BN 3017
BN 3017
7 000
6 100
5 200
4 300
3 400
2 500
1 600
700
– 200
– 1 100
– 2 000
5 15 25 35 45 55 65 75 85 95 105
2θ (∞)
u.a. : nombre proportionnel au nombre de neutrons détectés
En haut de la figure, sont représentés les points expérimentaux : intensité en fonction de l'angle de
diffusion ; la courbe en trait plein est le résultat d'une analyse par la méthode de Rietveld.
Figure 3 – Diagramme de diffraction de poudre
En bas, on trouve la différence entre les points expérimentaux et calculés.
par Nd6Fe13Si à 295 K (diffractomètre MURR,
Les deux premières rangées de barres verticales marquent les positions des pics de Bragg nucléaires
Université de Missouri, États-Unis,
et magnétiques de Nd6Fe13Si. La troisième rangée de barres correspond aux pics de Bragg d'une
λ = 0,148 07 nm)
Liste d’applications :
mp
procédés d’élaboration.
e(
2θ (∞)
K)
10 15
1
Fe 4d, 16k
axe c
Fe 16I1
Fe 16I2
Nd 8f
Nd 16I
Si 4a
Nd 16I
Nd 8f
Fe 16I2
Fe 16I1
Fe 4d, 16k
Fe 16I1
Fe 16I2
Nd 16I
Nd 8f
Si 4a
Nd 16I
Nd 8f
Fe 16I2
Fe 16I1
Fe 4d, 16k
Plan (a, b)
(a) structure cristalline de Nd6Fe13Si : les (b) schéma de la structure magnétique de Nd6Fe13Si : à haute température à
gros cercles noirs et blancs sont les Nd, les gauche, à basse température à droite.
blancs de taille intermédiaire sont les Si, les
petits cercles noirs et blancs sont des Fe.
6 000
Intensité (u.a.) ZrH2
ZrH2 11
111
5 000
Zy 100
4 000
ZrH2
ZrH2 200
2
Zr (Fe,
( e, Cr)2
3 000
1 024 ppm
2 000
717 ppm
1 000
242 ppm
107 ppm
22 ppm
0
45 50 55 60 65 70 75
Figure 7 – Maille élémentaire de LaNi5-xSnxDy. Les tétraèdres
2θ (°) désignent les sites pouvant être occupés par l’hydrogène
u.a. : nombre proportionnel au nombre de neutrons détectés
La nature de certains pics est repérée : Zy 100 désigne le pic de Bragg
{100} du zircaloy, ZrH2 111 désigne le pic de Bragg {111} de l'hydrure de Liste d’applications :
zirconium. — localisation d’atomes légers (H, D, Li, C, N, O...) par analyse
des raies de diffraction ;
Figure 6 – Diagramme de diffraction (intensité en fonction de l’angle
— séparation d’éléments voisins du tableau périodique
de diffusion) de gaine de zircaloy avec diverses concentrations
(exemple : Fe/Cr), difficile aux rayons X ;
d’hydrogène
— dosage de phases dans l’ensemble du volume (cm3) d’un
matériau multiphasé ;
— dosage de l’hydrogène à partir de la mesure de la diffusion
1.2 Localiser l’hydrogène dans un alliage incohérente ;
— suivi in-situ de transformations de phases, procédés d’éla-
boration, de dégradation de matériaux due à l’absorption de H2
Dans cet exemple, il s’agit de déterminer des phases précipitées ou H2O.
et de doser l’hydrogène dans une gaîne de combustible nucléaire
[4]. Le zircaloy-4, alliage de gainage des réacteurs nucléaires à eau
pressurisée (REP), est sensible à la corrosion par l’hydrogène en
conditions de fonctionnement (sous 155 bar de H2O à 300 ˚C). 1.3 Cartographie 3D des contraintes
Dans ce matériau, l’hydrogène est soit lié à des atomes de internes dans les matériaux
l’alliage au sein de phases précipitées, soit en position intersticielle.
