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Le document traite de la crise écologique mondiale, soulignant l'impact des activités humaines sur l'environnement, notamment à travers le changement climatique et la perte de biodiversité. Les auteurs, Romain Weikmans et Edwin Zaccai, examinent les réponses internationales aux défis écologiques depuis 1972, tout en insistant sur la nécessité d'analyser les problèmes à des échelles locales. Ils mettent en avant les limites de la croissance économique face aux enjeux environnementaux et la complexité des interactions entre consommation, population et technologie.

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Le document traite de la crise écologique mondiale, soulignant l'impact des activités humaines sur l'environnement, notamment à travers le changement climatique et la perte de biodiversité. Les auteurs, Romain Weikmans et Edwin Zaccai, examinent les réponses internationales aux défis écologiques depuis 1972, tout en insistant sur la nécessité d'analyser les problèmes à des échelles locales. Ils mettent en avant les limites de la croissance économique face aux enjeux environnementaux et la complexité des interactions entre consommation, population et technologie.

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AVERTISSEMENT : ce document ne constitue pas la version définitive de l’article.

La fin des Trente Glorieuses a coïncidé avec la prise de conscience des conséquences néfastes
de la croissance économique sur l’environnement et sur les stocks de ressources naturelles.
Depuis la conférence des Nations unies qui s’est tenue à Stockholm en 1972 et qui marque l’ac-
cès de la question écologique au rang de préoccupation internationale, les atteintes à l’envi-
ronnement se sont multipliées, avec, notamment, l’émergence des problèmes globaux tels que
le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. Romain Weikmans et Edwin Zaccai
dressent un constat de ce qu’on désigne désormais sous l’expression de « crise écologique »,
avant d’analyser les réponses que la communauté internationale y a apportées au cours des
quatre dernières décennies. Les auteurs pointent du doigt la nécessité d’analyser les problèmes
écologiques à des échelles locales, même s’ils se posent d’emblée au niveau global.
Problèmes économiques

La crise écologique mondiale


ROMAIN WEIKMANS Un changement d’époque
Chercheur au Centre d’études du développement durable,
Université libre de Bruxelles géologique?
Le changement climatique constitue la mani-
EDWIN ZACCAI festation la plus significative des modifica-
Professeur à l’Université libre de Bruxelles tions que les activités humaines induisent sur
Directeur du Centre d’études du développement durable le système Terre. La température moyenne à
la surface de la planète a augmenté de 0,85 °C
entre 1880 et 2012 (GIEC, 2013). Les consé-
quences de ce réchauffement sont obser-
[1]
Le « système Terre » L’empreinte de l’espèce humaine sur le sys- vables : depuis la période préindustrielle,
peut être défini comme
l’ensemble des processus
tème Terre1 a atteint une telle ampleur qu’elle le niveau moyen des mers s’est par exemple
biogéochimiques pourrait signer l’entrée de notre planète dans d’ores et déjà élevé de 20 cm. Ce réchauffe-
planétaires et des flux une nouvelle époque géologique : l’Anthropo- ment ne peut être expliqué par des facteurs
d’énergie qui fournit le
système de soutien à la
cène2 (Crutzen, 2002). La présente contribution naturels et peut être très largement attribué
vie sur la planète. se propose dans un premier temps de faire à l’influence des activités humaines, en parti-
[2] le point sur ce qu’il est courant de désigner culier du fait des émissions de gaz à effet de
L’Anthropocène n’est
pas encore formellement comme la crise écologique mondiale. La perti- serre (GES) qui leur sont associées. La concen-
reconnue comme nence du niveau mondial comme échelle d’ana- tration dans l’atmosphère du principal GES
une nouvelle époque
géologique. La prochaine
lyse des problèmes écologiques sera ensuite à l’origine de ce phénomène, le CO2, est pas-
réunion de la Commission discutée. Nous examinerons enfin comment et sée de 278 parties par million (ppm) avant la
internationale de avec quel succès la communauté internatio- période industrielle à 400 ppm en mai 2013,
stratigraphie en 2016
devrait se prononcer sur nale s’est saisie depuis une quarantaine d’an- et augmente actuellement au rythme de 1,8
cette question. nées des problèmes d’environnement. ppm par an. Une telle concentration de CO2

