Esclavage aux
États-Unis
Titre : United States slave trade, 1830
L'esclavage aux États-Unis (1619-1865)
commence peu après l'installation des
premiers colons britanniques en Virginie
et se termine avec l'adoption du XIIIe
amendement de la Constitution
américaine le 6 décembre 1865.
Succédant à une forme de servitude
temporaire — l’indenture —, un esclavage
à fondement racialiste s'institutionnalise
progressivement, à un rythme variable
selon les colonies, dans la seconde
e
moitié du siècle, sous l’effet de
décisions de justice et d'évolutions
législatives. Progressivement aboli dans
les États du Nord du pays dans les
années qui suivent la révolution
américaine, l'esclavage occupe une
position centrale dans l'organisation
sociale et économique du Sud des États-
Unis. Les esclaves sont utilisés comme
domestiques et dans le secteur agricole,
en particulier dans les plantations de
tabac puis de coton, qui s'impose au
e
siècle comme la principale culture
d'exportation du pays. Au total, les Treize
colonies puis les États-Unis font venir
environ 600 000 Africains, soit 5 % du
total des esclaves déportés vers les
Amériques, jusqu'à l'interdiction de la
traite atlantique en 1808. Avant la guerre
de Sécession, le recensement américain
de 1860 dénombre quatre millions
d’esclaves dans le pays[1]. La marge
d'autonomie que ces derniers sont
parvenus à se ménager à l'intérieur du
système d'exploitation dont ils ont été
victimes a donné naissance à une culture
originale qui emprunte à la fois à leur
culture africaine d'origine et à celle de
leurs maîtres.
Dans les années 1820, un mouvement
anti-esclavagiste, minoritaire mais
extrêmement actif, s'organise dans le
Nord et, avec lui, un réseau d'aide pour
les esclaves fugitifs, le chemin de fer
clandestin. L'esclavage devient l'un des
enjeux principaux du débat politique du
pays. Le compromis de 1850, le Fugitive
Slave Act, l'arrêt Scott v. Sandford de la
Cour suprême ou les événements du
Bleeding Kansas sont autant d'étapes de
la polarisation croissante autour de cette
question, à l'origine du déclenchement de
la guerre de Sécession en 1861. À l'issue
de ce conflit, le XIIIe amendement de la
Constitution fédérale met fin à
l'esclavage en étendant à l'ensemble du
territoire américain les effets de la
proclamation d'émancipation du 1er
janvier 1863[2], sans toutefois régler la
question de l'intégration des Afro-
Américains à la communauté nationale,
comme en attestent les Black Codes, les
Lois Jim Crow, la clause de grand-père
ou le développement du Ku Klux Klan. La
reconstruction qui succède à la guerre
voit ainsi se constituer un système légal
de ségrégation raciale dans le Sud du
pays qui ne prend fin que dans les
années 1960[3].
Origines
Développement progressif …
Cicatrices de flagellation sur un esclave. Photo
prise le 2 avril 1863, à Baton Rouge, Louisiane.
Légende originale du photographe : « Le
contremaître Artayou Carrier m'a fouetté. À la suite
de cette flagellation, j'ai eu des escarres pendant
deux mois. Mon maître est venu après que j'ai été
f é il li ié l î C l
fouetté ; il a licencié le contremaître. Ce sont les
propres paroles du malheureux Peter alors qu'il
posait pour la photo. »
Pour faire face à leurs besoins en main-
d'œuvre, les premières colonies
américaines ont recours à un système
qui s'apparente à l'engagisme, en
particulier pour les tâches domestiques :
de nombreux Européens, principalement
des Anglais, des Irlandais et des
Allemands pauvres, arrivent dans les
treize colonies britanniques initiales avec
un statut de « travailleurs sous contrat »
(indentured servants)[Note 1]. C'est ce
système que les colons adoptent pour
les vingt premiers esclaves débarqués
par les marins néerlandais.
Conformément à ce statut, ils sont
libérés après une période établie et se
voient accorder la jouissance de
quelques terres par leurs anciens
maîtres.
La première trace d'arrivée d'Africains sur
le sol américain remonte à 1619 (un an
avant les Pères pèlerins du Mayflower) :
un colon blanc de Virginie relate qu'en
cette année une vingtaine de Noirs sont
arrivés à terre près de Jamestown à bord
d'un bateau de commerçants hollandais
qui s'étaient emparés d'un navire négrier
espagnol. La colonie de Virginie est alors
au début de la période connue sous le
nom de « grande migration » durant
laquelle sa population passe de 450 à
4 000 résidents. Son taux de mortalité
reste toutefois extrêmement élevé,
principalement à cause des maladies
infectieuses, de la malnutrition et des
combats fréquents avec les Nord-
Amérindiens. Le manque de main
d'œuvre est persistant. Le navire
néerlandais présentant de sérieuses
avaries, un accord est conclu pour faire
des esclaves la contrepartie de la
nourriture et des réparations. Les
Espagnols baptisaient généralement
leurs esclaves en Afrique avant leur
départ vers les colonies. Or le droit
anglais considérait que les chrétiens
baptisés ne pouvaient être esclaves, de
sorte que ces Noirs sont devenus dans la
colonie de Virginie « travailleurs sous
contrat », certains retrouvant même la
liberté et devenant propriétaire de terres,
tel Anthony Johnson considéré comme
l'un des premiers propriétaires d'esclave
légaux aux États-Unis[3] le premier en
Hugh Gwyn[4] en 1640. [pas clair]
Au-delà de cet épisode inaugural, le
statut des premiers Africains amenés sur
e
le continent américain au siècle fait
encore aujourd'hui débat. Deux thèses, la
thèse d'une progressivité de l'esclavage
et la thèse racialiste, s'opposent à ce
sujet. La thèse de la progressivité insiste
sur une évolution du statut des Noirs.
Oscar Handlin met en avant que,
contrairement aux empires ibériques, les
Britanniques n'avaient pas pratiqué
l'esclavage avant l'installation de leurs
premières colonies américaines au
e
siècle. Aux premiers Noirs, on aurait,
comme à la vingtaine d'Africains
débarqués du « White Lion », attribué un
statut d’indentured servant, identique à
celui des immigrés européens pauvres.
Le racisme à l'égard des Noirs n'aurait
été dans cette perspective qu'une des
conséquences de l'infériorité durable de
leur statut[5]. La thèse racialiste estime
au contraire que les Noirs africains
auraient d'emblée été considérés, à
cause de la couleur de leur peau et de
préjugés racialistes antérieurs, comme
des êtres inférieurs, corvéables à merci.
L'esclavage américain n'aurait été que
l'importation à l'identique d'un système
déjà répandu dans les colonies ibériques
d'Amérique du Sud et des Caraïbes[6].
Il est certain que l'institutionnalisation de
l'esclavage ne peut être établie que de
manière approximative. Dans la colonie
de Virginie, la condamnation en 1640 à la
servitude à vie de l’indentured servant
noir John Punch après une tentative
d'évasion, est la première trace connue
d'une différenciation de la jurisprudence
sur la base de la couleur de la peau[4]. En
1654, une cour du comté de
Northampton se prononce contre John
Casor , le déclarant propriété à vie de
(en)
son maître[7]. Les colons s'engouffrèrent
dans un vide juridique : puisque les
déportés africains n'étaient pas citoyens
britanniques par leur naissance, ils
n'étaient pas nécessairement couverts
par la loi commune britannique (common
law)[3].
Il faut sur ce point tenir compte de
l'extrême diversité locale des premières
colonies : éloignées géographiquement,
hétérogènes sur le plan de la
composition sociale et religieuse, elles
ont chacune développé de forts
particularismes locaux. À ce titre, il
convient de distinguer la situation des
Noirs du Nord et du Centre, de ceux du
Sud. Au nord, il semble que les maîtres
considéraient les Noirs comme les alter
ego des travailleurs sous contrat et, à ce
titre, les libéraient quand ils estimaient
qu'ils avaient, par leur travail, remboursé
leur prix d'achat[Note 2]. Dès le e
siècle,
des Noirs avaient donc le statut
d'homme libre dans les colonies du Nord.
Dans le Sud, la population noire restait
elle aussi minoritaire bien que
proportionnellement plus importante : on
l'estime à environ 8 000 en 1680 pour
15 000 colons[8]. Le système des
plantations étant à cette époque encore
peu répandu, les Noirs exerçaient, en
proportion de la pénurie générale de
main-d'œuvre, des métiers exigeant un
certain degré de qualification.
Toutefois, une fois libérés après leur
période contractuelle, les anciens
engagés noirs, comme leurs
compagnons d'infortune blancs, ne
parvenaient que rarement à sortir de la
misère dans laquelle ils étaient
confinés [réf. nécessaire]. Les meilleures
terres du Sud-Est de la Virginie étaient
déjà entre les mains de riches familles de
e
planteurs dès le milieu du siècle, et
la libération des anciens engagés ne leur
permettait pas d'échapper à une extrême
pauvreté. La persistance de ces
inégalités fut génératrice de tensions
sociales importantes.
La révolte de Bacon, où seuls les rebelles
noirs furent condamnés, montra que les
travailleurs et les fermiers pauvres
pouvaient constituer une menace pour
les riches propriétaires terriens[9].
Culture du tabac et
institutionnalisation de l'esclavage
…
La réussite de leur travail sur le tabac en
Europe entraîna dans les années 1660 un
développement important de la culture
de l'herbe à Nicot et, partant, du système
des plantations, d'abord en Virginie puis
au Maryland et dans les Carolines.
