Thème 3 : LE CONTRAT : UN INSTRUMENT JURIDIQUE D’ORGANISATION DES RELATIONS
ÉCONOMIQUES DES ENTREPRISES AVEC LEURS PARTENAIRES
CH 7 : Quels sont les enjeux juridiques de la formation du contrat pour les entreprises ?
Capacités :
- Expliquer le rôle du contrat dans la sécurisation des relations de l’entreprise avec ses partenaires.
- Analyser les modalités de formation du contrat dans le cadre d’une relation économique.
Notions :
La notion d’obligation, La classification des contrats, Le principe du consensualisme, Le principe de la
force obligatoire du contrat pour les parties, Le principe de la liberté contractuelle, La négociation du
contrat, La formation du contrat, Les vices du consentement, La violence économique, Le principe de
bonne foi (négociation, formation et validité), L’action en nullité.
Le contrat constitue un instrument fondamental d’organisation de la vie économique et sociale. C’est
l’une des principales sources de nos obligations. La formation de cet accord est donc encadrée
juridiquement. Si celles-ci ne sont pas respectées, le contrat peut être déclaré non valide, et ne
produira donc pas les obligations qu’il mentionnait.
I – Le consentement est la manifestation de la volonté de contracter
1.1 La notion d’obligation et de contrat
Document n°1 :
L’entreprise Nestlé contacte un nouveau fournisseur potentiel de lait l’entreprise VertPré. S’engage
alors une négociation dans laquelle vous intervenez en tant que conseiller juridique.
Le responsable des achats, M. Bon, rencontre le responsable de l’entreprise VerPré, Mme Vayre.
Le contrat de vente devra porter sur une certaine quantité de lait, assez conséquente. C’est pourquoi
la négociation va concerner le prix mais aussi la livraison et les délais.
Art. 1101 du Code civil : Le contrat est un accord de volontés entre deux ou plusieurs personnes,
destiné à créer, modifier, transmettre ou éteindre des obligations.
Question :
Indiquez à M. Bon si un contrat est un acte ou un fait juridique en lui expliquant pourquoi.
Le contrat est un acte juridique car il y a manifestation de volonté destiné à créer volontairement
des obligations juridiques
L’obligation est un lien de droit entre des personnes, en vertu duquel l’une des parties (le créancier)
peut contraindre l’autre (le débiteur) à exécuter une prestation ou à s’abstenir.
L’obligation a pour objet une prestation présente ou future.
La jurisprudence distingue deux types d’obligations selon leur intensité :
- obligation de résultat :
Le débiteur s’engage à atteindre le résultat promis dans le contrat (ex : obligation de payer une
somme d’argent).
- obligation de moyen :
Le débiteur s’engage à faire tout son possible pour atteindre le résultat sans s’obliger à y parvenir
(ex : obligation de l’avocat lors d’un procès).
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 1
1.2 L’autonomie de la volonté
Ce principe stipule que seule la volonté est créatrice d’obligations. L’échange des consentements
suffit à former le contrat. La liberté absolue est donc à la base de la formation des contrats.
Ce grand principe a quatre conséquences : la liberté contractuelle, le consensualisme, la force
obligatoire des contrats et l’effet relatif des conventions.
1.3 La liberté contractuelle
Document n°2 :
Art. 1102 du code civil : Chacun est libre de contracter ou de ne pas contracter, de choisir son
cocontractant et de déterminer le contenu et la forme du contrat dans les limites fixées par la loi. La
liberté contractuelle ne permet pas de déroger aux règles qui intéressent l'ordre public.
Questions :
1. Rappelez à M. Bon ce qu’est la liberté contractuelle.
La liberté contractuelle correspond à la possibilité pour chacun de contracter ou non, de choisir son
contractant et de déterminer le contenu et la forme du contrat dans les limites fixées de la loi.
2. La liberté contractuelle donne-t-elle à M. Bon le droit de tout faire ?
Liberté contractuelle ne permet pas de déroger aux règles qui intéressent l'ordre public.
1.4 Le consensualisme
L’échange des consentements suffit à la conclusion du contrat. Aucune forme particulière n’est donc
exigée pour former un contrat. Sauf dans le cas de certains contrats qui obligent un formalisme
particulier (ex : le CDD en droit du travail doit être écrit).