93 LA CRISE ÉCOLOGIQUE MONDIALE

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est totalement atypique puisqu’elle n’a plus On constate aussi dans cette équation très
été atteinte depuis au moins 3,2 millions simplifiée que le seul facteur sur lequel il est
d’années (GIEC, 2013). En outre, le rythme possible de jouer pour diminuer les impacts
actuel d’accumulation des GES dans l’atmos- en présence de croissance économique et
phère, due à des émissions qui continuent de pour une population donnée est le facteur
progresser à l’échelle mondiale, pousse un technologique.
nombre croissant de scientifiques à estimer
qu’un réchauffement global de 3 à 4 °C à l’ho- Croissance économique et impacts
rizon 2100 semble de plus en plus probable environnementaux
(AIE, 2013).
Les premiers travaux sur les questions envi-
L’appauvrissement de la biodiversité de notre ronnementales mondiales, comme le rap-
planète sous l’effet des activités humaines port fondateur du Club de Rome, Halte à la
est également sans appel. Les espèces dis- croissance ? (Meadows et al., 1972), posent
paraissent actuellement à un rythme inégalé d’emblée la question de la poursuite de la
depuis le dernier événement d’extinction de croissance dans un monde aux ressources
masse, qui a emporté les dinosaures il y a finies. Jusqu’à quel point les technologies,
65 millions d’années. Les changements dans qui nécessitent non seulement de l’innova-
l’affectation des sols en constituent la prin- tion, mais aussi des conditions de diffusion
cipale cause. On estime en effet qu’entre 40 à la fois économiques, politiques et sociales,
et 50 % de la surface terrestre est aujourd’hui sont-elles à même de diminuer significative-
« anthropisée », c’est-à-dire convertie en ment les impacts environnementaux ? Le rap-
zones agricoles, sylvicoles ou urbaines, avec port de 1972 se montre pessimiste et prône
une biodiversité significativement réduite3. un arrêt du modèle même de la croissance.
[3]
Barnosky A.D.,
Hadly E.A.,
D’autres impacts d’origine anthropique Des travaux qui suivront, tels ceux de l’OCDE, Bascompte J. et al.
sont également en augmentation à partir de (2012), « Approaching
considèrent pour leur part qu’un « décou- a State Shift in Earth’s
la révolution industrielle du XIXe siècle, et plage » entre croissance et impacts envi- Biosphere », Nature,
connaissent une aggravation liée à l’utili- ronnementaux est possible et suffisant pour vol. 486.
sation massive du pétrole après la seconde obtenir une « croissance verte ». L’examen des [4]
Ehrlich P.R. et
guerre mondiale. évolutions des dernières décennies (Zaccai, Holdren J.P. (1971),
2011) laisse à penser que les réponses tech- « Impact of Population
Les moteurs principaux de ces évolutions Growth », Science,
peuvent être exprimés par l’équation I=PAT, nologiques dans les pays riches ont été en vol. 171.
proposée par Ehrlich et Holdren (1971)4 mesure de réduire certains impacts locaux
pour modéliser la manière dont la popula- et particulièrement gênants, comme les nui-
tion humaine (P), le niveau de consommation sances dues aux déchets, à certaines pollu-
individuelle (A pour affluence) et l’efficience tions de l’eau ou de l’air. En revanche, elles
de la production de richesses (T pour tech- n’ont pas permis de répondre à de larges
nology) déterminent l’ampleur de l’impact perturbations comme celles du climat ou de
d’une population sur l’environnement. Si l’on la biodiversité mondiale, qui s’aggravent de
considère par exemple les soixante dernières façon préoccupante.
années, les gains d’efficience dans certains Les analyses empiriques de la courbe envi-
processus de production ont été très large- ronnementale de Kuznets vont dans le même
ment « effacés » par l’accroissement de la sens5. Pour les tenants de cette théorie, les
population mondiale (qui a quasiment triplé impacts environnementaux seraient desti-
depuis 1950) et l’augmentation du PIB par nés à augmenter avec la croissance écono-
habitant (qui a été multiplié par presque cinq mique jusqu’à un maximum pour ensuite
sur la même période), avec des variations décroître. Mais ceci n’est vérifié que pour
évidemment considérables selon les pays. certains impacts, et comme nous l’avons vu,