L'explosion de la demande, les profits
importants associés à la culture
entraînèrent une demande en main-
d'œuvre que ne parvenait pas à satisfaire
le système de l'engagisme.
Dans le même temps, les Britanniques
avaient supplanté les Néerlandais dans
le domaine maritime et créé en 1672 la
Compagnie royale d'Afrique dans le seul
but de développer le commerce négrier
dans l'océan Atlantique. Alors que le
commerce avec les empires ibériques
était saturé, les colonies britanniques
représentaient un débouché potentiel
important. La conjonction d'intérêt qui
s'opère entre les deux parties, planteurs
sudistes et négriers, pose les jalons d'un
développement rapide de la traite à
destination de l'Amérique du Nord.
Esclaves dans une plantation de Virginie.
Illustration tirée de the Old Plantation, vers 1790
e
À la fin du siècle, tous les Noirs
déportés sur le sol nord-américain se
voient imposer le statut d'esclave. Les
codes noirs, adoptés dans l'État du
Connecticut dès 1690 et en Virginie en
1705, généralisent explicitement ce
statut, en définissant les droits des
propriétaires sur des individus
considérés comme des biens meubles et
donc dépourvus de droits [réf. souhaitée].
Durant la période coloniale britannique,
toutes les colonies, au nord comme au
sud, possédaient des
esclaves [réf. souhaitée]. Ceux du Nord
étaient principalement employés à des
tâches domestiques, ceux du Sud
travaillant dès l'origine dans des fermes
et des plantations cultivant des plants
d'indigo, du riz et du tabac, le coton ne
devenant la culture principale qu'au cours
des années 1790. En Caroline du Sud en
1720 près de 65 % de la population était
constituée d'esclaves, principalement
utilisés par les riches fermiers et
planteurs tournés vers l'exportation[10].
La part dans la production mondiale du
coton brut des plantations américaines
est ensuite passée brutalement de 5 % à
70 % en moins de quinze ans, entre 1790
et 1805, les nouveaux États-Unis
d'Amérique tentant difficilement de
suivre l'explosion de la demande des
fabriques de la région de Manchester,
dans l'ancienne puissance colonisatrice,
où le coton est sur cette courte période
le ferment de la première révolution
industrielle d'Europe[11].
Le prix du coton commence par monter
de 50 %, de 30 à 45 cents par livre entre
1790 et 1800, avant de revenir
progressivement à moins de 10 cents en
1840, avec l'extension des plantations
dans l'Ouest, à grande échelle, dans
quatre futurs États[11].
1776-1865
Second passage du milieu …
Animation montrant l'évolution des territoires
esclavagistes de 1789 à 1861.
La culture du coton, et avec elle
l’esclavage, se répandit à l'ouest avec
l'expansion des États-Unis[Note 3].
L'historien Peter Kolchin écrit qu'« en
brisant des familles existantes et en
forçant les esclaves à se réinstaller loin
de tous ceux et tout ce qu'ils
connaissaient », cette migration
« reproduisait (à une échelle réduite)
beaucoup des horreurs » de la traite
atlantique[12]. L'historien (en) Ira Berlin a
donné à cette migration le nom de
« second passage du milieu »À (second
middle passage)[Note 4]. Qu'ils aient eux-
mêmes vécu ce déracinement ou qu'ils
en aient expérimenté la crainte, Berlin
considère cette déportation massive
comme un traumatisme central dans la
vie d'un esclave entre la révolution
américaine et la guerre de Sécession[13].
Chapelet d'esclaves noirs conduits à pieds de
Staunton (Virginie) jusqu'au Tennessee en 1850
Les statistiques sont lacunaires
concernant le nombre exact d'esclaves
déplacés : on estime ce chiffre à environ
un million entre 1790 et 1860[14]. La
majorité des esclaves étaient originaires
du Maryland, de Virginie et des Carolines.
À l'origine, leur destination était
principalement le Kentucky et le
Tennessee mais après 1810 la Géorgie,
l'Alabama, le Mississippi, la Louisiane et
le Texas ont reçu la majorité des
esclaves déportés. Dans les seules
années 1830, presque 300 000 esclaves
furent déplacés, l'Alabama et le
Mississippi en recevant 100 000 chacun.
On estime que de 60 à 70 % des
migrations interrégionales étaient le
résultat de la vente d'esclaves. En 1820,
la possibilité pour un enfant de l'Upper
South d'être vendu dans le Sud profond
avant 1860, était de 30 % [15].
Séparation des familles, des mères de leurs
nourrissons lors des ventes d'esclaves, 1853
Il est généralement admis que les ventes
d'esclaves ont été responsables de la
majorité des déplacements d'esclaves
vers l'ouest[Note 5]. Les déplacements des
familles de propriétaire d'esclaves étaient
eux-mêmes minoritaires et seule une
minorité d'esclaves a pu suivre les pas de
ses maîtres en préservant son unité
familiale [réf. souhaitée]. Par ailleurs, même
si, en vue de créer une force de travail
capable de se reproduire, les marchands
d'esclaves emportaient généralement un
nombre égal d'hommes et de femmes, ils
avaient peu intérêt à déplacer des
familles entières [réf. souhaitée][pourquoi ?]. La
traite devint la plus vaste entreprise du
Sud, en dehors des plantations elles-
mêmes, et probablement la plus
sophistiquée dans son emploi de
moyens de transports modernes, de
circuits de financement innovants et de
la publicité. Cette industrie développa
son propre langage composé de termes
tels que première main (prime hands) ou
bucks (dollars en argot)[16]… Le
développement de la traite entre les États
de l'Union et l'arrêt de la traite négrière en
1808 [Quoi ?] provoquèrent une hausse du
prix des esclaves qui contribua
notamment à relancer économiquement
les États côtiers[17].
Une partie des déplacements d'esclaves
s'opérait par la voie maritime,
principalement depuis Norfolk (Virginie)
jusqu'à La Nouvelle-Orléans, mais la
plupart des esclaves était forcée de se
déplacer à pied. Des routes de migration
régulières étaient établies le long d'un
réseau d'entrepôts destinés à l'accueil
temporaire des esclaves. Chemin faisant,
certains d'entre eux étaient vendus,
d'autres achetés. La migration occupait
une place centrale dans l'organisation
économique et sociale des régions
concernées, et la grande majorité des
habitants du Sud des États-Unis, qu'ils
soient noirs ou blancs, était impliquée,
plus ou moins directement, dans le
fonctionnement de ce circuit
commercial[18].
Une vente d'esclaves à Richmond, gravure
d'Edmond Morin, v. 1865
La mortalité des esclaves durant la
marche, sans commune mesure avec le
niveau atteint lors de la traite, dépassait
toutefois sa valeur en période normale.
Le second passage du milieu était
extrêmement épuisant et débilitant. Un
témoin d'époque souligne sa morne
apparence en le décrivant comme « une
procession d'hommes, de femmes, et
d'enfants similaire à une procession
funéraire ». En effet, les décès pendant la
marche, ainsi que les ventes et reventes
quotidiennes, transformaient non
seulement les esclaves en objets
marchands mais faisaient surtout de la
marche une machine à briser tout lien
humain. Les bandits de grand chemin,
attirés par le prix croissant des esclaves
sur le marché, rendaient le second middle
passage presque aussi dangereux pour
les marchands qu'il l'était pour les
esclaves [réf. souhaitée]. Les hommes
étaient enchaînés et placés sous une
garde rapprochée. Les convois
d'esclaves devinrent des forteresses
mobiles où les tentatives de fuite étaient
bien plus nombreuses que les
révoltes[19].
Vie quotidienne des esclaves …
Conséquences de la migration vers
l'ouest …
Les conditions de vie rencontrées par les
esclaves déplacés sur la frontière de
l'ouest différaient sensiblement de celles
qu'ils avaient connues plus à l'est. Le
défrichage et l'exploitation d'une terre
vierge, combinés à une nourriture
insuffisante, une eau insalubre et
l'affaiblissement parfois durable
provoqué par le voyage, engendrèrent de
nombreuses blessures et
maladies [réf. souhaitée]. Les sites de
défrichage privilégiés par les planteurs,
souvent situés à proximité d'un point
d'eau et donc des moustiques, le climat
souvent plus humide et plus chaud
contribuèrent à augmenter sensiblement
le taux de décès des esclaves
nouvellement arrivés. À tel point que
certains planteurs préféraient dans les
premières années d'exploitation louer
des esclaves plutôt qu'en acquérir pour
leur propre compte[20].
La dégradation des conditions de vie des
esclaves tenait aussi à d'autres facteurs.
La culture du coton était plus exigeante
que celles du tabac et du blé pratiquées
plus à l'est : les maîtres imposaient des
rythmes de travail plus soutenus qui
laissaient peu de temps pour la culture
vivrière que certains esclaves avaient
développée chez leurs anciens
propriétaires[21]. Les conditions difficiles
sur la frontière augmentèrent par ailleurs
la résistance des esclaves et
conséquemment la violence des maîtres
et des surveillants.
