DANIEL ARNOLD
DANIEL
ARNOLD
JOSUÉ DANIEL
ARNOLD
JOSUÉ
La conquête de la Terre promise
L’époque de Josué, c’est celle de la conquête de Canaan par Israël.
Une époque unique, célèbre pour certaines de ses batailles, qui ne
manque pas de soulever aussi beaucoup de questions. Que penser,
LA CONQUÊTE
en particulier, de ce que certains qualifient aujourd’hui de génocide ?
Comment réagir face à un tel texte ? Quelle est sa pertinence pour
DE LA TERRE
nous ? PROMISE
Daniel Arnold s’attache à proposer un commentaire personnel suivi,
en approfondissant plus particulièrement certains points et en mon-
trant quelles leçons nous pouvons tirer de ce livre. Il relève aussi la
place occupée par le personnage de Josué dans l’histoire biblique.
Suisse, Daniel Arnold a enseigné à l’Institut biblique et missionnaire
Emmaüs durant plus de 30 ans, avant de prendre sa retraite
en 2014. Fasciné par les textes narratifs de la Bible, il a publié huit
commentaires bibliques, ainsi qu’un ouvrage de référence sur
l’éthique chrétienne et deux recueils de pièces de théâtre pour Noël.
JOSUÉ COMMENTAIRE BIBLIQUE
CHF 21.90 / 18.50 €
ISBN 978-2-8260-4013-2
Daniel Arnold
Josué
La conquête
de la Terre promise
COMMENTAIRE BIBLIQUE
Josué. La conquête de la Terre promise
Copyright © 2021 Daniel Arnold, 1806 Saint-Légier (Suisse)
Edition La Maison de la Bible, 2021
Case postale 50
Chemin de Praz-Roussy 4bis
CH-1032 Romanel-sur-Lausanne, Suisse
E-mail: info@[Link]
Internet: [Link]
Tous droits de reproduction ou traduction réservés pour tous pays.
Mise en page intérieure: Daniel Arnold, 1806 Saint-Légier (Suisse)
Conception de la couverture: Olivia Festal
Image de couverture: gravure de Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872)
représentant la bataille de Jéricho
ISBN 978-2-8260-4013-2
ISBN format epub 978-2-8260-0023-5
ISBN format pdf 978-2-8260-9991-8
Imprimé en France par Sepec numérique
SOMMAIRE
Préface............................................................................................9
Introduction
I. Une période unique dans l’Histoire d’Israël .............................13
II. Les choix rédactionnels ...........................................................17
III. La structure du livre ...............................................................23
IV. Josué, le héros du livre...........................................................27
V. L’auteur et la date de rédaction ...............................................31
VI. Histoire et archéologie ...........................................................35
VII. Le problème éthique des ‘génocides’ ...................................41
VIII. Le message du livre.............................................................47
Commentaire
Josué 1 à 24 ..................................................................................51
Annexes
I. Abraham, Moïse et Josué : un bilan comparatif .....................237
II. Joseph, Josué et Jésus : la dimension eschatologique ...........251
III. Bibliographie........................................................................265
ABRÉVIATIONS
BS Bible du Semeur 2000
HCSB Holman Christian Standard Bible
JER Bible de Jérusalem
NASB New American Standard Bible
NDB Nouveau Dictionnaire Biblique Emmaüs
NBS Nouvelle Bible Segond 2002
NEG Bible Nouvelle Edition de Genève 1979
NKJV New King James Version
S21 Bible Segond 21
SEG Bible Louis Segond 1910
SER Bible Segond révisée (Colombe)
TLB Living Bible
TOB Traduction œcuménique de la Bible
TWOT Theological Wordbook of the Old Testament
PRÉFACE
À la mort de Moïse, Dieu ordonne à Josué de traverser le Jourdain et
de conquérir la Terre promise. La démarche regorge de difficultés, mais
Dieu promet le succès dans la mesure où Josué et son peuple restent
attachés à l’Éternel.
Le livre de Josué fascine et trouble tout à la fois. Les récits de la
traversée du Jourdain et de la conquête de Jéricho émerveillent. Les
démarches de Rahab et des Gabaonites pour sauver leur peau
interpellent et font sourire. En revanche, les ‘génocides’ commandés
par Dieu choquent, et l’avalanche de noms propres des chapitres
‘géographiques’ lassent même les lecteurs familiers de la terre d’Israël.
Le livre de Josué est un livre de guerre et de jugement, mais il est aussi
(et en premier lieu) un livre de grâce et de consécration.
Josué doit être lu avec foi et persévérance. Les actions et les ordres
de Dieu ne doivent pas être critiqués, mais médités. Le lecteur doit
chercher à comprendre le sens de ce temps particulier et unique dans
l’Histoire du peuple élu. L’histoire de Josué est l’accomplissement de
la promesse faite à Abraham sept siècles plus tôt ; c’est la conclusion
de l’histoire de Moïse et la fin des pérégrinations dans le désert. Le
livre de Josué est aussi le début de l’indépendance d’Israël, le début des
livres prophétiques de l’Ancien Testament et le jalon qui permet de
joindre Abraham, le père de la nation, à Jésus, le Maître d’un peuple
saint choisi parmi les nations.
Ce commentaire souligne les particularités de la période de Josué, la
trame des récits, les choix judicieux de l’auteur, la pertinence du
partage du pays, l’analogie étonnante entre Abraham et Josué, et les
éléments prophétiques d’un livre qui annoncent la grâce de Jésus
manifestée lors de sa première venue, et le jugement qui frappera le
monde incrédule à la fin des temps.
