LOI N° 62-253 DU 31 JUILLET 1962 RELATIVE AUX PLANS D’URBANISME
L’ASSEMBLEE NATIONALE A ADOPTE,
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE PROMULGUE LA LOI
DONT LA TENEUR SUIT :
Article premier - Des décrets en conseil des ministres, sur proposition du ministre de la
construction et de l’urbanisme, déterminent les périmètres des parties du territoire national qui
sont tenus d’avoir un plan d’urbanisme directeur.
Article 2 – Des arrêtés du ministre de la Construction et de l’Urbanisme déterminent les
périmètres des parties du territoire national qui sont tenus d’avoir un plan d’urbanisme de
détail.
Article 3 – Le plan d’Urbanisme directeur trace le cadre général de l’aménagement de la
partie du territoire considéré. Il en fixe les éléments essentiels, il constitue une prévision à
long terme sur les formes et les étapes du développement et de la modernisation de ce
territoire.
Il peut être complété au fur et à mesure des besoins par des plans d’urbanisme de détail
portant sur certains secteurs ou quartiers, qui précisent le détail de l’organisation urbaine et les
règles d’utilisation du sol.
Un plan d’urbanisme de détail peut s’appliquer à une partie du territoire non couvert par un
plan d’urbanisme directeur.
CHAPITRE PREMIER
DES PLANS D’URBANISME DIRECTEUR ET DES PLANS D’URBANISME DE DETAIL
Article 4 – Le plan d’urbanisme directeur comporte d’une part :
- La répartition du sol en zones suivant leur affectation aux diverses fonctions ;
- Le tracé schématique des voies principales, à conserver, à modifier ou à créer avec
leur largeur et leur caractéristique : voies de grande circulation de transit et de liaison
entre les zones, les quartiers ou avec le réseau extérieur ;
- Les emplacements réservés aux principales installations d’intérêt général et aux
espaces libres ;
- L’indication des espaces boisés à maintenir ou à créer et de ceux soumis à des
servitudes spéciales d’aspect et de protection ;
- L’indication des parties du territoire dans lesquelles seront établis les plans
d’urbanisme de détail ;
- Les schémas de principe d’alimentation en eau, d’alimentation en énergie électrique et
d’assainissement, indiquant l’ossature et les ouvrages généraux, de ces équipements ;
D’autre part :
- Un règlement qui fixe les règles et servitudes relatives à l’utilisation du sol ;
- Un programme justifiant les solutions adoptées décrivant les phases d’urbanisation
future et proposant l’échelonnement des opérations, une évaluation sommaire des
dépenses qui seront entrainées par les opérations à la charge de la puissance publique,
avec une répartition entre les diverses collectivités intéressées.
Le règlement peut, dans certaines zones, comporter l’interdiction de construire ou celle de
procéder à l’installation ou à l’exploitation de nouveaux établissements industriels ou à
l’extension d’établissements existants.
Article 5 – Le plan d’urbanisme de détail comporte d’une part :
- La répartition du sol en fonction des modes particuliers d’utilisation ;
- La configuration du ou des quartiers à organiser avec l’indication des densités de
population souhaitables ;
- Le tracé des voies principales ou secondaires à l’exclusion des voies ne devant servir
qu’à la desserte des immeubles ;
- Les emplacements réservés aux services publics, aux installations d’intérêt général et
aux espaces libres ;
- L’indication des espaces boisés à maintenir ou à créer et de ceux soumis à des
servitudes spéciales d’aspect et de protection ;
- Les avant-projets d’alimentation en énergie électrique et d’assainissement du quartier
ou du secteur intéressé ;
- Un règlement qui fixe les règles de servitudes de constructions justifiées par le
caractère des lieux ;
- Un programme justifiant les solutions adoptées et proposant l’ordre d’urgence des
opérations prévues au plan ;
- Une estimation des dépenses qui seront entraînées par les opérations à la charge de la
puissance publique avec une répartition entre les diverses collectivités intéressées.
Le plan d’urbanisme de détail peut, le cas échéant, comporter des dispositions qui modifient
celles du plan d’urbanisme directeur lorsque ces dispositions n’affectent que les secteurs ou
quartiers concernés.
