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Daniel Whiteson

Le livre 'Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’Univers' de Jorge Cham et Daniel Whiteson répond avec humour à des questions fréquentes sur l'Univers, allant des concepts scientifiques aux interrogations existentielles. Les auteurs, un roboticien et un physicien des particules, explorent des thèmes variés tels que le voyage dans le temps et la nature de la réalité, tout en rendant la science accessible et divertissante. Ce livre constitue une introduction fascinante aux dernières découvertes sur le cosmos, enrichie de dessins humoristiques.

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ange christian zogbo
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Daniel Whiteson

Le livre 'Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’Univers' de Jorge Cham et Daniel Whiteson répond avec humour à des questions fréquentes sur l'Univers, allant des concepts scientifiques aux interrogations existentielles. Les auteurs, un roboticien et un physicien des particules, explorent des thèmes variés tels que le voyage dans le temps et la nature de la réalité, tout en rendant la science accessible et divertissante. Ce livre constitue une introduction fascinante aux dernières découvertes sur le cosmos, enrichie de dessins humoristiques.

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Jorge Cham et Daniel Whiteson

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur


l’Univers
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Sophie Lem

Flammarion

Copyright © 2021 by Jorge Cham and Daniel Whiteson


Tous droits réservés
L’ouvrage original a été publié en 2021 sous le titre
Frequently Asked Questions About The Universe aux Éditions Riverhead
Books.
© Éditions Flammarion, Paris, 2023, pour la traduction française.

ISBN Numérique : 9782080268068


ISBN Web : 9782080268051
Le livre a été imprimé sous les références :
ISBN : 9782081451476

Ouvrage composé et converti par Pixellence (59100 Roubaix)


Présentation de l'éditeur

Vous vous posez des questions sur l’espace-temps, la gravité et la


téléportation, voire sur la probabilité de croiser votre double dans un trou
de ver ? Eh bien, ce livre est fait pour vous.
Après le succès de Tout ce que nous ne savons pas encore (2018), les
auteurs se proposent dans ce nouvel opus de répondre avec humour à nos
interrogations sur l’Univers. Des plus pratiques – qu’est-ce qui nous
empêche de voyager jusqu’aux étoiles ? – aux plus existentielles –
combien de temps l’humanité survivra-t-elle ? –, en passant par les plus
loufoques – pouvons-nous réarranger les particules de notre chat pour le
transformer en chien ? –, toutes ces questions révèlent les étonnants
aspects de la réalité.
Une merveilleuse introduction aux dernières découvertes sur le cosmos…
et une bonne façon de les éprouver !
Jorge Cham est roboticien et créateur du blog dessiné « PhD Comics » (1
million de visiteurs par mois).
Daniel Whiteson est physicien des particules. Quand il n’exploite pas les
données du Cern, il développe une application visant à détecter les rayons
cosmiques avec un simple smartphone.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur
l’Univers
Pour Oliver
J. C.

Pour Silas et Hazel, dont le flux constant de questions a


inspiré – et souvent interrompu – l’écriture de ce livre.
D. W.
TOUT CE QUE VOUS AVEZ
TOUJOURS VOULU SAVOIR
SUR L’INTRODUCTION
Nous nous posons tous des questions, c’est l’un des traits distinctifs des
humains.
Notre espèce peine à se mettre d’accord, qu’il s’agisse de politique, de
sport ou du meilleur endroit pour déjeuner d’une fondue. Mais une chose
nous rassemble : le besoin de savoir. En notre for intérieur, nous nous
posons tous des questions, très souvent les mêmes.
Pourquoi est-il impossible de remonter le temps ? Est-ce que j’ai un
double parfait quelque part ? D’où vient l’Univers ? Quelle sera notre
longévité en tant qu’espèce ? Et qui ingurgite une fondue à midi ?
Heureusement, nous avons des réponses.
La science a fait des progrès incroyables au cours des cent dernières
années, et certains grands mystères commencent à s’éclaircir. Certes, il nous
reste encore d’immenses territoires à explorer (nous vous renvoyons à notre
précédent ouvrage, Tout ce que nous ne savons pas encore – Le guide de
l’Univers inconnu), mais notre compréhension commune de l’Univers a bien
avancé. À tel point que nous estimons qu’il est grand temps de rassembler
une série de réponses faciles à lire, agrémentées de dessins humoristiques, à
quelques-unes des questions que l’humanité se pose de façon récurrente.
Dans ce livre, nous passerons en revue les interrogations les plus
profondes et les plus existentielles qui nous taraudent, sur nous, sur notre
planète et la nature de la réalité. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les
extraterrestres ne nous ont pas encore rendu visite (en supposant que ce soit
vrai) ? Ou si vous étiez vraiment unique, ou bien une simulation
préprogrammée dans un jeu vidéo extraterrestre ? Restez-vous éveillé la nuit
en vous questionnant sur l’existence d’une vie après la mort ? Eh bien, la
réponse à tout ce que vous auriez toujours voulu savoir se trouve entre vos
mains.
Chaque chapitre aborde une question fréquemment posée, en espérant
révéler au passage quelques vérités époustouflantes sur notre incroyable
Univers. Considérez ce livre comme votre meilleur atout lors de votre
prochain dîner en ville, ou, si vous préférez, comme une lecture rapide et
fascinante parfaitement adaptée à vos visites aux toilettes (avec une pensée
charitable pour vos colocataires, nous avons fait en sorte que chaque chapitre
soit assez bref).
Vous vous demandez peut-être quelles sont nos qualifications pour
répondre à ces questions. Soyez parfaitement rassuré, notre aptitude à faire
autorité sur à peu près n’importe quel sujet donné a été démontrée de la
façon la plus éclatante : nous avons un podcast.
Dans notre émission audio bihebdomadaire modestement intitulée
« Daniel et Jorge expliquent l’Univers », nous couvrons en effet des sujets
allant des micro-ondes aux phénomènes intergalactiques, en passant par les
hypothétiques particules fondamentales.
Mais c’est le fait de répondre aux questions de nos auditeurs qui nous a
vraiment donné envie d’écrire ce livre. Pour nous, c’est l’un des aspects les
plus passionnants d’un podcast. Rien n’illumine davantage notre journée que
d’ouvrir notre boîte mail et d’y découvrir une interrogation bien pensée d’un
auditeur curieux.
Et des questions, nous en avons ! Elles proviennent de personnes de tous
les âges (de sept à soixante dix-sept ans, selon la formule consacrée), de
toutes les professions et de tous les coins du monde. Vous seriez surpris des
abîmes de perplexité que suscite l’Univers observable chez un enfant de neuf
ans du Devonshire !
Notre questionnement et notre soif de connaissance nous tiennent à cœur.
Beaucoup d’entre nous sont prêts à affirmer que s’interroger sur la nature du
cosmos et sur la place que nous y occupons est l’une des plus grandes joies
de la vie. Bien sûr, il est parfois frustrant de ne pas obtenir immédiatement
des réponses, ou de se retrouver avec encore plus de questions qu’avant
(c’est le cas dans plusieurs chapitres de ce livre), mais le simple fait de poser
des questions est une forme de pouvoir.
En effet, l’acte même de questionner implique qu’il est possible de trouver
des réponses, ce qui est, à notre avis, porteur d’espoir. Qu’y a-t‑il de plus
encourageant que de croire que l’Univers et tous ses merveilleux mystères
pourront un jour être élucidés et compris ?
Voyons donc où nous porte la curiosité collective de nos semblables et
penchons-nous sur les questions qui les déconcertent. Les réponses seront
parfois surprenantes et vous conduiront peut‑être à remettre en question
votre vision de l’Univers. Dans d’autres cas, elles seront terriblement
décevantes et incomplètes, en particulier lorsque nous toucherons du doigt
les limites actuelles des connaissances humaines.
Quoi qu’il en soit, n’oubliez pas que la meilleure part consiste à poser la
question.
Amusez-vous bien !

PS : N’oubliez pas de tirer la chasse d’eau.


POURQUOI EST-IL IMPOSSIBLE
DE REMONTER LE TEMPS ?
Mais, au fait, qui a dit que c’était impossible ?
Retourner dans le passé est un souhait très commun. Qui d’entre nous
n’aurait pas envie de remonter le temps pour rencontrer des personnages
célèbres ou assister en personne aux moments charnières de l’Histoire ?
Vous sauriez enfin qui a tué JFK ou pourquoi les dinosaures se sont éteints.
De façon plus prosaïque, ce serait chouette de pouvoir revenir en arrière
pour des choses moins glorieuses, corriger une erreur ou réparer une
maladresse, par exemple. Imaginez un peu… vous renversez votre café sur
votre pantalon préféré ? Hop, un petit saut en arrière dans le temps et vous
évitez la catastrophe. Vous venez de dire à votre patron un truc que vous
allez immédiatement regretter ? Rembobinez et, cette fois, vous vous jurez
de tourner sept fois votre langue dans la bouche avant de parler. Après avoir
commandé une pizza à l’ananas, vous constatez que c’est effectivement
immangeable ? Fast rewind, mais, per favore, faites-moi le plaisir de choisir
une pizza convenable ! Bref, vous auriez à votre disposition une sorte de
bouton « annuler » (l’équivalent de Ctrl + Z, ou cmd + Z pour les snobs du
Mac) à l’échelle de l’Univers.
Malgré son intérêt indéniable, les scientifiques n’ont pas encore construit
un tel dispositif. Le passé est intouchable, et le temps reste notre grand
ennemi ; il semblerait que nous soyons condamnés à regretter toute notre vie
nos erreurs passées. Pas de seconde chance dans cet Univers !
Et pourquoi donc ? Pourquoi pouvons-nous changer le futur, mais pas le
passé ? Y a-t‑il une loi fondamentale de la physique qui interdit tout retour
dans le passé, ou s’agit-il seulement d’un problème technique difficile à
résoudre ?
Eh bien, vous serez agréablement surpris d’apprendre que les physiciens
n’excluent pas catégoriquement l’hypothèse d’un tel voyage temporel : en
théorie, il est possible de remonter le cours du temps. Bien que cela ne
fonctionne pas comme dans les films, il n’est peut-être pas totalement
impensable de parvenir à fabriquer un bouton Rewind. D’ailleurs, à la fin de
ce chapitre, nous décrivons une toute nouvelle idée de voyage dans le temps,
validée par les physiciens 1.
Prêt ? Chaussez vos lunettes spéciales « machine à remonter le temps »,
dépoussiérez votre hoverboard ou votre DeLorean, car nous sommes sur le
point de répondre à cette question intemporelle : pourquoi ne puis-je pas
remonter le temps… pour le moment ?

Faisable, possible et pas impossible


Tout d’abord, précisons ce que nous entendons lorsque nous voulons
savoir si quelque chose est « possible ». En fait, cela dépend de la personne à
qui vous posez la question.
Si vous demandez à un ingénieur s’il est possible de remonter le temps, il
répondra par l’affirmative seulement s’il pense être en mesure de construire
une machine dans ce but pour moins d’un milliard de dollars d’ici une
dizaine d’années.
En revanche, posez la même question à un physicien, et il abordera le
problème très différemment. Pour un physicien, une chose est possible s’il
ne connaît pas de loi de la physique qui s’y oppose.
Par exemple :
Comme ce livre traite de la physique et de l’Univers, nous adopterons ici
le point de vue des physiciens. Cela signifie que notre objectif dans ce
chapitre est de déterminer si voyager à rebours dans le temps enfreint ou non
une loi de l’Univers, et non de calculer s’il faudrait 14,7 trillions de dollars
et des centaines d’années pour que cette perspective devienne une réalité.
Nous sommes convaincus qu’une fois la chose déclarée possible par les
physiciens, les ingénieurs finiront par trouver un moyen de la concrétiser.
L’étape suivante consistera à refiler le bébé aux spécialistes des logiciels afin
qu’ils codent une application dédiée (« Siri, remets mon café dans la
tasse. »)
Pour savoir si les voyages dans le temps ont une chance d’être validés par
les physiciens, nous devons d’abord penser le temps à leur façon. Le temps
est un sujet très délicat, qui a dérouté et déconcerté les gens depuis…
longtemps. En gros, pour un physicien, c’est ce qui permet à l’Univers de
changer : le flux, le mouvement, la façon dont le passé se transforme en
présent. Le temps est ce qui ordonne et organise une série de photos pour en
faire un film fluide.
L’Univers est conséquent : il ne saute pas d’une situation à une autre sans
rapport avec la précédente. Vous ne passez pas instantanément du canapé où
vous lisez ce livre à votre serviette de plage, parce que le passé impose des
limites à ce qui peut advenir dans le présent. Si vous preniez votre café il y a
un instant, les présents possibles incluent – entre autres – que vous buviez
votre arabica jusqu’à la dernière goutte ou bien que vous le renversiez sur
votre pantalon. Il est en revanche exclu – et c’est heureux ! – que vous vous
transformiez soudainement en un dragon bleu en train de siroter du jus de
céleri fermenté.
Le passé contrôle les types de futurs que nous pouvons vivre. C’est ce
qu’on appelle le principe de causalité (« La cause précède l’effet »), qui
guide la physique lorsqu’elle tente de donner un sens logique à cet Univers
fou, délirant et constellé de taches de café, et à la façon dont il évolue.
Ces changements s’effectuent de façon fluide et demandent du temps.
Rien dans cet Univers n’est immédiat. Les événements sont liés les uns aux
autres. Pour déguster une pizza maison, vous devez respecter tout un
processus – impossible de claquer des doigts et de transformer
instantanément de la farine, des tomates et du fromage en pizza. L’Univers
exige que vous enchaîniez certains gestes : mélanger les ingrédients, pétrir la
pâte, cuire les tomates, boire un verre de rouge 2, allumer le four et ainsi de
suite. Ces étapes sont indispensables pour passer d’une configuration (les
ingrédients bruts) à une autre (la pizza fumante). C’est le temps qui relie ces
étapes, et, sans lui, l’Univers n’a tout simplement aucun sens.
En gardant cette conception du temps en tête, examinons maintenant les
possibilités de voyages dans le temps qui s’offrent à nous.

Vous ne pouvez pas retourner dans le futur


L’une des raisons les plus tentantes de vouloir voyager dans le temps est
de faire un saut dans le passé pour y changer quelque chose, dans l’espoir
d’influencer l’avenir. Par exemple, éviter de renverser son café ou acheter
des actions Netflix au lieu de Blockbuster Video (RIP). L’idée est d’apporter
une modification au passé, puis de revenir dans le présent et de profiter des
fruits de vos manipulations.
Mais voilà, il y a une faille dans votre plan, et pas des moindres : ce
concept n’a aucun sens, tout simplement.
Si l’on envisage le temps comme la façon dont évolue l’Univers (ou dont
la pizza se transforme en pizza), il devient plus facile de comprendre
pourquoi modifier le passé est un non-sens. Imaginons que vous vous
réveilliez un matin à huit heures et que vous vous fassiez un café. Petit
problème, il est infect. Vous décidez donc de sauter dans votre machine à
remonter le temps, de revenir à huit heures du matin et de préparer du thé à
la place du café.
Ça marche peut-être au cinéma, mais pas en physique.
Car, du point de vue de la science, cela reviendrait à créer une
configuration de l’Univers (celle où vous avez préparé un café imbuvable)
qui ne soit pas reliée aux configurations antérieures. Si vous avez fait du thé
et non du café, comment votre infâme expresso est-il apparu ? Pour un
physicien, cela enfreint la loi de cause à effet : il y a un effet (le mauvais
café), mais aucune cause (puisque vous avez bricolé du thé). Autrement dit,
c’est comme si vous aviez fait une pizza sans jamais avoir mélangé les
ingrédients. Hum.
À notre grand regret, ce qui précède rend impossible toute modification du
passé. Le non‑respect de la loi de cause à effet aurait pour corollaire un
Univers non cohérent avec lui-même, ce qui n’est pas acceptable pour un
physicien.
Vous êtes peut-être en train de vous dire : « Et les lignes temporelles
séparées, alors ? Les histoires parallèles ? J’ai vu ça dans les films des
Avengers ! » Malheureusement pour « Doc » Emmett Brown (et pour Iron
Man), cela n’a aucun sens non plus. Comment pouvez-vous modifier une
ligne temporelle ou en créer une nouvelle, alors que l’idée même de
changement dépend du temps ? Les lignes temporelles représentent le
changement, elles ne peuvent donc pas changer elles-mêmes. Et si le concept
de multivers fait l’objet de recherches scientifiques sérieuses, ce n’est pas le
cas de la possibilité de se déplacer ou de choisir entre des univers parallèles.
La physique a donc de nombreuses raisons d’affirmer que vous ne pouvez
pas sauter instantanément d’un moment à un autre pour changer le cours des
événements. Désolé si votre rêve de manipuler le marché boursier et de
devenir riche grâce à la physique vient de s’envoler en fumée 3.

Qui dit physicien dit solution


L’inviolabilité du principe de causalité signifie-t‑elle qu’il est
impossible de voyager dans le temps ? Eh bien, non ! Elle implique
« seulement » que modifier le passé est impossible. Et si nous allons dans le
passé ou le futur sans rien y changer ? Cela pourrait fonctionner. Imaginons
que vous vouliez admirer les dinosaures en chair et en os ou découvrir à quoi
ressemble le futur. Est-ce possible ? D’après notre compréhension actuelle
de la physique, tout à fait (n’allez toutefois pas demander aux ingénieurs si
c’est possible maintenant).
Pour comprendre comment nous pourrions y parvenir, il faut s’habituer à
penser l’espace comme quelque chose de plus que l’espace. Les physiciens
aiment se référer à l’espace et au temps pris ensemble comme à quelque
chose qu’ils désignent (sans grande imagination, je vous l’accorde) sous le
nom d’« espace-temps ».
Nous sommes habitués à nous déplacer dans l’espace près de la surface de
la Terre, où les choses sont simples. Lancez une balle en l’air et elle
redescendra. Marchez dans une direction et vous avancerez dans cette
direction. Le temps se comporte lui aussi de façon régulière sur notre
planète : l’horloge avance, et les horloges de la planète concordent.
Or la physique nous dit que, dans certaines parties de l’Univers, l’espace
devient vraiment bizarre. Et dans ces cas-là, il est préférable de le penser
comme lié au temps. Pour un physicien, nous ne nous déplaçons pas à
travers l’espace dans le temps ; nous nous déplaçons dans une chose appelée
espace-temps.
Et l’espace-temps est très étrange. Il fait des choses que nos esprits ont du
mal à se représenter : il peut par exemple s’incurver. Se replier sur lui-
même. Voire faire des boucles.
Voyons comment nous pourrions exploiter ces bizarreries pour notre
voyage dans le temps.

Des cylindres de poussière infiniment longs


Selon Einstein, l’espace-temps se déforme dès que quelque chose de
massif se trouve à proximité. C’est sa conception de la gravité : davantage
qu’une force, il s’agit d’une distorsion de l’espace et du temps. La Lune
orbite par exemple autour de la Terre non pas parce que notre gravité l’attire,
mais parce qu’elle tourne autour d’un entonnoir d’espace-temps courbé par
la masse de la Terre, à la façon d’une voiture de course sur une piste
incurvée.

La masse ne fait pas que courber l’espace : elle étire et comprime


également le temps. Des configurations étranges de la masse sont à l’origine
de bizarreries du temps. Si vous fabriquiez un cylindre infiniment long de
poussière en rotation, quelque chose d’étonnant adviendrait : aux alentours
de cette colonne tournante de poussière, le temps et l’espace se
déformeraient d’une manière qui vous permettrait de vous déplacer en
boucle dans le temps. Cela signifie qu’un objet pourrait potentiellement
voyager sur un chemin qui le ramènerait au lieu même d’où il était parti, et
au même moment.

Trous de ver
Notre version moderne de l’espace-temps se plie ou se déforme d’autres
manières incroyables. En se repliant sur lui-même, il peut créer un tunnel,
une sorte de raccourci, entre deux points distincts : un « trou de ver », que
nous nous représentons comme une distorsion ou un réarrangement de
l’espace-temps.
La plupart des gens pensent que les trous de ver relient deux points
différents dans l’espace (ce qui les rend potentiellement utiles pour voyager
vers des galaxies lointaines). Mais, en théorie, les trous de ver relient aussi
deux points différents dans le temps. (N’oubliez pas que nous avons affaire à
une seule et même chose appelée « espace-temps ».) En empruntant un trou
de ver, non seulement vous vous retrouveriez instantanément chez votre
vendeur de Bubble tea préféré, malencontreusement situé à l’autre bout de la
ville, mais, avec un peu de chance, vous pourriez aussi y être avant que cette
boisson ne devienne à la mode, évitant ainsi des queues interminables.

Pas de seconde chance ?


Ce qui est étonnant avec les deux possibilités que nous venons de
mentionner, c’est qu’elles permettent de voyager dans le temps sans
enfreindre les lois de la physique. Tant que vous n’essayez pas de modifier le
passé, vous avez le droit de vous déplacer dans cet espace-temps courbé qui
vous emmènera dans le passé (ou dans le futur).
Le problème, c’est que vous reviendriez dans le même espace-temps que
celui dans lequel vous vous trouviez auparavant (vous avez simplement pris
un raccourci, ou fait une boucle), ce qui signifie que vous ne pourriez pas
changer le passé même si vous le vouliez. En revenant en arrière dans le
temps, si vous aviez enfreint la règle et averti votre moi de huit heures du
mat’ qu’il valait mieux préparer du thé et non du café, vous devriez
obligatoirement vous en souvenir, parce que ces deux moi se trouvent dans
la même ligne temporelle. Le fait que vous fassiez malgré tout un mauvais
café et que vous ne vous souveniez pas d’avoir rencontré votre moi futur
venu vous avertir signifie que ce moi n’a jamais remonté le temps.

Pourrions-nous réellement effectuer ce genre de déplacements dans


l’espace-temps ? La vérité, c’est que les physiciens n’en savent rien ! Cette
hypothèse entre dans la catégorie « pas complètement exclue 4, mais, pour
autant que nous le sachions, totalement irréalisable ». Personne n’a construit
un cylindre infini de poussières. Nous ne savons pas vraiment comment
repérer des trous de ver, et encore moins comment les emprunter et les
contrôler. Si l’on voit les choses du côté positif, « pas complètement exclu »
signifie que c’est possible jusqu’à preuve du contraire, et que, même si vous
ne pouvez pas faire repasser votre café de votre pantalon à votre tasse, vous
pouvez tout de même rendre visite aux dinosaures ou voir à quoi ressemble
le futur.

Suivre le courant
À ce stade, vous êtes peut-être un peu déçu, car ce n’est pas ainsi que vous
imaginiez les voyages dans le temps. Certes, observer des dinosaures
s’ébattre a son charme, mais c’est franchement moins amusant si vous devez
faire votre safari-photo avec du café plein votre pantalon.
Voilà pourquoi nous sommes fiers de vous présenter notre tout nouveau
concept pour un voyage dans le temps différent, un concept qui pourrait
vous donner accès au fameux bouton « Annuler » sans rompre le lien de
cause à effet… Mais oui, nous avons pondu cette idée juste pour le livre –
d’ailleurs, ça nous a bien pris une dizaine d’heures. Il faut bien un début à
tout, et les grandes révolutions commencent souvent par de petits
événements. Je vous rappelle que l’un de nous deux est physicien de
formation !
Vous êtes prêt ? Alors voilà : et si nous pouvions inverser le cours du
temps ?
En physique, de nombreuses lois déterminent comment l’Univers change
avec le temps, et elles supposent toutes que le temps s’écoule. Toutefois,
aucune ne nous explique vraiment comment fonctionne ce flux : nous ne
savons pas pourquoi le temps s’écoule dans une direction (vers l’avant) et
pas dans l’autre, ni si le temps doit forcément avancer. Presque toutes les lois
de la physique fonctionnent parfaitement dans les deux sens.
Presque, mais pas toutes. Une ou deux lois fonctionnent apparemment de
façon différente en marche avant et en marche arrière. Par exemple, le
second principe de la thermodynamique affirme que les choses ont tendance
à devenir moins organisées avec le temps (l’entropie croît dans un système
isolé) et que la chaleur se dissipe. C’est la raison pour laquelle il est plus
probable de casser un verre que de lui faire retrouver son état antérieur.
Cette loi n’exige pas toutefois que le temps avance. Elle dit simplement
que, si le temps s’écoulait dans l’autre sens, la désorganisation diminuerait.
Ce serait un spectacle curieux, car nous n’avons jamais vu le temps s’écouler
en arrière, mais la physique ne peut pas l’exclure.
Ce qui nous amène à notre idée : et si vous construisiez un appareil
capable d’inverser le cours du temps de manière sélective, par exemple
seulement à l’intérieur de votre machine ? La machine elle-même ne
voyagerait ou n’irait nulle part. Pour quelqu’un assis à l’extérieur, elle ne
bougerait pas. Pourtant, à l’intérieur de la machine, les règles seraient
différentes. Le temps s’écoulerait à l’envers, et les particules à l’intérieur
feraient l’inverse de ce qu’elles font normalement dans un Univers où le
temps s’écoule vers l’avant.
En contrôlant l’écoulement du temps de cette manière, il deviendrait
possible d’annuler certains événements. Rapide illustration : vous installez
votre bureau à l’intérieur de la machine et vous la réglez sur « écoulement
normal du temps ». Par malchance, vous renversez votre café. Pas de
panique : il vous suffit de demander à la machine d’inverser l’écoulement du
temps pendant un court instant. Le reste de l’Univers suivra son cours
normal, mais, à l’intérieur de votre capsule, le café retournera dans votre
tasse. Lorsque la machine repassera en mode normal, votre pantalon sera
immaculé. Bien sûr, vos pensées vont elles aussi revenir en arrière, si bien
qu’il sera sans doute opportun de laisser une note à l’extérieur de la machine
vous invitant à être plus attentif lors de votre pause-café !
La différence entre voyager en arrière dans le temps et inverser le cours du
temps en un endroit précis n’est pas forcément évidente, mais, d’un point de
vue physique, elle a son importance. Vous ou la machine ne voyagez pas vers
une époque différente (ce qui romprait la relation de cause à effet) ; vous
inversez simplement l’écoulement du temps dans un espace limité. Si l’on
compare le temps qui passe à l’écoulement d’une rivière, cela revient à créer
ici et là de petits courants de Foucault 5 qui circulent temporairement en sens
inverse.
Si ce scénario vous semble contraignant, poussons notre technologie
imaginaire au niveau supérieur. Et si vous fabriquiez une machine
suffisamment puissante pour faire le contraire, c’est-à-dire inverser le cours
du temps dans tout l’Univers, sauf pour ce qui se trouve à l’intérieur de la
machine ? Vous pourriez alors monter à l’intérieur de votre engin, appuyer
sur le bouton et regarder l’Univers entier autour de vous défiler en sens
inverse. Lorsque vous sortiriez, vous retrouveriez une version de l’Univers
qui serait en pratique plus jeune (bien qu’il ait rajeuni sans vous).
Que pourriez-vous faire dans cet Univers plus jeune ? Acheter des actions
Netflix, traîner avec JFK ou arrêter le café 6.
C’est une idée folle ? Oui. Savons-nous aujourd’hui comment faire reculer
le temps ou faire diminuer l’entropie ? Non. Est-ce que ça marcherait ?
Aucune idée. Est-ce impossible ? Pas selon les lois connues de la physique !
Mesdames et Messieurs les ingénieurs, la balle est dans votre camp.
POURQUOI
LES EXTRATERRESTRES
NE NOUS ONT-ILS PAS
ENCORE RENDU VISITE ?
(En sommes-nous vraiment sûrs ?)
À l’idée que des extraterrestres débarquent sur Terre, êtes-vous fou
d’excitation, ou au contraire terrifié ?

Si des extraterrestres pointaient enfin le bout de leur navette spatiale, nous


aurions quantité de bonnes raisons d’être survoltés. Réfléchissez : s’ils sont
capables de franchir les distances gigantesques de l’espace interstellaire et de
nous repérer, cela signifie qu’ils sont beaucoup plus avancés que nous. Nous
pourrions alors leur poser des tas de questions ! Comment fonctionne
l’Univers ? Comment est-il né ? Comment faites-vous pour voyager dans les
étoiles ? Pourquoi certaines personnes mettent-elles de l’ananas sur leur
pizza ? Oui, ce serait vraiment génial… Nous serions dispensés de centaines
ou de milliers d’années de recherches laborieuses 1 et nous aurions toutes les
réponses à nos interrogations maintenant.

12

Minute papillon : et si le premier contact ne se déroulait pas aussi bien que


nous l’espérons ? La visite d’extraterrestres avancés pourrait aussi tourner au
cauchemar. Il suffit de considérer l’histoire de l’humanité. Que se passe-t‑il
généralement lorsqu’une civilisation plus développée rencontre une autre
civilisation ? Est-ce qu’elles partagent pacifiquement leurs connaissances,
leurs richesses et diverses collations ? Non : en général, la situation ne
tourne guère à l’avantage de la civilisation « explorée ».
Dans un cas comme dans l’autre, il s’agira d’un événement mémorable, ce
qui nous amène à nous interroger : pourquoi les extraterrestres ne nous ont-
ils pas déjà rendu visite ? Après tout, les chances que la vie existe dans
l’Univers sont relativement élevées. Notre galaxie contient à elle seule un
nombre incroyable d’étoiles (environ 250 milliards), et il y a des milliers de
milliards, voire un nombre infini, de galaxies au-delà de la Voie lactée.
Environ une étoile sur cinq possède une planète semblable à la Terre, ce qui
signifie qu’il y a des milliards de milliards (si ce n’est une infinité !)
d’endroits susceptibles d’abriter le développement de la vie. Il est donc assez
peu probable que la Terre soit l’unique endroit de l’Univers où la vie, même
intelligente, soit apparue.
Alors, pourquoi les extraterrestres ne nous ont-ils pas encore rendu visite ?
Est-ce qu’ils nous évitent, ou est-ce que l’Univers est tout simplement trop
grand pour prendre une tasse de thé entre voisins ? Et comment feraient‑ils
pour savoir que nous existons ?
Pour répondre à ces questions, examinons quatre scénarios possibles.
Scénario 1 : ils nous ont repérés et sont en route
Une première possibilité serait que les extraterrestres nous aient entendus
et qu’ils soient déjà en chemin vers notre planète. Peut-être avons-nous
affaire à des auditeurs modèles, qui ont capté certaines de nos émissions
radio et télévisées que nous avons diffusées dans l’espace par inadvertance ?
Intrigués et charmés par notre humour et notre culture, ils ont
immédiatement armé un vaisseau et se dirigent droit sur nous au moment où
nous écrivons ce livre.

Qu’est-ce que la physique peut nous dire sur ce scénario ? Est-il


envisageable que des extraterrestres aient détecté nos signaux ?
Suffisamment de temps s’est-il écoulé pour qu’ils se trouvent vraiment dans
les parages ?
Nous ne diffusons pas de signaux radio depuis très longtemps, ce qui
suffit à poser certaines limites. Notre espèce a commencé à émettre des
signaux radio, télévision et autres il y a environ un siècle. Et si la vitesse de
la lumière vous semble très rapide lorsque vous êtes coincé dans les
embouteillages et que vous rêvez de rentrer chez vous, sachez que l’espace
est très, très vaste. Ainsi, même des messages envoyés à la vitesse de la
lumière mettront beaucoup, beaucoup de temps à atteindre d’éventuels
mondes extraterrestres. Et, en supposant que ces derniers aient capté nos
productions, il leur faudra de toute façon encore plus de temps pour arriver
jusqu’à nous.
Passons en revue les aspects de leur voyage qui dépendent de la physique.
Supposons que les extraterrestres disposent de vaisseaux spatiaux voyageant
à une fraction raisonnable de la vitesse de la lumière (disons la moitié, soit
environ 150 0000 kilomètres par seconde). Nous pourrions nous inquiéter de
la durée nécessaire pour accélérer jusqu’à cette vitesse colossale, mais, de
manière assez surprenante, cela ne représente qu’une petite partie du périple.
Même s’il s’agit d’êtres mous comme nous, bien incapables de résister à des
forces d’accélération supérieures à quelques fois la gravité terrestre sans se
transformer en crumble, l’essentiel du trajet se déroulera à la vitesse
maximale. Et il est parfaitement possible d’atteindre la moitié de la vitesse
de la lumière en moins d’un an en accélérant modestement à 2 g (deux fois
l’accélération de la pesanteur à la surface de la Terre).
Maintenant, effectuons quelques calculs. Puisque nous ne transmettons
des signaux radio que depuis une centaine d’années, des extraterrestres qui
arriveraient incessamment sous peu ne sauraient vivre à plus de 33 années-
lumière de nous : 33 années seraient en effet nécessaires pour que notre
émission la plus ancienne leur parvienne à la vitesse de la lumière et environ
66 pour qu’ils débarquent avec leur vaisseau spatial (qui se déplace, avons-
nous supposé, à la moitié de la vitesse de la lumière). Dans ce scénario, tout
extraterrestre vivant à plus de 33 années-lumière de nous n’a aucune chance
de débarquer dans l’immédiat, car il ne s’est pas écoulé assez de temps pour
qu’il reçoive le message et fasse le voyage.
Est-il possible que des extraterrestres se trouvent à moins de 33 années-
lumière de nous ? Nous savons que le système stellaire le plus proche de
nous (Proxima Centauri) se situe à un peu plus de 4 années-lumière. Or une
planète de la taille de la Terre orbite autour de l’une de ses étoiles. Si elle
abrite des extraterrestres qui ont entendu notre signal, ces derniers auraient
eu tout le temps de sauter dans une navette spatiale pour nous rendre visite.
Alors, pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Une théorie : ils guettaient le final de la
série Lost, diffusé en 2010 et parvenu sur leur planète en 2014. On peut donc
s’attendre à ce qu’ils débarquent bientôt pour râler !
Et si nous regardions plus loin ? Dans un rayon de 33 années-lumière,
nous savons qu’il faut compter sur un peu plus de 300 systèmes stellaires,
dont environ 20 % sont susceptibles d’abriter une planète de type terrestre
(définie comme une planète ayant à peu près la même taille que la nôtre et se
trouvant à la même distance confortable de son étoile). Cela signifie qu’il
existe environ 65 planètes semblables à la Terre susceptibles d’entendre nos
premiers signaux radio et de nous envoyer une délégation qui devrait être
arrivée à l’heure actuelle.
Or cela ne s’est pas produit. Pourquoi ?
Bien sûr, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles des
extraterrestres auraient pu capter nos manifestations sans donner suite. Peut-
être n’ont-ils pas aimé ce qu’ils ont entendu, ou bien ils ne sont tout
simplement pas intéressés, ou trop occupés. Mais il est tout de même
difficile d’imaginer qu’une civilisation intelligente, probablement aussi
isolée que la nôtre, ne sauterait pas sur l’occasion de rencontrer l’un de ses
voisins, ou du moins d’établir un contact.
Le fait que nous n’ayons reçu aucune visite en réponse à nos signaux
radio suggère peut-être une explication plus évidente : il n’y a pas de
civilisation extraterrestre intelligente à une distance aussi proche de nous.
Cela signifierait que les chances de dénicher une vie intelligente avancée
sont sans doute inférieures à 2 (nous et une autre civilisation) sur
65 planètes. C’est la raison la plus plausible. Après tout, si l’on songe à
l’histoire de la vie sur Terre et à la précarité de notre civilisation, la
probabilité que nous existions est très inférieure à 1 sur 32,5.
Scénario 2 : ils tombent sur nous par hasard
Si la raison pour laquelle nous n’avons pas encore reçu la visite des
extraterrestres est qu’il n’y en a pas à portée de nos émissions, alors peut-
être devons-nous envisager d’autres motivations qui pousseraient les
extraterrestres à s’aventurer jusqu’à nous. Après tout, nos signaux radio
n’ont parcouru qu’une minuscule bulle dans la galaxie : environ 100 années-
lumière dans toutes les directions, alors que la Voie lactée fait plus de
100 000 années-lumière de large. Pas étonnant que la majeure partie de la
galaxie n’ait aucune espèce d’idée de notre existence !
Pourquoi une civilisation extraterrestre, vivant bien au-delà de la portée de
nos signaux radio donc, pourrait-elle nous rendre visite ? Eh bien, notre
galaxie existe depuis des milliards d’années. Une espèce extraterrestre
extrêmement avancée ayant un penchant marqué pour l’exploration sillonne
peut-être l’Univers depuis des milliers ou des millions d’années. Quelle
probabilité aurait-elle de tomber sur nous ?

Reste à savoir pourquoi une espèce extraterrestre passerait autant de temps


à explorer la galaxie… Qui sait, ils sont à la recherche d’une nouvelle série
palpitante, ou de nouveaux amuse-gueules savoureux (pas nous, espérons-
le) ? Ou alors, ils ont désespérément besoin de matières premières ou d’un
nouvel endroit où s’installer ? Comment deviner les motivations d’une
civilisation extraterrestre vieille d’un milliard d’années ? Quelles que soient
leurs raisons, partons du principe qu’ils parcourent les vastes espaces
galactiques. Pourraient-ils nous découvrir ?
Pour répondre, avançons quelques hypothèses sur leur plan d’exploration.
Commençons par supposer qu’ils utilisent des vaisseaux spatiaux. Combien
de vaisseaux devraient-ils envoyer et combien d’années leur faudrait-il pour
visiter chaque planète de la galaxie ?
Nous savons qu’il y a en moyenne une planète semblable à la Terre par
1 250 années‑lumière cubes d’espace et que la distance moyenne entre ces
planètes est d’environ 11 années-lumière. Parfois, deux de ces planètes
cohabitent dans le même système stellaire ; d’autres fois, 50 ou
100 années‑lumière les séparent. Or, lors d’un long voyage, c’est la moyenne
qui compte ; dans notre cas, elle se situe autour de 11 années-lumière.
Si les vaisseaux d’exploration voyagent à la moitié de la vitesse de la
lumière, il leur faudra vingt-deux ans pour parcourir la distance d’une
planète à l’autre. Cela signifie que, s’ils n’envoient qu’un seul vaisseau pour
explorer toute la galaxie, il mettra environ un milliard d’années pour visiter
toutes les planètes semblables à la Terre dans la galaxie. Si leur mission a
pour but de ramener des spécialités sympas, eh bien, ils vont manger froid !
La bonne nouvelle, c’est qu’il est facile d’accélérer le processus en
lançant davantage de vaisseaux dans l’aventure. Tant que les vaisseaux
partent dans des directions différentes et que leurs trajectoires ne se
superposent pas, plus vous y consacrez de vaisseaux et plus vous explorez de
planètes.
Si vous lancez 1 000 vaisseaux (à partir d’un point central), vous visiterez
toutes les planètes semblables à la Terre de la galaxie en environ un milliard
d’années. Plus vous lancez de vaisseaux, plus le temps nécessaire à
l’exploration de la galaxie diminue. Si vous lancez un million de vaisseaux,
vous en ferez le tour en un million d’années. Si vous lancez un milliard de
vaisseaux, ce chiffre tombe à environ cinquante mille ans. Dépasser le
milliard n’a pas grand intérêt, car les vaisseaux mettront toujours la même
durée (environ cinquante mille ans) à atteindre les limites de la galaxie.
Cinquante mille ans, cela peut paraître long, mais, comparé à l’âge de la
galaxie (13,5 milliards d’années) et à l’âge de notre planète (4,5 milliards
d’années), c’est une paille.
Cela signifie que, s’il existe une civilisation extraterrestre qui : a) explore
activement d’autres planètes ; b) dispose des ressources nécessaires pour
construire une flotte de vaisseaux spatiaux correcte, alors la probabilité
qu’elle tombe sur nous est assez élevée. En réalité, les petits hommes verts
passeraient même assez régulièrement nous faire coucou s’ils étaient
persévérants dans leur quête du meilleur en-cas. Une fois les vaisseaux
répartis aux quatre coins de la galaxie, ils seraient ainsi à même de visiter
chaque planète en moins de cinquante mille ans.
Sans oublier que notre raisonnement n’envisage la présence que d’une
seule civilisation avancée. Et si plusieurs civilisations telles étaient en train
d’explorer l’Univers ? Les chances qu’un extraterrestre, quel qu’il soit, nous
visite augmenteraient encore.
Forts de ce que nous venons d’exposer, que pouvons-nous déduire du fait
qu’un vaisseau extraterrestre en mission d’exploration n’ait pas encore
atterri sur notre planète ? En tant qu’espèce, nous sommes suffisamment
intelligents pour comprendre ce qu’il se passe autour de nous depuis au
moins dix mille ans (l’histoire écrite remonte à environ cinq mille ans, et les
peintures rupestres à plus de quarante-quatre mille ans). Dès lors, si un tel
vaisseau avait été envoyé, nous en aurions probablement entendu parler.
Encore une fois, la conclusion la plus logique, c’est qu’il n’y a pas de
civilisation intelligente en train de parcourir la galaxie. Les raisons pour
lesquelles nous n’avons pas reçu de visite ont sans doute davantage à voir
avec l’économie qu’avec la physique ou la biologie : si l’espace est trop
grand et si les étoiles sont trop éloignées les unes des autres, il n’est
probablement pas rentable de visiter et d’explorer d’autres planètes dans la
galaxie.

Scénario 3 : les extraterrestres sont très,


mais alors très intelligents
Admettons que construire une flotte massive d’un milliard de vaisseaux
soit un investissement trop ambitieux pour n’importe quelle civilisation
extraterrestre – franchement, tout ça pour trouver de nouvelles sortes de
snacks, c’est beaucoup de travail. Comment les extraterrestres pourraient-ils
nous dénicher autrement ?
Un autre scénario est envisageable, mais il demande un peu plus
d’imagination. Et si les extraterrestres étaient superintelligents ? Tellement
intelligents qu’ils auraient forgé des moyens plus efficaces d’explorer la
galaxie ?
Et si les extraterrestres avaient construit des vaisseaux d’exploration
autorépliquants ?
Imaginez des vaisseaux qui s’envolent dans l’espace et qui se multiplient
tout seuls. Vous commencez par en envoyer quelques-uns en direction des
systèmes stellaires les plus proches. À leur arrivée, leur première tâche serait
de rechercher des signes de vie. Pour leur éviter les menus tracas du
décollage et de l’atterrissage, vous pourriez les équiper de caméras
puissantes capables de prendre des photos de la surface des planètes depuis
le vide spatial.
Ensuite, ils chercheraient les matières premières requises pour construire
leurs clones. Notre Système solaire regorge par exemple de métaux et de
possibles carburants qui flottent dans la ceinture d’astéroïdes : d’énormes
amas de fer, d’or, de platine et de glace. Un vaisseau contrôlé par
intelligence artificielle n’aurait aucun problème à rassembler les matières
premières dont il a besoin pour construire et alimenter plusieurs copies
(disons cinq) de lui-même. Ces cinq nouveaux vaisseaux partiraient à leur
tour dans de nouvelles directions, répétant le cycle.
Cette stratégie fait croître le nombre de vaisseaux de façon exponentielle.
Si vous commencez avec cinq vaisseaux, alors ces cinq vaisseaux
deviendront vingt-cinq. Après le cinquième cycle, vous aurez
3 125 vaisseaux ; après le neuvième, environ 2 millions de navires. Il ne
vous faudra que treize cycles pour que votre flotte dépasse le milliard.
Ainsi, une seule civilisation extraterrestre très intelligente pourrait
envoyer des sondes capables d’explorer toute la galaxie en moins d’un
million d’années, et il lui suffirait pour cela de construire cinq vaisseaux au
départ. D’un seul coup, l’aspect économique de l’opération s’améliore
considérablement.
Bien sûr, il s’agit d’une technologie assez compliquée, mais même les
ingénieurs humains y travaillent. Si nous sommes encore bien loin d’une
pareille prouesse, une civilisation plus ancienne et plus avancée pourrait déjà
maîtriser le processus. Qui sait, d’ici quelques centaines d’années, nous
serons peut-être nous aussi en mesure de construire de tels vaisseaux.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une seule civilisation suffit à déclencher la
cascade qui mène à un milliard de vaisseaux. Cela signifie que, s’il existe
des extraterrestres (suffisamment intelligents), les chances que l’un de leurs
vaisseaux autoréplicants nous ait repérés sont plutôt élevées.
Bien sûr, le fait que nous n’ayons pas vu une telle sonde arriver et
s’annoncer s’interprète de différentes manières. Une civilisation avancée de
ce type n’existe peut-être tout simplement pas, et c’est à nous de développer
cette technologie. Ou alors, de telles civilisations peuplent bel et bien le
cosmos, mais elles ont pensé que c’était une très mauvaise idée.
Après tout, les extraterrestres ne veulent peut-être pas que nous sachions
qu’ils existent…

Scénario 4 : et s’ils l’avaient déjà fait ?


Dans tous les scénarios que nous venons d’exposer, nous avons considéré
que l’une de nos hypothèses allait forcément se vérifier : lorsque les
extraterrestres arriveront, ils s’annonceront en fanfare, lançant une nouvelle
ère d’harmonie (ou de conquête) inter-espèces.
Il y a une autre possibilité : imaginez que nos plus proches voisins
extraterrestres, des voyageurs galactiques ou des sondes autorépliquantes,
aient déjà exploré la Terre sans que nous l’ayons remarqué. Peut-être sont-ils
passés un peu trop tôt : certes, la vie sur notre planète existe depuis des
milliards d’années, mais elle n’abrite de vie intelligente capable de
reconnaître et d’enregistrer l’énormité d’une visite extraterrestre que depuis
quelques dizaines de milliers d’années. Si nous les avions manqués ? S’ils
étaient passés prendre le thé alors que notre civilisation était encore en
couche-culotte ?
Si c’est le cas, le mal n’est pas bien grand, car il y a fort à parier qu’ils
reviendront. Les extraterrestres auront sûrement noté la présence de vie lors
de leur première visite sur Terre, puisque celle-ci a commencé à bourgeonner
peu après la formation de la planète. N’oubliez pas qu’une vaste flotte de
vaisseaux est capable d’explorer la galaxie tous les cinquante mille ans.
Nous n’avons qu’à attendre le prochain passage de leur navette, qui ne
devrait plus tarder.

Reste un dernier cas de figure. Et si leur visite était passée inaperçue parce
qu’ils ne veulent pas que nous sachions qu’ils sont venus ? S’ils ne
souhaitaient pas nous parler ? Notre hypothèse de base est peut-être
complètement fausse, ils n’ont peut-être aucune envie de nous fréquenter !
La physique de l’exploration galactique ne permet pas d’exclure cette
possibilité : nos visiteurs extraterrestres pourraient bien être furtifs ou
timides. Sans doute savent-ils qu’il vaut mieux ne pas avoir affaire à des
espèces extraterrestres potentiellement dangereuses. (Si nous étions les
méchants nouveaux extraterrestres ?) Et impossible d’espérer comprendre
comment pensent les extraterrestres.
En résumé, il existe de multiples raisons qui expliqueraient que les
extraterrestres ne nous aient pas rendu visite (ou qu’ils tiennent la chose
secrète). La galaxie est assez étendue, l’Univers encore plus, et nous ne
savons pas grand-chose sur l’existence éventuelle d’autres formes de vie
intelligente. Il est enfin toujours possible que nous soyons l’espèce la plus
intelligente de la galaxie (voire de l’Univers), et que les extraterrestres ne
débarquent pas de sitôt.

Dans ce cas, qui sait, ce peut être à nous d’aller rendre visite aux
extraterrestres. Et si l’exploration n’est pas votre truc, faites-le au moins
pour les barres chocolatées.
AVEZ-VOUS UN DOUBLE
QUELQUE PART ?
Comment vous sentiriez-vous si on vous annonçait que vous avez un
double quelque part ?

Une copie exacte, qui aime (les bananes) et déteste (les pêches) les mêmes
choses que vous, dotée des mêmes talents (mes smoothies à la banane sont
extraordinaires), des mêmes défauts (impossible de me faire taire lorsque je
suis lancé sur le sujet des smoothies à la banane) et des mêmes souvenirs,
avec un sens de l’humour et une personnalité identique. Savoir qu’une telle
personne existe dans un coin de l’Univers serait très bizarre. Auriez-vous
envie de la rencontrer ?
Plus bizarre encore, imaginez une personne qui serait votre copie presque
parfaite : vous, avec quelques petites différences. Une version améliorée, par
exemple, qui ferait des smoothies aux fruits encore meilleurs que les vôtres
et qui aurait une vie plus palpitante ? Ou bien au contraire une version de
vous moins douée, ou plus méchante, une sorte de jumeau maléfique ?

Est-ce possible ?
Bien que cette éventualité nous semble assez fantaisiste, les physiciens ne
l’excluent pas. En fait, non seulement ils estiment la chose possible, mais
certains vont même jusqu’à affirmer qu’elle est plus probable
qu’improbable. Cela signifie qu’en ce moment même, alors que vous lisez
ces lignes, votre double est peut-être assis quelque part, habillé à l’identique,
dans la même posture, en train de lire le même livre que vous (enfin, peut-
être une version un peu plus drôle).
Pour avoir une idée de ce que cela signifie et de la probabilité que cela se
produise, commençons par évaluer à quel point vous êtes spécial.

Quelle est votre probabilité ?


Au premier abord, il semble assez improbable qu’une personne
exactement comme vous puisse exister. Après tout, pensez à tous les
événements qui ont dû se produire pour que l’Univers vous fasse
apparaître…
Il a d’abord fallu qu’une supernova explose à proximité d’un nuage de gaz
et de poussière, provoquant son effondrement gravitationnel et donnant
naissance à notre Soleil et à son système. Il a fallu qu’un tout petit amas de
cette poussière (moins de 0,01 %) s’accrète pour former une planète située
exactement à la bonne distance de son étoile, où l’eau ne gèle pas ni ne se
transforme en vapeur. Il a ensuite fallu que la vie apparaisse, que les
dinosaures s’éteignent, que les humains évoluent, que l’Empire romain
s’effondre et que vos ancêtres évitent la peste noire. Que vos parents se
rencontrent et passent un moment ensemble. Sans compter que votre mère a
dû ovuler juste au bon moment et le spermatozoïde contenant l’autre moitié
de vos gènes a dû piquer le sprint de sa vie pour battre ses milliards de
concurrents. Et nous n’en sommes qu’à votre naissance !
Pensez à toutes les décisions que vous avez prises dans votre vie et qui ont
fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui. Vous avez mangé beaucoup de
bananes, ou pas. Vous avez rencontré cet être qui est devenu votre meilleur
ami, ou pas. Vous avez décidé de rester à la maison alors que vous auriez pu
vous faire écraser par une semi-remorque remplie de fruits. Vous êtes tombé
sur ce livre idiot traitant de l’Univers et avez décidé de le lire. Tous ces
événements, depuis 4,5 milliards d’années, ont conduit à votre existence ici
et maintenant.
Quelles sont les chances que toutes ces choses se reproduisent exactement
de la même manière pour créer un autre vous ? Voilà qui semble assez
improbable, non ?
Peut-être pas ! Faisons la liste de tous les événements, décisions et
moments aléatoires qui ont mené à vous et essayons de calculer votre
probabilité.
Commençons par aujourd’hui : combien de décisions avez-vous prises
depuis que vous vous êtes réveillé ? Vous avez probablement décidé de vous
lever, choisi comment vous habiller et ce que vous alliez manger pour le
petit-déjeuner. Toutes ces décisions apparemment insignifiantes sont à même
de changer le cours d’une vie ! Porter un chemisier ou une cravate à
imprimés bananes est un facteur potentiellement décisif lorsque vous
rencontrerez votre futur conjoint. Supposons que vous preniez chaque
minute environ une ou deux décisions susceptibles de modifier votre
devenir. Ce chiffre paraît horriblement stressant, mais, d’après la physique
quantique et la théorie du chaos, il est en réalité beaucoup plus élevé.
Supposons malgré tout que vous ne preniez que deux décisions
potentiellement déterminantes par minute, ce qui signifie que vous entérinez
de telles décisions des milliers de fois par jour, et environ un million de fois
par an. Si vous avez plus de vingt ans, vous avez formulé plus de 20 millions
de décisions dans votre vie pour arriver là où vous êtes aujourd’hui.

Supposons ensuite que chaque décision que vous prenez n’ait que deux
issues possibles (A ou B, bananes ou pêches). En réalité, il y en a beaucoup
plus (avez-vous remarqué le nombre de choix cornéliens qu’un menu de
brunch typique nous oblige à faire de nos jours ?), mais restons simples.
Pour calculer la probabilité que vous soyez qui vous êtes aujourd’hui grâce à
ces 20 millions de décisions, vous devez élever 2 à la puissance 20 millions,
soit 220 000 000.
Pourquoi ? Parce que le nombre de possibilités augmente avec chaque
décision. Si vous devez choisir de quel côté du lit vous lever (droite ou
gauche), quel fruit prendre pour le petit-déjeuner (banane ou pêche) et
comment vous rendre au travail (train ou bus), il y a 2 × 2 × 2 (ou 23) façons
dont votre journée peut se dérouler. La probabilité que vous descendiez du
côté gauche, que vous mangiez une banane et que vous preniez le bus est de
1 sur 23, soit 1 sur 8.
Par conséquent, si vous prenez 20 millions de décisions « A ou B » dans
votre vie, cela signifie que votre vie aurait pu tourner de 220 000 000 façons
différentes. C’est déjà un nombre respectable. Et ce n’est qu’un début !
Nous devons maintenant considérer les chances de vous voir naître, qui
sont le résultat des décisions prises par vos parents. Pour les intégrer à notre
calcul, il faut ajouter 40 millions de décisions supplémentaires (20 millions
par parent). Passons à vos quatre grands-parents, et vous avez 80 millions de
décisions supplémentaires. Vos arrière-grands-parents ? 160 millions en plus.
Vous voyez où cela nous mène ? Le nombre d’ancêtres double par
génération, faisant croître de façon exponentielle le nombre de décisions
susceptibles d’avoir eu une influence sur vous. Les humains sont sur la
planète depuis au moins trente mille ans, soit environ 1 500 générations. Si
l’on tient compte de toutes leurs décisions, notre nombre va drastiquement
augmenter.

