conditions
d’accès au commerce de l’or, comprendre les relations existantes entre les creuseurs et les
négociants, les taxations que les acteurs supportent et les effets de la formalisation sur le
commerce de l’or.
Les routes commerciales de l’or s’orientent vers les pays limitrophes à l’Est de la RDC en
transitant par des cités de plus en plus grandes au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la mine.
A Mongbwalu par exemple, une ville située à environ 80 km au Nord-Ouest de Bunia
(capitale de l’actuelle province d’Ituri), l'or produit dans les mines sort de deux manières
principales. Certains négociants se déplacent de Mongbwalu pour vendre leur or aux grands
108
acheteurs à Bunia ou à Butembo. Alternativement, les négociants vendent aux agents ou aux
grands acheteurs qui voyagent à Mongbwalu d'Ariwara, Bunia ou Butembo. Certains
commerçants à petite échelle voyagent aussi de l'Ouganda à Mongbwalu, achètent jusqu'à
quelques kilos d'or, puis voyagent directement de Mongbwalu pour vendre leur or à Kampala
en Ouganda, ou à Mombasa au Kenya (Fahey, 2008). De manière plus générale, la plupart de
l'or contrebande de l’ex Province Orientale est amené en Ouganda, soit par la route, soit par
avion. L'or voyage généralement via Kisangani, Bunia ou Ariwara, ou Butembo et Beni (au
Nord-Kivu). En Ituri, cependant, les commerçants ont fait valoir que des liens logistiques
supérieurs entre la nouvelle province et l'Ouganda, par rapport à ceux avec Kisangani, l'or
moyen devrait continuer à être exporté directement en Ouganda (Mthembu-salter, 2015).
Les marchés d’Ariwara et de Bunia pour l'exportation vers l'Ouganda (les marges
bénéficiaires ne sont pas élevés, mais il y a très peu de tracasserie et un transport moins
couteux sur cet itinéraire)117 englobent un vaste circuit commercial comprenant les zones
minières, dans lesquelles les commerçants locaux errent et achètent de l'or sur une base de
commission dans des endroits établis, parfois en négociant directement avec des biens de
consommation qui ont déjà été importés par leurs partenaires d'Ouganda avec l'argent tiré des
ventes d'or là-bas. L'or passant par Bunia à Butembo au nord du Kivu est acheté
principalement par les commerçants Nande sur une base de commissions avec des clients à
Kampala, à Dubaï ou en Chine. Aussi certains opérateurs économiques basés dans les villes
frontalières de la RDC, investissent leur capital en or. Ils l'exportent eux-mêmes en dehors
des chaînes officielles ou les vendent à d'autres commerçants pour l'exportation. Depuis
l’Ouganda, il y a plusieurs destinations (Afrique du Sud, Dubaï, etc.) (Fahey, 2008).
Au Sud-Kivu, l’or s’oriente similairement vers Bukavu pour ensuite aller au Rwanda118.
Tandis qu’au Tanganyika, les deux options sont soit d’aller vendre également vers Bukavu
(dans la partie nord de la province) ou vers la Tanzanie119.
117
Entretien avec quelques négociants d’Ariwara en mars 2018
118
Entretien avec les négociants de Lugushwa au Sud-Kivu, en février 2018
119
Entretien avec les négociants de Kalemie au Tanganyika, en mars 2018
109
- Les creuseurs
Le creuseur se trouve à la toute première étape de la commercialisation de l’or. Ses activités
d’extraction et de commercialisation sont extrêmement liées à des relations sociales et
économiques avec les négociants et les « sponsors ». Les relations sociales et économiques
dans les camps miniers reposent le plus souvent sur des devoirs/obligations et des dettes
mutuelles entre les acteurs. Les creuseurs ne sont pas toujours les plus grands bénéficiaires de
ces relations complexes et contrats verbaux avec les négociants et autres acteurs à ce niveau
(Geenen 2011; Werthemann, 2013 ; Bashwira, 2017 ; Vlassenroot et Raeymaekers, 2004).
Les creuseurs vendent leur or généralement au plus offrant des acheteurs qui se trouve dans le
village minier ou pour les plus petites quantités à l’acheteur le plus proche de la mine. Cette
décision est souvent basée au fait que la différence de prix entre les acheteurs du village
minier et ceux présents dans la mine ne couvre le transport vers le village qu’à partir de
certaines quantités. La proximité avec les acheteurs facilite aussi la vente immédiate
directement à la fin du processus de traitement. Le mineur n’a donc pas besoin de patienter, et
se déplacer ni d’assumer le risque lié au transport de l’or qu’il a obtenu. Certains creuseurs
sont obligés de vendre leurs productions sur le site même à des compagnies minières à grande
110
échelle par l'intermédiaire de négociants, qui ne sont plus des acteurs indépendants mais, de
fait, des agents des compagnies (Amnesty International 2013 ; Wakenge 2014).
En ce qui concerne le prêt des creuseurs auprès leurs sponsors, celle-ci se fait soit en nature
(mercure, nourriture, bêches, machettes, …), soit en espèce. Les crédits formels ni entre
acteurs, ni avec les banques et des maisons microfinances, n’existent pas vraiment dans les
sites miniers visités. Les creuseurs rapportent également que plus on monte le long de la
chaine plus les gains deviennent importants et qu’eux sont ceux qui ont le bénéfice le plus
faible. En 2009, Alert International avait déjà trouvé que les creuseurs ne retirent de leur
travail que des revenus minimes qu’ils sont incapables de capitaliser. Ils n’exercent cette
activité que du fait qu’elle génère des revenus rapides (bien que minime) par rapport aux
autres activités alternatives (Perks, 2011).
L’article 33 du code minier 2018 définit un négociant comme toute personne physique
majeure de nationalité congolaise, détentrice d’une carte de négociant délivrée conformément
aux dispositions de la loi. Dans les sites miniers visités, il a été constaté l’existence de
différent type de négociants selon le montant avec lequel ils travaillent. Les négociants
ambulants, c’est les petits négociants qui interviennent à proximité ou dans les sites
d’extraction de l’or (Mutabazi et Nyassa, 2008). A part ceux-ci on distingue les négociants
qui opèrent dans les centres miniers. Cette deuxième catégorie vend l’or directement aux
comptoirs d’achat d’or, dans lesquels ils sont très souvent affiliés ou non. Ces négociants
possédant les adresses fixes ont pour la plupart des cartes de négociants et payent donc les
taxes relatives à cette activité120.
La plupart du temps il arrive que les comptoirs d’achat urbains financent des négociants pour
aller acheter le minerai au niveau des centres miniers (Wakenge, 2014). Ceux-ci peuvent à
leur tour engager des petits négociants (ambulants) pour entrer directement dans les sites
d’extractions et collecter autant de minerai disponible auprès des petits creuseurs.
Suite à la lourdeur administrative, aux taxes et autres tracasseries, ainsi qu’à l’insécurité, la
majorité de négociants choisissent de réaliser leurs achats frauduleusement et ne déclarent
qu’une petite portion de ceux-ci. Ils tiennent ainsi une double comptabilité : une officielle,
120
Un agent du SAEMAPE rencontré à Kisangani nous a montré que la grande difficulté qu’ils rencontrent c’est
que les négociants ne renouvellent pas la carte après l’expiration de la première, ce qui fait que par la suive ils
travaillent dans l’illégalité.
111
mais qui n’est qu’une petite fraction de la vraie. Le SAEMAPE, qui contrôle directement,
connait une faiblesse à soulever à ce niveau : le paiement de certaines taxes au prorata de la
quantité que le négociant a déclaré. Le négociant a donc tout intérêt à déclarer moins d’or
qu’il n’achète en réalité et ainsi payer moins de taxes. Le système déclaratif dans lequel se
situe le fisc congolais a cette faiblesse et cela joue négativement sur le trésor public comme
l’ont aussi démontré Babwine et Ruvunangiza (2016). Cela rend aussi difficile d’établir la
production réelle des mines d’une région. Aussi, ils peuvent ou pas appartenir à groupe
associatif structuré pour la défense de leurs intérêts et dirigé par un président (De Haan et
Geenen, 2016 ; Wakenge, 2014).
Pour fidéliser leurs clients ainsi sécuriser son approvisionnement régulier en or, certains
négociants préfinancent les creuseurs soit en carte de creuseur, en outils de travail… et
deviennent même le sponsor de plusieurs PDG (DIDR-OFPRA, 2014).
A ce niveau, il s’agit du commerce qui se fait entre les gestionnaires ou manager des
comptoirs appelés communément « comptoiristes » et les commerçants spécialisés et agréés
par l’Etat. Pour avoir un comptoir d’achat et de vente d’or, les formalités administratives sont
très nombreuses et très lourdes121, ce qui fait que le nombre de comptoirs respectant
scrupuleusement la règlementation sont peu nombreux. Tout investisseur qui souhaiterait
obtenir l’agrément au titre de comptoir d’achat et de vente des substances minérales de
production artisanale, doit respecter la procédure suivante122 : (1) constitution de la société
auprès du Guichet Unique de création d’entreprise, (2) dépôt de demande d’agrément auprès
de la Division Provinciale ou Urbaine du lieu où l’investisseur souhaiterait implanter son
Entreprise, et (3) transmission du dossier à la Direction des Mines au niveau du Secrétariat
Général des Mines.
C’est dans ces circonstances que l’or congolais profite plus aux pays voisins qu’à la RDC123.
En regardant les routes prises par l’or congolais dans le cadre de la fraude minière, il est
constaté que celle-ci est facilement achemine des provinces du Sud Kivu, Nord Kivu,
Tanganyika et ancienne province Orientale vers les pays limitrophes. Les villes le plus
répétés dans le commerce de l’or sont Bukavu (Sud-Kivu), Butembo (Nord-Kivu), Bunia
121
Entretien avec l’ONG IMPACT à Mambasa en Province de l’Ituri
122
Site de l’Agence Nationale pour la Promotion de l’Industrie.
123
Entretien avec l’ONG IMPACT à Mambasa en Province de l’Ituri
112
124
Un négociant retrouvé dans un comptoir d’achat à Kisangani nous signifié qu’il est obligé d’acheter en plus
de l’or, le diamant pour couvrir les coûts liés à la taxation.
125
La conception de ce schéma est réalisée sur base des interviews des creuseurs, des PDG et des négociants.
113
comptoirs quant à eux, en relation directe avec les maisons d’achat d’or des grandes villes
telles que Bunia, Bukavu, Goma, Kalemie, … revendent leur or a ceux-ci qui l’achemine à
leurs contacts à l’extérieur du pays. De fois le circuit que suit l’or artisanal congolais inclus
plus acteurs que ceux repris dans la nomenclature du code minier (Bashwira, 2017), cela est
dû au grands nombre d’intermédiaires qui y interviennent avant l’exportation finale de l’or.
En conclusion, l’or artisanal transite souvent par d’autres pays puisque les commerçants
cherchent à dissimuler son origine, soit pour frauder le fisc, soit pour masquer le fait que l’or
provienne d’une région en conflit (OCDE, 2012). Malgré les améliorations et les efforts, sur
le plan réglementaire, le commerce de l’or congolais est toujours dans l’informel dans
plusieurs régions. D’où la traçabilité demeure un besoin important pour que cette ressource
profite réellement à l’Etat congolais et aux communautés locales. L’implication de l’État
pour la facilitation de l’accès au marché formel, la sécurité des échanges et transactions, et
l’appui (technique, en équipement, administratif) aux acteurs dans le secteur artisanal de l’or
qui adhèrent à l’idée de regroupement et de formalisation, sont autant de mesures qui peuvent
amener les creuseurs à intégrer la chaîne de production et de commercialisation formelle de
l’or en RDC.
Il existe plusieurs textes légaux réglementant la collecte des taxes dans l’artisanat minier en
RDC126, mais plusieurs autorités politiques et administratives (ainsi que la police et les
126
Par exemple la loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant code minier, le décret n° 038/2003 du 26 mars 2003
portant règlement minier et loi n°18/001 modifiant et complétant la loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant
code minier ; l’arrêté interministériel n°0458/CAB.MIN/MINES/01/2011 et 0304/CAB.MIN/FINANCES /2011
du 14 novembre 2011 portant fixation des taux des droits, taxes et redevances à percevoir à l’initiative du
ministre des mines ; l’annexe à l’Arrêté interministériel n° 0459 /CAB.MINES/01/2011 et N°295/CAB.MIN/
FINANCES/2011 du 14 novembre 2011 fixant les taux, l’assiette et les modalités de perception des droits, taxes
et redevances du régime douanier, fiscal et parafiscal applicable à l’exploitation artisanale des substances
114
privés) limitent l’applicabilité des reformes (Geenen et Radley, 2014), ce qui empêche non
seulement le trésor public mais aussi les communautés locales de tirer bénéfice de
l’exploitation artisanale de l’or. Ceci est dû à plusieurs éléments : la non application des
règles régissant le secteur, la confusion entre mineurs et agents étatiques, la non maitrises des
tous les sites et leur inaccessibilité, l’absence de statistiques fiables sur la production aurifère
avec comme conséquence fâcheuse, l’évasion fiscale.
En effet, si nous ne restons focaliser que sur les prescrits légaux au code minier 2002 pour
essayer tant soit peu de formaliser le secteur, plusieurs taxes et redevances ont été assouplies
(Mazalto, 2005). Les taxes collectées sont souvent assez claires (taxe de superficie de sur les
concessions minières, taxe sur les ventes des matières précieuses de production artisanale,
taxe sur autorisation de transformation des produits d’exploitation minière artisanale, taxe
de 1% sur les produits de transaction de l’or et du diamant d’exploitation artisanale perçue
sur les transactions entre creuseurs et les comptoirs, droit d’octroi de la carte d’exploitant
artisanal de substances précieuses et semi-précieuses : creuseur, négociation, fondeur, etc. ;
taxe d’incitation à la transformation locale des concentrés de minerais, taxe rémunératoire
sur l’exploitation minière, taxe d’agrément annuel des groupements miniers, taxe
d’autorisation de minage temporaire d’exploitation minière artisanale et de carrière, taxe
sur chantier d’exploitation artisanale de diamant et de l’or, taxes sur enregistrement des
dragues et motos pompes extractives d’exploitation minière artisanale, etc.). Hélas les textes
légaux posent toujours des problèmes, mais aussi la pratique sur terrain n’est pas de nature à
faciliter la tâche (CDJP, 2017), ce qui rend parfois inapplicable les prescrits légaux. La fraude
en ce qui concerne le secteur de l’or comment dès le site d’extraction et devient massive aux
frontières de la RDC avec les pays limitrophes (OSISA et SARW, 2015). L’impossibilité
pour l’Etat de tirer gain de l’exploitation artisanale de l’or est située à plusieurs niveaux.
minérales ainsi que les performances minimales des comptoirs agréés ; l’arrêté interministériel N°0615
CAB.MIN/MINES/01/2008 du 23 décembre 2008 portant répartition de la quotité de la taxe rémunératoire
revenant aux services dépendant du ministère des mines, l’arrêté interministériel n° 0349/01/2014 et n°CAB
/MIN/FINANCES/2014/149 du 18 aout 2014 portant fixation des taux des droits, taxes et redevances à
percevoir à l’initiative du ministère des mines/secrétariat général ; etc.
