Valentina - Tome 1
Valentina - Tome 1
by Azra Reed
Chapter 1
Chapter 2
Chapter 3
Chapter 4
Chapter 5
Chapter 6
Chapter 7
Chapter 8
Chapter 9
Chapter 10
Chapter 11
Chapter 12
Chapter 13
Chapter 14
Chapter 15
Chapter 16
Chapter 17
Chapter 18
Chapter 19
Chapter 20
Chapter 21
Chapter 22
Chapter 23
Chapter 24
Chapter 25
Chapter 26
Chapter 27
Chapter 28
Chapter 29
Chapter 30
Chapter 31
Chapter 32
Chapter 33
Chapter 34
Chapter 35
Chapter 36
Chapter 37
Chapter 38
Chapter 39
Chapter 40
Chapter 41
Chapter 42
Chapter 43
Chapter 44
Chapter 45
Chapter 46
Chapter 47
Chapter 48
Chapter 49
Chapter 50
Chapter 51
Chapter 52
Chapter 53
Chapter 54
Chapter 55
Chapter 56
Chapter 57
Chapter 58
Chapter 59
Chapter 60
Chapter 61
Chapter 62
Chapter 63
Chapter 64
Chapter 65
Chapter 66
Chapter 67
Chapter 68
Chapter 69
Chapter 70
Chapter 71
Chapter 72
Chapter 73
Chapter 74
Chapter 75
Chapter 76
Chapter 77
Chapter 78
Chapter 79
Chapter 80
Chapter 81
Chapter 82
Chapter 83
Chapter 84
Chapter 85
Chapter 86
Chapter 87
Chapter 88
Chapter 89
Chapter 90
Chapter 91
Chapter 92
Chapter 93
Chapter 94
Chapter 95
Chapter 96
Chapter 97
Chapter 98
Chapter 99
Chapter 100
Chapter 101
Chapter 102
Chapter 103
Chapter 104
Chapter 105
Chapter 106
Cover
Chapter 107
Page de titre
Chapter 108
Valentina
Chapter 109
Chapter 110
Chapter 111
Remerciements
Remerciements
Le moment que j’attendais le plus : les REMERCIEMENTS !
La première personne que j’aimerais remercier, c’est Sevde, parce que si tu ne m’avais pas parlé
de Wattpad, back in 2019, je n’aurais peut-être probablement jamais découvert ce genre de
lecture, et Valentina n’aurait peut-être jamais vu le jour.
(Tout ça, c’est grâce au taille-crayon !)
Merci à ma famille, maman, désolée de m’être enfermée dans ma chambre et d’avoir fui la
vaisselle pour écrire. Merci de me donner l’opportunité de poursuivre mes rêves sans jamais me
mettre de pression ! Merci à mes sœurs de me soutenir au quotidien même quand je ressasse
mille fois la même histoire !
Ensuite, j’aimerais remercier, Jasmine, Nisrine, Sandra, Sabina, Katia, Rinesa, Yousra, Clémence,
Laura, Rosa, Valentina, Alice, Aila, Jade, Norane, Savannah, Hajar, Ines, Iman, Manon, Alison,
Lyssandra, Sokhna, Léa, Riyane, Ilhem, Amandyne, Celia, Eva, Taïla, Rania, Alicia, Karima, et
Sana… Vous avez été les toutes premières à me lire. Et je ne vous remercierai jamais assez
d’avoir été mes premières supportrices, et d’avoir rendu mon expérience tout de suite plus
exceptionnelle. À chaque fois que je postais un chapitre, je n’attendais que vos retours dans notre
groupe, et vous avez été les premières à faire vivre Valentina ! Merci !
À mes lectrices. Je crois qu’on doit d’abord remercier cette rage de dents qui m’a obligée à
prendre un arrêt maladie, et qui m’a permis de me dire : « Comme je ne travaille pas pendant
quatre jours, commençons ce livre qui trotte dans ma tête depuis quelques semaines… » Grâce à
cette dent, quatre ans après, notre communauté sur Wattpad reste toujours aussi incroyable et
fidèle !
Je prends ce moment pour vous dire, à vous, mes lectrices, à quel point je vous remercie de tout
mon cœur et comme je suis reconnaissante, pour tout votre amour, pour chaque commentaire,
chaque message encourageant de votre part qui me permettent d’être encore là aujourd’hui.
(Même après mes mille péripéties, désolée je stresse trop parfois !)
Je me sens extrêmement chanceuse et honorée de me dire que j’écrivais seule dans le RER, sur
mon iPhone 7, mais c’est votre engouement envers Preto et Valentina qui m’a entourée de
kunefettes et kunefetos adorables !
Merci de faire partie de ma vie !
Merci à mes amies, Ayse (désolée, ma jolie, pour ma folie du stress et que tu doives me récupérer
constamment, mais c’est le goût du risque), Angy, (pareillement, ma belle, désolée pour les pavés
à 3 heures du matin, mais je n’ai pas le choix), Amar (déjà, Ed m’appartient, et merci pour les fous
rires et pour ton écoute au quotidien), Hazel (mes meilleurs fous rires, et ma meilleure supportrice
du pays du pain), Sarah (encore une fois, merci pour tous ces fous rires).
Merci à mes bêta-lectrices (et amies, désolée, je n’avais pas le choix de bien compartimenter, lol),
Angy, Jasmine, Nawel, Diey, Nasou. Vos retours détaillés me sont précieux, et je les attends
toujours avec tellement d’impatience. Merci de supporter tout mes mental breakdown, merci pour
vos encouragements (nos fous rires), juste merci pour le temps que vous prenez pour me lire !
Et enfin, merci à mon éditrice, Karen ! J’ai explosé de rire quand j’ai vu, dans ton premier retour
éditorial : « On a l’impression que Preto est nul dans ce qu’il fait. » Mais c’était la meilleure critique
qu’on puisse me faire. Tu as pris mon livre (d’un million de mots, désolée !) tu l’as décortiqué, et tu
l’as poussé à un niveau que je n’aurais même pas pu envisager et qui me rend tellement fière. Tu
m’as donné des idées auxquelles je n’aurais pas pensé moi-même, et je ne crois pas que
quelqu’un aurait pu améliorer Valentina aussi bien que toi (et puis tu as trop la vision, miam !).
Merci pour ton écoute, ta patience, et tes conseils !
Et un grand merci à l’équipe Hugo ! Merci d’avoir cru en Valentina, merci pour votre accueil, merci
pour votre travail incroyable ! Je ne pouvais pas espérer meilleure team que celle-ci ! D’ailleurs,
une mention spéciale à la graphiste, Marion. Merci pour cette couverture incroyable !
Et enfin, juste un petit big up à mes mioches : Preto et Valentina (sans oublier Ruben, Sebastian,
et Esteban) ! Merci de m’avoir accompagnée durant ces presque cinq dernières années, vous
avez enfin votre moment !
XO, Azra.
Chapter 112
Appendice
Chapter 113
Appendice
VALENTINA
À SUIVRE
Chapter 114
Chapter 115
Chapitre 3 - Sofia - Valentina
Chapitre 3
Sofia
Valentina
Je tapote nerveusement la mine de mon stylo contre la table pendant que je scrute la porte de la
salle de classe. À chaque nouvel élève qui entre, j’espère voir Paloma.
Toujours rien.
Le cours va commencer. J’ai l’impression d’avoir de plus en plus de mal à respirer tellement
l’inquiétude serre ma poitrine. Depuis notre altercation au sujet de Ruben, la semaine dernière, on
ne s’est plus vraiment parlé. Un froid s’est installé entre nous, et même si je ne décolère pas non
plus, je me sens complètement perdue sans elle.
Je déverrouille mon téléphone et jette un nouveau coup d’œil à notre conversation. Mes
messages alignés restent sans réponse. Pas un signe de vie depuis hier soir.
Ma nervosité grandit. J’expire une nouvelle fois et tente de contenir les vagues de paranoïa qui
inondent mes pensées. Et si ce Ruben lui avait fait du mal ? Et si elle avait vu des choses que le
cartel des Cruz ne tenait pas à ce qu’elle découvre ? Je n’aurais peut-être pas dû lui crier dessus
la dernière fois… Fais chier, Paloma, réponds-moi !
Je pianote rapidement un sixième message :
Mon cerveau surchauffe. J’ai besoin de partir. Submergée par la panique, je commence à ranger
précipitamment mes affaires dans mon sac. Je sens quelques regards se tourner vers moi, mais
je ne suis pas en mesure de rester assise pendant deux heures de monologue sur l’urbanisme.
– Valentina ? C’est toi « Valentina » ?
Je relève rapidement la tête et fais face aux yeux gris, bouffis et assombris par de lourds cernes,
d’une étudiante que je pense avoir déjà croisée. Elle passe une main tremblante dans ses longs
cheveux bruns. Est-ce qu’elle va se mettre à pleurer ?
– Euh… oui, c’est moi. Je peux t’aider ? lui demandé-je, interloquée.
– Tu peux sortir deux minutes ? J’aimerais te parler.
Elle n’attend pas vraiment ma réponse, elle se retourne et s’enfuit dans le couloir. Je termine de
glisser mon cahier dans mon sac et prends ma veste avant de la suivre, un peu confuse.
Elle s’est arrêtée devant la fontaine à eau et me semble encore plus désemparée. Elle essuie
même une larme qui perle sur son visage.
– Hum…
Je n’arrive pas à me souvenir de son prénom.
– Enfin, qu’est-ce qu’il se passe ? murmuré-je en posant une main réconfortante sur son bras.
Peu de chance que ça fonctionne, mais que faire d’autre quand une presque inconnue vient
pleurer sur votre épaule ?
– Je… je crois que tu connais Sofia. Vous êtes dans la même classe.
Est-ce que je dois lui avouer que je n’ai pas vraiment d’amis dans cette école ? Pas que je sois en
conflit avec mes camarades, ça m’arrive de bavarder et de manger avec quelques filles de ma
classe, comme Sofia d’ailleurs, mais la plupart du temps j’ai tendance à m’isoler ou à rester
exclusivement avec Paloma.
– Oui, on se croise. Si tu la cherches, je ne l’ai pas vue aujourd’hui. Je suis désolée.
Elle secoue la tête et étouffe un nouveau sanglot.
– Sofia… Sofia est… Oh bordel, Sofia a été retrouvée morte, ce matin !
Ses mots me font l’effet d’une douche froide. Je reste coite, plantée devant elle. Sa voix, partant
dans les aigus, résonne encore dans ma tête.
Sofia est… morte. Pourquoi ai-je juste l’impression que c’est la routine ici ? Demain, cette ville fera
une autre victime qui ne le mérite pas.
– Toutes mes condoléances…
Je me sens horrible à cet instant, presque insensible. On ne se parlait pas forcément beaucoup,
Sofia et moi, mais elle était gentille. Parfois, elle s’asseyait à côté de moi et me montrait les
dessins qu’elle griffonnait aux coins des pages de ses cahiers. Plusieurs rumeurs à son égard
tournent dans l’établissement. Certains disent qu’elle est tombée dans la prostitution, mais qu’en
savent-ils ?
– Je suis… Enfin, non, j’étais, plutôt… Oui, j’étais sa grande sœur. Suzanna.
– Je suis désolée, murmuré-je. Pour toi. Pour ta famille.
Rien ne saurait apaiser la peine qu’elle ressent en ce moment, et je ne veux même pas imaginer
dans quel état je serais, si j’avais dû apprendre qu’il était arrivé quelque chose à Abuelita, tía
Carmen ou Paloma.
– Je ne suis pas ici pour l’annoncer à tout le monde, je cherchais Paloma et je sais que tu es sa
cousine.
Mon sang se glace dans mes veines. Immédiatement, je me mets en alerte.
– Paloma ? Qu’est-ce que…
– Sofia et ta cousine s’étaient rapprochées ces dernières semaines. Ma sœur l’avait mentionnée
une ou deux fois, et je crois qu’elles devaient se voir hier soir. Je n’ai pas réussi à la joindre, alors
j’ai cherché ici, mais j’imagine que si je ne la trouve pas, ce n’est pas bon signe, non ?
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Sofia s’est fait assassiner cette nuit, m’annonce-t-elle froidement. D’après ce qui se dit dans la
rue, elle aurait eu de gros ennuis avec le cartel des Cruz. Après, tu te doutes bien que ni moi ni la
police n’en saurons plus. Personne n’en saura jamais plus. C’est comme ça que ça se passe chez
nous, non ?
Ma déglutition se fait difficile. Sans réfléchir, je m’approche d’elle et la serre dans mes bras. Notre
étreinte est interrompue par la sonnerie de l’établissement qui annonce le début des cours.
Suzanna s’éloigne de moi, puis hausse les épaules avec une fausse nonchalance, avant
d’ajouter :
– Tu devrais vraiment contacter ta cousine. Je ne sais pas dans quoi elles ont trempé, mais à ta
place, je me lancerais à la recherche de Paloma sans attendre.
Le téléphone de Suzanna se met à vibrer et sans me lancer un regard de plus, elle me tourne le
dos et s’éloigne en décrochant. J’ai à peine le temps de l’entendre prononcer « Maman », avant
qu’elle disparaisse dans le couloir.
Merde ! Prenant enfin conscience de ce que signifie la mise en garde de Suzanna, je cours vers la
sortie du bâtiment.
Sofia est morte dans la nuit. Paloma n’a plus donné signe de vie depuis hier soir. Et si elles
étaient ensemble ? Et si Paloma avait subi le même sort ?
Durant le trajet en bus, j’ai appelé tía Carmen au salon de coiffure où elle travaille. J’avais besoin
de me rassurer, de savoir si elle avait vu sa fille dans la matinée. J’ai tenté de ne pas l’inquiéter,
mais je crois que ma voix tremblante ne l’a pas convaincue. Malheureusement, elle non plus n’a
pas la moindre nouvelle.
Mon cœur bat la chamade alors que j’arrive dans notre rue. J’ai peur de trouver le corps de ma
cousine quelque part derrière une poubelle, dans un jardin, abandonné et ignoré de tous. Et si
elle…
– Valentina ?
Je me retourne sur cette voix familière et découvre Paloma qui m’appelle depuis sa fenêtre.
– Putain, Paloma ! Tu sais que tout le monde flippe, là ?
D’un côté, je suis soulagée de la voir, mais j’ai aussi envie de lui déverser ma colère et ma
frustration. Et finalement, l’inquiétude l’emporte : elle a l’air épuisée.
– Attends-moi, je descends.
Elle quitte le rebord et disparaît dans le fond de sa chambre, puis quelques secondes plus tard,
elle apparaît devant moi.
Ses traits me semblent encore plus tirés maintenant que je la vois de près. Ses cheveux blonds
sont en bataille et une traînée sombre sous ses yeux m’indique que son mascara ne tient plus sur
ses cils. Je crois voir des taches brunâtres maculer sa minijupe léopard froissée sur laquelle elle
tire sans cesse, comme si elle la trouvait soudain trop courte. Il est clair qu’elle n’a pas changé de
tenue depuis hier, car elle sent un reflux d’eau de Cologne et de transpiration.
– Qu’est-ce qu’il se passe, Paloma ? Ça fait des heures que j’essaie de te…
– On ferait mieux d’aller chez toi, me coupe-t-elle avec un ton méfiant.
Elle saisit mon bras avant de me tirer vers ma porte d’entrée. Je sors mes clés d’une main peu
assurée et nous ouvre avant de prendre soin de nous enfermer à double tour.
Seul le silence de l’appartement nous accueille, Abuelita n’est pas là. Elle est sûrement chez
Rosita, sa grande copine.
– Tu m’expliques à la fin? T’étais où aujourd’hui ? attaqué-je immédiatement.
Paloma commence à faire les cent pas au milieu du salon, mais ne répond pas tout de suite. Mon
cœur bat jusque dans mon ventre et j’arrive à peine à contenir le flot de mes pensées. Bon, au
moins, elle est en vie. Elle a déjà eu plus de chance que Sofia.
– Je… Je suis dans une sombre merde, Valentina, commente-t-elle en en se massant les tempes.
– Dis-moi ce qui se passe.
– C’est Sofia, gémit-elle, j’ai son sang sur les mains ! J’ai le sang de Sofia sur les mains !
Mon cœur s’arrête presque devant les cris de ma cousine. Alors que ses jambes cèdent et qu’elle
tombe au sol, je me précipite et la rattrape de justesse, la laissant gémir dans mon cou.
Déstabilisée, je l’assieds maladroitement sur le canapé et attends qu’elle se calme.
Bon sang, qu’est-ce qu’elle a voulu dire ? Est-ce qu’elle a quelque chose à voir avec le meurtre de
Sofia ? Est-ce qu’elle aurait pu la t… Non. Non.
– Paloma, reprends-je d’une voix faussement assurée. Tu vas m’expliquer en détail le problème.
Là, ce que tu racontes n’a aucun sens. Une fois que tu m’auras tout expliqué, on pourra trouver
des solutions.
Je passe une main dans son dos pour l’inciter à me parler et la regarde droit dans les yeux.
Abuelita dit que ça aide à calmer les crises de panique de faire ça.
– On pourra rien faire du tout ! Ils vont me tuer, moi aussi, s’énerve-t-elle.
Son cri est empli d’un tel désespoir que je tremble à mon tour de peur.
– Qui ? Q… qui veut te tuer ?
– Le cartel des Cruz ! Ils sont à mes trousses, Valentina, parce qu’on a complètement merdé,
Sofia et moi. On a été tellement connes, putain !
– Paloma !
Assaillie par la peur, je me lève brusquement, marche jusqu’à la fenêtre pour observer notre rue
calme, puis me tourne vers elle.
– Tu… Tu savais que tu ne devais pas merder avec… Oh, mais qu’est-ce que tu as fait ?
Merder avec un cartel, c’est prendre le risque d’endurer de lourdes représailles. Si Paloma et
Sofia les ont contrariés, ce n’est pas seulement leur vie qu’ils peuvent prendre, mais celles de tía
Carmen, de Suzanna, d’Abuelita et… la mienne.
Paloma essuie péniblement les larmes qui glissent sur ses joues et laissent des traînées noires de
mascara et de paillettes, puis me rejoint, la tête basse.
– Tu te souviens de Ruben ?
Je sens déjà que je vais détester la suite.
– Bien évidemment.
– Je pensais qu’il était mon petit ami, et Sofia pensait qu’il était le sien. Tu vois ce que je veux
dire ?
Ma moue dubitative doit être parlante, même si je me retiens de dire à Paloma que ça, elle aurait
clairement pu le voir venir.
– Il nous trompait l’une avec l’autre ! Quel chien !
Je note que Paloma semble sincèrement blessée par cette trahison. Comment ma cousine, si
forte et sûre d’elle, a-t-elle pu croire qu’un petit dealer de cartel serait son prince charmant ?
Quand un type prend du plaisir à te tripoter les fesses dans un club de strip-tease, est-ce qu’il a
vraiment l’intention de te passer la bague au doigt ?
Bref, Paloma qui sort de son conte de fées est le dernier de nos problèmes ! Elle poursuit :
– Al… alors, on a décidé d’aller le voir pour l’affronter. Je pensais qu’on allait lui crier dessus, qu’il
allait tout perdre, s’excuser, essayer de se faire pardonner, mais… Rien ne s’est passé comme
j’avais imaginé.
J’observe attentivement le corps de Paloma, à la recherche de la moindre blessure. Elle ne
semble pas avoir été frappée, mais elle tremble toujours, plongée dans ses souvenirs.
– On n’a même pas eu le temps de lui en parler. Quand on est arrivées, il était au téléphone. Il ne
nous a pas entendues, donc il a continué sa conversation, comme si de rien n’était… Et c’est
comme ça qu’on a appris qu’en plus d’être un connard, Ruben est un foutu traître !
– C’est-à-dire ?
– Il revend la drogue fabriquée par le cartel à je ne sais quel ennemi des Cruz ! Il était en train de
régler les détails de la transaction dans sa chambre d’hôtel et dès qu’il nous a vues, il n’a pas
hésité. Il a pris son arme et il a buté Sofia. En une putain de seconde !
Savoir que Sofia est morte est une chose, imaginer son meurtre en est une autre. D’autant que je
visualise parfaitement l’expression froide et sadique de ce Ruben…
– Mon instinct de survie a pris le dessus, je n’ai pas réfléchi. J’ai juste décampé. Peut-être qu’il a
légèrement hésité pour moi, peut-être que c’est pour ça que je n’ai pas pris une balle dans le
dos… Mais s’il a douté, ça n’a duré qu’une seconde, parce qu’il me traque maintenant !
– Comment tu…
– Comment je peux l’affirmer ? Parce que j’en sais trop ! J’imagine qu’il a été trop occupé à cacher
le corps de Sofia pour arriver ici ce matin, mais il va se pointer. Il faut absolument que son patron
soit au courant et qu’il arrête Ruben avant qu’il nous trouve ici !
Je dois retenir un léger éclat de rire sur le coup. Ce qu’elle est en train de me raconter est
lunaire… Néanmoins, sa panique, elle, est bien réelle et elle me percute de plein fouet.
– Tu… tu plaisantes, Paloma, soufflé-je, les yeux écarquillés. Rassure-moi, s’il te plaît.
Ses coups d’œil angoissés à travers la fenêtre du salon ne trompent pas. Elle s’attend à voir ce
Ruben débarquer d’une minute à l’autre. Ici.
Je secoue la tête. Comment Paloma s’est retrouvée impliquée dans cette histoire de cartel ?
Comment a-t-elle pu être imprudente au point de risquer sa vie et celle de sa famille ? Après tous
nos efforts pour rester loin de cette merde, la drogue a réussi à avaler ma cousine et nous
entraînera nous, sa famille, dans son sillage.
– Tu as continué à le voir…
– Valentina, m’implore-t-elle, comme si elle me demandait de ne pas dire tout haut ce que ça
signifie.
– Tu as continué à le voir et maintenant, il veut ta mort.
– Ne me regarde pas comme ça. Tu penses vraiment que j’ai besoin de tes leçons de morale, là ?
Je lui faisais confiance, moi ! s’écrie-t-elle en enfonçant son index dans sa poitrine.
Je fronce les sourcils d’incompréhension face à sa réaction. À cet instant, je ne la reconnais pas.
Ce n’est pas Paloma, ça…
– Tu lui faisais confiance au point de risquer nos vies à toutes. Et s’il vient sonner chez toi et qu’il
trouve ta mère ? S’il vient ici et qu’il trouve Abuelita ?
– Arrête ! hurle-t-elle. Je l’aimais ! Bien sûr, c’est un sentiment que toi, la parfaite sainte-nitouche,
tu ne comprendras jamais !
Je reste figée, refroidie par son attaque. Elle se mord les lèvres, regrettant déjà ses mots. Trop
tard.
– N’empêche que tu aurais dû me faire confiance à moi, celle qui a grandi à tes côtes et t’a
toujours soutenu inconditionnellement, plutôt qu’à un mec qui n’en a rien à foutre de toi, rétorqué-
je, amère.
Elle renifle en revenant s’asseoir sur mon canapé. Ses doigts passent nerveusement dans ses
cheveux et pendant une seconde, je crois voir du sang séché collé sur sa longueur.
– J’ai déconné, je sais, mais j’ai vraiment besoin de toi. Valentina… Il faut que tu m’aides.
Sa voix se brise. C’est bien la première fois que je vois ma cousine aussi désemparée. Loin de
l’image de la femme forte et déterminée, je suis face à un agneau apeuré au point que sa
détresse fait redescendre ma colère d’un cran. J’ai envie de lui balancer tous les reproches du
monde, mais à quoi bon l’accabler maintenant ? La menace de mort imminente est une punition
suffisamment lourde à assumer.
Lentement, je m’installe de nouveau à côté d’elle, non sans jeter un coup d’œil vers la fenêtre de
mon salon.
– Tu as un plan pour nous sortir de là ? demandé-je d’une voix tremblante.
Je constate tout de suite que mes mots parviennent à l’apaiser. Un petit peu. Je garde pourtant,
dans un coin de ma tête, les reproches qu’elle m’a faits. Pour plus tard.
– Oui, me répond-elle timidement. J’y ai réfléchi tout à l’heure. Notre seule chance de survie, c’est
d’approcher le chef du cartel des Cruz. Si on lui raconte tout, on peut obtenir sa protection en
échange des infos que j’ai sur Ruben.
Pour le peu que j’en sache, ce fameux « chef » est une ombre dans la rue. Personne ne connaît
vraiment son identité, alors de là à aller sonner à sa porte…
– Bien, et comment on se met en contact avec lui ?
– C’est lui qui va vouloir venir à notre rencontre.
Chapter 116
Chapter 117
Chapitre 4Une seule chanceValentina– Tu es complètement folle !Elle se croit dans un thriller ou
quoi ? Son plan est suicidaire et inconscient !Je fais les cent pas dans le salon, tout en me
massant les tempes. Il y a trop de choses qui m’échappent.– Valentina, on n’a pas le [Link]
toise ma cousine, toujours assise sur le canapé, ses bras entourant ses jambes pliées. Son air
dépité me donne encore plus la nausée.– Et si on lui parlait ? Et si on essayait de contacter ce…
Comment tu as dit qu’il s’appelait, déjà ?– Il se fait appeler Preto. Tu le retiendras très vite, c’est le
futur roi de la drogue à Mexico !– J’aimerais ne pas avoir à connaître ce genre de choses ! Bref,
on ne pourrait pas le convaincre simplement en allant lui parler ?Paloma émet un rire nerveux.
Pendant que je me sens bouillir de l’intérieur, son hilarité ne semble pas vouloir se calmer.– Je
peux savoir ce que j’ai dit de si drôle là ?– Tu te crois dans une telenovela ? On parle de Preto !
Un putain de dealer ! Tu imagines qu’il va gentiment nous accueillir dans son bureau pour écouter
notre plaidoirie en nous offrant des mouchoirs ? Il croira son bras droit, pas deux petites
é[Link] réaction me vexe, je l’admets, mais il faut reconnaître qu’elle a totalement raison.
Cette histoire commence à me donner la migraine.– Donc, si j’ai bien compris, ton idée, c’est de
voler la marchandise de ce Preto ? Et là, tu penses qu’il nous accordera plus de crédit ?– C’est
notre seule chance !– Tu fais exprès d’être idiote ou il n’y a que moi qui trouve cette idée
absolument stupide ? Tout ce qu’on va récolter, c’est une balle entre les yeux !– Enfin, réfléchis !
On ne peut pas aller voir Preto comme ça. Il faut qu’on ait quelque chose pour lui. Ruben l’a dit lui-
même au téléphone : ce soir, à 2 heures du matin, un camion de livraison attendra un de ses
complices. On prendra des photos, on aura des preuves de sa trahison. Ensuite, on embarque le
camion et on oblige Preto à nous écouter en échange de sa marchandise !– Tu sais quoi au juste
sur ce camion ? Ça me paraît tellement absurde… Je ne sais pas quoi en [Link] glisse
sur le canapé et m’attrape la main.– Je sais juste qu’une fois qu’on aura ce camion, on aura de
quoi faire pression sur Preto. Valentina, il faut vraiment que tu me fasses confiance sur ce coup. Il
n’y aura personne au moment de l’échange, juste la cargaison. Si on arrive avant le conducteur,
on peut simplement partir avec la marchandise et tout ira bien !– C’est trop risqué et ça m’a l’air
d’être un bourb…La porte s’ouvre derrière [Link] et moi sursautons toutes les deux. Mon
cœur bat la chamade, mais mes yeux tombent seulement sur Abuelita dans l’encadrement de la
porte. Un sac de courses à la main, elle nous dévisage avec une tendresse mêlée d’inquiétude.
J’échange un regard affolé avec Paloma. Est-ce que ma grand-mère a entendu notre
discussion ?– Ah, Paloma, ta mère vient de m’appeler pour vérifier que tu étais ici. Tu comptes
dormir à la maison ce soir ?Abuelita s’avance en boitant comme à son habitude et accueille ma
cousine avec un sourire doux. Paloma, elle, secoue la tête doucement, légèrement fuyante.– Non,
Abuelita, je… je ne peux pas. Je dois rentrer, j’étais juste passée discuter avec [Link]
déception transparaît une seconde dans le regard de ma grand-mère, puis elle lui répond d’une
voix un peu plus sévère :– Mi guapa1, ça fait un moment qu’on ne t’a pas vue, tu sais. Tu nous
manques, à ta mère et à moi. Tu travailles bien [Link] pince les lèvres, puis baisse les yeux,
incapable de soutenir le regard de notre matriarche. Alors qu’elle tourne le menton, la trace de
sang devient plus visible à la lumière du soleil. Et au froncement de sourcils de ma grand-mère, je
sais que ça ne lui a pas échappé.– Je sais, Abuelita, je sais, murmure-t-elle. Vous me manquez
aussi. Beaucoup. Mais c’est compliqué en ce [Link] le coup, le déchirement de ma cousine
me pince le cœur. Abuelita hoche la tête avec compréhension, mais la ride sur son front indique
que Paloma n’a pas apaisé ses craintes. Pourtant, même si elle pourrait lui poser des questions
sur sa tenue, elle n’en fait rien.– Ne t’en fais pas, Paloma. Ta famille sera toujours là pour
[Link] Abuelita nous tourne le dos pour aller ranger les courses dans la cuisine, Paloma se
lève à contrecœur. Je l’observe mettre ses chaussures avec un regard de pitié, presque suppliant.
Notre conversation n’est pas terminée, je n’ai pas accepté de la suivre dans son plan, et
pourtant… Une fois devant la porte d’entrée, elle se retourne vers moi, la peur déchirant ses
traits.– Valentina, tu viendras ? Tu ne vas pas m’abandonner, hein ? On se retrouve devant chez
moi à 1 heure du matin. Je t’en prie, ma [Link] ne me laisse pas le temps de lui répondre et
[Link] reste quelques minutes devant la porte fermée. Je suis probablement livide, mais ma
grand-mère ne le remarque pas quand elle s’installe dans le canapé. Elle ne pose aucune
question, rapidement absorbée par le nouvel épisode de Cuidado con el ángel, la telenovela
qu’elle regarde chaque après-midi, juste pour l’acteur William Levy qui joue Juan Miguel.– Tu as
mangé, Valentina ? me demande-t-elle quand je finis par m’installer à côté d’elle.– Oui, avec
Paloma, ne t’inquiète pas, affirmé-je en posant ma tête sur ses [Link]-ce qu’elle croit à mon
mensonge ? Pourquoi ne me demande-t-elle pas pourquoi je ne suis pas en cours à cette heure ?
Ses doigts glissent simplement dans mes cheveux qu’elle caresse affectueusement tout en
commentant la scène qui défile sous mes yeux. Pas une remarque. Pas une question. Ma grand-
mère a toujours été ainsi, soucieuse de respecter notre vie privée, de nous laisser venir à elle et
nous confier, sans insister quand elle sent qu’on n’est pas encore prêtes.– C’est pas vrai,
s’exclame-t-elle. Comment María peut encore lui pardonner après tout ça ?Je reviens soudain sur
terre et rive mes yeux sur le petit écran posé sur le meuble. Je vois les personnages s’embrasser,
sans vraiment y prêter attention. Les mots de Paloma me hantent. Ils tournent en boucle dans
mon esprit et retournent encore mon estomac. Néanmoins, même si mon cœur n’y est pas
vraiment, je réponds :– C’est sûr, c’est… C’est [Link], j’aurais défendu
Juan Miguel bec et ongles, ce qui ne manque pas d’alerter ma grand-mère. Abuelita pose ses
mains sur mon bras et me dévisage avec suspicion :– Ma chérie, en temps normal, tu aurais déjà
crié devant une scène comme celle-là…Je force un sourire et me redresse.– Je suis désolée. Je
crois que je suis juste… Je sens que je tombe [Link] pose une main sur mon front et fait la
moue. Je saisis alors son visage vieilli et adorable, puis j’embrasse son front avant de lui afficher
un sourire cette fois-ci sincère.– Je vais aller dans ma chambre, Abuelita. Profite bien de la fin de
l’é[Link] me lève en me sentant presque coupable de tout ce que je lui cache. Ce n’est pas
dans mes habitudes, mais je sais que je le fais pour son bien.– Repose-toi bien, mi vida2, me dit-
elle doucement, alors que je quitte la piè[Link] me dirige vers ma chambre, et j’entends à peine les
échos de la telenovela lorsque je referme la porte derrière moi et pose mon front contre le bois. Je
n’entends plus que les battements sourds et angoissés de mon cœur. Je n’ai plus que quelques
heures pour me décider…1.« Ma belle » en espagnol.2.« Ma vie » en espagnol.
Chapter 118
Chapter 119
Chapitre 5 - L’avenue Victoria-Ote - Valentina
Chapitre 5L’avenue Victoria-OteValentinaLa lampe torche de mon téléphone me pique les yeux à
cause de l’obscurité de ma chambre. Les cloches de l’église viennent de sonner 1 heure du matin,
mais ça fait bien longtemps que je suis prête. Mon cœur bat violemment la chamade dans ma
poitrine, au point que j’ai l’impression qu’il va en sortir. J’ai déjà enfilé ma veste en cuir, un jean et
un T-shirt noir. Même si j’ai bien trop serré ma queue-de-cheval haute, je n’ai ni l’envie, ni le
courage de la desserrer. Je me sens comme une étrangère dans mon propre corps. J’arrive à
peine à croire ce que je m’apprête à faire. Pourtant, c’est bien moi qui enjambe ma fenêtre et fais
le mur, tout ça pour être sûre de ne pas réveiller Abuelita. En un mouvement, je me glisse à
l’extérieur. L’instant d’après, je me retrouve face à Paloma qui m’attendait devant son
immeuble.C’est bien ma cousine que j’ai en face de moi, mais quelque chose sur son visage me
paraît profondément changé. Son expression me glace le sang pendant quelques secondes. Ses
traits sont durs, ses lèvres pincées, et le pire, ce sont ses yeux. Ils me paraissent froids, teintés
d’un mélange d’effroi et de dé[Link] si elle connaissait déjà les conséquences de
cette décision…– Valentina, commence-t-elle, [Link] corps se tend.– J’ai eu peur que tu
ne viennes [Link] ne réponds pas. Après tout, elle ne m’a pas vraiment laissé le choix. D’aussi
loin que je me souvienne, il n’y a rien qu’elle et moi n’ayons pas fait ensemble. Elle m’a toujours
défendue envers et contre tout. Elle s’est même battue contre un grand de notre quartier quand
j’avais huit ans parce qu’il m’avait tiré les cheveux. Et elle l’a massacré !En fait, sa réflexion
m’irrite plus qu’autre chose. Elle sait que peu importe ce qu’elle m’aurait demandé, je serais venue
quoi qu’il arrive, non ?On remonte la rue jusqu’à la voiture de tía Carmen, et alors qu’on ouvre les
portières, je demande :– Alors… Où a lieu le rendez-vous ?– À Tres Estrellas, sur l’avenue
Victoria-Ote, il y a une sorte de zone industrielle.– Qu’est-ce qu’il va se passer là-bas ? On suit
quel plan ? On fait quoi ?Paloma s’installe derrière le volant pendant que je boucle ma ceinture.
Elle démarre tout en m’expliquant :– Je te l’ai dit : à 2 heures du matin, le camion sera sans
surveillance avec les clés sur le contact. Ruben a mis ce plan en place pour que le livreur ne se
rende pas compte qu’il le remet à un membre d’un cartel ennemi. C’est donc l’opportunité parfaite
pour qu’on prenne le vé[Link] frisson glacial me saisit après ce discours aussi synthétique que
précis. Je n’arrive pas à me faire à son ton.– Et puis quoi ? Qu’est-ce qu’on ferait d’un camion, au
juste ?– Calme-toi, Valentina. Il ne nous arrivera rien si on suit le [Link] ne sais pas si elle y croit
elle-même, et plus on avance, moins j’ai espoir d’y arriver.– Je laisserai ma voiture à cinq cents
mètres du lieu de rendez-vous. Ça sera simple.– Simple ? Déjà, comment tu en sais autant ? Qui
c’est, d’ailleurs, ce cartel ennemi avec qui est ton Ruben ? Parce que si ce n’est pas ce Preto qui
nous tue, ce sera sûrement eux ! Tu me fais vraiment peur !– Je te l’ai dit, on a tout entendu, Sofia
et moi, et…– Sofia, elle s’est pris une balle dans la tête, Paloma !Ma remarque cinglante me vaut
un regard noir, teinté de peine. Je regrette instantanément mes paroles et préfère, prudemment,
fermer ma bouche pour le reste du [Link], à chaque kilomètre parcouru, je me maudis
pour avoir accepté cette escapade [Link] Paloma éteint les phares et ralentit près d’une
station-service déserte, je suis prête à ouvrir la portière pour fuir en courant. D’ailleurs, le regard
furtif qu’elle me lance me fait bien comprendre qu’il est temps de descendre et de continuer à
pied. D’habitude, à Mexico, le soir, il ne fait pas si frais que ça, mais étrangement, je trouve que la
température a drastiquement baissé. Ça expliquerait pourquoi je tremble [Link] suis ma
cousine et tente de réchauffer mon corps en frictionnant mes bras.– C’est par là, me signale-t-elle
en jetant des regards prudents autour de nous.À mesure que nous avançons le long de l’avenue
Victoria-Ote, l’air se charge d’une odeur d’huile et de métal. Paloma guide nos pas avec
assurance, si bien qu’on dirait qu’elle connaît le chemin par cœur. L’obscurité dans la rue est
presque totale, jusqu’à ce que je repère à quelques mètres de nous, de l’autre côté du trottoir, une
lumière jaunâtre qui éclaire un petit hangar ouvert. Comme prévu, une camionnette blanche
attend là, en plein milieu du local, les phares encore allumé[Link] à l’[Link] cadence de mon
cœur se décuple d’un coup mais soudain, je sens sur mon bras une pression qui me tire vers le
bas. Mes genoux cognent le sol sec. Je tourne la tête vers Paloma qui nous cache derrière un
tronc d’arbre.– Surtout, ne fais aucun bruit, m’ordonne-t-elle en me tirant derrière elle.L’estomac
retourné, je tente de rester stable en relevant légèrement la tê[Link]-être qu’il s’agit d’un énorme
piège à rats… Peut-être qu’à la minute où nous poserons un pied dans ce foutu hangar, il sera
trop tard ! Ma conscience me hurle de faire marche arrière.– Paloma, imploré-je.– Tais-toi, tu vas
nous faire repérer !– Paloma, je ne le sens pas du tout. OK, ça suffit on devrait y aller ! Il faut
qu’on se barre !Je tire sur sa manche, mais elle refuse de bouger.– On trouvera une autre
solution, je te le promets, tenté-je de la raisonner. J’irai le voir, moi, ce Preto. J’irai lui parler, mais
ce camion, c’est la mort assurée. Partons, s’il te plaît !– Fais-moi confiance. Pour une fois…Ses
yeux noisette se plantent dans les miens. Je sais qu’elle veut faire appel à notre lien. Seulement,
ce que je lis au fond de ses prunelles me tord les entrailles. Ce n’est pas ma cousine, ça. Qui est
cette femme froide, méthodique et détachée ?– Allez, on y va !Elle se lève et instinctivement, je
fais de même. Guidée par l’adrénaline, je ne réfléchis plus. La peur fait simplement tambouriner
mon cœur dans ma poitrine, alors que nous courrons à en perdre haleine vers ce camion
[Link] nous précipitons dans la gueule du [Link], j’aperçois un homme traverser le
hangar. J’ai un mouvement de recul, tout de suite arrêté par ma cousine qui me tire le bras afin
que je n’arrête pas ma course.– Putain, c’est mort ! Paloma ! Il y a un homme dans ce hangar !
m’écrié-je.– On doit le [Link] ces mots, ma cousine soulève son long T-shirt, me laissant
découvrir une arme à feu coincée dans la ceinture de son jean. J’écarquille les yeux, mais je n’ai
pas le temps de manifester ma surprise que nous arrivons devant l’homme du [Link] aussi
paraît surpris de nous voir. Il n’y a donc que Paloma qui avait prévu cette rencontre. Le cerveau
en ébullition, je tente tout de même de l’analyser rapidement : taille moyenne, sourcils épais et
noirs avec un look plus que banal pour un dealer, soit veste en cuir et cigarette coincée entre les
lèvres.– Eh bien, qui voilà ? murmure-t-il, presque amusé.Son rire narquois perce le silence. Bon,
on ne l’impressionne pas. Moi en revanche, je suis tétanisée ! Ma déglutition se coince dans ma
gorge, surtout lorsque Paloma le vise de son arme.– Qu’est-ce que tu cherches à faire, Paloma ?
demande-t-il avec ironie, même s’il a légèrement blanchi devant le canon de l’[Link] regard
jongle entre les deux. Rien qu’à la haine qui anime ma cousine, je sais qu’elle le connaît. Par
ailleurs, je devine aussi que ce n’est pas la première fois qu’elle porte une arme. Combien
d’autres secrets a-t-elle en stock ?– Je le savais, commence-t-il dans un rire étouffé. Je savais
bien que t’étais qu’une grosse pute !Une détonation écartèle le silence de ce [Link] m’entends
crier un « Paloma » en tournant précipitamment la tête vers elle, avant de comprendre qu’elle
n’encourt pas de danger. Non, ma cousine vient de presser la détente, sans trembler, visant des
barils derrière le [Link] recule d’un pas, sous le choc.– J’ai pas envie de te buter ce soir,
Marcus. Je prends cette cargaison et on en reste là.Je secoue lentement la tête, l’estomac au
bord des lèvres. Putain, qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui lui prend ?– Tu as retrouvé ton
courage, petite Paloma ? continue, Marcus, loin d’être effrayé. Ils sont où, les gros sanglots que tu
as servis à Ruben ? Tu veux dire que j’aurais dû te buter cette nuit, comme j’ai buté ta petite
copine, Sofia ?Je fronce les sourcils. Non, selon Paloma, c’est Ruben qui a tué Sofia. Pourtant,
l’émotion déchirante qui traverse ma cousine me prouve que ce Marcus relate ce qu’il s’est
réellement passé cette nuit. Je n’ai pas le temps de réfléchir à ce que ça implique que ce Marcus
profite de la réaction de Paloma pour braquer son arme sur elle en retour.C’est un véritable
cauchemar !– Casse-toi ! crache [Link] ne bouge. Il faut dire que je mets un certain
temps à comprendre que ma cousine s’adresse à moi. J’ai du mal à décrocher mes yeux des deux
armes qui se font face, mais lorsqu’elle répète son injonction, je finis par me tourner complètement
vers elle.– Qu… Quoi ?Froide, calculatrice, elle articule sans me voir, toujours concentrée sur ce
Marcus :– Prends ce putain de camion et planque-toi le plus loin possible d’ici. Surtout, ne dis à
personne où tu l’as mis. Jamais.– Arrête, Pal…– Valentina, barre-toi ! Allez, casse-toi, vite ! Je
vais me dé[Link] ne saurai peut-être jamais si j’aurais pu obéir à ma cousine, car Marcus est
à portée de voix et il réagit plus rapidement. Il se tourne légèrement pour braquer son arme sur
moi et plonge son regard empli d’une perversité cruelle dans le mien. Je sens le plaisir qu’il prend
à me voir trembler, je sais qu’il trépigne à l’idée de nous abattre toutes les deux ici. Comme il l’a
fait hier avec Sofia…Incapable de faire le moindre mouvement, je ne peux que ressentir l’air qui
ne passe plus dans mes poumons compressés par la terreur. Mon souffle se coupe alors qu’une
angoisse que je n’avais jusque-là jamais ressentie s’infiltre dans mes veines.– Paloma… Petite
pute de Paloma, s’amuse-t-il, un sourire narquois collé aux lèvres. Qui je bute en premier ? Elle ou
toi ?Je vais mourir ici, tel un vulgaire dommage collatéral que la drogue engendre dans son
sillage. L’image de ce canon noir rivé sur moi s’imprime dans mon esprit, gravée à [Link]
seconde qui suit, il presse la dé[Link] hurle d’effroi et me recroqueville sur moi-même, mes bras
devant mon visage.– Valentina ! Casse-toi avec le camion ! hurle [Link] douleur lancinante
me brûle l’oreille. Je sens un liquide chaud glisser le long de ma mâchoire et descendre jusqu’à
mon cou… Pourtant, je peux encore bouger, pour peu que je parvienne à surmonter cette
té[Link], comme si chacun de mes mouvements était ralenti par la peur et le choc, je
porte une main tremblante à mon lobe. Le contact de mes doigts contre cette texture chaude et
gluante me fait frémir. C’est du sang. Mon sang. Marcus m’a effleuré l’oreille…Un centimètre de
plus, et cette balle m’aurait traversé le visage. Mon cœur tambourine si fort que je peux le sentir
jusque dans ma gorge, mon ventre, mes tempes. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quand
nos vies ont-elles basculé dans ce cauchemar ?– Valentina !Je reviens violemment sur terre. À
quelques mètres, Marcus, la main en sang, gémit de douleur et se réfugie derrière un amas de
foin. Paloma a réussi non seulement à le toucher, mais également à lui faire lâcher son arme. Elle
nous a offert un répit court, suffisant pour nous mettre à l’abri. Elle appuie sur mon bras pour me
faire réagir et nous emmène derrière le camion.– … dégager. Moi, je vais gérer. Ce bâtard risque
encore de te tirer dessus. Tu comprends ? Bouge, putain !Je cligne des yeux pour reprendre mes
esprits. Paloma pose ses mains sur mes joues pour capter mon attention et alors que nos yeux se
rencontrent, j’ai l’impression de voir son visage pour la dernière fois.– Viens avec moi, m’écrié-je,
désespérée. Je t’en prie !– Impossible. Ce fils de pute ne doit pas s’en sortir. Ne t’en fais pas pour
moi. Toi, tu t’en vas avec la cargaison, moi, je te [Link] – ou lâchement –, je
choisis de la croire. Mes jambes qui, jusque-là, avaient refusé de bouger, me portent enfin. Je me
précipite vers la portière de ce camion que j’ouvre brusquement et grimpe jusqu’à m’installer
derrière le [Link], j’ai déjà du mal avec la petite voiture d’Abuelita, alors comment gérer ce
mastodonte ? Je ne conduis que rarement parce que ça a tendance à m’angoisser et là, mon taux
de stress a bien gagné son paroxysme !Alors que je m’efforce d’atteindre les pédales, un nouvel
échange de balles éclate dans le hangar. Mes paumes tremblantes pressées contre mes oreilles,
je m’aplatis contre les sièges du camion en me recroquevillant sur moi-même. Des gémissements
de terreurs m’échappent, alors que des larmes viennent mouiller mes [Link], un
tambourinement sur la vitre conducteur me tire de ma terreur. Je n’entends pas ce que Paloma
me dit, mais ses gestes désespérés sont très clairs : elle m’ordonne de partir
immédiatement.J’aurais aimé être plus courageuse, sortir de l’habitacle et lui venir en aide.