En fait, notre calcul se complique, car, si vous remontez assez loin,


certains de vos parents sont apparentés à d’autres parents, ce qui signifie que
la même personne apparaît deux fois dans votre arbre généalogique. C’est un
sujet délicat à aborder et cela rend aussi les calculs plus délicats à mener.
Pour simplifier, nous supposerons que seules deux personnes par génération
ont une influence sur vous. Cela fait tout de même 1 500 générations × 2
personnes × 20 millions de décisions = 60 milliards de décisions.
Maintenant, la probabilité que vous vous matérialisiez est de 1 sur
260 000 000 000.
Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Attaquons-nous à l’histoire
préhumaine et aux milliards d’années d’évolution pour remonter jusqu’à
l’origine de la vie sur Terre, il y a environ 3,5 milliards d’années. Si vous
deviez établir votre arbre généalogique jusque-là, il serait composé
principalement de microbes et de plantes simples. Ces derniers ne prenaient
peut-être pas de décisions conscientes, mais ils ont été affectés par des
événements aléatoires : la direction et la force du vent, la chaleur du Soleil,
les précipitations, etc. Supposons a minima que vos ancêtres microbiens
aient été affectés par un événement aléatoire par jour et que chacun de ceux-
ci ait également deux issues possibles (une pierre écrase votre ancêtre
microbien ou pas). Cela signifie que nous devons ajouter un autre billion
(1 000 000 000 000) d’événements décisionnels à nos chances.
Rembobinons l’histoire de notre petit grumeau dans l’Univers jusqu’à la
formation du Système solaire, il y a 4,5 milliards d’années. Remontons aux
étoiles ou aux planètes précédentes qui ont contenu les atomes qui vous
composent, puis jusqu’au Big Bang, il y a 14 milliards d’années environ.
Pour établir un ordre de grandeur grossièrement sous-estimé, supposons à
nouveau que chacun de ces jours soit marqué par un événement important
susceptible de perturber le cours de votre vie. Cela fait un billiard
d’événements décisifs jusqu’à aujourd’hui, ce qui signifie que la probabilité
que vous soyez ici tel que vous êtes est d’environ 1 sur 21 000 000 000 000 000.
Improbable, mais pas impossible ?
Ce nombre, 21 000 000 000 000 000, est gigantesque. Essayez d’imaginer un 1
suivi d’environ 100 billions de zéros. C’est tellement énorme que nos
cerveaux ne réussissent même pas à l’appréhender. À titre de comparaison, il
y a 2265 particules dans tout l’Univers observable. Pour obtenir
21 000 000 000 000 000 particules, il faudrait élever au carré l’Univers observable
entier environ trois milliards de fois.
Quand votre mère vous qualifie de petit miracle, elle ne plaisante pas ! La
probabilité que quelqu’un exactement comme vous ait jamais existé, ou
existe à nouveau, est de 1 sur 21 000 000 000 000 000, c’est-à-dire à peu près
zéro. Cette combinaison très particulière, la vôtre, a autant de chances de
sortir que de tomber deux fois sur le même chiffre en lançant un dé à
21 000 000 000 000 000 faces. En général, avec une cote pareille, on ne se risque
pas à mettre en jeu sa maison.
Mais alors, pourquoi les physiciens estiment-ils probable qu’une copie de
vous puisse exister quelque part ? Eh bien, nous vivons dans un monde
étrange, et il y a en fait plusieurs scénarios dans lesquels votre double
pourrait exister. Dans l’un d’entre eux, vous pourriez même le rencontrer en
chair et en os (indice : le thème du jumeau maléfique, dun dun
duuuunnnn)…
Le(s) multivers
S’il est difficile d’imaginer que votre double puisse exister dans cet
Univers, alors peut-être devons-nous chercher ailleurs la version de vous qui
aime les pêches et prend le train.
De nombreux physiciens sont séduits par l’idée selon laquelle la réalité
serait plus vaste que notre seul Univers. Peut-être, disent-ils, existe-t‑il en
fait de multiples univers. Pourrait-il y avoir dans l’un de ces autres univers
une autre version de vous ? Ce concept s’appelle le « multivers », et, chose
amusante, les physiciens en ont proposé plusieurs versions.

Le multivers des univers différents


Dans une version du multivers, notre Univers est seulement un univers
parmi un nombre infini d’autres univers. Le seul hic, c’est que chaque
univers est un tantinet différent.
Si vous observez de près notre Univers, vous constaterez que plusieurs de
ses caractéristiques semblent arbitraires et plutôt bizarres. Par exemple, la
constante cosmologique qui contrôle l’expansion de l’Univers est de 10–122.
Pourquoi précisément cette valeur et pas une autre ? Pour autant que nous le
sachions, elle pourrait être différente, mais il n’y a aucune raison évidente
qui ferait varier cette valeur, ce qui met les physiciens vraiment mal à l’aise.
Pour un physicien, toute cause doit avoir un effet, alors penser que la
constante cosmologique est de 10–122 parce que c’est comme ça et c’est tout
les rend fous.
Pour eux, cela n’a de sens que s’il existe d’autres univers dans lesquels
cette valeur est autre. Il existe peut-être un univers où la constante
cosmologique est égale à 1, et un autre où elle est égale à 42. Chaque univers
se voit attribuer une valeur aléatoire, et il se trouve que la nôtre est un peu
bizarre. Si l’on accepte ce raisonnement, le fait que notre constante
cosmologique soit de 10–122 n’est plus si étrange. Nous ne sommes qu’un
échantillon aléatoire pris parmi une infinité d’univers.
L’un de ces autres univers pourrait-il abriter une autre version de vous-
même ? C’est difficile à dire.
Si l’on modifie ne serait-ce que de façon infime l’un des paramètres de
base de notre Univers, à quel point l’univers qui en résulterait serait-il
différent du nôtre ? La vie pourrait-elle même s’y développer de la même
manière ? Il y a peut-être une chance qu’un univers très légèrement différent
du nôtre (admettons que sa constante cosmologique ne varie que de 1 × 10–
1 000 000 000 000 000
%) existe, dans lequel une version de vous aurait pu naître.
Mais cette hypothèse soulève une autre question : cette version de vous
serait-elle exactement comme vous si elle vit dans un univers
fondamentalement différent ?

Le multivers quantique
Une autre version de l’hypothèse des univers multiples est le multivers
quantique. Elle découle d’une tentative d’expliquer une autre caractéristique
étrange de notre Univers : le côté aléatoire déconcertant de la mécanique
quantique.
Selon la mécanique quantique, chaque particule présente une incertitude
inhérente. Par exemple, si vous bombardez une autre particule avec un
électron, il est impossible de savoir à l’avance si celui-ci va rebondir à
gauche ou à droite. La seule façon de le savoir est de lancer votre électron et
de mesurer ensuite sa trajectoire.
Mais qu’est-ce qui fait qu’un électron va à gauche plutôt qu’à droite ? Ou
à droite plutôt qu’à gauche ? Une fois de plus, nous nous retrouvons dans
une situation exaspérante pour un physicien : un effet sans cause. L’électron
choisit-il la direction à prendre juste comme ça ? Est-ce que toutes les
particules, lorsqu’elles interagissent avec d’autres particules, choisissent ce
qu’elles font parce que c’est comme ça et puis c’est tout ?

Le « c’est comme ça » fonctionne dans la cour de récréation à la


maternelle, mais, pour un physicien qui s’interroge sur l’Univers, c’est
insuffisant : bienvenue dans le multivers quantique !
Et si, lorsqu’un électron doit choisir de rebondir à gauche ou à droite,
l’Univers se divisait en deux ? Dans un univers, l’électron va à gauche, et
dans l’autre, il va à droite. À la prochaine interaction entre deux particules
dans ces deux univers, ces derniers se diviseront à nouveau, créant encore
d’autres univers. Croyez-le ou non, ce raisonnement sonne plus raisonnable
pour un physicien, car il implique que l’Univers n’est pas aléatoire. Pourquoi
l’électron est-il parti à gauche ? Parce qu’il y a un autre univers dans lequel
il est allé à droite. Ce n’est pas aléatoire, parce que l’électron va dans les
deux sens.
Qu’est-ce que cela signifie pour la recherche de votre alter ego ? Eh bien,
si le multivers quantique est réel, alors vous avez très certainement un
double quelque part. En effet, si à chaque fois qu’une particule prend une
décision de type « gauche ou droite » de nouveaux univers apparaissent,
alors d’autres « vous » sont créés en permanence. Dans le multivers
quantique, il n’y a pas qu’un seul « vous » ; il y a d’innombrables « vous »,
certains d’entre eux étant en train de voir le jour en ce moment même.
Bien sûr, certains de ces univers ont peut-être été créés il y a très
longtemps, pourquoi pas au temps du Big Bang. Dans ce cas, ils seraient si
différents du nôtre qu’ils ne sauraient contenir une version de vous. Dans un
Univers primitif, le choix d’un électron qui est allé à gauche plutôt qu’à
droite a, qui sait, eu de telles répercussions qu’une branche entière du
multivers est méconnaissable par rapport au nôtre. Ou encore, il pourrait y
avoir une branche du multivers où un effet quantique a, d’une manière ou
d’une autre, orienté votre vie dans une direction totalement différente,
auquel cas vous pourriez avoir un ou plusieurs doubles maléfiques, qui
préparent des smoothies à la pêche au lieu de la version à la banane,
évidemment supérieure.

Le multivers est-il réel ?


Dans ces deux versions du multivers, vous pourriez avoir un double, voire
plusieurs, dans ces autres univers. Mais savons-nous si ces théories sont
vraies ? Malheureusement, non. Jusqu’à présent, le multivers n’est qu’une
idée que nous avons forgée pour expliquer, ou du moins justifier, pourquoi
l’Univers semble être si sélectif dans ses choix. Et même si ces autres
univers existent, nous n’y sommes pas connectés et nous n’avons aucun
moyen d’interagir avec eux. Cela signifie que nous ne pourrons jamais
confirmer leur existence et encore moins les visiter.
La rencontre tant attendue, digne d’un feuilleton, entre vous et votre
double maléfique est-elle condamnée à ne jamais avoir lieu ?
Pas nécessairement. Une autre possibilité reste ouverte : votre double
pourrait exister dans cet Univers. Cela signifie qu’une rencontre n’est pas
totalement à exclure (bis : dun dun duuuuunnnn…).

Un autre vous dans notre Univers


Une autre version de vous-même pourrait-elle exister dans cet Univers ?
Ce même Univers où vous vous trouvez ? Se pourrait-il que, au moment où
vous lisez ces lignes dans votre fauteuil, vous partagiez le même espace,
voire la même galaxie, que votre double maléfique ?
Et si, dans une autre partie de notre Univers, il y avait un nuage de gaz et
de poussière qui ressemblait exactement au nuage de gaz et de poussière
dont nous sommes issus ? Et si une supernova s’était disposée exactement de
la bonne façon pour créer un Soleil et un Système solaire identique au
nôtre ? Et si, dans ce Système solaire, une planète comme la Terre s’était
formée, exactement à la même distance du Soleil que la nôtre ? Et si, sur
cette Terre, il s’était passé exactement les mêmes choses que sur notre
planète, de sorte qu’une copie exacte de vous a vu le jour ?

Plus haut, nous avons établi que les chances que cela se produise sont
extraordinairement faibles, comme si nous avions lancé un dé ayant
21 000 000 000 000 000 faces et que nous nous attendions à obtenir le même
nombre deux fois 1.
Certes, il y a peu de chances que cela se produise, mais le truc important,
c’est que cette probabilité n’est pas nulle. Cela signifie que, aussi
improbable et miraculeux que vous soyez, il n’est pas techniquement
impossible que vous puissiez apparaître une nouvelle fois dans cet Univers !
Ce n’est pas parce qu’il est difficile de tomber deux fois sur le même nombre
avec un dé géant à 21 000 000 000 000 000 faces que cela ne saurait arriver. Ainsi,
chaque fois qu’un nuage de gaz et de poussière se transforme en étoile, c’est
un coup de dé qui peut potentiellement donner naissance à un autre vous. En
théorie, cela pourrait se produire à quelques systèmes stellaires de là ou
peut-être juste de l’autre côté de la galaxie. Ce qui compte, c’est que cela
soit possible.
Et la probabilité que vous apparaissiez à nouveau quelque part est encore
plus grande si l’on prend en considération une portion de l’Univers plus
vaste. Il y a environ 250 milliards d’étoiles dans notre galaxie, ce qui signifie
qu’il y a 250 milliards de chances supplémentaires pour que l’Univers
relance le dé et vous fabrique à nouveau. Bien sûr, si vous lancez
250 milliards de fois le dé à 21 000 000 000 000 000 faces et que vous espérez
faire deux fois le même nombre, vos chances sont encore très minces, mais
l’Univers a bien plus à vous offrir.
Prenons l’Univers observable. Nous savons qu’il existe au moins deux
billions de galaxies dans la partie de l’Univers que nous pouvons
contempler, chacune contenant quelques centaines de milliards d’étoiles.
Nos chances s’améliorent déjà un peu : nous lançons le dé 278 fois avec une
chance sur 21 000 000 000 000 000 de remporter le gros lot.
Mais si l’Univers était beaucoup plus grand que ce que nous pouvons
voir ? Et s’il était si grand et si plein d’étoiles,
mettons 21 000 000 000 000 000 étoiles ? Cela signifierait que vous
lancez maintenant votre fameux dé à 21 000 000 000 000 000 faces
21 000 000 000 000 000 fois, ce qui vous donne de bonnes chances de tomber
deux fois sur le même nombre. En fait, c’est plus probable que le contraire 2.
Si vous avez un penchant pour les jeux d’argent, vous pourriez maintenant
envisager de parier votre maison dessus.
L’Univers est-il si vaste ? Est-il possible que l’Univers contienne
21 000 000 000 000 000 étoiles ? En fait, les physiciens pensent que l’Univers
pourrait être encore plus grand que cela. Ils pensent même que l’Univers est
très probablement infini.

Un Univers infini
Un Univers infini est une chose difficile à comprendre (au sens propre
comme au sens figuré). Imaginez un Univers qui s’étend à l’infini, dans
toutes les directions.
Qu’est-ce que cela signifierait pour la probabilité d’existence de votre
double ? Si l’Univers est infini, il y a très certainement un autre vous
quelque part. Si lancer un dé à 21 000 000 000 000 000 faces 21 000 000 000 000 000
fois dans l’espoir d’obtenir un nombre donné n’est pas totalement dénué
d’intérêt, un nombre infini de lancers vous permettra très certainement de
tomber dessus. L’infini est un nombre tellement grand que même des
nombres comme 21 000 000 000 000 000 ne sont rien en comparaison. En fait, si
vous lancez le dé un nombre infini de fois, vous obtiendrez 1 sur
21 000 000 000 000 000 non pas une seule fois, mais un nombre infini de fois.
Cela signifie que vous n’auriez pas un seul double dans cet Univers, mais un
nombre infini de doubles !
Imaginez maintenant que vous montiez dans une fusée et voliez toujours
dans la même direction. Au début, toutes les étoiles et galaxies que vous
croiserez auront l’air très différentes les unes des autres. C’est logique, car
les chances que ces étoiles se répètent sont encore assez faibles. Toutefois,
lorsque vous aurez visité suffisamment d’endroits, même des choses très
improbables se reproduiront. Vous trouverez un endroit qui présente les
mêmes conditions que celles qui ont donné naissance à notre Soleil et à notre
planète… et à vous. Et si vous poursuivez votre voyage, toujours plus loin,
vous en trouverez un autre. Et encore un autre. Et ainsi de suite jusqu’à
l’infini. Et chaque fois que vous passerez devant ces étoiles qui se répètent,
vous observerez d’autres versions de vous-même : des versions identiques,
et aussi des versions différentes. Car telle est la grandeur de l’infini.

Et tous ces « vous » existeraient dans le même Univers, dans le même


espace. Bien sûr, à des distances telles que vous n’auriez jamais la possibilité
de les rejoindre avec un vaisseau spatial. Mais que se passerait-il si vous
trouviez un moyen de réduire les distances dans l’espace ? En théorie, un
trou de ver ou quelque chose de similaire, qui relie différents points dans
l’espace-temps, pourrait vous rapprocher de ces autres versions de vous.
C’est une éventualité que la physique ne peut exclure !

Pour conclure
Avez-vous un double quelque part ? Cela dépend. Si le multivers est réel,
ou si l’Univers est infini, alors la réponse est très certainement oui. Si ces
deux théories sont fausses, la réponse est presque certainement non. Ce qui
est intéressant, c’est qu’il ne semble pas y avoir de position médiane. Soit
vous êtes unique, soit vous avez un nombre infini de doubles dans l’Univers.
Ça, c’est du suspense ! Dun dun duuuunnnn !
COMBIEN DE TEMPS
L’HUMANITÉ SURVIVRA-T-ELLE ?
La mauvaise nouvelle d’abord : nous finirons tous par mourir. Si vous
pensiez que l’humanité était éternelle, que notre civilisation et notre culture
allaient prospérer et perdurer jusqu’à la fin des temps, nous sommes au
regret de vous annoncer que c’est hautement improbable.
C’est vrai, les humains ont effectué un parcours plutôt impressionnant en
un laps de temps relativement court. Hier, ou presque, nous descendions de
nos arbres pour construire des villes, inventer des ordinateurs, trouver la
formule parfaite du Nutella et découvrir des vérités profondes sur le cosmos.
Comparés à l’âge de l’Univers (13,7 milliards d’années), nous sommes des
nouveaux venus. Mais combien de temps cette folle fête peut-elle durer ?
Réussirons-nous à voir l’âge d’or de l’Univers, dans des milliards, voire
des billions d’années ? Ou bien quitterons-nous la scène à la façon d’une
rock star, dans une apothéose à la saveur de Nutella ?
Ne nous voilons pas la face : les choses qui menacent de mettre fin à notre
existence ne manquent pas. L’Univers est truffé de dangers susceptibles de
provoquer notre extinction, qu’il s’agisse d’une annihilation auto-infligée,
d’astéroïdes tueurs de planètes ou de l’appétit vorace de notre propre Soleil.
Pour nous perpétuer en tant qu’espèce jusqu’à la fin des temps, nous devons
survivre non pas à l’une de ces menaces, mais à l’ensemble d’entre elles.
La bonne nouvelle maintenant : il reste une chance. Et celle-ci dépend de
deux facteurs : la probabilité que ces événements capables de mettre fin à
l’humanité puissent se produire, et l’échelle de temps que nous envisageons.
Car, si nous pouvons peut-être échapper aux menaces immédiates, des
bombes à retardement se dissimulent dans l’espace, si ce n’est dans la trame
même de la réalité.
Déchirez vos calendriers mayas périmés, car nous allons faire le tour du
sujet, du début jusqu’à la fin.

Les menaces immédiates


Il est certes réconfortant d’imaginer l’humanité en train de déguster des
sandwiches au Nutella 1 dans des milliards d’années, l’Univers déclinant
doucement autour de nous, mais, par les temps qui courent, notre monde
donne plutôt l’impression de devoir disparaître d’un moment à l’autre. Il
suffit d’ouvrir Internet un matin, n’importe quel matin, pour constater que la
catastrophe, sous une forme ou une autre, n’est jamais bien loin : pandémies
mondiales, dictateurs fous, ou encore une grande glissade collective et
simultanée sous la douche.
Mais, aussi désastreuses que soient ces perspectives, suffiraient-elles à
mettre fin à l’espèce humaine ? Après tout, nous avons déjà survécu à des
pandémies, les dictateurs ne sont pas éternels, et l’Organisation mondiale de
la santé pourrait se mobiliser et acheter un tapis de bains antidérapant à
chaque homme, femme et enfant de la planète.

Bon. Passons en revue les événements qui, d’un point de vue physique,
pourraient réellement conduire les humains à l’extinction. Concrètement,
quelles sont les menaces les plus immédiates pour notre espèce à l’heure
actuelle ?

Une guerre nucléaire


Rappelez-vous les années 1980, lorsque tout le monde flippait à cause des
armes nucléaires. Eh bien, rien n’a changé, elles sont toujours là ! Nous
sommes peut-être distraits par notre fil d’actualités Twitter ou TikTok, mais
il suffit qu’un doigt presse un certain bouton rouge, et c’en est fait de
l’humanité. Parce que les bombes nucléaires sont puissantes. Les premières
que nous avons construites libéraient jusqu’à 60 térajoules d’énergie et,
depuis, elles sont devenues des milliers de fois plus puissantes. Et, surtout,
nous en avons beaucoup.
Quelles sont les probabilités d’une guerre nucléaire totale ? Plus élevées
que vous ne l’imaginez. À diverses reprises, les dirigeants américains ou
russes ont été sur le point de la déclencher. Pour mémoire, citons les
incidents terrifiants suivants.
1. En 1956, un vol de cygnes est confondu avec un groupe d’avions de
chasse russes. Comme la chose coïncide avec plusieurs autres événements,
anodins pris séparément, les responsables américains sont à deux doigts de
lancer une contre-attaque.
2. En 1962, un sous-marin soviétique au large des côtes de Cuba est
repéré par des destroyers américains, qui lui envoient une salve de grenades
« creuses » afin de le contraindre à remonter à la surface. Pensant qu’il s’agit
du début d’une attaque, le commandant manque de faire partir sa torpille
nucléaire sur les États-Unis…
3. En 1979, un programme d’entraînement est accidentellement chargé
sur les principaux ordinateurs du NORAD. Ces derniers transmettent un
message au président américain, lui indiquant que 250 missiles soviétiques
ont été lancés et qu’une décision de contre-attaque doit être prise dans les
trois à sept minutes.
4. En 2003, une vieille dame dans la banlieue de Londres pirate sans s’en
rendre compte des ordinateurs américains alors qu’elle tente de faire ses
courses et manque de déclencher une attaque nucléaire en entrant les
ingrédients d’un triple cherry bomb.
Même si certains de ces épisodes semblent ridicules, ils ont réellement eu
lieu. Bon, d’accord, l’un des quatre est parfaitement fantaisiste, mais, si vous
n’êtes pas capable de dire lequel, c’est que nous avons atteint notre but.
Comme dans un roman de Douglas Adams, l’humanité aurait très bien pu
s’éteindre à cause d’une chose aussi stupide qu’un vol de cygnes. Et ce n’est
même pas la liste complète des alertes où le pire a été évité de justesse.
À quel point une guerre nucléaire serait-elle problématique ? Au plus haut
point, et pas seulement à cause des explosions et des radiations. La quantité
de fumée et de poussière soufflée dans le ciel bloquerait les rayons du Soleil
et provoquerait un hiver nucléaire. Les températures chuteraient de plusieurs
dizaines de degrés pendant des décennies, entraînant une ère glaciaire
inédite, outre l’empoisonnement général par radiations. Autre option : si
l’une des bombes explosait près d’un plan d’eau, elle pourrait projeter
beaucoup de vapeur dans la haute atmosphère, créant une couche
surpuissante de gaz à effet de serre qui provoquerait un réchauffement
incontrôlable. La Terre entrerait dans un engrenage fatal qui la rendrait
extrêmement chaude. Dans un cas comme dans l’autre, elle deviendrait
inhabitable pour les humains.

Le changement climatique
Si nous parvenons à ne pas nous faire exploser, nous devrons affronter un
jour ou l’autre les conséquences de nos émissions de carbone. Le
changement climatique est réel, et les humains en sont responsables. Les
scientifiques tombent rarement d’accord sur quoi que ce soit ; le fait que
98 % d’entre eux pensent que le changement climatique est à l’œuvre
signifie que les éléments tangibles allant dans ce sens doivent être plutôt
solides.

Certains considèrent que le changement climatique n’est pas un gros


problème. Après tout, qu’y a-t‑il de si grave à ce que la Terre se réchauffe de
quelques degrés supplémentaires ? Eh bien, si vous avez des doutes sur la
gravité du phénomène, demandez à n’importe quel Vénusien son opinion sur
la question. Comment, vous n’avez jamais rencontré un Vénusien en chair et
en os ? C’est bien là tout le problème !
Vénus possède l’un des environnements les plus inhospitaliers du Système
solaire. Sa température de surface est supérieure à 460 °C, suffisamment
élevée pour faire fondre le plomb. Ce qui est surprenant, c’est que les
scientifiques pensent que Vénus a ressemblé à la Terre il y a bien longtemps.
Les deux planètes se sont probablement formées à partir des mêmes
matériaux présents dans le nuage primitif, et il y a peut-être eu un jour des
océans d’eau liquide et des températures raisonnables sur Vénus. Mais, à un
moment donné, probablement en raison de sa proximité avec le Soleil, les
océans se sont évaporés, déclenchant un effet de serre incontrôlé : la vapeur
d’eau a piégé davantage de rayons du Soleil, rendant la planète encore plus
chaude, ce qui a provoqué une évaporation d’eau plus importante, qui a
rendu la planète encore plus chaude, et ainsi de suite dans un cycle infernal.
Quelque chose de très similaire pourrait se produire sur Terre si nous n’y
prêtons pas attention.

Une technologie hors contrôle (oups !)


Supposons que les humains deviennent enfin intelligents et évitent de faire
sauter ou de détruire la planète. Pourrions-nous devenir un jour trop
intelligents et inventer une technologie qui finirait par nous tuer ? Au fur et à
mesure que notre technologie se développe, toujours plus puissante et plus
sophistiquée, certains scientifiques estiment que le danger est réel. Nous
pourrions créer une intelligence artificielle qui déciderait que nous sommes
obsolètes et qu’il s’agirait de nous mettre au rebut. Ou bien une « gelée
grise », un essaim de nanorobots autorépliquants qui, s’il échappait à notre
contrôle, dévorerait toute la matière organique de la Terre 2. Qui sait les
technologies susceptibles de nous anéantir accidentellement que nous
risquons d’inventer dans un avenir proche ?

Les menaces moins pressantes


Soyons optimistes et supposons que les humains se soient débarrassés de
leurs armes nucléaires, qu’ils aient réussi à éviter le désastre
environnemental et qu’ils aient été suffisamment intelligents pour doter
toutes leurs technologies avancées d’un bouton « désactivation ». Nous
deviendrons peut-être une civilisation plus mature et plus sage, une fois mis
de côté ces dangereux dispositifs et après avoir appris à collaborer pour notre
survie commune. Espérons-le, car bientôt nous devrons affronter d’autres
périls.
Si nous survivons aux dangers qui nous guettent sur Terre, des menaces
d’un genre différent se présenteront à l’échelle de milliers d’années : la mort
venue de l’espace.
Et si un gros astéroïde émergeait des profondeurs interstellaires et
percutait la Terre, entraînant sa destruction ? C’est déjà arrivé (vous vous
souvenez des dinosaures ?) et pourrait se reproduire. Le caillou en question
sera peut-être massif, assez gros pour fissurer ou faire voler en éclats la
Terre, mais un simple astéroïde de la taille de Manhattan enverrait
suffisamment de saletés dans l’atmosphère pour provoquer un changement
radical de l’environnement. Comme nous le verrons dans un prochain
chapitre (« Un astéroïde va-t‑il percuter la Terre et tous nous tuer ? »), il
n’est pas prévu qu’un événement de ce genre se produise dans les centaines
d’années à venir (nous surveillons actuellement la plupart des astéroïdes du
Système solaire susceptibles de bousiller notre planète), mais, au cours des
mille prochaines années, qui sait ? Plus on se projette dans un futur lointain,
plus les prédictions deviennent approximatives.
Les comètes sont encore plus inquiétantes. Elles ont des orbites si grandes
que nous ne connaissons pas toutes celles qui se trouvent dans notre Système
solaire. L’une d’entre elles pourrait nous tomber dessus lorsqu’elle reviendra
sur son orbite de mille ans.
Dans un cas comme dans l’autre, espérons que Bruce Willis sera encore
là, car nous devrons trouver un moyen de dévier ou de détruire ces astéroïdes
ou ces comètes si nous voulons survivre dans les milliers d’années à venir.
Les menaces à l’échelle des millions d’années
Si nous nous projetons encore plus loin, en admettant que nous parvenions
à survivre aussi longtemps, quelles nouvelles menaces nous faudra-t‑il
affronter ?
L’Univers est un endroit dangereux, et il recèle des objets qui pourraient
nous anéantir, même si nous parvenons à cloner Bruce et à mettre en place
des plans de type Armageddon pour faire face aux urgences du type
astéroïdes et comètes en tous genres. Le risque que notre Système solaire
entier soit perturbé par un visiteur venu de l’espace profond est bien réel.
Les planètes suivent des orbites agréables et confortables autour du Soleil,
et ces orbites sont très importantes. Elles sont aussi très délicates. Imaginez
l’orbite de chacune comme une assiette qui tourne sur le bout d’un doigt.
Cela signifie que le Système solaire a huit assiettes qui tournent en même
temps. Que se passera-t‑il si un visiteur gros et lourd se présente comme un
chien dans un jeu de quilles ? Eh bien, il provoquera un désastre à la mesure
d’un Système solaire !
Un petit visiteur, comme la comète interstellaire Oumuamua, ne causera
pas de réelles perturbations. Mais supposons qu’un très, très gros astéroïde
(voire une planète errante venue de loin) entre dans notre système.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’une telle planète n’aurait même pas besoin
de heurter quoi que ce soit pour nous tuer : elle mettrait à mal notre Système
solaire simplement en s’approchant d’un peu trop près. Son attraction
gravitationnelle suffirait en effet à dérégler les orbites des autres planètes,
semant chaos et désordre dans notre paisible voisinage.
En fait, il ne faudrait pas grand-chose pour que les choses tournent mal
pour nous. L’orbite de la Terre autour du Soleil est si délicate qu’une toute
petite perturbation due à un visiteur inattendu risquerait de la modifier. Nous
pourrions nous retrouver trop près du Soleil (ce qui ferait tout frire sur Terre)
ou trop loin (ce qui ferait tout geler). Plus grave encore, si notre objet
vagabond s’approchait suffisamment, il pourrait finir par nous éjecter du
ballet des planètes, nous laissant dériver dans l’espace pour toujours…

À l’échelle de millions d’années, nous pouvons laisser libre cours à nos


fantaisies les plus débridées. Et si ce n’était pas un astéroïde qui venait
perturber notre Système solaire, mais une autre étoile ? Voire un trou noir ?
Nous avons l’habitude de penser que les étoiles et les trous noirs sont
quelque part, à un endroit donné de l’Univers, mais, en réalité, ces objets
sont aussi en mouvement dans l’espace. Tout ce qui se trouve dans la Voie
lactée gravite autour d’un centre, et la situation n’est pas exactement
comparable à un manège calme et ordonné. Il est parfaitement possible qu’à
l’échelle de millions d’années, une étoile ou un trou noir errant se dirige vers
nous.
Ce qui serait tout à fait calamiteux.
Prenez une simulation du Système solaire et balancez-y un objet ayant la
masse du Soleil : l’issue est quasi toujours totalement catastrophique. Les
planètes sont projetées dans l’espace et, parfois, le trou noir embarque une
planète à sa suite lorsqu’il quitte notre voisinage. Que se passerait-il si un
trou noir nous entraînait avec lui ? La vie en orbite autour d’un tel monstre
serait froide, sombre… et surtout fort brève !
Nos prévisions n’indiquent pas que de tels événements puissent se
produire dans l’immédiat ou dans quelques milliers d’années, mais, sur des
millions d’années, c’est tout à fait possible.
À dire vrai, ce ne serait pas la première fois que notre Système solaire
serait mis sens dessus dessous. À l’échelle de millions d’années, il est en
réalité très chaotique ; il ne nous donne l’impression d’être calme et stable
que parce que nous ne l’avons pas vu changer au cours des dernières
centaines d’années. Mais, sur des échelles de temps plus longues, il pourrait
bien se transformer en un endroit très dangereux. S’observent en effet un peu
partout des témoignages de cataclysmes incroyables, comme la collision qui
a conduit à la formation de notre bonne vieille Lune, ou l’étrange événement
gravitationnel qui a conféré à Uranus son inclinaison atypique. Le Système
solaire que nous voyons aujourd’hui est très différent de celui qui existait il
y a des milliards d’années.
Si une planète errante, une étoile ou un trou noir faisait intrusion parmi
nous, il est difficile d’imaginer comment les humains du futur pourraient
réagir. Même une armée de Bruce Willis ne serait probablement pas capable
de dévier ou de détruire une telle masse. Si les choses en arrivaient là, il ne
nous resterait qu’une seule option pour survivre : partir vers les étoiles.
Les menaces à l’échelle des milliards d’années
Projetons-nous encore plus loin dans le futur. Si les humains survivent
pendant des millions et des millions d’années, ce sera probablement parce
qu’ils auront réussi à peupler le reste du Système solaire ou à visiter d’autres
étoiles. À ces échelles de temps, une planète errante, un trou noir ou un objet
céleste quelconque les auront probablement forcés à quitter la Terre. Même
si tel n’est pas le cas, nous savons que les humains de demain seront obligés
de quitter notre planète à un moment donné.
Notre étoile, qui brûle joyeusement depuis plus de quatre milliards
d’années, va changer. Dans environ un milliard d’années, elle deviendra
beaucoup plus chaude et beaucoup plus grosse : sa surface se retrouvera plus
ou moins au niveau de la Terre. À moins que nous ne développions une
technologie de crème solaire vraiment performante, nous allons devoir
déménager. Peut-être vers les planètes extérieures ou vers la ceinture
d’astéroïdes. Vous vous souvenez de Pluton ? Espérons qu’elle ne soit pas
rancunière…
Même si nous trouvons un astéroïde confortable ou si nous nous installons
sur Pluton, tout cela ne sera que provisoire. Dans un autre milliard d’années,
notre Soleil s’éteindra et se contractera, en éjectant la plupart de ses gaz et
en laissant derrière lui une naine blanche qui ne peut pas brûler. Que se
passera-t‑il lorsque le Soleil se refroidira et cessera de nous fournir la chaleur
dont nous avons besoin ? Les choses deviendront… glaciales. Pour survivre
au-delà des quelques milliards d’années à venir, il est clair que l’humanité
devra abandonner le Système solaire et partir vers d’autres étoiles.

Au-delà
S’il existe encore des êtres humains dans des milliards, voire des billions
d’années, il y a donc fort à parier qu’ils ne seront plus sur Terre, ni même
dans son voisinage : nous aurons appris à voyager à travers les vastes
distances de l’espace et nous nous serons installés dans d’autres parties de la
galaxie. Dans ce cas, si nous maîtrisons les voyages interstellaires et savons
comment coloniser d’autres planètes, nos colonies devraient être
nombreuses.
Imaginez une civilisation humaine présente dans toute la Voie lactée. Si
nous parvenons à aller aussi loin, cela signifie-t‑il que l’humanité a une
chance de vivre éternellement ? Après tout, des humains répartis dans
plusieurs systèmes solaires constituent une sorte de police d’assurance tout
risque pour notre espèce. Même si un système solaire donné se transforme
soudainement en supernova, ou si une colonie tourne mal et s’autodétruit,
d’autres réserves reprendront le flambeau (ou le pot de Nutella, selon le cas).
À ce stade, comme une infestation de cafards, il serait assez difficile pour
l’Univers de nous anéantir entièrement, non ?
Supposons que nous repoussions toutes nos limites : que se passera-t‑il si,
à l’avenir, les humains parviennent à franchir les distances intergalactiques
(via des trous de ver ou des vaisseaux rapides), de sorte que, si la Voie lactée
explosait soudainement ou était réduite en miettes en s’écrasant sur une autre
galaxie, une forme d’humanité survivrait malgré tout ? Aurions-nous
remporté notre pari ?
Pas nécessairement. À ce stade, il resterait encore deux grandes menaces
pour l’espèce humaine : les lois de la physique et l’infini.

Effondrement du champ de Higgs


Certains physiciens pensent que les fondations de l’Univers ne sont pas
aussi solides qu’on pourrait le penser.
La masse de toutes les particules de matière pourrait par exemple
soudainement changer, ce qui affecterait la façon dont celles-ci se déplacent
et interagissent les unes avec les autres. Cette propriété fondamentale n’est
pas fixe, mais provient de l’interaction des particules avec l’énergie stockée
dans le champ de Higgs, l’un des champs quantiques qui remplissent
l’Univers. Le problème est que les physiciens ne savent pas à quel point ce
champ est stable. Un jour, de manière spontanée ou déclenchée par un
événement quelconque, il pourrait bien s’effondrer et perdre son énergie.
Dans ce cas, l’effondrement s’étendrait à l’ensemble de l’Univers, remettant
en cause toute la physique. Un tel événement détruirait probablement tout ce
que nous voyons actuellement dans le cosmos, le réorganisant en quelque
chose de totalement différent.
Les scientifiques sont incapables d’évaluer la probabilité d’un tel
événement ou même de savoir s’il est possible tout court. Mais, à l’échelle
de billions d’années et au-delà, il est délicat de prévoir ce qui ne peut pas
arriver. Et si cela se produit, il n’y a pratiquement aucune chance que les
humains y survivent, même s’ils se sont dispersés dans tout l’Univers.

L’infini
L’infini est une marâtre. Même si nous parvenons à éviter tous les dangers
qui pourraient nous exterminer, le simple poids du temps finira par nous
rattraper. L’infini est un concept complexe à appréhender, mais, dans un
Univers infiniment vieux, tout ce qui peut arriver finira par arriver.
En nous éparpillant à travers les étoiles, nous aurons beau améliorer nos
chances de survie à 99,999 999 999 999 999 %, sur un nombre infini
d’années, notre heure viendra. Un jour ou l’autre, un événement fortuit que
nous ne pouvons pas prévoir ou imaginer peut (et va) se produire, éliminant
tous les humains.
Alors, nous sommes cuits ?
Avant que vous ne vous sentiez trop déprimé à l’idée de la disparition
inévitable de l’espèce humaine, sachez qu’il existe un moyen pour les
humains de vivre jusqu’à la fin des temps. Les détails sont un peu
techniques, mais, si nous voulons des humains en train de manger du Nutella
dans des galaxies lointaines, ce n’est certainement pas le moment de caler !
Soit un scénario dans lequel les humains ont compris comment survivre
pendant des milliards, voire des billions d’années. Et imaginez que le poids
du temps ou l’effondrement du champ de Higgs ne nous ait pas encore
anéantis. Et si quelque chose d’inattendu se produisait ? Si l’expansion de
l’Univers s’arrêtait et s’inversait soudainement ? Et si cette inversion faisait
en sorte que l’Univers se contracte en quelque chose de très dense, dans un
processus qui serait le contraire du Big Bang ? Les physiciens appellent cela
le « Big Crunch », un nom qui évoque par pure coïncidence une délicieuse
barre chocolatée truffée de Nutella.
Si le Big Crunch devait se produire, nous serions tous, eh bien…
légèrement comprimés. Même si nous pourrions le prédire, impossible d’y
échapper, car l’espace lui-même se rétrécira. Cela signifierait que l’Univers
deviendrait de plus en plus petit et que nous n’aurions nulle part où nous
réfugier. Si le processus se poursuit assez longtemps, l’espace se contractera
jusqu’à une densité infinie et, à ce point, quelque chose d’extrêmement
bizarre se produira : le temps cessera d’exister, tout comme le nord cesse
d’exister lorsque vous arrivez au pôle Nord. Quand vous y parvenez, en
effet, il n’y a plus rien plus au nord ! De même, lorsque l’espace et le temps
se rejoindront, ce sera leur fin à tous les deux 3.
Imaginez que nous soyons encore en vie à ce moment-là, et que nous nous
accrochions jusqu’au tout dernier souffle de l’Univers. Alors,
techniquement, vous pourriez dire que les humains ont vécu jusqu’à la fin du
temps. Vous pourriez même affirmer qu’ils sont allés à peu près aussi loin
qu’il était possible.
Cela ne constituerait-il pas déjà une victoire en soi ? Savoir que nous
avons vécu au maximum de ce que nous pouvions vivre et que nous avons
utilisé chaque seconde de temps que nous pouvions avoir ?
Espérons que cette chance sera donnée à tous.
QUE SE PASSERAIT-IL SI J’ÉTAIS
ASPIRÉ PAR UN TROU NOIR ?
Apparemment, cette éventualité passionne des tas de gens.

D’innombrables ouvrages scientifiques traitent du sujet, et nos auditeurs et


lecteurs nous posent souvent cette question. Mais pourquoi ? Des trous noirs
apparaissent-ils régulièrement dans les jardins de nos maisons ? Vous avez
prévu de pique-niquer près de l’un d’eux et vous vous sentez un brin
nerveux à l’idée de laisser vos enfants jouer sans surveillance ?
Plus sérieusement, la fascination suscitée par la possibilité de pénétrer
dans un trou noir tient davantage à la curiosité que suscitent ces astres
intrigants qu’à la probabilité que cela se produise réellement. Et c’est bien
compréhensible : les trous noirs sont mystérieux. Ce sont d’étranges régions
de l’espace d’où rien ne peut s’échapper, des vides dans la trame de
l’espace-temps, complètement déconnectés du reste de la réalité.
Tout de même, qu’est-ce que ça ferait de tomber dans l’un d’eux ? La
mort serait-elle inévitable ? La sensation serait-elle différente de celle d’une
chute dans un trou ordinaire ? Découvririez-vous à l’intérieur les ultimes
secrets de l’Univers, ou verriez-vous le temps et l’espace se déployer sous
vos yeux ? D’ailleurs, vos yeux (ou votre cerveau) fonctionneraient-ils à
l’intérieur d’un trou noir ?
Il n’y a qu’une seule façon de le savoir, c’est de sauter dedans ! Prenez
votre tapis de pique-nique, dites au revoir à vos enfants (peut-être pour
toujours) et accrochez-vous, car nous sommes sur le point d’entrer dans
l’endroit le plus dangereux du jardin.

Les alentours du trou noir


La première chose que vous remarquerez en vous approchant, c’est que
les trous noirs ressemblent bien à… des trous noirs. Pour commencer, ils
sont noirs, sans l’ombre d’un doute : ils n’émettent absolument aucune
lumière, et tout rayon qui les frappe est piégé à l’intérieur. Lorsque vous en
regardez un, vos yeux ne voient donc pas de photons, ce que votre cerveau
interprète comme du noir 1.
Les trous noirs sont aussi clairement des trous. Imaginez des sphères
d’espace où tout ce qui entre y reste pour toujours. Ce qui maintient les
choses à l’intérieur, c’est la gravité de ce qui s’y trouve déjà : dans un trou
noir, la masse est compactée à un point tel que les effets de la gravité sont
colossaux. Pourquoi ? Parce que celle-ci est d’autant plus intense que l’on se
rapproche d’un objet ayant une masse, et que le fait d’avoir une masse
extrêmement dense signifie que vous pouvez vous en approcher de très près.
Typiquement, les objets dotés d’une masse importante sont plutôt
dispersés. Prenez par exemple la Terre : sa masse est à peu près égale à celle
d’un trou noir d’un centimètre de diamètre (soit la taille d’une bille). Si vous
vous teniez à un rayon terrestre du centre de la Terre et à la même distance
d’un trou noir de la taille d’une bille, vous ressentiriez la même gravité.
En vous rapprochant, deux choses très différentes se produiraient. En
allant vers le centre de la Terre, vous commenceriez à ne plus ressentir
aucune gravité. La Terre serait maintenant répartie tout autour de vous, vous
seriez donc attiré de manière égale dans toutes les directions. Tandis qu’en
vous rapprochant du petit trou noir, vous sentiriez une force de gravité
énorme, toute la masse de la Terre, tout proche de vous. C’est ça, un trou
noir : une masse terriblement compactée, ce qui la rend extrêmement
puissante pour les objets qui se trouvent dans son voisinage immédiat.

Une masse très compacte crée une gravité extrême autour d’elle, et, à une
distance donnée, l’espace est tellement déformé (rappelez-vous que la
gravité ne fait pas qu’attirer les choses, elle déforme aussi l’espace) que
même la lumière ne saurait s’en échapper. La limite à partir de laquelle la
lumière ne s’échappe plus est appelée « horizon des événements » et définit
(plus ou moins) 2 l’endroit où commence le trou noir. C’est le rayon de la
sphère noire que nous appelons un trou noir.
La taille d’un trou noir change en fonction de la quantité de masse
comprimée à l’intérieur. Si vous comprimiez suffisamment la Terre, vous
obtiendriez un trou noir de la taille d’une bille, car la lumière ne pourrait
plus s’échapper à une distance d’environ 1 centimètre. Mais, avec une masse
plus grande, cette distance augmente. Si vous comprimiez le Soleil, la
distorsion de l’espace serait plus importante et l’horizon des événements
s’éloignerait à 3 kilomètres, ce qui vous donnerait un trou noir de
6 kilomètres de diamètre. Plus la masse est importante, plus le trou noir est
étendu.
En fait, il n’y a théoriquement aucune limite à la taille d’un trou noir. Le
plus petit que nous ayons détecté dans l’espace fait environ 20 kilomètres de
diamètre, et le plus grand des dizaines de milliards de kilomètres. La seule
limite est la quantité de matière présente dans l’espace et le temps nécessaire
à la formation du trou noir.

La seconde chose que vous pourriez remarquer en vous approchant d’un


trou noir, c’est qu’ils sont rarement seuls. La plupart du temps, ils sont
entourés de matière qui tombe à l’intérieur. Ou, plus précisément, vous
verriez des objets tourbillonner autour d’eux en attendant de filer dedans.
Cette matière forme le « disque d’accrétion ». Il est constitué de gaz, de
poussières et de matière variée qui n’ont pas été directement aspirés dans le
trou noir, mais tournent en orbite en attendant leur tour. Avec un petit trou
noir, ce n’est pas très impressionnant, mais avec un trou noir supermassif, le
spectacle est parfois pyrotechnique. Le simple frottement de tous ces gaz et
poussières qui se déplacent à très grande vitesse est en effet si intense que la
matière se déchire en libérant une énergie gigantesque, créant ainsi certaines
des sources de lumière les plus puissantes de l’Univers. Ces quasi-étoiles, ou
quasars, sont parfois des milliers de fois plus brillantes que toutes les étoiles
réunies d’une seule galaxie.

Heureusement, tous les trous noirs, même les supermassifs, ne forment


pas de quasars (ou de blazars, plus ou moins des quasars sous stéroïdes).
Habituellement, le disque d’accrétion ne présente pas la bonne quantité de
matière ou les conditions nécessaires pour créer un décor aussi spectaculaire.
Et c’est heureux, car la proximité d’un quasar vous vaporiserait sans doute
instantanément, bien avant que vous ne puissiez apercevoir le trou noir. Avec
un peu de veine, le trou noir que vous avez choisi d’explorer est entouré
d’un disque d’accrétion relativement calme qui vous laissera une chance de
vous approcher.
Plus près de toi…
Après vous être assuré que le trou noir dans lequel vous avez choisi de
vous précipiter n’est pas un siphon tourbillonnant de gaz et de poussières en
combustion libérant davantage d’énergie que des milliards d’étoiles réunies,
la prochaine chose dont vous devrez vous soucier est la mort par gravité.
Habituellement, lorsque vous entendez les mots « mort par gravité », vous
pensez à une chute mortelle d’un endroit élevé, comme un immeuble ou un
avion. Mais, dans ces cas-là, ce n’est pas la gravité qui est en cause. C’est
l’atterrissage qui est fatal, pas la chute. Dans la région d’un trou noir, c’est la
chute en elle-même qui est capable de vous tuer.
La gravité ne se limite pas à vous attirer, elle tente aussi de vous déchirer.
Souvenez-vous que son intensité dépend de la distance à laquelle vous vous
trouvez de l’objet massique. Lorsque vous vous tenez sur la surface de la
Terre, vos pieds sont plus proches de la Terre que votre tête, ce qui signifie
qu’ils ressentent une attraction gravitationnelle plus intense que cette
dernière. Si vous tirez plus fort sur l’une des extrémités d’un élastique que
sur l’autre, l’élastique s’étire, même si vous exercez une tension dans la
même direction. C’est ce qui se passe pour vous en ce moment : les parties
de votre corps les plus proches du sol ressentent davantage la gravité, et la
Terre essaie de vous étirer comme un élastique 3.

Bien sûr, vous n’avez probablement pas l’impression d’être étiré, parce
que a) votre corps est mou, mais pas si mou que ça (en gros, il est plutôt
solidaire) ; et b) la différence de gravité entre votre tête et vos pieds n’est pas
très grande. Sur Terre, la gravité est assez faible, ce qui signifie que votre
tête et vos pieds subissent à peu près la même gravité.
Avec une gravité globale beaucoup plus forte, des petits problèmes
apparaîtraient. Si vous tombiez en chute libre vers un objet vraiment massif,
la gravité pourrait être suffisamment intense pour que vous ressentiez la
différence de force d’attraction entre votre tête et vos pieds. C’est un peu
comme un toboggan de cour de récréation : plus le toboggan est haut, plus la
descente est raide. À un moment donné, la différence de gravité entre vos
deux extrémités pourrait effectivement être suffisante pour vous déchirer.
À ce point, nombre de livres scientifiques affirment qu’il est impossible
de survivre en entrant dans un trou noir. Ils expliquent en général que la
gravité autour d’un trou noir est si forte que vous seriez « spaghettifié »
(c’est-à-dire déchiré) avant même d’y entrer. Or ce n’est pas forcément vrai !
Il est tout à fait possible de pénétrer dans un trou noir.
Il s’avère que le point où la gravité vous mettrait en pièces (nous
l’appellerons le « point de spaghettification ») et le point où la lumière ne
peut pas s’échapper du trou noir (c’est-à-dire le bord du trou noir) ne
coïncident pas, leurs positions dépendant toutes deux de la masse du trou
noir. Pour être précis, le point de spaghettification change
proportionnellement à la racine cubique de la masse du trou noir, tandis que
le bord du trou noir change linéairement avec la masse.
Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien, pour les petits trous noirs, la valeur
du point de spaghettification est plus grande que l’horizon des événements,
qui se trouve par conséquent à l’extérieur du bord du trou noir. Mais, pour
les grands trous noirs, la valeur du point de spaghettification est plus petite,
de sorte qu’il se trouve à l’intérieur du trou noir. Par exemple, un trou noir
ayant la masse d’un million de soleils présente un rayon de 3 millions de
kilomètres, mais sa gravité ne vous déchirera pas avant que vous n’ayez
pénétré profondément à l’intérieur, à 24 000 kilomètres de son centre. En
revanche, un petit trou noir d’un rayon de 30 kilomètres vous mettrait en
pièces à une distance de 440 kilomètres, bien avant que vous n’atteigniez
son bord.
Le fait que les petits trous noirs soient en fin de compte plus dangereux à
approcher que les grands est peut-être contre-intuitif, mais c’est ainsi que
fonctionnent les mathématiques des trous noirs ! Les plus grands couvrent
une étendue si gigantesque qu’ils n’ont pas besoin d’être aussi puissants sur
leurs bords pour aspirer les choses et les garder à l’intérieur.

À la porte du trou noir


Tout va selon vos plans : vous avez réussi à trouver un trou noir qui n’est
pas entouré de feux d’artifice en folie, et qui est suffisamment grand pour
que vous ne soyez déchiré qu’après avoir été aspiré à l’intérieur, ce qui veut
dire que… vous êtes sur le point d’entrer. Mais, attention, c’est là que les
choses commencent à devenir vraiment bizarres.
En vous approchant du trou noir, vous remarquerez deux trucs
intéressants.
Tout d’abord, à environ trois fois le rayon de l’horizon des événements,
vous constaterez que le disque d’accrétion disparaît, laissant la zone
entourant immédiatement le trou noir plus ou moins vide. Cela s’explique
par le fait que toute matière qui est arrivée jusque-là tombe rapidement dans
le trou noir. C’est le point où la majorité de la matière ne peut pas
s’échapper, ce qui signifie que vous êtes maintenant pratiquement obligé
d’entrer dans le trou noir. Si vous aviez des doutes, il fallait y penser avant
de lire cette section.
Le second truc que vous remarquerez en parvenant si près d’un trou noir,
c’est l’énorme courbure de l’espace autour de vous. Vous avez atteint un
point où la gravité est si intense qu’elle déforme le mouvement de la lumière
de manière très visible. Vous aurez l’impression de nager à l’intérieur d’une
lentille : l’espace autour d’un trou noir est tellement courbé que la lumière
ne se déplace plus en ligne droite.
Nous allons maintenant examiner certains des phénomènes étranges que
vous rencontrerez à mesure que vous avancerez dans le trou noir.

L’ombre du trou noir 4


À environ deux fois et demie le rayon du trou noir, vous entrerez dans ce
que l’on appelle l’« ombre » du trou noir. Il s’agit d’un cercle noir réel que
toute personne qui regarde un trou noir verra.
Les trous noirs projettent une ombre plus grande que leur taille, car ils ne
se contentent pas de capturer les photons qui se trouvent à l’intérieur de
l’horizon des événements ; ils courbent également les photons qui volent à
proximité. Toute lumière se dirigeant vers vous et se trouvant à une certaine
distance du trou noir tombera dans le puits gravitationnel et finira par entrer
à l’intérieur, ce qui signifie que vous ne pourrez pas la voir.

Cette ombre grandit à mesure que vous vous rapprochez du trou noir, car
celui-ci capture encore davantage de lumière, lumière qui aurait autrement
atteint votre globe oculaire. Cela signifie que le trou noir commence à
occuper la quasi-totalité de votre champ de vision.
C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il faut demander à vos amis de vous
prendre en photo, car vous leur apparaîtrez alors comme entouré d’une
profonde obscurité : vous donnerez l’impression d’être déjà à l’intérieur du
trou noir, même si vous avez encore un peu de chemin à parcourir.

Le cercle infini de la lumière 5


À environ une fois et demie le rayon du trou noir, vous franchirez une
autre étape amusante : le point où la lumière gravitera autour du trou noir en
un cercle parfait. Tout comme les planètes et les satellites peuvent orbiter
autour d’un objet plus massif, la lumière peut faire de même autour d’un trou
noir. Ce qui est remarquable dans le fait que la lumière tourne autour d’un
trou noir, c’est qu’elle n’a pas de masse ! Cela signifie qu’elle se comporte
ainsi uniquement en raison de la courbure de l’espace. Un photon en orbite
pourrait potentiellement tourner autour d’un trou noir à l’infini, bien que
toute déviation provoque soit son aspiration dans le trou noir, soit sa sortie
en vrille dans l’espace.
Lorsque vous passerez ce point en direction du trou noir, vous vivrez une
expérience inoubliable : comme la lumière décrit un cercle parfait, lorsque
vous regarderez dans n’importe quelle direction perpendiculaire au trou noir,
vous verrez l’arrière de votre tête. Si vous avez toujours voulu savoir à quoi
vous ressembliez de dos, c’est l’occasion ou jamais.

Bend it like Beckham 6


Une fois franchie la limite d’une fois et demie le rayon du trou noir, même
la lumière ne peut plus orbiter en toute sécurité. Les chances que vous vous
échappiez s’amenuisent, et tout indique que vous allez entrer dans le trou
noir, au sens propre comme au sens figuré.
À partir de maintenant, vous aurez l’impression que l’ombre du trou noir
vous enveloppe, vous empêchant de voir l’Univers. Si vous regardez derrière
vous, vous verrez une image de l’Univers qui rétrécit.
Ce qui est étrange dans cette vue de l’Univers, c’est qu’elle contient tout
l’Univers, notamment les choses qui se trouvent derrière le trou noir. À ce
stade, l’espace est tellement courbé que la lumière vient de tous les côtés de
l’Univers, tourbillonne plusieurs fois, puis frappe les côtés et l’arrière de
votre tête. Dans cette vue extrême en fish-eye du cosmos tout entier, vous
verrez même de multiples copies de l’Univers se répéter à l’infini aux limites
de votre champ de vision.
À mesure que vous vous rapprocherez du centre du trou noir, cette fenêtre
sur l’Univers se rétrécira de plus en plus, et l’image du trou noir prendra
toute la place, où que vous regardiez.
Et alors… vous traverserez l’horizon des événements.