115
par ignorance. Un responsable de puits interrogé dans le chantier de Yesu Aza Bien en Haut-
Uélé a expliqué :
« C’est avec mon équipe ici que je fais la loi car c’est moi qui connais les objectifs à
atteindre et les moyens que j’ai mis en œuvre ».
Ainsi, certains orpailleurs choisissent de manière délibérée d’ignorer la loi. Après que la
RDC ait intégré le Mécanisme régional de certification de la CIRGL, la preuve que la fraude
était criante dans les sites miniers fut la fermeture temporaire de deux comptoirs chinois qui
ne se conformaient pas aux préconisations d’une note circulaire préalable imposant aux
acteurs du secteur minier en activité sur le territoire de mettre en œuvre leur devoir de
diligence (Mthembu-salter et Phuzumoya, 2015). Si les creuseurs ne s’approprient pas les
reformes, les élites (parmi lesquelles les PDG) continueront à exploiter économiquement les
creuseurs pour leur propre bénéfice (De Haan et Geenen, 2016).
127
Entretien avec un AFM dans le territoire de Watsa.
116
Les minerais alimentent donc un vaste réseau d’agents de l’Etat et autres exploitants légaux et
illégaux. Mutabazi et Nyassa (2008) ont montré que la fraude fiscale et des minerais se fait
avec la complicité des services publics de l’Etat qui établissent les documents de
l’exportation de la manière à sous-estimer le tonnage des quantités exportées lorsque ça se
fait dans les sacs, la non validation par test chimique du produit, lorsque les minerais sont
emballés en fûts et l’exportation et le transfert des minerais dans les sacs. D’autres pratiques
sont l’élaboration des procès-verbaux bâclés des quantités produites et transférées et
l’ignorance de leur teneur et leur nature lors de la signature des autorisations de transfert et de
l’exportation. Dans la province de Tanganyika, le rapport de la CDJP de 2017 a constaté que
117
les agents de l’Etat font payés les documents sans octroyés des reçus de perception (CDJP,
2017).
128
Entretien avec les creuseurs entre février et mars 2018
118
certaines taxes pour permettre à sa communauté de bénéficier des richesses naturelles de leur
terroir. Hélas, cette redevance coutumière varie d’une région à l’autre selon le bon vouloir du
chef coutumier local. Elles sont de l’ordre de 20000FC (près de 12.5$) par mois dans la zone
de Bafwasende, 7000FC (4.375$) dans la zone de Kalemie et à Mambasa c’est plutôt en
nature que les creuseurs payent cette redevance (un gramme par an).Aussi, beaucoup de
membres de la communautés ne reconnaisent pas voir comment ces taxes coutumières aident
adéveloppement de leur entité.
Les taxes liées à l’exportation de l’or légalement établies n’entrent pas, aussi pour une bonne
partie, dans la caisse du trésor. Plusieurs acteurs dans le domaine affirment que certains
agents de l’Etat commis à ce service ne font pas respecter la loi et la fiscalité en vigueur (car
non payé), ce qui fait qu’il est impossible de tracer le vrai circuit de l’or de la RDC. Nous
avons également remarqué des incohérences dans la répartition de la redevance minière qui
ne tiennent pas compte de la décentralisation (CDJP, 2017).
L’évasion fiscale n’a pas la même ampleur dans différents site minier et dans différentes
provinces, mais en général, les prescrits de l’arrêté de 2011 ne sont pas respectés par les
acteurs du secteur en connivence avec certains agents de l’Etat. Si on s’en tient aux données
de l’OCDE (2015) par rapport aux artisans miniers dans le secteur de l’or, avec une bonne
organisation, la carte de creuseur apporterait au trésor public une somme d’environ
12.500.000 de dollars américains, juste pour l’Est du pays où le nombre des creuseurs
artisanaux est estimé à près de 176046129. Si on prend en compte le nombre avancé par (ISF
SystExt, 2016), en 2014, il est estimé à 2,5 millions de creuseurs dans le secteur artisanal à
travers toute la RDC. Ceci signifie que si la machine étatique fonction convenablement, juste
pour la carte de creuseur, le trésor public peut enregistrer chaque année plus ou moins
880.230 dollars américains.
La loi prévoit que chaque personne souhaitant être creuseur, en dehors d’autres taxes, doit
acheter une carte de 5 dollars américains avec une validité d’une année. Toutefois, Bashizi et
Geneen ont précisé que cela encore dépendaient au pouvoir de négociation de creuseurs.
D’autres auteurs ont aussi remarqué une différence de taxations selon les catégories de
creuseurs (Bashwira, 2017).
129
Cette estimation du nombre d’artisans miniers dans le secteur de l’or provient de l’IPIS en 2013/14.
119
Les négociants sont pour la grande majorité plus informés et payent leurs cartes telles
qu’exigé par la loi. Certains s’autorisent de travailler comme ayant une carte de négociant de
la catégorie A (négociant œuvrant en milieu urbain) alors qu’ils ne sont reconnus que comme
des négociants de la catégorie B (négociant opérant en milieu rural) 130. Il existe d’autres
prélèvement mais qui varient par province : la fiche de recensement, frais de sécurité, frais de
chantier, etc.
L’OCDE (2015) montre encore qu’un autre élément qui encourage l’évasion fiscale dans le
domaine de l’or c’est le fait que les trafiquants et les hommes d’affaire troquent de l’or contre
des biens importés plutôt que de revendre aux acheteurs donnant du cash (la population
autour des sites miniers). Le troc ainsi mis en place profite aux vendeurs (trafiquants) qui
bénéficient des tarifs bien plus avantageux que les opérateurs légaux (les négociants). En
effet, pour la plupart du temps, les creuseurs ne savent pas exactement la valeur de l’or qu’ils
donnent en échange du bien acheté et l’équivalence n’est jamais établie.
Finalement, toutes ces taxes de l’Etat ne sont pas toujours recouvrées pour plusieurs raisons :
- L’inaccessibilité des plusieurs sites : beaucoup de mines d’or se trouvent dans des
villages très éloignés des centres habités. L’enclavement de ces sites fait qu’ils soient
négligés par les services de l’Etat habilités de percevoir des redevances pour le trésor
public (étant donné l’effort nécessaire pour les superviser par rapport au gain qu’ils
peuvent en « tirer » en terme). Ceci fait que le nombre des sites où l’on extrait l’or en
RDC est toujours non maîtrisé par les autorités des services et deviennent le gagne-pain
des agents y affectés.
- Le détournement : le problème de détournement des taxes est un cercle vicieux. Plusieurs
agents de l’Etat ne sont pas payés, soit parce qu’ils ne possèdent pas possèdent des
numéros matricules (numéro d’identification des agents de l’Etat au Ministère de la
Fonction Publique), ou soit qu’ils ont un numéro matriculé mais ne sont budgétisé (inclus
dans la base de données du Ministère des Finances). Cet état de choses conduit à la
démotivation de ces agents et les peu de taxes qu’ils perçoivent, leur sert directement
pour leur propre survie (une sorte de salaire de substitution) (Nkuba et al., 2016). Un
agent de l’Etat qui a requis l’anonymat dans la province de Haut-Uélé nous a affirmé que
c’est depuis 2010 qu’il a été accrédité comme contrôleur dans une mine d’or, mais
n’avait reçu de frais d’installation, ni de transport pour se rendre dans le milieu d’attache.
130
Ces informations proviennent des interviews réalisées avec certains négociants (Kalemie, en Tanganyika)
120
Pour y arriver, il avait dû prêter l’argent pour son transport, pour le rembourser lorsqu’il
est arrivé dans le site (à partir de son « salaire de substitution »). Malheureusement, la
faiblesse des sommes que ces agents collectent pour l’Etat rend ce dernier incapable de
les prendre en charge, les obligeant encore une fois à se « servir ».
- La sur-taxation du secteur artisanale. Des entretiens réalisés avec certains négociants d’or
nous ont montré que l’Etat surtaxe le secteur de l’orpaillage pour décourager les gens à
payer formellement, mais à la place négocier un « traitement allégé » de la part des
agents taxateurs (ils payent une somme plus faible que la taxe en question dans la poche
de l’agent et celui-ci trouver comment faire disparaitre toute trace de la taxe qu’il devait
collecter). Mais au lieu que cela décourage les orpailleurs, le revers de la médaille est
que le secteur devient totalement informel (près 90% de l’or issu du secteur artisanal
n’est pas tracé). Ces négociants affirment que pour que le secteur soit formalisé, il
convient d’alléger les taxes et les gens se sentiront plus inciter à s’inscrire dans la
politique de traçabilité.
- Les redevances coutumières (reconnues et non reconnues) auxquelles les orpailleurs en
particulier et les artisanaux sont soumis. A côté de difficultés qu’éprouve l’Etat se greffe
le pouvoir traditionnel qui est généralement en dispute avec le pouvoir moderne. Avec la
décentralisation n’est que théoriquement effective, le conflit d’intérêt persiste entre les
collectivités locales et le pouvoir positif. Dans tous les sites visités, il existe un certain
nombre de taxes que perçoivent les autorités coutumières (les taxes de propriété de terre
(chef de groupement), les taxes mensuelles d’exploitation, etc.).
des circuits officiels, ceux qui en possèdent les thésaurisent, ou les investissent en dehors
du pays. En conséquence, la banque centrale a un très faible contrôle sur la masse
monétaire des devises en circulation.
c) Au niveau social, la montée de l’informel est source d'injustice et d'inégalité. Comme
l’or ne peut être vendu officiellement, les acheteurs fixent eux-mêmes le prix auxquels ils
doivent négocier l’or. Les creuseurs et leurs dépendants sont pour la grande majorité les
perdants de cette pratique. Comme le secteur échappe à l’impôt et que l’Etat ne peut
avoir les moyens, il est impossible que l’on ait la rétrocession, chose qui permettrait la
réalisation des investissements sociaux. C’est le cycle infernal de la pauvreté qui s’en
suit (pas d’écoles, pas d’hôpitaux, pas d’eau, pas d’électricité, etc.). La sur-taxation, n’est
pas seulement le propre du secteur des minerais artisanaux en RDC. La loi minière de
2002 (code minier) contient des dispositions qui s’imposent à toutes les sociétés
minières.
122
Survol
* Beaucoup de creuseurs opèrent dans des mines très éloignées (plusieurs jours
de marche) des hôpitaux
* Les creuseurs se font souvent soigné par un personnel médical sous-qualifié à
cause de la rareté des médecins dans les zones rurales
* L’automédication et le recours à la médecine traditionnelle en cas de
maladies ainsi que la consommation de drogues contre le stress lié aux puits et
aux rivières sont des pratiques courantes dans les zones minières
* Les médecins opérant dans les zones minières ont une connaissance
superficielle par rapport aux effets du mercure sur leurs patients
131
Le Ministère de la Santé distingue les Paquet Minimum d’Activités (PMA) comme l’ensemble des soins
pouvant être administré dans un centre de santé, du Paquet Complémentaire d’Activités (PCA) qui eux ne
peuvent être administré que dans les hôpitaux généraux de référence.
123
compte 393 HGR sur les 515 zones de santé. Si le cas est beaucoup plus grave, là l’HGR peut
le référer à l’Hôpital Provincial Général de Référence (HPGR) (Minisanterdc, 2011).
Il est à noter que les responsables des structures administratives de la santé (MCZ, IPS) ne
sont pas les responsables des hôpitaux généraux, qui eux sont dirigés par des Médecins
Directeurs (MD). C’est ainsi donc que dans le cadre de cette étude, les informations sur la
prise en charge médicale des creuseurs proviennent à la fois des MD et des MCZ.
Le niveau d’infrastructure et d’équipement de ces hôpitaux est parfois assez limité. Beaucoup
d’hôpitaux sont dans des bâtiments abandonnés, qui servaient à des fins totalement
différentes (camps policier, unité de traitement d’une usine, etc.). Certains sont construits en
bois ou d’autres matériaux non durables. L’utilisation des bâtiments non adaptés peut aussi
handicaper la capacité des hôpitaux à bien traiter certaines pathologies infectieuses132.
Le moyen de transport le plus couramment utilisé pour se rendre à l’hôpital est la moto. Bien
entendu si la distance est assez faible et le patient en assez bonne forme, il peut marcher
jusqu’à l’hôpital. Certains hôpitaux ont des ambulances, mais les patients les utilisent
132
Entretien avec le Médecin responsable du Centre de Santé Hospitalier de Mapale, à Lugushwa, Sud-Kivu, en
février 2018
124
rarement, étant donné qu’ils coutent plus cher que la moto133. Cependant il convient de noter
que pour certaines mines situées dans la forêt, il n’y a aucune piste où la moto peut passer et
donc la marche à pied reste ma seule option. Dans le cas où le patient est trop faible pour
marcher pendant les heures ou jours le séparant de l’hôpital, d’autres creuseurs le portent à
dos ou fabriquent une civière avec les matériaux locaux et la déplacent sur leurs épaules134.
En cas de décès sur le trajet vers l’hôpital ou au sein de la mine, le creuseur peut soit être
enterré à proximité du lieu où il est mort ou soit ses amis s’organisent pour ramener son corps
auprès de sa famille dans la mesure du possible. Vu la faible accessibilité des mines, le défunt
est attaché grâce à des morceaux de bois et des cordes à la moto comme s’assiérait un
passager et couvert d’une ligne. Le conducteur de la moto roule ainsi à toute vitesse pour
atteindre la famille du défunt avant que le corps ne soit en décomposition avancée135.
Beaucoup de creuseurs considère plus rationnel quand ils éprouvent un malaise, d’aller
directement à une pharmacie et acheter le médicament qui a le plus de chance de soigner la
maladie qui correspond aux symptômes ressentis136.Etant donné que nombreuses pharmacies
n’exigent pas une ordonnance médicale pour vendre les médicaments, toute personne a
facilement accès à ceux-ci à condition d’avoir l’argent pour acheter lesdits médicaments.