L’hydrogène ayant une très forte diffusion incohérente, isotrope, la
détermination du bruit de fond dû à l’échantillon dans le diagramme Le principe de la mesure des déformations par diffraction des
de diffraction permet une mesure de la quantité globale d’hydro- neutrons est fondée sur l’évaluation précise de la distance inter
gène présent (figure 6). Les phases précipitées présentent des pics réticulaire dhkl d’une famille de plans de diffraction {hkl}, qui agit
de Bragg spécifiques, distincts des pics de Bragg de la matrice. On alors comme une jauge de déformation [6]. En effet, sous l’effet de
identifie une phase ZrH2. Une modélisation permet de déterminer la la contrainte la distance initiale, d0(hkl) va varier de ∆d. En différenti-
concentration de cette phase et donc la quantité d’hydrogène liée de ant la loi de Bragg, à longueur d’onde constante, la mesure de la
cette façon. Par différence avec la mesure globale par le bruit de déformation ε [formule (4)] peut être reliée à la mesure du déplace-
fond, on obtient la concentration d’hydrogène non lié, en position ment (∆2θ) de la position angulaire (2θ) de la raie de diffraction
intersticielle. (figure 8) correspondant à la famille de plans {hkl} par rapport à sa
position de référence (2θ0) :
Ainsi, la diffraction de neutrons a permis :
— de doser de manière non destructive, l’hydrogène total avec une d – d0 ∆d 1
précision de 0,002 % en masse dans des gaines hydrurées à des taux ε = ⎛⎝ ----------------⎞⎠ = ⎛ -------⎞
⎝ d ⎠ hkl
= – --- cot θ 0 ( ∆2 θ ) (4)
d 0 hkl 0 2
différents, à partir de l’augmentation du fond continu des spectres ;
— de doser également de manière non destructive, la part Les contraintes sont calculées à partir des déformations ε
d’hydrogène ayant précipité sous forme d’hydrure (responsable de mesurées, à l’aide des équations de l’élasticité.
fragilisation) à partir de l’intensité des raies de diffraction ;
En diffraction des neutrons, le volume à analyser dans l’échan-
— de suivre in-situ l’évolution de ces quantités en fonction de la tillon est défini par l’intersection des faisceaux incident et diffracté.
température (simulant des conditions normales ou anormales de La taille de ce volume est donnée par des diaphragmes collimateurs
fonctionnement). situés sur les deux faisceaux (figure 8). La déformation mesurée est
Un exemple similaire concerne les hydrures métalliques qui donc une déformation moyenne sur le volume diffractant. Pour
absorbent l’hydrogène de manière réversible et sont ainsi de bons avoir une bonne définition du volume sonde, on travaille générale-
candidats pour le stockage de l’hydrogène. L’analyse, par la ment à un angle de diffraction de l’échantillon 2θ proche de 90˚, pour
méthode de Rietveld (analyse de profil [2]) des diagrammes de dif- lequel on obtient un bon compromis entre la résolution spatiale et la
fraction de neutrons sur des poudres deutériées, a permis de déte- précision de la mesure.
rminer sans ambiguïté, dans les composés intermétalliques de type Au moins six mesures indépendantes en direction sont
LaNi5-xSnxDy [5], les sites de la structure hôte occupés par l’hydro- nécessaires pour une détermination complète du tenseur en un
gène (représentés par des tétraèdres sur la figure 7). Ces matériaux point. Mais si le matériau est isotrope et les trois directions principa-
sont utilisés dans des applications cryostatiques pour les sondes les x, y, z sont connues, trois mesures suffiront pour les trois
spatiales. contraintes principales :
Rayons X Neutrons
Échantillon ∆ 2θ
Contrainte (MPa)
Volume sondé
400
Faisceau
incident 200
0
Masques en Cd
– 200
Faisceau – 400
2θ0 2θ
diffracté
0 0,5 1 1,5 2
Figure 8 – Schéma de l’expérience et principe du déplacement Profondeur (mm)
du pic de Bragg σx σy σz
Les rayons X ont une bonne résolution près de la surface, les neutrons
sont plus efficaces en profondeur.
