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Linéarisation autour de
l’équilibre
Sommaire
Système dynamiques simples . . . . . . . . . . . . .
. Forme normale de la bifurcation fourche . . . . . . .
. Bifurcations d’un équilibre stable . . . . . . . . . . .
. Exemple du pendule simple . . . . . . . . . . . . . .
Systèmes conservatifs ou dissipatifs . . . . . . . . .
. Évolution du volume dans l’espace des phases . . . .
. Systèmes dynamiques hamiltoniens . . . . . . . . . .
. L’oscillateur de Van der Pol . . . . . . . . . . . . . .
Équations aux dérivées partielles . . . . . . . . . . .
. Modèle linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. Linéarisation autour d’un équilibre . . . . . . . . . .
. Calcul de stabilité dans le cas général . . . . . . . .
Chapitre . Linéarisation autour de l’équilibre
Introduction
Les modèles utilisés pour décrire les systèmes physiques évoluant dans le temps
peuvent être des systèmes d’équations différentielles ordinaires, que nous appe-
lerons “systèmes dynamiques”, ou des systèmes d’équations aux dérivées par-
tielles. Nous nous intéressons ici aux équilibres de ces systèmes, c’est-à-dire à
leurs solutions stationnaires.
La stabilité de ces équilibres est obtenue en considérant l’évolution tempo-
relle de leurs petites perturbations. Cette évolution est décrite par un système
d’équations linéaires obtenu en négligeant les termes non linéaires qui sont
d’ordre deux. Nous décrivons, sur des exemples de complexité croissante, les
techniques mathématiques qui permettent de construire cette linéarisation et
d’en étudier les solutions.
La plupart des modèles physiques dépendent de paramètres de contrôle que l’on
peut réduire à des nombres sans dimensions (nombre de Reynolds, nombre de
Rayleigh, nombre de Richardson ...). Lorsque ces paramètres changent, d’une
expérience à l’autre, le nombre d’équilibres ainsi que leur stabilité changent.
En variant continument les paramètres de contrôle, on peut déterminer les
seuils de “bifurcation”, c’est-à-dire les valeurs de ces paramètres pour lesquels
le nombre d’équilibre ou leur stabilité change, les deux allant en général de
pair.
Les bifurcations supercritiques, pour lesquelles de nouveaux équilibres stables
apparaissent au-delà du seuil de déstabilisation d’un équilibre trivial, se ren-
contrent, par exemple, dans les systèmes forcés par des gradients thermiques.
Les bifurcations sous-critiques, pour lesquelles des équilibres instables co-
existent avec un équilibre trivial avant qu’il ne se déstabilise, se rencontrent,
par exemple, dans les systèmes forcés par des gradients de vitesses.
Une autre notion très importante est la distinction entre les systèmes dissipatifs
et les systèmes conservatifs. Ces derniers décrivent, par exemple, les systèmes
physiques pour lesquels on néglige les phénomènes de frottements ou de diffu-
sion. Sur le plan mathématique, cette distinction peut se faire en examinant
l’évolution d’un volume d’états dans “l’espace des phases”.
tion est présenté pour le cas des systèmes dynamique autonomes quelconques
ainsi que pour le cas particulier du pendule simple.
Ẋ = F (X) = µ X + α X 3 , (.)
F F
0 X 0 X
µ<0 µ<0
F F
0 X 0 X
µ>0 µ>0
X X
µ µ
0 0
α<0 α>0
Figure . – Diagramme de la bifurcation fourche. Équilibres solutions de
l’équation F (X) = 0 pour différentes valeurs de α et µ et leur stabilité.
2 2
1.5 1.5
1 1
0.5 0.5
X X
x
x
0 0
!0.5 !0.5
!1 !1
t>0
!1.5 !1.5
!2
t=0 !2
!0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 !0.2 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
µµ µµ
2 2
1.5 1.5
1 1
0.5 0.5
X X
x
0 0
!0.5 !0.5
!1 !1
t=0 t>0
!1.5 !1.5
!2 !2
!1 !0.8 !0.6 !0.4 !0.2 0 0.2 !1 !0.8 !0.6 !0.4 !0.2 0 0.2
µµ µ
µ
X3 δV(t)
X(t)
δV0
X(0) F (X)
X2
X1 Xe
Figure . – Système dynamique à trois degrés de libertés.