133
Entretien avec le Médecin Chef de Zone ai. à Watsa, en Haut-Uele, mars 2018.
134
Entretien avec le Médecin Chef de Zone de Nia-Nia, en Ituri en mars 2018.
135
Entretien avec les creuseurs de Lugushwa au Sud-Kivu en février 2018
136
Entretien avec les creuseurs dans différents sites entre février et mars 2018
125
137
Entretien avec le Médecin responsable du Centre de Santé de Mapale à Lugushwa 2018
138
Entretien avec le personnel de l’aire de santé de Lugushwa en février 2018
126
un revenu sporadique et imprévisible. Souvent les creuseurs prennent plusieurs mois pour
réussir à avoir une production d’or supérieur à leurs besoins alimentaires, mais souvent après
le partage cet argent est rapidement consommé, laissant les creuseurs dépourvus de tout
moyen au-delà de quelques jours.
Il a déjà été enregistré dans certaines régions des cas d’évasion des malades incapables de
couvrir les frais des soins dont ils ont bénéficié.
En dehors des creuseurs pour qui les contraintes financières limitent significativement l’accès
aux soins, l’autre groupe vulnérable pour ce qui est de l’accès aux soins est le peuple pygmée.
Ce peuple fait aussi face à une série de contraintes y compris les finances et la distance entre
leurs villages et les hôpitaux.
Les médecins consultés dans le cadre de cette étude confirment tous n’avoir pas encore reçu
une patiente dont la profession est l’extraction primaire.
Pour ce qui est des enfants, dans presque toutes les régions les médecins reconnaissent avoir
admis des jeunes enfants travaillant dans les mines. Certains médecins confirment même
qu’ils ont vécu cela durant leur jeunesse et que c’est en partie cela qui a payé leurs études139.
Dans les zones minières, comme dans beaucoup de zones rurales, le paludisme représente la
plus grande cause d’admission à l’hôpital, suivi des maladies diarrhéiques. Ces dernières sont
causées par les raretés de l’eau potable et de l’assainissement approprié. Ceci est
partiellement conforme au rapport de la direction des maladies (2010), classant la malaria
comme première cause de mortalité et de morbidité et la diarrhée comme 4ème cause
d’hospitalisation en RDC140.Ceci est d’autant plus grave que dans les zones minières, la
densité est assez élevée mais sans les infrastructures nécessaires pour soutenir cette densité
d’occupation.
Il a été constaté une grande prévalence de la séropositivité dans les zones minières141. Cela
peut être attribuable au fait que beaucoup de creuseurs ne rentrent pas souvent auprès de leurs
épouses et recourent aux prostituées pour répondre à leurs besoins sexuels. Cela crée d’une
139
Entretiens avec certains Médecin Chef de Zone en Ituri en mars 2018
140
Entretiens avec différents MCZ et Médecins directeurs entre février et mars 2018
141
Idem
127
Dans l’exploitation de l’or, on retrouve aussi beaucoup de cas de maladies due à l’exposition
des “substances dangereuses” celles-ci peuvent causer une augmentation de maladies
pulmonaires, lombaires ou incapacitantes; constituer un risque substantiel pour le
développement du fœtus,… Mais les médecins enquêtés n’ont hélas pas encore fait d’analyse
de causalité entre ces maladies et le type d’exposition dans le travail ou la vie de leurs
patients, et ne peuvent la percevoir que de manière hypothétique.
9.4.2. Accidents
Les creuseurs subissent des accidents pendant l’exercice de leur travail, mais ces accidents ne
sont pas très fréquents. Plusieurs sites reconnaissent n’avoir pas eu d’accidents du tout en
plusieurs mois de travail et parfois depuis leurs créations.
Cependant, certains accidents quoi que rares, peuvent être vraiment meurtriers. C’est le cas
des éboulements. Il arrive que malgré les précautions prises lors du creusage des tunnels en
boisant l’intérieur pour en protéger des sols au-dessus d’eux, ces boisements cèdent ou soient
aménagé en retard par rapport à l’incident143. Le bureau du Comité des Orpailleurs de
Kamituga (COKA), par exemple, tient un mur en l’honneur des défunts des éboulements et
asphyxies dans les mines, et ce nombre ne cesse de s’accroitre d’année en année. Une des
plaintes nous formulées par le comité, c’est que les coupures de courant poussent les
creuseurs à utiliser des appareils non électriques dans l’approvisionnement en oxygène et
l’évacuation de l’eau et ainsi provoquer des asphyxies suite à la fumée que ces appareils
émettent dans le puits144.
142
Entretien avec la « mère-chef » de Lugushwa (qui ajoute qu’elle sensibilise avec insistance les prostituées à
toujours utiliser des préservatifs dans leur profession) en février 2018
143
Entretien avec les creuseurs de Lugushwa au Sud-Kivu en Février 2018
144
Entretiens antérieurs avec le COKA à Kamituga au Sud-Kivu (aout 2016)
128
Aucune étude n’a été menée pour savoir si certains de ces creuseurs et plongeurs ne finissent
pas par développer une dépendance à ces drogues. Toutefois, ces consommations de drogues
impactent grandement sur la vie sociale de la communauté minière et du comportement des
creuseurs.
De manière générale, les médecins œuvrant dans les zones minières, suite à la faiblesse des
programmes de sensibilisations et de capacitation, ont une connaissance pour le mieux
superficielle quant aux risques qu’encourent leur patients suite à l’exposition directe ou
alimentaire au mercure. Pourtant ceux-ci pourraient être des alliés de taille pour transmettre à
la communauté le message quant aux risques associés au mercure utilisé.
145
Entretien avec des creuseurs à Simali, Lugushwa au Sud-Kivu en février 2018
146
Entretien avec des plongeurs au port Bac à Watsa en Haut-Uele en mars 2018
147
Entretiens avec plusieurs médecins dans les mines visitées entre février et mars 2018
129
Survol
* Les creuseurs vivent dans des maisons construites en matériaux
rudimentaires pour en minimiser le coût
* Ils sont souvent très mobiles et se déplace selon les informations sur la
production d’un site à l’autre. Malheureusement cela déstabilise leur vie
familiale
* Leur alimentation dépend de la production (bonne quand il y a production et
médiocre quand la production est faible)
* La présence des prostituées s’observe dans presque tous les sites miniers
* Contrairement aux autres communautés rurales, les creuseurs s’intéressent
très peu à la religion et la considèrent parfois comme une perte de temps de
production
S’il est vrai que le développement, ne peut se baser exclusivement sur l’exploitation
artisanale des minerais ; il est aussi plus évident que la suppression de cette activité pourrait
être catastrophique pour les milliers de personnes qui en dépendent directement ou
indirectement. Il a été constaté que la plupart des personnes vivant dans les sites d’extraction
artisanale des minerais sont en grande majorité pauvre, avec un revenu aléatoire et très
vulnérable par rapport à la conjoncture (Kamundala et Mukasa, 2017). C’est pourquoi
l’artisanat minier reste une activité de subsistance et saisonnière. Malgré son effet de création
d’emploi, la manière dont l’activité de l’or artisanal est développée est considérée comme
cycle de pauvreté (Hilson, 2012). Derrière l’apparence illusoire d’un enrichissement facile à
très court terme et pour une infime partie, elle génère une dynamique d’appauvrissement
(CDJP, 2012). Si la phase d’exploration et l’exploitation des minerais dans une zone minière
entrainent une hausse d’activité et donc d’échange des biens et personne, cela n’accompagne
pas toujours d’un développement socioéconomique de la zone. Cette situation peut être
appréhendée sous plusieurs angles dans la vie des creuseurs.
130
10.1. Le logement
Les habitations dans et autour des sites d’exploitations artisanales de l’or vivent de manière
rudimentaires (CRONGD‐KO et al., 2011). Pour la plupart, le nombre des habitants des sites
miniers ont eu une évolution croissante surtout après la libéralisation du secteur qui a mené
plusieurs hommes, femmes et enfants à venir vivre dans les sites. D’après nos observations,
les volatilités des activités minières et le nomadisme des creuseurs faits que pour la plupart,
ils vivent dans des maisons temporaires et rudimentaires. La plupart de négociants qui
détiennent plus des fonds ne viennent dans les zones minières que pour les transactions
commerciales et investissent dans leurs villes d’origine. Ils sont ainsi peu enclins à investir
dans ces zones (les rares creuseurs qui gagnent suffisamment et ne consomment pas le tout
immédiatement après, ont aussi tendance à investir dans les milieux dont ils proviennent).
Dans le cas de la RDC, la migration vers les sites miniers a aussi été la conséquence des
multiples guerres qui ont rendu les zones rurales très insécurises. Dans beaucoup de cas, les
zones minières semblaient plus sécuriser du a la présence des élites locales qui protégeaient
leur investissement par des hommes en armes (Vlansserroot and Raemekers, 2005).
Ces afflux de population bien que pouvant améliorer les échanges et parfois certaines
infrastructures ont aussi multiples cotés négatifs. D’après Selon l’Institut International de
l’Environnement et du Développement148 : « L’un des plus importants impacts de l’activité
minière est la migration de personnes vers la région minière, en particulier dans les régions
éloignées des pays en développement où la mine représente la plus importante activité
économique (…) L’augmentation soudaine de la population peut également conduire à des
pressions sur la terre, l’eau et sur d’autres ressources aussi bien amener des problèmes
d’assainissement et d’élimination des déchets ».
148
International Institute for Environment and Development (2002) “Breaking New Ground: Mining, Minerals
and Sustainable Development: Chapter 9: Local Communities and Mines. Breaking New Grounds.”
http://www.iied.org/pubs/pdfs/G00901.pdf cite par Guide pour l’évaluation des projets EIE du domaine minier,
p 18.
131
Contrairement à ce que font les exploitants industriels (qui ont une clause de responsabilité
sociétale). Le code minier 2018 à son article 258 bis montre que les exploitants doivent
contribuer aux projets de développement communautaire :
duquel elle est constituée. La dotation doit être entièrement mise à disposition des
communautés locales avant l’expiration de l’exercice suivant celui au cours duquel elle
a été constituée. » (Code minier, 2018).
Ceux œuvrant dans le secteur artisanal ne sont pas tenus par une telle exigence exception
faite à ceux du Sud Kivu. Dans cette province, l’Arrêté Provincial n 13/038/GB/SK la
19/12/2013 portante création et fonctionnement du fonds de développement communautaire
autour des sites miniers dans la province du Sud Kivu. Le fonds a pour mission de
promouvoir le développement de la Province du Sud Kivu en général et des entités ou
localités autour des sites miniers en particulier, de gérer les contributions spéciales des
opérateurs miniers destines à financer des projets de développement. Bien que la gestion du
« fond » soit encore problématique et conflictuelle entre les différents acteurs, l’exemple du
Sud-Kivu a été une bonne base pour les autres provinces pour lequel il avait été proposé une
duplication qui n’a pas encore été effective
Toutefois, selon que la mine est éloignée ou non d’un centre ou que les creuseurs vivent dans
les camps ; que l’extraction soit alluviale ou souterraine et selon le type d’extraction, les
conditions de logement ne sont pas les conditions de vie reste déplorables malgré la quantité
de minerai produites dans lesdits sites.
Par exemple, dans la zone minière de Bafwasende, dans l’extraction par les dragues (dans la
rivière Ituri), les « boulonaires » vivent dans des tentes pendant des mois (cette pratique est
très courante chez les exploitants de dragues). Une fois que les différents acteurs (creuseurs,
patrons, commerçants, etc.) constatent que la production a baissé, ils peuvent décider de
migrer vers un autre site. Comme conséquence que ce comportement « rationnel » engendre,
c’est que ces personnes sont exposées aux intempéries, aux maladies et la communauté
environnante ne peut rien espérer avoir en termes d’investissement immobilier à l’arrêt de
l’activité. Les constructions se font soit dans les grandes villes de la province ou parfois dans
d’autres provinces.
Dans le territoire Kalemie (Bendera), c’est l’exploitation à ciel ouvert qui s’y opère
principalement et les acteurs se construisent des maisons à terre battue (avec des branches
ramassées sur place). Ces maisons sont en grande majorité soit couverte des bâches en
plastiques ou de paille. Les quelques rares maisons couvertes sont tôles appartiennent soit aux
PDG ou alors à des autorités du camp.
133
10.2. Migration
L’or étant une ressource épuisable, la migration des acteurs dans le secteur est très fréquente.
En effet, lorsque la production est en baisse ou quand les creuseurs atteignent des
profondeurs difficilement accessibles, n’ayant pas des équipements appropriés, la seule
solution c’est migrer vers des sites où ils peuvent encore trouver des minerais plus faciles
d’accès. Avec eux se déplacent les commerçants de biens divers, les négociants, mais aussi
les professionnels de sexes. C’est ainsi que beaucoup de propriétaires de dragues connaissent,
certains plongeurs, négociants et parfois quelques creuseurs connaissent plusieurs provinces
aurifères de la RDC et sont prêts à aller dans n’importe laquelle s’ils ont une information
fiable sur des meilleurs opportunités là-bas. Bien que ce mouvement des acteurs ait des
avantages pour leur survie, les conséquences sont parfois lourdes. L’OCDE (2015) montre
que l’un des principaux obstacles au développement de chaînes d’approvisionnement en
minerais responsables est le phénomène migratoire de masse. Cette migration cause
également :
149
Cfr chapitre sur la prise en charge médicale des creuseurs
134
ménages (2/3) vivant dans les sites miniers connaissent des problèmes très fréquents
de maladie. Il serait possible que les creuseurs jouent un rôle clé dans la propagation
de certaines de ces maladies aux populations locales.
- Du point de vue social : la dislocation permanente des familles. Durant leurs mois
d’absence de leurs ménages, et ayant des connaissances sur les conséquences d’avoir
plusieurs partenaires occasionnels, plusieurs creuseurs se retrouvent à créer des
nouvelles familles dans les différents sites miniers dans lesquelles ils s’installent. Les
anciennes familles sont ainsi abandonnées à leur triste sort avec comme conséquence,
les enfants qui ne peuvent plus aller à l’école, les femmes cherchent différentes
alternatives de survie dont certaines sont dégradantes dans les sites miniers.
- Du point de vue administratif : la difficulté d’avoir des statistiques fiables de tous les
acteurs dans le secteur de l’or pour une formalisation du secteur. A ce niveau, l’Etat
est perdant du fait qu’il lui est difficile, voire impossible de connaitre qui sont les
contribuables à taxer dans le domaine de l’or artisanal. Ainsi, un creuseur ou
négociant qui avait déjà une taxe (à partir de sa production ou ses agents) peut
changer de zone minière ou de province et échapper à cette taxation.
