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Le Destructeur de Royaumes

Aaron, un étudiant, se réveille après un accident de voiture dans un monde médiéval appelé Artenia, où il rencontre un druide nommé Oromis qui lui révèle qu'il est considéré comme le 'destructeur de royaumes'. Alors qu'il tente de comprendre sa situation, un incendie éclate et Aaron se lance dans une tentative héroïque pour sauver une mère et son bébé, découvrant ainsi des pouvoirs cachés en lui. Sa bravoure attire l'attention sur son potentiel, mais il se débat toujours avec son identité et son désir de retourner chez lui.

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Le Destructeur de Royaumes

Aaron, un étudiant, se réveille après un accident de voiture dans un monde médiéval appelé Artenia, où il rencontre un druide nommé Oromis qui lui révèle qu'il est considéré comme le 'destructeur de royaumes'. Alors qu'il tente de comprendre sa situation, un incendie éclate et Aaron se lance dans une tentative héroïque pour sauver une mère et son bébé, découvrant ainsi des pouvoirs cachés en lui. Sa bravoure attire l'attention sur son potentiel, mais il se débat toujours avec son identité et son désir de retourner chez lui.

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ROUGE

Je pensais qu’en arrivant devant les portes de la mort, ma vie défilerait devant mes yeux
comme dans les films. Mes premiers pas, ma première dispute, mon premier coup de cœur.
Mais rien de tout ça, juste une douleur vive dans le dos, juste à l’endroit où cette voiture
m’avait percuté. Le goût métallique du sang dans ma bouche, les gens autour de moi,
certains avec un air curieux, d’autres affolés. J’avais du mal à me souvenir de ce que je faisais
juste avant, de quelle couleur était cette voiture. Est-ce moi qui n’avais pas fait attention ?
Ai-je oublié de regarder avant de traverser la route, absorbé par les derniers mots de ce
message reçu à la sortie des cours ? Qu’y avait-il écrit sur ce message déjà ? Qui me l’avait
envoyé ?

J’avais mal au dos. J’avais sommeil. Je me disais que j’allais juste fermer les yeux
pendant une seconde. Juste une seconde.

— ROUGE ! La voiture était rouge !

Ma voix résonna un instant, j’entendis un hoquet de surprise. La lumière du jour


m’éblouit.

— Je suis mort ?

La question que je pensais avoir formulée dans ma tête ne resta pas sans réponse très
longtemps. Une voix féminine, douce me réprimanda :

— Pas encore, mais il s’en est fallu de peu. Qu’est-ce qui vous a pris de vouloir traverser
ce fleuve à la nage ? Hector vous a repéré alors qu’il allait couper du bois. Une
minute de plus et vous serviez de nourriture aux gueuletranches.

Je restai un instant hébété, mes yeux s’adaptant à l’obscurité relative de la pièce, la


lumière perçant au travers d’épais rideaux. La couverture rêche m’indiquait que j’étais nu
dans ce grand lit. Une jeune femme, à peine adulte, se tenait devant moi, les bras croisés
avec une expression difficile à déchiffrer. Ses cheveux bruns étaient remontés en chignon au-
dessus de sa tête.

Je parvins enfin à bredouiller quelques mots :

— Où suis-je ?
— À Artenia, répondit-elle. Je vais prévenir Oromis que vous êtes enfin réveillé.

Pendant un instant, elle arbora une expression intriguée vers une chaise dans un coin de
la chambre. Mes vêtements étaient posés dessus. Puis elle sortit en me regardant du coin de
l’œil, un parfum de fleur très léger suivant son passage. Le silence retomba.
J’en profitai pour me lever, le sol était froid sous mes pieds nus. Je m’étirai un instant,
passai ma main dans le dos. Aucune douleur. Est-ce que j’avais rêvé cet accident ? Les détails
étaient tellement réalistes. Je me dirigeai là où mes vêtements se trouvaient. Ils étaient
propres, la senteur florale qui s’en dégageait m’indiquait qu’ils avaient été lavés.

Je m’habillai, puis je regardai par l’unique fenêtre de la chambre. Un chariot tiré par un
grand cheval passa dans la rue devant moi. Pas de route, les maisons étaient faites de bois,
les gens étaient habillés comme au Moyen-Âge !

Où étais-je tombé ? Étais-je revenu mille cinq cent ans en arrière ? C’était quoi cette
histoire de noyade ?

Alors que ma tête commençait à tourner avec toutes ces questions sans réponse,
j’entendis des pas devant la porte. Elle s’ouvrit lentement.

Un vieillard se tenait devant moi, il portait une longue barbe grisonnante, mais plutôt
bien entretenue. Une longue robe marron parsemée de motifs de runes circulaires vertes.

Je m’exclamai en le pointant du doigt :

— Vous êtes un druide !

Il me regarda avec un air amusé, ferma la porte derrière lui, puis s’installa sur la chaise
qui portait mes vêtements auparavant. Il me regarda de ses grands yeux gris, s’éclaircit la
voix, puis déclara :

— En effet.

Je restai interdit quelques secondes.

— C’est tout ? C’est tout ce que vous avez à dire ? C’est quoi ici ? Un village médiéval ?
Je suis toujours mourant sur cette route, c’est ça ? C’est une épreuve pour savoir si je
vais aller en haut ou en bas ?

Il leva la main en signe d’apaisement, ce qui eut pour effet de me calmer


instantanément. Mes derniers mots finirent dans un murmure.

— Tu es à Artenia, un petit village au sud d’Avalonia, la capitale du royaume de Tír na


nDánann. Je sais que tu ne viens pas de cette contrée, ton accoutrement m’est
inconnu. Sans parler de cette chose que tu tenais fermement dans la main quand
nous t’avons récupéré dans le fleuve.

Il me montra mon téléphone, mais avant que j’eusse le temps d’ouvrir la bouche, il
reprit.

Les signes ne m’ont donc pas trompé, tu es le destructeur de royaumes.


À ces derniers mots, un vertige me prit. Les mots du vieillard se bousculaient dans ma
tête sans parvenir à trouver la moindre accroche.

Je parvins à balbutier quelques mots :

— Mais de quoi parlez-vous ? Je m’appelle Aaron, je suis étudiant et j’ai envie de rentrer
chez moi.
— Bien sûr, qui ne souhaite pas être chez soi ? Mais quelque chose me dit qu’un long
périple t’attend avant de retrouver ton foyer. Il se redressa sur sa chaise. Tu n’es pas
de ce monde, les dieux t’ont fait venir parmi nous dans un but précis. Je me demande
quels projets ils ont pour toi.

Une colère vive monta en moi.

— J’en ai assez de tout ça, je trouverai le chemin vers mon « foyer » par moi-même.
Merci pour tout, rendez-moi mon téléphone maintenant.
— Ceci ? dit-il en désignant l’objet entre ses mains.
— Précisément.

Il me le donna sans rechigner. Je passai la porte d’un pas décidé, je traversai la pièce. La
jeune femme que j’avais rencontrée plus tôt me regardait fixement, d’une expression
neutre.

Je franchis la porte d’entrée, attendis une seconde pour que mes yeux s’habituent à la
lumière du jour, le soleil était haut dans le ciel.

Soudain, une ombre passa au-dessus de ma tête, suivie d’un cri strident. Je levai les yeux,
je discernai une créature avec des ailes gigantesques. Elle devait faire au moins dix mètres
de long. Des écailles rouge vif couvraient tout son corps, une tête de lézard grande comme
un cheval.

— Un dragon ! M’exclamai-je.
— Presque, c’est une Wyverne, elle ne crache pas de feu et s’attaque surtout au bétail.
Elle n’a aussi que deux pattes.

Le « druide » me fit signe de revenir dans la maison. Je m’exécutai, vidé de toute la


colère accumulée jusqu’à là. Que je fusse prêt ou non à entendre ce qu’il avait à me dire. Ce
serait toujours plus censé que ce que je venais de voir de mes propres yeux.
COLÈRE
Alors qu’Oromis s'installait dans un grand fauteuil, la jeune femme, Maeve, nous servit
du thé. Il me raconta que le continent de Tíriontach était séparé en trois royaumes. Balor à
l'ouest, dirigé par le roi Morgrim l’Obscur, un cyclope. Selon le druide, sa seule ambition
était d’étendre son royaume jusqu’à dominer le continent. Le royaume de Nemain à l’est
était commandé par la reine Deirdre, la Tentatrice. Vicieuse et retorse, sa stratégie préférée
était la corruption, mais son armée n’était pas à prendre à la légère.

Au milieu, Dánann, dirigé par le roi Eamon Dánann dit Le Juste, faisait office de tampon.
C’était un petit royaume, mais ses soldats d’élite dissuadaient les deux dirigeants de piétiner
le royaume.

— Tout ça, c’est bien beau. Dis-je. Mais qu’est-ce que ça a à voir avec moi ?

— J’y viens. Répondit le vieillard. Il existe une vieille légende Balorienne qui parle d’un
destructeur de royaumes, venu d’une contrée inconnue, d’un temps inconnu. Il aurait le
pouvoir de destituer les rois et de régner en seul maître sur tout le continent.

— Et vous pensez que c’est moi ? Dis-je incrédule.

— Précisément.

— Donnez-moi ce que vous prenez s’il vous plaît, ça m’aidera à supporter ces divagations !