Problèmes économiques SEPTEMBRE 2014 94

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[5]
Dinda S. (2004), au niveau mondial, non seulement ce « maxi- nécessaires pour absorber les émissions de
« Environmental mum » hypothétique n’est pas atteint, mais à GES) tend à dominer pour de nombreux pays.
Kuznets Curve
Hypothesis : A Survey », certains égards, il est susceptible de modifier
Si l’on examine les cinq premiers pays du
Ecological Economics, profondément les écosystèmes, et, par consé-
vol. 49. classement pour cet indicateur (tableau 1), on
quent, les sociétés et systèmes économiques
constate que trois d’entre eux sont des pays
qui en dépendent.
du Golfe producteurs d’hydrocarbures. On
retrouve de façon peut-être plus inattendue
Limites planétaires le Luxembourg et le Danemark dans le top 5
et problèmes locaux des « mauvais élèves ». Ce résultat s’explique
principalement, pour le Luxembourg, par le
Depuis le rapport du Club de Rome, la ques- fait que sa consommation de carburants est
tion des limites écologiques mondiales a été tirée vers le haut par les ventes réalisées aux
de nouveau conceptualisée à de multiples automobilistes étrangers, et, pour le Dane-
reprises. L’approche récente la plus impor- mark, par le recours relativement important
tante en ce sens est sans doute celle des du charbon dans son mix énergétique ; en
limites planétaires (Rockström et al., 2009). outre, la méthode est peu favorable à des
Le respect de ces limites – au nombre de pays très denses et très industrialisés. En
neuf – permettrait de maintenir la planète revanche, les derniers du classement, ceux
dans l’état de stabilité biogéophysique qui à l’empreinte écologique la plus petite, sont
la caractérise depuis 10 000 ans. Les scien- des pays aux niveaux de richesse très faibles.
tifiques à l’origine de cette approche ont L’empreinte écologique reflète donc l’idée
fixé des seuils quantitatifs pour sept d’entre émise ci-dessus selon laquelle la croissance
elles. Trois sont d’ores et déjà dépassés : ceux économique serait difficilement compatible
relatifs au changement climatique, à la bio- avec le respect de l’environnement.
diversité et au cycle de l’azote. En outre, la Vu la grande diversité des questions écolo-
situation pour quatre autres limites (acidifi- giques, il n’existe pas d’indicateur unique à
cation des océans, usage de l’eau douce, occu- l’image du PIB en économie classique ; c’est
pation des sols et ozone stratosphérique) est pourquoi de nombreux systèmes d’indica-
également préoccupante. Les deux dernières teurs ont été proposés. L’indice de perfor-
(pollution chimique et aérosols stratosphé- mance environnementale, par exemple,
riques) n’ont pu être quantifiées faute de comptabilise une série de sous-composants
données adaptées disponibles. Bien souvent, comportant des indicateurs d’impacts (tels
dans des travaux mondiaux sur les politiques que les émissions de GES par habitant), mais
écologiques, les responsabilités des pays aussi des niveaux de politiques environne-
sont comparées entre elles en regard de cette mentales (réglementations concernant les
situation de pression globale. pesticides, par exemple) ou encore des rela-
tions avec la santé locale (un faible accès de
L’empreinte écologique, quant à elle, est un
la population à l’eau potable sera un facteur
indicateur de sensibilisation aux impacts de
négatif). Ce classement fait apparaître des
la consommation d’un individu, d’un secteur
pays riches comme la Suisse ou le Luxem-
économique ou d’un pays sur la planète. Les
bourg dans les premiers, mais cette fois
consommations par habitant dans un pays
comme des « bons élèves ». À l’inverse, des
donné sont ainsi traduites via une métho-
pays pauvres à l’empreinte écologique extrê-
dologie complexe en surfaces équivalentes
mement faible ont les plus mauvais résultats
(des « hectares globaux ») nécessaires pour
(tableau 1).
satisfaire cette consommation et absorber les
déchets qu’elle génère. La composante « car- Ces comparaisons montrent que ce type de
bone » de l’empreinte (les surfaces de forêts classement n’est pas le plus révélateur de