1.5 Le principe de la force obligatoire des contrats
Les parties ont l’obligation de respecter leurs engagements. Aucune des parties ne peut se libérer de
ses engagements par sa seule volonté.
Document n°3 :
Article 1103 du code civil : Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.
Question :
Une fois le contrat formé entre M. Bon et Mme Vayre, précisez quelles seront les conséquences.
Le contrat à une force obligatoire ce qui veut qu’il faut le respecter et qu’on ne peut pas revenir en
arrière sauf si on se met d’accord, dans certains cas la loi autorise que les parties reviennent sur
leurs engagements.
1.6 Le principe d’effet relatif des contrats
En principe, les contractants ne peuvent engager qu’eux-mêmes. Un contrat ne peut produire d’effet
vis-à-vis de tiers, c’est-à-dire de personnes qui n’ont pas été parties au contrat.
Article 1199 du Code civil : « Le contrat ne crée d'obligations qu'entre les parties. Les tiers ne
peuvent ni demander l'exécution du contrat ni se voir contraints de l'exécuter, sous réserve des
dispositions de la présente section et de celles du chapitre III du titre IV. »
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 2
II – Les parties adaptent librement le contrat à leurs besoins (la négociation du contrat)
Le consentement est la rencontre d’une offre et d’une acceptation.
Les pourparlers et le principe de la bonne foi
Les pourparlers correspondent à une période exploratoire durant laquelle les futurs contractants
échangent leur point de vue, formulent et discutent leurs propositions mutuelles afin de déterminer
le contenu du contrat, sans être pour autant assurés de conclure.
Document n°4 :
Article 1104 du code civil : Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi.
Cette disposition est d’ordre public.
Article 1112 du Code civil : L'initiative, le déroulement et la rupture des négociations
précontractuelles sont libres. Ils doivent impérativement satisfaire aux exigences de la bonne foi.
En cas de faute commise dans les négociations, la réparation du préjudice qui en résulte ne peut
avoir pour objet de compenser ni la perte des avantages attendus du contrat non conclu, ni la perte
de chance d'obtenir ces avantages.
Article 1112-1 du Code civil : Celle des parties qui connaît une information dont l'importance est
déterminante pour le consentement de l'autre doit l'en informer dès lors que, légitimement, cette
dernière ignore cette information ou fait confiance à son cocontractant.
Néanmoins, ce devoir d'information ne porte pas sur l'estimation de la valeur de la prestation.
Ont une importance déterminante les informations qui ont un lien direct et nécessaire avec le
contenu du contrat ou la qualité des parties.
Il incombe à celui qui prétend qu'une information lui était due de prouver que l'autre partie la lui
devait, à charge pour cette autre partie de prouver qu'elle l'a fournie.
Les parties ne peuvent ni limiter, ni exclure ce devoir.
Outre la responsabilité de celui qui en était tenu, le manquement à ce devoir d'information peut
entraîner l'annulation du contrat dans les conditions prévues aux articles 1130 et suivants.
Article 1112-2 du Code civil : Celui qui utilise ou divulgue sans autorisation une information
confidentielle obtenue à l'occasion des négociations engage sa responsabilité dans les conditions du
droit commun.
La "bonne foi" est la croyance qu'a une personne de se trouver dans une situation conforme au droit,
et la conscience d'agir sans léser les droits d'autrui.
L’initiative, le déroulement et la rupture des négociations sont libres.
Le principe de bonne foi s’applique à tout moment, de même que l’obligation d’informer et le devoir
de confidentialité.
Tout litige durant les pourparlers, s’il entraine un préjudice, pourra être réparé par une action en
responsabilité civile extracontractuelle (Art. 1240 C. civ.), le dédommagement ne devra pas
compenser la perte des avantages attendus du contrat non-conclu (Art. 1112 C. civ.)
Lors de la formation du contrat, les parties sont donc soumises à un devoir d’information
précontractuelle (art 1112-1 Code civil) (ce devoir d’information ne porte pas sur l’estimation de la
valeur de la prestation), et un devoir de loyauté (ne pas agir avec hypocrisie ni intention de nuire).
