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Le document présente les méthodes d'étude de la matière cristallisée à l'aide de faisceaux de neutrons, en se concentrant sur la diffraction et la détermination des structures cristallines et magnétiques. Il aborde des applications variées, telles que la cartographie des contraintes internes et la dynamique des matériaux, tout en soulignant l'importance des neutrons pour distinguer des éléments similaires et étudier les propriétés magnétiques. La loi de Bragg est essentielle pour comprendre la diffraction des neutrons et l'analyse des structures cristallines.

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Le document présente les méthodes d'étude de la matière cristallisée à l'aide de faisceaux de neutrons, en se concentrant sur la diffraction et la détermination des structures cristallines et magnétiques. Il aborde des applications variées, telles que la cartographie des contraintes internes et la dynamique des matériaux, tout en soulignant l'importance des neutrons pour distinguer des éléments similaires et étudier les propriétés magnétiques. La loi de Bragg est essentielle pour comprendre la diffraction des neutrons et l'analyse des structures cristallines.

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Les faisceaux de neutrons

Comprendre et caractériser la matière


par Gérard PÉPY
Conseiller scientifique au Commissariat à l’Énergie Atomique,
Laboratoire Léon Brillouin, CEA Saclay

1. Structure de la matière cristallisée .................................................... BN 3 017 — 2


1.1 Détermination d’une structure magnétique .............................................. — 3
1.2 Localiser l’hydrogène dans un alliage ....................................................... — 5
1.3 Cartographie 3D des contraintes internes dans les matériaux................ — 5
1.4 Détermination de la texture cristallographique ........................................ — 6
1.5 Structure d’un monocristal par diffraction sur quatre cercles................. — 8
2. Réflectométrie. Profils de surface....................................................... — 9
2.1 Application : les supermiroirs pour guides à neutrons ............................ — 10
2.2 Application : les dispositifs en couches minces à magnétorésistance
géante ........................................................................................................... — 10
3. Diffusion à « petits angles » ................................................................ — 11
3.1 Complexes de protéines et polyélectrolytes ............................................. — 11
3.2 L’intégrité de cordages et leur microstructure .......................................... — 12
3.3 Croissance d’agrégats dans des aciers irradiés ........................................ — 14
3.4 Évolution microstructurale de défauts dans les pistons de moteurs
de compétition automobile......................................................................... — 14
4. Dynamique ................................................................................................. — 15
4.1 Dynamique des modes collectifs. Le spectromètre trois axes ................ — 16
4.2 Magnons de MnTe en couche mince ......................................................... — 16
4.3 Dynamique diffusive. Le spectromètre quasi élastique à temps de vol . — 18
4.4 Diffusion de l’eau dans le ciment ............................................................... — 18
Pour en savoir plus ........................................................................................... Doc. BN 3 017

e dossier traite des nombreuses méthodes utilisant les propriétés ondu-


C latoires des neutrons (leur diffusion par la matière). Pour connaître la façon
de préparer les faisceaux de neutrons thermiques et les applications liées à leurs
propriétés de pénétration et d’activation de la matière, on se reportera au
dossier [BN 3 016].

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30/09/2008
LES FAISCEAUX DE NEUTRONS ___________________________________________________________________________________________________________

Soit τ hkl un vecteur orthogonal à la famille de plans hkl, dont le


1. Structure de la matière module est inversement proportionnel à la distance interplanaire :
cristallisée 2π
τ hkl = ----------
d hkl
Beaucoup de matériaux sont cristallisés, notamment les métaux. Pour un matériau donné, l’ensemble de ces vecteurs constitue un
Un cristal est caractérisé par une maille élémentaire habillée par un réseau dual du réseau cristallin, dit réseau réciproque. Une autre
motif d’atomes. La maille élémentaire est l’élément de base répété un façon de décrire la loi de Bragg consiste à affirmer qu’il y a diffrac-
très grand nombre de fois dans des grains. Les grains élémentaires tion lorsque le vecteur de diffusion correspond à un vecteur du
peuvent être répartis de manière isotrope dans un polycristal ou pré- réseau réciproque. L’intensité diffusée par l’ensemble des pics de
senter une texture. Nous examinerons le cas des matériaux texturés Bragg s’écrit simplement :
au paragraphe 3.1.4. Lorsqu’un faisceau de neutrons monochromati-
que rencontre un polycristal ou une poudre, quelques uns des grains
présentent au moins une famille de plans cristallins en position de
I(Q) = ∑ ∑ bm bn exp ( i τhkl ⋅ ( rm – rn ) ) ⋅ δ ( Q – τhkl ) (2)
hkl m ,n
réflexion. Celle-ci est sélective, car elle résulte d’un processus d’inter-
férences, elle se produit seulement pour un angle particulier, appelé avec bm et bn longueurs de diffusion cohérentes des noyaux
angle de Bragg θB, entre la famille de plans concernée et le faisceau
atomiques en position r m et r n dans la maille
incident ; puisqu’il s’agit de réflexion le faisceau émergent fera donc
un angle 2θB avec le faisceau incident ; finalement on aura une diffu- élémentaire. La fonction de Dirac exprime le fait
sion de neutrons sur un cône de demi-angle au sommet 2θB : qu’il y a diffraction seulement si le vecteur

λ = 2dhkl · sinθB (1) diffusion Q coïncide avec un vecteur τ hkl du


réseau réciproque.
avec λ longueur d’onde des neutrons incidents,
Lorsque le matériau est magnétique une formule analogue
dhkl distance interplanaire de la famille de plans hkl
s’applique à la diffusion magnétique :
(indices de Miller),
θB angle d’incidence et de réflexion (figure 1).
I(Q) = ∑ ∑ fm ( Q )fn ( Q )Mm⊥ ⋅ Mn⊥ exp ( i τhkl ⋅ ( rm – rn ) ) ⋅ δ ( Q – τhkl ) (3)
La formule de Bragg joue un rôle essentiel dans toutes les métho- hkl m ,n
des d’étude par diffraction des matériaux cristallins. avec M m⊥ et M n⊥ projections sur le vecteur de diffusion des
Nous considérons des poudres ou polycristaux composés de très
nombreux grains d’orientation aléatoire. Plusieurs groupes de aimantations des atomes en position r m et
grains sont en position de réflexion avec chacun un angle de Bragg
différent ; on obtient donc un ensemble de cônes de Debye-Scherrer r n dans la maille élémentaire. Les mailles
qui sont une signature de la géométrie cristalline. Pour l’observer, il nucléaires et magnétiques ne coïncident pas
suffit de déplacer un détecteur dans le plan horizontal autour de nécessairement ; par exemple une maille
l’échantillon ; chaque fois qu’il coupe un cône, on observe un pic antiferromagnétique simple a une de ses
d’intensité. L’analyse de la position angulaire des pics renseigne sur dimensions doublée par rapport à la maille
la géométrie de la maille ; l’analyse de l’intensité de ces pics apporte nucléaire. On observe alors des pics de
beaucoup d’informations sur la structure des empilements atomi- Bragg magnétiques non seulement sur les
ques, le motif. Si une texture est présente elle module l’intensité sur pics nucléaires mais aussi à des positions
les cônes de Debye-Sherrer. intermédiaires,
fm et fn facteurs de forme magnétiques des ions m et
n, fonction décroissante du vecteur de
diffusion.
Cependant, seule intervient la projection de l’aimantation sur le
vecteur de diffusion. De plus, contrairement à la diffusion nucléaire
où l’on peut considérer comme ponctuel le centre diffuseur (le
noyau), la diffusion magnétique est due à la couronne d’électrons
non appariée dont la dimension est significative ; elle a donc une
portée limitée, dépendant de l’état magnétique de l’ion considéré et
λ
d’autant plus courte que l’ion est plus gros. Par conséquent, la diffu-
sion magnétique est toujours observée à des angles faibles.
En pratique, les pics de Bragg produits par une poudre ou un poly-
kf dhkl τhkl cristal ne sont jamais des raies étroites comme le suggère la fonction
ki de Dirac des formules (1) et (2). H. M. Rietveld [1] a démontré que ces
Q
2θB pics ont une forme gaussienne dont la largeur dépend de manière
ki simple de la résolution du spectromètre. Cela a permis de développer
λ = 2dhkl · sinθB
des logiciels de dépouillements traitant directement les spectres
mesurés ; l’un des plus performants est FULLPROF [2].
On a singularisé par des traits discontinus une famille de
plans cristallins (hkl) parmi d'autres. Elle est caractérisée La figure 2 montre un schéma de diffractomètre. Un tel appareil
par une distance entre plans dhkl et une orientation. Cela comprend toujours les éléments suivants :
est résumé dans la définition d'un vecteur τhkl. Lorsque le — un monochromateur qui va sélectionner la longueur d’onde
vecteur de diffusion Q est égal à un tel vecteur, il y a convenable ;
diffusion (loi de Bragg). — un multidétecteur capable de détecter simultanément les neu-
trons diffusés dans un large secteur du plan horizontal ;
Figure 1 – k i est le vecteur d’onde du neutron incident et k f celui — un support d’échantillon capable de recevoir divers fours ou
des neutrons sortants. Le vecteur de diffusion Q vérifie cryostats. Typiquement, ils permettent de couvrir un domaine de
la conservation des moments (ou quantité de mouvement) températures de 1,4 K à 1 000 ˚C.