Échantillon χ
Faisceau
Faisceau
incident
4 Cercles diffracté
θ 4,57
3,81
3,05
2θ 2,29
1,52
7,62 × 10-1
Figure 11 – Schéma de la mesure : l’échantillon se trouve au centre
0,00
d’un « berceau d’Euler » qui permet de l’orienter dans toutes
les directions a état déformé
DL
χ
4,07 × 10
3,39 × 10
2,71 × 10
DT 2,03 × 10
1,36 × 10
6,78
0,00
3,11 b état déformé puis recristallisé
2,69
2,27 Figure 13 – Figure de pôle d’un alliage Fe-50 %Ni déformé
1,85 puis recristallisé
1,42
111 AG 220 AG
205491
0 1 2 3 4 5
111 AG 220 AG
■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X : ■ Exemple d’application : imagerie des protons des composés
moléculaires, la localisation des protons de l’aspirine
— forte pénétration des neutrons ;
— mesures réalisées en transmission sur d’importants volumes En général, une étude préalable aux rayons X fournit les caracté-
diffractant de l’ordre de 1 cm3 ; ristiques de la plupart des atomes (squelette), mais la diffraction de
— figures de pôles complètes de bonne qualité ; neutrons apporte des informations essentielles sur les positions des
— meilleure précision sur la FDOC (moins de corrections) ; protons. Cela est essentiel par exemple pour comprendre la struc-
— information représentative d’un grand nombre de grains ; ture précise de l’aspirine. L’aspirine cristallisée est constituée de
— état de surface peu important : préparation des échantillons dimères (figure 17) dus à des liaisons van der Waals. On distingue
simplifiée ; trois types de protons :
— mesure non destructive. — dans un groupe méthyle, en rotation désordonnée ;
— engagés dans un dimère ;
Liste d’applications : — localisés dans le noyau benzénique.
— matériaux à gros grains (→ mm) ; Ces derniers sont bien localisés et présentent un comportement
— matériaux hétérogènes (gradient de texture...) ; banal. La substitution d’un H par D dans les méthyles (CH2D) a faci-
— matériaux biphasés : analyse possible de la phase minori- lité leur localisation à basse température ; cela a permis une
taire (quelques pour-cent) ; compréhension très fine de la nature de leurs mouvements. Par
— matériaux géologiques ; ailleurs, les atomes H impliqués dans la dimérisation de l’aspirine
— mesures "in situ" en température. sont solidaires de l’une ou l’autre des deux molécules (figure 18) à
la différence d’autres cas tels celui de l’acide benzoïque où les pro-
tons sautent entre deux sites.
Une nouvelle méthode d’analyse : l’imagerie cristalline par maxi-
1.5 Structure d’un monocristal par mum d’entropie (ICME) [12] s’applique préférentiellement aux don-
diffraction sur quatre cercles nées sur monocristal. Elle présente une fiabilité très améliorée par
rapport aux méthodes conventionnelles. La prise en compte expli-
cite par l’ICME de la contribution spécifique des protons au signal
La diffraction par une poudre ou un polycristal ne permet pas tou- neutron contribue à obtenir une vision tridimensionnelle, nette et
jours de déterminer complètement la structure d’un matériau. Pour sans modèle préconçu des protons cherchés.
Couche mince
Substrat
Réflectivité R = I/I0
Figure 17 – Un dimère d’aspirine, d’après [11]
10 L'extension du plateau donne la composition
magnétique et nucléaire de la couche
10–1
10–2
La fréquence des oscillations donne
l'épaisseur de la couche
(de 0,5 à 300 nanomètres)
10–3
La décroissance de la courbe
10–4
donne la rugosité de la surface
(de 0,05 à 0,1 nanomètres)
T = 300 K T = 15 K 10–5
3 3
10–6
2 2
0 0,2 0,4 0,6
1 1 Angle d'incidence (°)
–1 –1
–2 –2
2. Réflectométrie. Profils
–3
–3 –2 –1 0 1 2 3
–3
–3 –2 –1 0 1 2 3
de surface
Pour chaque molécule un C ou deux O donnent des contributions
Un faisceau de neutrons est réfléchi par une surface en incidence
positives, H apparaît en creux (à cause de sa longueur de diffusion
négative). Chaque H reste très lié à une seule des 2 molécules,
rasante (figure 19). La réflexion est totale tant que l’angle reste infé-
surtout à froid rieur à un angle critique, caractéristique de la surface.
Lorsque l’angle d’incidence est supérieur à l’angle critique, seule
Figure 18 – Probabilité de présence des atomes impliqués dans
une partie des neutrons est réfléchie. La courbe de l’intensité
la dimérisation, d’après [13]
réfléchie en fonction de l’angle d’incidence (figure 20) nous rensei-
gne sans ambiguïté sur les compositions, les épaisseurs et les rugo-
sités (ou distances d’interdiffusion entre couches) [14].