Document n°5 :
M. Bon revient vers vous avant son rendez-vous avec Mme Vayre. En effet, lors des négociations, M.
Bon va devoir révéler des informations importantes à celle-ci et il craint que ces informations ne
tombent entre les mains de ses concurrents.
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 3
Question :
Comment pouvez-vous rassurer M. Bon ?
Il y a une obligation de bonne foi, l’obligation d’information et l’obligation de confidentialité. Ces
obligations existent dès les pourparlers.
III – La formation du contrat
Document n°6 :
Article 1113
Le contrat est formé par la rencontre d'une offre et d'une acceptation par lesquelles les parties
manifestent leur volonté de s'engager.
Cette volonté peut résulter d'une déclaration ou d'un comportement non équivoque de son auteur.
Article 1114
L'offre, faite à personne déterminée ou indéterminée, comprend les éléments essentiels du contrat
envisagé et exprime la volonté de son auteur d'être lié en cas d'acceptation. A défaut, il y a
seulement invitation à entrer en négociation.
Article 1120
Le silence ne vaut pas acceptation, à moins qu'il n'en résulte autrement de la loi, des usages, des
relations d'affaires ou de circonstances particulières.
Article 1121
Le contrat est conclu dès que l'acceptation parvient à l'offrant. Il est réputé l'être au lieu où
l'acceptation est parvenue.
Article 1122
La loi ou le contrat peuvent prévoir un délai de réflexion, qui est le délai avant l'expiration duquel le
destinataire de l'offre ne peut manifester son acceptation ou un délai de rétractation, qui est le délai
avant l'expiration duquel son bénéficiaire peut rétracter son consentement.
Question :
D’après le document 6, à quel moment y a-t-il consentement ?
Le consentement est formé dès lors que l’offre et l’acceptation se rencontrent.
La loi ou le contrat peut prévoir un délai de réflexion, c’est-à-dire un délai pendant lequel
le destinataire de l’offre ne peut pas donner son acceptation et un délai de rétractation,
c’est-à-dire un délai pendant lequel celui qui a accepté l’offre peut revenir sur son
engagement (par exemple le délai de rétractation est de 14jours lors de ventes à distance).
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 4
IV - CLASSIFICATION DES CONTRATS
Document n°7 : Extraits du code civil
Article 1105
Les contrats, qu'ils aient ou non une dénomination propre, sont soumis à des règles générales, qui sont l'objet du présent
sous-titre.
Les règles particulières à certains contrats sont établies dans les dispositions propres à chacun d'eux.
Les règles générales s'appliquent sous réserve de ces règles particulières.
Article 1106
Le contrat est synallagmatique lorsque les contractants s'obligent réciproquement les uns envers les autres.
Il est unilatéral lorsqu'une ou plusieurs personnes s'obligent envers une ou plusieurs autres sans qu'il y ait
d'engagement réciproque de celles-ci.
Article 1107
Le contrat est à titre onéreux lorsque chacune des parties reçoit de l'autre un avantage en contrepartie de celui
qu'elle procure. Il est à titre gratuit lorsque l'une des parties procure à l'autre un avantage sans attendre ni recevoir de
contrepartie.
Article 1108
Le contrat est commutatif lorsque chacune des parties s'engage à procurer à l'autre un avantage qui est regardé comme
l'équivalent de celui qu'elle reçoit.
Il est aléatoire lorsque les parties acceptent de faire dépendre les effets du contrat, quant aux avantages et aux
pertes qui en résulteront, d'un événement incertain.
Article 1109
Le contrat est consensuel lorsqu'il se forme par le seul échange des consentements quel qu'en soit le mode d'expression.
Le contrat est solennel lorsque sa validité est subordonnée à des formes déterminées par la loi. Le contrat est réel
lorsque sa formation est subordonnée à la remise d'une chose.
Article 1110
Le contrat de gré à gré est celui dont les stipulations sont librement négociées entre les parties.
Le contrat d'adhésion est celui dont les conditions générales, soustraites à la négociation, sont déterminées à l'avance
par l'une des parties.
Article 1111
Le contrat cadre est un accord par lequel les parties conviennent des caractéristiques générales de leurs relations
contractuelles futures. Des contrats d'application en précisent les modalités d'exécution.