J’avais du mal à croire tout ce que le vieux racontait. Mais surtout qu’il avait l’air d’y croire.
Je répondais un ton plus bas.

— Regardez-moi. Ais-je vraiment l’air d’être un destructeur de monde ?

Il me reprit :

— De royaumes, dans un premier temps.

— De royaumes, de mondes, quelle différence ? J’e suis un étudiant de tout juste dix-huit
ans, et je souhaite simplement rentrer chez moi.

Mon souffle devenait court à cause de toutes ces gesticulations. Un cri strident retenti alors
que je finissais ma phrase. Puis, d’autres cris, de terreur cette fois. Maeve se précipita pour
ouvrir la porte d’entrée. Les gens couraient dans tous les sens, une odeur de brûlé
envahissait la pièce. Je jetai un regard vers l’extérieur, une maison juste au bout de la rue
était en feu.

— Qu’est-ce qui se passe ? Lui demandai-je.


— Attrape des seaux au lieu de poser des questions idiotes. Me rétorqua-t-elle. Ils sont dans
le coin derrière Oromis.

Comme un enfant qui venait de se faire réprimander, je m’exécutai et la suivis dans le


tumulte de la rue. Nous nous frayions un chemin à travers le flot des gens affolés et arrivions
devant la bâtisse en flamme. Des hommes et des femmes faisaient des allers-retours entre
un puits à une vingtaine de mètres et la maison pour tenter de limiter les dégâts. Nous nous
intégrâmes au cortège et faisions passer les seaux de mains en mains.

— Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Demandais-je à nouveau, le souffle court.

Maeve me lançait un regard noir et crachait :

— Si tu as le temps de poser des questions, c’était que tu es trop lent. Accélère la cadence !

Je m’exécutais, n’ayant rien de mieux à répondre. Mes bras commençaient à me lancer sous
le poids des seaux remplis d’eau.

Un cri de détresse se fit entendre depuis l’étage de la maison. Je ralenti la cadence et je


m’écriai :

— Il y a quelqu’un piégé là-dedans, il faut l’aider !

Mon voisin de droite me répondit :

— On ne peut pas, une partie de l’étage s’est écroulée, tout ce qu’on peut faire, c’est
éteindre les flammes.

Un fracas et un nouveau cri de panique retentit. L’incendie gagnait encore en force, il n’y
avait aucune chance que nous arrivions à sauver les personnes coincées à l’intérieur. Mon
regard s’attardait sur le balcon de la maison en feu, puis sur celui de la maison à côté. Les
deux bâtiments n’étaient pas si éloignés que ça l’un de l’autre, me mettais-je à penser.

Et si…

— Maeve ! Prends ma place ! Lui criais-je.

Je ne lui laissais pas le temps de placer une de ses remarques cinglantes et je m’élançai vers
la maison à côté. Je me précipitai vers la pièce principale, montai les escaliers quatre à
quatre et me retrouvai sur le balcon devant la maison en feu. Je jetais un regard en bas,
c’était plus haut que ce que je pensais.

Je sentais la chaleur étouffante de là où je me trouvais, des flammes commençaient à lécher


les murs en bois de l’habitation dans laquelle je me trouvais. Le crépitement du bois qui
brûlait était assourdissant. Je n’avais plus le temps de réfléchir, je pris appui sur la rambarde
et me jeta en direction du brasier. J’atterri de l’autre côté, j’entendis un craquement sourd
et ma jambe droite traversa le balcon. Je devais faire vite, la fumée noire qui s’échappait de
la pièce me brûlait déjà les poumons.

Je pris appui sur ma jambe gauche et poussa de toutes mes forces pour extraire celle qui
était coincée pour m’infiltrer dans la pièce. Je retombai sur le tapis de ce qui ressemblait à
une chambre. C’était une fournaise. Je restais plaqué au sol pour éviter le brouillard qui
emplissait la pièce. Je cherchais du regard la demoiselle en détresse.

Je distinguai une forme, du côté de la pièce que les flammes n’avaient pas encore ravagée.

En boule.

Immobile.

Je rampais à toute vitesse dans sa direction, posa ma main sur elle, la fis basculer vers moi.
Elle respirait à peine, ses cheveux bruns étaient collés sur son front par la transpiration. Elle
tenait dans ses bras un nourrisson, enveloppé dans un linge encore humide. Il était brûlant, il
n’avait même plus la force de pleurer.

Une poutre incandescente s’écroula à côté de moi, manqua de me fracasser le crâne, et


bloqua le passage vers l’extérieur. Je n’avais plus moyen de m’échapper de cette fournaise.

Je m’adossais contre le mur, pris le bébé dans mes bras et lui dit :

— Je suis désolé, j’ai essayé de vous sauver. Mais je suis déjà incapable de me sauver moi-
même. Qu’est-ce que je croyais ?

Je commençais à avoir des vertiges, je repris :

— Bon petit gars, ou petite fille je ne sais pas. Je crois que c’est fini pour nous. Je ne regrette
rien, j’aurai essayé de faire une bonne action, même si c’était inutile.

Je me résignais à fermer les yeux et à me laisser aller.

Ma vie aurait été constituée de résignation, j’aurais toujours été Personne, celui qu’on
n’aurait pas remarqué, celui qui n’aurait même pas essayé de se faire remarquer. Être dans
le rang, ne pas déranger, faire des concessions. C’était donc logique que je finisse comme
Personne. Je reposais le nourrisson près de sa mère qui ne respirait plus et me préparais à
mon dernier voyage.

—Je suis résigné.

Colère, frustration, honte.

—Je suis résigné.

Colère, discrétion, humiliation.


—Je suis résigné.

Colère, timidité, faiblesse.

—Je suis résigné.

COLÈRE !

Mon sang bouillonnait dans mes veines, j’avais l’impression qu’il allait s’échapper par tous
les orifices. Mais au lieu de ça, des trombes d’eau s’échappaient de mes mains, de mes
jambes, de mes yeux. La puissance fut telle que je ne pouvais pas plier mes membres.

Des volutes de vapeur s’échappaient à l’instant où l’eau touchait ce qui composait la pièce.
Ma rage était telle, mes cris étaient instantanément remplacés par de nouvelles trombes
d’eau. Une éternité passait, ma rage se tarissait, laissant place à l’épuisement. Puis je
m’effondrai sur le sol et sombrai dans l’inconscience.

Je fus réveillé par les cris de Maeve :

— Ce n’est pas un sauveur, c’est un idiot. Il a sauté droit vers la mort. Il est beau le
destructeur de royaumes.

— Calme-toi ma fille. Répondit Oromis. C’est un bourgeon, il a beaucoup à apprendre c’est


vrai, mais l’esprit de l’eau, Nereus, a choisi de lui accorder sa force. Il a tout de même éteint
l’incendie à lui tout seul. Je suis certain que c’est bien lui, celui qui sauvera le royaume de
Dànann.

Il s’interrompit un instant.

— Bien, tu reviens à toi. Me dit-il. Tu es toujours aussi catégorique sur le fait que tu n’es pas
spécial ?

Je me relevai d’un coup.

— Le nourrisson ! Il va bien ? M’écriai-je.

— Grâce à toi, il est en vie. Me répondait-il avec douceur.

— Et sa mère ?

Son visage se refermait.

— Malheureusement, elle a dû respirer trop de fumée toxique. Me dit-il. Mais tu as permis à


son mari de faire son deuil avec une personne entière, et tu lui as rendu sa fille en vie.

C’était donc une fille. Des larmes coulaient le long de mes joues. Épuisé, ses mots ne
m’étaient que de peu de réconfort.
— Comment la maison a-t-elle pris feu ? Lui demandai-je.

— Un dragon, un vrai cette fois. Me répondit-il. J’aimerais pouvoir te laisser le temps de


récupérer, et te faire un cours d’histoire complet. Mais nous devons te préparer.

— Me préparer à quoi ? Demandai-je après de nombreux reniflements.

Oromis se mordit la langue une fois ou deux à l’intérieur de sa bouche puis, me regarda droit
dans les yeux et me lança :

— La guerre.
INCERTITUDES

Durant le dîner, Oromis m’expliqua que l’apparition des dragons étaient le signe d’une
période de troubles à venir. Ces créatures ont été soumises à la volonté du dieu maléfique
Balor, qui a donné son nom au royaume de l’ouest. Si les lézards cracheurs de feu parcourent
le ciel, c’est que la guerre est en marche. Nemain à l’est ne va pas tarder à riposter, mettant
le continent à feu et à sang.
Selon le druide, celui qui réveillera et absorbera le pouvoir des esprits anciens sera le seul à
avoir la capacité d’empêcher le cataclysme à venir.
— L’esprit de l’eau t’a déjà confié son essence. Me dit-il. Mais un long trajet semé
d’embûches t’attend pour tous les rassembler.
— Mais, j’en suis incapable. Répondis-je. J’ai failli mourir dans un simple incendie,
aucune chance que je puisse m’opposer à tout un royaume.
— Nous allons t’entrainer, renforcer ton esprit et ton corps pour qu’il soit prêt à
accueillir la puissance des anciens. Je t’aiderai à maîtriser tes pouvoir, et Maeve
t’enseignera le combat.
Maeve, qui était resté silencieuse depuis le début du repas fit claquer sa langue.
— Si j’avais deux ou trois siècles devant moi, je pourrais faire quelque chose de cette
brindille. Oromis, regarde-le, il est faible et apeuré. Nous n’avons que quelques mois,
au mieux une année avant que les royaumes de Balor et de Nemain ne frappent à
notre porte.
Je m’apprêtais à répondre, piqué dans mon ego. Mais Oromis prit la parole.
— Ma fille, ça suffit. S’il était aussi faible que tu le dis, pourquoi n’as-tu pas sauté dans
cette maison pour secourir Gráinne et sa fille. Tes capacités physiques t’auraient
permises de t’en sortir.
— Il n’y a avait aucune… Tenta-t-elle de répondre.
— Tu as manqué de courage. La coupa-t-il. Tu as estimé que le risque était trop grand,
comme tous nos voisins. Aaron quant à lui, a fait ce qui lui semblait nécessaire,
qu’importe les risques.
Le visage de Maeve se figea un instant, ses yeux brillaient de tristesse, elle ouvrit la bouche
pour répondre, mais se tût.
Le repas se finit dans le silence. Puis nous allâmes nous coucher.