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la réalité des enjeux écologiques. Il tend en cas pour des exploitations ou des pollutions
effet à masquer deux éléments essentiels : la locales, mais cela vaut aussi pour les pollu-
répartition des problèmes et la diversité des tions de l’environnement réputé « global ».
processus. Or, cette hétérogénéité se retrouve On peut le constater pour le problème du
lorsqu’on analyse les efforts mis en œuvre changement climatique, dont les effets sont
pour limiter les impacts, et expliquent certai- et seront très différents selon la localisation
nement une partie des difficultés des ques- géographique (carte 1) et les caractéristiques
tions écologiques. socioéconomiques des populations touchées
Ainsi, est-il pertinent de comparer les émis- (van Gameren et al., 2014).
sions de GES provenant de la culture du
riz en Inde avec celles des voitures améri-
caines ? Autre exemple : dire que les prises Réponses politiques internationales
de poissons surexploitent peu ou beaucoup
les stocks globaux, c’est débattre en réfé- La gouvernance internationale de l’environ-
rence à ce niveau mondial, qui reste abstrait nement reste relativement faible au regard
pour une société donnée en particulier. Des des enjeux décrits supra. Elle se caractérise
problèmes graves peuvent se manifester au avant tout par des dispositifs éclatés et des
niveau local – et local peut signifier régional, moyens d’action limités. Divisé en États sou-
national – mais passer inaperçus dans les verains, le monde actuel n’est pour autant
approches globales6. dépourvu ni d’actions collectives ni de
[6]
Zaccai E., Goor F. et
Kestemont B. (2004),
Une chose est sûre : si des limites d’exploita- normes en matière environnementale. Il est « Quelle importance
tion ou de pollution du milieu sont franchies, cependant important de tracer les contours a l’environnement ?
de ses repères principaux, car malgré la Enseignements du cas
cela se fera comme résultat d’actions menées
Lomborg », Natures
à des niveaux locaux. C’est évidemment le diversité des situations dont il a été question, Sciences Sociétés, vol. 12.

1. Empreinte écologique et indice de performance environnementale


Empreinte écologique (2011) Indice de performance environnementale (2014)
Score
Score
Classement (en hectares globaux Classement
(pas d’unité)
par habitant)
1. Qatar 11,7 1. Suisse 87,67
2. Luxembourg 10,7 2. Luxembourg 83,29
3. Koweït 9,7 3. Australie 82,40
4. Émirats arabes unis 8,9 4. Singapour 81,78
5. Danemark 8,3 5. République tchèque 81,47
... ... ... ...
145. Pakistan 0,8 174. Afghanistan 21,57
146. Rwanda 0,7 175. Lesotho 20,81
147. Bangladesh 0,7 176. Haïti 19,01
148. Haïti 0,6 177. Mali 18,43
149. Afghanistan 0,5 178. Somalie 15,47
Sources : http://www.footprintnetwork.org et http://epi.yale.edu/epi/country-rankings.