Article 1111-1
Le contrat à exécution instantanée est celui dont les obligations peuvent s'exécuter en une prestation unique.
Le contrat à exécution successive est celui dont les obligations d'au moins une partie s'exécutent en plusieurs
prestations échelonnées dans le temps.
Remarque :
Le contrat cadre est donc un contrat qui fixe, comme son nom l’indique, le « cadre » de la conclusion de
contrats futurs, les contrats d’application ; le contrat-cadre appelle la conclusion de contrats d’application, en
en fixant d’ores et déjà certaines conditions.
Le contrat nommé a une dénomination propre. Son régime est fixé par un texte. Exemple : le contrat de travail,
le contrat de vente.
Le contrat innommé ne rentre pas dans une catégorie prévue par la loi et n’est pas réglementé par une loi.
Certains sont devenus des contrats nommés (le crédit-bail par exemple).
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 5
Typologie des contrats
Le contrat … ...s'oppose au
De gré à gré Le contrat de gré à gré est celui dont les Contrat Le contrat d'adhésion est celui dont les
conditions sont librement négociées entre les d'adhésion conditions générales, soustraites à la
parties. négociation, sont déterminées à l'avance par
l'une des parties. (Ex : contrats
d’abonnements, d’une salle de sport etc.…)
Synallagmatique Le contrat est synallagmatique lorsque les Contrat Il est unilatéral lorsqu'une ou plusieurs
contractants s'obligent réciproquement les uns unilatéral personnes s'obligent envers une ou plusieurs
envers les autres. (Ex : contrat de vente) autres sans qu'il y ait d'engagement
réciproque de celles-ci. (Ex : le testament)
À titre onéreux Le contrat est à titre onéreux lorsque chacune Contrat à Il est à titre gratuit lorsque l'une des parties
des parties reçoit de l'autre un avantage en titre procure à l'autre un avantage sans attendre
contrepartie de celui qu'elle procure. gratuit ni recevoir de contrepartie.
(Ex : Le troc) (Ex : testament)
En vous appuyant sur les articles de droit ci-dessus, vous remplirez le tableau ci-après :
Consensuel Le contrat est consensuel lorsqu'il se forme Contrat C’est un contrat dont les formes sont
par le seul échange des consentements quel solennel déterminées par la Loi.
qu'en soit le mode d'expression. (Ex : CDD, contrat de vente immobilière)
(Ex : achat pain au chocolat à la boulangerie)
À exécution Le contrat à exécution instantanée est celui Contrat à Le contrat à exécution successive est celui
instantanée dont les obligations peuvent s'exécuter en une exécution dont les obligations d'au moins une partie
prestation unique. successive s'exécutent en plusieurs prestations
(Ex : contrat de vente) échelonnées dans le temps.
(Ex : contrat téléphonique, contrat de travail)
Commutatif Le contrat est commutatif lorsque chacune Aléatoire Il est aléatoire lorsque les parties acceptent
des parties s'engage à procurer à l'autre un de faire dépendre les effets du contrat, quant
avantage qui est regardé comme l'équivalent aux avantages et aux pertes qui en
de celui qu'elle reçoit. résulteront, d'un événement incertain.
(Ex : Contrat d’assurance)
Nommé Le contrat nommé a une dénomination propre. Innommé Le contrat innommé ne rentre pas dans une
Son régime est fixé par un texte. Exemple : le catégorie prévue par la loi et n’est pas
contrat de travail, le contrat de vente. réglementé par une loi. Certains sont devenus
Ils ont un code qui leur est propre. des contrats nommés (le crédit-bail par
exemple).
Cadre Le contrat cadre est un accord par lequel les D’applicati Le contrat d’application va préciser les
parties conviennent des caractéristiques on modalités.
générales de leurs relations contractuelles
futures.
Noter maintenant le type de contrat correspondant à la définition
Type de contrats Définition
Synallagmatique Les contractants s’obligent réciproquement les uns envers
les autres
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Contrat unilatéral
Deux parties s’engagent mais une seule a des obligations
Cadre Un accord par lequel les parties conviennent des
caractéristiques générales de leurs relations contractuelles
Futures
À titre onéreux Il procure à chaque partie un avantage qui est la
contrepartie de ce qu’elle procure à l’autre
Contrat à titre gratuit Une partie procure à l’autre un avantage sans contrepartie
Contrat à exécution successive Son exécution s’échelonne dans le temps
À exécution instantanée
Il s’exécute en un trait de temps
Comutatif Les parties connaissent le contenu de leurs engagements.