Pourtant, tout ce que je peux faire, c’est obéir, plonger une dernière fois mon regard dans ses
yeux noisette et espérer qu’elle tiendra sa promesse. On se retrouvera… et elle m’expliquera tout
ce qu’elle m’a caché jusque-là.Malgré ma peur et mes angoisses, je démarre et opère une marche
arrière effrénée et maladroite. Je dois me pencher sur le côté lorsque Marcus se met à tirer sur le
camion. Les échanges de balles ne s’arrêtent pas jusqu’à ce que je rejoigne l’avenue Victoria-
[Link] conduis mal, mais à toute vitesse et guidée par les phares, je progresse le long de cette
route et m’éloigne de ce cauchemar. Soudain, un klaxon me fait hurler. Je dévie ma trajectoire de
justesse et évite une petite citadine rouge sur laquelle je fonçais sans m’en rendre [Link]
moteur rugit, et moi je fuis. Chaque kilomètre parcouru me sépare un peu plus de ma cousine.J’ai
abandonné Paloma. Cinquante-trois km/h. Pas plus.J’ai dû me faire klaxonner une dizaine de
fois, mais pas question d’accélérer. La route, plongée dans l’obscurité, s’allonge à l’infini devant
moi alors que mes larmes me brouillent la vue. Mes mains ne cessent de trembler et étranglent le
guidon. Je suis hantée par l’idée d’avoir laissé Paloma derrière moi, ce qui ne m’aide pas à me
concentrer sur la conduite de cet engin de malheur. En baissant les yeux sur le tableau de bord, je
constate qu’il est presque 4 heures du matin. Et pour couronner le tout, ma queue-de-cheval,
toujours trop serrée, me donne une migraine si intense qu’elle alourdit mes paupières. Le choc de
cette soirée m’a pris toute mon énergie. Et une partie de mon innocence aussi…À chaque fois que
je cligne des yeux, je dois fournir un effort surhumain pour les rouvrir et lutter contre la fatigue qui
menace de m’emporter. Parfois, je me rends compte que je ne vois rien pendant quelques
secondes, avant que ma vue s’é[Link] t’endors pas, [Link] maintenant…Pas
maintenant…Je cligne des yeux une [Link], un klaxon déchire le silence et m’extirpe
de mon état de [Link] hurlement qui m’échappe me fait mal à la gorge. J’ai dérivé à
contresens ! Par réflexe, je braque le volant à droite, mais l’angle est trop serré. Le camion
percute violemment la glissière de sécurité, puis s’enfonce rapidement à travers une route
sinueuse. Je tente d’enfoncer mon pied dans la pédale de frein, mais la pente est trop abrupte, et
je sens bien que j’ai perdu tout contrô[Link] quelques secondes, je suis catapultée dans un chaos
[Link] au piège de secousses puissantes, je dois m’accrocher au volant jusqu’à ce que le
monde autour de moi se retourne. Ma ceinture me compresse brutalement contre mon siège, puis
l’airbag se libère sur moi dans un choc tellement douloureux qu’il me coupe le souffle
instantané[Link] tremblements de l’habitacle ont cessé. Je crois que le camion a terminé sa
chute dans un fossé. Ma vision est brouillée, des étoiles dansent devant mes yeux et une douleur
aiguë irradie mon [Link] larmes glissent sur mes joues, non seulement à cause de la douleur
physique, mais aussi parce que je prends conscience de ce qui vient d’[Link] choc de
l’accident et la douleur dans mon corps me clouent sur place. Je sens mon cœur tambouriner
jusque dans ma gorge et tout ce que je veux, c’est sortir de ce camion. Ma main tremblante
s’étend vers la boucle de ma ceinture, mais je suis incapable de résister à la lourdeur de mes
paupières.C’est trop pour moi. Je sens mes forces m’abandonner. Mes yeux se ferment malgré
moi.
Chapter 120
Chapter 121
Chapter 122
Chapter 123
Sommaire
Sommaire
TitreCopyrightAvertissementDédicaceValentina - Tome 1Chapitre 1 - Tepito, MexicoChapitre 2 -
RubenChapitre 3 - SofiaChapitre 4 - Une seule chanceChapitre 5 - L'avenue Victoria-
OteChapitre 6 - ColombienneChapitre 7 - Querida niñaChapitre 8 - Mourir aujourd'huiChapitre 9 -
PretoChapitre 10 - Ojos verdesChapitre 11 - Ma prisonnièreChapitre 12 - À tes risques
et périlsChapitre 13 - BusinessChapitre 14 - Ton bras droitChapitre 15 - Ta cousine,
PalomaChapitre 16 - Dernières flammesChapitre 17 - SalomonChapitre 18 - PueblaChapitre 19 -
InébranlableChapitre 20 - L'heure est à la collaborationChapitre 21 - ParalyséeChapitre 22 -
DéniChapitre 23 - Profonde tristesseChapitre 24 - AttendreChapitre 25 - Ma cocaïneChapitre 26 -
Te retrouverChapitre 27 - AlexisChapitre 28 - Se faire la malleChapitre 29 - Dernier
appelChapitre 30 - Au nom de l'héritageChapitre 31 - BonsoirChapitre 32 - Sinistre
auraChapitre 33 - CourageChapitre 34 - Fragile promesseChapitre 35 - ValenciaChapitre 36 -
IllusionChapitre 37 - Historia de un AmorChapitre 38 - ObservationChapitre 39 -
BientôtChapitre 40 - CapriceChapitre 41 - De l'azur dans l'âmeChapitre 42 - ChantageChapitre 43
- La finChapitre 44 - Souffrir à en creverChapitre 45 - Le GlockChapitre 46 - EmpiresChapitre 47 -
HermosaRemerciements
Chapter 124
Chapter 125
Chapter 126
Chapter 127
Chapter 128
Chapter 129
Chapter 130
Chapitre 10Ojos verdesPretoChaque seconde qui passe m’[Link] Glock sur la cuisse, les
muscles tendus, j’attends, immobile, qu’elle revienne à elle quand un toussotement brise ce
silence macabre. Je me fais violence pour ne pas me ruer sur ce corps fébrile alors qu’elle pose
sa main sur sa gorge, puis se redresse difficilement sur ses [Link] grands yeux verts
balaient maladroitement la pièce jusqu’à ce qu’ils me trouvent. Dans un hoquet effrayé, elle a un
mouvement de recul. Même si ça me ronge, je la laisse monter en pression et patiente quelques
instants. Difficilement, elle se redresse sur ses genoux et glisse jusqu’au mur derrière elle. Elle
baisse les yeux sur mes cuisses et avise l’arme que je tiens dans ma main droite. De nouvelles
larmes perlent au coin de ses yeux. Elle ne tiendra plus très longtemps… Mais sa dévotion pour
sa cousine me fait perdre un temps monstre, putain !– Tu penses pouvoir te payer le luxe de jouer
les braves, Ojos verdes1 ? sifflé-[Link] mélange de peur et de détermination s’affiche sur son
[Link] sais que je dois être prudent et surtout, ne pas agir sans réfléchir. Mon coup de sang l’a
fait tomber dans les vapes ces vingt dernières minutes. Et si elle décide de fermer sa bouche, je
suis tout aussi proche de la mort qu’elle. Néanmoins, ma patience la concernant commence à
atteindre ses [Link] regards s’affrontent et je cherche dans la profondeur de ses yeux verts
une faille qui changera la donne. Je sais que je l’intimide, mais putain, elle ne lâche rien.
Recroquevillée contre ce mur, la fille n’en démord pas et continue de me défier du
[Link] de temps tiendra sa résistance si je me lève, le Glock à la main ?Tiens, elle gémit
de terreur. Parfait. Je m’agenouille à sa hauteur, mes coudes sur mes cuisses, et laisse
délibérément mon arme sous ses yeux. Tétanisée, elle halète plus fort, telle une brebis traquée
par son prédateur. Elle me ferait presque pitié.– Pourquoi tu as pris autant de risques, Ojos
verdes ? lui soufflé-je d’une voix basse et maîtrisé[Link] la regarde alors qu’elle passe de la
panique à la confusion. Ses lèvres bougent, mais il lui faut plusieurs secondes avant
d’articuler :– C’était… le… le seul moyen pour que tu nous prennes au sérieux.– Nous, c’est ta
cousine et toi ?Hochement de tê[Link] voix la caresse, faussement compréhensive :– Tu m’as volé
deux millions de dollars parce que ta cousine et toi aviez une bonne raison, c’est ça ?Nouveau
hochement de tê[Link] larmes se réduisent légèrement. Je vois le regret dans ses yeux mouillés
qui me supplient de la laisser en vie… Aucune chance.– Je n’aurai pas besoin de recourir à la
violence, Valentina. Enfin, si et seulement si tu acceptes de parler. Ensemble, toi et moi, on va
résoudre ce petit contretemps, n’est-ce pas ?Elle renifle, puis je l’entends encore geindre le nom
de sa salope de cousine. Je dois me faire violence pour résister à l’envie de lui arracher la
langue.– Tu ne voudrais pas mourir à cause d’elle, n’est-ce pas ?Elle secoue la tête, mais son
regard reste plus déterminé que jamais.– Où est ma cargaison, Valentina ?– Je te demande juste
de ne pas t’en prendre à elle.– Où est-elle ?Ma frustration se sent dans ma voix, et
inconsciemment, mon doigt se resserre sur l’arme. Mon index sur la gâchette a failli commettre
l’irréparable.– Je veux la garantie que vous ne lui ferez [Link] patience est en train de partir en
fumée. Ma mâchoire se contracte violemment alors que j’éructe :– Est-ce que tu penses
réellement que tes jolis yeux verts vont te permettre de négocier avec moi ?Elle frissonne d’effroi
et respire profondément en essuyant ses larmes.– Valentina, l’appelé-je.– Je… Je veux la [Link]
manque de laisser un rire nerveux m’échapper. Voilà, elle m’a poussé à bout, il est temps d’arrêter
d’être gentil.– Allez, tout ton cirque commence à me casser les couilles !Je me redresse
brusquement et empoigne son bras pour qu’elle se lève avec moi. Elle gémit quelque chose
d’incompréhensible, juste avant que je la plaque contre le mur et pointe mon arme sur sa tempe.
Son regard s’anéantit alors que j’évalue quelle partie de son corps je pourrais transpercer sans
qu’elle perde de nouveau [Link]. En réalité, j’en sais suffisamment sur cette femme pour
avoir une idée très précise de la pire torture à ses yeux.– Je te donne une dernière petite chance,
Valentina. Tu parles, ou je t’amène ta salope de cousine ici, mais simplement pour lui coller une
balle entre les yeux. Tu auras tout le loisir de taper la discussion à son cadavre après ça, qu’en
dis-tu ?Ses supplications terrorisées me donnent envie de la massacrer.J’avise ses yeux en
amande, sa peau subtilement hâlée, et l’idée me vient qu’elle n’est pas complètement mexicaine.
Argentine ? Venezuela ? Colombie ? Chili ? Pourquoi je pense à ça, moi ? Je chasse rapidement
ce débat intérieur, resserre ma poigne autour de son bras égratigné et reçois une grimace de
douleur pour toute ré[Link] m’approche lentement de son oreille, jusqu’à sentir son souffle sur
ma nuque, et murmure :– Est-ce que tu veux me voir appuyer sur la détente, Valentina ?Quand le
canon de mon arme glisse vers sa hanche, ses gémissements d’horreur résonnent dans la cellule
aménagée.– D’accord ! hurle-t-elle. Je… Je vais parler ! Pitié !Elle relève ses yeux mouillés, dont
les longs cils noirs soulignent leur anormale couleur vert de jade. Finalement, même s’il s’agit de
sa cousine, je ne pense pas qu’elle pourrait jouer sa vie pour celle qui l’a entraînée dans cette
pièce. J’expire bruyamment, puis la relâche en reculant d’un pas. Elle s’effondre littéralement sur
le sol et enroule ses bras autour de ses cuisses serrées contre [Link] retrouve ma chaise, lui
laissant l’espace nécessaire pour me parler, mais fixe ses lèvres qui tremblent sous le poids de
ses mots.– Ma cousine… Elle… elle entretenait une relation avec votre bras droit et…Elle
s’interrompt. Moi, je fronce les sourcils, dubitatif. Ça… C’est une information dont je n’avais pas
[Link] que Valentina ouvre la bouche pour continuer à parler, le bruit de la porte
qu’on déverrouille attire notre attention. Une clé tourne dans la serrure avant que Sebastian, mon
sicario2, ouvre le battant et passe une tête dans la pièce. Son expression se veut inquisitrice,
mais la sucette qui déforme sa joue casse totalement son effet. Il réajuste sa veste en cuir, avant
d’adresser un sourire contrit à Valentina.– Rebonjour, mademoiselle, lance-t-il en ignorant sa
position [Link] le toise, sceptique. Personne n’a envie de rire.– Salomon est là,
m’[Link] quand Salomon Rivera se permet de débarquer chez moi quand il veut ?
Renfrogné, je me relève, puis remets mon Glock derrière ma ceinture. Ignorant le gémissement de
Valentina, toujours au sol, je rejoins Sebastian et sors de la pièce derrière lui, sans un regard de
plus pour [Link] le couloir, je n’attends pas que mon sicario ait fini de verrouiller la porte.
J’avance à grands pas vers le salon, et croise justement Ruben, un verre de whisky à la main. Sa
sale gueule de déterré me donne envie de le bombarder de questions sur son histoire de cul avec
celle qui nous a pris la poudre, mais ça attendra.– Esteban est avec eux, me pré[Link] le toise
méchamment, mais continue mon chemin sans lui répondre.– C’est pas l’moment de s’alcooliser,
mon frère, lui lance alors Sebastian, moqueur.– Je ne suis pas ton frère, rétorque immédiatement
Ruben.– Je n’ai pas souvenir d’avoir eu des roux dans ma famille de toute façon, réplique le
[Link] j’arrive dans l’entrée, je n’entends plus leurs chamailleries. Je me concentre sur
notre invité. Salomon attend en goûtant, lui aussi, une large lampée de mon whisky personnel
sous l’œil méfiant d’Esteban. Néanmoins, il n’est pas venu seul. Plusieurs membres de son cartel,
dont Irnesto, le frère aîné qui devait récupérer la cargaison hier soir, encombrent le passage.
Couvrant les différentes sorties de la pièce, Paco, Daniele, Goto et J.J., mes plus fidèles
lieutenants, me scrutent avec appréhension.– Que me vaut cette visite ? demandé-je sur un ton
qui trahit toute mon [Link] interrompt sa conversation avec son frère et se tourne vers
moi en levant un simple sourcil, comme si ma question était la plus idiote qu’il ait jamais entendue
de sa vie. Je me retiens de mettre mon poing dans sa gueule déformée au botox. Ses habitudes
d’enfant gâté sont réputées dans le milieu et chacun sait qu’il est dangereux de le contrarier.
Pourtant, il n’a rien fait pour mériter les bagues d’or sur ses doigts. Il a juste hérité de l’empire de
son père, comme moi. Sauf que le sien était plus doué en affaires et qu’il a aujourd’hui un frère qui
continue de protéger ses intérê[Link] réalité, si cet enfoiré accepte de dealer avec moi sur ce coup,
c’est pour honorer l’alliance de nos pères, celle qui a déclenché la guerre à Mexico et qui a coûté
la vie au mien, laissant la totalité du territoire aux Rivera. J’ai dû batailler dur pour le convaincre de
respecter les anciens accords, en dépit de la menace que je pourrais représenter s’il m’aidait à
grossir trop rapidement à Mexico. Aujourd’hui, son réseau permet d’assurer le mien et, pour le
moment, à cause des erreurs de mon père, personne d’autre que lui ne voudra m’aider dans la
reconstruction de l’empire des Cruz.– Ce petit appartement me manquait, me nargue Salomon en
ouvrant les bras pour se donner en spectacle.Même si nous sommes établis dans un duplex en
plein centre de la capitale, même s’il possède deux étages et plus de cinq chambres, on sait tous
que ce n’est rien en comparaison des biens que possèdent les Rivera. Je ne suis encore
personne dans ce monde et j’hérite de l’ombre de mon père, la Hoja3, désormais la risée de mes
ennemis. Ça, Salomon se plaît à me le rappeler à chaque fois qu’on se [Link] zieute ses
gardes, tous lourdement armés, tous prêts à se battre. Certains conservent même fermement
leurs fusils d’assaut pressés dans leurs paumes. Ça ne sent vraiment pas bon. D’ailleurs, Esteban
se redresse, sur le qui-vive, mais attend sagement que je lui fasse signe d’intervenir. Cependant,
même avec Sebastian et Ruben derrière moi, nous restons en position de faiblesse et les Rivera
le savent [Link] fais signe à Salomon de me suivre dans le salon et m’installe sur le canapé en
velours. Cet appartement est le dernier souvenir que je garde de mon père. On squattait ici de
longues semaines, le temps qu’il règle ses affaires. Moi, je me planquais dans un coin de la pièce,
le dos collé contre le mur orange, juste sous le masque aztèque. Je faisais semblant de lire les
magazines qui traînaient dans la maison, mais en réalité, j’écoutais chaque négociation.
Aujourd’hui, ce lieu a repris ses fonctions et me permet de faire de nouveau fonctionner le
business des Cruz : faire affaire, compter les billets, sauter des filles quand la situation le
permet…Je fouille dans ma poche et en extirpe mon paquet de cigarettes et mon briquet.– Je
crois qu’on a un petit problème, me balance Salomon, son regard rivé sur la flamme que je fais
danser devant moi.J’inspire une large bouffée de nicotine.Ça sent vraiment pas bon.– Tu es en
retard sur la livraison, Preto, reprend-il en s’installant lourdement sur le canapé en face de [Link]
pose brusquement son verre de whisky Macallan sur la table basse et quelques gouttes giclent
sur le tapis. 50 000 pesos, putain !Combien de temps vais-je devoir tolérer ce fils de pute ?– Ça
ne répond pas à ma question. Que me vaut ta présence ici ?J’étends mon bras vers le cendrier et
du bout de mon index, tapote ma clope pour en faire tomber la cendre.– Personne ne répond à
son foutu téléphone, Preto. Et je n’aime pas me faire [Link] lance un regard en biais à Ruben
qui se tient debout à ma gauche. Pourquoi ce petit con n’a pas brodé une putain d’excuse à ce
connard ? L’incompétence de mon soi-disant bras droit commence sérieusement à me taper sur
les nerfs !– Tu auras ta marchandise, assuré-je froidement. Inutile de te pointer ici par [Link]
plisse les yeux, puis se penche pour récupérer son verre. La colère gronde en moi, mais je la
ravale sagement. Pour le moment.– Vois-tu, Preto, moi, j’ai entendu que, ma « marchandise »
avait… Irnesto, c’est quoi le mot, déjà ?– Disparu, lui répond immédiatement le concerné.D’aussi
loin que je me souvienne, ce Irnesto a toujours essayé de se montrer plus grand qu’il paraît avec
ses talonnettes. Même s’il porte toujours des costumes haut de gamme, avec boutons de
manchettes en or, il est plus discret que son frère, moins exubérant.– Ah, c’est ça ! poursuit
Salomon. J’crois que ma poudre a [Link] termine son whisky d’une traite et allonge son bras
sur la têtière du canapé, comme s’il possédait les lieux. J’ai une folle envie de le descendre
maintenant.– Tu auras ta marchandise, Salomon, répété-je sè[Link] mots sonnent faux. La
tension augmente d’un cran dans la pièce.J’envisage immédiatement toutes les options de fin
possible, dont celle où Salomon ordonne une tuerie, sur-le-champ. Finir dans un bain de sang
n’est pas envisageable, pas maintenant, et pourtant… Qu’est-ce que je pourrais y
faire ?Sebastian a rejoint Esteban et les deux frères se tiennent droit, à l’entrée du salon, prêts à
les descendre tous. Y parviendraient-ils ? Même si nous survivions, ce ne serait vraiment pas bon
pour mes affaires. Je n’ai pas la capacité d’absorber le réseau de [Link] garde un calme
apparent, malgré ma mâchoire contractée.– Y’a une rumeur qui circule comme quoi deux nanas
auraient mis la main sur ma marchandise, Preto, renchérit Salomon. Tu m’expliques ?Je me fais
violence pour ne rien laisser transparaître, mais intérieurement, je bouillonne. Je prends une
bouffée si longue que la brûlure de nicotine m’irrite la gorge. Comment il sait ça, putain ? Voilà un
énième coup de massue pour mes affaires et ma réputation, celle que mon oncle m’a intimé de
protéger.– Ce n’est qu’un léger contretemps, le corrigé-je avec un sourire nerveux.– Où sont les
voleuses ?Mon regard se plante dans celui, rieur, de Salomon. Je déglutis lentement.– Ne me dis
pas que tu ne leur as même pas mis la main dessus, Preto, s’amuse-t-il.– Ce n’est qu’un
contretemps, assuré-je.– Ne m’en veux pas, gamin, mais je vais m’en assurer par moi-mê[Link]
dos se raidit face à cette tentative de m’humilier un peu plus. Son arrogance nous entraîne dans
un affrontement visuel que je ne compte pas perdre. J’ai qu’une hâte : enterrer ses cheveux gras
après une balle bien placée au milieu de son [Link] contrôlant soigneusement chaque mot qui
sort de ma bouche, je lui réponds :– Salomon, je ne compte pas manquer de respect à nos
accords. Je tiens à t’en assurer et tu auras ta marchandise demain. Cela étant dit, les
responsables demeureront sous ma surveillance. C’est non né[Link] enculé se met à rire. Il
se redresse, pose son verre vide sur la table, puis se lève lentement et marche vers moi. Je jette
un rapide coup d’œil à Ruben pour lui demander de se tenir prêt à recevoir mon signal si ça
dégénère. C’est bon, je veux plomber ces salopards, mais Salomon se contente de se masser les
tempes et de me tourner autour.– J’crois qu’on s’est mal compris, mon petit Preto, s’exclame-t-il,
théâtralement. Je t’accorde un petit sursis pour me livrer ma marchandise, geste totalement
amical en souvenir des nombreuses années de coopération entre nos familles, mais il ne faut pas
me prendre de haut. Tout ce que je demande, c’est de voir celles qui ont eu l’audace d’en arriver
là. Et ça, tu ne me l’accordes pas, putain ?Je ne réponds pas tout de suite. Un mot de travers
pourrait déclencher une boucherie dans cet appartement. Au bout de plusieurs longues secondes,
je baisse la tête pour écraser ma cigarette dans le cendrier, puis reprends :– Comprends-moi,
Salomon, la situation est trop délicate pour te laisser la voir.– « La » ? Elles ne sont pas deux ?Je
grimace, mais peut-être qu’un peu de transparence l’incitera à lâcher l’affaire.– Seule une des
deux sait où est la [Link] hoche la tête, semblant intégrer l’information, puis
échange un regard avec son frère avant de se tourner à nouveau vers moi.– Tu sais, Preto, ton
père avait une certaine manière de faire les choses. Tu veux prendre sa place, je marche, mais tu
dois apprendre à jouer selon les règles de la rue. La fille, celle qui croit pouvoir jouer les chimistes
à notre place, elle fait partie du deal, [Link] chier !Ce porc est né avec une cuillère en
argent dans la bouche et il parle des règles de la rue comme s’il avait déjà mis un seul pied
dedans ? J’aimerais lui faire ravaler son orgueil, mais je m’y refuse. Pas maintenant. Je ne peux
pas me permettre de perdre son [Link] longue expiration m’échappe. Je n’ai pas vraiment le
choix… Je me lève sous le sourire satisfait de Salomon qui ajoute :– Voilà qui est mieux.
J’apprécie vraiment ta coopération, [Link] sais déjà que c’est la première et dernière fois que je
lui cède quoi que ce soit. L’étape suivante, c’est le bain de [Link] montant les marches de
l’escalier qui mène à l’étage, je sens que cette « coopération » ne tient plus qu’à un fil. J’avance
lentement, mais j’amène Salomon qui trépigne, suivi de ses sbires, devant la pièce qui a été
aménagée comme une cellule.Dès que j’ouvre la porte, le regard de Valentina s’accroche au
mien. Néanmoins, elle remarque vite que je ne suis pas seul et se ratatine sur elle-même en
m’implorant [Link] partie se joue maintenant et étrangement, j’y vois une possibilité
de gagner un peu de sa confiance.1.« Yeux verts » en espagnol.2. Désigne un tueur à gages
opérant pour les cartels d’Amérique latine.3.« Lame » en espagnol.
Chapter 131
Chapter 133
Chapter 134
Avertissement
Avertissement
Coucou,
Valentina étant une Dark Romance, j’aimerais dans un premier temps introduire les trigger
warnings.
Ce roman abordera des thèmes pouvant être considérés comme violents, difficiles et perturbants.
Ils peuvent ne pas convenir à un public sensible. La violence (physique, psychologique, sexuelle),
le langage grossier, la mention d’usage de drogues et d’armes, ainsi que le meurtre sont des
sujets présents dans le récit.
Je tiens également à souligner que les descriptions détaillées de scènes de violence telles que
des homicides ou des scènes de torture, ainsi que le langage explicite, pourraient être perçues
comme choquantes. Elles ne sont incluses que dans le but de servir l’histoire et de rester fidèle au
monde sombre de Valentina.
Je vous conseille d’aborder ce type de lecture avec prudence.
Mon objectif est de raconter une histoire réaliste et immersive, mais en aucun cas de glorifier ou
promouvoir la violence.
Merci de m’avoir lue et faites attention à vous.
XO, Azra.
Chapter 135
Chapitre 12À tes risques et périlsValentinaL’attente me semble [Link] vois encore tous
ces hommes se menacer mutuellement, le rire de celui en costume blanc résonne dans mes
oreilles, alors que l’odeur de son eau de Cologne flotte toujours dans la pièce. Pourtant, depuis un
moment, il ne reste que moi [Link] sursaute brusquement lorsque l’on toque à la porte. L’instant
qui suit, la serrure cliquette et le battant s’ouvre lentement sur la silhouette de l’homme à la
sucette. À travers ses longues mèches noires qui tombent devant ses yeux, je distingue un large
sourire, mais cette fois, pas de bonbon. À la place, il tient un plat fumant et une petite bouteille
d’eau. Je meurs de faim…– Tu m’as manqué, querida, me dit-il, tout sourire, en refermant derrière
[Link] remarque me déstabilise. Sa carrure est si imposante que j’ai bien l’impression qu’il est
encore plus grand et musclé que Preto. Il porte un débardeur simple, un jean sombre qui couvre
des bottines en cuir. Des têtes de mort couvrent entièrement son bras droit et mènent à une
chevalière noire autour de son [Link] me mets de nouveau à trembler quand il s’arrête devant
moi. Il s’accroupit et dépose le plateau à mes pieds. Son bruit sec sur le sol en béton m’arrache
un hoquet de surprise.– J’espère que t’as un petit creux, dit-il en plongeant sa main dans sa
poche pour en sortir une sucette à la [Link] la pose à côté de l’assiette et me
chuchote :– Personne sait que je l’ai prise. C’était la dernière, en [Link] reste dubitative devant
son clin d’œil complice. Néanmoins, l’odeur alléchante de la nourriture capte davantage mon
attention. Mon estomac grogne.– Tu as là les meilleurs chilaquiles de tout le Mexique, m’annonce-
t-il en pointant le plat du doigt. Je suis allé te les chercher personnellement dans un petit
restaurant de Tepito. Un délice, je te le garantis.L’odeur familière et épicée qui se dégage du
repas fait remonter des souvenirs teintés d’amertume. Je repense aux petits plats de mon
abuelita. Et je me demande si j’aurai encore la chance de les goûter. Une vague de tristesse
m’envahit. Tout ce qui me vient en tête, ce sont les images des après-midi en cuisine avec ma
grand-mère. On riait devant Teresa, tout en préparant le bœuf, les oignons et les haricots. En
revanche, seule Abuelita peut faire le mélange parfait des épices… J’ai sincèrement envie de
[Link] pensées sont ramenées dans cette pièce glauque quand mon geôlier, avec toute la
décontraction du monde, dépose son arme sur le sol, à côté du plateau. Je tente de me reculer,
mais mon dos bute contre le mur.– Rien de mieux qu’un bon chilaquiles pour te rappeler ce que tu
perds en restant cloîtrée ici, non? Tu voudrais rentrer chez toi et le manger avec ta famille ? Pour
ça, il faudrait que tu ouvres ta bouche, tu ne crois pas ?Son sourire en coin me fait froid dans le
dos. Je baisse les yeux sur l’arme noire. Elle est à portée de main… Pendant une seconde,
j’imagine la prendre et l’utiliser pour me libérer. Ou aggraver définitivement ma
[Link], je mords l’intérieur de ma joue. Mes émotions à fleur de peau
m’empêchent de réfléchir correctement. Et le regard de cet homme qui s’éternise sur
moi…– Allez, je sais que tu en meurs d’envie.J’écarquille les yeux. Qu’est-ce que…– J’t’assure,
garanti « sans poison » ! Franchement, tu es chanceuse. Quel kidnappeur t’offrirait une nourriture
locale et 100 % mexicaine, querida niña ? précise-t-il en m’adressant un nouveau clin d’œ[Link]
corps se rappelle qu’il faut respirer, et j’inspire un grand coup alors que je redescends en
pression.– Toi, tu es le gentil flic et M. Preto, le méchant, c’est ça ? bégayé-[Link] hausse les
sourcils et incline un peu la tête, perplexe, avant que sa voix enjouée perce le lourd silence de
cette cellule :– Tu viens vraiment de me comparer à un flic ?Son rire décuple mon angoisse.
J’aurais cru que ses piques faussement drôles étaient ce qu’il y a de plus flippant chez lui, mais le
voir soudain devenir sérieux et prendre un visage dur me fait haleter.– Non, moi, je suis bien le
méchant, siffle-t-il. Je suis le tueur à gages. Pas dans le style de mon frère, bref et expéditif. Je
suis le genre à aimer ça, à préférer utiliser une arme blanche pour te découper en morceaux et
jeter tes restes dans une décharge où tu pourriras jusqu’à te faire bouffer par des [Link]
ton empli de cruauté de sa voix me glace le sang. Son regard chocolat s’assombrit alors qu’il
plonge ses yeux froids dans les miens, attendant une réaction qui ne vient pas, jusqu’à ce qu’un
sourire enfantin revienne sur ses lèvres.– Enfin, sois sereine, Sebastian n’est pas encore ton pire
ennemi. Du moins… pas pour le moment. Bon, ça te tente ou pas ?Il désigne les chilaquiles du
doigt, et le gargouillement de mon ventre répond pour moi. Dévorée par la faim, je choisis
d’obtempérer sagement et d’atténuer sa méfiance. Après tout, l’arme continue de me narguer, à
seulement quelques centimètres de ma main quand je prends la cuillè[Link] me laisse faire, avise
chacun de mes gestes alors que je me baisse vers le plat, mais au dernier moment, il saisit le bout
de l’assiette et la fait glisser vers lui, hors de portée. Ça ne pouvait pas être aussi
facile…Sebastian me regarde avec un air presque embêté, mais je comprends que sa grimace,
son pincement de lèvres et ce plissement d’yeux traduisent un faux embarras.– J’ai juste une
ridicule, minuscule, insignifiante, toute petite question avant que tu te régales avec cette merveille,
[Link] fait monter le suspense, alors qu’on sait tous les deux ce qui va suivre, puis finit par
lâcher :– Où est la cargaison ?Son ton est ferme, malgré un léger sarcasme. J’ai eu l’illusion que
cette assiette serait mon répit dans ce calvaire, je me suis fourvoyée. Bientôt, Preto viendra avec
un nouvel homme qui voudra m’acheter, jouer avec moi ou que sais-je, ou bien il sera seul et il me
balancera de nouveau contre le [Link] repose la cuillère sur le plateau et affirme d’une voix
tremblante :– Je ne dirai rien. Sauf à [Link] n’obtiens qu’un silence pesant en réponse, jusqu’à
ce qu’il se mette à rire.– Pourquoi ça ne m’étonne pas, putain ? s’[Link] se lève avec
l’assiette dans la main, mais abandonne son arme près de moi. Je le zieute du coin de l’œil, le
cœur battant. Je suis affaiblie par la faim et l’angoisse, mais serait-ce ma seule chance ?– Le truc,
c’est que la patience de Preto est en train de s’effriter, reprend-il en allant récupérer la chaise
pliable près de la porte.J’entends à peine sa voix. Je n’ai d’yeux que pour ce pistolet, juste devant
moi. L’idée me paraît folle et désespérée, mais elle prend de plus en plus de place dans mon
esprit. Il me tourne le dos, me laisse le champ libre…C’est ma seule chance. Non ! Et si je pouvais
sauver Paloma ? Je ne peux pas faire ça !Sebastian sifflote tranquillement, saisit le dossier de la
chaise, puis relève la tête vers le tuyau accroché au mur, celui sur lequel je me suis acharnée,
après le départ du fameux Salomon, dans l’espoir de trouver une porte de sortie. Mon cœur
s’emballe. Ma main s’étend vers l’arme. Je m’en empare au moment où Sebastian se retourne et
pose la chaise devant lui. Il s’arrête de siffler. Je le tiens en joue. Sa bouche reste en cœur
pendant de longues secondes, alors que mes doigts tremblent autour de la crosse glacée. Je me
demande quoi dire, comment le menacer et le contraindre à m’ouvrir cette porte, lorsqu’un large
sourire s’étire sur ses lèvres. Il n’a pas peur, pas une seconde, moi, si.– Je vous en prie, bégayé-
je d’une voix faible et désespérée. J… je ne veux faire de mal à personne. Je veux juste sortir d’ici
avec ma [Link] plat de chilaquiles toujours dans sa main, Sebastian m’analyse
soigneusement avant de finir par hocher lentement la tête pour dire :– Ouais, je comprends,
querida. Le problème, c’est qu’on doit payer nos factures. On a une dette de deux millions de
dollars que toi seule peux régler, tu sais. Donc soit tu tires et tu tentes ta chance dans la nature,
soit tu poses cette arme, tu parles et à la clé, tu repars en vie avec de supers chilaquiles con
carne fait avec des produits écoresponsables.L’arme pèse si lourd dans ma main. Mes
tremblements deviennent ridicules. Mon cœur bat tellement fort et mes bras faiblissent. Des
sanglots m’assaillent. Je suis incapable de tirer… Je suis incapable de tuer. Même si je signe mon
arrêt de [Link] pistolet tombe au sol et je me dégoûte à l’idée même d’avoir pensé à presser la
détente. Cela va à l’encontre de ce que je suis, de ce en quoi je crois, qui que soit celui qui me
menace.– Très bon choix, salue la voix amusée de [Link] tenant la chaise par l’assise, il la
fait glisser vers moi. Les pieds raclent le sol dans un bruit assourdissant, avant qu’il repose
l’assiette sur son plateau et récupère son pistolet au sol.– Laissez-nous partir, supplié-je entre
deux sanglots.– Pour tuer un type comme moi, m’ignore-t-il, sortant un objet rectangulaire de sa
poche, encore faut-il que l’arme soit chargée, et le cran de sûreté, désenclenché.Il enfonce ce que
je comprends être le chargeur dans la crosse de l’arme et tire sur la culasse qui revient
automatiquement à sa place dans un bruit sec et métallique. Je me pétrifie lorsqu’il pointe le
canon sur sa tempe.– Là, tu peux tuer qui tu veux, explique-t-il d’une voix froide, son regard fou
plongé dans le [Link] frissonne d’effroi, avec la sensation que je peux m’évanouir à tout
moment.– J’ai quand même pas l’air si idiot que ça, non ? s’amuse-t-il soudain en ramenant l’arme
sur sa cuisse, une pointe d’humour dans la [Link] secoue la tête, incapable d’articuler un mot
cohérent.– Ah, voilà ! Tu m’as fait peur pendant une minute, rit-il en s’installant sur la [Link]-
ce qu’il est fou ? Est-ce qu’il a besoin d’aide ? Je ne doute pas de sa dangerosité, mais sa
capacité à osciller entre le rire et la colère n’a rien de naturel.– Bon, t’es bien mignonne, mi
querida niña, mais le boss va arriver dans, hum…Il jette un coup d’œil à sa montre avant
d’annoncer :– Une petite quinzaine de minutes. Je te l’avoue, j’ai pas envie qu’il te mette une balle
dans la tête. Épargne-moi une journée de regret à l’idée de ne plus revoir tes beaux yeux et
chante un peu pour m’indiquer le chemin de cette [Link] suis prête à parler. C’est ma seule
option, et je peux encore mettre en œuvre le plan de Paloma. Entrer en contact avec Preto, et lui
expliquer… Après tout, le vol du camion est bien parvenu à capter son attention.– J… je vais
parler. À Preto, soufflé-je, lessivé[Link] incline la tête, puis hausse les épaules.– Je suis
vexé. Il aurait mieux valu négocier avec moi qu’avec lui, mais si tu insistes, c’est à tes risques et
périls.
Chapter 136
Chapter 138
Chapitre 14Ton bras droitPreto– Laisse-nous, ordonné-je à [Link] que j’ai ouvert la
porte de la cellule, je ne quitte pas Valentina des yeux. Elle s’est réfugiée près du matelas, les
jambes toujours repliées contre elle. Ses longs cils noirs sont pour une fois secs. Pas de larmes,
mais je décèle un mélange de peur et d’un peu d’espoir.– Bonne chance, me chuchote Sebastian
sur un ton espiè[Link] porte se referme derrière moi dans un claquement sourd. J’appuie mon
épaule contre le mur qui fait l’angle et croise les bras.– Je suis là, déclaré-je doucement. Tu ferais
mieux de [Link] voix résonne dans l’espace vide. Elle avale sa salive, puis glisse une longue
mèche noire derrière son oreille.– Je… Je n’ai qu’une demande, Preto. Je veux que ma cousine
soit en sécurité. Et je veux… je veux te parler de [Link] note qu’elle prend plus d’assurance,
plus de détermination. Après tout, elle me tutoie maintenant. Je crois que ça me plaît d’avoir
devant moi plus qu’une petite chose gémissante. Le jeu n’en devient que plus intéressant !J’expire
et arque lentement un sourcil.– Continue, commandé-[Link] a l’air de frissonner, mais elle
s’efforce de maintenir le contact visuel entre nous. Elle prend une grande inspiration, puis
commence son explication :– Il… Il t’a trahi. Ruben trompait Paloma avec Sofia. Et quand elles ont
voulu le confronter, elles ont découvert que Ruben vendait ta drogue à quelqu’un d’autre. Il a
voulu les tuer toutes les deux et il a eu Sofia ! Paloma a réussi à s’enfuir avant qu’il s’attaque à
elle…Je garde un visage impassible, mais mon calme apparent menace de partir en fumée d’un
moment à l’autre. Si j’écoute Ruben, il voulait juste les baiser et ces garces en ont profité pour
élaborer un plan pour nous plumer. Si je l’écoute elle, la prétendue infidélité de mon bras droit
aurait amené à une situation rocambolesque où deux idiotes seraient tombées, comme par
hasard, sur l’emplacement de ma cocaï[Link] visage de Valentina est désormais livide et déformé
par l’angoisse. C’est ainsi que je prends conscience que je me suis avancé jusqu’à elle et que je
la surplombe sans contenir mon impatience.– Continue, ordonné-je d’une voix froide.– On voulait
juste… On voulait te parler sans que Ruben nous mette la main dessus le premier. Ma… Ma
cousine avait p… peur que tu ne la croies pas ou que… Ruben te prévienne avant. Alors elle a
décidé d’utiliser les informations qu’elle avait entendues pour attirer ton attention et essayer de
tout t’avouer. C’était sa seule issue, tu comprends ?Je ne peux pas croire que cette merde ait
pour cause une connerie pareille ! Pourtant, quand je m’agenouille devant Valentina, je constate
qu’elle s’est laissé embobiner par ce scénario.– Ruben couche avec un tas de femmes. Ta
cousine n’a pas fait exception à la règle, mais elle ne l’a pas changé pour autant. Elle savait
parfaitement dans quoi elle mettait les pieds et à quoi elle [Link] visage se décompose
d’horreur, avant qu’elle secoue la tête. Elle refuse d’envisager l’éventualité que sa cousine ait
vendu son corps. Je ne vais pas donc pas perdre de temps à lui enlever ses illusions. N’empêche,
son désir de protéger Paloma dépasse l’entendement. Après tout, elle est prête à mourir pour
elle.– Elle… Il… Il faut me croire. Moi, je les ai vus ensemble. Ils sortaient ensemble ! s’écrie-t-
elle, peut-être pour s’en convaincre elle-mê[Link] elle n’est pas idiote, elle va vite comprendre que
« sortir ensemble » ne fait pas partie du vocabulaire des membres d’un cartel. Bordel, j’ai deux
millions de dollars dans la nature parce qu’une idiote a cru qu’une histoire d’amour au sein de mon
cartel allait causer la perte de sa cousine. Je vais la baiser !– Tu te fous de ma gueule, Ojos
verdes ? craché-je d’une voix basse à peine contrôlée.– Je te jure que non ! Pitié, il faut que tu me
croies. Ton bras droit est un traître. Comment elle aurait pu avoir autant d’informations sur ta
marchandise autrement ?Son air suppliant m’exaspère. Une seule raison m’empêche de lui mettre
une balle dans le crâne tout de suite.– Où est ma came ? demandé-je.– Je l’ai cachée, mais je t’y
emmène. Je le fais si tu me promets de nous protéger, ma cousine et moi.– Valentina, sifflé-je. Tu
penses encore pouvoir négocier avec moi ?Mon ton froid et tranchant la fait trembler.– Il faut que
tu m’écoutes, gémit-elle, ostensiblement désespérée. Ton bras droit est un traître !Voyant que je
reste sourd à son argument, elle pince les lèvres, puis ajoute tout bas :– De toute manière, tu
n’auras rien si tu ne me le promets [Link] regard s’ancre au sien. Ses putains d’yeux verts me
retournent l’estomac, car ils semblent pénétrer mon âme et vouloir me forcer à céder. J’approche
lentement mes lèvres de son oreille et je lui chuchote :– Si tu mens, Valentina, j’égorge ta salope
de cousine à tes [Link] je me recule, les larmes qui reviennent noyer ce magnifique vert de
jade me font comprendre que le message est bien passé. Les yeux parlent différemment quand
leur propriétaire sait qu’il va mourir. L’espace d’une seconde, j’ai presque envie de la laisser partir
tant sa naïveté me désole.– Preto, souffle-t-elle, [Link] voix ainsi que son souffle chaud
qui passe entre ses lèvres pleines me ramènent sur terre. Je me relève, l’attrape par le bras, puis
la traîne sur la chaise. Alors qu’elle halète, je prends mon téléphone et appelle mon bras droit.Dès
qu’il décroche, je ne lui laisse pas le temps de parler.– Amène ton cul et celui de ta pute dans la
cellule.
Chapter 140
Chapter 141
Chapitre 15Ta cousine, PalomaValentinaLa porte de la pièce s’ouvre brusquement. Je ne vois pas
Sebastian ou Ruben, parce que toute mon attention est retenue par la silhouette que le traître
malmène pour la faire entrer ici. Les blessures sur son visage, l’œil au beurre noir et le sang sur
sa lèvre me font haleter.– Paloma ! m’écrié-je en me levant de ma [Link] main ferme fait
pression sur mon épaule et me maintient assise contre mon gré. Ce simple contact attise des
flammes qui se propagent et embrasent mes entrailles dans une sourde colère. Tout chez ce
Preto, de sa suffisance à la violence qui danse dans ses yeux azur, me fait horreur.– Reste
assise, m’[Link]é mon envie de cracher n’importe quelle injure qui pourrait lui faire
ravaler son air supérieur, j’obtempère [Link], à genoux aux pieds de Ruben, garde le
menton baissé. Une larme solitaire roule le long de sa joue tuméfiée.– Qu’est-ce que tu lui as
fait ? hurlé-je à Ruben, choquée par cette [Link] m’avise avec une expression de dégoût
évidente, et grimace en se tournant vers Paloma.– Ce n’est pas mon œuvre, et tant mieux pour
elle, crache-t-il. Après le bordel qu’elle a foutu, je rêve de lui faire bien pire.– Vous n’avez
pas…– Tais-toi, gronde la voix de [Link] glisse sa main sous mon bras et d’une pression, il
m’oblige à me lever. J’avise Sebastian, près de la porte, qui assiste à la scène, les bras croisés,
l’épaule appuyée contre le mur. Ses yeux presque attendris ne me lâchent pas, si bien que
j’aurais presque espoir qu’il puisse m’aider. Cependant, à peine cette pensée me traverse l’esprit
que la main de Preto attrape mon menton et m’oblige à lever la tête vers [Link] plonge alors dans
un bleu azur profond qui semble sonder mon âme jusqu’aux recoins les plus secrets. Il fait passer
un contrôle absolu dans sa poigne, ce qui suscite chez moi un mélange d’effroi et d’intimidation.
Lorsqu’il se penche lentement vers moi, sa proximité me met extrêmement mal à l’aise. Ainsi, je
suis vulnérable. À sa merci. Alors que moi, je me retrouve incapable de déceler la moindre
émotion sur ce visage impassible. Ah si, ses doigts se serrent autour de ma mâchoire, signe qu’il
contient difficilement les signes de sa colère.D’une voix basse, mais suffisamment portante pour
que tout le monde l’entende, il me souffle :– On t’écoute, Ojos verdes, répète ce que tu viens de
me [Link] voix transpire son autorité. Lorsqu’il me libère, je recule d’un pas, terrifiée, puis je me
tourne vers Paloma. Cette fois, elle a levé la tête. Ses longs cheveux blonds ont perdu de leur
éclat. Quelques mèches sales encadrent son visage abîmé. Elle me fixe avec un désespoir
palpable, ses mains réunies en une prière silencieuse. J’ai son destin entre mes mains, on le sait
toutes les deux. Ce n’est pas le moment pour moi de flancher, c’est notre dernière chance de
nous en sortir !Je pointe du doigt le véritable coupable.– Ruben ! le désigné-je. Il vend des
informations à vos rivaux. C’est lui, le traître.– Hein ? s’écrie le principal concerné. C’est quoi ce
foutoir, Preto ?Il feint la surprise, sa grimace donnant la parfaite illusion que mon accusation est la
chose la plus débile qu’il ait jamais entendue.– Il a utilisé Paloma, puis Sofia. Il leur a menti, les a
trompées l’une avec l’autre, mais surtout, il a trahi ce cartel, argué-je. Il s’apprêtait à tuer Paloma,
nous n’avons pas eu le choix. Je… je voulais juste protéger ma cousine !– Mais putain, de quoi
elle parle, celle-là ?Cette fois-ci, Ruben explose de rire. Est-ce qu’il pense vraiment être
convaincant ? Son stress transpire dans chaque soubresaut.– Elle est complètement tarée !
poursuit-il, sa voix trahissant son [Link] met vite fin à l’hilarité de son bras droit en levant
légèrement sa main vers lui pour lui indiquer de se taire.– C’est du délire, souffle Ruben, outré.
Putain !Preto l’ignore. Il ne me quitte pas des yeux.– Continue, insiste-t-il.J’inspire profondément,
mais espère être assez éloquente pour le convaincre de se montrer clément envers nous.– Il…
Ruben ne manipule pas que les femmes. Il a passé des accords avec un autre cartel pour vendre
la drogue. L’un d’eux devait récupérer le camion cette nuit-là. Nous… Nous, on est juste arrivés
avant et… Dis-leur, Paloma. Dis que ce connard s’est joué de toi. Dis tout ce que tu as vu et
entendu !De nouvelles larmes glissent sur les joues de ma cousine. Elle pince les lèvres, baisse
encore la tête, mais ne dit rien. Pourquoi ne profite-t-elle pas de l’occasion pour nous sortir de
là ?– Elle ment, putain ! s’énerve Ruben en attrapant le bras de Paloma pour la montrer à Preto.
Cette garce a voulu nous la mettre à l’envers !Preto et Sebastian échangent un regard furtif que je
suis incapable de déchiffrer. Je sens que ça tourne au vinaigre. Ma seule parole ne suffira pas. Il
faut que Paloma intervienne, maintenant.– Dis-leur, imploré-je Paloma en m’approchant d’elle
pour chercher son regard. Tu peux parler, notre plan fonctionne. Preto t’écoute, là. Il ne laissera
pas Ruben te faire du [Link] sens une boule dans ma gorge quand ma cousine met ses mains
devant sa bouche, sans même croiser mon regard.– Paloma, soufflé-[Link] lourd silence s’abat
dans la pièce. J’ai l’impression que son corps rapetisse, que son dos se courbe, que ses épaules
s’enfoncent vers l’intérieur. Comme si elle cherchait à disparaître. Soudain, elle éclate en sanglots
et tout son corps est pris de soubresauts incontrôlables. Je voudrais passer ma main sur elle dans
un geste de réconfort, mais je ne vois pas de morceau de peau qui n’est pas couvert de
bleus.– Ta cousine te parle, décrète derrière moi la voix inquisitrice de Preto. Tu n’as rien à
ajouter ?Paloma reste silencieuse, les yeux baissés, les larmes inondant ses joues. L’ont-ils
terrorisée au point qu’elle n’est plus capable de se défendre ?– Aïe, aïe, aïe, résonne soudain la
voix de Sebastian. Querida niña, ta cousine t’a vraiment bien [Link] la première fois, aucune
trace d’amusement ne transpire chez lui. Juste de la pitié.Une chaleur étrange remonte dans mon
corps, un mélange de colère, d’appréhension et de… désillusion ? Je ne m’entends même pas
appeler ma cousine, mais mes lèvres [Link] elle me regarde un peu plus longtemps,
désolé[Link]. Paloma, pitié… Ma meilleure amie, ma confidente, ma sœur, mon tout, je ne veux
pas croire ce que je lis en toi. Toi, celle avec qui j’ai grandi. Toi, celle m’a toujours tendu la main.