Ce que vos amis verront


À ce stade, il est intéressant de faire une pause pour comprendre ce que
vos amis pourraient penser de tout ça. Vous vous souvenez, ces amis qui
pensaient que sauter dans un trou noir était une entreprise complètement
folle et qui sont restés à la maison ? Nous sommes sûrs qu’ils vous ont
beaucoup soutenu, mais que verront-ils lorsque vous effectuerez ce glorieux
saut dans l’inconnu ?
Eh bien, ils ne verront rien du tout. Non pas parce que votre saut héroïque
sera occulté par l’obscurité du trou noir, mais tout simplement parce que cet
événement n’aura jamais lieu pour eux.
N’oubliez pas que la gravité ne déforme pas seulement l’espace, elle
déforme aussi le temps. Et les trous noirs ont une gravité telle qu’ils
déforment le temps d’une manière vraiment extrême.
Beaucoup de gens savent que le temps ralentit à des vitesses très élevées.
Par exemple, si vous montez dans un vaisseau spatial et que vous vous
envolez à une vitesse proche de celle de la lumière, et que vous revenez, le
temps aura passé plus lentement pour vous, et toutes les personnes que vous
connaissez auront vieilli davantage que vous. Mais ce n’est pas seulement la
vitesse qui a cet effet sur le temps ; la proximité d’un objet très massif
(comme un trou noir) aussi. Il déforme l’espace, mais il ralentit également le
temps.
Quand vous plongerez en direction du trou noir, vos amis verront le temps
ralentir pour vous. Pour eux, vous commencerez à voyager de plus… en…
plus… len…teeee…ment. Et plus vous vous rapprocherez du trou noir, plus
votre horloge ralentira. À un moment donné, ils auront l’impression que
vous êtes figé. Nous sommes sûrs que ce sont des amis fidèles, mais ils
finiront probablement par se lasser du spectacle et aller vivre leur vie. La
dernière image qu’ils auront de vous sera faible et rouge, car la gravité étire
également la longueur d’onde des photons vers le spectre infrarouge.
En fait, pour le reste de l’Univers, il ne se passera pas un long moment
avant que vous ne tombiez dans le trou noir ; cela n’arrivera littéralement
jamais. D’un point de vue extérieur, le temps s’arrêtera pour vous, et votre
image s’étalera sur la surface du trou noir pour y rester gravée à jamais. Il
faudrait un temps infini avant qu’un observateur extérieur ne vous voie
entrer complètement dans le trou noir. Des systèmes solaires et des galaxies
se formeraient et disparaîtraient. Des billions d’années s’écouleraient, et
personne ne vous verrait jamais traverser la frontière.
Bref, si vous espériez impressionner vos amis avec un geste spectaculaire,
sauter dans un trou noir n’était pas un choix judicieux.
L’entrée dans le trou noir
Bien sûr, c’est le point de vue de vos amis. De votre côté, vous continuez
votre petit tour en montagnes russes.
Rappelez-vous que le temps continue de s’écouler normalement pour
vous ; donc, de votre point de vue, le voyage dans le trou noir se déroule à
une vitesse normale. Vous finirez dans le trou ; simplement, pour l’Univers
extérieur, cela semblera ne jamais se produire.
Que se passera-t‑il lorsque vous franchirez enfin l’horizon des
événements ? Pas grand-chose, selon les physiciens. Votre vision de
l’Univers extérieur se réduira à un point de plus en plus petit, et tout ce qui
vous entourera deviendra complètement noir. La seule source de lumière que
vous noterez sera ce point exactement derrière vous qui contient une
minuscule image de l’Univers entier. C’est encore quelque chose. Mais,
selon la théorie, il n’y a rien à l’horizon des événements. Pas de mur, de
barrière, de champ de force, de confettis ou de porte gardée par des agents de
sécurité galactiques. C’est juste l’endroit dans l’espace d’où vous n’avez
aucun moyen de revenir.
À l’intérieur du trou noir, l’espace est si courbé qu’il n’y a pas de sortie
possible. Peu importe la vitesse à laquelle vous allez, l’espace-temps est
devenu unidirectionnel (vers l’avant). Mais, à l’intérieur de l’horizon des
événements, l’espace est également unidirectionnel (vers l’intérieur).
Chaque trajectoire à l’intérieur du trou noir conduit plus profondément à
l’intérieur.
Ce changement aura été progressif pour vous. Au fur et à mesure que vous
vous rapprochiez de l’horizon des événements, les chemins que vous
pouviez emprunter ont commencé à se déformer eux aussi, et ceux qui
permettaient de s’éloigner du trou noir sont devenus de moins en moins
nombreux. L’horizon des événements est simplement le point où tous les
chemins possibles sont orientés vers l’intérieur.

Une chose est claire maintenant : vous êtes définitivement coincé. Tenter
de s’échapper à ce stade est pire que futile. Si vous vous débattez et essayez
de fuir, vous ne ferez qu’accélérer le mouvement vers le centre du trou noir.

Mais qu’y a-t-il donc dedans ?


Alors, c’est comment, maintenant que vous êtes à l’intérieur du trou noir ?
La vérité, c’est que personne ne le sait. En fait, nous ne le saurons peut-
être jamais. Nous ne savons même pas s’il est possible de penser à
l’intérieur d’un trou noir. Notre corps a besoin du mouvement du sang,
d’informations et d’ions dans toutes les directions. Si vos neurones et votre
sang ne peuvent se diriger qu’en direction du centre du trou noir, resteriez-
vous en vie (c’est déjà quelque chose) et conscient (ce serait encore mieux) ?
Plus fondamentalement, cependant, nous ne savons pas vraiment à quoi
ressemblent l’espace et le temps au-delà de l’horizon des événements. Nous
avons une idée de ce qu’il se passe. Jusqu’à présent, la théorie de la relativité
générale s’est avérée juste pour tout ce qui advient en dehors des trous noirs
(elle a même prédit leur existence), mais nous savons qu’elle ne décrit pas
parfaitement le fonctionnement de l’Univers. Elle achoppe par exemple au
plus petit niveau, là où la mécanique quantique ne peut être négligée. Est-il
possible que la relativité générale soit insuffisante pour expliquer ce qu’il se
passe à l’intérieur d’un trou noir ? C’est probable, mais nous ne savons pas
dans quelle mesure elle est erronée, ni si elle ne l’est qu’au centre même du
trou noir.
En admettant que la relativité générale s’applique toujours pour l’essentiel
à l’intérieur du trou noir, ce qui adviendra ensuite ne sera pas très excitant.
Selon la théorie d’Einstein, en effet, la gravité continuera à s’intensifier, et
vous vous dirigerez de plus en plus vite vers le centre du trou noir. En fait,
pour un trou noir comme celui qui se trouve au centre de la Voie lactée, vous
tomberiez en son centre en vingt secondes environ. Bien sûr, vous
n’arriverez jamais au centre, car vous atteindrez certainement le point de
spaghettification (vous vous en souvenez ?) à un moment donné et serez
réduit en miettes.
Mais, si la relativité générale se trompe sur ce qu’il se passe juste une fois
l’horizon des événements franchis, nous sommes libres de spéculer. Une
foule de choses amusantes pourraient vous attendre lorsque vous pénétreriez
à l’intérieur de l’astre mystérieux :
• Un autre univers. Certains physiciens pensent (et vont même jusqu’à
affirmer que c’est probable) qu’un tout autre univers pourrait exister à
l’intérieur d’un trou noir. Peut-être que, lorsque vous entrez dans le trou noir,
vous en ressortirez au début d’un nouveau bébé univers.
• Un trou de ver. Selon une autre théorie, l’intérieur d’un trou noir serait
connecté à un trou de ver (une sorte de tunnel dans l’espace-temps) qui vous
conduirait dans une autre partie (et un autre temps) de l’Univers. Qu’y a-t‑il
à l’autre bout ? Les scientifiques supposent que vous pourriez être recraché à
l’autre extrémité du trou de ver par l’opposé d’un trou noir : un trou blanc. Si
un trou noir est un endroit où les choses peuvent entrer, mais jamais sortir,
alors un trou blanc est un endroit théorique où les choses peuvent sortir, mais
jamais entrer. Pensez à un trou blanc comme à une région où l’espace est
courbé de telle manière que toutes les directions vous font sortir du trou
blanc. Bien sûr, vous vous demandez peut-être d’où viennent les choses qui
sortent du trou blanc ? Du trou noir en passant par le trou de ver !

Dans les deux cas, ce serait la fin de votre voyage, du moins du point de
vue de notre Univers. En effet, une fois à l’intérieur du trou noir, il est très
peu probable que vous en sortiez, ce qui signifie que, quoi qu’il vous arrive,
que vous mouriez d’une mort horrible, que vous découvriez les secrets de la
mécanique quantique et de la relativité générale ou que vous trouviez un tout
nouvel univers, vous serez le seul à connaître ce fabuleux secret.
Ainsi, le seul problème, c’est que vous ne pourrez le dire à personne !
POURQUOI LA TÉLÉPORTATION
N’EST-ELLE PAS ENCORE
À L’ORDRE DU JOUR ?
Disons les choses comme elles sont : personne n’aime voyager.

Qu’il s’agisse de partir en vacances sous les tropiques ou de votre trajet


quotidien pour aller travailler, personne n’apprécie particulièrement la partie
« déplacement ». Lorsque quelqu’un vous dit qu’il adore les voyages, cela
signifie en général qu’il aime arriver quelque part. Et effectivement, être
quelque part présente un certain intérêt : on voit de nouvelles choses, on
rencontre d’autres personnes, on arrive plus tôt au travail pour pouvoir
rentrer plus tôt à la maison et lire des livres de physique. En revanche, la
partie voyage proprement dite est la plupart du temps un mal inévitable : il
faut se préparer, se dépêcher, attendre, se dépêcher de nouveau. Celui qui a
dit « L’important, c’est le voyage, pas la destination » n’a manifestement
jamais eu à subir des bouchons journaliers et ne s’est jamais retrouvé coincé
dans le siège du milieu sur un vol transatlantique.
Et s’il y avait un meilleur moyen d’atteindre votre destination ? Si vous
pouviez tout simplement apparaître là où vous voulez aller, sans passer par
tous les lieux intermédiaires ?

Depuis plus d’un siècle, la téléportation est incontournable dans la


science-fiction. Qui n’a jamais fantasmé sur le fait de fermer les yeux ou de
sauter dans une machine pour se retrouver instantanément à l’endroit
désiré ? Pensez au temps que vous gagneriez ! Vos vacances
commenceraient immédiatement, et pas après un vol de quatorze heures.
Nous pourrions aussi nous rendre plus facilement sur d’autres planètes, par
exemple pour coloniser la planète habitable la plus proche (Proxima
Centauri b, à quatre années-lumière) sans avoir à passer des décennies en
transit.
Mais la téléportation est-elle possible ? Et si elle l’est, pourquoi les
scientifiques mettent-ils tant de temps à en faire une réalité ? Faudra-t‑il des
centaines d’années pour la mettre au point, ou pouvons-nous espérer qu’elle
soit bientôt disponible sous forme d’application sur nos téléphones ? Réglez
vos phaseurs en mode paralysie, car vous allez être téléporté… dans la
physique de la téléportation !
Options de téléportation
Si votre conception de la téléportation est de vous trouver à un endroit x à
un moment donné et l’instant d’après à un endroit y, totalement différent,
nous sommes désolés de vous dire d’emblée que c’est impossible.
Malheureusement, la physique a des règles très strictes concernant les
événements instantanés. Tout ce qui se produit (un effet) doit avoir une
cause, ce qui implique une transmission d’informations : pour que deux
événements soient liés l’un à l’autre par un lien de causalité (par exemple :
vous disparaissez ici et vous apparaissez là-bas), il doit y avoir d’une façon
ou d’une autre une communication. Et dans cet Univers, tout, y compris
l’information, a une vitesse limite.
L’information doit voyager dans l’espace comme tout le reste, et la vitesse
maximale qu’il est possible d’atteindre dans cet Univers est celle de la
lumière. La vitesse de la lumière aurait d’ailleurs dû être baptisée « vitesse
de l’information » ou « vitesse maximum dans l’Univers ». Elle est partie
intégrante de la théorie de la relativité et de l’idée même de cause et d’effet,
indissociables de la physique.
Même la gravité ne peut aller plus vite que la lumière. La Terre ne ressent
pas la gravité de l’endroit où se trouve le Soleil en ce moment ; elle ressent la
gravité de l’endroit où il se trouvait il y a huit minutes. C’est le temps qu’il
faut à l’information pour parcourir les 150 millions de kilomètres qui nous
séparent de notre étoile. Si le Soleil disparaissait (en se téléportant pour aller
prendre des vacances bien méritées), la Terre poursuivrait son orbite usuelle
pendant huit minutes avant de s’apercevoir du changement.

La possibilité de disparaître à un endroit et de réapparaître instantanément


à un autre est donc totalement à exclure : il doit se passer quelque chose
entre les deux, et ce quelque chose ne saurait aller plus vite que la lumière.
Heureusement, la plupart d’entre nous ne sont pas aussi pointilleux sur la
définition de la « téléportation » et se contenteraient d’un « presque
instantanément » ou « en un clin d’œil », voire d’un « aussi vite que les lois
de la physique le permettent ». Dans ce cas, nous vous proposons deux
modalités pour votre machine à téléporter.
1. Elle vous « transmet » à destination à la vitesse de la lumière.
2. Elle raccourcit d’une façon ou d’une autre la distance qui sépare
l’endroit où vous êtes de celui où vous souhaitez aller.
L’option 2 est ce que l’on pourrait appeler la téléportation de type
« portail ». Dans les films, le héros franchit une sorte de porte, généralement
un trou de ver ou un sous-espace extradimensionnel, pour se retrouver
ailleurs. Les trous de ver sont des tunnels hypothétiques qui relieraient des
points très éloignés dans l’espace, et les physiciens ont effectivement
proposé l’existence de dimensions multiples, au-delà des trois qui nous sont
familières.
Malheureusement, ces deux concepts restent encore un peu trop
théoriques. Nous n’avons jamais vu de trou de ver et nous n’avons aucune
idée de la façon dont on peut en ouvrir un, voire contrôler où il mène. Et les
dimensions supplémentaires ne sont pas vraiment un espace dans lequel vous
pouvez vous déplacer, mais seulement des façons supplémentaires de
s’agiter pour les particules élémentaires.

Il est beaucoup plus intéressant de discuter l’option 1, qui sera peut-être


réalisable dans un avenir proche.

Arriver à la vitesse de la lumière


S’il est impossible d’apparaître instantanément ailleurs ou de prendre des
raccourcis à travers l’espace, pouvons-nous au moins nous y rendre aussi
vite que possible ? La vitesse maximale dans l’Univers, 300 millions de
mètres par seconde, est largement suffisante pour réduire vos déplacements
courants à une fraction de seconde et pour que nos voyages vers les étoiles
prennent des années au lieu de décennies ou de millénaires. En un mot
comme en cent, se téléporter à la vitesse de la lumière serait déjà formidable.
Vous imaginez peut-être une machine qui, en gros, se saisirait de votre
corps et le propulserait à la vitesse de la lumière vers votre destination.
Malheureusement, cela pose un sérieux problème : vous êtes trop lourd, trop
massif pour voyager à la vitesse de la lumière. Premièrement, il faudrait
énormément de temps et d’énergie pour accélérer toutes les particules de
votre corps (qu’elles soient assemblées ou fragmentées d’une façon ou d’une
autre) à des vitesses proches de celle de la lumière. Et deuxio, vous
n’atteindrez jamais la vitesse de la lumière. Peu importe que vous fassiez un
régime drastique ou que vous bossiez votre CrossFit ; du moment que vous
possédez une masse, il vous est interdit de voyager à la vitesse de la lumière.

Les particules comme les électrons et les quarks, les entités constitutives
de vos atomes, ont une masse. Par conséquent, de l’énergie est nécessaire
pour les faire bouger, beaucoup d’énergie pour les faire bouger rapidement,
tandis qu’une énergie infinie est requise pour atteindre la vitesse de la
lumière. Ainsi, les particules qui vous composent en ce moment sont
autorisées à se déplacer à des vitesses très élevées, mais elles ne pourront
jamais atteindre la vitesse de la lumière.
Cela implique que vous ne serez jamais en mesure de vous téléporter. Ni
instantanément, ni même à la vitesse de la lumière. Votre corps ne pourra
jamais être transporté quelque part aussi vite, car il est tout simplement
impossible de déplacer suffisamment rapidement toutes les particules de
votre corps.
Cela veut-il dire que la téléportation est impossible ? Pas tout à fait !
Il y a une solution, à condition de se montrer flexible sur ce que « vous »
signifie. Et si nous ne transportions ni vos molécules ni vos particules ? Si
nous ne transmettions que l’idée de vous ?

Vous êtes l’information !


Une façon possible de réaliser la téléportation à la vitesse de la lumière est
de vous scanner et de vous envoyer sous forme d’un faisceau de photons.
Les photons n’ont pas de masse, ce qui signifie qu’ils peuvent aller aussi vite
que l’Univers le permet. En fait, les photons ne peuvent voyager qu’à la
vitesse de la lumière (il n’existe pas de photon lent) 1.

Voici la recette de base pour une téléportation à la vitesse de la lumière.


• Étape 1 : Scannez votre corps et notez où se trouvent toutes vos
molécules et particules.
• Étape 2 : Transmettez cette information à votre destination via un
faisceau de photons.
• Étape 3 : Recevez ces informations et reconstruisez votre corps en
utilisant de nouvelles particules.
Est-ce vraisemblable ? L’homme a fait des progrès incroyables dans les
technologies de numérisation et d’impression 3D. Aujourd’hui, l’imagerie
par résonance magnétique (IRM) est à même de scanner votre corps avec
une résolution de 0,1 millimètre, ce qui correspond à la taille d’une cellule
du cerveau. Les scientifiques ont utilisé des imprimantes 3D pour imprimer
des agrégats de plus en plus complexes de cellules vivantes (appelées
« organoïdes ») afin de tester des médicaments contre le cancer. Nous avons
même fabriqué des machines (à l’aide de microscopes à effet tunnel)
capables de saisir et de déplacer des atomes individuels. Il est donc permis
de supposer qu’un jour, nous pourrons scanner puis imprimer des corps
entiers.
La véritable limite, cependant, pourrait ne pas être technologique, mais
philosophique. Après tout, si quelqu’un effectuait une copie de vous, serait-
ce vraiment encore vous ?

N’oubliez pas que les particules qui composent votre corps n’ont rien de
spécial. Toutes les particules d’un type donné sont identiques : chaque
électron est parfaitement semblable à tous les autres électrons, et il en va de
même pour les quarks. Les particules ne sortent pas de l’usine de l’Univers
avec une personnalité ou un trait distinctif quelconque. La seule différence
entre deux électrons ou deux quarks, c’est l’endroit où ils traînent et les
autres particules qu’ils fréquentent 2.
Mais à quel point une copie de vous est-elle encore vous ? Eh bien, cela
dépend de deux choses. Pour commencer, de la résolution de la technologie
qui vous scanne et vous reproduit : descend-elle au niveau de vos cellules, de
vos molécules ? Ou est-elle capable de lire et d’imprimer vos atomes, voire
chacune des particules élémentaires qui vous constituent ?
La seconde question, encore plus importante, est de savoir à quel point
votre « vous » dépend de ces détails. Jusqu’à quel niveau de précision faut-il
descendre pour qu’une copie puisse être considérée comme vous ? La
question est ouverte, et la réponse pourrait dépendre du degré de
« quanticité » de votre sentiment d’identité.

Une copie quantique de vous


Combien d’informations faut-il enregistrer pour créer une copie fidèle de
vous-même ? Est-il pertinent de se limiter à l’emplacement et au type de
cellules qui composent votre corps, ainsi qu’à leurs connexions ? Faut-il
aussi connaître la position et l’orientation de chaque molécule ? Ou bien
avons-nous besoin de davantage de détails, par exemple de l’état quantique
de chaque particule ?
Chaque particule de votre corps a un état quantique. Celui-ci vous indique
où la particule est susceptible de se trouver, ce qu’elle est susceptible de
faire et de quelle façon elle est connectée aux autres particules. Comme nous
sommes capables de déterminer ce qu’une particule est susceptible de faire,
et cela seulement, il y a toujours une certaine dose d’incertitude. Mais cette
indétermination quantique représente-t‑elle une part importante de ce qui fait
que vous êtes vous-même ? Ou advient-elle à une échelle si petite qu’elle
n’influence pas vraiment les choses importantes, comme vos souvenirs ou
votre façon de réagir aux événements ?
À première vue, il semble peu probable que l’information quantique
contenue dans chacune de vos particules fasse une grosse différence sur ce
que vous êtes. Vos souvenirs et vos réflexes sont par exemple stockés dans
vos neurones et leurs connexions, qui sont des structures gigantesques par
rapport aux particules. Or, à cette échelle, les fluctuations quantiques et
l’indétermination ont tendance à s’annuler. Si vous modifiez subtilement les
valeurs quantiques de quelques particules dans votre corps, seriez-vous
capable de faire la différence ?
Un livre de philosophie serait peut-être plus approprié qu’un livre de
physique pour débattre de la question, mais nous pouvons au moins
envisager ici quelques possibilités.

Vous n’êtes pas si quantique que ça


Il est avéré que l’état quantique de vos particules n’influe pas sur votre
identité et qu’il suffit de recréer l’agencement de vos cellules ou de vos
molécules pour obtenir une copie qui pense et agit comme vous ? Voilà une
excellente nouvelle pour vos prochaines vacances, car la téléportation
devient beaucoup plus facile. Il suffit alors d’enregistrer l’emplacement de
toutes vos composantes, puis de les assembler ailleurs, à l’identique. Un peu
comme si vous démontiez une maison en Lego, puis que vous envoyiez les
blocs à une autre personne avec les instructions de montage pour qu’elle la
reconstruise. La technologie moderne devrait être capable de faire quelque
chose de similaire avec vous un jour.
Bien sûr, cela ne serait pas une copie exacte de vous, ce qui nous amène à
nous demander si vous ne perdez pas quelque chose dans le processus.

Cela reviendrait-il à envoyer la version JPEG d’une photo au lieu de la


photo elle-même ? En ressortiriez-vous un peu flou sur les bords, ou sans
vous sentir tout à fait vous-même ? La perte de fidélité que vous êtes disposé
à accepter dépend de votre envie de vous rendre dans le prochain système
stellaire le plus rapidement possible…

Vous êtes totalement quantique


Mais si votre identité dépendait tout compte fait de l’information
quantique ? Et si la magie, ou l’inaltérabilité, de votre personne résidait dans
l’incertitude quantique de chaque particule de votre corps ? Voilà qui sonne
un peu new-age, mais, si vous voulez vraiment être certain que la copie qui
émerge de l’autre côté de cette machine à téléporter est exactement vous,
alors il faut aller jusqu’au bout de la logique quantique.

La mauvaise nouvelle, c’est que cela rend la question de la téléportation


beaucoup plus compliquée. Tout ce qui est quantique est déjà compliqué,
mais l’idée de copier des informations quantiques l’est encore plus.
En effet, d’un point de vue physique, il est techniquement impossible de
tout savoir sur une particule en même temps. Le principe d’indétermination
nous dit que, lorsque vous mesurez la position d’une particule avec une
grande précision, vous ne pouvez pas connaître sa vitesse ; vice versa,
lorsque vous mesurez sa vitesse, vous ne pouvez pas connaître sa position.
Et lorsque nous disons que vous ne pouvez pas la connaître, cela ne veut pas
dire que, pour une raison ou une autre, vous n’avez pas accès à cette
information. Non, la chose est bien plus grave : les informations sur la
position et la vitesse n’existent pas simultanément ! L’indétermination est
inhérente à chaque particule.
La seule chose que vous pouvez savoir sur une particule est la probabilité
qu’elle soit ici ou là. Dans ces conditions, comment est-il possible d’obtenir
une copie quantique ayant les mêmes probabilités que l’original ?

Faire une copie quantique


Considérons le problème de la fabrication d’une copie quantique d’une
seule particule. Si vous insistez pour que votre machine à téléporter à la
vitesse de la lumière effectue une copie de votre personne absolument
identique à votre état actuel, c’est à peu près votre seule option.
Copier une particule jusqu’au niveau quantique signifie reproduire son
état quantique. Or celui-ci comprend l’indétermination affectant sa position
et sa vitesse, mais aussi son spin quantique ou toute autre propriété
quantique. Ainsi, il ne s’agit pas vraiment d’un nombre, mais plutôt d’un
ensemble de probabilités.
Le problème est que, pour extraire des informations quantiques d’une
seule particule, il faut bien la sonder d’une manière ou d’une autre, ce qui
revient à la perturber. Rien que pour la voir, il s’agit de faire rebondir des
photons sur cette particule. Si vous bombardez un électron avec des photons,
vous en saurez peut-être davantage sur son état quantique, mais vous l’aurez
également dérangé. Comprenez-nous bien : ce n’est pas parce que nous ne
sommes pas assez intelligents ou parce que nous n’avons pas développé une
sonde assez fine. Non, le théorème quantique de « non-clonage » nous dit
qu’il est impossible de lire une information quantique sans détruire
l’original.
Alors, comment copier quelque chose que l’on ne peut ni voir ni toucher ?
Ce n’est guère facile, mais vous pouvez y arriver en exploitant l’« intrication
quantique ». Il s’agit d’un phénomène étrange dans lequel les probabilités de
deux particules sont liées entre elles. Par exemple, si deux particules
interagissent entre elles de telle sorte que vous ne connaissez pas leurs spins,
mais que vous savez qu’ils sont opposés l’un à l’autre, alors on dit que les
deux particules sont intriquées. Si vous constatez que l’une a un spin
« haut », alors l’autre doit avoir un spin « bas », et vice versa.
La téléportation quantique fonctionne en prenant deux particules, en les
intriquant, puis en les utilisant comme les deux extrémités d’une ligne
téléphonique de télécopie. Prenez par exemple deux électrons, intriquez-les,
puis envoyez-en un sur Proxima Centauri. Vos électrons resteront là où ils
sont, toujours intriqués, jusqu’à ce que vous soyez prêt à lancer le processus
de copie.
À partir de là, les choses se compliquent un peu, mais, en gros, vous
utilisez l’électron intriqué que vous avez sous la main pour sonder la
particule que vous voulez copier, et cette interaction vous donnera les
informations dont vous avez besoin pour que l’électron sur Proxima Centauri
soit une copie quantique exacte de la particule que vous vouliez dupliquer.
De façon incroyable, les humains ont réussi cet exploit pour des particules
isolées, et même pour de petits groupes de particules 3. Le record à ce jour
est détenu par une copie quantique réalisée entre deux points distants de
1 400 kilomètres. C’est encore un peu juste pour vos vacances à Proxima
Centauri, mais c’est un début.
Rendre cette machine à copier quantique fonctionnelle pour plus qu’une
poignée de particules ne sera pas chose aisée. Il y a 1026 particules dans
votre corps, de sorte que la tâche devient très vite très compliquée. Mais ce
qui compte, c’est que cela soit possible.
Et cette personne réassemblée de façon quantique, serait-ce vraiment
vous ? Ce serait en tout cas la reproduction la plus fidèle de vous qui puisse
être faite. Si ce n’est pas vous, alors qui êtes-vous ?

Trop de vous
Un aspect potentiellement délicat de cette conception de la téléportation
est que vous pourriez vous retrouver avec des copies multiples de vous-
même. La machine à téléporter de faible résolution (celle qui ne copie pas
les informations quantiques) pourrait servir à créer des clones : il suffirait de
scanner votre corps, puis de transmettre ces informations à Proxima
Centauri, à Ross 128 b (une autre planète habitable proche) et à un certain
nombre d’autres astres. Vous pourriez même commencer à imprimer des
copies ici, sur Terre. Il ne s’agirait peut-être pas de copies quantiques exactes
de l’original, mais elles seraient suffisamment similaires pour créer toutes
sortes de problèmes moraux et éthiques.
Heureusement, la version de la machine à téléporter de résolution
quantique sauvera la mise. Les mêmes principes de la théorie qui permettent
de copier des informations quantiques exigent également que l’information
originale soit détruite lorsqu’elle est copiée. Quelle que soit la façon dont la
technologie fonctionnera, le processus de numérisation détruira
inévitablement l’original en brouillant toutes ses informations quantiques.
Cela signifie que la copie que vous enverrez sera la seule copie qui restera.

Un dernier détail
Pour résumer, l’idée d’être transporté quelque part en un clin d’œil n’a
rien d’impossible. Si vous tolérez un délai de transmission à la vitesse de la
lumière, et si vous acceptez qu’une version scannée et réassemblée de vous
soit vraiment vous, alors la téléportation pourrait bien faire partie de votre
futur.

Attention, nous avons omis un petit détail : pour se téléporter quelque part
de la façon décrite dans ce chapitre, il faut qu’une machine de l’autre côté
reçoive votre signal et vous reconstruise. Autant dire que, si vous voulez un
jour vous téléporter sur une autre planète, quelqu’un doit d’abord s’y rendre
à l’ancienne : en voyageant.
Y a-t‑il des volontaires dans la salle ?
Y A-T-IL UNE AUTRE TERRE
QUELQUE PART ?
Il est toujours utile d’avoir une solution de rechange.
Vous êtes au travail et vous renversez votre café sur votre pantalon ?
Sortez calmement le pantalon de secours que vous conservez dans un tiroir
dédié de votre bureau. Votre enfant a perdu son doudou préféré juste avant
de se coucher ? Vous serez heureux d’avoir acheté cinq exemplaires de ce
mignon ourson lors de votre dernière expédition au magasin de jouets.

Puisque la vie dans cet Univers aussi dingue qu’aléatoire demeure


imprévisible, il est logique de conserver un double des choses qui comptent
pour vous. Et plus elles sont importantes, plus vous devriez faire d’efforts
pour disposer d’un plan B, n’est-ce pas ? Il n’est donc pas surprenant que
plusieurs de nos auditeurs aient écrit pour demander s’il existait une planète
Terre de secours. Juste au cas où, quoi.
Bien sûr, un café renversé n’est pas exactement le genre de choses qui
nous obligerait à déplacer toute notre civilisation sur une autre planète. Mais
la question n’est pas sans intérêt. Après tout, il y a beaucoup de raisons tout
à fait valables pour lesquelles nous pourrions avoir besoin d’un nouveau
foyer.
Que se passerait-il par exemple si nous découvrions qu’un astéroïde géant,
tueur de planètes, fonçait vers la Terre ? Ou si nos aspirateurs robots en
avaient un jour assez de nettoyer derrière nous et décidaient de prendre le
contrôle en nous mettant à la porte ? Et si une supernova explosait à
proximité, bombardant la Terre de radiations mortelles et liquidant tous ses
habitants ? Il est évident qu’avoir une base de repli ne serait pas une
mauvaise idée. Sinon, nous mettons littéralement tous nos œufs dans le
même panier.
Mais à quel point est-il facile de trouver un second chez-nous ? Avons-
nous eu de la chance avec la Terre, ou bien les planètes douillettes et
habitables sont-elles légion dans le cosmos ? Imaginons que nous ayons tout
l’argent du monde et partons en quête de la demeure idéale.

Nos voisins cosmiques


Tous ceux qui conservent un pantalon de rechange dans leur bureau (pas
vous ?) le font pour une bonne raison : lorsque vous avez besoin d’une
chose, mieux vaut qu’elle soit à portée de main. Trouver une planète
accueillante au sein de notre Système solaire serait ainsi une solution idéale.
Si quelque chose devait arriver à la Terre, tout serait beaucoup plus simple ;
nous n’aurions qu’à envisager un saut de puce jusqu’à nos nouveaux
quartiers, sans avoir à préparer de bagages pour un voyage de plusieurs
siècles dans l’espace.
Malheureusement, les options dans notre Système solaire sont plutôt
maigres.
Commençons par notre plus proche voisine. Disons-le tout de suite, Vénus
n’a aucune chance : sa température de surface est d’environ 460 °C, et sa
pression atmosphérique quatre-vingt-dix fois supérieure à celle de la Terre.
Vénus n’est absolument pas une bonne solution de repli en cas de
catastrophe.
Notre autre plus proche voisine est Mars. La planète est magnifique, et
ressemble même un peu au désert de l’Arizona par temps brumeux, c’est
dire ! Mais ce n’est pas non plus un lieu de vie rêvé pour nous pauvres
Terriens. Les scientifiques pensent que Mars possédait autrefois un champ
magnétique à l’échelle de la planète, comme la Terre, qui a disparu à un
moment donné sans que nous sachions exactement pourquoi – peut-être à
cause du refroidissement de son noyau en fusion. Peu de gens réalisent
combien il est important d’avoir un champ magnétique : il agit comme un
champ de force qui nous protège des vents solaires mortels du Soleil. Sans
lui, non seulement nous serions bombardés par des radiations mortelles, mais
notre atmosphère s’amenuiserait, ce qui constituerait un gros problème. Sans
atmosphère, impossible de retenir la chaleur, de sorte qu’il ferait vraiment
très froid. Mars est un autre scénario catastrophe de ce qui peut arriver à
notre planète.

Passé ces deux planètes, les choses ne s’améliorent pas. Mercure, juste
après Vénus, est elle aussi une très mauvaise candidate. Elle n’est qu’à
57 millions de kilomètres du Soleil et tourne à peine, ce qui signifie qu’un de
ses côtés est constamment brûlé et l’autre gelé. C’est l’équivalent planétaire
de l’omelette norvégienne : excellent comme dessert, mais pas terrible pour
loger des milliards de réfugiés cosmiques.

En s’éloignant du Soleil, les possibilités ne sont guère meilleures. Les


planètes au-delà de Mars sont soit trop sombres, soit trop gazeuses, soit tout
simplement trop gelées.
Jupiter et Saturne sont en gros d’énormes boules de gaz. Même si vous
pouviez survivre à leurs atmosphères composées principalement
d’hydrogène et d’hélium, vous n’auriez nulle part où vous installer. Leurs
noyaux solides se trouvent au plus profond des planètes, sous d’énormes
pressions, et ils sont constitués pour l’essentiel d’hydrogène métallique.
Neptune et Uranus, les planètes les plus éloignées du Soleil, n’ont rien
non plus d’une partie de plaisir. Elles sont appelées des « géantes glacées »
parce qu’elles sont, assez logiquement, des boules de glace géantes.
Déménager sur l’une ou l’autre aurait autant de sens que de construire une
maison d’été en Antarctique !
Certains scientifiques qui observent les orbites de petits objets situés au-
delà de Neptune et d’Uranus croient voir des motifs étranges qui
suggéreraient qu’une autre planète se cache là-bas. C’est la fameuse
« Planète X ». Malheureusement, même si celle-ci existait vraiment (d’autres
chercheurs pensent en effet qu’il pourrait s’agir d’un amas de matière noire,
voire d’un trou noir résultant du Big Bang), elle serait trop froide.

Et les lunes de notre Système solaire ? Existe-t‑il des lunes de taille


décente où nous pourrions vivre ? Jupiter et Saturne sont tellement énormes
que quelques-unes de leurs lunes sont aussi grandes que certaines planètes
intérieures. Malheureusement, la plupart d’entre elles sont gelées, elles aussi.
L’une des lunes de Jupiter, Io, a bien des volcans chauds. Malheureusement,
vous n’avez le choix qu’entre la surface gelée (–130 °C) et les coulées de
lave (1 650 °C). Il n’y a pas de juste milieu.
Il semble donc qu’aucune planète de notre Système solaire ne puisse faire
une résidence secondaire cosmique convenable, ce qui nous met dans la
situation immobilière inconfortable de posséder la meilleure maison du
quartier. Allez, il est grand temps d’élargir nos horizons et d’étendre nos
recherches au reste de l’Univers !

Les planètes au-delà de notre Système solaire


Longtemps, nous nous sommes demandé s’il existait d’autres planètes ou
si notre Soleil était la seule étoile à en posséder. Tous les grands penseurs de
l’Histoire, de Platon à Newton en passant par Galilée, Einstein et Feynman,
ont scruté le ciel, brûlant de connaître la réponse à cette question.
Malheureusement, ils sont tous morts sans avoir pu assouvir leur curiosité,
puisque nous n’avons obtenu de certitudes sur ce point qu’il y a une
vingtaine d’années.
Réfléchissez un instant à la chance que vous avez. Vous vivez à une
époque où nous sommes en train de découvrir ce qu’il y a vraiment dans
l’Univers. Aujourd’hui, les humains ont trouvé le moyen de détecter et
même de voir des planètes autour d’autres étoiles, et il s’avère que la
réponse à notre interrogation millénaire est la suivante : il y a beaucoup de
planètes dans le cosmos. Vraiment beaucoup.
Pendant des milliers d’années, les humains ont pensé qu’il n’y avait
qu’une seule planète : la Terre. Un bon moment s’est écoulé avant que nous
n’imaginions même qu’il pouvait y en avoir d’autres. L’une des premières
mentions de cette idée nous vient des Babyloniens de l’Antiquité, qui
connaissaient six planètes, jusqu’à Jupiter, et ont laissé il y a plus de trois
mille ans des tablettes d’argile enregistrant leur mouvement. Les progrès
ultérieurs ont été ensuite assez lents, jusqu’à l’invention du télescope.
Le télescope a permis aux premiers scientifiques d’étudier les étoiles et de
mieux comprendre à quel point elles étaient similaires à notre Soleil. Si
celui-ci avait autant de planètes, peut-être en était-il de même pour d’autres
étoiles ? Lorsque nous avons commencé à appréhender la taille de notre
galaxie et le nombre considérable d’étoiles qu’elle contenait, l’évaluation du
nombre de planètes a explosé. Les astronomes se sont mis à penser qu’il
pouvait y en avoir des centaines de milliards rien que dans notre galaxie.
Puis, en 1995, les scientifiques ont enfin commencé à observer ces
planètes. En étudiant les changements de fréquence de la lumière des étoiles,
ils ont réussi à déterminer si une étoile donnée est légèrement déviée par les
planètes qui gravitent autour d’elle. C’était une avancée spectaculaire : il
était désormais possible de vérifier la présence de planètes sans avoir besoin
de les détecter directement, ce qui reste très ambitieux.
En 2002, nous avons découvert un autre moyen astucieux de détecter les
planètes. Si une étoile est accompagnée d’une planète et que cette dernière
passe entre nous et l’étoile, nous pouvons voir la lumière de l’étoile
s’affaiblir lorsque la planète la bloque. C’est ce que fait le télescope Kepler
depuis quelques années : il prend des photos de milliers d’étoiles et
recherche les variations de luminosité qui trahissent la présence de planètes.
Nous avons également progressé dans notre capacité à voir directement
les planètes autour d’autres étoiles. La tâche est quasi impossible, tant les
étoiles sont éloignées et extrêmement lumineuses par rapport aux planètes
qui gravitent autour d’elles. Voir une planète orbitant autour d’une étoile
lointaine revient à essayer de voir depuis Los Angeles une petite bougie
placée à côté d’un phare géant à New York ! Aussi fou que cela paraisse, les
astronomes y sont parvenus : les humains ont des images réelles, bien que
floues, d’autres planètes.
Bref, toutes ces techniques ont fait exploser notre capacité à détecter
d’autres planètes. Nous sommes passés de neuf puis huit planètes dans notre
Système solaire à des milliers d’autres sur lesquelles nous possédons des
données.
Qu’avons-nous appris ? Eh bien, que l’Univers regorge de planètes. Rien
que dans notre galaxie, il y en aurait des centaines de milliards. Pour vous
les figurer, prenez toutes les étoiles que vous pouvez voir par une nuit claire,
puis imaginez plusieurs planètes en orbite autour de chacune d’entre elles…
Tout cela pourrait vous faire croire que nous disposons de beaucoup
d’options pour trouver une seconde Terre. Mais combien de ces planètes
sont-elles réellement aptes à nous accueillir ? Quelles sont les chances que
l’une d’entre elles soit aussi confortable que celle que nous occupons
actuellement ?

Trouver un logement sympa : les critères


Si vous avez l’intention de faire vos cartons et de vous installer sur une
autre planète, il y a divers éléments que vous devriez vérifier avant d’appeler
les déménageurs. Après tout, ce serait bête de tout organiser pour découvrir
une fois sur place qu’il n’y a pas assez de salles de bains pour tout le
monde ! Voici un petit aide-mémoire à emporter dans vos visites planéto-
immobilières.

La proximité
Nous pensons qu’une étoile possède en moyenne une dizaine de planètes,
ce qui signifie qu’il y a des billions et des billions de planètes dans
l’Univers. Et si l’Univers est infini, il pourrait même y avoir un nombre
infini de planètes. De façon réaliste, combien d’entre elles pourrions-nous
atteindre ? La galaxie la plus proche de nous (Andromède) se trouve à
environ 2,5 millions d’années-lumière. Si l’idée de rester assis dans votre
véhicule avec les enfants pendant 2,5 millions d’années vous semble un
tantinet angoissante, notre conseil est de restreindre vos recherches aux
planètes de la Voie lactée, au diamètre beaucoup plus abordable (à peine
100 000 années-lumière).

De l’importance des roches


Si vous participez aux innombrables journées portes ouvertes consacrées
aux planètes, vous constaterez rapidement que deux modèles de planètes
vous sont pour l’essentiel proposés : avec et sans roches. Les rocheuses sont,
comme leur nom l’indique, principalement constituées de roches et
présentent toutes sortes d’avantages, comme celui de pouvoir s’y tenir
debout et s’y promener. L’autre modèle regroupe les planètes gazeuses, qui
offrent des spectacles fascinants – de violentes tempêtes de la taille de la
Terre pouvant durer cent ans par exemple –, mais elles sont dépourvues des
infrastructures de base, à commencer par un endroit où poser votre vaisseau
spatial, ou… un endroit solide tout court.
Combien de planètes rocheuses y a-t‑il ? Beaucoup, heureusement ! Les
chercheurs ont compris que la plupart des étoiles de la galaxie possèdent en
moyenne au moins une planète rocheuse. C’est une bonne nouvelle pour
ceux d’entre vous qui aiment avoir leur maison sur un terrain stable, car cela
signifie qu’il y a au moins 100 milliards de planètes rocheuses dans la Voie
lactée. Leur taille varie de celle de la Terre à celle d’une super-Terre (jusqu’à
quinze fois la taille de la nôtre).

La zone Boucles d’or


Avant de vous réjouir de toutes les possibilités qui s’offrent à vous en
matière d’installation, réfléchissez un peu plus attentivement à ce que serait
la vie sur une planète rocheuse quelconque. Certaines de ces planètes
pourraient orbiter si près de leur étoile que vous seriez immédiatement
détruit et évaporé par les radiations solaires, comme sur Mercure. Ou, au
contraire, si loin que votre soleil ressemblerait à n’importe quelle autre
étoile, brillant au-dessus d’une sinistre boule rocheuse gelée et sans vie…
Bref, lorsque vous choisirez la planète de vos rêves, assurez-vous qu’elle
ne soit ni trop proche ni trop éloignée de son soleil, afin qu’elle ne soit ni
trop chaude ni trop froide. Les chercheurs ont trouvé un nom parfait pour cet
emplacement de premier choix : la « zone Boucles d’or ». Il est intéressant
de noter que cette dernière diffère selon les étoiles. Pour une étoile géante
superchaude, la distance confortable est relativement importante. Dans le cas
d’une étoile froide et peu lumineuse, il vaut mieux s’approcher pour éviter
de geler. La plupart des étoiles de la galaxie (environ 70 %) sont des étoiles
de petite taille (appelées naines M), généralement beaucoup moins brillantes
que la nôtre.

Étonnamment, le fait de ne choisir que les planètes qui se trouvent dans la


zone Boucles d’or de leur étoile ne réduit le nombre de planètes possibles à
coloniser que d’un facteur deux environ, la plupart des planètes rocheuses
étant de toute façon proches de leur soleil.

Ah oui, une atmosphère


Ça commence à sembler facile, pas vrai ? Vous vous imaginez allongé au
bord de votre piscine sur votre nouvelle planète, tout votre corps se détend,
vous respirez profondément… Minute, qu’êtes-vous en train d’inhaler
exactement ? Désolés, nous avons oublié de vérifier s’il y avait une
atmosphère.
Nous, les Terriens, sommes habitués à respirer de l’air, mais nous oublions
souvent la chance que nous avons. Toutes les planètes ne possèdent pas la
fine couche de gaz qui rend notre mode de vie possible : les atmosphères
sont rares et difficiles à conserver. La plus grande partie de l’atmosphère de
la Terre a été créée par des éruptions volcaniques durant sa petite enfance.
L’air que vous respirez est en quelque sorte le résultat d’une indigestion
géologique. Mais toutes les planètes ne passent pas par ce processus. Et
même si c’est le cas, leurs régurgitations se perdent souvent dans l’espace.
Les radiations issues de l’espace (généralement le Soleil) essaient
constamment de les arracher à leur planète, comme le vent emporte une
perruque bon marché.
Quelles sont les planètes rocheuses de la zone Boucles d’or dotées d’une
atmosphère ? Ce serait dommage de voyager aussi loin pour finir asphyxié
une fois sur place. Heureusement, les scientifiques ont aussi trouvé un
moyen pour vérifier l’atmosphère des planètes lointaines. Cela vous paraît
peut-être incroyable, étant donné que nous obtenons à grand-peine des
images floues et pixélisées de ces mêmes planètes, mais, une fois encore, le
secret réside dans la lumière.
Lorsqu’une planète se trouve devant son étoile, elle bloque une partie de
la lumière que celle-ci émet. Or une infime partie traverse l’atmosphère de la
planète, ce qui change la couleur de la lumière. De la même manière qu’un
coucher ou un lever de soleil sur Terre rendent la lumière du Soleil plus
rouge, les couchers et les levers de soleil sur les planètes autour d’autres
étoiles nous donnent des indices pour savoir si leurs atmosphères sont
fraîches et merveilleuses ou si elles dissoudront instantanément nos
poumons à l’acide.
De façon stupéfiante, nous connaissons même la météo de certaines
planètes lointaines. En observant comment l’atmosphère change au fur et à
mesure que la planète orbite autour de son étoile, nous pouvons déduire des
caractéristiques comme les courants aériens et la température. Et ça marche !
Des atmosphères ont été repérées autour de planètes lointaines et, très
récemment, les astronomes ont découvert une mini-Neptune (un Neptunito ?)
à environ 120 années-lumière de nous, qui arbore la signature lumineuse
caractéristique de la vapeur d’eau. La présence d’eau dans l’atmosphère
signifie qu’il pourrait également y avoir de l’eau à la surface, et même des
océans. Hé, n’oubliez pas de glisser un maillot de bain dans votre valise !
Bien sûr, l’effet couverture douce d’une atmosphère n’est pas le seul
critère à prendre en considération ; ce serait un plus si elle ne vous tuait pas
instantanément à la première inspiration. En fait, ce serait formidable si
l’atmosphère de notre nouvelle maison possédait toutes les composantes de
son pendant sur Terre, celles-là mêmes qui la rendent si agréable à respirer.
Malheureusement, l’oxygène sous sa forme respirable O2 semble être rare
dans l’Univers. Il est présent par chez nous parce qu’un très grand nombre
de microbes ont développé la photosynthèse, rejetant comme sous-produit de
l’oxygène gazeux. Ce processus a pris des milliards d’années, et je doute que
nous soyons disposés à attendre aussi longtemps pour emménager dans notre
nouvelle maison ! Donc, si nous voulons trouver un autre foyer, nous devons
repérer une planète où ce processus a déjà commencé il y a un milliard
d’années, ce qui signifie que nous devons rechercher une planète avec de la
vie (microbienne). Un peu l’inverse de ce qui se passe sur Terre : ici,
personne n’a envie d’acheter une maison pleine de bactéries ; en revanche,
pour une Terre bis, nous espérons vivement découvrir une planète où elles
ont crû et se sont multipliées !
Faites vos bagages (et n’oubliez pas votre pantalon de rechange)
En résumé, pour dénicher une chouette planète de rechange sur laquelle
vivre, nous devons nous montrer beaucoup plus exigeants que Boucle d’or.
Nous savons qu’il existe des milliards et des milliards de planètes rocheuses
dans des endroits confortables de notre galaxie, mais combien d’entre elles
bénéficie d’une atmosphère protectrice et de bactéries capables de produire
de l’oxygène respirable ? La science de la recherche d’atmosphères et de vie
dans des mondes extraterrestres est encore trop récente pour nous fournir de
bonnes estimations, mais le fait que nous ayons déjà repéré quelques
planètes dotées d’atmosphères (et même certaines avec de possibles signes
de vie) est encourageant.
En admettant qu’il existe des planètes douillettes, semblables à la Terre, la
question de savoir comment nous y rendre est plus que jamais d’actualité.
Même si nous trouvons une autre Terre parfaite à l’autre bout de la galaxie,
nous devrons faire le voyage, ce qui représente tout de même une petite
trotte de 100 000 années-lumière. Nous ignorons totalement si une telle
traversée sera un jour possible, et si nous pouvons survivre dans l’espace
aussi longtemps. La Terre que nous avons aujourd’hui sera peut-être le seul
et unique foyer de l’espèce humaine…
Alors, en attendant que les moteurs à distorsion ou les trous de ver
deviennent une réalité, gardez un œil sur votre aspirateur robot et, pour
l’amour du ciel, faites un effort pour ne pas renverser votre café.
QU’EST-CE QUI NOUS EMPÊCHE
DE VOYAGER
DANS LES ÉTOILES ?
Voyager dans les étoiles serait vraiment excitant. De quoi entrer en
fibrillation à cette seule idée ! Sortir enfin de notre petite prison planétaire et
explorer le cosmos représenterait une étape géante pour l’humanité.

Toute notre histoire durant, nous avons été confinés à notre petit coin de
l’espace. À l’exception des douze astronautes qui ont posé le pied sur la
Lune, les milliards d’êtres humains nés sur Terre ont dû se contenter de ce
minuscule foyer rocheux 1, et même la petite équipe qui a échappé à la
gravité terrestre n’a pas vraiment eu la possibilité d’explorer notre voisinage
cosmique. Leur court saut sur la Lune a été l’équivalent galactique d’un
déplacement maison-garage !
Et pourtant, nous savons qu’il y a beaucoup plus à explorer et à
expérimenter.
Nos télescopes nous ont donné un aperçu relativement étendu de
l’Univers. Nous sommes capables de « voir » des étoiles et des galaxies
lointaines, et nous savons qu’il en existe un nombre incalculable. Nous
disposons même d’images d’autres planètes en orbite autour de ces étoiles et
des indices sur ce que ce serait d’y vivre. L’explorateur qui sommeille en
nous brûle de curiosité : à quoi ressemblent vraiment ces planètes ?
Pourraient-elles devenir de futurs foyers pour l’humanité ? Des
extraterrestres y vivent-ils, grâce auxquels nous percerions les grands secrets
de l’Univers ? Les voyages interstellaires sont fondamentaux pour répondre
à toutes ces questions et à bien d’autres encore.
Toutefois, lorsqu’on regarde les faits, nous avons à peine quitté le
voisinage 2. Qu’est-ce qui nous retient exactement d’explorer le cosmos ? Y
a-t‑il des lois physiques qui rendent impossibles de tels voyages, ou s’agit-il
simplement de développer la bonne technologie ? Passons en revue les défis
qui compliquent l’exploration interstellaire.
L’Univers est grand
Comme nous l’avons appris dans les chapitres précédents, le cosmos est
vraiment, vraiment grand. Et les objets qui s’y trouvent sont très éloignés les
uns des autres. Pour atteindre l’étoile la plus proche, Proxima Centauri, il
faudrait parcourir 40 billions de kilomètres, soit un peu moins de la distance
moyenne qui sépare les étoiles de notre galaxie, qui est de 48 billions de
kilomètres. Nous sommes très concrètement coincés sur une petite île dans
un océan immense, presque inimaginablement vide.
Ces grandes distances ne sont pas particulièrement difficiles à franchir.
Comme l’espace est dans sa grande majorité vide, il n’y a pas grand-chose
pour vous barrer le chemin, ni d’air qui vous attire vers le bas. Le vrai
problème, c’est le temps nécessaire pour parcourir ces distances.
Si vous voyagiez vers Proxima Centauri à la vitesse la plus rapide qu’un
vaisseau spatial humain ait jamais atteinte (40 000 kilomètres à l’heure), le
trajet durerait malgré tout beaucoup trop longtemps : plus de cent mille ans.
Nous devons clairement accélérer.
Avec un vaisseau spatial amélioré qui atteindrait un dixième de la vitesse
de la lumière (100 millions de kilomètres à l’heure), vous rejoindriez
Proxima Centauri en un peu plus de quarante ans. C’est un peu long pour un
voyage d’agrément, mais, si vous envisagez de vous y installer
définitivement, le jeu en vaut peut-être la chandelle. Et si vous réussissiez à
porter votre allure à la moitié de la vitesse de la lumière, le trajet vous
prendrait moins de dix ans.
Mais si nous voulons aller au-delà de Proxima Centauri, dans d’autres
parties de la galaxie ? La Voie lactée fait
1 000 000 000 000 000 000 kilomètres de large, ce qui signifie que, pour
passer d’un côté à l’autre à la moitié de la vitesse de la lumière, il vous
faudrait environ… deux cent mille ans. Même si vous débridez vos moteurs
pour passer aux trois quarts de la vitesse de la lumière, vous mettrez encore
cent trente-trois mille trois cent trente-trois ans pour arriver à destination.
Heureusement, lorsque vous atteignez les trois quarts de la vitesse de la
lumière, le temps devient moins long grâce à la physique. De fait, à ces
vitesses, les effets relativistes commencent à se faire sentir, et le temps
s’écoule différemment pour vous. De votre point de vue, l’espace devant
votre vaisseau se contracte, ce qui vous donne l’impression qu’il vous faut
moins de temps pour arriver à destination. Si vous atteignez 99,999 999 %
de la vitesse de la lumière, un voyage vers l’autre bord de la galaxie ne vous
prendra que trente ans. Pas mal 3 !
La partie la plus compliquée, cependant, est d’amener votre vaisseau
spatial à ces vitesses incroyables. Vous allez avoir besoin d’une quantité
d’énergie énorme. L’énergie cinétique est approximativement
proportionnelle à mv , où m est votre masse et v votre vitesse. Le terme v2
2

est le plus important, car il signifie que, pour doubler votre vitesse, vous
devez quadrupler votre énergie. Un vaisseau de taille moyenne transportant
suffisamment de passagers et d’équipements pour démarrer une colonie
pèserait probablement quelques millions de kilogrammes, et l’accélération
d’une telle masse à la moitié de la vitesse de la lumière nécessiterait une
quantité d’énergie totalement absurde : environ 5 trillions de mégajoules,
soit l’équivalent de cent fois l’énergie consommée par l’humanité sur Terre
en une seule année !
Alors, où trouver cette énergie et, surtout, comment l’amener avec soi ?
Le problème du cure-dent
Il est possible d’envisager le problème des voyages dans l’espace en
termes de cure-dent. Nous ne voulons pas dire par là qu’il faut construire un
pont en cure-dents entre la Terre et Proxima Centauri, non, la question serait
plutôt : « Comment accélérer un cure-dent jusqu’à une vitesse proche de
celle de la lumière ? » Le problème ne semble pas insoluble. Après tout, un
cure-dent est un petit objet, la chose devrait être faisable. Mais les choses se
gâtent lorsque vous commencez à penser à comment vous allez accélérer ce
cure-dent dans l’espace.
La méthode que nous adoptons en général pour envoyer des objets dans
l’espace est celle de la fusée. La solution est simple à première vue :
propulsez votre cure-dent avec une fusée. Mais nous allons au-devant d’un
gros problème, car la fusée ne doit pas seulement propulser le cure-dent,
mais aussi tout le carburant nécessaire pour fonctionner. Plus votre fusée
embarque de carburant, plus elle devient lourde, ce qui signifie qu’il lui faut
encore plus de carburant. Ce cycle se répète et, à un certain point, la majeure
partie du carburant que vous embarquez ne sert qu’à propulser le carburant
lui-même. Pour envoyer dans l’espace un unique cure-dent à environ 10 %
de la vitesse de la lumière, il faudrait une fusée dont le réservoir serait plus
grand que la planète Jupiter !
Bien sûr, une partie du problème réside dans le fait que les fusées sont
vraiment inefficientes. Elles sont sans doute amusantes et excitantes (et elles
font un bruit sympa au décollage), mais elles ne constituent pas un moyen
performant pour se rendre d’une étoile à une autre. Lorsque vous brûlez du
carburant pour fusée, vous brisez certaines de ses liaisons chimiques, ce qui
libère de l’énergie. Mais cette énergie ne représente qu’une infime partie de
l’énergie stockée dans la masse du carburant lui-même. La formule E = mc2
vous donne la quantité d’énergie que vous pouvez en principe extraire d’un
combustible, et la combustion chimique ne vous fournit qu’environ
0,0001 % de cette quantité. Pour libérer un joule d’énergie à partir du
carburant d’une fusée, la masse dudit carburant doit être équivalente à un
million de joules environ.