Les quatre miracles du livre sont analysés et comparés. Le sens
théologique et l’impact psychologique de la procession autour de
Jéricho sont expliqués. Le ‘long jour’ de Josué est réexaminé à la
lumière du texte biblique et expliqué en termes de ‘longue nuit’. La foi,
la sagesse et la ruse de Rahab et des Gabaonites sont évalués
9
PRÉFACE
favorablement. Le sens et le rôle stratégique de certains lieux
géographiques sont commentés. Cette étude relève aussi les structures
du livre de Josué. Celles-ci soulignent l’unité de l’ouvrage et
permettent de comprendre la relation entre les différents récits.
10
Introduction
I. UNE PÉRIODE UNIQUE
DANS L’HISTOIRE D’ISRAËL
La période de la conquête de la Terre promise est caractérisée par
des événements sans pareils dans l’Histoire d’Israël, voire uniques dans
l’Histoire du monde.
L’entrée triomphale en Canaan. Après plus de six siècles
d’attente, le peuple élu de Dieu prend possession de la Terre que le
Créateur lui a promise et réservée. En effet, l’Histoire d’Israël
commence avec l’appel d’Abraham à quitter la terre de ses ancêtres en
Mésopotamie pour aller dans une terre nouvelle qui sera sienne, où il
deviendra une grande nation à travers laquelle toutes les nations du
monde seront bénies (Ge 12.1-3). À 75 ans, Abraham quitte son pays,
parcourt le territoire de Canaan de long en large et reçoit l’assurance
que cette terre sera sienne, mais il est aussi informé que la promesse ne
se réalisera pas de son vivant. En effet, ses descendants devront
patienter des siècles avant de pouvoir hériter le pays, car les nations qui
l’occupent ne sont pas encore assez mauvaises. Mais quand l’iniquité
des habitants sera à son comble, alors ces indigènes seront jugés et la
nation élue recevra son héritage (Ge 15.16). En attendant, les
descendants d’Abraham seront étrangers dans un pays qui ne sera pas à
eux, et ils seront opprimés quatre cents ans (Ge 15.13). Lorsque
l’oppression d’Israël en Égypte devient intolérable, Dieu appelle Moïse
à faire sortir son peuple de l’opprobre de l’Égypte et à le conduire dans
le pays de Canaan. Malheureusement, Israël est un peuple incrédule, au
cou raide, qui peine à faire confiance à Dieu. Ainsi, la génération de
l’exode ne verra pas la Terre promise, mais restera quarante ans dans le
désert. Quatre livres bibliques décrivent les événements liés à la
génération de Moïse (Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome).
Quand Moïse meurt, quarante ans après la sortie d’Égypte, l’heure de
l’entrée dans le pays promis sonne enfin. Au dixième jour de la
nouvelle année, le peuple élu traverse le Jourdain et entre dans le pays
promis, quelque 685 ans après l’appel adressé à Abraham. (Depuis
l’entrée d’Abraham en Canaan jusqu’à la naissance d’Isaac, il y a 25
ans ; 60 ans jusqu’à la naissance de Jacob ; puis 130 ans jusqu’à la
13
INTRODUCTION
descente de Jacob en Égypte ; ensuite 430 ans en Égypte ; et finalement
40 ans dans le désert.)
Début de la période prophétique. L’entrée dans le pays promis
amorce une nouvelle étape dans la révélation divine. Les cinq premiers
livres de la Bible forment le Pentateuque, appelée « Loi » dans
l’Écriture. Après le Pentateuque, livres écrits par Moïse, on a huit livres
appelés « les Prophètes ». Il s’agit de quatre livres historico-
prophétiques, appelés prophètes antérieurs (Josué, Juges, 1-2 Samuel et
1-2 Rois) et de quatre rouleaux prophétiques (Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel
ainsi que le rouleau des douze petits prophètes). La troisième partie du
canon hébreu contient les autres livres appelés « les Écrits ». Josué est
donc le premier livre de la deuxième partie du canon. Cette section
raconte l’Histoire d’Israël dans la Terre promise.
Quatre miracles uniques. L’entrée dans le pays est caractérisée par
quatre interventions miraculeuses uniques : la traversée du Jourdain, la
chute des murailles de Jéricho, les pierres qui tombent du ciel sur les
ennemis d’Israël et l’arrêt du soleil et de la lune. Certes, on peut
rapprocher la traversée du Jourdain de la traversée de la mer Rouge, car
dans les deux cas, les eaux se sont écartées pour laisser passer Israël.
Cela dit, la traversée du Jourdain n’est pas une fuite, mais une
conquête ; aucun ennemi n’a été tué à ce moment ; l’arche de l’Éternel
joue un rôle fondamental, puisqu’elle reste dans le lit du fleuve durant
toute la traversée ; un amas de pierres est érigé pour servir à jamais de
mémorial ; le fleuve sera par la suite traversé de nombreuses fois par
une partie du peuple, ce qui n’a jamais été le cas de la mer Rouge.
Une génération exceptionnelle. La génération de Josué se distingue
des précédentes et des suivantes par sa consécration à l’Éternel. Jamais
un chef et son peuple n’ont marché aussi fidèlement dans les voies du
Seigneur. Les auteurs bibliques n’hésitent pas à rapporter les erreurs et
les péchés de leurs héros, mais Josué est exempt de critiques. De même,
aucune infidélité du peuple, excepté celle d’Akân, n’est notée dans la
partie narrative tout au moins, c'est-à-dire tant que les troupes étaient
sous les ordres de Josué.
Une fois que les tribus sont laissées à elles-mêmes pour prendre
possession de leur part d’héritage, quelques faux pas sont relevés. Sept
tribus hésitent à conquérir la part qui leur est donnée (18.2-3), et les
trois meilleures tribus échouent parfois à repousser les habitants
(15.63 ; 16.10 ; 17.12-13). Ces manquements ne sont pas dramatiques,
14
UNE PÉRIODE UNIQUE
car il s’agit d’hésitations et d’échecs temporaires, et non de
transgressions de commandements divins.