En Louisiane, la canne à sucre
constituait, de préférence au coton, la
principale culture. Entre 1810 et 1830 le
nombre d'esclaves passa dans cette
région de moins de 10 000 à plus de
42 000. La Nouvelle-Orléans devint un
port d'esclaves de dimension nationale et
dans les années 1840 le plus grand
marché d'esclaves du pays. La culture de
la canne à sucre, plus éprouvante encore
que celle du coton, exigeait de jeunes
hommes dans la force de l'âge qui
représentaient les deux tiers de la
demande en esclaves. Cette population,
plus virulente et susceptible de se
tourner vers la rébellion, rendit le régime
de soumission imposé par les planteurs
d'autant plus violent[22].
Travail …
Égrenage du coton en 1869.
Deux principaux systèmes de travail,
parfois non exclusifs l'un de l'autre, ont
coexisté au sein du système des
plantations américaines : le task system
et le gang system. Typique des vastes
exploitations rizicoles rencontrées en
Louisiane, le long de la rivière Yazoo et
sur la bande côtière de la Caroline du Sud
et de la Géorgie, le task system consistait
à assigner à chaque esclave un travail
donné. Une fois sa tâche acquittée,
l'esclave était libre de vaquer à ses
occupations personnelles. Ménageant
une marge d'autonomie aux esclaves, il
était toutefois, à l'image des grandes
exploitations, largement
minoritaire[Note 6]. Plus contraignant était
le gang system qui peut être considéré
comme l'équivalent du travail à la chaîne
dans le domaine agricole. Placés sous
l'autorité d'un driver, des équipes
d'esclaves, dont chacun se voyait
attribuer une fonction spécifique,
effectuaient parallèlement une tâche
identique[Note 7]. Les esclaves travaillaient
habituellement entre 12 et 15 heures par
jour[23].
L'encadrement des esclaves était assuré
par un régisseur (overseer), représentant
de l'autorité du propriétaire sur le terrain,
et d'un driver, qui conduisait les équipes.
Si le régisseur était presque
exclusivement un blanc[Note 8], le driver
était lui-même un esclave. Les fonctions
de police qui lui étaient confiées
impliquaient force physique et capacité
de commandement. Régulièrement, y
compris dans les plantations où les
maîtres étaient considérés relativement
cléments, les esclaves étaient soumis au
fouet. Infligé par le régisseur, le
conducteur ou directement par le maitre,
le châtiment allait de 20 à 40 coups[23].
Dans les plus grandes exploitations,
l'organisation du travail pouvait aboutir à
une certaine spécialisation. Forgerons,
charrons, serruriers étaient des métiers
indispensables au fonctionnement de la
plantation dont la charge était souvent
héréditaire et réservés aux métis et aux
esclaves à peau claire qui, d'une manière
générale, étaient mieux considérés que
les autres [réf. souhaitée]. La clarté de la
peau était ainsi un élément
d'appréciation de la valeur des esclaves
sur le marché et les planteurs
choisissaient de préférence des esclaves
à peau claire comme concubine (fancy
girls)[Note 9].
Outre la distinction entre le task system
et le gang system, une des principales
lignes de fracture qui organise le monde
des esclaves est celle qui distingue les
travailleurs des champs et les travailleurs
domestiques. Cette ligne n'est pas
inamovible [réf. souhaitée]. Une carrière
d'esclave pouvait le conduire à exercer
l'une ou l'autre des fonctions au gré des
changements de culture, des migrations
et surtout de son épuisement physique. Il
n'existait pas non plus de hiérarchie
établie entre esclaves sur la base de
l'appartenance à l'un ou l'autre de ces
deux types de métiers. Si les
domestiques étaient globalement mieux
nourris et bénéficiaient de conditions de
travail plus clémentes, ils subissaient
aussi plus directement l'arbitraire des
décisions et des châtiments des
propriétaires [réf. souhaitée].
Vie matérielle et sociale …
Maison des esclaves de la plantation Kingsley en
Fl id
Floride.
La vie sociale des esclaves nous est
connue grâce aux récits
autobiographiques et notamment les
entretiens du « Federal writers' project »
qui réunit, dans les années 1930, les
témoignages de quelque 2 000 anciens
esclaves[Note 10]. Les historiens ont
longtemps imaginé les esclaves
subissant leur sort sans grande marge
d'autonomie, mais l'historiographie a
évolué sensiblement depuis les années
1970 sur la base de ses témoignages.
Longtemps considérée comme
inexistante chez les esclaves, la famille a
vu son rôle considérablement réévalué,
sous l'influence pionnière du sociologue
Edward Franklin Frazier[24]. Sans
existence légale, elle est toutefois
souvent consacrée par une cérémonie
religieuse et consignée sur des registres.
Une grande partie de la vie sociale et
matérielle s'organise autour d'elle. C'est à
son échelle, et plus précisément au nom
du père de famille, que sont effectuées
les distributions de nourriture et de
vêtements et l'attribution du logement.
La société sudiste impose en la matière
son modèle patriarcal, illustré par la
division sexuelle du travail : l'homme
assure l'entretien de la case, la chasse et
la pêche, la femme est dévolue aux
tâches ménagères et à l'éducation des
enfants. Quand les planteurs les
autorisent, les économies financières
sont inscrites au nom du
mari [réf. souhaitée]. Les cases familiales ne
dépassaient semble-t-il pas 25 m2 pour
une moyenne de près de six
personnes[Note 11]. Elles étaient
regroupées dans des quarters situés à
distance de la demeure du maître, les
plus grandes plantations pouvant en
compter plusieurs disséminées sur
l'exploitation. L'hygiène y était quasiment
inconnue.
Esclaves dans une plantation en Caroline du Sud,
1862
Dans certaines régions privilégiées
comme les zones de riziculture de
Caroline du Sud ou de Géorgie, les
esclaves étaient autorisés à exercer une
activité complémentaire en plus de leurs
heures de travail obligatoire. Les
compléments apportés par l'élevage et la
culture de subsistance pouvaient être
consommés ou vendus sur des marchés.
Une économie parallèle semble s'être
mise en place dans ces régions. Il était
aussi de coutume d'octroyer un
supplément financier pour la période de
Noël et quelques propriétaires
autorisaient leurs esclaves à conserver
leurs gains au jeu (un esclave, Denmark
Vesey, est connu pour avoir gagné à la
loterie et acheté sa liberté). S'ils étaient
dépourvus de tout droit, et donc du droit
de propriété, les esclaves pouvaient,
dans certaines régions, se voir octroyer
la jouissance de biens, en particulier du
bétail ou des outils[Note 12]. La
transmission héréditaire de ces biens
était semble-t-il tolérée par certains
planteurs [réf. souhaitée].
La plupart des États esclavagistes
interdisaient l'alphabétisation des
esclaves. En 1860, ils sont moins de 5 %
à être alphabétisés[23].
Religion …
Julia Greeley, esclave du Missouri devenue
(en)
religieuse chez les Franciscains à Denver, av. 1918
Le rapport à la religion des esclaves
américains a considérablement varié
dans l’espace et dans le temps. Les
croyances animistes et le culte des
ancêtres, hérités de l'Afrique,
continuèrent de jouer un rôle
prédominant pour les premières
générations[25]. À partir du milieu du
e
siècle, la religion chrétienne se
généralisa à la faveur du grand réveil, un
mouvement religieux évangélique dont
l'élan missionnaire enjoignit aux
nouveaux convertis blancs d'œuvrer pour
le salut des esclaves. Le méthodisme et
le baptisme, dont la doctrine de
l'engagement individuel tranchait avec le
déterminisme calviniste, rencontrèrent en
particulier un succès important parmi la
population noire[26]. Progressivement
cependant, sous l'influence des
propriétaires d'esclaves notamment très
présents chez les épiscopaliens et
presbytériens, les Églises commencent à
justifier l'esclavage sur des bases
doctrinales[23].
Les pratiques religieuses des esclaves
dépendaient pour une part du
comportement de leur maître, du rapport
que celui-ci entretenait avec la religion et
de la manière dont il concevait la foi de
leurs esclaves. Animée d’une foi sincère
ou concevant la religion comme un
moyen supplémentaire de contrôle, la
majorité des maîtres encourageaient la
conversion de leurs esclaves[27]. Ces
derniers vivaient cependant leur foi dans
des conditions matérielles assez
diverses. Dans les plantations isolées, ils
ne pouvaient assister aux offices faute
de lieu de culte. Tandis que dans les
exploitations de taille réduite, certains
esclaves recevaient la lecture de la Bible
de la bouche même de leur maître.
L’autonomie des esclaves variait aussi de
manière importante. Malgré le contrôle
que les maîtres tentaient de conserver
sur cette part de leur vie, les esclaves
parvinrent à développer une « Église
invisible » selon l'expression d'Albert J.
Raboteau[28] dont les discours et les
pratiques différaient sensiblement de
celle des Blancs.
Danse d'esclaves dans une plantation par (en) Dirk
Valkenburg, 1706-1708
Lors des cérémonies qui échappaient au
regard de leurs maîtres, le discours de
soumission que relayaient les Églises du
Sud était rejeté par les esclaves au profit
de choix liturgiques qui privilégiaient le
potentiel émancipateur des Écritures.
L’épisode de l'Exode des esclaves du
pharaon menés par Moïse tenait par
exemple une grande place dans les
chants (les negro spiritual) et les
sermons[29]. Les célébrations qui
empruntaient pour partie au registre des
revivals meetings incluaient des éléments
plus spécifiquement afro-américains. Les
danses rituelles (les ring shows) et les
séances de psalmodie dont les
participants approchaient de la transe
témoignaient d'une ferveur qui tranchait
avec l'austérité formelle des cérémonies
des élites blanches épiscopaliennes.