Toi, celle qui m’a promis qu’on vivrait de belles choses. Toi, celle qui m’a promis de ne jamais rien
me cacher.– Paloma ? l’appelé-je dans un dernier espoir. Dis-leur la vérité, je t’en prie. On peut
encore s’en [Link] de ré[Link] tourne le regard vers Preto, l’implorant silencieusement
d’attendre une minute ou deux de plus. Il me scrute de longues secondes. Ses yeux durs
semblent me percer à jour et ses sourcils froncés trahissent une forte concentration. Je ne
parviens pas à me détourner de lui. Un sentiment d’urgence m’incite à rester accrochée à ses iris
et à me laisser aspirer dans son monde. Cet échange muet me fait subtilement comprendre qu’il lit
mon désespoir et mes supplications et moi, je perçois une lueur qui adoucit légèrement sa
cruauté. Sans qu’il dise un seul mot, je sais qu’il m’accorde un mince sursis. Il croise lentement les
bras sur son torse et, d’un mouvement presque imperceptible de son menton, m’invite à
poursuivre mon échange avec Paloma.– Pitié, Paloma ! m’écrié-je en me tournant vers elle.
Réponds-moi !– Je… je suis désolée, Valentina. J’ai… j’ai [Link] quelques mots retournent
mon [Link] ça fait [Link] voix se brise dans un nouveau sanglot, alors qu’un gémissement
d’horreur m’échappe. Je me redresse, fais un pas en arrière, jusqu’à ce que mon dos cogne le
torse dur de Preto. Je sursaute en me tournant vers lui. Le chef du cartel m’observe sans un mot.
Son regard meurtrier scrute chaque parcelle de mon visage.J’arrive à peine à reprendre mon
souffle. Au tambourinement effréné de mon cœur dans ma poitrine, je sais que ma mort est
proche.– Pitié ! imploré-je. Paloma ne veut pas dire ça. On vous raconte la vérité. Ru… Ruben est
un traître ! C’est ce qu’elle m’a expliqué !– Je… je ne voulais pas, m’interrompt la voix brisée de
ma cousine. Je pensais que…Elle s’arrête à cause de ses sanglots, mais elle réussit finalement à
prononcer :– Je te demande pardon, Valentina. J’ai commis une grosse [Link] tiens
difficilement sur mes jambes, submergée par cette vague de mensonges et de manipulations.
Pourquoi m’aurait-elle fait ça ? Je me suis lancée dans ce cauchemar les deux pieds joints parce
qu’elle me l’a demandé. Et tout ça au nom de quoi ? La famille ? Quelle famille formons-nous
dans cette pièce lugubre, entourées par des hommes armés, à pleurer comme deux
idiotes ?– Pourquoi, Paloma ? l’appelé-je. Pourquoi me mentir ? Pourquoi m’entraîner dans tout
ça ?J’aurais préféré avoir mille accidents, me faire torturer cent fois par Preto ou Ruben, plutôt
que de ressentir cette douleur-là. Et pourtant, la seule chose que je me dis, c’est que je ne peux
abandonner comme ça. Je ne peux pas nous laisser mourir ainsi !Je me tourne vers Preto, mais je
le distingue à peine à cause des larmes qui inondent mes yeux. Malgré mes lèvres tremblantes, je
parviens à articuler :– Preto, je t’en supplie, ne nous fais pas de mal. Je te dirai tout ce que tu
veux savoir. Je t’emmènerai là où j’ai laissé ta cargaison, je te le jure devant Dieu !Il s’avance
jusqu’à moi, lentement, sans cligner des yeux. Sa main qui se pose sur mon épaule me fait l’effet
d’un poids insoutenable, mais inflexible, il m’oblige à me tourner pour faire face à ma [Link] se
penche à mon oreille et me murmure sournoisement :– Tu es prête à voir la vérité en face,
Valentina ?Preto me désigne Paloma du doigt, puis poursuit, son souffle chaud glissant sur ma
nuque :– Ta cousine, celle qui pleure maintenant toutes les larmes de son corps, a commencé à
travailler dans ce club de strip-tease pour se faire un max de fric. Sauf qu’un jour, à force de voir
les billets passer, elle en a voulu [Link] refuse de regarder Paloma, car je ne peux imaginer ma
cousine ainsi : froide, avare, manipulatrice… Si loin des valeurs que notre abuelita nous a
inculquées.– Elle et une autre pétasse commencent à surveiller les conversations de mon bras
droit, continue Preto. Comme cet abruti ne pense qu’avec sa queue, il ne se méfie même pas. Et
sur un plateau d’argent, il leur donne l’adresse où trouver une cargaison de cocaïne toute fraîche.
Ces idiotes y voient l’opportunité de leur vie et elles décident de s’associer pour me plumer. Un
plan risqué, tu me diras, presque autant que celui que toi, tu as suivi, mais putain, qu’est-ce que
ça leur aurait rapporté !J’entends presque de l’amusement dans la voix froide de Preto. Il marque
une légère pause en glissant doucement sa main de mon épaule vers ma gorge et, d’une
pression, il m’oblige à relever la tête vers ma cousine.– Pour une idée aussi stupide, ta cousine
mérite de mourir aujourd’hui, tranche-t-il. Mais toi, si tes informations sont correctes, tu as peut-
être une chance de t’en [Link] tête tourne. Le choc m’empêche d’avoir une réaction. Je
voudrais continuer à supplier Preto, implorer sa miséricorde, mais chacun sait ici que rien n’y fera.
Pourtant, je ne peux pas renoncer, pas maintenant. Peu importe ce qu’a fait Paloma, ce qu’elle a
dit, ce sur quoi elle a menti, elle reste mon sang.– Occupe-toi d’elle, Ruben, ordonne Preto sans
me lâcher des [Link] ne comprends pas ce que ça signifie jusqu’à ce que Ruben sorte un
couteau qu’il avait coincé dans la ceinture de son pantalon. Mon sang quitte mon visage quand il
saisit ma cousine par les cheveux et l’oblige à se lever. Dès qu’elle obtempère, il la plaque contre
un mur et colle la lame tranchante contre sa [Link] cris d’horreur résonnent au milieu de cette
pièce confinée, mais tous nous ignorent.– Tu bosses pour qui ? hurle Ruben en entaillant la peau
de [Link] sang coule dans son cou, puis sur sa poitrine. Elle pleure, gémit, hurle, mais il reste
insensible.– Arrêtez ! Arrêtez, je vous en supplie ! Je vous dirai tout ! crié-je d’une voix brisé[Link]
fais un pas vers eux, mais Preto me retient par le bras. Je me tourne, tape des poings contre son
torse, l’implore de mes yeux mouillés, en vain. Il n’a aucune pitié. [Link] me tient fermement,
puis me fait basculer vers Paloma dans un désir pervers de m’obliger à regarder Ruben la torturer.
Désespérée, je hurle le nom de ma cousine.– Paloma, défends-toi, gémis-je.– Je… Je ne travaille
pour personne, souffle-t-elle faiblement.– À qui t’allais la revendre, cette drogue ? hurle Ruben,
inarrêtable alors qu’il lui fait une nouvelle entaille. À qui ?Ma cousine gémit de terreur sous le
regard fou de son bourreau. Preto, lui, reste de marbre, et ne relâche surtout pas son emprise sur
moi.– T’allais la revendre à…Soudain, une déflagration assourdissante résonne au point que j’ai
l’impression de sentir la pièce trembler. Je m’accroche au bras de Preto qui me ramène contre lui.
Ruben se recule, puis nous regarde, perplexe.– Qu’est-ce que…– Putain, c’était quoi ? me coupe
Preto en relâchant sa prise sur [Link] vacille, mais me précipite sur Paloma que Ruben a
complètement libérée, elle aussi. Nos bras s’emmêlent, et je la serre fort contre moi. Cependant,
la sensation de réapprendre à respirer en tenant ma cousine disparaît bien vite quand les trois
hommes sortent leurs armes. Ruben s’éloigne en rejoignant Preto. Sebastian brandit deux
flingues et se positionne devant la [Link] mets un maximum de distance entre eux en nous
amenant sur le matelas délabré quand le battant s’ouvre brusquement.– C’est moi, crie le tueur de
M. [Link] il fait bien, parce que tous pointent leurs armes sur lui, et ont le doigt sur la gâchette.
Il lève le bras pour se protéger, les yeux légèrement écarquillés.– Putain ! s’écrie Sebastian en
baissant les bras. Esteban, j’ai failli te buter !Une seconde explosion retentit autour de nous.– Le
cartel de Salomon prend d’assaut l’immeuble ! se dépêche d’expliquer [Link] n’ont pas
besoin de plus d’informations. Comme un seul homme, ils s’élancent dans le couloir. Quelques
secondes plus tard, le son des rafales de balles nous parvient.– Paloma, c’est notre dernière
chance, lâché-je alors que ma cousine gémit dans mon [Link] l’oblige à me regarder, et lui
annonce avec détermination :– On s’en va !
Chapter 142
Chapter 143
Chapitre 16Dernières flammesPretoDu haut de l’escalier, je tire dans la tête de deux types qui
viennent de passer le seuil de mon appartement.– Ces chiens sont partout ! crie Ruben derrière
[Link], d’autres arrivent, armés de mitraillettes. On est obligés de se mettre à couvert,
leur laissant prendre position dans l’étage du dessous. Sebastian tire une rafale sur l’entrée, ce
qui nous permet de descendre les marches. Au passage, j’écrase ma basket sur le buste d’un
mec qui me fonce dessus et je projette son corps sur la porte d’entrée. Il ralentit l’avancée des
autres derrière lui. Sebastian en profite pour les cribler de [Link] me précipite dans le salon et
plonge avec Ruben derrière un de mes canapés. Après nous, Sebastian et Esteban glissent par-
dessus le bar. Partout dans l’appartement, le chaos règne. La porte d’entrée est pliée en deux, et
les hommes de Salomon gangrènent déjà la pièce.– À gauche, Preto ! me hurle Ruben à côté de
[Link] ne réfléchis pas. J’agrippe le manche du poignard coincé dans le holster de mon jean et le
plante dans la peau bronzée sans même identifier son propriétaire.– Putain, craché-je en enlevant
la lame de sa [Link] l’homme s’écroule à mes pieds, un geyser de sang gicle sur moi. Je
récupère son arme, puis avec mes pieds, je pousse son cadavre un peu plus [Link] tirs de
mitraillettes nous assaillent toujours. Les plumes des coussins virevoltent, mon mobilier en bois
devient troué de balles, jusqu’à ce qu’une commode s’effondre dans un énorme fracas.– Butez-les
tous, ordonne Irnesto. Pas de prisonnier !Ruben, un genou au sol, grogne à chaque coup de feu
qu’il tire. Derrière le bar, Esteban couvre Sebastian qui s’est redressé pour mitrailler une rafale sur
ce champ de [Link] cœur bat au rythme des impacts de balle. L’odeur âcre de la poudre et
du sang s’élève dans mes narines. Les cris et les explosions me donnent la sensation d’être en
pleine guerre. Je meurs de chaud, si bien que mes doigts glissent sur la crosse de mon [Link]
sont [Link] pour l’instant, on tient notre position, ils vont bientôt réussir à buter un de mes gars.
J’aurais dû fumer ce fils de pute quand il était encore chez moi !Ma rage prend le dessus et un
voile noir assombrit ma vision. Je sors de ma couverture pour tirer vers la porte où l’ennemi
continue d’entrer, quand un mouvement dans l’escalier me fait paniquer.– Couvrez-les ! hurlé-je à
Ruben, Sebastian et [Link] et sa cousine tentent de descendre les marches, leurs
bras devant leur tête pour simples boucliers. Comme si ça allait arrêter les balles !
Immédiatement, j’enchaîne les tirs et ne rate aucun de ceux qui veulent les [Link] tente de
me déplacer vers le second canapé, plus proche d’elles, pour être sûr de ne pas laisser filer
Valentina une fois qu’elle aura atteint l’entrée, mais j’ai à peine fait un pas qu’une balle siffle tout
près de mon oreille.– C’est du suicide d’essayer de les rejoindre ! crie [Link] bruit et
l’adrénaline m’empêchent de réfléchir correctement, mais je sais que je ne peux pas les laisser
partir dans la nature. Valentina et Paloma atteignent miraculeusement le salon sans une
égratignure. Néanmoins, elles sont obligées de se replier et de se planquer derrière le canapé en
face du nô[Link] m’apprête à les rejoindre, quand je comprends que Salomon n’est pas venu
uniquement pour me descendre. Il vient honorer sa [Link] veut ma prisonniè[Link] effet, les
balles cessent un instant, et tous les regards convergent vers les deux femmes.– C’est la brune
qu’on veut, crache alors Irnesto depuis la [Link] lance un regard à Ruben qui comprend tout
de suite qu’il doit récupérer cette fille. Maintenant.– Putain, lâche-t-il avant de se servir de la petite
table basse ronde près du canapé comme d’un bouclier pour [Link] le couvre du mieux que
je peux en empêchant le passage jusqu’aux filles qui se replient au sol pour se protéger. La
cousine profite du chaos pour se glisser à plat ventre et ramper vers mon bureau.– Paloma !
appelle Valentina, pétrifiée dans sa [Link] tremble comme une feuille, sanglote et se
couvre les [Link] s’apprête à rejoindre la fuyarde lorsqu’une violente explosion pulvérise
les murs derrière nous, engloutissant la cuisine, les chambres du rez-de-chaussée et le bureau.
Un hurlement féminin nous parvient, puis meurt tout aussi rapidement dans les bruits des murs qui
s’effondrent et tombent en ruine dans cette partie de l’[Link] la poussière arrive
jusqu’ici, engloutissant tout espoir de survie pour [Link] ne parvient pas à atteindre
Valentina, car ceux qui ont déclenché l’explosion nous prennent en tenaille, et il est forcé d’opérer
rapidement un demi-tour dans ma direction pour que la table nous protège tous les deux. Et le pire
arrive quand, derrière nos nouveaux assaillants, le feu [Link]é l’horreur de la scène, je me
focalise sur la voleuse.– Valentina !Elle se penche hors de sa cachette. Ses yeux verts, brillants
de terreur, rencontrent les miens. D’un geste de la main, je lui commande de venir vers moi.
Lorsqu’elle secoue vigoureusement la tête, paralysée par le désespoir, ses longs cheveux noirs
glissent presque devant son [Link], elle doit réagir !J’ouvre la bouche pour lui dire que je
vais la couvrir, mais son hurlement m’arrête. Un homme apparaît derrière elle et s’empare de son
corps, comme s’il s’agissait d’un simple sac de courses.– Je l’ai, patron ! s’écrie-t-il.– Seb !
appelé-je immé[Link] me redresse, sors de la protection offerte par Ruben, et mon sicario
comprend tout de suite qu’il doit me couvrir, alors que je me précipite vers [Link] coin de
l’œil, je vois les flammes prendre plus d’ampleur, derrière les hommes de Salomon. J’entends leur
crépitement, l’odeur de mort les accompagne, au point que ceux qui ont déclenché cet incendie
commencent eux-mêmes à le [Link] est presque à ma portée. Elle tend les mains
vers moi dans un dernier espoir d’être sauvée, mais je suis arrêté par un coup de pied dans le
mollet qui me fait plier un genou au sol. Je m’apprête à riposter d’un coup de poignard quand la
tête de mon assaillant est transpercée d’une balle tirée par Esteban. Je ne perds pas une seconde
de plus et me relève pour poursuivre le type qui s’enfuit avec ma prisonnière.– Preto ! Putain,
attention ! me hurle [Link] plonge sur moi. Ses bras emprisonnent mon torse et me ramènent
dans le salon alors que Valentina passe la porte. L’instant qui suit, une roquette franchit l’entrée et
fonce vers l’escalier.L’explosion ravage les marches, condamne l’étage supérieur et oblige tous
les tireurs à plonger au sol pour éviter la vague de dé[Link] seconde de plus et j’aurais fini
pulvérisé par cette arme d’[Link] hurlements désespérés de Valentina m’incitent à tenter de
la récupérer, mais les hommes de Salomon affluent dans l’entrée pour se [Link] ont eu ce
qu’ils [Link] ne peux plus approcher sans prendre une balle. Nous sommes même obligés
de nous réfugier derrière les murs encore debout. Alors que mes poumons se remplissent déjà de
fumée, nos assaillants lancent une dernière bombe lacrymogène qui nous oblige à courir pour
atteindre le [Link] gagne l’extérieur en toussant, mais même si mes yeux me piquent et que je
vois à peine, je dévale l’escalier de secours derrière Sebastian et Esteban. Alors qu’on reprend
notre souffle, je constate que tous mes hommes ont respecté le plan que nous avions mis en
place, des mois avant cette attaque. Ils sont là, repliés, un peu amochés, mais vivants : J.J., et
son frère Daniele, Horacio, Paco, Goto, [Link] Ruben arrive derrière moi, le souffle court,
je demande :– Les autres ? On a perdu…– Non, répond Goto. Les autres n’ont pas eu le temps
d’arriver. Horacio a déjà prévu de se replier, tu sais où.J’acquiesce, et me laisse glisser contre le
mur de brique de l’immeuble voisin. Leurs visages sont tirés par l’épuisement. Derrière eux, les
flammes jaillissent des fenêtres. Cette odeur de bois carbonisé et de poussière a vraiment un goût
de désespoir. Mon appartement n’est plus qu’un tas de briques qui menace de s’[Link]
que l’épaisse fumée noire s’élève dans le ciel, je sors mon portefeuille de ma poche. J’en extirpe
la photo Polaroid qui m’accompagne depuis des années, chaque jour : ma [Link] frère, ma
sœur, ma mère, mon père, et [Link] âge j’avais là-dessus ? Cinq ans ? Peut-être six. Personne
ne sourit dessus, sauf ma mère, mais c’est probablement la dernière image qu’il reste de cette
famille. Étrange. Je n’ai pas de bons souvenirs liés à ce moment, mais une part de moi a fait tout
ça pour eux, pour le nom des Cruz.J’ai échoué.Désormais, j’ai envie de brûler ce putain de
cliché.Je sors mon briquet de ma poche, et fais rouler mon pouce sur la molette. La flamme
caresse doucement le papier brillant, alors que la chaleur ronge mes souvenirs.– On va tout
reconstruire, [Link]é par le travail du feu, je ne réagis pas aux paroles empreintes de
remords de Ruben. Les couleurs de la photo brunissent et nos visages disparaissent, alors que le
papier se tord. Avant que la dernière flamme atteigne mon index, je balance les restes dans les
débris à mes pieds.Là, tout de suite, je ne ressens qu’une haine dé[Link] ans. Deux ans
que j’essaie de nettoyer derrière mon père. Deux ans que je tente de faire résonner mon nom
dans les rues de cette ville. Deux ans que je me bats pour me faire respecter. Et [Link] jour, cet
appartement a abrité les rires aigus de ma sœur, les bons petits plats de ma mère et quelques
bagarres fraternelles. Néanmoins, il a surtout été la toute première base de mon père à Mexico.
Le dernier héritage de Ryan Cruz.Ça, et la drogue. Je ne suis que ça : le fils d’un
[Link], je comprends seulement maintenant que je ne peux plus marcher dans
les pas de mon père. Je dois lui dire adieu et laisser ses erreurs derrière [Link] à raison : je
vais tout reconstruire. [Link] est temps pour moi de bâtir mon propre empire.1.« Frère » en
espagnol.
Chapter 144
Chapter 145
Dédicace
Chapter 146
Chapitre 17 - Salomon - Valentina
Chapter 147
Chapter 148
Chapitre 18
Puebla
Preto
Arrivé au feu rouge, un coude contre le rebord de ma fenêtre, j’appuie sur la pédale de frein. Seul
le cliquetis du clignotant perturbe le silence dans la Volkswagen. Mon regard se perd dans la rue
animée de ce début de soirée.
Je n’ai plus beaucoup de temps. Mon angoisse ne fait que croître depuis que la fille m’a échappé.
Sans elle, les heures me sont comptées.
– C’est vert, Preto.
J’appuie sur l’accélérateur et tourne à gauche, sous le regard anxieux de Ruben. Ce soir, la
chaleur de Puebla nous enveloppe au point de nous faire suffoquer, malgré la clim à fond dans
l’habitacle. Mes paumes moites enserrent le cuir du volant.
Je ne suis pas chez moi ici. Au moindre faux pas, le cartel qui règne sur la région aura notre peau.
J’aperçois la façade orange du restaurant El Magnífico. Une musique aux intonations africaines
résonne dans la rue. Je me gare devant un groupe d’hommes regroupés autour de tables à
l’extérieur.
– Prie pour qu’on sorte d’ici vivants, souffle Sebastian en sortant du véhicule.
Ruben l’imite pendant que je vérifie le chargeur de mon Glock. Je le coince dans la ceinture de
mon pantalon et rabats mon T-shirt par-dessus avant de les rejoindre.
– On se tient prêts à tirer, Preto, déclare Sebastian sur un ton grave avec cet air enfantin que lui
donne le bâton de sucette qu’il adore mâchouiller.
– Normalement, nous ne devrions pas avoir à abattre qui que ce soit.
Clés en main, j’avance vers l’entrée de l’établissement à une allure faussement confiante. J’inspire
un bon coup et ignore les œillades menaçantes des hommes de Coloma. J’ai à peine le temps de
mettre un pied sur le perron que l’un d’eux cesse de battre le jeu de cartes et se lève pour
m’arrêter. Une fumée imprégnée de cannabis l’enveloppe alors qu’il se place devant moi, puis
pose sa main sur la crosse de son arme.
– Qu’est-ce que tu fous là, gueule d’ange ? m’interpelle-t-il en laissant apparaître une de ses
dents en argent.
Le rire collectif qui suit sa remarque me fait contracter les mâchoires. Je garde mon calme,
sachant que Ruben et Sebastian se tiennent prêts à déclencher les hostilités au moindre signe de
ma part.
– Je viens voir Abel Coloma, annoncé-je calmement.
– Pour quoi faire ? T’es pas chez toi ici.
En effet, Puebla est entièrement sous le contrôle de Coloma. Sa suprématie n’a pas été remise en
question depuis plus d’une décennie, raison pour laquelle il ferait un allié solide pour une
collaboration.
– Tout doux, mon loup, ricane Sebastian. On est venus en tant qu’amis.
– Des amis bien armés, réplique Dent Argentée en sortant son flingue.
Sebastian s’apprête à réagir, mais je calme le jeu d’un petit geste. Une effusion de sang
maintenant serait tout sauf productive.
– Laisse-moi lui parler, insisté-je. J’ai quelque chose qui pourrait l’intéresser.
– Moi je dis que tu dois te barrer et…
– Santiago ! Laisse-le passer.
Tout le monde se tourne vers la cour du restaurant. Installé nonchalamment au milieu des tables
aux nappes orange, Abel Coloma glisse sa fourchette dans sa bouche puis, d’un signe de main,
m’invite à le rejoindre.
Sous le regard méfiant de ses hommes, j’obtempère. Il me semble que chaque client est en réalité
un garde du corps chargé de sa protection. D’ailleurs, Abel est le seul à avoir une assiette de mole
poblano devant lui.
La petite cour est décorée de masques d’inspiration africaine et de tableaux traditionnels
aztèques, dans un mélange détonant sur ces murs en pierre. Abel s’adosse au dossier de sa
chaise et me regarde m’installer à la table seulement éclairée par une bougie.
– Preto, n’est-ce pas ? Que me vaut cet honneur ? se moque-t-il en allongeant son bras sur la
chaise à côté de lui.
– J’ai à discuter affaires avec toi.
Son regard pétillant de malice avise Ruben et Sebastian, restés debout à quelques mètres de moi,
puis il m’analyse calmement.
– Je suis curieux de savoir ce que t’as à me proposer, conclut-il.
Il coupe un morceau de sa cuisse de poulet puis mange en attendant patiemment que je
poursuive. Tout dans son attitude me fait sentir qu’il a le dessus dans notre échange, et cette
situation de vulnérabilité me tend au plus haut point.
– Écoute, Abel, commencé-je en me réajustant sur ma chaise, je te propose une alliance…
profitable.
Je guette sa réaction. Il porte son verre de rhum à ses lèvres en m’adressant un sourire ironique.
Il n’a pas besoin de le dire pour que je comprenne qu’il me prend pour un fou.
– Continue, m’incite-t-il, visiblement diverti.
Il se fout de ma gueule.
– Je te propose de faire gonfler tes bénéfices.
Coloma reprend son repas sans lever le regard, mais je ne me laisse pas décourager.
– De Hayos et Berho me mangent dans la main, expliqué-je. Je peux donc faire transiter la poudre
jusqu’ici, sans avoir à craindre les autorités locales.
Avec le capitaine de la sûreté portuaire de Guerrero et le commandant en chef de la police de
Mexico dans la poche, je peux faire accoster un bateau depuis la Colombie et faire circuler la
drogue dans la capitale sans problème. Ça me coûte un sacré paquet d’argent, mais ça en vaut la
peine. Je suis sûr d’obtenir un bon retour sur investissement, mais seulement si je trouve un
acheteur.
Abel reste impassible. Il demande tout de même :
– Et ensuite ?
– Ensuite, c’est toi qui distribues.
Abel trempe un morceau de pain dans la sauce puis le dévore, tandis que ses gardes, à côté de
lui, se retiennent de rire. Je contiens mon agacement, parce que je n’ai pas d’autre solution, mais
supporter ses mastications, le raclement de sa fourchette contre la céramique et les rires de son
cartel me demande un putain d’effort. Je dois vraiment réussir à le convaincre.
Finalement, Abel se recule sur sa chaise, finit de mâcher et s’essuie la bouche avec sa serviette,
avant de poser sur moi un regard inquisiteur.
– Moi, ce que je me demande, commence-t-il en frottant ses mains contre le tissu, c’est comment
tu penses me faire distribuer une marchandise que tu n’as pas ? Tout le monde sait que tu te l’es
fait sucrer comme une fillette !
Cette fois-ci, les rires ne sont plus discrets.
Il fallait bien que je m’y attende. Ma réputation a pris un sacré coup à cause de cette fille !
Comment le convaincre de me faire confiance à présent ?
– Tu ne te poses pas les bonnes questions, Abel, répliqué-je avec assurance.
– Vraiment ?
– Tu es parvenu à une trêve avec les Rivera, certes, mais pas avant qu’Irnesto ait défiguré ta
grand-mère, n’est-ce pas ? Tout le monde sait ça aussi. Alors, selon moi, la vraie question, c’est
de savoir quand se présentera une meilleure opportunité de frapper l’empire de Salomon, si tu me
dis non ce soir.
Il plisse légèrement les yeux. La mention de Daniela Coloma m’aura au moins permis de lui faire
perdre son satané sourire en coin.
– J’ai un plan, Abel. Rivera m’a déclaré la guerre, et je compte bien la remporter. Et toi, tu pourrais
être un acteur important dans la bataille qui approche.
Abel serre les dents, mais finit, à ma grande surprise, par éclater de rire. Il tape même dans la
main du colosse en costard noir assis à côté de lui dont l’hilarité semble ne pas vouloir cesser.
– Tu te prends pour qui, Preto ? Tu viens ici, sur mes terres, parler de ma famille… Tu crois
m’impressionner avec tes grands mots ? T’es un putain de taré, toi !
J’entends le soupir de Ruben qui commence à perdre patience, et moi aussi, j’ai de plus en plus
de mal à contenir cette envie de lui arracher les yeux. Je reste impassible – en apparence – et
poursuis mon argumentation :
– Si tu es sourd à l’idée de vengeance, tu le seras peut-être moins à celle de pouvoir. Je propose
de faire de Puebla le noyau de distribution de la poudre. Salomon voulait l’envoyer aux États-Unis,
gardons-la ici. J’ai les contacts nécessaires pour l’approvisionnement, et t’as le réseau de
distribution. Ensemble, on peut dominer le marché.
Il avale une nouvelle gorgée de rhum, le visage sérieux.
– Crois-moi, petit, j’aimerais être celui qui met une balle dans la tête d’Irnesto Rivera, mais je n’en
suis pas arrivé là en me laissant entraîner dans chaque bataille, simplement guidé par mes
émotions. Je mène celles que je peux gagner. Toi contre Rivera, je ne miserais pas un peso sur ta
petite personne.
– Je peux…
– Non, tu ne peux pas, me coupe-t-il. Et tu viens de me le prouver. Dominer le marché à Puebla ?
Si Salomon exporte aux frontières et que je ne touche pas à la came, c’est parce qu’aucun de
nous ne veut faire concurrence aux frères Cortès. Et toi, tu imagines pouvoir te ramener à Mexico
et défier le roi, alors que tu n’es encore qu’un misérable avorton ? Vous y croyez, vous, les gars ?
Il se tourne vers ses hommes qui rient avec lui. Ruben, derrière moi, me demande
silencieusement de mettre fin à cette humiliation. Ma mâchoire se contracte. Je serre les poings et
j’endure, même si je rêve d’enfoncer mon Glock au fond de la gorge d’Abel.
Bordel, qu’est-ce que j’aimerais lui vider mon chargeur dans le corps au point d’être assez
éclaboussé par son sang pour que la couleur de ma peau ne soit plus visible !
Au bout de plusieurs minutes, leurs rires s’essoufflent, et j’en profite pour enchaîner :
– Une fois que Rivera sera parti saluer les vers de terre, tu seras heureux de faire affaire avec
moi. Seulement, qu’est-ce qui m’empêchera, quand j’aurai pris les rênes de Mexico, de profiter de
ce nouveau pouvoir pour rouler sur Puebla ? T’es pas un idiot, tu sais ce que j’entends par là.
On ne se lâche pas du regard. Dans un souffle, il émet un petit rire et me dit :
– Est-ce que tu es en train de me menacer, Preto ?
– Bien sûr que non, je suis ici pour te proposer une alliance. Seulement, si demain, nous ne
sommes pas amis, rien ne m’empêchera de revenir ici dans des conditions moins… pacifiques.
Abel sort son revolver et le pose nonchalamment sur la table. Sebastian et Ruben réagissent
immédiatement, ce qui provoque la réaction des gardes de Coloma.
– Et si j’décidais de te buter, là, maintenant, comment ton cadavre reviendrait chez moi, gueule
d’ange ? crache Abel.
J’arrête Ruben et Sebastian d’un geste de main et j’annonce :
– Tu peux appuyer sur la détente, mais lui, précisé-je en désignant Sebastian d’un signe de tête, il
t’aura mis une balle dans le crâne avant même que je touche le sol. Alors, soit on sort tous les
deux de ce restaurant les pieds devant, soit tu réfléchis sérieusement à ma proposition.
Abel croise ses doigts derrière sa tête, ses yeux inquisiteurs cherchant sûrement une faille chez
moi, mais je ne tremble pas. Je mentirais si je prétendais être serein, mais ni Abel ni ses hommes
n’ont à le voir.
– Tu as du cran, je te l’accorde, admet finalement Abel. Et de l’ambition. Peut-être même un peu
trop pour ton bien.
– Es-tu intéressé ?
– Tu penses vraiment pouvoir renverser Salomon ?
– Oui.
Je n’hésite pas, et mon assurance semble le convaincre, puisqu’il range son revolver, ce qui incite
tout le monde à souffler un bon coup. L’air de rien, les battements de mon cœur reprennent
doucement une cadence régulière.
– Je serais plus qu’heureux de voir la famille Rivera s’éteindre, mais pour ce qui est d’écouler ta
drogue, c’est une autre histoire. Je vais pas cracher sur la quantité démesurée de pognon qu’il y a
se faire, mais les frères Cortès ? Mieux vaut ne pas les contrarier. Tu sais bien qu’on ne rigole pas
avec ces gens-là. Et puis, putain, t’as quoi ? Vingt-trois, vingt-quatre piges à tout casser ? Si ton
père n’a pas su gérer ses affaires, qu’est-ce qui me fait croire qu’avec toi, ça changera ?
Voilà mon tour d’émettre un petit ricanement sarcastique.
– Tu vas crever dans ce trou paumé, Abel. Tu vas crever, si tu ne te réinventes pas. Tu me sors
les grandes leçons, mais toi aussi, tu as repris le business de ton père quand il s’est fait plomber.
La différence, c’est que tu vis dans la peur. Oui, tu peux t’appuyer sur ton réseau, mais tu stagnes.
Tu comptes cambrioler des grands-mères pendant les trente prochaines années ?
Il me toise. Il sait que je dis vrai.
– Ensemble, nous n’aurons pas à craindre Salomon ni même les Cortès. Ensemble, on sera de
taille à leur faire face et à prendre la place qui nous revient sur ce marché.
Je sens qu’il peut craquer. Ses sbires ont enfin arrêté de rire et m’écoutent attentivement, alors
j’abats ma dernière carte.
– C’est moi qui prends les risques, aujourd’hui, ajouté-je. Je sais bien que je vais devoir affronter
Salomon avant de conclure définitivement notre accord.
Au bout de quelques secondes, il finit par hocher la tête.
– Je te donne deux, hum, non, une semaine. Une semaine pour faire tes preuves.
Je dois retenir un sourire en coin. Abel sort un joint qu’il allume avec la bougie avant de le porter à
ses lèvres.
– Si à la fin de la semaine, tu n’as pas récupéré ta marchandise, l’accord tombe à l’eau. Et je me
posterai aux premières loges pour regarder Salomon te faire la peau. Je laisserai même les
gosses du quartier jouer au foot avec ta tête.
– C’est vraiment pas cool, ça, souffle Sebastian en croquant dans une nouvelle sucette.
Ses menaces glissent sur moi sans me faire ni chaud ni froid. D’autant qu’au même moment, je
sens mon téléphone vibrer dans ma poche. Je l’extirpe et souris devant le message d’Esteban :
Parfait.
Pendant que je verrouille mon portable, Abel se lève et tend sa main vers moi.
– Je veux voir de quoi le fils de la Hoja est capable, me lance-t-il avec un sourire convaincu.
Je me retiens d’arquer un sourcil. Lui qui était si moqueur me regarde maintenant avec un peu
plus de respect. Je lui serre la main pour sceller notre nouvel accord.
– Je vais devoir t’abandonner, les affaires m’attendent.
Il acquiesce, mais alors que je m’apprête à faire signe à Sebastian et Ruben, il m’interpelle :
– Ouais, il paraît que la fille qui t’a volé est une putain de bombe ! Moi aussi, j’aurais hâte de lui
remettre la main dessus.
Les rires reprennent de plus belle, mais je ne réponds pas. Il ne croit pas si bien dire… Dès ce
soir, je récupère cette voleuse !
Valentina… Peu importe ce que ça me coûtera, tu me rendras ces deux millions de dollars. Et,
que tu le veuilles ou non, tu en feras des milliards.
Chapter 149
Chapter 150
Chapter 151
Chapter 152
Chapter 153
Chapter 154
Chapitre 21ParalyséeValentinaIl fait noir.À travers le trou de la serrure, seule la lune éclaire le
canapé que j’aperçois non loin.J’ai [Link] ne faut pas que je parle. Il ne faut pas que je bouge. Il
ne faut pas je respire…La silhouette féminine, elle non plus, n’esquisse plus un mouvement. Sa
robe se tache d’un sang rouge carmin qui se répand sur les poils du tapis. La respiration
saccadée, je me sens étouffer, cachée dans cet espace confiné.Son hurlement, juste avant sa
chute, résonne encore dans mes oreilles. Elle s’est battue. Longtemps. Mais maintenant, elle est
probablement fatigué[Link] silence me pèse. J’ai envie de l’appeler… Maman ?Une brûlure sur ma
joue me fait hoqueter [Link] me redresse dans un sursaut. Je veux placer ma main sur
mon cœur pour calmer ses battements effrénés, mais mon mouvement est arrêté par une paire de
menottes. Mon poignet gauche est attaché au barreau du lit sur lequel je suis assise.– Du calme,
m’intime une voix féminine à ma [Link] me tourne prudemment vers la personne installée à
mon chevet et tombe sur deux iris azur. Ce bleu irréel, j’ai bien l’impression de l’avoir déjà vu… Et
si le doute aurait pu être permis, les traits méfiants et froids confirment mes soupçons. La
ressemblance avec Preto est indéniable ! On dirait sa version féminine.– Qui es-tu ? soufflé-je,
[Link] ferais mieux de ne pas m’arrêter à sa beauté magnétique, même si je rêve d’avoir des
cheveux noirs aussi brillants, car elle n’incarne en rien la bonne copine. Je suis intimidée par
l’aura qu’elle dégage. Elle a quelque chose de… [Link] que je l’évalue prudemment, de
ses sourcils noirs parfaitement tracés à sa taille élancée, j’avise sa main suspendue entre nous.
Elle tient un coton imbibé de sang. Je comprends en levant la main sur mon front qui me picote
toujours qu’elle était en train de me soigner. D’ailleurs, je constate aussi que j’ai un bandage et
des pansements sur les bras.– Qui es-tu ? insisté-je, d’une voix plus [Link] baisse la tête et
rassemble les cotons usagés dans un petit sac-poubelle. Son silence me crispe. J’essaie de tirer
sur mon poignet, mais les menottes se montrent [Link] de moi, rien ne m’est
familier. Une lucarne éclaire faiblement cette pièce rudimentaire, sous les combles, où quelques
meubles entreposés semblent avoir vu passer plusieurs générations. Est-ce un grenier ? Ce n’est
pas la villa de Salomon, c’est [Link] la femme se baisse pour ramasser une fiole de
désinfectant, je la retiens par le poignet.– S’il te plaît, je voudrais…Alors qu’elle se libère
brusquement, son regard assassin interrompt ma supplique.– Je n’ai pas fini de te soigner,
[Link] cérémonie, elle me force à éloigner ma main et reprend sa tâche. Alors qu’elle
applique une compresse sur ma tempe, je remarque une bague surmontée d’un beau diamant
autour de son annulaire [Link] serre les dents quand le liquide brûle ma plaie, mais tente de
ne rien montrer. Peut-être que si je joue les patientes modèles, elle acceptera de me parler…
Ainsi, quand elle arrête de tapoter, je déglutis et murmure :– Où est-ce que je suis ?Sans lever les
yeux de mon front, elle me répond sèchement :– T’as causé un tas d’emmerdes et tu le sais, donc
tu verras ça avec mon frè[Link]é son hostilité évidente, je ne peux m’empêcher de ressentir une
vague de soulagement. C’est la première femme que je croise depuis je ne sais combien de
temps, et surtout, la première personne qui ne brandit pas une arme sur moi. Même si c’est la
sœur de Preto, j’espère qu’elle fera preuve de miséricorde et qu’elle acceptera de ne pas me livrer
en pâture à son frère.– Je vois. Écoute, je… Je n’ai jamais voulu que tout dérape comme ça.L’arc
que dessine son sourcil lorsqu’elle le lève lentement force au respect. Elle applique délicatement
un gel froid sur mon bleu, sans croiser mon regard, jusqu’à ce qu’elle finisse par lâcher :– Ça ne
change rien à ce que tu as fait.– Je peux tout arranger, affirmé-je. Il faut juste que je sorte d’ici, je
t’en [Link] désespoir glisse sur elle sans la toucher. À ce stade, elle me donne tout aussi froid
dans le dos que son frère. Elle essuie ses mains avec un mouchoir, puis pousse un long
soupir.– T’as vraiment aucune idée de ce dans quoi tu t’es embarqué[Link] larme roule sur ma
joue, et je tente de ravaler le sanglot qui menace de la suivre.– Si ! Bien sûr que j’en ai
conscience, et c’est pour ça que je veux que tout s’arrête.– Et qui a eu la bonne idée de voler un
cartel de drogue ? T’as foutu la merde, tu régleras ça avec mon frère. Moi, je ne suis pas ici pour
faire copine-copine avec [Link] ton ne laisse aucune place au débat. Je ne trouverai jamais
d’allié dans ces emmerdes. J’aurais cru qu’une femme pourrait me comprendre, mais elle est
aussi psychopathe que son taré de frè[Link]èrement, je rétorque :– Rien ne s’est passé comme
pré[Link] secoue la tête, puis me jauge de haut en bas, comme si la simple idée que je réussisse
quoi que ce soit était risible.– Aujourd’hui, renchéris-je, je peux me rendre utile et…– Utile ? Mais
à quoi tu t’attends exactement ? La seule chose que tu peux faire pour te rendre utile, c’est
[Link] ton tranchant me renvoie aux menaces de Ruben, Preto et même Salomon.– T’as
aucune pitié, soufflé-je. Comme ton frère, c’est ça ?Elle se lève et récupère tout ce qu’elle a utilisé
pour me soigner. Alors que ses iris azur me surplombent, sa grimace d’irritation est d’autant plus
intimidante.– C’est ma pitié qui panse tes plaies. T’es pas en position de…Elle s’interrompt quand
la serrure se déverrouille derrière elle. L’instant qui suit, deux hommes pénètrent dans la pièce.
Sebastian s’avance avec un large sourire sur les lèvres et une sucette dans la bouche, comme à
son habitude. À ses côtés, l’assassin de M. Suarez garde le visage fermé. Il glisse
nonchalamment une main dans la poche de son jean noir, indifférent à la situation. Pourtant, son
regard vide me donne froid dans le dos.– Qu’est-ce que vous venez faire ici ? s’insurge la sœur
de Preto.– Quelle bonne blague, Bianca ! J’allais te poser la même question, rit
[Link]ère cet amusement de façade, je distingue un ton plus sérieux et pressant.– Je
soigne votre voleuse, je pense que ça se [Link]é, Sebastian fait un pas vers la dénommée
Bianca, comme pour lui montrer que sous ses airs avenants, il n’a pas envie de perdre son temps.
Derrière lui, je remarque que l’assassin de M. Suarez m’observe, sans la moindre
expression.– Preto t’a demandé de faire ça quand ? résonne la voix de Sebastian.L’échange entre
Bianca et Sebastian me parvient comme un murmure tant je suis focalisée sur le psychopathe.
J’ai l’impression que ses yeux cherchent à me faire mourir d’asphyxie. En effet, j’ai soudain du mal
à respirer. J’essaie de me libérer de ces fichues menottes, en vain.– Sebastian, à qui est-ce que
tu crois parler, là ?Dans une bouffée de chaleur, j’entends de nouveau le coup de feu qui a pris la
vie de mon voisin. Je vois son corps, étendu au sol, son sang qui glisse le long de la route…Je me
sens tomber dans le vide.– Toutes mes excuses, Votre Altesse royale, parade Sebastian avec
une révérence. Comment ai-je pu ?Alors qu’il ricane, je cherche mon souffle. L’assassin n’a pas
esquissé un mouvement, mais je sens sa volonté de tuer. Mon souffle s’éteint dans mes
poumons… Je veux juste qu’il sorte de cette pièce !– Ton jumeau va arriver d’une minute à l’autre,
reprend Sebastian, plus sérieusement. Et ça serait mieux pour toi qu’il ne te croise pas ici.– Je n’ai
pas peur de mon frère.J’entends seulement un ricanement. J’aimerais me lever, fuir cette pièce,
mais même sans les menottes, tout mon corps est paralysé. L’assassin me scrute, les sourcils
légèrement froncés.– Merveilleux ! s’impatiente Sebastian. Moi, en revanche, j’ai peur de mourir.
Alors tu vas prendre la porte avant que Preto découvre que tu t’accordes des libertés et qu’il
m’assassine pour t’avoir laissé faire.J’essaie d’articuler quelque chose, mais aucun son ne sort. Je
veux qu’il parte !– T’es vraiment…La voix de Bianca s’essouffle. Tous braquent leurs regards sur
moi, alors que je halète difficilement, un doigt tremblant désignant le responsable de mon
état.– Il… Il faut qu’il… qu’il parte !La pièce se met à tourner autour de moi. Je me mets à tirer
plus violemment sur les menottes.– Laissez-moi partir ! hurlé-je.– Ah… Querida, ça ne va pas être
possible. Pour le moment, t’as une dette de deux millions de dollars à ré[Link] histoire est en
train de me faire perdre la tête. Ce que je vis ne peut pas être réel !– Allez vous faire foutre !
Laissez-moi m’en aller ! Laissez-moi partir !Je me retranche dans le coin du lit, mon dos contre le
mur, toujours incapable de respirer correctement. Même si je m’entends leur hurler dessus, j’ai
bien conscience qu’ils peuvent me trancher la gorge à tout moment. Mes larmes glissent jusque
dans mon cou et mes insultes se transforment en suppliques, puis en sanglots.– Il faut que tu te
calmes, Valentina, m’intime [Link] ton n’est pas affectueux, mais elle a perdu un peu de sa
froideur. Les sourcils froncés, elle s’approche de moi en se baissant au niveau du lit.– Elle est état
de choc, dit l’assassin d’une voix à peine audible.– Ne m’approchez pas ! m’écrié-je en pointant
mon doigt sur lui.– Mais qu’est-ce qu’il lui arrive ? s’interroge sérieusement Sebastian. Eh, mon
frère ne te fera rien, [Link] nous regarde son frère et moi, perdu. Heureusement,
l’assassin, lui, commence déjà à reculer.– Elle panique, explique Bianca. Sortez, maintenant !
Tous les deux !Elle se tourne vers moi et passe ses mains sur mes bras.– Il faut vraiment que tu
te calmes, me commande-t-elle. Respire doucement.J’essaie de reprendre un rythme de
respiration normale. Je commence à suivre les inspirations que me montre Bianca, quand
soudain, la porte s’ouvre sè[Link] cœur s’arrête. Preto fait irruption dans la pièce, une
bouteille d’eau et une assiette dans les mains. Son regard sévère passe de sa sœur à moi, avant
qu’il ordonne :– [Link] et son frère prennent la porte, après un dernier regard sur moi.
Bianca échange une œillade lourde de sens avec Preto, mais ne tarde pas à [Link],
ma crise ne s’arrête pas. Je halète, je pleure, je gémis… Je crois que je vais mourir. Preto referme
la porte derrière lui, puis avance vers moi. Il dépose la bouteille d’eau et une assiette de chili con
carne sur une caisse en bois au pied de mon lit, puis il s’assied lentement sur la chaise
qu’occupait sa sœur.– [Link] part de moi se sent presque obligée de me raccrocher à ces
deux petits mots. Je plonge dans ses yeux azur et j’inspire profondément. Sans que je m’en rende
compte, ma respiration se cale sur la [Link]ès plusieurs minutes, j’arrête enfin de trembler.
Chapter 155
Chapter 156
Valentina
Chapter 157
Chapitre 22DéniValentinaMalgré les larmes qui glissent sur mes joues humides, un silence
presque apaisant berce ce grenier. Recroquevillée sur le lit, j’entoure mes jambes avec mon bras
libre. J’essaie vainement de retrouver un semblant de dignité après tout ce qui s’est passé ces
derniers [Link] reste assis sur sa chaise, immobile. Indéchiffrable. L’ombre que créent ses
sourcils sur ses yeux ne me permet pas de dire ce qu’il ressent. Ainsi, quand il se penche
lentement et tend sa paume vers moi, je me crispe. Mais contre toute attente, sa main assurée se
pose – presque – délicatement sur mon visage. Il saisit ma mâchoire en coupe et évalue d’un œil
critique l’étendue de mes [Link] qu’il déplace un peu ma tête pour l’analyser sous tous
les angles, sa concentration est palpable. Je le guette, prudente, même si mon besoin viscéral de
m’enfuir semble s’éteindre sous ses doigts. Le bout de son pouce effleure une larme qui me picote
la joue. J’ai un léger mouvement de recul, ce qui l’incite à placer sa main derrière ma nuque pour
me maintenir près de [Link] yeux retrouvent les miens et les piègent de longues secondes. Le
contrôle parfait qui émane de lui force un peu le respect. Preto occupe tout l’espace, sans un mot
ni un geste, et sa prise autoritaire sur moi me fait comprendre qu’il ne compte rien faire pour
adoucir son [Link] il retire sa main, j’ai toujours la sensation de le sentir sur ma peau.