Un très grand nombre d’orpailleurs interviewés déclare être arrivé dans les mines à cause de
la pauvreté et le chômage à la recherche du bonheur de leur famille d’origine. Si le bien-être
de leur famille est la motivation première, beaucoup (en grande majorité les creuseurs)
oublient cette mission lorsqu’ils arrivent dans les mines. Un creuseur de Bulongo dans la
province de Tanganyika nous a affirmé avoir laissé sa famille à Kalemie et vit déjà avec une
autre femme dans le site, avec qui il a déjà deux ans et n’était pas sûr de se déplacer avec elle
s’il devait aller chercher de l’or dans un autre site150.
10.3. Restauration
Le site minier est l’un des endroits où la vie coûte cher. Les creuseurs ne retirent de leur
travail que des gains très faibles (bien que plusieurs études estiment la moyenne de revenu
des creuseurs dépasse de loin la moyenne nationale). Mais en dépit de cette réalité, ces
revenus ne sont pas souvent capitalisés par les creuseurs qui en dépensent la totalité. En fait
les creuseurs vivent de ce qu’ils appellent « taux du jour151 ». A cause de l’enclavement des
150
Un creuseur interviewé à Bulongo.
151
Terme venant de l’époque où la forte inflation obligeait les ménages à dépenser tout ce qu’ils avaient vu
l’incertitude de la valeur de l’argent le jour suivant ; couramment cela veut dire vivre du jour le jour sans
constituer des stocks ou des réserves pour les jours suivants.
135
Beaucoup de creuseurs estiment que la grande part du revenu de ces personnes est allouée à
l’alimentation. Les postes de dépense comme la santé, l’habillement et l’éducation,
l’investissement, etc. occupent une part très faible dans les dépenses des creuseurs.
CRONGD‐KO et al.(2011) ont aussi trouvé que les creuseurs artisanaux du diamant alloués
la grande partie de leurs revenus à l’achat de nourriture et des habits. Pour CDJP (2012), une
partie importante du gain des creuseurs est dépensée dans l’alcool et la prostitution.
Leurs aliments étant préparés souvent dans des conditions peu hygiéniques, beaucoup de
creuseurs plupart sont atteints par des maladies digestives (les médecins considèrent les
infections alimentaires comme deuxième cause de morbidité et mortalité dans les sites
miniers152). Le responsable du puits garantit à son équipe de la nourriture tout au long de
l’exploitation. Ces dépenses sont déduites dans la production lors du partage de revenu. Pour
les creuseurs indépendants, ils achètent à nourriture aux restaurateurs. Cependant lorsque les
creuseurs n’ont rien produit mais doivent quand même manger, nombreux d’entre eux se
retrouvent très endettés auprès des commerçants de différentes denrées.
Dans la majorité des sites, la vente de la boisson, nourriture et autres petits divers dans les
sites d’extraction d’or est l’apanage des femmes.
152
Interview avec plusieurs médecins chef de zone de février à mars 2018
136
« Le fait qu’il y ait une longue distance entre le site et le centre commercial fait qu’elle
gagner le triple voire plus du bénéfice attendu »153.
La raison de ce gain est simple : comme les acteurs ne peuvent payer que lorsqu’ils ont
produit de l’or, les vendeurs sont obligés de multiplier le prix normal par quatre voir par cinq
pour se prémunir contre le risque d’insolvabilité des creuseurs. Ainsi, si jamais certaines ne
s’acquittent pas de sa dette, cette perte est compensée par ceux qui ont acheté et payé à ce
prix exorbitant. La « mère chef »154 du le site de Tokoleko155, en plus d’être « boulonnaise »,
elle pratique le petit commerce (vente de banane, poisson, riz, etc.) «car très rentable».
Aussi, notons que beaucoup de femmes commerçantes en plus de ce petit commerce, se
prostituent également pour accroitre leur revenu. Fort malheureusement, les jeunes
adolescentes sont aussi exposées.
10.5. Prostitution
Dans tous les sites visités, nombreuses femmes et filles s’adonnent à la prostitution pour la
survie et pour générer des revenus supplémentaires aux autres activités qu’elles exercent,
dans l’objectif subvenir aux besoins de la famille. Une responsable du genre156 estime que
30% des femmes vivant dans le site n’ont que la prostitution comme source de revenu et
qu’un autre nombre important la pratique sous-couvert d’une autre activité. Cette pratique
élevée de prostitution dans les sites miniers a été documentée par plusieurs auteurs. Le
rapport de PROMINES (2014) sur l’amélioration de l’exploitation artisanale et à petite
échelle de l’or en RDC a aussi identifié la présence de pratiques de prostitution dans les sites
d’or. Thorsen (2012) montre que certains jeunes creuseurs dépensent immédiatement et
ouvertement leur argent dans le sexe et l'alcool au vu et au su de tout le monde.
CRONGD‐KO et al. (2011) a trouvé que les enfants étaient exposés à la prostitution précoce
dans les sites d’extraction artisanale des minerais. Denis (2016) corrèle le développement de
l’orpaillage avec les comportements déviants (la prostitution et la consommation excessive
d'alcool). Cette pratique s’accompagne d’autres délits : l'usage de stupéfiants, la délinquance,
l'escroquerie, le banditisme et même la criminalité avec comme conséquence les maladies
sexuellement transmissibles qui touchent orpailleurs. Certaines sont recrutées par les
propriétaires des sites en connivence avec les mères-chefs (qui perçoivent quelques revenus).
153
Interview avec une vendeuse de boisson à Avakubi.
154
Responsable des femmes dans un camp minier
155
Conversation avec la mère chef du site de Tokoleko.
156
Nous taisons le site pour garder l’anonymat de la source
137
La prostitution serait accentuée aussi du fait que les valeurs religieuses n’ont pas un grand
poids chez les orpailleurs.
10.6. Religion
Les orpailleurs proviennent de plusieurs milieux et ont donc plusieurs religions différentes.
Bien qu’ils se reconnaissent appartenir à différentes religions, nous n’avons trouvé aucune
église active dans les camps miniers (contrairement aux villages et villes où souvent des
églises de différentes tendances pullulent). Il est bon de souligner tout de même que les
habitants, en dépit de leurs origines et leurs diverses religions, les orpailleurs cohabitent
paisiblement et font rarement un souci de leurs différentes croyances. Cependant dans le site
Atekoma (dans la zone minière de Watsa) où nous avons trouvé un hangar avec moins de dix
personnes présumées catholiques dans un chemin de croix (pendant la période de carême où
l’enquête était conduite). Aussi, plusieurs plongeurs considèrent que le temps que passerait
un pasteur à les prêcher serait une perte considérable de revenu qu’ils auraient pu avoir,
pendant que d’autres considèrent qu’il est utile de consacrer une partie de leur temps de
temps à autre à la prière.
138
INTRODUCTION
L’artisanat minier et les exploitations à petite échelle est une importante activité économique
dans plus de 55 pays en développement (Afrique, Asie et Amérique du Sud), une source
importante des revenus aux personnes pauvres. Ce type d'exploitation minière varie mais
utilise généralement des technologies rudimentaires, et l'amalgame au mercure est
actuellement la méthode d'extraction de l'or la plus couramment utilisé (Spiegel and Veiga,
2010).
Il existe deux types d’or : l’or en grain et l’or spongieux. L’or en grain est aussi appelé l’or
alluvial, la pureté de cet or élevé (90-95%). L’or spongieux (or-amalgame) est extrait des
ores. Des transporteurs amènent les quarts à un atelier ou les broyeurs les creusent. Ensuite, la
poudre est traitée afin d’extraire l’or souvent à partir du mercure. De manière approximative,
l’or amalgame représente près de 25-30% de l’or produit en RDC. L’or amalgame est
exploité dans des mines souterraines (souvent appelé puits) et aussi dans des trous (Sociétale
et al., 2015).
Toutefois, la baisse des prix des produits agricoles, les inondations, les sécheresses et une
atmosphère d'instabilité économique a conduit des millions d'agriculteurs dans les pays à
faible revenu abandonnent l'agriculture de subsistance (Ettinger et al., 1999) en s’orientant
sur l’orpaillage. Une telle exploitation s'appuie sur des techniques rudimentaires d'extraction
de l'or telles que l'amalgamation au mercure, qui est simple, peu coûteuse et couramment
utilisé. L'exploitation minière artisanale de l'or en pays de développement est le principal
consommateur de mercure (Spiegel and Veiga, 2010), avec un environ 1000 tonnes utilisées
en 2004 dans le monde. Propulsé par la pauvreté croissante, la hausse rapide des prix de l'or
et la limitation options économiques, cette exploitation est la principale source de revenu
pour 30 à 50 millions de personnes, qui directement dépendent du mercure pour leur
subsistance (Neer et al., 2001). Cette deuxième partie devra analyser les techniques
d’utilisation de mercure, le circuit commercial du mercure et les perceptions locales des
orpailleurs concernant le mercure, les solutions possibles à l’échelle locale pour réduire
l’utilisation du mercure dans l’orpaillage.
139
Survol
*Les activités minières provoquent beaucoup de déforestation dans la
zone où elles sont exécutées (pourtant cela représente 40% des zones
protégées par l’ICCN).
* Le cyanure est également utilisé récemment pour extraire l’or des
résidus de minerais laissés par l’exploitation précédente.
Du point de vue pollution, l’exploitation de l’or affecte le milieu naturel par la circulation de
composés toxiques (mercure, acide, cyanure, etc.) (Diallo et al., 2003), avec des
conséquences sur la santé de l’homme (OMS, 2007 ; Rice et al., 2014, ; Hyman, 2004) et des
animaux ainsi que sur les terres agricoles (Bamba et al., 2013), les eaux, le sol et
l’atmosphère (Human Rights Watch, 2011). Depuis plusieurs années, l’une des principales
préoccupations environnementales de l’orpaillage est la pollution au mercure comme
l’attestent les nombreuses recherches sur la question (Veiga, 1997 ; Veiga & Hinton, 2002 ;
Veiga & Baker, 2004 ; Veiga et al., 2006 ; Vieira, 2006 ; Spiegel et al., 2006 ; Telmer &
Veiga, 2008 ; Nartey et al., 2011 ; Nkuba et al., 2016).
importante pour le maintien des écosystèmes forestiers (Ernst et al., 2010). En effet, les
endroits où sont exploités les minerais étaient initialement des forêts qui sont détruites au
profit de l’exploitation minière (Tchatchou et al., 2015). En plus, dans les zones minières,
suite la pression démographique il y a augmentation des besoins correspondants en bois
énergie et en produits vivriers ainsi que l’augmentation des investissements en infrastructures
pour accéder à ces ressources. Ces facteurs sont donc susceptibles d’accélérer la déforestation
et la dégradation des forêts dans les zones minières (Ernst et al., 2010). Cependant dans le
pays, cette problématique est sous étudiée.
Etant le second plus grand écosystème forestier tropical après l’Amazonie, le bassin du
Congo joue un rôle important dans le système climatique continental ainsi que dans le
développement durable (Kamungandu, 2009). L’impressionnante richesse en biodiversité de
ces forêts et leur potentiel de stockage de CO2 font qu’elles sont aujourd’hui d’une
importante mondiale (Megevand, 2013 ; Messina, 2014) Or, la dégradation des écosystèmes
due aux activités humaines est importante et croissante. De nombreuses études récentes ont
identifié les facteurs directs et indirects de la déforestation dans le bassin du Congo. Les
causes principales les plus importantes de la déforestation comprennent l'exploitation
forestière, la conversion des terres boisées pour l'agriculture et l'élevage, l'urbanisation et
l'exploitation minière (Tejaswi, 2007 ; Desclée et al., 2015).
des forets autour de ce site (Nkuba et al, 2016). Cela peut être dû à leurs capacités financière,
organisationnel et technique limitées ainsi qu’au caractère clandestin que revêt souvent
l’artisanat minier. C’est ainsi que Mugisho et al (2017) a montré que dans un rayon de 10 km
autour de ce site la couverture forestière a sensiblement baissé. Notre hypothèse est qu’avec
un bon encadrement approprié, les creuseurs peuvent maintenir un bon boisement autour des
sites qu’ils exploitent.
La nature des impacts des activités minières sur les forêts est variée. Comparée aux autres
activités économiques, l’exploitation minière à un impact direct assez limité sur la couverture
forestière. Les impacts indirects peuvent être plus importants et sont liés à des
développements infrastructurels de plus grande envergure concernant habituellement la zone
minière. Les impacts induits peuvent comprendre les impacts associés à un grand afflux
d’ouvriers, tels que l’agriculture de subsistance, l’abattage des arbres, le braconnage et autres
activités. Enfin, les impacts cumulatifs se rapportent à l’exploitation minière artisanale où
beaucoup de petits sites individuels viennent ajouter des impacts significatifs157 (Megevand et
al., 2013).
L’exploitation minière à petite échelle peut et devrait être encouragée par la création d'un
environnement d'exploitation qui encourage l'utilisation des meilleures pratiques pour
l'exploitation minière, la santé et la sécurité au travail et la protection de l'environnement
ensemble avec les arrangements institutionnels qui prévoient la mise en œuvre efficace de la
réglementation par des institutions gouvernementales solides et informées, cela permettra aux
mines à petite échelle de prospérer (Jennings, 1999). Il y a toutefois des efforts effectués sur
157
Observations à Lugushwa au Sud-Kivu, Mars 2018.
142
les sites d’orpaillage comme en Ituri, où l’ONG IMPACT en collaboration avec les creuseurs,
procède au reboisement des sites par la mise en place des pépinières158.
Les matériaux issus des opérations minières, tels que les déchets et les sols contaminés,
peuvent charger les sédiments en polluants chimiques. Les sédiments contaminés dans les
eaux de surface peuvent ainsi poser des risques pour la santé humaine et l'environnement en
tant que source permanente de produits chimiques pour la vie humaine, animale et aquatique.
L'exposition humaine se manifeste par un contact direct, le fait de manger du poisson ou les
crustacés qui contiennent des produits chimiques toxiques bio-accumulés ou de l'eau potable
exposée aux sédiments contaminés. La poursuite de la bioaccumulation de polluants toxiques
chez les espèces aquatiques peut limiter leur consommation par les humains. L'accumulation
dans les organismes aquatiques, en particulier les espèces benthiques, peut également
provoquer une toxicité aiguë et chronique pour la vie aquatique (Slingenberg et al., 2009).
Entretien avec l’Assistant technique de l’ONG IMPACT à Mambasa dans l’Ituri, Mars 2018.
158
Les trois substances sont utilisées dans l’orpaillage en RDC : Observations dans les sites miniers en Février et
159
Mars 2018.