Mon corps et mon esprit étaient épuisés, et pourtant, le tourbillon d’informations à


l’intérieur de mon crâne me donnait le tournis et m’interdisait de dormir. Des créatures
fantastiques, des pouvoirs magiques, des royaumes en guerre et un élu. On dirait le scénario
d’un jeu vidéo.
Pourtant, j’avais vécu cette première journée, elle était réelle. Je sombrais dans un sommeil
sans rêves. Le soleil s'était levé depuis quelques heures déjà lorsque je franchis le seuil de la
petite maison en bois où. Les premiers rayons dorés de l'aube caressaient les toits des
maisons, illuminant le village endormi de leur douce lueur.
À l'intérieur, Oromis m'attendait déjà, assis à une table de bois massif. Son regard sage et
pénétrant m’accueillait avec bienveillance.
— Tu es matinal, Aaron. C'est une qualité essentielle pour un apprenti, dit Oromis d'une
voix calme.

J’acquiesçai, sentant l'excitation et l'appréhension mêlées se battre en moi. Il savait que


l'entraînement qui m'attendait serait difficile, je doutais même en être capable.

— Aujourd'hui, nous allons commencer par les bases, annonça Oromis en se levant de
sa chaise. Avant de partir en quête du second esprit, tu dois apprendre à contrôler
tes pouvoirs élémentaires.

Je suivis les instructions d'Oromis avec une détermination farouche, mais malgré tous mes
efforts, je peinais à me connecter aux éléments qui m'entouraient. Les premiers jours
d'entraînement furent marqués par des échecs cuisants, chaque tentative de ma part se
soldant par un résultat décevant. La petite rivière que j’essayais de dompter suivait
calmement et désespérément son chemin à travers le village.

L'eau glissait entre mes doigts comme une illusion fugace. Chaque fois que je fermais les
yeux pour me concentrer, mon esprit était envahi par le doute et la frustration,
m'empêchant de me connecter pleinement à la magie qui m'entourait.

Oromis observait mes tentatives avec patience, mais je pouvais voir la lueur d'inquiétude
dans ses yeux. Maeve, de son côté, ne cachait pas son scepticisme, lançant des regards
désapprobateurs à chaque fois que je tentais et échouais.

Les jours se transformèrent en semaines, et je commençai à désespérer de jamais réussir.


Mes pensées étaient hantées par l'idée que je n'étais pas à la hauteur de la tâche qui
m'attendait, que je n'avais pas la force ni la volonté nécessaire pour maîtriser la magie des
éléments.

Au crépuscule d'une journée particulièrement difficile, je laissai éclater ma colère.

— C’est peine perdue ! Dis-je avec désespoir. Je ne suis pas celui que vous attendez.
— Il a raison Oromis. Continua Maeve. C’est un incapable, la dernière fois était un coup
de chance.

Le laissai éclater ma colère, toutes ses remarques, ses regards désapprobateurs, ses
piques incessantes finirent par me faire exploser.
— Je suis fatigué de toi aussi !

J’armai mes poings pour la frapper, un sentiment de puissance m’envahit et une trombe
d’eau sortit de mes bras et projetant au sol la jeune femme. Elle était complètement
trempée.

Je restai interdit un moment. Elle se releva, j’attendis la riposte, puis entendis Maeve rire
aux éclats.

— Je t’ai mal jugé ! s’exclama-t-elle. Peut être bien que les esprits ont placés leurs
espoirs en toi et que tu seras capable d’en faire usage.

Son admission me laissa sans voix, mes mains toujours tremblantes de l'émotion et de la
magie que j'avais déclenchée malgré moi. Oromis observait la scène avec un regard mêlé de
fierté et de soulagement.

— Tu vois, Maeve, dit-il d'une voix calme mais résolue. Aaron possède en lui la force
nécessaire pour réussir. Il lui suffit seulement de trouver confiance en lui-même.

Je sentis une lueur d'espoir briller au fond de moi, une lueur qui chassait les ténèbres du
doute et de la peur. Peut-être que je n'étais pas aussi faible que je le pensais, peut-être que
je pouvais vraiment maîtriser les pouvoirs qui sommeillaient en moi.

Les jours qui suivirent furent remplis d'entraînement intensif, mais cette fois-ci, j'abordai
chaque session avec une détermination renouvelée. Les échecs étaient encore nombreux,
mais à chaque fois, je me relevais plus fort, plus résolu à réussir.

Maeve devint une alliée précieuse dans mon apprentissage, mettant de côté son scepticisme
pour m'enseigner les subtilités du combat. Sous sa direction, je développai des compétences
que je ne pensais jamais posséder, apprenant à manier l'épée avec une grâce et une
précision surprenante.

Elle s’évertuait quand même à toujours me laisser finir la journée perclu de bosses et de
courbatures. C’était une combattante douée, elle ne laissait pas une occasion de me le
rappeler.

Et au fil des semaines, je sentis une transformation s'opérer en moi. La peur et le doute
furent remplacés par la confiance et la détermination. Je commençai à croire en mes propres
capacités, je ne pensais toujours pas être l'élu dont parlait Oromis, mais cet entraînement
était le chemin le plus direct pour rentrer chez moi.

Le rythme intense de l'entraînement me poussa au-delà de mes limites physiques et


mentales, mais chaque jour, je me levais avec une détermination renouvelée. Malgré les
échecs répétés, je refusais de baisser les bras. Chaque chute, chaque coup, chaque défaite
n'étaient qu'une autre occasion d'apprendre, de grandir, de m'améliorer.
Maeve, avec sa ténacité inébranlable, continuait à me pousser au-delà de mes limites, me
rappelant constamment que la route vers la maîtrise était pavée d'efforts et de sacrifices.
Ses critiques tranchantes étaient autant de catalyseurs de mon désir de progresser, même si
elles étaient parfois difficiles à encaisser.

Malgré les douleurs lancinantes qui parcouraient mon corps à la fin de chaque journée, je
savais que chaque instant passé à ses côtés, chaque blessure infligée, était un pas de plus sur
le chemin de la réussite. Je lui en étais reconnaissant, même si je ne l'admettrais jamais
ouvertement.

Et petit à petit, jour après jour, je sentais les pièces du puzzle se mettre en place. Mes
mouvements devenaient plus fluides, mes réflexes plus rapides, mes pensées plus claires. La
magie des éléments répondait de mieux en mieux à mes appels, se pliant peu à peu à ma
volonté.

Mais ce n'était pas seulement ma maîtrise des éléments qui progressait. Sous les conseils
avisés d'Oromis, je commençais également à avoir confiance en moi, J’étais devenu
persévérant et déterminé.

Chaque obstacle surmonté, chaque leçon apprise, chaque victoire remportée me


rapprochait un peu plus de mon objectif.

Quand viendrait l’heure de partir, je serai prêt. Et ce jour ne tarda pas à arriver.

Alors que je m'entraînais avec Maeve, chaque mouvement était une danse, un échange de
force et de grâce. Je parais chacune de ses attaques avec une concentration féroce, mais
mes contre-attaques étaient encore loin de la perfection que je désirais. Les muscles tendus,
l'esprit vif, je me laissais emporter par le flux du combat, cherchant toujours à améliorer mes
compétences.

Soudain, la voix sage et mesurée d'Oromis m'arracha à ma concentration. Maeve m’assena


un coup douloureux dans les côtes. Je lui lançai un regard désapprobateur pendant qu’elle
arborait un visage moqueur, plein de défi. Je tournai la tête vers lui, essuyant une goutte de
sueur de mon front avec le revers de ma main. Son regard profond était empreint d'une
bienveillance rassurante, mais il y avait aussi une lueur d'urgence dans ses yeux.

— Aaron, dit-il d'une voix calme mais grave. Le moment est venu.

Mon cœur bondit dans ma poitrine, une bouffée d'excitation mêlée d'appréhension me
submergea. C'était enfin le moment que j'avais tant attendu, le moment où je devais quitter
ce refuge sûr pour me lancer dans l'inconnu, vers ma destinée.

Je me relevai, essuyant mes mains moites sur mes pantalons, et adressai un dernier regard à
Maeve. Son visage était marqué par une fierté mêlée de tristesse, mais elle hocha
légèrement la tête, un signe silencieux de son soutien.
Puis, me tournant vers Oromis, je pris une profonde inspiration, cherchant à calmer les
battements frénétiques de mon cœur.

— Je suis prêt, dis-je d'une voix que je voulais assurée.