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Monochromateur En résumé, lorsqu’un rayonnement (neutrons ou rayons X)


interagit avec une poudre ou un polycristal la diffusion se pro-
duit sous forme de pics (de Bragg) dont la position angulaire est
caractéristique de la géométrie de la maille cristalline élémen-
taire et dont l’intensité dépend de la nature et de la répartition
des atomes dans cette maille (le motif). L’avantage des neutrons
est de distinguer facilement des éléments proches dans le
tableau de Mendeleev, de permettre le marquage isotopique et,
Tube à vide notamment, de donner lieu à une diffusion magnétique, qui se
superpose à la diffusion « nucléaire ».

80° Filtre graphite


Moniteur 1.1 Détermination d’une structure
magnétique
Axe échantillon
Enceinte à vide
Les composés de type Nd6Fe13X (où X est Si, Al, Ga, Cu, Ge, Ag,
Au, Sn, ou Sb) apparaissent parfois entre les grains de Nd2Fe14B,
l’un des matériaux magnétiques durs les plus performants. Parfois
1 500 mm
leur présence améliore très sensiblement les propriétés magnéti-
ques des aimants grâce à une augmentation de la coercitivité.
L’étude des propriétés des matériaux de type Nd6Fe13X est donc
Multidétecteur 800 cellules d’une grande importance pratique.
L’étude présentée concerne Nd6Fe13Si [3]. L’étude de la diffraction
Figure 2 – Schéma de diffractomètre pour polycristal ou poudre nucléaire montre que sa structure cristalline est invariante en fonc-
tion de la température. La maille élémentaire est un parallélépipède
Éventuellement, pour l’étude des textures, un goniomètre per- rectangle à base carrée (type quadratique /4/mcm). Une structure
mettra d’orienter l’échantillon dans des directions quelconques. antiferromagnétique apparaît en dessous de la température de Néel
de 421 K et une réorientation des moments magnétiques a lieu vers
Nous allons illustrer la technique de diffusion par des poudres au 100 K environ. La diffraction des neutrons par une poudre de
moyen de deux exemples, le premier concerne un matériau magné- Nd6Fe13Si en fonction de la température permet de résoudre cette
tique, le deuxième une étude métallurgique. structure magnétique et son évolution (figure 3).
Intensité (u.a.)

7 000

6 100

5 200

4 300

3 400

2 500

1 600

700

– 200

– 1 100

– 2 000
5 15 25 35 45 55 65 75 85 95 105
2θ (∞)
u.a. : nombre proportionnel au nombre de neutrons détectés
En haut de la figure, sont représentés les points expérimentaux : intensité en fonction de l'angle de
diffusion ; la courbe en trait plein est le résultat d'une analyse par la méthode de Rietveld.
Figure 3 – Diagramme de diffraction de poudre
En bas, on trouve la différence entre les points expérimentaux et calculés.
par Nd6Fe13Si à 295 K (diffractomètre MURR,
Les deux premières rangées de barres verticales marquent les positions des pics de Bragg nucléaires
Université de Missouri, États-Unis,
et magnétiques de Nd6Fe13Si. La troisième rangée de barres correspond aux pics de Bragg d'une
λ = 0,148 07 nm)

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Intensité (u.a.) La structure magnétique consiste essentiellement en des plans


ferromagnétiques couplés antiferromagnétiquement à travers les
plans Si. L’évolution thermique montre une disparition du pic
105 (001), signature de la réorientation des moments magnétiques
u.a. : nombre proportionnel
au nombre de neutrons détectés (figure 4).
104
Finalement, la modélisation montre que, au-dessus de 100 K, les
103 (001) (002) moments magnétiques de Nd6Fe13Si sont parallèles à l’axe c alors
102 que, au-dessous de 100 K, ils sont principalement dans les plans de
base (figure 5).
10
200
Te

Liste d’applications :
mp

100 — structures magnétiques ;


éra

— suivi in situ de transformations de phases magnétiques,


tur

procédés d’élaboration.
e(

2θ (∞)
K)

10 15
1

Figure 4 – Dépendance en température du pic de Bragg magnétique


(001) obtenue sur le diffractomètre D1B, ILL, France

Anisotropie axiale Couches Anisotropie basale

Fe 4d, 16k
axe c

Fe 16I1

Fe 16I2

Nd 8f

Nd 16I

Si 4a

Nd 16I

Nd 8f

Fe 16I2

Fe 16I1

Fe 4d, 16k

Fe 16I1

Fe 16I2

Nd 16I

Nd 8f

Si 4a

Nd 16I

Nd 8f

Fe 16I2

Fe 16I1

Fe 4d, 16k

Plan (a, b)
(a) structure cristalline de Nd6Fe13Si : les (b) schéma de la structure magnétique de Nd6Fe13Si : à haute température à
gros cercles noirs et blancs sont les Nd, les gauche, à basse température à droite.
blancs de taille intermédiaire sont les Si, les
petits cercles noirs et blancs sont des Fe.

Figure 5 – Structure cristalline et schéma de la structure magnétique de Nd6Fe13Si

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6 000
Intensité (u.a.) ZrH2
ZrH2 11
111
5 000
Zy 100