143
La littérature montre que dans les sites miniers, le mercure est lessivé par l'eau en aval et finit
dans les rivières et est transformé par les bactéries dans les sédiments en une forme
organique, qui est ensuite repris par les poissons et les crustacés, qui sont ensuite consommés
par la population locale (Levi, 1997). La libération du mercure peut conduire à une
augmentation progressive de la quantité de mercure dans l’atmosphère, qui pénètre dans les
cycles de distribution atmosphère-sol-eau, où il peut rester en circulation pendant des
années (Rice et al., 2014).
Aussi, pendant le chauffage de l’amalgame, le mercure contenu dans ce dernier est évaporé
dans l’atmosphère, ce qui représente aussi un danger pour la population. Selon le PNUE
(2012), autour des points où l’amalgame est chauffé, la teneur de l’air en vapeurs de mercure
peut atteindre des valeurs très préoccupantes et elle dépasse presque toujours la limite fixée
par l’OMS pour l’exposition de la population générale. Les exploitants ne sont pas les seuls à
subir cette exposition ; il en va de même des communautés qui vivent au voisinage des lieux
d’exploitation.
formation et une organisation auxquels beaucoup d’orpailleurs n’ont pas souvent accès. Dans
la lutte contre le mercure, le cyanure a parfois été promu en tant qu’alternative au mercure
pour les orpailleurs, ce qui a débouché sur l’utilisation parallèle de mercure et de cyanure
(Telmer et Veiga, 2009; Human Rights Watch, 2011).
Cette méthode, est couramment utilisée en exploitation industrielle de l’or, mais est assez
facile à mettre en place même en exploitation artisanale et permettrait un rapide retour sur
investissement lorsqu’exécuté dans un site contenant suffisamment d’or160.
160
Entretien avec l’équipe d’exploitation d’or avec cyanure au site Yesu aza bien, en Haut-Uele
145
Survol :
*25 à 30% des creuseurs utilisent le mercure pour séparer l’or du reste du
minerais dans le monde.
*Cela est dû au fait que la majorité de l’or produit dans les sites ne nécessite
pas le mercure pour son extraction.
*Ils l’utilisent uniquement avec le concentré, mais jamais avec les minerais
bruts. Ils l’utilisent en petites quantités (bouchons de stylo ou centimètre cube,
parfois un demi-centimètre cube)
*Ceci leur permet d’obtenir de l’or à des ratios de 1 à 2gr de mercure pour
chaque gr d’or.
*Cela ramène à une utilisation totale de plus de 3 tonnes de mercure par an
L'utilisation du mercure dans l'industrie minière pour fusionner et concentrer les métaux
précieux date d'environ 2700 avant notre ère. En Amérique du Sud, par exemple, le mercure a
été largement utilisé par les colonisateurs espagnols pour extraire l’or, libérant
près de 200 000 MT de mercure dans l'environnement entre 1550 et 1880 en conséquence
directe de ce processus (Eisler, 2003 ; Malm, 1998).
Le mercure est utilisé dans l’orpaillage, car c’est le principal agent utilisé pour séparer l'or du
minerai extrait en formant un « amalgame » à un mélange constitué de parts
approximativement égales de mercure et d'or. Cependant, le ratio mercure-or varie selon les
milieux161. Il existe des techniques qui utilisent jusqu’à 14 à 20 parties de mercure pour une
partie d’or produit (Gunson & Veiga, 2004).
Le mercure est utilisé car il est rapide et simple à appliquer, nécessite un investissement
relativement faible, moins que la plupart des méthodes alternatives et peut être utilisé par une
personne indépendante (PNUE, 2012). Les mineurs d'or artisanaux sont les plus grands
consommateurs de mercure dans le monde. On estime que les mineurs perdent, en moyenne,
1 à 2 g de mercure par gramme d'or produit162 . Le mercure est utilisé par les orpailleurs dans
plus de 55 pays à travers le monde, y compris dans les pays que traverse la ceinture aurifère
du Sahel. De 13 à 15 millions d’artisans creuseurs travaillant à travers le monde risquent
d’être directement exposés au mercure ; bon nombre d’entre eux sont des femmes et des
161
En RDC dans la plupart des sites d’orpaillage le ratio mercure-or est de 2/1 ou plus. Dans certains sites il est
de 1/1 : Observations faites dans les sites d’orpaillage en Février et Mars 2018.
162
C’est le cas de la RDC : Observations sur les sites d’orpaillage en Février et Mars 2018.
146
Dans les différents sites EMAPE de la RDC, l’utilisation du mercure est liée au type de
minerai produit, s’il s’agit d’extraction à partir de la roche dure, le mercure est au rendez-
vous ou même le minerai alluvionnaire très fin également163. La principale motivation de
l’utilisation pour les orpailleurs est la maximisation de l’extraction de l’or contenu dans le
minerai. Au cours des années, ils ont constaté avec la même quantité de minerais, l’or obtenu
est avec mercure (or spongieux) était élevé que l’or obtenu par gravitation164.
Les techniques utilisées passent par plusieurs étapes, résumées par les photos 47-51.
163
Entretien avec les orpailleurs de Beverendi (Province de Haut-Uélé) et Simali (Province du Sud-Kivu) sur
l’utilisation de mercure dans l’orpaillage et ses impacts environnementaux.
164
Entretien avec les orpailleurs de Dubele (Province de Haut-Uélé), de Simali (Sud-Kivu) et d’Avakubi (dans
la province de l’Ituri) sur le mercure utilisé par cycle et par semaine et ses impacts environnementaux
147
Dans les conditions normales, ça devrait se passer de la manière suivante : une fois le minerai
broyé en un sable fin, il est dirigé vers une plaque métallique dont la surface est recouverte
d’une mince pellicule de mercure. Une cornue utilise pour séparer l’or du mercure (une cuve
solide en fonte dans laquelle on fait bouillir l’amalgame mercure-or) est scellé avec d'un
tuyau fixé à la partie supérieure de la cornue. Cependant cet outil n’est utilisé dans aucun des
sites miniers visités165. Dans les conditions actuelles des EMAPE congolais, le brulage de
l’amalgame pour récupérer l’or se passe à l’air libre166.
Les figures montrent que l’extraction de l’or par le mercure passe commence par l’obtention
du concentré par une technique d’extraction gravimétrique utilisant un sluice communément
appelé drum en Province Orientale ou biporo au Sud-Kivu (photo 48). Ensuite ce concentré
est mélangé au mercure dans un bassin à contenant de l’eau (photo 49). Lorsqu'il est mis en
contact avec du mercure l’or réagit pour former un amalgame. Cet amalgame est alors
récupéré grace à un tissus (photo 50), pendant que l’on se debarasse du reste du contenu du
bassin (parfois on le garde pour l’amalgammer plusieurs fois). L’amalgame obtenu est
chauffé sur un brasero pour en extraire le mercure qui est récupéré (photo 51). Cela permet au
mercure de s’évaporer et à l’or de rester sur l’ustensil utilisé pour le chauffage (photo 52).
Bien que l'amalgamation soit largement répandue, la récupération de l'or par cette méthode
n'excède pas 60 %, particulièrement pour les minerais à grain d'or très fins ou quand le
minerai contient d'autres métaux qui réagissent également avec le mercure.
Certains creuseurs utilisent des feuilles lors du brulage de l’amalgame pour récupérer le
mercure évaporé. Ils estiment pouvoir ainsi récupérer jusqu’à 40% du mercure qu’ils allaient
perdre dans l’amalgamation (photo 53). L’ONG Impact à Mambasa est entrain
d’expérimenter sur l’introduction de l’utilisation d’un système moins couteux de recyclage de
mercure167. Mais n’a pas pu encore pu obtenir des résultats assez convaincants pour améner
les creuseurs à changer leurs pratiques.
165
Entretien et expérimentation avec les orpailleurs d’Atechoma (Province de Haut-Uélé) en mars 2018.
166
Observation de l’utilisation du mercure sur le site EMAPE congolais (Province d’Ituri, Haut-Uélé, Sud-Kivu,
Tanganyika et la Tshopo) en février et mars 2018.
167
Entretien avec le personnel de l’ONG Impact à Mambasa en Ituri en mars 2018
149
168
Entretien avec les orpailleurs travaillant dans les unités de traitement de l’or dans le site de Yindi Kputuka,
Kafiawema et Biondo en mars 2018
169
Entretien avec un négociant sur l’utilisation du mercure dans le site de Simali au Sud-Kivu
150
des seuls concentrés par gravité (Gunson, 2004).L'amalgamation du minerai entier (non
pratiquée en RDC) est le résultat de l'ignorance et/ou de la « tradition ». Il est également
pratique car il permet de produire rapidement de l'or pour les clients 170 (Veiga et al., 2014).
En RDC seule l’amalgamation des concentrés est réalisée.
La majorité des sites miniers d’or de l’Est de la RDC connaît une pollution et/ou une
contamination du milieu par le mercure. Considérant les résultats de notre étude menée sur
l’utilisation du mercure dans le traitement du minerai menée sur 16 sites d’orpaillage171.
Comme pour les estimations de la production de l’or, il est évidemment presque impossible
d’obtenir des chiffres fiables sur la quantité de mercure utilisé dans la RDC. Du fait que
l’utilisation de cette dernière se fait souvent dans l’ombre. Au cours de notre étude dans les
sites EMAPE sélectionnés, pour estimer la quantité du mercure utilisé, nous nous sommes
basés sur trois principe ; le premier étant lié à la présence sur les sites d’étude des mineurs
utilisant le mercure, deuxièmement le rapport AU : Hg et enfin le pourcentage des orpailleurs
utilisant le mercure dans le traitement de minerais par au nombre total des orpailleurs
présents. Les résultats de notre étude montrent que seulement 25-30 % des orpailleurs des
EMAPE de la RDC utilisent le mercure172(en effet l’utilisation du mercure est une option de
certains sites ayant des minerais avec de l’or très fin). Ce type d’or se retrouve dans toutes les
régions et dans tous les types d’extractions, le tout est fonction de la taille des particules d’or
et de leur attachement au reste du minerai. Dans certaines régions, lors de la concentration
gravimétrique, une partie de l’or (sous forme de grains clairement visibles à l’œil nu, sont
récupérés, pendant que les particules d’or plus fines et qui n’arrivent pas à se distinguer
aisément du reste du concentré subissent le traitement au mercure.
beverendi
du mercure dans le cycle. La figure 15
dubele
yindi présente la quantité de mercure rejetée dans
tokoleko
teturi
les mines de certains sites visités. La
kafiawema quantité de mercure utilisée est une fonction
biondo
simali
njoli njoli
yambi yaya atekoma
port bac
avakubi
moku
sites EMAPE séléctionnés
0 5 10 15 20 25 beverendi
Hg rejeté dans l'air lors du melange (kg/an) dubele
yindi yaya
Figure 16: Emission de Hg dans l’air par tokoleko
site EMAPE sélectionnés teturi
kafiawema
plusieurs facteurs : de nombre des personnes biondo
simali
faisant le traitement par le mercure, en njoli njoli
yambi yaya
regardant à leur en première position le site avakubi
Uélé et Simali de la région minière de Sud- Hg rejeté dans la terre lors de melange par
unité (kg)
Kivu ; ainsi que le mode de mélange aussi et Figure 15 : Emission de Hg dans la terre
par site EMAPE sélectionnés
174
Simulations des résultats de notre étude en tenant compte du nombre des unités de traitement présentes sur
les sites visités.
152
A côté des émissions du mercure, nous avons aussi le mercure rejeté dans la terre lors de
travaux de mélange du mercure dans le concentré. Cette perte est vraiment inévitable en a
affirmé un creuseur enquêté. Et en plus de cela, la gestion de cette eau provenant de ce
mélange est directement versée dans la rivière causant l’intoxication des poissons et sur la
terre cause des méfaits néfastes sur la flore et la faune du sol. Ce taux de rejet peut dépasser
parfois 10 kg de mercure par an par site comme dans le site de Avakubi dans la province de
Haut-Uélé et de Yindi Kputuka dans la province de L’Ituri.
Les populations vivant autour des mines d’or ne sont pas informées quant aux effets négatifs
du mercure à la santé de l’homme car les effets du mercure ne sont pas directement visibles et
175
Entretien avec les orpailleurs de traitements dans les sites utilisant le mercure sur le ratio AU: Hg lors de
mélange.
176
Entretien avec les orpailleurs de traitement sur la motivation de l’utilisation du mercure
177
Entretien avec les orpailleurs de la région minière d’Ituri sur le traitement du minerai avec du mercure et le
statut social de la femme dans l’orpaillage.
153
peuvent être difficilement identifiables. Moins encore les orpailleurs car la quasi-totalité des
orpailleurs de la province de Haut-Uélé ne sont pas au courant effet négatif constaté province
de haut-Uélé ;
« Nous utilisons le mercure depuis très longtemps et personne n’est jamais tombé malade
parce que nous l’utilisons » dit un creuseur de Kafiawema dans l’Ituri178.
Les mineurs ont une connaissance extrêmement limitée sur les impacts du mercure sur la
santé de l’homme. Nos résultats corroborent avec l’étude réalisée par Nkuba et al., (2016)
avec des entretiens en focus groups dans la cité de Kamituga qui ont démontré que les
creuseurs ignorent les risques que présente le mercure pour la santé et l’environnement, cela
étant dû au fait qu’aucun média n’a jamais relayé l’information ou encore qu’aucune
organisation n’ait à ce jour organisé une campagne de sensibilisation.
Ces mêmes résultats montrent que la perception du danger n’est ni liée au genre ni au niveau
scolaire mais spécifiquement à la fonction occupée dans la chaine d’orpaillage. Un des
orpailleurs nous dit ce qui suit
« Je sais que le mercure, c’est dangereux, mais je ne sais pas comment. Je ne me protège
pas »179.
Cette catégorie des orpailleurs qui sont conscients qu’ils sont exposés à des risques
d’intoxication aux vapeurs de mercure ou à l’ingestion du mercure ne représente que 20 %
contrairement à 80 % qui estiment que l’utilisation de ces produits ne constitue pas de danger
pour la santé et pour l’environnement180. Toutefois, les autorités locales, étant plus instruites,
reconnaissent un impact négatif potentiel au mercure même si ses effets sur la santé leur sont
inconnus.
