Mauritania
Mauritania
Version provisoire
765
Juillet 2002
3. PERSONNES RENCONTREES.................................................................................................... 20
SOFRECO -2-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
D’un point de vue général, le milieu rural est peu pourvu en matière d'équipements.
L’infrastructure routière et l’électricité sont des facteurs de compétitivité indéniables mais le
rattrapage nécessiterait un investissement considérable. La stratégie gouvernementale
prend néanmoins en compte cette préoccupation et prévoit la réhabilitation et la
maintenance des routes existantes, avec une attention toute particulière accordée aux zones
de production agricole et aux régions enclavées.
SOFRECO -3-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
représentent plus de 500 000 ha, dont 100 à 140 000 sont irrigables. Les aménagements
hydro-agricoles n’ont concerné jusqu’à présent que 47 000 ha, dont moins de 20 000 ha sont
cultivés chaque année.
Malgré ces contraintes, le poids du secteur rural dans l’économie mauritanienne est
prépondérant. Le secteur agricole est celui qui contribue le plus à la création d’emploi et à la
génération de revenus. Il concerne directement plus de la moitié de la population.
De son côté, le sous-secteur de la pêche est un important pourvoyeur de devises (50% des
recettes d’exportation) et représente de surcroît la principale contribution au budget de l’Etat.
Sa contribution au PIB reste en revanche modeste (2,15% pour la pêche industrielle et
0,69% pour la pêche artisanale en 1999) tandis que le secteur rural, productions végétales et
animales confondues (mais hors pêche artisanale), produisait 22,12% de la valeur ajoutée
nationale en 1999, dont les deux tiers sont générés par le seul élevage.
L’introduction des fruits et légumes (autres que les dattes) dans la diète alimentaire des
Mauritaniens s’est généralisée très récemment (depuis la fin des années 1980). Le marché
1
Stratégie pour le secteur rural à l’horizon 2010 – Ministère pour le Développement Rural – janvier
1998
SOFRECO -4-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
pour ces produits est en pleine structuration. Il est approvisionné par une production locale
fortement saisonnière, des importations régionales et des importations depuis l’Europe.
La production des fruits et légumes frais est traditionnelle et intensive dans les oasis mais
relativement récente dans la vallée du fleuve. Elle se concentre pendant la saison froide sur
environ deux mois (décembre et janvier). Le reste de l’année, le marché est alimenté par des
importations. Les principales spéculations sont les carottes, les oignons, la pomme de terre,
les aubergines, la tomate, la laitue et le chou cabus.
! les Grands Domaines de Mauritanie (GDM) qui exportent des fruits et légumes et
assurent une logistique maritime et aérienne ;
! la SICAP (arboriculture fruitière) ;
! la SOMAGIR (production maraîchère et fruitière – essentiellement axée sur le raisin de
table – pour le marché local et l’export).
La production totale de légumes atteignait 60 000 tonnes en 1999, soit près du double de la
production de 1994. Parmi les fruits, les pastèques et les dattes apparaissent comme les
deux productions majeures en terme de volume produit :
! près de 10 000 tonnes de pastèques en 1999 (contre moins de 8 000 tonnes en 1994) ;
! environ 20 000 tonnes de dattes en 1999, soit une augmentation de plus de 40% par
rapport à 1994.
1999 7 739 5 625 1 025 1 301 15 690 1 382 423 161 223 2 189
2000 13 123 14 915 1 690 1 070 30 798 1 519 629 163 192 2 503
Source : Stratégie agroalimentaire de la Mauritanie, novembre 2001.
Les prix des différents produits dépendent beaucoup des marchés de destination, et
éventuellement des modalités de transport (pour les produits exportés).
SOFRECO -5-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
Les opérateurs mauritaniens ont peu investi pour la transformation et la distribution des
productions maraîchères et fruitières. Quelques initiatives sont cependant remarquables.
Ainsi, la Société de Conditionnement des Dattes (SCD), installée au nord du pays (Atar), est
équipée de chambres froides (capacité de 300 tonnes) mais l’activité annoncée est faible :
20 tonnes de dattes et 150 tonnes de carottes.