Un carburant plus efficace


Pouvons-nous faire mieux que de brûler du carburant pour fusée, une
technologie du XIXe siècle, il faut bien l’avouer ?
Si nous trouvions une solution plus efficiente, notre problème du cure-
dent serait plus facile à résoudre. Avec un carburant qui fournirait plus
d’énergie pour le même poids, notre cure-dent n’aurait pas besoin d’un
réservoir aussi grand.
Mais la gestion d’un carburant plus énergétique est délicate, et
potentiellement plus dangereuse. Voici quelques options intéressantes qui
pourraient considérablement simplifier les voyages spatiaux.

Le nucléaire
L’énergie nucléaire va plus loin que le carburant pour fusée, car elle libère
l’énergie stockée à l’intérieur du noyau de l’atome, et pas seulement celle
emmagasinée dans les liaisons entre les atomes. Toutefois, construire un
réacteur nucléaire dans votre vaisseau spatial ne serait pas pertinent. Pour un
voyage interstellaire digne de ce nom, la solution consiste à fixer des
bombes nucléaires à l’arrière du vaisseau et à les faire exploser. Les bombes
nucléaires libèrent en effet de l’énergie de façon beaucoup plus efficace ! Si
vous construisez un vaisseau dont les trois quarts de la masse sont constitués
d’armes nucléaires, les faire exploser une à une peut facilement vous faire
atteindre 10 % de la vitesse de la lumière.

Cette approche est prometteuse, mais elle se heurte à quelques obstacles.


Premièrement, il existe actuellement un traité international qui interdit
l’utilisation d’armes nucléaires dans l’espace. Deuxièmement, beaucoup
d’armes nucléaires seraient requises. Pour propulser un vaisseau spatial de
bonne taille chargé pour un long voyage interstellaire, il faudrait environ
deux cents fois le nombre d’armes nucléaires actuellement stockées sur
Terre.

Un moteur ionique
Si l’idée de chevaucher une onde de choc nucléaire à travers l’espace ne
vous séduit pas, il existe une option plus propre et plus efficace :
l’accélérateur de particules (aussi appelé « moteur ionique »).
En général, ces accélérateurs sont des instruments scientifiques : on
accélère des particules et on voit ce qui leur arrive lorsqu’elles se fracassent
contre d’autres objets. Mais ils se révèlent aussi utiles pour la propulsion
spatiale. Tout comme lorsque vous tirez une balle d’un pistolet, tirer des
particules provoque un léger recul, dû au principe de la conservation de la
quantité de mouvement. Si vous créez une quantité de mouvement d’un côté,
vous devez l’équilibrer avec une quantité de mouvement dans l’autre
direction. Tirer une balle (ou une particule), c’est comme pousser quelqu’un
sur un lac glissant (faites le test !) : vous allez bouger tous les deux.
Ainsi, un moteur ionique est un gros accélérateur qui tire des particules à
l’arrière du vaisseau spatial. Il exploite l’énergie électrique pour accélérer les
particules chargées électriquement, un moyen très efficient pour transformer
cette énergie en vitesse. L’inconvénient, c’est que la poussée obtenue est des
plus faibles, car le recul que vous ressentez est aussi minuscule que les
particules. Vous ne pourriez donc pas recourir à un moteur ionique pour
décoller de la surface de la Terre, mais, si vous êtes dans l’espace, il est
capable de vous propulser suffisamment longtemps pour vous faire atteindre
des vitesses assez élevées.

La partie délicate de la propulsion ionique, c’est l’approvisionnement en


énergie électrique. Pour en avoir suffisamment pour un long voyage dans
l’espace, il faut un réacteur à fusion lourd ou des panneaux solaires géants,
ce qui augmente la masse et réduit le rendement. Heureusement, la physique
des particules offre aussi une possible solution à ce problème.

L’antimatière
Pour alimenter un moteur ionique, nous avons besoin d’une source
d’énergie aussi efficace que possible, et il n’y a rien de plus opérant que
quelque chose qui convertit toute sa masse en énergie. C’est le pouvoir de
l’antimatière.
L’antimatière existe vraiment, ce n’est pas de la science-fiction. Chaque
type de particule de matière que nous avons découvert a une antiparticule
correspondante. Les électrons ont des antiélectrons, les quarks des
antiquarks et les protons des antiprotons 4. L’existence même de l’antimatière
reste un grand mystère, mais ce qui nous intéresse ici, c’est ce qui se passe
lorsque la matière et l’antimatière se rencontrent.

Lorsque l’antimatière rencontre la matière ordinaire, les deux s’annihilent,


convertissant toute leur masse en énergie. Par exemple, si un électron
rencontre un antiélectron, ils se transforment en un photon, une particule de
lumière. Il en va de même pour toutes les paires matière-antimatière.
L’efficacité du processus est telle qu’une toute petite quantité d’antimatière
qui se combine avec une toute petite quantité de matière libère beaucoup
d’énergie. Si un raisin sec percutait son antiraisin (un raisin sec fait
d’antiparticules), il libérerait davantage d’énergie qu’une explosion
nucléaire.
L’idée est alléchante, mais elle n’est pas sans risque. Qu’une partie de
votre carburant antimatière touche votre vaisseau (fait de matière ordinaire),
et BOUM ! En règle générale, vous cherchez à obtenir une libération
contrôlée de l’énergie pour alimenter votre vaisseau, pas une explosion
soudaine qui vous mettrait en pièces. Or il est difficile de contrôler
l’antimatière. Des champs magnétiques réussiraient éventuellement à la
contenir, mais cela ne fonctionnerait pas très longtemps. Une petite fuite et
c’est l’anti-bye bye !
Le carburant antimatière est en outre délicat à trouver. Notre technologie
permet d’en créer par collisions de particules à haute énergie, mais à un coût
prohibitif. Le collisionneur du CERN produit bien quelques picogrammes
d’antimatière chaque année, à plusieurs centaines de billions de dollars par
gramme. On le comprend, la facture pour la quantité nécessaire à
l’alimentation d’un vaisseau spatial risque d’être salée.

L’énergie d’un trou noir


Une autre idée pour alimenter votre vaisseau spatial avec une efficience à
100 % serait d’exploiter un trou noir, la façon la plus compacte de stocker de
l’énergie dans l’Univers.
Les trous noirs émettent aussi de l’énergie sous la forme d’un
rayonnement, le « rayonnement de Hawking ». Selon les physiciens, ce
phénomène se produit lorsqu’une paire de particules est engendrée près de
leur horizon, un événement qui advient en continu dans l’espace ordinaire en
raison des fluctuations quantiques. Mais, lorsqu’il a lieu au bord d’un trou
noir, quelque chose d’intéressant peut arriver. Les particules reçoivent un
petit coup de pouce de la gravité du trou noir : elles empruntent un peu de
son énergie. Si l’une des particules s’échappe tandis que l’autre est aspirée à
nouveau, celle qui s’est échappée emporte une partie de l’énergie du trou
noir. Pour un trou noir, perdre de l’énergie signifie perdre une partie de sa
masse. De cette façon, le trou noir convertit en fait une partie de son énergie
en rayonnement, en émettant des particules juste à l’extérieur de son
horizon. Si vous pouviez capturer ces particules, vous pourriez vous en
servir pour alimenter votre vaisseau.
Pour un grand trou noir, ce rayonnement est très faible, mais on pense
qu’il est beaucoup plus intense pour les petits trous noirs. Un « petit » trou
noir qui pèse autant que deux Empire State Buildings émettrait beaucoup de
particules et serait très lumineux, transformant progressivement toute
l’énergie stockée dans sa masse en rayonnement.
En somme, l’idée serait de placer ce trou noir au centre de votre vaisseau,
et de construire ce dernier autour de façon qu’il dévie les rayonnements vers
l’arrière. Cette impulsion serait suffisante pour propulser votre vaisseau vers
l’avant. Et, une fois votre vaisseau lancé, sa gravité entraînerait le trou noir
derrière lui, maintenant ensemble votre improbable attelage.

Il ne va pas être facile de fabriquer les petits trous noirs qui nous
serviraient de carburant, mais, si nous y parvenons, les chercheurs pensent
qu’ils dureraient quelques années, distribuant leur énergie avant de
s’évaporer dans le néant.

Mettre les voiles


L’idée de monter dans un vaisseau spatial propulsé par des explosions
nucléaires, de l’antimatière mortelle ou de dangereux trous noirs refroidit
votre envie d’aller visiter les étoiles ? Nous vous comprenons parfaitement.
Malheureusement, si vous tenez à embarquer tout le carburant dont vous
aurez besoin pour votre voyage, les trois solutions que nous venons
d’énumérer sont probablement les plus efficaces.
Et s’il existait une autre façon de parcourir les vastes étendues spatiales ?
Si vous pouviez littéralement mettre les voiles vers une autre étoile ou une
autre planète ?
Après tout, c’est ainsi que les humains se sont d’abord aventurés en haute
mer. Nous n’emportions pas tout notre carburant comme nous le faisons
maintenant. Les marins comptaient sur le vent pour les emmener vers leur
destination. Pourrait-on appliquer ce principe aux voyages spatiaux ?
Le concept de voiles solaires semble un brin ridicule, mais c’est une
technologie éprouvée. L’idée est de doter votre vaisseau d’une surface large
et étendue capable de capter les particules, comme une voile capte le vent.
Lorsque les particules rebondissent sur la voile, elles lui transmettent leur
mouvement et confèrent une impulsion à votre navire.

D’où viendraient ces particules ? Heureusement, nous disposons d’une


source d’énergie massive qui génère des particules à grande vitesse : le
Soleil. Cette formidable boule en fusion projette constamment des photons et
d’autres particules dans toutes les directions. Pour sortir du Système solaire,
il suffit de pointer son capteur de particules vers le Soleil et de laisser ses
rayons et ses radiations vous pousser doucement vers le cosmos.
Une mise en garde s’impose : les rayons du Soleil ne suffiront pas pour
accélérer un vaisseau aux vitesses élevées nécessaires à un voyage
interstellaire rapide. Le vent solaire s’affaiblit à mesure que l’on s’éloigne du
Soleil. Une solution potentielle à ce problème consiste à construire un laser
géant ici sur Terre et à le pointer vers votre vaisseau spatial en partance, afin
de le propulser à partir d’ici. Une autre solution serait de construire
d’énormes miroirs qui concentreraient l’énergie du Soleil. Ces deux idées
pourraient donner à votre vaisseau l’accélération dont il a besoin pour
atteindre un dixième de la vitesse de la lumière ou plus.

Alors, qu’attendons-nous pour nous lancer ?


Certaines des idées que nous avons envisagées ici paraissent farfelues.
Mais, du point de vue de la physique, elles sont toutes réalisables ! Cela
signifie que rien, vraiment rien, ne nous empêche de visiter les étoiles. Nous
savons ce que nous devons faire ; nous devons simplement… le faire.
L’opération sera probablement coûteuse et compliquée, mais, pour une fois,
la physique ne nous met pas de bâtons dans les roues. C’est presque comme
si l’Univers nous plaçait au défi de le faire. Évidemment, créer et contrôler
un trou noir ne s’effectue pas en un claquement de doigts, et mettre de
l’antimatière en bouteille sans la toucher n’a rien d’aisé ! Mais songez à
toutes les choses que les humains ont été capables de réaliser et que nous
pensions autrefois impossibles.
Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’une imagination visionnaire et
d’un peu de bonne volonté pour achever ce projet. Le cosmos nous appelle à
nous projeter vers les horizons les plus lointains. Écoutons l’explorateur qui
est en nous et relevons la tête… vers les étoiles !
UN ASTÉROÏDE VA-T-IL
PERCUTER LA TERRE
ET TOUS NOUS TUER ?
On ne voit jamais venir sa fin.
C’est une phrase que l’on entend souvent lorsqu’une personne finit par
rencontrer son destin. La vie est pleine de surprises, y compris la façon dont
elle se termine.
Et cet adage pourrait s’appliquer tout particulièrement à notre destin en
tant qu’espèce. Après tout, l’espace est un endroit hostile, et nous ne sommes
que des corps vulnérables qui s’accrochent désespérément à une petite
planète en orbite dans l’obscurité. Partout ailleurs s’étend un vide immense
impossible à connaître, constellé d’étoiles qui explosent, de trous noirs
supermassifs et, qui sait, d’extraterrestres animés de mauvaises intentions !
Pour autant que nous le sachions, l’arrivée de supernovas, de trous noirs
ou d’extraterrestres n’est heureusement pas encore au programme, mais il y
a tout de même quelque chose qui risque de venir à notre rencontre, en nous
faisant mourir prématurément : des roches. L’espace est rempli d’énormes
blocs rocheux qui filent à une vitesse vertigineuse, fonçant dans tout ce qui
se trouve sur leur chemin.
Si vous aviez le moindre doute sur le fait que les cailloux qui se baladent
dans l’espace sont dangereux, regardez la surface de n’importe quelle lune
ou planète du Système solaire dépourvue d’atmosphère protectrice : elle
apparaîtra criblée de cratères, certains mesurant des milliers de kilomètres de
diamètre, tous témoignant de collisions cosmiques d’une violence inouïe.
Notre propre Lune, par exemple, compte des millions de cratères, c’est-à-
dire plus de cratères qu’un adolescent n’a de boutons.
Du coup, beaucoup d’entre nous se demandent si nous sommes les
prochains sur la liste. Quelle est la probabilité qu’un astéroïde s’écrase à
toute vitesse sur la Terre et nous tue tous ? Et, tant que nous y sommes, d’où
viennent ces pierres qui traînent dans le cosmos ?
Des gros cailloux dans l’espace
Lorsque vous pensez à de dangereux astéroïdes géants, vous les imaginez
probablement surgir des profondeurs de l’espace, bien au-delà de notre
Système solaire. En réalité, la météorite tueuse aura de grandes chances de
provenir de notre propre pré carré. En effet, l’espace interstellaire est
relativement vide, tandis que notre système à nous est rempli de gros
cailloux mortels. Faisons le tour des principales concentrations de roches
spatiales dans notre voisinage (quasi) immédiat.

La ceinture d’astéroïdes
Notre premier groupe de cailloux spatiaux est la ceinture d’astéroïdes qui
se trouve entre Mars et Jupiter. Elle contient des millions de corps célestes,
pour la plupart de petite taille, mais des centaines d’entre eux font plus de
100 kilomètres de diamètre, et certains atteignent 950 kilomètres (ce qui
correspond à peu près à la distance Paris-Nice). Si l’un de ces gros blocs
percutait la Terre, il nous tuerait probablement tous.

La ceinture de Kuiper
La deuxième plus grande concentration d’astéroïdes à proximité est la
ceinture de Kuiper, un vaste disque de boules de glace situé au-delà de
Neptune. La ceinture de Kuiper contient environ 100 000 objets gelés de
plus de 80 kilomètres de diamètre, qui représentent une menace somme toute
sérieuse.

Le nuage d’Oort
Enfin, le nuage d’Oort, un nuage de glace et de poussière qui se trouve
bien au-delà de Pluton, serait la source de la plupart des comètes que nous
observons. Les astronomes pensent que le nuage d’Oort contient des billions
de blocs glacés d’une taille supérieure à 1 kilomètre, et des milliards d’autres
d’une taille supérieure à 20 kilomètres.

Notre voisinage cosmique n’est pas tout à fait l’endroit propre et bien
rangé que vous imaginiez. Il est en réalité très encombré !
Comment notre voisinage spatial s’est-il rempli d’astéroïdes ?
L’explication remonte à l’origine du Système solaire, qui s’est formé à partir
de gaz, de poussière et de petits cailloux. Certains de ces matériaux ont été
créés lors du Big Bang, d’autres sont les restes d’étoiles qui se sont
consumées et ont explosé. La plupart des gaz, plus légers, se sont concentrés
au centre pour former une masse si dense que la force gravitationnelle a fini
par la transformer en étoile, donnant naissance à notre Soleil. Une grande
partie du reste s’est agglutinée à la périphérie, mais, comme la gravité n’était
pas suffisante pour transformer ces amas en étoiles, ils sont devenus des
planètes avec des noyaux en fusion en raison de la pression de la gravité.
Toutefois, toute la matière n’a pas été absorbée par le Soleil ou les planètes.
Il en est resté de grandes quantités : elles ont formé les petits agrégats qui
virevoltent encore dans le Système solaire.
Il faut dire que ce dernier était un endroit chaotique à ses débuts. Tout y
était encore neuf, et les jeunes planètes et blocs rocheux se battaient pour
s’installer sur leurs orbites. Une jolie petite planète commençait à tourner,
et… crac ! elle finissait écrabouillée par un rocher géant qui avait eu envie
de s’installer au même endroit. Les chercheurs considèrent que c’est ainsi
que notre Lune s’est formée : un gros astéroïde s’est écrasé sur la Terre
naissante, projetant un imposant morceau de celle-ci sur une orbite proche.

Heureusement, l’enfance turbulente pleine de chocs et de rebondissements


du Système solaire est maintenant derrière nous. À présent, la plupart des
corps qu’il contient se sont installés sur une orbite stable. Le reste s’est
probablement écrasé ou a appris à suivre le mouvement des autres planètes
et astéroïdes, un peu comme dans l’un de ces ronds-points complètement
tordus que l’on voit en Europe, où tout le monde roule très vite et très près
des autres. Ça fonctionne apparemment depuis des années, on en déduit
qu’ils savent à peu près ce qu’ils font.

Cela ne signifie pas pour autant que nous sommes hors de danger.
Certains de ces astéroïdes ou boules de glace présentent peut-être une
trajectoire susceptible de croiser celle de la Terre dans le futur. Ils pourraient
aussi être déviés de leur propre orbite pour une raison ou une autre et nous
causer des problèmes. Il arrive par exemple que le Soleil réchauffe
légèrement l’une des faces d’un astéroïde, ce qui modifie son orbite, le
faisant s’écraser sur un autre bloc, qui entre à son tour en collision avec un
troisième astéroïde, et ainsi de suite. Et si l’un d’entre eux a le malheur
d’interagir avec la gravité de Jupiter, il finira attiré vers la partie interne du
Système solaire. Avant de dire ouf, vous vous retrouverez avec un
carambolage géant sur l’autoroute du Système solaire interne et vous
passerez le prochain milliard d’années à compléter des formulaires
d’assurance : pas bon !

Que risquons-nous vraiment ?


Que se passerait-il si un astéroïde heurtait la Terre ? Eh bien, cela dépend.
Avant de nous percuter, un objet doit traverser notre atmosphère, qui nous
offre une certaine protection. Les particules de l’air frottent contre la
météorite et la ralentissent, comme un coussin qui absorbe l’impact. Pensez
à une balle tirée dans une piscine ou à une boule de bowling lâchée dans une
énorme cuve de gelée 1. Les particules de l’air ne peuvent pas s’écarter assez
vite, et l’énergie de la météorite les comprime en une onde de choc. Quand
l’air – ou quoi que ce soit d’autre – est comprimé, il devient chaud. Dans ce
cas, la température au niveau du front du choc s’élève jusqu’à 1 650 °C.
Voilà pourquoi nos navettes spatiales et nos modules d’atterrissage chauffent
lors de leur entrée en orbite, ce qui nous oblige à placer des céramiques et
des systèmes de refroidissement à l’avant pour dévier et absorber la chaleur
créée par cette traînée d’air.

Les roches ne sont généralement pas équipées de boucliers sophistiqués


pour les garder au frais, alors elles chauffent. Beaucoup. En fonction de leur
température, soit elles se brisent dans l’atmosphère et explosent en
fragments plus petits qui tomberont en pluie, soit elles résistent et dégagent
la majeure partie de leur énergie directement à la surface de la Terre.
De petits cailloux (jusqu’à environ un mètre de large) nous tombent
dessus en permanence, mais ils se consument dans l’atmosphère sous forme
d’étoiles filantes. S’ils arrivent par une nuit claire, c’est un spectacle
magnifique.
Mais plus les météorites sont grosses, plus elles sont dangereuses, et
même notre atmosphère ne peut les arrêter. Pour avoir une idée de l’échelle,
le tableau suivant compare la quantité d’énergie que libéreraient des
astéroïdes de différentes tailles avec la puissance explosive de Little Boy, la
bombe larguée sur Hiroshima pendant la Seconde Guerre mondiale.

Une météorite de 5 mètres de diamètre dégagerait à peu près la même


énergie que la bombe d’Hiroshima. Cela paraît inquiétant à première vue,
mais les scientifiques sont relativement sereins. Ces roches tombent souvent
dans l’océan ou explosent dans la très haute atmosphère, généralement loin
des zones habitées.
Si l’on passe à une taille de 20 mètres (l’équivalent de cinq éléphants),
notre météorite libérerait une énergie équivalente à trente Little Boy : une
énorme explosion. Si nous sommes vraiment malchanceux et qu’un rocher
de cette taille traverse l’atmosphère et tombe sur un endroit comme
Manhattan, ce serait un désastre qui provoquerait des millions de morts.
Mais cela n’entraînerait pas nécessairement la fin de l’espèce humaine.
D’ailleurs, un corps céleste d’environ 20 mètres de diamètre a explosé dans
notre atmosphère très récemment.
En 2013, au-dessus de Tcheliabinsk, en Russie, un rocher d’une masse
estimée à 12 000 tonnes en provenance de la ceinture d’astéroïdes a percuté
notre atmosphère à 60 000 kilomètres à l’heure. C’était le milieu de la
matinée, mais le flash lumineux de l’explosion était, selon les témoins, plus
brillant que le Soleil et a été vu jusqu’à 100 kilomètres de distance. Environ
un millier de personnes ont été blessées. L’événement a été suffisamment
spectaculaire pour provoquer une certaine panique et un réveil religieux
généralisé, mais pas assez pour faire disparaître Sapiens de la surface de la
Terre.
C’est au-dessus de cette taille (de l’ordre du kilomètre) que commence
réellement la zone de danger pour l’humanité. On considère que la dernière
arrivée d’une météorite de plusieurs kilomètres de diamètre remonte à
65 millions d’années et qu’elle est probablement à l’origine de l’extinction
des dinosaures 2.
Vous vous demandez peut-être comment un astéroïde de quelques
kilomètres de diamètre, soit d’une taille relativement modeste comparée à
celle de la Terre (dont le diamètre est pour mémoire de 12 742 kilomètres),
est susceptible de causer des dégâts aussi importants. Prenons le cas d’un
humble bloc de 5 kilomètres de diamètre.
Un tel objet qui tomberait sur Terre transporterait une énergie de l’ordre
de 1023 joules. À titre de comparaison, un Américain moyen consomme
environ 3 × 1011 joules d’énergie en un an, et l’humanité tout entière environ
4 × 1020 joules. Cette seule collision transporterait donc l’équivalent de mille
années d’énergie humaine, concentrée et libérée rapidement en un seul point.
En unités d’armement nucléaire, cela représente 2 milliards de kilotonnes,
soit environ cent millions de fois l’énergie de la bombe d’Hiroshima. Hum.
Une telle quantité d’énergie libérée au sol créerait une onde de choc
explosive qui se propagerait rapidement à partir du site d’impact, si chaude
et violente qu’elle détruirait tout à des milliers de kilomètres à la ronde. Elle
provoquerait également des tremblements de terre qui dévasteraient la région
et déclencherait l’éruption d’un nombre suffisant de volcans pour inonder
toute la zone de lave chaude.
Si vous vous trouvez dans la zone d’impact, votre destin est scellé : vous
serez instantanément grillé. Un toast carbonisé, noirci, que même une
couche de beurre ne saurait sauver ! Dans ce scénario, Los Angeles n’est
probablement pas assez éloignée pour échapper aux conséquences d’un
impact à New York.

Même si vous êtes loin de la zone d’impact (disons à l’autre bout du


monde), vous ne survivrez probablement pas très longtemps. Vous éviterez
peut-être l’explosion, mais les tremblements de terre et le réveil des volcans
provoqués par l’impact finiront par vous atteindre. Votre plus gros problème
sera toutefois le nuage de poussière surchauffée, de cendres et de fragments
de roche qui sera projeté dans l’atmosphère. Une partie de cette poussière
brûlante s’éparpillera, grillant la surface de la Terre et réduisant les forêts en
cendres. Ce nuage restera dans le ciel pendant très, très longtemps,
enveloppant la Terre dans l’obscurité pendant des années, des décennies,
voire davantage. C’est probablement ce qui a tué les dinosaures.
Que se passerait-il si l’astéroïde chutait dans l’eau plutôt que sur la terre
ferme ? Malheureusement, la situation ne serait guère meilleure. Pour
commencer, une grande partie de l’énergie initiale serait absorbée par l’eau,
créant un méga-tsunami avec des vagues de plusieurs kilomètres de haut.
Imaginez que vous regardiez une vague quatre ou cinq fois plus grande que
l’Empire State Building. Une vague de cette taille signifie que Denver
deviendrait soudainement une ville balnéaire et que l’Australie et le Japon
seraient complètement rayés de la carte.
Et ce ne serait que le début. Un nuage géant de poussière zigouillerait
probablement la majeure partie de notre écosystème, rendant la vie telle que
nous la connaissons insoutenable. Et si la météorite tombait dans un océan,
l’impact projetterait en plus suffisamment de vapeur d’eau dans
l’atmosphère pour provoquer un effet de serre accéléré. Cet effet de serre
piégerait l’énergie sur la Terre et la réchaufferait jusqu’à des températures
invivables.
C’est ce que ferait une météorite de 5 kilomètres. Maintenant, imaginez ce
que ferait un astéroïde encore plus gros !
Quelle est la probabilité que ça arrive ?
Pour avoir une idée de la probabilité qu’un astéroïde de grande taille nous
percute et pour savoir si nous le verrions arriver, nous nous sommes tournés
vers le Centre d’étude des objets géocroiseurs (habituellement désigné par
son acronyme anglais, CNEOS) de la NASA, basé au Laboratoire de
recherche sur la propulsion par réaction de Pasadena, Californie. Il aurait été
plus explicite de le baptiser directement « Force de défense contre les
astéroïdes », puisqu’il est chargé d’empêcher l’anéantissement complet de la
race humaine par écrasement de météorite géante. (Et vous qui pensiez que
votre travail était important…)
La stratégie principale du CNEOS (aidé par ses collaborateurs
internationaux) est d’identifier et de surveiller tous les astéroïdes du Système
solaire, afin que nous soyons informés si l’un d’entre eux s’apprêtait à nous
tomber dessus. Grâce aux télescopes et après des décennies de travail
acharné, l’équipe du CNEOS a créé une bonne base de données de tous les
plus gros cailloux qui nous entourent, donnant leur position dans un avenir
proche et lointain.
Ils ont découvert qu’il existe une corrélation inverse entre la taille des
astéroïdes et leur nombre. Les petits corps célestes ne manquent pas dans
notre voisinage, mais il faut vraiment chercher pour en trouver de très gros.
Autrement dit, plus un astéroïde est gros, plus il est rare. C’est une bonne
nouvelle, car plus un astéroïde est rare, moins il est susceptible de s’écraser
sur nous !
Le CNEOS estime par exemple qu’il y a autour de nous des centaines de
millions de roches d’une taille d’un mètre. Cela fait beaucoup de caillasse et,
effectivement, des objets de cette taille bombardent la Terre en permanence,
environ cinq cents fois par an. Cela signifie que, tous les jours, l’un d’entre
eux s’écrase quelque part sur Terre. Heureusement, ils causent très peu de
dégâts.
Plus les astéroïdes sont gros, plus ils sont rares. Les objets de 5 mètres de
diamètre se comptent seulement par dizaines de millions dans le Système
solaire et n’entrent en collision avec la Terre qu’une fois tous les cinq ans
environ. Le nombre d’astéroïdes de 20 mètres de diamètre (comme celui qui
a explosé au-dessus de Tcheliabinsk, en Russie) est de l’ordre de quelques
millions, et ils ne percutent la Terre que tous les cinquante ans.
Mais qu’en est-il des très gros astéroïdes ? Même s’ils sont plus rares (il
n’existe qu’un millier d’astéroïdes d’un diamètre d’un kilomètre, et quelques
dizaines seulement d’un diamètre supérieur à 10 kilomètres), il suffirait
qu’un seul d’entre eux nous percute pour que la civilisation humaine
disparaisse.

Heureusement, les gros objets de ce type sont non seulement rares, mais
aussi relativement voyants. Si un astéroïde de cette taille suit une orbite
régulière, il est probable que nous l’ayons vu refléter la lumière du Soleil. En
fait, l’équipe du CNEOS estime avoir repéré la majorité de ces monstres.
Après les avoir comptés et avoir cartographié leurs trajectoires, elle est
arrivée à la conclusion qu’aucun d’entre eux ne devrait entrer en collision
avec nous pour l’instant.
La majorité, hum… Le fait se savoir où se trouvent 90 % des gros
cailloux du Système solaire est effectivement rassurant. La mauvaise
nouvelle, c’est que nous ne savons pas où se trouvent 10 % des gros
cailloux.
Certains sont peut-être cachés, ou encore se trouvent sur une orbite qui ne
les a pas conduits suffisamment près de nous pour que nous puissions les
observer. N’oubliez pas que les astéroïdes ne brillent pas d’eux-mêmes, et
qu’un diamètre de quelques kilomètres ne représente pas grand-chose par
rapport à la taille de notre système. Ainsi, il est toujours possible qu’un gros
astéroïde nous surprenne, tout juste surgi de l’obscurité spatiale…

Boules de neige mortelles


Les scientifiques du CNEOS sont toutefois beaucoup plus préoccupés par
l’autre type de géocroiseurs qui nous menace : les boules de neige géantes
(autrement dit, les comètes). Si la NASA a une bonne connaissance de la
plupart des astéroïdes susceptibles de nous écrabouiller, les comètes sont
beaucoup plus difficiles à repérer.
La plupart des comètes que nous voyons sont d’énormes boules de roche
et de glace qui tombent du nuage de Oort en direction du Soleil sur de très
longues orbites. Ces orbites peuvent parfois prendre des centaines ou des
milliers d’années pour faire le tour du Soleil. Par conséquent, lorsqu’une
comète visite le Système solaire interne (notre voisinage cosmique), nous la
voyons peut-être pour la première fois.
Pire encore, après leur long voyage depuis les froides banlieues
cosmiques, les comètes se déplaceront beaucoup plus rapidement qu’un
astéroïde, ce qui signifie que a) nous n’aurons pas le temps de réagir (un an
tout au plus), et b) l’impact sera encore plus dévastateur.
On admet que le risque qu’une comète nous percute est statistiquement
faible, mais il est difficile de l’estimer. Très récemment, c’est arrivé à l’un de
nos voisins : en 1994, la comète Shoemaker-Levy 9 s’est disloquée en vingt
et un morceaux sur son trajet vers le Soleil, et ces fragments se sont écrasés
sur Jupiter. L’un de ces morceaux a créé une gigantesque explosion de la
taille de la Terre.

C’est d’ailleurs cette collision qui a incité la NASA à créer le programme


Near Earth Object pour recenser et surveiller tous les objets proches de la
Terre. Après tout, si c’est arrivé une fois, cela peut se reproduire, et peut-être
chez nous.

Mais que pouvons-nous faire ?


Imaginons qu’une comète émerge brutalement de nulle part et que nous
nous trouvions exactement sur sa trajectoire. Ou bien que nous découvrions
un nouvel astéroïde de grande taille dont l’orbite croisera la nôtre dans le
futur. Ou encore qu’un événement quelconque dans le Système solaire
envoie un gros rocher filer droit sur nous. Quels sont nos moyens d’action ?
Dans les films, il suffit d’un montage musical de savants en blouse, d’une
tasse de café et d’un tableau blanc couvert de gribouillis pour trouver une
solution (ça peut aussi aider d’avoir Bruce Willis). Mais est-ce réaliste ?

Des groupes comme le CNEOS réfléchissent activement et très


sérieusement à la question. Selon eux, les stratégies permettant de survivre à
un gros corps céleste se dirigeant droit vers nous relèvent de deux catégories.

Option 1 : Dévier
La première option consiste à essayer de dévier l’astéroïde ou la comète,
c’est-à-dire d’infléchir sa trajectoire pour éviter qu’il n’entre en collision
avec nous. Les scientifiques ont proposé quelques idées créatives allant dans
ce sens.
• Des fusées : Le plan consiste à lancer une fusée contre l’objet
géocroiseur pour le percuter ou en faire exploser une partie suffisamment
grosse pour modifier sa trajectoire. Il est également possible (mais moins
probable) d’atterrir sur le corps en question et d’utiliser le propulseur
d’appoint pour infléchir sa trajectoire.
• Une pelleteuse spatiale : Une autre option serait d’envoyer une
pelleteuse ou un robot géant sur l’objet et de creuser, rejetant les débris dans
l’espace. Le mouvement de tous ces débris modifierait la trajectoire du
rocher.
• Les lasers : Une autre idée amusante serait de construire un énorme
laser sur Terre et de le pointer sur l’astéroïde ou la comète. L’objectif serait
de chauffer un côté du rocher de façon que la glace fondue ou le rocher
vaporisé dévie le rocher hors de la trajectoire de la Terre.
• Miroirs : Si vous voulez être plus glamour, on peut aussi envoyer un
ensemble de lentilles et de miroirs pour capter la lumière du Soleil et la
concentrer sur l’astéroïde. Cela devrait faire entrer en fusion une partie de sa
matière et dévier sa trajectoire.

Option 2 : Détruire
La seconde option est, bien sûr, d’essayer d’abattre notre gros caillou
avant qu’il ne nous détruise. Autrement dit, de l’atomiser.
L’une des idées étudiées consiste à lancer un missile nucléaire pour faire
exploser le géocroiseur, en espérant le réduire en fragments suffisamment
petits pour qu’ils se consument dans notre atmosphère. Certains d’entre eux
pourraient quand même parvenir jusqu’à la surface terrestre, mais cela reste
mieux que si l’astéroïde entier se fracassait sur Terre.
Il est aussi possible que l’astéroïde en question ne soit qu’un tas de
gravats vaguement tenus ensemble par la gravité. Dans ce cas, une seule
explosion nucléaire ne serait pas la meilleure solution pour disperser ces
amas ; il serait plus efficace d’envoyer une série de petites bombes. Nous
pourrions peut-être optimiser la distance des explosions nucléaires pour
garantir une dispersion maximale, en les déclenchant légèrement au-dessus
de la surface afin qu’elles agissent davantage par déflexion que par
destruction.

Bien sûr, le facteur crucial qui déterminera si l’une de ces stratégies a une
chance de fonctionner est le temps dont nous disposons. Selon le CNEOS,
« les trois choses les plus importantes dont vous avez besoin pour survivre à
un impact d’astéroïde ou de comète sont : 1) une détection précoce et 2) les
deux autres n’ont pas vraiment d’importance 3 ».
Si nous disposons d’un long préavis (des années, espérons-le), alors nous
aurons peut-être le temps d’élaborer et de déployer l’une de ces stratégies.
En outre, le fait de disposer de plus de temps augmente nos possibilités
d’obtenir un résultat.
Par exemple, si nous apprenons qu’un astéroïde donné percutera la Terre
dans cent ans, le petit coup de pouce que nous lui donnerons aujourd’hui
aura un impact énorme sur sa trajectoire de demain. C’est comme tirer avec
un fusil sniper sur une cible située à un kilomètre de distance. La moindre
déviation du fusil sur le côté entraîne un déplacement latéral important de la
balle sur le kilomètre qu’elle parcourt. Il en va de même pour les astéroïdes :
si vous en voyez un suffisamment à l’avance, il suffit de lui donner une
petite poussée pour le faire dévier de sa trajectoire.

Voilà pourquoi il est si important de surveiller tous les astéroïdes et les


comètes qui volent autour de nous, et pourquoi l’idée que l’un d’entre eux
surgisse de nulle part est particulièrement effrayante.

Devons-nous paniquer ?
Avant que vous ne commenciez à construire un bunker souterrain ou à
vous ruer sur les boîtes de conserve, précisons que la probabilité qu’un
astéroïde vienne nous annihiler n’est pas si élevée.
À court terme, l’équipe de la NASA et les quelques dizaines de personnes
qui travaillent sur le sujet dans le monde entier font tout ce qu’elles peuvent
pour repérer ces objets à un stade précoce, et elles le font
consciencieusement – pas besoin de scruter le ciel avec anxiété. Elles
estiment que la quasi-totalité des roches tueuses de planètes ont été repérées,
qu’elles sont comptabilisées et qu’elles présentent un risque négligeable
pour la Terre. Il existe même des projets visant à mettre en service des
télescopes plus puissants, comme le télescope spatial Near Earth Object
Surveillance Mission et le télescope terrestre Vera Rubin, qui augmenteront
considérablement la capacité de l’humanité à détecter astéroïdes et comètes.
En ce qui concerne votre risque personnel, vous avez beaucoup plus de
probabilités d’être tué par quelque chose sur Terre (un accident de voiture,
une chute sous la douche, être égorgé par votre gerbille de compagnie) que
par une météorite.
Mais il est toujours bon de se rappeler que l’Univers est imprévisible et
que nos connaissances scientifiques ont des limites. Peut-être qu’un gros
astéroïde portant notre nom se cache dans notre Système solaire, ou qu’une
comète lointaine est en train de foncer vers nous. Prédire quoi que ce soit
avec certitude dans un système complexe comme le nôtre est une tâche
difficile. Vous vous souvenez de cet astéroïde qui a explosé au-dessus de
Tcheliabinsk, en Russie ? Il est arrivé de nulle part. Nous nous en sommes
aperçus quand il a heurté l’atmosphère.
La réalité, c’est que nous vivons dans un nuage chaotique de roches et de
planètes qui se repoussent et s’attirent les unes les autres, dans une danse
gravitationnelle complexe. Chaque collision ou rapprochement devrait nous
faire réfléchir et nous inciter à soutenir davantage la recherche scientifique,
afin de mieux comprendre notre voisinage galactique. Nous devrions aussi
nous interroger sur la capacité de l’humanité à travailler ensemble et sur la
possibilité de mettre de côté nos différences pour notre propre survie.
Parce que, si nous ne pouvons pas danser cette danse, eh bien… rappelez-
vous ce qui est arrivé aux dinosaures.
LES HUMAINS SONT-ILS
PRÉVISIBLES ?
Arrêtons-nous un moment pour réfléchir aux choix que vous effectuez.
Vous avez choisi d’acheter ce livre, et en ce moment même, vous choisissez
de lire cette phrase. Ah, ah, vous l’avez encore fait. Vous avez fait le choix
de lire ces mots. Et ceux-ci encore.

À présent, vous êtes probablement tenté d’arrêter votre lecture, juste pour
prouver que c’est vous qui décidez et que nous ne vous contrôlons pas.
Après tout, vous avez votre libre arbitre, non ? Alors allez-y, détournez le
regard un instant si cela vous rassure. On vous attend.
Vous êtes de retour ? Excellent choix, bravo ! (Nous l’avions prédit.)
Nous voudrions tous croire que nous sommes maîtres de nos actions. Au
cours de notre journée, nous prenons des centaines, voire des milliers de
décisions. Est-ce que je me lève ou est-ce que je retombe dans les bras de
Morphée ? Une douche ? Et le petit déjeuner, croissant ou tartine ? Le
monde vous appartient, et si vous voulez manger des huîtres au petit-
déjeuner, vous pouvez. Nous ne le recommandons pas, mais bon, c’est votre
choix.

Cette sensation que nous avons de contrôler nos actes s’oppose à l’idée
selon laquelle nos choix sont prédéterminés ou qu’ils peuvent être prédits.
Nous aimons croire que, lorsque nous prenons une décision, nous faisons ce
choix à ce moment précis, pas avant, et que personne n’aurait pu le prévoir.
Mais est-ce exact ? Nos choix sont-ils vraiment imprévisibles ? Avec les
progrès de la science et notre meilleure compréhension des lois de la
physique, nous avons commencé à nous demander s’il était possible de
prédire les choix d’un individu. La question est philosophique : avons-nous
réellement le choix lorsque nous prenons des décisions ? Ou bien les actions
d’un être complexe et pensant peuvent-elles être réduites à un ensemble de
lois prévisibles ?
La réponse, si vous décidez de la lire, est donnée un peu plus bas. Mais
attention : nous vous prédisons que vous ne l’aimerez sans doute pas.
La physique de votre cerveau
Pour autant que nous le sachions, tout suit les lois de la physique dans
l’Univers. À ce jour, nous n’avons pas trouvé une seule chose qui ne les
respecte pas. Les lois que nous avons découvertes et améliorées au fil des
siècles semblent être vraies pour toute chose, des bactéries aux papillons en
passant par les trous noirs.
Et puisque vous êtes aussi dans l’Univers, les lois de la physique
s’appliquent à vous aussi, et à votre cerveau, qui est le siège de votre être
pensant. Les cerveaux et les trous noirs étant constitués de la même
substance (matière et énergie), les règles qui s’appliquent aux trous noirs
s’appliquent donc également aux cerveaux.
Comment la physique nous aide-t‑elle à comprendre le cerveau ? Existe-
t‑il une loi qui prédit combien de cookies vous allez avaler aujourd’hui, ou si
vous allez être sérieux et manger une banane ? Malheureusement, il n’existe
pas de seconde loi de Newton sur les cookies, ni d’équation d’Einstein sur la
banane et le cerveau. La physique est capable de décrire un phénomène
comme le cerveau en le décomposant en éléments plus petits et plus simples
que nous pouvons comprendre. Ensuite, nous additionnons tous les
morceaux pour étudier comment l’ensemble fonctionne.
C’est exactement comme lorsque, enfant, vous démontiez un grille-pain
pour observer comment il était fait. Et avec un peu de chance, contrairement
à votre grille-pain, nous serons en mesure de reconstituer votre cerveau !
Votre cerveau se divise en lobes, et ces lobes se divisent eux-mêmes en
neurones, pour faire simple. Chaque neurone est en gros un petit interrupteur
électrique qui reçoit des signaux « on/off » d’autres neurones. Puis, en
fonction de ces signaux, le neurone envoie à son tour des messages
similaires à d’autres neurones.
Votre cerveau est formé de neurones ; pour être précis, d’un
enchevêtrement de 86 milliards de neurones, reliés entre eux par plus de
100 000 milliards de connexions. Mis ensemble, cet impressionnant réseau
d’interrupteurs biologiques simples incarne ce que vous êtes : vos souvenirs,
vos capacités, vos réflexes et vos pensées.
Et c’est à peu près tout. Votre cerceau n’est rien d’autre qu’un tas
d’interrupteurs basiques avec beaucoup, beaucoup de connexions.
Comme un interrupteur électrique, l’activité de chaque neurone est donc
déterminée par le message qu’il reçoit et par le petit circuit biologique qu’il
contient. Les neurones n’ont pas d’humeurs ou de caprices. Ils ne s’activent
pas parce qu’ils en ont « envie ». Chaque neurone suit simplement les règles
inscrites dans son code génétique 1.

Cela signifie-t‑il que les cerveaux sont prévisibles ? Après tout, si un


neurone se contente de suivre des règles, il doit être possible de prédire son
comportement. Et si vous pouvez prédire ce que fera un neurone, alors vous
pouvez prédire ce que fera un ensemble de neurones interconnectés. Ce qui,
en théorie, vous permet de prédire ce que fera un être humain.
Minute, papillon ! Certaines choses dans le cerveau, qui ont à voir avec la
théorie du chaos et la physique quantique, rendent l’affaire un tantinet plus
complexe.

Un cerveau chaotique
Si les neurones n’ont pas d’humeurs, ils sont néanmoins très sensibles.
Même si quelque chose est purement mécanique, comme une machine
parfaitement réglée ou un programme informatique rigide, cela ne signifie
pas qu’il vous donnera toujours le même résultat. Ainsi, lorsque vous lancez
une pièce de monnaie, elle n’atterrit pas toujours sur la même face. Même si
elle suit les lois de la physique lorsque vous la lancez en l’air et lorsqu’elle
tombe sur une surface plane, il est très difficile d’obtenir un résultat à chaque
fois identique. En effet, le lancer d’une pièce est très sensible à mille et une
petites variations : un infime mouvement de doigts, un courant d’air ou une
petite bosse sur la table où elle atterrit sont susceptibles d’avoir une
incidence sur le fait que la pièce tombe d’un côté ou de l’autre.
De la même manière, les neurones sont fort sensibles aux petits
changements qui affectent les signaux qu’ils reçoivent. Mieux : ils
fonctionnent en additionnant les signaux d’activation ou d’inhibition que
leur envoient d’autres neurones, en les pondérant en fonction de la force de
chaque connexion. Si la somme de tous les signaux reçus dépasse un certain
seuil, le neurone s’active et émet un signal d’activation à tous les neurones
connectés en aval. Mais que la somme n’atteigne pas le seuil, et le neurone
reste silencieux. Il est donc tout à fait possible qu’un seul signal d’entrée (sur
des milliers) ou une petite variation de l’intensité d’une connexion fasse la
différence dans l’activation d’un neurone.

Cette sensibilité est encore plus marquée lorsque vous connectez un grand
nombre de neurones entre eux. Un infime changement dans un neurone peut
entraîner une cascade de conséquences qui donnent au réseau un résultat
totalement différent. Qui sait, ce tout petit changement vous fera peut-être
choisir un cookie au lieu d’une banane ?
Lorsqu’un système est aussi sensible à de légères variations, les
physiciens disent qu’il est « chaotique ». C’est d’ailleurs pour cette même
raison que les physiciens sont incapables de prédire avec exactitude le temps
qu’il fera. Nous pouvons certes prédire le comportement d’une goutte de
pluie, mais le temps qu’il fait dépend du comportement d’un nombre
colossal de gouttes d’eau et de molécules de l’air qui sont sensibles aux
interactions entre elles et avec le vent, les montagnes, les poches d’air froid,
etc. Pis : ces effets ne s’annulent pas les uns les autres ; ils s’accumulent et
deviennent de plus en plus significatifs. Si vous avez des millions de gouttes,
le fait de se tromper légèrement sur la direction de l’une d’entre elles rend
potentiellement votre prédiction sur les orages de demain totalement fausse.
Ajoutez à cela de vilains papillons qui ne cessent de battre des ailes, et
l’ensemble devient tellement chaotique que son comportement est
impossible à esquisser.
Comme les tempêtes, les cerveaux sont chaotiques. Il est possible de
prédire le comportement d’un unique neurone avec un certain succès. Mais
que se passe-t‑il si votre prédiction n’est pas parfaite ? Votre modèle aura
beau être précis à 99 %, ce qui est plutôt pas mal (99 % de bonnes réponses à
un test de mathématiques vous vaudraient un A+), cela signifie aussi qu’il
comporte 1 % d’erreur. Lorsque vous essaierez de prédire ce que feront les
neurones suivants, ces erreurs se reporteront et deviendront plus importantes.
Étendez ce raisonnement à vos 86 milliards de neurones et vous comprenez
pourquoi il est très, très difficile d’indiquer ce que votre cerveau va faire.
La science finira probablement par être capable de finement prévoir la
pluie et le beau temps. Si vous disposez de suffisamment de puissance de
calcul (et de temps), il est théoriquement possible de simuler n’importe quoi
à un degré d’exactitude parfait. D’ailleurs, la majorité des superordinateurs
du monde entier se consacrent aujourd’hui à l’élaboration de modèles de
plus en plus précis de la météo. On peut donc imaginer qu’un jour, nous
construirons un ordinateur suffisamment puissant pour simuler parfaitement
chaque neurone et chaque connexion de notre cerveau avec une précision
allant jusqu’au niveau moléculaire.
Cela signifie-t‑il qu’à l’avenir, les scientifiques seront capables de créer
une nouvelle sorte de superordinateur pour modéliser votre cerveau et
prévoir vos décisions au moment du goûter ? Pas si votre cerveau est lui
aussi quantique…

Un cerveau quantique
Si votre cerveau est chaotique, cela signifie-t‑il qu’il est imprévisible ? Pas
nécessairement. Ce n’est pas parce qu’un système est chaotique qu’il est
imprévisible. Il peut être difficile de prédire ce qu’il va faire, mais il est tout
de même prévisible. Après tout, il suit les lois de la physique, et les lois de la
physique peuvent être simulées et donc prédites.
Mais que faire si les lois de la physique elles-mêmes rendent quelque
chose imprévisible ?
Lorsque vous examinez d’un peu plus près la texture de la réalité en
descendant jusqu’à l’échelle des particules qui composent tout ce qui nous
entoure, vous découvrez quelque chose d’étrange sur l’Univers : les règles
qui s’appliquent aux machines parfaites et aux programmes informatiques ne
s’appliquent pas aux particules quantiques.
En théorie, si vous fournissez à un système des informations identiques, il
devrait vous donner à chaque fois les mêmes résultats, non ? Eh bien, ce
n’est pas vrai pour les particules quantiques comme les électrons ! Qu’est-ce
que cela signifie ? Tout simplement que, si vous chatouillez une particule
quantique exactement de la même manière plusieurs fois, elle ne réagira pas
systématiquement de la même façon : elle rebondira une fois et vous
ignorera complètement la suivante.

Comment cela est-il possible ? À dire vrai, les électrons suivent toujours
les lois de la nature, mais ils le font d’une manière particulière. Les lois de la
physique quantique ne spécifient pas exactement ce qui arrive à chaque
électron en particulier. Elles spécifient plutôt ce qui est plus ou moins
susceptible de se produire. Ce qui se passe réellement pour un électron
donné est tiré au hasard parmi cette liste de possibilités. En d’autres termes,
les lois de la physique quantique ne vous disent pas ce qui va arriver, mais ce
qui peut arriver, et avec quelles probabilités.
Si vous interagissez avec le même électron de la même manière de
nombreuses fois, vous obtiendrez à chaque fois des résultats différents 2. Si
vous insistez, vous commencerez à entrevoir un schéma (l’électron rebondit
par exemple trois fois sur quatre et vous ignore le reste du temps). Ce
schéma est prévisible par les lois de la physique. Toutefois, lors d’une
interaction donnée, ce que fait l’électron n’est pas déterminé par les lois de
la physique, mais par un choix aléatoire fait par l’Univers (et non par
l’électron).
Si cela vous semble dingue, c’est parce que c’est dingue. Nous sommes
habitués à ce que les choses aient une cause et un effet : si je pousse une
chaise, la chaise bougera dans cette direction. Mais cela ne se produit qu’à
l’échelle macroscopique. Au niveau microscopique, les choses sont vraiment
aléatoires.
C’est important pour notre question, car les neurones sont constitués de
particules quantiques. En fait, tout ce que vous connaissez est constitué de
particules quantiques, qui ne sont nullement prévisibles.

Attendez, où est-ce qu’on va ?


À ce stade, vous êtes sans doute un peu perdu. Nous venons de vous dire
que les neurones sont constitués de particules quantiques, et que ces
particules sont aléatoires (et donc imprévisibles). Cela signifie-t‑il que les
neurones sont également imprévisibles ?
Encore une fois, pas nécessairement.
En regardant autour de nous, nous ne remarquons pas beaucoup d’effets
quantiques étranges. Les cookies ne disparaissent pas de façon aléatoire de
leur paquet, ils ne surgissent pas brusquement dans votre assiette ou ne
finissent pas dans un tunnel quantique jusqu’à votre estomac. Les cookies et
les autres objets d’une certaine taille semblent suivre des règles prévisibles.
Alors, pourquoi les grands objets se comportent-ils diversement des petits ?
Cette différence s’explique par deux raisons : a) le caractère aléatoire des
particules quantiques est très, très ténu comparé à votre cookie ; b) pour la
plupart des objets de notre monde, ce caractère aléatoire est quasi nul.
Abordons ces deux idées l’une après l’autre.

Le caractère aléatoire des particules quantiques est très faible


Les particules quantiques sont extrêmement petites comparées à un gâteau
ou à un neurone. Un seul neurone est constitué de plus de 1027 particules.
Les fluctuations quantiques d’une seule particule (qu’elle aille ici ou là-bas)
sont donc si infimes qu’elles ne sont pas susceptibles d’engendrer une
grande différence. Si une seule cellule de votre corps se déplaçait un peu
vers la droite, le ressentiriez-vous ? Probablement pas.

Les fluctuations quantiques ont tendance à s’annuler


Si l’une des particules d’un neurone effectue un mouvement quantique
bizarre vers la droite, cet effet sera très probablement corrigé par une autre
particule qui se déplacera vers la gauche. En d’autres termes, une minuscule
déviation quantique imprévisible tendra à être absorbée par les mouvements
de toutes les autres particules.