Actuellement, dans le secteur d’orpaillage en RDC, il n’y a pas d’actions menées dans le but
de réduire les impacts sur la santé. Toutefois, plusieurs campagnes de lutte contre la
déforestation ont eu lieu dans les sites d’orpaillage (Nkuba et al, 2016). Vu que les
communautés d’orpailleurs ignorent les dangers de l’utilisation du mercure et qu’il est utilisé
depuis longtemps dans plusieurs sites, arrêter son utilisation serait une tâche difficile voire
impossible faute de quoi le taux de récupération de l’or dans le minerai serait très faible, une
178
Interview avec un creuseur à Kafiawema, Ituri, Mars 2018.
179
Entretien avec un orpailleur de Teturi et de Simali sur les méfaits liés à l’utilisation du mercure
180
Observation et entretiens avec les orpailleurs des sites EMAPE de l’Est de la RDC
154
condition défavorable aux orpailleurs181. En plus, ses effets négatifs sur la santé ne sont pas
facilement perceptibles, d’où une proposition d’abandon ne serait pas facilement acceptée par
les orpailleurs182.
Même les formateurs sont victimes des méfaits de mercure. Un des médecins de Lugushwa
Médecin Responsable de l’hôpital de Lugushwa (Sud-Kivu) nous dit ce qui suit
« Je sais que le mercure, c’est dangereux, mais je ne dispose pas d’informations sur le
mercure et non plus les creuseurs que je consulte »183.
Il en est de même pour le médecin Chef de Staff de Bafwasende qui a dit que « Je ne suis
pas au courant des effets du mercure mais cas d’intoxications que je soigne sont liés à des
empoisonnements »184.
Un autre médecin, nous a signifié qu’il n’est spécialiste en mercure mais ce qu’il sait que la
rivière Ituri est moins poissonneuse à cause des activités d’orpaillage « mercure et la
coloration de l’eau qui est brune185.
181
Entretien avec un creuseur de Dubele, un site de la province de Haut-Uélé Février 2018
182
Entretiens avec les creuseurs à Kafiawema dans l’Ituri, Mars 2018.
183
Entretiens avec les médecins de Lugushwa dans la province du Sud-Kivu sur les dangers que présente le
mercure
184
Entretiens avec les médecins de Bafwasende sur les dangers que présente le mercure
185
Entretiens avec les médecins de Watsa dans la province de Haut-Uélé sur les dangers que présente le mercure
155
Survol
Le commerce de mercure est illégal. Mais par endroits, il se passe au vu et au su
de tout le monde.
Il provient de l’Ouganda et de la Tanzanie et transite par plusieurs acteurs avec
t’atteindre les creuseurs.
Les creuseurs s’approvisionnent leur mercure auprès des négociants, ceux-ci
l’achètent en grande quantité (généralement en bouteilles de 1kg) et le revendent
en plus petites quantités (en centimètres cubes, ou en bouchons de stylo selon les
endroits).
Un centimètre cube ou un bouchon de stylo de mercure pèsent 13,5gr et coutent
8.000 à 10.000 FC (soit 5 à 6,25$) au détail. Ce prix peut devenir plus élevé dans
les régions plus isolées (allant jusqu’à 20.000 FC), mais il ne l’est jamais assez pour
en stopper l’utilisation.
Ce commerce est maintenu par le fait qu’en vendant une bouteille entière un
négociant gagnerait près de 200$ de bénéfice (le prix de ventre correspond à près
de 400$ le kg, alors que son prix d’achat est de seulement 130 à 200$ selon les
régions), mais ce commerce est aussi maintenu par le fait qu’il peut permettre aux
négociants d’accorder du mercure à crédit à des creuseurs entendu que ceux-ci
viennent leur vendre l’or qu’ils vont en tirer.
Le mercure, malgré qu’il soit un produit ayant des effets nocifs sur la santé et
l’environnement, est très utilisé dans les zones d’exploitation aurifère artisanales dans
plusieurs pays ainsi qu’en République Démocratique du Congo. Malgré l’interdiction de
l’utilisation du mercure dans l’exploitation artisanale de l’or en RDC (Amnesty International,
2016), aucune loi n’interdit explicitement le commerce de cette substance dans les sites
d’extraction artisanale de l’or dans le pays.
Dans ce chapitre nous donnons une analyse sur la chaîne de commerce de l’or, de l’entrée
dans le pays jusqu’à la destruction finale. La réglementation de la vente, l’achat, le transport
et l’utilisation du mercure sur l’ensemble des sites d’orpaillage en activité n’est pas
jusqu’aujourd’hui structurée ni réglementée.
cycle de vie du mercure, voire la Convention de Minamata à son article 3 qui évoque le
contrôle des sources d’approvisionnement et du commerce de mercure. Avec l’entrée en
vigueur de la convention de Minamata, le commerce de mercure entre les Etats est désormais
sévèrement contrôlé. Les pays se sont engagés à encadrer l’usage du mercure dans
l’extraction minière artisanale de l’or, mesure qui est difficile à mettre en œuvre de très
nombreux sites étant illégaux en RD Congo. Il est à noter que la RD Congo n’a pas des textes
spécifiques en rapport avec le commerce et l’usage du mercure. L’absence d’un texte
règlementant le commerce du mercure en RD Congo limite les initiatives pouvant permettre
la réduction de l’utilisation de cette substance.
La convention de Minamata sur le mercure qui fournit un cadre international visant à protéger
la santé humaine et l’environnement des effets nocifs du mercure. Le secteur de l’extraction
minière artisanale et à petite échelle de l’or demeure le plus grand consommateur de mercure
mondiale et sa consommation continue de croître du fait de la hausse du prix de l’or.
Le mercure qu’on utilise en République Démocratique du Congo entre par le canal de de pays
voisins : le Burundi et la Tanzanie alimentent les provinces du Sud-Kivu et du Tanganyika ;
l’Uganda sert de transit pour alimenter l’Ex Province Orientale. Les orpailleurs ont aussi
prouvé qu’une bonne quantité de mercure proviendrait de la République Sud-Africaine. Le
commerce du mercure est totalement informel malgré qu’on le fasse de manière intensive
dans les sites miniers d’or artisanal. Les responsables du commerce de mercure sont
généralement les négociants. Mais tout au long de la chaîne, plusieurs acteurs interviennent
dans le commerce de mercure. La chaîne du mercure peut donc être représentée dans la figure
18.
157
Marché international
Comptoirs
Négociants d’or
Orpailleurs
Les acteurs dans la chaîne du commerce sont nombreux (BaliFokus, 2017). En RDC, les
entretiens réalisés auprès des acteurs impliqués dans le secteur de l’or peuvent permettre de
situer la chaîne d’approvisionnement du mercure à trois niveaux. Le niveau international, ce
sont de relations entre les producteurs de mercure et les importateurs à l’extérieur du pays. Le
niveau national, les négociants ou comptoirs qui se font entre les dealers étrangers et les
congolais (en principe les négociants). Le niveau local, les transactions entre les vendeurs de
mercure (négociants congolais) et les creuseurs. Dans le cadre de cette étude, nous allons
nous focaliser sur la partie locale et nationale
Ce sont les responsables des comptoirs qui font entrer le mercure par le canal de leurs
collaborateurs, généralement étrangers. Certains négociants interrogés dans cette étude, ont
rapportés que le Burundi, est parmi les pays n’ayant pas beaucoup de restrictions dans les
échanges du mercure ; c’est pour cela qu’ils utilisent cette voie pour faire entrer le mercure.
Le négociant à Durba nous a révélé que le mercure utilisé dans cette contrée provient de
l’Uganda et transit par zone frontalière d’Ariwara avant de le commercialiser dans les sites
158
miniers ; et ce à travers les fournisseurs à qui ils vendent l’or186. Les acteurs impliqués dans le
commerce de mercure et en relations avec le reste du monde en retirent un bénéfice très
important du fait que c’est un commerce de gros (en termes de kilogramme). Ainsi, c’est le
même itinéraire que, le plus souvent, parcours l’or qui est produit dans ces parties du pays.
En effet, ayant plus de contacts à l’extérieur du pays, les négociants d’or achètent et stock le
mercure. Certains négociants donnent le mercure aux creuseurs, en préfinancement, et en
contrepartie, les creuseurs leur garantissent de leur vendre toute ou parte de l’or produit. Le
mercure se vent ainsi dans les centres de négoce les plus proches de sites d’orpaillage. Mais
certains négociants entrent aussi dans le site minier et y vende le mercure. Le commerce dans
la carrière se fait en détail. En moyenne un négociant peut vendre 3 à 4 cc de mercure par
jour. Il faut souligner que les négociants ne traitement directement l’or avec le mercure, ce
sont les creuseurs qui le manipulent. Certains négociants nous ont signifié que lorsqu’ils ont
déjà acheté l’or en provenance du puits, ils utilisent plutôt l’acide pour avoir l’or pur
dépourvu de toute substance de mercure.
- Entre creuseurs
186
Il faut noter que plusieurs personnes, même qui ne sont pas du secteur, sont impliqués dans le commerce
du mercure. Ceci est dû au fait que le secteur artisanal de l’or n’est pas suffisamment organisé et réglementé
par le pouvoir public.
159
de protection. A ce niveau, la quantité achetée par le creuseur est généralement mesurée (dans
presque tous les sites en RD Congo) en cc (les mesures se trouvant sur une seringue).
Généralement, ils achètent une quantité de mercure très faible, proportionnelle à la quantité
d’or qu’ils s’attendent à avoir (soit 1cc pour 10 à 20gr d’or en Tanganyika, Ituri, Tshopo et
Haut-Uele ; tandis qu’au Sud-Kivu, où les bouchons de stylo demeurent l’unité de mesure
principale, cette proportionnalité n’est pas souvent établie)
12.3. Prix
Avec la prise de conscience des effets néfastes du mercure, les utilisations qu’on en faisait
ont beaucoup baissé dans les pays industrialisés. Cette diminution a eu cependant comme
conséquence de faire baisser la demande de mercure par rapport à l’offre, ce qui en a
maintenu les prix à un niveau faible, et a encouragé l’utilisation de ce produit et le recours à
des technologies dépassées y faisant appel, dans certaines régions ou pays moins développés
(PNUE, 2008). La vente du mercure dans les sites miniers se fait en détail. Les prix sont de
mercure varient d’un milieu à l’autre et tient compte de plusieurs facteurs : la distance à
parcourir, le nombre de vendeurs, l’accessibilité des sites, le prix auquel se négocie l’or, le
niveau de concentration, etc.
Le mercure que dans les sites miniers se fait en monnaie locale (Franc Congolais). Comme
nous pouvons le lire dans le tableau, la mesure de mercure (cc) utilisée a presque le prix
moyen de 9000FC (5.625 dollars américains). Certaines régions utilisent plutôt le bouchon de
stylo pour mesurer et désigner 1cc de mercure.
Le prix du cc est fixé par les vendeurs de mercure eux-mêmes et il n’existe pas un
marchandage. Notons que certaines personnes, dans le site achètent et vendent la moitié du
cc. Le prix d’un cc de mercure varie aussi en fonction de la disponibilité du produit. Un
creuseur à Bafwasende nous a affirmé que pendant la période de pénurie, un cc peut s’acheter
jusqu’à 10 dollars américains. A Kalemie, en Tanganyika, le prix du bouchon de mercure
peut passer de 5 à 10$ aux moments de pénurie. Durant notre étude, nous avons rencontré
160
certains sites qui traversaient cette pénurie en Ituri (mine de Kputuka, par exemple), et où le
prix du cc était de 20,000FC (et beaucoup de creuseurs achetaient plutôt ½ cc à 10,000Fc
pour leurs travaux). Par rapport au prix du mercure sur le marché mondial, nous remarquons
que les creuseurs artisanaux payent un prix plus élevé. Le manque d’information est à la base
de cette situation qui profite aux personnes ayant une ouverture sur le monde extérieur.
187
Interviews avec les négociants de Durba, Nia-Nia et Mambasa en mars et avril 2018.
188
Observations et interviews dans les provinces de Tshopo, Ituri et Haut-Uele en mars et avril 2018.
161
Conclusion et recommandations
Cette étude, menée dans 5 provinces clé de l’EMAPE de l’or en RDC a permis d’avoir une
perspective intégrale du secteur sur le plan socio-économique et environnementale,
notamment quant à l’usage du mercure. Elle a montré que l’EMAPE produit 8,4 tonnes d’or
(8 à 12t), emploie 250.000 creuseurs et rejette 3,32tonnes de mercure dans
l’environnement. Elle a également constaté que seulement 25-30% des creuseurs utilisent le
mercure en en ignorant les effets sur la santé et l’environnement. Entre 1 et 2 grammes de
mercure sont utilisé pour chaque gramme d’or produit étant donné que les creuseurs ne
pratiquent pas l’amalgamation de tout le minerais mais plutôt celui du concentré. L’étude a
aussi montré une utilisation de cyanure en EMAPE, bien qu’encore à ses débuts ainsi qu’une
déforestation autour des mines.
Nous recommandons de toujours tenir compte de ces familles qui dépendent de l’EMAPE
pour leur survie, ainsi que de tous les autres secteurs économiques qui sont appuyé par cette
production, avant de prendre des mesures radicales en vue de la protection de
l’environnement comme le prévoit la loi. Nous recommandons plutôt des mesures moins
radicales telles que la sensibilisation, la capacitation de creuseurs en outils ne rejetant pas le
mercure dans l’environnement, le renforcement de la formalisation, etc. Il convient de
décourager certaines mauvaises pratiques observées dans l’amalgamation. Nous
recommandons de lutter contre les mauvaises pratiques. Notamment le brulage de
l’amalgame à l’air libre qui représente un danger à la fois pour le creuseur et pour
l’environnement où le mercure évaporé va se déposer ; l’utilisation du cyanure pour recycler
les résidus miniers (même quand ceux-ci peuvent contenir du mercure) sans tenir compte du
risque de créer un complexe chimique combinant les deux et qui est très toxique ;
l’amalgamation près des résidences et au seins des bassins des rivières qui augmente le
risque de contamination des résidents et des écosystèmes aquatiques ; l’amalgamation par
les femmes et les enfants, ainsi que l’utilisation des cuisines pour le brulage de l’amalgame.
L’étude a également montré une forte implication des femmes et des enfants dans l’orpaillage
ainsi qu’une faible formalisation du secteur. Le commerce de l’or est principalement informel
et orienté souvent vers l’Est (Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie). Le niveau élevé des
taxes constitue un obstacle majeur à la commercialisation formelle de l’or et à la
formalisation du secteur minier. Le commerce du mercure quant à lui est illégal, mais pas
162
toujours caché. Le prix du mercure est assez élevé pour que les creuseurs utilisent le mercure
avec attention, mais pas assez pour en décourager l’utilisation.