Ils sont équilibrés.
Aléatoire Les parties acceptent une incertitude quant à l’exécution
De leur obligation
Nommé Il a une désignation propre
Consensuel Le contrat est formé par le seul échange des
Consentements
Solannel
La validité du contrat exige le respect d’une certaine forme
Contrat réel
Le contrat est formé par la remise d’une chose
De gré à gré Il est en principe le fruit d’une libre négociation entre les
parties
D’adhésion Il résulte de l’adhésion d’une partie au contrat proposé
par
L’autre partie
Intuitupersonae Il est conclu en fonction des caractéristiques du
cocontractant
V - Les conditions de validité du contrat
L’article 1128 du Code civil énonce 3 conditions pour qu’un contrat soit valable :
Art 1128 Code civil : Sont nécessaires à la validité d'un contrat :
1° Le consentement des parties ;
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 7
2° Leur capacité de contracter ;
3° Un contenu licite et certain.
1 Le consentement
Le consentement, formé par la rencontre entre une offre de biens ou de services et une acceptation.
Le vendeur propose son bien à la vente (offre), si l’acheteur est d’accord sur l’ensemble des
conditions, il donne son acceptation, il y a donc consentement. Pour être valable, le consentement
doit être exempt de vices.
Le vice du consentement constitue un fait juridique, il se prouve donc pour tout moyen.
Article 1130 du code civil : L'erreur, le dol et la violence vicient le consentement lorsqu'ils sont de
telle nature que, sans eux, l'une des parties n'aurait pas contracté ou aurait contracté à des
conditions substantiellement différentes.
Leur caractère déterminant s'apprécie eu égard aux personnes et aux circonstances dans lesquelles
le consentement a été donné.
Article 1131 du Code civil : Les vices du consentement sont une cause de nullité relative du contrat.
L’erreur :
L’erreur est une fausse croyance sur les termes du contrat ; elle doit être déterminante pour être un
vice du consentement, c’est-à-dire que sans cette erreur, la partie n’aurait pas contracté ou à des
conditions différentes.
C'est un vice du consentement si elle porte sur les qualités essentielles de la prestation, la personne
dans les contrats conclus intuitu personae (quand la considération de la personne a été déterminante
dans l’engagement), la valeur si elle résulte d'une mauvaise appréciation des qualités essentielles de
la prestation.
L'erreur ne doit pas être inexcusable (c'est l'erreur grossière qu'il aurait été facile d'éviter en utilisant
un peu de bon sens ou en prenant un minimum de renseignements), ni porter sur l’estimation de la
valeur de la chose (sans se tromper sur les qualités essentielles de la chose).
Le dol :
Article 1137 du Code civil : Le dol est le fait pour un contractant d'obtenir le consentement de l'autre
par des manœuvres ou des mensonges.
Constitue également un dol la dissimulation intentionnelle par l'un des contractants d'une
information dont il sait le caractère déterminant pour l'autre partie.
Néanmoins, ne constitue pas un dol le fait pour une partie de ne pas révéler à son cocontractant son
estimation de la valeur de la prestation.
Le dol est une manœuvre frauduleuse pour tromper quelqu’un afin d’obtenir son consentement
(mensonge sur un diplôme dans le cadre d’un recrutement, le vendeur dissimule un défaut du bien à
vendre).
Pour caractériser un dol, il est nécessaire de réunir plusieurs conditions cumulatives :
- un élément matériel déterminant au consentement (qu’il faudra prouver) (comme par ex un
mensonge, une dissimulation intentionnelle, etc.)
- un élément intentionnel (intention de tromper ou d’induire en erreur)
- l’auteur du dol doit être une partie au contrat, son représentant ou un tiers de connivence.
Le dol doit être prouvé par tout moyen par celui qui l'invoque.
La violence :
Art 1140 du Code civil :
Il y a violence lorsqu’une partie s’engage sous la pression d’une contrainte qui lui inspire la crainte
d’exposer sa personne, sa fortune ou celles de ses proches à un mal considérable.