Il peut déterminer les conditions d’occupation du sol de façon aussi précise que cela est
nécessaire, en particulier pour les îlots urbains défectueux à rénover.
Article 6 – Les plans d’urbanisme directeur ou de détail peuvent contenir l’indication :
- Des périmètres à l’intérieur desquels les nécessités de l’urbanisation ou de la
rénovation exigent que l’implantation et le volume des constructions soient fixés sur la
base d’un plan déterminé ;
- Des périmètres à l’intérieur desquels un remembrement obligatoire peut être ordonné
en vue de faciliter le transfert de propriété pour les terrains nécessaires à l’accès des
ouvrages projetés et d’éviter qu’aucune des parcelles demeurant après le transfert ne
fassent obstacle par son étendue ou par sa forme à un aménagement rationnel ;
- Des secteurs dans lesquels les collectivités publiques et les établissements publics
seront autorisés à acquérir et, à défaut d’accord amiable, à exproprier des immeubles et
terrains, en vue :
1° de la construction d’ensemble immobilier à usage d’habitation avec leurs
prolongements sociaux, culturels et économiques, ou de la création de lotissements
destinés à l’habitation ou à l’industrie ;
2° de l’aménagement progressif suivant des plans d’ensemble de zones affectées à
l’habitation ou à l’industrie.
Article 7 – Des plans d’urbanisme directeurs complémentaires pourront être établis pour des
parties d’un territoire important déjà couvert par un plan d’urbanisme directeur.
CHAPITRE II
ETABLISSEMENT ET APPROBATION DES PLANS D’URBANISME
Article 8 – Le plan d’urbanisme directeur ou de détail est établi par un homme de l’art,
qualifié en matière d’urbanisme, qui est désigné par arrêté du ministre de la Construction et de
l’Urbanisme.
Section I. – Plans d’urbanisme directeurs
Article 9 – Le plan d’urbanisme directeur est, après consultation des collectivités intéressées,
(notamment les membres des conseils municipaux, conseils régionaux, des membres des
assemblées consulaires, et des représentants politiques) soumis à une conférence entre
services intéressés.
Si les collectivités intéressées n’ont pas fait connaitre leur avis dans un délai de deux mois à
dater du jour où la demande leur en a été faite, elles sont réputées avoir consenti à ce que le
plan directeur soit soumis à l’enquête publique.
Les membres participant à la conférence visée au premier alinéa du présent article sont
désignés par le ministre de la Construction et de l’Urbanisme qui procède à l’ouverture de
ladite conférence. Chacun des participants reçoit quinze jours avant l’ouverture de la
conférence, les pièces du dossier. La conférence est close dans un délai de un mois à compter
de l’ouverture et les résultats sont consignés dans un procès-verbal signé par le représentant
dûment désigné du ministre de la Construction et de l’Urbanisme.
Article 10 – Le plan d’urbanisme directeur est ensuite soumis à une enquête publique dans les
formes et conditions déterminées par décret en conseil des ministres pris sur le rapport du
ministre de la Construction et de l’Urbanisme.
Mises en possession du dossier du plan d’urbanisme directeur et des résultats de la conférence
entre services intéressés et de l’enquête publique, les collectivités intéressées délibèrent sur les
dispositions du plan d’urbanisme directeur. Ces délibérations doivent intervenir dans un délai
de deux mois, à dater du jour de la mise en possession du dossier.
Après avis du conseil de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme, le plan d’urbanisme
directeur est soumis à approbation.
Article 11 – L’approbation du plan d’urbanisme directeur est prononcée par décret en conseil
des ministres sur proposition du ministre de la Construction et de l’Urbanisme.
Ce décret peut contenir la déclaration d’utilité publique de toutes ou certaines des opérations,
acquisitions ou expropriations prévues au dit plan d’urbanisme directeur.
Article 12 – Le ministre de la Construction et de l’Urbanisme peut, en raison de l’urgence de
l’aménagement de certaines parties du territoire considéré, décider que le plan d’urbanisme
directeur sera approuvé par parties.
Section II. – Plans d’urbanisme de détail
Article 13 – Le plan d’urbanisme de détail est soumis, après avis des collectivités et services
intéressés, visés à l’article 9, à une enquête publique dans les formes et conditions fixées par
décret et conformément à l’article 10 ci-dessus.