Malgré le succès incontestable de la
religion chrétienne, la survivance des
pratiques héritées de l'Afrique resta forte,
donnant naissance à une forme de
syncrétisme qui mariait aux
enseignements bibliques des pratiques
magiques et rituelles. Les deux
domaines conservaient toutefois des
fonctions assez différenciées, la magie
étant traditionnellement réservée à
l’action immédiate et concrète sur le
monde tandis que la religion épousait
l'horizon plus lointain du salut de l'âme.
Évolution démographique …
L'évolution démographique de la
population des esclaves aux États-Unis
constitue une originalité par rapport à
celle de ses voisins américains. Bien que
n'ayant « importé » qu'environ 6 % de la
population d'esclaves du continent, les
États-Unis comptèrent rapidement une
population d'esclaves plus importante
que celles des Caraïbes ou du
Brésil [réf. souhaitée]. En 1810, soit deux ans
après l'interdiction officielle de la traite,
les États-Unis comptaient 1,1 million
d'esclaves, soit le double de leur
« importation » totale. En 1860, cette
population avait presque quadruplé pour
atteindre un total de 4 millions. En
comparaison, il ne restait en Jamaïque
en 1834 que 311 000 des
750 000 Africains déportés par
l'ancienne colonie britannique.
Si, dans les autres colonies importatrices
d'esclaves, la mortalité était très élevée,
aux États-Unis, la natalité des esclaves
lui fut dès l'origine supérieure [réf. souhaitée].
Il est cependant malaisé de donner une
explication à ce phénomène. Cette
différence tient sans doute pour une part
à la taille respective des exploitations. En
Amérique du Nord, la majorité des
esclaves vivaient dans des plantations
de moins de dix esclaves [réf. souhaitée]. Les
relations entre les propriétaires et
esclaves s'en trouvaient
fondamentalement modifiées : la
majorité des maîtres vivaient dans leur
plantation et ne déléguaient pas sa
gestion à un régisseur. Dans les
plantations brésiliennes ou jamaïcaines
la situation différait sensiblement : les
plantations étaient de taille bien plus
importante (seul un quart des esclaves
travaillait dans une exploitation de moins
de cinquante esclaves) et les
propriétaires résidaient majoritairement
dans les villes coloniales ou même en
métropole [réf. souhaitée].
Les interactions quotidiennes qui
survenaient entre les propriétaires et
leurs esclaves contribuèrent sans doute
à développer un paternalisme, qui, s'il
présentait des aspects négatifs, améliora
les conditions de vie des esclaves. En ne
concentrant pas les esclaves dans de
vastes dortoirs communs, les petites
exploitations favorisaient aussi l'hygiène
de vie et prévenaient le développement
d'épidémies massives qui décimèrent la
population noire brésilienne et
caribéenne. Cette configuration, ainsi que
la proportion plus élevée d'esclaves de
sexe féminin, affectées principalement
aux tâches domestiques en Amérique du
Nord, permirent aussi le développement
d'une vie familiale autonome.
Évolution démographique de la population noire[30]
Année Esclaves Noirs libres Total % noirs libres Population totale Pourcentage
1790 697 681 59 527 757 208 8% 3 929 214 19 %
1800 893 602 108 435 1 002 037 11 % 5 308 483 19 %
1810 1 191 362 186 446 1 377 808 14 % 7 239 881 19 %
1820 1 538 022 233 634 1 771 656 13 % 9 638 453 18 %
1830 2 009 043 319 599 2 328 642 14 % 12 860 702 18 %
1840 2 487 355 386 293 2 873 648 13 % 17 063 353 17 %
1850 3 204 313 434 495 3 638 808 12 % 23 191 876 16 %
1860 3 953 760 488 070 4 441 830 11 % 31 443 321 14 %
1870 0 4 880 009 4 880 009 100 % 38 558 371 13 %
Traitement des esclaves …
L'ancien marché aux esclaves de Newport (Rhode
Island), construit en 1762. Il a été transformé en
musée (Museum of Newport History).
L'historien Kenneth M. Stampp estime, en
examinant le rôle de la coercition dans
l'esclavage, que « sans le pouvoir de
punir, que l'État conférait au maître,
l'esclavage n'aurait pu exister. En
comparaison, toutes les autres
techniques de contrôle étaient
d'importance secondaire ». Stampp note
plus loin que si les récompenses
conduisaient parfois les esclaves à se
comporter de manière conforme aux
exigences de leurs maîtres, la plupart des
propriétaires d'esclaves s'accordaient sur
la méthode de ce fermier de l'Arkansas :
Marquage des esclaves noires au fer rouge, 1853
« Je parle de ce que je connais
quand je dis que c'est comme
de « jeter des perles aux
pourceaux » que de persuader
un nègre de travailler. Il doit
être forcé à travailler, et l'on
doit lui faire comprendre que
s'il échoue à remplir sa tâche il
va s'en trouver puni[31]. »
L'historien récipiendaire du prix Pulitzer (en)
David Brion Davis et l'historien marxiste
Eugene Genovese s'accordent tous deux
pour qualifier le traitement subi par les
esclaves d'« inhumain ». Qu'ils travaillent
ou qu'ils marchent dans la rue, les
esclaves étaient soumis à un régime de
violence légalement autorisé. Davis
souligne que, par certains aspects,
l'organisation économique et sociale des
États-Unis d'alors avait l'apparence d'un
« capitalisme social » (welfare capitalist).
[réf. nécessaire]
« Cependant il ne faut jamais
oublier que ce même
« capitalisme social » des
plantations du sud était
essentiellement basé sur
l'usage de la terreur. Même le
plus gentil et humain des
maîtres savait que seule la
menace de la violence pouvait
obliger les équipes d'esclaves à
travailler de l'aube jusqu'au
crépuscule avec, selon un
témoin contemporain, « la
discipline d'une armée
régulière entraînée ». De
fréquentes séances de
flagellations publiques étaient
là pour rappeler à chaque
esclave la punition pour un
travail inefficace, une conduite
indisciplinée ou le refus de se
plier à l'autorité d'un
supérieur[Note 13],[32]. »
Fouet et tortures, 1834
Dans les grandes plantations, les
régisseurs étaient autorisés à fouetter et
brutaliser les esclaves désobéissants.
Parmi les châtiments utilisés figurent les
privations, les travaux supplémentaires,
le marquage au fer rouge pour les
fugitifs, la castration ou les mutilations.
Les codes de l'esclavage autorisaient et
requéraient même l'usage de la
violence [réf. souhaitée]. Esclaves comme
Noirs libres étaient soumis au code noir
et voyaient leurs mouvements surveillés
par des patrouilles composées de trois
ou six conscrits blancs, autorisés à
infliger des châtiments sommaires,
pouvant aller jusqu'à la mutilation ou la
mort, contre les échappés [réf. souhaitée]. En
plus des violences physiques ou de la
mort, les esclaves étaient placés sous la
menace constante de perdre un membre
de leur famille si le propriétaire décidait
d'une vente[33]. Cependant, si l'esclave
n'avait aucun droit et pouvait être
sévèrement puni, le planteur n'avait pas
intérêt à maltraiter ses esclaves : les
traces de fouet diminuaient la valeur
marchande de l'esclave car elles
donnaient à penser qu'il était insoumis
ou paresseux[34]. Le propriétaire se
considérant comme un aristocrate, il se
devait de respecter un code de conduite
morale et devait en principe s'abstenir de
toute cruauté gratuite[34].
Différentes tortures administrées aux esclaves
noirs, 1864
Les témoignages de Mary Chesnut et de
Fanny Kemble, toutes deux issues de
l'aristocratie des planteurs, ainsi que
ceux des anciens esclaves réunis par la
Work Projects Administration (WPA), font
tous état des abus sexuels réguliers
infligés aux esclaves de sexe féminin par
les propriétaires, les membres de leur
famille, les amis ou superviseurs blancs.
De Genovese à Nell Irwin Painter, la
communauté universitaire s'accorde elle
aussi quasi-unanimement sur ce point.
Le statut des esclaves, considérés
comme la propriété des planteurs,
contribuait pour une grande part à
donner une légitimation légale à ces
pratiques. Les enfants issus de ces viols
héritaient le plus souvent du statut
d'esclave de leur mère mais étaient
parfois libérés par leur maître.
Le traitement des esclaves variait avec la
couleur de leur peau. Les esclaves à la
peau la plus foncée étaient confinés au
travail des champs alors que les
esclaves à la peau plus claire pouvaient
servir plus facilement de domestiques et
recevaient comparativement une
meilleure nourriture, un logement et des
vêtements plus décents. Les enfants
issus de relations entre planteurs et
esclaves pouvaient servir de
domestiques : plusieurs des gens de
maisons du président Thomas Jefferson
étaient ainsi des enfants de son beau-
père et d'une esclave [réf. souhaitée]. Au
e
siècle, certains esclaves
domestiques noirs vivaient mieux que
bien des paysans pauvres blancs[35].
Location d'esclave
Echange de citoyens contre des chevaux, 1834
L'esclave étant considéré comme
propriété de son maître, celui-ci devait
payer des taxes à l'État pour sa
possession. Il existait des taxes
d'importation et des taxes annuelles pour
la possession d'esclaves. Un système de
location d'esclaves a été mis en place
pour réduire cette taxation[36]. La
construction des chemins de fer et
différentes autres affaires employaient
notamment des esclaves loués[37].