Ces deux idées sont vraies pour tout ce qui est beaucoup plus grand que
les particules quantiques. En fait, c’est la raison pour laquelle les physiciens
ont mis longtemps à découvrir la mécanique quantique : parce qu’on ne peut
l’observer que sur des objets vraiment, vraiment très petits. Si les ballons de
basket et les gouttes de pluie déviaient soudainement de leur trajectoire ou se
comportaient de manière aléatoire, il y a fort à parier que nous aurions
découvert la physique quantique bien plus tôt…
Mais ce n’est pas parce que les effets quantiques sont faibles et s’annulent
généralement qu’ils doivent être ignorés. Les objets étendus, comme les
neurones, sont-ils totalement épargnés par l’aléatoire quantique ? La vérité
est que nous n’en savons rien ! Il est possible que les neurones soient
sensibles aux fluctuations quantiques aléatoires de manière significative et
que ces fluctuations exercent une influence sur l’activation d’un neurone. Si
tel est le cas, il y aurait alors une dose d’aléatoire dans nos circuits
cérébraux, et, dans ce cas, il serait impossible de prédire les pensées ou les
actions de quiconque.
Malheureusement, nous n’avons pour l’instant aucune preuve que les
neurones sont sensibles à l’aléa quantique. Certains physiciens célèbres ont
défendu cette idée, mais, jusqu’à présent, aucune expérience n’a montré que
les neurones présentent un réel caractère aléatoire quantique. D’autres ont
tenté d’établir des liens entre le caractère aléatoire quantique et des concepts
philosophiques tels que la conscience et le libre arbitre. Jusqu’à présent, ces
arguments sont aussi convaincants que les arnaques « à la nigériane » qui
polluent notre boîte mail.

Avons-nous bien compris ?


Pour résumer, votre cerveau est à la fois chaotique et quantique. Jusqu’à
quel point cela vous rend-il prévisible ? La question est ouverte.
Si le cerveau est sensible aux effets de la mécanique quantique, alors vos
décisions comportent un élément aléatoire impossible à prévoir. Pas
seulement difficile, impossible. Au sens où, littéralement, personne n’est
capable de savoir ce que vous allez faire.
Et même si votre cerveau est insensible aux effets de la mécanique
quantique, la théorie du chaos rend presque impossible pour quiconque, ou
quoi que ce soit, de prédire ce que vous allez penser et faire. S’il est
envisageable en théorie de simuler parfaitement vos 86 milliards de neurones
et leurs 100 000 milliards de connexions, il est à peu près certain en pratique
que cela ne se réalisera pas dans un avenir proche.
Il semble donc que vous puissiez dormir tranquille pour l’instant : votre
cerveau (et vous par conséquent) n’est pas prévisible. Mais est-ce pareil que
d’avoir le contrôle de vos décisions ?
Être imprévisible n’est pas tout à fait la même chose que de décider. Le
caractère aléatoire de votre cerveau n’est pas synonyme de contrôle. Si votre
cerveau est aléatoire, cela ne signifie pas que vous prenez des décisions ;
cela signifie que l’Univers lance des dés et décide de ce que vous faites.
Peut-être que votre « être vous » est le même que celui de tout le monde :
vous et nous sommes l’Univers.
Si vous avez levé les yeux au ciel en parcourant cette conclusion new age,
alors nous pouvons prédire avec certitude ce que vous allez faire ensuite :
vous allez arrêter de lire ce chapitre.
MAIS D’OÙ VIENT L’UNIVERS ?
Vous admirez la voûte céleste par une nuit étoilée ou vous êtes ému devant
la beauté subtile du monde microscopique quand soudain les questions
surgissent : d’où vient tout cela ? Pourquoi l’Univers existe-t‑il ? Et quoi –
ou qui – en est responsable ?
Les humains se sont toujours émerveillés devant l’Univers et ont
questionné ses origines bien avant que nous n’inventions la physique ou les
dessins animés. Cette interrogation est fondamentale, car obtenir des
réponses nous permettrait de contextualiser notre existence. Nous voulons
savoir comment nous sommes apparus, parce que nous saurions alors peut-
être aussi pourquoi nous sommes sur Terre et comment nous devrions
aborder notre existence.
Que peut donc nous dire la physique sur cette question, la plus importante
de toutes ?

Au commencement de tout
Avant de nous demander d’où vient l’Univers ou comment il s’est formé,
faisons un retour en arrière. La première question que nous devons nous
poser est la suivante : l’Univers est-il un jour apparu, ou a-t‑il toujours été
là ?
Vous serez peut-être surpris d’apprendre que la physique a beaucoup à
dire sur le sujet. Malheureusement, elle ne parle pas d’une seule voix. En
fait, nos deux grandes théories sur l’Univers, la mécanique quantique et la
relativité, nous orientent dans deux directions très différentes.
L’univers quantique
La mécanique quantique nous indique que l’Univers suit certaines règles,
qui ne nous sont guère familières. Selon cette théorie, les particules et
l’énergie se comportent de manière étrange et incertaine. C’est un brin
déroutant, mais heureusement, cette partie de la mécanique quantique n’est
pas pertinente pour la question qui nous occupe. De fait, ses prédictions sont
limpides en ce qui concerne le passé et l’avenir de l’Univers.
La mécanique quantique décrit les choses en termes d’états quantiques,
qui vous permettent de calculer la probabilité de ce qui pourrait se produire
lorsque vous interagissez avec un objet quantique, comme la probabilité
d’une particule d’être en telle ou telle position. Vous ne savez peut-être pas
où se trouve la particule à l’instant même, mais vous pouvez savoir où elle
est susceptible de se trouver. Les états quantiques sont intéressants parce
que, si vous connaissez l’état d’un objet quantique aujourd’hui, vous pouvez
vous en servir pour prédire son état demain. Ou dans deux semaines. Ou
dans un milliard d’années. L’équation la plus célèbre de la mécanique
quantique, l’équation de Schrödinger, ne parle pas vraiment de chat et de
boîte ; elle vous dit comment vous saisir de ce que vous savez de l’Univers
et le projeter dans le futur. Et elle fonctionne aussi à rebours : vous pouvez
considérer ce que vous connaissez du présent et savoir comment était
l’Univers dans le passé.
Selon la théorie, ce pouvoir prédictif n’est pas limité par le temps. Le
principe de base est que l’information quantique ne disparaît pas : elle est
simplement transformée en de nouveaux états quantiques. Cela signifie que,
si vous connaissez l’état quantique de l’Univers aujourd’hui, vous pouvez
calculer son état quantique à n’importe quel moment dans le temps. Ainsi,
selon la mécanique quantique, l’Univers s’étend en avant et en arrière dans
le temps pour toujours.
Cela implique quelque chose de très simple : l’Univers a toujours existé et
existera toujours. Si notre compréhension de la mécanique quantique est
correcte, alors l’Univers n’a pas de commencement.

L’univers relativiste
La théorie de la relativité d’Einstein nous raconte une histoire très
différente. L’un des problèmes de la mécanique quantique est qu’elle
suppose généralement que l’espace est statique, un décor fixe où l’on peut
disposer des particules et des champs. Mais la relativité nous dit que c’est
parfaitement inexact.
Selon la relativité, l’espace est dynamique, au sens où il peut se plier,
s’étirer et se comprimer. Nous le voyons s’incurver autour d’objets lourds
comme les trous noirs ou le Soleil. La théorie d’Einstein décrit également
l’expansion de l’espace dans son ensemble. L’espace n’est pas seulement un
vide plat ; il est déformé localement par des objets lourds, il grandit et il
s’étend.
Cette idée incroyable a d’abord été déduite des mathématiques de la
relativité, mais nous en avons maintenant la preuve expérimentale. Grâce
aux télescopes, nous constatons que les galaxies s’éloignent de nous de plus
en plus vite chaque année. Tout dans l’Univers semble s’étendre et se
refroidir, comme un gaz qui se refroidit en se dilatant.
Qu’est-ce que cela signifie pour l’origine de l’Univers ? Eh bien, si l’on
rembobine le film, nos observations indiquent que l’Univers était autrefois
plus chaud et plus dense. Et si l’on remonte assez loin dans le temps,
l’Univers atteint un point particulier : la singularité.
À ce stade du raisonnement, la densité de l’Univers est si grande que les
calculs de la relativité deviennent un peu étranges. Ils prédisent que
l’Univers devient si dense et que l’espace se courbe tellement qu’il atteint un
point d’une densité infinie.

Cette vision relativiste implique que, d’une façon ou d’une autre,


l’Univers a eu un commencement ou, du moins, un moment particulier dans
le temps. Tout ce que nous voyons autour de nous, y compris l’espace tout
entier, découle de ce moment. Hélas, la relativité ne nous dit pas ce qui se
passe à ce stade, mais nous savons qu’il est différent de tous les stades
ultérieurs. C’est comme un mur que la relativité ne peut pas expliquer.
Qui a raison ?
Les deux piliers de la physique moderne esquissent donc deux
conceptions très différentes sur l’origine possible de l’Univers. D’un côté, la
mécanique quantique soutient que l’Univers est éternel et qu’il a toujours
existé. De l’autre côté, la relativité nous dit que l’Univers est issu de quelque
chose : un point d’une densité infinie, qui a existé il y a quatorze milliards
d’années.
Nous savons que la mécanique quantique n’est pas entièrement correcte,
car elle ne décrit pas diverses choses dans l’Univers, comme la force de
gravité ou la courbure de l’espace. Mais nous savons également que la
relativité n’est pas non plus tout à fait exacte, car elle montre ses limites au
niveau de la singularité et ignore la nature quantique de l’Univers.
Il est évident que, pour répondre à nos questions sur l’origine de
l’Univers, nous avons besoin d’une nouvelle théorie. Une théorie capable de
décrire les premiers instants de l’Univers et d’unifier le meilleur de la
mécanique quantique et de la relativité. Une fois que nous bénéficierons de
cette nouvelle théorie, nous serons peut-être en mesure de répondre à des
questions plus vastes, comme celle de l’origine de l’Univers et de la façon
dont il s’est formé.
Quelles sont les théories possibles ?
Bien que nous n’ayons pas encore à notre disposition une théorie
fonctionnelle qui réunirait la mécanique quantique et la relativité, plusieurs
idées différentes sont à l’étude, de la théorie des cordes à la gravité
quantique à boucles, en passant par des idées encore plus folles portant des
noms ridicules (la géométrodynamique, ça vous parle ?).
Ces idées entrent généralement dans l’une des trois catégories suivantes.
1. La mécanique quantique a raison dans l’ensemble.
2. La relativité a raison dans l’ensemble.
3. Aucune des deux théories n’a raison.
Allez, examinons ces possibilités et voyons ce qu’elles nous apprennent
sur l’origine de notre Univers !

La mécanique quantique a raison dans l’ensemble


Selon notre première option, la mécanique quantique est globalement
juste, et l’Univers a toujours existé et existera toujours. Bien sûr, le plus gros
problème de cette vision quantique de l’Univers, c’est qu’elle ne décrit pas
la façon dont l’espace grandit et change, ni comment l’Univers a évolué à
partir d’un état extrêmement chaud et dense il y a quatorze milliards
d’années.
Est-il possible de conserver la plus grande partie de la physique quantique
et d’y ajouter une explication quantique de la façon dont l’espace peut
changer ? Cela pourrait nous donner la réponse que nous cherchons…

Pour ce faire, certains physiciens ont tenté de décrire différemment


l’espace. Nous avons l’habitude de considérer l’espace comme quelque
chose de fondamental : les choses existent à l’intérieur de celui-ci, et il leur
permet d’avoir une position et un mouvement. Pour autant que nous le
sachions, l’espace n’existe pas à l’intérieur de quoi que ce soit d’autre.
Mais si ce n’était pas vrai ? Et s’il y avait quelque chose de plus profond
et de plus fondamental que l’espace ? Et si l’espace était en réalité constitué
de minuscules bits quantiques, qui interagiraient parfois pour présenter les
propriétés familières de l’espace ?
Ce genre de phénomènes, omniprésents en physique, répondent au nom de
« phénomènes émergents ». Par exemple, l’eau liquide, la vapeur et la glace
sont des phénomènes qui émergent de la même chose : les molécules d’eau
et la façon dont elles interagissent entre elles en fonction de leur température
et de leur pression. De la même manière, il se pourrait que l’espace lui-
même émerge à partir d’éléments plus fondamentaux, qui seraient les unités
essentielles de l’Univers et le « constitueraient ».
Que sont exactement ces bits quantiques de l’Univers, ou qubits ? Chaque
théorie est différente, mais voici en quelques mots ce qu’il est possible de
dire à leur sujet.
a) Ils représentent chacun un lieu, où peuvent se trouver des particules et
des champs, par conséquent vous et d’autres choses.
b) Ils ne sont pas disposés de façon ordonnée, en rangs bien alignés
quelque part, mais existent comme une sorte de mousse quantique.
c) Ils sont liés les uns aux autres par des relations quantiques appelées
« intrications », où la probabilité de l’un peut affecter la probabilité de
l’autre.
Pour ces théories, notre Univers est un réseau de bits quantiques connectés
les uns aux autres d’une manière particulière. De plus, ce que nous
percevons comme « espace » n’est autre que l’intensité des connexions entre
les bits du réseau. Par exemple, les bits quantiques fortement intriqués sont
des positions que nous percevons comme proches les unes des autres, tandis
que les bits faiblement intriqués sont des positions que nous percevons
comme éloignées les unes des autres. De cette façon, l’espace émerge
comme le tissu qui maintient tous ces bits ensemble.
Cette conception est cohérente d’un point de vue quantique, car elle
reflète ce que nous constatons dans notre Univers : ses objets proches les uns
des autres (fortement intriqués) sont plus susceptibles de s’influencer
mutuellement que ses objets éloignés (moins intriqués). Par exemple, si une
étoile se transforme en supernova à l’autre bout de l’Univers, vous pouvez
l’ignorer et profiter de votre déjeuner. Mais qu’une étoile proche devienne
supernova, et votre déjeuner est fichu (et vous aussi).

Cette conception est également cohérente d’un point de vue relativiste, car
elle permet de rendre compte de la flexibilité de l’espace. La courbure de
l’espace peut être interprétée comme un changement temporaire dans les
relations (ou intrications) entre les bits quantiques qui se trouvent près d’un
objet massif. Et cela expliquerait aussi comment notre Univers peut être en
expansion : de nouveaux bits quantiques viennent s’intriquer dans le réseau
existant, créant ainsi davantage d’espace, ce que nous voyons comme un
Univers qui s’agrandit.
Cette idée semble dingue, mais elle nous fournit une réponse explicite à la
question « D’où vient l’Univers ? ». Selon ce point de vue, l’Univers est issu
d’un méta-univers plus vaste rempli de ces bits quantiques, et ce que nous
appelons « espace » n’est en réalité qu’un grumeau de bits quantiques
connectés les uns aux autres.
Cette idée a également des implications intéressantes. Si notre Univers
existe sous la forme d’un amas de bits connectés dans un méta-univers
quantique, alors il y a peut-être d’autres univers. Notre univers-grumeau
coexisterait avec d’autres univers-grumeaux, chacun ayant une façon
différente de connecter les bits quantiques. Cela signifie également qu’il
pourrait y avoir beaucoup d’espace qui n’est connecté à aucun univers
particulier. Dans la mousse quantique, certains bits pourraient ne pas être
connectés, ou être connectés de manière incohérente. En d’autres termes, il
pourrait y avoir beaucoup de non-univers.
Bien sûr, même si cette théorie répond à la question de savoir d’où vient
notre Univers, elle soulève aussi des questions supplémentaires. Que sont
ces bits quantiques ? D’où viennent-ils ? Qu’est-ce qui les a poussés à
former notre Univers ? Et d’où vient le méta-univers plus vaste ?

La relativité a raison dans l’ensemble


La deuxième option consiste à dire que la relativité est globalement juste
et que notre Univers est issu d’un événement unique survenu il y a quatorze
milliards d’années (la « singularité »). Mais comment concilier cette position
avec la mécanique quantique et avec l’idée selon laquelle l’Univers aurait
toujours existé ?
La théorie de la relativité et la singularité qu’elle prévoit posent aussi un
autre problème : selon la mécanique quantique, une singularité est
impossible. Un concept fondamental de la mécanique quantique, le principe
d’incertitude d’Heisenberg, affirme en effet que rien ne peut être réduit à une
taille aussi petite. Dans la mécanique quantique, il existe une quantité
minimale d’incertitude que tout objet doit avoir, et ces effets se renforcent à
mesure que l’on comprime la matière et l’énergie. Comment rendre cela
compatible avec l’idée d’un Univers entier contenu dans un point infiniment
petit ?
Certains physiciens ont trouvé plusieurs échappatoires à ces restrictions
quantiques et ont proposé de modifier quelque peu l’histoire relativiste des
origines de l’Univers. Ils ont tout d’abord envisagé la possibilité d’une
singularité floue : l’Univers ne serait pas né en un point unique, mais comme
une parcelle floue d’espace et de temps. En d’autres termes, il a peut-être
toujours été quantique, même à ses tout débuts. Cet escamotage suffit à
éviter le problème mathématique épineux de la description d’un point de
densité infinie, qui met également en difficulté la relativité.
Ensuite, les physiciens ont tenté de concilier la relativité avec l’exigence
de la mécanique quantique selon laquelle l’Univers a toujours existé, en
modifiant la signification du mot « toujours ». Le concept de singularité de
la relativité gêne beaucoup de scientifiques, parce qu’il représente une
limite, un bord, du temps. D’une certaine manière, il signifie que le temps se
termine et qu’au-delà de ce point, il n’y a plus de temps. Et si le temps
pouvait simultanément continuer à exister et prendre fin ?
Stephen Hawking et ses collègues ont eu une idée pour rendre la chose
possible : et si le temps lui-même était créé dans cette singularité floue ? Ils
ont appelé cette proposition le modèle d’univers « sans bord », qui envisage
le temps de façon circulaire et non en ligne droite. Dans ce contexte, il est
absurde de parler d’un temps antérieur à la singularité floue, puisque le
temps n’existait pas. Selon cette théorie, le temps est apparu par rotation au
sein de cette singularité primordiale et est passé de l’imaginaire au réel.
Hawking a recours à une analogie simple pour expliquer sa proposition : il
compare la singularité floue au pôle Nord du temps. Demander ce qui a
précédé la singularité floue n’a pas de sens, car cela revient à demander ce
qu’il y a au nord du pôle Nord.
Selon ce qui précède, si la théorie de la relativité est correcte, l’Univers ne
s’est pas formé à partir de quelque chose, mais à partir de lui-même. Le
temps et l’espace sont apparus ensemble, et cela n’a aucun sens de penser à
ce qui est venu avant. Selon la relativité, l’Univers est sa propre origine.

Aucune des deux théories n’a raison


La dernière possibilité, c’est que ni la mécanique quantique ni la relativité
ne soient dans le vrai. Peut-être que l’Univers n’a pas toujours existé
(comme l’exige la mécanique quantique) et peut-être qu’il n’a pas non plus
eu un « début » (comme le suggère la relativité).
Parfois, en physique, vous obtenez une réponse qui n’a aucun sens parce
que vous avez posé la mauvaise question. Poser la question « D’où vient
l’Univers ? » suppose par exemple que celui-ci doit venir de quelque part.
Cela suppose également qu’il existe une alternative, des conditions dans
lesquelles l’Univers aurait pu ne pas exister.
Mais, si l’Univers existait, tout simplement, et que l’alternative, l’Univers
n’existe pas, n’était pas une option valide ?
Vous avez peut-être l’impression que nous jouons sur les mots, tel un
philosophe loufoque, mais il existe vraiment un argument
mathématiquement correct qui va dans ce sens. En fait, c’est même
l’argument le plus mathématique qu’on puisse imaginer : et si l’Univers lui-
même était mathématique ?
En physique, nous utilisons les mathématiques pour décrire les lois de
l’Univers. C’est le langage de la physique. Mais, si les mathématiques
étaient davantage qu’un moyen utile pour compter vos étoiles ou résoudre
des problèmes de physique ? Et si les mathématiques ne décrivaient pas
l’Univers, mais étaient l’Univers ?
Dans cette optique, l’Univers est une expression mathématique, un
concept brut de logique et de possibilité. Il existe, de la même manière que le
nombre 2 existe, ou que l’équation 3 + 7 = 10 existe. Personne ne demande
jamais « Pourquoi le nombre 2 existe-t‑il ? » ou « D’où vient le
nombre 2 ? ». Il existe, c’est tout. De la même manière, certains physiciens
et philosophes affirment que l’Univers existe parce qu’il fonctionne
mathématiquement. Toutes les lois de la physique qui décrivent notre
Univers ont un sens, par conséquent elles existent.
En fait, ces physiciens imaginent que tous les ensembles de lois de la
physique qui ont un sens mathématique doivent être réels et exister. Par
exemple, il pourrait exister un ensemble de lois de la physique dans lequel la
gravité est trois fois plus forte, ou un autre qui comporte une cinquième
force fondamentale de la nature. Si les équations fonctionnent et que les lois
ne présentent aucune incohérence logique, alors, selon ces physiciens, cet
Univers doit exister. Toute formulation cohérente de l’Univers doit exister,
tout comme les nombres ou les équations logiques telles que 1 + 1 = 2 sont,
tout simplement. Et si un ensemble potentiel de lois de la physique ne
fonctionne pas, alors un Univers doté de ces lois doit s’éteindre ou ne jamais
voir le jour.
Cette dernière conception pourrait-elle être la bonne ? C’est possible. De
nombreux physiciens sont sceptiques, car il semble qu’il existe actuellement
de nombreuses façons de construire un ensemble de règles mathématiques
pour un Univers. Par exemple, la théorie des cordes, une théorie potentielle
de la gravité quantique, comporte 10500 variations, toutes cohérentes avec
notre Univers.
Mais peut-être est-ce simplement parce que nos théories sont inachevées.
Il se peut qu’une fois que nous aurons enfin compris les lois de la nature,
nous nous retrouvions avec une seule théorie valable qui nous dira qu’il n’y
a qu’un seul Univers mathématique envisageable. Dans ce cas, notre Univers
ne serait pas seulement nécessaire, il serait aussi la seule façon d’exister.

Comment quelque chose peut-il « venir » de rien ?


Vous êtes comme nous en quête d’une réponse à la grande question de
l’origine de l’Univers ? Malheureusement, la plupart des théories semblent
indiquer que l’Univers est issu de rien. Elles nous disent qu’il a sans doute
toujours existé, ou qu’il devait exister, ou encore que cela n’a aucun sens de
se demander d’où il vient.
Il se pourrait que ces théories soient tout simplement un reflet de la
tendance des physiciens à reformuler les questions. Après tout, si vous
pouvez montrer que l’Univers est issu de quelque chose, vous devez ensuite
vous demander : d’où vient ce quelque chose ? C’est sans fin.

Mais retourner ainsi la question est un peu frustrant, car cela va à


l’encontre d’une idée préconçue très ancrée que nous avons de l’Univers :
que tout a une origine et doit venir de quelque chose.
Partout, dès notre plus jeune âge, à l’école, dans notre expérience
quotidienne, nous apprenons que rien n’est jamais gratuit dans cet Univers.
On nous enseigne que l’énergie est toujours conservée et que les choses
n’apparaissent pas mystérieusement à partir de rien. Il y a toujours une
raison, et nos cerveaux humains ont évolué pour chercher ces raisons.
En réalité, nous avons découvert ces dernières années que même cette idée
fondamentale n’est pas nécessairement vraie. Lorsque nous observons
l’Univers, nous constatons qu’il est en pleine expansion et que de l’espace
tout neuf est créé en permanence. Ce nouvel espace n’est pas vide ; il est
empli d’une énergie du vide non nulle. Grâce à elle, de nouvelles particules
peuvent apparaître, apportant de l’énergie et de la matière nouvelles au
cosmos.
Cela signifie deux choses. Premièrement, l’Univers est toujours en train
de naître (en d’autres termes, il n’a pas fini de « venir » de quelque part).
Deuxièmement, il est possible que de l’énergie apparaisse spontanément.
C’est ce qui se passe tout autour de nous en ce moment même.
Alors, peut-être que la question « D’où vient l’Univers ? » n’est pas la
meilleure que nous puissions poser. L’Univers existe, et il existe peut-être
seulement pour que vous puissiez vous émerveiller devant lui et faire trésor
de ses leçons.
Et si la vraie question que nous devrions poser était : « Qu’allons-nous
faire de cet Univers ? »
LE TEMPS S’ARRÊTERA-T-IL UN JOUR ?
Tout aurait une fin dans la vie.

Les après-midi d’été paresseux, les réserves secrètes de biscuits… Même


le mauvais temps hivernal et les cœurs brisés ne sont pas éternels. Le temps
passe et, inévitablement, la joie et la douleur s’effacent dans le passé pour
faire place au présent. La seule chose qui ne semble jamais finir, c’est le
temps lui-même.
Cela ne serait pas mal de savoir si le temps s’arrêtera un jour ou, à tout le
moins, s’il peut être arrêté. Voilà qui nous aiderait à définir nos projets pour
l’avenir et, qui sait, nous serions peut-être tentés d’appuyer de temps en
temps sur le bouton « pause » pour savourer un moment particulier, heureux
ou significatif.
Mais le temps peut-il être mis sur pause ? A-t‑il une fin, ou bien
continuera-t‑il à s’écouler imperturbablement vers un avenir infini ? Bref, le
temps sera-t‑il un jour… à court de temps ?

Le temps peut-il avoir une fin ?


Malheureusement, nous ignorons beaucoup de choses sur le temps. En
physique, nous savons qu’il relie différentes configurations de l’Univers. Par
exemple, si sur Terre vous lancez une balle en l’air, vous savez qu’après un
certain temps, elle reviendra à son point de départ. C’est là tout l’intérêt de la
physique : décrire comment l’Univers évolue dans le temps. Les lois de la
nature nous disent ce qui peut se produire et ce qui est interdit par rapport au
temps.
Mais le temps lui-même est-il susceptible d’avoir une fin ou de s’arrêter ?
La réponse dépend sans doute de ce que l’on entend par la « fin » du temps.
Examinons quelques possibilités.

La fin du temps signifie-t-elle la fin des lois ?


Le temps est la chose qui ordonne et connecte les diverses configurations
qu’adopte l’Univers. Si le temps s’arrête, toutes les règles sont-elles
suspendues ? Puisque les lois de la physique reposent sur le temps et dictent
ce qui doit se passer au fur et à mesure de l’écoulement du temps, la fin du
temps signifie peut-être simplement la fin de l’ordre. La cause et l’effet
pourraient ne plus avoir de sens, et l’Univers existerait dans un état de
désordre complet : la fin de l’ordre n’est pas une perspective très heureuse.

La fin du temps signifie-t-elle la fin du changement ?


Ou peut-être que la fin du temps signifie simplement que l’Univers ne
peut plus changer. Si le temps est la chose qui permet à l’Univers d’évoluer,
si le temps s’arrêtait, l’Univers pourrait… se figer, quel que soit l’état dans
lequel il se trouverait (des balles en plein vol, des éclairs jaillissant d’un
nuage ou des étoiles en train de s’effondrer dans des trous noirs, etc.). Et ce
probablement pour toujours. En effet, est-il possible que le temps s’arrête
seulement pour un instant et reparte ensuite ? Il faudrait pour cela qu’une
horloge externe compte le nombre d’instants figés (nous y reviendrons). Si le
temps se fige, il se peut que toutes les horloges se figent et que l’Univers ne
s’en remette jamais.
La fin du temps signifie-t-elle la fin tout court ?
Il est difficile d’imaginer que l’Univers puisse exister sans temps. La
relativité nous dit en effet que le temps est lié de façon très particulière à
l’espace, à tel point qu’il convient de les envisager comme une unique entité,
l’« espace-temps ». Cela implique qu’ils sont étroitement liés, voire qu’ils
font partie de la même chose. Mieux : il se pourrait que l’existence même de
l’Univers soit liée à l’existence du temps, et que, sans temps, il n’y ait pas
d’Univers. Dans ce cas, la seule façon pour que le temps ait une fin est que
l’Univers entier en ait une aussi.
Toutes ces possibilités renvoient à une question plus fondamentale sur le
temps et l’Univers : l’Univers peut-il exister sans temps ? En d’autres
termes, le temps peut-il ne pas exister ?
Pour répondre, récapitulons ce que nous savons du temps.

Le temps, quésaco ?
Le temps en tant que sujet à part entière est encore mal cerné en physique.
Il est tellement omniprésent dans toutes nos théories sur le fonctionnement
de l’Univers que très peu de chercheurs ont progressé sur la question de
savoir si l’Univers peut exister sans lui. Pensez-y : toute expérience visant à
le tester nécessite du temps. Vous devez comparer votre expérience avant et
après un certain événement, et, sans le temps, les mots « avant » et « après »
n’ont aucun sens. Il faut même du temps pour concevoir l’expérience !
Il reste qu’au fil du temps (sans plaisanter), les physiciens ont obtenu des
indices importants sur la nature du temps et sa relation avec l’Univers. Plus
précisément, nous avons appris que :
a) le temps a eu un commencement (ou quelque chose qui y ressemble ;
b) le temps est relatif ;
c) nous pourrions ne pas avoir de temps.
Et si nous examinons ces indices l’un après l’autre ?

Le temps a eu un commencement
Jusqu’à récemment, la plupart des scientifiques pensaient que l’Univers
était infiniment vieux et statique : il avait toujours existé tel qu’il était et, par
extension, il existerait toujours ainsi. Lorsque nous regardions le ciel
nocturne, peu de choses semblaient changer. Les étoiles bougeaient bien un
peu au fil des saisons, mais nous avions l’impression qu’elles restaient là
d’une année sur l’autre, d’un siècle à l’autre. À l’échelle humaine, l’idée
d’un Univers immuable, avec des étoiles suspendues immobiles dans
l’espace, paraissait naturelle.
Mais, lorsque les astronomes ont pu mener des observations plus précises,
ils ont fait des découvertes renversantes. En mesurant la distance des étoiles
lointaines, ils ont été stupéfaits de constater que certaines des taches qu’ils
pensaient être des nuages de gaz étaient bien plutôt des galaxies entières. Et
ces galaxies se trouvaient à des distances impossibles ! Plus étonnant encore,
la lumière de ces galaxies changeait de couleur, ce qui signifiait qu’elles
s’éloignaient de nous. Ainsi, l’Univers était beaucoup plus grand que ce que
nous avions imaginé, et il semblait même grandir en toute hâte.
Tout à coup, nous avons compris que l’Univers n’était pas un panorama
statique d’étoiles fixes dans l’espace : l’Univers grandissait et changeait.
D’autres percées ont révélé qu’il devenait de plus en plus froid et de moins
en moins dense.
Ces avancées scientifiques ont donné aux humains une vision
complètement nouvelle de l’Univers et de son histoire. Car, si aujourd’hui
l’Univers est en expansion et se refroidit, comment était-il dans le passé ? Il
est facile d’imaginer que l’Univers plus jeune était plus dense et plus chaud.
Mais impossible de remonter dans le temps indéfiniment.
À un moment donné, lorsque nous rembobinons l’histoire de l’Univers,
celui-ci devient si petit et si chaud que nous nous heurtons à un mur, un
point de densité infinie appelée « singularité ». Cette singularité est ce que
nous nous représentons comme le passé de notre Univers, et elle met à mal
toutes nos théories sur ce dernier. Même la relativité générale, qui nous dit
comment l’espace se courbe autour de la matière, est incapable de décrire la
singularité, où la courbure devient infinie. Nous ne savons pas ce qui arrive
au temps et à l’espace dans des conditions aussi extrêmes. Mais il pourrait
très bien s’agir d’une sorte de « fin » pour notre chronologie de l’Univers.
Certaines théories, qui tentent de fusionner la relativité générale et la
mécanique quantique, suggèrent que la singularité pourrait être plus qu’un
simple moment particulier dans le temps ; l’espace et le temps y seraient
tellement imbriqués que l’on pourrait considérer ce moment comme le
commencement du temps lui-même.
Si le temps a un début, peut-il aussi avoir une fin ?

Le temps est relatif


Nous savons aussi que le temps possède de nombreuses propriétés
étranges, et en particulier qu’il ne s’écoule pas partout à la même vitesse.
Dans certains endroits de l’Univers, le temps passe plus vite que dans
d’autres. C’est difficile à croire, mais la physique est formelle : aucune
horloge centrale cosmique ne synchronise l’Univers. Au contraire, chaque
point de l’espace a sa propre horloge, et la rapidité ou la lenteur de son tic-
tac dépend de la vitesse à laquelle vous allez et de la proximité d’une masse
importante telle qu’un trou noir. Si quelqu’un se déplace très rapidement par
rapport à vous, vous verrez le temps s’écouler plus lentement pour lui que
pour vous. De même, si vous êtes loin d’un trou noir et que cette personne
en est au contraire proche, vous verrez aussi le temps s’écouler plus
lentement pour elle que pour vous.
On pense souvent à tort que cela signifie que le temps ralentit pour vous,
comme si vous aviez l’impression que le temps passe plus lentement. Mais
ce n’est pas le cas. Si vous passez en trombe devant quelqu’un ou si vous
êtes près d’un objet massif, les autres personnes verront votre horloge
avancer lentement, mais, pour votre part, vous sentirez toujours le temps
s’écouler normalement.
Tout dépend de l’endroit où vous vous trouvez et de la vitesse à laquelle
vous vous déplacez par rapport à l’horloge. Si vous êtes à bord du vaisseau
spatial avec une horloge, vous ne vous déplacez pas par rapport à l’horloge.
Et si vous êtes près d’un trou noir, alors l’horloge est également là avec
vous. Dans les deux cas, l’horloge paraîtra fonctionner normalement. Mais,
si vous avez laissé quelqu’un sur Terre, cette personne verra votre horloge
tourner lentement, car elle n’est pas avec vous.
Cela signifie-t‑il que le temps peut s’arrêter ou avoir une fin ? Pas
nécessairement.
À la moitié de la vitesse de la lumière, le temps à bord d’un vaisseau
spatial semble être environ 15 % plus lent. À 90 % de la vitesse de la
lumière, le temps à bord du vaisseau est un peu plus de deux fois plus lent, et
à 99,5 % de la vitesse de la lumière, il est presque dix fois plus lent que la
normale. Lorsque dix heures s’écoulent sur Terre, l’horloge du vaisseau
spatial n’en compte apparemment qu’une seule. Toutefois, si nous pouvons
faire ralentir l’horloge du vaisseau autant que nous le souhaitons en
accélérant, elle ne s’arrêtera pourtant jamais. Pour arrêter le temps à
l’horloge du vaisseau, celui-ci devrait se déplacer à la vitesse de la lumière,
ce qui n’est pas possible pour tout ce qui a une masse 1.
De la même manière, pour quelqu’un qui vous observe de loin, les
horloges de votre vaisseau sembleront fonctionner de plus en plus lentement
à mesure que vous vous approcherez d’un trou noir. Comme nous l’avons
expliqué dans le chapitre « Que se passerait-il si j’étais aspiré par un trou
noir ? », un observateur aura l’impression que vous évoluez au ralenti.
Lorsque vous atteindrez le bord du trou noir, vous serez pour lui quasiment
figé dans le temps, attendant que le trou noir grandisse et vous engloutisse.
Mais, de votre point de vue, le temps s’écoulera normalement, et le voyage
dans le trou noir se fera sans heurts.
Vous ne pouvez donc pas stopper ou mettre fin au temps en montant dans
une fusée pour foncer aussi vite que possible, ou en allant vous balader près
d’un trou noir. Mais, si vous avez besoin d’un petit délai pour finir vos
devoirs de physique, il suffit de convaincre votre professeur de sauter dans
un vaisseau spatial pour que son horloge tourne un peu plus lentement que la
vôtre. Vous pourrez alors prendre votre temps.
Nous pourrions ne pas avoir de temps
Le temps est si indissociable de notre expérience qu’il nous est difficile de
concevoir un Univers sans lui. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il
est un élément essentiel de l’Univers. Cela signifie seulement que notre
entendement est trop limité, ou trop subjectif. L’histoire des découvertes
scientifiques nous rappelle de faire attention à nos préjugés, car notre
expérience n’est pas universelle.
Un poisson qui a vécu toute sa vie dans une rivière ne peut imaginer l’eau
sans la sentir s’écouler, mais nous savons que l’eau ne se comporte pas
nécessairement toujours ainsi. L’idée de l’écoulement de l’eau n’est pas une
composante profonde et nécessaire de l’Univers, mais quelque chose qui se
produit dans certaines circonstances. En d’autres termes, il peut y avoir de
l’eau sans écoulement.

Certains physiciens pensent que la même chose pourrait être vraie pour le
temps. Il est possible que le temps ne soit pas un élément de base permanent,
mais une condition spéciale, tout comme le débit de la rivière. Pour que cette
théorie fonctionne, quelque chose d’autre que nous appellerons le « méta-
temps » doit entrer en jeu, à partir duquel le temps normal émergerait. Ce
méta-temps peut s’écouler comme le temps, ou bien il peut… ne pas
s’écouler. Lorsque ce méta-temps s’écoule, nous ressentons les effets du
temps. Et quand il ne s’écoule pas, nous sentons que le temps s’arrête.
Ainsi, certaines règles de base que nous considérons absolues et
nécessaires, comme la causalité et la direction du temps, ne sont peut-être
que des cas particuliers de cet écoulement méta-temporel. Le méta-temps
pourrait se comporter d’autres façons, en créant par exemple l’équivalent de
tourbillons ou de chutes d’eau. Dans ce cas, nous verrions le temps se
déplacer en boucles. Ou peut-être est-il capable de rompre la causalité, vous
donnant enfin le droit de manger votre dessert avant l’entrée.
Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune règle ou que tout est
permis. Ce méta-temps doit encore avoir une certaine similitude avec notre
idée du temps, sinon le temps ne pourrait pas s’écouler du tout. Il doit donc
suivre certaines règles, et si c’est le cas, ces règles dicteraient une situation
où le temps tel que nous l’expérimentons serait à même de s’arrêter.
En somme, cela signifie que le temps (tel que nous le connaissons)
n’existe pas nécessairement et qu’il peut y avoir un Univers sans le temps
qui nous est familier.
Nous n’avons aucune preuve suggérant que cette hypothèse correspond à
la réalité, mais elle n’en est pas pour autant totalement fantaisiste. Notre
compréhension de l’espace et du temps achoppe il y a quatorze milliards
d’années, lorsque l’Univers était très chaud et dense, ce qui nous oblige à
envisager des idées créatives.

Comment le temps prendrait-il fin ?


À ce stade, nous avons largement dépassé la zone de confort de la
physique pour entrer dans une région où nous n’avons pas d’autre option…
que la spéculation. Et c’est ainsi que fonctionne la science. Les idées inédites
sur le fonctionnement de l’Univers ne naissent généralement pas d’un seul
coup sous forme de concepts mathématiques exhaustifs. Elles se développent
plutôt étape par étape, les pièces s’assemblant progressivement au fil des
années, des décennies ou des siècles. Nous explorons parfois des chemins
apparemment fous jusqu’à ce qu’une image cohérente pouvant être validée
ou infirmée par des expériences prenne forme. C’est comme construire un
château de cartes, non pas en partant du bas, mais en maintenant chaque
carte en l’air jusqu’à ce que les autres cartes autour aient été assemblées.
Ce que nous savons jusqu’à présent suggère qu’il existe plusieurs
scénarios dans lesquels le temps pourrait s’arrêter.

Le Big Crunch
Le temps pourrait par exemple prendre fin en revenant aux conditions
dans lesquelles il est apparu, dans une sorte de Big Bang inversé. Si le temps
est apparu alors que l’Univers était chaud et dense et que l’espace était
incroyablement comprimé dans la singularité initiale, que se passerait-il si
l’Univers revenait à cet état ? Le temps prendrait-il fin ?

C’est une possibilité. L’Univers a connu une expansion rapide à ses débuts
et a continué à grossir au cours des milliards d’années qui ont suivi. Cette
expansion s’est accélérée, de sorte que les galaxies s’éloignent de nous plus
rapidement chaque année. Toutefois, nous ne comprenons pas ce qui cause
cette accélération. Nous parlons d’« énergie sombre », mais, même si le nom
en jette, nous ne savons pas vraiment ce qui se passe. Et comme nous
n’avons aucune idée de ce qui provoque l’expansion de l’Univers, nous
n’avons pratiquement aucun moyen de prédire ce qu’il fera à l’avenir. Cette
accélération pourrait très bien s’arrêter, puis s’inverser. Au lieu d’accroître la
vitesse à laquelle les autres galaxies s’éloignent de nous, cette force pourrait
bien les ralentir, et finalement les arrêter et les faire tourner en rond. Au lieu
de devenir de plus en plus vaste, l’Univers se compacterait, et les galaxies en
rotation se précipiteraient vers une collision cosmique massive : le Big
Crunch.
Que se passerait-il si toute la matière et l’énergie de l’Univers étaient à
nouveau comprimées dans un espace minuscule ? En vrai, personne ne le
sait. Nous reviendrions aux conditions du Big Bang, qui restent elles aussi
un mystère pour nous. Mais que cela ne nous empêche pas de nous amuser
en spéculant !
Le temps pourrait aussi tout simplement s’arrêter à un certain moment
avec le reste de l’Univers, pas forcément de façon abrupte, mais dans une fin
incurvée, de la même manière que, par exemple, la direction du nord s’arrête
au pôle Nord. Le temps « plafonnerait » en quelque sorte à ce point, et il n’y
aurait plus de temps au-delà.
L’espace et le temps pourraient aussi continuer à exister même si toute la
matière et l’énergie de l’Univers s’effondraient en une singularité. La
causalité et les règles de notre Univers opéreraient toujours, mais tout serait
étrange et inconnu, sans les particules ou les forces auxquelles nous sommes
habitués. Dans ce cas, le temps ne s’arrêterait pas, même si l’Univers était
méconnaissable.
Enfin, il est aussi possible que la singularité crée un autre Big Bang, et
qu’un tout autre univers voie le jour. Ce nouvel univers serait encore relié à
notre Univers par un fil temporel, ce qui signifie que le temps ne s’arrêterait
pas, il recommencerait. Dans ce cas, ce fil temporel relierait un nombre
infini d’univers, en avant et en arrière dans le temps.

La mort thermique
Le temps pourrait aussi s’arrêter par pur ennui. Pour comprendre
pourquoi, il nous faut d’abord expliquer pourquoi le temps avance. En effet,
nous avons l’impression que quelque chose entraîne les horloges internes de
l’Univers, mais que les rouages ne tournent que dans un seul sens.
Les physiciens se sont longtemps interrogés sur ce point, avant même
qu’il y ait des physiciens 2. Ils trouvaient étrange que le temps ait deux
directions, mais qu’il n’aille que dans un sens. Quelque chose devait le faire
avancer, une sorte de moteur caché auquel le temps serait enchaîné.
Certains physiciens pensent l’avoir trouvé. De fait, l’Univers a une sorte
de marqueur de direction intégré : l’entropie.
Il est facile de mal comprendre l’entropie et de l’assimiler à une forme de
désorganisation ou de désordre, au sens général. Mais ce n’est pas
nécessairement le cas. Nous disons qu’une chose a une entropie élevée s’il y
a de nombreuses façons d’agencer ses particules internes. Par exemple, si
vous exigez qu’un tas de matière soit agglutiné dans un coin, il y a moins de
possibilités d’agencement que si vous laissez les particules se répartir
librement. Il en va de même pour la température : il y a moins de possibilités
de disposer une quantité de matière si elle doit avoir des points chauds et des
points froids que si elle est à température égale, où chaque particule peut se
trouver à n’importe quel endroit.
Ce qui est amusant avec l’entropie, c’est qu’elle augmente régulièrement
au fur et à mesure que le temps passe. À ses débuts, notre Univers,
comprimé comme il l’était dans un état très organisé et dense, avait une
entropie très faible ; depuis, il n’a cessé de s’étendre et de gagner en
entropie.
L’autre aspect fascinant de l’entropie, c’est qu’elle a aussi une limite : un
état d’entropie maximale possible. Lorsque tout a refroidi et s’est réparti de
manière complètement uniforme, l’entropie a atteint un maximum et ne peut
plus augmenter. Plus important encore, elle ne saurait non plus diminuer.
Une fois que tout le sable du sablier est tombé au fond, il ne peut plus
remonter, et l’Univers est bloqué.
Qu’est-ce que cela implique pour le temps ? Cet état, que l’on désigne
sous l’appellation sympathique de « mort thermique de l’Univers », signifie
qu’il n’est plus possible pour l’Univers de faire quoi que ce soit d’utile. La
plupart des choses que vous envisagez (fabriquer une planète, charger votre
téléphone, faire un tour de piste) nécessitent que l’énergie circule, ce qui
n’est possible que s’il existe des endroits où elle est déséquilibrée ou
concentrée (comme la batterie de votre téléphone). Mais, si tous ces
déséquilibres ont été aplanis et que tout a atteint l’entropie maximale, alors
vous ne pouvez rien faire d’utile. L’énergie ne circule plus, comme l’eau
dans une flaque parfaitement horizontale et immobile. Vous êtes arrivé à la
fin de l’Univers, mais il n’y a nulle part (ou rien) pour recharger votre
téléphone.

Certains physiciens examinent la corrélation entre le temps et l’entropie,


et sont tentés de dire que le temps s’écoule parce que l’entropie augmente.
Le second principe de la thermodynamique dit que l’entropie et le temps
augmentent toujours ensemble. Ces physiciens suggèrent que, si l’entropie
atteint un maximum, alors le temps lui-même s’arrêtera aussi !
Bien sûr, cela semble être un grand saut, car a) nous ne savons pas si
l’entropie fait réellement avancer le temps, et b) l’entropie maximale ne
signifie pas que l’Univers s’arrête de bouger. Même à l’entropie maximale,
les particules sont encore autorisées à se déplacer. La seule limite est
qu’elles ne peuvent pas augmenter (ou diminuer) l’entropie globale. Il se
peut que l’Univers demeure dans cet état d’entropie maximale, mais que le
temps continue à s’écouler.
Mais cela ressemblerait certainement à la fin du temps. À l’entropie
maximale, l’Univers ne sera plus qu’une flaque sans intérêt, et rien
d’excitant ne pourra plus jamais se produire. Donc, même si ce n’est pas la
fin du temps, ce sera certainement la fin de tout amusement !

Qui sait ?
Si le temps n’est pas une propriété fondamentale de l’Univers, mais
simplement quelque chose qui se produit dans certaines conditions
particulières d’un « méta-temps » (comme l’écoulement d’une rivière), alors
il se pourrait bien que ces conditions prennent fin.
Peut-être atteindrons-nous la fin de notre rivière dans le méta-temps, ce
qui provoquera le délitement du temps tel que nous l’expérimentons, de telle
sorte qu’il n’avancera plus. L’Univers existerait alors dans un état sans
temps, comme une rivière sans débit (ou un lac). Ce nouvel état serait très
différent de tout ce que nous avons connu ou imaginé jusqu’à présent. Sans
le temps et l’espace, les événements physiques ne seraient pas soumis à un
lien de causalité. L’Univers n’existerait que comme une masse écumante
d’aléas quantiques sans lien entre eux.
Pour aller plus loin, nous devons comprendre comment la mécanique
quantique et l’espace interagissent entre eux, une théorie que les physiciens
recherchent en vain depuis Einstein. Nous ne pouvons donc même pas
imaginer comment cela fonctionnerait ni ce qui pourrait provoquer un
changement de toutes ces conditions. Cela pourrait se produire demain,
après-demain, ou… seule une personne ayant une vision extérieure du flux
de ce méta-temps pourrait le savoir.
Mais cette fin du temps pourrait aussi être temporaire. Comme un lac qui
alimente ensuite une autre rivière, le méta-temps pourrait encore évoluer et
réunir les paramètres complexes nécessaires au rétablissement de
l’écoulement du temps.
De façon amusante, si le temps s’arrêtait et repartait, il est possible que
nous ne le remarquions même pas. Nous mesurons le temps par des
processus physiques qui avancent régulièrement : le tic-tac d’une horloge, le
sable qui tombe dans un sablier, les atomes qui passent d’un état à l’autre,
etc. Si le temps se délite ou s’arrête, ces horloges s’arrêteront, mais vous
serez aussi concerné, puisque vous êtes un être physique. Et comme vos
pensées et vos expériences ne se réalisent que si le temps avance, vous ne
seriez pas en mesure de dire quand l’écoulement du temps s’arrête ou
ralentit. À la façon d’un personnage d’un film sur pause, vous n’auriez
aucune idée du nombre de fois, ou de la durée, où vous avez été figé.
La fin de notre temps
Il est grand temps d’admettre la vérité : nous ne comprenons pas vraiment
le temps. D’une certaine manière, comme les mystères de notre propre
esprit, expérimenter le temps ne nous permet pas nécessairement de
comprendre son fonctionnement.
Nous avons certes quelques pistes. Le temps est peut-être éternel, et les
horloges de l’Univers avanceront à jamais dans un futur infini. Ou bien le
temps ne serait pas un élément fondamental de la structure de l’Univers,
mais seulement un arrangement spécial qui ne durerait pas forcément
toujours. Enfin, il se peut aussi que le temps soit fondamental pour
l’Univers, et que la seule façon d’y mettre fin soit que l’Univers cesse
d’exister.
Quoi qu’il en soit, pour l’instant, le temps semble s’écouler régulièrement.
Mais, qui sait, peut-être que des circonstances particulières comme un Big
Crunch ou une mort thermique révéleront quelque chose de nouveau.
Nous pourrions alors continuer à spéculer sur la question jusqu’à la fin du
temps.
UNE VIE APRÈS
LA MORT EST-ELLE POSSIBLE ?
Malheureusement, tout le monde finit par mourir.
Nous sommes tous affligés de cette condition à durée limitée que nous
appelons « vie humaine », ce qui signifie que notre corps ne durera pas
éternellement. À un certain point, il cessera de fonctionner, et notre être
physique cédera à l’entropie et à la décomposition. Mais la fin de votre vie
biologique coïncide-t‑elle inévitablement avec votre fin ?

C’est peut-être la plus profonde et la plus ancienne des questions : que se


passe-t‑il après notre mort ? Cette interrogation a une telle résonance
émotionnelle qu’elle figure au cœur de presque toutes les religions et
cultures. Les représentations d’une éventuelle vie après la mort sont d’une
variété impressionnante et témoignent d’une fantaisie louable. Petit quiz
rapide : pour qui passerons-nous l’éternité à banqueter dans une salle
immense située à la cime d’un arbre-monde ? Vous donnez votre langue au
chat ? La mythologie nordique, pardi !
Habituellement, c’est un sujet que les scientifiques laissent aux
philosophes et aux théologiens. Mais nous avons beaucoup appris sur le
fonctionnement de l’Univers depuis que nous avons commencé à réfléchir à
cette question, il y a des milliers d’années. Une vie après la mort est-elle
possible, compte tenu de ce que nous savons des lois de cet Univers ?

La physique du Ciel
Les différentes visions de ce que pourrait être une vie après la mort sont
certes nombreuses, mais, dans la plupart des religions, l’opération implique
que vous vous transfériez dans une nouvelle résidence non terrestre. La
nature de votre destination dépend de la religion : parfois, il s’agit d’enfiler
les ailes d’un ange pour donner un récital de harpe dans les nuages (ou au
contraire de moisir dans un souterrain sombre truffé de fourches et de feu) ;
dans d’autres cas, de chevaucher le Soleil ou d’entonner des chansons à
boire avec des dieux guerriers autour de quelques chopes de bière.
Généralement, cette vie après la mort est prévue pour durer à l’infini, ce qui
rend tout le monde un peu nerveux quant au type de logement que l’on vous
attribuera une fois rendu sur place.
De plus, dans la plupart des cas, vous êtes toujours vous dans l’au-delà.
Votre individualité, votre conscience et vos souvenirs se maintiennent d’une
façon ou d’une autre, ce qui vous permet de faire des expériences et d’être
conscient dans cette nouvelle phase de votre existence éternelle.
Quelque chose de ce genre est-il possible, scientifiquement ? Est-il
envisageable, d’une manière ou d’une autre, d’être transféré dans un autre
royaume où vous continuerez à exister en tant que vous, mais avec une toge
ou des pantoufles ultraconfortables ? Passons aux choses sérieuses et
réfléchissons à la manière dont cela pourrait fonctionner. Scientifiquement,
voici les trois éléments clés qui semblent définir une vie après la mort
traditionnelle.
1. Un vous survit à votre mort physique.
2. Il est d’une façon ou d’une autre enregistré et transporté dans un au-
delà.
3. Ce vous capable d’expérience existe pour toujours dans cet autre
endroit.
Allez, prenons ces éléments l’un après l’autre et essayons de déterminer
s’il existe une version de ces idées qui serait compatible avec ce que nous
savons de l’Univers physique.

Un vous après la mort


La plupart des religions partent du principe qu’il existe une partie de vous-
même qui survit à votre mort corporelle. La première étape pour comprendre
si tout cela a un sens d’un point de vue scientifique, c’est de déterminer
quelle est cette partie de vous que nous essayons de conserver. La plupart
d’entre nous n’ont aucune envie de continuer à habiter un corps qui
commence à sentir le roquefort extra-affiné, de tituber comme des zombies
et de dégoûter tous leurs anciens amis.
Si nous sommes prêts à nous défaire de nos corps physiques, que voulons-
nous conserver exactement ? Qu’est-ce qui fait que vous êtes vous ?
C’est le genre de question sur laquelle la science a tout à fait son mot à
dire. La physique opère dans le domaine du physique (vraiment ?), et elle
suppose donc que tout suit les lois de la physique. Et pour autant que l’on
puisse dire, ce qui fait que vous êtes vous… ce sont seulement vos
particules. Plus précisément, l’agencement de vos particules.

Tout ce que nous voyons dans notre monde est constitué à partir des
mêmes briques élémentaires. Toute la matière avec laquelle nous
interagissons est composée de deux types de quarks (les quarks « up » et les
quarks « down ») et d’électrons. Et c’est tout. Les deux types de quarks se
combinent de différentes manières pour former des neutrons (un quark
« up » + deux quarks « down ») et des protons (deux quarks « up » + un
quark « down »), qui s’unissent ensuite dans différentes proportions, avec
des électrons, pour former tous les éléments du tableau périodique. Ces
éléments permettent de tout construire, des lamas aux bateaux en passant par
les microbes.
En d’autres termes, il n’y a aucune différence entre vous et n’importe quoi
d’autre (ou n’importe qui) dans ce monde, si ce n’est la manière dont ces
éléments et ces particules sont disposés ensemble. Un kilo de vous renferme
à peu près le même contenu en particules qu’un kilo de lave, de glace ou
d’éléphant. Si vous deviez écrire un livre de cuisine pour confectionner une
chose ou une autre sur cette planète, toutes les recettes présenteraient les
mêmes ingrédients : un rapport de trois quarks pour un électron.

Toutefois, si vous avez déjà subi de cuisants échecs aux fourneaux, vous
savez qu’une recette est bien plus qu’une simple liste d’ingrédients.
Mélangez les matières premières de la mauvaise façon, et vous risquez
d’obtenir une bouillie dont même votre chien ne voudra pas. Dans votre cas,
la chose cruciale qui vous différencie de la lave, de la crème glacée et des
insectes est la disposition de vos particules, et non les particules en elles-
mêmes.
En fait, même les particules précises qui vous constituent effectivement
n’ont rien de particulier. Du point de vue de la physique, un électron
équivaut strictement à un autre électron. Si vous remplaciez tous vos quarks
ou vos électrons par un nouvel ensemble de particules identiques et que vous
les remettiez exactement à la place des précédentes, rien ne changerait en
vous.
Cela signifie que votre vous se limite à l’information décrivant la façon
dont ces particules sont disposées. Par conséquent, vous pouvez survivre
même si votre corps meurt. Tout ce que vous avez à faire est de copier cette
information et de la faire vivre ailleurs.