Une seule infidélité flagrante est relevée. Elle est l’œuvre d’Akân.
Heureusement, l’homme a agi de manière isolée, et il a été puni
immédiatement. Akân est la seule brebis galeuse de la génération de
Josué. Ainsi, à la mort de Josué, le compte rendu de cette génération est
exceptionnel : « Israël servit l’Éternel pendant toute la vie de Josué et
pendant toute la vie des anciens qui survécurent à Josué et qui
connaissaient toute l’œuvre que l’Éternel avait faite en faveur
d’Israël » (24.31).
Un peuple uni. La droiture du peuple explique son unité. Chaque
individu, chaque tribu est attachée à l’Éternel. Même les tribus de
Transjordanie, qui pouvaient se sentir moins impliquées dans la
conquête de Canaan, s’engagent sans hésitation à prêter main forte à
leurs frères hébreux. Une seule tension entre les tribus est relevée, mais
elle résulte d’une incompréhension. Elle est vite réglée, après que
chaque parti a pu s’exprimer (chap. 22).
Personne ne conteste l’autorité de Josué. Caleb, l’autre héros du
passé, ne cherche jamais à désapprouver ni à contredire Josué. Caleb
vient simplement demander sa part d’héritage. Josué, de son côté, ne
fait rien pour susciter l’irritation ou la jalousie. Il ne prend sa part
d’héritage qu’à la fin, lorsque tous les autres ont déjà reçu la leur.
L’ordre divin de ‘génocide’1. Israël reçoit l’ordre de passer par le
fil de l’épée tous les habitants du pays. Cela signifie que tous les
Cananéens doivent être tués, et les Israélites obéissent à l’ordre divin.
Cette situation semble limitée à la génération de Josué.
Le premier ordre de tuer toute une population est donné une année
avant la traversée du Jourdain. Israël doit passer par le fil de l’épée trois
peuples en dehors de Canaan : le roi d’Arad et son peuple qui ont
lâchement attaqué l’arrière-garde d’Israël (Nb 21.2-3), les rois de Sihôn
et d’Og et leurs peuples qui ont refusé de laisser passer Israël et l’ont
attaqué (Dt 2.34 ; 3.6).
1 Nous faisons figurer le terme ‘génocide’ entre guillemets afin de ne pas assimiler le
jugement du péché des Cananéens aux génocides à caractère ethnique perpétrés
dans l’histoire, et en particulier au XXe siècle. Certains commentateurs préfèrent ne
pas utiliser ce terme pour décrire la conquête du pays. Voir notre développement au
chapitre 7.
15
INTRODUCTION
Concernant les populations de Cisjordanie, Dieu ordonne le
‘génocide’ de ces peuples avant et après la traversée du Jourdain (Dt
7.2 ; 20.16-17 ; Jos 6.17). Dix passages mentionnent l’exécution de
l’ordre (Jos 6.21 ; 8.26 ; 10.28, 35, 37, 39, 40 ; 11.11, 12, 21). Toutes
les références sont en lien avec les combats menés par Josué, et non par
des tribus particulières qui cherchent à prendre leur héritage. Le livre
des Juges mentionne un ‘génocide’ effectué par Juda (la tribu
dirigeante), mais l’acte se situe encore durant la période de Josué (Jug
1.17).
La période des Juges est marquée par un laxisme général. Les
combats relatés ne sont pas des combats de conquête, mais des combats
menés par des tribus particulières pour repousser les agresseurs venus
de l’étranger, ou encore des guerres civiles. Otniel repousse un roi de
Mésopotamie, Ehoud et Gédéon battent des rois venus de l’est qui ont
traversé le Jourdain (les Moabites et les Madianites). Abimélek et
Jephté sont impliqués dans des guerres civiles. Chamgar et Samson
sont des héros solitaires. Il n’est jamais question du massacre de toute
une population. Durant la royauté, un ‘génocide’ est demandé par
l’Éternel à Saül, pour punir Amalec qui avait lâchement attaqué Israël
juste après la sortie d’Égypte (1 Sa 15.3, 18), mais Saül n’a pas exécuté
l’ordre, car il n’y trouvait pas son intérêt. Quant à Salomon, il est
précisé qu’il n’a pas tué les populations qui avaient survécu à la période
de Josué (1 Rois 9.20-21).
L’ordre divin de passer par le fil de l’épée les Cananéens est donc
limité à la période de Josué.
Le partage du pays. Le livre de Josué consacre neuf chapitres à
l’attribution du pays aux diverses tribus. Ce partage s’est fait une seule
fois. Les frontières fixées au temps de Josué étaient donc très
importantes, car elles ne devaient plus bouger par la suite. Il est même
spécifié, dans le dernier chapitre du livre des Nombres, que le mariage
entre des conjoints de deux tribus différentes ne devait jamais conduire
au transfert du territoire d’une tribu dans une autre (Nb 36.9).
La division du pays entre les tribus ne sera modifiée que durant le
millénium, lorsque les cartes seront remélangées et distribuées sur la
base de critères différents (Ézéchiel 48).
16
II. LES CHOIX RÉDACTIONNELS
Comment décrire une période qui est unique ? Celle de la conquête
est riche en événements, en conquêtes, en anecdotes, en héros de tout
genre, mais l’auteur ne peut ni ne veut tout rapporter. Il se concentre
sur ce qui est le plus significatif. Plusieurs critères l’ont guidé dans ses
choix narratifs.
Des narrations uniques
Pour décrire une période unique, l’auteur a choisi de rapporter des
événements qui sont distincts les uns des autres. La période unique est
décrite par des événements uniques en leur genre.
1. Un seul récit mentionne une personne étrangère qui se tourne vers
le Dieu des Hébreux pour être sauvée ; en l’occurrence, c’est une
femme, Rahab (Josué 2).