Oromis me sourit, un sourire empreint de foi et d'espoir.

— Alors allez-y. L'aventure vous attend.

Je restai un instant interloqué.

— Comment ça « vous » attend ? lui dis-je, incrédule.

Oromis me fixa avec un petit sourire taquin dans les yeux.

— Bien sûr, Maeve et toi, tu ne croyais tout de même pas que j’allais laisser le sort du
continent entier sur ton unique personne ? Répondit-il avec malice.

Maeve s’exclama :

— Mais je ne peux pas partir Oromis, le village a besoin de protection.

— Je comprends tes préoccupations, ma fille, mais cette quête est d'une importance
capitale pour tout le continent. Si Aaron et toi réussissez à rassembler les esprits anciens,
vous aurez la puissance nécessaire pour protéger non seulement ce village, mais tous les
autres également.

Maeve sembla réfléchir à ses paroles, son regard scrutant le visage sage du druide.

— Et si nous échouons ? Demanda-t-elle finalement, sa voix empreinte d'incertitude.

Oromis posa une main rassurante sur son épaule.

— Nous ne pouvons pas prédire l'avenir, Maeve. Mais nous devons essayer. Le risque en
vaut la peine, pour le bien de tous.

Maeve hocha lentement la tête, semblant accepter la logique des paroles d'Oromis.

— Très bien, dit-elle enfin. J’accompagnerai Aaron dans cette quête. Mais que cela soit
clair, si notre village est en danger pendant notre absence, je n'hésiterai pas à revenir
pour le protéger.

Son ton était ferme, mais je pouvais voir dans ses yeux une détermination sans faille.

Oromis sourit, satisfait de la réponse.

Alors préparez-vous, mes enfants, dit-il. Un long périple vous attend.


Premier sang

Pendant que je préparai mes bagages, je posai les yeux sur mon téléphone. J’eus un léger
sourire. Dans ma vie d’avant, j’étais collé en permanence dessus. Youtube, Twitter,
WhatsApp, TikTok. Chaque seconde libre était remplie par du temps d’écran. La batterie
n’avait pas dû résister à mon voyage en Tíriontach et il était donc resté dans ma chambre.

Ces trois derniers mois furent paradoxalement les meilleurs et les pires de ma vie. Rythmés
par entrainements, douleurs, frustrations. Mais aussi des moments de joie, Oromis est la
caricature du vieux sage, une vraie douceur paternelle se dégageait de cet étrange
personnage. Maeve quant à elle alliait la douceur de sa voix et le tranchant de sa langue
avec brio. Sans parler de ses capacités martiales hors du commun. Je m’y étais habitué avec
le temps, même si ses moqueries étaient toujours déstabilisantes.

Mon paquetage fut prêt quand cette dernière fit irruption dans la pièce.

— Tu es prêt ? Oromis souhaite nous parler avant le départ. Déclara-t-elle avant de faire
demi-tour.
— J’arrive dans une minute. Répondis-je.

Je me tournai une dernière fois vers ma chambre, fixant mon téléphone sur la table de nuit.
Pendant ces trois derniers mois, il m'avait manqué sans que je m'en rende compte. Mais
maintenant, il semblait être un artefact d'une vie antérieure, un symbole de ce que j'avais
laissé derrière moi en venant ici.

Je le laissai là, et suivis Maeve à travers les couloirs du refuge jusqu'au bureau du vieux
druide. En chemin, je me remémorai les moments forts de mon séjour ici. Les leçons avec
Oromis, les entraînements avec Maeve, les discussions tardives autour du feu. Malgré les
défis et les dangers, j'avais trouvé une sorte de famille ici, dans ce monde étrange et
fantastique.

Arrivés devant la porte du bureau, Maeve frappa une fois avant d'entrer. Oromis était assis
derrière son bureau, une carte déployée devant lui. Il leva les yeux à notre entrée et nous fit
signe de nous asseoir.

Avec une certaine tension dans la voix, il déclara :

— La situation devient de plus en plus critique. Les attaques de Morgrim l'Obscur se


multiplient, et nous devons agir avant qu'il ne soit trop tard.

Je sentis mon estomac se nouer à ces mots. L'ombre de la guerre planait sur nous, et je
savais que notre prochaine mission serait cruciale pour l'avenir de Dánann.
— Votre formation est terminée, et vous êtes prêts à affronter ce qui vient. Il faut vous
mettre en route vers Maorlann, l’esprit du vent Aerádan se trouve dans les environs.

Je hochai la tête, déterminé à faire tout ce qui était en mon pouvoir pour aider. Maeve
semblait également prête, son expression résolue et déterminée.

— "Alors préparez-vous," conclut Oromis. "La bataille approche, et nous devons être
prêts à la mener."

Nous nous mîmes en route en fin de matinée. Maeve m’informa que Maorlann se trouvait à
trois jours de marche.

Le soleil brillait haut sans le ciel, Maeve marchait à mes côtés, son pas assuré et déterminé.
Malgré les défis qui nous attendaient, je me sentais rassuré par sa présence à mes côtés. Elle
était une alliée fidèle et une guerrière redoutable, et je savais que je pouvais compter sur
elle lorsque les temps seraient durs.

Pendant que nous avancions, je repensais aux paroles d'Oromis. La menace de Morgrim
l'Obscur pesait lourdement sur nous, et notre mission était cruciale pour protéger Dánann
contre ses attaques. Nous avions été formés pour cette tâche, et je me jurai de tout faire
pour réussir.

Le paysage qui défilait autour de nous était à couper le souffle. Les collines verdoyantes
s'étendaient à perte de vue, ponctuées de petits ruisseaux et de forêts luxuriantes. Malgré
l'urgence de notre mission, je ne pus m'empêcher d'admirer la beauté naturelle de
Tíriontach.

Alors que le soleil commençait à descendre à l'horizon, nous décidâmes de faire halte pour la
nuit. Nous établîmes un campement rudimentaire au bord d'un ruisseau, et nous nous
installâmes pour la nuit. Maeve alluma un feu pendant que je préparais un repas avec les
provisions que nous avions emportées.

Alors que nous dînions, nous discutâmes de notre plan pour les jours à venir. Ma partenaire
m’assura que ce serait un voyage sans complications. Nous étions loin de toutes les zones de
guerre, au centre de Dánann.

Au détour de la conversation, je cherchai à en apprendre plus sur son passé :

— Maeve, commençai-je, cherchant à en savoir plus sur cette femme mystérieuse qui
était devenue mon alliée et ma camarade de voyage. « Tu as mentionné que tu étais
originaire de Dánann. Peux-tu me raconter un peu plus sur ton passé ?

Maeve leva les yeux vers moi, son regard se perdant un instant dans les flammes du feu
avant de revenir vers moi avec une lueur de réflexion.
— Mon passé n'est pas très différent de celui de nombreux habitants de Dánann,
commença-t-elle d'une voix calme mais chargée d'émotion. J'ai grandi dans un petit
village, élevée par mes parents dans la tradition des guerriers.

Elle marqua une pause, semblant hésiter un instant avant de poursuivre.

— Mon père était le chef des Boucliers d’émeraude, un homme fort et courageux qui
m'a enseigné tout ce que je sais sur l'art de se battre et de protéger ceux qui sont
chers. Il a disparu lors d’une embuscade contre les troupes de Nemain. Toute son
unité a été massacrée, mais le corps de mon père n’a jamais été retrouvé. Ma mère,
quant à elle, était une guérisseuse talentueuse, mais je ne l’ai jamais connue. Elle est
morte quand j’étais encore un nourrisson.

Je l’interrompis un instant :

— J’ai toujours cru qu’Oromis était ton père.


— Il était le maître de ma mère, et, à la disparition de mon père, il m’a recueillie. Me
répondit-elle. Je le considère comme un oncle.

Un sourire fugace étira les lèvres de Maeve alors qu'elle se remémorait des souvenirs de son
enfance.

— J'ai passé des années à m'entraîner, à perfectionner mes compétences martiales, à


me préparer pour le jour où je devrais défendre mon peuple. Ma détermination n’a
pas bougé depuis que le danger est bien réel.

Je sentis une bouffée de compassion pour Maeve et tout ce qu'elle avait dû endurer.

— Tu es courageuse, et une épéiste de talent, lui dis-je. Je suis heureux de te savoir à


mes côtés.

Après le repas, nous nous installâmes près du feu, épuisés mais déterminés. Le ciel nocturne
était parsemé d'étoiles scintillantes, et je sentis un sentiment de paix m'envahir alors que je
contemplais leur beauté.

Le voyage se passa sans encombre. Quelques Wyvernes passèrent au-dessus de nos têtes
lors du deuxième jour. Maeve m’expliqua que c’était des créatures relativement pacifiques.
Elles ponctionnaient une vache ou deux de temps à autre mais ne chassaient pas activement
les humains.

Je me surpris à ressentir peu fatigue, conséquence de mon entraînement intensif. Il m’aurait


probablement fallu le double de temps avec la condition physique que j’avais dans l’ancien
monde.

Nous arrivâmes en vue de Maorlann. C’était un village niché au pied d’une montagne.
— Il va falloir contourner le village et grimper. Me dit-elle. Le sanctuaire se trouve un
peu plus haut.

J’acquiesçai et emboîta son pas.