Article 14 – Le plan d’urbanisme de détail est approuvé :
- Par arrêté du ministre de la Construction et de l’Urbanisme, lorsque l’avis des
collectivités et services intéressés ainsi que les conclusions du rapport d’enquête, ne
sont pas défavorables ;
- Par décret en conseil des ministres, sur proposition du ministre de la Construction et de
l’Urbanisme, dans le cas échéant où les conditions énoncées à l’alinéa précédent, ne
sont pas réunies ou s’il contient des dispositions qui modifient celles d’un plan
d’urbanisme directeur déjà approuvé.
L’acte d’approbation peut contenir la déclaration d’utilité publique de toutes ou de certaines
des opérations, acquisitions ou expropriations prévues au plan.
Article 15 – En cas d’urgence, le plan d’urbanisme de détail peut, s’il y a lieu, être approuvé
quel que soit le stade de la procédure d’instruction de plan d’urbanisme directeur qu’il
complète.
CHAPITRE III
MESURES DE SAUVEGARDE ET D’EXECUTION
Section I. – Mesures de sauvegarde antérieures à l’approbation des plans d’urbanisme
Les mesures de sauvegarde prévues au présent chapitre sont applicables à partir de la
publication des actes visés aux articles 1 et 2 ci-dessus, jusqu’à la publication des actes
d’approbation des plans d’urbanisme directeurs ou de détail.
Article 17 – Toute transaction immobilière s’effectuant sur des parties de territoire tenues
d’avoir un plan d’urbanisme directeur ou de détail est soumise à l’autorisation du ministre de
la Construction et de l’Urbanisme. Cette autorisation est donnée ou refusée après avis du
ministre des finances, des Affaires économiques et du Plan, service des Domaines.
Article 18 – Le permis de construire doit être demandé dans les conditions et sous les
sanctions prévues à la législation en vigueur. Cette législation fixe les conditions suivant
lesquelles il peut être sursis à statuer pour les constructions qui sont de nature à compromettre
ou à rendre plus onéreuse l’exécution d’un plan d’urbanisme.
Article 19 – Aucune exploitation de carrière, aucun affouillement ni exhaussement du sol de
nature à modifier sensiblement l’état des lieux, ne peuvent être entrepris que vingt jours après
le dépôt au service du ministère de la Construction et de l’Urbanisme, d’une déclaration
indiquant la nature des travaux projetés et accompagnés d’un plan de situation des terrains
intéressés par lesdits travaux.
Le ministre de la Construction et de l’Urbanisme ou son délégué peut, dans le même délai,
décider qu’il sera sursis aux travaux projetés.
Article 20 - Lorsque la création ou le développement du lotissement est de nature à
compromettre ou à rendre plus onéreuse l’exécution du plan d’urbanisme, l’autorité habilitée à
prendre une décision en la matière peut décider qu’il sera sursis à statuer sur la demande
d’autorisation.
Article 21- Pour les mêmes motifs que ceux indiqués à l’article précédent, il peut être décidé
qu’il sera sursis à statuer sur les demandes d’autorisation d’ouverture des établissements
classés de première et de deuxième classe, prévues par les prescriptions concernant les
établissements dangereux, insalubres et incommodes.
Article 22 – Les décisions de sursis à statuer, fondées sur les mesures de sauvegarde
mentionnées au présent chapitre, doivent être motivées.
A dater de la décision par laquelle le plan d’urbanisme a été mis à l’enquête publique, les
décisions de sursis ne peuvent être motivées que par les dispositions inscrites au plan.
Article 23 – En aucun cas, le sursis à statuer ne peut excéder un an. A l’issue de ce délai, une
décision définitive doit, sur simple réquisition de l’intéressé par lettre recommandée, être prise
par l’autorité chargée de la délivrance de l’autorisation dans les formes et délais requis en la
matière. L’autorisation ne peut être refusée pour des motifs tirés des prévisions du plan
d’urbanisme non encore approuvé, à moins que celui-ci ait été soumis à l’enquête publique et
comporte des dispositions qui s’opposent expressément à la réalisation du projet.
