AXE : L’ATTENTION
La nature de l’attention
Quelques minutes après que le professeur ait transmis la consigne de travail : « Monsieur, qu’est-ce qu’on
doit faire maintenant ? »
« As-tu remarqué le voilier qui passait au loin, sur la mer ? ». Réponse : « Non, pas vu… »
« Oh, pardon, je ne t’avais pas remarquée, j’étais en train de guetter un ami dans la foule, qui doit me
rejoindre ».
« Je te demande de te concentrer sur ton travail ! ».
« En indiquant le chemin à un inconnu dans le métro, il m’a subtilisé mon portefeuille, je n’ai rien vu ».
L’élève continuait à lire le texte sans en capter le sens, depuis quelques poignées de secondes il pensait à
autre chose.
Ces situations que nous connaissons tous, à l’origine d’une détérioration de nos activités, et d’innombrables
situations dommageables au cours de notre expérience de vie, et de l’activité d’enseignant(e) sont
attribuables à des manquements à l’attention. En réalité, nous sommes plutôt faibles en attention, ce premier
levier de la réussite dans la vie et en particulier dans l’apprentissage et les études.
Qu’est-ce que l’attention ? Cette impalpable fonction cognitive au service de toutes les autres ?
C’est l’objectif de cette fiche qui sera loin de couvrir toutes les dimensions de l’attention dans notre cerveau,
mais peut vous ouvrir des pistes précieuses pour vos élèves.
Il suffit de demander aux élèves de se concentrer pour obtenir d’eux une plus
MÉCONCEPTION
grande à attention à ce qu’ils font.
L’attention est une fonction cognitive au service de toutes les autres, qui se
MESSAGE CLÉ développe essentiellement avant la maturité adulte. Le rendez-vous avec son
développement doit prioritairement se faire durant la période scolaire.
COMPOSITION DE LA FICHE
➢ Test de positionnement initial à faire avant de commencer la lecture,
➢ Les points clés théoriques
➢ La correction du test de positionnement initial
➢ La liste des fiches associées
➢ Références bibliographiques
SOMMAIRE
Test de positionnement
1. Comment peut-on définir l’attention ?
Par ses différentes expressions
La faiblesse attentionnelle
Attention et automatismes
Où se situent les mécanismes attentionnels dans le cerveau ?
2. Fonctionnement de base de l’attention
Détecteurs et distraction
Sommes-nous absolument mono-attentionnels
Le système pré-attentif
3. L’enjeu de la cible attentionnelle
Objectif de l’efficacité attentionnelle : une cible claire et précise
4. Attention et fonctions exécutives associées
Attention et mémoire de travail
Attention et inhibition
Attention et flexibilité cognitive
Attention et fonctions exécutives de haut niveau
5. L’éducation à la concentration
Les capacités attentionnelles se développent-elles ?
Comment s’y prendre pour développer l’attention chez les élèves ?
La concentration
Recommandations à l’enseignant
Les degrés de l’attention
L’exercice du calme mental
Toute activité stimulant l’exercice attentionnel
Autres facteurs pour une attention de qualité
Réponses au test de positionnement
Références bibliographiques
Principales questions auxquelles va répondre la fiche
1. Que sait-on à ce jour sur la nature de l’attention ?
2. Comment fonctionnent les mécanismes attentionnels et le contrôle de la pensée ?
3. Quelles activités de l’apprentissage sont directement liées à la mobilisation attentionnelle ?
4. Quelle différence existe-t-il entre attention et concentration ?
5. L’attention se développe-t-elle, quand et comment ?
6. Le système scolaire actuel accorde-t-il à l’attention tout ce que couvrent ses enjeux ?
TEST DE POSITIONNEMENT
Avant de consulter la fiche, sauriez-vous répondre précisément aux questions suivantes (plusieurs
items peuvent convenir pour une même question) ?
Q1. Répondre par oui ou par non aux propositions suivantes
Les mécanismes attentionnels sont activés par des zones neuronales en différents points du cerveau
□ Oui □ Non
L’attention se développe surtout durant l’enfance et l’adolescence
□ Oui □ Non
Un distracteur est une personne qui empêche quelqu’un de se concentrer sur une tâche
□ Oui □ Non
Attention et concentration sont synonymes
□ Oui □ Non
Q2. On distingue généralement 3 formes d’attention : sélective, partagée. Quelle est la
troisième ?
…………………………..
