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Submitted on 15th July 2022. Published online at [Link]/journals/ on 31st October 2022
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RESUME :
Objectif : Pour contribuer à la connaissance des plantes médicinales utilisées dans les traitements
des maladies qui affectent les populations rurales de l’Arrondissement de Dargala, une enquête
ethnobotanique a été réalisée.
Méthodologie et Résultats : Les végétaux identifiés ont été décrits en utilisant les types
phytogéographiques, morphologiques, biotopes et les diaspores. Cette description a été rendue
possible par certains documents de la flore du Cameroun retrouvés à l’Herbier national du
Cameroun. 29 espèces végétales ont été recensées. Le mode de préparation majoritairement utilisé
pour les recettes était l’infusion (31,43%), suivi de la décoction (28,57%) et macération (22,86%).
Quatre types d’adminstration des recettes par les populations ont été inventoriés : orale (83,33%),
orale et cutanée (29,17%), cutané (8,33%), orale et anale 4,17%). 8 recettes ont été retenues pour
le traitement des symptômes affectant les populations de cet arrondissement. Les feuilles ont été
l’organe le plus sollicité lors de la préparation des recettes.
Conclusion et Application des résultats : La pharmacopée rencontrée dans cette étude, contribue
de manière efficiente dans la préparation des remèdes traditionnels améliorés, ainsi que dans
l’économie des ménages.
Mots clés : Dargala, ethnobotanique, Extrême-Nord, pharmacopée traditionnelle.
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l’arrondissement de Dargala, Extrême-Nord Cameroun
Ethnobotanical study of the traditional pharmacopoeia in the district of Dargala, far North
Cameroon
ABSTRACT
Objective: In order to contribute to the knowledge of medicinal plants used in the treatment of
diseases affecting the rural populations of the Dargala District, an ethnobotanical survey was
carried out.
Methodology and results: The plants identified were described using phytogeographical,
morphological, biotopic and diasporic types. This description was made possible by using the
appropriate scientific documentation, namely the different volumes of the Cameroon flora stored
at the National Herbarium of Cameroon. The study carried out enabled the identification of 29
plant species. The most common method of preparation used for the recipes was infusion
(31.43%), followed by decoction (28.57%) and maceration (22.86%). Four modes of
administration of the herbal recipes were selected: oral (83.33%), oral and cutaneous (29.17%),
cutaneous (8.33%), oral and anal (4.17%). Eight (8) recipes were selected for the treatment of
symptoms affecting the populations of this district. Leaves were the organ most used in the recipes.
Conclusion and applications of results: The medicinal plants encountered in this study contribute
efficiently to the manufacture of improved traditional medicines and to the household economy.
Keyswords: Dargala, ethnobotanic, Far-north, phytomedicine.
INTRODUCTION
La plante est un élément important de la s’explique également par le fait que les
biodiversité et joue un rôle dans le bien-être de remèdes issus des plantes seraient peu toxiques
l’homme. Les relations qui existent entre les au regard des médicaments de synthèse
végétaux et l’homme datent de nombreuses (Dibong et al., 2011). Les systèmes de soins
décennies (Chikamai et al., 2009). Au niveau mis en place ont montré une grande efficacité
mondial, les ressources végétales s’utilisent durable et inoffensive dans la santé de
comme des médicaments. L’Afrique l’homme et des animaux domestiques (Guedje
comprend une grande diversité de plantes & Fankap, 2001). De même, des études ont
médicinales qui sont des ressources précieuses montré que les résistances développées ces
pour les populations rurales (Jiofack et al., dernières années par les germes des maladies