La technique 4 cercles neutrons est idéalement adaptée au cas Exemple : dans le cas idéal (de Fresnel) d’une couche homogène
des protons ou de groupements de protons désordonnés tels que d’épaisseur d sur un substrat infini, on observe des oscillations (de
CH3, NH3, NH 4+ ... Kiessig) ; si λ est la longueur d’onde des neutrons, θm l’angle de
l’oscillation de rang m, θC l’angle critique de réflexion totale, on a une
■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X : relation analogue à la relation de Bragg :
— longueur de diffusion appréciable et négative du proton ;
m λ = d sin2 θ m – sin2 θ C (6)
— possibilité de variation de contraste H / D ;
— absorption négligeable.
Dans un réflectomètre, le faisceau incident est préparé sous
forme d’un pinceau très plat arrivant sur un échantillon en incidence
Liste d’applications : rasante. Les neutrons réfléchis sont recueillis par un multidétecteur.
Deux méthodes existent pour obtenir la courbe de réflectivité : ou
— structure détaillée, tridimensionnelle de molécules organi- bien on modifie pas à pas l’angle d’incidence, ou bien cet angle
ques (cristallisées) ; reste fixe mais le faisceau incident est une bouffée de neutrons poly-
— polymorphisme ; cinétique, dont la vitesse est analysée par mesure du temps de vol
— rôle des protons dans des liaisons H... au niveau du détecteur (figure 21). Lorsque la table échantillon est
Réflectivité
1
Supermiroir
0,8
0,6
0,2
On voit en bas un tube bleu sous vide interface entre le détecteur (hors
champ) et l'espace échantillon muni de réglages angulaires et de
hauteur. Les neutrons arrivent par une fenêtre horizontale dans le tube 0
carré blanc. 0 0,1 0,2
Figure 21 – Réflectomètre EROS sur le guide G3-bis au LLB (crédit Angle d'incidence (°)
photo Jean Biaugeaud)
Figure 22 – Exemple de courbe de réflectivité pour un supermiroir,
comparée à un miroir standard, recouvert de nickel
horizontale, les échantillons peuvent être indifféremment des liqui-
des ou des solides. L’épaisseur typique étudiée est inférieure à 1 µm.
Le faisceau de neutrons peut traverser un support (par exemple en
silicium) avant d’atteindre la couche intéressante. La plupart des
appareils sont équipés pour ajuster la température de l’échantillon Capteur GMR
autour de la température ambiante, par exemple de −10 à 200 ˚C.
Couch
e de b
locage
Couch
e bloq
2.1 Application : les supermiroirs uée
pour guides à neutrons
Couch
e libre
Plusieurs groupes industriels ont développé des revêtements
multicouches de type « supermiroir » pour guides de neutrons. Ce Substr
at Si
traitement apporte un gain en intensité important, par l’extension de
l’angle critique apparent. Seuls les tests neutroniques réguliers sur
la production garantissent au client la livraison d’un produit fini con- Figure 23 – Principe d’une tête de lecture GMR
forme aux performances annoncées (figure 22).
On détermine :
— les aimantations de chaque couche ;
2.2 Application : les dispositifs en
— leur orientation par rapport au champ appliqué ;
couches minces à magnétorésistance
— les rugosités d’interface.
géante
■ Avantage des neutrons par rapport aux rayons X ou à la
lumière :
Les têtes de lecture de nombreux dispositifs de stockage de masse
(disques durs) utilisent la magnétorésistance géante (GMR : Giant — sensibilité spécifique considérable à l’hydrogène ;
Magnetoresistance) : l’orientation magnétique de la couche libre de la
tête de lecture est influencée par l’état du disque dur sous-jacent, la — mesure de l’organisation des moments magnétiques dans les
résistance électrique du dispositif dépend de l’orientation relative des couches (sensibilité des neutrons au magnétisme) ;
aimantations des couches magnétiques (figure 23). — mesure de couches enfouies (faible absorption du faisceau de
Il est important de caractériser la structure atomique et magnéti- neutrons) ;
que de ces couches. La réflectométrie neutronique est un outil — mesure non destructive (l’énergie des neutrons est faible :
particulièrement puissant : en effet la polarisation d’un faisceau de 10 meV) ;
neutrons polarisés va être modifiée par la réflexion par les couches
magnétiques. Un analyseur de la polarisation après réflexion va per- — marquage aisé de chaque couche (par des isotopes, vus diffé-
mettre de déterminer les courbes de réflectivité pour des états de remment par les neutrons) ;
spin parallèles ou antiparallèles (figure 24). — absorption négligeable.