Pourtant, son dos retrouve le dossier de la chaise. Il prend l’assiette de chili con carne qui dégage
une bonne odeur de viande et de haricots, puis me la tend.– [Link] frisson d’appréhension me
parcourt l’échine. Mon estomac en meurt d’envie. Depuis combien de temps n’ai-je pas avalé
quelque chose ? Un jour ? Deux jours ? Peut-être même trois, je ne saurais dire.Néanmoins, je
secoue vigoureusement la tête et demande :– Je te dirai tout ce que tu veux, Preto. Je ferai tout
ce que tu veux. Mais Paloma… Qu’avez-vous fait d’elle ? Je dois la voir. Je sais que tu la tiens
pour responsable de cette situation, mais elle est notre ticket d’échange. Je parlerai contre sa vie
et…Preto fronce les sourcils, déstabilisé. J’ai l’impression que mes propos lui paraissent
lunaires.J’entends soudain mon cœur battre dans ma poitrine, alors que les secondes s’étirent
d’une façon infernale. Une sourde terreur s’immisce sous ma peau, je me sens l’interroger du
[Link] silence me glace le sang. Pourquoi Preto ne bouge pas ? Ses iris polaires ne
trahissent aucune émotion, aucune pensée…Qu’est-ce qu’il se passe ?– Preto ? appelé-je
piteusement. Preto, où est Paloma ? Où est ma cousine ?Il serre les mâchoires, mais cette fois, la
réponse fuse :– Elle est [Link] lèvres s’entrouvrent. Un poids immense s’écrase sur ma cage
[Link]. Il ment !Je ne me laisserai pas berner ! Il n’aurait pas tué ma cousine sans avoir
retrouvé sa précieuse drogue avant, j’en suis sûre et certaine. Paloma est là, quelque part. Peut-
être même dans la pièce d’à côté. Il ne veut pas négocier avec moi, donc il veut me faire croire
qu’elle est morte pour m’obliger à parler sans rien me promettre en échange.– Je veux juste voir
ma cousine, Preto, je ne te demanderai rien de plus…– Elle est morte dans l’attaque, Valentina.
Tu étais là, tu as vu l’[Link] secoue violemment la tête. Non, je n’ai rien vu de tel. J’ai vu
Paloma partir, mais… Qu’est-ce que j’ai vu, déjà ?Il me faut plusieurs longues secondes avant de
parvenir à avaler ma salive, mais ça me donne encore plus l’impression de me prendre des coups
de poignard en plein cœur. J’essaie de faire un effort de mémoire, de revoir la scène, mais entre
le moment où Paloma s’enfuit de notre cachette derrière ce canapé et l’explosion, je ne vois
[Link] as tout vu, Valentina…J’ai les images des murs qui s’effondrent et ses hurlements… Ils
résonnent en moi, [Link] mords ma lèvre inférieure et baisse les yeux. J’ai l’impression
qu’on est en train de me compresser violemment le cœur, encore et encore. La douleur est si vive
qu’elle m’empêche de raisonner [Link] secoue la tête.– Non ! crié-je dans un sanglot.
Non, non, non !Paloma est morte ?Elle est morte.– S’il te plaît, Preto. Tu avais besoin d’elle. Tu ne
l’aurais pas laissée mourir, sans…Preto reste imperturbable, son regard toujours rivé sur moi.– Je
ne l’ai pas tuée, Salomon, [Link] vide terrifiant s’empare de moi. Peu importe le responsable…
Salomon, Preto, Ruben et moi avons tous participé au destin funeste de ma cousine. Ce n’est pas
en désignant un coupable qu’on rendra sa fille bien-aimée à tía Carmen. Et rien de tout ça ne me
permettra de regarder mon abuelita de nouveau dans les yeux, si un jour je rentre à la maison
sans [Link] ne me rendra ma sœ[Link], malgré mes larmes, je m’étrangle sous le
regard glacial de Preto. Je sens qu’il perd patience. Je n’ai même pas le temps d’encaisser ce
qu’il vient de me dire sur Paloma. Mon deuil est surplombé par la peur acide que je sois la
prochaine victime sur sa [Link] estomac se tord d’une nouvelle frayeur.– Tu… Tu vas me
tuer ? demandé-[Link] passe sa paume sur sa mâchoire en soupirant lourdement, puis lâche un
simple :– Où est ma marchandise, Valentina ?Sa voix rauque et profonde me fait brutalement
revenir sur terre. Mon cœur reprend un rythme plus effréné.– Je… En fait, je…– Valentina,
m’appelle-t-il sévèrement. Je me fiche que ta cousine soit crevée et que tu viennes de poser les
pieds sur terre. Il vaut mieux pour toi que tu ailles droit au but, et que la continuité de ta phrase
soit le lieu exact de mon produit. Autrement, je t’envoie rejoindre Paloma [Link] mots
me bouleversent. C’est ça, ma réalité. Je peux mourir à tout moment, s’il le dé[Link] que mes
larmes roulent encore sur mes joues, je capitule. Les mots tant attendus s’échappent enfin de mes
lèvres tremblantes :– J’ai laissé la camionnette dans une sorte de clairière, près de l’autoroute
85D, juste avant [Link] silence qui suit mon aveu me paralyse. C’est bon, il a eu ce qu’il
voulait. Il peut me trancher la gorge, je ne suis plus d’aucune utilité. Après tout, maintenant que
Paloma est morte, il ne reste que moi à éliminer.– Tu as fait le bon choix, lâche-t-il, [Link]
frissonne à ces mots. Non, je n’ai jamais fait les bons choix depuis que Paloma m’a impliquée
dans cette affaire. Toutes mes décisions ont mené à la mort de ceux qui m’entouraient :
M. Suarez, Paloma… même Baqui. Il y a tellement de choses que j’aurais pu faire
autrement.– Et… et maintenant ? sangloté-je, brisée par l’angoisse.– Maintenant, je vais vérifier.
Et si tu m’as dit la vérité, ça sera peut-être ton jour de [Link] jour de chance…J’essaie
d’essuyer mes larmes, mais elles dévalent toujours mes joues, sans que je les contrôle. Mon jour
de chance… Celui où un dealer de drogue a essayé d’abuser de moi ? Celui où je me suis
retrouvée au milieu d’une fusillade ? Celui où j’ai appris la mort de ma sœur de cœur ?Preto se
recule lentement, puis récupère l’assiette de chili et me la tend :– On part d’ici une heure ou deux,
me prévient-il. Mange et reprends des forces, tu en auras [Link] tends la main pour récupérer
l’assiette pleine, mais mon mouvement est arrêté par la paire de menottes qui me retient au
barreau du lit. Sans que j’aie à dire un mot, Preto se lève et vient au-dessus de moi pour me
libérer. Il sort une clé de son jean, et quelques secondes plus tard, le métal froid s’ouvre sur mon
[Link], je ne profite pas de cette petite victoire, car alors qu’il prend la direction de la
porte, ses derniers mots font leur chemin dans mon esprit. J’écarquille les yeux.– Non, non, non.
Je ne veux aller nulle part avec vous, crié-je. Moi, je veux juste sortir d’ici !Je m’apprête à
continuer ma diatribe, mais il ne se retourne même pas. Avant que je puisse exprimer le fond de
ma pensée, la porte claque derrière lui et la serrure se verrouille à double tour.– Espèce de
détraqué ! craché-je, [Link] a vu mieux comme insulte, mais je sens déjà la vague de
désespoir prendre le dessus. Je n’ai plus la force de me [Link] doit être morte
d’inquiétude et tía Carmen… Mon Dieu, il faut vraiment que je rentre. Il faut que je lui annonce la
mort de Paloma. Est-ce qu’il sera seulement possible d’oublier ce cauchemar et de retrouver une
vie normale ? J’en doute, mais ma famille mérite des ré[Link], je saisis la cuillère
posée sur la petite caisse en bois. Manger m’est difficile tant ma gorge est serrée, mais ma faim
l’emporte. Quand les saveurs passent sur ma langue, mon cœur se fait lourd. Ce chili me rappelle
presque le goût de celui de mon abuelita… Une larme silencieuse glisse le long de ma joue, mais
je continue à mâ[Link] a raison, je dois prendre des [Link] fois l’assiette vide, je
m’allonge sur le lit. Malgré mes sanglots, je ferme les yeux et finalement, la fatigue me submerge.
Si je peux fuir cette réalité cruelle et sans pitié ne serait-ce que quelques heures, je vais me
laisser tenter.
Chapter 158
Chapter 159
Chapitre 23Profonde tristesseValentina– Putain, pourquoi elle est pas attachée, celle-là ?Arrachée
à mon sommeil, j’ouvre les yeux sur le visage sidéré de Ruben.– Preto lui a enlevé les menottes,
lui répond Sebastian, amusé.– Hein ?– T’es sourd ou quoi Ruben ? Enlève tes cheveux devant
tes oreilles !La taquinerie ne semble pas plaire à Ruben qui laisse un râle d’agacement lui
échapper.– J’ai très bien entendu, lui ré[Link] me redresse difficilement, encore comateuse.
Tous mes muscles protestent. Mon visage me brûle, et j’ai la sensation que ma joue a triplé de
volume. Je ne sais pas combien de temps j’ai dormi, mais ce n’était certainement pas suffisant
pour que mon corps se remette des récents événements.– Lève-toi, dépêche-toi ! m’ordonne
sévèrement Ruben.Néanmoins, il ne me laisse pas le temps d’obtempérer. Il m’empoigne
brutalement par le bras et me hisse hors du lit. Je grimace et tire sur sa main dans l’espoir qu’il me
lâche, mais c’est peine perdue.– Sois un peu plus tendre avec ma querida, le réprimande
Sebastian. T’es trop agressif comme type !Ruben s’arrête net, les sourcils haussés et le nez
retroussé. Alors qu’il toise longuement Sebastian avec rage, je panique un peu. Sa prise sur mon
poignet s’affermit, et je dirais que si son ami l’énerve encore un peu, il n’aura aucun scrupule à me
briser les os pour passer ses nerfs.– Je vais te le dire vite, Sebastian, crache-t-il. J’ai aucune
patience pour toi et tes plaisanteries de merde aujourd’hui. Tu fermes ta gueule et tu évites de me
faire péter les plombs, compris ?Ces menaces me semblent très sérieuses, mais Sebastian, lui,
se contente d’éclater de rire. Heureusement pour moi, il ne pousse pas la provocation jusqu’à
répondre et laisse Ruben me traîner derrière [Link] sortons du grenier, puis Ruben et Sebastian
me font descendre une échelle en bois si usée que je crains qu’elle cède sous mon poids. Enfin,
nous passons par un étroit couloir éclairé par la faible lumière de l’ampoule accrochée au plafond,
puis nous empruntons l’escalier qui donne directement sur un grand salon impersonnel. Plusieurs
canapés en cuir, visiblement usés, occupent l’espace autour d’une table basse sur laquelle
plusieurs armes ont été disposé[Link] dizaine de regards se tournent vers moi alors que Ruben
desserre sa prise sur mon poignet. Certains s’arrêtent de nettoyer leur pistolet, d’autres
redressent leurs fusils d’assaut, mais tous me dévisagent avec une hostilité palpable. Je
reconnais le scorpion qui, dans une forme ou une autre, est ancré sur leur peau. Le cartel des
Cruz.J’ai horreur du sentiment de panique qui m’envahit. Je sais que je mérite ce mépris, j’ai volé
leur marchandise et provoqué plusieurs affrontements qui ont peut-être coûté la vie à certains
d’entre eux… Ils pourraient se venger si [Link] transpire à grosses gouttes et chaque
inspiration se fait plus courte. Quand je traverse ce salon, mes jambes s’apparentent à de la
gelée. Si Ruben ne me tenait pas, elles m’auraient sans doute lâché[Link] homme fait un pas
devant nous, obligeant Ruben à s’arrêter. De taille moyenne, bien bâti, cet inconnu me dévisage
avec une haine non dissimulée.– Alors, c’est elle ?– Ouais, Horacio, lui répond simplement
Ruben. Calme-toi, elle vient avec [Link] le contourne et me traîne à sa suite. Je suis obligée
de me marcher sur les pieds pour éviter de foncer dans cet Horacio. Sebastian, derrière moi, me
rattrape et me force à obtempérer.– Putain, pourquoi Preto ne l’a pas liquidée ?L’exclamation
provient de l’autre bout de la pièce. Près d’une baie vitrée, un grand blond aux joues très
émaciées, pointe son pistolet sur moi. Je me crispe, espérant que quelqu’un réagisse, mais
Sebastian se contente de me pousser à avancer.– Tu demanderas ça à Preto, marmonne Ruben
en tirant sur mon [Link] peut-il espérer que je bouge avec une arme pointée sur moi ? Je
reste paralysée, déglutissant difficilement.– C’est du délire, rétorque hargneusement l’homme qui
agite toujours son pistolet. Elle aurait dû mourir depuis longtemps !Je crois que le pire, c’est cette
petite voix dans ma tête qui me souffle qu’il a raison. Comment est-ce que je peux être encore en
vie ? Et pour combien de temps ?– J’ai encore besoin d’elle. Tu as un problème avec ça,
Paco ?Preto sort lentement de la pièce vers laquelle Ruben se dirigeait., alors que ses mots
viennent d’étouffer toute forme de protestation. Le seul son que nous entendons est celui de la
porte qui se referme derrière lui, puis ses pas qui font grincer le parquet quand il se dirige droit sur
[Link] de court, ce dernier balbutie rapidement :– Non, aucun. C’est juste que je ne comprends
pas ce qu’elle fout encore là.– Et je t’ai demandé de comprendre quoi que ce soit ?Preto arrive à
sa hauteur, les sourcils froncés. Il joue de sa carrure pour le dominer, même si Paco fait quelques
centimètres de plus que lui. On dirait que la pièce manque d’oxygène.– Cette fille nous apporte
que des emmerdes ! On devrait la tuer tant qu’on peut encore, réplique Paco en me pointant du
[Link] regards hostiles se portent de nouveau sur moi. Mon estomac se contracte. Preto risque
d’attiser la haine que me portent ces hommes, et je sais qu’il ne sera pas là chaque seconde pour
veiller à ce que personne ne m’égorge.– Est-ce que tu as oublié ta place, Paco ? lui chuchote
Preto en se penchant légèrement vers son oreille.– N… non, c’est que…– Je suis le seul qui
décide si elle vit ou si elle meurt. Est-ce que c’est assez clair ou tu as besoin que je te le fasse
comprendre d’une manière que tu ne pourras jamais oublier ?Paco écarquille les yeux. Il ne
s’attendait pas à cette réponse et moi non plus. Ces mots résonnent dans le salon, tandis que
Preto scrute ses hommes à la recherche d’un mouvement de rebellion. Personne ne se manifeste.
En quelques phrases, il a pris le contrôle de toute la pièce.L’angoisse me serre la gorge. Je
ressens, plus que jamais, cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Je me sens tellement
vaseuse. Lorsque Preto rive finalement son regard sur moi, j’ai le sentiment qu’il me marque au
fer rouge. Avec lui, ce sont mes erreurs et mes regrets qui s’impriment sur moi, par-dessus les
noms de M. Suarez et de Paloma.– Dis à Bianca qu’elle lui donne de quoi se changer,
commande-t-il à Ruben. Elle a dix [Link] répond d’un hochement de tête et me tire par le
bras. Sous les regards des autres membres du cartel, je suis ramenée vers le premier é[Link]
fois dans le couloir, Ruben frappe trois fois sur la première porte à notre droite. Nous attendons
une bonne minute avant que Bianca lui ouvre. Ses iris polaires avisent d’abord Ruben, le visage
impassible, avant qu’elle m’évalue avec la même hostilité que tout à l’heure.– Trouve-lui de
nouvelles fringues, ordonne [Link] pensais jusque-là que Bianca me réservait ses regards
haineux, mais c’était avant de voir celui qu’elle pose sur Ruben. Durant une seconde, elle semble
à deux doigts de se jeter sur lui pour l’étriper, mais elle se contente d’une longue
inspiration.– Ordre de ton frère, pré[Link] ne répond pas, mais nous tourne le dos pour
retourner dans la chambre. Ruben paraît soudain moins à l’aise. Il hésite, regarde derrière moi,
puis nous fait entrer derrière Bianca. J’ai à peine le temps de voir la longue chevelure sombre de
Bianca disparaître dans ce qui me paraît être un dressing, avant qu’elle claque à nouveau la
porte.– Reste ici, m’ordonne [Link] me laisse au milieu de la chambre et rejoint Bianca. Derrière
lui, la porte ne se referme pas complètement et je l’entends appeler :– [Link]
l’entrebâillement, je distingue la silhouette de la sœur de Preto, occupée à fouiller dans des tiroirs.
Aucun d’eux ne me prête attention. J’ai les mains libres, et une grande fenêtre me tend les bras. Il
serait si facile de prendre la fuite… Pourtant, je sais aussi que je suis proche de retrouver la
liberté. Preto va bientôt mettre la main sur sa précieuse drogue, et j’aurai payé ma
dette.– Bianca…Ruben a une voix étranglée, presque suppliante. Moi qui ai l’habitude de
l’entendre hurler ou insulter les gens, j’avoue que ma curiosité est légèrement piquée.– Qu’est-ce
que tu me veux ? le rembarre-t-elle.– Il faut qu’on parle. Après.– J’crois pas, [Link] croise les
bras, un peu embarrassée. Est-ce qu’ils ont oublié ma présence ?– Mes yeux sont là, s’exclame
sèchement [Link] me décale légèrement et constate que le regard de Ruben se décroche
difficilement des lèvres de la sœur de Preto. Comment Paloma a-t-elle pu se laisser embobiner
par ce type ? Il saute vraiment sur tout ce qui bouge ! Tous deux se fixent longuement, jusqu’à ce
que Bianca interrompe le contact visuel pour revenir dans la chambre.Néanmoins, avant qu’elle
pose la main sur la poignée, Ruben tend le bras et claque la porte sur [Link]é… Je veux juste
partir d’[Link] les entends murmurer, mais je ne peux plus distinguer clairement leur échange. Je
fais quelques pas dans la chambre et avise la rue sur laquelle donne la fenêtre. Du premier étage,
tomber sur le trottoir serait douloureux, mais je survivrais.– Tu vas vraiment te marier avec ce
type ? crie soudain [Link] sursaute et avise craintivement la porte toujours close qui reçoit
quelques secousses.– Ça ne te regarde plus, Ruben, rétorque froidement Bianca. Tu ferais mieux
de me lâcher avant que mon frère nous trouve ici.– Ne nous fais pas ça…Ruben retrouve le ton
vulnérable qu’il avait au début de leur conversation. Je crois entendre un gémissement, jusqu’à ce
que Bianca s’écrie :– C’est fini, Ruben ! On n’a plus quinze ans, tu le comprends, ça ? Je suis
avec Aaron, maintenant. Et je ne te laisserais pas tout gâcher !Lorsque Bianca ouvre
brusquement la porte, je recule rapidement et trébuche sur un chauffage d’appoint. Je remarque
ses joues rouges alors qu’elle me lance les vêtements. Ruben la suit de près, mais elle ne se
retourne pas, sort de la pièce et je l’entends dévaler précipitamment l’[Link] Ruben arrive
à ma hauteur, il ne me regarde pas. Ses sourcils froncés expriment une sorte de désespoir mêlé à
une profonde tristesse. J’y vois presque une douleur intense. Cependant, je sens aussi sa
frustration alors qu’il attrape de nouveau mon poignet pour me conduire dans une autre
piè[Link] trace de Bianca ou d’un quelconque membre du cartel dans le couloir. Ruben me
fait entrer dans une salle de bains, mais ne me suit pas.– Fais ce que t’as à faire ! Dans dix
minutes, t’es prê[Link] qu’il m’enferme dans cette petite pièce, j’avise déjà la petite douche
vitrée. Je pose les affaires de Bianca près du lavabo. J’ouvre les tiroirs du meuble, mais ne trouve
que des cotons et du dentifrice. Rien d’utile, pas plus que les serviettes de bain sur l’é[Link]
solitude me frappe. Il n’y a rien ici : pas de fenêtre, pas d’issue. Juste moi et mon cauchemar.
Chapter 160
Chapter 161
Chapter 162
Chapter 163
Chapitre 25Ma cocaïneValentinaOn me secoue brutalement par le bras pour m’arracher d’un
sommeil sans rêves. J’ouvre mes paupières lourdes, prise d’incompréhension, et tombe sur
l’expression toujours peu avenante de Ruben, assis à ma droite.– Allez, on y va, [Link] un
ballet commun, trois portières s’ouvrent. Ruben, Sebastian qui tenait le volant, et son frère sortent
de la voiture. L’assassin de M. Suarez ne me jette pas un regard et s’éloigne
rapidement.– [Link], assis à ma gauche, quitte à son tour le véhicule, puis range son arme
dans la ceinture de son pantalon. Il abaisse son T-shirt par-dessus, puis tient la portière ouverte
pour m’inviter à le rejoindre.C’est le moment. Nous sommes sur la bande d’arrêt d’urgence de
l’autoroute Mexico-Pachuca, entourés par le reste des membres du cartel de Preto. On retrouve
cette cargaison, et tout ça sera derrière [Link] que je glisse sur le siège pour rejoindre Preto, la
chaleur de ce milieu de journée se colle à ma peau. Le soleil tape fort aujourd’hui et même vêtue
simplement d’un débardeur et d’un jean noir, je me sens déjà [Link] glisse mes mèches
derrière mes oreilles et relève ma chevelure pour laisser la brise fraîche de la forêt glisser dans
ma nuque. Preto suit avec attention chacun de mes mouvements. Même si je sais que son
analyse n’a pour but que de me décortiquer, ses yeux froids me renvoient à l’incident de la salle
de [Link], j’ai l’impression que mes joues chauffent !– Alors ? Où est la boîte de pandore,
mi querida ?La voix de Sebastian a le mérite de me distraire. Il se frotte les mains, amusé, et joue,
comme à son habitude, avec la sucette dans sa bouche. Mon répit est de courte durée, car
derrière lui, tous les hommes de Preto m’attendent, impatients. Je déglutis difficilement. Eux me
tueraient sans hésitation si Preto le leur [Link] faut vraiment qu’on retrouve cette
[Link] regarde autour de moi, l’estomac tordu par le stress, puis repère avec soulagement
le panneau 85D indiquant l’Autopista Mexico-Pachuca. Je me souviens que le lieu de l’accident
n’était pas si loin.– Alors ? Ça vient ou pas ? me presse Ruben, les mains sur ses [Link]
pointe timidement du doigt l’endroit où, je crois, le camion et cette fichue cargaison ont été
laissés.– On y va, commande Preto en m’incitant à avancer, une main sur mon [Link] me crispe
tandis que j’enjambe la rambarde de sécurité en même temps que le reste du groupe. Alors que
notre cortège s’enfonce dans la forêt, je cherche les traces laissées par les roues du camion.
Lorsque, enfin, je repère une ligne droite de boue, je vois la fin du [Link] sommes au
bon endroit. Je n’ai qu’à m’avancer droit devant dans ces hautes herbes pour retrouver ce qu’ils
[Link] Preto empoigne mon bras pour me guider, je mords ma lèvre inférieure. Il
repousse les branches qui obstruent le chemin et me dégage un passage, mais son visage de
marbre accentue mon angoisse. Est-ce qu’il tiendra parole, une fois devant sa précieuse drogue,
ou est-ce qu’il se retournera vers moi, arme à la main, et me tirera une balle dans la tête pour
abandonner mon corps avec le camion ?– Voilà, mes bottes sont bonnes pour la poubelle avec
cette boue, râle Sebastian sans que personne lui prête véritablement [Link] tennis aussi
adhèrent mal à la terre et j’aurais trébuché à plusieurs reprises si la main ferme de Preto ne
m’avait pas retenue. Plus on avance, et plus j’ai l’impression de reconnaître l’[Link] sera
bientôt terminé.Le paysage autour de nous se transforme en une sorte de clairière. J’entends le
murmure d’un cours d’eau. On n’est pas loin ! Je fais passer mon regard de Preto aux arbres
devant nous, et lui-même semble comprendre, car il accélère le pas.– Ici !Ce simple mot fait
exploser le rythme des battements de mon cœur. Je lève les yeux sur Preto et constate qu’il me
regardait déjà. Je suis incapable de déchiffrer ses émotions, mais je dirais qu’il doutait, jusque-là,
de mon honnêteté.Tout le monde se précipite vers la petite colline, et Preto, d’un mouvement
ferme, m’incite à me dépêcher. Je vis presque la scène au ralenti alors que chacun se presse.
Ruben parvient le premier à se frayer un chemin et nous ouvre le passage en poussant quelques
[Link] pic d’adrénaline court dans mes veines lorsque Ruben atteint les portes du camion.
Je le vois, il est bien là, couché sur le côté. Le pare-brise est cassé et une branche d’arbre l’a
traversé pour s’enfoncer dans le siège passager. C’est un miracle que j’aie survécu à
l’accident !Ruben et Sebastian doivent se mettre à deux pour tirer les portes du camion. Paco et
d’autres viennent en renfort pour jouer avec le mécanisme grippé, jusqu’à ce qu’ils obtiennent une
[Link], faites que tout s’arrête, que Preto récupère sa drogue, et je pourrais enfin
retrouver ma grand-mè[Link] sourcils de Ruben se froncent, avant qu’il referme violemment la
porte.– C’est vide !Mes yeux s’écarquillent et immédiatement, je cherche à reculer. La poigne de
Preto se raffermit autour de mon poignet. Je me tourne vers lui, implorante, mais il observe encore
Ruben, prostré devant le camion, qui passe nerveusement ses mains dans ses
[Link], je vois l’expression impassible de Preto se transformer en rage. Ma panique
me donne envie de me justifier, mais ma gorge s’étrangle. Je manque d’air. Cette fois, je n’ai
aucune é[Link] me ramène brusquement vers lui et d’un pas rapide, me guide vers le
camion accidenté. Je grimpe maladroitement jusqu’à ce qu’on atteigne les portes.– Ouvre !
commande [Link] obtempère, aidé de Sebastian. La lumière du jour n’éclaire que
faiblement l’intérieur, si bien que je n’y vois pas grand-chose. Je distingue tout de même des
morceaux de carton, mais ils ont été ouverts. Aucune caisse, aucune [Link] cocaïne a
disparu.D’abord, Preto esquisse un petit rire qui révèle brièvement sa fossette profonde sur sa
joue gauche, puis un sourire crispé apparaît et s’efface tout aussi rapidement. Désormais, il se
frotte la mâchoire avec irritation. Telle une proie dont l’instinct lui hurle que le prédateur s’apprête
à bondir, je me tends, les sens aux aguets. L’instant qui suit, Preto sort une arme. Un cri de
terreur m’échappe involontairement, mais Preto ne la pointe pas sur moi. Il garde son bras le long
de son corps et tapote doucement sa cuisse.J’entends néanmoins le clic sinistre de la sécurité
qu’il dé[Link] larmes me montent aux yeux. Alors que ma vision se brouille, Preto
m’attrape brusquement la nuque. Sa prise me fait grimacer de douleur.– Je crois qu’on a un petit
problème, toi et [Link] voix basse et grave vacille, signe qu’il perd le contrôle de ses émotions. Je
sens toute la tension qu’il a accumulée depuis ces derniers jours.– Je sais pas où… je sais pas,
balbutié-[Link] pression qu’il exerce sur ma nuque rapproche nos visages l’un de l’autre, au point
que je peux sentir son souffle brûlant sur mes lèvres.– Ma putain de drogue n’est pas là,
Valentina, crache-t-il avec [Link]ée, je tente de trouver des raisons logiques qui
expliqueraient pourquoi cette cocaïne n’est plus dans ce fichu camion. Mais rien ne me vient !– Je
te jure que je ne l’ai pas touchée !Il lève sa main armée et remontre le canon contre ma
tempe.– Tu t’es foutue de ma gueule. Donne-moi une seule putain de raison de ne pas te le faire
payer.– Bute cette pétasse, Preto ! hurle Paco, à quelques mètres de [Link] les ignore, lui et
ceux qui renchérissent. Il ne me quitte pas des yeux et avise les larmes incontrôlables qui me
noient. Secouée de sanglots, j’arrive à peine à respirer correctement, si bien que je sens la
nouvelle crise de panique arriver. Je secoue la tête en le suppliant du [Link], je n’ai
aucun argument. Soit j’en trouve un, et vite, soit je fais face à une mort brutale.– Je n’ai rien à voir
avec tout ça, Preto. Pitié… Je n’ai pas touché à ta cargaison, tu dois me croire, je t’en
supplie !Alors que j’ai baissé la tête, Preto m’oblige à la lever en glissant le canon de son arme
sous mon menton. Un gémissement d’horreur m’é[Link] me suis bercée d’illusions. J’ai pensé
un moment avoir une chance de m’en sortir, mais qui suis-je dans ce monde ? La réalité, c’est que
je n’ai jamais eu cette drogue. Je n’aurais pas su quoi en faire. Je n’ai rien à faire là. Cet univers
n’est pas fait pour moi et il me rejettera, comme il le fait avec toutes ces victimes collatérales.J’y ai
cru, pourtant… Pendant une seconde, j’ai bien pensé que ça serait mon jour de chance. J’ai eu
[Link]ée par ce cartel, je me sens aussi tétanisée qu’humiliée.– Je te repose la question une
dernière fois. Où est ma drogue, Valentina ?La voix de Preto est trop calme. Il ne veut pas
seulement me tuer, il veut me faire souffrir, me faire payer ma trahison.– La drogue n’est pas là,
mais je n’ai rien à voir avec ça. J’ai eu l’accident ici, et Paloma m’avait demandé de la cacher,
mais je me suis dit que la forêt serait suffisante. Je ne pensais qu’à retrouver ma cousine, donc je
suis partie. Après, tes hommes m’ont trouvée et…Mes larmes ne m’empêchent pas d’apercevoir,
du coin de l’œil, une ombre à une centaine de mètres derrière Preto et ses hommes. Ça me coupe
net dans mon discours, car la silhouette se cache derrière un [Link] n’appartient pas au cartel de
[Link] et isolé, il nous guette. Je plisse les yeux, distingue d’abord son pull noir, puis des
lunettes de soleil, avant qu’il tende les bras vers nous, un lourd fusil dans les [Link] !Mes
yeux s’écarquillent lentement, alors que je me rends compte que je suis la seule à l’avoir vu. Ma
terreur passe au second plan et laisse place à une poussée d’adrénaline pure qui réveille
brutalement tous mes instincts de [Link] ne réfléchis pas, et je hurle :– Preto, baisse-toi !Un
coup de feu déchire l’air, alors que nous tombons au sol, puis dévalons la colline.
Chapter 164
Chapter 165
Chapitre 26Te retrouverValentinaLe corps de Preto s’écrase sur moi, juste avant que sa tête
heurte une racine. Le choc résonne dans mon oreille, puis plus rien. J’entends les hommes de
Preto hurler à quelques mètres, mais lui ne bouge pas. Je ne peux pas agir avec son poids qui
m’étouffe, mais je tends la main vers sa tête. Un épais filet de sang colore ses cheveux de jais et
se répand sur mes [Link]ès une grande inspiration, je tente de prendre son pouls. Je crois
sentir un battement, mais j’ai aussi l’impression d’entendre mes propres pulsations affolées dans
mes oreilles. C’est alors que je remarque ses yeux entrouverts. Il lutte, ses paupières ont l’air de
peser une tonne. L’effort qu’il fait pour se dégager de moi en roulant sur le côté le pousse au bord
de l’évanouissement. Un gémissement lui échappe lorsqu’il effleure sa blessure.– À couvert ! crie
[Link] me redressant, je le vois se réfugier derrière le camion. Plus d’une dizaine d’hommes
encapuchonnés se précipitent vers nous. L’un d’eux passe trop près de Sebastian qui le prend à
la gorge. Armé d’un long couteau, le sicario l’exécute d’un mouvement bref, avant de le laisser
tomber sur le sol. Après s’être réfugié entre deux arbres, il hurle :– Esteban, un salopard débarque
à ta gauche !Son frère sort de sous la portière conducteur du camion et pointe son arme sur son
assaillant qui n’a pas le temps de se défendre. Il est abattu d’une balle entre les yeux.L’adrénaline
me gèle les veines, alors qu’une nuée d’oiseaux s’envole dans un ballet agité. Autour de Preto et
moi, la clairière est devenue un champ de bataille.– On peut pas… Faut pas qu’on reste là,
affirmé-je, apeuré[Link] sang se répand maintenant sur la moitié de son visage, mais il réagit en
acquiesçant faiblement. Je pourrais faire cavalier seul, mais s’il meurt ici, qui sait ce que ses
hommes me [Link] coups de feu se succèdent, me faisant sursauter à chaque impact dans
les arbres derrière moi. En cherchant un abri, je repère un amas de branches empilées. Mes
mains tremblantes me font hésiter. Je n’ai pas le temps de trouver une meilleure option, mais je
reste paralysée par la peur. La paume de Preto dans la mienne m’oblige à réagir. Je rampe, puis
le tire par le bras pour le guider vers notre nouvelle cachette. Il m’aide et trébuche avec moi sous
la rafale, avant qu’on se jette derrière les [Link] colle son dos contre un tronc d’arbre,
essoufflé. Je m’agenouille devant son visage ensanglanté et grimaçant de douleur. L’odeur de
rouille me donne un haut-le-cœur.– Je… je sais pas quoi faire, balbutié-je, angoissé[Link] perles
de sueur coulent sur mon front, alors que j’aperçois maintenant la vingtaine d’hommes contre
lesquels le cartel de Preto tente de se [Link], la paume de Preto fait faiblement pression
sur mon avant-bras. Je baisse les yeux pour analyser son geste, et je l’entends à peine
murmurer :– [Link] gémis d’effroi, mais j’obtempère et plonge entre ses bras. Plusieurs
balles échouent quelques mètres au-dessus de nos têtes. Preto peine à maintenir ses yeux
ouverts, alors je pose mes mains sur ses joues et tente de décoller ses boucles noires pour voir
l’étendue de ses blessures. En réaction, j’entends seulement des gémissements de
souffrance.– Preto !Ruben se glisse précipitamment derrière notre planque, le visage déformé par
la panique. Dès qu’il avise l’état de son chef, il lâche son pistolet et le pose par terre.– Merde,
merde, merde ! s’écrie-t-il en tirant son T-shirt le long de sa tête. Tu t’es pas loupé, putain !Je
découvre que les tatouages du cartel vont au-delà des bras de ses membres. Ils parcourent tout le
torse de Ruben et couvrent sa peau parsemée de cicatrice et de taches de rousseur. Il déchire
son T-shirt et commence à improviser un garrot autour de la tête de [Link] du camion, les
tirs fusent. Les hommes de Preto ont été pris de court et Horacio, celui qui voulait me voir morte,
se prend une balle dans le flanc à quelques mètres de nous. Un sentiment d’horreur me
submerge, mais c’est à peine si j’ai le temps de m’attarder dessus.– C’est ce fils de pute de
Salomon, crache Ruben en terminant de bander le crâne de Preto. Ils nous ont pistés. Allez,
debout ! Je te sors d’ici !Je suis comme détachée de la réalité pendant que Ruben continue de
hurler des ordres. Les autres ne risquent pas de l’aider, tous cherchent à s’abriter ou simplement
à freiner la progression de nos assaillants. Il essaie donc seul de soutenir un Preto à peine
conscient d’un seul bras. Je m’apprête à l’aider en prenant le côté gauche, mais Preto tend la
main et récupère le pistolet de Ruben, encore posé près de lui.– L… Laisse, souffle-t-il en se
dégageant mollement. Je peux… gé[Link] tente de se redresser tout seul sous le regard sévère de
Ruben. Le visage de Preto se décompose de douleur, alors d’un même mouvement, Ruben et moi
le soutenons de [Link] regard plonge dans celui de Preto. Au-delà de ma peur, un
sentiment puissant me pousse à me battre pour survivre. Quelle que soit l’issue de cette histoire, il
faut que j’arrive à rentrer chez [Link] monde ne t’attendra pas, Valentina. Il n’attendra pas que tu
sois plus forte pour te mettre à l’épreuve, alors c’est maintenant que tu dois t’[Link] mots de
Preto tournent encore alors que je glisse ma main dans son dos. Est-ce suffisant pour survivre
dans son monde ? Je ressens sa faiblesse dans le poids qu’il fait peser sur mes épaules, mais je
m’en sens aussi plus forte. Tout ce que je veux, c’est partir, et pour ça, il faut que Preto reste en
vie, qu’il n’autorise personne à s’en prendre à moi et qu’il me pardonne d’avoir perdu sa précieuse
drogue.– Ruben, dis aux gars d’en ramener un ou deux vivants. Les autres… vous les butez. Je
m’occupe d’elle, termine-t-il en me désignant d’un mouvement de tête.L’angoisse me serre la
gorge.– Compris, acquiesce Ruben avec un dernier coup d’œil critique à [Link] nous aide à partir
vers l’orée de la forêt, puis nous laisse pour retourner sur la ligne de front tenue par
[Link] cœur se serre pour ces hommes qui s’entretuent. Aucun d’eux ne connaît la pitié.
Et quel que soit celui pour lequel ils donnent leur vie, Preto ou Salomon, aucun d’eux ne trouvera
le salut de l’autre côté. Ils ne sont que de la chair à [Link] part de moi voudrait être choquée,
mais l’autre, plus pressante, ne veut plus rien voir de ce monde noir et angoissant. Qu’ils meurent
tous, je dois juste trouver un moyen de fuir cet [Link] pas s’enfoncent dans la terre molle. La
respiration profonde et essoufflée de Preto m’indique que chaque mouvement est une lutte.
Plusieurs fois, mes yeux se lèvent sur lui. Il transpire, son visage est déformé par la douleur. Mais
il ne se plaint pas et avance avec [Link] n’ai pas cette drogue, mais je lui ai sauvé la vie. Ça
pèsera peut-être dans la balance, non ? Je dois tout essayer !Alors que nous approchons de ces
bois, j’essaie de rassembler autant d’arguments que possible pour préparer cette
conversation.– P… Preto, je…– Ferme-la. C’est pas le [Link] ordre me réduit au silence,
alors qu’il grimace de douleur. Je le scrute quelques secondes, mais en voyant sa faiblesse, je ne
me résous pas à abandonner.– S’il te plaît, Preto. On pourrait avoir un deal, non ? Je… Tu n’as
pas besoin de moi, là.Je m’accroche à l’espoir que ça marche, même quand ses iris polaires se
posent sur moi avec intensité. Nous continuons à avancer tandis qu’il m’observe longuement, au
point que j’ai l’impression que son expression se radoucit le temps d’une seconde. Je me sens
nue sous son regard, comme s’il pouvait lire mes intentions d’un coup d’œil.– Je t’en supplie,
laisse-moi partir après ça. Je ne dirai rien à personne, je te le promets. Je… je veux juste rentrer
chez [Link] ce soleil terrassant, soutenir Preto devient de plus en plus difficile. Mes muscles
s’épuisent, mes tennis s’enfoncent dans les branchages et un frisson d’angoisse me parcourt
lorsque son masque de dureté se remet en place.– Tu penses vraiment que tu peux négocier,
après ce que tu as fait ? Tu m’as volé deux millions de dollars, [Link] n’a pas besoin de me
rappeler ce montant. Chaque fois que j’entends ce nombre, j’ai le tournis. Même en cumulant
deux emplois pour le reste de mes jours, je ne pourrai jamais en réunir un dixiè[Link] bras
autour de mon épaule me rapproche de lui fermement, comme s’il me faisait comprendre qu’il ne
me laisserait jamais m’en aller. Des larmes me montent aux yeux et ma voix se brise sous le poids
de la détresse.– Je sais ce que j’ai fait… J’ai merdé. J’ai fait quelque chose que je ne peux pas
réparer, mais je ne veux pas mourir à cause de ça.– Mourir ? répète-t-il en grimaçant. Oh non, tu
ne quitteras pas ce monde tant que je ne l’aurai pas décidé. Et je n’en ai pas encore fini avec
[Link] manque de m’étrangler avec ma salive. Je ne saurais dire s’il se veut rassurant ou
menaçant. Peut-être parce qu’il est au bord de l’[Link] garde son regard rivé droit
devant lui, la respiration haletante, jusqu’à ce qu’on arrive enfin sur l’autoroute.– Tu as raison sur
un point. Oui, tu as merdé. T’as une dette envers moi, Valentina. Et je compte bien l’utiliser pour
retrouver ma cocaï[Link] cœur se serre. Comment pourrait-il « utiliser » cette dette ? Qu’est-ce
qu’il serait capable de faire ? Je n’ai plus droit à l’erreur, j’en ai déjà trop fait. Je dois rentrer chez
moi !– Je te jure que je ne sais pas où est ta…Mes mots meurent dans ma gorge au moment où
Preto lève son arme et la pointe sur mon front. Mon courage m’abandonne instantanément, et
sous ses iris froids, je suis pétrifiée.– Tu ne m’as pas entendu ?Mes larmes commencent à
brouiller ma vision. Le seul poids de son bras autour de moi est une menace suffisante, mais je ne
suis pas encore habituée à être sous la menace d’une arme à feu.– C’est pas le moment de me
chanter quoi que ce soit, grince Preto. J’en ai rien à foutre de ta vie, Valentina. Pour le moment, le
seul qui négocie, c’est le Glock, et lui, il ne discute pas. Ferme-la et [Link] mots impitoyables
me font l’effet d’un coup de poignard en plein cœur. Il a raison… Il tient cette arme, et elle a autant
de pitié que celui qui la possède. Pas de place pour les né[Link] que j’aperçois les
voitures garées à quelques centaines de mètres, je déglutis difficilement, puis murmure
douloureusement :– Je n’ai jamais voulu que ça se passe comme ça. Je…Preto réagit et me
tourne violemment vers lui.– T’as trahi ma confiance. Tes mots n’y changeront [Link] sa
confiance ? Quand me l’a-t-il seulement accordée ? Il délire, non ? Cette fois-ci, je décide de me
taire. Rien de ce que je dirais ne pourrait le convaincre, mais au contraire, il risque de décider de
se servir de son [Link] arrivons devant la Range Rover qui nous a déposés. Preto la
déverrouille, puis ouvre une portière arrière et m’incite à m’installer la première. Dès que
j’obtempère, il se hisse après moi, puis nous enferme à l’inté[Link] déglutis difficilement lorsqu’il
me montre son arme et pose le canon sur ma cuisse. Confinée sur cette banquette, juste à côté
de lui, je me sens paniquer jusqu’à ce qu’il bascule contre l’appuie-tête. Il lutte contre sa douleur.
Malgré le garrot, le tissu autour de sa tête est imbibé de sang et ses paupières semblent si
lourdes qu’il frôle l’é[Link] n’attends que ça…Alors que je triture mes doigts, je ne le
quitte plus des yeux. Son visage semble se détendre tant le sommeil prend le pas sur sa
conscience.– Sache une chose, [Link] voix profonde rompt le silence de l’habitacle. Il
ferme les yeux, mais garde son arme pointée sur moi. Sa respiration fait gonfler son torse à un
rythme régulier. Alors que je pense qu’il est enfin tombé, il parvient à articuler :– Si tu passes cette
porte, je te retrouverai. Et quand ce sera le cas, parce que ce sera toujours le cas, tu le paieras de
ta vie. Cette fois-ci, la balle dans la tête, tu l’auras pour de [Link] gorge se noue, mes mains se
mettent à trembler, mais sa menace glisse sur moi. Je n’ai pas peur. En effet, soudain, son arme
tombe doucement de sa main et atterrit sur la banquette dans un bruit [Link] a perdu
connaissance.L’exaltation prend le pas sur tous mes doutes. Je passe par une centaine
d’émotions en une fraction de [Link] a perdu connaissance, Valentina !C’est le moment !
Sans perdre une seconde, j’ouvre la portière et me précipite dehors.
Chapter 166
Chapter 167
Valentina
Valentina
Tome 1
Chapter 168
Chapter 169
Chapitre 28 - Se faire la malle - Valentina
Chapter 170
Chapitre 28Se faire la mallePretoSi tu passes cette porte… J’espère pour toi que tu n’as pas
passé cette porte, Valentina. Je suis sûr que je te retrouverai toujours, mais pas de ce que je te
ferai si tu me trahis une nouvelle [Link] paupières pèsent des tonnes. Je dois m’y prendre à
plusieurs reprises pour qu’elles s’ouvrent et me laissent entrevoir quelques formes floues. Une
douleur criante tambourine dans mon crâne. Allongé sur une surface moelleuse, j’ai pourtant la
sensation de tomber dans le vide. Je tente de bouger la main, mais c’est à peine si mon corps
m’obé[Link] secondes passent et ma vision se clarifie. Je reconnais ma chambre, dans la maison
de Mexico. Devant moi, une silhouette familière se dessine.– Bianca, murmuré-je, la gorge
sèche.– Ne bouge pas, me commande-t-elle en appuyant délicatement sur ma tê[Link] nouvelle
onde de souffrance me fait trembler. Pour le moment, je n’ai pas la force de lui désobéir, mais elle
sait bien que je ne compte pas l’écouter. Il me faut juste un peu de temps pour reprendre mes
esprits.– Qu’est-ce qui s’est passé ? grincé-je en m’éclaircissant la voix.– Tu t’es méchamment
cogné la tê[Link] couvert d’une voix parfaitement calme, je perçois la pointe de reproche.
L’inquiétude déforme ses traits tandis qu’elle termine de me soigner la tê[Link]ère elle, je
remarque enfin Ruben, adossé à la fenêtre. Il observe l’horizon. Je m’empresse de
demander :– Où est Valentina ?Un lourd silence me répond. Je fronce les sourcils et note le
rapide échange de regards entre ma sœur et mon bras droit, avant qu’elle déroule un ruban de
gaze autour de ma tête.– On a réussi à attraper deux types, enchaîne Ruben en s’approchant du
[Link] visage attise une irritation qui, comme par magie, réveille mon corps endormi. J’attrape le
poignet de ma sœur pour qu’elle arrête de me tourner autour avec son bandage.– Laisse-moi au
moins finir ça, [Link] me redresse avec un léger vertige et m’assieds, mais je la laisse
terminer. Néanmoins, je capte les yeux fuyants de mon bras droit et lui demande une seconde
fois :– Où est Valentina ?Il pince les lèvres, puis croise les bras sur son torse.– Dès que tu es
tombé dans les vapes, elle s’est fait la [Link] nouvelle me laisse un putain de goût amer. Mon
visage se crispe à mesure que les secondes s’écoulent. Je serre les poings, mais garde une
expression neutre. Cette fille a décidé de tester ma patience comme rarement on l’a fait dans ma
vie !– Trouvez-la, craché-je.– Sebastian est déjà sur le [Link] ne peux pas laisser mon
exaspération prendre le dessus, mais je la sens agripper ma chair et ma gorge. Putain, elle l’a
fait.– Je pense que les fils de pute qui nous ont canardés savent où se planque Salomon, poursuit
Ruben. On peut les utiliser pour remonter jusqu’à lui, même s’il serait mieux de connaître ses
prochains mouvements. Après, il les a envoyés au casse-pipe, donc je ne pense pas qu’il leur
fasse des confidences…– Qu’est-ce que Sebastian a trouvé ? demandé-je en glissant sur les
draps pour sortir du lit. Sur Valentina, qu’est-ce qu’il a ?Le regard de Ruben se fait confus, comme
si ma question n’avait pas lieu d’être.– Aux dernières nouvelles, elle serait montée dans la caisse
d’un type. Non identifié.Putain ! La piste est mince. Pourtant, il faut à tout prix que Sebastian la
retrouve avant que qui que ce soit lui mette la main dessus. C’est la dernière à avoir vu ma
cargaison.– Mais sinon, pour les deux mecs, reprend Ruben. Ils refusent de parler, même après
un bon passage à [Link] m’empare d’un T-shirt propre qui était plié au pied du lit et l’enfile
rapidement.– Où est mon téléphone ? demandé-[Link] se tourne vers Ruben qui fouille dans
sa poche de jean, puis me le tend. Dès que je l’ai en main, j’ouvre ma conversation avec
Sebastian et envoie :???– Preto, t’as entendu ce que je t’ai dit ?Ma sœur baisse les yeux et
commence à se redresser. Elle a ce type d’attitude quand le ton monte entre les gars. Je lève les
yeux sur Ruben, visiblement furieux.– Quoi ?– Les types dans le grenier, Preto !– Et qu’est-ce que
tu veux que j’y fasse, Ruben ? C’est ton job de les faire parler. En attendant, tout ce que je veux
savoir, c’est où trouver ma came !Ma sœur me lance un regard confus, comme si elle ne
comprenait pas ma réaction.– Mais de quoi tu me parles, toi ? me lâche Ruben en perdant un peu
son sang-froid. Retrouver la came, c’est justement pour ça qu’on a chopé ces gars. La fille, elle ne
sert plus à rien. Elle sait pas où est la drogue, c’est pas la priorité !Ma patience vole en éclats
quand je crache :– Celui qui nous a plongés dans toutes ces emmerdes va maintenant me dire
quelles sont les priorités ?Ruben laisse échapper un râle de frustration avant de lever le bras pour
désigner le grenier.– Ces deux enfoirés t’apporteront deux fois plus de réponses que cette
gonzesse, Preto ! T’as perdu la tête ou quoi ?– Alors qu’est-ce que tu fous encore là ? Pourquoi tu
n’es pas en train de t’occuper de leur cas pour qu’ils crachent le morceau ?Ruben me dévisage
avec hargne. Je fais de même, malgré la migraine qui me martèle le crâne. J’ai un tas d’autres
trucs à penser plutôt que de deviner ce que deux enfoirés ont à cacher.– Il faut que tu te reposes,
mon frère, intervient doucement [Link] me dévisage avec suspicion. Ruben, lui, garde ses
sourcils arqués, comme s’il attendait une nouvelle explosion de colère. Heureusement pour lui,
mon attention est détournée quand mon téléphone, toujours dans ma main, vibre pour me signaler
l’arrivée de la réponse de [Link] suis sur une piste. Je te tiens informé.Une piste ? Quelle
piste ? La réponse ne me satisfait absolument pas !– Tu m’as dit qu’il pensait l’avoir vu monter
dans une voiture ? interpellé-je Ruben en me levant du lit.– Ouais.– Et c’était qui exactement ?