˙
X
e =ΛX
e avec Λ = DF (X e ) . (.)
i IR i IR
s2 s2
s6 s6
s4 s1 0 s4 0 s1
IR IR
a) s5 s3 b) s5 s3
Figure . – Exemples de positions des valeurs propres sl dans le plan com-
plexe C
I = (IR, i IR). a) Équilibre marginal. b) Équilibre instable.
q̇ = p et ṗ = −V 0 (q) . (.)
Il suffit en effet de poser u(t) = q(t) et u̇(t) = p(t). L’espace des phases de
Système dynamiques simples
p = u̇
25
20
15
10
δV0
5
q=u
p
0
u
-5
-10 δV(t)
-15
m
-20 u̇
g
-25
-6 -4 -2 0 2 4 6
m
q
Figure . – a) Portrait de phase du pendule simple. b) Angle u et vitesse u̇.
qe correspond à un minimum
p du potentiel V . Les valeurs propres sont alors
s = ± i ωe avec ωe = V 00 (qe ) et l’équilibre est marginal.
Pour le pendule simple, deux équilibres sont obtenus en résolvant F (X e ) = 0.
Ces équilibres correspondent à la position basse X b = (0, 0) et à la position
haute X h = (π, 0) du pendule. La stabilité de X h (instable) et de X b (margi-
nale) est obtenue en calculant, respectivement, les valeurs propres des matrices
jacobiennes
0 1 0 1
DF (X h ) = et DF (X b ) = , (.)
ω2 0 −ω 2 0
c’est-à-dire en résolvant, respectivement, les deux équations caractéristiques
s2 − ω 2 = 0 et s2 + ω 2 = 0. Les valeurs propres sont donc, respectivement,
s± = ± ω et s± = ± iω, auxquelles sont associés, respectivement, les vecteurs
propres φ± = (1, ±ω) et φ± = (1, ± iω).
Le tracé des trajectoires d’un système dépendant d’un potentiel s’obtient en re-
marquant que si [q(t), p(t)] est une solution, la quantité E(t) = 12 p(t)2 +V [q(t)]
ne varie pas dans le temps (il suffit de vérifier que Ė = 0). Les trajectoires
dans l’espace des phases X = (q, p) ∈ IR2 sous donc situées sur les courbes
H0 = 12 p2 + V (q) obtenues pour toutes les valeurs de H0 possibles (figure .).
Chapitre . Linéarisation autour de l’équilibre
V V
q q
p p
q
q
a) b)
Figure . – Systèmes dépendant d’un potentiel V (q) et trajectoires associées.
a) Potentiel de forme quelconque. b) Potentiel du pendule simple.
p = u̇
25
20
15
10
δV0
5
q=u
u
p
-5
-10
δV(t)
-15 m
u̇
-20
g
-25
-6 -4 -2 0 2 4 6
q
Figure . – a) Portrait de phase du pendule amorti. b) Force de frottement.
∂H ∂H
q̇ = (q, p) et ṗ = − (q, p) , (.)
∂p ∂q
∂H ∂H ∂H ∂H ∂H ∂H
Ė = q̇ + ṗ = − =0 (.)
∂q ∂p ∂p ∂q ∂q ∂p
On montre de plus que les aires sont conservées dans l’espace des phases. En
effet, si on note Ẋ = F (X) avec X = t (q, p) le système dynamique hamiltonien,
Chapitre . Linéarisation autour de l’équilibre
i IR A3
s2
a) 0 A2
IR
s3
A4
i IR
s4 s A1
b) 0 1 IR
∂2H ∂2H
div F (X) = − =0. (.)
∂q ∂p ∂p ∂q
Cette propriété entraine qu’un volume (ici une aire) de conditions initiales reste
constant au cours du temps, comme dans le cas d’un écoulement isochore. On
parle alors de systèmes conservatifs. Les attracteurs de ces systèmes ne peuvent
pas être des équilibres dans la mesure où il faut contracter les volumes de
l’espace des phases pour y converger.
L’invariance de l’hamiltonien H et des aires dans l’espace des phases se gé-
néralise au cas des systèmes hamiltoniens H(q, p) dans IR2n dont l’expression
générale est
∂H ∂H
q̇i = (q, p) et ṗi = − (q, p) (.)