La montée était rude, je sentais le vent froid qui s’infiltrait dans mes vêtements. Nous
arrivâmes sur un plateau, je pouvais voir le village en contrebas. Un peu plus loin, des
structures hautes de plusieurs mètres se dessinaient.

Maeve m'indiqua que nous approchions du sanctuaire du vent, notre destination finale.
Nous marchions en silence, nos pas résonnant sur le sol rocailleux alors que nous gravissions
le chemin qui serpentait vers le sommet. Le vent soufflait de plus en plus fort à mesure que
nous nous approchions, faisant siffler nos vêtements et fouettant nos visages.

Enfin, nous atteignîmes l'entrée du sanctuaire, une structure imposante taillée dans la roche.
Deux grandes portes de bois sombre marquaient l'entrée, ornées de symboles celtiques
complexes. Maeve et moi échangions un regard avant de nous approcher, prêts à affronter
ce qui nous attendait à l'intérieur.

Nous poussâmes les portes et pénétrâmes dans le sanctuaire. L'intérieur était sombre et
silencieux, et une atmosphère de mystère imprégnait les lieux. Des torches éclairaient
faiblement le chemin devant nous, mais la plupart semblaient éteintes depuis longtemps.

Un sentiment de malaise s’empara de moi, quelque chose clochait. Un rapide coup d’œil
vers Maeve confirma mes soupçons, elle tenait fermement son épée dans sa main, prête à
répliquer à la moindre agression.

Alors que nous avancions prudemment dans les couloirs, quelque chose m’agrippa et me fit
tomber à la renverse. Je laissai échapper un cri de surprise. Un éclair brillant attira mon
regard, une lame !

J’entendis des lames s’entrechoquer devant moi, Maeve était engagée dans un combat avec
un autre protagoniste.

Je concentrai un trait d’eau dans ma main droite et poussa de toute mes forces vers l’avant.
La cible tomba à la renverse et lâcha un hoquet de surprise. Je me relevai et plissai les yeux
pour distinguer mon agresseur. Il portait une longue tenue en cuir noir, un œil rouge dessiné
à l’avant de sa capuche noire.

Je formai une boule aqueuse dans le creux de ma main, mon adversaire siffla :

— Aonadacht, le destructeur de royaumes ! Alors c’est vrai.

Il fit une roulade sur le côté pour se remettre sur pieds et commença à courir vers l’entrée
du sanctuaire.
— Ne le laisse pas fuir ! me cria Maeve.

Je lançai mon projectile en direction de l’assassin, il l’esquiva de justesse, puis disparu


derrière les portes.

Je me retournai vers ma coéquipière, entendis un gargouillis, suivi d’une gerbe de sang. La


tête du second agresseur était traversé par l’épée courte de Maeve. Elle retira son arme,
l’assassin tomba à la renverse. Elle essuya sa lame sur les vêtements du corps sans vie puis
commença à l’inspecter.

— Je suis désolé Maeve. Commençai-je. Je l’ai laissé fuir.


— On s’inquiètera de ça plus tard, me coupa-t-elle. Le royaume de Balor est maintenant
au courant de ton existence. Comment savaient-ils que nous viendrions ici ?
— Je ne sais pas, peut-être qu’ils ont posté des assassins à tous les sanctuaires.
Répondis-je.
— Si c’est le cas, notre voyage vient de grimper d’un cran dans l’échelle du danger. Finit-
elle.

Elle arracha la ceinture du cadavre, puis le traina jusque dans un coin de la salle.

— Trouvons l’esprit de l’air et allons-nous-en. Me dit-elle.

J’acquiesçai, puis nous reprîmes notre chemin dans le sanctuaire.

Quelques dizaines de mètres plus loin, un courant d’air froid vint nous glacer les os. Maeve
me signifia que nous approchions du but.

Nous arrivâmes dans une salle gigantesque à ciel ouvert. Une colonne tout aussi titanesque
s’élevait jusqu’à disparaître dans les nuages. Des escaliers en colimaçon remontaient autour
de cette dernière.

Mon cœur rata un battement.

— On va devoir monter jusqu’au sommet ? dis-je en connaissant la réponse.


— C’est ici que commence ton épreuve Aaron. Répondit Maeve. C’est un lieu sacré, je
n’ai pas le droit de monter avec toi.
Aonadacht

Maeve fut incapable de m’en dire plus sur cette tour. Je supposai que c’était une épreuve
d’endurance et de détermination, monter encore et toujours sans en voir le bout.

Je commençai à grimper armé de mon courage.

Au bout d’une heure, l’ascension devint de plus en plus compliquée. Je risquai un regard en
bas, le sol était invisible, la moindre chute serait synonyme de mort. L’air se raréfiai, chacun
de mes pas était un plus lent et lourd.

Je perdis le compte des heures, sinon que le soleil était en train de se coucher. Le vent glacial
me rappelait chaque seconde qu’il fallait que j’atteigne le sommet ou que je trouve un abri si
je ne voulais pas mourir d’hypothermie. Malheureusement, aucun creux dans la colonne
démesurément grande me permettait de me réfugier.

— Un creux ! m’écrai-je.

Un sentiment de désespoir m’envahit. Ce n’était pas un trou dans la colonne qui m’arrêtait
dans mon chemin, mais devant moi. Des escaliers étaient manquants. J’avais faim et froid. Je
ne pouvais pas faire demi-tour et je ne pouvais plus progresser. Le vide abyssal devenait une
option de plus en plus séduisante.
Je me tenais là, face à l'obstacle infranchissable des escaliers manquants, un mélange de
frustration et de désespoir s'empara de moi. J'avais parcouru un long chemin pour arriver
jusqu'ici, et maintenant, mon ascension semblait être stoppée net.

Je contemplai le vide sous mes pieds, sentant le vertige me saisir alors que le vent soufflait
froidement autour de moi. La nuit tombait lentement, ajoutant une dimension
supplémentaire d'obscurité à mon environnement déjà menaçant.

Je m'agenouillai au bord du vide, examinant attentivement les parois lisses de la colonne de


pierre. Mes doigts glissèrent sur la surface rugueuse alors que je cherchais quelque chose,
n'importe quoi, qui pourrait me donner une chance de progresser.

C'est alors que je sentis une légère saillie sous mes doigts, à peine perceptible mais
suffisante pour agripper. Avec prudence, je mis tout mon poids sur cette prise précaire,
sentant mes muscles se tendre alors que je me hissais lentement vers le haut.

Une fois que j'eus atteint une certaine hauteur, je me rendis compte que je pourrais peut-
être utiliser cette méthode pour escalader la colonne jusqu'aux prochains escaliers. C'était
risqué, mais c'était aussi ma seule chance de réussir cette épreuve.
Je me mis à grimper, cherchant des prises où je pouvais, m'accrochant désespérément à la
paroi de pierre lisse. Chaque mouvement était lent et calculé, chaque instant rempli de
tension alors que je luttai pour progresser.

Arrivé à mi-chemin, mes muscles tremblaient de fatigue, mes mains étaient écorchées. Une
bourrasque me déséquilibra, je sentis mes pieds glisser. Mes mains gelées tenaient à peine
sur leur prise pendant que mes jambes battaient dans le vide.

Je sentis l’étreinte glaciale de la mort arriver. Je fermai les yeux et attendis que la chute
fatale. Au moment ou le vide m’aspirai, une énergie en moi monta d’un coup. Je projetai
mes mains vers le sol et envoyai un long filet d’eau sous mes pieds, l’eau gela
instantanément et forma une petite plate-forme qui amortit ma chute, je tombai
lourdement sur les genoux. J’étais en vie.

Je repris mon souffle, il fallait réagir vite car mon corps tremblait de froid, je commençai à
avoir sommeil malgré l’adrénaline qui courrait dans mes veines. L’hypothermie me guettait.

J’eu mon idée de génie à ce moment. Je créai des petites marches devant moi avec l’eau
gelée pour combler le trou et rejoindre la suite de l’ascension. Une fois en sécurité sur les
marches en pierre, j’usai de mes dernières forces pour me créer une bulle gelée pour
m’abriter du vent et du froid, et fit un petit feu pour me réchauffer.

Je m’endormis rapidement, emmitouflé dans ma cape après avoir ingurgité mon repas de
fortune.

Les premières lueurs du jour me réveillèrent. J’étais courbaturé de mes efforts de la veille,
mais plein de confiance d’avoir su exploiter mes pouvoirs pour rester en vie.

Je soufflai un grand coup, puis m’extrayais de mon abri de fortune et me remis en marche. Je
remarquai que l’ascension était moins difficile que la veille, mon corps devait s’habituer au
manque d’oxygène. Je passais les deux jours suivants à grimper cet escalier interminable. Je
me demandais de temps en à autre si Maeve était restée au bas de l’escalier, ou si elle me
croyait mort et était rentrée chez elle.

Ce n’est qu’après avoir traversé une longue brume au début du quatrième jour que je me
rendis compte que j’étais passé au-dessus des nuages. Je plissai les yeux, la lumière du jour
m’aveuglait. En levant la tête, j’aperçu le sommet de la tour, entièrement dorée et
magnifiquement ouvragée.

La fatigue m’empêchait de grimper les marches quatre à quatre mais c’est avec une vigueur
renouvelée que je repris mon chemin.

Arrivé au sommet, je posais le pied dans la tour. Une forme brumeuse bougeait lentement
devant moi.

— Bienvenue Aonadacht. Me dit-elle dans un murmure parfaitement audible.