Problèmes économiques SEPTEMBRE 2014 96

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1. Exemples d’impacts probables du changement climatique au cours du XXIe siècle

Hausse des précipitations


Baisse des précipitations
Désertification
Activité cyclonique accrue
Fonte des glaciers
Dégradation des systèmes
agricoles
Océan Dégradation des ressources
Atlantique Océan halieutiques
Pacifique Dégradation des récifs
coralliens

Océan
Indien
Océan
Pacifique
Hausse du niveau de la mer
Côtes
particulièrement
vulnérables
Zones deltaïques
vulnérables

Source : Van Gameren et al. (2014).

des formes accrues de coordination mondiale Stockholm : la mise


sont indispensables. à l’agenda international
Depuis un peu plus de quarante ans, la ques- de l’environnement
tion environnementale est rythmée par de C’est en 1972, à Stockholm, lors de la Confé-
grandes conférences internationales convo- rence des Nations unies sur l’environnement
[7]
La considération quées par l’ONU7. À l’exception de celles humain, que la question environnementale
au début des années de Stockholm (1972) et de Rio (1992), les
1970 de la question est élevée au rang de préoccupation interna-
environnementale à « grands-messes » onusiennes sont néan- tionale. La conférence aboutit à une décla-
l’échelle internationale moins largement considérées comme déce- ration – dite de Stockholm – comportant
ne s’est pas faite
sans difficultés ni
vantes. Dernier en date, le Sommet de Rio+20 26 principes qui mettent en exergue divers
oppositions. Elle tire ses organisé en 2012, dans un contexte de crise concepts, qui apparaîtront par la suite dans
origines à la fois d’une économique sans doute peu propice à des de nombreux accords multilatéraux. On
critique scientifique et
d’un mouvement social. engagements fort des États en matière d’envi- retiendra principalement le principe 21, réaf-
Pour une synthèse sur ronnement et de solidarité, n’a véritablement firmé en 1992 dans la Déclaration de Rio, qui
ces questions, voir Lerin abouti, hormis la réaffirmation d’une série
et Tubiana (2005).
dispose que « conformément à la Charte des
d’objectifs et de principes, qu’à un renforce- Nations unies et aux principes du droit inter-
ment limité du Programme des Nations unies national, les États ont le droit souverain d’ex-
pour l’environnement (PNUE) et à la fixation ploiter leurs propres ressources selon leur
d’un calendrier du processus d’élaboration politique d’environnement et ils ont le devoir
des objectifs du développement durable, cen- de faire en sorte que les activités exercées
sés prendre le relais en 2015 des objectifs du dans les limites de leur juridiction ou sous
millénaire pour le développement. leur contrôle ne causent pas de dommage à