Louer un esclave pendant la saison des
récoltes dans les champs de canne à
sucre de Louisiane avait un coût moins
élevé que sa possession et son entretien
pendant toute l'année[38].
Ce marché s'est principalement
développé en raison des coûts élevés
d'importation des esclaves, puis de
l'interdiction d'importation de nouveaux
esclaves[36].
Des disputes juridiques ont eu lieu
comme dans le cas de l'affaire Latimer v.
Alexander, en 1853. la cour suprême de
Géorgie a été stipulé que le locataire
devait supporter les frais de soins de
l'esclave, mais qu'il ne devrait pas y avoir
d'autre réglementation afin de ne pas
risquer de porter préjudice au marché[36].
Les locataires de l'esclave devaient
souscrire à une assurance couvrant celui-
ci auprès de son propriétaire pour
pouvoir le louer[36].
Édifices construits par des
esclaves aux États-Unis
Canal Patowmack [39]
(en)
Chemin de fer[37]
Révoltes, fuites et
marronnage
Chemin de fer clandestin …
Article détaillé : Chemin de fer
clandestin.
On distingue au sein des esclaves en
fuite les outliers des marrons : les
premiers continuent de vivre à proximité
de la plantation, tirant leur subsistance
de la rapine ou parfois même de l'aide
d'esclaves restés à l'intérieur de la
plantation. Les seconds s'établissent
dans des zones inaccessibles,
montagnes ou marécages[40]. L’abolition
progressive de l’esclavage dans les États
du Nord ouvre une possibilité
supplémentaire aux esclaves du Sud, en
leur offrant un refuge potentiel sur le
territoire même des États-Unis. Un
réseau secret et décentralisé, le chemin
de fer clandestin (Underground Railroad),
s’organise qui aide la fuite et facilite
l’accueil des fugitifs. Composé de
conducteurs, parmi lesquels Harriet
Tubman est restée une figure célèbre, et
de relais ou « stations », il implique un
nombre croissant d’abolitionnistes
blancs et de Noirs libres. L’expression
Underground Railroad fait ainsi son
apparition dans la presse au début des
années 1840 et concentre les
récriminations des planteurs du Sud[41].
Avec le renforcement de la loi sur les
esclaves fugitifs en 1850, le
prolongement des routes jusqu’au
Canada devient indispensable pour
assurer la sécurité des
fugitifs [réf. souhaitée].
Révoltes …
Affiche de 1851 pour The Fugitive Slave Law de
1850 décourageant toute aide aux esclaves fugitifs,
qui conduisit à des protestations de masse par des
habitants du Nord.
L’étude de la résistance des esclaves prit
son essor avec la publication en 1943
d’American negro slave revolts de
l’historien marxiste Herbert Aptheker.
Aptheker répertorie 250 révoltes et
e
complots du siècle à la fin du
e
siècle. Il distingue les révoltes
planifiées des révoltes spontanées.
Les révoltes planifiées impliquent une
division du travail entre les insurgés.
Elles ont le projet de conquérir un
territoire ou de préparer une évasion
massive. Au contraire des configurations
sud-américaines ou caribéennes où un
marronnage de grande ampleur est
fréquent, le stade de l’insurrection a
rarement été franchi en Amérique du
Nord. Dans la majorité des cas, la rumeur
de la révolte a été ébruitée et la
conspiration démasquée. Ce fut le cas
des plus célèbres d’entre elles comme
celles de Gabriel Prosser qui planifia la
conquête de la Virginie en 1800 ou de
Denmark Vesey en Caroline du Sud en
1822. La rébellion de Stono qui avait
préparé en 1739 une marche vers la
Floride, alors sous souveraineté
espagnole, fut reprise avant de pouvoir
atteindre son objectif.
Les révoltes réactives naissent d’un
incident entraînant le meurtre du
régisseur ou du maître et la destruction
de sa propriété. Elles comptent sur les
esclaves de la plantation puis ceux des
propriétés avoisinantes pour lui fournir,
par une réaction en chaîne, des troupes
supplémentaires. La rébellion de Nat
Turner en Virginie en 1831, bien qu’elle
n’apparaisse pas totalement
spontanée [réf. souhaitée][Comment ?], peut
entrer dans ce cadre. Le soulèvement de
German Coast en Louisiane débuta en
1811 lorsqu'un esclave blessa son maître
et tua son fils à l'aide d'une
hache [réf. souhaitée]. En réunissant de 180 à
500 esclaves en 1811, il est tenu pour
être la plus grande révolte d’esclaves
qu’ait connue le territoire américain[42].
La localisation des révoltes a également
évolué au cours du temps. Pendant la
période coloniale, elles sont
principalement concentrées dans le
Nord, à New York (révolte des esclaves
de New York de 1712) ou dans le New
Jersey, et dans les États de Virginie et de
Caroline du Sud (rébellion de Stono en
1739). Après la révolution américaine,
l’esclavage disparaît du Nord du pays et
les révoltes sont localisées dans le Sud,
en Caroline du Nord et en Louisiane[43].
Réprimées le plus souvent dans le sang,
ces révoltes ont périodiquement donné
lieu à un durcissement de la surveillance
et des règlements applicables aux Noirs,
qu’ils soient libres ou
esclaves [réf. souhaitée].
Abolition dans les États du
Nord
Articles connexes : Antiesclavagisme
aux États-Unis et Rôle des quakers dans
l'abolitionnisme.
Convention antiesclavagiste de 1840.
Les premiers abolitionnistes américains
se trouvent d'abord dans les sociétés
quakers de Pennsylvanie : dès 1688, trois
d'entre eux, associés au luthérien Francis
Daniel Pastorius, rédigent et publient la
Protestation de Germantown (un quartier
de Philadelphie), qui dénonce
l'esclavage[44]. En 1759, les quakers
pennsylvaniens s'interdisent toutes
pratiques esclavagistes[45]. En 1761, la
colonie lève une taxe sur tout esclave
importé à l'intérieur de ses limites[44]. En
1767, le livre d'Antoine Bénézet connaît
un certain succès jusqu'en
Angleterre [réf. souhaitée].
Dans les années 1770, la Société
d’émancipation des Noirs libres et
illégalement réduits à la servilité est
fondée à Philadelphie[46]. Pendant la
révolution américaine, plusieurs
intellectuels ont défendu les droits des
Noirs comme Thomas Paine, l'auteur du
Sens commun (1776)[46]. Durant ses
dernières années, Benjamin Franklin
(1706-1790) fut un fervent défenseur de
l'abolition de l'esclavage (il libéra ses
esclaves dès 1772). Thomas Jefferson,
George Washington, James Madison et
Patrick Henry militèrent au Congrès
américain pour la suppression de
l'esclavage[47]. Ayant hérité de 10
esclaves à l'âge de 11 ans, puis ayant fait
prospérer son exploitation, le premier
président américain affranchit ses 123
esclaves par testament[48] ; il en
posséda 317 en tout au cours de son
existence[49].
Texte de Benjamin Franklin en faveur de l'abolition
de l'esclavage.
L'esclavage est aboli en 1777 dans le
Vermont[45],[50], en 1780 en
Pennsylvanie[51], en 1783 dans le
Massachusetts[52] et le New
Hampshire[48]. Une loi de 1782 votée en
Virginie entraîne la libération de
10 000 Noirs en dix ans[53]. En 1794 est
créée la Convention des sociétés
abolitionnistes à Philadelphie[54]. En
1783, le Maryland interdit l'importation
d'esclaves[55]. En 1786, la Caroline du
Nord augmente fortement les droits sur
l’importation des esclaves ; l’esclavage
disparaît au nord des États-Unis au début
e
siècle[55]. La Caroline du Sud interdit
la traite en 1803[53].
L'ordonnance du Nord-Ouest (1787)
interdit l'esclavage dans le territoire du
Nord-Ouest[56],[57],[48] et établit de fait la
limite entre les États esclavagistes et les
autres sur l'Ohio. La traite négrière est
abolie officiellement en 1808, même si
les contrebandiers la poursuivent
clandestinement pendant plusieurs
années[58].
Pourtant, lorsque la Constitution
américaine entre en vigueur le
4 mars 1789, elle ne remet pas en cause
l'esclavage pratiqué dans les États du
Sud, afin de garantir l'union de la jeune
nation. Si les esclaves sont exclus de la
citoyenneté, les États du Sud réclament
qu'ils soient comptabilisés dans le
recensement qui doit permettre la
répartition des sièges à la Chambre des
représentants. Cette revendication qui
avantagerait considérablement les États-
Unis du Sud aboutit à un compromis
connu sous le nom de « clause des trois
cinquièmes » ; cette disposition ajoute au
total de la population libre des différents
États « les trois cinquièmes de toutes
autres personnes » vivant sur le territoire,
c'est-à-dire les esclaves qui, comme dans
l'ensemble de la Constitution, ne sont
pas désignés directement[59]. L'article IV
de la constitution du 17 septembre 1787
prévoit qu'« une personne tenue au
service ou au travail dans un État, et qui
se sauverait dans un autre, ne pourra être
dispensée de ce service ou travail ».
L’attorney general du Maryland Luther
Martin, représentant de son État à la
convention de Philadelphie, refusa la
constitution parce qu’elle ne condamnait
pas l’esclavage explicitement. La Société
de Pennsylvanie pour l'abolition de
l'esclavage fit circuler une pétition, signée
notamment par Benjamin Franklin en
1790[60].