2010). Près de 80 pour cent des cinq milliards infectieuses et bactériennes contre les
d’habitants comptant la Terre utilisent les médicaments conventionnels ont contraint les
plantes médicinales (Mbita Messi, 1998).on populations de cette partie du monde à utiliser
observe ainsi un intérêt croissant en Afrique les plantes médicinales comme des alternatives
des Produits Forestiers Non ligneux (PFNL) de premier recours dans les soins de santé
durant des dernières années par rapport à leur primaire (Dieye et Sarr, 2020). Dans
contribution à l’économie des ménages et la l’Extrême-Nord, comme partout ailleurs,
conservation des ressources végétales (Betti, l’usage des PFNLs intéresse plusieurs
2002). Ces végétaux sont des ressources populations démunies et sans emploi (Priso et
inestimables pour la branche pharmaceutique al., 2011). Dans l’Arrondissement de Dargala,
(Awono et al., 2009). Au Cameroun, la spécialement les villages reculés de Kahéio,
majeure partie de la population n’a pas de Ouro-zangui et Dambay, les riverains
moyens pour les soins de santé moderne, ainsi, dépendent encore jusqu’à ce jour, dans une
l’utilisation des végétaux médicinaux en large mesure, de la médecine traditionnelle,
thérapeutique en est très répandu. Cet intérêt pour la satisfaction de leurs besoins en santé,
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malgré l’existence de la médecine moderne. conserver pour une utilisation durable. Il est
Dans cette Région, des études ont été faites alors nécessaire et urgent d’inventorier les
comme ceux de Saotoing et al. (2011) qui connaissances ancestrales sur les plantes
portaient sur les plantes médicinales utilisées médicinales dans le but de les valoriser. C’est
dans le traitement traditionnel du paludisme ; dans cet ordre d’idée que cette étude a été faite
ceux de Todou et al. (2019) portant sur les pour contribuer à la connaissance de la
ligneux indigènes en agroforesterie pharmacopée traditionnelle de
traditionnelle dans les Montagnes Mandara. l’Arrondissement de Dargala. Dans nos
Gormo (2013), lui, a travaillé sur l’usage des observations, il a été question d’inventorier les
végétaux chez les peuples du Nord-Cameroun. maladies traitées par les populations
Au regard de la démographie de plus en plus ressources, recenser et identifier les plantes
galopante, du nombre réduit des études portant utilisées pour traiter ces maladies, déterminer
sur la médecine traditionnelle ainsi que du les modes ou méthodes d’utilisations pour le
nombre élevé de couches sociales défavorisées traitement de ces maladies et caractériser les
dans cette partie du pays, il serait important de recettes des plantes utilisées pour le traitement
valoriser ces plantes afin non seulement de les des affections citées.
rendre accessible, mais également de mieux les
MATERIEL ET METHODES
Situation géographique du site d’étude : Les et sécher les échantillons ; des sacs plastiques,
travaux ont été faits dans trois localités de pour le transport du matériel utilisé.
l’Arrondissement de Dargala dans le Méthode de collecte des données
Département du Diamaré. L’Extrême-Nord est Enquêtes socio-économiques : Des enquêtes
une Région du Cameroun située dans la partie ethnobotaniques conduites entre Novembre
Septentrionale du pays, avec pour Chef-lieu 2020 et Janvier 2021 ont été faites à l’aide des
Maroua (figure 1). Le climat appartient au fiches d’enquête sur un échantillon de 100
domaine tropical de type Soudano-sahélien qui personnes tirées aléatoirement et selon la
se caractérise par deux saisons : une grande méthode d’échantillonnage stratifié
saison sèche qui dure neuf mois (Octobre à probabiliste. Ces enquêtes étaient menées
Juin) et une petite saison pluvieuse qui dure auprès des personnes originaires de la région
trois mois (Juillet, Août, Septembre), des et/ou ayant vécu longtemps dans cette région.