La violence est l’exercice d’une contrainte physique ou morale sur l’un des cocontractants ou un
proche dans le but de le forcer à contracter.
Art 1143 du Code civil :
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 8
Il y a également violence lorsqu’une partie, abusant de l’état de dépendance dans lequel se trouve
son cocontractant à son égard, obtient de lui un engagement qu’il n’aurait pas souscrit en l’absence
d’une telle contrainte et en tire un avantage manifestement excessif.
La violence économique : C’est l’abus de dépendance dans lequel se trouve le cocontractant. La
partie dominante doit en tirer un avantage manifestement excessif.
Cette forme de violence ne provoque pas une crainte ; elle a tendance à exploiter une contrainte
déjà installée, un état de dépendance déjà existant. Attention, la seule pression des événements
n’est pas suffisante à reconnaître l’abus de dépendance (ex : un dépanneur lors d’une panne sur
l’autoroute).
La violence économique permet donc de sanctionner l’abus de faiblesse.
Elle suppose 3 conditions cumulatives :
- l’abus de dépendance d’une partie à l’égard de son cocontractant
- être déterminante (sans cela la partie n’aurait pas conclu ou à d’autres conditions)
- démontrer l’avantage manifestement excessif obtenu par l’auteur.
Étant un vice du consentement, la violence économique permet, sur le fondement de la
responsabilité contractuelle, d’obtenir la nullité du contrat (article 1131 du Code civil). À noter qu’il
s’agit d’une cause de nullité relative ce qui signifie que seule la personne victime de cette violence et
partie au contrat peut l’invoquer pour obtenir la nullité du contrat.
Par ailleurs, la victime de la violence peut « confirmer » le contrat dès lors que la violence a cessé
(article 1182 du Code civil).
En matière de violence, le délai de prescription de droit commun de 5 ans ne court qu’à compter du
jour où la violence a cessé.
Document n°8 :
Application :
1. M Collectionneur a acheté un tableau de Picasso. Il s'avère que le cadre, que les parties croyaient
être en bois précieux, est en pin. Y a-t-il vice du consentement dans ce contrat ?
Non pas de vice du consentement (ça ne porte pas sur un élément déterminant de la chose).
2. M Barilleto, commerçant, a lu trop rapidement le catalogue fournisseur et a noté la mauvaise
référence de pâtes sur son bon de commande. Y a-t-il vice du consentement dans le contrat de vente
qui s'est formé ?
Non, l’erreur ici est inexcusable, elle ne pourra pas être invoquée comme vice du consentement.
3. M Padebol a acheté, très cher chez un brocanteur, une bague en or ornée de pierres précieuses
pour l'offrir à Noël à sa petite amie. Celle-ci l'apporte chez un bijoutier pour la mettre à sa taille : ce
dernier lui apprend que les pierres sont fausses. De quel vice du consentement est frappé le contrat
de vente ? Que pourra-t-il faire ? Quel moyen de preuve pourra-t-il utiliser ?
Erreur (qualité de la chose), il pourra demander la nulité du contrat sur la base de l’erreur, ici on
considère que l’erreur ne porte pas sur la valeur de la chose mais bien sur ces qualités essentiells
(La qulité des pierres précieuses). M Padebol c’est trompé seul, son erreur n’est pas inexcusable,
car vu le prix de l’objet pouvait penser qu’il s’agissait bien de pierres précieuses. Il pourra prouver
l’erreur par tout moyen.
4. M Fojeton a vendu sa voiture après avoir trafiqué le compteur pour abaisser le kilométrage. De
quel vice du consentement est entaché ce contrat de vente ?
Le dol (tromperie qui porte sur un élément essentiel du contrat).
5. M Jean Betetoulemonde jette tous les jours ses ordures dans le jardin de ses voisins pour les forcer
à partir et pouvoir acheter leur maison afin d'y installer son fils aîné qui vient de se marier. Si le
contrat de vente se conclut, de quel défaut sera-t-il entaché ?
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 9
Vice du consentement, pour Violence
2. La capacité
La capacité est l’aptitude à être titulaire de droit et à les exercer. En principe, toute personne peut
contracter.