Conséquences politiques de
l’expansion vers l'ouest
29 janvier 1850 : Henry Clay introduit le compromis
de 1850 au Sénat.
Avec l’expansion territoriale vers l'ouest,
l’esclavage devient progressivement un
enjeu politique majeur du débat politique
américain, cristallisant l’opposition
croissante entre le Nord et le Sud du
pays. La question de l’esclavage, en
faisant « éclater la contradiction entre la
servitude et la liberté »[61], met en cause
le fondement même de la démocratie
américaine.
Alors que le camp esclavagiste tente
d’étendre cette institution aux nouveaux
États candidats à l’Union et que les
antiesclavagistes modérés essaient au
contraire de stopper l’expansion de
l’esclavage, une série de compromis
politiques préserve l’unité du pays en
maintenant l’équilibre numérique entre
États esclavagistes et États libres qui
conditionne l’égale représentation des
deux tendances au Sénat.
Le premier d’entre eux, le compromis du
Missouri ou compromis de 1820, répond
à la crise suscitée par l’entrée dans
l’Union du nouvel État du Missouri où
vivent déjà des esclaves. Pour faire
contrepoids à ce nouvel État
esclavagiste, un nouvel État libre, le
Maine, est détaché du Massachusetts.
La controverse s’anime à nouveau avec
la perspective de l’admission du Texas et
plus encore de la Californie, le cas de
cette dernière étant finalement réglé par
le compromis de 1850. Le nouvel État
peut intégrer l’Union en tant qu'État libre
en échange de deux mesures : le
renforcement du Fugitive Slave Act qui
confie désormais à l’administration
fédérale le pouvoir de restituer les
esclaves fugitifs qui auraient trouvé
refuge sur le territoire des États libres et
la garantie que les territoires du
Nouveau-Mexique et de l'Utah décideront,
sans intervention du pouvoir fédéral, du
maintien ou de l'abolition de l'esclavage
au moment de leur entrée dans l’Union.
En outre, le commerce des esclaves est
interdit dans le district fédéral de
Columbia[62].
Le Kansas-Nebraska Act vient confirmer
en 1854 l’ascendant des esclavagistes
au Congrès. Il affirme que l’État fédéral
ne pourra pas se prononcer sur le statut
conféré à l’esclavage dans ces deux
futurs États, la décision en étant réservée
à ses habitants selon le principe de la
squatter sovereignty[63]. La ligne de
partage, établie par le compromis du
Missouri, qui restreignait l’esclavage au
sud du 36° 30′ parallèle, est elle aussi
implicitement remise en cause. La loi
aboutit sur le territoire du Kansas à une
série d’affrontements qui lui vaut le
surnom de Bleeding Kansas (Kansas
sanglant) ; elle entraîne également une
importante recomposition du paysage
politique américain. À compter de 1840,
la question de l’esclavage a provoqué
l’apparition de nouveaux partis dont
l’influence est restée réduite : le très
minoritaire Parti de la Liberté avait fait de
l’abolition de l’esclavage sa raison
d’être[64] avant d’être rejoint en 1848 par
des dissidents du Parti whig et du Parti
démocrate pour former le Parti du sol
libre (Free Soil Party) [65]. Ce groupe se
fond en 1854 dans le Parti républicain
naissant qui appelle à l’annulation de la
loi Kansas-Nebraska et à l’arrêt de
l’expansion de l’esclavage[66].
Guerre de Sécession
Carte de l'esclavage aux États-Unis vers 1860. En
gris, les États où l'esclavage est interdit.
L'abolition de l'esclavage sur l’ensemble
du territoire américain présente la
caractéristique d’être la conséquence
d’une guerre civile, la guerre de
Sécession. Elle ne figure toutefois pas au
rang des motifs de guerre des deux
protagonistes. [réf. nécessaire] Les
confédérés entrèrent en sécession au
nom de leur droit à l’auto-détermination,
pour protester contre l’élection du
républicain Abraham Lincoln à la
présidence de la République ; l’objectif
initial des Nordistes était le maintien de
l’unité territoriale du pays. [réf. souhaitée]
Ce n’est qu’avec la Proclamation
d'émancipation du 1er janvier 1863 que
l’abolition devient l’un des objectifs
affichés du camp nordiste [réf. souhaitée].
Après la guerre, le 13e amendement de la
Constitution américaine abolit
définitivement l’esclavage sur le territoire
américain ; durant la Reconstruction qui
suivit la guerre, deux amendements
consécutifs, les 14e et 15e, ne
parviendront toutefois pas à empêcher
l’instauration d’un système
ségrégationniste dans le Sud du pays.
Statistiques …
Eastman Johnson, A Ride for Liberty -- The Fugitive
Slaves 22 × 26 25 in environ 1862 Peinture basée
Slaves, 22 × 26,25 in, environ 1862. Peinture basée
sur un épisode de la bataille de Manassas observé
par Johnson pendant la guerre de Sécession[67].
Sur les 5 millions de Blancs que
comptaient environ la totalité des États
esclavagistes, seulement 385 000
possédaient des esclaves, soit 4,8 % de
la population. La moitié n'avait que 20
esclaves ou moins, mais 110 000 blancs
en avaient plus de 50 et 3 000 d'entre
eux, plus de 100[68].
Les esclaves sont alors au nombre de
4 millions et dépassent la population
blanche dans certains États[23].
Positions des protagonistes …
Si la question de l’esclavage est
indiscutablement l’une des causes du
conflit, celle de l’abolition n’apparaît que
manière indirecte au rang des
préoccupations de ses protagonistes.
[réf. souhaitée] La position d'Abraham
Lincoln, le président républicain
nouvellement élu, était claire au sujet de
l’esclavage : intellectuellement opposé à
cette institution, il s’était prononcé contre
son expansion tout en promettant de ne
pas la remettre en question dans les
États où elle existait déjà. [réf. souhaitée]
Pour les confédérés, l’élection de Lincoln
apparaissait, malgré ses positions
modérées au sujet de l’esclavage,
comme la remise en cause de leurs
intérêts et plus encore de leur mode de
vie. Beaucoup de sudistes restent en
effet attachés à l'institution de
l'esclavage, bien que la majorité ne soit
pas propriétaire, car posséder des
esclaves signifiait s'élever
socialement[23]. Le débat politique dans
la décennie précédant l’élection de 1860
s’était cristallisé avec une telle violence
autour de la question de l’esclavage que
la solution sécessionniste, la plus
radicale, apparut comme la seule face à
ce qui était perçu comme une remise en
cause des valeurs et de l'organisation
sociale du Sud[69].
Défense du statu quo et lutte pour
l'abolition
…
Jusqu’en août 1862, Lincoln se défend de
faire de l’abolition un des objectifs du
conflit. Sa prudence découle en partie de
considérations stratégiques : le
Delaware, le Maryland, le Kentucky, le
Missouri, bien que tout quatre
esclavagistes avaient choisi de rester
dans l’Union ; une émancipation
immédiate présentait le risque de les
faire basculer dans le camp
sécessionniste[70].
Si la position de Lincoln est amenée à
évoluer, c’est selon l’historien Peter
Kolchin à cause de la conjonction de
trois facteurs[71] : une évolution du
rapport de force au sein du parti
républicain et de l’opinion nordiste ; des
impératifs de politique étrangère ; et
l’attitude des esclaves du Sud.
Glissement de l'opinion …
Au sein du parti au pouvoir, l'opinion des
républicains radicaux, dont l'ambition est
de profiter de la guerre pour réformer en
profondeur les structures sociales du
Sud, gagnent sensiblement du terrain.
Outre par les radicaux, la question de
l’abolition est portée dans l’arène
publique par l’activité redoublée des
militants abolitionnistes dont les plus
célèbres représentants sont alors
Wendell Philipps[Note 14] et Frederick
Douglass. La revendication apparaît de
plus en plus partagée par l’opinion
publique du Nord : en réaction au coût
humain inattendu du conflit, la population
réagit en exigeant que son issue marque
un changement radical dans
l’organisation sociale du Sud.
Face à l’opinion internationale …
Le soutien des diplomaties étrangères
était un enjeu fondamental pour les
nordistes. La France et le Royaume-Uni,
qui avaient accordé aux Confédérés le
statut d’État belligérant, étaient tentés,
pour faire face à la pénurie de coton, de
reconnaître la pleine souveraineté à la
Confédération. Une prise de position
claire en faveur de l’abolition constituait
un argument décisif pour rallier des
partenaires hésitants, et notamment une
opinion publique britannique largement
acquise aux idées abolitionnistes[72].
Comportement des esclaves du Sud …
Enveloppe montrant des esclaves fugitifs travaillant
comme pompiers et mineurs avec le général
Benjamin Butler durant la guerre civile. Message :
« Contrebande de guerre », 1861-65
Le comportement des esclaves du Sud
durant la guerre a fait l’objet de
nombreuses controverses. À l’exception
de quelques auteurs, majoritairement
noirs comme W. E. B. Du Bois, l’idée de la
loyauté des esclaves à leurs propriétaires
sudistes était largement répandue
e
jusqu’au début du siècle. Elle est
aujourd’hui largement abandonnée. Bien
que n’ayant pas organisé de grandes
rébellions, identiques aux rébellions
serviles caribéennes, les esclaves
profitèrent de la désorganisation des
structures de contrôle occasionnée par
la guerre pour ralentir leur travail ou
même refuser d’obéir à leurs
propriétaires [réf. souhaitée]. À l’approche
des troupes nordistes, beaucoup
s’enfuyaient pour rejoindre le camp
adverse[73].