Q3. Y a-t-il dans la liste suivante une ou plusieurs activités qui ne relève(nt) pas de l’attention ?
□ Mémoriser
□ Communiquer
□ Alterner deux tâches
□ Raisonner
Q4. Dans quel mode de pensée l’attention est-elle la moins mobilisée
□ Système 1 heuristique
□ Système 2 algorithmique
□ Système 3 inhibition
Q5. Pouvons-nous être attentifs à deux choses en même temps
□ Non, nous sommes mono-attentionnels
□ Tout dépend du degré attentionnel mobilisé
□ Les femmes, surtout, peuvent être attentives à plusieurs cibles attentionnelles en même temps
Q6. Apprendre à un élève à gérer sa concentration sur tâche c’est 3 choses :
□
□
□
1. COMMENT PEUT-ON DEFINIR L’ATTENTION ?
► Par ses différentes expressions
Comme la plupart des concepts associés aux sciences cognitives - ensemble vaste de champs scientifiques
dont l’objectif est de comprendre comment fonctionnent la cognition et les comportements humains -
l’attention a vu sa définition évoluer fortement depuis la définition de William James (1831-1920) : prise de
possession par l'esprit, sous une forme claire et vive, d'un objet ou d'une suite de pensées parmi plusieurs
qui semblent simultanément possibles.
Il s’agit bien :
➢ D’une fonction cérébrale, au service des autres fonctions cognitives (mémoire, compréhension,
planification, flexibilité mentale, et bien entendu mémoire de travail).
➢ Fonction considérée comme majeure dans tout acte de la vie, qu’il soit de pensée ou d’action.
➢ Qui se développe essentiellement avant la maturité adulte.
➢ Et qui relève d’activations neuronales permettant de hisser la pensée au niveau de la conscience.
Ces activations sont plus ou moins intenses (les degrés de l’attention).
Sur le plan comportemental, on peut observer les effets dommageables d’un déficit d’attention :
➢ L’humain est assez généralement un mauvais utilisateur de son attention :
Notre attention ne cesse de virevolter d’une pensée à une autre.
Le moindre distracteur externe (un bruit, un signal visuel, une odeur, toute sensation physique,
suffisent à dériver notre attention).
➢ Il n’est pas très facile de sélectionner nos cibles attentionnelles :
Soumettez une photo quelques secondes à une personne, et demandez-lui ensuite de décrire certains
détails de la photo. Elle est généralement en grande difficulté pour répondre. Il est difficile de faire
attention à la fois globalement (à un paysage, une situation, une œuvre, un système) et localement
(les détails des systèmes précédents). La métaphore est usuelle de la douche lumineuse du spectacle
qui peut éclairer toute la scène (global) ou un seul acteur (local).
C’est la dimension sélective de l’attention.
➢ Il n’est pas facile non plus de maintenir l’attention de façon soutenue sur une même pensée, une
même action durant un temps long.
L’attention est sans cesse détournée par des distracteurs externes et internes (les pensées
vagabondes).
➢ Il n’est enfin pas aisé non plus de passer d’une cible attentionnelle à une autre dans le cas de plusieurs
actions que l’on souhaite conduire en même temps. C’est l’attention partagée ou divisée. Le
passage de l’une à l’autre exige un coût cognitif au prix d’une altération de la qualité de chacune des
cibles.
Attentions sélective, soutenue, partagée, sont trois formes d’exercices attentionnels les plus souvent citées.
Infos clés :
➢ L’attention n’est pas une fonction qui forme une seule entité, elle se décline selon l’activité
cognitive dans différentes zones du cerveau.
➢ L’humain naît avec un système neurobiologique attentionnel en ébauche, qu’il lui faudra développer
essentiellement durant l’enfance et l’adolescence. L’activité scolaire, au même titre que la formation
dans son milieu familial ne doit pas manquer ce rendez-vous.
➢ Une attention maîtrisée est au service de la plupart des fonctions cognitives : mémoriser et
apprendre, comprendre, planifier, décider, communiquer.
➢ Mots clés autour de l’attention : cible attentionnelle, concentration, distracteur, conscience.
► La faiblesse attentionnelle
Nous sommes perpétuellement victimes d’insuffisances attentionnelles :
➢ Notre captation visuelle n’est possible que sous un angle restreint de quelques stéradians, nous ne
percevons qu’une toute petite partie des situations. Si nous regardons rapidement un champ visuel
large, une partie nous échappe.
➢ Notre mobilisation attentionnelle de haut niveau étant essentiellement mono-cible, toute attention
vers une autre cible est occultée.