Article 1145 du Code civil : Toute personne physique peut contracter sauf en cas d'incapacité prévue
par la loi. La capacité des personnes morales est limitée par les règles applicables à chacune d'entre
elles.
Il existe toutefois des exceptions :
Pour les mineurs non émancipés : ils contractent par l’intermédiaire de leur représentant
légal, sauf pour les actes de la vie courante. (Art 1148)
Pour les majeurs protégés : ils peuvent accomplir seuls les actes autorisés par la loi ou par le
juge. (Art 1146)
Article 1146 du Code civil : Sont incapables de contracter, dans la mesure définie par la loi :
1° Les mineurs non émancipés ;
2° Les majeurs protégés au sens de l'article 425.
Pour les personnes morales : elles ne peuvent agir que dans le cadre de leur objet social
(principe de spécialité) et agir par l’intermédiaire d’un représentant (principe de
représentation). (Art 1145)
Il faut tout de même noter que toute personne incapable de contracter peut néanmoins accomplir
seule les actes courants. Par exemple un mineur achète une baguette.
Article 1148 du Code civil : Toute personne incapable de contracter peut néanmoins accomplir seule
les actes courants autorisés par la loi ou l'usage, pourvu qu'ils soient conclus à des conditions
normales.
Document n°9 :
Application :
1. Marie, 10 ans, a commandé sur internet la nouvelle console de jeux que ses parents lui refusent
pour Noël au vu de ses mauvais résultats scolaires. De quel défaut de formation est entaché ce
contrat ?
Elle est mineure, elle n’est pas émanipée, Ce n’est pas un achat de la vie courante. Donc elle n’a
pas la capacité de contracter, il y a donc absence de capacité, ces parents pourront demander la
nullité du contrat.
2. M. Ray, dirige l’entreprise ION, qui a pour objet social la vente de vélos. L’activité n’est pas très
fleurissante, et M. Ray envisage que l’entreprise ION se lance désormais dans une activité de
boissons à emporter. Il effectue alors des travaux dans la boutique et passe contrat, en tant que
représentant de l’entreprise ION, avec l’entreprise FRECH afin de recevoir les boissons qu’il va
commercialiser. Le contrat passé par M. Ray avec l’entreprise FRECH est-il valable ?
Non car l’entreprise n’agit pas dans le cadre de son objet social (principe de spécialité), il devra
donc modifier l’objeet social s’il souhaite contracter.
3. Le contenu du contrat
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 10
Document n°10 :
Article 1163 du Code civil : L'obligation a pour objet une prestation présente ou future. Celle-ci doit
être possible et déterminée ou déterminable. La prestation est déterminable lorsqu'elle peut être
déduite du contrat ou par référence aux usages ou aux relations antérieures des parties, sans qu'un
nouvel accord des parties soit nécessaire.
Article 1162 du Code civil : Le contrat ne peut déroger à l'ordre public ni par ses stipulations, ni par
son but, que ce dernier ait été connu ou non par toutes les parties.
Article 1169 du Code civil : Un contrat à titre onéreux est nul lorsque, au moment de sa formation, la
contrepartie convenue au profit de celui qui s'engage est illusoire ou dérisoire.
Article 1170 du Code civil : Toute clause qui prive de sa substance l'obligation essentielle du débiteur
est réputée non écrite.
Article 1171 du Code civil : Dans un contrat d'adhésion, toute clause non négociable, déterminée à
l'avance par l'une des parties, qui crée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des
parties au contrat est réputée non écrite.
L'appréciation du déséquilibre significatif ne porte ni sur l'objet principal du contrat ni sur
l'adéquation du prix à la prestation.
Question :
A partir de ce document, énoncez quelles sont les caractéristiques que doit avoir le contenu d’un
contrat pour être valable.
Le contenu du contrat doit ētre licite (ART 1162) et certain (possible (ART 1163), équilibré (ART
1169/1170))
Document n°11 :
Application :
1. Le couple Fauché vend son bébé sur internet pour payer une dette et éviter une saisie sur son
appartement. De quel défaut est entaché ce contrat ?