Nous recommandons ainsi une révision des taxes payées pour permettre aux creuseurs et
négociants d’opérer de manière formelle et permettre au pays de gagner suffisamment à
partir de ce secteur. Aussi, nous recommandons un suivi minutieux de la commercialisation
du mercure afin de savoir observer si les mesures prises occasionnent réellement la baisse.
La formalisation en RDC est encore à une phase élémentaire. Les principales contraintes à la
formalisation de l’EMAPE d’or sont : le manque d’allocation des Zones d’Exploitation
Artisanale riche en or (vu que ceux-ci sont souvent accordés aux industriels, et que le
processus de qualification, certification et validation des sites est très lent) ; et le manque
d’accès des communautés des creuseurs aux moyens financiers ainsi qu’à l’assistance
technique et organisationnelle dans ce processus de formalisation.
Malgré un revenu généralement supérieur à celui d’autres secteurs ruraux, les creuseurs
vivent dans des conditions difficiles. Les routes conduisant aux mines sont majoritairement
en mauvais état. Les vivres et non vivres ont un prix significativement élevé dans les mines
comparées aux autres coins du pays. Cela empêche les creuseurs de jouir de leur revenu
relativement élevé. Leurs maisons souvent en matériaux rudimentaires, faites pour minimiser
les couts (malgré les conséquences sur la santé) étant donné l’incertitude de la durée de la
production du site. Leur alimentation dépend et varie avec la production, mais est souvent
médiocre. Les sites miniers sont très attrayants pour le petit commerce, la prostitution, etc.,
mais pas la religion.
Nous recommandons une amélioration des routes rurales pour permettre à ces milliers de
familles congolaises d’avoir accès aux conditions de vie décente.
L’accès aux soins de santé des creuseurs (ainsi que celle de leurs familles) est très limité suite
à l’instabilité du revenu des creuseurs, à l’indisponibilité des structures de santés, de
personnel qualifié, ou aux problèmes de transport vu le manque des hôpitaux à proximité de
beaucoup des mines. Les creuseurs pratiquent généralement de l’automédication pour
163
Les femmes représentent entre 30% et 40% de la population des mines, mais n’ont pas accès
l’extraction primaire (mais à d’autres travaux moins rentable, dangereux pour la santé et
parfois déshonorant comme la prostitution).
Nous recommandons une capacitation des femmes pour leur donner la chance de facilement
gravir les échelons et gagner décemment leur vie dans le secteur minier ; mais aussi de les
sensibiliser sur leur exposition particulière au mercure et autres produits toxiques.
Cette étude a connu plusieurs limitations. Son objectif se limitant à faire un état de lieux sur
l’utilisation du mercure, elle n’a pas pu en évaluer les effets sur la population et
l’environnement. Aussi, les grandes dimensions du pays, ainsi que les conflits y existant,
l’état des routes, la lourdeur des procédures administratives nécessaires pour obtenir
l’autorisation de visiter une mine et plusieurs autres facteurs ont fait que seulement une
vingtaine a pu être visitée pendant la durée de la recherche. En plus, l’insécurité existant dans
certaines zones minières rend difficiles aux creuseurs et négociants, de pouvoir fournir les
chiffres exacts de leur production ou commerce (et ce malgré la confiance qu’ils peuvent
avoir dans le chercheur).
Nous recommandons donc, qu’il soit mené des recherches plus étendues sur le mercure dans
l’orpaillage dans un nombre plus grand des sites miniers et de villes minières afin de mieux
évaluer la production d’or artisanale et l’usage du mercure dans cette production. Aussi
qu’il soit mené des recherches sur les effets réels du mercure sur la santé et l’environnement
(eaux, sols, poissons et autres organismes). Enfin nous recommandons de tirer plus attention
à l’utilisation du cyanure en orpaillage, une autre menace en cours de progression.
164
Bibliographie
ACE (Agence Congolaise de l’Environnement), 2017. Implication de la RDC dans la
convention de Minamata et le projet MIA+NAP. Présentation au lancement du projet
MIA+NAP, Kinshasa, Février 2017.
AGC (Artisanal Gold Council) et PNUE (Programme des Nations Unies pour
l’Environnement), 2017. Estimer l’utilisation du mercure et identifier les pratiques de
l’extraction minière artisanale et à petite échelle de l’or (EMAPE). Méthodes et outils.
Version 1.0.
Alert International (2009). Etude sur le rôle de l’exploitation des ressources naturelles dans
l’alimentation et la perpétuation des crises de l’est de la RDC.
Amnesty International (2013), Pertes et profits, Exploitation minière et droits humains dans le
Katanga, en République démocratique du Congo.
Amnesty International (2016), “Voilà Pourquoi On Meurt » : Les Atteintes Aux Droits
Humains En République Démocratique Du Congo Alimentent Le Commerce Du Cobalt,
Amnesty International Janvier 2016 Index : AFR 62/3183/2016.
André, G. et Godin, M. (2013). Child labour, agency and family dynamics: The case of
mining in Katanga (DRC), Norwegian Centre for Child Research, DOI:
10.1177/0907568213488966.
Bakir, F., Damluji, S., Amin-Zaki, L., Murtadha, M., Khalidi, A., Al-Rawi, N., Tikriti, S. and
Dhahir, H. (1973). Methylmercury poisoning in Iraq. Science, New series, 181: 230-241.
Banque mondiale, 2015. Donner les moyens d'agir aux femmes des mines de l'Est de la
République démocratique du Congo. Disponible à
http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2015/05/04/empowering-women-in-the-
mines-of-the-eastern-democratic-republic-of-the-congo
165
Bashizi A. & Geenen S. 2015. Les limites d'une gouvernance par le bas : les logiques des
coopératives minières à Kalimbi. Sud Kivu. Annuaires des Grands Lacs. 239-257.
Bashwira, MR., 2017. Navigating obstacles, opportunities and reforms: Women’s lives and
livelihoods in artisanal mining communities in eastern DRC. PhD thesis, Wageningen
University.
Bashwira, MR., Cuvelier, J. and Hilhorst, D., 2013. Not only a man's world: Women's
involvement in artisanal mining in eastern DRC. Resources Policy 40. 109–116.
Boening D.W. (2000). Ecological effect, transport, and fate of mercury: a general review.
Chemosphere, vol. 40, Issue 12: 1335-1351.
Bryceson, F.D. et Geenen, S., 2016. Artisanal frontier mining of gold in Africa: Labour
transformation in Tanzania and the Democratic Republic of Congo. African Affairs. 296–
317.
Bureau International du Travail (BIT), 2006. La fin du travail des enfants : un objectif à notre
portée, rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l’OIT relative aux principes et
droits fondamentaux au travail, Genève, Conférence internationale du travail, 95è session,
Rapport I (B).
CAMD (Centre Africain de Développement Minier), 2015. Les femmes dans l’industrie
minière artisanale et à petite échelle en Afrique. 8pp.
Campbell, B. (ed.) (2004) Regulating mining in Africa: for whose benefit? Discussion paper
26, Nordiska Afrikainstitutet, Uppsala.).
CIFOR (Center for International Forestry), 2012. The Formalisation of artisanal mining in the
Democratic Republic of the Congo and Rwanda. Bogor: CIFOR.
CJP (2012), Le secteur minier artisanal à l’Est de la RDC : état des lieux et perspectives,
Commission Justice et Paix belge francophone, Bruxelles/Belgique.
Cordy, P., Veiga, M., Salih, I., Al-Saadi, S., Console, S., Garcia, O., Mesa, L., Velasquez-
Lopez, P. et Roeser, M., 2011. Mercury contamination from artisanal gold mining in
Antioquia, The world’s highest per capita mercury pollution. Science of the Total
Environment 410-411: 154-160.
Cuvelier J., Vlassenroot K. & Olin N. 2014. Resources, conflict and governance: a critical
review. The Extractive Industries and Society 1 (2): 340–350.
Cuvelier, J.; Van Bockstael, S.; Vlassenroot, K. and Iguma, C. (2014) “Analyzing the impact
of Dodd-Frank on Congolese livelihoods, SSRC Confict Prevention and Peace Forum”.
Danilo, C. and Asirot, J., 2002. Mercury pollution due to small-scale gold mining in the
Philippines: An Econominc analysis. Philippine Institute for Development Studies: 71pp.
De Haan J. et Geenen S., 2016. « Mining cooperatives in Eastern DRC. The interplay
between historical power relations and formal institutions ». The Extractive Industries and
Society3 (3): 823–831.
de Koning, R., 2011. Conflict minerals in the Democratic Republic of Congo. Aligning trade
and security interventions. Stockholm: SIPRI (Stockholm International Peace Research
Institute)
EC (European Parliement and Council of the European Union) (2013). Directive 2013/39/EU
of the European parliament and of the Council of 12 August 2013 amending Directives
2000/60/EC and 2008/105/EC as regards priority substances in the field of water policy.
Official Journal of the European Union.
Egler, S.G.; Rodrigues-Filho, S.; Villas-Boas, R.C. and Beinhoff, C. (2006). Evaluation of
mercury pollution in cultivated and wild plants from two small communities of the Tapajo´ s
gold mining reserve, Para´ State, Brazil. Science of the total environment: 424-433.
Eisler, R., 2003. Health risks of gold miners: a synoptic review. Environmental Geochemistry
and Health 25: 325-345.
Ericksen, J.A.; Gustin, M.S.; Schorran, D.E.; Johnson, D.W.; Lindberg, S.E. and Coleman,
J.S. (2003). Accumulation of atmospheric mercury in forest foliage. Atmosphere and
Environment: 1613– 1622.
Ernst, C.; Verhegghen, A.; Mayaux, P.; Hansen, M. et Defourny., P. (2010). Cartographie du
couvert forestier des changements du couvert forestier en Afrique centrale (23-42). In : de
Wasseige, C. ; de Marcken, P. ; et Bayol, N. Les Forêts du bassin du Congo – Etat des Forêts
2010. Communautés Européennes.
Fahey, D. 2008. Le Fleuve d’Or: The Production and Trade in Gold from Mongbwalu, DRC,
in L’Afrique des Grands Lacs Annuaire, 2007-2008, University of Antwerp, 2008.
Free the slaves, 2013. L’esclavage des mines du Congo. L’esclavage dans les sites miniers du
Sud-Kivu. Rapport d’enquête de terrain. 35pp.
Garrett, N., Mitchell, H. & Lintzer, M. (2010). ‘Promoting legal mineral trade in Africa’s
Great Lakes Region: a policy guide on professionalization, formalization and increased
transparency’. Resource Consulting Services Report, London.
168
Geenen S. (2011). Local livelihoods, global interests and the state in the Congolese mining
sector. In Ansoms A. & Marysse S. Natural Resources and Local Livelihoods in the Great
Lakes Region of Africa: A Political Economy Perspective. Palgrave Macmillan.
Geenen, S. (2012) “A dangerous bet. The challenges of formalizing artisanal mining in the
Democratic Republic of Congo”, Resources Policy, 37 (3): 322-330.
Geenen, S. 2011. Relations and regulations in local gold trade networks in South Kivu,
Democratic Republic of Congo. Journal of East African Studies. 427-446.
Geenen, S. et Kamundala, B., 2009. « Qui cherche trouve ». Opportunités, défis et espoirs
dans le secteur de l’or à Kamituga. L’Afrique des Grands Lacs. Annuaire 2008-2009. 31pp.
Geenen, S. et Radley, B. (2014). In the face of reform: What future for ASM in the eastern
DRC? Futures 62 (2014) 58–66.
Geenen, S., 2015. « African artisanal mining from the inside out ». In S. Geenen (éd), Access,
Norms and Power in Congo’s Gold Sector. Routledge: Abingdon.
Geenen, S., Fahey, D. et Iragi, F., 2013. The future of artisanal gold mining and miners under
an increasing industrial presence in South-Kivu and Ituri, Eastern Democratic Republic of
Congo. IOB, University of Antwerp.
Global Witness. (2004). S.O.S.: Toujours la même histoire—Une étude contextuelle sur les
ressources naturelles de la République démocratique du Congo, Un rapport de Global
Witness. Juin 2004.
Greer, L. and Stokes, K., 2011. Divorce and separation in the Australian mining sector: Is it
what we expect? Central Queensland University. 23pp.
Gunson, A.J. and Veiga M.M. (2004). Mercury and artisanal gold mining in China.
Environmental Practice: 109-120.
Hayes, K. and Perks, R., 2012. Women in the artisanal and small-scale mining sector of the
Democratic Republic of the Congo. In High-Value Natural Resources and Peacebuilding, ed.
P. Lujala and S. A. Rustad. London: Earthscan.
169
Hilson, G. (2006). Abatement of mercury pollution in the small-scale gold mining industry:
Restructuring the policy and research agendas. Science of the total environment: 1-14.
Human Rights Watch. (2011). A Poisonous mix; Child labor, Mercury and artisanal gold
mining in Mali. USA: 108pp.
Hilson, G., 2002. The environmental impact of small scale gold mining in Ghana: identifying
problems and possible solutions. The Geographical Journal: 57-72.
Hinton, J.J., Veiga, M.M. and Beinhoff, C., 2003. Women and artisanal mining: Gender roles
and the road ahead. In The Socio-Economic Impacts of Artisanal and Small-Scale Mining in
Developing Countries. Ed. G. Hilson, Pub. A.A. Balkema, Swets Publishers, Netherlands.
Huesca, E., 2013, Gender and child labor issues in mining: A preliminary Study on the
artisanal and small scale \mining (ASM) industry in Davao Oriental, Philippines. \procedia.
Social and Behavioral Sciences. 91. Pp 150-157.
Hyman, M. (2004). The impact of mercury on human health and the environment. Alternative
Therapies in Health and Medicine: 70-75.
IKV Pax Christi (2012). Un avenir en or en Ituri ? Quel futur pour l’exploitation aurifère en
Ituri, RD Congo. Bunia/RDC: Réseau haki na amani.
INS (2014), Résultats de l’enquête sur l’emploi, le secteur informel et sur la consommation
des ménages/2012, République Démocratique du Congo, Ministère du plan et suivi de la mise
en œuvre de la révolution de la modernité, rapport global final, Kinshasa.
IPIS (2012). The Formalization of Artisanal Mining in the Democratic Republic of the Congo
and Rwanda. Report. CIFOR, Bogor, Indonesia.
IPIS (2017). Etude sur l’utilisation du mercure et du cyanure dans l’exploitation artisanale de
l’or au Nord et Sud-Kivu, Goma, Avril 2017.
IPIS (Weyns Y., Hoex L. and Matthysen K.), 2016. Analysis of the interactive map of
artisanal mining areas in eastern DR Congo: 2015 update, Antwerp, October 2016.