2. Le récit de la traversée du Jourdain est unique, puisque l’événement
n’a lieu qu’une fois (Josué 3-4). Relevons le rôle particulier des
sacrificateurs porteurs de l’arche, qui sont les premiers à entrer
dans le lit de la rivière et les derniers à en sortir.
3. La circoncision collective, après la traversée du Jourdain, est
unique (5.2-8), car jamais une telle situation ne s’était présentée ni
ne se présentera, puisque les Hébreux doivent être circoncis une
semaine après leur naissance.
4. La fête de la Pâque, célébrée juste après la circoncision, est
particulière, car à partir de cette fête qui commémore la sortie
d’Égypte, les Israélites mangèrent le blé du pays, et la manne
nécessaire à la survie dans le désert « cessa le lendemain de la
Pâque » (5.10-12). Cette fête est la seule mentionnée dans le livre
de Josué.
5. La rencontre de Josué avec le chef de l’armée de l’Éternel avant le
siège de Jéricho est unique (5.13-15), car Josué n’a plus jamais fait
de rencontre semblable, bien que la conquête n’en soit qu’à ses
débuts. Cette rencontre est unique pour Josué, mais elle est aussi
unique dans les annales d’Israël.
17
INTRODUCTION
6. Le siège de Jéricho est unique (Josué 6). Jamais Israël n’a dû faire
une procession religieuse autour d’autres villes, et Dieu n’a fait
tomber les murailles d’aucune autre ville.
7. Le récit de la défaite d’Israël lors du premier siège d’Aï est la seule
défaite rapportée (Josué 7). (Quelques revers sont signalés par la
suite, lorsque Israël a été incapable de dominer certaines régions :
15.63 ; 16.10 ; 17.2-13.)
8. La défaite d’Aï est imputée au péché d’un homme, en l’occurrence
Akân (Josué 7). Aucun incident analogue n’est rapporté dans le
livre.
9. La manière dont la ville d’Aï a été prise est unique (Josué 8). C’est
la seule fois où l’auteur mentionne que l’Éternel a conseillé à Josué
d’utiliser la ruse pour tromper l’ennemi. Notons que la prise d’Aï
est le seul récit qui mentionne le nombre des troupes engagées (7.3-
4 ; 8.3) et le nombre des morts (7.5 ; 8.25).
10. Le renouvellement de l’alliance au mont Ébal et au mont Garizim
s’est fait une seule fois (8.30-35).
11. Un seul récit rapporte la démarche d’une ville cananéenne, qui a
cherché le salut en concluant une alliance avec Israël, en
l’occurrence Gabaon (Josué 9). Cette ville est d’ailleurs la seule à
avoir fait la paix : « Il n’y eut aucune ville à faire la paix avec les
Israélites, excepté Gabaon » (11.19).
12. La démarche de Josué pour secourir Gabaon est unique (Josué 10).
Son action rapide a surpris la coalition du sud qui ne s’attendait pas
à être attaquée si soudainement.
13. La double aide divine pour décimer la coalition du sud est unique :
pierres tombées du ciel (10.11) ; soleil et lune arrêtés (10.12-14).
L’auteur souligne que la prière exaucée de Josué est unique dans
les annales d’Israël à ce stade du récit : « Il n’y a pas eu de jour
comme celui-là, ni avant ni après, où l’Éternel ait écouté la voix
d’un homme » (10.14).
14. Le récit de la campagne du nord est l’unique combat qui s’est
déroulé de manière classique (Josué 11). Aucun détail n’est donné
sur la manière dont Josué a défait l’ennemi, sinon qu’il l’a surpris.
Un seul détail est donné sur l’après-guerre : Josué doit couper les
jarrets des chevaux et brûler les chars (11.6, 9).
15. Le partage du pays (Josué 13-21) est unique. Les lots ont été
distribués une fois pour toutes. Les frontières ont été définitivement
18
LES CHOIX RÉDACTIONNELS
fixées et aucun lot ne pouvait passer d’une tribu à une autre (cf. Nb
36.9).
16. L’épisode de l’autel construit sur la rive orientale du Jourdain est
unique (Josué 22). Aucune tension analogue ne semble s’être
produite du temps de Josué.
17. Les exhortations de Josué à la fin de sa vie sont uniques, car il
s’agit des paroles finales (Josué 23).
18. Le renouvellement de l’alliance avec les anciens de toutes les tribus
(Josué 24) est unique dans les annales d’Israël. Les générations qui
suivent n’auront pas besoin de renouveler l’alliance d’Israël avec
l’Éternel, car cette alliance reste valable pour toutes les générations.
Pourtant, à Sichem, l’alliance est renouvelée, car Israël est dans une
situation nouvelle : le peuple a enfin obtenu son lieu de résidence.
Des paires d’exemples
Les événements décrits sont différents les uns des autres, et en
même temps, certains récits traitent d’un même sujet. Des récits de
guerres, des anecdotes relatives à des individus particuliers, des
alliances et des conflits sont évoqués. Dans chaque domaine, l’auteur a
retenu deux exemples, ce qui permet de souligner la diversité des
situations, mais aussi la progression des événements.
1. L’auteur décrit le siège de deux villes (Jéricho et Aï), mais ces deux
sièges sont très différents. La première fois, l’Éternel intervient par
un prodige, et les murailles de Jéricho s’écroulent (Josué 6). Lors
du second siège, l’Éternel se contente de conseiller Josué sur la
stratégie à appliquer (Josué 8).
2. Deux campagnes militaires sont rapportées. L’une au sud et l’autre
au nord. Lors de la première campagne (Josué 10), l’Éternel
complète la victoire de Josué sur l’ennemi, en envoyant des pierres
du ciel sur les Cananéens en fuite. Lors de la seconde campagne
(celle du nord, Josué 11), l’Éternel encourage simplement Josué. Il
le conseille aussi sur la manière d’affaiblir l’ennemi une fois la
victoire acquise : Josué doit couper les jarrets des chevaux.