Ce comportement obligea le
commandement militaire puis la
direction politique à se prononcer sur le
statut à conférer aux esclaves fugitifs,
désignés sous le terme de contrabands,
et aux esclaves établis sur les territoires
occupés par les troupes nordistes.
S’agissant des premiers, une loi votée par
le Congrès interdit en mars 1862 de
renvoyer les fuyards à leurs anciens
propriétaires[74]. La seconde question
donna lieu à plusieurs passes d’armes
entre pouvoirs militaire et politique. Le
général Frémont au mois d’août 1861
puis le général Hunter en mai 1862
prirent, dans leur secteur respectif, des
mesures d’émancipation des esclaves
appartenant à des planteurs
sécessionnistes ; ils furent à deux
reprises désavoués par le président
Lincoln[75] [pourquoi ?].
Parallèlement, la volonté de combattre
manifestée par les noirs libres du nord et
les fugitifs du Sud aboutit à la
constitution des premières unités de
combattants noirs au Massachusetts ou
dans les États occupés de l’Arkansas et
de la Louisiane[76].
Proclamation d'émancipation …
Cette configuration contraint Lincoln à
abandonner sa prudence initiale pour une
position tranchée en faveur de l’abolition.
Entravée au sein de l’Union par les
blocages institutionnels et le compromis
avec les quatre États esclavagistes, son
action s’oriente vers les territoires
sécessionnistes[Note 15].
À l’automne 1862, il menace les
confédérés d’abolir l’esclavage s’ils ne
rentrent pas dans le rang de l'Union. À
l’expiration de l’ultimatum, le 1er janvier
1863, la Proclamation d'émancipation
libère « toute personne asservie » située
sur les territoires sécessionnistes[77]. Elle
autorise par ailleurs officiellement les
noirs libres ou affranchis à s’engager
dans l’armée de l’Union [réf. souhaitée]. La
moitié des 180 000 noirs qui
combattirent finalement aux côtés des
unionistes était des esclaves libérés[78].
Abolition et Reconstruction
Un encan d'esclaves, datant du e siècle, dans
Fredericksburg, en Virginie.
Avant même la fin de la guerre, un
consensus s’était dessiné au sein des
républicains pour une abolition générale
de l’esclavage sur l’ensemble du territoire
des États-Unis. Le 8 avril 1864, le Sénat
avait voté un amendement en ce sens
mais la procédure d’adoption buta
longuement sur l’hostilité des
démocrates[79]. À la suite des élections
générales de 1864, les républicains, qui
ont pris pour l’occasion l’étiquette
d’« unionistes », remportent une majorité
suffisante à la Chambre des
représentants pour réunir les deux tiers
des suffrages nécessaires à l’adoption
d’un amendement à la
Constitution [réf. souhaitée]. Le
31 janvier 1865 le 13e amendement est
ainsi voté de justesse en remportant le
nombre exact de voix requises[80]. La
ratification, nécessitant l’adhésion des
trois quarts des États, fut obtenue dans
le cours de l’année et le 18 décembre
1865 le 13e amendement était
promulgué.
Si la question de l’esclavage était
formellement résolue par ce nouvel
amendement, de nombreuses questions
restaient encore en suspens, notamment
au sujet des moyens de garantir
l’autonomie des anciens esclaves. Les
résistances manifestes de la société
sudiste, qui se traduisirent par l’adoption
de codes noirs visant à maintenir un
ordre social hiérarchisé sur une base
raciale, achevèrent de convaincre de la
nécessité d’une politique de
Reconstruction volontariste [réf. souhaitée].
Les droits civils et politiques, qui
semblaient devoir garantir l’émancipation
véritable des Noirs du Sud, furent
étendus à tous les hommes nés ou
naturalisés aux États-Unis, et donc aux
noirs, par une série de lois sur les droits
civils et par le 14e
amendement [réf. souhaitée]. Le processus,
émaillé de plusieurs invalidations par la
Cour suprême et d’interprétations
divergentes du sens du 14e amendement,
nécessita l’adoption d’un nouveau texte à
valeur constitutionnelle. Promulgué en
1870, ce 15e amendement interdisait
explicitement la limitation du droit de
vote « pour des raisons liées à la race, à
la couleur ou à un état antérieur de
servitude »[81].
Prisonniers-esclaves
Le treizième amendement de la
Constitution des États-Unis, adoptée par
le congrès le 6 décembre 1865, aboli
l'esclavage et la servitude involontaire,
sauf en cas de punition pour un crime :
« Section 1. Neither slavery nor
involuntary servitude, except as a
punishment for crime where of the party
shall have been duly convicted, shall exist
within the United States, or any place
subject to their jurisdiction. »
À partir des années 1870 …
Culture du coton dans le Sud par des Noirs, 1921
Dans les années 1870 des propriétaires
de sociétés exploitant le travail de
prisonniers sont rapidement devenus
millionnaires et se sont fait construire
des villas à Jefferson City, capitale de
l'État du Missouri, en exploitant le travail
des prisonniers, dans le domaine de la
confection des bottes, chaussures et
selle d'équitation. Les population des
villes où ces pratiques avaient lieu, voyait
cela comme une concurrence de main
d'œuvre déloyale et s'opposait à ces
pratiques[82]. Durant la même période, au
Nevada, la Nevada State Prison (NSP),
fait également travailler les prisonniers
dans les chaussures, ce qui rapporte à
l'État 28 075 dollars en un an. Le
gouverneur Tasker Oddie, favorable à
l'automobile décide leur faire construire
un réseau routier. Ils construisent entre
1911 et 1913 le réseau routier du Nord
du Nevada[83].
Dès les années 1870, la Reconstruction
était cependant perçue par l’ensemble
des catégories de la population — noirs
comme anciens maîtres — comme un
échec. Pour les anciens esclaves, la
déception était à la hauteur de l’espoir
qu’elle avait suscité. Les difficultés
d’intégration qui provoquèrent les
premières migrations du Sud vers le Nord
à la fin des années 1870 annonçaient les
grandes migrations du début du
e
siècle. La persistance du racisme
ainsi que la rapide séparation des Noirs
et des Blancs dans de nombreux
domaines de la vie sociale laissaient
apparaître les prémices du système
ségrégué que viendrait institutionnaliser
la série des lois Jim Crow dans le Sud du
pays, lois accompagnées par la création
d'organisations racistes, telles que le Ku
Klux Klan qui regroupait à cette époque
tout « bon citoyen » blanc, souvent
membre de la police locale[3].
e siècle …
Article connexe : Prison aux États-Unis.
En juillet 2003, le président George W.
Bush avait parlé de l'esclavage comme
« l'un des plus grands crimes de
l'Histoire », au cours d'une visite sur l'île
de Gorée au Sénégal[84]. Cinq ans plus
tard, la Chambre des représentants
présente des excuses pour l'esclavage et
la ségrégation raciale envers les noirs[84].
Puis c'est au tour du Sénat des États-
Unis le 18 juin 2009, sous la forme d'une
résolution symbolique[84].
En 2011, les États-Unis comptaient
environ de 2,3 millions de prisonniers[85],
ce chiffre est redescendu à 2,2 millions
en 2012[86]. En 2019, les États-Unis sont
en tête des pays de l'OCDE en proportion
de prisonniers avec 6.65 pour
1 000 personnes en prison, le second
étant la Turquie avec 3,18/1000 et le 3e
Israël avec 2.34/1000[87].
En 2015, les prisons, généralement
privées aux États-Unis, font également
payer aux prisonniers les nuits passées
dans celles-ci, cela pouvant aller
d'1 dollar à 66 dollars par nuit, laissant
ainsi les prisonniers parfois accablés de
plusieurs dizaines de milliers de dollars
de dette à leur sortie de l'établissement
pénitentiaire[88].
D'après l'organisation non
gouvernementale, « Prison Policy
Initiative (en) », en 2017, le revenu des
prisonniers à diminué par rapport à 2001,
Les prisonniers gagnent en moyenne
entre 0,14 (soit 1,12 dollars pour 8
heures de travail) et 0,63 dollars de
l'heure dans les prisons non-
industrialisées et entre 0,33 et
1,41 dollars de l'heure dans les autres[89].
Les prisonniers peuvent avoir 4 types de
travaux[89] :
Dans les prisons privées, non
industrialisées, les tâches sont rares et
se limitent aux travaux ménagers des
prisons et à la cuisine.
Dans les prisons industrialisées gérées
par les états dites « Correctional
Industries » produisent des biens et
services vendues aux agences
gouvernementales.
En dehors des centres de détentions, il
existe des camps de travail, des
centres de travail communautaires
(anglais : community work centers),
destinés aux personnes à faible risque
ou en fin de peine.
Du travail pour des sociétés privées.
Ces entreprises sont tenues de payer
les employés, mais récupèrent
généralement 80 % de leurs revenus
sous la forme de frais divers.
Grève des prisonniers-travailleurs …
En septembre 2016, une importante
grève des prisonniers-travailleurs a lieu
dans tous les États-Unis, se plaignant de
leur statut proche de celui des esclaves,
en raison du XIIIe amendement. La grève
est lancé au 45e anniversaire de la
mutinerie de la prison d'Attica qui avait
été déclenchée par la mort du Black
Panther, George Jackson.