Dans la vallée, certains opérateurs explorent les potentialités et contraintes des produits de
niches (tomates cerises, produits exotiques…) destinés au marché européen. La société
SOMAGIR, filiale d’un important groupe (AON), exporte pour partie sa production fruitière et
maraîchère. Les GDM (Grands Domaines de Mauritanie), filiale de la Compagnie Fruitière de
Marseille, suscitent également beaucoup d’espérance.
La filière fruits et légumes focalise particulièrement l’attention des autorités car elle recèle un
important gisement de développement. La région du sud, qui dispose de terres fertiles et
d’une ressource en eau relativement abondante, est favorable à la production de cultures
variées. Les problèmes fonciers sont cependant nombreux et parfois source de conflits
graves.
Par ailleurs, les producteurs manquent d’expérience ; la connaissance, les moyens et les
capitaux font défaut autant que le savoir-faire marchand. Les dispositifs post-récolte ne sont
pas encore optimisés, pas plus d’ailleurs que les méthodes d’irrigation et les itinéraires
techniques.
SOFRECO -6-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
production végétale en Mauritanie coïncide avec la contre saison productive des pays
européens, génère certaines opportunités. Bref, le décollage de la production fruitière et
maraîchère est vraisemblable à très court terme, tiré par la demande locale et par les
opportunités sur certaines niches à l’export.
Les GDM montrent sans aucun doute l’exemple du type de partenariat que certains
voudraient multiplier pour la production maraîchère et l’arboriculture fruitière en vue de
l’exportation (produits de niche et produits de contre saison) et de l’approvisionnement du
marché national (étalement des productions, substitution des importations d’oignons et de
pommes de terre, etc.).
La production rizicole est essentiellement réalisée sur les périmètres irrigués comme il est
montré au tableau suivant, lequel propose aussi la répartition de la production céréalière
mauritanienne en fonction du type de culture.
2
Cultures pluviales.
3
Cultures sur des zones inondables par la crue du fleuve Sénégal.
SOFRECO -7-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
Le contexte mauritanien impose donc une lourde dépendance vis-à-vis des vivriers importés
et particulièrement du blé, ce qui a sans aucun doute contribué à structurer une filière blé
singulièrement plus importante en valeur relative comparativement aux pays voisins de la
sous-région.
Source : ONS.
A part la production paddy, la production céréalière nationale (sorgho, mil et maïs) est
écoulée via des circuits plus ou moins informels. Globalement, le sous-secteur des vivriers
est surtout dominé par un fort courant d’importation de blé en grains et sous forme de farines
et semoules.
a. Le riz
La production de paddy est dirigée vers des unités industrielles (6 petites unités à Rosso,
Boghé, Kaédi et Foum Gleïta totalisant une capacité de l’ordre de 20 tonnes par heure), des
mini-rizeries (5 à 6 unités à Rosso totalisant 2 à 3 tonnes par heure) ou des décortiqueuses
SOFRECO -8-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
artisanales (50 à 60 unités à Rosso, Kaédi, Boghé et Foum Gleïta pour une capacité totale
estimée de 25 à 30 000 tonnes par an).
b. Le blé
! une minoterie de blé tendre (capacité : 200 tonnes par jour), équipée de matériels Buhler
modernes, opérationnelle depuis la fin 2001 ;
! plusieurs centaines de petits moulins artisanaux qui écrasent les céréales locales aussi
bien que les blés importés (plus de 500 selon un rapport du CILSS publié en janvier
1998) ;
! 2 unités de fabrication de pâtes alimentaires qui se partagent à peu près à parité un
marché supérieur à 20 000 tonnes par an ;
! 6 biscuiteries qui commercialisent principalement un « biscuit de mer » à faible teneur en
sucre ;
! plusieurs dizaines de boulangeries dont 193 pour la seule ville de Nouakchott4. Ces
unités ont contribué à démocratiser et à populariser le pain, lequel au demeurant est un
aliment disponible et facile à consommer.