Je fixai la forme brumeuse devant moi, incertain de ce que j'étais en train de voir. Était-ce
l'esprit de l'air, Aerádan, dont Oromis m'avait parlé ? La voix semblait provenir de cette
entité, mais je ne pouvais distinguer de traits clairs dans la brume qui dansait devant moi.

— Es-tu Aerádan ? demandai-je, ma voix tremblant légèrement d'émotion et de fatigue.

La forme brumeuse sembla se mouvoir lentement, comme si elle acquiesçait. Une sensation
de calme et de sérénité m'envahit alors que je me tenais là, au sommet de la tour, face à cet
être éthéré.

— Je suis venu demander votre aide, continuai-je, cherchant des réponses dans les
méandres de la brume.

La voix murmura à nouveau, cette fois-ci avec un ton empreint de sagesse et de mystère.

— Je vais te la donner, Aonadacht. Car tel est mon rôle.


— Excusez-moi, l’interrompis-je. Mais je m’appelle Aaron.
— Tu es Aonadacht, cela signifie « unité ». Tu es celui qui mettra un terme au monde tel
qui l’est, et qui le transformera en celui qu’il doit être.

Mon épuisement était tel que j’étais incapable de saisir tout ce que l’entité me transmettait.

Il reprit :

— Je vais te confier mon essence, trouve celle de mes frères et présente-toi devant
Anam Aonad, celui qui fait un de la multitude, celui qui transforme l’unité en
multitude.

La forme brumeuse sembla se fondre dans l'air, se dissipant lentement jusqu'à ce qu'il ne
reste plus qu'une légère brise. Les mots qui suivirent semblaient porter sur le vent lui-même,
chuchotant à travers les courants invisibles.

— La force se trouve en toi, Aonadacht. Regarde au plus profond de ton âme, trouve ce
qui te motive, ce qui te rend fort. Et souviens-toi toujours que même dans les
moments les plus sombres, tu n'es jamais seul. C'est là que réside la véritable force.

Je sentis un courant d’air entrer en moi, les paroles s'estompèrent lentement, emportées
par le vent qui soufflait doucement autour de moi. Je restai là, au sommet de la tour,
contemplant le paysage étendu devant moi, rempli d'une nouvelle détermination et d'une
nouvelle confiance en moi-même.

Je m'agenouillai alors, fermant les yeux et laissant les paroles de l'esprit de l'air résonner en
moi.
Le sol se déroba sous mes pieds, m’entrainant dans une chute infinie depuis le toit du
monde.

— L’unité vient de la multitude, la multitude provient de l’unité. Entendis-je à l’intérieur


de mon crâne.

La panique laissa la place à la concentration, c’était la dernière étape de mon épreuve.

Je réfléchi à toute vitesse, il ne me restait que quelques secondes avant de connaitre un sort
funeste et un contact plus que désagréable avec le sol du sanctuaire. Mon corps virevoltait
dans tous les sens.

Je pensai d’abord à créer un mur de vent pour freiner ma chute, mais si je mettais trop de
force, je pourrais m’expédier loin d’ici. Si je n’en mettais pas assez je m’écraserais au sol.

Je joignis mes mains en canalisant de l’eau dans l’une, de l’air dans l’autre, et je me servis de
la même technique que pour l’ascension. Je créai un toboggan en rafraichissant l’eau avec
de l’air glacé.

Alors que je dévalais le toboggan improvisé, l'adrénaline pulsait dans mes veines, mêlée à
une tension palpable alors que je cherchais désespérément à contrôler ma descente. La
vitesse augmentait à chaque seconde, le vent sifflant à mes oreilles dans un crescendo de
sonorités vertigineuses.

Enfin, j'atteignis le sol du sanctuaire, roulant quelques mètres avant de m'arrêter


brusquement. Mon corps était entier, aucune blessure majeure à déplorer. Un sentiment de
soulagement m'envahit, suivi d'une vague de gratitude envers l'esprit de l'air qui m'avait
accordé cette chance.

Je me relevai lentement, prenant quelques instants pour reprendre mon souffle et me


remettre de cette épreuve intense.

Maeve sursauta en me voyant apparaître si soudainement.

— J’ai réussi ! m’écriai-je.

Une expression d’incrédulité balaya son visage. Puis repris ses esprits avant de me lancer :

— Quatre jours ! J’ai failli partir en te pensant mort.


— Mais tu m’as attendu, répondis-je euphorique.
— Une heure de plus et je n’étais plus là. Fit-elle avec une moue désapprobatrice.
— Mais tu es là. Mon visage n’arborait plus que cette expression de joie.

Elle me fit ce regard de tueuse dont elle seule avait le secret. Ce qui, en temps normal
suffisait à me faire taire. Mais cette fois, je lui rendis un sourire nigaud.
Elle me fixa quelques secondes, puis leva les yeux au ciel avant de me lancer :

— Prépare-toi. Nous devons nous dépêcher si nous voulons arriver à Maorlann avant la
nuit. J’ai envie d’un bon lit et d’un bain chaud.

J’aperçus un petit sourire sur le coin des lèvres de ma coéquipière.


Incompréhension
Alors que je fanfaronnais encore sur le chemin vers Maorlann, je racontais avec le plus de
détails possibles mon ascension et ma rencontre avec l’esprit de l’air à ma coéquipière.
J’étais épuisé physiquement, mais mon moral au beau fixe me tenait debout. L’idée d’un
bain chaud et d’un lit renforçait chacun de mes pas.

Nous nous approchions du village, ou plutôt du hameau. Il n’y avait que quelques maisons
dispersées. Les toits en chaume étaient recouverts d’une fine couche de neige. Les
cheminées fumantes se distinguaient nettement à travers la brume permanente.

— Nous approchons de l’auberge, intervint Maeve. Même s’il ne se passe rien ici, c’est
un point important pour les pèlerins qui viennent rendre hommage aux esprits.

J’acquiesçait en silence. L’appel du repas chaud se faisait sentir de plus en plus. Nous
arrivâmes à l’auberge. Une femme plutôt grande et assez ronde nous accueillit avec un
grand sourire.

— Bienvenue à l’auberge du Pied enneigé ! Je vous demande de patienter une petite


minute et je suis à vous.

Elle nettoyait une table avec vigueur, ses bras très musclés ne laissaient aucune chance aux
tâches de gras qui avaient séché durant la journée. Son ventre rebondi que j’avais
initialement pris pour de l’embonpoint ne l’était pas. Elle était enceinte, à un stade avancé.
Elle s’essuya les mains avec un torchon puis s’adressa à nous :

— Que puis-je faire pour vous ? Si vous souhaitez une chambre pour la nuit vous ne
pouvez pas mieux tomber, elles ont été nettoyées ce matin.

Parce qu’elles ne sont pas nettoyées tous les jours ? Me demandais-je intérieurement.

— Nous souhaitons nous restaurer, un bain chaud et deux chambres pour cette nuit.
Répondis Maeve.
— Très bien, je vais tout de suite demander à mon mari de mettre de la neige propre
pour votre bain. Installez-vous à une table, je vous apporte une soupe et un peu de
cochon grillé.

Nous nous installâmes près de la cheminée, mes doigts gelés retrouvaient peu à peu leur
motricité. Maeve quant à elle, ne semblait pas le moins du monde incommodée par la
rudesse du climat.

— Je ne t’ai pas demandé quand nous étions là-haut, mais qu’à tu fais pendant les
quatre jours de mon ascension ?
— J’ai inspecté le corps de l’assassin en détail, c’était bien un balorien, la tenue avec
l’œil unique du cyclope Balor sur la capuche était déjà une preuve. Mais il avait aussi
les scarifications rituelles des guerriers d’élite du royaume de l’ouest. C’est dommage
que tu aies raté le deuxième, mais nous n’aurions pas pu l’interroger, celui que j’ai
exécuté avait une petite fiole de poison sur lui. Pour eux, elle ne sert que s’ils sont
capturés. J’ai aussi attendu, beaucoup attendu.

Elle sortit cette dernière phrase en me regardant droit dans les yeux, mais sans le mordant
habituel. L’espace d’une seconde, je pus déceler une trace d’inquiétude dans les siens.

— Est-ce habituel que les ennemis se baladent en Dánann ? Lui demandai-je.


— Pas aussi profondément dans les terres. C’en est même inquiétant, les Guerriers
Soilse ont-ils arrêtés de surveiller les frontières ? Le royaume de Balor a-t-il trouvé un
passage que nous ne connaissons pas pour s’infiltrer ? Elle s’arrêta un instant pour
réfléchir, puis reprit : Je pense que nous devrions faire un détour par Avalonia, la
capitale. Je connais le chef de l’armée royale, Aodhán. Peut-être qu’il pourra nous
donner des informations. Le temps joue contre nous Aaron.
— Y-a-t ’il un sanctuaire à Avalonia ? Nous pourrions faire d’une pierre deux coups. Lui
demandai-je.
— Il y en a même deux. Mais seul le petit te sera accessible. Le sanctuaire royal n’est
ouvert qu’aux rois, Donc Eamon Dánann, le roi actuel. Me répondit-elle.

L’aubergiste revint avec de grands bols et un plat qui sentait bon le porc braisé.

— Restaurez-vous jeunes gens, votre bain sera à température quand vous aurez fini
votre repas. Nous dit-elle.