Comment Sebastian a pu la laisser filer ?– On n’en sait rien pour le moment. Et pour Sebastian,
c’était la guerre là-bas. T’as déjà de la chance qu’il l’ait repérée. Avec l’attaque surprise, personne
n’a eu le temps de mettre en place une stratégie.L’idée qu’on n’en sache rien me
révolte.– Sebastian va lui mettre la main dessus rapidement, personne n’en doute, alors
concentre-toi sur autre [Link] m’apprête à sortir de la chambre, la main sur la poignée, quand
Ruben insiste :– Je pense vraiment que c’est Salomon qui a pris la drogue. À part lui, personne
n’avait la moindre piste. Ce fumier veut te faire payer la mort de son frère !J’aurais dû mettre tous
mes hommes à sa poursuite quand j’en avais encore l’occasion. Maintenant, il est bien planqué, et
il tire les ficelles pour me pourrir la vie.– Je suis prêt à tout pour foutre en l’air son business,
grincé-[Link] reçois un nouveau message. J’espère voir le nom de mon sicario, mais cette fois, il
provient de mon oncle [Link] veux que tu passes à la maison. Ce [Link] si je n’avais
pas assez de choses à gérer !– Bianca, appelé-je. On a [Link] sœur sursaute et
détourne son attention de mon bras droit. Elle se dépêche de me rejoindre, sans poser de
questions.– Dis à Esteban de s’assurer que Valentina n’est pas tombée entre les mains de
Salomon, ordonné-je à Ruben. Et trouve qui a pris ma cocaïne !
Chapter 171
Chapter 172
Chapitre 29Dernier appelValentina– Nous… Nous n’allons pas au poste de police ?Alexis, qui
marche devant moi dans le couloir de ce motel, se retourne vers moi, un sourire rassurant sur ses
lèvres fines. Pourtant, l’éclairage jaunâtre au-dessus de sa tête me plonge dans une sensation de
mal-être.– J’ai conscience que tu as vécu des choses difficiles. Je peux te garantir que tu n’as pas
à t’en faire. Ici, nous sommes en lieu sûr.– Plus sûr qu’un poste de police ?Ma voix trahit mes
doutes. Voilà, je suis montée en voiture avec un nouveau psychopathe ! Après tout, je n’oublie
pas que je l’ai vu abattre froidement un homme sous mes [Link] s’arrête devant une porte et sort
les clés de sa poche.– Valentina, tu n’as rien à craindre. Je ne veux pas prendre de risques pour
le moment et tu n’ignores pas que la moitié de mes collègues reçoivent une partie de leur salaire
d’hommes comme Salomon. Pour ta protection, il vaut mieux que ces gens-là n’apprennent pas
ton [Link] tourne la clé dans la serrure et pousse la porte, mais je me sens réticente à l’idée
d’[Link] caresse mon bras en jetant un coup d’œil à la chambre. Ça se voit que l’établissement
est ancien. Les murs en boiserie et la moquette verte ternissent la pièce. Le lit, couvert d’une
couette aux motifs colorés, est en grande partie caché par un amas de documents. D’épais
rideaux orangés masquent la fenêtre, plongeant la pièce dans une ambiance morose. Je note la
télévision fixée sur le mur et un téléphone caché derrière une pile de gobelets, seul signe que cet
endroit est bien entré dans le XXIe siè[Link] retrousse ses manches et rassemble des papiers
sur le bureau. Moi, je n’avance pas. Je me mords la lèvre, anxieuse. Pourquoi j’entrerais dans la
chambre glauque de cet inconnu ? Il m’a montré un badge de police, c’est vrai, mais suis-je
supposée faire tout ce qu’il me demande ?– Écoute, soupire-t-il en voyant que je reste plantée
dans le couloir. J’aurais pu t’emmener au poste, c’est vrai, mais ça fait deux ans que j’attends une
opportunité comme celle-ci. Pour que mon enquête aboutisse, je dois faire profil bas. C’est pour
ça que j’aimerais bien que tu te planques ici au lieu d’attirer l’[Link] cœur palpite à tout
rompre. J’ai choisi de lui faire confiance en montant dans cette voiture, je ne peux pas me défiler
maintenant. Il est ma seule chance de mettre ma famille à l’abri. Je fais un pas vers lui et prie
simplement pour ne pas regretter cette dé[Link] s’approche de moi pour refermer la porte
pendant que j’avise un tableau d’enquête épinglé contre un mur. Je m’approche des notes et des
fils rouges, puis observe les visages de détenus sur les photos. Je ne les reconnais pas pour la
plupart, mais épinglé au centre, le visage lisse de Salomon brille. Contrairement aux autres, sa
photo a été prise à son insu, comme s’il n’avait jamais mis les pieds en prison. Je m’attarde
ensuite sur deux clichés, plus petits, fixés dans un coin : Preto et Ruben. Au-dessus, il y a juste un
Post-it jaune sur lequel est inscrit en rouge « Cruz ? ». Est-ce que ça signifie qu’Alexis n’a encore
rien sur eux ?– Salomon ne te retrouvera pas ici, me dit-il en enlevant sa montre qu’il pose sur la
table de chevet avec son téléphone.J’aimerais tellement appeler Abuelita. Ici, ça sent le
désinfectant, le tabac, et le café. Rien à voir avec la maison et l’odeur de sa lessive à la fleur
d’oranger.– Installe-toi, m’invite Alexis en poussant les feuilles sur son lit pour me faire de la
place.Gênée, je m’approche sans un mot et m’assieds sagement sur l’emplacement qu’il a
dégagé pour moi. Mes fesses s’enfoncent avec un grincement sonore dans ce matelas ramolli
avec le temps. J’ose à peine bouger de peur d’écraser ses documents.– C’est un bureau ou une
chambre ? demandé-je pendant qu’il prend place sur la chaise en bois grinçante près de son
bureau.– Les deux, s’amuse-t-il avec un petit sourire en coin. D’ici, je peux enquêter et contrôler
toutes les informations sur Salomon et les diverses ramifications de son [Link] saisit un stylo
dont il tapote nerveusement sa table.– Tu veux boire ou manger quelque chose ? J’peux
commander des pizzas.– J’aimerais juste un peu d’[Link] se baisse et ouvre un tiroir sous son
bureau. Il en sort une petite bouteille qu’il me tend.– Merci, dis-je en l’[Link] que j’avale
plusieurs gorgées, je me rends compte que je meurs de soif.– Quel âge tu as ?Je termine la
bouteille avant de relever les yeux sur lui.– Dix-neuf ans.– Bon sang, lâche-t-il en passant sa main
dans ses cheveux bruns. T’es encore une [Link] ne réponds rien. Après tout ce que j’ai vu, j’ai
l’impression d’avoir pris une vingtaine d’années en quelques jours, mais il a raison. Je devrais
penser à mes cours à l’heure qu’il est, pas à un chef de cartel qui veut ma peau.– D’où est-ce que
tu viens ?Alexis se penche en avant en joignant ses paumes. Pendant une seconde, j’hésite à
répondre. Je n’ai aucune raison de me confier à un type qui s’enferme dans un motel pour faire
des recherches sur les trafiquants de drogue. Et s’il veut en apprendre plus sur moi, moi, je ne
sais pas grand-chose de lui. Il m’a promis de veiller sur ma famille, mais on est là, dans cette
chambre glauque et pas auprès d’Abuelita et tía Carmen.– Tu n’as vraiment pas à te méfier de
moi, reprend-il quand je fronce les sourcils. Je suis de ton côté. Mon but, c’est d’éradiquer ces
trafiquants de drogue des rues de [Link] discours me rend légèrement amère. J’aurais aimé
qu’il y parvienne avant que Paloma y laisse la vie… À quoi bon, maintenant ?– Vous pouvez déjà
commencer par Tepito ? finis-je par demander, les mains [Link] hoche la tête avec une
moue compatissante.– Tepito, hein ? Tu es aux premières [Link] premières loges des
échanges de drogue dans la rue, des rixes et des bagarres, des incendies de voitures et autres
règlements de comptes. Oui, mon quartier vit avec la violence au quotidien. Voilà pourquoi il faut
que je mette ma famille dans une voiture et qu’on fuie loin d’ici. Mon oncle, mon cousin et
maintenant Paloma… Trop de gens sont morts là-[Link] que je ne réponds pas, Alexis pose
sa main sur la mienne.– Le marché de Tepito est impressionnant, non ? me dit-il avec un petit clin
d’œil [Link] déplace ma main sur ma cuisse, mal à l’aise, mais acquiesce.– Oui, on peut y
trouver n’importe quoi.– J’espère que t’as déjà goûté les tacos de Ramiro !Un petit sourire timide
relève mes pommettes. Ce camion de rue est une légende de notre quartier. Il est là depuis plus
de soixante ans. J’y allais souvent avec Paloma… Mes souvenirs me crèvent le cœur alors je
pince les lèvres pour réprimer ma douleur, mais je hoche la tête pour [Link] Alexis se
recule vers le dossier de son siège, j’ai l’impression qu’il a compris mon changement
d’humeur.– Je voulais te mettre en confiance, mais je crois que c’est raté.J’essuie la larme que je
sens venir dans mon œil, puis lui suggère :– Et si vous étiez simplement honnête ? Qu’est-ce que
vous attendez de moi, là ?Alexis hésite et se tourne vers son tableau. Je crois qu’il s’attarde sur la
photo de Salomon, au milieu.– Est-ce que tu pourrais me parler de lui ? me demande-t-il en le
désignant d’un geste de la main. Tout ce que tu sais pourrait m’aider à le mettre derrière les
[Link] déglutis difficilement. Salomon… Que dire ? Kidnapping, agression sexuelle,
fusillade, tentative de meurtre ? Entre ses mains, j’ai bien cru ne jamais m’en tirer. Quelques
heures avec lui m’ont paru une éternité. Il a imprimé en moi un désespoir qui ne me quittera
probablement [Link] gorge se noue. Les larmes que je retenais me brouillent maintenant la
vue.– Ce type, il est vraiment dangereux. Et cinglé ! commencé-je d’une voix [Link]
n’attend pas pour dégainer un petit carnet. Il enlève le capuchon de son stylo avec ses dents et se
met à griffonner rapidement dessus.– Ne vous emballez pas, l’arrêté-je. Je ne vois pas comment
mon témoignage pourrait vous aider.– Tu as été proche de lui, non ? Nos meilleurs agents peinent
à infiltrer son réseau alors que toi, tu as été au cœur de l’action. Tu as entendu et vu des choses
qui peuvent nous être utiles, j’en suis certain !J’ai la sensation qu’il fait peser une trop lourde
responsabilité sur mes épaules, alors je secoue la tête.– Je… je ne vous serai d’aucun utilité.Loin
de se laisser décourager, Alexis plonge son regard plein d’espoir dans le mien, et reprend d’une
voix calme et posée :– Reprenons au début, Valentina. Comment l’as-tu rencontré ?– Il m’a…
kidnappé ? Je… Il voulait…Alexis fronce les sourcils, puis articule doucement :– Il voulait quoi,
Valentina ?– Hum… Moi ? Je crois. Il a tenté de m’agresser. Et… Hum, j’ai vu sa maison. Il y a
des salles de surveillance et pleins d’hommes armés. Il a… Enfin, il contrôle [Link] hoche
doucement la tête en notant les mots « caméras » et « armes », puis il enchaîne :– Pourquoi toi,
Valentina ?Mon cœur se serre. Je comprends qu’il enchaînera les questions, jusqu’à ce que je
sois obligée de lui dire comment tout a commencé. J’aimerais que ce ne soit qu’un cauchemar…
Et surtout, je voudrais ne pas avoir à revivre ces événements en boucle dans ma tête. Mais c’est
impossible.– Je me suis retrouvée enrôlée dans un vol de…– Cocaïne, finit-il pour [Link]
redresse la tête, surprise. Il tapote sur son carnet avec son stylo, puis ajoute :– Alors, c’est bien
toi… La fille dont tout le monde parle en ce moment. Je m’en suis douté en te voyant dans cette
forêt, mais je ne pouvais pas en être sûr. On dit que tu as volé une cargaison estimée à deux
millions de [Link] honte me submerge. Je baisse le menton, mais confirme doucement d’un
hochement de tête.– Ça alors, souffle-t-il.– Je ne voulais pas ! Ça a mal tourné. Tout a mal
tourné…Sa main apparaît dans mon champ de vision, mais cette fois il hésite et renonce à me
toucher. Quand il se recule, je le regarde et ne vois dans son expression aucune trace de
jugement. J’ai presque l’impression d’y trouver une empathie sincère. Sur un ton plus doux, il me
dit :– Pourquoi tu t’es retrouvée mêlée à ça ?– Je l’ai fait pour aider ma [Link] larme glisse
le long de ma joue. Ma douleur serre ma gorge et je ravale un sanglot.– Elle traînait dans des
affaires louches, expliqué-je. Elle m’a dit que son seul moyen de survie, c’était de voler cette
cargaison…– Et Salomon ? Comment entre-t-il en jeu ?– Lui, c’est juste… un porc, craché-je,
écœuré[Link] hoche la tête, puis reprend :– À qui cette cargaison était destinée ?– Je n’en suis
pas sûre, je… C’était ma cousine qui avait des problè[Link] que je me mets à table, je
devrais parler de Ruben, de Preto et de la fusillade dans l’appartement. Pourquoi je ne dis rien ?
Mon ventre se tord. Pendant de longues secondes, je brûle d’envie de tout avouer, mais la
prudence m’oblige à ravaler les mots qui me viennent.– Sauf que maintenant, Salomon vous
veut : toi et la cargaison, constate-t-il en se massant la mâchoire. Qu’est-il arrivé à ta cousine ?Je
déglutis, et laisse un sanglot m’échapper. Je ne peux pas le dire à haute voix, mais je sais qu’il
comprend.– Tu es vraiment courageuse, Valentina. Ton histoire et ton témoignage peuvent me
faire faire un énorme bond dans cette enquête. Recoupée avec les informations que…Alexis
s’arrête net dans son discours et tourne vivement la tête vers la porte d’entrée, les sourcils
froncés. Alors qu’il se lève lentement, je demande :– Qu’est-ce qu’il…Il pose son index sur ses
lèvres, ce qui fait mourir ma question. Mon cœur tambourine dans ma poitrine quand il sort son
arme et qu’il la saisit à deux mains.– Ne bouge pas, m’ordonne-t-il à voix [Link] respiration
devient difficile car je suis prise par la peur qu’il m’insuffle. Alexis va jusqu’à la porte de la
chambre et observe le couloir à travers le judas, puis il soulève doucement le rideau qui couvre la
fenêtre. Finalement, il m’indique par des gestes qu’il va sortir, et ouvre silencieusement la porte,
avant de se glisser à l’exté[Link] fois seule dans la pièce, l’angoisse me serre la gorge. Je me
sens étouffer ici. Le silence s’enroule autour de moi, et chaque seconde me paraît durer des
heures. Je triture mes doigts jusqu’au moment où mes yeux tombent sur son téléphone posé sur
la table de [Link] me [Link] faut que je parle à ma grand-mère. Ça fait une éternité que je n’ai
pas entendu sa voix…Sans hésiter, je me lève, prends le combiné et compose rapidement le
numéro de la maison. Heureusement qu’Abuelita m’a forcée à l’apprendre par cœur quand j’étais
petite ! La tonalité résonne deux fois dans mes oreilles. Mes mains tremblent autour du
combiné.– S’il te plaît, réponds, Abuelita, gémis-je.Ça sonne toujours quand Alexis entre dans la
chambre et referme la porte derrière lui.– C’était une fausse a… Qu’est-ce que tu fais, putain ?
s’écrie-t-il en s’élançant sur [Link] m’arrache le téléphone des mains. Sous mes yeux écarquillés, il
raccroche, puis arrache la prise branchée au mur.– N’importe qui pourrait tracer cet appel !Je le
dévisage, estomaquée.– Je devais… Je voulais juste entendre ma grand-mère, balbutié-[Link]
crois voir une lueur de rage dans ses yeux avant qu’il prenne une grande inspiration. Il fait naître
un sourire plutôt faux sur ses lèvres, mais qui se veut rassurant.– Ne refais jamais ça, d’accord ?
Personne ne doit nous trouver ici.– Je suis désolée, articulé-je. Je voulais juste… juste lui
[Link] fois, son expression se teint d’une empathie qui me paraît sincère.– Je comprends
que tu t’inquiètes, mais il faut que tu me laisses faire pour que je puisse t’aider à la retrouver en
toute sécurité.Il parvient à allumer une légère lueur d’espoir dans mon cœur, alors j’expire un bon
coup et je murmure :– Et maintenant, qu’est-ce qu’il va se passer ?– Maintenant, tu vas me
donner toutes les informations que tu as. Tu ne dois rien omettre et me dire tout ce qu’il s’est
passé. Et avec ça, je vais les faire tous tomber.
Chapter 173
Chapitre 30 - Au nom de l’héritage - Valentina
Chapter 174
Chapitre 30Au nom de l’héritagePretoBianca et moi sortons de ma Jeep et faisons claquer nos
portières de concert. Alors je foule les graviers de l’allée bordée d’arbustes verdoyants, j’avise la
majestueuse villa de Ricardo, située au beau milieu du quartier d’Álvaro-Obregón. Inspirée des
bâtiments romains, cette maison a été construite selon les plans d’un architecte américain de
renom. Mon oncle ne rate d’ailleurs pas une occasion de s’en féliciter. Ici, rien à voir avec les rues
de Tepito, l’abondance, l’art et le pouvoir règnent en maîtres.– J’espère qu’il n’en a pas pour
longtemps, se plaint Bianca en montant les marches du perron.– Quoi qu’il veuille, dans une
heure, on est partis, affirmé-je alors qu’un majordome nous ouvre déjà la porte
d’entré[Link] à mon père, tío Ricardo a su se la jouer plus discret. Son empire est bien
sûr fondé sur de l’argent sale, mais aussi sur divers rachats de sociétés comme son complexe
hôtelier. Il a ainsi pu blanchir de l’argent et acquérir une certaine respectabilité.Ma cousine,
Barbara, arrive pour nous accueillir. La fierté évidente qui transpire de ses traits me blase
déjà.– Vous voilà enfin ! lance-t-elle avec un sourire qui ne touche pas ses yeux.– Barbara, salué-
je solennellement avec un hochement de tê[Link] sœur, elle, la prend tout de même dans ses
bras, mais elles n’ont jamais été proches. Elles échangent quelques banalités d’usage, puis ma
cousine avise mon bandage d’un œil critique.– Tu es salement amoché, [Link] ne
réponds rien. Barbara soupire, mais désigne l’étage supérieur, qu’on peut apercevoir grâce au
grand escalier qui y mène.– Mon père est dans son bureau. [Link] talons claquent déjà
sur le sol en marbre. Elle remue les fesses à chaque marche, faisant onduler son long carré noir
et lisse avec sa tête. Avant de lui emboîter le pas, j’avise les grandes baies vitrées qui offrent une
vue imprenable sur le jardin à la française, puis sur les [Link] s’empare d’un cadre photo
posé contre la commode à l’entrée et attire mon attention. Les souvenirs remontent en flèche alors
que je considère cette jeune version de moi qui tient un ballon de foot. Mon oncle nous enlace,
moi et ma sœur, mais je remarque qu’alors qu’eux adressent de grands sourires à l’objectif, moi,
je parviens à peine à décrocher une grimace.– Tu t’en souviens ? murmure [Link] hoche la
tête avec la sensation d’entendre encore la voix enfantine de Ruben me demander de lui faire une
passe dans les ruelles de Tepito.– Dire que tu voulais être footballeur…Son petit sourire
nostalgique me fait déglutir. Elle ne sait pas que derrière ces quelques moments d’allégresse,
j’entamais déjà des années bien noires. Le football fut ma dernière passion avant que mon
ambition soit engloutie par les projets de mon pè[Link] oncle, lui, a essayé de faire office de
figure parentale bienveillante. Il me laissait jouer, m’offrait une forme de normalité en nous invitant,
ma sœur et moi, à des soirées cinéma chez lui. Seulement, personne ne pouvait lutter contre la
perversité de mon père. Ni lui ni ma mère.– Allez, viens, ordonné-je à ma sœ[Link] lâche un
soupir triste, mais repose le cadre à sa place. Dans le couloir de l’étage, les voix de mon oncle et
de ma cousine nous parviennent, alors qu’ils commentent les informations locales qui défilent sur
l’écran plat accroché au mur de son bureau.– Ah ! C’est pas trop tôt ! me lance Ricardo quand je
frappe à la [Link], assise sur un des fauteuils en face du bureau, me fait une moue
réprobatrice, comme si le fait que je ne lui ai pas obéi dans la seconde était un affront.– Comment
tu vas, Tío ? demande Bianca, derrière moi, en refermant la porte.– Comme un homme triste qui
ne voit pas assez sa nièce, évidemment, lui répond Ricardo avec une affection qu’il ne réserve
qu’à [Link] ravale sa jalousie en pinçant les lèvres. Comme moi, elle a été élevée pour
servir l’ambition de son père, et les moments de tendresse étaient réservés à d’autres. Tandis que
ma sœur enlace Ricardo, je m’installe sur le fauteuil en cuir adjacent à celui de ma cousine.– Avec
mes nouvelles fonctions à l’hôpital, je n’ai plus une minute à moi, explique Bianca. Je pense
bientôt passer chef de service, alors je ne dois pas me relâcher. Quant à la préparation du
mariage, elle absorbe tout mon temps libre.– Aurai-je l’occasion de rencontrer le fameux Aaron
avant les noces ? s’offense Ricardo. Il faut bien que quelqu’un lui foute une trouille bleue avant
qu’il entre dans la famille !J’écoute à moitié la réponse prudente de Bianca qui cache
volontairement son fiancé à tout le monde, de peur que nos activités illégales le fassent fuir à
toutes jambes. J’ai tout de même mené mon enquête sur lui, et je peux dire qu’Aaron Maignan est
un médecin émérite qui se tient très éloigné du monde des Cruz. Lui et ma sœur feront quatre
enfants et vivront dans un quartier résidentiel, loin de la violence dans laquelle mon père nous a
élevés. D’une certaine manière, je comprends les désirs de Bianca, même si je ne les partage
pas.– …d’une chose, Preto ?Mon attention se reporte sur Ricardo qui, bien enfoncé dans son
siège en cuir rouge, joue avec son pendule de Newton, s’amusant à déséquilibrer les
billes.– Hmm ?Je crois que j’ai perdu le fil de leur conversation depuis quelques minutes
déjà.– Des sources m’informent de ce qui se passe dans les rues, Preto. Qu’est-ce que t’as
foutu ?Je me réajuste dans le fauteuil, alors que Bianca s’installe sur l’accoudoir. Mon oncle n’est
pas réputé pour tourner autour du pot, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il aborde aussi
directement le sujet.– Tu me parlais de contretemps la dernière fois, [Link] me passe la
main sur ma mâchoire et gratte ma barbe de trois jours qui commence à bien pousser.– C’en est
toujours un.– Un contretemps qui t’a coûté l’appartement de ton père, non ? me charrie
[Link] grimace en tournant la tête vers son visage anguleux, encadré par des pommettes
saillantes. Vêtue d’un tailleur noir, elle fait claquer ses escarpins sur le parquet. Elle arbore cette
expression téméraire qui ne la quitte jamais et incline la tête, me signifiant qu’elle ne compte pas
détourner le regard. Ma cousine finit par pincer sa bouche mise en valeur par un rouge à lèvres
carmin.– Je ne me souviens pas t’avoir impliqué dans mes affaires, de près ou de loin, lui lancé-je
sèchement.– Tu achètes mes armes, Preto, me rappelle-t-elle en se redressant. Tôt ou tard, si tu
ne règles pas tes « distractions », tes ennemis deviendront les [Link] toise ses iris clairs,
mâchoire serrée. Nos pères ont toujours veillé à bien séparer leurs affaires. Ricardo était la vitrine
publique et la Hoja, la main armée qui voulait terroriser les rues. Il a appliqué la même séparation
avec sa fille, puis avec moi, mais sert souvent d’intermédiaire entre nous. Théoriquement, même
si mon business est mis à mal, ça n’impactera pas les affaires ou la réputation de ma cousine.
Sauf si elle prend parti dans la guerre que je m’apprête à mener…– Je m’en occupe, argué-[Link]
petit ricanement malicieux de Barbara m’horripile. Oui, si elle prenait parti, elle se mettrait en
danger, mais tout le monde sait ici qu’elle n’en fera rien. En plus de son « petit grain de folie »
comme l’appelle son père, son égoïsme crève le plafond. Putain, à chaque fois qu’elle ouvre la
bouche, j’ai une folle envie de lui éclater la tête contre la première surface que je pourrais
trouver !– Ton équipe a merdé, Preto, reprend Ricardo pour empêcher que la situation
dégénère.J’hésite à répondre, notamment parce que je sais que ma cousine prend son pied en
voyant son père me réprimander, mais je me dois d’être honnête. Chez les Cruz, pour faire
fonctionner les affaires, on se doit d’être transparents. Et rien ne sert de sauver les apparences
devant mon oncle, tous les faits lui ont sûrement déjà été rapportés.– On s’est fait baiser, avoué-
je.– Non, ton bras droit s’est fait baiser, me corrige immédiatement Ricardo, avec un air sévère. Et
il t’a entraîné dans sa merde ! Ça fait un bail que je te dis de te débarrasser de cet [Link]
sujet « Ruben » a toujours été épineux entre mon oncle et moi. Pour une raison que j’ignore,
Ricardo le déteste.– Il est loyal, affirmé-je.– Ce bâtard va vraiment te faire tomber. J’en suis
certain, [Link] s’est hissé seul au sommet. Ses amis ne sont que des relations d’affaires
qu’il poignarderait sans une once d’hésitation, alors comment lui faire comprendre que je me fie à
Ruben ? Je ne pense pas qu’il donne sa confiance à quiconque, même sa propre famille.– Il lui a
sauvé la vie plusieurs fois, intervient Bianca, mal à l’[Link] fronce les sourcils. Cette fois, mon
oncle ne prend pas son expression attendrie quand il la regarde, il s’exclame :– J’en ai rien à
foutre, Bianca, c’est son job ! Concernant le reste, il ne sait pas gérer et ne pense qu’avec sa
bite.– Mon oncle, l’appelé-je. Je ne suis pas venu ici pour parler de Ruben. De toute manière, je
ne compte pas refaire mes équipes. Oui, j’ai eu un sacré paquet d’emmerdes à régler, mais je suis
[Link] passe sa main dans son épaisse barbe noire. Deux chevalières ornent ses doigts,
l’une en argent et l’autre en or. Celle en argent appartenait à mon pè[Link] peux sentir son regard
pesant sur moi, et je n’aime pas vraiment ça. Jamais, il n’a laissé transparaître autant de
nervosité. Ce n’est pas le moment pour qu’il doute de moi ou de mes capacités.– Peut-être que tu
devrais revoir tes objectifs, s’amuse [Link] regard menaçant de son père suffit à la faire taire.
De mon côté, je me retiens de l’insulter.– Ta situation m’inquiète, reprend Ricardo. Tu attires
l’attention sur toi, mais pas de la bonne manière. En résumé, tu t’es montré faible et tes ennemis
tuent pour moins que ça.– J’en ai conscience. Tu m’as convoqué pour me dire ce que je sais
déjà ?Ricardo fait passer sa langue sur ses dents, signe de son exaspération. Son inquiétude
attise des sensations désagréables sous ma peau. Je ne veux pas le décevoir. Au contraire,
j’aimerais lui prouver que je peux le faire, que je tiens plus de lui que de mon propre père.– Il faut
que tu gardes un œil sur les différents cartels qui t’entourent, Preto. Je sais que tu as Rivera en
ligne de mire, mais d’autres se mettent en mouvement, à commencer par les Cortès. Même si tu
n’en es pas encore là, les deux frères vont réagir à l’entente de ton nom, et ils tenteront de te
tomber dessus quand tu t’y attendras le moins.– Je sais.– Vraiment ? Parce que je surveille pour
l’instant, mais même moi, je ne pourrai pas faire barrage s’ils décident de t’évincer du paysage. Ils
gèrent tous l’est du Mexique et contrôlent la majorité des frontières avec les États-Unis. Si tu ne
maîtrises pas les négociations, tu devras faire une croix sur l’importation.– Je sais déjà tout ça,
m’agacé-je en me levant.– Le moment venu, j’ai deux ou trois contacts qui devraient te mettre en
relation avec les Cortès, précise-t-il. Voilà ce que je veux que tu aies en tê[Link] soupire. La main
de ma sœur cherche la mienne dans une volonté d’apaisement, mais je refuse silencieusement
son soutien.– Pour le moment, je m’occupe déjà de faire face à mes emmerdes. Je me suis
également occupé de nouer des alliances stables qui me serviront plus efficacement que celles
que j’avais déjà. Je ne perds pas de vue les enjeux, et ce n’est pas parce que j’essuie un léger
revers que je deviens [Link] réplique cinglante coupe Ricardo dans son envie de m’accabler. Il
carre son dos au fond de son siège, puis se masse le front.– Je ne manque pas de confiance,
Preto, mais ce milieu est bourré de traîtres. Tu en essuies déjà les conséquences.– Mais moi, j’y
survivrais, affirmé-je, sans l’ombre d’une hé[Link] Ricardo relève les yeux sur moi, je
crois lire un éclat de fierté dans son expression. Peut-être que j’hallucine, je n’ai pas encore fait
mes preuves. Néanmoins, je compte y parvenir, tôt ou tard.– Je suppose que tu ne restes pas
pour déjeuner ? enchaî[Link] regarde l’heure sur ma montre et réponds :– Je ne peux pas
rester. J’ai des affaires urgentes sur le feu.J’attends encore des nouvelles de Sebastian, mais
dans ma poche, mon téléphone reste désespérément [Link] oncle se lève, fait le tour de
son bureau et passe un bras paternel autour de mes épaules.– Je te laisse gérer, Preto, accepte-
t-il. Tu m’as convaincu que tu avais la situation sous contrô[Link] ouais ? Alors pourquoi ai-je la
sensation que mon avenir m’échappe sournoisement ?Tant que Sebastian n’aura pas retrouvé
cette fille, mes promesses seront du vent. Il me la faut… maintenant.
Chapter 175
Chapter 176
Chapitre 31BonsoirValentina– Ça fait six mois que j’essaie d’attirer son [Link]ée sur le
lit, je sens l’épuisement gagner du terrain. Seul l’éclairage jaunâtre de la lampe de chevet illumine
la pièce et me permet de rester concentrée sur la discussion. Debout devant son tableau
d’enquête, Alexis déplace des Post-it pour clarifier ses réflexions.– De Salomon, me précise-t-il.
Malheureusement, se faire un nom quand on n’a pas de connexion est déjà difficile, alors je suis
loin de pénétrer son cercle fermé.– Vous êtes un genre d’espion ?Son expression amusée
m’intrigue.– Disons plutôt que je désobéis légèrement à ma hiérarchie pour arriver à mes [Link]
regard perplexe l’amène à rire.– Je suis dans une division de la police fédérale mexicaine chargée
de lutter contre le trafic de drogue, le crime organisé et un tas d’autres activités illicites. Seulement
parfois, les procédures sont longues et il faut faire preuve d’initiative pour obtenir des ré[Link]
finis par hocher la tête. Je ne suis pas sûre de comprendre où il veut en venir, mais désormais, je
sais qu’il est plus que déterminé.– Salomon n’a pas vraiment le même profil que les autres chefs
de cartel, m’explique-t-il. Lui, c’est l’héritier d’un empire pour lequel il n’a jamais versé une seule
goutte de sueur. Il ne s’est pas mouillé pour le garder à flot, son entourage l’a fait pour lui. C’est
pour ça qu’il est assez compliqué de le [Link] reconnais bien la personnalité lubrique et
vaniteuse que j’ai côtoyée quelques heures. On aurait dit un enfant gâté dans un corps d’adulte, et
je pense que c’est ce qui le rend d’autant plus dangereux. Ses ordres résultent de caprices, de
coups de tête.– Donc cette cargaison, enchaîne Alexis en écrivant « Drogue » sur un Post-it qu’il
colle à côté de la photo de Salomon. Elle lui était destinée, non ?Je hausse les épaules,
indécise.– Tu peux le confirmer ?– Je n’ai pas de preuves concrètes, précisé-je. Mais j’imagine
que oui, il espérait la récupérer.– Hum…Alors qu’il poursuit sa réflexion, il attrape un autre cliché,
celui d’un homme à la peau foncée, rasé de près. Il épingle ensuite un fil rouge qui le relie au
Post-it.– Aujourd’hui, Abel Coloma l’aurait en sa [Link] me redresse, les sourcils froncés.
C’est qui encore, ce type ?– Qu’est-ce que vous avez dit ?Alexis réagit en me détaillant
curieusement. Il faut dire que c’est la première fois que je manifeste un réel intérêt pour son
enquête.– Tu… tu connais Coloma aussi ?Je secoue vivement la tête. Peut-être trop vivement
pour paraître innocente, mais je ne peux pas lui expliquer pourquoi ces mots viennent d’allumer
une petite lueur d’espoir en moi.– Je n’ai jamais entendu parler de ce type, donc je ne comprends
pas comment il se retrouve mêlé à tout ça, expliqué-je.– Des rumeurs disent qu’il aurait trouvé la
cargaison, mais personne ne l’a encore vu avec. Pour le moment, ça reste encore à confirmer. Tu
es bien sûre de n’avoir jamais entendu parler de lui ?– [Link] je le connaisse ou pas n’a pas
d’importance, du moment que Preto, lui, peut le retrouver. Après tout, son cartel peut me remettre
la main dessus à tout moment. Et je compte bien tout faire pour échapper à la balle qu’il m’a
promise. Peut-être que si je lui donne un nom…– Pourquoi l’aurait-il volée ? demandé-je en
observant plus précisément la [Link] beaucoup de celles épinglées, elle provient d’un
dossier judiciaire et a été prise lors d’une arrestation. Il a des épaules carrées, mais ne paraît pas
si impressionnant. Peut-être est-ce dû au sourire amusé qu’il adresse à l’objectif ?– Un des camés
qui bossent pour moi m’a expliqué que les gars de Coloma ont mis la main dessus depuis
plusieurs jours. Abel a besoin d’impressionner les autres chefs de cartel, surtout depuis qu’il s’est
mis les Cortès à [Link] me sens un peu assommée par ces informations, d’autant que je n’en
comprends pas la moitié. Pourtant, il faut à tout prix que j’en sache plus.– Cortès, ça te dit quelque
chose ? me demande Alexis en pointant deux photos plus haut sur le mur.– Non. Non [Link]
réfléchit, puis écrit : « Nouvel acheteur ? » sur un Post-it qu’il colle, lui aussi, en haut du
tableau.– Mieux vaut qu’Angel Cortès ignore ton existence, ma belle. C’est le pire de tous.
Salomon, comparé à lui, c’est un agneau blessé.Oui… J’imagine que dans ce milieu, la boucle ne
s’arrête jamais.– Pourquoi Abel aurait volé la drogue de Salomon ? Il n’a pas peur de lui ?Alexis
fait glisser sa chaise jusqu’à reculer à côté de moi. Il passe ses doigts sur sa barbe, puis me
désigne le tableau.– Abel veut la vendre. Deux millions de dollars, ce n’est pas négligeable, et si
les Cortès l’achètent, Salomon n’osera pas riposter. Il fait d’une pierre, deux coups. Coloma a une
vieille rivalité avec la famille Rivera, donc lui prendre autant de fric doit lui faire plus que plaisir.
Quant aux Cortès, Abel n’est plus dans leurs papiers depuis cinq ans, quand il a merdé sur un
trafic de meth. J’imagine qu’il espère changer les [Link] reste silencieuse. Tout ce monde me
donne la migraine, mais je comprends mieux le sens des fils rouges devant moi.– Et qu’est-ce
qu’il se passera ensuite, une fois qu’il aura vendu la drogue ?– S’il y parvient, ça va compliquer
mes affaires. Sauf si j’arrive à me faire une place à la réunion au Gran Hotel del Sol.– Une
réunion ?– Oui, dans trois jours. Je pense que la transaction va se faire là-bas. C’est risqué, mais
c’est l’opportunité que j’attendais pour tous les [Link] me liquéfie, alors qu’Alexis, lui, continue
d’observer son œuvre. Il n’a aucune idée de la valeur qu’ont ses informations. Il vient peut-être de
sauver ma vie et celle de ma famille.– Vous êtes en train de dire que… que la drogue sera là-
bas ? Dans trois jours ?Ma question l’incite à m’observer attentivement. Son expression devient
plus sérieuse, alors je tente de rester neutre, même si mon cœur explose dans ma cage
thoracique. Merde, c’est ma chance !– Comme je te l’ai dit, Valentina, je ne suis sûr de rien,
commence-t-il d’un ton prudent. Quoi qu’il en soit, les informations que je te donne ne te serviront
pas, puisque je vais m’occuper d’attraper ces salopards.J’en ai bien conscience… Seulement,
dans cet enchevêtrement de fils rouges, Alexis ne s’intéresse pas à Preto ou au danger qu’il
représente. Il n’a qu’une petite place, là, en bas à droite. Alors, même si Alexis parvient à coincer
les plus dangereux, lui sera toujours après moi. Sauf qu’avant de me faire souffrir, Preto veut
surtout récupérer sa drogue. Cette réunion pourrait être l’occasion de renverser la situation. Voilà
une monnaie d’échange suffisamment intéressante pour le convaincre de me foutre la paix à tout
[Link] cœur s’emballe déjà bien fort quand Alexis se lève de sa chaise.– T’as faim ? me
demande-t-il en fouillant dans la poche de son [Link] extirpe un paquet de cigarettes, puis en
coince une entre ses lèvres.– Un peu, avoué-[Link], mon estomac crie carrément famine, mais en
même temps, mon cerveau tourne à plein régime. Trois jours. J’ai trois jours pour trouver quoi
faire de tout ce que je viens d’apprendre.– J’ai un coup de fil important à passer et je vais en
profiter pour prendre des [Link] récupère sa veste sur le dossier de sa chaise, puis me
lance :– Ne sors pas d’ici, je reviens.– [Link] m’adresse un sourire confiant, puis la porte claque
derrière [Link] dans la chambre, j’essaie encore de comprendre comment toutes ces
informations pourraient changer mon destin. Elles sont toujours là, sur ce tableau. Il ne faut pas
que je les oublie : Abel Coloma et les frères Cortès. Je me lève et commence à faire les cent pas
dans la chambre en répétant :– Coloma et Cortès. Coloma et Cortès. Coloma et Cortè[Link],
mon pied bute contre la valise ouverte au sol, à moitié sous le lit. Je m’arrête et baisse les yeux
dessus. Dissimulée dans la poche avant d’une chemise à carreaux, une pièce d’identité dépasse.
Je m’en empare et reconnais immédiatement le visage sévère d’Alexis sur la photo, mais ce n’est
pas le prénom que je [Link] [Link] Fuentes ? Alors Alexis Gonzales n’est pas sa
véritable identité ? L’angoisse me serre de nouveau la gorge. Peut-être qu’il a besoin d’avoir un
faux nom pour son enquête, après tout… Mais pourquoi me mentir ? Il s’est présenté à moi
comme un membre de la police, non ? Il a aussi pu me mentir à ce sujet. Peut-être qu’il n’est
vraiment pas celui qu’il prétend être et que son baratin n’a servi qu’à me convaincre de le
suivre !Dans la poche, je trouve aussi une petite photo de famille. Une femme porte une fillette
dans ses bras, et un jeune adolescent aux traits similaires à ceux d’Alexis sourit à côté d’elle. À
l’usure du papier, je déduis qu’Alexis la trimballe depuis pas mal d’années. C’est probablement
une jeune version de lui sous mes [Link] est-il réellement ? Qu’est-ce qu’il cherche ?Quelqu’un
frappe deux fois contre la porte. Je sursaute et tombe sur les fesses. Paniquée, je me dépêche de
ranger les documents là où je les ai trouvés, puis je me fige. Personne n’est entré. Alexis aurait
déjà ouvert la porte, non ?– Bonsoir, résonne une voix grave. Je suis un chasseur de trésors et
quelqu’un m’a dit qu’il y en avait un qui valait deux millions de dollars dans cette
[Link].– Je sais que tu sais que c’est moi, mi querida niñ[Link] a bien raison, même si
je ne sais même pas comment j’ai fait pour le reconnaître aussi [Link] n’ai aucune
échappatoire ! Il y a bien une fenêtre, mais elle a des barreaux. Trop tard, il crochète la serrure…
Je fouille rapidement la chambre et saisis un stylo qui traîne sur le bureau d’Alexis. Je n’ai rien de
mieux comme arme de fortune ! Mon cœur tombe dans ma poitrine lorsqu’un cliquetis sec me
signale que la porte a cédé. Sebastian s’amuse à la pousser lentement. Le grincement met en
alerte tous mes sens, bien que je me sente paralysée.– Bonsoir, mi querida, murmure-t-il sur un
ton faussement [Link] tête apparaît dans l’entrebâillement. Il m’adresse un grand sourire
déformé par la sucette dans sa bouche. Mon dos bute contre le mur, mais je brandis mon stylo,
comme s’il pouvait le convaincre de ne pas s’approcher de moi. Indifférent, Sebastian referme la
porte derrière lui et observe la chambre.– Mon Dieu ! C’est un bordel pas possible ici, commente-
[Link] il en arrive à poser les yeux sur moi, je lâche un hoquet de frayeur. Ses iris marron vont
de ma main qui brandit le stylo à lui.– Quoi ? Tu veux…Il sort sa sucette de sa bouche et me
pointe avec :– Un autographe, c’est bien ça ?Son ricanement me tétanise. Cette situation est un
jeu pour lui.– Bon ! proclame-t-il en claquant des mains. Ça va, j’ai pas trop galéré à te retrouver,
mais Preto s’[Link] suppose que ça fait un bon moment qu’il est à mes trousses. Après
tout, je pense que son chef n’avait aucun doute sur le fait de me remettre la main [Link] me
retrouvera. À chaque fois.– Je suis fatiguée de tout ça, murmuré-je.– Je comprends, je
comprends, mi querida. Moi aussi, mais tu me mets dans l’embarras parce que j’aimerais bien
payer mes factures. D’ailleurs, qui est le petit ami qui t’a si gentiment escortée jusqu’ici ?Alors qu’il
tourne la tête vers le tableau d’enquête d’Alexis, je m’exclame :– Emmène-moi voir
[Link], je pense enfin à baisser la main qui tient mon arme de fortune. Sebastian
reporte son attention sur moi et lève les sourcils. Il m’observe plusieurs longues secondes, puis il
éclate de rire.– T’es formidable, putain ! Je m’attendais vraiment à devoir te ligoter pour te
[Link] mots me laissent sans voix, tout comme son attitude décontractée. Je le toise
longuement. Il a l’air si normal et en même temps, si sombre. Je sais que malgré ce sourire, je
suis sûrement encore plus en danger que je le pense. Après tout, il me l’a avoué lui-même, il aime
[Link] lâche mon stylo qui tombe par terre quand il ouvre la porte et m’invite à sortir dans le
couloir. Tremblante, je passe devant lui alors qu’il jette un dernier coup d’œil sur le
mobilier.– J’espère pour le propriétaire de cette chambre que la femme de ménage passe bientôt
parce que ça pue la merde ! plaisante-t-il en ouvrant la porte d’entré[Link] nuit est bien avancée
maintenant et seuls deux lampadaires encore en état de fonctionnement éclairent le parking. Alors
que nous descendons l’escalier pour rejoindre sa voiture, Sebastian m’interpelle, juste derrière
moi :– Pourquoi tu acceptes de voir Preto maintenant ?Je m’arrête et me retourne vers lui.
Quelques marches au-dessus de moi, il me paraît vraiment immense.– J’ai des informations qui
pourraient l’intéresser, lui révélé-je avec le plus d’assurance [Link] voix me paraît pourtant
fluette. Je transpire la peur et Sebastian n’est sûrement pas dupe. Néanmoins, j’étais déjà
préparée à cette issue. Je n’ai pas vraiment eu le temps d’y réfléchir, mais je pense que si
personne ne m’avait retrouvée dans ce motel, je serais allée trouver Preto moi-mê[Link]
hoche finalement la tête et me désigne du menton sa Range Rover. À chaque pas que je fais pour
atteindre cette voiture j’ai l’impression de me rapprocher du moment où cette histoire sera enfin
derrière moi. Je vais revoir ma grand-mère, je le dois.J’espère juste m’être suffisamment endurcie
pour affronter cette nouvelle épreuve sans signer mon arrêt de mort.
Chapter 177
Chapter 178
Chapter 179
Chapter 180
Chapter 181
Chapitre 33CourageValentinaIl se fige, mais je suis sûre de voir un éclair de surprise passer dans
son regard. Ça ne dure qu’une seconde avant que son visage redevienne [Link] le
temps passe, plus une ombre semble noircir son aura. Je sens la tension habiter tous ses
muscles et un frisson de terreur me parcourt l’échine.– Je…Le claquement régulier de son arme
contre sa cuisse coupe court à ma tentative d’explications. On dirait qu’il va exploser à tout
moment. Il fait un pas en arrière, laissant un petit rire très nerveux lui échapper.– Preto ?Il ne me
regarde même pas. Il recule en me tournant le dos, puis quitte la bibliothèque. Désorientée, je
fronce les sourcils. Je m’étais préparée à beaucoup de choses, mais pas à ça ! L’angoisse me
pousse à le suivre dans le salon.– Qu’est-ce qui se passe, Preto ? Je t’ai dit que je pouvais tout
arranger !Il s’arrête si brusquement que mon nez entre en collision avec son torse [Link] je
relève les yeux sur lui, son visage renfrogné me signale qu’il mène un combat contre lui-
même.– J’crois qu’on s’est très mal compris toi et moi, me coupe- t-il sèchement. Je me retiens de
t’exploser là, parce que tu te fous de ma gueule, Valentina !Chaque muscle de son visage est
soumis à une violente pression. Quand il reprend sa marche, ses hommes nous regardent sans
intervenir.– Mais… Enfin, il faut que tu m’écoutes cette fois-ci ! m’écrié-je alors qu’il traverse le
[Link] grandes enjambées m’obligent à lui courir après, mais il ne s’arrête pas. Je le rejoins
donc dans une pièce où il s’apprête à s’enfermer et me faufile juste avant qu’il claque la
porte.– Pourquoi tu ne m’écoutes pas ? insisté-[Link] ne m’attarde pas sur l’aménagement de son
bureau, aussi austère que le reste de la maison, car Preto s’avance déjà dangereusement vers
moi. Je me faufile derrière le canapé jusqu’à ce que mon dos cogne contre le mur. Preto me suit
avec une démarche prédatrice, puis une fois qu’il m’a acculée, il encadre mon visage avec ses
deux mains.– Qu’est-ce qu’il te faut pour comprendre ? me crache-t-il avec rage. Tu me casses
les couilles. J’en ai assez que tu me fasses passer pour un con !J’inspire profondément pour
essayer de calmer les tremblements affolés de mon cœur, mais rien n’y fait. Sa proximité m’oblige
à sentir la chaleur brûlante de son corps contre le mien. L’éclat de rage dans ses yeux me
tétanise, il pourrait me tuer juste en un regard.– « Tout arranger », tu dis ? Tu es responsable de
cette merde, putain !Je respire mal, donc je m’accroche à ses mains. Dès que mes doigts
agrippent les siens, la colère de Preto se décuple encore. Il accentue la pression autour de ma
tête.– Preto, tu dois vraiment m’écouter, cette fois-ci.– Je ne te dois rien ! Maintenant que tu as
mon putain de Beretta sur la tempe, tu te souviens de l’endroit où tu as laissé ma coke ? Espèce
de… Ce que j’aurais dû vraiment faire, c’est vous torturer, toi et toute ta putain de famille ! Cette
histoire aurait dû être réglée en vingt-quatre heures !– Je sais que j’ai commis un tas d’erreurs, le
coupé-je. Mais je ne t’ai pas menti. Aujourd’hui, si tu me promets de me laisser en vie, je te dis
tout ! Pitié, Preto !Un frisson de désespoir me donne les larmes aux yeux. Je le supplie du regard.