3. Deux anecdotes concernent des individus particuliers. Au chapitre
2, Rahab la Cananéenne est sauvée de la mort, grâce à sa foi. Elle
négocie une alliance avec les espions et obtient que sa famille soit
sauvée avec elle. Au chapitre 7, Akân l’Hébreu est lapidé en raison
19
INTRODUCTION
de sa désobéissance. Dans sa mort, il entraîne sa famille qui l’avait
soutenu dans son péché.
L’histoire de Rahab termine le chapitre 6 (6.25), celle d’Akân
le chapitre 7 (7.26). Rahab et sa maison sont sauvées jusqu’au
temps de l’écrit du livre, et la tombe d’Akân demeure jusqu’à ce
jour. Rahab a caché les espions (son trésor) sur le toit, et Akân a
caché les biens (son trésor) en creusant un trou dans sa tente.
4. Deux communautés sont épargnées. La ville païenne de Gabaon
(Josué 9) et les tribus de Transjordanie (Josué 22).
5. Deux récits se penchent sur la grâce accordée à des païens. Le
comportement de Rahab est remarquable selon l’Écriture (Héb
11.31), alors que la démarche des Gabaonites est critiquée par
Josué (9.22-27).
6. L’arche de l’Éternel est mentionnée lors de la traversée du Jourdain
(Josué 3-4), puis lors de la prise de Jéricho (Josué 6). Dans le
premier récit, le miracle du partage des eaux est directement lié à
l’arche, car dès que les sacrificateurs qui la portent posent les pieds
dans l’eau, le Jourdain cesse de couler. Lors de la prise de Jéricho,
l’arche est mentionnée avant le miracle. Les Israélites précèdent et
suivent les sacrificateurs qui portent l’arche, et ils tournent autour
de la ville. Ce n’est qu’au dernier son des trompettes et du cri du
peuple que les murailles s’effondrent.
7. L’alliance divine est confirmée deux fois : la première fois au mont
Ébal, au début de la conquête, devant tout le peuple (Josué 8), et la
seconde fois à Sichem, au pied du mont Ébal, devant les anciens et
les responsables des tribus (Josué 24).
8. Deux mémoriaux sont érigés au bord du Jourdain. D’abord sur la
rive occidentale lors de l’entrée dans la Terre promise (Josué 4),
puis sur la rive orientale après la conquête du pays (Josué 22). Le
premier mémorial est ordonné par l’Éternel, alors que le second
résulte d’une initiative des tribus de Transjordanie, qui conduit à un
grave différend avec les tribus de Cisjordanie.
9. Deux villes sont laissées en ruine : Jéricho (6.26) et Aï (8.28). La
première ne devrait jamais être reconstruite sous peine de
malédiction.
10. La mort des ennemis est marquée par des pierres ‘tombales’ à deux
endroits : à l’entrée d’Aï (8.29) et à l’entrée d’une grotte (10.27).
20
LES CHOIX RÉDACTIONNELS
Ces pierres localisaient encore ces endroits au moment de la
rédaction du livre.
11. Le partage du pays en Cisjordanie s’est effectué en deux étapes.
D’abord les trois grandes tribus (Josué 13-17), puis les sept autres
(Josué 18-19). Josué critique la lenteur des sept dernières tribus à
prendre possession de leur héritage.
12. Le livre se termine sur une double exhortation de Josué à la fin de
sa vie. Il s’adresse d’abord à tout le peuple (Josué 23), puis il
exhorte les responsables des tribus à renouveler l’alliance avec
l’Éternel (Josué 24).
La progression des récits
Le livre de Josué est enthousiasmant au début (Josué 1-6), puis
devient sanglant et difficile à accepter, les populations étant massacrées
les unes après les autres (Josué 6-12). Vient ensuite une longue partie
‘lassante’ qui abonde en références géographiques (Josué 13-21). Pour
finir, les derniers chapitres stimulent le lecteur à marcher dans la
fidélité (Josué 22-24).
La progression détaillée des récits, le sens et la fonction des
différentes sections est développée dans le commentaire, ainsi que dans
l’annexe à la fin du commentaire.
21
III. LA STRUCTURE DU LIVRE
La structure de base
Le livre s’articule autour de différents axes qu’il est aisé de repérer.
On peut le diviser en deux parties. La première est narrative et se
rapporte aux premières années de la conquête (Josué 1-12) ; la seconde
partie est géographique et administrative, et concerne les dernières
années de la vie de Josué (Josué 13-24).
Le livre peut aussi être divisé en quatre parties. Le premier chapitre
est une introduction à la vocation de Josué. Ensuite, l’auteur décrit les
événements de la conquête du pays (Josué 2-12). La troisième partie
détaille la répartition du pays entre les tribus (Josué 13-21). La
conclusion (Josué 22-24) fait écho à l’introduction. Le livre, qui a
débuté par les exhortations de l’Éternel à Josué (Josué 1), se termine
par les exhortations que Josué laisse au peuple à la fin de sa vie (Josué
23-24).
Deux parties Quatre parties
Partie historique (1-12) Introduction (1)
La conquête du pays (2-12)
Partie géographique (13-24) La division du pays (13-21)
Conclusion (22-24)
Une structure en chiasme des parties centrales
L’examen détaillé révèle une structure élaborée, organisée en
chiasme.
L’introduction et la conclusion ont chacune deux parties qui se
correspondent. Au début et à la fin du livre, l’auteur place une
exhortation pour tout Israël (A.1 et A.2), et en deuxième et avant-
dernière position, il transmet une parole adressée aux tribus de
Transjordanie (B.1 et B.2).