97 LA CRISE ÉCOLOGIQUE MONDIALE

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l’environnement dans d’autres États ou dans travaux de la Commission mondiale sur
des régions ne relevant d’aucune juridiction l’environnement et le développement (mise
nationale. » en place en 1983 par l’ONU) et à son rapport
C’est aussi à Stockholm qu’est décidée la créa- de 1987 intitulé Notre avenir à tous (aussi
tion du PNUE. La modestie des moyens finan- appelé « rapport Brundtland », du nom de la
ciers à sa disposition contraste cependant présidente de cette Commission), le concept
fortement avec l’ampleur des missions qui de développement durable est mis à l’agenda,
lui sont confiées. Si la Conférence de Rio+20 après avoir été défini comme « un développe-
a accouché du premier changement structu- ment qui répond aux besoins du présent sans
rel majeur du Programme depuis sa création compromettre la capacité des générations
(adhésion universelle de l’ensemble des États futures de répondre aux leurs »8. Le dévelop- [8]
CMED (1987),
pement durable, suffisamment flou pour ral- Notre avenir à
membres de l’ONU au Conseil d’administra- tous, Organisation
tion du PNUE), son budget reste relativement lier un large consensus, joue aux équilibristes des Nations unies,
limité (actuellement autour de 300 millions entre les débats Nord/Sud (cf. Zoom p. XX), Commission mondiale
les revendications multiples de mouvements sur l’environnement
de dollars par an, dont plus de la moitié en et le développement,
coûts de personnel) et dépend toujours forte- sociaux et associatifs, et les positions d’en- New York.
ment des contributions volontaires (et donc treprises multinationales, impliquées de
peu prévisibles) des États. façon croissante dans les décisions inter-
nationales sur l’environnement. Sa concep-
L’idée – débattue depuis plus de quarante tion la plus répandue actuellement, celle
ans – de créer une organisation mondiale des trois dimensions, économique, sociale et
de l’environnement (OME) jouit d’un sou- environnementale, suggère que les questions
tien certain de la part des pays de l’Union environnementales ne peuvent être résolues
européenne et de nombreux États africains, qu’en tenant compte des autres dimensions.
et d’une partie de la société civile, mais fait Mais, à lui seul, un concept n’est pas en
face à l’opposition farouche des États-Unis mesure de résoudre des divergences d’inté-
et du Canada, ainsi que de la plupart des rêts, même s’il peut contribuer à rechercher
pays émergents. Plus largement, la portée des conciliations.
du PNUE en tant qu’acteur central de la gou-
vernance mondiale de l’environnement reste Quels résultats en quarante ans ?
limitée par la complexité institutionnelle
des Nations unies et surtout par les tensions Plus de 500 accords multilatéraux d’environ-
entre le droit des États souverains à exploi- nement, la plupart traitant de problèmes à
ter leurs ressources nationales, d’une part, et l’échelle régionale, ont été négociés à ce jour.
leur responsabilité quant aux impacts mon- Élaborés sans coordination et sans hiérar-
diaux de leurs activités socioéconomiques chisation entre eux, ils s’imbriquent en outre
correspondantes, d’autre part. Bien qu’elle dans d’autres domaines du droit internatio-
puisse coordonner des actions mondiales en nal, dont le droit commercial et le droit de
faveur de l’environnement, une OME ne per- la propriété intellectuelle. Qui plus est, ils
mettrait sans doute pas plus de résoudre ces s’appliquent à des territoires différents et ne
problèmes de fond. prévoient généralement pas de mécanisme de
sanction en cas d’inexécution. La faiblesse
Rio : point d’orgue des contraintes imposées aux États est sou-
de la coordination internationale vent le gage d’une large adhésion. À l’inverse,
les traités qui contiennent des objectifs pré-
en matière d’environnement cis suscitent plus de réticences au moment de
La Conférence de Rio en 1992 attire des mil- leur ratification, comme dans le cas du Pro-
liers de participants, dont une centaine de tocole de Kyoto, qui n’a jamais été ratifié par
chefs d’État ou de gouvernement. Grâce aux les États-Unis et qui ne couvre que 14 % des

Problèmes économiques SEPTEMBRE 2014 98

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ZOOM Chine et Afrique du Sud). Ceux-ci insistent en
revanche sur les profondes différences qui
subsistent par rapport aux pays développés,
NORD/SUD : UNE DICHOTOMIE aussi bien en termes de responsabilités