Sa mâchoire se contracte, alors que sa main descend sur ma gorge et commence à serrer.– Pitié,
soufflé-je, désespéré[Link] me sens suffoquer. Un sentiment puissant de mort imminente me
submerge dangereusement à cause de sa main menaçante. Alors qu’il semble chercher quelque
chose dans mon regard, une larme m’échappe et glisse le long de ma joue. Un éclat de
satisfaction brille au fond de sa pupille, mais disparaît aussi vite qu’il est arrivé. Ses yeux restent
fixés sur les miens qui le supplient de me laisser vivre.– Toujours ses putain d’yeux verts,
murmure-t-il, crispé, pour lui-mê[Link] petit gémissement de peur m’échappe, mais il relâche
soudain sa prise. Je reprends mon souffle avec avidité en portant mes mains à ma gorge.– Elle va
me baiser, marmonne-t-il en reculant de quelques pas, croisant ses paumes sur le haut de son
crâ[Link] peine à respirer normalement. Et mes yeux s’accrochent aux siens alors qu’il met
quelques pas de distance entre nous. Un cocktail explosif d’émotions fait rage en moi. Je suis
ballottée de la peur à l’adrénaline, en passant par le sentiment brutal d’avoir encore échappé à la
mort. Ma terreur laisse alors doucement place à la ré[Link] gorge me fait légèrement mal, j’ai
vraiment cru que j’allais y passer, et sans me contrôler, je m’approche de lui, aveuglée par la rage.
J’appuie mes mains sur son torse pour le repousser. Il bouge à peine d’un pas, ce qui décuple ma
frustration. Je dois m’y reprendre à plusieurs fois et y mettre toute la force qu’il me reste pour le
voir flancher. Un gémissement de frustration m’échappe :– Tu… Va te faire foutre ! hurlé-je en
sentant ma voix s’étrangler de sanglots.J’entends un petit rire bref et guttural, puis un léger sourire
creuse ses fossettes. Juste une seconde. Une étincelle de folie illumine son regard quand sa main
passe lourdement sur son visage.– Je veux juste que tout s’arrête ! Je veux que tu me laisses
tranquille une bonne fois pour toutes ! craché-je en l’accusant, mon index pointé sur lui.– On ne
s’arrêtera que lorsque j’en aurai fini avec toi.– J’en peux plus !Ma vision est brouillée par l’assaut
de mes larmes. Même si la rage inonde encore mes veines, l’épuisement psychologique prend le
dessus. Je sursaute quand Preto se penche vers moi et tire sur mes cheveux pour m’obliger à le
regarder.– Tout ce qui t’arrive, c’est parce que ta belle gueule m’a volé mes deux millions de…Je
plante mon index dans son torse.– Je n’ai jamais voulu que ça se passe comme ça ! Tu sais
comment ça a commencé et pourquoi, alors tout ce que tu me fais subir, c’est juste parce que,
comme Salomon, t’es un putain de taré à qui ça fait plaisir de tout détruire et…– Valentina !
m’interrompt-il en écrasant sa paume contre ma bouche pour me faire taire. [Link] me
pousse à nouveau contre le mur dans un élan presque hysté[Link] semble se battre contre
ses propres démons pour ne pas céder à l’envie de m’achever sur-le-champ.– Ne me pousse pas
à bout, Valentina, me prévient-il en secouant la tête. Tu n’as aucune idée de jusqu’où je suis prêt
à aller et tu ne veux pas le [Link] respiration erratique est comprimée par une de ses paumes
sur mon torse. Tremblante, je le fixe, les yeux embués de larmes. Je tire sur son poignet pour qu’il
libère ma bouche, et sur un ton moins explosif, je lui souffle :– J’ai choisi de revenir pour que tout
ça s’arrête [Link] cherche une réaction. Quelque chose à quoi m’accrocher auprès de cet
homme qui, pour le moment, décide si je vis ou si je meurs. Au début, il reste imperturbable. Mon
cœur pulse contre sa paume pressée contre ma poitrine. Mes larmes coulent librement sur mes
joues quand je repense à ma vie qui semble s’effondrer autour de [Link] je sens un léger
changement dans l’atmosphère. Quelque chose change dans le regard de Preto… Incapable de
déterminer ce que c’est exactement, je le vois juste s’approcher légèrement de moi. Il guette mon
désespoir et, entre deux inspirations, nos regards s’arriment. La frustration alourdit l’air dans la
pièce, et j’ai bien l’impression que c’est la première fois que j’arrive à lire si clairement en lui. Peut-
être parce que nos colères se répondent ? Mon cœur tambourine si fort que je suis persuadée
qu’il peut l’[Link], sa main glisse. Elle remonte de ma nuque à ma joue, puis Preto fixe
ma bouche avec attention, jusqu’à ce que son pouce effleure ma lèvre inférieure. Je me fige,
interdite, mais ne cherche pas à reculer. De toute manière, mon dos est déjà coincé contre le
mur.– C’est dangereux ce que tu fais, Ojos verdes, souffle-t-il. Tu ne comprends pas ça ?Il ne
bouge pas. J’ai diablement conscience de sa peau au contact de la mienne, du souffle chaud qui
rebondit contre moi et de ses yeux bien trop concentrés qui analysent chaque partie de mon
corps.J’inspire aussi profondément que possible, et plus les secondes s’écoulent, moins je
parviens à soutenir son regard pénétrant. Je me concentre donc sur sa chaîne en argent qui
habille sa gorge tatouée avec l’envie de disparaî[Link] paume de Preto se déplace lentement vers
ma joue. Son contact n’a rien de menaçant, alors qu’il recueille une larme avec son pouce. Je
cherche une explication logique à la sensation étrange que ses doigts me font éprouver, mais je
renonce quand je replonge dans le bleu azur de ses yeux. Il ne me menace plus, il me
possè[Link] dirait que les orages ont quitté le ciel pour laisser place à une nouvelle sérénité. Je
veux dire quelque chose, mais aucun mot ne vient. Qu’est-ce qu’il me veut ?– Ton courage ne te
sauvera pas, Ojos verdes, chuchote-t-il d’une voix [Link] réfléchir, je réponds sur le même
ton :– Cette drogue ne te sauvera pas non [Link] surprise passe en coup de vent sur son visage.
Il se détache de moi et me libère, comme si ma peau l’avait empoisonné. Il me scrute alors
minutieusement, mais reste [Link] cœur tambourine violemment, alors que j’ai
parfaitement conscience d’être à sa merci. Vulnérable. Plus rien ne me semble logique ou
rationnel après ce qu’il vient de faire, et après les sensations qu’il a provoquées chez moi.– T’as
gagné, murmure-t-il d’une voix basse qui m’é[Link] de facettes possède cet homme ?
Après quelques secondes d’intense réflexion, il conclut :– J’accepte de négocier ta vie.
Chapter 182
Chapter 183
Chapitre 34Fragile promessePretoInstallé derrière mon bureau, je ne la lâche pas des yeux. Je
me laisse lentement pivoter de droite à gauche et j’attends. À chaque fois qu’elle ouvre la bouche,
je dois me contenir pour ne pas laisser ma rage exploser sur elle. Mais là, j’ai besoin qu’elle
[Link] dépose mon Beretta devant moi, à côté de mon ordinateur portable. Valentina blêmit. Elle
fait passer ses yeux verts de moi à l’arme, puis se mord les lèvres. Je dois retenir un soupir
d’exaspération.– C’est ton moment. Parle.– Euh…Le mouvement de ses mains capte mon
attention. Elle essaie de verbaliser ses pensées, mais hésite. Elle est terrifiée. Je m’enjoins à faire
preuve de patience, et détourne même les yeux pour la laisser reprendre ses esprits. Finalement,
elle fait un petit pas vers moi et finit par s’asseoir sur la table basse que Ruben prend pour son
repose-pied personnel.– Dans trois jours, il y aura une réunion dans un hô[Link] cale un pouce
sous mon menton, et cache ma bouche avec mes doigts. Je remarque qu’elle me scrute
nerveusement à chaque fois que je change de position, alors je me force à rester le plus immobile
possible. Elle baisse alors les yeux sur mon arme, puis déglutit.– A… apparemment, il y aura un
rassemblement de plusieurs… Euh ? Trafiquants de drogue ? Tu pourras obtenir des informations
sur la cargaison.– Et donc ?Je m’enfonce dans le dossier de mon siège alors qu’elle écarquille les
yeux. Je la vois chercher dans sa mémoire. Elle plisse les yeux, regarde vers le ciel alors que ses
lèvres murmurent plusieurs syllabes, puis elle lâche :– Je crois… Je crois que c’est le Gran Hotel
del Sur… Euh non, del Sol ! Le Gran Hotel del [Link] lève un sourcil en reconnaissant le principal
établissement d’oncle Ricardo.– Mais encore ? insisté-[Link], elle range ses longs cheveux
noirs derrière ses oreilles. Mon regard suit le mouvement fluide de ses mèches qui brillent sous
les rayons du soleil.– Coloma.À la seconde où elle prononce ce nom, je sens une vague d’horreur
s’écraser sur moi.– Aujourd’hui, reprend-elle, c’est un certain Coloma qui possède la drogue. Abel
Coloma, je [Link] me redresse instinctivement sur ma chaise, mais je ne peux rien dire. Elle m’a
cloué le bec. Pendant de longues secondes, je l’observe afin de m’assurer qu’elle ne se paie pas
ma tête. Impossible qu’elle connaisse ce nom, pas par moi. Alors qui ?L’incompréhension
m’envahit. En faisant les calculs dans ma tête, je me sens tomber des nues. On était dans la
clairière moins de vingt-quatre heures après ma rencontre avec Abel. Il n’a pas pu trouver la
drogue entre temps. Est-ce que ça veut dire qu’il avait déjà mis la main dessus quand il m’a
promis de me la racheter ?Je passe nerveusement ma main dans mes cheveux, les tirant en
arrière. Je me sens bouillonner de l’intérieur.– Hum, murmure [Link] voix me ramène au
moment présent. Je reprends en m’éclaircissant la voix :– Comment tu as obtenu ces
informations ?Cet enfoiré d’Abel Coloma s’est fait évincer de toutes les sphères du business. Il
pourrit au fin fond de Puebla, alors comment aurait-il su où trouver ce foutu camion ? Une
ampoule s’éclaire dans mon cerveau, alors que je découvre enfin le facteur commun à toute cette
histoire : Paloma. Cette salope était déjà en contact avec Abel, et c’est à lui qu’elle comptait
revendre ma came. Elle a probablement mis un GPS dans le camion en laissant sa cousine partir
à l’abattoir sans elle.– … quand je me suis échappée dans la forêt. Il m’a trouvé.Je n’ai rien
écouté de la réponse de Valentina, donc je demande :– Qui ? Coloma ?– Je… Non. Il s’appelle
Alexis. Il cherche des informations sur [Link] de quoi elle parle ? Bordel ! Ma stratégie
pour gagner la guerre contre Rivera et reprendre le contrôle de Mexico repose en partie sur
l’alliance avec Coloma. Je n’ai pas encore un réseau assez solide pour écouler autant de drogue
dans les rues de Mexico. Et je n’ai pas de connexions suffisamment stables pour l’acheminer vers
les États-Unis. Même si je parvenais à récupérer la cargaison, il faudrait probablement que je
fasse appel à Ricardo et à ses contacts pour rediriger la cocaïne, et ça, ça me fait chier !– Que t’a
dit cet Alexis, exactement ? insisté-[Link] hésite une seconde avant de me répondre. Ses lèvres
roses se pincent et je vois bien une forme d’angoisse glisser sur les traits de son visage.– Euh… Il
m’a dit qu’il voulait s’approcher de Salomon.– Pourquoi ?– Je ne sais pas.– C’est un flic ?Elle se
tend, et je note qu’elle détourne les yeux vers la porte, avant de répondre :– Que… Quoi ? Non, je
ne crois pas, il… il dit que Salomon est un héritier et il savait que la cargaison lui était
destinée.– Quoi d’autre ?– Hum… Cortès, aussi ?– Angel ou Miguel Cortès ?Elle hausse les
épaules.– Et qu’est-ce qu’il t’a dit sur eux ?– Ils seront à la ré[Link] soupire lourdement. Putain,
c’est qui, ce type, encore ? Probablement un flic… S’il a récupéré et caché Valentina, sans
directement la livrer à Salomon, c’est qu’il ne tient pas tant à être dans ses petits papiers. Et il me
semble bien renseigné sur les projets de mes ennemis !Mes doigts attrapent un stylo qui traînait
là, et je me mets à tapoter la surface en bois du bureau avec.– Il me connaissait ? demandé-
[Link] hoche doucement la tête.– Je ne crois pas qu’il avait beaucoup d’informations. Il avait juste
une photo de toi et une de [Link], ça sent le poulet, ça ! Et Valentina doit le savoir. Sa
silhouette fragile capture mes yeux alors qu’elle serre ses cuisses l’une contre l’autre dans ce jean
noir.– Comment il était avec toi ?L’incompréhension se dessine sur ses traits, alors je précise :– Il
a tenté de te manipuler ou d’obtenir quelque chose de toi ?– Non, non, rien de ce [Link]é la
crainte qui ne la quitte pas, je comprends qu’elle pense avoir une chance de s’en tirer. Je compte
là-dessus pour m’assurer qu’elle continue à me livrer tout ce qu’elle sait.– Tu ne me mens pas,
n’est-ce pas ? demandé-je avec [Link] surprise presque candide éclaire son visage. Elle secoue
précipitamment la tête pour nier. Ses longs cils noirs entourent l’émeraude de ses yeux qui ne me
lâchent pas. Cette fille-là, elle ne se laissera jamais assujettir. Oui, elle ne baisse pas le regard.
Mais en revanche, elle triture ses cheveux et bouge nerveusement ses lèvres à mesure que le
temps s’étire.– Ne me trahis pas, [Link] elle hoche doucement la tête pour sceller cette
promesse fragile, j’arrête de tapoter la table avec ce stylo. Une étrange part de moi a envie de la
croire, presque de lui faire confiance. Ridicule.– Tu ne sais rien de plus cet Alexis ? enchaîné-
je.– Non. Sebastian m’a retrouvée très vite, on n’a pas vraiment eu le temps de faire
[Link] croise les chevilles sous la table. Mes doigts s’emmêlent également sur mon
ventre.– Je vois, articulé-[Link] hoche la tête et cesse de toucher ses longues mèches noires. Je
décide donc de me lever, ce qui la met immédiatement en alerte. D’un geste de la main, je la
somme de s’approcher. Elle hésite alors que je me dirige vers la porte du bureau.– Qu’est-ce qui
va se passer pour moi ? articule-t-elle.– Pour le moment, rien. [Link] fronce les sourcils,
mais finit par me rejoindre prudemment.– Dans trois jours, j’irai vérifier ce que tu me dis. En
attendant, je te garde ici, sous haute [Link] pince les lèvres, mais ne répond pas. Ses
yeux me supplient de ne pas la détruire plus qu’elle l’est déjà, alors je me contente de baisser la
poignée et de lui faire signe de sortir.
Chapter 184
Chapter 185
Chapitre 35ValenciaPreto– Qu’est-ce que tu fais ?Je relève la tête sur Ruben qui termine d’enfiler
un pull dans le couloir. Il s’avance vers moi alors que je referme soigneusement la porte de ma
chambre. Valentina peut passer par la fenêtre si elle est vraiment déterminée, mais je suis
convaincue qu’elle n’en fera rien. Après tout, elle a suivi Sebastian de son plein gré et surtout, elle
est bien trop épuisée par les événements récents pour avoir encore la force de lutter contre
nous.– Je dois te parler, annoncé-je à Ruben en commençant à longer le couloir.– Elle est où, la
fille ?– Là-dedans, dis-je avec un geste de la main.– Hein ? Tu l’as tuée ?– [Link] descend
l’escalier jusqu’à mon bureau, ce qui nous permettra un peu plus de discrétion.– Non ? insiste-t-il.
Comment ça ?Je m’affale sur le sofa, allongeant une de mes jambes sur la table sur laquelle
Valentina s’est assise voici quelques minutes. Le bout de mes doigts masse doucement mes
paupières qui s’alourdissent.– Comment ça « non », Preto ?J’entrouvre les yeux et avise mon
bras droit, désormais planté au milieu de la pièce, les mains sur les hanches. Son regard ahuri
attend une réponse.– Non, elle n’est pas morte. Qu’est-ce qui n’est pas clair pour toi ?Je plonge
ma main dans ma poche et sors mon paquet de cigarettes.– La dernière fois, tu lui as retiré ses
liens.– De quoi tu me parles ?Je l’écoute à peine, trop concentré sur la première taffe que je tire.
La nicotine brûle ma gorge et gagne mes poumons.– La tonta, tu lui avais enlevé ses liens.– C’est
qui « la tonta », Ruben ?– [Link] sourcils se lèvent une seconde. Qu’est-ce qui lui prend, à
lui, aussi ?Je me redresse pour essayer de rassembler mes pensées. L’important maintenant,
c’est de trouver un plan pour rebondir. Et il passe par Ricardo et son putain d’hôtel ! Je m’apprête
à partager les nouvelles informations avec Ruben quand il s’exclame :– Y’a un truc que j’pige
pas.J’aspire une bouffée de nicotine, et il enchaîne :– T’as pris soin de son cul chez Salomon en
lui donnant ta putain de veste et en la portant jusqu’à ta caisse, tu l’as sauvée d’une foutue
noyade, tu l’as traquée alors qu’elle nous a planté un couteau dans le dos. Putain, tu peux me dire
pourquoi cette Valencia est toujours en vie après tout ce qui s’est passé ?– Valentina.J’expire en
me rendant compte que le nom est sorti sans que j’y réfléchisse. Fais chier.– C’est qui ça,
putain ?– Tu joues au con, Ruben, ou quoi ? T’es en train de me casser la tête, là.– Ne me dis pas
que c’est son prénom ?Je souffle nerveusement, puis tire sur ma cigarette en serrant mes
cheveux dans ma main.– Cette merde, elle commence avec toi, enfoiré ! Ne l’oublie pas. Pour le
moment, la fille est la seule qui peut me débloquer cette situation, donc elle va rester en vie tant
que j’aurai besoin d’elle.– T’es pas sérieux, putain !Alors qu’il fait les cent pas devant moi, je lui
adresse un regard sévère.– Ruben, l’avertis-je.– Putain, Preto ! Et tu lui laisses ta chambre en
plus, fumier ?– Je peux lui donner la tienne aussi, si ça me chante.– « Si ça me chante », m’imite-
t-il en laissant ses bras tomber le long de son corps. Mon cul, ouais !– Je me retiens de te foutre
mon poing dans ta grande [Link] que ses mains glissent sur son visage, j’entends son rire
nerveux, mais il finit par secouer la tête, comme pour reprendre ses esprits. Pendant qu’il
m’observe, j’ai l’impression qu’il se demande qui je suis, comme s’il ne me reconnaissait [Link]
fume ma cigarette en silence. Je crois qu’il a juste besoin de digérer.– Qu’est-ce qu’elle t’a dit sur
la came ? finit-il par [Link], une discussion bien plus pertinente !– C’est Coloma qui
l’a.– Le fils de pute !Je n’aurais pas dit mieux.– Il s’est bien foutu de ma gueule, ragé-je. Il a osé
me laisser penser qu’on allait faire affaire tous les deux, alors que j’avais déjà son couteau dans le
[Link], lui, ne se laisse pas déborder par la haine et réagit immédiatement :– Va falloir qu’on
monte ce business tout seuls, Preto. On n’a plus le choix.– Je sais. Mais ça va me coûter de
l’argent, et pour ça, j’ai besoin de retrouver cette cargaison. On va la distribuer nous-mêmes.
Ici.– Tu vas perdre beaucoup.– Je sais, mais je gagnerai suffisamment pour relancer la machine.
C’est mon dernier recours. Encore une trahison, et je signe notre arrêt de mort à [Link] tension
qui noue mes muscles me paraît insoutenable. J’essaie de laisser la nicotine me faire oublier que
si je n’y arrive pas, Salomon se fera une joie de me mettre une balle dans la tête.– Elle t’a dit quoi
d’autre ? me questionne Ruben en s’approchant de moi pour se servir dans mon paquet.– Dans
trois jours, il y a une réunion au Gran Hotel del Sol.– Chez Ricardo ?– Ouais, ça, c’est la bonne
nouvelle. Apparemment, Coloma attend d’y voir tout le gratin : Rivera, Cortès et sûrement
d’autres.– Abel est vraiment prêt à tout pour sucer le chibre d’Angel ! Depuis le temps qu’il veut
reprendre ses affaires… Aller jusqu’à voler Salomon pour bien se faire voir par les Cortès, c’est du
haut niveau.– Gagnant-gagnant, répliqué-[Link] soupire légèrement. L’ambition d’Abel vient de
m’enculer bien profond, mais elle me fait aussi voir plus clairement que j’avais ma place dans tout
ça, et elle est insignifiante. Sur l’échiquier d’Abel, j’étais celui qu’il pouvait facilement écraser. À
aucun moment, il ne m’a craint. Rivera non plus, d’[Link] que ma cigarette se termine, celle
de Ruben ne fait que commencer.– Comment tu vois les choses ? me questionne-t-il en rejoignant
la fenê[Link] me lève pour jeter mon mégot dans le cendrier.– On reprend la came, on élimine
Abel et Salomon, puis on quitte leur réseau pour assurer nous-mêmes la distribution.– Ça va être
chaud, s’inquiète-t-il.– Je [Link] cerveau tourne à plein régime. Ça paraît même impossible
avec le peu de ressources que j’ai, mais je me dois de reprendre la main. Je n’ai aucun autre
choix qui s’offre à moi.– Cette fois-ci, c’est la bonne, souffle finalement Ruben, plus pour se
convaincre lui-même que pour me [Link] ne réponds rien.– On est bien sûrs que la drogue
sera là-bas ?– Je ne suis sûr de rien, Ruben. Pour le moment, la seule chose tangible, c’est ce
que cette fille me dit.– Ouais…Mon être tout entier me force à ne pas baisser les bras. Peut-être
est-ce pour ça que je suis prêt à faire confiance à Valentina ? Je suis désespéré. La drogue est
mon seul refuge et j’y suis enfoncé si profondément qu’en sortir m’arracherait une partie de
moi.– Ah, [Link] relève la tête sur Ruben qui se détache de la fenêtre pour jeter, lui aussi, sa
cigarette.– Bianca m’a demandé de te dire qu’elle veut vraiment partir d’[Link] qu’il arrive à ma
hauteur, je lève un sourcil.– Depuis quand ma sœur a besoin de toi pour me demander quelque
chose ?– Bah… j’en sais rien. Elle passait dans le couloir la dernière fois, et j’suppose qu’elle a
pensé que t’accepterais sa requête si elle venait de quelqu’un d’[Link] regard s’éternise sur
l’expression – presque – innocente de son visage. Des taches de rousseur sur son nez à ses
boucles cuivrées en passant par ses yeux noirs, je pourrais presque croire voir un ange.– Quoi,
putain ?Jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche !Je finis par secouer la tête et avise la fenêtre qui donne
sur la petite terrasse. Je m’approche, et remarque que de là où se tenait Ruben, il voyait Bianca,
assise sur une des chaises de jardin, un livre à la main.– Concentre-toi et rassemble tout le
monde, ordonné-je froidement à mon bras droit. On a trois jours pour organiser un plan solide
pour reprendre cette drogue.
Chapter 186
Chapter 187
Chapitre 36IllusionValentinaLe silence me pèse. J’ai envie de l’appeler… Maman ?Je m’arrache
brutalement à mon cauchemar, le souffle coupé. Derrière mes paupières encore fermées, je me
repasse les dernières images qui ont bercé ma nuit : le visage couvert de sang de ma mère. Je
me réveille toujours au même moment fatidique, juste avant toucher son corps [Link] dégage
mes cheveux qui me couvrent les yeux et tente de reprendre mon souffle. Je suis toujours dans la
maison de Preto. Je l’avais presque oublié. Quelques rayons de soleil se faufilent à travers les
rideaux épais que j’ai mal tirés hier soir. Je ne sais même pas comment je suis parvenue à
m’endormir – peut-être que l’odeur apaisante des draps a été suffisante pour me bercer –, mais je
reste épuisé[Link] sursaute lorsqu’on toque à la porte et rabat les draps sur moi quand elle
s’entrouvre, à peine une seconde plus tard, dans un grincement angoissant. Sebastian passe
alors sa tête dans l’embrasure et m’adresse un clin d’œil.– Bonjour, me dit-il avec un large
[Link] remarque qu’il n’a pas de sucette cette fois, jusqu’à ce qu’il tende la main et m’en
montre une encore emballé[Link] ne réponds rien, alors il met un pied dans la chambre, bien qu’il
reste dans l’entrée.– Querida, dans tout ce putain de Mexique, personne ne résiste aux sucettes
Vero Mango et je suis sûr que tu ne fais pas exception à la rè[Link] rit doucement, puis déchire
l’emballage avant d’agiter le bonbon rougeâtre devant lui. Je comprends bien qu’il essaie de me
faire rire, mais j’en suis incapable dans l’immé[Link] que je n’esquisse pas une mimique, il
capitule et met la sucette dans sa bouche.– Tant pis, tu ne sais pas ce que tu rates !Il commence
à quitter la pièce, mais avant de prendre la porte pour la refermer, il recule d’un pas, ses yeux
bruns pétillants de malice.– Ah oui, je devais te dire que le petit déjeuner est prêt !– Je… je n’ai
pas très faim, murmuré-[Link] fronce les sourcils, puis avise le couloir avec une expression
faussement inquiète.– Écoute, querida, la duchesse a fait des chilaquiles, t’as vraiment pas envie
de rater ça et surtout, pas envie de la contrarier. Je ne le lui dirai jamais en face parce que c’est
une peste, mais crois-moi, elle cuisine divinement [Link] m’apprête à refuser de nouveau, quand
la voix d’une femme demande depuis le couloir :– Elle vient ?Sebastian me regarde avec
expectative, donc je secoue vivement la tête. Affronter ces gens, c’est trop me demander. Je ne
peux pas faire face à la haine de Ruben, au frère psychopathe de Sebastian qui a tué M. Suarez
ou pire, à la colère de Preto. Je n’en ai plus la force.– Donne-lui dix minutes pour céder à l’appel
de ta nourriture, transmet [Link], Bianca n’a pas cette patience, puisqu’une
seconde après, elle passe le pas de la porte. Avec moins de pudeur que Sebastian, elle entre
dans la chambre et avise ma position, encore allongée dans le grand lit.– Lève-toi, m’ordonne-t-
elle sans laisser place à la négociation. Il y a des chilaquiles, des omelettes, de la salade et du jus
d’[Link] fait signe à Sebastian de nous laisser, puis ouvre grand les rideaux, ce qui laisse la
lumière inonder la pièce. J’ose à peine bouger alors qu’elle s’affaire dans la chambre. Elle plie
deux T-shirts bien trop grands pour elle qui ont été laissés sur une commode, puis les range dans
un des tiroirs.– Allez, m’incite-t-elle d’un geste de la [Link] me lève d’un coup, toujours un peu
intimidée, surtout quand elle pose sur moi ce regard polaire, si similaire à celui de Preto. J’avise le
pyjama composé d’une chemise à manches longues et d’un pantalon en flanelle que son frère m’a
donné hier. J’aimerais bien me changer avant de sortir d’ici, mais Bianca ne m’en laisse pas
l’occasion et me pousse dans le [Link] qu’on s’approche de l’escalier, une porte s’ouvre
devant nous et laisse sortir Ruben, une serviette blanche nonchalamment posée sur sa tête, qui
nous barre maintenant le passage. Entre le nuage de buée qui l’entoure et les gouttes qui perlent
sur son front, je déduis qu’il vient de prendre une [Link] ne s’attarde pas une seconde sur moi,
mais reste bloqué sur Bianca, m’empêchant d’avancer. Bon, je pense que ma présence ne
change rien à sa vie, mais je n’en suis pas moins mal à l’aise.– On voudrait passer, le rabroue
[Link] lueur d’amusement passe sur le visage de Ruben et un microscopique sourire en coin
plisse légèrement ses yeux noirs. Il se tourne, comme pour vérifier qu’il n’y a personne autour de
nous, puis reporte son attention sur Bianca :– J’peux te parler ?La réponse fuse :– Non. Me fais
pas chier aujourd’hui, [Link] me pousse pour m’inciter à avancer, mais je ne peux rien faire
sans le bousculer, et je n’ai clairement pas envie de l’énerver à nouveau. Il la détaille de la tête
aux pieds, puis finalement, c’est lui qui m’écarte du passage pour saisir son poignet.– Deux
minutes, [Link] se dégage de son emprise et serre le gilet en mailles qu’elle porte
contre sa poitrine. Je sens qu’elle hésite, et j’ai raison, puisqu’elle finit par soupirer bruyamment,
comme pour lui donner son consentement. Je m’apprête à m’éclipser, mais Bianca saisit mon
bras, m’obligeant à regarder Ruben se pencher sur son oreille et murmurer lentement :– Pourquoi
tu m’évites, Bianca ?Elle le repousse d’une main, tout en l’assassinant du regard.– Peut-être
parce que je suis fiancée et que je n’ai pas envie de manquer de respect à l’homme que j’aime en
laissant un porc me mater. Qu’est-ce que t’en penses ?Ruben blêmit et cette fois, toute trace
d’amusement disparaît de son visage. Ses lèvres deviennent une simple ligne alors qu’il serre les
poings.– C’est de la merde tout ça, putain ! Tu me fais marcher avec ce trou du cul !– Va dire ça à
mon frère pour voir ? renchérit Bianca.– Si tu me donnais ton feu vert, tu sais très bien que je le
ferais, là, tout de [Link] a légèrement haussé le ton, ce qui me fait sursauter. Bianca se
tourne vers moi, hésitante, puis elle glisse ses cheveux derrière son oreille et me lâche. Les joues
légèrement rougies, elle me souffle :– Tu peux aller dans la cuisine, finalement ?J’acquiesce, trop
heureuse d’échapper à cette scène, et dépasse Ruben qui a la délicatesse de s’écarter. Avant
que je descende l’escalier, quelques chuchotements me parviennent encore :– Tu te prends pour
qui, Ruben ? Je n’ai aucun compte à te rendre.– Je veux que tu quittes ce clochard,
putain !– Parle moins fort et puis je…Leurs voix s’éteignent alors que j’atteins le rez-de-chaussée.
Quels que soient les problèmes de ces deux-là, mon instinct me souffle de m’en tenir le plus loin
possible.Dès que j’arrive dans le salon, les conversations cessent. Je reconnais le regard hostile
de Paco et même Horacio qui arbore désormais un bandage à la nuque et se tient le flanc droit en
grimaçant. D’autres, que je ne peux nommer, ne sont pas plus accueillants. Heureusement,
depuis l’embrasure d’une porte, Sebastian s’exclame :– Ah, te voilà enfin !Je me force à avancer
et baisse la tête quand je dépasse ceux qui m’observent avec méfiance. Arrivée dans la cuisine, je
m’arrête à côté de Sebastian et dévisage Preto, derrière un comptoir. Il boit nonchalamment son
café, un journal à la [Link]’est-ce que je suis censée faire ? Je me sens étranglée par sa
présence, surtout quand il lève les yeux sur moi. Pourquoi il me dévisage comme ça ?– Reste pas
plantée là, [Link] me pousse jusqu’à un tabouret et m’installe de force dessus.
Pendant qu’il me remplit une assiette avec des chilaquiles et des œufs brouillés, Horacio entre
dans la cuisine. Je ne l’ai que rarement croisé, mais je n’ai pas oublié l’hostilité que ce grand brun
aux cheveux long éprouve pour moi. Il arbore certes ce large pansement sur son cou, mais me
rappelant sa blessure dans la carrière, je suis étonnée qu’il s’en sorte si bien. Il murmure trop bas
près de l’oreille de Preto pour que je comprenne quoi que ce soit. En même temps que Sebastian
dépose l’assiette devant moi, Preto hoche solennellement la tête, sans me lâcher du regard, et
l’homme repart aussi vite qu’il est entré.J’ai envie de fuir cette cuisine.– Mange, m’ordonne
Sebastian en plaçant une fourchette dans ma main [Link] change de main pour la gauche en
mordant nerveusement l’intérieur de ma bouche. Comment manger quoi que ce soit alors que
Preto n’a toujours pas cligné des yeux ? On s’avise durant d’interminables secondes. Quand mes
doigts se crispent autour de la fourchette, j’ai l’impression qu’une forme de curiosité émane de ses
yeux azur. Ce côté imperturbable chez lui semble s’affaisser pour laisser place à un peu plus
d’humanité. Finalement, sous la pression de son regard intense qui me submerge, une vague
subite d’émotions contradictoires m’incite à baisser les yeux sur mes [Link] remplit
mon verre de jus d’orange, puis referme la bouteille en s’asseyant à côté de moi. Ignorant
l’altercation silencieuse qui vient de se jouer entre moi et Preto, il lance un match de basket
américain sur son téléphone.– Tiens, Preto, dit-il en enfournant une énorme bouchée d’œufs
brouillés. Je ne serai pas avec vous, samedi.– Tu vas la rejoindre ?– Ouais. Trois semaines sans
elle, ça fait long. Et puis, je ne veux pas aller dans cet hôtel sans l’avoir vue [Link] ne répond
rien, mais hoche la tête avant de continuer à boire son café. Alors que je m’apprête à prendre une
première bouchée dans cette assiette copieuse, Bianca entre dans la cuisine. Ruben lui emboîte
le pas, à peine dix secondes après, sa serviette roulée autour de son cou. Il se penche au-dessus
du comptoir pour tirer le panier de fruits et hésite à prendre une pomme quand Sebastian lui
lance :– Mon lapin, les carottes sont dans le frigo.– Ta gueule, p’tite merde ! crache Ruben au tac
au tac, le regard empli de fureur.L’éclat de rire de Sebastian, combiné au fond sonore de sa vidéo,
plonge presque cette cuisine dans un semblant de normalité. Mais ce n’est qu’une illusion. Je suis
au milieu d’une famille de trafiquants de drogue et l’homme qui boit son café me menace de mort.
Je suis entourée de tueurs qui m’assassineraient sans la moindre hésitation !– [Link] tourne la
tête vers l’embrasure de la porte et ne contrôle pas, cette fois, mon sursaut de frayeur. Ma
fourchette m’échappe des doigts lorsque je reconnais la silhouette froide du frère de Sebastian.
L’assassin de M. Suarez. Comme à chaque fois que je le vois, mon corps se glace. Pourtant, lui
ne me regarde même pas. D’un simple hochement de tête, il semble communiquer une
information à Preto.– J’arrive, Esteban, lui répond-il en se [Link] Esteban ne s’éternise pas
et sort rapidement, sans un regard pour les autres personnes pré[Link] que j’essaie encore
de calmer le tremblement de mes doigts, Bianca ramasse ma fourchette et prend soin de la
nettoyer avant de la remettre à côté de mon assiette. Nos regards se croisent et pour une fois, je
la sens beaucoup moins sévère à mon encontre.– Merci, soufflé-je si bas que je crois qu’elle ne
m’entend [Link], elle acquiesce avant de regarder son frère quitter la pièce. Si le départ de
Preto semble la contrarier, moi, j’en suis plus que soulagée. Le nœud dans mon estomac se
desserre enfin.– Qu’est-ce qui est prévu aujourd’hui ? demande Sebastian, la bouche à moitié
pleine.– On doit voir un type à Tepito, répond Ruben. Pour redistribuer. Enfin, une fois qu’on aura
récupéré la [Link] je sens que la fin de la phrase m’est destinée, je préfère baisser les yeux
sur mon assiette plutôt que me confronter à Ruben. J’espère sincèrement que leur foutue drogue
sera là, cette fois-ci…– Faudrait pas que celui-là nous la mette à l’envers. Lui aussi. Ça
commence à faire beaucoup, non ? rétorque Sebastian en enfournant un mélange d’avocat et de
chilaquiles dans sa [Link] le dévisage, écœuré.– Ouais mais ce type-là est réglo et…
Putain, mais mange proprement !Sebastian laisse un petit rire guttural lui échapper, ce qui
l’amène à recracher quelques morceaux de nourriture dans son assiette.– C’est bon, tu vas pas
me faire croire que tu t’y connais en bonnes manières, toi, le provoque-t-il, la bouche pleine. Tu es
notre sauvageon préféré !Ruben secoue la tête et préfère se concentrer sur sa propre
assiette.– Bref, nous, on s’occupe du type. Preto lui a déjà parlé, ça ira. Toi, tu t’occupes de
[Link] relève les yeux et remarque que sa fourchette est pointée vers moi mais Sebastian,
lui, reste concentré sur son repas quand il demande :– C’est qui Valencia ?– La voleuse. T’es con
ou quoi ?Sebastian lâche un rire franc, puis m’adresse un clin d’œil complice.– T’es encore plus
con que t’en a l’air, mon cher. C’est Valentina.– C’est exactement ce que j’ai dit !Sebastian
s’amuse de l’exaspération de Ruben, puis ajoute :– Bref, je te pardonne parce que t’es roux, sinon
je t’aurais…– Putain ! Je ne suis pas roux !Le cri de rage résonne autour de nous, ce qui ravit
Sebastian. Est-ce que Ruben ne se rend vraiment pas compte que son compère prend juste
plaisir à le faire sortir de ses gonds ?– C’est pas grave d’avoir du mal à le reconnaître, précise
Sebastian. C’est une très jolie teinte qui…– C’est auburn, sa couleur, précise Bianca qui se lève et
quitte la cuisine, sans nous adresser un regard.– Depuis quand la duchesse défend qui que ce
soit ?Sebastian n’a pas le temps d’approfondir son interrogation qu’il est coupé :– Ruben ! appelle
la voix grave et pressante de Preto depuis le [Link] se décolle immédiatement du comptoir
et enlève la serviette de sa nuque. Il la laisse sur le dossier d’une chaise, puis sort
précipitamment.– Gère le reste, Sebastian, lâche-t-il, juste avant de disparaî[Link] silence
apaisant tombe dans la cuisine. Je sens le regard de mon nouveau geôlier sur moi. Il sort une
sucette, et alors qu’il commence à enlever l’emballage, il me lance :– Bon, bah puisqu’on dirait
que tu vas devoir me supporter un peu plus longtemps, j’ai un truc à faire au garage. Tu viens
avec moi ?Soyons lucides, ce n’est pas comme s’il me laissait vraiment le choix !
Chapter 188
Chapter 189
Chapitre 1
Tepito, Mexico
Valentina
– Je termine de te couper les pointes et tu pourras y aller.
Ma tante rassemble délicatement mes longs cheveux noirs et fait passer son peigne sur toute la
longueur. Du bout de ses doigts, elle pince les extrémités, avant d’agiter ses ciseaux.
– Je te fais confiance, Tía1.
Néanmoins, je pose un regard anxieux sur ses mains à travers le miroir, et juste avant qu’elle
coupe, je lui précise précipitamment :
– Pas plus de deux ou trois centimètres, hein ? Juste les pointes.
Elle s’esclaffe, puis lance un regard amusé à ma grand-mère qui nous observe paisiblement,
assise dans le canapé.
– À chaque fois, j’ai l’impression que cette petite pense que je serais capable de lui faire du mal.
Avec un sourire malicieux, ma grand-mère réajuste le poncho coloré qui enveloppe ses épaules.
Après avoir avalé une gorgée de café, elle répond d’une voix douce :
– Sois indulgente, elle te confie son bien le plus précieux.
Même si Abuelita2 se moque de moi, je refuse d’avoir une coupe affreuse devant mon miroir le
matin.
Tía Carmen pose une main réconfortante sur mon épaule, puis m’adresse un clin d’œil. Je sais
que je stresse pour rien. Je lui confie mes cheveux depuis mes cinq ans et elle ne m’a jamais
déçue. Malgré ça, mon cœur se serre légèrement à l’entente du bruit des ciseaux coupant la
pointe de mes cheveux.
Je détourne alors le regard vers le crucifix accroché au mur par ma grand-mère. Il est entouré
d’un tableau représentant une coupe de fruits et de la photo de ma quinceañera. Récemment, de
nouveaux cadres se sont ajoutés aux murs. Ma cousine, Paloma, m’a offert un appareil photo
d’occasion le jour de mon dix-septième anniversaire. Alors depuis deux ans, je capture moi-même
les moments de vie que je partage avec elle, tía Carmen, ma grand-mère et nos voisins.
– Où est Paloma ? demande Abuelita.
– Au travail, répond ma tante sans se laisser perturber.
Elle lisse mes cheveux de sa paume, puis examine le résultat avant de raccourcir une mèche
rebelle.
– Elle va se tuer à la tâche, soupire ma grand-mère.
– Elle a eu de la chance de trouver ce poste, proteste Carmen. À moi aussi, elle me manque et je
m’inquiète quand elle n’est pas là. Seulement, nous avons besoin de cet argent. Les cours à
l’université ne sont vraiment pas donnés, je te rappelle.
Je perçois une pointe d’amertume dans sa voix, ce qui me fait immédiatement baisser les yeux.
Elle ajoute :
– Toi aussi, Valentina, il faut que tu fasses attention quand tu es dehors. Tepito ne pardonne pas,
tu le sais.
Ses traits sont maintenant déformés par l’inquiétude.
– Je le sais, Tía. Je suis toujours prudente.
Elle soupire doucement comme si mes mots ne suffisaient pas pour la rassurer. Alors qu’elle
continue de me couper les pointes, je sais qu’elle pense à Fernando, mon oncle, et Rafael, leur
fils. Tous les deux nous ont été arrachés par la violence qui règne dans nos rues. Il suffit d’être au
mauvais endroit, au mauvais moment.
– C’est juste que…
Sa voix se met à trembler. Elle doit prendre une lourde inspiration pour contenir son sanglot.
– Juste… Enfin, chaque fois que je vous vois sortir, toi ou Paloma, je m’inquiète. Vous savez, je
prie beaucoup pour vous, pour qu’il ne vous arrive rien.
Je n’en doute pas, nous sommes la seule famille qui reste à tía Carmen.
– Ne la stresse pas, intervient ma grand-mère. Valentina est forte, comme toi. Elle s’en sortira.
Ma tante s’arrête un instant de me couper les cheveux, hésitante.
– Je ferais attention, Tía, murmuré-je, dans l’espoir de la rassurer.
Je sais que mes mots ne seront jamais suffisants, malheureusement. La peur ne la quittera pas
tant que nous serons toutes à Tepito. Voilà pourquoi Paloma et moi faisons tout ce qui est
possible pour nous offrir un meilleur avenir.
Nous avons été élevées ensemble, toujours l’une avec l’autre. Pas de Paloma sans Valentina et
pas de Valentina sans Paloma. Nous avons passé nos journées à jouer dans les rues de Tepito et
nos nuits à partager tous nos secrets. Honnêtement, je n’imagine pas ma vie sans elle. Donc, ça
tombe bien qu’elle et tía Carmen habitent juste en face de chez moi !
Depuis qu’elle a décroché ce poste de serveuse dans un bar, nous passons de moins en moins
de temps ensemble. Il faut dire que je suis moi-même très occupée entre les cours et mon travail
à mi-temps dans un fast-food. On se voit à peine pendant le cours d’espagnol qu’on a en commun
à l’université. J’avoue que cette séparation me pèse un peu. En fait, elle me manque beaucoup…
– Ça y est ! J’ai fini.
Je reviens sur terre quand les doigts de ma tante glissent entre mes mèches noires, maintenant
lisses et brillantes.
– Merci, Tía ! Tu as vu, Abuelita, on dirait que rien n’a été coupé, m’extasié-je en lui montrant ma
longueur.
Pendant que ma grand-mère pouffe dans son journal, ma tante prend mon visage entre ses
paumes et dépose quelques baisers sur mes joues, mon nez et mon front.
– Bon, ris-je en me détachant d’elle, je dois vraiment y aller. Bisous, Abuelita ! Bisous, Tía !
Je dépose un baiser sur leur front – un rituel depuis que je suis toute petite –, puis je file vers la
porte d’entrée. Après avoir mis mes chaussures, je sors mon mascara et en applique une dernière
touche.
– Décidément, rit ma grand-mère en secouant la tête, cette petite est bien de la famille. Carmen,
tu te rappelles quand ta sœur et toi, vous vous maquilliez dans mon dos ? Vous nous rendiez
fous, votre père et moi !
Même si ma passion pour la beauté est née avec Paloma, j’aime me dire qu’elle me vient aussi un
peu de ma mère… Et Abuelita sait que j’adore quand elle nous compare, toutes les deux. J’ai
perdu mes parents à l’âge de trois ans, et tout ce qui me reste d’eux est quelques souvenirs flous,
et ces bribes d’informations que ma grand-mère me donne parfois.
Après un dernier sourire à l’attention de ma famille, j’attrape mon sac en cuir noir un peu gonflé à
cause de mon uniforme de travail, et je sors de l’appartement.
En avançant sur le trottoir, je prends un instant pour observer mon quartier. Nous sommes
coincées dans ces ruelles étroites entre des casas délabrées qui témoignent de nos vies assez
pauvres. Les bâtiments ne sont pas hauts, mais ils sont divisés en plusieurs familles. On
s’entasse dans quelques petites pièces pour survivre, le temps que la vie nous offre de meilleures
opportunités. La peinture s’écaille sur ces façades colorées, maintenant parsemées de graffitis.
Ici, les cartels commencent lentement à refaire la loi. Les trafics de drogues se profilent
sournoisement sous nos yeux, et je vois des jeunes avec qui j’ai grandi sombrer dedans.
Alors que je tourne devant le marché, je manque de heurter M. Suarez, un de mes voisins. Il tient
le Malu, la petite supérette du quartier où on a travaillé, Paloma et moi, quand on était plus jeunes.
En guise de salaire, il nous donnait toujours une tonne de bonbons. On s’en contentait avec joie !
– Valentina ! Regarde où tu marches, je ne t’avais pas vue, s’exclame-t-il.
– Désolée, monsieur Suarez, j’étais perdue dans mes pensées.
Il grommelle dans sa large moustache contre les jeunes, ce qui me fait rire. Je l’adore, M. Suarez !
Paloma et moi, on a même essayé de jouer les entremetteuses entre lui et Abuelita, sans succès.
On a vite compris qu’elle ne pourrait jamais oublier mon grand-père, son premier amour.
– Tu vas au travail, c’est ça ?
– Oui, je dois rejoindre mon arrêt de bus. Je suis même un peu en retard.
M. Suarez écarquille les yeux et me pousse presque pour m’obliger à accélérer.
– Cours, alors, ma fille ! Et surtout, fais bien attention à toi, me conseille-t-il.
Je lui souris et presse le pas jusqu’à l’arrêt de bus, enjambant les déchets qui s’entassent. Alors
que je monte de justesse dans le bus rouillé, je ne peux que constater que les rues de Tepito ont
bien changé. Ce qui était déjà un quartier pauvre devient un lieu de misère et de peur.