4 000
ZrH2
ZrH2 200
2
Zr (Fe,
( e, Cr)2
3 000

1 024 ppm
2 000
717 ppm

1 000
242 ppm
107 ppm
22 ppm
0
45 50 55 60 65 70 75
Figure 7 – Maille élémentaire de LaNi5-xSnxDy. Les tétraèdres
2θ (°) désignent les sites pouvant être occupés par l’hydrogène
u.a. : nombre proportionnel au nombre de neutrons détectés
La nature de certains pics est repérée : Zy 100 désigne le pic de Bragg
{100} du zircaloy, ZrH2 111 désigne le pic de Bragg {111} de l'hydrure de Liste d’applications :
zirconium. — localisation d’atomes légers (H, D, Li, C, N, O...) par analyse
des raies de diffraction ;
Figure 6 – Diagramme de diffraction (intensité en fonction de l’angle
— séparation d’éléments voisins du tableau périodique
de diffusion) de gaine de zircaloy avec diverses concentrations
(exemple : Fe/Cr), difficile aux rayons X ;
d’hydrogène
— dosage de phases dans l’ensemble du volume (cm3) d’un
matériau multiphasé ;
— dosage de l’hydrogène à partir de la mesure de la diffusion
1.2 Localiser l’hydrogène dans un alliage incohérente ;
— suivi in-situ de transformations de phases, procédés d’éla-
boration, de dégradation de matériaux due à l’absorption de H2
Dans cet exemple, il s’agit de déterminer des phases précipitées ou H2O.
et de doser l’hydrogène dans une gaîne de combustible nucléaire
[4]. Le zircaloy-4, alliage de gainage des réacteurs nucléaires à eau
pressurisée (REP), est sensible à la corrosion par l’hydrogène en
conditions de fonctionnement (sous 155 bar de H2O à 300 ˚C). 1.3 Cartographie 3D des contraintes
Dans ce matériau, l’hydrogène est soit lié à des atomes de internes dans les matériaux
l’alliage au sein de phases précipitées, soit en position intersticielle.
L’hydrogène ayant une très forte diffusion incohérente, isotrope, la
détermination du bruit de fond dû à l’échantillon dans le diagramme Le principe de la mesure des déformations par diffraction des
de diffraction permet une mesure de la quantité globale d’hydro- neutrons est fondée sur l’évaluation précise de la distance inter
gène présent (figure 6). Les phases précipitées présentent des pics réticulaire dhkl d’une famille de plans de diffraction {hkl}, qui agit
de Bragg spécifiques, distincts des pics de Bragg de la matrice. On alors comme une jauge de déformation [6]. En effet, sous l’effet de
identifie une phase ZrH2. Une modélisation permet de déterminer la la contrainte la distance initiale, d0(hkl) va varier de ∆d. En différenti-
concentration de cette phase et donc la quantité d’hydrogène liée de ant la loi de Bragg, à longueur d’onde constante, la mesure de la
cette façon. Par différence avec la mesure globale par le bruit de déformation ε [formule (4)] peut être reliée à la mesure du déplace-
fond, on obtient la concentration d’hydrogène non lié, en position ment (∆2θ) de la position angulaire (2θ) de la raie de diffraction
intersticielle. (figure 8) correspondant à la famille de plans {hkl} par rapport à sa
position de référence (2θ0) :
Ainsi, la diffraction de neutrons a permis :
— de doser de manière non destructive, l’hydrogène total avec une d – d0 ∆d 1
précision de 0,002 % en masse dans des gaines hydrurées à des taux ε = ⎛⎝ ----------------⎞⎠ = ⎛ -------⎞
⎝ d ⎠ hkl
= – --- cot θ 0 ( ∆2 θ ) (4)
d 0 hkl 0 2
différents, à partir de l’augmentation du fond continu des spectres ;
— de doser également de manière non destructive, la part Les contraintes sont calculées à partir des déformations ε
d’hydrogène ayant précipité sous forme d’hydrure (responsable de mesurées, à l’aide des équations de l’élasticité.
fragilisation) à partir de l’intensité des raies de diffraction ;
En diffraction des neutrons, le volume à analyser dans l’échan-
— de suivre in-situ l’évolution de ces quantités en fonction de la tillon est défini par l’intersection des faisceaux incident et diffracté.
température (simulant des conditions normales ou anormales de La taille de ce volume est donnée par des diaphragmes collimateurs
fonctionnement). situés sur les deux faisceaux (figure 8). La déformation mesurée est
Un exemple similaire concerne les hydrures métalliques qui donc une déformation moyenne sur le volume diffractant. Pour
absorbent l’hydrogène de manière réversible et sont ainsi de bons avoir une bonne définition du volume sonde, on travaille générale-
candidats pour le stockage de l’hydrogène. L’analyse, par la ment à un angle de diffraction de l’échantillon 2θ proche de 90˚, pour
méthode de Rietveld (analyse de profil [2]) des diagrammes de dif- lequel on obtient un bon compromis entre la résolution spatiale et la
fraction de neutrons sur des poudres deutériées, a permis de déte- précision de la mesure.
rminer sans ambiguïté, dans les composés intermétalliques de type Au moins six mesures indépendantes en direction sont
LaNi5-xSnxDy [5], les sites de la structure hôte occupés par l’hydro- nécessaires pour une détermination complète du tenseur en un
gène (représentés par des tétraèdres sur la figure 7). Ces matériaux point. Mais si le matériau est isotrope et les trois directions principa-
sont utilisés dans des applications cryostatiques pour les sondes les x, y, z sont connues, trois mesures suffiront pour les trois
spatiales. contraintes principales :

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Rayons X Neutrons
Échantillon ∆ 2θ

Contrainte (MPa)
Volume sondé
400

Faisceau
incident 200

0
Masques en Cd

– 200

Faisceau – 400
2θ0 2θ
diffracté
0 0,5 1 1,5 2
Figure 8 – Schéma de l’expérience et principe du déplacement Profondeur (mm)
du pic de Bragg σx σy σz
Les rayons X ont une bonne résolution près de la surface, les neutrons
sont plus efficaces en profondeur.

Figure 10 – Les contraintes déterminées dans l’engrenage


de la figure 9 en fonction de la profondeur

Par rapport aux rayons X, l’avantage des neutrons est la grande


pénétration (plusieurs cm dans les pièces métalliques) et la forme
isotrope compacte du volume sondé. Fréquemment, les rayons X
donneront des informations sur les premiers millimètres en surface
et les neutrons à plus grande profondeur (figure 10).

En résumé, pour les mesures de contraintes internes, les


avantages des neutrons sont :
— mesure non destructive ;
— volume sondé isotrope de 1 mm3 ;
— pénétration de plusieurs cm ;
— distinction des éléments de composites.
x
Liste d’applications :
— détermination des contraintes dans chaque phase, parmi
plusieurs phases ;
v — matériaux composites à matrice métallique ;
Schéma d’engrenage — zones proches de fissure de fatigue ;
— assemblages hétérogènes : céramique / métal ;
On distingue les collimateurs d'entrée et de sortie du faisceau de neutrons,
— revêtements d’intérêt technologique ;
qui limitent le volume sondé.
En encart, le schéma d'engrenage ainsi que l'orientation des axes explorés.
— voisinage des surfaces grenaillées, assemblages soudés
ou brasés ;
Figure 9 – Positionnement d’un engrenage sur le goniomètre — composants industriels de taille réelle (comme avec les
échantillon d’un spectromètre pour la détermination des contraintes rayons X).
internes

E hkl 1.4 Détermination de la texture


σ x = ----------------------------------------------------- [ ( 1 – ν hkl ) ε x + ν hkl ( ε y + ε z ) ] cristallographique
( 1 + ν hkl ) ( 1 – 2 ν hkl )
E hkl
σ y = ----------------------------------------------------- [ ( 1 – ν hkl ) ε y + ν hkl ( ε x + ε z ) ] (5) Caractériser la texture cristallographique consiste à déterminer
( 1 + ν hkl ) ( 1 – 2 ν hkl ) les orientations préférentielles des grains par rapport à un réfé-
E hkl rentiel extérieur lié au mode de mise en forme de l’échantillon (par
σ z = ----------------------------------------------------- [ ( 1 – ν hkl ) ε z + ν hkl ( ε y + ε x ) ] exemple pour une tôle laminée, il est défini par les directions de
( 1 + ν hkl ) ( 1 – 2 ν hkl ) laminage DL, transverse DT et normale DN). Contrairement au cas
précédent (§ 1.3) d’une poudre ou d’un polycristal avec une
répartition aléatoire de l’orientation des grains, la diffusion par un
avec Ehkl et νhkl le module d’Young et le coefficient de Poisson
matériau avec une texture est modulée le long du cône de Debye-
relatifs à la famille de plan cristallin ayant servi à
Scherrer en fonction de la probabilité de présence des grains
la mesure.
réfléchissants. Le principe de la mesure consiste à enregistrer
En translatant et en tournant la pièce à étudier, il est possible l’intensité diffractée par une famille de plans cristallographiques
d’obtenir une cartographie complète et tridimensionnelle de l’état {hkl} donnée, dans toutes les directions de l’échantillon (figure 11).
des déformations (et donc des contraintes). Sur la figure 9, on voit Ces variations enregistrées, sur un diffractomètre de type
un exemple d’étude d’engrenage [7]. 4 cercles, constituent des figures de pôles (figure 12). L’acquisition

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Échantillon χ

Faisceau
Faisceau
incident
4 Cercles diffracté

θ 4,57
3,81
3,05
2θ 2,29
1,52
7,62 × 10-1
Figure 11 – Schéma de la mesure : l’échantillon se trouve au centre
0,00
d’un « berceau d’Euler » qui permet de l’orienter dans toutes
les directions a état déformé

DL

χ
4,07 × 10
3,39 × 10
2,71 × 10
DT 2,03 × 10
1,36 × 10
6,78
0,00
3,11 b état déformé puis recristallisé
2,69
2,27 Figure 13 – Figure de pôle d’un alliage Fe-50 %Ni déformé
1,85 puis recristallisé
1,42

Figure 12 – Figure de pôle dans une direction (111) de la phase


cubique face centrée γ d’un acier austéno-ferritique, après laminage
à froid jusqu’à 80 %, d’après [8]

de plusieurs figures de pôles permet le calcul de la fonction de


distribution des orientations cristallines (FDOC), qui fournit une
description quantitative de la texture (densité d’orientation des
cristallites définie dans un espace d’angles d’Euler, c’est-à-dire les
rotations qui amènent le repère d’un cristallite sur celui de
l’échantillon).