ISF-SystExt (2016), Etat des lieux des conséquences graves de l’exploitation minière,
www.isf-systext.fr.
Jennings, N.S. (1999). Small-scale gold mining: Examples from Bolivia, Philippines &
Zimbabwe. 53pp.
Kamungandu, M.C., 2009. Etudes de cas sur l’évaluation, de la dégradation des forêts. La
dégradation des forêts en République démocratique du Congo. FAO Département des forêts.
Keita, S., 2001. Etude sur les mines artisanales et les exploitations minières à petite échelle
au Mali, 53pp. Disponible à http://pubs.iied.org/pdfs/G00727.pdf
Kyamwami P.K. (2013) Travail des enfants dans le site minier d’exploitation artisanale de
Bisie en territoire de Walikale Une crise oubliée en République Démocratique du Congo. Une
étude évolutive 2007 – 2012, rapport IPIS et Bedewa.
L’Internationale de l’Education (2013). Le travail des enfants et l’Education pour tous. Outil
de ressources pour les syndicats et appel à l’action contre le travail des enfants et en faveur de
l’éducation pour tous, B-1210 Bruxelles.
Lahiri-Dutt, K. and Mahy, P., 2008. Impacts of Mining Impacts of Mining on Women and
Youth in Indonesia: on Women and Youth in Indonesia. Final report. 48pp.
Levi, P.E. (1997). Target organ toxicity. A textbook of modern toxicology, Appleton and
Lange, Connecticut: 99-228.
MacGaffey, J., 1991. The real economy of Zaire. The contribution of smuggling and
unofficial activities to national wealth. Oxford, James Currey.
MacGaffey, Janet, 1991. The Real Economy of Zaire; The Contribution of Smuggling and
Other Unofficial Activities to National Wealth, James Currey and University of Pennsylvania
Press, London and Philadelphia.
171
Malm, O. (1998). Gold mining as a source of mercury exposure in the Brazilian Amazon.
Environmental Research: 73–78.
Maraver, M.M. 2016. A l’autre bout de la chaîne : les femmes dans les mines artisanales en
RDC. Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté : 24pp.
Megevand, C. (2013). Deforestation trends in the Congo Basin: reconciling economic growth
and forest protection. Directions in development, World Bank Washington, USA: 158pp.
Messina, J.P. (2014). Exploitation minière en zone forestière au Cameroun. CIRAD: 36pp.
MMH (2002). LOI N° 007/2002 DU 11 JUILLET 2002 PORTANT CODE MINIER. Journal
Of. Kinshasa.
Molayi, M. ; Aubry, JC. et De Brouwer, C., 2009. Impact des conditions de travail sur la
santé des artisans miniers de la Ruashi (République Démocratique du Congo). Unité de santé
au travail et de toxicologie du milieu, Ecole de santé publique, Université Libre de Bruxelles.
488-492.
Monikutidoo, A., 2010. Les conséquences sanitaires de l’exploitation minière sur les
orpailleurs artisanaux en Uele (Territoire de Wamba). Tervuren, Belgique.
Mthembu-salter, G. and Phuzumoya, C., 2015. Étude de l’état initial n°3: Production,
commerce et exportation de l’or en Province Orientale, République Démocratique du Congo.
Paris/France.
Mthembu-Salter, G., 2014. Étude de l’état initial n°1 : Mine d’or artisanale de Musebe,
Katanga, RDC. OCDE : 18pp.
N’Diaye, F.C., 2013. Genre et travail des enfants dans les mines et carrières au Burkina Faso,
au Mali et au Togo. Bureau international du Travail. 46pp.
Nartey, V.; Klake, R.; Hayford, E.; Doamekpor, L. and Appoh, R. (2011). Assessment of
Mercury pollution in rivers and streams around Artisanal gold mining areas of Birim North
district of Ghana. Journal of Environnemental Protection : 1227-1239.
Ndungu M.A.et Kilosho B.J. (2009) La filière stannifère artisanale au Sud Kivu : cas du
Coltan et de la cassitérite, L'Afrique des Grands Lacs : Annuaire. Pp : 215 - 244
Nkuba, B., Bervoets, L. et Geenen, S., 2016. Le mercure dans l’exploitation artisanale de l’or
: Responsabilité environnementale et perceptions locales. Conjonctures congolaises 2016.
191-213.
Ntomba, H., 2010. Le rôle du réseau routier dans l'intégration et la croissance économique :
impacts des RING et routes de desserte agricole dans la création des richesses en RDC.
Mémoire de licence. Université de Kinshasa.
OCDE (2012). Minerais de la région des grands lacs comment les donneurs peuvent-ils
soutenir le rapport final. Kinshasa/RDC.
OCU (Observatoire du Changement Urbain), 2008. Le travail des enfants dans les mines et
carrières du Katanga. Cas du bassin minier de Kipushi, Likasi et Kambove. Lubumbashi :
Université de Lubumbashi.
OFPRA, 2014. L’exploitation et l’exportation des minerais dans l’Est de la RDC. DIDR
(Division Information Documentation Recherche) : 20pp.
OMS (2007). Exposure to Mercury: A Major Public Health Concern. Disponible sur le site
suivant : http://www.who.int/ipcs/features/mercury.pdf.
173
Organisation Internationale du Travail (OIT), 1973. Convention no. 138 concernant l’âge
minimum d’admission à l’emploi, 19 Juin 1973, disponible sur :
http://www.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=NORMLEXPUB:12100:0::NO:12100:P12100_ILO_
CODE:C138
Organisation Internationale du Travail (OIT), 1999. Convention no. 182 de l’OIT sur les pires
formes de travail des enfants, 19 Novembre 1999, disponible sur :
http://www.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=1000:12100:0::NO::P12100_ILO_CODE:C182
PAC (Partenariat Afrique Canada), 2014. « Women in the artisanal gold mining sector in the
Democratic Republic of Congo » 23pp.Pattenden, C., 1998. Women in mining: A report to
the “Women in Mining” Taskforce’, The Australasian Institute of Mining and Metallurgy.
PACT (2016), Watoto Inje ya Mungoti, Enfants hors de la mine, Rapport final Préparé Pour :
Boeing, Microsoft, ITRi, Mai 2016.
PACT., 2010. PROMINES study: Artisanal mining in the Democratic Republic of Congo.
Washington: PACT, Inc. http://www.congomines.org/wp-content/uploads/2011/10/PACT-
2010-ProminesStudyArtisanalMiningDRC.pdf
Perks r., (2011), Can I go? Exiting the artisanal mining sector in the demographic republic of
Congo. Journal of International Development 23, 1115–1127.
Pini, B. and Mayes, R., 2009. Mining Women in the 21stCentury’, presentation for the John
Curtin Institute of Public Policy, Curtin University of Technology, Western Australia.
PNUE (2008). Rapport sur l’offre et la demande actuelles de mercure, compte tenu de l’arrêt
éventuel de l’extraction minière primaire de mercure, UNEP(DTIE)/Hg/OEWG.2/1.
Promines, 2016. Projet de Bonne Gouvernance dans le Secteur Minier comme Facteur de
Croissance. Renforcement de la Protection et la Participation des Femmes dans l’Exploitation
Artisanales et à petites échelles au Sud- Kivu et les environs. Rapport final. 85pp.
Reuters, 2018. Ethnic clashes in Northeastern Congo kill more than 40 people. World News,
March 2, 2018.
Rice, K.; Walker, E.; Wu, M.; Gillette, C. and Blough, E. (2014). Environmental mercury and
its toxic effects. Journal of Preventive Medicine and Public Health: 74-83.
Richard M., Moher P., et Hamza, D. (2015). La santé dans l’orpaillage et l’exploitation
minière artisanale : Un manuel pour instructeurs, Artisanal Gold Council, Victoria, BC.
ISBN: 978-0-9939459-3-9.
Ross, M., 2003. The natural resource curse: how wealth can make you poor. In: Bannon, I.,
Collier, P. (Eds), Natural Resources and Violent Conflict. Options and Actions. The World
Bank, Washington: 17-42.
Save Act Mine, 2017. Etude sur l’utilisation du mercure et du cyanure dans l’exploitation
artisanale de l’or au Nord et Sud-Kivu. 18pp
Schipper, I., de Haan, E. and van Dorp, M., 2015. Gold from children’s hands Use of child-
mined gold by the electronics sector, Stichting Onderzoek Multinationale Ondernemingen
(SOMO), Amsterdam.
Schouten, P., Murairi, J. and Kubuya, S., 2017. Everything that moves will be taxed”: the
political economy of roadblocks in North and South Kivu. 66pp.
Sharma, S.; 2010. The impact of mining on women: lessons from the coal mining. Bowen
Basin of Queensland, Australia Impact Assessment and Project Appraisal. 201–215.
Slingenberg, A.; Braat, L.; Van der Windt, H.; Eichler, L. and Turner, K. (2009). Study on
understanding the causes of biodiversity loss and the policy assessment framework. European
Commission, Directorate-General for Environment: 197pp.
Spiegel, S.J.; Savornin, O.; Shoko, D. and Veiga, M.M. (2006). Mercury reduction in
Munhena, Mozambique: homemade solutions and the social context for change. Int. J.
Occup. Environ. Health 12, 215-221.
Swain, E.B.; Jakus, P.M.; Rice, G.; Lupi, F.; Maxson, P.A.; Pacyna, J.M.; Penn, A.; Spiegel,
S.J. and Veiga, M.M. (2007). Socioeconomic Consequences of Mercury Use and Pollution.
Royal Swedish Academy of Sciences: 45-61pp.
175
Taylor, H.; Appmeton, J.D.; Lister, R.; Smith, B., Chitamweba; D., Mkumbo, O.; Machiwa,
J.F.; Tesha, A.L. and Beinhoff, C. (2004). Environmental assessment of mercury
contamination from the Rwamagasa artisanal gold mining centre, Geita District, Tanzania.
Science of the Total Environment : 111-133.
Tchatchou, B., Sonwa, D., Ifo, S. et Tiani, A.M. (2015). Déforestation et dégradation des
forêts dans le Bassin du Congo. État des lieux, causes actuelles et perspectives. CIFOR :
47pp.
Tegera, A. et Johnson, J., 2007. Rules for sale: formal and informal cross) border trade in
Eastern DRC, Pole Institute, Goma.
Telmer, K. et Veiga, M., 2009. World emission of mercury from artisanal small-scale gold
mining. Mercury fate and transport in the global atmosphere: 131-172.
Thorsen (2012), Les enfants qui travaillent dans les mines et les carrières, Résultats d’une
étude menée en Afrique de l'Ouest et centrale, Document d'information n° 4, UNICEF.
UNEP (2008). Africa: Atlas of Our Changing Environment. Malta: Progress Press Inc.
United Nations Economic Commission for Africa (2011). Minerals and Africa’s
Development: International Study Group Report on Africa’s Mineral Regimes. Addis Ababa,
Ethiopia: 210pp.
UNEP (2016). Environmental assessment of mercury pollution in two artisanal gold mining
sites in eastern Democratic Republic of the Congo, Butuzi, South Kivu and Some, Ituri: 73pp.
UNICEF (2006). Le travail des enfants dansles mines du Kasaï Occidental : Rapport de
recherches effectuées durant la dix‐neuvième session des travaux de l’Observatoire », avril-
mai, 2006.
Veiga, M.M. (1997). Introducing New Technologies for Abatement of Global Mercury
Pollution in Latin America. UNIDO/UBC/CETEM, Rio de Janeiro: 94 pp.
Veiga, M.M. and Baker, R. (2004). Protocols for Environmental and Health Assessment of
Mercury Released by Artisanal and Small Scale Miners, Report to the Global Mercury
Project: Removal of Barriers to Introduction of Cleaner Artisanal Gold Mining and
Extraction Technologies, GEF/UNDP/UNIDO: 170 pp.
176
Veiga, M.M. and Hinton, J.J. (2002). Abandoned Artisanal Gold Mines in the Brazilian
Amazon: A Legacy of Mercury Pollution, Natural Resources Forum.
Veiga, M.M.; Angeloci-Santos, G. and Meech, J.A. (2014). Review of barriers to reduce
mercury use in artisanal gold mining. The Extractive Industries and Society. 351-361pp.
Veiga, M.M.; Maxson, P.A. and Hylander, L.D. (2006). Origin and consumption of mercury
in small-scale gold mining. Journal of Cleaner Production. 14, 436–447.
Veiga, M.M.; Meech, J.A. and Hypolito, R. (1995). Educational measures to address Hg
pollution from gold mining activities in the Amazon. Ambio: 216-220.
Vieira, R. (2006). Mercury-free gold technologies: possibilities for adoption in the Guianas.
Journal of Cleaner Production. 448-454.
Werthmann, K. (2013), Gold Mining in Burkina Faso Since the 1980s. Available at SSRN:
https://ssrn.com/abstract=2250760
Weyns Y., Hoex L. and Matthysen K. (2016) Analysis of the interactive map of artisanal
mining areas in eastern DR Congo: 2015 update, Antwerp, October 2016. IPIS.
World Bank, 2010. Democratic Republic of Congo: growth with governance in the mining
sector. Oil/Gas, Mining and Chemicals Department, World Bank, Washington, 2008.
World vision, 2013. Les enfants travaillant dans les mines s’expriment. Recherche sur les
enfants dans les mines artisanales à Kambove, en RDC. 49pp.
WWF (2012). Rapport sur l’étude de cas du Gabon. Projet Exploitation minière artisanale et à
petite échelle dans les zones protégées et les écosystèmes critiques, (ASM-PACE).
Washington DC.
Yakovlav, N., 2007. Perspectives on female participation in artisanal and small-scale mining:
A case study of Birim North District of Ghana. Resources Policy 32: 29-41
Yaro, Y., Kaboré, I., Kobanka, H. (2011). Etude sur le travail des enfants sur les sites
d’orpaillage et les carriers artisanales dans cinq régions du Burkina Faso. Rapport final,
Unicef : 85pp.
177
Annexe :
Site
EMAPE_Yindi Kputuka
EMAPE_Yambi Yaya
EMAPE_Tokeleko
EMAPE_Teturi
EMAPE_Simali
EMAPE_Port BAC
EMAPE_Moku
EMAPE_Kafiawema
EMAPE_Dubele
EMAPE_Bulongo
EMAPE_Biondo
EMAPE_Beverindi
EMAPE_Avakubi
EMAPE_Atekoma
EMAPE_Njoli njoli
EMAPE_G7
Provinces
EMAPE_Tshopo
EMAPE_Tanganyika
EMAPE_Sud-Kivu
EMAPE_Ituri
EMAPE_Haut-Uele
RDC
EMAPE_RDC
Analyse sectorielle