Courant 2000 et 2001, les autorités ont en outre délivré deux agréments pour les projets
Minoteries du Sahel (investissement : environ 2 milliards d’UM) et les Grands Moulins de
Nouakchott (investissement du même ordre que le précédent). Il est peu vraisemblable que
ces projets aboutissent à court terme bien qu’Il y ait encore place pour une seconde
minoterie, dans la mesure où la capacité de GMM (60 000 tonnes d’écrasement annuel) est
moitié inférieure à la demande, évaluée entre 75 et 85 000 tonnes de farine par an soit 100 à
120 000 tonnes d’écrasement annuel en équivalent blé tendre. Il existe aussi un marché
parallèle de semoules de blé dur de l’ordre de 20 à 25 000 tonnes par an (soit 30 à
40 000 tonnes d’écrasement annuel blé dur). On doit toutefois éviter de confondre la
mouture du blé tendre et la mouture du blé dur, lesquelles ne sont vraiment pas compatibles
et nécessitent chacune une ligne spécifique. En revanche, les infrastructures de base
(logistique, silos, magasins…) et la gestion (conduite, administration, commercialisation…)
peuvent être communes.
Dans le même temps, plusieurs projets pour la réalisation d’unités pour la fabrication
d’aliments composés pour le bétail et la volaille sont en cours d’étude. On peut citer celui des
GMM (30 à 35 000 tonnes de capacité annuelle pour un aliment d’entretien), qui connaît
d’ailleurs un début de réalisation.
En ce qui concerne la filière riz, il existe sans nul doute un important potentiel de production
mais la compétitivité de l’usinage ne semble pas assurée. A ce titre, on se réfère au groupe
4
Source : CIMDET (Centre d’Information Mauritanien pour le Développement Economique et
Technique).
SOFRECO -9-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
MAOA déjà cité plus avant, qui souhaite s’appuyer sur un partenaire capable de rentabiliser
l’usinage et la commercialisation du riz.
La filière blé ne doit pas être ignorée car elle offre également quelques opportunités qui
contribueraient à consolider le tissu agro-industriel local, créateur d’emplois, et plus
particulièrement la filière amont de l’élevage (aliments issus des meuneries). L’appui de
partenaires, capables de maîtriser les technologies spécifiques de cette industrie de
l’alimentation du bétail, sera déterminant.
De fait, l’élevage sédentaire est de plus en plus pratiqué dans la Vallée, conséquence des
grandes sécheresses qui ont beaucoup modifié les pratiques traditionnelles de l’élevage.
L’élevage périurbain s’est développé autour des grandes villes pour répondre principalement
à la demande en lait frais. De la même manière, des unités avicoles semi-industrielles pour
les productions d’œufs et de poulets de chair ont été installées à proximité des
agglomérations tandis que l’élevage de volailles reste très traditionnel partout ailleurs dans le
pays.
La Mauritanie possède l’un des plus importants cheptels d’Afrique : environ 11 millions
d’ovins et de caprins, 1,4 millions de bovin et autant de camelins. On dénombre en outre
quelques 250 000 asins et 63 000 équins. La population de volailles est quant à elle estimée
à 2,2 millions de têtes dont moins de 10% sont élevées sur la base d’une alimentation
intensive.
SOFRECO -10-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
15000
10000
5000
0
1994 1995 1996 1997 1998 1999
Les comptes nationaux indiquent pour 1999 une production totale du secteur de l’élevage
(volailles et sous-produits compris) de l’ordre de 38,4 milliards d’UM, générant une valeur
ajoutée de 28,8 milliards d’UM (soit environ 110 millions d’euros). Les principaux produits
obtenus sont :
Il n'existe pas de statistiques officielles concernant les sorties de bétail sur pieds vers la
sous-région. Sur la base des potentialités théoriques, l'excédent exportable de la Mauritanie
était estimé en 1992 à environ 43 300 bovins (6 500 tonnes de viande, soit 36% de la
production de viande bovine), 327 600 petits ruminants (4 900 tonnes, soit 15% de la
production de viande ovine et caprine) et 31 600 camelins (5 700 tonnes, soit 33% de la
production de viande cameline). Ces quantités représentent un total de 17 110 tonnes
d'équivalent carcasse.