Un lieu que je veux fuir.
En poussant la porte du fast-food, je constate qu’il n’y a pas beaucoup de clients. La soirée
s’annonce tranquille. Je traîne des pieds jusqu’à l’accueil où je salue Perla, debout derrière la
caisse, qui fait des bulles avec son chewing-gum. Elle me répond d’un hochement de tête en
réajustant le petit micro devant sa bouche. Je passe le comptoir pour aller vers les vestiaires et
remarque qu’elle est au téléphone avec son copain. Elle sait qu’elle n’en a pas le droit, mais
quand notre manageur, Enzo, n’est pas là, elle s’autorise pas mal de choses. J’aimerais avoir son
audace.
– Ne perds pas ton temps à regarder le planning, m’annonce-t-elle, Enzo a demandé qu’on fasse
l’inventaire.
– T’es pas sérieuse ? Il a dit ça quand ?
– Il y a dix minutes, sur le groupe.
Elle hausse les épaules avec une expression résolue, puis me tourne le dos pour reprendre sa
conversation avec son petit ami. Dépitée, je pousse la porte des vestiaires et découvre
qu’effectivement, le planning a été refait.
Bon sang… Je risque de terminer bien après minuit !
Un soupir de frustration m’échappe. Mais pourquoi s’étonner ? Bien sûr qu’Enzo allait profiter de
son déplacement pour nous coller ça dans les pattes et y échapper !
Quand je jette un coup d’œil à l’horloge, il est plus de 1 heure du matin et je viens tout juste de
terminer de me changer dans le vestiaire. C’est rare qu’on finisse aussi tard, sauf les soirées
d’inventaire. Au moins, je suis tranquille jusqu’à l’année prochaine !
Alors que j’enfile ma veste, je me sens lessivée par cette journée. J’essaie d’ignorer l’odeur de
friture sur mes vêtements et d’oublier l’attitude désagréable de certains clients. Ce travail me
pèse, mais pour le moment, je me dois de subir cette situation. Il faut bien que quelqu’un
subvienne à nos besoins. Abuelita n’est plus en mesure de travailler avec son mal de dos, même
si elle fait de son mieux pour m’aider. Depuis quelques mois, elle brode de petits ponchos pour les
voisins. M. Suarez lui a installé un stand à l’entrée de sa supérette. Ce n’est pas suffisant, mais ça
nous rapporte quelques pesos en plus.
Bientôt, tout ça va changer. Je suis plus que prête à quitter cette ville dans laquelle je me sens
emprisonnée. Mon objectif est clair : obtenir mon diplôme d’architecte et partir aux États-Unis avec
ma grand-mère, ma tante et ma cousine. Je nous offrirai une meilleure vie.
Une fois que j’ai fini de m’habiller, je traîne des pieds jusqu’à la badgeuse, puis quitte les lieux
après un signe de main à Perla qui rejoint son petit ami sur le parking.
La brise fraîche caresse mon visage alors que je me dirige vers la station de bus. J’attends
désespérément le moment où je plongerai enfin dans mon lit. Paloma doit bientôt finir son service,
elle aussi. Je ne suis encore jamais allée la voir, car nos horaires ne sont pas vraiment
compatibles, mais ce soir, j’aurai juste à faire un détour… Je sais qu’elle travaille dans le quartier
Roma Norte, au Casa Ramba. Et puis, ce sera l’occasion de satisfaire ma curiosité !
Sans hésiter, je monte dans le bus qui passe par l’ouest de Mexico et m’assieds derrière le
chauffeur. Un sentiment de malaise s’immisce sous ma peau, car les deux hommes installés dans
le fond parlent fort et me semblent très alcoolisés. Tant qu’ils ne font pas attention à moi, tout va
bien, mais je reste en alerte, comme chaque soir.
Bercée par l’allure du véhicule, je colle ma tête contre la vitre à ma gauche.
J’expire lentement. J’aurais probablement dû rentrer tranquillement chez moi, et passer chez
Paloma demain matin. Je ne sais pas ce qui m’a pris…
En déglutissant, je me dis que dans cette ville, personne n’est à l’abri. Entre les règlements de
comptes de cartels et les différents trafics qui incitent les plus jeunes à choisir l’argent facile,
survivre à Tepito n’a jamais été facile.
Aujourd’hui, la ville est sous la coupe du cartel Rivera, mais celui des Cruz est en train de prendre
de l’ampleur…
Chapter 190
Chapitre 37 - Historia de un Amor - Valentina
Chapter 192
Chapitre 38ObservationValentina– …entends ? Je ne veux pas rester ici plus longtemps. Je veux
[Link] chuchotement de cette voix féminine me sort doucement de mon sommeil. Je cligne
plusieurs fois des yeux, mais garde la tête enfoncée dans l’oreiller.– Avec ce qui se trame en ce
moment, tu ne vas nulle part, [Link] fois-ci, je reconnais l’intonation intransigeante de
Preto. Qu’est-ce qu’ils font dans cette chambre ? Je me fige et hésite à manifester ma présence,
mais leurs messes basses reprennent déjà :– Tu sais très bien que je suis plus en danger ici, avec
toi, que loin de tout ça.– Justement, je ne pourrai jamais intervenir si tu retournes à
Polanco.– Personne ne saura que je suis là-bas, enfin ! Je serai avec mon fiancé et on ne
pensera même pas à me [Link] moment me paraît si intime que je me recroqueville sur moi-
même. Dès que j’amorce un mouvement, la conversation cesse. Après quelques secondes
d’attente, je finis par me redresser dans le lit et tombe sur deux paires d’yeux bleus tournés vers
[Link] tient un T-shirt qu’il vient de sortit de la [Link], c’est sa chambre ? Est-ce
que… Est-ce que je dors dans son lit, là ? Personne ne dit un mot, mais je me sens rougir à vue
d’œ[Link], Preto se tourne vers sa sœur, l’expression sévère.– On en reparlera plus tard,
décide-t-il en refermant le [Link] l’incite à sortir, puis lui emboîte le pas. S’il ne se retourne pas sur
moi, ne serait-ce que pour m’expliquer pourquoi il ne pouvait pas attendre que je me réveille pour
venir ici, Bianca, elle, a la gentillesse de me lancer :– Valentina, le déjeuner est prêt !Ils laissent la
porte ouverte, alors j’entends Bianca revenir à la charge et insister pour avoir le droit de partir. Si
elle n’obtient pas gain de cause, je ne vois pas comment je pourrais avoir une chance…Il ne reste
plus que deux jours. Deux jours à vivre dans cette maison, comme si tout était normal. Deux jours
loin de ma famille. Deux jours à survivre au milieu de ces tueurs. Je joins mes paumes et
demande au Seigneur que cette fois-ci, ce soit la bonne. Ce seul et unique espoir me permet de
tenir le coup, mais mon cœur reste lourd quand je termine ma prière. Désormais, chaque fois que
je parle à Dieu, je lui demande de prendre soin de l’âme de ceux qui n’ont pas eu ma chance :
Paloma et M. [Link]ès une longue douche dans la salle de bains du premier étage, où
Bianca a déposé de nouvelles affaires à elle, je me rends directement dans la cuisine.
Malheureusement, j’ai le malheur d’y trouver le seul que j’évite comme la peste : l’assassin de
M. [Link] me fige dans l’embrasure de la porte, alors que ses iris gris se lèvent vers moi. Je
n’ose plus bouger, même quand il décide de m’ignorer et de reprendre son activité comme si de
rien n’était. Le cliquetis de ses doigts contre les touches de son clavier résonne au rythme effréné
des battements de mon cœur.– Je n’ai aucune intention de te faire du mal, articule-t-il sans lever
les yeux de son é[Link] problème, c’est que je sais de quoi il est capable et je ne le crois pas.
Les images de son meurtre tournent en boucle dans mon esprit, jusqu’à me donner la nausée.
Peu téméraire, je renonce à l’idée de rester là et recule, dans la perspective de retourner entre les
murs protecteurs de la chambre.Néanmoins, mon dos cogne contre un torse musclé, et deux
mains me retiennent par les épaules.– Qu’est-ce que tu fais ? souffle la voix grave de Preto dans
mon oreille.– Je…Une vague de chaleur naît dans ma poitrine et monte jusqu’à mes joues.
J’hésite à m’éloigner de Preto, mais ça signifierait me rapprocher d’Esteban, et mon corps s’y
refuse. Esteban me lance un rapide coup d’œil, ça ne dure qu’une seconde, mais ça suffit à me
faire défaillir. D’instinct, je recule et bute de nouveau contre le corps de Preto.– Qu’est-ce…
commence-t-il, avant de s’interrompre quand Esteban ferme précipitamment son [Link]
dernier se lève, rassemble ses affaires et vient vers nous. Contrairement à son frère, il n’affiche
aucune expression. Loin de la joie de vivre de Sebastian, lui arbore une froideur qui me rendrait
triste si je ne savais pas qu’elle dissimule une telle cruauté.– Attention, il va falloir que je passe
devant toi, me [Link] fais un pas précipité sur le côté et lui libère l’accès. Il sort ainsi de la cuisine
sans m’avoir approchée à plus de deux mètres, et ne m’adresse pas un mot ni même un regard
de [Link] se tourne pendant plusieurs instants vers le salon, là où est parti Esteban, puis
reporte son attention sur moi en levant un sourcil interrogateur.– Hum… Il… Il me fait un peu peur,
expliqué-[Link] silence retombe entre nous sans qu’il cherche à en savoir [Link] l’observe se
servir une tasse, une main appuyée sur la surface lisse du comptoir. Il me tourne le dos, me
laissant tout le loisir de détailler ses larges épaules et le tatouage qui remonte dans sa nuque. Son
T-shirt ne me permet sûrement d’en entrevoir qu’une infime partie et je me surprends à me
demander à quoi ressemblent ses entrelacs d’encre noire dans leur ensemble…Quand sa tête
pivote légèrement vers moi, mon cœur fait un bond. J’ai l’impression qu’il peut lire sur mon visage
mes dernières pensées, alors je baisse la tête et me dirige vers l’évier. Nerveuse, je m’approche
de l’égouttoir pour prendre une assiette propre, puis me dirige vers les plaques éteintes où sont
déposées les différentes casseroles encore chaudes. Je sais qu’il m’observe encore, et ça me
rend affreusement maladroite. Alors que je veux me servir, la moitié des œufs brouillés tombe sur
le plan de [Link] nuée de tatouages noirs envahit soudain mon champ de vision. Sans un
mot, Preto, dont je sens l’aura juste derrière moi, essuie la plaque avec une éponge. J’écarquille
les yeux, sans oser faire un geste. Ce type pourrait me tuer, là, dans une heure, ou demain, mais
dans les battements de mon cœur, il n’y a pas seulement de la peur. Je ressens… autre
[Link] mes sens s’[Link] lâche la cuillère d’œufs et reprends mon assiette à deux
mains, mais inévitablement, alors qu’il terminait d’essuyer le plan de travail, nos doigts
s’effleurent. Je chasse les sensations qui me submergent en fermant les yeux et le pousse
presque de ma trajectoire en reculant.À peine suis-je assise au comptoir, alors que j’avise mon
assiette à moitié remplie, qu’on dépose un verre propre devant moi. Je lève la tête et rencontre les
yeux perçants de Preto. Il ne s’assied pas, mais recule jusqu’à ce qu’il bute contre l’évier derrière
lui. Et il reste là, une main appuyée contre le plan de travail, son regard rivé sur moi.J’essaie de
ne pas me décomposer, d’ignorer le malaise qui me gagne, mais il me rend la tâche sacrément
difficile. Même si je commence à piocher timidement dans ma nourriture, sa présence dominante
me submerge. À chaque bouchée, je me sens scrutée de la tête aux [Link]’est-ce qu’il
cherche ?Je plonge mes yeux dans les siens, comme si ça allait l’inciter à arrêter. Il avale
doucement quelques gorgées de son café, mais n’abandonne pas son observation. Ses paupières
se plissent, c’est infime, mais suffisant pour que je le remarque. Sous la douce lumière matinale
qui passe à travers les fenêtres, ses tatouages semblent se mouvoir. Je suis persuadée qu’ils
racontent tous une histoire bien particulière, et j’ai presque envie de savoir ce qu’ils lui disent…
Pour la première fois, je me rends compte que je ne le vois pas comme un [Link] calme de la
cuisine et ce dialogue silencieux entre nous me donnent envie de tenter une première
approche :– Est-ce que je peux appeler ma grand-mère ?Sa réponse fuse et anéantit mes
espoirs :– Pour le moment, [Link] ne montre aucune émotion, mais je n’en attendais pas de lui.
Malgré la forte déception qui hante mon cœur, je ne suis pas surprise. Je n’espère pas qu’il fasse
quoi que ce soit pour moi maintenant, mais je veux une garantie, celle qu’il tiendra la parole qu’il
m’a donnée quand je lui ai dit où trouver la drogue.– Après, tu me laisseras bien partir, hein ?– Si
j’obtiens tout ce que je veux, [Link] cligne lentement des yeux. Pendant une seconde, j’ai la
sensation que son masque d’indifférence se relâche, alors je déglutis et ose demander :– Et
qu’est-ce que tu veux, exactement ?– Je veux mettre la main sur ma cargaison. Et si elle ne
m’attend pas sagement auprès d’Abel, je vais mettre la main sur le type qui t’a rencardée et lui
faire cracher le morceau. J’aurai donc besoin de toi sur place pour me le dé[Link] suis terrifiée
par l’idée d’être impliquée dans ce plan plus que foireux, mais en même temps, je sais que c’est la
chance qui me permettra de retrouver une vie qui pourrait se rapprocher de la normale… Si je
dois aider Preto et les siens pour obtenir ma liberté, alors je le ferai. En revanche, j’espérais ne
pas avoir à lui livrer Alexis sur un plateau pour ça. Après tout, flic ou ennemi, ce type m’a quand
même sauvé la vie.– Mais… même si tu le trouves, pourquoi il te dirait quoi que ce soit ?Preto
m’adresse un sourire sans joie, puis secoue la tête.– Je pense que toi plus que quiconque, tu as
une très bonne idée des moyens que je peux employer pour faire parler quelqu’[Link] ne me lâche
pas des yeux, alors que je déglutis péniblement. Préférant ne pas revivre, à travers mes
souvenirs, tous les moments traumatisants qu’il m’a fait endurer, je baisse les yeux sur mon
assiette et plante ma fourchette dans mon omelette.– Tu as l’air d’être une fille intelligente, souffle-
[Link] cœur s’emballe alors qu’il poursuit :– Pourquoi tu t’es mise dans une telle situation ?Ma
fourchette reste suspendue devant ma bouche. Comment expliquer que pour ma cousine, j’étais
prête à tout ? Aucun mot ne me vient. Aujourd’hui, rien ne semble valoir l’enfer que j’ai vécu mais
à l’époque, comment j’aurais pu imaginer tout ce qui arriverait ?Et puis, pourquoi s’intéresse-t-il
soudain à mes motivations ? Rien ne transparaît sur son visage, il ne fait que boire de temps en
temps quelques gorgées de café et attendre.– Je…Je dépose ma fourchette sur mon assiette, la
boule au ventre, mais je décide de lui répondre :– Je pensais à notre survie.– Et tes pensées t’ont
menée tout droit dans la gueule du loup, Ojos verdes.– Je sais, soufflé-je [Link] dos
s’écrase contre le dossier du tabouret. Tandis que le silence nous berce tous les deux, je me
risque à lui demander :– Et toi ?Preto lève lentement un sourcil. Pour éviter de me dégonfler, je
me dépêche de continuer :– Enfin, je veux dire… Pourquoi avoir choisi cette vie ?Mon cœur
tambourine violemment dans ma poitrine. J’ai l’impression que la tension devient légèrement
brûlante et son regard me dit qu’en effet, je devrais me montrer plus prudente. Je crois que j’ai
dépassé ses limites.J’abandonne l’idée qu’il me réponde un jour, et me redresse précipitamment
pour jeter le reste de mon assiette. Mieux vaut prendre la tangente tant qu’il ne s’est pas encore
énervé et retourner sagement dans la chambre. Alors que je dépose la vaisselle sale dans l’évier,
Preto vient lui aussi y mettre sa tasse. Nos mains s’effleurent de nouveau et alors que je cherche
à m’éloigner, ses doigts caressent l’intérieur de mon poignet. Je me fige, choquée par notre
soudaine proximité. Mes yeux cherchent les siens, mais je reste incapable de déchiffrer l’émotion
qui l’[Link] rompt le silence en murmurant :– Ne compte pas deux fois sur ta chance, Ojos
verdes. Si tu veux survivre, sois beaucoup plus maline et réfléchis [Link] calme dans sa voix me
trouble. Est-ce un conseil ou une menace ? Peut-être les deux. La sensation de sa paume chaude
contre ma peau me paralyse. Je ne sais pas ce que je dois faire, perdue dans le bleu azur de ses
yeux.– [Link] bulle éclate brutalement, alors que Ruben s’invite dans la cuisine. Preto
s’empresse de me lâcher. Nous tournons la tête vers la porte. Les yeux sombres de Ruben
jonglent de Preto à moi, et son froncement de sourcils accentue les tambourinements de mon
cœur.J’ai l’impression qu’il a tout vu. Voir quoi, je n’en sais rien, mais il y avait sans nul doute
quelque chose à remarquer.– On t’attend, annonce Ruben d’une voix [Link] jette un regard
rapide à sa montre et son sourcil s’arque une fraction de seconde. Il acquiesce silencieusement et
sans un regard de plus, il quitte la cuisine pour rejoindre son [Link], je reste plantée là, la main
sur ma [Link]’est-ce qu’il vient de se passer ?
Chapter 193
Chapter 194
Chapitre 39BientôtPretoAlors que la Jeep roule à toute vitesse sur l’autoroute, la brise fraîche qui
s’infiltre à travers ma vitre légèrement entrouverte ne me fait pas vraiment de bien. La route est
chaotique aujourd’hui, les klaxons ne cessent de gronder, mais je laisse tout de même mon regard
se perdre sur les contours de la ville qui se dessine à l’horizon : [Link] main sur le volant,
l’autre qui soutient ma tête, je sens mes paupières s’alourdirent. Je me rends compte de
l’épuisement qui s’est accumulé au fil des jours.À ma droite, Ruben, qui n’a pas dit un mot du
trajet, profite du bouchon pour allumer une cigarette. Il ouvre grand sa fenêtre et laisse sa main
pendre à l’extérieur. Par moments, il se renferme sur lui-même sans nous donner de raisons, puis
quelques heures plus tard, il se remet à parler normalement. Alors que l’odeur s’infiltre dans la
voiture, je préfère donc l’ignorer et lève les yeux dans le rétroviseur. Bianca, assise à l’arrière, a
collé sa tête contre la vitre.– Tu peux arrêter de fumer, s’il te plaît, Ruben ? [Link]
attendre, Ruben aspire une dernière taffe, puis jette sa [Link] poursuivons dans un
silence religieux et arrivons, une vingtaine de minutes plus tard, au cœur de la ville. Polanco, par
ses quartiers résidentiels, contraste brutalement avec la pauvreté de Tepito. Les arbres qui
bordent la route, la propreté des trottoirs et les bâtiments modernes n’ont rien à voir avec les
favelas et les déchets qui s’entassent dans mon quartier [Link] gare la voiture devant
l’immeuble en pierre rouge où vit Aaron Maignan, le fiancé de Bianca. Debout sur le trottoir, les
bras croisés, il observe ma manœuvre alors que sa jambe vibre nerveusement. Son visage
s’apaise légèrement quand il repère ma sœur, à l’arriè[Link] dois reconnaître qu’il est tout ce que
je ne suis pas : la paix. Pour Bianca, il représente un point d’ancrage. Il est le symbole de calme et
de justice dont elle a toujours rêvé.À peine ai-je relevé le frein à main qu’elle sort de la voiture.
Aaron vient à sa rencontre et la prend immédiatement dans ses bras. Leur étreinte est brève, mais
je sens leur soulagement quand Aaron dépose respectueusement ses lèvres sur le front de ma
sœur. Ici, il s’agit juste d’un geste d’affection, mais dans notre monde si noir et abyssal, c’est
quelque chose que Bianca n’a jamais [Link] m’approche d’eux et serre la main d’Aaron avec un
hochement de tête. Je n’ai rien à reprocher à cet homme. Ils se sont rencontrés à l’hôpital où ma
sœur est infirmière. Il est médecin, la traite bien, il lui offrira une belle vie. Il a mon respect pour
ça.– Merci, de me l’avoir ramené, [Link] hoche simplement la tête. Tant que ma sœur est
en sécurité, c’est tout ce qui m’[Link] se tourne vers moi et m’adresse un petit sourire
triste, délicat et discret. Je suis incapable de le lui rendre, mais elle le sait déjà. La porte de mon
coffre claque, juste avant que Ruben passe à notre hauteur avec les deux grosses valises que ma
sœur avait prises. Toujours aussi renfrogné, une cigarette pas encore allumée entre ses lèvres, il
nous ignore et monte les bagages jusque devant la porte vitrée de l’immeuble.– Merci Ruben, dit
[Link] bras droit grogne pour seule réponse et se dépèche de retourner dans la voiture.
Aaron fronce les sourcils, sûrement perturbé par sa brusquerie, mais Bianca détourne son
attention en s’avançant devant moi.– Bon… Mon frère, on se revoit bientôt ?J’entends dans le ton
ému de sa voix qu’elle sait déjà que je ne peux pas lui répondre. Avec la vie que je mène,
aujourd’hui pourrait être mon dernier jour ici-bas et ça aussi, elle en a conscience. Qu’elle se
tienne le plus loin possible de moi, comme notre mère, et mieux elle s’en portera.Même si elle
voudrait m’avoir davantage à ses côtés, Bianca sait qu’aucun Cruz ne reste jamais trop
longtemps. On finit irrémédiablement par s’en aller. Et on ne revient pas [Link] recule d’un
pas, imprimant le visage de ma sœur dans mon esprit pendant qu’elle agite sa main devant elle
pour me dire au revoir. Je tourne le dos et rejoins Ruben dans la voiture alors qu’il allume déjà sa
cigarette.
– Esteban, tu as pu récupérer l’accès à la vidéosurveillance de l’hôtel avec les codes que Ricardo
a envoyés ?Je me poste devant lui, attendant sa réponse. Il ne me regarde jamais dans les yeux
quand je fais ça.– On aura une fenêtre d’entrée de quinze minutes, me répond-il en manipulant
son ordinateur. Je vais pouvoir simuler une panne et mettre les caméras hors service pendant ce
laps de temps.– T’as quoi de nouveau sur Abel ? demandé-je à Ruben.– Il y sera, sans aucun
doute. Y’a eu du mouvement de leur côté hier soir et plusieurs hommes sont remontés de Puebla
à Mexico. D’après ce qui se dit, c’est toujours le même discours : il veut prouver à Angel Cortès
qu’il peut revenir dans la [Link] sens ma mâchoire se contracter. Abel a failli me la mettre bien
profond, rien que pour lécher le cul d’un mec qui le considère comme une merde. Une énième
erreur de calcul de ma part… Sans les informations de Valentina, ce salopard aurait signé ma
perte. Maintenant, c’est sûr, je vais devoir gravir seul cette montagne de cocaïne !Dans le salon,
une grande tension règne. J’ai réuni tout le monde pour planifier l’assaut dans le Gran Hotel del
Sol et ce n’est pas une mince affaire : retrouver la cargaison, buter Abel et Salomon et au
passage, mettre la main sur cet Alexis qui est bien trop rencardé sur notre milieu pour son propre
bien.– Les Cortès, on ne s’en occupe pas pour le moment, déclaré-je depuis l’accoudoir d’un des
canapés.– Trop gros poissons, confirme Ruben. On risquerait de se mettre des bâtons dans les
roues bêtement.– Par contre, Salomon doit repartir avec une balle dans la tête. J. J, je vous veux,
toi et ton frangin, pour couvrir les sorties de secours du bâtiment. Et signalez-moi les allées et
venues de toutes les têtes qui ne vous reviennent pas.J.J., avec ses cheveux noirs et bouclés un
peu en bataille, se tient droit, son regard vert foncé analysant chaque mot qui sort de ma bouche.
À côté, son frère, Daniele, plus avachi sur le canapé, masse son menton qui laisse apercevoir une
cicatrice discrète. Lorsqu’il hoche la tête, son pendentif en forme de dent de requin se balance
[Link] Sebastian et Esteban, J.J. et Daniele ont tendance à toujours travailler en
binôme. Ils savent déjà ce qu’ils ont à faire, mais j’ai la sale sensation que tout peut foirer comme
à chaque fois depuis ces derniers jours.– Preto, m’appelle Sebastian en secouant son téléphone
devant nous, Barbara a confirmé pour les armes, elle t’attend à 17 h [Link] hoche la tête et
poursuis :– Je veux être le premier informé de l’arrivée d’Angel, d’Abel et de Salomon.– On dit
qu’il y aura aussi Billy Bruce à la petite fête, nous prévient Daniele.– Non mais, sérieux ? s’étonne
Paco. Ils vont vraiment tous prendre le risque de se réunir au même endroit ?– Le Gran Hotel del
Sol n’est pas le lieu le plus sécurisé de la ville pour rien, et je…Je m’interromps lorsque la petite
silhouette de Valentina apparaît dans le salon. Quelques gouttes d’eau perlent sur ses cheveux
noirs et mouillent le T-shirt qu’elle porte et qui dessine maintenant ses courbes. Mal à l’aise à
cause des nombreux regards sur elle, elle recule d’un pas. Je lève un sourcil pour
l’interroger.– Je… Cuisine ? me lâche-t-elle en pointant du doigt la porte derrière moi.– Dépêche-
[Link] réagit immédiatement et se hâte de traverser le salon. Chacun suit le rythme de ses pas,
jusqu’à ce qu’elle s’[Link], je retrouve l’attention de mes hommes en affirmant d’une
voix ferme :– Ce soir, on reprend la cocaïne qui nous a été volée. Il faut qu’on soit malins et qu’on
ne laisse rien au hasard, compris ?Je n’écoute pas réellement leur réponse affirmative. Mon
regard se perd vers la porte close de ma cuisine, et je me surprends à penser que, mouillés, les
cheveux de Valentina m’ont paru deux fois plus noirs.
Chapter 195
Chapter 196
Chapitre 40 - Caprice - Valentina
Chapitre 40CapricePretoMa bouche s’ouvre dans un bâillement incontrôlable que je couvre avec
mon poing. Les paupières lourdes, je cligne des yeux à plusieurs reprises pour ne pas manquer
les informations écrites devant moi. Esteban m’a imprimé des fiches sur les différents participants
recensés de cette réunion et je termine ce résumé avec celle de cet enfoiré d’[Link] lumière du
jour filtre à travers la fenêtre ouverte et baigne la bibliothèque d’une atmosphère orangée. Je me
masse le front avant d’étendre le bras pour regarder l’heure sur ma montre. Bientôt 17 heures. Je
rassemble mes documents avant de me lever du sofa pour les ranger dans mon bureau. Dans le
salon, il ne reste que Paco qui s’affaire sur son arme et Daniele qui s’accorde une sieste avant le
départ. Les autres sont dans leur famille ou en train de mettre au point les derniers détails du plan.
D’ici la nuit, nous lancerons un assaut qui signera la fin de ce cartel ou bien un nouveau départ.
Comme me le rappellent les ronflements de Daniele, je ne suis pas le seul à être épuisé. Tous
sont sur le pied de guerre depuis des jours et cette tension perpétuelle a, peu à peu, raison de nos
nerfs. Seulement, nous n’avons pas le [Link] n’ai pas le [Link] calme paisible me paraît
presque étrange. Il me donne une illusion de paix, mais de paix qui ne va pas durer. Je monte
l’escalier et longe le couloir jusqu’à ma chambre. J’ouvre la porte sans toquer, surprenant
Valentina assise sur le rebord de la fenêtre, ses bras autour de ses cuisses. Elle ne se tourne pas
vers moi, mais la tension dans ses muscles me garantit qu’elle m’a parfaitement entendu. Même
si je ne vois pas son visage, j’avise sa chevelure noir de jais qui dévale son dos. Peut-être qu’elle
s’imagine retrouver la liberté derrière cette vitre. Mais tant que je n’aurai pas ma drogue, elle n’ira
nulle [Link], elle finit par tourner la tête vers moi et le vert de jade de ses yeux semble
chercher à pénétrer mon âme. De toutes ses forces. Combien de temps cette ardeur dans son
regard durera ? Pendant quelques secondes, une bataille silencieuse fait rage, me faisant
presque lever un sourcil. Qu’espère-t-elle trouver ?Je reviens sur terre en secouant légèrement la
tête et lui ordonne :– [Link] attendre, sans hésiter ni protester, elle obéit. Je sais bien
qu’elle a peur de moi, sa réactivité me le prouve, mais elle le camoufle de mieux en mieux à
mesure que les jours défilent.– Qu’est-ce qui se passe ? me demande-t-elle d’une voix [Link]
ne réponds rien et lui fais signe de me précéder dans le couloir. Lorsqu’elle me frôle pour sortir, je
sens involontairement le parfum de mon gel douche sur sa peau. J’inspire profondément, et je
n’aime pas ça, surtout quand elle se retourne vers moi pour m’observer, sourcils froncé[Link]
referme la porte sans un mot, malgré sa perplexité.– C’est déjà l’heure ?– On doit faire un détour,
précisé-[Link] nous manque encore des armes, mais Barbara, toujours aussi efficace, est parvenue
à les acheminer ici en moins de deux jours. Comme je dois aller les récupérer en personne et que
je me rendrais ensuite directement au Gran Hotel del Sol, je préfère garder ma voleuse sous
[Link] je nous fais sortir de la maison, je sens bien son soulagement et je
comprends, aux coups d’œil anxieux qu’elle envoyait à Paco et Daniele depuis l’entrée, qu’elle
espérait ne pas monter en voiture avec [Link] chaleur du soleil qui se couche projette quelques
nuances d’orange sur mon véhicule. Alors que je fais le tour de la Jeep pour me mettre au volant,
je remarque l’hésitation de Valentina, qui reste sur le trottoir, les bras croisés.– N’essaie pas de
fuir, l’avertis-je en m’installant sur mon siè[Link] relève les yeux sur moi et, comme pour me
prouver que je me trompe, ouvre sa portière, monte dans l’habitacle, puis se dépêche d’attacher
sa ceinture.– Je ne le ferai pas, affirme-t-elle d’une voix basse.– [Link] démarre le moteur et
commence à m’engager sur la [Link] trajet se déroule en silence, sous les teintes presque
irréelles du ciel, jusqu’au quartier de Volcán. Le calme laisse alors place à la musique qui inonde
les rues. Ici, comme à Tepito, on respire la désolation, la précarité et le crime. Les immeubles sont
enserrés et les habitants semblables à des milliers de fourmis, piégés dans la pauvreté. Ma
voiture subit plusieurs secousses à cause des irrégularités de la route. Je finis par reconnaître la
façade grise délavée de l’immeuble dans lequel ma cousine m’a donné [Link] me gare
sur une place vide dans la rue d’en face et sors mon arme qui était coincée dans mon dos.
Valentina commence doucement à enlever sa ceinture, tout en me lançant des regards
anxieux.– Tu marches toujours près de moi, lui ordonné-je en vérifiant le chargeur de mon
[Link] pince les lèvres.– Et un conseil : ne regarde aucun homme dans les [Link] n’est pas
l’endroit idéal pour commettre des erreurs, et j’aimerais éviter d’en faire ici.– Je ne comprends pas
ce qui se passe, m’avoue-t-elle, confuse.– Je t’ai demandé deux choses et comprendre n’en fait
pas [Link] cache mon arme sous mon T-shirt alors que, d’indignation, ses sourcils se lèvent. Si
elle était un peu moins terrifiée par ma présence, je suis sûre qu’un « cabrón1 » sortirait de ses
lèvres.– Allez, bouge.À peine ai-je ouvert ma portière que le chaos de la favela nous arrive. Entre
le bruit assourdissant des klaxons, les cris des enfants qui courent et le rire rauque des hommes
rassemblés sous un arrêt de bus pour fumer et boire des cafés, je ne m’entends plus penser. D’un
geste de la main, je demande à Valentina de me rejoindre. Elle obéit et se colle presque à moi
quand un vendeur de rue la [Link] vérifie la route avant de traverser un peu à la sauvage, la
voleuse dans mon sillage. Des mélodies familières s’échappent des radios usées et l’odeur de la
street-food se colle très vite à nos vêtements. Je soulève un linge suspendu à des fils de fer allant
d’une fenêtre à une autre, puis nous arrivons devant le bâtiment délabré.Je franchis la porte qui
proteste dans un grincement sonore, puis invite Valentina à passer devant moi. Elle guette le hall
d’entrée, méfiante, donc je la pousse un peu vers la cage d’escalier. Une forte odeur de renfermé
se mêle à celle de la peinture fraîche, mais face aux murs décrépis, je suis incapable de
déterminer d’où viennent les [Link] étages plus tard et après avoir allumé une cigarette, je
repère les « gardes » de Barbara, deux abrutis toujours bêtement postés devant la porte de cet
appartement. L’un, assis sur une chaise, ayant probablement du mal à supporter son propre poids
trop longtemps, et l’autre, adossé au mur, se tournent de concert vers nous dès qu’on apparaît
dans le couloir. Ils connaissent mon visage, donc dès que je m’approche, le bodybuilder m’ouvre
respectueusement la porte.– Où est Barbara ? lui demandé-je.D’un geste de la tête, il
m’indique :– Dans le salon, [Link] main de Valentina frôle mon bras lorsque je nous fais
entrer dans cet appartement désordonné. Une dizaine de gars nous observent et personne n’est
ici pour plaisanter. Seulement, tous savent que Barbara Cruz est ma cousine, alors ils s’écartent.
Nous arrivons dans le salon, Valentina s’attardant sur ceux qui sortent des armes de grandes
caisses en bois, la cigarette aux lèvres. La décoration est ancienne, presque vintage. Un papier
peint à fleurs fanées couvre les murs et une vieille télévision trône sur une commode en bois.À
cause des différentes activités qui se jouent dans la pièce, entre ceux qui comptent les billets et
ceux qui rangent les armes, je ne repère pas immédiatement ma cousine, cachée dans un recoin.
Elle donne des consignes à trois hommes en costume et son expression ne laisse aucune place à
la négociation.– Suis-moi, dis-je à Valentina en sortant la cigarette de ma [Link] me focalise
sur Barbara. Cette fois vêtue de cuir, elle laisse son Glock bien apparent, légèrement enfoncé
dans la ceinture de son pantalon, et boit un verre de whisky, y laissant des traces de rouge à
lèvres. Quand elle se rend compte de ma présence, elle affiche un sourire aussi resplendissant
que faux.– Mon cher cousin, s’é[Link] pointe de moquerie dans sa voix me donne des
frissons de dégoût.– Les armes, lançai-je, pour couper court à son cinéma.– Toujours aussi froid,
rit-elle. J’ai tout ce que tu as demandé. Et plus même, si ça te dit !Je lève un sourcil et elle
m’indique des caisses ouvertes sur les tables basses. Je m’approche, la clope toujours
incandescente entre mes lèvres, et jette un coup d’œil à Valentina. Visiblement anxieuse, elle
plonge dans un état d’hypervigilance, guettant le moindre mouvement autour d’[Link] désigne
une caisse de AK-47 et demande :– Ajoutes-en deux à ma commande. Et deux cartons de
[Link] hoche la tête et claque des doigts vers l’un de ses gars pour qu’il aille faire les
ajustements.– Tu prépares un gros coup, Preto. Encore des problèmes ?Je lui lance un regard en
biais. Sa question n’a que pour but de jouer avec mes nerfs et ne pas lui répondre est le meilleur
moyen de la déstabiliser. J’observe les armes à feu avec un œil critique, mais rien ne capte mon
intérêt. Barbara m’a déjà préparé un petit arsenal qui ne demande qu’à entrer dans mon
coffre.– Qui est-ce ? demande-t-elle en désignant [Link] la détaille avec attention, sirotant
calmement son whisky, ce qui incite ma prisonnière à baisser les yeux. J’arque un sourcil et toise
ma cousine pour lui défendre d’approcher davantage.– Oh, mais… Ne me dis pas que tu es
carrément venu avec la voleuse !Je me racle la gorge, ultime avertissement pour qu’elle fasse
attention aux mots qui sortent de sa bouche. Elle lève les mains en signe d’apaisement, mais
continue de rôder autour de Valentina– Elle est jolie. Vraiment très jolie, murmure-t-elle en la
guettant [Link] reste silencieuse, un peu déconcertée par cet examen.– T’as
quoi d’autre ? demandé-je pour recentrer la conversation sur notre [Link] prends une taffe
sous l’expression amusée de Barbara, qui finit par s’éloigner pour fouiller dans un sac de
sport.– Qu’en dis-tu, Preto ? me demande-t-elle en sortant un silencieux. La portée de celui-ci est
excellente.J’inspecte le flingue d’un œil critique. Je n’oublie pas que les comptes sont serrés et
que je ne peux pas me permettre de faire un nouveau trou dans nos finances.– Non, pas
intéressé, conclus-je d’un ton neutre.– Tu ne veux pas me dire tes plans ? Ça pourrait m’aider à
mieux te conseiller, insiste-t-elle en donnant l’arme à un de ses hommes qui va se charger pour
elle de la remettre où elle l’a trouvé[Link] ne lui réponds rien, ce qui déclenche son rire moqueur qui
m’irrite de plus en plus.– Très bien, cher cousin. Et cette merveille, qu’en penses-tu ?Je sens mon
sourcil s’arquer quand elle me présente un fusil d’assaut. Elle le caresse presque en me listant
ses avantages et son beau discours finit par faire mouche. Je cale ma cigarette entre mes lèvres
et le prends à deux mains, commençant à le manipuler.– J’t’ai jamais vu dans le coin, [Link] voix
masculine m’interrompt dans mon élan et m’oblige, par prudence à jeter un coup d’œil derrière
moi. Valentina, à quelques pas, se fait aborder par un des sous-fifres de Barbara. Les cheveux
noirs coupés court, une moustache, et une arme de poing rangé dans un holster sous son bras
luisant de transpiration, il la dévisage avec un putain de sourire perfide qui fait monter en moi une
bouffée d’exaspération.J’enlève la cigarette de ma bouche.– Je me serais souvenu de tes yeux
si…– [Link] type fronce légèrement les sourcils et m’observe prudemment. Je suis plus grand,
mais il est mieux armé et ses potes se tiennent derrière lui. En revanche, si je comprends
d’emblée qu’il ne sait pas qui je suis, les autres le savent et n’interviendront certainement pas en
cas d’altercation.– Tranquille mec, je peux bien me rincer l’œil.D’accord, cet abruti vient
probablement d’intégrer le réseau. Il a besoin de prouver au groupe qu’il en a dans le slip et se
sent obliger de défier les règles.– Tu ne fais rien du tout si je t’en ai pas donné la permission,
rétorqué-je, [Link] éclat de peur brille dans ses pupilles, mais je vois l’effort qu’il fait pour le
réprimer. Il se tourne vers ses potes qui ont tous arrêté leur activité pour nous regarder.
Malheureusement pour lui, aucun ne le met en garde, et il prend juste ça pour une incitation à aller
plus loin dans la provocation.– Et si la demoiselle veut un peu d’aventure, tu ne lui refuserais pas
ça, non ?Il avait déjà érodé ma patience, mais quand il prend le poignet de Valentina pour la
rapprocher de lui, un brutal frisson de colère me traverse. Nerveusement, ma main glisse sur ma
mâchoire.– Tu as deux secondes pour la lâcher, ordonné-[Link] regard paniqué de Valentina
cherche le mien. Elle ne masque pas sa moue dégoûtée quand les mains moites du type glissent
sur ses bras.– Elle ne dit pas non, la belle, s’enorgueillit-il en la rapprochant de lui.L’expression
nauséeuse de Valentina se répercute directement dans ma poitrine alors qu’elle commence à se
débattre. Cette fois, ce cinéma m’a définitivement agacé. Je m’approche rapidement d’eux et sans
attendre, j’attrape la nuque de cet enfoiré et serre mes doigts autour pour l’inciter à libérer ma
prisonnière.– Lâ[Link] mon emprise, il gémit de douleur. Dès qu’il desserre son étreinte,
Valentina s’en extrait et se faufile derrière moi. Une fois que je la sais hors de portée, je redresse
le type et le force à me regarder droit dans les yeux.– T’as mal compris qui tu as en face de toi, fils
de pute, sifflé-je.J’enfonce ensuite, sans le moindre remords, ma cigarette presque terminée dans
son épaule. Alors qu’il hurle, je propulse violemment son crâne contre le mur le plus proche. Un
grognement s’échappe de sa gorge. Quand je le redresse, un long filet de sang sort de son nez et
inonde sa moustache.– Quand une nana accompagne un client, tu ferais mieux de garder ta bite
dans ton pantalon, non ? le nargué-[Link] sens les yeux écarquillés de Valentina sur moi, mais plus
vite elle comprendra que dans mon monde, les conflits se règlent par le sang, plus vite elle
s’[Link] laisse cet enfoiré retomber sur ses genoux alors qu’il crache une dent qui s’est
décrochée de sa gencive.– Toujours aussi subtil, Preto, rit Barbara en sirotant toujours son
[Link] me dévisage, choquée, alors que ma cousine claque simplement des doigts et
désigne le corps mou qui gît à mes pieds.– Foutez-moi cet imbécile [Link] quelques
secondes, deux hommes le soulèvent pour le sortir de l’appartement.– J’en ai fini, déclaré-je à
[Link] fois, elle ne cherche pas à négocier ou à faire durer la discussion. Elle me connaît
suffisamment pour savoir que je n’ai plus de patience et elle ne veut pas risquer que je casse tout
dans cette pièce. Elle fait signe à son second, Lazar, un chétif petit blond à lunettes, qui
s’approche avec un sac de sport bien rempli. Le type ne paie pas de mine, mais il soulève mes
affaires sans encombre. Dès qu’il arrive à ma hauteur, il me le tend et je passe la bandoulière par-
dessus mon épaule.– Tu auras ton virement dans la [Link] n’attends pas de réponse de ma
cousine, elle serait capable de faire traîner les banalités d’usage pendant une demi-heure. Je tire
Valentina par le bras et la traîne derrière moi. Elle tremble sous mon poignet, d’autant plus
lorsqu’une fois dans le couloir de l’étage, on croise le type que je viens d’étaler en train de tenir un
linge ensanglanté sur son nez. Ainsi, je ne suis pas étonné quand, à peine le premier niveau
atteint, elle se débat pour libérer son bras.– Je ne veux pas que tu me touches, s’exclame-t-elle
avec une pointe d’horreur dans la [Link] m’arrête, exaspéré, et me retourne pour l’observer. Son
souffle est profond et même si elle ne me lâche pas du regard, un mélange d’effroi et de colère
voyage sur son visage.– Je n’ai pas de temps à perdre avec des caprices, la préviens-
[Link] à la menace, elle rétorque aussitôt :– T’as explosé la tête de ce type contre un
mur !Un rire nerveux manque de m’échapper. Elle n’a pas encore conscience de l’étendue de ma
folie, mais je peux lui faire ravaler cet air sérieux très rapidement. Néanmoins, elle ne me laisse
pas le temps de répondre. Elle me passe devant et descend les dernières marches
précipitamment. Son audace provoque immédiatement un sursaut de rage chez moi, alors je la
suis et en quelques enjambées, je la rattrape dans l’entrée. D’une main ferme, j’attrape sa nuque
et l’oblige à pivoter vers moi. Elle crie de surprise, ses yeux verts écarquillés, puis retient son
souffle.– Tu n’as toujours pas compris comment ça fonctionne ? soufflé-je en la surplombant de
toute ma hauteur. J’exploserais autant de têtes que ça me chante, surtout si je juge qu’on me
manque de respect.– Je ne veux pas que quiconque soit blessé par ma…– Par ta faute ? la
coupé-je avec hargne. Toute cette guerre a commencé parce que la gamine que tu es a refusé de
garder ses fesses sagement dans sa chambre. Tu as voulu jouer les guerrières, maintenant tu
assumes. Alors, arrête de te plaindre et commence à faire face au vrai [Link] gémissement
de frustration lui échappe. Elle essaie de se débattre pour que je la lâche et plaque ses mains
contre mon torse pour me repousser. Je ne recule pas. Au lieu de ça, je laisse la bandoulière de
mon sac glisser sur mon épaule et dès qu’il tombe par terre, je plaque le dos de Valentina contre
le grand miroir du [Link] paupières se crispent une seconde, mais elle recommence très vite à
s’agiter. Je parviens à attraper ses deux poignets d’une main que je cale au-dessus de sa tête,
puis de l’autre, je prends son visage en coupe.– Je ne suis pas une chose que tu peux modeler à
ton image, me crache-t-elle. Et puis, je n’ai jamais demandé que tout ça arrive !Mes doigts
écrasent ses joues pour la faire taire.– Mais je me branle complètement que tu l’aies demandé ou
pas !Ses hanches font pression contre mon bas-ventre, alors qu’elle cherche toujours une
échappatoire. Elle gémit, frustrée que sa force ne serve à rien.– Alors, c’est normal ? Traiter les
gens comme du bétail et les frapper au lieu de leur parler, c’est dans tes putain de règles ?Plus
elle parle, plus je me rapproche d’elle. Mon corps brûle en sentant sa haine irradier par tous ses
pores. D’où cette fille peut encore tirer toute cette insolence ? Cette bouche, bien trop bavarde, va
finir par lui apporter de sérieux problèmes.– Mon monde, mes règles, murmuré-je en approchant
mon visage du sien au point de sentir son souffle sur mes lèvres. Tu es prête à quoi pour y
survivre, Valentina ?Elle tente de se redresser et crie :– T’es complètement taré !Elle a raison.
L’atmosphère devient électrique alors que je prends conscience de chaque partie de son corps
pressée contre le mien.– Si je n’étais pas « complètement taré », comme tu dis, tu serais morte
depuis bien [Link] yeux s’écarquillent de surprise et cherchent immédiatement les miens,
comme si elle espérait y trouver le contraire de ce que je viens de dire. Oui, j’aurais voulu la tuer
un millier de fois, j’aurais dû le faire. Elle comprendra donc bien vite que plus forte sera la folie,
plus longtemps elle restera en vie, car ce cœur qui bat en moi n’a rien de raisonnable.– C’est la
dernière fois que tes caprices me font perdre mon temps comme ça, [Link] baisse la tête,
mais je sens toujours sa haine transpirer, mêlée à la colère, la peur et la tristesse. Elle frissonne
sous mes doigts et tente encore de me pousser, mais sans y mettre de force.– Tu es prête à
rentrer dans le rang ? Mieux vaut ça que de se prendre une balle dans la tête, non ? soufflé-
[Link] se mord la lèvre. Mes yeux se baissent une seconde sur ce rose gonflé qu’elle fait
disparaître derrière ses dents. Chamboulée, elle se contente de hocher lentement la tête, les
paupières closes, peut-être plus pour que je m’éloigne que par réelle [Link] importe, je
sais que le message, lui, est bien passé. Je relâche doucement la pression sur sa peau, puis je
recule et ramasse mon sac par [Link] que je nous amène à la voiture, ma main tenant
fermement son bras, je constate que la nuit est tombé[Link] réunion va bientôt
commencer.1.« Connard » en espagnol.
Chapter 197
Chapter 198
Chapitre 41De l’azur dans l’âmeValentinaLe tableau de bord affiche presque [Link] ralentit
et gare la voiture sur le trottoir en face de l’impressionnante façade du Gran Hotel del Sol. Le
bâtiment me paraît immense, haut de plusieurs étages. Le drapeau du Mexique flotte fièrement
sur une colonne, porté par la brise. L’endroit me captive. Je n’ai pas l’habitude de fréquenter les
quartiers huppés de Mexico, donc, nerveusement, je joue avec mes doigts.– Peut-être qu’il est
déjà à l’intérieur, soufflé-je.– Continue de regarder l’entrée, insiste Preto, catégorique. Il va arriver
en même temps qu’[Link] léger soupir s’échappe de mes lèvres, mais je reporte mon attention
sur l’entrée de l’hôtel où des voituriers attendent avec un sourire affable destiné aux clients.