précipitations annuelles moyennes sont de Au départ, une enquête exploratrice sans
581mm, des températures moyennes de 28,7 questionnaire préétabli a été menée, afin de se
°C. L’humidité relative de l’air avoisine 48% familiariser avec le terrain et se rapprocher des
et l’altitude est d’environ 400m. habitudes et traditions pour une meilleure
Matériel utilisé : Il comprend des fiches communication et une perception préalable du
d’enquêtes qui ont permis de récolter des contenu du questionnaire. Cela a également
informations auprès des populations locales ; permis d’obtenir auprès des différents
un appareil photo pour prendre différentes enquêtés, des informations générales sur les
images au cours des investigations ; une plantes médicinales de la région (noms locaux,
machette, afin de déblayer le chemin ; un GPS, préparations, indications, maladies soignées,
pour les coordonnées géographiques ; un plantes associées…). Ainsi, cette prospection a
sécateur, pour récolter les échantillons permis des prises de photos et la récolte
végétaux ; des papiers, pour conserver des d’échantillons des différentes espèces afin de
échantillons récoltés ; un pressoir, pour presser vérifier les informations données plus tôt et
pour une identification ultérieure au
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RESULTATS
Caractéristiques sociodémographiques des La majorité des enquêtés étaient des
enquêtés : L’étude menée dans les villages phytothérapeutes, suivis des infirmiers,
(Kahiéo, Ouro-zangui et Dambay) de fonctionnaires et bergers. La grande partie des
l’Arrondissement de Dargala a été effectuée informations recueillies concernant
auprès de 100 personnes (30 à Kahiéo, 37 à l’acquisition des connaissances sur l’usage des
Ouro-zangui et 33 à Dambay) sur les usages plantes médicinales sont transmises de manière
des plantes médicinales (Tableau 1). La plupart héréditaire. Dans la zone d’étude, la majorité
des enquêtés était des hommes, soit 69%. des enquêtés ayant un savoir-faire traditionnel
L’âge des enquêtés a varié entre 25 et 80 ans sont analphabètes.
avec la tranche d’âge de]45 et + [majoritaire.
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45
40
35
Pourcentage
30
25
20
15
10
5
0
Familles botaniques
Herbacées,
21
Arbres, 40
Arbustes,
41.5
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P
40
o
u 30
31.43
r 28.57
c 20
22.86
e
n 10
t 2.86 8.57 2.86 2.86
a 0
g Macération Décoction Expression Infusion Sans Poudre Pommade
e préparation
Modes de préparation
Recette en 25
association
35% 20
Pourcentage
15
10
Recette 5
moospécifique
65% 0
Organes utilisés
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14
12
Pourcentage
10
8
6
4
2
0
Types de maladies
Fig.9 : Différentes affections rencontrées dans la zone d’étude
1 Jour 3 jours
3% 10%
1
Jusqu'à semain
guerison e
55% 26%
2 semaines
6 mois 3%
3%
Fig.10 : Durée de traitement des maladies
Fréquence de citation des maladies : Les autres : les vers intestinaux (12,12%), les
résultats montrent que 29 espèces recensées douleurs dentaires, la fièvre typhoïde et le
dans le cadre de cette étude (plantes principales paludisme qui ont chacune un taux de 9,9%
et plantes associées) sont utilisées pour le (figure 11). De même, les résultats montrent
traitement de 22 affections dont les fréquences que Mangifera indica a été citée pour soigner
de citation les plus importantes sont entre 2 maladies à la fois (Tableau 2)
14
12
Pourcentage
10
8
6
4
2
0
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Senna italica Tamarindus indica Racine et Jaunisse Infusion Orale Et Cutanée Boire 3 jrs minimum
Feuilles continuellement
Acacia albida Aucune Racine Douleur Dentaire Pommade Orale Matin-Soir Jusqu'à la
guérison
Senna tora Aucune Graine Paludisme Sans Orale 7 graines/jr 6 mois
préparation
Lamiaceae Ocimum Aucune Plante Entière Manque Lait Décoction Orale Consommation Jusqu'à
basilicum Maternel permanente production du
lait
Meliaceae Khaya Aucune Sève Douleur Dentaire Sans Orale Matin-Soir Jusqu'à la
senegalensis préparation guérison
Azardirachta Aucune Feuille et Fleur Paludisme Macération Orale Et Cutanée 1/2 verre /jr Jusqu'à la