La consommation actuelle de viande blanche est estimée à 8 400 tonnes par an5, dont 58%
est approvisionnée par l’aviculture traditionnelle, 25% par l’aviculture intensive et 17% par
les importations.
5
Source : Stratégie agroalimentaire de la Mauritanie – novembre 2001.
SOFRECO -11-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
En ce qui concerne les cuirs et peaux, les douanes mauritaniennes faisaient état de 22 000
peaux d’ovins exportées vers l’Europe en 1996. L’Union européenne importe en effet
différents types de cuirs et peaux provenant de Mauritanie, mais les peaux brutes d’ovins
dominent en terme de volume : 252 tonnes en 1999, 189 tonnes en 2000.
La collecte des peaux brutes est essentiellement réalisée à Nouakchott où sont concentrés
les abattages contrôlés. Le potentiel de production est important. Toutefois, la qualité des
peaux est souvent contestable, en partie du fait de la conduite de l’abattage, ce qui explique
sans doute la faiblesse relative des volumes exportés.
Concernant les sous-produits, les cornes et les onglons ne sont pas vraiment exploités. Les
peaux de dromadaires ne sont pas utilisées. Une partie des cuirs et peaux est utilisée par
l'artisanat local, mais il est vraisemblable que la majeure partie est perdue. Un cuir de bovin
est actuellement négocié autour de 1 000 UM – moins de 4 € – à Nouakchott. Une seule
entreprise pratique un traitement primaire (phosphate / chaux / eau et séchage à l’air). Elle
annonce une capacité de l’ordre de 100 000 peaux par an mais son potentiel est sans doute
sous-utilisé. L’entrepreneur prévoit des projets d’investissement dans le domaine des
tanneries et dans celui de l’alimentation animale.
La production laitière est principalement auto consommée. Cette filière connaît cependant un
développement remarquable ces dernières années, suite à la mise en place de laiteries
privées dans la région de Nouakchott. Les deux transformateurs mauritaniens, Tiviski et
Toplait, ont démontré leur capacité à produire du lait de bonne qualité tout en générant des
revenus et des bénéfices dans le domaine de la transformation et de la commercialisation du
lait frais pasteurisé et, depuis début 2002, du lait UHT. La société Tiviski a pour cela réalisé
plus de 3 millions d’euros d’investissements complémentaires en 2001.
Tiviski propose une gamme diversifiée de produits : lait frais pasteurisé, lait UHT, yaourts,
crème fraîche, fromage frais, fromage de chèvre, etc. Actuellement, l’entreprise traite un
volume de 13 à 14 000 litres de lait par jour (dont 2 000 litres UHT) pour une capacité totale
de 20 000 litres par jour. L’approvisionnement est assuré depuis les centres de Kaédi et
Boghé. A ce titre, l’Association des Producteurs Laitiers de Tiviski (APLT), sur laquelle
s’appuie l’entreprise, compte plus d’un millier de producteurs actifs. Ce vecteur permet de
dispenser un appui technique aux éleveurs (formation, conseil, financement...), ainsi qu’une
assistance vétérinaire (vaccination...) et zootechnique (aspects nutritionnels tels que l’achat
des aliments pour le bétail), dans le but d’augmenter à la fois la productivité du cheptel et la
qualité des produits.
Le prix d’achat du lait brut rendu centre de collecte (Boghé et Kaédi) était payé 120 UM le
litre en mai 2002, tandis que le prix du lait pasteurisé au détail était vendu 130 UM le pack
d’un demi litre dans les magasins de Nouakchott. La marge des détaillants est de l’ordre de
SOFRECO -12-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
15% sur le prix livré par Tiviski (facturé 226 UM le litre). Tiviski annonce 560 millions d’UM de
chiffre d’affaires en 2000 et une marge bénéficiaire de l’ordre de 9%.
La filière moderne est relativement restreinte puisque 90% des 2,2 millions de volailles sont
des animaux de souche locale, élevés traditionnellement, avec une faible productivité et une
forte mortalité (maladie de Newcastle).
A noter que l'aviculture intensive en Mauritanie connaît des difficultés cycliques en rapport
avec les conditions économiques et notamment la compétitivité des viandes blanches
congelées importées (essentiellement des pilons, sous-produits des industries agro-
alimentaires européennes, écoulés à bas prix).