Historiographie
Longtemps délaissée par
l'historiographie américaine[Note 16] dont
l'attention fut longtemps retenue par la
question des origines institutionnelles et
politiques de la nation américaine, le
thème de l'esclavage n'apparaît
véritablement qu'au cours des années
1920 dans le champ de la recherche
académique avec les travaux d'Ulrich
Phillips.
Le point de vue développé à la suite de
Phillips, qui présente les rapports entre
maîtres et esclaves sous un jour plutôt
favorable, n'est remis en cause qu'au
début des années 1950 par Kenneth
Stamp qui, après en avoir questionné
l'objectivité en 1952, produit l'un des
classiques du domaine avec The peculiar
institution: slavery in the ante-bellum
south[90]. Balayant l'image de la
plantation comme lieu d'exercice d'un
paternalisme bienveillant, il défend une
position marxiste qui voit dans le
système des plantations un régime
d'exploitation au profit d'une aristocratie
de planteurs.
Ses travaux seront prolongés par Eugene
Genovese puis sa femme Elizabeh Fox-
Genovese. Genovese conçoit l'économie
du Sud comme un système non
capitaliste et quasi-féodal où les
planteurs sont considérés comme une
caste, plus qu'une classe, pré-bourgeoise
plus éprise d'une consommation
ostentatoire que d'une mesure
systématique de la rentabilité de ses
investissements[91]. Si le circuit
commercial et financier de l'économie de
plantation implique les métropoles de
l'Est (New York, Baltimore ou
Philadelphie et revêt même un cadre
international (Le Havre, Liverpool), il
constitue pour Genovese un système
autonome du système capitaliste. Sa
position marxiste originelle évaluera
progressivement et Genovese ouvrit un
vaste programme de recherche centré
sur la psychologie sociale de l'esclave
américain. S'appuyant sur les recueils
d'entretien de la Works Progress
Administration et non plus sur les écrits
des planteurs qui avaient constitué
jusqu'alors l'essentiel des sources sur la
société esclavagiste, Genovese joua un
rôle fondamental dans l'appréhension
socio-culturelle de la société de
plantation[92]. À sa suite, Lawrence
Levine ou John Blassingame insistèrent
sur les modes d'expression spécifiques
développés par les esclaves (gospels,
folklore afro-américain…)[93].
Dans les années 1970, parallèlement au
programme socio-culturel ouvert par
Genovese, le développement de la
cliométrie est revenu, en inaugurant de
nouvelles méthodes quantitatives, sur la
question des implications économiques
de l'esclavage. La mesure de sa
rentabilité est en particulier devenue l'une
des questions centrales soulevées par
cette approche. Ouvert par John Meyer et
Joseph Conrad, ce débat va focaliser
toute l'attention après la parution de
l'ouvrage Time on the Cross (en) de Robert
Fogel et Stanley Engermann qui apparaît
rétrospectivement comme « une sorte de
tremblement de terre dans
l'historiographie de l'esclavage »[94]. La
diversification des sources mobilisées et
l'utilisation pionnière de l'outil
informatique constituent les premières
innovations d'un ouvrage qui remet
surtout en cause nombres des positions
communément admises jusque-là sur
l'esclavage nord américain. En affirmant
que les conditions de vie des esclaves
étaient comparables et même meilleures
que celles des ouvriers du Nord, les deux
auteurs soulevèrent un tollé qui dépassa
le monde académique. Une grande partie
des travaux universitaires qui parurent
sur le sujet dans les années 1970 se
donneront ainsi pour tâche d'attaquer les
conclusions des deux économistes. Les
auteurs qui passèrent l'ouvrage au crible
critiquèrent en particulier certaines
extrapolations statistiques, les modes de
traitement et relevèrent des erreurs de
calcul manifestes. La présentation, sous
un jour plutôt favorable, de la condition
servile fut aussi vivement critiquée. Fogel
revint sur certaines de ses conclusions
dans un nouvel ouvrage ; il y affirmait
notamment la supériorité économique du
travail libre sur le travail servile, le
premier permettant « la mobilité
économique et sociale » et « la
possibilité pour les individus de s'élever
dans l'échelle économique »[95], toutes
choses qui étaient impossibles dans le
cadre du second.
Notes et références
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American Slavery, p. 395-396.
Notes …
1. Le maître payait au travailleur le
voyage et disposait de sa force de
travail durant une période
déterminée.
2. La définition de cette période de
travail, souvent arbitraire, assimilait
toutefois le statut de ces serviteurs à
celui d'esclave.
3. Dès 1834, l'Alabama, le Mississippi
et la Louisiane cultivaient la moitié
du coton américain et, en 1859 près
de 78 % avec la Géorgie. En 1859, la
culture du coton dans les deux
Carolines avaient chuté à 10 % du
total national.
Berlin 1998, p. 166.
4. Les esclaves appellent
communément middle passage
(passage du milieu) la traversée de
l'océan Atlantique.
5. Kolchin note que Robert Fogel et
Engerman soutiennent que 84 % des
esclaves se sont déplacés avec leurs
familles en suivant leurs maîtres
mais la majorité des autres
universitaires accordent un poids
bien plus important à la vente des
esclaves. Ransome, (p. 582) note
que Fogel et Engerman ont basé
leurs conclusions sur l'étude de
comtés du Maryland dans les
années 1830, extrapolant les
données obtenues à tout le sud sur
la période entière.
6. 12 % des exploitations américaines
comptaient en effet plus de 20
esclaves, Claude Folhen (1998),
p. 167.
7. Ainsi durant la période des
semailles, un esclave était chargé
d'ouvrir le sillon, un autre de semer
les graines, un troisième fermait le
sillon tandis qu'un quatrième battait
la terre.
8. La loi impliquait souvent la présence
d'un Blanc dans tout corps de Noirs.
Voir Fogel et Engermann, Time on
the cross, vol. 1, p. 213.
9. Voir sur ce point Pap N'Diaye,
« Questions de couleur — Histoire,
idéologie et pratiques du
colorisme », dans Didier et Éric
Fassin (dir.), De la question sociale à
la question raciale, la Découverte,
Paris, 2006.
10. L'intégralité de ces récits ont été
publiés en vingt-deux volumes sous
la direction de George Rawick. The
american slave : a composite
autobiography, Greenwood, Wesport
(Connecticut), 1977 et 1979. Une
compilation d'extraits en français
dans James Mellon, Paroles
d'esclaves : les jours du fouet, Seuil,
Paris, 1991.
11. Fohlen 1998, p. 63.
12. Voir l'étude menée par Dylan
Penningroth dans un comté de
Géorgie, « Slavery, freedom and
social claims to proprety among
African Americans in Liberty County,
Georgia, 1850-1880 », Journal of
American History, vol.84, 1997,
p. 404-435.
13. Fohlen 1998, p. 173
14. Ce dernier redoubla d’activité durant
l’année 1862, prononçant
notamment en mars un discours à
Washington en présence du
président et des membres du
Congrès. Voir sur ce point J. M.
McPherson, La Guerre de Sécession,
p. 539-540.
15. Quelques mesures, notamment la
libération des esclaves du district de
Columbia, siège de la capitale
fédérale Washington, avaient eu lieu
à l’été 1862 ; le pouvoir fédéral avait
toutefois tenté, sans succès, de
proposer un amendement à la
Constitution pour libérer les esclaves
des États esclavagistes de
l’Union.Fohlen 1998, p. 284-286.
16. Pour une synthèse de
l'historiographie de l'esclavage nord
américain, voir Fohlen 1998, p. 24-
38 ; Peter Parish, Slavery — History
and historians, New York, 1989.
Voir aussi
Articles connexes …
Esclavage
Esclavage des Amérindiens
Engagisme • Coolies
Afro-Américains
Histoire des Afro-Américains
Histoire des États-Unis de 1776 à 1865
Histoire économique des États-Unis
Thomas Jefferson et l'esclavage
Bibliographie …
(en) Ira Berlin, Many thousands gone. The
first two centuries of slavery in north
America, Cambridge, Harvard
University Press, 1998.
Claude Fohlen, Histoire de l'esclavage
aux États-Unis, Paris, Perrin, 1998.
Anne Garrait-Bourrier, L'Esclavage aux
États-Unis : du déracinement à
l'identité. Éditions Ellipses, coll. « les
Essentiels de civilisation », Paris, 2001.
Walter Johnson, Soul by soul: life inside
the antebellum slave market, Harvard
University Press, Cambridge, 1999.
Peter Kolchin, Une institution très
particulière. L'esclavage aux États-Unis,
Belin, Paris, 1998.
Randal M. Miller et John D. Smith (dir.),
Dictionary of Afro-American Slavery,
Greenwood, Westport (Connecticut),
1997.
Michael Tadman, Speculators and
slaves: masters, traders, and slaves in
the old South, University of Wisconsin
Press, Madison, 1989.
David Gilles, « La norme esclavagiste,
entre pratique coutumière et norme
étatique : les esclaves panis et leur
e
condition juridique au Canada ( -
e
s.) », Ottawa Law Review, vol.
40.1, 2009, p. 495-536.
Liens externes …
(en) « Carte montrant la distribution des
esclaves dans les treize États du Sud
des États-Unis selon le recensement
de 1860 » , sur census.gov
[PDF]
(consulté le 28 août 2017).
L'esclavage en Amérique du Nord :
documents primaires .
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