Quelque chose me dit qu’il y a de l’agitation dans l’air. Depuis le temps que nous sommes garés,
les berlines défilent. Deux hommes vêtus de costume noir entrent dans l’hôtel, accompagnés de
gardes du corps, puis c’est au tour d’un type en chemise à fleurs. Je crois distinguer aussi le
costume blanc de Salomon, mais ce n’est qu’un point au milieu d’une bonne dizaine d’armoires à
glace, sûrement armées jusqu’aux [Link] sursaute quand Ruben ouvre la portière du siège
arrière et se glisse sur la banquette. Il ne dit pas un mot, adresse seulement un signe de tête à
Preto, puis baisse sa fenêtre, et en quelques secondes, l’odeur âcre de sa cigarette envahit le
véhicule.– Concentre-toi, me rappelle [Link] m’y essaie, mais le lourd silence qui nous
enveloppe décuple mes angoisses. La simple idée de participer à tout ça me terrifie, bien que je
m’accroche encore à l’idée qu’après cette mission, tout sera enfin terminé. Je pourrai rentrer chez
moi, retrouver ma grand-mère…Mon regard se perd une seconde sur Preto qui observe les allées
et venues des clients. Sa jambe tremble sous le volant, mais je ne saurais dire si c’est de
l’anticipation ou de la nervosité.Soudain, une silhouette attire mon attention et, sans même y
réfléchir, je lance :– Il est là.Preto cherche dans l’agitation, alors je pointe du doigt Alexis qui
monte les marches de l’hôtel. Reconnaissable à sa chemise en jean, il a tiré ses cheveux bruns
en arrière avec soin, comme s’il avait mis du temps à se préparer pour l’occasion.– T’es sûre de
toi ? me demande Preto en plongeant sa main dans la poche de son pantalon sans quitter du
regard celui que je viens de désigner.– Oui, j’en suis sû[Link] sort son téléphone pour appeler
quelqu’un. Mon cœur palpite tellement que pendant une seconde, ma vue se brouille. Je rêve
d’être loin de tout ça, n’importe où sauf ici. Mais non, c’est bien moi qui viens de dénoncer la
personne qui a voulu m’aider…– Sebastian, tonne Preto. On va entrer. Reste pas [Link]
attendre de réponse, il raccroche, puis vérifie encore le chargeur de son arme. Il se tourne ensuite
vers Ruben, déjà sur le qui-vive.– Appelle Esteban pour qu’il la surveille. Tu me rejoins tout de
suite aprè[Link] simple mention de l’assassin de M. Suarez me donne des frissons dans le
[Link] Preto ouvre sa portière, je le retiens en mettant ma paume sur son bras. Il se fige, un
pied déjà sur le trottoir, sourcils froncés. Son regard passe de ma main à mon visage.– Je ne
pense pas que ce soit une bonne idée que tu y ailles, affirmé-je, malgré mon anxiété.– Elle est
tarée ou quoi, celle-là ? lance [Link] l’ignore et m’accroche aux yeux de Preto.– Tu te feras
tuer à la minute où tu mettras les pieds dans cet hôtel, expliqué-je. Les hommes de Salomon
n’hésiteront [Link] de ce que j’ai cru voir, ils sont nombreux, là-dedans.– Parce qu’à toi, ils
dérouleront le tapis rouge ? réplique-t-il [Link] déglutis, mais persiste :– Moi, je connais
Alexis, pas toi. J’aurai beaucoup plus de chances d’obtenir les informations dont tu as besoin sans
déclencher un bain de sang. Si tu te fais descendre et qu’un de tes hommes y survit, ils seront
encore capables de se retourner contre moi. Alors, soyons logiques : les gardes du corps de
Salomon ne connaissent pas tous mon visage, contrairement au tien.– Qu’est-ce que tu essaies
de me dire ?Mon cœur tambourine douloureusement dans ma poitrine. J’ai l’impression de signer
mon arrêt de mort quand je déclare :– Laisse-moi y aller.– Quoi ? s’écrie Ruben. On la laisse pas
partir !Preto secoue la tête, se rangeant à l’avis de son ami, puisqu’il glisse son corps hors du
véhicule. Alors que je suis contrainte de le lâcher, un lourd sentiment de désespoir s’empare de
[Link] ! Je m’empresse de sortir à mon tour, sous les aboiements de Ruben qui se met en tête
de me rattraper.– J’aurai plus de chances que toi ! insisté-je en contournant la voiture pour
rejoindre Preto.– Remonte, Valentina. Je n’ai pas le temps pour ç[Link] qu’il recule, j’agrippe son
T-shirt. Son expression se renfrogne et ses yeux brillent d’un éclat de colère.– Il me connaît,
insisté-je. Il me fera plus facilement confiance. La seule chose que je dois faire, c’est localiser
cette drogue, ensuite tu pourras aller la prendre sans te faire descendre.– On va se faire repérer
en restant ici, nous presse Ruben en arrivant à notre [Link] yeux de Preto bougent
rapidement pendant qu’il me scrute avec attention. J’ai bien l’impression qu’il pèse le pour et le
contre. Heureusement, la rue est légèrement animée malgré l’heure tardive, et des passants nous
permettent d’être noyés dans la foule.– Il me fera confiance, répété-je dans un murmure.– Preto,
l’appelle Ruben avec [Link] crains d’entendre les mots de Preto lorsqu’il entrouvre enfin les
lèvres, mais il souffle juste :– Rien ne me garantit que tu ne me baiseras pas, [Link] yeux
azur ne me lâchent pas, comme s’ils cherchaient à pénétrer mon âme.– Je te promets que je ne te
bais… que je ne ferai pas de conneries !– Preto, allez ! Esteban arrive, insiste Ruben– Après ça,
t’entendras plus parler de moi, rebondis-je. On n’a pas beaucoup de temps.C’est ma seule porte
de sortie, alors je lui avoue :– Je veux que tu récupères ta drogue, Preto. Je veux que tu la
récupères pour que cette histoire soit enfin terminé[Link] secondes s’écoulent encore. Il me
scrute, m’évalue et hésite, je le sens. Finalement, il baisse le menton.– Preto, ne te fous pas de
ma gueule, s’il te plaît, enrage Ruben en tirant ses cheveux en arriè[Link] palpitations cardiaques
s’accélèrent quand Preto sort l’arme qu’il avait coincée dans la ceinture de son pantalon.– Elle a
raison, dit-il. J’ai moins de chances qu’[Link] râle dans la barbe qu’il n’a pas, mais Preto
l’ignore et me tend son pistolet.– Je… Je ne sais pas me servir de ces trucs, protesté-
[Link], Preto me désigne la gâchette de l’arme.– On va faire simple, c’est un Glock. Tout
ce que tu as à faire, c’est viser et pour tirer, tu appuies sur la détente, juste-là.Il place le pistolet
dans ma main. La froideur du métal me donne des frissons, mais surtout, je le sens plus lourd que
je l’aurais imaginé. Je déglutis, mais le laisse jouer avec mes doigts pour me montrer comment
me positionner pour anticiper le recul.– Tu entres, et tu sors à la seconde où tu as suffisamment
d’infos, finit-il par dire d’un ton sans [Link] me montre finalement son téléphone et le range dans
la poche arrière de mon jean.– Tu envoies un message à Ruben quand tu as la [Link] me
reprend l’arme de la main, tire sur la ceinture de mon jean et la glisse à l’intérieur. Ses mains
effleurent mes hanches, et sans m’en rendre compte tout de suite, je resserre mes doigts sur son
T-shirt que je tiens toujours. Je lève les yeux vers lui, haletante, puis finis par
acquiescer.– [Link] timbre de sa voix a changé, plus grave, plus solennel.– Pense d’abord
à ta famille. Elle compte pour toi, autant que la drogue compte pour moi. Tu comprends ?Ses iris
glaciaux me transpercent. J’ai l’impression qu’ils réduisent mes poumons en un amas de cendres.
Je déglutis difficilement et murmure :– Bien sûr.– Ne me donne pas de raisons de regretter de
t’avoir laissé la vie sauve, conclut-il avant de remettre le tissu de mon haut par-dessus l’arme pour
la [Link] jambes tremblent quand je recule. Ruben secoue la tête, puis contourne la voiture
pour s’asseoir côté passager, mais Preto, lui, ne bouge pas. Il croise les bras devant son torse et
attend que je me [Link], Valentina !J’avance vers l’hôtel avec la sensation de n’être plus que
l’ombre de moi-même. Je traverse la route et me fonds au milieu des riches clients. Mes tennis
frôlent les marches en marbre, et je prie silencieusement pour ne pas m’effondrer. Je dois le
[Link] les portes vitrées tournantes, je tourne la tête une dernière fois. Toujours debout,
Preto me regarde encore. Après une dernière grande inspiration, je disparais au cœur du Gran
Hotel del Sol.
Chapter 199
Chapter 200
Chapitre 42ChantageValentinaJe lève la tête sur les vitraux du Gran Hotel del Sol. Le hall me
paraît plus vaste que mon quartier, et impressionne par la hauteur de ses murs et la grandeur de
ses lustres en cristal. Néanmoins, je ne m’éternise pas sur la beauté du [Link] dois trouver
Alexis !J’essaie de me frayer un chemin parmi la foule. Les discussions et les rires accentuent un
mal de crâne qui pointe depuis qu’on a quitté l’appartement de la vendeuse d’armes. Je regarde
désespérément de gauche à droite pour retrouver la seule personne capable de m’aider, mais
c’est pire que chercher une aiguille dans une botte de foin. Cet endroit est bien trop grand et si
Alexis a déjà quitté le hall d’accueil, alors…Un homme de grande taille me bouscule. Mon
équilibre précaire vacille, et je dois m’accrocher à un canapé en cuir rouge pour ne pas tomber. Je
m’apprête à me redresser pour m’excuser, mais en levant la tête, mon attention se focalise sur
l’[Link] ! Il est là !Il me tourne le dos, mais je reconnais ses cheveux bruns et surtout, sa
silhouette ou plutôt, sa chemise en jean dont il a retroussé les manches. Mes jambes s’actionnent
et je me précipite vers lui, soulagée que tout se déroule si facilement. C’est bon, il est seul, il va
pouvoir me dire ce que Preto veut savoir et tout sera terminé.– Alexis, l’appelé-je, essoufflée
après avoir grimpé une vingtaine de [Link] ne m’entend pas et tourne à droite dès qu’il atteint
l’étage. Je le suis au pas de course et longe derrière lui un long couloir, mes pas étouffés par la
moquette. Je n’ose plus l’appeler, car le bruit s’atténue autour de nous et je ne voudrais pas attirer
l’attention du personnel ou des quelques clients qui se baladent ici. Ainsi, j’attends qu’il ralentisse
devant une porte vitrée pour arriver à sa hauteur et lui taper l’épaule.– Alexis, répété-je, moins
[Link] se retourne, sur le qui-vive, mais son expression s’éclaire de stupeur quand il me reconnaît.
Il n’hésite pas une seconde et empoigne mon bras pour me propulser dans la salle où il s’apprêtait
lui-même à entrer.– Putain, Valentina, qu’est-ce que tu fiches ici ? s’indigne-t-il, sans chercher à
masquer sa panique. T’es complètement folle ?Il jette des coups d’œil anxieux derrière lui et
ferme les portes, bien que les vitres ne nous donnent pas de réelle intimité. J’avise les tables
nappées et dressées d’arrangements floraux, ainsi que le bar déjà préparé et comprends que
cette salle pleine de dorures est supposée accueillir des invités dans peu de temps.– J’ai besoin
de toi, Alexis, expliqué-je précipitamment.– Mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?Je sens l’urgence et
l’inquiétude dans sa voix. Ses mains s’agrippent à mes bras, alors je tente de prendre un ton plus
posé pour le calmer.– Je suis désolée de t’impliquer dans tout ça, mais j’ai vraiment besoin de toi,
expliqué-je, la gorge nouée.– T’as complètement disparu des radars, je suis revenu dans cette
chambre et je l’ai trouvé vide !– Je sais. Je n’avais pas d’autre option que de [Link] me
lâche, puis se prend la tête entre ses mains. Je vois que ses idées fusent à toute vitesse
maintenant qu’il est pris d’assaut par ses émotions. Il fait quelques pas dans la pièce, s’éloignant
de moi.– J’avais pas le choix, répété-[Link] là, je n’ai vraiment pas le temps de lui expliquer le
pourquoi du comment !– Tu ne peux pas rester ici, c’est…– Alexis, coupé-je. Je ne veux pas
rester, mais il faut que je sache où est la cocaïne. C’est une question de vie ou de [Link]
voudrais me montrer plus forte, mais je sens déjà ma voix qui s’éraille. La confusion passe sur son
visage déjà creusé par les cernes. Quand on y pense, demander à un policier où se trouvent deux
millions de dollars de drogue, ça paraît vraiment grotesque !– De quoi est-ce que tu me
parles ?Sa voix dure, presque méfiante, me retourne l’estomac. L’inquiétude disparaît de ses traits
pour laisser place à la suspicion. Je sens que finalement, obtenir une quelconque information de
lui va s’avérer beaucoup plus compliqué que prévu. Je sais qu’il me reste une carte dans la
manche, mais la dernière chose que je voudrais, c’est le menacer de révéler sa double identité
pour obtenir ce que je veux.– Je ne peux pas t’en dire plus. J’ai juste besoin de savoir où elle est,
et tu m’as dit la dernière fois qu’un certain Coloma l’[Link] me dévisage, ses grands yeux bruns
écarquillés, avant de jeter un regard anxieux à la pièce.– Valentina, ce que tu me demandes n’a
aucun sens. Tu es en danger ici. Pourquoi tu as tant besoin de cette drogue ? À quel point tu es
impliquée ?Face à toutes ces questions, la frustration et l’urgence montent en moi. Je sais que je
n’ai pas beaucoup de temps, et Preto perdra très vite patience si je ne lui donne pas de mes
[Link] final, au lieu d’y échapper, je vais juste me retrouver au milieu de la fusillade !– Il faut
que tu me croies, c’est important. C’est vraiment important, Alexis !Il grimace, mais ma supplique
a pour seul effet de le faire reculer. Désormais, il doute de moi et je pense qu’il me soupçonne
même de faire partie de ce [Link] joué, Valentina !– Je ne peux pas te donner cette
information, répond-il, très sérieusement. Ce serait te mettre en danger, et moi avec. Je ne
prendrai pas ce [Link] cœur s’écrase dans ma poitrine. Des larmes me montent aux yeux,
mais je refuse d’y céder. Pas maintenant. Pas sans me battre. Je n’ai plus beaucoup d’options, et
je me déteste déjà à l’idée de lui avouer que je peux faire tomber sa couverture. Ni lui ni moi ne
voulons continuer à naviguer dans ce monde trop sombre, mais à cet instant, nos combats
s’opposent.– Je t’en supplie, tenté-je une ultime fois.– Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiète-t-il. T’as
des problèmes avec celui à qui appartient la cocaïne ? Tu le connais ? Pourquoi une civile a
besoin de mettre la main sur une cargaison de drogue ?Une larme dévale ma joue. Je me sens
tellement démunie et impuissante que mes mains tremblent. J’ai l’impression que ce téléphone
dans ma poche arrière est une bombe à retardement, solidement accrochée à moi. Si je n’envoie
pas rapidement de message, c’est ma fin !Voyant que je ne réponds pas, Alexis avise sa montre,
puis regarde anxieusement les portes vitrées.– Écoute, Valentina, je suis en pleine mission, je
ne…– Je sais, je sais, mais je suis dos au mur. Ma grand-mère, ma tante…Voilà, les larmes
ruissellent sur mes joues. Je comprends quand il plisse les lèvres qu’il oscille entre son envie de
me porter secours et son besoin de ne pas abandonner ses objectifs.– Je vise quelque chose de
plus grand que Salomon, explique-t-il. Cette réunion, c’est ma chance de me faire remarquer,
d’avoir un réel impact dans la lutte des forces de l’ordre contre le crime organisé et le trafic de
[Link] déglutis, presque horrifiée. Pour lui, ce qui se joue ce soir influencera sa carrière. Il
veut quoi ? Une médaille ou un poste plus respecté au sein de la police ? Quoi que ce soit, il n’y a
que ça qui compte. Pour moi, tout ça est devenu une question de vie ou de mort. Alors soit, je le
ferais chanter. Pour survivre.– Je comprends que tu doives faire tes preuves, Alexis. Mais j’ai
besoin de cette cocaïne, alors tu vas…Sans prévenir, il pose une main sur ma bouche, me
coupant net. J’entends alors des voix dans le couloir qui approchent. Ma panique prend le dessus
quand Alexis fait pression sur mon épaule pour que je me baisse.– Sous la table, m’ordonne-t-il
en levant la nappe pour que je me faufile. Tu ne bouges pas d’un [Link] glisse jusqu’au centre et
ramène mes genoux contre ma poitrine, une main plaquée sur ma bouche. Quand Alexis rabat le
tissu, me plongeant dans la pénombre, je tente d’apaiser ma respiration saccadée.– Alexis
Gonzales !Je retiens un gémissement d’horreur en reconnaissant cette voix : [Link] violents
souvenirs me reviennent par flashs et je m’efforce de les repousser. J’essaie de rester le plus
immobile possible, mais je sens d’ores et déjà que ma position me gêne. Mes muscles protestent
vivement et, contorsionnée comme je le suis, je sens mon cœur battre férocement dans mon
oreille. Oh, ce n’est pas le moment de tourner de l’œil !– Salomon Rivera, répond Alexis.D’autres
pas résonnent dans la pièce et effectivement, l’instant qui suit, la voix d’Alexis reprend :– Don
Angel. Don [Link] sang se glace dans mes veines. Si je me fais repérer… J’ose à peine y
penser. De plus en plus de bruit se fait autour de moi. Les portes vitrées s’ouvrent et se ferment
plusieurs fois et un grand nombre de voix d’hommes s’élèvent. Que de monde à cette fête… Et
moi, je suis condamnée à rester ici !Mon cœur s’affole. Je réprime un sanglot. Je n’ai plus aucune
autre issue qu’attendre, cachée sous cette table et entourée d’une dizaine de trafiquants de
drogue. Est-ce qu’il y avait pire scénario à envisager pour cette soirée ? Pourquoi n’ai-je pas
laissé Preto se prendre une balle dans la tête ? Je ferme les yeux pour essayer de me recentrer
sur ma respiration et me faire le plus petite possible.– Allons, allons, messieurs, s’élève une voix,
plus forte que les [Link] personne claque des mains pour attirer l’attention. Je n’identifie pas
l’orateur, jusqu’à ce que quelqu’un demande :– Est-ce qu’on commence la réunion, Angel ?– Oui,
je crois qu’on a beaucoup de choses à [Link] fait une pause, puis j’entends des pas, juste à
côté de la table. Angel reprend alors :– N’est-ce pas, mon cher Abel ?
Chapter 202
Chapter 203
Chapitre 43La finValentina– J’ai deux cents kilos de cocaï[Link] me retiens de sursauter lorsque
j’entends à ma gauche le raclement des pieds d’une chaise se trouvant sous la table. Le
propriétaire de la voix – Abel, je suppose – s’installe tranquillement, me laissant juste voir deux
jambes habillées d’un jean [Link] reste interdite, guettant la suite des événements et priant pour
qu’il n’avance jamais ses pieds.– Et ?– Et je peux te la vendre pour moitié prix, Angel. Peut-être
que nous pourrons effacer les conflits du passé avec ce cadeau, non ?Le petit rire sinistre d’Angel
s’infiltre sous ma peau. Il transpire le mépris, mais révèle surtout une cruauté à glacer le sang. Je
ne risque pas de l’oublier de sitôt.– Pourquoi tu ferais ça ? Hein, Abel ?– Tu m’as demandé de
faire mes preuves, eh bien, voilà les preuves.– T’as merdé un nombre incalculable de fois quand
on a voulu faire affaire. Et là, tu débarques en me proposant deux cents kilos de cocaïne ? Deux
cents kilos ? D’où tu sors une telle quantité ?– J’crois qu’on va avoir un petit problème, là, les
interrompt la voix familière de [Link] reconnais même ses richelieus quand il s’installe, lui
aussi, autour de la table, cette fois à ma droite.– C’est ma drogue, affirme-t-il.– Mes gars ont
trouvé cette cargaison. Jusqu’à preuve du contraire, c’est la mienne, affirme Abel en frottant ses
paumes sur ses [Link] bagues en or contrastent avec les tatouages sur ses doigts. Il tapote
nerveusement son pantalon, mais j’imagine qu’à table, personne ne voit ce signe d’anxiété.– Non,
mais vous vous foutez tous de ma gueule ? s’impatiente Angel. Où est cette putain de
drogue ?– Tu peux repartir avec ce soir, j’ai laissé le stock dans la chambre froide de
l’hôtel.L’euphorie me saisit. Ça y est ! Enfin !Je déplace mes mains lentement et attrape le
téléphone sous mes fesses. Mes doigts tremblent quand je le déverrouille et j’ai l’impression de
mettre une heure à trouver le nom de Ruben, mais finalement, sans que personne comprenne ce
qui se joue ici, je parviens à envoyer :Chambre froide. Hôtel.– C’est mort, putain ! s’insurge
Salomon, ce qui me fait revenir sur terre. La cocaïne me revient !– Pourquoi ?La voix glaciale
d’Angel laisse un silence s’étirer. Je déglutis en ayant l’impression qu’il dure une éternité.– Y’a un
petit gars qui cherche à se faire un nom dans le business, finit par expliquer Salomon. Il est parti
en Colombie chercher cette drogue pour moi.– Qui est-ce ? demande Angel.– Un type, un
jeune.– Salomon, je peux mettre fin à ton business maintenant. Enlève-moi ce putain de sourire
de prostituée que tu as sur la gueule et dépêche-toi de nous expliquer de qui tu [Link] voix
d’Angel a ce ton rauque et sec qui me fait dire qu’elle vient tout droit des enfers. Des frissons
parcourent mon échine, mais j’essaie de rester concentrée.– Le petit agit sur Tepito, lâche
Salomon avec une pointe d’irritation. J’ai décidé de vendre un produit plus pur, et c’est lui qui est
chargé d’aller le récupérer. Il a de très bons fournisseurs en Colombie, donc le deal, c’est qu’il
l’achemine jusqu’au Mexique et qu’ensuite, je revende ça aux États-Unis. Sauf que ce fils de pute
a merdé.– Son nom ?– Je ne pense pas que ce soit son vrai nom, mais il se fait appeler Preto.
C’est le fils de la [Link] rire d’Angel, plus froid que jamais, résonne dans la pièce.– Ryan Cruz a
toujours affirmé que son fils était décédé. Cet enculé en cachait un autre ?– Il n’a pas
complètement menti, précise Salomon, il en a bien un qui a disparu, mais ouais, il en avait un
autre, visiblement…– Et tu comptais faire affaire avec un Cruz, si on se comprend bien ?– Je
n’allais jamais le laisser prendre trop de pouvoir, de toute manière. Il devait juste acheminer la
drogue pour moi, le temps que j’identifie ses contacts colombiens. Je ne lui aurais jamais laissé
une chance de gravir les échelons, évidemment.– La Hoja est mort et tant mieux, lance une voix
que je ne reconnais pas. Ce type était un véritable détraqué. Même s’il faut croire qu’il n’a pas une
meilleure fibre pour les affaires que son père, il ne faut pas laisser le fils mettre un pied dans notre
business. S’il a hérité de la moitié de la folie du paternel, il pourrait…– [Link] voix d’Angel
interrompt le monologue de celui que je déduis être son frère, selon les informations qu’Alexis m’a
données.– J’peux m’occuper de tuer ce [Link] la voix de Salomon, je ressens sa haine
pour Preto. Et je sais d’où elle vient.– Tout à l’heure, reprend Angel, tu m’as dit qu’il avait merdé
sa livraison. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi tu voudrais le buter, maintenant ?– Il a buté
Irnesto, putain !Voilà, cette fois, la tristesse transpire chez lui. Je devrais peut-être me sentir
coupable de cette tragédie. Après tout, si je n’avais pas suivi ma cousine dans cette histoire,
Salomon n’aurait jamais essayé de me toucher, Preto n’aurait pas pris d’assaut sa maison et
Irnesto n’y aurait pas laissé la vie. Pourtant, il m’est impossible de ne pas savourer sa peine. Elle
n’est qu’un infime aperçu de la torture que ce monstre voulait me faire [Link]ée au
silence, je pince les lèvres et continue de suivre une conversation qui ne me concerne plus.– T’es
en train de me dire que le mec à qui tu n’allais « jamais laisser une chance de gravir les
échelons » a réussi à buter Irnesto ? s’insurge Angel. Comment ?– Il s’est introduit chez moi, a
décimé la moitié de mes hommes et a récupéré sa salope aux yeux verts. Tout ça pour
une…– Attends, quelle salope ?J’entends le rire moqueur d’Abel et immédiatement, Salomon
réplique :– Celle qu’Abel a dû envoyer pour voler la [Link] cœur tambourine dans ma
poitrine. Est-ce que… Est-ce que Paloma connaissait cet Abel ? Est-ce que c’est lui qui lui avait
donné l’idée folle de mettre en place ce plan ?– Je n’ai pas…– Peu importe, coupe Angel,
empêchant Abel de se défendre. D’où elle sort ?J’entends Salomon prendre une grande
inspiration, et je vois son poing se serrer sous la table avant qu’il réponde :– Elle s’appelle
Valentina Isabella Velá[Link] me fige à l’évocation de mon nom complet. Une froide sensation
s’infiltre violemment dans mes veines. Comment… S’il sait ça, qu’a-t-il appris d’autre ?– Depuis
que Preto me l’a mise à l’envers, je compte bien m’amuser avec son jouet. Je la cherche
désespérément, mais sa grand-mère a refusé de me dire où elle pouvait se planquer. Pourtant, je
me suis montré très persuasif… Il va falloir que j’emploie d’autres mé[Link] souffle se coupe
net. Mes poumons semblent se contracter et ma gorge s’étrangle sur elle-même. Un sentiment
d’horreur se déverse sur moi tel un tsunami qui m’écrase et ne me laisse aucune
[Link] me sens planer, entre la terre et le ciel. Persuasif ? Qu’est-ce qu’il a pu lui
faire ? Doucement, un vent de panique me tord le cœur. J’ai l’impression qu’on l’essore et qu’on le
vide de son sang. Je suffoque et bascule d’avant en arrière. Le monde semble tanguer autour de
moi, jusqu’à ce que ma tête cogne le bois de la table, au-dessus de [Link] me fige.– C’était quoi
ça, putain ? panique la voix d’[Link] fait glisser sa chaise contre le sol pour se dégager, puis je
vois, comme au ralenti, le moment où il attrape la nappe pour la [Link] lumière de la pièce
me fait presque plisser des yeux, quand le visage d’Abel Coloma apparaît devant moi. Le monde
s’arrête, mon cœur aussi.C’est la fin.
Chapter 204
Chapter 205
Chapitre 44 - Souffrir à en crever - Valentina
Chapitre 44Souffrir à en creverValentinaAbel reste immobile, mais le silence, derrière lui, me fait
redouter le pire.– Putain de merde…Noyé dans une forte angoisse, mon cœur palpite violemment
dans ma cage thoracique. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour, je pointerais une arme sur
quelqu’un. Pourtant, mon premier réflexe a été d’attraper la mienne à deux mains et de la
maintenir droit devant moi. La froideur du métal me rappelle de rester concentrée, bien que je ne
sois pas sûre d’être capable de tirer.J’aurais préféré ne jamais en arriver là.Soudain, la table vole
au-dessus de ma tête dans une bourrasque. Salomon est obligé de se reculer rapidement pour ne
pas être pris dans l’élan, puis j’entends le bois qui se brise quand le meuble touche le mur. Toutes
les personnes présentes s’agitent autour de moi, alors sans baisser mon bras tendu, je me
redresse péniblement sur mes jambes.– Qu’est-ce qu’elle fout là, celle-là ? grogne un homme en
costume au fond de la pièce.L’un dégaine et l’instant qui suit, pratiquement tout le monde braque
son arme sur moi. Je recule, terrifiée, alors que la plupart d’entre eux me hurlent de lâcher le
pistolet. Les menaces fusent, tandis que mon dos entre en collision avec un mur derrière
moi.– Attendez, ordonne une voix claire et forte que j’assimile immédiatement à [Link]
tous se tournent vers lui, attendant ses ordres, mais leurs canons restent braqués sur moi.– Mon
Dieu ! s’exclame Salomon avec une joie [Link] ne me menace pas, puisque deux de ses
hommes qui l’ont immédiatement entouré pour le protéger le font à sa place. Du coup, il se frotte
les mains, exalté. Mon arme se rive sur lui, puis sur son garde du corps qui a fait un pas vers moi,
puis sur Abel, et enfin sur une dizaine de visages que je ne connais [Link] peur me transcende.
Tous ces regards noirs m’annoncent que la mort est proche. Elle est là, la réalité de ce monde des
narcotrafiquants…– Tu la connais, Salomon ?Je me tourne vers Angel, à seulement quelques
mètres de moi, et pointe donc le pistolet sur lui. Son calme apparent m’indique qu’il ne craint
absolument pas que j’appuie sur la dé[Link] iris ambre et ses cheveux châtains coupés court
lui donnent une sorte d’aura tranquille. Presque protectrice. Rien à voir avec le psychopathe que
m’a décrit Alexis. Néanmoins, plus je l’observe, moins je fais confiance à cette première
impression. Il est grand, élancé et intimidant. Son costume de marque bleu s’accorde avec une
chemise d’un blanc immaculé, ce qui le rend très élégant. Son attention du détail va jusqu’aux
boutons de manchettes en or qui brillent sur ses manches et sur ses mocassins parfaitement
lustrés. Juste à côté se tient une version légèrement plus âgée de lui. Un peu plus imposante,
aussi. J’ai la certitude que c’est son frère, tant ils se ressemblent.– Et comment que je la connais !
C’est la salope de Preto, [Link] me tourne vers Salomon, bouche bée. Il me paraît
semblable à mes souvenirs dans ce costume blanc qui lui serre la taille. Son visage toujours aussi
lisse, figé par le botox, luit de transpiration. Ses cheveux noirs sont gominés en arrière, comme s’il
se prenait pour un parrain de la pègre italienne. Ses yeux noirs, dénués d’humanité, me scrutent,
ce qui me provoque un nouveau hoquet de dégoût.J’essaie de l’imaginer face à Abuelita et
immédiatement, mon ventre se tord.– La salope de Preto, murmure [Link] vision se brouille à
cause de mes larmes, mais mon regard plonge tout de même dans celui d’Angel. Je suis
incapable de dire s’il me veut du mal ou si, au contraire, il se fout complètement de ce qui se
passe.– Il faut la tuer, Don Angel, insiste Abel.– On devrait peut-être s’intéresser à ce qu’elle sait,
le contredit [Link] ne l’avais pas encore repéré, planqué dans un coin de la pièce, aux côtés
d’un homme en chemise à fleurs. Il s’avance, adresse un hochement de tête respectueux à Angel,
puis m’observe d’un œil critique. J’ai réellement l’impression, à cet instant, que nous sommes
deux étrangers. J’ignore à quel point sa mission d’infiltration l’a déjà impliqué dans le monde des
narcotrafiquants, mais je ne pense pas qu’il m’ait tout dit lui non plus. En tout cas, personne ne
semble s’étonner de sa prise de parole.– Elle pourrait nous aider à attraper Preto, non ? suggère-
t-il. La tuer serait une erreur.Même s’il garde une expression neutre, je comprends que ses mots
peuvent me sauver la vie.– Elle repart avec moi, annonce Salomon avec un sourire
[Link], il tourne tout de même la tête vers Angel, comme pour lui demander la
permission. Les souvenirs de son agression me reviennent violemment en mémoire. Je revis tout :
ses mains sur moi, notre bataille, sa violence, son poids alors qu’il me maintenait à terre. Ma
déglutition se fait difficile, et sans vraiment en avoir conscience, je vise directement son
cœ[Link], pourquoi a-t-il fallu que toi aussi, tu croises la route d’un tel monstre ?– Qu’est-ce
que… Qu’est-ce que t’as fait ? soufflé-je d’une voix si basse que je doute qu’il m’ait entendu.– Oh,
pauvre petite Valentina, ricane-t-il [Link] décontraction me retourne l’estomac. Il regarde
ses hommes, cherchant un public, alors que les larmes inondent mes joues.– Allons, baisse cette
arme, tu vas te b…– Tu t’es approché de ma famille ! le coupé-[Link] colère commence à déferler
dans mes veines, enfin. Elle se mêle à la peur et à l’angoisse, dans un cocktail détonnant. Je ne
crains plus vraiment la mort, même si cette pièce doit être le dernier endroit que je verrai, je veux
juste savoir ce qu’il a fait à ceux que j’aime.– J’dirais pas vraiment ça, sourit-il. Moi, je n’étais pas
sur les lieux, donc j’ai envie de te dire [Link] hoche légèrement sa tête avec un air faussement
embêté.Les mots me manquent, ma gorge m’étrangle et mon arme semble peser de plus en plus
lourd dans ma paume. Mon estomac me brûle, alors que je m’entends lui cracher :– Qu’est-ce que
tu lui as fait ?Il prend son menton entre ses doigts, mimant la réflexion, puis m’adresse un grand
sourire.– Je préférerais te ramener chez toi, ma jolie, pour que tu le découvres par toi-même.
Cette chère Valentina Garcia a eu du cran, je dois le reconnaître. Elle a tenu bon pendant des
heures, même après que mes gars lui ont eu brisé les doigts un par un, puis brûlé le visage avec
des [Link] observe ma réaction et se satisfait de l’horreur qu’il voit dans mes yeux.– Je lui ai
fait trancher la gorge à ta putain de grand-mè[Link] souffle se coupe. Une vague de nausée me
submerge, mon estomac se tord sous la pression de l’angoisse et du dé[Link] n’y crois
pas.J’ai la sensation que des mains transpercent ma peau pour m’arracher violemment le cœur et
le déchirer en milliards de morceaux. La pièce semble rétrécir autour de moi, au point de me
donner le tournis.– Tu mens… Tu mens… T’as pas pu ! Tu mens !Et c’est à ce moment-là que je
me rends compte que j’ai l’index sur la détente.– T’as pas pu faire ça ! hurlé-[Link] me
dévisagent, mais personne ne bouge. Aucun d’entre eux ne pense que je vais tirer et à raison, je
m’en sens incapable. Malgré la rage qui pulse en moi, le chagrin prend le pas, et mes larmes
coulent de plus belle.– Mon Dieu, gé[Link] garde son sourire extatique. [Link]
ne sais même plus ce que je dois ressentir. Du désarroi ? Du désespoir ? De la douleur ? De la
haine ? Je meurs de chaud. Non, je meurs de froid. En tout cas, mon corps me fait sentir que ça
ne va [Link] monde m’enrage. Cette fois, la hargne commence à me consumer. Et elle
m’annonce que ce n’est pas la dernière fois qu’elle s’agrippera à moi. Je la sens m’envahir et
gonfler pour devenir un feu qui menace d’exploser pour me faire justice.– Tu mérites de pourrir en
enfer. Comment t’as pu faire ça ?J’ai une folle envie de me jeter sur lui pour le détruire de
l’intérieur. Je veux qu’il ressente ma douleur, qu’il en crève !– Prouve-nous que tu peux le faire,
[Link] fronce les sourcils et tourne brièvement la tête vers Angel. Je ne suis pas sûre de
comprendre tout de suite, je me sens même l’interroger du regard. Il se recule et s’appuie
nonchalamment contre la baie vitrée, se tenant en [Link] que je reporte mon attention
sur Salomon, il précise :– [Link] mélange de dégoût et d’horreur s’invite sous ma peau. Dans
la salle, j’entends les murmures qui grondent.– Enfin… Angel ? s’exclame Salomon, perplexe. À
quoi ça rime ?– C’est à la petite demoiselle que je m’adresse, lui répond-il en me pointant du
[Link] glisse entre ses lèvres une cigarette qu’il allume en silence puis, voyant que je ne
réagis pas, il plante ses yeux d’ambre dans les miens.– J’t’ai dit de lui foutre du plomb dans le
crâne, [Link] voix implacable me fait presque sursauter. C’est un ordre. Et là, brutalement,
je fais face à une réalité que je n’avais pas réellement envisagée dans cet univers : tuer. Mon
souffle se coupe, alors que mon regard jongle d’Angel à [Link] attend calmement,
fumant doucement sa cigarette. Son frère le rejoint, prenant lui aussi appui sur la baie vitrée.– Je
sais que t’as envie de le faire disparaître. Ce fils de pute a tué ta grand-mère, putain !Quand il
prononce ces mots, il rend la sentence encore plus réelle. Ça me détruit le cœur, et l’âme avec.
Mon corps me fait presque mal physiquement tant ma peine est insoutenable. Même si je ne veux
pas y croire, je ne baisse toujours pas mon [Link] suis morte de peur, et je ne veux pas le faire.
Prendre une vie est un péché trop lourd à porter pour moi.– Angel, je ne comprends pas, articule
Salomon avec une pointe de colère. On joue plus, là !– Tue-le, Valentina, chantonne Angel, une
main dans la poche, l’autre lui permettant de tirer une taffe de sa [Link] frère croise les
bras sous sa poitrine et observe la scène avec un petit sourire mesquin. Un sentiment d’excitation
semble se répandre dans la pièce.– Pour ta grand-mère, tu n’aimerais pas qu’elle ne soit pas
vengée ? insiste Angel.– Je peux… pas…– Fais-le.– Angel, putain ! s’écrie Salomon avant de
modérer son [Link] reste intimidé par l’aura d’Angel mais comme moi, il comprend que ce
gars ne plaisante pas et joue à un jeu malsain. Et si je cède, il en sera la première victime. Aucun
de ses hommes ne pourra le sauver, car aucun n’osera s’opposer au roi.– Fais-le,
Valentina.– Non…Je secoue la tête. Entre mes larmes et mon cœur meurtri, mon monde
s’effondre autour de moi. J’ai juste besoin de retrouver la paix… Je veux ma vie d’avant !Salomon,
lui, reporte son attention sur moi. Cette fois, plus de rire, juste un homme qui, comme moi, a peur.
Angel m’a au moins donné ce pouvoir, j’ai sa vie entre mes mains et il le sait. Pourtant, je suis
incapable de m’en réjouir. En fait, je me sens anesthésiée.– Je vais te le demander une dernière
fois…Angel aspire profondément la nicotine, avant de la recracher. Mes doigts se resserrent sur
l’arme, et tremblent de plus en plus fort. Je suis terrorisée à l’idée de franchir le point de non-
retour. Ça me hanterait toute ma vie. Ça souillerait une partie de mon âme… Alors pourquoi une
part de moi le désire profondément ?– [Link] coup de feu déchire l’[Link], un autre. Et
encore un [Link], c’est une vraie rafale qui résonne depuis le couloir, puis des cris nous
parviennent.– C’est quoi ce délire ? s’insurge l’homme à la chemise à fleurs.J’ose enfin expirer,
comprenant seulement maintenant que moi, je n’ai pas tiré. L’agitation soudaine déstabilise
l’assistance. Abel et ses hommes franchissent les baies vitrées pour évaluer la menace.– Allez
voir avec eux, ordonne Angel à ses propres gardes du corps. Faites le ménage !Finalement, la
quasi-entièreté des personnes présentes quitte précipitamment la salle de réception, dont Alexis.
Seuls Salomon, Angel et Miguel restent présents. Les échanges de tirs se poursuivent à
l’extérieur, mais il est impossible de comprendre d’ici ce qu’il se passe exactement.À peine ai-je
l’idée de tenter d’utiliser ce chaos à mon avantage pour fuir que Salomon fait une
approche :– Reste loin de moi ! m’écrié-je en le menaç[Link] s’approche dangereusement. La
sueur qui perle sur son front accentue l’éclat de ses traits gonflés par le botox. Chaque pas qu’il
fait semble résonner encore plus fort que les coups de feu dehors et son sourire narquois s’élargit
toujours un peu plus. Il lève légèrement les mains dans un geste faussement apaisant, comme
pour me montrer qu’il ne représente aucun danger immédiat. Mais à mes yeux, Salomon est
l’incarnation du [Link] est dangereux, et il le [Link] main tremble, mais pointe toujours l’arme sur
lui.– T’oseras jamais, petite salope !– [Link] voix catégorique d’Angel oblige Salomon à
stopper son avancée pour se tourner vers les deux frères avec une moue presque
suppliante.– Angel ? À quoi on joue, là ? bégaye-t-il [Link] ignore l’écho des combats qui
nous parvient, ainsi que le désarroi de Salomon. Il se redresse et sur un mouvement presque
théâtral, jette sa cigarette dans la cheminée en marbre, près du bar à [Link] loin, des cris de
douleur nous atteignent, mais personne ne s’en soucie. Angel s’approche de moi à grandes
enjambées, et dégaine son propre pistolet. Je panique et cherche à reculer, mais mon dos est
déjà collé contre le mur. Angel se penche, les mains sur les genoux pour mettre son visage à ma
hauteur. Ses yeux ambrés se plantent dans les miens, me donnant la sensation qu’il y répand son
poison. De près, ses traits me paraissent plus durs et impitoyables. Une mâchoire carrée
parfaitement dessinée, une barbe taillée avec une précision chirurgicale, et des cheveux brun
foncé, coupés [Link], le canon de son arme se pose sur ma tempe, avant qu’il me
susurre :– Je t’ai dit : tue-le.
Chapter 206
Chapter 207
Chapitre 45Le GlockValentinaLa voix d’Angel me provoque une décharge de frissons qui me
parcourent la peau. Salomon ou moi, je n’ai pas d’autre [Link] disait que c’est le Glock qui a
un véritable pouvoir de négociation, et que lui, il ne discute pas. Eh bien, il avait plus que raison.
La menace d’une balle est un argument suffisant pour effectuer n’importe quelle requête. Et
pourtant…Ce monde ne t’attendra pas, Valentina. Il n’attendra pas que tu sois plus forte pour te
mettre à l’épreuve, alors c’est maintenant que tu dois t’[Link] toutes les paroles de
Preto me hantent, à présent ? À chaque fois que le désespoir me submerge, ce conseil me
revient. Seulement je ne veux pas m’endurcir comme ça.– Écoute, Angel, j’te laisse la came pour
la moitié du prix, tente Salomon, à quelques mètres de nous.– J’en veux pas de ta merde, crache
Angel en se tournant vers [Link]-être est-ce dû à cette aura imposante, mais chaque fois que cet
homme parle, il met fin à toute forme de négociation. Salomon pince les lèvres, son visage empli
d’inquiétude. Mon arme a beau être pointée encore sur lui, il semble bien plus effrayé par
[Link], je sens sur ma tempe le canon qui exerce une forte pression. Un hoquet de
terreur m’échappe, jusqu’à ce que je comprenne qu’Angel veut que je tourne complètement la tête
vers Salomon.– Regarde-le et mets une balle dans son putain de crâne !Mes larmes coulent
encore abondamment. Je ressens déjà une forte envie de vomir rien qu’à l’idée de penser à
presser la détente.– Non, m’étranglé-je en secouant la tête.– Tu préfères t’en prendre
une ?– Non !– Alors, qu’est-ce que tu attends ? me hurle [Link]’est-ce que j’attends ? Je ne
veux pas salir mon âme, même avec un sang aussi abject que celui de Salomon. Tuer n’est pas
dans ma nature et ça ne le sera jamais.– Angel, arrête de faire le con, putain ! T’as complètement
pété les plombs !Salomon regarde vers les baies vitrées, cherchant sûrement un moyen de fuir,
mais le frère d’Angel est resté devant l’ouverture.– Laisse-moi jouer un peu, Salomon, sourit
Angel. Tu trouves pas qu’on s’amuse, là ?Un soupir lourd le coupe dans son entrain.– Angel, les
flics risquent de débarquer d’une minute à l’autre, articule la voix profonde de son frère.– C’est
moi, la police, Miguel. Et puis, la demoiselle n’a plus qu’une minute pour se décider. Tic-tac. Tic-
tac…Un petit sourire mesquin élargit ses lèvres, Angel remue son arme sur ma tempe et l’agite
pour bien me faire sentir que le canon est là, prêt à tirer.– T’es lourd quand tu fais ça, souffle le
dénommé Miguel en passant une main dans ses cheveux. J’ai envie de me casser, là.Angel
l’ignore et se penche davantage vers moi, tant que je peux sentir l’odeur du tabac dans son
haleine.– Alors, Valentina… Peut-être que tu préfères rentrer avec Salomon ?La panique me
submerge. Je secoue la tête rapidement pour contester. Mes yeux embués de larmes se tournent
vers Salomon qui semble se pisser dessus tout autant que moi. Je cherche désespérément
quelque chose à quoi me raccrocher, mais même Miguel semble désormais captivé par la scène,
comme s’il attendait avec excitation ma décision. Lorsqu’il me sourit, je frissonne de dégoût. Il a le
même visage que son frère. Sous une apparence plaisante, la même lueur de folie dans les yeux.
J’aurais voulu ne jamais avoir rencontré les frères Cortès.– Alors ? Qu’est-ce que tu choisis ?La
voix d’Angel m’oblige à revenir à lui et au flingue qu’il pointe toujours sur moi. Je parviens à
déglutir, mais un long gémissement m’échappe.– Pitié, je ne veux pas faire ça, supplié-[Link] un
souffle exaspéré, Angel se redresse et me surplombe de toute sa hauteur.– Tu peux l’emmener,
Salomon.J’entrouvre les lèvres, sous le choc, alors que le rire de Miguel résonne dans la
pièce.– Quel enfoiré ! lance-t-il, joyeusement.– Q… quoi ? bégayé-je, [Link] fait un
pas vers moi, ignorant toujours aussi facilement le pistolet que je braque sur lui, et se concentre
sur Angel.– Et on arrête de jouer, hein ? le questionne Salomon, prudent.– Ouais, réplique-t-il en
rangeant son arme. Elle m’a fait perdre mon temps, fais ce que tu veux d’[Link] sourire illumine
le visage de Salomon et son petit grognement satisfait fait remonter la bile dans ma gorge. Je
glisse sur le sol quand il esquisse un premier pas vers moi.– Pourquoi tu fais ça ? m’écrié-je en
m’adressant à Angel qui s’est reculé pour observer la scène avec son frère. Pourquoi ?Il ne me
répond pas. Salomon met un coup de pied dans une chaise qui obstrue son chemin jusqu’à moi.
Ma peur se mélange à une forme de profonde colère qui décuple le tremblement de mes mains.
Je suis seule face à ce cauchemar. Tout ce que j’ai vécu jusque-là n’était rien. Je pensais être sur
le point de me libérer de mes chaînes, mais le pire [Link] pour me proté[Link]
vers qui me tourner.– Allez, Valentina, c’est terminé, me condamne [Link] rampe sur le sol,
le souffle saccadé. Cette fois, j’arrête de le menacer, et m’appuie sur mes deux mains pour glisser
et mettre le plus de distance possible entre lui et moi.– T’approche pas de moi ! hurlé-[Link]
mon dos heurte sèchement un nouveau mur, Salomon éclate de rire.– J’ai tellement hâte de
reprendre là où on s’est arrêtés, putain ! avoue-t-il en continuant sa [Link] flashs
passent devant mes [Link], la tête contre le sol. Lui, déboutonnant sa [Link], me
débattant pour qu’il arrête de me toucher. Lui, faisant peser tout son poids sur mon [Link],
hurlant, sachant que personne ne viendra me sauver. Lui, riant de mon dé[Link] sens l’odeur
âcre de son eau de Cologne et celle de son haleine alcoolisée de mes souvenirs. Ses richelieus
arrivent juste sous mes [Link] cœur tambourine si fort que ma vue se brouille et pourtant, une
chose me maintient consciente : le métal qui refroidit ma paume. J’agrippe l’arme à deux mains et
la ramène devant moi. Mon index tremble contre la gâ[Link] lui ai fait trancher la gorge à ta
putain de grand-mère… Ces mots résonnent en moi, me faisant alterner entre rage et
dé[Link] mort est proche si je ne fais rien. C’est maintenant ou jamais. Je presse la détente
qui libère une balle dans un bruit assourdissant.
Chapter 208
Chapter 209
Chapter 210