Les importations en provenance de l’UE témoignent des besoins locaux qui restent à
satisfaire :
! près de 12 000 tonnes de lait et de produits laitiers importés en 2000, dont 42% de lait
non concentré, 35% de lait concentré et 12% de lait en poudre.
! plus de 2 700 tonnes de viande et d’abats de volailles importés en 2000 ;
! près de 500 tonnes d’œufs importés.
Il faut souligner ici l’intérêt particulier de la filière laitière cameline, qui réside entre autres
dans la résistance des animaux au climat désertique de la Mauritanie, la diversité des
produits et sous-produits obtenus et l’existence de flux commerciaux importants concernant
ces produits au sein de la sous-région.
SOFRECO -13-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
Le sous-secteur des cuirs et peaux et celui de l’alimentation animale offrent des opportunités
et certains promoteurs sur ces créneaux expriment de façon très explicite leur volonté de
chercher des partenaires. En ce qui concerne les cuirs et peaux, la modernisation des
abattoirs est une opportunité pour élargir le champ d’action des opérateurs tout en évoluant
vers plus de valeur ajoutée relative (traitement des peaux jusqu’au stade wet-blue en
partenariat avec un tanneur européen par exemple).
Les GMM (Grands Moulins de Mauritanie) envisagent la réalisation d’une unité d’une
capacité de 30 à 35 000 tonnes pour la fabrication d’un aliment d’entretien (relativement
sommaire) incorporant principalement les issues de meunerie et des tourteaux importés.
C’est une plate forme intéressante mais insuffisante. D’autres promoteurs envisagent une
réalisation parallèle visant la fabrication d’aliments composés plus sophistiqués pour la
volaille et pour les niches spécifiques. Dans ce dernier cas, l’appui technique et
accessoirement commercial (approvisionnement) et financier de la part d’un professionnel
européen sera un facteur déterminant.
En ce qui concerne l’élevage avicole (œufs et viande blanche), les opérateurs mauritaniens
n’ont certes pas confirmé une compétitivité manifeste. Le débouché est cependant étroit et
l’environnement difficile. De plus, les élevages sont de petites tailles (5 000 têtes en
moyenne). Ainsi, on peut douter de la capacité des opérateurs à rassembler compétence et
moyens. Or l’on sait combien la rentabilité de cette activité s’appuie sur la parfaite maîtrise
de techniques relativement pointues.
SOFRECO -14-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
L’UE est très présente dans le secteur des pêches en Mauritanie. Les accords de pêche ont
d’ailleurs été renouvelés récemment (septembre 2001). A ce titre, la Mauritanie recevra
86 millions d’euros de compensation pour la période 2001-2005 dont 4 millions sont destinés
à des actions ciblées de modernisation du secteur de la pêche. La Commission européenne
devrait prochainement débloquer des fonds afin d’aider à la réhabilitation du port de pêche
de Nouadhibou, dont l’accès est bloqué par des épaves.
Malgré ses manifestations d’intérêt, la contribution du secteur à l’emploi reste en deçà des
espoirs : seulement 6 300 emplois liés à la pêche industrielle d’après une enquête menée en
1996, tandis que la pêche artisanale pesait bien davantage avec 21 000 emplois (dont 9 000
emplois induits).
a. Captures et flottes
SOFRECO -15-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
La pêche industrielle pélagique est exclusivement pratiquée par des flottilles étrangères avec
des bateaux sous licence ou d’affrètement. La pêche industrielle démersale, en particulier
l’armement de fond mauritanien, est pour l’essentiel une pêche au poulpe, plus quelques
petites unités glacières qui ciblent les poissons. Les autres pêches sont des pêches
spécialisées (crevettes, crabes de fond, merlus, thons…), assurées par des navires
étrangers sous licence.
En 2001, 223 navires étrangers ont déclaré une activité de pêche dans la ZEE
mauritanienne (un peu plus de la moitié sont des navires de l’Union européenne). Ces
bateaux étrangers sont soumis aux régimes des accords de pêche respectifs (licence libre
ou affrètement). Les licences libres (dont la plupart des bateaux de l’UE) ne sont pas
soumises à l’obligation de débarquement et de transbordement en rade.