La conquête du pays de Canaan (Josué 2-12) contient des récits
organisés en chiasme et centrés sur les deux sièges de villes décrits
23
INTRODUCTION
dans le livre : Jéricho (F.1) et Aï (F.2). (Le chiasme de ces chapitres est
analysé dans le commentaire du chapitre 7, p. 97-98.)
L’attribution des parts accordées à chaque tribu (Josué 13-21)
contient aussi des développements organisés en chiasme. Au centre,
l’auteur a placé l’exhortation (M) adressée aux tribus qui sont restées
en retrait et qui doivent maintenant aller de l’avant et prendre
possession de leur héritage.
Introduction : exhortations à suivre l'alliance (1)
A.1 Exhortation donnée à Josué pour tout Israël (1.1-11)
B.1 Exhortation donnée par Josué aux tribus de Transjordanie (1.12-18)
La conquête de la Terre promise : les combats (2-12)
C.1 L’exception : une femme sauvée (2)
D.1 L’entrée dans le pays : la frontière est franchie (3-4)
E.1 Le signe individuel de l’alliance : circoncision de tous les hommes (5)
F.1 Le siège de Jéricho (6)
G Un échec dans la conquête : la défaite d’Aï (7)
F.2 Le siège réussi d’Aï (8.1-29)
E.2 Renouvellement collectif de l’alliance au centre du pays (8.30-35)
D.2 La conquête du sud et du nord (9-11)
C.2 Résumé : une liste des rois vaincus (12)
Attribution géographique du pays (13-21)
H.1 Introduction sur tout l'héritage (13.1-14)
I.1 Statut spécial : les tribus en Transjordanie (13.15-33)
J.1 Introduction sur l'héritage en Canaan (14.1-5)
K.1 Héritage d'un héros : Caleb (14.6-15)
L.1 Héritage de trois tribus fidèles (15-17)
M Exhortation à saisir ce que Dieu a promis (18.1-10)
L.2 Héritage de sept tribus négligeantes (18.11-19.48)
K.2 Héritage d'un héros : Josué (19.49-51a)
J.2 Conclusion sur le partage de Canaan (19.51b)
I.2 Statut spécial : villes de refuge et villes des Lévites (20-21)
H.2 Conclusion sur tout l'héritage (21.43-45)
Conclusion : exhortations à suivre l'alliance (22-24)
B.2 Exhortation donnée par Josué aux tribus de Transjordanie (22)
A.2 Exhortation donnée par Josué à tout Israël (23-24)
24
LA STRUCTURE DU LIVRE
Une structure en chiasme sur l’ensemble du livre
A.1 L’appel à s’engager (la conquête) 1
A.2 Alliance avec une étrangère 2
A.3 Le Jourdain traversé (et le mémorial de douze 3-4
pierres)
A.4 La religion (circoncision collective et fête) 5.1-12
A.5 La justice divine (le salut de Rahab et le jugement 5.13-6.27
de Jéricho)
A.6 Le début laborieux de la conquête (une ville : Aï) 7.1-8.29
A.7 Rassemblement au centre du pays, au mont Ébal 8.30-35
A.8 Les campagnes du sud et du nord :
- un cas particulier (Gabaon) 9
- le sud 10
- le nord 11
A.9 Un bilan humain (Transjordanie-Cisjordanie) 12
B.9 Un bilan territorial 13
(Cisjordanie-Transjordanie)
B.8 Les héritages du sud et du nord :
- un cas particulier (Caleb) 14
- le sud (Juda) 15
- le nord (les fils de Joseph) 16-17
B.7 Rassemblement au centre du pays, à Silo 18.1-10
B.6 La fin laborieuse de la division du pays : 18.11-19.51
Le centre, le sud, le nord (sept tribus)
B.5 La justice civile (villes de refuge) 20
B.4 La religion (villes des Lévites) 21
B.3 Le Jourdain traversé (et l’autel érigé) 22
B.2 L’interdiction d’alliances avec des peuples étran- 23
gers
B.1 L’appel à s’engager (les générations suivantes) 24
Notes explicatives sur les parties parallèles.
1. L’appel. A) L’Éternel appelle Josué à prendre le pays, et Josué
exhorte les tribus de Transjordanie à le suivre. B) L’Éternel
rappelle le passé, et Josué exhorte le peuple à s’engager avec lui.
2. Alliance. A) Rahab fait une alliance avec les espions. B) Josué
exhorte Israël à ne pas se mêler aux Cananéens.
25
INTRODUCTION
3. Le Jourdain. A) Josué traverse le Jourdain avec le peuple et entre
dans la Terre promise. Il érige deux mémoriaux de douze pierres.
B) Les tribus de Transjordanie traversent le Jourdain et retournent
chez elles. Elles érigent un autel en souvenir de l’Éternel.
4. Dimension religieuse. A) Les hommes adultes sont circoncis, car
ils sont mis à part. Israël célèbre la Pâque. B) Les Lévites forment
une tribu mise à part, car ils ont été rachetés par Dieu, quand les
premiers-nés de chaque famille ont été sauvés lors de la première
Pâque.
5. La justice divine et civile. A) Jéricho tombe sous le jugement de
Dieu, mais Rahab est sauvée en raison de sa foi. Le chef des armées
célestes est présent, mais n’intervient pas directement. B) Les villes
de refuge permettent aux ‘innocents’ d’échapper au vengeur du
sang.
6. Difficultés et retard dans la conquête. A) La conquête du pays
débute difficilement en raison du péché d’un homme. Après
l’expiation du péché, l’Éternel soutient Israël lors du second siège.
B) La fin de la conquête est plus laborieuse et souffre d’un retard.
Les sept dernières tribus finissent par recevoir leur héritage.
7. Rassemblement du peuple. A) Au mont Ébal, Josué renouvelle
l’alliance après les deux premiers succès. B) À Silo, Josué exhorte
sept tribus à prendre leur part.