Transférer votre vous ailleurs


Dans la plupart des scénarios de vie après la mort, l’étape suivante
consiste à vous transporter d’une manière ou d’une autre dans un autre
royaume ou tout autre endroit considéré comme approprié. En termes
scientifiques, disons que vos informations sont en quelque sorte copiées et
transférées hors de votre corps ailleurs. Ce point soulève plusieurs questions
importantes.
• Comment ces informations sont-elles lues et enregistrées ?
• Toutes vos informations sont-elles copiées, ou seulement une partie
d’entre elles ?
• Et quelle version de vous sera retenue pour le transfert ?
La première question est surtout une affaire de processus. Quel que soit le
mécanisme qui vous emmène dans l’au-delà, il doit reposer sur un principe
physique si nous nous plaçons dans un Univers logique. À ce jour, nous
sommes en mesure de scanner votre corps, grâce à l’IRM ou à la
tomodensimétrie, et de détecter des objets aussi petits qu’un atome. Ces
deux technologies s’améliorant constamment, il n’est donc pas inconcevable
d’imaginer qu’un jour prochain, nous disposerons d’un procédé permettant
de scanner votre corps jusqu’aux atomes voire aux particules.

Mais il reste tout de même deux problèmes à régler du point de vue de la


physique. Premièrement, pour vous scanner, il faut nécessairement
communiquer de l’énergie à votre corps. En effet, détecter des particules
implique de les « voir » d’une manière ou d’une autre, ce que nous faisons
en général en les bombardant avec un photon ou une autre particule.
Deuxièmement, l’Univers ne vous permet pas de copier des informations
quantiques gratuitement. Il s’agit d’un principe fondamental de la mécanique
quantique, le « théorème du non-clonage », qui stipule que l’information
quantique ne saurait être copiée sans détruire l’original au cours du
processus. Jusqu’à présent, rien n’indique que le corps des personnes
décédées soit scanné d’une façon ou d’une autre, ou que leurs particules
soient détruites.
Nous ne sommes pas non plus certains qu’il soit possible de scanner
toutes vos particules au niveau quantique. Scanner tous les états quantiques
d’un corps humain n’est pas une mince affaire, puisqu’il contient
1028 particules, ce qui excède la mémoire informatique totale de la
civilisation humaine, actuellement d’environ 1021 octets. À l’heure actuelle,
nous réussirions peut-être à stocker les informations contenues dans l’un de
vos ongles d’orteil, à condition de mobiliser tous les ordinateurs existants…

Bien sûr, l’entité chargée de vous faire passer dans l’au-delà dispose peut-
être déjà de toutes ces informations. Si notre Univers est une sorte de
simulation qui tourne dans un autre univers, dans ce cas, vos informations
sont simplement sur un disque dur quelque part, prêtes à être lues et copiées.
La deuxième question, « Toutes vos informations sont-elles copiées, ou
seulement une partie d’entre elles ? », est de nature plus philosophique. Par
exemple, l’au-delà a-t‑il vraiment besoin de toutes les informations
contenues dans votre corps ? Est-il vraiment important de savoir ce que fait
chaque quark contenu dans l’ongle de votre gros orteil au moment de votre
mort ?
Et si l’au-delà n’a besoin que d’une partie de vos informations, quelles
sont celles qui sont indispensables ?
Nous savons que la disposition de toutes vos particules est ce qui vous
rend unique, mais il pourrait être pertinent de réfléchir à ce que fait cette
disposition. Votre agencement de particules définit une machine biologique,
un ensemble de processus mécaniques au niveau cellulaire qui reçoit des
informations du monde extérieur et y réagit par certaines actions. La
disposition des particules quantiques dans vos orteils ou même dans vos
membres a-t‑elle un rôle dans tout cela ? Qu’en est-il de votre instinct ?
Avez-vous encore besoin de votre instinct dans l’au-delà ?
Il se pourrait que ce dont vous avez réellement besoin dans l’au-delà ne
soit pas la disposition précise de chaque particule de votre corps ou
l’information quantique de toutes vos cellules, mais seulement de la
conception de votre machine biologique, c’est-à-dire la façon dont ces
cellules sont connectées les unes aux autres et les informations qu’elles ont
stockées dans vos circuits cérébraux. Cette hypothèse permettrait
indubitablement d’économiser de l’espace sur votre disque dur.
On pourrait envisager de compresser encore davantage les informations de
votre vous, en ignorant de plus en plus de détails, pour arriver à une sorte
d’image JPEG floue de vous-même. Mais ce vous serait-il toujours vous ?
Ou serait-il simplement une simplification, une sorte d’« essence » de vous ?
La dernière question, « Quelle version de vous sera retenue pour le
transfert ? » est plutôt une affaire de timing. Notre corps et notre esprit
changent beaucoup au cours de notre vie. Alors que notre expérience et nos
connaissances conscientes augmentent avec l’âge, notre corps et nos
capacités mentales atteignent leur maximum à un moment donné et
diminuent ensuite. Quelle version de vous se retrouvera dans l’au-delà ? En
d’autres termes, quand le copié-collé a-t‑il lieu ?
S’il intervient au moment de votre mort, vous pourriez y trouver quelque
chose à redire. Vous n’étiez peut-être pas au meilleur de votre forme. Ou
encore, vous n’avez pas forcément envie d’emporter avec vous pour
l’éternité certains moments de votre vie. Qui fait ce choix, et comment ?
Une autre possibilité serait que le processus de capture de vos
informations pour l’au-delà se déroule en suivant une courbe. La copie se
fonde peut-être sur une moyenne de vous, ou une somme totale de ce qui
rend votre image JPEG unique. Si nous ne sommes qu’information, la
science offre mille façons de compresser, d’effectuer la moyenne ou de
trouver les caractéristiques les plus saillantes de cette information.

Exister dans un lieu situé « ailleurs », pour toujours


La dernière pièce du puzzle de la vie après la mort est l’idée selon laquelle
votre vous continue d’exister d’une façon ou d’une autre dans un autre
endroit, et pour toujours. Dans certaines conceptions de la vie après la mort,
cet endroit se trouve parmi les nuages (ou sous la terre). Dans d’autres, cet
endroit est simplement un domaine distinct, détaché de notre plan
d’existence.
Cette idée sonne fantaisiste, mais, en réalité, la physique envisage très
sérieusement l’existence d’univers multiples. La plausibilité d’un tel au-delà
dépend toutefois beaucoup d’où vous le situez.
Notre Univers fait peut-être partie d’un « méta-univers » plus vaste, une
idée forgée par les physiciens pour tenter d’expliquer l’origine de notre
Univers. En effet, si la physique a fait quelques progrès dans la
compréhension des règles qui le régissent, sa raison d’être nous échappe
toujours. L’un des concepts avancés voudrait que notre Univers ne soit
qu’une bulle dans un autre plus vaste et plus profond (le méta-univers), et
notre espace-temps un coup de chance résultant de conditions particulières
(mais sans rien de fondamental en lui-même). Dans ce cas, aller dans l’au-
delà signifie que, d’une manière ou d’une autre, nos informations sont
scannées et copiées dans cet univers extérieur.

Une autre possibilité serait que la vie après la mort se déroule dans un
univers parallèle. La notion de « multivers » en physique implique
l’existence d’autres univers, et possiblement d’autres poches d’espace-temps
ailleurs. Dans diverses théories, ces autres univers sont des versions
alternatives du nôtre, qui naissent peut-être de décisions quantiques ou de
conditions initiales différentes, voire de lois de la physique différentes. Si
l’on accepte ce raisonnement, il pourrait exister une version idéale ou
utopique de notre Univers (une sorte de Shangri-la), ainsi que des versions
pleines de feu et de fureur (un Hadès). D’une manière ou d’une autre, nos
informations devraient trouver un moyen de se rendre dans ces autres
univers, ce que les physiciens ne pensent pas être envisageable actuellement.
N’oublions pas que les règles de ces autres univers seront peut-être
totalement différentes des nôtres. Quelles adaptations seraient nécessaires
pour que vos informations puissent exister dans votre univers de
destination ? Le temps et la causalité fonctionneraient-ils de la même
manière ? Sur quel type de vaisseau ou de machine (biologique ou non)
votre information reposerait-elle ? Après tout, si la vie après la mort est
éternelle, penser, évoluer et expérimenter dans votre nouvel environnement
serait un plus. Ce que vous désirez, c’est la vie après la mort, pas rester figé
pour toujours. Cela signifie que le méta-univers doit être capable d’exécuter
votre logiciel, que ce soit par le biais d’états d’objets quantiques ou d’autres
choses que nous peinons encore à imaginer. Considérez cela comme le
portage d’un programme humain sur un nouveau type d’ordinateur
extraterrestre !

Le paradis sur Terre


Il existe une dernière possibilité : notre Univers est le méta-univers. Dans
cette ultime configuration, la vie après la mort doit exister dans notre
Univers, et non hors de lui ou dans un univers parallèle.
On peut toujours imaginer qu’une espèce extraterrestre voisine ait créé un
Valhalla pour nous, et qu’elle se tienne prête avec des scanners à nous y
transférer lorsque nous mourrons. Ou, encore plus intéressant, pourquoi ne
construirions-nous pas nous-mêmes notre au-delà ?
Comment cela fonctionnerait-il ? Eh bien, en développant le même type
de technologie que celle qu’une hypothétique force céleste utiliserait pour
nous emporter. Nous devrions réussir à scanner entièrement notre corps
jusqu’au niveau moléculaire ou particulaire (ou, au moins, jusqu’au niveau
de ce qui fait l’essence humaine), et faire suffisamment de progrès en bio-
ingénierie ou en technologie d’impression 3D pour le reconstruire. Une fois
ces deux technologies maîtrisées, nous serions en mesure de créer des copies
de nous-mêmes, plus jeunes ou en meilleure santé, et nous les transférerions
dans un lieu idéal, ou au contraire dans une version cauchemardesque de la
Terre, selon la raison pour laquelle nous aurions créé l’au-delà.

Bien sûr, nous sommes très loin de bénéficier de ces technologies, et il y


aurait aussi quelques problèmes délicats de mécanique quantique à prendre
en compte, ainsi que nous l’avons déjà souligné. D’ailleurs, il serait peut-être
plus facile de ne pas avoir de corps physique du tout !
Au lieu d’essayer de recréer votre corps, vous pourriez profiter des
avantages de n’être qu’information et continuer à vivre après votre mort
dans une simulation.
Toutes les informations essentielles qui font que vous êtes vous seraient
téléchargées dans un ordinateur, qui exécuterait alors une simulation de votre
vous numérique. Votre copie numérique existerait dans cet environnement, y
évoluerait et changerait. Et comme il s’agirait d’une simulation, cette vie
après la mort pourrait être conçue sur mesure selon vos desiderata. Vous
voulez cinquante sundaes au petit-déjeuner tous les jours ? Aucun
problème ! Vous fantasmez depuis toujours sur les années 1980 ou bien vous
avez envie de passer un moment avec Jon Hamm dans le style Black
Mirror ? Dans un monde numérique, tout est possible.
Est-ce que cette vie après la mort durerait éternellement ? Eh bien, elle
durerait aussi longtemps que quelqu’un garderait les ordinateurs branchés. Il
est intéressant de noter que vous pouvez régler l’écoulement du temps à
l’intérieur de la simulation à la vitesse que vous préférez. En fonction de la
puissance des processeurs informatiques, vous pourriez vivre un million de
vies dans votre vie numérique après la mort, dans l’intervalle qu’il faut au
technicien informatique pour aller chercher une tasse de café.
Nos ordinateurs ne sont actuellement pas assez puissants pour stocker
toutes vos informations ou imiter le monde à la perfection, mais ils
s’améliorent rapidement, et il semble probable qu’ils seront en mesure
d’offrir une vie après la mort tout à fait convenable dans un avenir proche.
Des ricochets dans le temps
Comme vous l’aurez constaté, le paradis n’est pas une mince affaire.
Mettre en place une vie après la mort implique de construire des univers
entiers, de scanner à distance et automatiquement d’innombrables particules
quantiques et de trouver un moyen de faire circuler toutes ces informations
sans que personne ne s’en aperçoive. Bien que nous ne puissions pas exclure
techniquement cette éventualité, d’un point de vue physique, la tâche semble
un brin ardue.
En fin de compte, ce que fait la physique, c’est observer le monde qui
nous entoure et tirer des conclusions à partir de ce que nous sommes
capables de tester et d’observer. Jusqu’à présent, notre vision actuelle de
l’Univers nous incite à penser qu’il suit des règles strictes. Il ne semble y
avoir aucune exception, même si notre esprit aimerait qu’il en soit
autrement. Pour autant que nous le sachions, rien ne prouve qu’il advienne
autre chose que de l’entropie après notre mort.
Est-ce que cela signifie que la physique écarte la possibilité d’une vie
après la mort dans notre Univers ? Que, lorsque nous mourons, ce que nous
sommes disparaît à jamais ?
Pas entièrement.
Selon la mécanique quantique, l’information quantique ne peut être
détruite dans cet Univers. Cela signifie que, lorsque votre corps meurt, les
particules qui le composent se séparent et se dispersent, mais leurs
informations quantiques ne disparaissent pas. Elles sont absorbées ou
transformées en d’autres particules, mais elles subsisteront, encodées dans
l’état quantique de l’Univers, comme une empreinte ou un indice.
Techniquement, quelqu’un dans un avenir lointain pourrait examiner cette
empreinte et reconstituer qui vous êtes et ce que vous avez fait. Tel est le
pouvoir de la mécanique quantique.
Et cette idée s’étend également à vos actions. Chaque action que vous
entreprenez provoque des interactions avec d’autres particules et modifie
leur état quantique d’une manière unique qui, en principe, stocke les
informations de cette interaction. Dans un sens très réel, nos actions se
propagent à travers le temps, jamais perdues et toujours présentes dans
l’histoire quantique de l’Univers.
Ainsi, tous ceux qui ont vécu sont encore parmi nous, à travers
l’empreinte, faible mais indélébile, que nous laissons tous sur les choses qui
nous entourent. Un jour, vous mourrez peut-être vous aussi, et vous ferez
partie de la mémoire de l’Univers. Un vieil adage dit que nous vivons dans
le cœur et l’esprit de ceux qui nous ont connus. Selon la mécanique
quantique, ce n’est pas seulement vrai, c’est un fait mathématique.
VIVONS-NOUS DANS UNE
SIMULATION INFORMATIQUE ?
Est-ce que c’est réellement en train d’arriver ? Pour de vrai ?
C’est une question que les gens se posent souvent lorsqu’ils vivent
quelque chose de fantastique (ou le contraire !), ou parfois simplement
lorsqu’ils lisent les nouvelles du jour. Le monde dans lequel nous vivons
peut sembler tellement horrible ou merveilleux qu’il est difficile de croire
qu’il existe vraiment.

Mais, après tout, sommes-nous vraiment sûrs qu’il existe ?


Selon une idée qui circule déjà depuis des milliers d’années, l’Univers
dans lequel nous vivons, celui que nous expérimentons avec tous nos sens,
n’est peut-être pas réel. Les religions anciennes évoquent souvent un monde
qui ne serait qu’illusion, et Socrate se demandait si nous serions même
capables de faire la différence. Plus récemment, Keanu Reeves a résumé la
situation dans Matrix en un seul mot : « Wow. »
Nous grandissons en supposant que ce que nous voyons et ressentons est
ce qui est réellement, et que l’Univers est rempli d’objets qui se déplacent et
s’entrechoquent pour produire les images et les sons que nous percevons
avec nos sens. Assurément, tout cela semble bien réel. Mais sembler réel et
être réel ne sont pas nécessairement la même chose. Par exemple, les rêves
semblent réels lorsqu’ils se produisent, mais cela ne signifie pas que vous
étiez réellement poursuivi dans la rue par un cookie de la taille d’un
immeuble.
Étonnamment, la physique a elle aussi commencé à se demander si notre
Univers est bien réel. Est-il effectivement possible que notre monde n’existe
pas, que ce que nous vivons ne soit qu’une simulation élaborée d’un Univers
conçu par un ordinateur incroyablement vaste et puissant ? Et, surtout,
comment pourrions-nous le savoir ?

Pourquoi envisager cette perspective ?


L’idée selon laquelle le monde ne serait pas réel et que nous vivrions en
fait dans une gigantesque simulation vous paraît peut-être complètement
folle. Comment notre monde désordonné et ultradétaillé pourrait-il être
engendré par un ordinateur ? Même quelque chose d’aussi simple qu’une
mouche qui bourdonne dans votre salon est riche de détails. Songez un
instant à la façon dont ses minuscules ailes s’agitent furieusement sur les
milliards de molécules de l’air environnant, ou encore à ses yeux scintillants
qui reflètent votre visage dans chacune de leurs facettes. Un ordinateur
pourrait-il vraiment simuler tout cela ?
Eh bien, oui. Les images de synthèse sont aujourd’hui incroyablement
réalistes. Comparez la simplicité du premier Toy Story avec l’opus le plus
récent (Toy Story 4) et vous aurez un aperçu des énormes progrès réalisés en
quelques années par la technologie informatique. La réalité virtuelle et les
jeux vidéo sont devenus étonnamment sophistiqués par rapport aux volumes
grossiers qu’affichaient les premières versions. Les derniers jeux vidéo
sportifs sont tellement bluffants qu’il est très délicat de dire au premier coup
d’œil s’il s’agit d’une simulation de match ou de la séquence réelle d’un
événement en direct. Les cris de triomphe ou de frustration, les mouvements
d’humeur sont tous fidèlement retranscrits ! Au rythme où vont les choses, il
est probable que le jour viendra où il sera difficile, voire impossible, de faire
la différence entre la réalité virtuelle et la réalité… réelle.
Voilà ce qui conduit certains à affirmer qu’il est même plus que probable
que nous vivions dans une simulation. Au fur et à mesure que notre
technologie s’améliore, nous commençons à imaginer un avenir dans lequel
chacun fait tourner une simulation d’Univers sur son ordinateur personnel.
Et il pourrait même y avoir dans ces simulations des simulations de
personnes qui feraient tourner d’autres simulations (une simulation à
l’intérieur d’une simulation !). Si l’on suit cette logique, il y aura bientôt
beaucoup plus de simulations que d’univers réels, ce qui entraînera
inévitablement quelques questions. Quelles sont les chances que nous
vivions dans le seul véritable Univers, et non dans l’un de ces innombrables
univers virtuels ? Statistiquement parlant, il serait plus logique de parier sur
l’idée que nous vivons dans un jeu vidéo.
Sur le plan philosophique, il existe une autre raison de penser que nous
vivons peut-être à l’intérieur d’une simulation : notre Univers paraît
fonctionner comme une simulation.
En effet, celui-ci a beaucoup de points communs avec les programmes
informatiques que nous utilisons pour construire des jeux et des mondes
virtuels : il suit apparemment des règles.

Toute l’ambition de la physique consiste à découvrir les règles de la


nature, des règles que notre Univers semble effectivement suivre. De la
mécanique quantique à la relativité générale, nous avons l’impression de
nous rapprocher peu à peu de la découverte du code source de l’Univers.
Mais nous négligeons souvent une question fondamentale : pourquoi suit-il
des règles ? Pourquoi est-il si cohérent et régulier ?
Les lois de la physique s’appliquent apparemment partout, tout le temps,
exactement de la même manière. Ce qui fait penser à… un programme
informatique. Tout comme un logiciel, l’Univers dans lequel nous vivons
avancerait sur des rails, appliquant aveuglément un ensemble d’instructions
définies par un programmeur-maître.
Le fait que notre Univers présente de nombreux points communs avec la
façon dont un Univers simulé fonctionnerait est un argument de poids pour
affirmer que tel pourrait bien être le cas.

Mais est-ce possible ?


Que faudrait-il faire pour simuler effectivement un Univers entier ?
Il est clair que les programmeurs accomplissent des choses étonnantes ces
derniers temps, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il est désormais
facile de construire un Univers virtuel. Passer de la description d’une seule
mouche dans un endroit donné à la description de tout représente quand
même un saut non négligeable. La tâche est quasi impossible, car il y a
beaucoup de choses dans « tout » ! Beaucoup de détails dans les mouches et
les brins d’herbe, mais aussi beaucoup de mouches et des milliards de brins
d’herbe. Et nous ne parlons que de notre planète !
Pour avoir une idée de ce dont nous aurions besoin, commençons par
décrire le possible fonctionnement d’un Univers virtuel. De notre point de
vue, il y a en gros trois façons de procéder.

Un cerveau dans une cuve


Dans ce premier scénario, un ordinateur exécute la simulation et envoie
des messages à un véritable cerveau humain. Ce dernier construit son
concept du monde à partir de ce qu’il perçoit par ses sens. Ces signaux ne
sont pas créés par des organes sensoriels dans un corps réel, mais par la
simulation informatique. L’ordinateur contient un modèle de tout un Univers
factice qui interagit avec le cerveau. Lorsque le cerveau envoie un message
comme « Avance ! », l’ordinateur simule l’acte d’avancer et calcule la façon
dont le monde changerait et quelles nouvelles informations fournir au
cerveau.
Un cerveau extraterrestre dans une cuve
Dans un scénario un tantinet plus déjanté, un ordinateur pourrait exécuter
la simulation pour un cerveau extraterrestre et lui faire croire que son
cerveau est humain. L’extraterrestre serait persuadé que son cerveau est une
boule de gelée remplie de milliards de neurones qui se tirent dessus, mais, en
réalité, il pourrait ressembler à n’importe quoi, être beaucoup plus grand ou
plus petit, fonctionner selon des principes complètement différents, tel un
vaste réseau de pompes hydrauliques ou de minuscules ordinateurs
quantiques ou quelque chose d’encore plus dingue.

Vous êtes un logiciel


Préparez-vous à accéder au niveau supérieur du métavers. Et si nous
n’avions pas de cerveau du tout ? Et si les cerveaux dans la simulation
étaient tous virtuels ? Dans ce scénario, les esprits vivants et conscients font
partie d’un programme plus vaste. Au cours des dernières décennies,
l’intelligence artificielle a fait des progrès colossaux, et nous savons
désormais créer des systèmes informatiques capables d’imiter les fonctions
d’apprentissage, de mémoire et de résolution de problèmes du cerveau. Au
fur et à mesure que ces esprits artificiels deviennent plus complexes, ils
accomplissent des choses que les humains pensaient totalement impossibles :
battre le champion du monde d’échecs, conduire une voiture dans la
circulation, identifier des visages, tenir une conversation réaliste. À partir de
là, il devient facile d’imaginer créer un monde virtuel peuplé par des êtres
intelligents virtuels.

Bien sûr, quel que soit le type d’univers virtuel que vous créez, vous aurez
toujours besoin d’un gigantesque ordinateur pour le faire fonctionner. Pour
simuler un Univers, il faut commencer par établir la configuration initiale :
l’emplacement de tous les objets et la vitesse à laquelle ils se déplacent.
Ensuite, appliquer les lois de l’Univers. Qu’arrive-t‑il alors à ces objets en
premier lieu ? Rebondissent-ils les uns sur les autres, se croisent-ils,
accélèrent-ils, ralentissent-ils ou tournent-ils à gauche ? Le statut de chaque
objet est mis à jour selon les règles, et le temps avance d’un cran. Le
processus se répète, et la situation est de nouveau évaluée.
Si vous avez beaucoup d’objets, ces opérations exigent une
impressionnante puissance de calcul, puisque chaque objet mobilise un peu
de mémoire informatique pour suivre sa position et ce qu’il fait. Imaginez la
quantité de mémoire dont vous auriez besoin pour un Univers entier et la
puissance de traitement nécessaire pour analyser toutes ces données ! Vous
devriez simuler chaque particule et chaque planète de l’Univers au même
niveau de détail incroyable. N’est-ce pas tout bonnement impossible ?
Peut-être pas. Pour être convaincant, un Univers virtuel doit seulement
sembler réel aux êtres qui vivent dans la simulation. Voici quelques façons
de s’en sortir avec moins de puissance de calcul que vous ne le pensez.
Raccourci no 1
Le premier raccourci consiste à faire de votre Univers virtuel une version
moins élaborée de l’Univers réel, en le construisant par exemple avec moins
de dimensions que l’Univers réel, ou avec des règles simplifiées, ou un peu
plus pixellisé. Le fait qu’un Univers virtuel soit moins complexe ne signifie
pas qu’il apparaîtra artificiel aux créatures virtuelles qui y vivent. Notre
Univers est peut-être primitif par rapport à l’Univers réel, mais, comme nous
n’avons pas de point de comparaison, nous nous contentons du réalisme
qu’il nous offre. Les personnages sentients d’un jeu Super Mario
estimeraient probablement que leur univers est aussi complexe qu’il est
possible de l’être.

Raccourci no 2
Vous économiserez aussi sur la puissance de calcul en ne faisant pas
tourner votre simulation en temps réel. Aucune règle ne stipule qu’une
simulation doit s’exécuter au même rythme que celui de la vraie vie.
Arrangez-vous pour que votre simulation fonctionne plus lentement, de sorte
qu’une année dans la simulation prenne mille ans dans l’Univers réel. Votre
ordinateur aurait alors tout le temps de restituer les détails nécessaires pour
convaincre les êtres qui s’y trouvent qu’ils sont bien réels. Ils ne verraient
pas la différence, car ce serait le seul rythme temporel qu’ils connaîtraient.
Vous pourriez même mettre la simulation en pause, l’oublier et ne la
redémarrer que le lendemain, et ce qui se trouverait à l’intérieur – peu
importe sa nature – ne s’en apercevrait pas. Les personnages d’un jeu vidéo
remarquent-ils que vous avez mis le jeu en pause pour aller aux toilettes ?
Non, car ils sont dans le jeu.

Raccourci no 3
Une troisième façon de rendre une simulation d’Univers gérable est de
faire preuve d’ingéniosité dans sa programmation. Faut-il vraiment simuler
chaque particule d’un Univers pour faire croire à ses habitants qu’il est réel ?
Une astuce courante utilisée lors de l’écriture de simulations consiste à ne
zoomer qu’en cas de nécessité. Lorsque les ingénieurs simulent des
mouvements de circulation automobile, ils utilisent comme éléments de base
les voitures, pas les particules à l’intérieur de chaque voiture. Et lorsque les
météorologues écrivent des simulations d’ouragans, ils partent des nuages ou
des gouttelettes d’eau, pas des protons.
De la même manière, vous pourriez programmer une simulation de
l’Univers en bloc, comme une version brute, et n’entrer dans les détails au
niveau des particules mêmes que quand c’est strictement nécessaire. Les
planètes lointaines ne seraient simulées que si quelqu’un dans la simulation
construisait un télescope suffisamment puissant pour les voir, et les
particules individuelles ne seraient simulées que lorsque les physiciens des
particules virtuels construiraient des collisionneurs pour les étudier.
Pourriez-vous vous en rendre compte ?
Tout ce qui précède aboutit à la conclusion qu’il est tout à fait possible
que nous (ou du moins vous 1) vivions à l’intérieur d’une simulation. Les
dernières avancées technologiques indiquent que la chose est plausible, et la
philosophie affirme qu’un Univers simulé serait pour nous tout aussi valide
qu’un Univers réel. Cela signifie-t‑il que nous sommes condamnés à ne pas
savoir ? Y a-t‑il un moyen de faire la différence entre un vrai Univers et un
faux ?
À dire vrai, tout dépend de la façon dont l’ordinateur a été programmé.
S’il fonctionne parfaitement, alors, par définition, la simulation ne saurait se
distinguer de la réalité. Peut-être que, hors de notre Univers, l’Univers réel
est beaucoup plus compliqué, et qu’il est envisageable de construire un
ordinateur suffisamment puissant pour simuler chaque détail de notre
expérience. Dans ce cas, nous ne connaîtrons jamais la vérité.
Mais, si la programmation informatique dans l’Univers réel ressemble
juste un tout petit peu à la programmation dans notre Univers, alors il y a
toujours un bug quelque part. Et c’est notre meilleur atout pour savoir si
notre Univers est une simulation : trouver un bug.
À quoi ressemblerait un bug ? Cela dépend là encore de la façon dont la
simulation est programmée, ce qui rend les prévisions très hasardeuses. Mais
nous pouvons esquisser quelques suppositions !
La simulation a peut-être une puissance de calcul limitée. Dans ce cas, elle
aurait du mal à simuler des choses qui se produisent sur de vastes distances
dans l’espace. Lorsque nous construisons des simulations d’objets
complexes et de grande taille, nous essayons de les simplifier en les
décomposant en éléments plus petits. Il est plus facile de simuler chaque
pièce séparément, puis d’assembler les résultats. Une version virtuelle de
notre Univers pourrait simuler chaque galaxie comme des objets séparés, de
sorte que ce qui se passe à l’intérieur d’une galaxie est indépendant de ce qui
se passe à l’intérieur d’une autre galaxie. Cela revient à prendre un raccourci
en espérant que personne ne s’en aperçoive, car les êtres dans les deux
galaxies ne sont pas susceptibles d’interagir entre eux.
Mais le truc ne fonctionne que si ce qui se passe dans Andromède reste
dans Andromède. Qu’un événement dans la galaxie d’Andromède ait d’une
façon ou d’une autre un impact sur notre galaxie, et nous pourrions utiliser
ce fait pour essayer de repérer un bug. Et si le trou noir supermassif au
centre d’Andromède nous envoyait, par exemple, des particules que nous
détecterions dans notre atmosphère ? Cela relierait directement les deux
galaxies, et la simulation pourrait alors donner des signes de faiblesse, des
irrégularités dans la trajectoire des particules jusqu’à nous, ou encore des
énergies incohérentes. Des indices de ce type signaleraient que quelque
chose ne tourne pas rond dans cet Univers 2.

La simulation de notre Univers pourrait aussi avoir une résolution limitée.


Tout comme les anciens ordinateurs de la famille « ×86 » n’affichaient que
des images pixellisées sur des moniteurs vidéo noir et vert, un Univers
virtuel pourrait parfois arriver à sa résolution minimum. Si nous plongions
dans l’espace et la matière et découvrions que l’Univers est pixellisé à un
niveau non explicable par les lois de la physique, cela pourrait être le signe
que nous sommes dans une simulation.
Une dernière possibilité serait que la simulation dans laquelle nous
sommes ne soit pas bien conçue. Cela arrive tout le temps en
programmation, dans notre Univers. Malgré les efforts considérables et les
précautions des programmeurs, nos simulations finissent toujours par
bugguer à un moment donné. Ceux qui ont conçu notre Univers n’auront
peut-être pas pris en compte toutes les configurations possibles, ou anticipé
tous les problèmes pouvant se présenter. Nous pourrions nous en rendre
compte au fur et à mesure que nous en apprenons davantage sur notre
Univers. Nous disposons par exemple de deux théories concurrentes sur la
nature de la réalité (la mécanique quantique et la relativité générale). Ces
deux théories n’interagissent pas souvent, elles semblent donc fonctionner
prises séparément, mais il existe des situations dans lesquelles elles se
contredisent totalement. C’est notamment le cas à l’intérieur d’un trou noir,
où une théorie prédit une singularité tandis qu’une autre prédit une sorte
d’amas d’indétermination. La personne qui a réalisé la simulation de notre
Univers n’a peut-être pas pensé à toutes les règles, ou elle a fait preuve de
négligence, ou encore était pressée lorsqu’elle l’a conçue. La découverte
d’une incohérence indiquerait que quelque chose cloche dans cette réalité.

Pourquoi construire une telle simulation ?


La plus grande question à propos de cette idée totalement folle d’Univers
virtuel est, bien sûr : « Pourquoi ? »
Pourquoi quelqu’un (ou quelque chose ?) se donnerait-il la peine de créer
un faux Univers entier et de le peupler de cerveaux connectés ou d’êtres
artificiels sentients ? Pour obtenir de l’énergie ou dans un autre but étrange ?
Notre Univers est peut-être une sorte d’expérience, construit pour essayer
de répondre à une question scientifique (comme « Dans combien d’univers
les bananes évoluent-elles ? »), ou peut-être une question psychologique
(« Dans combien de ces univers les gens sont-ils assez intelligents pour les
manger ? »). Ou peut-être sommes-nous une expérience pour un certain type
d’univers, à côté d’innombrables autres simulations d’univers dans lesquels
les lois de la physique ou la nature même de la réalité sont différentes (le
monde de Super Mario pourrait être totalement réel dans l’univers voisin).
Ou peut-être ne sommes-nous qu’un divertissement, un objet d’agrément,
l’équivalent d’un aquarium dans un univers extraterrestre, ou d’un jouet pour
enfants. Pire, et si nous étions l’écran de veille de leurs ordinateurs portables
mégacomplexes ? Comment savoir ce qui amuse quelqu’un (ou quelque
chose) de suffisamment intelligent pour construire une simulation aussi
complexe que notre Univers ?
En résumé, il se pourrait que nous vivions tous à l’intérieur d’une
simulation d’un Univers qui fonctionne comme une machine géante, régie
par des règles que nous sommes tenus de suivre et que nous ne comprenons
pas encore totalement, avec la possibilité que nous ne connaissions jamais la
véritable nature de cette réalité. Si cela vous semble un peu triste, posez-
vous la question suivante : est-ce que cela serait très différent que d’être
dans un Univers réel ?
La véritable illusion consiste peut-être à penser qu’il y a une différence
entre un Univers virtuel et l’Univers réel. D’un point de vue pratique, vivre
dans une simulation aurait-il vraiment des répercussions sur votre expérience
ou sur votre sentiment d’identité ? Peut-être devrions-nous nous estimer
heureux d’exister tout court, simulation ou pas, et nous contenter de chercher
à connaître toutes les règles de notre existence, que nous trouvions ou non
les réponses. Si cela se produit (même dans une simulation), cela ne rend-il
pas la simulation réelle ?
POURQUOI E =MC2 ?
Si vous demandez au commun des mortels de vous citer une équation, il y a
de grandes chances pour que ce soit E = mc2.

C’est la formule la plus célèbre de la physique, probablement parce


qu’elle est facile à retenir. Sa forme est simple et élégante, un peu comme le
logo en virgule de Nike. Comparée à d’autres équations de physique qui
évoquent des hiéroglyphes égyptiens 1, elle est presque sexy. Bien sûr, le fait
d’avoir été découverte par Einstein, dont le génie (et la célèbre coiffure) fait
partie de la culture populaire depuis le siècle dernier, ajoute encore à son
aura.
Les formules de physique ne sont toutefois pas que des mathématiques ;
elles sont censées décrire quelque chose de l’Univers. Et c’est une autre
raison pour laquelle E = mc2 reste dans l’esprit des gens. Ici, E signifie
énergie, m renvoie à la masse et c à la vitesse de la lumière dans le vide, soit
299 792 458 mètres par seconde. Le fait que tous ces éléments soient réunis
dans une formule simple et facile à mémoriser implique qu’ils sont liés les
uns aux autres de manière profonde.

Mais qu’est-ce que cela signifie exactement ? Comment la masse,


l’énergie et la lumière sont-elles connectées les unes aux autres ? Et que dit
cette relation sur notre nature fondamentale et sur celle de l’Univers ?
Masse et énergie
La plupart d’entre nous assimilent la masse avec la matière dont nous
sommes faits. Qu’un objet ait une masse importante, et nous pensons à
quelque chose de lourd, d’encombrant, de substantiel ; plus elle est faible,
plus nous nous représentons des choses légères, éthérées, voire à peine
présentes.
Les lois du mouvement de Newton reprennent cette conception quasi
intuitive, acquise dès notre plus jeune âge. Pendant des siècles, F = ma a
occupé la première place sur le podium des équations de physique les plus
importantes au monde. Dans cette formule, F est la force appliquée à un
objet, m la masse de l’objet et a l’accélération, c’est-à-dire la rapidité avec
laquelle l’objet commence à se déplacer. Si la masse de l’objet est
importante, F doit être élevée pour faire bouger l’objet. Si m est faible, une
légère poussée suffit à le mettre en mouvement.
Pour nous, la masse est une mesure de la substance de quelque chose. Les
choses qui ont davantage de masse, comme les montagnes et les planètes,
semblent plus réelles et plus solides.
Nous avons en revanche tendance à considérer l’énergie comme quelque
chose de complètement différent. Nous l’associons à la chaleur, à la lumière,
au feu ou au mouvement, bref à une entité éphémère susceptible de s’écouler
ou d’être transmise. L’énergie confère le pouvoir de faire des choses et d’en
brûler d’autres. Comme une quantité magique, vous pouvez la stocker et la
libérer en cas de besoin.
Longtemps, cette intuition sur la masse et l’énergie colla parfaitement
avec les lois de Newton et notre compréhension globale de l’Univers. La
masse et l’énergie étaient deux choses différentes, même si elles
interagissaient l’une avec l’autre.
Nous pensions par exemple qu’en apportant de l’énergie à quelque chose,
comme un récipient rempli d’eau, cette énergie aurait pour effet d’accélérer
les petites molécules d’eau, mais sans changer la masse de l’eau. Après tout,
l’ajout de chaleur ne modifie pas le nombre de molécules d’H2O ; il les fait
simplement bouger plus rapidement.
À la fin des années 1880, les physiciens ont commencé à poser des
questions embêtantes, comme « Mais, au fait, d’où vient la masse ? » et
« Qu’est-ce que c’est, exactement ? ». Dans un premier temps, ils se sont
intéressés à l’électron, qui venait d’être découvert. Les physiciens ont
remarqué que, lorsqu’une particule chargée (comme l’électron) se déplace,
elle crée un champ magnétique. Ce champ magnétique repousse la particule,
ce qui rend plus difficile d’imprimer à cette dernière un mouvement plus
rapide. Le résultat est un peu similaire à celui qu’on obtiendrait si l’électron
avait une masse lourde à déplacer, ce qui a conduit les physiciens à
envisager que la masse et l’énergie (dans ce cas, celle du champ magnétique)
avaient quelque chose en commun.
Puis Einstein est intervenu avec un argument qui a tranché le débat.
À l’époque, ce dernier était obsédé par l’idée de la relativité, l’étude de la
façon dont les lois de la physique s’appliquent aux objets qui se déplacent
les uns par rapport aux autres. On savait que rien ne peut aller plus vite que
la vitesse de la lumière, et que cette limite est valable quelle que soit la
vitesse de l’observateur : même si vous vous déplacez extrêmement vite, la
vitesse de la lumière reste constante. Cette limitation fondamentale donne
lieu à des effets vraiment étranges selon que l’on considère l’apparence des
choses pour une personne se trouvant sur Terre et pour une autre se
déplaçant à grande vitesse dans une fusée.
Einstein prend notamment le cas d’un astéroïde qui dégage de la chaleur
dans l’espace sous la forme de photons infrarouges. Si vous flottiez dans
l’espace à côté du caillou en question, vous ne remarqueriez probablement
rien d’étrange. Vous verriez les photons émis par l’astéroïde à une énergie
donnée (comme c’est le cas pour tous les photons).

En revanche, si vous passiez devant la Terre à bord d’une fusée, les choses
se présenteraient à vous différemment. Grâce aux formules de la relativité,
Einstein comprend que vous verriez les photons émis par l’astéroïde à une
fréquence de la lumière différente. Cet effet, l’effet Doppler relativiste,
rappelle la variation sonore de la sirène d’une voiture de police selon qu’elle
se rapproche ou s’éloigne de vous. Dans notre cas, cependant, le décalage est
un peu plus étrange en raison des règles de la relativité (puisque vous ne
pouvez pas voir le photon aller plus vite ou plus lentement que la vitesse de
la lumière). La conséquence directe, c’est qu’à bord de votre vaisseau spatial
lancé à grande vitesse, vous mesurez l’énergie des photons différemment que
si vous la mesuriez en étant stationnaire à côté de l’astéroïde. Mais comme il
s’agit des mêmes photons, quelque chose d’autre a dû changer.
Selon Einstein, ce qui change, c’est l’énergie cinétique de l’astéroïde. Or
l’énergie cinétique provient de la masse et de la vitesse d’un objet, et,
comme la vitesse de l’astéroïde n’a pas changé pendant qu’il émettait ses
photons, Einstein en conclut que c’est sa masse qui a varié. Plus
précisément, il affirme que la masse de l’astéroïde change d’une quantité
égale à l’énergie des photons, si on la multiplie par la vitesse de la lumière
au carré. En d’autres termes, il parvient à ceci :

Énergie du photon = (variation de la masse de l’astéroïde) x (vitesse de la lumière) 2


Cela signifie que, lorsqu’un photon quitte l’astéroïde, il modifie la masse
de ce dernier. Cette variation est identique (à condition de la multiplier par la
vitesse de la lumière au carré) à l’énergie du photon émis. Une petite partie
de la masse de l’astéroïde a donc été transformée en énergie, ensuite émise
sous la forme d’un photon (rappelez-vous que les photons n’ont pas de
masse ; ils sont de l’énergie pure).
Ce résultat était révolutionnaire. Il s’opposait à des milliers d’années
d’intuition humaine qui nous disaient que la masse et l’énergie sont des
choses totalement différentes. Au lieu de cela, l’équation d’Einstein affirme
que les deux entités sont liées et que l’on peut en quelque sorte transformer
l’une en l’autre, de la même manière que l’on peut entrer dans un bureau de
change et échanger des dollars contre des euros.
À ce stade, vous vous demandez peut-être quel est le sens de tout cela.
Comment quelque chose comme une masse, qui possède une substance,
peut-elle être transformée en énergie pure et vice versa ?
Une première supposition serait que quelques atomes de roche se
désintègrent d’une façon ou d’une autre pour se transformer en photons. Ce
serait une façon de diminuer la masse de l’astéroïde. Mais, en réalité, ce
n’est pas du tout ce qui se passe. L’astéroïde conserve le même nombre
d’atomes avant et après la création du photon, tandis que, d’une manière ou
d’une autre, la masse de roche diminue.
C’est très étrange pour nous, car nous ne sommes pas habitués à ce que la
masse des choses change. Si vous avez un poids en métal sur votre bureau,
vous ne vous attendez pas à ce que ce poids devienne plus léger ou plus
lourd simplement parce que vous allumez ou éteignez la climatisation. Un
kilo de sucre reste un kilo de sucre, que vous le mettiez ou non au
réfrigérateur, n’est-ce pas ?
Pour comprendre ce qui se passe réellement ici, nous devons nous pencher
un peu plus sur ce que signifie avoir une masse. Il existe notamment deux
indices importants qui nous aideront à reconstituer ce puzzle.

La majorité de votre masse n’est pas de la « substance »


Vous vous considérez probablement comme étant fait d’une substance
solide. Après tout, vous êtes ce que vous mangez, et vous mangez pas mal de
trucs. Pas des éclairs ou des rayons de soleil. Et quand vous palpez votre
bras, il donne l’impression d’être plutôt concret.
En réalité, si vous y regardez de plus près et que vous zoomez sur les
entités qui vous composent, vous constaterez qu’il n’y a pas grand-chose. En
observant un atome donné de votre corps, vous vous apercevrez qu’une
grande partie de celui-ci est vide. La quasi-totalité de la masse de l’atome se
trouve dans le noyau, puisque le proton et le neutron pèsent chacun deux
mille fois plus que l’électron. Et comme nous l’avons vu au chapitre « Une
vie après la mort est-elle possible ? », il est encore plus fascinant de
constater que, lorsque nous « ouvrons » un proton ou un neutron, ils sont
eux-mêmes constitués de quarks up et down : deux quarks up et un down
pour le proton, et deux quarks down et un up pour le neutron.
Donc, en réalité, la majorité de la masse de votre corps réside dans ces
groupes de quarks. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est ce qui se passe
quand on sépare ces quarks.
Si vous mesurez la masse des trois quarks ensemble (dans un proton, par
exemple), vous obtiendrez une masse d’environ 938 MeV/c2 (un MeV/c2
correspond à environ 1,7 × 10–30 kilogrammes).
Mais, si vous désintégrez ce proton et séparez les trois quarks, vous
constaterez que chaque quark « up » n’a qu’une masse d’environ 2 MeV/c2
et que le quark « down » n’a qu’une masse de 4,8 MeV/c2.
Les quarks n’ont pratiquement aucune masse à eux seuls ! Ils pèsent
chacun moins de 1 % de la masse du proton.
Et pourtant, lorsque vous réunissez les quarks, leur masse augmente d’un
facteur cent. C’est comme si vous mettiez trois pièces de Lego ensemble et
que vous constatiez que, tout à coup, elles pèsent autant que trois cents
pièces de Lego. Qu’est-ce qui se passe ? D’où vient toute cette masse ?
La réponse surprenante est que la masse provient de l’énergie qui lie les
quarks entre eux.
Nous avons découvert un fait incroyable : l’énergie agit comme la masse.
Si vous avez un peu d’énergie à un endroit (piégée par exemple dans les
liens entre deux particules), eh bien, cette petite quantité d’énergie sera
difficile à pousser et à tirer de la même manière que la masse est difficile à
pousser et à tirer. Si vous séparez les deux particules et laissez l’énergie se
dissiper, les particules seront plus faciles à déplacer. En d’autres termes,
l’énergie elle-même a une inertie.
Et ce n’est pas tout ! L’énergie ressent aussi la gravité. Toute petite
quantité d’énergie piégée va également courber l’espace et être attirée par
d’autres objets, tout comme le font les objets ayant une masse.
Ainsi, dans le cas du proton, sa masse est la somme des masses
individuelles des trois quarks, plus l’énergie des liaisons qui les
maintiennent ensemble (pour les quarks, c’est la force nucléaire forte qui les
lie).
C’est vrai pour toutes les choses dans la nature, pas seulement pour les
protons. La masse d’un lama, par exemple, est égale à la masse de toutes ses
particules, plus l’énergie nécessaire pour maintenir toutes ces particules
ensemble (y compris les liaisons chimiques classiques entre les molécules).
Si vous deviez couper votre lama en deux (désolé, l’ami), la somme des
masses des deux morceaux serait inférieure à la masse du lama entier.
Et comment déterminer l’énergie équivalente à cette masse perdue ? Vous
l’avez deviné : il faut avoir recours à E = mc2.
C’est en partie ce que signifie E = mc2 : la masse est équivalente à
l’énergie. Et il s’avère que la plupart de ce que nous considérons comme
notre masse (environ 99 %) n’est en fait que de l’énergie.

Le 1 % restant
Et le 1 % restant dans chacun de nous ? C’est quand même de la
substance, non ? En fait, pas tant que ça.
Au cours des cent dernières années, nous avons également beaucoup
appris sur la nature de la masse des particules fondamentales. Nous avons
regardé d’aussi près que possible et, jusqu’à présent, les particules comme
les quarks et l’électron ne semblent pas être constituées de composants plus
petits. Cela nous indique que leur masse ne provient pas de l’énergie
nécessaire pour maintenir d’éventuels petits morceaux ensemble. Alors, d’où
vient-elle ?
L’idée originale des années 1880 était sur la bonne voie. Les électrons
sont plus difficiles à déplacer à cause du champ magnétique qu’ils génèrent.
Mais il existe un autre champ qui les freine : le champ de Higgs.
Remplissant l’Univers, ce champ quantique tire sur toutes les particules de
matière, ralentissant leurs déplacements. La masse d’une particule vient
donc de son interaction avec le champ de Higgs. Mais ce n’est là qu’une
explication partielle.

L’explication complète est que la masse provient de l’énergie du champ


de Higgs. Certaines particules interagissent beaucoup avec l’énergie stockée
dans le champ de Higgs, ce qui les rend plus difficiles à déplacer. Et d’autres
particules ont des interactions plus faibles, ce qui les rend plus faciles à
déplacer. Dit autrement, la masse de chaque particule n’est en fait que
l’intensité de son lien avec l’énergie du champ de Higgs.
Et nous pouvons aller encore un peu plus loin. Selon la théorie quantique,
les quarks et les électrons eux-mêmes ne sont rien d’autre que de petites
ondulations d’énergie dans les champs quantiques qui imprègnent l’Univers.
Une particule n’est qu’un éclair d’énergie, de la même manière qu’un cri est
une onde dans l’air, ou une vague une onde dans l’eau. En somme, les
particules elles-mêmes ne sont qu’énergie !

Une conclusion massive


Ces deux indices – c’est-à-dire : a) la majeure partie de la masse d’un
objet est l’énergie des liens qui maintiennent cet objet ensemble ; b) même la
masse de chaque particule n’est en fait que de l’énergie – nous conduisent à
une conclusion étonnante et quelque peu choquante : ce que nous concevions
comme « masse » n’existe pas. Ce n’est que de l’énergie.

C’est de cette façon que l’astéroïde dans l’espace perd de la masse


lorsqu’il émet un photon. Il ne perd pas de masse parce qu’il a transformé de
la matière en énergie. Toute matière est déjà de l’énergie. L’astéroïde fait
simplement passer de l’énergie d’une forme à une autre. Dans ce cas, il
transforme l’énergie du mouvement ou de la vibration des molécules en un
photon.
Donc, quand vous pensez à votre astéroïde dans l’espace, ne l’imaginez
pas comme ayant une masse et une énergie, mais comme un gros paquet
d’énergie emmagasinée. Une partie de cette énergie se trouve dans les
particules, une autre dans les liaisons entre les particules, et une autre encore
dans le mouvement des particules, mais tout cela n’est qu’une réserve
d’énergie.
L’inverse se produit également : si l’astéroïde absorbe un rayon de soleil
et se réchauffe, sa réserve d’énergie augmente. Et plus d’énergie implique
que l’astéroïde sera plus difficile à déplacer et qu’il pèsera davantage en
raison de la gravité. Par conséquent, les roches chaudes sont réellement plus
massives que les roches froides. Bien sûr, la différence est faible : rappelez-
vous que, pour calculer le changement de masse équivalent, vous devez
diviser l’énergie du photon par la vitesse de la lumière au carré, un nombre
gigantesque.
C’est ce que révèle E = mc2 : la masse est équivalente à l’énergie. De nos
jours, les physiciens disent que la masse est une formed’énergie, étant donné
qu’il existe d’autres formes d’énergie. Par exemple, les photons peuvent
avoir de l’énergie, mais pas de masse.

Faites-le !
La célèbre équation nous dit qu’il existe un lien profond entre la masse et
l’énergie, ce qui ne revient pas à dire que la masse est quelque chose qui
peut être transformé en énergie. Ce que nous avons appris, c’est que toute
masse est simplement énergie : l’énergie des particules d’un objet, de leurs
liaisons ou de leur interaction avec le champ de Higgs.
L’idée que l’énergie a une inertie ou qu’elle pèse quelque chose semble
étrange et contre-intuitive, mais c’est seulement parce que nous avons pensé
à la masse de la mauvaise façon pendant des centaines d’années. Il n’y a pas
de « substance » ; il n’y a que l’énergie et l’impact qu’elle a sur la géométrie
de l’espace (gravité) et sur la façon dont les choses se déplacent (inertie). Ce
sont les deux côtés du tango de la relativité en deux parties d’Einstein.
Voilà qui change fondamentalement notre façon de voir l’Univers : au lieu
d’être rempli de matière et d’énergie, il n’est plus qu’énergie, nous compris.
De façon très réelle, nous sommes des êtres lumineux faits d’énergie.
N’espérez tout de même pas lancer des rayons laser avec vos yeux de
sitôt !
OÙ EST LE CENTRE DE L’UNIVERS ?
En général, un centre est un endroit important.
Le centre de votre ville est par exemple un point de repère. C’est là que se
trouvent la plupart des activités, comme les meilleures boulangeries et les
institutions qui prennent les décisions importantes. Le centre-ville est aussi
souvent la partie la plus ancienne de l’agglomération, où le premier pain a
été cuit et la première maison construite.
Il en va de même, à plus grande échelle, de beaucoup de choses dans
l’espace. Notre Système solaire a un centre : le Soleil ! C’est la première
chose qui s’est formée à partir du nuage de gaz et de poussière qui nous a
donné naissance, et c’est toujours l’endroit le plus dense. C’est aussi la
meilleure source de lumière et d’énergie, et certainement l’endroit le plus
actif du Système solaire : les lumières ne s’éteignent jamais sur le Soleil.
Même notre galaxie a un centre, un trou noir supermassif dont la masse
équivaut à celle de millions d’étoiles et dont la gravité contribue à maintenir
le tout en place.
Les centres sont également importants parce qu’ils donnent un sens à
l’espace qui vous entoure. Ils vous aident à vous orienter et vous situent par
rapport à tout le reste. Sans ce repère, vous vous sentiriez probablement
désarçonné ou perdu, comme si vous étiez en mer sans boussole ou coincé
dans un magasin IKEA.
Qu’en est-il à l’échelle de l’Univers ? Existe-t‑il un centre où tout aurait
commencé, qui serait le siège de toutes les affaires importantes ? Et si c’est
le cas, à quelle distance sommes-nous de ce centre ? Vivons-nous près du
cœur de l’action ou sommes-nous perdus dans la cambrousse, cosmiquement
parlant ?
Jetons un coup d’œil autour de nous et voyons si nous pouvons localiser le
centre de, eh bien, de tout. Qui sait, nous trouverons peut-être un peu
d’animation lorsque nous nous y rendrons !

Que pouvons-nous voir ?