1.4.1 Une application en métallurgie


Les alliages Fe-50 %Ni trouvent de nombreuses applications
industrielles : pôles magnétiques, amplificateurs magnétiques,
Pièce, en alliage Ag-Cu, de diamètre 40 mm.
transformateurs d’impulsions... Les tôles minces de Fe-50 %Ni sont
obtenues par laminage à froid suivi d’un traitement thermique de Figure 14 – « Thaler de Ferdinand » du XIVe siècle, conservé
recristallisation, durant lequel la texture de déformation de type au Cabinet des Médailles du Künsthistorisches Museum de Vienne,
« cuivre » laisse place à une texture cube particulièrement recher- Autriche
chée (ici le plan (100) est parallèle au plan défini par DL et DT et la
direction <001> est alignée avec DL), car elle confère au matériau
des propriétés magnétiques intéressantes. La diffraction de neu- 1.4.2 Une application en archéologie
trons a permis une analyse précise de la texture de déformation,
même pour les composantes présentes en très faible fraction volu-
mique. Des mesures "in situ" en température ont permis de suivre le L’analyse de texture peut aussi être utilisée pour détecter des
développement de la composante cubique [9] (figure 13). faux. Par exemple, des pièces de monnaie anciennes sont-elles
authentiques (figure 14) ?
Grâce à ce dispositif expérimental, on a pu obtenir une estimation
de l’énergie emmagasinée par les grains, en fonction de leur orien- Les textures de deux de ces pièces ont été déterminées par dif-
tation, lors de la déformation. fraction neutronique [10] (figure 15).

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111 AG 220 AG

205491
0 1 2 3 4 5
111 AG 220 AG

Figure 16 – Un 4 cercles sur le canal 5C2 du réacteur Orphée,


à Saclay
205437
0 1 2 3 4 5
obtenir l’information complète, il faut parfois étudier un monocris-
La partie haute révèle une forte texture due à un laminage, la monnaie tal. Le principe de la mesure consiste à enregistrer l’intensité diffrac-
est probablement authentique. tée par les familles de plans cristallographiques d’un petit
La partie basse montre une texture peu marquée, la pièce a été moulée, monocristal (10 mm3). Le but de l’analyse de ces données est de
elle est certainement fausse.
modéliser les positions de tous les atomes de la structure.
Figure 15 – Figures de pôle de deux thalers. La partie haute révèle L’échantillon est placé au centre d’un berceau d’Euler (figures 11
une forte texture due à un laminage, la monnaie est probablement et 16). On repère l’orientation du monocristal puis, la dimension de
authentique la maille étant connue, il est facile de calculer les orientations de
l’échantillon et les positions du détecteur pour quelques milliers de
On sait que les « thalers de Ferdinand » ont été fabriqués par lami- pics de Bragg, dont on mesure les intensités. La disponibilité de
nage à froid des deux faces d’une feuille d’alliage Ag-Cu titrant 90 % en neutrons « chauds » (de courte longueur d’onde, 0,083 nm) permet
argent. L’une des monnaies étudiées présente en effet de nets signes d’atteindre un grand nombre de pics. On obtient les gammes de
de laminage, contrairement à la seconde. De plus, l’analyse de la dif- température de 20 ˚C à 900 ˚C avec un four, de 5 à 300 K avec un
fraction neutronique confirme un pourcentage d’argent de 89,5 %. On cryostat. À partir de ces données, une modélisation permet de
a pu distinguer sans ambiguïté les faux des pièces authentiques. déterminer le motif atomique dans la maille élémentaire.

■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X : ■ Exemple d’application : imagerie des protons des composés
moléculaires, la localisation des protons de l’aspirine
— forte pénétration des neutrons ;
— mesures réalisées en transmission sur d’importants volumes En général, une étude préalable aux rayons X fournit les caracté-
diffractant de l’ordre de 1 cm3 ; ristiques de la plupart des atomes (squelette), mais la diffraction de
— figures de pôles complètes de bonne qualité ; neutrons apporte des informations essentielles sur les positions des
— meilleure précision sur la FDOC (moins de corrections) ; protons. Cela est essentiel par exemple pour comprendre la struc-
— information représentative d’un grand nombre de grains ; ture précise de l’aspirine. L’aspirine cristallisée est constituée de
— état de surface peu important : préparation des échantillons dimères (figure 17) dus à des liaisons van der Waals. On distingue
simplifiée ; trois types de protons :
— mesure non destructive. — dans un groupe méthyle, en rotation désordonnée ;
— engagés dans un dimère ;
Liste d’applications : — localisés dans le noyau benzénique.
— matériaux à gros grains (→ mm) ; Ces derniers sont bien localisés et présentent un comportement
— matériaux hétérogènes (gradient de texture...) ; banal. La substitution d’un H par D dans les méthyles (CH2D) a faci-
— matériaux biphasés : analyse possible de la phase minori- lité leur localisation à basse température ; cela a permis une
taire (quelques pour-cent) ; compréhension très fine de la nature de leurs mouvements. Par
— matériaux géologiques ; ailleurs, les atomes H impliqués dans la dimérisation de l’aspirine
— mesures "in situ" en température. sont solidaires de l’une ou l’autre des deux molécules (figure 18) à
la différence d’autres cas tels celui de l’acide benzoïque où les pro-
tons sautent entre deux sites.
Une nouvelle méthode d’analyse : l’imagerie cristalline par maxi-
1.5 Structure d’un monocristal par mum d’entropie (ICME) [12] s’applique préférentiellement aux don-
diffraction sur quatre cercles nées sur monocristal. Elle présente une fiabilité très améliorée par
rapport aux méthodes conventionnelles. La prise en compte expli-
cite par l’ICME de la contribution spécifique des protons au signal
La diffraction par une poudre ou un polycristal ne permet pas tou- neutron contribue à obtenir une vision tridimensionnelle, nette et
jours de déterminer complètement la structure d’un matériau. Pour sans modèle préconçu des protons cherchés.

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Source de neutrons Détecteur

Faisceau incident : I0 Faisceau réfléchi : I

Couche mince

Substrat

Figure 19 – Principe de la réflectométrie

Réflectivité R = I/I0
Figure 17 – Un dimère d’aspirine, d’après [11]
10 L'extension du plateau donne la composition
magnétique et nucléaire de la couche

10–1

10–2
La fréquence des oscillations donne
l'épaisseur de la couche
(de 0,5 à 300 nanomètres)
10–3

La décroissance de la courbe
10–4
donne la rugosité de la surface
(de 0,05 à 0,1 nanomètres)

T = 300 K T = 15 K 10–5

3 3
10–6
2 2
0 0,2 0,4 0,6
1 1 Angle d'incidence (°)

0 0 Figure 20 – Exemple de courbe de réflectivité pour une couche mince

–1 –1

–2 –2
2. Réflectométrie. Profils
–3
–3 –2 –1 0 1 2 3
–3
–3 –2 –1 0 1 2 3
de surface
Pour chaque molécule un C ou deux O donnent des contributions
Un faisceau de neutrons est réfléchi par une surface en incidence
positives, H apparaît en creux (à cause de sa longueur de diffusion
négative). Chaque H reste très lié à une seule des 2 molécules,
rasante (figure 19). La réflexion est totale tant que l’angle reste infé-
surtout à froid rieur à un angle critique, caractéristique de la surface.
Lorsque l’angle d’incidence est supérieur à l’angle critique, seule
Figure 18 – Probabilité de présence des atomes impliqués dans
une partie des neutrons est réfléchie. La courbe de l’intensité
la dimérisation, d’après [13]
réfléchie en fonction de l’angle d’incidence (figure 20) nous rensei-
gne sans ambiguïté sur les compositions, les épaisseurs et les rugo-
sités (ou distances d’interdiffusion entre couches) [14].
La technique 4 cercles neutrons est idéalement adaptée au cas Exemple : dans le cas idéal (de Fresnel) d’une couche homogène
des protons ou de groupements de protons désordonnés tels que d’épaisseur d sur un substrat infini, on observe des oscillations (de
CH3, NH3, NH 4+ ... Kiessig) ; si λ est la longueur d’onde des neutrons, θm l’angle de
l’oscillation de rang m, θC l’angle critique de réflexion totale, on a une
■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X : relation analogue à la relation de Bragg :
— longueur de diffusion appréciable et négative du proton ;
m λ = d sin2 θ m – sin2 θ C (6)
— possibilité de variation de contraste H / D ;
— absorption négligeable.
Dans un réflectomètre, le faisceau incident est préparé sous
forme d’un pinceau très plat arrivant sur un échantillon en incidence
Liste d’applications : rasante. Les neutrons réfléchis sont recueillis par un multidétecteur.
Deux méthodes existent pour obtenir la courbe de réflectivité : ou
— structure détaillée, tridimensionnelle de molécules organi- bien on modifie pas à pas l’angle d’incidence, ou bien cet angle
ques (cristallisées) ; reste fixe mais le faisceau incident est une bouffée de neutrons poly-
— polymorphisme ; cinétique, dont la vitesse est analysée par mesure du temps de vol
— rôle des protons dans des liaisons H... au niveau du détecteur (figure 21). Lorsque la table échantillon est

