MP 1∪3∪4
Devoir survéillé 3
Durée 4h
22 novembre 2008
Devoir survéillé 3
Problème
L’objectif du problème est l’étude de divers aspects topologiques de l’algebre Mn (K), et de
fournir quelques applications algebriques des résultats établis.
Conventions et notations
De façon usuelle , K désignera, sauf mention explicite, le corps R ou le corps C.
p désignera un entier naturel non nul. On note Dp (K) l’ensemble des matrices dia-
gnonalisables de Mp (K).
On note pour tout r ∈ 0, p , Ir (K) l’ensembles des matrices de Mp (K) de rang
inferieur ou égal à r et Sr (K) celui des matrices de rang supérieur strictement à r.
On note Up (K) l’ensemble des polynômes à coéfficients dans K, unitaires, scindés et
de degré égal à p.
On notera χ l’application de Mp (K) dans Kp [X] définie par :
∀A ∈ Mp (K) , χ(A) = χA
Pour tout A ∈ Mp (K) on considère l’endomorphisme ΦA de Mp (K) défini par :
∀M ∈ Mp (K) , ΦA (M) = AM − MA.
Pour toute matrice A ∈ Mp (K), on pose :
n o
C(A) = M ∈ Mp (K); AM = MA
Partie I
1. Montrer que pour tout scalaire λ, l’application dλ définie sur Mp (K) par :
∀A ∈ Mp (K) , dλ (A) = det(A − λIp )
est continue sur Mp (K)
2. Soient λ0 , λ1 , .., λp des scalaires quelconques deux à deux distincts. On note L0 , L2 · · · Lp
les polynômes d’interpolation élémentaires aux abscisses λ0 , λ1 , .., λp .
a) Rappeler la valeur du polynôme Li et montrer (L0 , L2 · · · Lp ) est une base de
Kp [X].
b) Exprimer pour A ∈ Mp (K) le pylnôme χA dans cette base.
c) En déduire que l’application χ est continue.
3. Soit A un élément de Mp (K).
a) On suppose qu’il existe une suite de matrices (An )n toutes semblables à A qui
converge vers 0. Montrer que A nilpotente.
b) On suppose maintenant que A est nilpotente. Justifier que A est trigonali-
sable.
Soit T = (αi j )i j une matrice triangulaire supérieure semblable à A, et soit pour
tout n ∈ N∗ , la matrice diagonale Dn = diag(n, n2 , · · · , np ).
Déterminer les coéfficients de Dn TD−1 n , et en déduire qu’il existe une suite de
matrices semblables à A qui converge vers 0.
c) Application: Monter qu’i n’existe aucune norme N de Mp (K) telle que
∀A ∈ Mp (K) , ∀P ∈ GLp (K) ; N(PAP−1 ) = N(A)
Partie II
Dans cette partie, on s’interresse aux propriètés topologiques de Dp (K) et on en
donnera quelques applications.
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On démontre d’abords que Up (K) est un fermé.
On pose pour tout polynôme P = αp Xp + αp−1 Xp−1 + · · · + α1 X + α0 ∈ Kp [X]
p
X
| P|| = |αk |
k=0
On admet que | .|| définit une norme de Kp [X]
1. Soit (Pn )n une suite convergente de polynômes de Up (C), Montrer que sa limite
est un polynôme unitaire de degré p.
En déduire que Up (C) est un fermé.
2. Soient P ∈ Kp [X] et a ∈ K, on suppose que a est une racine de P.
Montrer que |a| 6 | P||.(On distinguera les cas |a| 6 1 et |a| > 1)
3. Soit (Pn )n une suite convergente de polynômes de Up (R) de limite P.
Pour tout n ∈ N on note x1,n , x2,n , · · · , xp,n les racines (non forcément deux à deux
distinctes) de Pn et on pose Xn = (x1,n , x2,n , · · · , xp,n ).
a) Donner un exemple où la suite (Xn ) est divergente.
b) Donner, dans le cas où p = 2, un exemple où les polynômes Pn sont tous
scindés à racines simples mais P n’est pas à racines simples.
c) Montrer que la suite (Xn )n admet au moins une valeur d’adherance qu’on
notera Y = (y1 , y2 , · · · , yp ).
Y p
d) Montrer que P = (X − yk ).
k=0
e) Déduire de ce qui précéde que Up (R) est un fermé.
4. Soit (An )n une suite convergente de matrices diagonalisables de Mp (K). Montrer
en utilisant l’application χ que lim An est une matrice trigonalisable.
5. Réciproquement, montrer que toutes matrice trigonalisable est la limite d’une
suite de matrices diagonalisables à valeurs propres deux à deux distinctes.
6. En déduire que Dn (C) est dense dans Mp (C). Quelle est l’adhérance de Dp (R)
dans Mp (R) ?
7. Application: Une démonstration du théorème de Cayley-Hamilton dans Mp (C).
Soit A ∈ Mp (C).
a) Démontrer que si A est diagonalisable alors χA (A) = 0
b) Utiliser la densité de Dp (C) dans Mp (C) pour montrer qu’en général χA (A) =
0.
Partie III
Soit r ∈ 1, p .
On veut montrer dans cette partie que Ir (K) est un fermé de Mp (K).
1. Justifier rapidement ce résultat si r = p.
2. Soit v un endomorphisme de Kp . Montrer que rg(v) < r si et seulement pour
toute famille libre (e1 , e2 , · · · , er ) de Kp , la famille v(e1 ), v(e2 ), · · · , v(er ) est liée.