SOFRECO -16-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
200 CV). La pirogue en bois de type saint-louisienne représente encore plus de la moitié du
parc mais les embarcations en aluminium et en plastique sont de plus en plus utilisées.
b. Exportations
150000
100000
50000
0
1997 1998 1999 2000
! des crustacés : 781 tonnes exportées en 2000, pour une valeur de 3,1 millions d’euros ;
! des farines de poissons : 11 447 tonnes (4,1 millions d’euros) ;
! des huiles : 671 tonnes (180 000 €) ;
! des poissons salés séchés et des conserves : 7 441 tonnes (5,1 millions d’euros).
L’Etat contrôle les opérations d’exportation des produits de la pêche via la SMCP (Société
Mauritanienne de Commercialisation de Poisson) dont il détient encore 35% des parts. Les
produits frais (exportés par voie aérienne), les poissons salés séchés et les poissons
démersaux ayant subi une transformation échappent cependant aux prérogatives de la
SMCP, laquelle se concentre principalement sur la commercialisation des céphalopodes
SOFRECO -17-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
(70% des tonnages en 1998) et des poissons entiers congelés, destinés principalement aux
marchés asiatique et européen.
En 2001, les exportations de la SMCP ont dépassé 43 000 tonnes, pour une valeur totale de
plus de 103 millions de dollars US. Près de 60% des produits exportés ont subi une
congélation à terre, le restant étant congelé à bord. Les destinations sont l’Europe (66% du
volume exporté par la SMCP en 2001), le Japon (26,5%) et quelques pays du continent
africain (7,5%).
Le Ministère des Pêches et de l’Economie Maritime, autorité compétente pour le contrôle des
obligations des producteurs, a renforcé sa vigilance pour l’exportation vers l’Europe. Le
CNROP (dorénavant IMROP) est son outil technique et le DVIS (Département Valorisation et
Inspection Sanitaire) est la structure d’exécution. Le contrôle des établissements et des
produits de la pêche est assuré par le Laboratoire d’Inspection Sanitaire.
En février 2000, sur la liste actualisée par Bruxelles, la Mauritanie comptait 51 usines
agréées dont 25 à Nouakchott et 26 à Nouadhibou. Trois navires-usines étaient également
agréés à des conditions similaires aux usines à terre. En fait, le MPEM recense et liste 62
installations à Nouadhibou et Nouakchott qui reçoivent les poissons débarqués par les
glaciers et la pêche artisanale pour leur traitement, leur congélation et leur stockage ou pour
leur conditionnement et leur expédition en produits frais. Les capacités déclarées pour les 62
entreprises listées et concernant le seul stockage installé à terre sont de 29 251 tonnes et la
capacité de congélation totale atteint 1 232 tonnes par jour. Les plus importantes
(COMACOP, MCP, SMEF) annoncent des capacités de stockage de respectivement 3 800,
3 500 et 3 000 tonnes et une capacité de congélation comprise entre 40 et 80 tonnes par
jour. Les déclarations sont probablement optimistes (et certaines entreprises sont sans doute
fermées) car la capacité opérationnelle peut être estimée à 600 tonnes par jour, et serait
utilisée à moins de 20%.
Quoi qu’il en soit, la valeur ajoutée des intervenants est généralement faible. Toutefois,
certaines entreprises tentent d’améliorer la valorisation des produits de la mer. C’est le cas
de MIP-Frigo qui bénéficie de l’appui du CDE. La société exploite une petite unité à
Nouakchott (investissement : 2 millions d’euros ; capacité de congélation déclarée de 24
tonnes par jour et capacité de stockage de 800 tonnes), pour la transformation des produits
de la pêche artisanale (poisson frais ou congelé, entier, vidé, étêté, éviscéré, fileté et
transformé, cuisiné, conditionné). Elle travaille en partenariat avec le groupe SAROS
(restauration collective) et avec le concours scientifique et technique de la société CREA
(spécialisée en ingénierie agroalimentaire). Les dirigeants envisagent de réaliser une
seconde unité plus importante à Nouadhibou.