Contenu du contrat illicite (ART 1162), non conforme à l’ordre public
2. Jean Delalune a acheté du sable venant de Jupiter. De quel défaut est entaché ce contrat ?
Contrat impossible, incertain, planète gazeuse (ART 1163)
VI – La sanction des conditions de formation du contrat : les nullités
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 11
Document n°12 :
Article 1178 du Code civil : Un contrat qui ne remplit pas les conditions requises pour sa validité est
nul. La nullité doit être prononcée par le juge, à moins que les parties ne la constatent d'un commun
accord.
Le contrat annulé est censé n'avoir jamais existé.
Indépendamment de l'annulation du contrat, la partie lésée peut demander réparation du dommage
subi dans les conditions du droit commun de la responsabilité extracontractuelle.
Article 1179 du Code civil : La nullité est absolue lorsque la règle violée a pour objet la sauvegarde de
l'intérêt général.
Elle est relative lorsque la règle violée a pour seul objet la sauvegarde d'un intérêt privé.
Article 1180 du Code civil : La nullité absolue peut être demandée par toute personne justifiant d'un
intérêt, ainsi que par le ministère public.
Elle ne peut être couverte par la confirmation du contrat.
Article 1181 du Code civil : La nullité relative ne peut être demandée que par la partie que la loi
entend protéger.
L’absence d’une seule des conditions de validité des contrats est sanctionnée par la nullité de l’acte
(Art 1178). Toutefois, la nullité du contrat n’est pas automatique : elle doit être demandée et décidée
en justice pour pouvoir produire ses effets, à moins que les parties ne la constatent d’un commun
accord.
Question :
A partir de ce document 12, complétez le tableau récapitulatif suivant :
Nullité absolue Nullité
relative
La nullité est la sanction prononcée par le juge faisant disparaître le
Définition contrat qui ne remplit pas les conditions requises pour sa formation.
Le contrat est supposé n’avoir jamais existé. (Art 1178)
Intérêt protégé (Art 1179) Lorsque la règle Elle est relative lorsque la
transgressée à pour objet règle violée a pour seul
l’intérêt general objet la sauvegarde d'un
intérêt privé .(L’une des
parties)
Peut être demandée par toute La nullité relative ne peut
personne justifiant d'un intérêt, être demandée que par la
Demandeur à l’action en nullité ainsi que par le ministère public. partie que la loi entend
(Art 1180 et 1181) Elle ne peut être couverte par la protéger.
confirmation du contrat
Délai de prescription 5 ans. 5 ans.
- Absence de consentement.
TH3, CH7, Cours de Droit, Mme RENAUD C. 12
- Atteinte à l’ordre public et aux - Vices du consentement.
Cas de nullité bonnes mœurs (contenu illicite).
- Incapacité des parties.
-Absence de forme dans les
contrats solennels.
Les parties peuvent décider d’un commun accord d’annuler le contrat, à condition qu’il y ait
l’existence d’une cause de nullité.
Les parties peuvent aussi décider de confirmer le contrat, même si une condition de validité n’est pas
respectée (Art 1182). C’est ce qu’on appelle la confirmation.
La nullité entraine l’anéantissement du contrat. De ce fait, l’annulation est rétroactive : non
seulement le contrat disparaît pour l’avenir, mais il est aussi censé ne jamais avoir existé.
Ainsi, doit-on remettre les choses en l’état. Par exemple, dans un contrat de vente annulé, le vendeur
restitue le prix et l’acheteur rend le bien.
D’un point de vue pratique, ce principe pose des difficultés. Ainsi, pour les contrats à exécution
successive, l’annulation n’est pas rétroactive, elle ne vaut que pour l’avenir. On parle alors de
résiliation du contrat. Ex : pour un contrat de travail, il est impossible à l’employeur de restituer le
travail fourni ou pour le locataire de restituer la jouissance des lieux. Dans ce cas, une indemnité doit
compenser l’impossibilité de restitution des prestations.
La nullité est opposable aux tiers. Ainsi, si un bien, objet d’une vente, est revendu plusieurs fois,
toutes ces ventes sont nulles. La caducité est différente de la nullité en le sens qu’elle rend le contrat
inefficace à cause d’un élément indépendant de la volonté des co-contractants intervenu après la
signature du contrat. (Art 1186 et 1187).
Document n°13
Application :
Vrai / Vrai / Faux / Vrai
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