EN PARTIE OBSOLÈTE historiques dans le problème du changement


climatique qu’en termes de capacités à le
Historiquement, la dichotomie Nord/ résoudre.
Sud est sans conteste l’une des difficultés
majeures des négociations internationales Une chose est certaine : la dichotomie
en matière d’environnement. Aux yeux « pays développés » versus « pays en
des pays en développement (PED), ce développement », toujours utilisée dans
sont les pays industrialisés qui sont les le langage onusien, ne permet plus de
principaux responsables des dommages comprendre les positions des différents
environnementaux. Dès la Conférence de États dans les négociations (van Gameren
Stockholm, la question environnementale et al., 2014). En effet, 32 pays considérés
est qualifiée de problème de riches. La sous la CCNUCC (1992) comme des pays en
participation des PED à la résolution des développement avaient en 2012 un PIB par
problèmes environnementaux mondiaux n’est habitant supérieur à celui du pays le plus
acquise qu’en échange de promesses de pauvre de l’Union européenne (la Bulgarie).
transferts technologiques et financiers – qui Le tableau des émissions de GES a lui
doivent s’ajouter à l’aide au développement. aussi considérablement évolué en vingt ans.
Autour de 2006, la Chine est ainsi devenue
La Convention-cadre des Nations unies sur le plus gros émetteur mondial, et en 2013,
les changements climatiques (CCNUCC)* et ses émissions annuelles de GES ont dépassé
son Protocole de Kyoto (1997) en portent les les émissions des États-Unis et des pays de
marques : pas d’engagements contraignants l’Union européenne réunis. Un Chinois émet en
pour les PED, mécanismes de soutien moyenne annuellement autant de GES qu’un
financier, obligation pour les pays développés Européen, mais toujours deux fois moins qu’un
d’agir les premiers, etc. Cependant, les pays Américain.
développés plaident aujourd’hui pour un
caractère nécessairement évolutif de ces Romain Weikmans et Edwin Zaccai
principes, pour tenir compte du rattrapage
économique – et du rééquilibrage politique * CCNUCC (1992), Convention-cadre des Nations
Unies sur les changements climatiques, document
qu’il entraîne – de certains PED, notamment FCCC/INFORMAL/84, http://unfccc.int/resource/docs/
les grands émergents (Brésil, Russie, Inde, convkp/convfr.pdf

émissions mondiales de gaz à effet de serre la couche d’ozone. Principalement utili-


dans sa deuxième période d’engagement sées dans les systèmes de réfrigération, ces
(2013-2020). substances étaient produites par un nombre
réduit de firmes, et la découverte de substi-
Le Protocole de Montréal, entré en vigueur tuts a entraîné une réduction rapide de leur
en 1989, est souvent présenté comme le plus production, même si, comme nous l’avons
grand succès de la coordination environ- vu, la situation de l’ozone stratosphé-
nementale internationale à ce jour. Il a en rique est jugée préoccupante par certaines
effet permis de diminuer considérablement études récentes. D’autres progrès ont vu
les émissions de substances appauvrissant le jour, comme des normes qui rendent les