Elle repartit ensuite derrière le grand comptoir en bois. Nous finîmes notre repas en silence.
Maeve termina avant moi, elle m’indiqua qu’elle allait prendre son bain. Je lui fis un signe de
la tête en guise de réponse et me concentrai sur le reste de mon plat, savourant chaque
bouchée comme si elle était un réconfort pour l'âme. Une fois mon estomac satisfait, je me
levai à mon tour, laissant derrière moi la table désormais vide. L'auberge était paisible, le
crépitement du feu dans la cheminée et le doux murmure des conversations lointaines
donnaient à l'endroit une ambiance chaleureuse et accueillante malgré le froid mordant de
l'hiver.

Je me dirigeai vers les chambres indiquées par l'aubergiste, la perspective d'un bain chaud et
d'un lit douillet apaisait mes muscles endoloris et mon esprit fatigué. Arrivé à ma chambre,
j'ouvris la porte avec précaution et fus accueilli par une vague de chaleur réconfortante. La
pièce était simple mais confortable, avec un lit moelleux au centre et une petite table près
de la fenêtre.

Je me déshabillai rapidement et me glissai dans le bain chaud, laissant la chaleur apaiser mes
muscles endoloris. L'eau était revigorante, chassant peu à peu la fatigue accumulée au cours
des derniers jours. Je restai là, immergé dans le silence paisible de la chambre, laissant mes
pensées divaguer librement.

Après un certain temps, je sortis du bain, me séchai soigneusement et m'habillai de


vêtements propres et secs. Le lit m'appelait, et je m'y glissai avec un soupir de soulagement,
laissant la fatigue de l'aventure m'emporter dans un sommeil réparateur.
Alors que je sombrais dans les bras de Morphée, une pensée traversa brièvement mon esprit
: demain serait un nouveau jour, et le trajet jusqu’à Avalonia ne serait pas de tout repos.

Je fus réveillé par des cris, il faisait nuit noire. J’entendis Maeve dans la chambre à coté se
lever et se précipiter vers la porte. Je fis de même. Elle passa juste devant moi en direction
des escaliers, glaive en main. Je lui emboitai le pas. Nous arrivâmes dans la salle commune,
la fenêtre près du comptoir vola en éclat.

L’aubergiste était ramassée dans le coin opposé. La porte s’ouvrit en grand, un homme, l’air
paniqué cria :

— Fuyez ! Nous sommes…

Une lame lui traversa la gorge, un épais jet de sang jaillit quelques secondes plus tard.
Lorsqu’il tomba au sol, il laissa place à une ombre noire qui passa le pas de la porte, puis une
deuxième. C’étaient les mêmes assassins que nous avions rencontré dans le sanctuaire
d’Aerádan.

— Ou est le destructeur de royaumes ? Beugla l’un deux en direction de l’aubergiste, il


avançait vers elle le sabre encore rougit par le sang.
— De quoi parlez-vous ? répondit-elle en larmes.

Maeve quant à elle, engagea le combat avec le deuxième. Sa tenue était en tout point
identique aux assassins balorien, à l’exception que l’œil sur la capuche était doré. Je me
posais devant la femme apeurée et répondit :

— Devant toi.

Le combat faisait rage entre Maeve et son opposant. Chacun bloquait le coup de l’autre. Les
contre-attaques de l’un se soldait systématiquement par l’esquive de l’autre. C’était comme
une danse, presque hypnotisante. Leur niveau était équivalent. Maeve trouva une ouverture
et mis à terre l’ombre noire devant elle. Son adversaire roula sur lui-même et lui lança une
chaise pour l’empêcher de porter un coup fatal et se remit sur pied. Le raclement de leurs
lames l’une contre l’autre dégageaient un son strident.

— Tu ne peux pas être celui que nous cherchons gamin. Ne joue pas au héros, tu y
perdrais la vie. Me lança l’homme devant moi.
— N’approche pas ! lui répondis-je. Ou c’est toi qui risqueras ta vie. Ma marge de
manœuvre était faible, quelques mètres seulement nous séparaient.
Je vis un rictus de satisfaction se dessiner sur le visage de l'homme devant moi, comme s'il
appréciait le défi que je lui lançais. Ses yeux brillaient d'une lueur malsaine, et je sentis une
vague de crainte parcourir mon échine. Mais je refusai de reculer, même face à l'adversité la
plus terrifiante.
Pendant ce temps, Maeve continuait son combat acharné, chaque mouvement calculé,
chaque coup porté avec une précision mortelle. Je pouvais sentir l'intensité du combat
même depuis ma position, et je priais silencieusement pour sa sécurité.
L'homme en face de moi avança lentement, son regard fixé sur moi comme s'il cherchait à
percer mon âme. J’étais désarmé, je n’avais pas eu la présence d’esprit de sortir de ma
chambre avec elle.
Soudain, un cri déchirant résonna dans la salle, et je vis Maeve trébucher sous le coup brutal
de son adversaire. Mon cœur se serra d'angoisse, mais je savais que je devais me concentrer
sur ma propre bataille.
L'homme devant moi profita de cette distraction pour se rapprocher encore plus, son arme
brandie haut. Je sentis l'adrénaline pulser dans mes veines alors que je me préparais à
l'affrontement imminent.
Dans un élan de courage mêlé de désespoir, je lançai une attaque rapide, visant à le
désarmer. Mais il anticipa mes mouvements avec une agilité surprenante, parant chaque
coup avec une facilité déconcertante.
La tension dans la pièce était palpable, l’entrainement que Maeve m’avait fourni me
permettait de ne pas mourir au premier coup, mais je ne savais pas combien de temps je
pouvais tenir. Je me concentrai sur chaque mouvement, cherchant désespérément une
ouverture dans la défense de mon adversaire.
Soudain, dans un éclair de lucidité, je vis une opportunité. Avec toute la force qu'il me
restait, je lançai une attaque déterminée, visant directement son menton. L’assassin me vit
venir, et se décala légèrement et contre attaqua.
Je m’étais interdit l’usage de la magie, sauf en cas d’extrême nécessité. Plus de gens au
courant signifiait plus de danger. Mais c’était un cas désespéré, je concentrai la magie de l’air
dans ma main gauche et la projeta de toutes mes forces devant moi. L’impact vu si violent
que j’entendis le squelette de mon adversaire craquer, puis il traversa la fenêtre en volant et
atterrit, inerte sur le sol enneigé de l’auberge.
Un silence pesant s'abattit sur la pièce. Je repris mon souffle, le cœur battant la chamade,
réalisant à peine que j'avais survécu à cet affrontement.
Mais mon soulagement fut de courte durée, car je réalisai que Maeve était toujours en
danger. Je me précipitai vers elle, prêt à lui prêter main-forte dans sa lutte désespérée.
Elle était adossée au mur, mais dans toute sa maitrise martiale, elle réussit à déséquilibrer
son adversaire. Je vis qu’il attrapait une dague cachée derrière son dos. Je criai :
— Maeve, attention ! Il va t’attaquer de l’autre main !
L’assassin s’immobilisa un instant et chuchota :
— Maeve ?
Le temps d’hésitation suffit à ma coéquipière pour réagir et donna un coup tranchant. Le
tueur réagit pour se replacer mais elle l’entailla à l’avant-bras. Il étouffa un cri de douleur.
Renversa une table puis s’enfuit dans de l’auberge pour disparaître dans l’obscurité de la nuit.
Je me précipitai vers Maeve :
— Tu vas bien ? Je n’avais jamais vu quelqu’un te mettre en difficulté dans un combat.
— Ça va, me répondit-elle en reprenant son souffle.
— Il se battait comme toi, j’avais l’impression que tu combattais ton double, lui dis-je.
Maeve serra les dents, son regard reflétait son incompréhension. Elle rangea son épée dans
son fourreau puis déclara les larmes aux yeux :
— Je ne connais qu’une seule autre personne qui utilise ma technique de combat, mais
c’est impossible.

Monotonie

Des dizaines de questions se bousculaient dans ma tête. Une seule sortit de ma bouche.

— Pourquoi ton père t’aurait attaqué ? demandais-je.


Maeve prit une minute pour récupérer, faire le tri de ses idées, puis répondit :

— Je ne sais pas, et ce n’est pas le plus important.

Je sentais que derrière ce masque de détermination qu’elle arborait en permanence, son


assurance fléchissait. Alors qu’elle allait ajouter quelque chose, un bruit de pas retentit
derrière nous.

Nous nous retournâmes vivement pour découvrir l'aubergiste, visiblement secouée par
l'attaque qui venait de se dérouler dans son établissement.

— Êtes-vous deux blessés ? s'enquit-elle, son regard passant rapidement sur Maeve et
moi.
— Non, nous allons bien, répondis-je d'une voix rassurante. Mais avez-vous été
touchée ? Elle tenait son ventre rebondit autour de ses bras. Votre bébé, il va bien ?
Je me mordis la langue après avoir posé cette question idiote.

Elle secoua la tête, mais son expression trahissait son inquiétude.

— Ce n'est rien, juste quelques égratignures, le bébé va bien, juste un peu secoué, tout
comme moi. Elle reprit, ces hommes étaient des baloriens. Alors c’est vrai,
Aonadacht s’est éveillé ? Elle se tourna vers moi. Les esprits vous ont confié leur
pouvoir, vous allez enfin nous libérer de la menace de l’est et de l’ouest.