10–1 Les neutrons sont caractérisés par une longueur d’onde λ d’envi-
ron 1 nm (10−9m). Lorsqu’un faisceau de neutrons rencontre un
échantillon possédant une structure à « grande échelle » (1 nm à
10–2 100 nm), faite d’au moins deux espèces, il est diffusé à un angle θ
R++
R– – petit, d’où le nom de diffusion à petits angles. L’intensité diffusée est
10–3 proportionnelle à un contraste naturel entre les deux espèces ou
obtenue par une substitution isotopique. Cette technique est d’un
10–4 grand intérêt pour les ingénieurs car elle permet d’obtenir des infor-
mations rapidement et simplement. C’est pourquoi nous propose-
10–5
rons quatre exemples, deux en « matière molle », deux en
métallurgie.
10–6
0 1 2 3 4 5
Angle d'incidence (°) 3.1 Complexes de protéines
Composition : et polyélectrolytes
Ta(5nm)/NiFe(35nm)/CoFe(5nm)/Cu(4nm)/CoFe(5nm)/MnFe(5nm)/Ta(5nm)
sur SiO2
L'appareil utilisé pour ces études permet de définir l'état de spin des On rencontre fréquemment des complexes protéines-polyélectro-
neutrons incidents et de mesurer la polarisation des neutrons émergents. lytes en biologie ou dans l’industrie [16]. Afin de comprendre les
Par rapport à une orientation magnétique de référence de l'échantillon, mécanismes conduisant à la formation de ces complexes et leur
on peut donc mesurer quatre réflectivités suivant que la polarisation nature moléculaire, un groupe du LLB a récemment étudié un sys-
incidente et la polarisation émergente sont chacune parallèle (+) ou tème modèle constitué d’une protéine globulaire chargée positive-
antiparallèle (-) à cette référence. Ici on présente deux réflectivités R++ et ment, le lysozyme, et d’un polyélectrolyte chargé négativement, le
R--. polystyrènesulfonate de sodium (PSSNa) [17].
La variation de contraste neutronique est particulièrement effi-
Figure 24 – Courbes de réflectivité sur un couche magnétorésistive cace dans les systèmes où le solvant est l’eau (ou un solvant organi-
géante servant pour les têtes de lecture de disque dur, d’après [15] que usuel). En effet en mélangeant de l’eau lourde à l’eau normale,
on va pouvoir ajuster le pouvoir diffusant de l’eau afin qu’il soit égal
à celui d’un seul des composants, celui-ci devient alors invisible ; on
Applications : observe la diffusion par l’autre composant, seul (figure 25). Dans
— caractérisation d’interfaces et de couches minces simple l’exemple proposé, le polyélectrolyte lui-même avait été deutérié
ou multiples ; afin de le différencier encore plus de la protéine. Dans cette étude
— profil de densité de composants dissous au voisinage les auteurs ont fait varier de nombreux paramètres : la force ioni-
d’une surface. que, la concentration des espèces, la densité de charges, la longueur
de chaîne du polyélectrolyte.
1 1
I (cm–1) I (cm–1)
Pic polyélectrolyte (q*)
Facteur de forme
du lysozyme q–4
0,1
PSS 0,3 M
q–1
0,1
PSS 0,2M
0,01
0,001 0,01
0,1 1 10 0,01 0,1 1 10
q (nm-1) – – – – q (nm-1)
– –
– – –––
– – – – –
–– – – – Réseau en régime semi-dilué dû
Objets sphériques sans organisation –– – – – aux répulsions électrostatiques
en régime dilué – –– ξ –
–
q*= 2π /ξ
– – – – –
– – –
– – – –
– –
–
a diffusion par des protéines globulaires
b diffusion par des chaînes de polyélectrolytes
La position du pic q* caractérise une distance moyenne ξ.