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Réflectivité
1

Supermiroir

0,8

0,6

Miroir standard Intensité


réfléchie
supplémentaire
0,4

0,2

On voit en bas un tube bleu sous vide interface entre le détecteur (hors
champ) et l'espace échantillon muni de réglages angulaires et de
hauteur. Les neutrons arrivent par une fenêtre horizontale dans le tube 0
carré blanc. 0 0,1 0,2
Figure 21 – Réflectomètre EROS sur le guide G3-bis au LLB (crédit Angle d'incidence (°)
photo Jean Biaugeaud)
Figure 22 – Exemple de courbe de réflectivité pour un supermiroir,
comparée à un miroir standard, recouvert de nickel
horizontale, les échantillons peuvent être indifféremment des liqui-
des ou des solides. L’épaisseur typique étudiée est inférieure à 1 µm.
Le faisceau de neutrons peut traverser un support (par exemple en
silicium) avant d’atteindre la couche intéressante. La plupart des
appareils sont équipés pour ajuster la température de l’échantillon Capteur GMR
autour de la température ambiante, par exemple de −10 à 200 ˚C.
Couch
e de b
locage
Couch
e bloq
2.1 Application : les supermiroirs uée
pour guides à neutrons
Couch
e libre
Plusieurs groupes industriels ont développé des revêtements
multicouches de type « supermiroir » pour guides de neutrons. Ce Substr
at Si
traitement apporte un gain en intensité important, par l’extension de
l’angle critique apparent. Seuls les tests neutroniques réguliers sur
la production garantissent au client la livraison d’un produit fini con- Figure 23 – Principe d’une tête de lecture GMR
forme aux performances annoncées (figure 22).
On détermine :
— les aimantations de chaque couche ;
2.2 Application : les dispositifs en
— leur orientation par rapport au champ appliqué ;
couches minces à magnétorésistance
— les rugosités d’interface.
géante
■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X ou à la
lumière :
Les têtes de lecture de nombreux dispositifs de stockage de masse
(disques durs) utilisent la magnétorésistance géante (GMR : Giant — sensibilité spécifique considérable à l’hydrogène ;
Magnetoresistance) : l’orientation magnétique de la couche libre de la
tête de lecture est influencée par l’état du disque dur sous-jacent, la — mesure de l’organisation des moments magnétiques dans les
résistance électrique du dispositif dépend de l’orientation relative des couches (sensibilité des neutrons au magnétisme) ;
aimantations des couches magnétiques (figure 23). — mesure de couches enfouies (faible absorption du faisceau de
Il est important de caractériser la structure atomique et magnéti- neutrons) ;
que de ces couches. La réflectométrie neutronique est un outil — mesure non destructive (l’énergie des neutrons est faible :
particulièrement puissant : en effet la polarisation d’un faisceau de 10 meV) ;
neutrons polarisés va être modifiée par la réflexion par les couches
magnétiques. Un analyseur de la polarisation après réflexion va per- — marquage aisé de chaque couche (par des isotopes, vus diffé-
mettre de déterminer les courbes de réflectivité pour des états de remment par les neutrons) ;
spin parallèles ou antiparallèles (figure 24). — absorption négligeable.

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3. Diffusion à « petits angles »


1
Réflectivité

10–1 Les neutrons sont caractérisés par une longueur d’onde λ d’envi-
ron 1 nm (10−9m). Lorsqu’un faisceau de neutrons rencontre un
échantillon possédant une structure à « grande échelle » (1 nm à
10–2 100 nm), faite d’au moins deux espèces, il est diffusé à un angle θ
R++
R– – petit, d’où le nom de diffusion à petits angles. L’intensité diffusée est
10–3 proportionnelle à un contraste naturel entre les deux espèces ou
obtenue par une substitution isotopique. Cette technique est d’un
10–4 grand intérêt pour les ingénieurs car elle permet d’obtenir des infor-
mations rapidement et simplement. C’est pourquoi nous propose-
10–5
rons quatre exemples, deux en « matière molle », deux en
métallurgie.
10–6
0 1 2 3 4 5
Angle d'incidence (°) 3.1 Complexes de protéines
Composition : et polyélectrolytes
Ta(5nm)/NiFe(35nm)/CoFe(5nm)/Cu(4nm)/CoFe(5nm)/MnFe(5nm)/Ta(5nm)
sur SiO2
L'appareil utilisé pour ces études permet de définir l'état de spin des On rencontre fréquemment des complexes protéines-polyélectro-
neutrons incidents et de mesurer la polarisation des neutrons émergents. lytes en biologie ou dans l’industrie [16]. Afin de comprendre les
Par rapport à une orientation magnétique de référence de l'échantillon, mécanismes conduisant à la formation de ces complexes et leur
on peut donc mesurer quatre réflectivités suivant que la polarisation nature moléculaire, un groupe du LLB a récemment étudié un sys-
incidente et la polarisation émergente sont chacune parallèle (+) ou tème modèle constitué d’une protéine globulaire chargée positive-
antiparallèle (-) à cette référence. Ici on présente deux réflectivités R++ et ment, le lysozyme, et d’un polyélectrolyte chargé négativement, le
R--. polystyrènesulfonate de sodium (PSSNa) [17].
La variation de contraste neutronique est particulièrement effi-
Figure 24 – Courbes de réflectivité sur un couche magnétorésistive cace dans les systèmes où le solvant est l’eau (ou un solvant organi-
géante servant pour les têtes de lecture de disque dur, d’après [15] que usuel). En effet en mélangeant de l’eau lourde à l’eau normale,
on va pouvoir ajuster le pouvoir diffusant de l’eau afin qu’il soit égal
à celui d’un seul des composants, celui-ci devient alors invisible ; on
Applications : observe la diffusion par l’autre composant, seul (figure 25). Dans
— caractérisation d’interfaces et de couches minces simple l’exemple proposé, le polyélectrolyte lui-même avait été deutérié
ou multiples ; afin de le différencier encore plus de la protéine. Dans cette étude
— profil de densité de composants dissous au voisinage les auteurs ont fait varier de nombreux paramètres : la force ioni-
d’une surface. que, la concentration des espèces, la densité de charges, la longueur
de chaîne du polyélectrolyte.

1 1
I (cm–1) I (cm–1)
Pic polyélectrolyte (q*)
Facteur de forme
du lysozyme q–4
0,1
PSS 0,3 M
q–1
0,1

PSS 0,2M
0,01

0,001 0,01
0,1 1 10 0,01 0,1 1 10
q (nm-1) – – – – q (nm-1)
– –
– – –––
– – – – –
–– – – – Réseau en régime semi-dilué dû
Objets sphériques sans organisation –– – – – aux répulsions électrostatiques
en régime dilué – –– ξ –

q*= 2π /ξ
– – – – –
– – –
– – – –
– –

a diffusion par des protéines globulaires
b diffusion par des chaînes de polyélectrolytes
La position du pic q* caractérise une distance moyenne ξ.

Figure 25 – Diffusion des neutrons par les composants isolés du système, en fonction du vecteur de diffusion

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a b c
a longues chaînes de polymère, haute concentration en protéines, faible excès de charges négatives
b chaînes de polymère courtes, haute concentration en protéines, faible excès de charges négatives
c chaînes de polymère courtes, haute concentration en polymère, grand excès de charges négatives Figure 26 – Représentation des complexes
lysozyme PSSNa dans trois cas

10 1
I (cm–1) I (cm–1)
[–]/[+] = 20

[–]/[+] = 13
[–]/[+] = 20
1

PSS 0,3 M
[–]/[+] = 13 0,1

0,1 PSS 0,2 M

0,01 0,01
0,01 0,1 1 10 0,01 0,1 1 10
q (nm-1) q (nm-1)
a masquage du polymère b masquage de la protéine

Les encarts indiquent le type de contraste réalisé.


La forme de la protéine dépend peu du ratio des charges, en revanche l'extension du polymère y est très sensible.