Une lueur d’espoir s’était allumée dans son regard. Je bafouillai :

— Et bien, je… c’est un peu plus compliqué que ça. Je ne suis pas sûr que…

Maeve me donna un léger, mais douloureux coup de coude dans les côtes, puis se tourna
vers l'aubergiste.

— Nous sommes désolés pour tout cela, mais nous devons partir au plus vite. Ces
hommes étaient des assassins, et ils nous poursuivent. Nous devons rejoindre
Avalonia au plus vite pour obtenir de l'aide, expliqua-t-elle rapidement.

L'aubergiste hocha la tête, semblant comprendre la gravité de la situation.

— Allez-vous-en, je m'occuperai de tout ici. Je connais un prêtre de Bénélus à Avalonia,


il vient de temps à autre se recueillir au sanctuaire. Frère Raynard est un homme
bon, et sage. Allez le voir de ma part, il pourra sûrement vous aider. Faites attention à
vous, et que les esprits veillent sur vous, murmura-t-elle, ses paroles empreintes de
sincérité.

Nous la remerciâmes rapidement avant de monter récupérer nos affaires, puis nous sortîmes
de l’auberge. Alors que nous passions devant le cadavre encore chaud de l’assassin que
j’avais supprimé, Maeve s’arrêta pour le fouiller. Elle me jeta un regard que je ne pus
déchiffrer.
— Quelle puissance a tu mis dans ton attaque ? Ses os sont en miettes.

Elle appuya légèrement sur le torse du balorien, il s’affaissa de plusieurs centimètres,


provoquant des craquements sourds, du sang coagulé sortit par tout ses orifices visibles. Je
détournai le regard et réprimai un haut le cœur.

— Je crois que c’est bon Maeve, tu peux arrêter de faire ça, lui dis-je, la paume de la
main devant ma bouche. C’est nouveau pour moi, je ne contrôle pas encore la
puissance de cette magie.
— Mais je suis impressionnée, répondit-elle avec amusement, tu avais peur de ton
ombre il y a encore quelques mois, et maintenant tu transformes des gens en
bouillie !
— Fais ce que tu as à faire avec lui et allons-y ! dis-je avec empressement.

Maeve finit son inspection puis se releva, prête à partir. Nous finîmes la nuit dans une grotte
à l’écart du village. Nous ne voulions pas attirer à ses habitants plus d’ennuis qu’il n’en
avaient déjà eus.

Les deux semaines de marche qui nous séparaient d’Avalonia furent particulièrement
morne.
La tension qui planait sur nous après l'attaque à l'auberge rendait chaque pas plus lourd,
chaque moment de silence plus pesant. Maeve et moi étions plongés dans nos pensées,
chacun absorbé par nos propres préoccupations et interrogations.

Pour ma part, je me torturais l'esprit avec les révélations troublantes de Maeve concernant
son mentor et la possibilité que son propre père soit derrière l'attaque. C’était comme si
quelqu’un s’amusait à donner un coup de pied dans le puzzle à chaque nouvelle pièce que
nous arrivions à placer. Les zones d’ombres se faisaient plus sombres à chaque nouvel
évènement.

Quant à Maeve, je pouvais voir qu'elle était profondément troublée par la découverte de
l'assassin portant une tenue similaire à la sienne. Son habituelle assurance semblait vaciller,
et je me demandais ce qui se passait dans son esprit.

Nous faisions de notre mieux pour éviter les ennuis en restant discrets et en nous tenant à
l'écart des routes principales. Nous campions dans des endroits isolés, nous reposant la nuit
et reprenant notre marche au lever du jour.

Les paysages que nous traversions étaient magnifiques mais austères, témoignant de la
rudesse du climat et des conditions de vie dans ces terres reculées. La neige recouvrait
souvent le sol, ajoutant à l'atmosphère glaciale qui régnait autour de nous.

Un matin, alors que je faisais ma toilette au bord d’un ruisseau, j’entendis une voix
féminine :

— Je crois en toi Aonadacht, chacun de nous croit en toi.


Je poussai un petit cri et me relevai. Je regardai à gauche, puis à droite.

— Qui est là ? demandai-je.


— Je suis Nereus, tu as fait du chemin depuis ta chute dans le fleuve. Mais ce qui
t’attends devant toi est plus ardu encore.

Une forme apparue à la surface de l’eau claire. Une femme, nue, d’une beauté surnaturelle.
Je restai immobile, les yeux écarquillés, à contempler la silhouette éthérée qui émergeait des
eaux cristallines du ruisseau. La femme semblait faite de lumière et de reflets, ses traits
délicats se dessinant avec une grâce envoûtante.

— Nereus ? répétai-je, incertain de ce que je voyais.

La femme sourit, ses yeux pétillant d'une sagesse intemporelle.

— Oui, l'esprit des eaux, celle qui veille sur ces terres depuis des temps immémoriaux.

Je restai muet, incapable de comprendre ce qui se passait. Étais-je en train de rêver ? Étais-je
devenu fou ?

— Que veux-tu de moi ? demandai-je finalement, essayant de reprendre contenance.

Nereus inclina légèrement la tête, comme si elle lisait mes pensées.

— Je suis ici pour te guider, Aonadacht, pour t'aider à trouver ton chemin dans ce
monde tourmenté. Les épreuves que tu vas affronter seront nombreuses, mais tu
possèdes en toi la force nécessaire pour les surmonter.

Je sentis une bouffée de courage m'envahir, chassant en partie la confusion qui m'habitait.

— Que dois-je faire ? demandai-je, avide de conseils.

Nereus esquissa un sourire empreint de bienveillance.

— Écoute ton cœur, Aonadacht, et laisse les énergies de ce monde te guider. Tu


possèdes un pouvoir immense, mais ce n'est qu'en te connectant avec ton être
intérieur que tu pourras en exploiter tout le potentiel.

Je hochai lentement la tête, absorbant ses paroles avec une avidité nouvelle. Peut-être que
cette rencontre étrange était exactement ce dont j'avais besoin pour trouver ma voie dans
ce monde en proie au chaos.

— Merci, Nereus, murmurai-je, sentant un sentiment de gratitude monter en moi.

La femme s'inclina légèrement, puis se dissipa lentement dans les eaux du ruisseau, laissant
derrière elle un sentiment de paix et de détermination.
Je restai là, les yeux fixés sur le cours d’eau qui s’écoulait d’un calme régulier.

— Tu ne sauveras pas le royaume en fixant l’eau comme ça, intervint Maeve.

Je me retournai vers elle, leva le doigt en direction de du ruisseau, mais je me ravisai. Je


préférai garder cette entrevue pour moi.

— Tu as raison, répondis-je. Mettons-nous en route.

Le paysage défilait autour de nous, les montagnes majestueuses et les vallées verdoyantes
se succédant sous le ciel immuable. Malgré la beauté de la nature qui nous entourait, une
tension persistante continuait de peser sur nos épaules, alimentée par les mystères non
résolus qui nous entouraient.

Alors que le soleil commençait à décliner à l'horizon, nous arrivâmes enfin aux portes
d'Avalonia, la grande cité qui devait être notre refuge dans cette tourmente. Les remparts
imposants se dressaient devant nous, témoignant de la force et de la résilience de ceux qui y
résidaient.

Maeve et moi échangèrent un regard déterminé, prêts à affronter ce qui nous attendait.
Avec Nereus et Aerádan comme guides invisibles et les paroles de l'aubergiste résonnant
encore dans nos esprits, nous franchîmes les portes de la ville.

Avalonia se dressait majestueusement au cœur des terres celtes, une


grande cité médiévale dont les remparts imposants semblaient défier le
temps lui-même. Dominant le paysage environnant, ses tours de guet
s'élevaient vers le ciel, témoignant de la puissance et de la grandeur de
cette cité.

Les murailles, épaisses et solides, étaient construites en pierres taillées


avec précision, formant une barrière impénétrable contre les assauts
ennemis. De larges portes en bois massif, surmontées de créneaux ornés,
constituaient les principales entrées de la ville, gardées en permanence
par des soldats vigilants.
À l'intérieur des remparts, les rues pavées serpentant entre les bâtiments
de pierre étaient animées d'une vie trépidante. Les maisons à
colombages, aux toits de chaume ou de tuiles, s'alignaient le long des rues
étroites, certaines ornées de bannières colorées flottant au gré du vent.

Au centre de la cité se dressait le château fort, un bastion de pouvoir et de


prestige surplombant les quartiers environnants. Ses tours élancées et ses
murailles épaisses abritaient les appartements du roi et de sa cour, ainsi
que les salles de banquet où se déroulaient les festivités royales.

Les échoppes et les marchés regorgeaient de marchandises variées, des


produits locaux aux objets exotiques venus de contrées lointaines. Les
artisans travaillaient le métal, le bois, le cuir et d'autres matériaux avec
habileté, créant des œuvres d'art et des outils indispensables à la vie
quotidienne.

Les églises et les temples, symboles de la foi celte, ponctuaient le paysage


urbain, leurs flèches effilées s'élevant vers le ciel comme des doigts
pointant vers les dieux. Les prêtres et les druides y officiaient, guidant le
peuple dans ses prières et ses rituels sacrés.

Avalonia était bien plus qu'une simple cité médiévale, c'était le cœur
battant d'un royaume celte, un lieu où l'histoire et la magie se mêlaient
dans un équilibre fragile, prêt à être perturbé par les événements à venir.

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