Figure 25 – Diffusion des neutrons par les composants isolés du système, en fonction du vecteur de diffusion
a b c
a longues chaînes de polymère, haute concentration en protéines, faible excès de charges négatives
b chaînes de polymère courtes, haute concentration en protéines, faible excès de charges négatives
c chaînes de polymère courtes, haute concentration en polymère, grand excès de charges négatives Figure 26 – Représentation des complexes
lysozyme PSSNa dans trois cas
10 1
I (cm–1) I (cm–1)
[–]/[+] = 20
[–]/[+] = 13
[–]/[+] = 20
1
PSS 0,3 M
[–]/[+] = 13 0,1
0,01 0,01
0,01 0,1 1 10 0,01 0,1 1 10
q (nm-1) q (nm-1)
a masquage du polymère b masquage de la protéine
Figure 27 – Diffusion des neutrons en fonction du vecteur de diffusion dans le cas de la figure 26 c, chaînes courtes, large excès
de charges négatives
Lorsque les chaînes sont longues, elles constituent un réseau avec cordage a, en général, des conséquences désastreuses. Un test
les protéines, formant un gel opaque. Si les chaînes sont courtes, dynamique est destructif ; une corde souillée peut être dangereuse,
elles forment avec les protéines de gros complexes denses qui diffu- car un lavage avec un détergent a un effet incertain. Une étude faite
sent la lumière, dans lesquels les charges apportées par les deux à ISIS recherche les corrélations entre l’évolution de la microstruc-
types d’objets sont égales. Les chaînes en excès se mettent à la sur- ture et différents vieillissements chimiques ou physiques de cordes
face des complexes. Cependant, un fort excès de polymère favorise le en Nylon [18].
contact protéine-polymère et provoque le dépliement des protéines :
il y a un effet spécifique du polymère. Le système forme alors un Une corde comporte une hiérarchie de fibres (figure 28).
réseau mixte constitué de deux types de chaînes polymériques.
L’échelle intéressante est 5 nm : le Nylon est un polymère semi-
Par ailleurs, une modulation de l’interaction électrostatique par cristallin, constitué de lamelles cristallisées empilées
une variation de pH ou de force ionique peut favoriser le contact régulièrement, reliées par des zones amorphes. Pour l’étude aux
protéine-polymère et donc aussi le dépliement des protéines
petits angles, les échantillons ont été lavés avec des solutions con-
(figures 26 et 27).
tenant divers détergents ou acides. Ces solutions étaient deuté-
Cette étude montre que la conformation de tels systèmes dépend riées afin d’assurer un bon contraste avec le polymère, révélant
essentiellement des interactions électrostatiques. ainsi un pic caractéristique de l’empilement des lamelles cristalli-
nes dans la diffusion à petits angles. Pour faciliter la compré-
hension, on a calculé une fonction de corrélation axiale à partir de
3.2 L’intégrité de cordages la diffusion neutronique (figure 29). Celle-ci décrit l’évolution
et leur microstructure éventuelle de l’empilement des plaquettes. Alors qu’un lavage
dans une solution de détergent pur n’apporte pas de modification
visible, un lavage à l’acide concentré est très perturbant et des net-
On continue à utiliser fréquemment des cordages dans l’industrie toyages de type domestique ne sont pas sans effet (mais ils ont été
(construction...) et les loisirs (marine à voile...). La rupture d’un répétés de très nombreuses fois !).
5 nm
1 1
Γ1 Γ1
0,5 0,5
0 0
– 0,5 – 0,5
0 5 10 15 20 0 5 10 15 20
z (nm) Fibres traitées par : z (nm)
Fibres traitées par :
D2O
D2O
11 % en masse D 2SO4
d-C16TAB
11 % en masse D 2SO4 après 41 mois
d-SDS après 41 mois 33 % en masse D 2SO4
d-C12E6 après 41 mois
b traitement acide
d-C16TAB hexadecyl trimehylammonium bromide deutérié
d-SDS sodium dodecyl sulphate deutérié 1
d-C12E6 hexaethyleneglycol dodecyl ether deutérié Γ1
a traitement par détergents 0,5
– 0,5
0 5 10 15 20
Fibres : z (nm)
Non traitées
Après 15 cycles de lavage
Après 62 cycles de lavage
c nettoyage type domestique
Figure 29 – Fonction de corrélation axiale décrivant l’empilement des plaquettes d’une corde en Nylon qui a subi divers lavages
Applications analogues :
Inuc + Imag (max)
— agrégats, magnétiques ou non ;
— solutions de polymères, de polyélectrolytes, de protéines
dans l’eau, de colloïdes (médicaments, peintures) ;
— mélange de polymères, réseaux de polymères ;
— gels synthétiques, agroalimentaires, biologiques ;
— milieux poreux : métallurgie, ciments, roches, carbone ;
— tensioactifs, micelles, émulsions, vésicules, mousses,
graisses ;
— systèmes déformés, rhéologie sous faisceau de neutrons.