Article 24 – Si aucune des dispositions du plan d’urbanisme approuvé n’est de nature à
justifier le refus opposé dans les conditions prévues à l’article précédent, sur la base du plan
mis à l’enquête publique, une indemnité peut être allouée au propriétaire intéressé. Cette
indemnité est fixée, à défaut d’accord amiable, par la juridiction administrative compétente. Il
n’est éventuellement tenu compte, pour la détermination du préjudice, que de la période
écoulée depuis l’expiration du sursis.
Section II. – Mesures d’exécution des plans d’urbanisme
Article 25 – Aucun travail public ou privé à entreprendre dans le périmètre auquel s’applique
le plan d’urbanisme ne peut être réalisé que s’il est compatible avec ce plan.
Article 26 – Dans le cas où une construction doit être édifiée sur une parcelle comprise dans
les alignements d’une voie ou d’une place existante, modifiée en application du plan
d’urbanisme, le permis de construire est délivré conformément au nouveaux alignements de
cette voie ou place.
Dans le cas où une construction doit être édifiée sur un emplacement réservé, par un plan
d’urbanisme approuvé, pour une voie, un espace libre ou un service public, le permis est
refusé.
Article 27 – le propriétaire du terrain réservé peut demander à la collectivité ou à
l’établissement public au profit duquel ce terrain a été réservé, de procéder à l’acquisition
dudit terrain avant l’expiration d’un délai de trois ans à compter du jour de la demande.
A défaut d’accord amiable, le prix est fixé comme en matière d’expropriation, le terrain étant
considéré comme ayant cessé d’être frappé de la réserve.
S’il n’a pas été procédé à l’acquisition dans ledit délai, le propriétaire reprend la libre
disposition de son terrain.
Article 28 – Aucune exploitation de carrière, aucun affouillement ni exhaussement du sol de
nature à modifier sensiblement l’état des lieux, ne peuvent être entrepris sans un visa du
ministre de la Construction et de l’Urbanisme ou de son délégué constatant que ces travaux
sont compatibles avec le plan d’urbanisme.
Article 29 – L’autorité appelée à se prononcer sur les demandes d’autorisation concernant les
lotissements ne peut accorder cette autorisation que si ces lotissements sont conformes au plan
d’urbanisme.
Article 30 – L’autorisation prévue par les prescriptions concernant les établissements
dangereux, insalubres ou incommodes, pour l’ouverture des établissements classés de
première et deuxième classe, ne peut être accordée que si les installations envisagées sont
conformes au plan d’urbanisme.
CHAPITRE IV
REVISION DES PLANS D’URBANISME
Article 31 – La révision des plans d’urbanisme a lieu dans les formes prescrites pour leur
établissement.
La révision est ordonnée par arrêté du ministre de la Construction et de l’Urbanisme.
Elle peut porter sur tout ou partie des dispositions du plan d’urbanisme.
Pendant la période de révision, le plan d’urbanisme demeure en vigueur, les mesures de
sauvegarde prévues au chapitre III ci-dessus peuvent toutefois s’appliquer en vue de la
réalisation d’un plan d’urbanisme révisé.
Les opérations qui n’auraient pas été entreprises dans le délai de quinze jours à compter de
l’approbation d’un plan d’urbanisme feront obligatoirement l’objet d’un nouvel examen.
Article 32 – Les modifications à un plan d’urbanisme déjà approuvé font l’objet d’une
approbation qui est donnée dans la forme prévue pour l’approbation du plan d’urbanisme lui-
même et par la même autorité. Toutefois, lorsque les modifications sont de faible importance,
il n’y a pas lieu de procéder à une nouvelle enquête publique.
CHAPITRE V
Article 33 – Les plans d’urbanisme qui sont à l’étude au jour de la publication de la présente
loi finiront d’être instruits et seront approuvés suivant les formes de procédure instituées par
la présente loi, après intervention d’un arrêté du ministre de la Construction et de l’Urbanisme
fixant leur qualité de plan d’urbanisme de détail.
Article 34 - Toutes dispositions contraires à la présente loi sont et demeurent abrogées.
Article 35 – La présente loi sera publiée au « Journal Officiel » de la République de Côte
d’Ivoire et exécutée comme loi d’Etat.
Fait le 31 juillet 1962
Félix HOUPHOUET-BOIGNY