∂pi ∂qi
pour i = 1, ..., n avec q ∈ IRn et p ∈ IRn .
La stabilité des équilibres des systèmes
P conservatifs est particulière. Dans la
mesure où div F = 0, on doit avoir nl=1 sl = 0. Dans les cas les plus courants
(voir par exemple le cas du pendule simple), on peut avoir une paire de valeurs
propres imaginaires pures opposées ou une paire de valeurs propres réelles
opposées. Les trajectoires autour de l’équilibre sont alors, respectivement, des
ellipses ou des hyperboles (voir figure .).
Une façon de forcer le pendule peut être obtenue en imposant une force propor-
tionnelle à la vitesse et dans le même sens, au moins pour les petites oscillations.
On peut imaginer une telle force sur un pendule en utilisant l’induction magné-
tique que provoque la masse ponctuelle lorsqu’elle est électriquement chargée.
Les équations du pendule avec une dissipation négative pour les petites oscilla-
tions apparaissent naturellement dans un montage électronique portant le nom
Systèmes conservatifs ou dissipatifs
ü + (λ u2 − 2 µ) u̇ + ω 2 sin u = 0 . (.)
p = u̇ p = u̇
20 #$
10 %$
q=u q=u
0 $
!10 !%$
!20 !#$
!! !" !# $ # " !
a) !6 !4 !2 0 2 4 6 b)
Ȧ = (µ + i ω) A + (α + i β) |A|2 A (.)
2 2
1.5 1.5
1 1
0.5 0.5
0 0
y
-0.5 -0.5
-1 -1
-1.5 -1.5
-2 -2
2 2
1 2 1 2
1.5 1.5
0 0
1 1
-1 0.5 -1 0.5
0 0
-2 -0.5 -2 -0.5
x µ x µ
En posant A(t) = ρ(t) exp[i θ(t)] avec ρ(t) > 0, le système s’écrit
ρ̇ = µ ρ + α ρ3 et θ̇ = ω + β ρ2 . (.)
Chapitre . Linéarisation autour de l’équilibre
Pour étendre les notions d’instabilité aux cas des équations aux dérivées par-
tielles, on présente ici des modèles basés sur des équations aux dérivées par-
tielles unidimensionnelles (D). Il est fait ici abstraction de l’éventuelle signifi-
cation physique des solutions, bien qu’il serait possible d’expliciter des systèmes
dont la dynamique se laisse décrire par ces modèles.
Ω i IR
Σ Ω
0 k1 0 IR k1
Σ 0
a) b) c)
En se plaçant dans le cadre d’un domaine infini, on cherche des solutions com-
plexes de la forme
avec um ∈ C I, k1 ∈ IR et s = σ − i ω ∈ C
I. La forme de ces solutions est justifiée
par le fait que l’équation aux dérivées partielles considérée est invariante par
translations d’espace et de temps.
On pourrait considérer des solutions plus générales de la forme u(x, t) =
a exp (γ x + i k1 x) exp (σ t − i ω t), pour prendre en compte une croissance spa-
tiale, mais on se restreint ici au cas de la “stabilité temporelle” où les solutions
sont bornées à l’infini. Dans la mesure où le modèle est linéaire, les solutions
générales sont obtenues en sommant les solutions élémentaires considérées. En
Équations aux dérivées partielles
particulier, les solutions réelles peuvent s’obtenir en prenant la partie réelle des
solutions complexes. Pour pouvoir étendre les notations aux cas D ou D, on
dit que k1 est le “vecteur d’onde” et que sa norme (valeur absolue) k = |k1 | est
le “nombre d’onde”.
En reportant la forme des solutions recherchées dans l’équation, on voit que
l’on obtient des solutions non triviales (um 6= 0) à condition que les relations
de dispersion généralisées suivantes soient vérifiées :
.5
1.5
3
µ0
R
=0 µ0 = 1
LE
2.5
1
µ 0 2
AB
1
1.5
0
1
k1
ST
1
1.5 0.5
0.5
kc k1
µ0 = k1 0
IN
STA
2 0.5
1 BLE
0
1
3
1.5
2
4 0.5 0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2 0 0.5 1 1.5
a) b) c)
u(x, t) = u0 + u
e(x, t) (.)