3. On suppose dans cette question que r < p.
On se donne une suite (An )n d’éléments de Ir (K) convergente de limite A.
Soient u l’endomorphisme canoniquement associé à A et pour tous n ∈ N, un
celui associé à An .
Soit (e1 , e2 , · · · , er+1 ) une famille libre quelconque de Kp .
a) Montrer que pour tout k ∈ [[1, r + 1]], la suite un (ek ) converge vers u(ek ).
n
b) Montrer que pour tout n ∈ N, il existe une famille de scalaires (λ1,n , λ2,n , · · · , λr+1,n )
telle que
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r+1
X r+1
X
λk,n un (ek ) = 0E et λk,n = 1
k=1 k=1
c) Montrer que la suite (λ1,n , λ2,n , · · · , λr+1,n )n admet au moins une valeur d’adhérance,
qu’on notera (µ1 , µ2 , · · · , µr+1 ).
d) Montrer que:
Xr+1 r+1
X
µk u(ek ) = 0E et µk = 1
k=1 k=1
et en déduire que rg(u) 6 r.
e) Montrer que Ir (K) est un fermé.
4. Que peut-on dire de l’ensemble des matrices de rang inférieur strictement à r.
Montrer que Sr (K) est un ouvert.
Partie IV
Soit une matrice A ∈ Mp (C).
On voudrait dans cette partie montrer que A est diagonalisable si et seulement
l’ensemble A des matrices semblable à A est un fermé.
1. On suppose que A est diagonalisable et on considère une suite (An )n d’éléments
de A, convergente de limite B.
Soient λ1 , λ2 , · · · , λm les valeurs propres deux à deux distinctes de A, de multipli-
cités respectives α1 , α2 , · · · , αm .
a) Justifier soigneusement que pour tous n ∈ N et k ∈ [[1, m]],
rg(An − λk Ip ) = p − αk .
b) En constatant que la suite (An − λk Ip )n converge vers B − λk Ip , que peut-on
dire de rg(B − λk Ip ).
c) Montrer que B est diagonalisable et qu’elle est semblable à A.
d) conclure.
2. On veut donner une autre démonstration de l’implication établie dans la ques-
tion précédente.
a) Montrer que χB = χA .
b) Soit πA le ploynôme minimal de A. Montrer que l’application
π : M 7−→ πA (M)
est continue sur Mp (C).
c) Montrer que πA (B) = 0 et en déduire que B est diagonalisable.
d) Montrer que B est semblable à A et conclure.
3. Pour l’implication réciproque on suppose par contre–apposition que A n’est pas
diagonalisable et on considére un matrice triangulaire supérieure T semblable à
A.
a) Justifier l’existence de T et expliquer pourquoi elle n’est pas diagonalisable.
b) En utilisant les matrices diagonales Dn introduites dans la question I-3-b.
construire une suite de matrices semblables à T et qui converge vers une ma-
trice diagonale.
c) Montrer alors que A n’est pas un fermé.
Partie V
On se donne dans cette partie une matrice trigonalisable A ∈ Mp (K), et on se pro-
pose de montrer, en utilisant les résultats de la partie III, que:
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dim C(A) > p
1. Montrer que C(A) est une sous algebre de Mp (K).
2. a) Soit D une matrice diagonale à coéfficients diagonaux deux à deux distincts.
Montrer qu’une matrice M ∈ Mp (K) commute avec D si et seulement elle est
diagonale.
b) En déduire que si A est diagonalisable à valeurs propres deux à deux dis-
tinctes, alors dim C(A) = p
3. On considère une suite de matrices diagonalisables (An )n , à valeurs propres deux
à deux distinctes qui converge vers A. Une telle suite existe d’aprés la question
II-5.
a) Montrer que la suite d’endomorphismes ΦAn converge vers ΦA .
n
b) En déduire que dim C(A) > p.
Partie VI
Dans cette partie, point de saveurs topologiques.
On s’interesse (strictement algebriquement) aux endomorphismes ΦA , dans le cas
où A est diagonalisable.
Soit donc une matrice diagonalisable A ∈ Mp (K), de valeurs propres λ1 , λ2 , · · · , λp
(non forcément deux deux distinctes).
1. Soient (V1 , V2 , · · · , Vp ) une base de Mp1 (K) et (Y1 , Y2 , · · · , Yp ) une famille quel-
conque de vecteurs de Mp1 (K). Montrer que :
Xp
Yk t Vk = 0 ⇒ ∀k ∈ i, p , Yk = 0
k=1
2. Montrer que si (U1 , U2 , · · · , Up ) et (V1 , V2 , · · · , Vp ) sont des bases de Mp1 (K) alors
la famille Ui t V j est une base de Mp (K).
ij
3. Justifier que la matrice t A est diagonalisable et a les mêmes valeurs propres que
A et avec les mêmes multiplicités.
4. Soient (U1 , U2 , · · · , Up ) et (V1 , V2 , · · · , Vp ) des bases respectives de vecteurs propres
de A et de t A, associés dans le même ordre aux valeurs propres λ1 , λ2 , · · · , λp .
a) Calculer ΦA (Ui t V j ).
b) En déduire que ΦA est diagonalisable de valeurs propres les scalaires λi − λ j
2
où (i, j) ∈ 1, p
5. Montrer que dim C(A) est la somme des carrés des dimensions des sous-espaces
propres de A.
6. Retrouver le résultat dim C(A) > p.
Fin.
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