H Inuc
60
Y
50
40
30
20
10
60 60
Y Y
50 50 50
Y
40 40 40
A
30 30 30
20 20 20
10 10 10
60
10 20 30 40 50 60 Y 10 20 30 40 50 60
X 50 X
40
30
20
10
10 20 30 40 50 60
X
Figure 32 – Régions étudiées dans la couronne d’un piston neuf, avec pour chacune un diagramme de diffusion typique
a principe
kf Ef – Ei = ± ω
Ψ ki
avec Q vecteur de diffusion,
τ un vecteur du réseau réciproque,
Q q vecteur d’onde du mode collectif,
a* ω sa fréquence (ou énergie). Le signe +/-
b schéma de diffusion dépend de l’absorption ou de la création du
mode collectif.
ki et kf vecteurs d'onde incident et émergent
Q vecteur de diffusion
La façon la plus courante (dite à Q constant) d’effectuer une
Figure 34 – Principe du spectromètre à trois axes et schéma mesure est la suivante. L’énergie des neutrons diffusés est
de diffusion constante, définie par une position fixe de l’analyseur. On réalise
successivement une suite de configurations du trois axes en main-
tenant inchangé le transfert de moment cinétique, pendant qu’on
4.1 Dynamique des modes collectifs. balaie pas à pas le transfert d’énergie en changeant l’énergie des
neutrons incidents. Lorsque les transferts de moment et d’énergie
Le spectromètre trois axes sont proches du vecteur d’onde et de la fréquence d’un phonon ou
d’un magnon, l’intensité détectée augmente ; l’intensité et la largeur
du pic dépendent des caractéristiques du mode collectif et aussi de
On étudie les modes collectifs au moyen des spectromètres trois la résolution du trois axes. Une méthode alternative consiste à
axes. Comme les diffractomètres à poudre, ces appareils compor- maintenir fixe le transfert d’énergie constant (méthode à E constant)
tent un monochromateur, une table porte-échantillon et un et à balayer une direction de vecteur d’onde. On préfère la méthode
détecteur ; mais, entre l’échantillon et le détecteur, on ajoute un à Q constant notamment parce qu’elle permet de suivre plus aisé-
nouveau composant (le troisième axe), un analyseur qui va réfléchir ment les évolutions en fonction de la température. L’application de
dans le détecteur seulement les neutrons ayant une énergie définie, cette procédure permet de trouver un point sur une courbe de dis-
différente en général de l’énergie incidente (encadré 2). En appli- persion. La détermination des courbes de dispersion est donc un
quant les lois de conservation du moment cinétique et de l’énergie, processus fort long. Souvent, on se contentera de mesurer quelques
on va pouvoir mesurer les transferts de moment et d’énergie qu’a points significatifs pour le problème considéré.
subis le neutron à l’occasion d’une interaction avec un mode collec-
tif. Grâce aux nombreuses possibilités de configuration d’un trois La plupart des études de modes collectifs ont lieu sur des mono-
axes(figure 34), on va pouvoir suivre pas à pas des directions cristaux de grande taille (1 cm3). Ce type d’échantillon est fort loin
particulières de l’espace réciproque, là où on peut le plus aisément des matériaux intéressant l’ingénieur. C’est pourquoi nous avons
comparer un modèle avec les courbes de dispersion (la fréquence préféré présenter un exemple marginal mais néanmoins
en fonction du vecteur d’onde) des modes collectifs. significatif : la détermination de phonons dans un système multi-
Les principaux modes collectifs sont les phonons (vibrations de couche magnétique.
réseau cristallin) et les magnons ou ondes de spin (vibrations des
moments magnétiques atomiques). En première approximation, ce
sont des ondes planes, qui sont donc caractérisées par une
fréquence, un vecteur d’onde, une polarisation. La nature de la pola- 4.2 Magnons de MnTe en couche mince
risation est très différente pour les phonons et les magnons, avec
une traduction dans la section efficace de diffusion : on observera
plutôt les phonons à grands angles et on tiendra compte de l’orien-
tation relative du vecteur de diffusion des neutrons, du vecteur MnTe est un exemple type des semi-conducteurs magnétiques
d’onde du phonon et de son vecteur de polarisation longitudinal ou dilués. Il ne peut être obtenu qu’en couches minces, par dépôt sur
transverse ; en revanche, on trouvera les magnons à des angles un substrat (épitaxie). Les échantillons sont constitués d’un substrat
petits. GaAs, d’un buffer CdTe, puis de MnTe jusqu’à 6 µm.
