La Sorcière du Bois-Muet
Personne ne savait depuis quand elle vivait là. Certains disaient qu’elle était née avec la forêt, d’autres
qu’elle y était arrivée un soir d’orage, portée par un vent trop froid pour être humain. Elle s’appelait
Mirelda, et dans tout le village, on ne prononçait son nom qu’à voix basse, comme si le vent l’entendait.
La Sorcière du Bois-Muet, on l’appelait ainsi car le bois où elle vivait était étrange : aucun oiseau n’y
chantait, aucune feuille ne craquait sous les pas, aucune branche ne tombait même sous la tempête.
C’était comme si le silence lui appartenait.
Elle avait une silhouette fine et courbée, enveloppée dans des tissus de brume et d’écorce. Ses cheveux
ressemblaient à des racines et ses yeux à des puits sans fond. On racontait qu’elle parlait aux renards,
qu’elle commandait aux corbeaux, et que les loups, eux-mêmes, la saluaient en baissant la tête.
Mais Mirelda n’était pas mauvaise. Pas au sens humain du mot. Elle n’aimait pas les hommes, c’est vrai,
car elle connaissait leur cruauté. Elle savait que leur peur transforme les sages en monstres. Alors elle
s’était retirée dans la forêt, loin des jugements, loin du bruit.
Mais quand le malheur frappait le village — une sécheresse, un enfant malade, une bête blessée — on
envoyait un messager jusqu’au Bois-Muet. Jamais deux fois la même personne. On ne savait pas
pourquoi, mais on respectait la règle. Le messager devait apporter une offrande : du pain noir, du miel
sauvage, ou un poème écrit à la main. Et surtout, il ne devait poser aucune question.
La sorcière n’apparaissait pas. Elle ne parlait pas. Mais le lendemain, la pluie tombait, l’enfant guérissait,
ou l’animal se relevait. Et personne ne disait merci, parce qu’un merci trop fort aurait pu briser
l’équilibre fragile entre leur monde et le sien.
Un jour pourtant, une jeune fille nommée Elia entra dans le bois, sans peur, sans offrande, sans
message. Elle voulait simplement savoir qui était la sorcière. Elle marcha longtemps, sans bruit, jusqu’à
ce qu’elle la voie, assise entre deux troncs anciens, les mains posées sur la terre comme si elle écoutait
battre le cœur du monde.
Mirelda ouvrit les yeux et dit simplement :
“Tu n’as pas peur.”
Elia répondit :
“Non. Vous ne me faites pas peur. Vous me faites penser à ma grand-mère.”
Alors, la sorcière sourit. Pas un sourire humain. Un sourire ancien, fait de vent et de feuilles. Ce jour-là,
le Bois-Muet murmura pour la première fois. Il raconta l’histoire d’une femme bannie pour avoir aimé la
nature plus que les hommes, d’une guérisseuse devenue sorcière par les mots des autres.
Et à partir de ce jour, le silence de la forêt ne fut plus un vide, mais une présence.
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