8. Le début des campagnes militaires et de la division du pays.
A) Avant les premières grandes campagnes militaires d’Israël au
sud et au nord, les Gabaonites utilisent un subterfuge pour faire
alliance avec Israël. B) Avant la première distribution de l’héritage
au sud et au nord, Caleb adresse une demande personnelle afin
d’obtenir son héritage.
9. Bilan initial et ultérieur. A) À la fin de la première partie, un bilan
positif mentionne tous les rois ennemis tués. B) Au début de la
seconde partie, un bilan mitigé indique les régions qui restent à
conquérir.
26
IV. JOSUÉ, LE HÉROS DU LIVRE
Un seul héros et quelques personnages secondaires
Josué, le fils de Noun, est le personnage central du livre. Son nom,
Josué, apparaît 174 fois (dans SER), alors que les autres individus
nommés sont mentionnés dix fois ou moins.
Dans la première partie du livre, l’auteur nomme deux personnages
annexes dont il brosse le portrait (Rahab, cinq fois ; Akân, six fois), et
il communique une fois le nom de sept rois ennemis tués au combat
(10.3 ; 11.1). En revanche, il omet les noms de tous les combattants
héroïques qui ont accompagné et soutenu Josué dans ses combats.
Même les deux espions qui ont exploré Jéricho au péril de leur vie, et
les sacrificateurs qui ont porté l’arche et sont restés dans le Jourdain
pendant que tout le peuple traversait, sont anonymes. Josué est le seul
héros nommé.
Dans la seconde partie du livre, deux personnages de renom sont
mentionnés lors du partage du pays : Éléazar, le souverain sacrificateur
(huit fois), et Caleb, le compagnon d’armes de Josué (dix fois).
L’auteur indique aussi le nom de la fille et du gendre de Caleb (Aksa
deux fois ; Otniel deux fois), et le nom des cinq filles de Tselophhad
(une fois). Dans les derniers chapitres, Phinéas est nommé cinq fois.
Josué apparaît moins souvent dans la section géographique du livre,
mais dans les deux derniers chapitres, il redevient incontestablement le
personnage principal. Ces chapitres contiennent les plus longs propos
de Josué et forment son testament spirituel.
L’arrière-plan de Josué
Josué est non seulement le personnage principal du livre, il est aussi
celui dont on connaît le mieux l’arrière-plan. Les livres de l’Exode, des
Nombres et du Deutéronome soulignent son statut et ses qualités avant
l’entrée en Canaan.
La première année dans le désert. Josué est mentionné pour la
première fois au moment où Israël est attaqué par l’armée d’Amalec,
après la sortie d’Égypte (Ex 17.8-16). Il s’agit du premier combat armé
qu’Israël doit mener, car jusque-là le peuple n’a pas eu à se battre avec
27
INTRODUCTION
des armes pour sortir d’Égypte. C’est l’Éternel qui a affaibli l’Égypte
par diverses plaies, obligeant finalement le pharaon à laisser partir
Israël. Lors de la traversée de la mer Rouge, l’Éternel a noyé toute
l’armée du pharaon, qui s’était lancée à la poursuite du peuple élu.
Le combat contre Amalec est donc le premier conflit armé d’Israël.
Moïse doit réagir rapidement, car Amalec a lâchement agressé son
peuple. Il mandate Josué pour organiser la défense : « Moïse dit à
Josué : Choisis-nous des hommes, sors et combats Amalec ; demain je
me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main »
(Ex 17.9). Pourquoi choisir Josué pour cette tâche ? Jusqu’alors, Moïse
et Aaron ont tout fait pour Israël. Ils se sont présentés devant le pharaon
et ont ‘négocié’ la sortie d’Égypte. Ils ont annoncé les plaies sur
l’Égypte. Mais Moïse et Aaron sont des Lévites, et il ne leur appartient
pas de s’engager dans un combat, sinon en intercédant pour les soldats.
Moïse a certainement discerné des qualités de chef militaire chez Josué.
Il lui laisse carte blanche pour composer l’armée et mener le combat.
Josué s’en tire à merveille et remporte la victoire, avec l’aide de Dieu,
bien sûr (cf. 17.11-12).
Ce succès explique sans doute la suite des relations entre Moïse et
Josué. Celui-ci devient rapidement le serviteur de Moïse. Il
l’accompagne sur le mont Sinaï (Ex 24.13), puis, plus tard, dans le
Tabernacle, appelé la tente de la Rencontre (Ex 33.11). Josué est
témoin des révélations que l’Éternel donne à Moïse sur le mont Sinaï,
puis dans la tente de la Rencontre. Josué voit aussi la colère de Moïse
lors de l’épisode du veau d’or (Ex 32.17-20). Le fils de Noun devient
très proche de Moïse, au point d’être jaloux pour son maître quand
deux hommes prophétisent dans le camp sans être entrés d’abord dans
la tente de la Rencontre, mais Moïse tempère l’ardeur de son serviteur
(Nb 11.28).
Moïse accueille Josué à ses côtés pour le former, car il cherche sans
doute à assurer la relève. Un homme devra mener Israël au combat
contre les Cananéens, et ce chef devra être un homme spirituel, mais
pas de la tribu de Lévi. Le temps est court, car Moïse espère entrer dans
la Terre promise une année après la sortie d’Égypte.
Le choix de Josué par Moïse au début du séjour dans le désert ne
semble pas avoir suscité de la jalousie parmi le peuple. Il faut dire que
les Hébreux n’avaient pas l’habitude de la guerre, et la perspective de
livrer de rudes combats ne devait pas susciter beaucoup de vocations,
28
JOSUÉ, LE HÉROS
comme le montre la réaction de dix espions sur douze après
l’exploration du pays.