200 150
Intensité diffusée
kf = 26,62 nm-1
150
100
100
50
50
0 0
1 1,1 1,2 1,3 1,4 1,1 1,2 1,3 1,4 1,5 1,6
ν = 2,8 THz Q = (1 + ξ, 0, 0) ν = 2,4 THz Q = (1/2, 1 + η, 0)
courbe modélisée
T ª 13 K
T = 75 K
Lorsque la température dépasse la température de Néel (TN), l'ordre
antiferromagnétique disparaît, les pics également, ce qui permet de les attribuer sans
ambiguïté à des magnons (qui n'existent plus dans l'état paramagnétique).
La courbe en trait plein est une modélisation. Figure 36 – Exemples de mesures dans MnTe
obtenues par la méthode à E constant
Remerciements
4.4 Diffusion de l’eau dans le ciment Plusieurs figures parmi celles présentées proviennent du
fonds documentaire du Laboratoire Léon Brillouin. Mais j’ai pu
en inclure beaucoup d’autres grâce à la bonne volonté de
Lorsque l’on ajoute de l’eau à du ciment (dont la composante nombreux collègues qui m’ont considérablement aidé ; je veux
principale est Ca3SiO5), la réaction d’hydratation produit un hydrate remercier ici très sincèrement G. André, M.-C. Bellissent-Funel,
de silicate de calcium (CaSiH) sous forme de gel. L’évolution du gel P. Boutrouille, M.J. Bull, M. Ceretti, J.P. Cotton, F. Cousin,
est le principal facteur de la prise du ciment. Des études de diffusion F. Givord, F. Grandjean, B. Hennion, O. Isnard, P. Lindner,
de neutrons à petits angles ont montré la présence d’une distribu- M.H. Mathon, A. Menelle, F. Ott, R.J. Papoular, L. Rosta,
tion bimodale de particules colloïdales juste après le mélange (dia- J. Schweizer, B. Winkler.
18 18 18
Intensité (u.a.)
Intensité (u.a.)
Intensité (u.a.)
16 16 16
14 14 14
12 12 12
10 10 10
8 8 8
6 6 6
4 4 4
2 2 2
0 0 0
– 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2
E (meV) E (meV) E (meV)
1 heure 5 heures 10 heures
18 18 18
Intensité (u.a.)
Intensité (u.a.)
Intensité (u.a.)
16 16 16
14 14 14
12 12 12
10 10 10
8 8 8
6 6 6
4 4 4
2 2 2
0 0 0
– 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2 – 0,2 – 0,1 0 0,1 0,2
E (meV) E (meV) E (meV)
20 heures 30 heures 42 heures
La courbe bleue est la somme de deux contributions : quasi élastique (large) et élastique (étroite) en noir sur la figure.
Dès la première heure, la partie quasi élastique est caractéristique de la diffusion à longue distance de l'eau dans le gel. Peu à peu, il y a
apparition d'un pic élastique, au fur et à mesure qu'une partie de l'eau s'immobilise. Le rapport entre les deux aires (quasi élastique et élastique)
permet de déterminer la proportion p d'eau immobile.
Figure 39 – Spectres quasi élastiques mesurés pour un même transfert de moment de 0,069 nm-1 en fonction de la durée de vieillissement
0,4
0,3 0,4
42 jours
p
0,3
0,2
15 °C
0,2
30 °C 30 h
0,1
0,1 20 h
5h 10 h
30 °C avec additif
0 0
0,1 1 10 5 7 9 11 13
Durée (jours) Q (nm-1)
a évolution de la fraction immobile de l'eau à deux b à une température donnée (30 °C), l'absence de dépendance
températures (15 °C, 30 °C) et à une température, de la fraction d'eau immobile par rapport au vecteur
30 °C, avec un additif retardant d'onde Q suggère que cette eau est très fortement
localisée dans les particules colloïdales
La figure b montre que, à une température donnée, p est indépendant du transfert de moment ce qui est le reflet de la localisation des
molécules d'eau dans les particules colloïdales.
Figure 40 – Évolution temporelle de la fraction d’eau immobile p à deux températures différentes. L’une d’entre elles correspond à l’ajout d’un
additif dans l’échantillon