En général, il est facile de repérer le centre d’une ville en consultant une
carte. Malheureusement, nous ne disposons pas de carte de tout l’Univers,
car nous ne pouvons pas le voir en entier. Ce n’est nullement parce que
quelque chose nous bloque la vue, ni parce que l’Univers est trop grand,
mais parce que la vitesse de la lumière est tout simplement trop lente.
Bien que la lumière soit plutôt rapide par rapport aux chariots IKEA et
aux avions, sa vitesse n’est pas infinie. Il lui faut du temps pour traverser les
zillions de kilomètres d’espace et nous apporter des images des confins du
cosmos. Et, malheureusement, l’Univers est trop jeune pour que nous
puissions le voir en entier. Les physiciens pensent qu’il est apparu il y a
quatorze milliards d’années, ce qui impose une limite aux photons que nous
pouvons voir. Si un objet est tellement éloigné que sa lumière mettrait plus
de quatorze milliards d’années à nous parvenir, il est invisible pour nous.
Cela signifie que l’objet le plus éloigné que nous puissions observer est un
objet qui a émis de la lumière dans notre direction juste après le début de
l’Univers. S’il est plus distant, il ne s’est pas écoulé assez de temps pour que
sa lumière parvienne jusqu’à nous, même si elle est en route.
Nous appelons « Univers observable » ce volume d’espace que nous
pouvons voir. Et, comme la lumière voyage à la même vitesse dans toutes les
directions, ce volume est une sphère centrée sur vous (ou plus précisément,
sur vos globes oculaires).
Certes, l’Univers observable est immense. Comme l’Univers est en
expansion, il est en fait plus grand que quatorze milliards d’années-lumière
dans toutes les directions. Les objets dont la lumière nous parvient
aujourd’hui après quatorze milliards d’années sont plus éloignés que cela,
car l’espace s’est étiré. Cette expansion de l’espace a étendu notre champ de
vision à environ 46,5 milliards d’années-lumière, ce qui donne à l’Univers
observable un diamètre de 93 milliards d’années-lumière. Et si nous
cherchions le centre de l’Univers observable, la réponse serait simple : c’est
nous. Nous sommes tous au centre de notre propre Univers observable, car
nous recevons tous des photons à un endroit légèrement différent.
L’Univers observable de chaque personne s’agrandit chaque année, pas
seulement à cause de l’expansion de l’Univers, mais aussi parce qu’à mesure
que le temps passe, davantage de photons parviennent jusqu’à nous, ce qui
nous permet de voir des choses de plus en plus éloignées.
Bien sûr, l’Univers observable et l’Univers réel sont deux choses
différentes. Notre vision limitée ne nous dit pas nécessairement si l’Univers
a un centre. Si l’Univers observable a presque la même taille que l’Univers
réel, alors nous serons bientôt en mesure de nous faire une idée de l’endroit
où se trouve son centre. Mais l’Univers est peut-être beaucoup plus grand
que ce que nous en voyons, et notre petite bulle de vision pourrait se trouver
dans un coin triste, à l’écart de toutes les fêtes.

De (maigres) indices issus de la structure de l’Univers


Bien que nous puissions théoriquement voir tout ce qui se trouve jusqu’au
bord de l’Univers observable, nous commençons tout juste à explorer
l’espace autour de nous et à découvrir ce qui figure dans notre voisinage. Ce
n’est que récemment que nous avons réussi à construire des télescopes
suffisamment puissants pour observer de plus près les galaxies lointaines et
peu lumineuses.
La première chose que nous avons découverte est que les étoiles et les
galaxies ne sont pas réparties uniformément dans l’Univers, comme les
pépites de chocolat dans un muffin bien fait. Au contraire, elles sont
disposées selon de grandes structures que la gravité a réussi à assembler
après quatorze milliards d’années de patient travail.
Notre galaxie fait partie d’un petit groupe de galaxies voisines baptisé le
« Groupe local ». Les galaxies gravitent autour d’un point central commun,
filent dans l’espace et entrent parfois en collision. Notre voisine,
Andromède, s’écrasera sur la Voie lactée dans environ cinq milliards
d’années. Il existe d’autres amas galactiques similaires à proximité qui, mis
ensemble, forment un superamas de galaxies de plusieurs millions d’années-
lumière de diamètre.
Surprise : ces superamas ne sont pas les plus grandes structures de
l’Univers. Au cours des dernières décennies, nos télescopes ont révélé qu’ils
formaient des arrangements encore plus grands, des filaments galactiques,
qui constituent les parois d’énormes bulles renfermant des milliards
d’années-lumière cubiques de vide. Nous sommes encore en train de
reconstituer l’ensemble du puzzle, mais, pour l’instant, ces bulles de vide
sont les plus vastes structures connues.

Cette architecture que nous découvrons nous indique-t‑elle où se trouve le


centre de l’Univers ? Y a-t‑il une caractéristique que nous pourrions
identifier, un peu comme les bâtiments qui tendent à prendre de la hauteur
lorsqu’on s’approche du centre-ville ou les galaxies qui deviennent plus
denses près de leur centre ?
Malheureusement, même ces bulles géantes ne nous disent pas grand-
chose sur l’endroit où pourrait se trouver le centre de l’Univers. Elles
semblent s’étendre dans toutes les directions de manière assez régulière.
Elles ne deviennent pas plus denses d’un côté ou d’un autre, ou ne suggèrent
aucune sorte de caractéristique qui nous aiderait à trouver le centre.

D’autres indices fournis par le mouvement des galaxies


Pour reconstruire la position du centre de l’Univers, nous pourrions nous
pencher sur le mouvement de toutes ces galaxies et superamas. Après tout, il
suffit d’observer les trajectoires des planètes du Système solaire pour savoir
où se trouve son centre. De la même façon, il est possible de situer le centre
d’une galaxie en étudiant les trajectoires de toutes les étoiles qui la
composent.
Tout ce que nous voyons dans l’Univers est en mouvement, probablement
depuis le Big Bang. Ce mouvement universel pourrait-il révéler où se trouve
le centre de l’Univers ?
La plupart des gens imaginent le Big Bang comme une explosion. Ils
pensent que toute la matière de l’Univers a été compressée en un point
minuscule, qui a ensuite explosé dans l’espace. Si l’on regarde dans quelle
direction va l’ensemble des objets dans l’Univers et que l’on remonte dans le
temps, pouvons-nous déterminer le centre de l’explosion ? Est-il possible de
trianguler le Big Bang pour arriver au centre de l’Univers ?
Pour tenter de le découvrir, nous avons mesuré la vitesse de plusieurs
galaxies que nous voyons, grâce à la couleur de la lumière qu’elles nous
envoient. Tout comme une sirène de police émet un son différent selon
qu’elle s’approche ou s’éloigne de vous, la lumière des galaxies change de
fréquence dès lors qu’elles sont en mouvement. Les galaxies qui s’éloignent
de nous sont plus rouges, tandis que celles qui se rapprochent de nous sont
plus bleues.
Qu’avons-nous constaté ? Les galaxies se déplacent effectivement, et à
des vitesses différentes. Mais nous avons ensuite remarqué quelque chose de
surprenant : le mouvement de toutes les galaxies nous indique qu’elles
s’éloignent toutes de… nous !

Cela signifie-t‑il que nous sommes au centre de l’Univers ? Le Big Bang


s’est-il produit à cet endroit précis, et maintenant tout s’en éloigne ?
Pas exactement. En fait, le Big Bang n’était pas une explosion, mais plutôt
une expansion de l’espace.
Quelle est la différence entre les deux ? Quand une bombe explose, elle
éjecte tout loin du centre. Les débris s’éloignent d’un point unique et, si on
inverse leur trajectoire, ils reviennent à leur point de départ. C’est pourquoi
il est facile de dire où une bombe a explosé. Il suffit de déterminer d’où
viennent les éclats.
Mais une expansion se produit à chaque point, pas à partir d’un centre. On
pourrait comparer ça à une miche de pain qui lève dans le four. Elle ne se
gonfle pas seulement à partir du centre, en poussant vers l’extérieur. Les
petites bulles d’air réparties dans la pâte se développent toutes en même
temps, gonflant la miche de façon homogène. Et si vous vous trouviez à
l’intérieur de la miche en expansion, vous verriez chaque partie du pain
s’éloigner de vous, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez. Voilà
pourquoi nous voyons des objets s’éloigner de nous dans toutes les
directions de l’espace : où que vous vous trouviez, c’est ce qu’on observe
dans un Univers en expansion.

Malheureusement, cela signifie aussi que nous ne pouvons pas exploiter


l’expansion de l’Univers pour savoir où se trouve son centre. Tout ce que
nous savons, c’est que l’Univers, à l’instar d’une miche de pain en train de
gonfler, grandit de partout, et donc que son centre pourrait se trouver
n’importe où.
Hélas, le mouvement des bulles de vide ou des superamas ne nous aide
pas davantage. Ce serait formidable s’ils orbitaient autour d’un point central,
mais, jusqu’à présent, il ne semble pas que ce soit le cas.

Trouver la croûte de l’Univers


Tout cela signifie-t‑il que nous ne trouverons jamais le centre de
l’Univers ? Ne désespérons pas.
Certains d’entre vous diront que ce n’est pas parce qu’une miche de pain
se gonfle de partout qu’elle n’a pas de centre. Et ils auraient raison. Une
miche de pain peut à la fois être en expansion en tout point et avoir un
centre. Mais tout dépend de la forme de la miche.
La géométrie est l’une des méthodes exploitables pour trouver un centre.
Pour le pain, il s’agit du point de la miche où il y a la même quantité de pain
dans toutes les directions. Vous pouvez déterminer ce point en localisant les
bords du pain (c’est-à-dire sa croûte), puis en trouvant le point central de
tous ces bords.

Pourrions-nous trouver le centre de l’Univers de la même manière ? Bien


sûr, mais le problème, c’est que nous ne savons même pas si l’Univers a une
forme ! Il n’est pas sûr qu’il ait une croûte, à la façon d’une miche de pain.
Nous sommes incapables de dire ce qui se trouve au-delà de la limite de
l’Univers observable, parce que nous ne pouvons pas voir aussi loin.
Explorons toutefois quelques possibilités.

L’Univers est un blob


Si l’Univers a une forme, il est possible qu’il ressemble à une miche de
pain, auquel cas il aurait un centre. Ce centre serait important, qu’il
contienne une partie de la matière la plus ancienne formée lors du Big Bang,
ou qu’il occupe techniquement l’endroit d’où est issu le reste de l’Univers.
Mais il se pourrait aussi que ce centre n’ait rien de spécial. Peut-être s’agit-il
simplement de l’endroit qui se trouve au milieu. Prenons l’exemple de
l’Oklahoma : il se trouve en plein centre des États-Unis, mais peu de gens le
considèrent comme particulièrement important (désolé, Oklahoma).

L’Univers est infini


Il se pourrait aussi que l’Univers continue sur sa lancée, remplissant pour
toujours l’espace de bulles de superamas de galaxies. L’infini est un concept
difficile à saisir, mais, en gros, nous pourrions voyager dans n’importe quelle
direction sans jamais nous arrêter, et nous ne tomberions jamais à court
d’Univers. Cela paraît étrange, mais de nombreux physiciens affirment
qu’un Univers infini est plus logique qu’un Univers fini. Et s’il est vrai que
l’Univers est infini, nous arrivons à une conclusion choquante : l’Univers
n’a pas de centre. Si l’on définit le centre comme le point où il y a la même
quantité d’objets dans toutes les directions, alors chaque point d’un Univers
infini répond à cette définition, car il y a une quantité infinie d’objets dans
toutes les directions.
L’Univers a une forme bizarre
Une dernière possibilité serait que l’Univers ait une forme finie, mais que
celle-ci défie l’existence d’un centre. L’espace peut se courber, de sorte qu’il
ne suit pas toujours une ligne droite. Il est donc libre d’adopter toutes sortes
de formes intéressantes, en s’incurvant sur lui-même par exemple, comme la
surface de la Terre. Dans ce cas, tout comme cette dernière n’a pas de centre
(non, ce n’est toujours pas ton heure de gloire, Oklahoma), l’Univers en
serait également dépourvu. Il se pourrait aussi que l’Univers soit incurvé de
façon étrange, mettons en forme de donut. Dans ce cas, l’Univers aurait un
centre, mais ce centre ne serait pas à l’intérieur de l’Univers !
Bien qu’il soit peu probable que nous voyagions un jour assez loin pour
vérifier personnellement si l’Univers a une croûte, s’il est infini ou s’il a la
forme d’un donut, il est peut-être possible de savoir laquelle de ces
possibilités est vraie. En étudiant la nature de l’espace et en observant sa
courbure autour de nous, nous serons, qui sait, un jour en mesure de déduire
quelle est la forme globale de l’espace, s’il est infini ou s’il fait des boucles,
ou encore s’il nous indique une direction générale vers un centre
géométrique.

Le point central
Pour faire bref, nous ne savons pas actuellement où se trouve le centre de
l’Univers, et nous ne le saurons peut-être jamais. Nous ne savons même pas
si l’Univers a un centre !
Ne vous frappez pas, voici tout de même un lot de consolation. Nous
savons avec certitude que l’Univers est partout en expansion. Et nous savons
également que le Big Bang n’était pas une explosion dans un espace vide,
mais une expansion de l’espace lui-même. D’une certaine manière, cela
indique que tout est également important et qu’aucun endroit de l’Univers
n’est plus spécial qu’un autre. Comme la miche de pain, chaque point de
l’Univers donne lieu à la création d’un nouvel espace, ce qui signifie que
chaque point est le centre de son propre petit Univers.
Pour un physicien, ce scénario semble le plus naturel, car les lois de la
physique ne devraient pas favoriser un point plutôt qu’un autre. S’il y avait
un centre, les physiciens se demanderaient « Pourquoi ce point existe-t‑il ? »
et « Pourquoi ici et pas ailleurs ? ». Il est beaucoup plus simple de supposer
que l’Univers est démocratique.
En définitive, nous n’avons peut-être pas besoin de savoir où se trouve le
centre de l’Univers. Chacun d’entre nous pourrait se contenter d’être le
centre de son propre Univers observable tout en s’arrimant à la vision de
l’Univers des autres ; nous développerions ainsi notre conscience et notre
perception de l’Univers tandis qu’il continuerait à s’étendre (peut-être à
l’infini) dans toutes les directions.
Bonus : Devoir à la maison. Allez sur Google Maps, cherchez « centre de
l’Univers », puis faites un zoom arrière pour voir où il se trouve.
PEUT-ON FAIRE DE MARS UNE TERRE ?
La Terre est plutôt géniale, non ? On y trouve des paysages incroyables, de
la nourriture de rue délicieuse et de chouettes écoles. Si tant est que nous en
prenions soin, l’humanité devrait pouvoir y séjourner confortablement
encore un moment.
Mais pourrions-nous vivre ailleurs que sur Terre ? Malheureusement,
aucune autre planète du Système solaire n’offre le même service premium,
ni même des conditions clés comme des températures raisonnables, une
atmosphère respirable ou de l’eau liquide en surface.

En admettant que nous découvrions une planète similaire à la Terre hors


du Système solaire, il nous faudrait des dizaines, des centaines ou des
milliers d’années pour nous y rendre, à moins d’inventer des moteurs à
distorsion ou de trouver un moyen de manipuler les trous de ver. Pourquoi ne
pas chercher une maison à retaper un peu plus près de chez nous ? Une
planète qui, certes, nécessiterait divers travaux et une couche de peinture,
mais accessible sans passer des décennies entassés dans un vaisseau
interstellaire malodorant ?
Eh bien, ne cherchez plus et jetez votre dévolu sur la planète qui se trouve
littéralement la porte d’à côté : Mars ! D’accord, il faudra faire quelques
aménagements et rénover la salle de bains, mais elle a un vrai potentiel. De
surcroît, elle obtient un score très élevé selon les trois critères les plus
importants de l’immobilier : l’emplacement, l’emplacement et encore
l’emplacement.
Que faudrait-il faire pour relooker Mars ? Est-il possible de la rendre aussi
agréable que la Terre ?

La vie sur Mars


Lorsque nous disons que nous aimerions rendre Mars vivable, nous sous-
entendons que nous aimerions qu’elle devienne aussi semblable à la Terre
que possible. Nous pourrions, en théorie, construire des stations spatiales
pour y vivre en orbite, ce qui réglerait une fois pour toutes la question du
dress code pour sortir. Ou encore installer d’énormes dômes pour mettre
sous cloche nos villes et rester dans notre bulle. Mais ce ne serait pas une
vie.
Pour se sentir vraiment chez soi, il faut pouvoir se promener librement,
respirer l’air frais d’espaces verts et profiter du paysage. Nous n’avons pas
envie d’être obligés de porter des combinaisons spatiales pour tout pas
dehors ni de nous enduire de crème SPF 1 000 pour nous protéger des
radiations cosmiques.

Le problème, c’est que Mars n’est pas tout à fait prête à nous accueillir.
Pour qu’elle soit comparable à la Terre, nous devrions changer plusieurs
paramètres qui gâchent un peu le tableau.
• Il n’y a pas d’eau liquide à sa surface.
• Il y fait très froid (en gros, l’Antarctique toute l’année).
• Il n’y a aucune atmosphère respirable.
• Sa surface est constamment bombardée par des rayons cosmiques
nocifs.
Et s’il existait des solutions ?

De l’eau, de l’eau partout


Tout le monde sait que l’eau, c’est la vie. Non seulement parce que les
formes de vie (telle que nous la connaissons) ont besoin d’eau pour survivre,
mais aussi parce que nous pensons que la vie a commencé dans l’eau.
Lorsque nous explorons l’espace à la recherche de vie extraterrestre, l’une
des premières choses que nous cherchons est la présence d’eau liquide.
Jusqu’à présent, nous n’avons pas découvert d’eau liquide en surface ailleurs
dans le Système solaire. Et c’est ce que nous voulons : de l’eau liquide
facilement accessible, de préférence dans de beaux lacs et des rivières
pittoresques.

Bien sûr, le terme clé ici est « liquide », car l’eau en tant que molécule
n’est nullement rare dans le Système solaire. Ce n’est pas sans raison
qu’Uranus et Neptune sont surnommées les « géantes glacées » : elles
contiennent beaucoup, vraiment beaucoup d’eau… sous forme solide. On
estime que la planète naine Cérès est composée pour moitié de glace, tandis
que de nombreuses roches de la ceinture d’astéroïdes sont en fait d’énormes
boules de neige sale. Mieux : les chercheurs pensent qu’une grande partie de
l’eau présente sur Terre provient des confins du Système solaire. Lorsqu’elle
était jeune et chaude, la Terre a perdu une grande partie de son eau originelle
par évaporation dans l’espace, mais elle a reconstitué par la suite ses
réserves grâce aux impacts de comètes et d’autres objets spatiaux pleins de
glace. Eh oui, nos océans sont issus de boules de neige cosmiques fondues.
La prochaine fois que vous boirez un verre d’eau, sachez que vous dégustez
une boisson rafraîchissante à base de comète fondue.

Quid de Mars ? Il n’y a pas d’océans visibles, mais la planète a de bonnes


réserves d’eau, gelée en surface et liquide dans ses profondeurs. Mars,
comme la Terre, est plus froide à ses pôles Nord et Sud qu’à son équateur. Et
ses pôles sont couverts de glace, tout comme ceux de la Terre. Beaucoup de
glace. Tellement que, si on pouvait la faire fondre entièrement, Mars serait
uniformément recouverte d’une couche d’eau de 30 mètres de profondeur.
Cela devrait suffire pour que les futurs humains qui y vivront puissent boire,
nager et construire des toboggans pour leurs parcs à thème.
Si nous voulons des océans et des rivières sur notre nouvelle planète, tout
ce qu’il nous faut, c’est faire fondre cette glace et la garder liquide.
L’opération est toutefois un peu délicate, car Mars est très, très froide à sa
surface, et son atmosphère est très fine. Toute eau liquide en surface risque
de geler immédiatement ou de se transformer en vapeur dans le vide de
l’espace.
La bonne nouvelle, c’est que, si nous parvenons à trouver un moyen de
réchauffer Mars et de lui donner une atmosphère, alors la planète rouge sera
parsemée de lacs et d’océans liquides et ressemblera davantage à notre chère
Terre.

Radoucir Mars
À première vue, on pourrait croire que la surface de Mars est brûlée par le
Soleil. Elle brille d’un rouge éclatant et évoque quelque désert. Mais Mars
est en réalité très froide. Sa couleur rouge provient de tout le fer oxydé
présent dans le sol. La température moyenne est de – 63 °C, soit plus froide
que la température au pôle Sud de la Terre.
Si nous voulons donner un coup de pouce au thermostat de Mars pour en
faire un endroit plus agréable à vivre, nous devons réfléchir à ce qui
détermine la température à la surface d’une planète. En pratique, deux
éléments sont fondamentaux.
a) La quantité de chaleur qu’elle reçoit du Soleil.
b) La part de cette chaleur que la planète réussit à conserver.
La plupart de la chaleur du Système solaire provient du Soleil. Le flux que
reçoit une planète dépend donc de sa position dans le Système solaire. Plus
une planète est proche du Soleil, plus elle reçoit de chaleur. Mars en reçoit
une bonne dose, puisqu’elle est la quatrième planète la plus proche du Soleil.
Mais elle n’en reçoit pas autant que la Terre, qui est plus proche d’un rang.
La solution consisterait à modifier la distance entre Mars et le Soleil.
Nous pourrions construire des fusées géantes adaptées à la taille d’une
planète et les attacher à Mars pour la diriger vers une orbite plus rapprochée.
Une idée moins chère – mais plus dangereuse – serait d’utiliser un rocher
massif comme tracteur gravitationnel. Si nous réussissions à capturer un gros
astéroïde et à le mettre en orbite près de Mars, avec un peu de chance, les
effets gravitationnels tireraient Mars dans la bonne direction. À condition,
bien sûr, que l’astéroïde ne percute pas la planète.
Si tout cela vous semble un brin alambiqué, d’autres solutions
prometteuses existent pour augmenter la température sur Mars : il suffit de
l’aider à conserver une plus grande partie de l’énergie qu’elle reçoit du
Soleil. Les planètes ne portent pas de doudounes ou de parkas pour rester au
chaud, mais elles possèdent une atmosphère. Non contente de vous permettre
de respirer et de vous offrir de magnifiques couchers de soleil, elle sert aussi
de manteau aux planètes grâce à l’effet de serre.
Lorsque la lumière du Soleil frappe une planète, elle réchauffe les rochers,
les montagnes et tous les autres éléments à la surface de celle-ci. Lorsque ces
éléments se réchauffent, ils brillent dans l’infrarouge 1. Normalement, cette
énergie devrait simplement rayonner dans l’espace et se dissiper. Mais, avec
une atmosphère, il est possible de piéger ce rayonnement. Le facteur clé est
la présence de dioxyde de carbone (CO2) dans la couche gazeuse.
Le CO2 fonctionne en effet comme un miroir semi-réfléchissant, car il
n’absorbe qu’un type particulier de lumière : l’infrarouge. La lumière visible
du Soleil traverse le CO2 à son entrée, mais, lorsqu’elle est renvoyée sous
forme d’infrarouge, elle est bloquée par la couche de CO2, emprisonnant
ainsi l’énergie à l’intérieur de l’atmosphère et réchauffant la planète. Bien
entendu, tout excès de CO2 entraîne une surchauffe de la planète.
Mars a une atmosphère composée majoritairement (environ 95 %) de
CO2. Toutefois, cette atmosphère est plutôt mince ; sa pression est inférieure
à un centième de celle de la Terre. La plus grande partie des rayons du Soleil
qui arrivent sur Mars est donc renvoyée dans l’espace.
Nous pourrions amener Mars à une température plus élevée en procédant
à une modification radicale de son atmosphère et en augmentant la quantité
de CO2 présente. Toutefois, pour obtenir un effet de serre efficace, la teneur
en CO2 devrait être supérieure à celle de notre bonne vieille atmosphère, car
Mars reçoit moins de lumière solaire que nous. Où trouver tout ce CO2 ?
Jusqu’à récemment, la majorité du CO2 terrestre provenait d’éruptions
volcaniques. Malheureusement, Mars n’a pas de volcans actifs fournissant
du CO2. L’intérieur de Mars serait froid et dur, sans les rivières de lave qui
alimentent nos volcans 2. Les scientifiques pensent qu’il y a des millions
d’années, l’intérieur de Mars était chaud et en fusion. Mais, comme la
planète rouge est plus petite que la Terre (environ la moitié de son diamètre),
elle s’est refroidie et durcie plus rapidement que la Terre, comme une petite
tasse de café un matin d’hiver.
Point positif, Mars possède déjà une petite source de CO2 que nous
pourrions exploiter. Les couches glacées situées aux pôles ne sont pas toutes
constituées d’eau gelée, puisqu’une grande partie de cette glace est faite de
CO2 gelé. Bingo ! C’est exactement ce dont nous avons besoin. Si nous
pouvions d’une manière ou d’une autre faire fondre les pôles, nous
débloquerions beaucoup d’eau et nous libérerions un peu de CO2 pour aider
à garder la chaleur.
Malheureusement, même si nous libérions dans l’atmosphère tout le CO2
des pôles de Mars, cela ne représenterait qu’environ 1/50e du CO2 nécessaire
pour conserver la planète au chaud.
Y a-t‑il d’autres sources de CO2 exploitables ? Théoriquement, le Système
solaire regorge de CO2 gelé dans les astéroïdes et les comètes. Rien ne nous
empêche d’envoyer des vaisseaux spatiaux bousculer quelques comètes afin
qu’elles s’écrasent à la surface de Mars 3. Il en faudrait néanmoins un certain
nombre, probablement des milliers ou des millions de comètes.
Avant que vous ne commenciez à construire votre flotte de vaisseaux pour
votre mission comètes, nous voudrions vous signaler un petit problème : la
quantité de CO2 nécessaire pour réchauffer Mars rendrait malheureusement
l’atmosphère toxique pour les humains. Nos poumons tolèrent un peu de
CO2, mais, à partir d’un certain seuil, nous commençons à somnoler, puis à
avoir mal à la tête ; notre cerveau subit à terme des dommages irréversibles
qui finissent par entraîner la mort. Entourer Mars d’une grande quantité de
CO2 n’est pas une solution.
Il existe cependant un autre moyen de réchauffer la planète. Nous
pourrions capter une plus grande partie des rayons du Soleil et les diriger
vers la surface de Mars en mobilisant d’énormes miroirs spatiaux. Énormes à
quel point ? Pour recueillir suffisamment de lumière pour réchauffer Mars, il
faudrait des miroirs spatiaux de la taille de Mars. Ce n’est pas un petit
projet. Mais il fournirait la chaleur dont nous avons besoin pour libérer le
CO2 et l’eau aux pôles et rendre Mars à la fois plus chaude et plus humide.

Ah oui, de l’oxygène
Si nous parvenons à obtenir une température de l’atmosphère adéquate et
à faire fondre la glace dans les régions polaires martiennes pour créer des
rivières et des lacs, il restera encore beaucoup à faire avant que Mars puisse
remplacer la Terre. Un exemple : l’air doit être respirable. Pour être précis,
nous avons besoin d’oxygène ! Personne n’a envie d’enfiler un masque à
chaque fois qu’il faut mettre le nez dehors, qu’il s’agisse d’aller pique-niquer
ou simplement d’aller demander au voisin s’il peut vous dépanner d’un œuf.
Alors que l’oxygène est très courant dans le Système solaire, celui dont
nous avons besoin pour respirer est étonnamment difficile à trouver. Les
poumons humains ont besoin de la molécule de dioxygène O2, soit une paire
d’atomes d’oxygène liés entre eux. Il y a beaucoup d’oxygène dans
l’Univers ; c’est l’un des éléments les plus légers, il est donc produit en
grande quantité par la fusion au cœur des étoiles. Mais l’oxygène est un
atome très amical, qui se lie avec à peu près tout ce qui l’entoure. Sur Mars,
on trouve de l’oxygène dans l’eau (H2O) et dans le dioxyde de carbone
(CO2), mais presque pas d’O2 pur.
Sur Terre, l’air que nous respirons est composé d’environ un cinquième
d’O2. Dans notre cas, son origine n’est pas géologique : c’est un sous-
produit des débuts de la vie. La plupart de l’O2 originel sur Terre a été libéré
par de minuscules organismes dans l’océan. Ces premières bactéries
pratiquaient la photosynthèse bien avant l’apparition des plantes. Il y a
environ deux milliards et demi d’années, ces petits organismes ont absorbé
la lumière du Soleil, l’eau et le CO2, et rejeté de l’oxygène au passage. À
l’époque, aucune forme de vie ne consommait de l’oxygène, si bien que la
quantité d’O2 a augmenté régulièrement pendant des millions d’années
(peut-être même un milliard d’années). Ultérieurement, ces micro-
organismes ont été incorporés dans les plantes, qui continuent de produire
l’O2 dont nous avons besoin pour respirer.

Pourrions-nous reproduire ce processus sur Mars ? Le concept semble


prometteur : une petite machine biologique qui utilisera le Soleil, l’eau
nouvellement fondue et l’atmosphère riche en CO2 pour créer de l’O2 pour
nous. Mieux encore, ces organismes se multipliant d’eux-mêmes, il suffit
donc d’en ensemencer quelques lots sur Mars pour qu’ils se reproduisent.
C’est comme du crowdsourcing à grande échelle, payé en soleil.
Naturellement, il y a un « mais ». Sur Terre, ce processus a pris beaucoup
de temps, peut-être un milliard d’années. Comme tout cela a eu lieu bien
avant l’apparition des humains, ce délai ne nous a pas vraiment concernés.
Pour notre projet, c’est plus embêtant : il aurait fallu lancer la machine il y a
un milliard d’années pour que Mars soit prête à nous accueillir aujourd’hui.
À moins de construire une machine à remonter le temps, sommes-nous
condamnés à attendre aussi longtemps pour que Mars héberge une
atmosphère respirable ? Les microbiologistes disposent de nombreuses
astuces pour que les bactéries se développent plus rapidement et travaillent
plus dur (et prennent des pauses déjeuner réduites). C’est malgré tout un très
gros travail pour de si petits organismes, et même la version accélérée de ce
processus prendra probablement des milliers, voire des millions d’années.
Avons-nous une autre option pour remplir Mars d’oxygène ? Une
alternative consisterait à construire des usines à oxygène, qui produisent de
l’O2 par voie chimique et non biologique. Cela ressemble à de la science-
fiction, mais un premier prototype de ce dispositif est sur Mars en ce
moment même, dans le cadre de la mission Mars 2020. La NASA a fabriqué
ces machines principalement pour produire de l’O2 comme carburant de
fusée pour les missions qui ramèneront des échantillons de Mars, mais, en
théorie, le même concept pourrait être exploité pour obtenir de l’oxygène
respirable.
Champ magnétique
Une fois que vous aurez dépensé des milliards de dollars pour produire
une atmosphère sympa (ou asservi des milliards de bactéries pour qu’elles le
fassent à votre place), vous n’aurez aucune envie qu’elle s’envole au vent,
façon akène de pissenlit cosmique.
Si vous pensez que c’est impossible parce qu’il n’y a pas de vent dans
l’espace pour emporter une atmosphère, laissez-nous vous présenter un tout
autre type de vent. Le « vent solaire » est constitué de particules en
mouvement rapide éjectées par le Soleil. Il s’agit principalement de protons
et d’électrons issus des mêmes réactions que celles qui produisent la
magnifique lumière solaire. Il y a aussi des particules provenant de l’espace
profond, appelées « rayons cosmiques ». Aucune n’est inoffensive. En fait,
c’est plutôt le contraire : on peut même dire qu’elles sont létales. Dans
l’espace, les astronautes doivent porter de lourds boucliers afin de se
protéger de ces radiations nocives. Et ce flux constant de balles minuscules
arrivant à grande vitesse dépouillerait n’importe quelle planète de son
atmosphère si on lui en donnait le temps.
Heureusement, la Terre dispose d’un système de protection planétaire
génial : notre champ magnétique. Un champ magnétique dévie les électrons
ou les protons qui le percutent. Le nôtre nous protège d’innombrables
particules dangereuses en provenance du Soleil, en les déviant de notre
planète ou en les élevant en spirale vers les pôles, où elles engendrent les
éblouissantes aurores boréales et australes. Sans notre champ magnétique,
nous serions bombardés par des radiations solaires nocives, qui détruiraient
également notre atmosphère.

Manque de chance, Mars ne possède pas de champ magnétique planétaire


comparable à celui de la Terre. Le nôtre est créé par les rivières de métal en
fusion qui coulent à l’intérieur du globe. Mars est une planète plus petite qui
s’est refroidie plus tôt que la Terre, ce qui aurait figé son noyau interne et
affaibli son champ magnétique. En l’absence de ce dernier, toute personne se
trouvant à la surface de Mars devra sérieusement penser à se protéger des
radiations. Traduction : vous serez obligé de porter d’épaisses combinaisons
doublées de plomb, pas exactement la tenue idéale à enfiler chaque fois que
vous sortez pour jouer au ballon avec votre progéniture martienne (« Papa, je
dois aller faire pipi… »). Et sans ce champ magnétique, toute atmosphère
que vous aurez péniblement créée finira par s’envoler. Le problème est plus
grave sur Mars que sur Terre, car la gravité y est plus faible, et il est donc
plus difficile de maintenir en surface les molécules composant l’enveloppe
gazeuse.
Nous pourrions envisager de relancer le champ magnétique de Mars en
chauffant le noyau et en faisant circuler à nouveau ces métaux, mais faire
redémarrer une planète entière relève de l’ingénierie à une échelle qui n’est
peut-être pas encore à notre portée.
Il y a tout de même une lueur d’espoir. Il serait envisageable de construire
un dispositif qui remplisse la même fonction qu’un champ magnétique. Des
ingénieurs de la NASA ont eu l’idée astucieuse de construire un bouclier
magnétique artificiel plus petit, qui n’entourerait pas la planète, mais serait
situé entre Mars et le Soleil, suffisamment proche de notre étoile pour
projeter une « ombre » magnétique plus grande. De telle manière, le bouclier
dévierait une grande partie du vent solaire et protégerait l’atmosphère de
Mars de l’érosion.

D’autres candidats ?
À ce stade, vous êtes sans doute un peu découragé par tout le travail à
faire pour transformer Mars en une seconde Terre. En effet, il s’agira de ne
pas arriver les mains vides ! Récapitulons.
• Un ensemble de miroirs solaires gigantesques pour concentrer la
lumière du Soleil et réchauffer la planète.
• Une série d’usines réparties à la surface de la planète pour produire
l’oxygène que nous respirons.
• Un bouclier magnétique spatial pour protéger les nouveaux Martiens et
leur atmosphère des radiations solaires.
De quoi se demander si Vénus ou la Lune, qui sont également proches, ne
feraient pas de meilleures candidates…
Malheureusement, Vénus a les problèmes inverses de ceux de Mars. Sa
surface est entourée d’énormes quantités de CO2 qui empoisonnent
l’atmosphère et retiennent la chaleur. Et, comme Vénus est plus proche du
Soleil que la Terre, elle reçoit davantage de lumière, ce qui fait grimper sa
température en surface jusqu’à 240 °C. Toute cette énergie piégée élève
également la pression atmosphérique à la surface de la planète à un niveau
tel que les atterrisseurs des sondes spatiales que nous avons envoyées sur
Vénus n’ont résisté que quelques minutes avant d’être réduits en miettes.
Bien sûr, cela n’a pas empêché divers scientifiques téméraires de proposer
des idées farfelues : Et si l’on aspirait le CO2 de Vénus (à l’aide de seringues
géantes ?) et que l’on utilisait des miroirs spatiaux pour dévier une partie de
la lumière du Soleil ? Cela suffirait-il à rendre Vénus habitable ? D’autres
ont suggéré de construire des villes-nuages qui flotteraient à 50 kilomètres
au-dessus de la surface de la planète. À cette altitude, la température et la
pression sont en effet similaires à celles que l’on trouve ici-bas.
Malheureusement, ces nuages sont constitués d’acide sulfurique, ce qui rend
la rédaction des annonces immobilières un peu délicate (« Installez-vous sur
Vénus ! Des vues à couper le souffle… littéralement ! »).
La Lune est encore plus proche de nous, mais elle n’est tout simplement
pas suffisamment grosse. Sa masse représente environ 1 % de celle de la
Terre, ce qui lui confère une gravité si faible qu’elle est bien incapable de
retenir quelque atmosphère. Les particules des gaz s’envoleraient
irrémédiablement dans l’espace, ce qui signifie que, même si nous
importions tous les ingrédients de la Terre, ils disparaîtraient tous en une
centaine d’années.
Dans notre voisinage, Mars demeure donc le meilleur choix.

Devrions-nous déménager plus loin ?


Mars est certainement notre meilleure option pour une résidence
secondaire, mais il y a tout de même de sérieuses rénovations à prévoir.
Rendre Mars habitable coûterait probablement des billions et des billions de
dollars, avec des travaux qui s’étaleraient sur des milliers d’années. Et il ne
s’agit là que d’une première estimation. Les entrepreneurs trouvent toujours
le moyen de vous faire payer plus cher une fois qu’ils ont commencé le
chantier.
Bien sûr, la décision dépendra de notre motivation. Peut-être serons-nous
un jour obligés de quitter la Terre parce qu’un astéroïde géant sera en passe
de la percuter. Ou peut-être aurons-nous déréglé notre climat au point de
rendre la Terre encore plus inhabitable que Mars. Avec ce genre
d’incitations, la construction de réseaux de miroirs solaires géants et
d’énormes usines d’oxygène pourrait représenter notre meilleure carte à
jouer. Voyez les choses ainsi : la surface de Mars est d’environ
144 800 000 km2 (soit 144 800 000 000 000 m2). Nous aurons beau dépenser
des billions de dollars pour rendre Mars habitable, cela reviendra toujours
moins cher que d’acheter un bien immobilier à Monaco !
EST-IL ENVISAGEABLE DE
CONSTRUIRE UN MOTEUR
À DISTORSION ?
L’ Univers est incroyablement vaste et regorge de lieux déments que nous
aimerions explorer. Malheureusement, tout semble hors de notre portée…

Comme nous l’avons souligné dans un chapitre précédent, même si nous


pouvions accélérer un vaisseau spatial jusqu’à une fraction raisonnable de la
vitesse de la lumière, il faudrait encore des centaines de milliers d’années
rien que pour atteindre l’autre côté de notre galaxie, sans parler de visiter
d’autres galaxies (à des millions d’années de distance) ou même de pousser
au-delà de l’Univers observable (à des centaines de milliards d’années de
distance).
Cette limite est inviolable. Peu de règles dans les lois de la physique sont
aussi inflexibles que celle qui veut que rien dans l’espace ne puisse se
déplacer plus vite que la lumière. Cette limite découle de notre
compréhension de la théorie de la relativité restreinte d’Einstein, qui a été
testée, sondée et vérifiée ad nauseam (vraiment, nous avons tout essayé).

La seule façon d’atteindre les confins de l’Univers consiste apparemment


à devenir une civilisation spatiale, en passant lentement d’une planète à une
autre au fil d’innombrables générations, et ce sur des millions ou des
milliards d’années.
Cette conclusion a beau être logique, les films et les livres nous ont
tellement conditionnés à penser que l’Univers est à notre portée que nous
n’arrivons pas à nous y résoudre. Nous nous accrochons à l’espoir qu’avec
la technologie idoine, nous serons capables de construire de vastes empires
spatiaux ou d’explorer d’autres galaxies. Il suffira de monter à bord de son
croiseur, d’appuyer sur un bouton et fshhh… vous passerez en mode
« hyper-espace », les étoiles se mettront à filer devant vous, la lumière et
l’énergie à tourbillonner, et puis boum, vous vous retrouverez à des millions
d’années-lumière de votre point de départ.
Bref, il suffit de construire… un moteur à distorsion.
Mais qu’est-ce donc ? S’agit-il d’une technologie totalement fictionnelle
ou d’une piste raisonnablement sérieuse explorée par des physiciens ? Est-il
possible de dépasser la limite de vitesse de l’Univers, celle-là même à
laquelle les scientifiques sont tellement attachés ? Appuyons sur le bouton et
voyons si nous réussissons à tordre les données du problème de façon à
obtenir une réponse supraluminique.

Passer de la fiction à la réalité


En technologie, de nombreuses avancées adviennent de la manière
suivante.
• Étape 1 : Un auteur de science-fiction invente un nouveau gadget et en
appelle à la science.
• Étape 2 : Les physiciens trouvent comment rendre le gadget
théoriquement plausible.
• Étape 3 : Les ingénieurs déterminent comment le construire et vous
disent même combien il coûtera.
• Étape 4 : Youpi, vous pouvez télécharger l’appli sur votre smartphone.
En ce qui concerne les moteurs à distorsion, les auteurs de science-fiction
ont fait un excellent travail à l’étape 1, en imaginant des dispositifs portables
capables de vous propulser quasi instantanément dans les étoiles. C’est au
tour des physiciens de prendre leur part.
Ne risquent-ils pas de refuser tout net ? Après tout, un moteur à distorsion
enfreint apparemment la seule règle sur laquelle ils se montrent
intransigeants : aller quelque part plus vite que la lumière. Nous vous
conseillons toutefois d’adopter la tactique éprouvée par tous les ados du
monde : si vous n’obtenez pas du premier coup la réponse désirée, insistez et
posez une autre question !
Si vous demandez à un physicien « Pouvons-nous construire des
vaisseaux spatiaux capables de se déplacer dans l’espace plus vite que la
lumière ? », la réponse sera un « non » catégorique. Mais, si vous lui
demandez « Pouvons-nous construire des vaisseaux spatiaux capables de se
rendre quelque part plus vite que la lumière n’aurait pu s’y rendre ? », il
perdra un peu de sa contenance et finira par lâcher du bout des lèvres un
« peut-être ». Et un ado sait très bien que « peut-être » équivaut à
« J’aimerais dire non, mais je vais devoir en parler avec ton autre parent ».
La différence essentielle entre les deux questions réside dans l’expression
« se déplacer dans l’espace ». Les clauses en petits caractères de la relativité
restreinte stipulent que la limite de vitesse s’applique aux choses qui se
déplacent dans l’espace. À première vue, cela ne semble pas ouvrir
beaucoup de perspectives, tout ne se déplace-t‑il pas dans l’espace ? Certes,
mais la finesse est que l’espace est… déformable.
Il y a trois grandes façons d’envisager la faisabilité d’un moteur à
distorsion du point de vue de la physique :
• un moteur à distorsion hyper-espace ;
• un moteur à distorsion alimenté par un trou de ver ;
• un moteur à distorsion exploitant la courbure de l’espace.
Examinons chacune de ces idées et voyons si elles sont théoriquement
valides, ou même probables.

Un hyper-espace (ou sous-espace, ou super-espace)


Dans divers ouvrages de science-fiction, la solution pour faire fonctionner
un moteur à distorsion consiste à abandonner notre espace normal (où
s’applique la limite de vitesse de l’Univers) pour entrer dans un autre type
d’espace. On suppose qu’il est possible d’aller plus vite que la lumière dans
cet espace, ou encore que cet espace relie d’une manière ou d’une autre
l’endroit où l’on se trouve à celui où l’on essaie d’aller. Après avoir voyagé
pendant un certain temps dans cet hyper-espace, vous revenez dans l’espace
normal.
Cette approche fonctionne dans les ouvrages de fiction et permet aux
personnages et à l’histoire d’évoluer sur une galaxie entière sans passer des
milliers d’années assis dans un vaisseau spatial. Mais est-elle un tant soit peu
fondée du point de vue de la physique ? Existe-t‑il un autre type d’espace,
parallèle à notre Univers, dans lequel nous pourrions entrer et sortir ?
On rattache souvent à ce concept l’idée de « dimensions
supplémentaires ». Nous savons que notre espace possède trois directions de
mouvement possibles : x, y et z (ce ne sont que des dénominations
arbitraires). Certains physiciens soupçonnent qu’il pourrait y avoir d’autres
façons de se déplacer, d’autres dimensions. Il est difficile d’imaginer
comment cela fonctionnerait et où elles se trouveraient, mais cette
proposition revient souvent en théorie des cordes ou dans diverses théories
spéculatives sur la gravité. Si l’on en croit celles-ci, ces dimensions
supplémentaires ne seraient pas comme les nôtres : elles s’enrouleraient sur
elles-mêmes, et les particules s’y déplaceraient selon des règles différentes.
Ça ressemble beaucoup à ce que nous recherchons, non ? D’autres parties
de l’espace où s’appliquent d’autres ensembles de règles. Malheureusement,
cela ne résout pas le problème. En effet, ces dimensions supplémentaires, si
elles existent, ne constituent pas un type d’espace différent, parallèle à notre
espace. Elles ne sont qu’une extension de l’espace « normal ». Par
conséquent, elles ne vous permettent pas de quitter l’espace dans lequel vous
vous trouvez en ce moment ; elles donnent simplement plus de possibilités à
vos particules de s’agiter ou de se déplacer. On peut comparer cela à ajouter
une ligne à votre adresse postale. Elle indique plus précisément où vous vous
trouvez, mais elle ne fournit pas à votre facteur des raccourcis pour vous
apporter votre courrier plus vite.
Il existe toutefois une théorie physique qui correspond étroitement à cette
idée d’hyper-espace : le multivers. Selon cette théorie, il existerait d’autres
univers, qui seraient soit des versions alternatives du nôtre (issues de
divisions lors d’événements quantiques), soit d’autres poches d’espace avec
des lois de physique différentes ou des conditions initiales différentes.
S’ils existaient bel et bien, ces univers nous permettraient-ils de passer
d’un point à l’autre dans notre Univers ? Seulement s’ils étaient plus petits
ou avaient une vitesse de pointe plus élevée que la nôtre, et s’ils étaient en
quelque sorte connectés à notre Univers en plusieurs endroits différents. De
cette façon, vous pourriez éventuellement pénétrer dans un univers parallèle,
parcourir une courte distance, puis vous reconnecter à notre Univers en un
lieu très éloigné de votre point de départ. Et, qui sait, cet autre univers
ressemble peut-être à un tunnel tourbillonnant de lumière et d’énergie.
Malheureusement, l’idée du multivers reste extrêmement théorique. Nous
n’avons aucune raison de penser qu’il a une quelconque réalité, si ce n’est
pour expliquer certaines bizarreries de notre Univers. Et même si d’autres
univers existent, les physiciens pensent que la chose qui les rend
intéressants, c’est-à-dire leurs règles de physique distinctes ou leurs
variations quantiques alternatives, pourrait également empêcher notre
Univers d’interagir avec eux. Le scénario le plus probable est donc que nous
ne pourrons jamais nous connecter à différents univers ou voyager entre eux.

Les moteurs à distorsion en trou de ver


Notre Univers recèle des lieux étranges, où l’espace est plié et tordu au-
delà de tout ce que nous connaissons ou imaginons. Les membres les plus
célèbres de ce club mystérieux sont les trous noirs, qui ne figurent
certainement pas sur la liste des endroits que nous vous recommandons de
visiter, tant il est délicat d’y survivre et impossible d’en revenir.
Mais il existe un étrange pli de l’espace qui pourrait en théorie vous
permettre de voyager plus vite que la lumière vers une étoile lointaine : les
trous de ver.
Les trous de ver sont omniprésents dans la science-fiction. Les auteurs les
utilisent comme raccourcis entre des lieux éloignés, pour ouvrir des portails
vers des galaxies voisines, pour construire des maisons exotiques dont
chaque pièce se trouve sur une planète différente, ou bien encore pour relier
des planètes au sein d’un empire galactique. De là à imaginer un moteur à
distorsion reposant sur le principe d’un trou de ver, le pas est vite franchi :
vous appuyez sur un bouton qui ouvre un trou de ver, vous traversez, et
hop !, vous voilà arrivé à un autre endroit de l’espace.

À première vue, les trous de ver sont des objets totalement prohibés par la
physique : ne tombent-ils pas sous le coup de l’interdit non négociable des
voyages supraluminiques ? C’est vrai, il n’est pas possible d’aller d’un point
A à un point B plus vite que la lumière… mais seulement si l’on traverse
tout l’espace qui sépare ces deux points !
Si la physique ne saurait déroger aux règles, les règles elles-mêmes
permettent de plier l’espace et d’établir d’étranges connexions. Lorsque vous
songez à l’espace, vous imaginez probablement une toile de fond plate qui
sert de décor aux actions de l’Univers. Mais l’espace est bien plus que cela,
il peut adopter toutes sortes de formes intéressantes et être connecté de
toutes sortes de façons. L’espace est action, et pas seulement une toile de
fond, car il réagit à la matière et à l’énergie qu’il contient. La matière et
l’énergie dictent à l’espace comment se déformer, et l’espace indique à la
matière comment se déplacer. C’est une sorte de tango cosmique.
S’il est totalement vide, l’espace est simple et ennuyeux. Mais, si vous
placez une grosse étoile en son milieu, celle-ci va incurver l’espace : elle
déforme localement la géométrie et oblige la matière à adopter de nouvelles
trajectoires, qui s’adaptent à cette courbure. C’est la raison pour laquelle la
trajectoire des photons se courbe autour des objets massifs, même s’ils n’ont
pas de masse. Ils ne font que suivre la courbure de l’espace. La physique
nous dit que l’espace peut prendre n’importe quelle forme qui varie
régulièrement. Et l’une de ces formes est un trou de ver, une étrange
déformation de l’espace qui relie deux points très éloignés l’un de l’autre.
Les trous de ver ont une relation étroite avec les trous noirs. Une façon de
créer un trou de ver consiste en effet à relier deux trous noirs par leurs
singularités, qui sont les points de densité infinie au cœur de chaque trou
noir. Si les deux trous noirs sont éloignés l’un de l’autre, le trou de ver est
comme un raccourci dans l’espace, créant une connexion entre les deux
points.
Mais ce genre de trou de ver ne nous aide pas du tout. Pourquoi ? Parce
que, même si vous avez survécu à l’entrée dans le premier trou noir (ce qui
n’est déjà pas évident, comme nous l’avons expliqué) et que vous avez
voyagé vers l’autre extrémité du trou de ver, vous êtes toujours piégé dans
un autre trou noir ! Vous avez peut-être voyagé vers une autre partie de
l’espace plus rapidement que la lumière, mais vous ne sortirez jamais de là.
Le type de trou de ver intéressant pour un moteur à distorsion est celui qui
vous permet de sortir de l’autre côté. La seule façon d’y parvenir est de créer
un trou de ver qui relie un trou noir à un « trou blanc ». Comme nous l’avons
mentionné dans un précédent chapitre, les trous blancs sont des objets
théoriques, prédits par la relativité générale, qui forment le symétrique des
trous noirs, puisque, si un objet peut s’en échapper, rien ne peut y entrer.
Imaginez le trou blanc comme le point de sortie du trou de ver.

L’utilisation de ce type de trou de ver pour un moteur à distorsion pose


évidemment plusieurs problèmes.
Premièrement, c’est une connexion à sens unique. Vous réussirez peut-être
à tomber dans le trou noir, à parcourir le trou de ver et à ressortir par le trou
blanc, mais il est impossible de parcourir le chemin en sens inverse. Cela dit,
si vous avez compris comment construire des trous de ver et déplacer leurs
extrémités, cela ne sera peut-être pas un problème pour vous : vous n’aurez
qu’à en construire un autre pour revenir en arrière.
Deuxièmement, il n’est pas garanti que vous surviviez à l’expérience.
Entrer dans un trou noir n’est pas une mince affaire. Même si vous
choisissez un grand trou noir pour éviter d’être mis en pièces par ses forces
de marée gravitationnelles, vous devez encore survivre au voyage jusqu’au
milieu du trou noir. Et comment se faufiler à travers une singularité ?
Pour cela, la physique a une réponse sympa : choisissez un trou noir dont
le centre n’est pas une singularité ponctuelle, mais un anneau en rotation.
Comment un tel trou noir se forme-t‑il ? On pense que les objets qui tombent
dans le trou noir tournent d’abord autour de celui-ci, dans le disque
d’accrétion. Lorsqu’ils sont avalés, ce moment angulaire ne peut pas
simplement disparaître. Et, comme une singularité ponctuelle n’a pas de
taille, elle ne peut pas tourner et ne peut donc pas avoir de moment
angulaire. C’est pourquoi un trou noir avec un moment angulaire doit
présenter un anneau en son centre ! Et s’il est relié à un trou blanc, il est
théoriquement possible de passer à travers cet anneau et d’entrer dans le trou
blanc.
Un trou de ver est également difficile à maintenir ouvert. La théorie
prévoit que les trous de ver ont tendance à s’effondrer, l’anneau de
singularité au centre se pinçant pour former deux trous noirs distincts avec
deux singularités. Et personne n’a envie de se retrouver coincé au milieu !

Le dernier problème lié à l’utilisation d’un trou de ver pour un moteur à


distorsion est que, jusqu’à présent, toutes ces considérations sont hautement
spéculatives. Nous n’avons pour l’instant aucune preuve tangible de
l’existence des trous de ver. Toutes ces idées amusantes dépendent de
l’exactitude de la relativité générale (qui, jusqu’à présent, a passé tous les
tests expérimentaux). Mais nous ne savons pas si elle est correcte pour les
scénarios extrêmes, comme le centre des trous noirs, où la physique
quantique ne peut être ignorée.
Nous savons que les trous noirs existent (nous les avons vus), mais les
trous de ver et les trous blancs ne sont encore que des objets théoriques.
Nous ne savons même pas comment les fabriquer. Personne n’a encore
trouvé la recette pour fabriquer un trou de ver, et encore moins comment
spécifier les points de l’espace qu’il relie. Pensez-y : votre vaisseau spatial
devrait être capable de créer un type spécifique de trou noir, puis de le relier
d’une manière ou d’une autre à un trou blanc situé à une grande distance.
Néanmoins, si vous dénichiez un trou de ver, ou si vous parveniez à faire
en sorte que l’Univers en crée un sur commande, vous pourriez
potentiellement l’utiliser pour vous rendre à l’autre bout de l’Univers à
vitesse hyper-exponentielle.

Les moteurs à distorsion qui déforment l’espace


Si l’hyper-espace n’existe pas et que les trous de ver sont trop dangereux,
y a-t‑il d’autres étrangetés physiques que nous pourrions exploiter à notre
avantage pour créer un moteur à distorsion ? L’Univers est généreux : la
réponse est oui.
L’espace est bien plus intéressant que ce que nous avions imaginé au
départ. Il ne s’agit pas d’un « rien », mais plutôt d’une chose qui ondule (les
ondes gravitationnelles), se courbe (la gravité) et se dilate (l’énergie sombre
et l’expansion de l’Univers). L’espace peut apparemment être étiré ou
comprimé en réponse à la masse et à l’énergie qui l’entourent.
Et si, au lieu de voyager à travers 4,2 années-lumière d’espace comme un
vulgaire débutant galactique, vous réduisiez la quantité d’espace que vous
devez traverser en comprimant l’espace situé devant vous, puis en dilatant
l’espace derrière vous pour qu’il redevienne normal ?
Concrètement, votre voyage pourrait se décomposer comme suit : vous
comprimez les 1 000 kilomètres d’espace qui se trouvent devant vous à un
dixième de nanomètre ; vous parcourez ce dixième de nanomètre ; vous
dilatez l’espace derrière vous pour qu’il retrouve sa taille d’origine. En
définitive, vous n’aurez bougé que de 0,1 nanomètre, mais vous aurez en fait
parcouru 1 000 kilomètres. Si vous parvenez à répéter cette opération en
continu, votre vaisseau spatial se trouvera dans une sorte de bulle de
distorsion inversée qui vous fera avancer à une vitesse incroyable. Pour
vous, à l’intérieur de la bulle inversée, 4,2 années-lumière deviendraient
4,2 kilomètres à franchir. Lorsque vous atteignez votre destination, vous
faites sortir le vaisseau de la bulle, et le tour est joué !
C’est un peu comme emprunter un trottoir roulant en marchant : la
physique est très stricte quant à la vitesse à laquelle vous pouvez vous
déplacer sur ledit trottoir, mais la vitesse du trottoir roulant n’est pas limitée.
De la même manière, la physique n’impose pas de limite à la vitesse à
laquelle l’espace peut s’étirer, se comprimer ou se déplacer par rapport à lui-
même.
Mais comment comprimer ou étendre l’espace ? Qu’est-ce que cela veut
dire, d’ailleurs ?
Comprimer ou incurver l’espace n’est en réalité pas très difficile. Vous le
faites en ce moment même. Et chaque fois que vous faites un tour à la
pâtisserie et que vous prenez du poids, vous améliorez vos performances.
Tout ce qui a une masse change de fait la forme de l’espace. C’est pourquoi
la Terre tourne autour du Soleil : parce que la masse colossale du Soleil a
courbé la forme de l’espace, à l’instar d’une boule de bowling sur un
trampoline. La courbure est intrinsèque, elle modifie la distance relative
entre les portions d’espace-temps.