La deuxième année dans le désert. Environ quatorze mois après la
sortie d’Égypte, lorsque le peuple arrive à Qadech-Barnéa, l’Éternel
demande à Moïse d’envoyer douze espions, un par tribu, pour explorer
la Terre promise. Ces douze sont des chefs de tribu, et Josué représente
la tribu d’Éphraïm (Nb 13.8, 16). À cette occasion, le fils de Noun
reçoit un nouveau nom. La famille avait appelé l’enfant Hochéa (mot
qui signifie ‘sauve’), mais Moïse appelle le représentant d’Éphraïm
Josué (mot qui signifie ‘l’Éternel sauve’).
À leur retour, dix espions découragent le peuple d’entrer en Canaan,
car « le peuple qui habite ce pays est puissant, les villes sont fortifiées,
très grandes ; nous y avons même vu des enfants d’Anaq » (Nb 13.28).
Caleb fait taire le peuple qui murmure contre Moïse, puis Josué se joint
à Caleb pour exhorter le peuple à prendre le pays. Lorsque les deux
hommes avancent leurs arguments, Josué est mentionné avant Caleb
(Nb 14.6-9), probablement parce que Josué s’exprimait plus facilement
(Caleb serait plutôt un bagarreur et Josué, davantage un meneur). Le
peuple menace de les lapider, mais l’Éternel intervient depuis la tente
de la Rencontre. Les Israélites sont punis pour leur incrédulité et
devront rester quarante ans dans le désert. Mais ils se rebiffent une
nouvelle fois contre l’Éternel, décident d’aller se battre malgré tout et
de s’emparer du pays promis. Moïse les décourage, mais sans succès.
Israël affronte les Amalécites et les Cananéens et subit sa première
défaite. Ces peuples « les battirent et les taillèrent en pièces » (Nb
14.45). Relevons que Josué n’est pas impliqué dans ce combat.
La dernière année dans le désert. L’Écriture ne donne aucune
information sur Josué durant les trente-huit années suivantes, vécues
dans le désert, mais rien ne semble avoir changé. Josué est toujours
proche de Moïse et attaché à l’Éternel. L’Éternel demande à Moïse
d’oindre publiquement Josué « en qui réside l’Esprit », « afin que la
communauté de l’Éternel ne soit pas comme des brebis qui n’ont point
de berger » après la mort de Moïse (Nb 27.15-23). Cette onction
renforce encore l’Esprit de sagesse qu’à reçu Josué (Dt 34.9). Le rôle
de Josué et d’Éléazar dans la répartition du pays est annoncé à plusieurs
reprises (Nb 32.28 ; 34.17). Moïse (Dt 31.7-8), puis l’Éternel (Dt
31.23), encouragent aussi Josué (« fortifie-toi ») en vue de son futur
ministère.
29
INTRODUCTION
Durant la dernière année de la vie de Moïse, les Israélites
remportent plusieurs guerres contre des armées qui les avaient agressés,
d’abord au sud de Canaan contre le roi d’Arad (Nb 21.1-3), puis en
Transjordanie contre Sihôn, roi de Hechbôn (Nb 21 ; Dt 2) et Og, roi de
Basan (Nb 21 ; Dt 3). Les comptes rendus de ces guerres sont très
succincts. Josué n’est pas mentionné, bien qu’il ait probablement
participé et même dirigé les combats. Les derniers chapitres des
Nombres et le livre du Deutéronome mettent l’accent sur Moïse. Josué
ne passe au premier plan qu’ « après la mort de Moïse » (Jos 1.1).
La conquête du pays
Le Pentateuque décrit Josué comme un homme de courage, de foi,
de consécration et de sagesse. Ces qualités sont confirmées dans le livre
qui porte son nom, en particulier sa foi en l’Éternel, son obéissance aux
ordres divins, sa promptitude à agir et son humilité. Nous soulignerons
ces qualités dans le commentaire.
Notons que ni le Pentateuque ni le livre de Josué ne rapportent un
exploit personnel de Josué. Il ne semble pas avoir affronté un ennemi
valeureux en combat singulier, comme David l’a fait contre Goliath, ou
comme Ehud, Schamgar et Samson l’ont fait au temps des Juges.
Jamais il n’est dit que Josué a pénétré dans le camp ennemi à la tête
d’un commando, comme Otniel et Gédéon. Josué est le général, le
meneur d’hommes et le stratège qui agit avec promptitude et sagesse.
C’est d’un tel homme qu’Israël a eu besoin pour conquérir la Terre
promise.
30
DANIEL ARNOLD
DANIEL
ARNOLD
JOSUÉ DANIEL
ARNOLD
JOSUÉ
La conquête de la Terre promise
L’époque de Josué, c’est celle de la conquête de Canaan par Israël.
Une époque unique, célèbre pour certaines de ses batailles, qui ne
manque pas de soulever aussi beaucoup de questions. Que penser,
LA CONQUÊTE
en particulier, de ce que certains qualifient aujourd’hui de génocide ?
Comment réagir face à un tel texte ? Quelle est sa pertinence pour
DE LA TERRE
nous ? PROMISE
Daniel Arnold s’attache à proposer un commentaire personnel suivi,
en approfondissant plus particulièrement certains points et en mon-
trant quelles leçons nous pouvons tirer de ce livre. Il relève aussi la
place occupée par le personnage de Josué dans l’histoire biblique.
Suisse, Daniel Arnold a enseigné à l’Institut biblique et missionnaire
Emmaüs durant plus de 30 ans, avant de prendre sa retraite
en 2014. Fasciné par les textes narratifs de la Bible, il a publié huit
commentaires bibliques, ainsi qu’un ouvrage de référence sur
l’éthique chrétienne et deux recueils de pièces de théâtre pour Noël.
JOSUÉ COMMENTAIRE BIBLIQUE
CHF 21.90 / 18.50 €
ISBN 978-2-8260-4013-2