∂e
u ∂e
u ∂2u ∂4u
+ u0 = µ0 u
e + µ2 + µ .
e e
2 4 (.)
∂t ∂x ∂x ∂x4
On retrouve le modèle linéaire étudié dans le paragraphe précédent à condition
de poser α1 = u0 et α3 = 0.
où L(ξ1 , ξ2 , ξ3 ) est une matrice n × n dont les composantes Lij (ξ1 , ξ2 , ξ3 ) sont
des polynômes et O kU e k2 est un terme négligeable tant que la perburbation
est petite.
Équations aux dérivées partielles
Si le modèle (.) est invariant par translation dans le temps et dans l’espace
et que l’équilibre U e est constant, les coefficients des polynômes Lij (ξ1 , ξ2 , ξ3 )
de la matrice L sont constants. On peut alors chercher des solutions du système
∂ e
linéarisé ∂t U =LU e sous la forme
e (x, t) = Um φ ei k·x+s t
U (.)
On en déduit que si σl = Σl (k) est négatif pour les i = 1, ..., n et tous les
vecteurs d’ondes k considérés, le système linéaire est stable et, par conséquent,
l’équilibre U e autour duquel le modèle a été linéarisé. En revanche, il suffit
qu’il existe une valeur propre sl dont la partie réelle σl est positive pour une
bande, même petite, de vecteurs d’ondes k, pour que l’équilibre considéré soit
instable.
Si le modèle (.) est invariant par translation dans le temps et dans toutes
les directions d’espace sauf x3 , on cherche alors des solutions sous la forme
e (x, t) = φ(x3 ) ei k1 x1 +i k2 x2 +s t
U (.)
Très souvent, le domaine est borné dans la direction x3 et le modèle (.) est
complété par des conditions aux limites. On se ramène donc à une équation
différentielle ordinaire en x3 linéaire avec conditions aux limites et l’on cherche
les valeurs de s pour lesquelles il existe des solutions non triviales.
Chapitre . Linéarisation autour de l’équilibre
FORMULAIRE
Bifurcation fourche
Ẋ = F (X) = µ X + α X 3 ,
0 q̇ = p Ẋ1 X2
ü + V (u) = 0 ⇐⇒ ⇐⇒ Ẋ = = .
ṗ = −V 0 (q) Ẋ2 −V 0 (X1 )
∂H ∂H
q̇i = (q, p) et ṗi = − (q, p) pour i = 1, ..., n .
∂pi ∂qi
Ils sont conservatifs car div F , où F est définie par Ẋ = F (X) avec X = (q, p).
La quantité E(t) = H[q(t), p(t)] ne varie pas dans le temps. Les sytèmes déri-
vant d’un potentiel sont hamiltoniens avec H(q, p) = 12 p2 + V (q).
EXERCICES
Bifurcation de Hopf
Ȧ = (µ + i ω) A + (α + i β) |A|2 A .
En posant A(t) = ρ(t) exp[i θ(t)] avec ρ(t) > 0, on se ramène à une bifurcation
fourche pour ρ.
EXERCICES
Ẋ = F (X) = µ X + α X 3 − γ X 5 (.)
F F F
X X X
X Ai Ar
µ µ
0 0
a) µ∗ b) µ∗
Figure . – Diagramme de bifurcation. a) système réel, b) système com-
plexe.
avec A(t) ∈ C
I. On suppose α > 0 et γ > 0.
) En posant A(t) = ρ(t) exp[i θ(t)], écrire le système dynamique en coordon-
nées polaires. En déduire le tracé du diagramme de bifurcation. Comme
se nomme la bifurcation en µ = 0 ?
EXERCICES
∂u ∂u ∂2u ∂4u
+u = µ u − u3 − 2 − 4 (.)
∂t ∂x ∂x ∂x
avec (x, t) ∈ IR2 , u(x, t) ∈ IR et µ un paramètre de contrôle réel.
) Déterminer la stabilité de l’équilibre u = 0 en fonction de µ.
Si u est petit, on peut négliger les termes u ∂u
∂x et u dans les équations. La recherche
3
est atteint pour k12 = 1/2 et vaut −2 µ + 1/4. Par conséquent, l’équilibre u = u0 est
instable pour 0 < µ < 1/8 et stable pour µ > 1/8.