Malheureusement, si les physiciens savent qu’une bulle de distorsion


satisfait aux équations de la relativité générale, ils ignorent comment agencer
la matière et l’énergie pour en créer une. Un peu comme si vous imaginiez
un dessert compliqué sans connaître la recette pour le confectionner.
La partie la plus délicate, c’est que la moitié arrière de la bulle de
distorsion doit dilater l’espace. Nous savons que la masse et l’énergie
peuvent comprimer l’espace, mais comment fait-on pour l’étendre ? Tout
l’espace dans l’Univers est actuellement en expansion, comme cela a été le
cas mais à un rythme beaucoup plus rapide dans les premiers instants après
le Big Bang, et cette expansion s’accélère. Nous disons que c’est dû à
l’énergie sombre, mais cela ne signifie pas que nous savons ce qu’est
l’énergie sombre, bien au contraire. « Énergie sombre » est seulement le
terme que nous employons pour décrire l’expansion croissante de l’Univers.
Nous ne savons pas vraiment ce qui provoque cette expansion.
Pour dilater l’espace artificiellement, les physiciens ont proposé une autre
idée folle : si l’on peut comprimer l’espace avec une masse positive, peut-on
l’étendre en utilisant une masse négative ?
Une masse négative ? Qu’est-ce que cela signifie ? Pour autant que vous
le sachiez, tout ce qui vous entoure a soit une masse nulle (les photons), soit
une masse positive (vous, la matière, les bananes). C’est pourquoi nous
disons que la gravité est une force purement attractive. Contrairement au
magnétisme, qui peut attirer (songez aux aimants de réfrigérateur) ou
repousser (les trains à sustentation magnétique), la gravité semble seulement
attirer, parce que nous ne connaissons que des masses positives.
Une masse négative est-elle possible ? Théoriquement, oui, mais, pour
l’instant, personne n’en a encore observé. Il s’agirait d’une matière vraiment
bizarre qui permettrait de faire toutes sortes d’expériences amusantes. Par
exemple, si on plaçait un bloc de masse positive à côté d’un bloc de masse
négative, la masse négative repousserait la masse positive, mais la masse
positive attirerait la masse négative. Si bien que, comme dans un feuilleton
pour adolescents où l’on ne sait jamais qui est amoureux de qui, la situation
deviendrait vite confuse.

Maintenant, en supposant que nous trouvions un moyen de créer une


masse négative, réussirions-nous à faire fonctionner un tel moteur à
distorsion ? Hélas, nous nous heurtons là encore à d’autres limites.
L’expansion et la contraction de l’espace ont un coût. Elles nécessitent de
l’énergie.
Les physiciens ont d’abord estimé que la quantité de matière ou d’énergie
requise pour courber l’espace devant un moteur à distorsion était plus grande
que toute la matière renfermée dans l’Univers. Évidemment, c’est un peu
compliqué à mettre en œuvre. Ils ont revu leurs calculs, et l’estimation a été
ramenée à l’équivalent énergétique de la masse totale de la planète Jupiter.
Bon. Muni d’un réservoir à carburant de cette taille, vous risquez d’avoir du
mal à faire faire un créneau à votre vaisseau spatial, lorsque vous arriverez
dans une autre galaxie.
Il a été question de réduire encore ce chiffre à des niveaux raisonnables,
comme l’équivalent énergétique d’une masse d’une tonne. Mais la recherche
scientifique en est encore au niveau des discussions au moment de la pause-
café. Puisque personne n’a encore construit ou testé une machine à
comprimer l’espace, cette possibilité semble plutôt lointaine.

Une réponse tordue


Même si nous aimerions trouver une faille pour nous affranchir de la
limite de vitesse de l’Univers et conquérir les étoiles, il semble que l’idée
d’un moteur à distorsion relève encore du space opera. Mais, comme
toujours, il est bon de se rappeler que l’Univers est imprévisible, et que le
progrès et l’ingéniosité humains ne cessent d’aller de l’avant. Nous finirons
peut-être un jour par régler les points de détail qui nous empêchent de créer
trous noirs et blancs et de les relier à travers l’espace. Ou bien nous
découvrirons la masse négative et de nouvelles façons d’exploiter l’énergie
pour fabriquer des dispositifs qui nous permettront de nous glisser dans une
bulle de distorsion et d’atteindre d’autres galaxies.
C’est vrai, ça fait beaucoup de « peut-être ». Mais si tu demandes à ton
autre parent, il est possible que tu finisses par avoir gain de cause.
QUAND LE SOLEIL
S’ÉTEINDRA-T-IL ?
Nos jours au Soleil sont comptés.
Située à 150 millions de kilomètres de nous, notre étoile nous apparaît
comme une présence forte et stable. Elle se lève sans faute chaque jour et
nous inonde d’un flux constant de rayons énergétiques vitaux. Mais les
physiciens en ont une vision très différente.

Oh-oh.
Pour eux, notre étoile est une bombe nucléaire qui explose en
permanence. Ce processus turbulent libère d’énormes quantités d’énergie,
qui ne sont contrôlées que par la force de gravité du Soleil. La prochaine fois
que vous profiterez d’un après-midi ensoleillé, rappelez-vous que vous êtes
en train de bronzer à la lumière d’une explosion nucléaire. Mais les
physiciens savent aussi que sous ce phénomène incroyablement tumultueux
se cachent des mécanismes qui conspirent pour y mettre fin, et que le compte
à rebours est inexorablement lancé. La science l’affirme sans l’ombre d’un
doute : un jour, ces belles journées ensoleillées prendront fin.

Cela se produira-t‑il bientôt, ou avons-nous des milliards d’années pour


nous y préparer ? Découvrons combien de jours de Soleil il nous reste
exactement.

La naissance d’une étoile

(Il y a 5 milliards d’années. Âge du Soleil : 0)


Pour comprendre pourquoi et quand le Soleil finira par mourir, il faut
revenir à ses débuts.
Notre étoile n’est pas née au cours d’un événement ardent et spectaculaire.
Nous n’avons même pas eu droit à une petite explosion. Des gaz et des
poussières se sont progressivement accumulés, principalement de
l’hydrogène, l’élément le plus courant dans l’Univers depuis sa naissance,
mais aussi d’autres éléments plus lourds : des restes d’étoiles proches qui
avaient vécu et disparu au moment où notre star est née.
La gravité, qui est la force la plus faible (mais aussi la plus persistante) de
l’Univers, a lentement rassemblé ces vastes nuages. Toutefois, les particules
de gaz et de poussière se déplaçaient trop rapidement à l’intérieur de ces
nuées chaudes et tourbillonnantes pour être complètement agglomérées par
la gravité, de sorte qu’elles ont résisté à la formation d’amas denses.

Les scientifiques ne savent pas avec certitude ce qui a finalement


déclenché la formation de notre Soleil. Les champs magnétiques ont peut-
être contribué à piéger les particules et à les canaliser pour les rapprocher. Il
se peut aussi qu’un événement extérieur, comme l’onde de choc d’une
supernova voisine, ait joué ce rôle. Ou alors, le temps a simplement fait son
œuvre : le nuage de gaz a fini par se refroidir, et les particules moins rapides
ont commencé à tomber vers le centre.
Quoi qu’il en ait été, suffisamment de matière a fini par s’agglomérer pour
déclencher un processus auto-alimenté : du gaz et de la poussière se sont
rassemblés en un point, provoquant une augmentation de la gravité, laquelle
a attiré davantage de gaz et de poussière, augmentant ultérieurement la
gravité, et ainsi de suite. À un certain point, il y a eu suffisamment de gaz et
de poussière concentrés en un seul endroit pour donner naissance à une
étoile. Et c’est là que les choses ont vraiment commencé à chauffer.

La fusion repousse les limites

(Il y a 4,9 milliards d’années. Âge du Soleil : 0,1 milliard d’années)


Après environ cent mille ans, la gravité avait bien travaillé et réuni un
énorme nuage composé principalement d’hydrogène. Au début, les
molécules individuelles ont résisté. Elles n’appréciaient pas d’être serrées si
près les unes des autres, car les charges positives de leurs protons se
repoussaient mutuellement. Rapprocher deux protons, c’est comme essayer
de mettre un chat dans un seau d’eau : il faut vraiment le vouloir.
Heureusement, la gravité est tenace. Au fil du temps, l’énorme masse
accumulée a continué à comprimer les protons les uns contre les autres
jusqu’à ce que quelque chose finisse par céder.
Si les protons se rapprochent suffisamment, ils surmontent leur répulsion
et commencent à s’attirer mutuellement. C’est parce qu’une force différente
commence à agir : la force nucléaire forte. C’est sans doute la seule chose en
physique des particules qui porte bien son nom, car la force forte est, disons,
vraiment forte. Sur de longues distances, elle n’est pas très puissante, mais,
sur de courtes distances, elle est beaucoup plus forte que la répulsion
électrique qui sépare les protons. Une fois que cette force forte rapproche les
protons, quelque chose d’incroyable se produit : la fusion.

Les noyaux des deux atomes d’hydrogène s’assemblent et, après quelques
étapes supplémentaires, finissent par former un nouvel élément, l’hélium.
Pendant des siècles, les gens ont essayé de convertir un élément en un autre
(comme le plomb en or) sans résultat, si bien que l’entreprise, connue sous le
nom d’« alchimie », a été reléguée au rang de pseudoscience. En réalité,
l’opération est tout à fait possible, à condition d’opérer dans des conditions
particulières, par exemple au centre du Soleil 1.
La fusion de l’hydrogène en hélium a ceci de formidable qu’elle libère
beaucoup d’énergie. L’hélium produit a une masse plus faible que les atomes
d’hydrogène d’origine, et la masse supplémentaire est convertie en énergie,
qui est ensuite transportée par les neutrinos et les photons. Si vous ne
comprenez pas comment la création d’une liaison est à même de libérer de
l’énergie, pensez à l’opération inverse : il faut généralement de l’énergie
pour rompre une liaison.
Ce mécanisme simple illumine tout l’Univers. Grâce à la fusion qui se
produit au sein d’innombrables étoiles, nous n’avons pas à vivre dans un
vide ténébreux. La gravité rend cela possible, en comprimant les protons
réticents jusqu’à ce qu’ils fusionnent. Mais il y a un retour de bâton.
L’énergie libérée par les réactions de fusion s’échappe, poussant tout vers
l’extérieur et empêchant la gravité de comprimer davantage les protons. Tout
à coup, nous avons deux forces cosmiques qui se livrent une lutte acharnée :
la gravité qui se bat pour tout comprimer, et la fusion qui libère de l’énergie
qui repousse la gravité. Ces deux forces s’enferment dans une impasse
solaire qui dure des milliards d’années.

Une longue et lente combustion


(Il y a 4,9 milliards d’années - dans 5 milliards d’années.
Âge du Soleil : 0,1-10 milliards d’années)
Pendant les dix milliards d’années qui suivent, le Soleil est et sera le
théâtre d’un affrontement féroce entre deux forces impressionnantes : la
gravité et la fusion. La gravité, l’acteur original de ce drame, continue à
rassembler et à comprimer la matière de l’étoile. Mais l’énergie créée par la
fusion éjecte tout vers l’extérieur. L’étoile brûle, brille et vit dans cet
équilibre précaire pendant des milliards d’années.
C’est la phase dans laquelle nous nous trouvons. Lorsque vous regardez le
Soleil (pas à l’œil nu, hein !), vous voyez une boule géante qui explose et
s’effondre en même temps. Il est difficile de saisir l’échelle de ce qui se
passe à l’intérieur du Soleil. Au-delà du noyau de fusion au centre s’étend
une couche de plasma chaud et tourbillonnant de 563 270 kilomètres
d’épaisseur. Les photons créés par le noyau rebondissent dans ces couches
jusqu’à ce que, cinquante mille ans plus tard, leur énergie soit enfin libérée
dans l’espace. Huit minutes plus tard, certains d’entre eux ont fait le chemin
jusqu’à nous pour nous éclairer et nous réchauffer.
Le Soleil brûle de cette manière depuis 4,9 milliards d’années, et il
continuera ainsi pendant 5 milliards d’années. Cet équilibre entre la gravité
et la fusion ne durera pas éternellement. Silencieusement, le compte à
rebours a commencé à l’intérieur de l’étoile.
Car la gravité est faible, mais implacable. Elle continuera à attirer sans
relâche toute la matière possible à l’intérieur de l’étoile. La fusion nécessite
du combustible (de l’hydrogène) et produit des déchets (de l’hélium), ce qui
limite la durée du processus. Au début, l’hélium s’accumule lentement au
centre de l’étoile sans gêner personne. Le temps passant, il commencera à
modifier l’étoile.
L’hélium étant plus dense que l’hydrogène, le noyau devient plus lourd, ce
qui augmente la pression gravitationnelle exercée sur l’hydrogène, qui se
trouve maintenant principalement à l’extérieur du noyau. En conséquence,
davantage de réactions de fusion se produisent dans les couches extérieures,
ce qui rend le Soleil plus chaud, plus brillant et plus grand. Les réactions se
développent lentement ; tous les cent millions d’années, la luminosité du
Soleil augmente d’un pour cent. Cela ne semble pas énorme, mais, à force de
faire des additions, dans quatre milliards d’années, le Soleil sera 40 % plus
lumineux qu’aujourd’hui, ce qui fera bouillir nos océans.
Au fur et à mesure que la fusion s’accentuera, le Soleil deviendra de plus
en plus grand. La fusion semblera sur le point de gagner, mais, en fait, elle
consommera son combustible de plus en plus vite, et, comme une rock star
en manque, elle finira par s’étioler et mourir.

La tentation de la démesure avec le grand âge

(De 5 milliards à 6,4 milliards d’années dans le futur.


Âge du Soleil : 10-11,4 milliards d’années)
La bataille entre la gravité et la fusion dure depuis des milliards d’années,
la seconde semblant prendre le dessus. Dix milliards d’années après son
déclenchement, la fusion devient si puissante qu’elle met à mal les conquêtes
de la gravité, éjectant les couches externes d’hydrogène du Soleil.
À ce moment-là, dans environ cinq milliards d’années, le Soleil aura
atteint deux cents fois sa taille actuelle, englobant presque la Terre et toutes
les planètes intérieures. La majorité de son volume sera occupé par des
couches externes d’hydrogène, plus froides que le reste. Mais, selon les
normes terrestres, il fera une chaleur insupportable, et la vie dans le Système
solaire interne sera pratiquement impossible.
La fusion tire ses dernières cartouches pour faire cette démonstration
spectaculaire de sa puissance. Après avoir inversé la gravité, elle commence
à faiblir. Mais elle a encore un tour dans son sac avant de succomber.

Un dernier flirt

(De 6,4 milliards à 6,5 milliards d’années dans le futur.


Âge du Soleil : 11,4-11,5 milliards d’années)
À 11,4 milliards d’années (dans 6,4 milliards d’années à partir de
maintenant), le Soleil aura brûlé tout l’hydrogène de son noyau, épuisant le
carburant qui lui servait à lutter contre la gravité. Bien que la fusion puisse
continuer dans les couches d’hydrogène entourant le noyau, elle ne peut plus
s’opposer à la pression de la gravité à l’intérieur de celui-ci.
Mais elle n’a pas encore dit son dernier mot. Lorsque la gravité comprime
le noyau d’hélium et rapproche suffisamment ses atomes, la fusion répète
avec l’hélium ce qu’elle a accompli avec l’hydrogène. En un éclair, elle
réunit les atomes d’hélium pour former des éléments plus lourds,
principalement du carbone. C’est un éclair au sens littéral, pas
métaphorique : lorsqu’elle se déclenche, la fusion de l’hélium libère autant
de lumière que la galaxie entière. Heureusement, tout cela se passera à
l’intérieur du Soleil, de sorte que ce flash ne fera pas flamber les colonies de
l’humanité installées sur les lunes de Jupiter.

Le carbone produit par la réaction de fusion se concentrera au cœur de


l’étoile, ce qui fera de notre Soleil un sandwich à trois étages composé de
carbone, d’hélium et d’hydrogène. Dans les étoiles plus grosses, le cycle se
poursuit pour produire des éléments plus lourds 2. Mais notre Soleil n’est pas
assez massif pour faire fusionner du carbone ; lorsque l’hélium et
l’hydrogène seront épuisés, le Soleil s’éteindra purement et simplement.
La phase de fusion de l’hélium démarre en fanfare, mais elle ne durera pas
très longtemps. Alors que le Soleil a brûlé de l’hydrogène pendant dix
milliards d’années, il ne brûlera de l’hélium que pendant environ cent
millions d’années.

Jupiter devient fou


(Dans 6,5 milliards d’années. Âge du Soleil : 11,5 milliards d’années)
Une fois tout le combustible épuisé, la fusion s’arrêtera. Les enveloppes
extérieures du Soleil dériveront et formeront une nébuleuse, la matière
première d’une future formation planétaire. Tandis que la fusion s’affaiblira,
la gravité continuera d’exercer sa pression sur le noyau, agglomérant les
éléments restants en un objet céleste très chaud et très dense appelé « naine
blanche ». Cette étoile plus petite représente à peu près la moitié de la masse
du Soleil d’origine, mais comprimée en une boule de la taille de la Terre.

Les planètes extérieures, qui ont survécu à l’expansion du Soleil, se


retrouveront alors dans une situation délicate. Comme le Soleil aura perdu la
moitié de sa masse, il n’exercera plus une force d’attraction aussi importante
sur Jupiter et les planètes extérieures, de sorte que l’orbite des géantes
gazeuses s’élargira à environ deux fois leur distance précédente du Soleil.
Cela pourrait sembler une bonne stratégie, étant donné les dernières frasques
du Soleil, mais, en réalité, cela rendra ces planètes beaucoup plus sensibles à
l’attraction gravitationnelle des étoiles qui passent à proximité. Dans de
nombreux scénarios, les orbites de Jupiter et de Saturne deviennent
beaucoup plus chaotiques, éjectant les planètes restantes (Neptune et
Uranus) du Système solaire. Pour finir, il n’en restera probablement plus
qu’une, Jupiter, une géante gazeuse solitaire en orbite autour du noyau mort
de notre Soleil.

À ce stade, la fusion se sera définitivement arrêtée, mais la naine blanche


brillera toujours. Comme un morceau de métal chauffé à blanc sorti d’une
forge, elle brillera de sa propre chaleur interne, et continuera ainsi
longtemps.
Et maintenant, notre Soleil est coincé. Sa température n’est pas assez
élevée pour déclencher une fusion, et la gravité n’est pas assez puissante
pour rapprocher les atomes et transformer l’étoile en une étoile à neutrons ou
en un trou noir.

La fin
(Dans des billions d’années)
Combien de temps une naine blanche brille-t‑elle ? Nous ne le savons pas
avec certitude, car nous n’en avons jamais vu une seule s’éteindre. Les
physiciens pensent qu’elle pourrait mettre des billions d’années à se
refroidir, pour finalement devenir une masse sombre et dense appelée
« naine noire ». Mais l’Univers n’est tout simplement pas assez vieux pour
qu’il y ait des naines noires à l’heure actuelle.
Cela signifie que notre Soleil continuera à exister sous la forme d’une
naine blanche pendant un temps interminable, peut-être des billions
d’années. Il ne sera plus aussi chaud et brillant que dans sa jeunesse, mais
peut-être suffisamment tout de même pour permettre la vie humaine, une
fois que nous aurons abandonné nos colonies temporaires sur Jupiter pour
nous installer plus près de lui. Qui sait, lorsque l’humanité se pressera autour
des braises de cette naine blanche, des histoires circuleront sur ce qu’était la
vie à notre époque, quand le Soleil brûlait et que nous tenions ce fait pour
acquis. L’époque où notre étoile explosait en continu, et où les jours
ensoleillés semblaient devoir durer pour toujours.
POURQUOI POSONS-NOUS DES QUESTIONS ?
Évidemment, nous avons gardé le meilleur pour la fin.
Année après année, les gens nous ont soumis un grand nombre de
questions totalement fascinantes. L’éventail des sujets couverts est vaste,
allant des demandes complexes et spécialisées (« Pourquoi les photons
sont-ils déformés par la gravité s’ils n’ont pas de masse ? ») aux
interrogations philosophiques (« Pourquoi l’Univers existe-t‑il ? »). Dans ce
livre, nous avons essayé de répondre aux questions les plus fréquemment
posées, qui témoignent de notre curiosité commune pour le cosmos et qui,
apparemment, taraudent beaucoup de monde.
Mais il y a une question qui revient souvent à laquelle nous n’avons pas
encore répondu. En fait, c’est probablement la question la plus fréquente.
Nous l’avons gardée pour la fin, parce que nous considérons que c’est la
plus importante. Vous êtes prêt ? La voici :
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? »
D’accord, ce n’est probablement pas la question à laquelle vous vous
attendiez – elle n’a même pas l’air complète ! D’un point de vue
grammatical, votre professeur de français ferait la grimace. Pourtant,
l’interrogation revient constamment.
Ce qui est intéressant avec cette question, c’est que ce n’est pas celle que
les gens veulent nous adresser. En général, elle arrive après la première,
vraie question. Les gens nous écrivent par exemple : « Hé, Daniel et Jorge,
l’Univers a vraiment quatorze milliards d’années ? Et qu’est-ce que ça veut
dire ? » Ou encore : « D’où vient l’énergie nécessaire à l’expansion de
l’Univers ? Peut-elle vraiment provenir de rien ? Et qu’est-ce que ça veut
dire, au juste ? »
Nous pensons que la plupart de nos interlocuteurs n’avaient pas
l’intention de nous poser la question « Qu’est-ce que ça veut dire ? ». Et
pourtant, elle est bien là, comme par accident, à la fin de la demande qu’ils
voulaient initialement nous soumettre.
On pourrait l’interpréter comme un ajout après coup, une phrase jetée là
au hasard. Pour nous, c’est pourtant la partie la plus révélatrice de leur
question, qui dévoile la véritable raison pour laquelle ils nous ont écrit.
Selon nous, les choses se passent de la façon suivante. Les gens
commencent par s’interroger sur un point précis, qui excite leur curiosité. Il
s’agit de l’âge de l’Univers ou de la nature de la matière et de l’énergie dans
notre cosmos, etc., dont ils ont entendu parler dans notre podcast ou qu’ils
ont lu quelque part, peu importe. Ils se sont creusé les méninges, et, pour
finir, leur réflexion s’est cristallisée sous la forme d’une demande précise.
Mais, dès que la question quitte leur bouche ou le bout de leurs doigts, une
pensée les effleure : mais cette réponse, si je l’obtiens, que m’apportera-
t‑elle ? Et lorsqu’ils envisagent toutes les conséquences qu’une réponse
pourrait avoir, une petite voix intérieure leur murmure à l’oreille : et qu’est-
ce que ça veut dire ?
Qu’est-ce que cela signifie que l’Univers a quatorze milliards d’années ?
Ou que l’Univers est en expansion à partir de rien ?
Parce que connaître la réponse à une question n’est pas suffisant. La
réponse pourrait être « oui » ou « non », ou « c’est à cause de l’interaction
de Schwarzschild des fluctuations de Higgs dans le vide », mais, en fin de
compte, les détails n’ont pas d’importance. Ce qui compte, c’est le sens que
l’on confère à ces réponses, en particulier pour la façon dont vous vivez
votre vie.
Si vous considérez que la réponse à la question « D’où vient
l’Univers ? » n’est pas vraiment susceptible de changer votre vie, vous vous
trompez. Même si la réponse n’a pas de répercussions sur les détails
pratiques de votre quotidien, elle change (peut-être) quelque chose d’encore
plus important : le contexte dans lequel votre existence se déroule. Les
réponses fondamentales ont un impact sur la façon dont vous percevez
l’Univers et dont vous vous situez par rapport à lui. Apprendre que la Terre
n’est pas le centre du cosmos a fait prendre conscience à l’humanité que
nous sommes une petite partie de quelque chose de beaucoup plus grand
d’une part, et que nous n’occupons pas la scène principale de l’Univers
d’autre part. De la même manière, découvrir que l’Univers est rempli de
formes de vie intelligente, ou que l’intelligence est extrêmement rare, ou
même que nous sommes les seuls êtres pensants de l’Univers affecterait
profondément la façon dont nous nous percevons et le caractère unique que
nous pensons avoir.
C’est cette recherche de sens et de contexte qui donne à ces questions
leur pouvoir cosmique. Nous ne voulons pas seulement connaître une
réponse, nous voulons la comprendre, car cette compréhension change la
façon dont nous concevons notre existence. Elle peut nous faire quitter la
scène sur laquelle nous pensions vivre et nous révéler que nous dansions sur
une autre, très différente.
Ce qu’il y a de plus séduisant dans les réponses aux interrogations
scientifiques, c’est qu’elles sont à notre portée. Pour chacune des questions
de ce livre, et pour toutes les questions scientifiques que vous pouvez
imaginer, il existe une réponse. Elle peut être cachée, lointaine ou à une
échelle trop petite pour que nous puissions la voir, mais les réponses
existent.
Il se peut que nous soyons un jour en mesure de répondre à toutes les
questions de ce livre. Même dans ce cas, nous n’aurons peut-être pas
d’autre choix que de poser la même question que nos auditeurs : et qu’est-
ce que ça veut dire ?
C’est la seule question à laquelle nous ne pouvons pas répondre dans ce
livre. Pourquoi ? Parce que la réponse est différente pour chacun d’entre
nous. Nous devons tous définir notre propre contexte et trouver notre propre
signification dans cet Univers. Poser ces questions révèle qui nous sommes
et pourquoi nous sommes en quête de sens.
Alors, quelles sont les questions que vous vous posez le plus souvent ?
Remerciements

Une autre question qu’on nous pose fréquemment est : « Comment avez-
vous trouvé le temps d’écrire un livre ? » La réponse est simple : « Grâce à
l’aide de beaucoup de gens ! »
Un grand merci à nos amis et collègues qui ont relu les premières versions
du manuscrit : Flip Tanedo, Kev Abazajian, Jasper Halekas, Robin Blume-
Kahout, Nir Goldman, Leo Stein, Claus Kiefer, Aaron Barth, Paul
Robertson, Steven White, Bob McNees, Steve Chesley, James Kasting et
Suelika Chial.
Notre gratitude va à notre éditrice, Courtney Young, pour la confiance
qu’elle nous a accordée et pour ses conseils avisés, ainsi qu’à Seth Fishman,
qui a toujours su trouver comment présenter au mieux notre travail. Merci à
toute l’équipe de la Gernert Company, notamment Rebecca Gardner, Will
Roberts, Ellen Goodson Coughtrey, Nora Gonzalez et Jack Gernert, ainsi
qu’à leurs collègues à l’international. Un grand merci à tous ceux qui, chez
Riverhead Books, ont consacré leur temps et leur talent à la réalisation et à
la publication de ce livre, en particulier Jacqueline Shost, Ashley Sutton,
Kasey Feather et May-Zhee Lim. Nous sommes également reconnaissants à
Georgina Laycock d’avoir semé en nous l’idée de cet ouvrage (et du titre !),
et à toute l’équipe de John Murray.
Une fois encore, Jorge remercie sa famille pour son soutien et ses
encouragements permanents.
Et surtout, merci à vous, nos lecteurs, nos auditeurs et nos fans, pour nous
avoir suivis tout au long de ces années, et pour vos questions
extraordinaires !
Index

âge
de la Terre, 40
des galaxies, 40
de l’Univers, 67, 283, 346
alertes nucléaires, 70-71
années-lumière, 36-37, 39-40, 131, 134, 136, 283, 285, 314, 324-325
alchimie, 334
Andromède, 131, 259, 285
antiélectrons, 147-148
antimatière, 147-148, 150-151
antineutrinos, 147
antiprotons, 147
antiquarks, 147
astéroïde(s)
bombardement nucléaire d’
ceinture d’, 42, 78, 157, 162, 298
collision avec un, 73
déviation d’, 74, 77, 170-173
destruction laser d’, 171
impact d’un, 160, 163-165, 169, 172
stratégies d’évitement d’, 170-172
atmosphère
entrée dans, 160-161
impact d’astéroïde et, 160-162, 165, 171
des planètes habitables, 126-127, 133-135
respirable, 133-135, 295, 297, 305-306
sur Mars, 125, 297, 299, 302-306
autorépliquant, 42, 44, 73

Babyloniens (astronomes), 128


Big Bang, 54, 58, 81, 127, 158, 221-223, 286-287, 289, 291, 326
Big Chill : voir mort thermique de l’Univers
Big Crunch, 81, 221-222, 228
bits quantiques, 199-202
Black Mirror (série télévisée), 243
bouclier magnétique artificiel, 308
bouton « annuler », 17

C
cause et effet (causalité), 20-23, 27, 28, 56-57, 107, 185, 212, 220, 223,
226, 241
carburant pour fusée, 143-151, 306
Centre d’études des objets géocroiseurs (CNEOS), 165-168, 170, 172
centre de l’Univers, 282-292
trouver la croûte de l’Univers, 288-289, 291
indices provenant du mouvement des galaxies, 286-288
indices provenant de la structure de l’Univers, 284-286
Univers observable, 12, 55, 60-61, 283-284, 289, 292, 313
centre-ville, 281-282, 285
cercle infini de la lumière, 96
Cérès, 298
CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), 148
cerveau
chaotique, 181-184, 188
neurones, 100, 113, 179-183, 186-189, 254
quantique, 184-185, 188
dans une cuve, 253-254
champ de Higgs, 79-81, 274-275, 277
effrondrement du, 79-80
champ magnétique, 28, 125, 148, 268, 274, 306-308, 332
changement climatique, 71-72
Chesley, Steve, 172
collisionneurs de particules, 148
colonisation de l’espace, 78-79, 106, 133, 143, 342
comètes, 74-75, 158, 168-174, 298, 303
impact, 169, 172, 298
vie sur Mars, dioxyde de carbone et, 303, 305
eau de, 298, 305
Shoemaker-Levy, 169
conscience, 188, 232, 292
conservation de l’énergie, 207, 300
constante cosmologique, 56-57
courbure
de l’espace, 93, 95, 197, 201, 216, 291, 316, 321, 325
de l’Univers, 216, 291
crise des missiles de Cuba, 70
cure-dent, problème du, 143-145
cyanobactéries, 304-305
cylindres infiniment longs de poussière tournante, 23-24, 26

« Daniel et Jorge expliquent l’Univers » (podcast), 12


désordre : voir entropie
détection
des astéroïdes, 172-174
des exoplanètes, 129-130
dimensions supplémentaires, 108, 317-318
dinosaures, événement d’extinction, 51, 74, 162, 164, 174
disque d’accrétion, 89-90, 93, 322
dioxyde de carbone (CO2), 301-305, 308-309
double (votre), 49-63

eau
sur Mars, 298-299, 302-305
vie et, 297-298
effet de serre, 71-72, 165, 300, 302
effet Doppler relativiste, 269
Einstein, Albert, 23, 26, 101-102, 128, 179, 196, 226, 265, 268-270, 277,
314
électrons, 235, 268
antiélectrons, 147-148
champ magnétique et, 268, 274, 306-307
prévisibilité et, 184-185
multivers quantique et, 57-58
téléportation et, 110-112, 115-116
énergie ; voir aussi équivalence masse-énergie
cinétique, 142, 270
du vide non nulle, 207
inertie et, 273, 277
nécessaire pour les voyages interstellaires, 109, 142-151
sombre, 222, 324, 326
entropie, 27, 29, 224-225, 231, 244
maximale, 225-226
étoiles
formation, 61, 332-333
naines, 78, 132, 340-342
nombre, 35, 61-62
impacts, 163-165, 169, 172
effets d’, 163-165, 169
et extinction de l’humanité
probabilité d’, 165-168
principaux amas de roches spatiales et, 155, 157-158
efforts de mitigation du risque d’, 170-173
suivi des objets géocroiseurs, 165, 168
hiver consécutif à, 164
évolution, 51, 54
expansion de l’Univers, 56, 81, 196, 201, 207, 216, 222, 283-284, 287-288,
291, 324, 326-327, 346
extinction de l’humanité, 67-82
extraterrestres, 12, 33-45, 140, 155, 241, 254

fer, 42, 299, 340


fin du temps, 211-228
force forte, 273, 334
formules de physique, 144, 265-266
fusées, 62, 143-145, 170, 219, 268-269, 300, 306
fusion nucléaire, 333-341
futur, 18, 20-21, 23, 25-26, 74, 77, 159, 170, 195, 227, 338-339

galaxies
âge des, 40
Andromède, 131, 259, 285
centre des, 259, 282, 285-286
Groupe local, 285
Voie lactée, 35, 39, 76, 79, 101, 131-132, 142, 285
mouvement des, 286-287
nombre de, 35, 61
voyager à travers les ; voir voyage interstellaire
superamas de, 285-286, 288, 290
gaz à effet de serre, 71
Google Maps, 292
gravité
dans les trous noirs, 87-88, 90-93, 97, 101, 149, 282
du Soleil, 331-341
quantique à boucles, 198
sur la Lune, 309
sur Mars, 308
sur Terre, 24, 36, 87-88, 90-91, 107, 139
théorie des cordes et, 198, 206, 317-318
Groupe local, 285
guerre nucléaire, 69-71

habitabilité des planètes


au-delà du Système solaire, 106, 118, 124
dans le Système solaire, 310
Hamm, Jon, 234
Hawking, Stephen, 86, 148, 203-204
Hiroshima, bombe, 161, 163
hélium, 126, 334-335, 337, 339-340
hiver nucléaire, 71
horizon des événements, 88, 92-94, 97, 99-101, 148-149
horloges, marqueurs de temps, 23, 97, 213, 217-219, 223, 227
hors contrôle, technologie, 72-73
hydrogène, 126, 332-335, 337-340
hypothèse mathématique universelle, 204-206

IA (intelligence artificielle), 43, 73, 254, 261


imagerie par résonance magnétique (IRM), 111, 236
impression 3D, 111, 242
indétermination (principe d’), 113-115, 260
inertie, 273, 277
infini, 35, 56 62-63, 79-80, 95-96, 98, 131, 144, 196-197, 212, 216, 223,
227, 232, 290-292, 321
infrarouge, 98, 268, 301
ingénieurs vs. physiciens, 19
intrication, 115, 200-201
Io, 127

jeu vidéo, 12, 251, 256


Jupiter, 126-128, 144, 157, 160, 169, 327, 335, 340-342
lunes de, 127, 339

Kepler, télescope spatial, 129


Kuiper, ceinture de, 157

lancer de dés, 62
libre arbitre, 177, 188
lois du mouvement de Newton, 267
lumière en orbite autour d’un trou noir, 95
Lune, 24, 77, 139, 156, 159, 308-309
lunes dans le Système solaire : voir satellites naturels

M
machine à remonter le temps, 18-19, 21, 26, 28-29, 305
magnétisme, 326
Mars, 125-126, 157
vivre sur, 296-310
Mars 2020, 306
masse, 24, 76-77, 79, 87, 95, 109-110, 142-149, 158, 162, 217-218, 226,
266-268, 270-277, 309, 321, 324-327, 334-335, 340-342, 345
équivalence masse-énergie (E = mc2), 144, 266, 274, 276
de trous noirs, 87-88, 92, 149, 217, 282
négative, 326-328
1 % restant, 274
matière noire, 127
Matrix, The (film), 249
Mercure, 126, 132
méta-temps, 220-221, 226-227
méta-univers, 201-202, 240-241
météorites, 156, 160-162, 165, 174, 231
météorologie, 134, 183, 257
microbes, 54, 134, 234
mini-Neptune, 134 ; voir aussi Neptune
miroirs solaires, 151, 171, 304, 308-310
mort thermique de l’Univers, 223, 225, 228
moteurs à distorsion, 136, 295, 314-317, 319-324, 325, 327-328
moteur ionique, 146-147
multivers, 22, 55-59, 63, 240, 318-319
quantique, 57-59

naine
blanche, 78, 340-342
noire, 342
rouge, 335
Near earth object surveillance mission (NEOSM), 174
Neptune, 126-127, 157, 297, 341 ; voir aussi mini-Neptune
neurones, 100, 113, 179-183, 186-189, 254
neurophysique
cerveau chaotique, 181-184
cerveau quantique, 184-185
neutrinos, 147, 335
neutrons, 234, 272, 341
nombre d’étoiles et de galaxies, 35, 37, 61

O
objets géocroiseurs, 168, 170-171
Oklahoma, 289-290
Organisation mondiale de la Santé, 69
Oort, nuage d’, 157-158, 169
orbites de planète, 37, 74-76, 95, 107, 129, 132, 134, 140, 155, 158-160,
300, 341
organoïdes, 111
origines de la Terre, 51, 54-55
origines de la vie, 54-55
origines de l’Univers, 158-159, 193-208, 346 ; voir aussi Big Bang et
hypothèse mathématique universelle
théories possibles des, 198-207
Univers quantique, 194-204
Univers relativiste, 196-197, 201, 203
Oumuamua, 75
oxygène, 134-135, 304-306, 340
usine à, 305, 308, 310

passage vers l’au-delà, 232-233, 236-242


Paradis : voir vie après la mort
pile ou face, 181-182
phénomènes émergents, 199
photons, 86, 94-95, 98, 110-111, 115, 148, 151, 218, 237, 268-271, 275-
277, 283-284, 321, 326, 335-336, 345
photosynthèse, 134, 304
planète
errante, 75, 77
habitable : voir habitabilité des planètes
rocheuse, 131-133, 135
X, 127
Pluton, 78, 157
prévisibilité humaine, 177-189
cerveau et physique, 179-185
cerveau quantique, 184-188
principe d’incertitude d’Heisenberg, 202
protons, 147, 234, 257, 272-273, 306-307, 334-335
Proxima Centauri, 37, 106, 116, 118, 141-142

quantique
aléa, 188, 226
copie, 112-119
état, 112-113, 115, 117, 195, 237, 244
gravité, 198, 206
indétermination, 113-115
information, 113-119, 195, 237-238, 244
intrication, 115, 200-201
mécanique, 57, 100-101, 187-189, 194-199, 202-204, 216, 226, 237, 242,
244, 252, 260
multivers, 57-59
téléportation, 116-119
Univers, 194-202
quarks, 110-112, 147, 234-235, 237, 272-275
quasars, 89-90
questions (poser des), 345-347
« Qu’est-ce que ça veut dire, au juste ? », 345-347

rayons cosmique, 297, 306


réalité virtuelle, 251
Reeves, Keanu, 249, 253, 255
relativité
générale, 100-102, 216, 252, 260, 322-323, 325
restreinte, 314, 316
religions, 231-233, 249
répulsion électromagnétique, 334
rêve, 250
Ross 128 b, 118

satellites naturels, 95, 127, 155, 339 ; voir aussi Lune


Saturne, 126-127, 341
scan d’un corps entier, 110-112, 118-119, 236-237, 240-241
Schrödinger, équation de, 195, 265
science-fiction, 94, 106, 147, 306, 315, 317, 320
Shoemaker-Levy, comète, 169
simulation informatique, 242-243, 250-262
bug, 258-260
cerveau dans une cuve, 253-254
programmation de, 254-257
raison d’être de, 260-262
singularité, 196-197, 202-204, 216, 222-223, 260, 321-323
floue, 203-204
spaghettification, 92
Socrate, 249
Soleil
combustion du, 336-338
explosion et fin du, 78, 331-332, 339-342
formation et évolution du, 51, 77-78, 332-340
fusion nucléaire dans le, 150, 333-335
lumière et rayonnement du, 77-78, 126, 132-133, 150-151, 300-301, 306-
308, 331-332, 337
orbite de la Terre et, 75-76, 107-108, 325
Système solaire et, 75-76, 281-282, 300
vents du, 125, 150, 307-308
supernova, 51, 60, 79, 124, 155, 201, 333
survie de l’humanité : voir extinction de l’humanité
Système solaire
formation du, 51, 54-55, 60, 158-159
événements d’extinction humaine et, 74-77
planètes habitables dans le, 125-127 ; voir aussi Mars
satellites naturels, 127, 156-158
orbites des planètes du, 75-76, 128-129
Soleil et, 75-76, 281-282

Tcheliabinsk, météorite de, 162, 167, 174


téléportation, 106-119
télescopes, 128-129, 140, 166, 173-174, 196, 257, 284-285
temps
arrêt du, 98, 211-213, 218, 220-223, 225, 227
début du, 215-217
écoulement (et son inversement) du
fin du, 211-228
gravité et, 97
inversion du cours du, 27-29
lignes temporelles, 22, 25
marqueurs de, 227
méta-, 220-221, 226-227
relatif, 217-219
voyage dans, 18-21, 23-29
Terre
vie après la mort sur, 241-243
âge de la, 40, 51, 54
atmosphère de la, 133-135
gravité de la, 87-91, 139
orbite autour du Soleil, 75-76, 107, 325
origine de la, 51, 54-55
origine de la vie sur, 54
planètes similaires à : voir habitabilité des planètes
eau sur la, 297-298
théorème de non-clonage, 115, 237
théorie des cordes, 198, 206, 317-318
thermodynamique, second principe de la, 27, 225
Toy Story (films), 250
tremblements de terre, 163-164
trous de ver, 24-26, 63, 79, 101-102, 108, 136, 295, 316, 319-324
trous blancs, 101, 321-323, 328
trou(s) noir(s), 92
bords d’un, 92-93, 149, 218-219
en rotation, 88, 322
entrer dans, 98-99
navette spatiale propulsée par, 148-149, 319-323
« ombre » d’un, 94-96
taille d’un, 88-89
temps gravitationnel dans un, 97-98
trous de vers et, 321-322
tsunamis, 164

Union soviétique et guerre nucléaire, 70


Univers
âge de l’, 67, 283, 346
centre de l’, 282-292
code source de, 252
dans un trou noir, 101
expansion de l’, 56, 81, 201, 207, 216, 222, 283-284, 287-288, 291, 324,
326-327, 346
forme de l’, 288-291
infini, 62-63, 290
multivers, 22, 55-59, 63, 240, 318-319
observable, 12, 55, 60-61, 283-284, 289, 292, 313
origines de l’ : voir origines de l’Univers
parallèles, 23, 241
relativiste, 196-197
sans bord, 203
virtuel, 251, 253-255, 258-260, 262
structure de l’, 227, 284-285
Uranus, 77, 126-127, 297, 341

V
vents solaires, 125, 151, 306, 308
Vénus, 72, 125-126, 308-309
Vera Rubin (télescope), 174
vie après la mort, 231-244
mort du corps, 233-235
définition traditionnelle, 232-233
sur Terre, 241-243
dans un autre endroit pour toujours, 239-244
physique de la, 232-233
transfert vers un autre lieu, 236-239
vie intelligente : voir visite d’extraterrestres
vitesse de l’information, 107
vitesse de la lumière, 36, 40, 97, 107-111, 115, 118-119, 141-145, 151, 218,
266, 268-270, 276, 283, 313
voyages interstellaires et, 36, 40, 141-143, 313, 316
téléportation et, 107-112
Voie lactée, 35, 39, 76, 79, 101, 131-132, 142, 285
voiles solaires, 150
volcans, 127, 133, 163-164, 302
voyage dans le temps, 17-29
changer le passé, 21-22, 25-26
espace-temps et, 23-27
inverser le cours du temps, 26-29
voyage interstellaire, 139-152
vie extraterrestre et distances, 141-143
méthodes de propulsion, 145-151 ; voir aussi moteurs à distorsion
énergie requise, 143-145
vitesse de la lumière et, 36, 40, 141-143, 313, 316
problème du cure-dent, 143-144
Voyager 1, 140

Wells, H. G., 18
Willis, Bruce, 74, 77, 170
Z

zone Boucles d’or, 132-133


1. Du moins par un physicien.
2. D’accord, le vin n’est pas absolument obligatoire.
3. Devenir riche grâce à la physique n’est pas un rêve réaliste, de toute
façon.
4. Mentionnons en passant que certains physiciens estiment que la théorie
d’Einstein n’est pas tout à fait exacte et que ces boucles temporelles
pourraient ne pas exister.
5. Courants induits qui apparaissent lorsqu’un solide conducteur est soumis
à un champ magnétique variable, ou lorsque ce solide est en mouvement
dans un champ magnétique constant.
6. Honnêtement, si vous aviez commencé par là, vous nous auriez évité bien
des soucis.
1. Hé, rester assis à boire du café est un travail difficile !
2. Relisez vite Le Guide du voyageur galactique !
1. À propos, nous avons fait le calcul : un dé à 21 000 000 000 000 000 faces,
dont chacune mesurerait 1 cm2, serait plus grand que l’Univers observable
tout entier.
2. Par exemple, la probabilité d’obtenir un nombre donné (disons un six) en
lançant six fois un dé à six faces est d’environ 66 %, ce qui est diablement
particulier.
1. Ou des gaufres au Nutella, la discussion est ouverte.
2. Ça existe vraiment, vous n’avez qu’à contrôler sur Google.
3. Au moins pour cet Univers. Certains physiciens pensent que l’Univers
passe par des cycles de Big Bangs et Big Crunches.
1. En fait, les trous noirs ne sont pas complètement noirs. Ils émettent une
faible radiation nommée « rayonnement de Hawking » en l’honneur de
Stephen Hawking, mais elle est si minime que vos yeux ne
l’enregistreraient pas.
2. « Plus ou moins », car la situation est un peu différente pour les trous
noirs en rotation, et aussi parce que, comme nous le verrons plus loin, la
partie noire est en réalité un peu plus grande que l’horizon des événements.
3. L’effet est plus manifeste lorsque vous sautez en l’air ou si vous êtes en
chute libre. Quand vous êtes debout sur le sol, vos pieds ne peuvent aller
nulle part, donc la gravité tente plutôt de vous aplatir.
4. Ou encore : le titre parfait pour le roman de science-fiction que vous
voulez écrire.
5. Ou encore : le titre parfait pour le culte new age que vous avez l’intention
de fonder.
6. Ou encore : le titre parfait… zut, quelqu’un a déjà fait ce film.
1. Dans le vide.
2. Les électrons ne sont que de petites pelotes d’énergie auto-entretenues
dans les champs quantiques qui remplissent l’espace. Lorsqu’un électron se
déplace, cela signifie que le champ à son ancien emplacement cesse de
bourdonner et que celui à son nouvel emplacement commence à bourdonner.
Ainsi, au niveau quantique, chaque mouvement d’une particule pourrait être
considéré comme de la téléportation !
3. Notez que, aussi cool qu’elle soit, la téléportation quantique ne vous
permettra pas d’aller plus vite que la lumière, puisqu’elle nécessite toujours
de partager ce que vous avez vu en utilisant un moyen de communication
normal, qui est limité à la vitesse de la lumière.
1. À l’heure où nous écrivons ces lignes, seuls quatre de ces Moonwalkers
sont encore en vie. Ainsi, les chances que vous, cher lecteur, ayez fait un pas
hors de la Terre sont d’environ quatre sur 100 milliards.
2. La sonde Voyager 1 a quitté le Système solaire (ou, plus précisément,
l’héliosphère) en 2012.
3. Bien sûr, le temps que vous arriviez à destination, tous ceux que vous avez
laissés derrière vous sur Terre seront morts depuis des dizaines de milliers
d’années.
4. Nous ne savons pas encore si les neutrinos ont des antineutrinos distincts
ou s’ils sont leur propre antiparticule.
1. Faites un petit effort de visualisation, ça en vaut la peine.
2. Fait intéressant, les scientifiques pensent que l’astéroïde qui a tué les
dinosaures (d’une dizaine de kilomètres de diamètre) a survolé la Terre des
années durant avant de percuter notre planète, ce qui aurait dû mettre la puce
à l’oreille aux dinoscientifiques.
3. Une citation authentique de Steve Chesley, chercheur principal au
CNEOS, qui a gracieusement accepté d’être interviewé pour ce chapitre.
1. C’est un peu plus compliqué que cela, car les neurones peuvent changer et
s’adapter. Mais, même dans ce cas, chaque neurone suit des règles qui
déterminent comment il peut changer et s’adapter, de sorte que le
raisonnement tient toujours.
2. Répéter la même action encore et encore et s’attendre à des résultats
différents est parfois considéré comme un comportement relevant du trouble
mental. Mais c’est tout à fait raisonnable dans le domaine quantique !
1. Ce qui, bien sûr, nous amène à nous demander comment un photon
expérimente le temps. En traversant l’Univers à la vitesse de la lumière, il
voit tout le reste se déplacer par rapport à lui, et toutes les horloges de
l’Univers lui semblent donc figées dans le temps.
2. Les physiciens n’aiment pas penser à cette époque, l’ère avant le présent.
1. Après tout, il est possible que nous ne soyons pas réels…
2. D’ailleurs, les physiciens observent effectivement des particules à haute
énergie qui frappent notre atmosphère sans qu’on puisse encore les relier à
une quelconque source astrophysique.
1. L’une des versions de l’équation de Schrödinger ressemble par exemple à
ça :
1. Seulement parce que la Terre et Mars sont plus froides que le Soleil. Tout
objet dans l’Univers brille (rayonne) à une longueur d’onde déterminée par
sa température. Le Soleil brille dans le spectre visible, tandis que les planètes
comme la Terre brillent dans l’infrarouge.
2. En octobre 2022, une vingtaine de séismes enregistrés in situ par le
sismomètre de la mission martienne InSight indiqueraient des traces
d’activité géologique selon certains chercheurs. [N.d.T.]
3. Il vaudrait mieux mener cette opération avant d’envoyer des gens sur la
planète.
1. Cette fusion n’advient que si la masse est suffisante pour générer la
gravité nécessaire pour comprimer les protons. Si votre masse n’est pas
suffisante, mettons qu’elle soit équivalente à celle de Jupiter, vous devenez
une planète. Si Jupiter avait une masse cent fois plus importante, la fusion se
déclencherait dans son noyau et elle deviendrait une naine rouge.
2. Pour les étoiles massives, la pression devient si forte au cœur que le
carbone fusionne en oxygène, qui fusionne à son tour en néon, et ainsi de
suite. Chaque étape est plus courte que la précédente, mais, dans les plus
grandes étoiles, le cycle continue jusqu’à la production de fer. Le fer ne
peut pas être fusionné naturellement, car il absorberait l’énergie au lieu de
la libérer ; c’est donc la fin du voyage pour la fusion.
Table

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’introduction

Pourquoi est-il impossible de remonter le temps ?


Faisable, possible et pas impossible
Vous ne pouvez pas retourner dans le futur
Qui dit physicien dit solution
Pas de seconde chance ?
Suivre le courant
Pourquoi les extraterrestres ne nous ont-ils pas encore rendu visite ? (En sommes-
nous vraiment sûrs ?)
Scénario 1 : ils nous ont repérés et sont en route
Scénario 2 : ils tombent sur nous par hasard
Scénario 3 : les extraterrestres sont très, mais alors très intelligents
Scénario 4 : et s’ils l’avaient déjà fait ?
Avez-vous un double quelque part ?
Quelle est votre probabilité ?
Improbable, mais pas impossible ?
Le(s) multivers
Le multivers est-il réel ?
Un autre vous dans notre Univers
Un Univers infini
Pour conclure
Combien de temps l’humanité survivra-t-elle ?
Les menaces immédiates
Les menaces moins pressantes
Les menaces à l’échelle des millions d’années
Les menaces à l’échelle des milliards d’années
Au-delà
Alors, nous sommes cuits ?
Que se passerait-il si j’étais aspiré par un trou noir ?
Les alentours du trou noir
Plus près de toi…
À la porte du trou noir
Ce que vos amis verront
L’entrée dans le trou noir
Mais qu’y a-t-il donc dedans ?
Pourquoi la téléportation n’est-elle pas encore à l’ordre du jour ?
Options de téléportation
Arriver à la vitesse de la lumière
Vous êtes l’information !
Une copie quantique de vous
Faire une copie quantique
Trop de vous
Un dernier détail
Y a-t-il une autre Terre quelque part ?
Nos voisins cosmiques
Les planètes au-delà de notre Système solaire
Trouver un logement sympa : les critères
Faites vos bagages (et n’oubliez pas votre pantalon de rechange)
Qu’est-ce qui nous empêche de voyager dans les étoiles ?
L’Univers est grand
Le problème du cure-dent
Un carburant plus efficace
Mettre les voiles
Alors, qu’attendons-nous pour nous lancer ?
Un astéroïde va-t-il percuter la Terre et tous nous tuer ?
Des gros cailloux dans l’espace
Que risquons-nous vraiment ?
Quelle est la probabilité que ça arrive ?
Boules de neige mortelles
Mais que pouvons-nous faire ?
Devons-nous paniquer ?
Les humains sont-ils prévisibles ?
La physique de votre cerveau
Un cerveau chaotique
Un cerveau quantique
Attendez, où est-ce qu’on va ?
Avons-nous bien compris ?
Mais d’où vient l’Univers ?
Au commencement de tout
Qui a raison ?
Quelles sont les théories possibles ?
Comment quelque chose peut-il « venir » de rien ?
Le temps s’arrêtera-t-il un jour ?
Le temps peut-il avoir une fin ?
Le temps, quésaco ?
Comment le temps prendrait-il fin ?
La fin de notre temps
Une vie après la mort est-elle possible ?
La physique du Ciel
Un vous après la mort
Le paradis sur Terre
Des ricochets dans le temps
Vivons-nous dans une simulation informatique ?
Pourquoi envisager cette perspective ?
Mais est-ce possible ?
Pourriez-vous vous en rendre compte ?
Pourquoi construire une telle simulation ?

Pourquoi E = mc2 ?
Masse et énergie
La majorité de votre masse n’est pas de la « substance »
Le 1 % restant
Une conclusion massive
Faites-le !
Où est le centre de l’Univers ?
Que pouvons-nous voir ?
De (maigres) indices issus de la structure de l’Univers
D’autres indices fournis par le mouvement des galaxies
Trouver la croûte de l’Univers
Le point central
Peut-on faire de Mars une Terre ?
La vie sur Mars
D’autres candidats ?
Devrions-nous déménager plus loin ?
Est-il envisageable de construire un moteur à distorsion ?
Passer de la fiction à la réalité
Un hyper-espace (ou sous-espace, ou super-espace)
Les moteurs à distorsion en trou de ver
Les moteurs à distorsion qui déforment l’espace
Une réponse tordue
Quand le Soleil s’éteindra-t-il ?
La naissance d’une étoile
La fusion repousse les limites
Une longue et lente combustion
La tentation de la démesure avec le grand âge
Un dernier flirt
Jupiter devient fou
La fin
Pourquoi posons-nous des questions ?
Remerciements
Index

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