Figure 27 – Diffusion des neutrons en fonction du vecteur de diffusion dans le cas de la figure 26 c, chaînes courtes, large excès
de charges négatives

Lorsque les chaînes sont longues, elles constituent un réseau avec cordage a, en général, des conséquences désastreuses. Un test
les protéines, formant un gel opaque. Si les chaînes sont courtes, dynamique est destructif ; une corde souillée peut être dangereuse,
elles forment avec les protéines de gros complexes denses qui diffu- car un lavage avec un détergent a un effet incertain. Une étude faite
sent la lumière, dans lesquels les charges apportées par les deux à ISIS recherche les corrélations entre l’évolution de la microstruc-
types d’objets sont égales. Les chaînes en excès se mettent à la sur- ture et différents vieillissements chimiques ou physiques de cordes
face des complexes. Cependant, un fort excès de polymère favorise le en Nylon [18].
contact protéine-polymère et provoque le dépliement des protéines :
il y a un effet spécifique du polymère. Le système forme alors un Une corde comporte une hiérarchie de fibres (figure 28).
réseau mixte constitué de deux types de chaînes polymériques.
L’échelle intéressante est 5 nm : le Nylon est un polymère semi-
Par ailleurs, une modulation de l’interaction électrostatique par cristallin, constitué de lamelles cristallisées empilées
une variation de pH ou de force ionique peut favoriser le contact régulièrement, reliées par des zones amorphes. Pour l’étude aux
protéine-polymère et donc aussi le dépliement des protéines
petits angles, les échantillons ont été lavés avec des solutions con-
(figures 26 et 27).
tenant divers détergents ou acides. Ces solutions étaient deuté-
Cette étude montre que la conformation de tels systèmes dépend riées afin d’assurer un bon contraste avec le polymère, révélant
essentiellement des interactions électrostatiques. ainsi un pic caractéristique de l’empilement des lamelles cristalli-
nes dans la diffusion à petits angles. Pour faciliter la compré-
hension, on a calculé une fonction de corrélation axiale à partir de
3.2 L’intégrité de cordages la diffusion neutronique (figure 29). Celle-ci décrit l’évolution
et leur microstructure éventuelle de l’empilement des plaquettes. Alors qu’un lavage
dans une solution de détergent pur n’apporte pas de modification
visible, un lavage à l’acide concentré est très perturbant et des net-
On continue à utiliser fréquemment des cordages dans l’industrie toyages de type domestique ne sont pas sans effet (mais ils ont été
(construction...) et les loisirs (marine à voile...). La rupture d’un répétés de très nombreuses fois !).

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CH2 CH2 CH2


C O H N C O
H N C O H N
CH2 CH2 CH2
CH2 CH2 CH2
CH2 CH2 CH2
CH2 CH2 CH2
CH2 CH2 CH2
O C N H O C
N H O C N H
CH2 CH2 CH2
CH2 CH2 CH2
CH2 CH2 CH2
5 µm 50 nm 5 nm
CH2 CH2 CH2

5 nm

Figure 28 – Une corde en Nylon représentée à différentes échelles

1 1
Γ1 Γ1

0,5 0,5

0 0

– 0,5 – 0,5
0 5 10 15 20 0 5 10 15 20
z (nm) Fibres traitées par : z (nm)
Fibres traitées par :
D2O
D2O
11 % en masse D 2SO4
d-C16TAB
11 % en masse D 2SO4 après 41 mois
d-SDS après 41 mois 33 % en masse D 2SO4
d-C12E6 après 41 mois
b traitement acide
d-C16TAB hexadecyl trimehylammonium bromide deutérié
d-SDS sodium dodecyl sulphate deutérié 1
d-C12E6 hexaethyleneglycol dodecyl ether deutérié Γ1
a traitement par détergents 0,5

Γ1 fonction de corrélation longitudinale de la densité 0

– 0,5
0 5 10 15 20
Fibres : z (nm)
Non traitées
Après 15 cycles de lavage
Après 62 cycles de lavage
c nettoyage type domestique

Figure 29 – Fonction de corrélation axiale décrivant l’empilement des plaquettes d’une corde en Nylon qui a subi divers lavages

■ Avantage de la diffusion des neutrons aux petits angles — sensibilité au magnétisme ;


par rapport aux rayons X ou à la lumière : — possibilité de marquage isotopique, ou magnétique ;
— sensibilité spécifique considérable à l’hydrogène et au — grande facilité pour effectuer des mesures en cours de
deutérium ; process.

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Applications analogues :
Inuc + Imag (max)
— agrégats, magnétiques ou non ;
— solutions de polymères, de polyélectrolytes, de protéines
dans l’eau, de colloïdes (médicaments, peintures) ;
— mélange de polymères, réseaux de polymères ;
— gels synthétiques, agroalimentaires, biologiques ;
— milieux poreux : métallurgie, ciments, roches, carbone ;
— tensioactifs, micelles, émulsions, vésicules, mousses,
graisses ;
— systèmes déformés, rhéologie sous faisceau de neutrons.
H Inuc

3.3 Croissance d’agrégats dans des aciers


irradiés

Les aciers qui contiennent des agrégats non magnétiques offrent


une source de contraste intrinsèque qui les rend particulièrement
aisés à étudier. En effet, la diffusion magnétique des neutrons est du Un champ magnétique sature l'aimantation dans la direction horizontale.
même ordre de grandeur que la diffusion nucléaire. Des agrégats Dans cette direction, on trouve seulement la diffusion nucléaire. La
non magnétiques créent des vides d’aimantation dans la matrice diffusion magnétique maximise sa contribution dans la direction
magnétique, d’où une puissante source de contraste. Mais la diffu- orthogonale au champ magnétique.
sion magnétique étant engendrée par la couronne des électrons non
appariés, source du magnétisme, elle a une propriété très Figure 30 – Diffusion par une matrice ferromagnétique contenant
particulière : seule intervient la projection de l’aimantation dans un des agrégats non magnétiques, observée dans un détecteur
plan orthogonal au vecteur de diffusion. Cet effet permet de distin- bidimensionnel d’un appareil de diffusion de neutrons aux petits
guer aisément la contribution des agrégats. Dans la formule (7), angles (DNPA)
pour l’intensité diffusée à petits angles :
100
2 Intensité (u.a.)
I ( q ) ≈ f p ( ∆ ρ nuc
2 + ∆ρ2
mag sin α ) F p ( R, q ) S ( q )
2 (7)

avec fp fraction volumique des agrégats, 10

∆ρnuc contraste nucléaire entre les agrégats et la 2 dpa à 325 °C


matrice, 1
∆ρmag contraste magnétique entre les agrégats et la
matrice,
F p ( R, q ) facteur de forme des agrégats (forme et 0,1
distribution de taille), Non irradié
S(q) un terme d’interférence significatif seulement si 0,01
les agrégats sont proches. 0,2 0,4 0,6 0,8 1
1,6 1,8 1,2 1,4
Par soustraction des intensités observées dans les directions q (nm–1)
orthogonale et parallèle à un champ magnétique saturant Cette quantité décrit le facteur de forme des agrégats non magnétiques.
l’aimantation, il est facile d’isoler la contribution des agrégats L'irradiation de l'acier à 2 dpa fait apparaître une diffusion à grands
(figure 30). angles due à des précipités de phase α' riche en Cr.
La figure 31 montre la contribution d’agrégats dans un acier ferri-
tique/martensitique ODS (Oxide Dispersion Strengthened) renforcé Figure 31 – Différence entre l’intensité diffusée
par une dispersion d’oxydes Y2O3. Cet acier fait partie de matériaux perpendiculairement et parallèlement au champ magnétique,
étudiés pour les futures générations de réacteurs nucléaires [19]. en fonction du vecteur de diffusion, dans un acier renforcé par
Son évolution sous irradiation a été étudiée. Avant irradiation, la des particules d’oxyde
contribution des agrégats révèle deux populations de particules
d’oxydes avec des rayons moyens de 6 et 2 nm. Après irradiation à tion de la diffusion aux petits angles de pistons de moteur de
325 ˚C jusqu’à 2 dpa (déplacement par atome) on observe une diffu- compétition [20]. Ces pistons sont faits en alliage d’aluminium
sion supplémentaire que l’on peut attribuer à une phase α ′ riche en (AlSi2CuNiMg), forgé à chaud. Dans ce matériau, le contraste vient
chrome (95 %Cr-5 %Fe). de la variation de densité liée à des défauts, joints de grains, boucles
de dislocations, lacunes, mais surtout microfissures. La diffusion est
de type loi de puissance, avec un exposant qui varie de 2 à 4 suivant
la dimension fractale de l’objet et un préfacteur qui fournit une esti-
3.4 Évolution microstructurale de défauts mation de l’aire concernée. Dans le cas d’un saut dans la valeur de
dans les pistons de moteurs la densité en surface, cet exposant vaut 4 (loi de Porod).
de compétition automobile Le but des mesures était d’évaluer les modifications des micros-
tructures lors du vieillissement du matériel, en fonction de leur posi-
tion. Tout d’abord, les auteurs de l’étude ont fait des mesures de
À la demande d’une entreprise leader dans la course en référence en différents points de la couronne du piston (figure 32).
Formule 1, le groupe de neutroniciens de Budapest a étudié l’évolu- Puis, ils ont répété ces mesures sur un piston utilisé en course. La

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60
Y
50

40

30

20

10
60 60
Y Y
50 50 50
Y
40 40 40
A
30 30 30

20 20 20

10 10 10

60
10 20 30 40 50 60 Y 10 20 30 40 50 60
X 50 X

40

30

20

10

10 20 30 40 50 60
X

A : zone où la mesure illustrée dans la figure 33 a été effectuée


Sur l'axe vertical de la figure la diffusion est isotrope, mais sur les côtés, elle devient
anisotrope, révélant la formation d'une texture lors du forgeage.