99 LA CRISE ÉCOLOGIQUE MONDIALE

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naufrages pétroliers proportionnellement caractéristiques planétaires que certains
moins nombreux que par le passé. Des ins- nomment l’Anthropocène9. Il s’agit plutôt du [9]
Arnell N.W., Lowe J.A.,
truments dits « volontaires », comme des résultat de processus qui ont systématique- Brown S. et al. (2013),
« A Global Assessment
labels internationaux appliqués sans obliga- ment ignoré des mises en garde scientifiques of the Effects of Climate
tion mais avec des effets commerciaux, ont ou des résistances sociales à développer Policy on the Impacts
parfois montré des résultats intéressants. telle ou telle technologie ou à faire tel ou tel of Climate Change »,
Nature Climate Change,
C’est le cas du label « PEFC » appliqué à de choix économique (Bonneuil et Fressoz, 2013). vol. 3.
larges surfaces d’exploitation forestières Loin d’être inéluctables, ces impacts ont été [10]
Hamilton C. (2013),
dans le monde. En outre, de nombreuses et sont déterminés par des choix politiques, Les apprentis sorciers
collaborations régionales, transfrontalières, économiques et techniques pris par certains du climat : raisons et
ont été signées, par exemple dans le cas de groupes humains. Car si de façon naturaliste déraisons de la géo-
ingénierie, Paris, Seuil.
l’eau, un autre problème environnemental on peut dire que l’espèce humaine est res-
de grande ampleur mais qui est régional ou ponsable des graves problèmes écologiques
local dans sa gestion. Enfin, l’Union euro- actuels, tous les humains ne le sont pas de
péenne a joué un rôle majeur dans le relève- la même façon : un Bangladais ou un Ougan-
ment des standards environnementaux de dais émet en moyenne annuellement, encore
ses pays membres. aujourd’hui, soixante-dix fois moins de GES
En revanche, les efforts internationaux qu’un Koweïti et vingt fois moins qu’un Amé-
consacrés à la lutte contre le changement cli- ricain. « La Terre est une, le monde lui ne l’est
matique, un problème aux sources diffuses pas », constatait le rapport Brundtland il y a
dont les responsables sont nombreux et très plus de 25 ans. La situation n’a pas encore
inégaux, piétinent dangereusement. Les négo- changé à cet égard, et ne changera probable-
ciations internationales établies sous l’égide ment pas dans un avenir prévisible.
des Nations unies depuis 1992 ont finalement La prise de conscience des problèmes envi-
permis d’aboutir en 2010 à l’objectif consis- ronnementaux ne provient pas seulement
tant à limiter le réchauffement à 2 °C par rap- des milieux scientifiques : des contestations
port à l’ère préindustrielle, mais nous avons et des propositions émergent de la part de
vu que les projections actuelles montrent nombreux acteurs. Face à l’ampleur démesu-
que ce seuil sera franchi. Pour avoir 50 % de rée de certains problèmes environnementaux
chances de ne pas dépasser l’objectif officiel contemporains, certains spécialistes mettent
des 2°C, il serait nécessaire d’atteindre un dès lors en garde contre l’idée selon laquelle
pic des émissions mondiales en 2016, suivi il n’appartiendrait qu’aux élites technico-
d’une baisse des émissions de 5 % par an9, ce scientifiques d’y répondre. Ensemencement
qui est considérable. Si le pic des émissions des océans par des algues génétiquement
intervient plus tard, les réductions devront modifiées, pulvérisation de soufre dans la
être encore plus fortes et seront aussi plus haute atmosphère pour réfléchir les rayons
coûteuses. Ces chiffres contrastent fortement du soleil, Hamilton (2013)10 montre ainsi
avec les tendances récentes : les émissions comment des scientifiques et entreprises
mondiales de CO2 ont augmenté en moyenne spécialisées élaborent des solutions face à un
de 3,1 % par an durant les années 2000, et ont emballement du phénomène du changement
cru de 58 % entre 1990 et 2012. climatique, avec à leur tour une génération de
risques inconnus.
Au-delà de la crise écologique En outre, l’utilisation du terme « crise » pour-
mondiale rait, paradoxalement, dénoter un optimisme
trompeur car il laisserait penser que l’issue
L’analyse historique montre que l’huma- des bouleversements que nous connais-
nité n’a pas créé par inadvertance ces sons est imminente. Pourtant, même si les

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pressions anthropiques sur le système Terre Plutôt qu’une situation aiguë et provisoire,
cessaient du jour au lendemain, il faudrait c’est une période d’instabilités, une mutation
des milliers d’années pour qu’il retrouve géologique inédite, qui s’est engagée sous
l’état qu’il connaissait avant la révolution l’effet de processus multiples.
industrielle. Par exemple, même si le réchauf-
fement climatique parvenait à être limité à
2 °C, le niveau moyen des mers continuerait
à s’élever pendant des siècles. Quant aux
conséquences par rapport aux espèces dispa-
rues, elles sont tout simplement irréversibles.

POUR EN SAVOIR PLUS


AGENCE INTERNATIONALE DE GIEC (2013), Climate et BEHRENS W.W. (1972), The
L’ÉNERGIE (2013), World Energy Change 2013, The Physical Limits to Growth: A Report for
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101 LA CRISE ÉCOLOGIQUE MONDIALE

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