indica guérison
Olacaceae Ximenia Aucune Racine Vers Intestinaux Infusion Orale Cuillerée/jr Jusqu'à la
americana guérison
Pedaliaceae Sesamun indicum Aucune Graine Brulure Expression Cutanée 3/jr Jusqu'à la
guérison
Phyllanthaceae Stereospermum Aucune Écorce Mal D'estomac Poudre Orale Cuillerée/jr 2 semaines
kunthianum
Poaceae Eleusine Aucune Racine Paludisme Macération Orale Boire Jusqu'à la
coracana continuellement guérison
Rhamnaceae Ziziphus -Anogeissus Racine et Vers Intestinaux Infusion Orale Cuillerée/jr Une semaine
mauritiana leiocarpus Écorce
-Cassia sieberiana
Rosacées Alchemilla Aucune Feuille et fleur Diarrhée, Infection Macération/D Orale Et Anale 2 verres/jr, 2 jrs, 3 jrs
vulgaris buccale écoction,
infusion
Rubiacées Mitragyna Aucune Écorce Rhumatisme Infusion Orale Et Cutanée Boire Jusqu'à la
inermis continuellement guérison
Rutacées Gardenia Aucune Racine Faiblesse Sexuelle Infusion Orale Cuillerée/jr Jusqu'à la
erubescens guérison
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Facteur de consensus informateurs des les utilisateurs par rapport aux plantes qu’ils
maladies recensées : Les résultats obtenus utilisent pour le traitement des maladies
montrent qu’il n’existe aucune maladie ayant recensées. Les plus grandes valeurs de FCI
un FCI =1. Plusieurs maladies ont néanmoins remarquées pour le traitement des maladies
un facteur de consensus informateur assez expliqueraient le fait qu’il y a échange
élevé (FCI=0,7) comme les amibes, le diabète, d’informations entre les populations locales
la grippe, les infections urinaires, le manque de sur l’usage des espèces pour le traitement de
lait maternel et le rhume. Toutefois, les ces maladies (Lougbegnon et al., 2018). En
maladies induisant un FCI moyen compris revanche, les valeurs du degré de consensus
entre 0,5 et 0,7 représentent 75%. Les très faibles expliquent que les espèces de
maladies induisant un faible FCI inférieur à 0,5 plantes sont choisies au hasard et/ou il n’y a
représentent 25%. Cependant, les affections pas eu inversion d’information entre la
telles que les brûlures, la diarrhée, les douleurs population à propos de l’usage de ces espèces
dentaires, la faiblesse sexuelle, la fièvre pour le traitement des maladies (Gazzeneo et
typhoïde et l’hypertension artérielle ont un FCI al., 2005 ; Yetein, 2012).
nul (Tableau 3). Donc, il y a un consensus entre
DISCUSSION
Pour ce qui est du genre des enquêtés, les des plantes médicinales puisqu’elles les
hommes ont été les plus représentés (69%). utilisent dans d’autres domaines que la
Cela est dû à l’incapacité des femmes à phytothérapie. Toutes les tranches d’âge qui
parcourir de longues distances pour récolter ont été concernées lors de l’étude étaient
des échantillons, pourtant détentrices des familières aux plantes et à leurs utilisations
mêmes savoirs traditionnels. Toutefois, des afin de traiter les différentes pathologies
enquêtes ethnobotaniques effectuées dans le rencontrées. Cependant, les enquêtés dont
département du Lom et Djerem par Etame-Loe l’âge variait de 25-70 ans se montraient plus
et al. (2018) ont montré que ce sont les femmes intéressés par la transmission des
qui étaient plus impliquées dans l’utilisation connaissances traditionnelles ; uniquement
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quelques jeunes (≤29 ans) suivent les pratiques guinéo-congolaises avec 19,23%. Ces résultats
médicinales et les savoirs traditionnels sont presqu’analogue aux données de Betti
transmis par les adultes (30-59 ans). dans le Dja qui a aussi présenté une
L’éloignement ou le rapprochement des prédominance d’espèces guinéo-congolaises
centres de santé des habitations villageoises, avec des proportions de 41% et 68,51%
montre que l’usage traditionnel des plantes d’élément de base guinéen. Dans les différents
médicinales, transmis de père en fils et orale, marchés de Yaoundé, 48% d’espèces guinéo-
est la base de la médecine curative des congolaises et 85% d’élément de base guinéen
riverains qui vivent dans une grande pauvreté. sont trouvés (Betti, 2001). Au Gabon, l’on a