Figure 32 – Régions étudiées dans la couronne d’un piston neuf, avec pour chacune un diagramme de diffusion typique

sement à grand vecteur d’onde démontre une disparition de défauts


I (u.a.) plus petits (il est probable que les lacunes disparaissent par recuit ;
Ancien piston en effet en fonctionnement, la température peut dépasser la tempé-
10–4
rature du traitement thermique initial), figure 33. Finalement, un
traitement dans l’approximation de Porod indique une augmenta-
tion de 20 % de la surface interne au matériau (l’aire des défauts
produisant un saut de densité).
10–5

Nouveau piston 4. Dynamique


10–6

Dans la matière condensée, les atomes et les molécules sont liés


0,1 1 q (nm-1) par des forces qui contribuent d’ailleurs à organiser la structure
générale du matériau. Ils ne sont donc pas immobiles, mais animés
A petit vecteur d'onde, l'augmentation de l'intensité diffusée par le
de mouvements. L’étude de ces mouvements renseigne sur les inte-
piston usagé révèle une augmentation des défauts de « grande »
dimension, environ 10 nm. En revanche à grand vecteur d'onde,
ractions qu’ils subissent. La diffusion de neutrons est là aussi un
l'intensité diminue, en liaison avec une disparition des lacunes par outil puissant car l’énergie cinétique des neutrons thermiques est de
recuit. l’ordre de grandeur des interactions dans la matière.
Traditionnellement, on distingue deux situations : d’une part les
Figure 33 – Intensité diffusée au centre du piston, en fonction modes collectifs impliquent de très nombreux atomes ou molécules
du vecteur de diffusion en général répartis sur un réseau cristallin, d’autre part les modes
diffusifs ou les niveaux excités concernent plutôt des entités indivi-
comparaison des mesures faites au centre du piston montre une dualisées. À chacun de ces cas correspondent deux types d’appa-
augmentation de la diffusion à petits vecteurs d’onde, mais une reils particulièrement efficaces, le spectromètre à trois axes pour les
diminution à plus grand angle. Le premier effet indique une crois- modes collectifs, l’appareil quasi élastique à temps de vol pour les
sance des défauts de dimension 10 nm environ, alors que l’affaiblis- mouvements diffusifs.

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Encadré 2 – Grandeurs caractérisant un neutron


et importantes pour la dynamique
Monochromateur
Axe n° 1 2π 1 2 k2
k = mv/  = ------- E = --- mv 2 = ----------
λ 2 2m
m Axe n° 2
avec k vecteur d’onde du neutron,
Échantillon
v sa vitesse,
Ψ λ sa longueur d’onde,
Analyseur m sa masse,
h
Axe n° 3  = ------- constante réduite de Planck,

E son énergie cinétique.
Relation de conservation du moment :
a
Détecteur
ki – kf = Q = τ + q
b*
Relation de conservation de l’énergie :

a principe
kf Ef – Ei = ± ω
Ψ ki
avec Q vecteur de diffusion,
τ un vecteur du réseau réciproque,
Q q vecteur d’onde du mode collectif,
a* ω sa fréquence (ou énergie). Le signe +/-
b schéma de diffusion dépend de l’absorption ou de la création du
mode collectif.
ki et kf vecteurs d'onde incident et émergent
Q vecteur de diffusion
La façon la plus courante (dite à Q constant) d’effectuer une
Figure 34 – Principe du spectromètre à trois axes et schéma mesure est la suivante. L’énergie des neutrons diffusés est
de diffusion constante, définie par une position fixe de l’analyseur. On réalise
successivement une suite de configurations du trois axes en main-
tenant inchangé le transfert de moment cinétique, pendant qu’on
4.1 Dynamique des modes collectifs. balaie pas à pas le transfert d’énergie en changeant l’énergie des
neutrons incidents. Lorsque les transferts de moment et d’énergie
Le spectromètre trois axes sont proches du vecteur d’onde et de la fréquence d’un phonon ou
d’un magnon, l’intensité détectée augmente ; l’intensité et la largeur
du pic dépendent des caractéristiques du mode collectif et aussi de
On étudie les modes collectifs au moyen des spectromètres trois la résolution du trois axes. Une méthode alternative consiste à
axes. Comme les diffractomètres à poudre, ces appareils compor- maintenir fixe le transfert d’énergie constant (méthode à E constant)
tent un monochromateur, une table porte-échantillon et un et à balayer une direction de vecteur d’onde. On préfère la méthode
détecteur ; mais, entre l’échantillon et le détecteur, on ajoute un à Q constant notamment parce qu’elle permet de suivre plus aisé-
nouveau composant (le troisième axe), un analyseur qui va réfléchir ment les évolutions en fonction de la température. L’application de
dans le détecteur seulement les neutrons ayant une énergie définie, cette procédure permet de trouver un point sur une courbe de dis-
différente en général de l’énergie incidente (encadré 2). En appli- persion. La détermination des courbes de dispersion est donc un
quant les lois de conservation du moment cinétique et de l’énergie, processus fort long. Souvent, on se contentera de mesurer quelques
on va pouvoir mesurer les transferts de moment et d’énergie qu’a points significatifs pour le problème considéré.
subis le neutron à l’occasion d’une interaction avec un mode collec-
tif. Grâce aux nombreuses possibilités de configuration d’un trois La plupart des études de modes collectifs ont lieu sur des mono-
axes(figure 34), on va pouvoir suivre pas à pas des directions cristaux de grande taille (1 cm3). Ce type d’échantillon est fort loin
particulières de l’espace réciproque, là où on peut le plus aisément des matériaux intéressant l’ingénieur. C’est pourquoi nous avons
comparer un modèle avec les courbes de dispersion (la fréquence préféré présenter un exemple marginal mais néanmoins
en fonction du vecteur d’onde) des modes collectifs. significatif : la détermination de phonons dans un système multi-
Les principaux modes collectifs sont les phonons (vibrations de couche magnétique.
réseau cristallin) et les magnons ou ondes de spin (vibrations des
moments magnétiques atomiques). En première approximation, ce
sont des ondes planes, qui sont donc caractérisées par une
fréquence, un vecteur d’onde, une polarisation. La nature de la pola- 4.2 Magnons de MnTe en couche mince
risation est très différente pour les phonons et les magnons, avec
une traduction dans la section efficace de diffusion : on observera
plutôt les phonons à grands angles et on tiendra compte de l’orien-
tation relative du vecteur de diffusion des neutrons, du vecteur MnTe est un exemple type des semi-conducteurs magnétiques
d’onde du phonon et de son vecteur de polarisation longitudinal ou dilués. Il ne peut être obtenu qu’en couches minces, par dépôt sur
transverse ; en revanche, on trouvera les magnons à des angles un substrat (épitaxie). Les échantillons sont constitués d’un substrat
petits. GaAs, d’un buffer CdTe, puis de MnTe jusqu’à 6 µm.