L’absence d’une infrastructure adéquate constitue un handicap majeur pour les artisans
pêcheurs, pour les navires de pêche industrielle et pour les usines à terre, sous-exploitées
faute d’approvisionnements suffisants.
! Nouadhibou est le seul port de pêche capable d’accueillir des unités de pêche
industrielle. La ville est cependant isolée et mal desservie du point de vue du réseau
routier et des dessertes aériennes si bien que la plupart des exportations sont
nécessairement expédiées par la voie maritime.
SOFRECO -18-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
! Nouakchott ne dispose pas d’un véritable port de pêche ni pour la pêche artisanale ni
pour la pêche industrielle. Le port de l’amitié (port de commerce construit au cours des
années 1980) reçoit les navires de commerce. Le wharf (ancien port), quoique utilisé
ponctuellement par les chalutiers, n’est pas adapté.
Des aménagements portuaires sont à l’étude pour faciliter les débarquements de la pêche à
Nouadhibou (évacuation des épaves) et probablement à Tanit (site à 65 km au nord de
Nouakchott). Il est également envisagé de faciliter l’accostage des pirogues et autres
embarcations de la pêche artisanale (réalisation de débarcadères et de dépôts de carburant)
pour faciliter l’exploitation des campements et désenclaver les villages côtiers.
Concernant les potentialités, les pays du nord offrent un débouché garanti pour des produits
halieutiques de valeur ajoutée de plus en plus élevée. En revanche, les exigences sanitaires
et les normes de qualité des produits seront de plus en plus contraignantes. La logistique, et
notamment l’offre de fret pour le poisson frais, constitue également une contrainte même si
l’Europe n’est finalement pas si loin (quelques heures en avion ; quelques jours en bateau).
En ce qui concerne les produits démersaux, les mesures visant à geler voire réduire l’effort
de pêche devraient contribuer à préserver la ressource. Cela conduira sans doute à dégager
une meilleure visibilité pour l’avenir des industries à terre, ce qui est susceptible de favoriser
la diversification des investissements pour une meilleure valorisation de certains produits
(céphalopodes, poissons démersaux).
Le créneau actuellement vierge de la transformation à terre des petits pélagiques est sans
doute celui qui porte le plus de promesses. De même l’aquaculture, la pisciculture et
l’élevage des poissons recèlent sans doute aussi quelques potentialités. L’exploitation des
bivalves pour l’exportation vers l’Europe est pareillement un axe de développement
concevable si la barrière sanitaire est levée. Pour l’heure, ces secteurs restent à défricher.
Il existe sans doute encore des possibilités pour certaines pêcheries sous-exploitées pour
des navires utilisant des techniques autres que le chalut (pélagiques, crabe, praire, thon,
merlu). De même, les services de maintenance, de réparation ou de construction navale sont
un secteur où les besoins de partenariat technique et financier sont importants.
Par ailleurs, la transformation des produits de la pêche est insuffisamment diversifiée et reste
toujours en deçà des possibilités offertes, notamment pour les poissons salés et séchés, le
poulpe battu, le blanc de seiche, les filets de calmar, les conserves, le surimi, les filets de
poissons à écailles, la poutargue, les queues de langouste, etc. Outre l’apport de capitaux,
les besoins sont aussi de nature technique (maîtrise des technologies, qualité des produits)
et commerciaux (bonne connaissance des marchés européens et autres débouchés
internationaux).
Enfin, la mise aux normes sanitaires des établissements existants et des produits de la
pêche suscite sans aucun doute un besoin de partenaires à tous niveaux : pour l’apport de
capitaux complémentaires, la maîtrise de techniques de plus en plus sophistiquées et de
procédures de plus en plus contraignantes, une meilleure connaissance des débouchés et
des exigences internationales aux points de vue sanitaire et qualité des produits.
SOFRECO -19-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
3. Personnes rencontrées
SOFRECO -20-
UE/CEDEAO Etude du secteur agro-industriel en Afrique de l’Ouest
SOFRECO -21-