Contrairement à cette étude qui a permis de recencé 77% d’espèces endémiques guinéo-
recenser 29 espèces, de nombreuses autres congolaises dans les prairies des inselbergs du
comme celles qui portaient sur les savoirs nord de ce pays (Ngok, 2005). Cette
indigènes des plantes ethnobotaniques du prédominance d’espèces guinéo-congolaises
district de Kavrepalanchowk au Népal, ont montre ainsi un impact réduit des cultures
trouvé 68 espèces végétales qui étaient étrangères sur l’exploitation des plantes
distribuées en 39 genres et 37 familles médicinales et la conservation des cultures
(Birendra & Chhetri, 2009). Les études portant locales. En concentrant les plantes médicinales
sur la stratégie de valorisation des plantes de ces travaux, les herbacées sont
ressources des PFNLs de la savane des majoritairement représentés avec des
environs de Kinshasa, ont donné 49 espèces proportions de 37,50%. Ces résultats vont dans
médicinales (Makumbelo et al., 2008). le même sens que ceux de Mpondo &Dibong
Les espèces rencontrées dans les cultures sont (2012) qui affirment que les plantes
majoritairement représentées. Ces dernières médicinales connues des différentes ethnies de
sont domestiquées dans des agrosystèmes Douala sont majoritairement des herbacées. La
parce que la domestication de ces plantes peut grande utilisation des feuilles dans les
être une alternative dans les stratégies préparations et le mode de récolte manuel
d’exploitation durable de cette ressource couramment utilisés justifierait ce résultat. Les
(Mvogo, 2013). Après viennent les espèces arbres et les arbustes ont également des
forestières comme les forêts primaires proportions non négligeables (29,81% et
(21,15%). On pourrait expliquer les 27,88% respectivement). Néanmoins, les
différences de proportions d’habitats par le arbres sont présentés comme les types
climat de l’Extrême-Nord qui seul, varie d’une morphologiques les plus vulnérables au vu de
zone à l’autre, également la biodiversité des leur écorçage systématique par les populations
sols et des forêts. Les espèces végétales les locales, ce qui entraine leur dépérissement à
plus répandues représentaient les types plus ou moins long terme (Cunningham,
phytogéographiques dominants de 1993). La présente étude a permis de
Pantropicales et d’Afrotropicales. Ces résultats répertorier au total une prédominance de
divergent de ceux de Betti dans le Dja et les plantes à sarcochores (43,27%). Ces résultats
marchés de Yaoundé qui présentent une corroborent ceux de Ndjib (2013) qui trouve
prédominance d’espèces cosmopolites parmi 57% de plantes à sarcochores. Ce type de
les espèces largement répandues. La diaspores présenterait un pouvoir germinatif
description des groupements végétaux et de la élevé. La prédominance des plantes à
flore présente une forte proportion (30%) des sarcochores prouve d’une part, leur origine
cosmopolites dans le parc national de l’Ivindo forestière et d’autre part, le rôle important de
au Nord-est du Gabon (Betti, 2001). Le la faune sauvage dans la régénération
troisième rang est occupé par les espèces forestière (Ndjib, 2013). Les parties végétales
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les plus utilisées classées par ordre métabolites secondaires responsables des
d’importance sont : les feuilles, les écorces et propriétés biologiques de la plante (Bitsindou,
les fruits. D’autres parties utilisées ont été dans 1986). Huit recettes ont été recensées, cela
une moindre mesure utilisées (bulbe, graine, montre à suffisance que les connaissances
sève, rhizome, tige et tronc). L’utilisation ethnobotaniques entre les villages sont
exagérée des feuilles pourrait s’expliquer par disparates et s’éloignent davantage entre
la facilité et la rapidité de sa récolte, mais Kahiéo, Dambay d’une part et Ouro-zangui
également du fait qu’elles sont le siège de la d’autre part.
photosynthèse et parfois du stockage des
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l’arrondissement de Dargala, Extrême-Nord Cameroun
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