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Quatre intégrales d’échange permettent de modéliser le système


y (les intégrales d’échange J1 à J4 décrivent l’interaction magnétique
entre un ion magnétique et chacun de ses voisins, depuis les plus
c>a proches, J1, jusqu’au quatrième rang, J4) ; l’effet de la distorsion
a tétraédrique sur J1 est anormalement grand, J4 est important ce qui
4 signifie que la géométrie du pont Mn-Te-Te-Mn, responsable de
l’interaction d’échange magnétique, l’emporte sur la distance
1 directe Mn_Mn. Par ailleurs, l’étude des superréseaux MnTe/ZnTe
(où ZnTe est amagnétique) montre que, pour les températures infé-
2
3 rieures à la température de transition TN, les couches MnTe restent
z antiferromagnétiques de type III et sont monodomaines [21]. Et on
observe une persistance de la cohérence de l’ordre AF à travers
l’espaceur non magnétique pour des épaisseurs jusqu’à 2 nm
Mn ↑ environ [22].
x Mn ↓
Les moments magnétiques des ions Mn présentent un empilement ■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X ou à la
antiferromagnétique le long de l'axe z. Les deux sous-réseaux d'ions Mn lumière :
magnétiques sont représentés en bleu et en gris.
— l’énergie des rayons X est trop grande par rapport aux éner-
Figure 35 – Structure de MnTe gies des phonons et magnons, les vecteurs d’onde accessibles par
diffusion de l’infrarouge ou par effet Raman sont très limités, seule
la diffusion inélastique des neutrons permet d’atteindre tout le spec-
À T = 65 K, MnTe subit une transition d’une structure cubique vers tre de phonons et magnons.
une structure quadratique accompagnée de l’apparition d’une struc-
ture antiferromagnétique de type III (figure 35).
Applications analogues :
Malgré le très faible volume d’échantillon, il a été possible
d’observer les excitations collectives magnétiques (ondes de spin : — détermination des constantes de forces interatomiques ;
figure 36). Cette étude confirme que la structure est colinéaire et — étude de l’interaction électron-phonon ;
que toutes les interactions magnétiques sont antiferromagnétiques. — détermination des constantes d’échange magnétiques.

200 150
Intensité diffusée

kf = 26,62 nm-1

150

100

100

50

50

0 0
1 1,1 1,2 1,3 1,4 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6
ν = 2,8 THz Q = (1 + ξ, 0, 0) ν = 2,4 THz Q = (1/2, 1 + η, 0)

courbe modélisée
T ª 13 K
T = 75 K
Lorsque la température dépasse la température de Néel (TN), l'ordre
antiferromagnétique disparaît, les pics également, ce qui permet de les attribuer sans
ambiguïté à des magnons (qui n'existent plus dans l'état paramagnétique).
La courbe en trait plein est une modélisation. Figure 36 – Exemples de mesures dans MnTe
obtenues par la méthode à E constant

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Le premier disque crée une brève bouffée de neutrons polychromatiques


(ou polycinétiques). Le paquet de neutrons s'étale lors de son parcours
jusqu'au deuxième disque qui va sélectionner des neutrons
monochromatiques ou (monocinétiques). Les détecteurs sont répartis sur une calotte sphérique de 1,5 m de rayon.

Figure 38 – Une partie des 400 détecteurs du spectromètre Mibémol


Figure 37 – Principe de la monochromatisation des neutrons au LLB
par temps de vol

mètres 5 nm, 10 nm), qui ne change pas durant la prise du ciment.


4.3 Dynamique diffusive. Le spectromètre Ces particules colloïdales sont probablement dispersées dans le gel
quasi élastique à temps de vol constitué d’ions calcium, de silicate et d’hydroxyde de calcium.
L’eau contenue dans les particules est immobile alors que celle du
gel diffuse (figure 39). L’étude a consisté à mesurer quelle était la
Le transfert d’énergie produit par les mouvements diffusifs se tra- proportion d’eau mobile, ainsi que ses paramètres de relaxation, en
duit par un élargissement de la répartition de l’énergie cinétique des fonction du temps de vieillissement du ciment [23].
neutrons. Il y a donc un élargissement associé à la répartition en
Cette étude vérifie l’existence de trois étapes dans la prise du
vitesse autour de la vitesse initiale des neutrons incidents. Cet élar-
ciment. La fraction p d’eau immobile devient significative seulement
gissement est caractéristique de la dynamique diffusive de l’échan-
après une période d’induction qui dépend de la température et peut
tillon. Un type de spectromètre particulièrement adapté à ce type de
être modifiée par un retardateur (additif chimique). La première
mesure est le spectromètre quasi élastique à temps de vol.
étape est la période de formation du gel. La deuxième étape est la
Avec ce spectromètre, on prépare des paquets de neutrons mono- période d’accélération. La troisième période, dite de diffusion,
chromatiques (monocinétiques) au moyen de disques tournant à s’étend sur une très longue durée (figure 40).
grande vitesse et qui laissent passer les neutrons pendant un temps
court, à travers une fente. Un premier disque crée un paquet de neu- ■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X ou à la
trons polychromatiques ; un deuxième disque sélectionne les neu- lumière :
trons ayant une vitesse définie par le déphasage entre les deux
disques (figure 37). Les bouffées de neutrons monochromatiques — l’énergie des rayons X est trop grande par rapport aux éner-
sont ensuite diffusées par l’échantillon. gies en jeu, alors que l’énergie cinétique des neutrons en est
proche ;
Au moyen de très nombreux détecteurs placés sur une calotte
sphérique à une distance de 1 à 2 m de l’échantillon (figure 38), on — possibilité de marquage isotopique des objets diffusant ou de
mesure non seulement la position d’impact mais aussi le temps de la matrice.
parcours (temps de vol) des neutrons depuis leur interaction avec
l’échantillon. Cela permet de déterminer la direction et la vitesse des
neutrons après interaction et donc le transfert de moment et d’éner- Applications analogues :
gie. Les échantillons étant généralement polycristallins ou liquides, — modes de vibration de molécules biologiques (protéines,
il n’y a pas de direction particulière de diffusion et, par conséquent, enzymes...) ;
cette géométrie globale convient beaucoup mieux que celle du — étude de gaz adsorbés.
spectromètre à trois axes.

Remerciements
4.4 Diffusion de l’eau dans le ciment Plusieurs figures parmi celles présentées proviennent du
fonds documentaire du Laboratoire Léon Brillouin. Mais j’ai pu
en inclure beaucoup d’autres grâce à la bonne volonté de
Lorsque l’on ajoute de l’eau à du ciment (dont la composante nombreux collègues qui m’ont considérablement aidé ; je veux
principale est Ca3SiO5), la réaction d’hydratation produit un hydrate remercier ici très sincèrement G. André, M.-C. Bellissent-Funel,
de silicate de calcium (CaSiH) sous forme de gel. L’évolution du gel P. Boutrouille, M.J. Bull, M. Ceretti, J.P. Cotton, F. Cousin,
est le principal facteur de la prise du ciment. Des études de diffusion F. Givord, F. Grandjean, B. Hennion, O. Isnard, P. Lindner,
de neutrons à petits angles ont montré la présence d’une distribu- M.H. Mathon, A. Menelle, F. Ott, R.J. Papoular, L. Rosta,
tion bimodale de particules colloïdales juste après le mélange (dia- J. Schweizer, B. Winkler.

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18 18 18

Intensité (u.a.)

Intensité (u.a.)
Intensité (u.a.)

16 16 16
14 14 14
12 12 12
10 10 10
8 8 8
6 6 6
4 4 4
2 2 2
0 0 0
– 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2
E (meV) E (meV) E (meV)
1 heure 5 heures 10 heures
18 18 18
Intensité (u.a.)
Intensité (u.a.)

Intensité (u.a.)
16 16 16
14 14 14
12 12 12
10 10 10
8 8 8
6 6 6
4 4 4
2 2 2
0 0 0
– 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2
E (meV) E (meV) E (meV)
20 heures 30 heures 42 heures
La courbe bleue est la somme de deux contributions : quasi élastique (large) et élastique (étroite) en noir sur la figure.
Dès la première heure, la partie quasi élastique est caractéristique de la diffusion à longue distance de l'eau dans le gel. Peu à peu, il y a
apparition d'un pic élastique, au fur et à mesure qu'une partie de l'eau s'immobilise. Le rapport entre les deux aires (quasi élastique et élastique)
permet de déterminer la proportion p d'eau immobile.

Figure 39 – Spectres quasi élastiques mesurés pour un même transfert de moment de 0,069 nm-1 en fonction de la durée de vieillissement

0,4

0,3 0,4
42 jours
p
0,3
0,2
15 °C
0,2
30 °C 30 h
0,1
0,1 20 h
5h 10 h
30 °C avec additif
0 0
0,1 1 10 5 7 9 11 13
Durée (jours) Q (nm-1)

a évolution de la fraction immobile de l'eau à deux b à une température donnée (30 °C), l'absence de dépendance
températures (15 °C, 30 °C) et à une température, de la fraction d'eau immobile par rapport au vecteur
30 °C, avec un additif retardant d'onde Q suggère que cette eau est très fortement
localisée dans les particules colloïdales

La figure b montre que, à une température donnée, p est indépendant du transfert de moment ce qui est le reflet de la localisation des
molécules d'eau dans les particules colloïdales.

Figure 40 – Évolution temporelle de la fraction d’eau immobile p à deux températures différentes. L’une d’entre elles correspond à l’ajout d’un
additif dans l’échantillon

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