➢ La mobilisation attentionnelle dépend de plusieurs facteurs personnels, tels que la fatigue, l’impact
des émotions, l’intérêt porté à la cible, le sommeil.
➢ Le passage de la perception à la construction des représentations spatiales exige un temps de
traitement des informations par la mémoire de travail et les systèmes reliés des mémoires. D’où le
paramètre important du rythme de gestion des informations : vitesse de lecture, flux des paroles. Et
de la capacité de compréhension dépendant direction du stock des acquis en mémoire.
➢ La captation de l’attention par des sujets sur lesquels nous sommes plus experts : quand on ne
connaît pas, on fait moins attention. A contrario, il suffit parfois d’un tout petit signe qui nous concerne
pour que nous le remarquions.
➢ Les distracteurs externes peuvent détourner à notre insu notre cible d’attention. A nous d’apprendre
à les réguler. De même que le contrôle de nos distracteurs internes (pensées émergentes
vagabondes).
Exemples classiques de situations scolaires révélant les faiblesses de l’attention :
➢ Production entachée d’erreurs, mauvaise captation des informations et des consignes
➢ Lapsus d’expression
➢ Oublis en tous genres
➢ Perte de temps dans l’exécution
➢ Distractions par l’environnement (y compris le décor de la salle, la proximité des camarades, la
multiplicité des notions)
➢ Décisions inopportunes
► Attention et automatismes
Nous possédons 3 systèmes de pensée :
➢ Système 1 (heuristique) permettant d’agir quasi-automatiquement (sans conscience), à la suite
d’habiletés acquises à la suite de très nombreuses répétitions. Avantage immense nous permettant
à coût cognitif moindre d’agir rapidement et à peu près sans erreurs. C’est le cas des gestes habituels
produits dans la vie domestique, au travail, pour conduire, nous déplacer, pratiquer un instrument de
musique, un sport, etc. Ce mode ne requiert quasiment pas d’attention, la conscience étant peu
concernée. Mais cet avantage immense est aussi un piège car pouvant nous entraîner dans des
erreurs parfois graves d’inattention (c’est le cas du conducteur préoccupé par la conversation avec
son passager, qui conduit par un jeu d’automatisme et qui est victime d’un accident, ou laisse passer
l’embranchement d’autoroute).
➢ Système 2 (algorithmique), rationnel, lent, agissant sous contrôle de la conscience donc avec
mobilisation de l’attention. Ce qui prémunit des erreurs d’inattention.
➢ Système 3 (inhibition) qui permet de contrôler la part accordée aux deux systèmes précédents, par
des processus de résistance aux automatismes non pertinents.
Infos clés :
➢ De nombreux facteurs naturels contribuent à nos faiblesses attentionnelles (fatigue, sommeil,
incompréhension, perception partielle). Que l’on peut réguler par une éducation à la concentration.
➢ Les automatismes de pensée (système 1, dit heuristique) peuvent nous piéger dans des failles
attentionnelles. D’où la gestion attentive des mécanismes de l’inhibition.
➢ L’attention n’est pas toujours sous notre contrôle (rôle des distracteurs). Nous distinguons l’activation
attentionnelle pour des raisons externes (exogène) ou interne (endogène).
► Où se situe les mécanismes attentionnels dans le cerveau ?
L’attention n’est pas une entité biologique unique, centralisée en une zone dédiée. Des neurones s’activent
dans les zones concernées par le traitement des informations. Selon qu’il s’agit d’engager l’attention, de la
désengager, de sélectionner une cible, de déplacer l’attention, les zones sont différentes (cortex frontal, zone
pariétale, thalamus, zones impliquées dans la mémoire de travail…).
Il existe différents processus attentionnels tels que la sélection, le contrôle ou le partage. Ces processus se
distinguent aussi bien par leur fonctionnement que par les réseaux cérébraux qui les sous-tendent.
D’autres exemples localisés : désengagement de l’attention (régions pariétales), engagement de l’attention
(pulvinar), déplacement de l’attention (colliculus).
► Les pathologies de l’attention
1 à 5% des enfants souffrent de troubles de l’attention (TDAH : troubles de l’attention avec ou sans
hyperactivité). Ces mécanismes, de mieux en mieux connus, relèvent d’expertises que nous n’aborderons
pas dans cette fiche.
2. FONCTIONNEMENTS DE BASE DE L’ATTENTION
► Détecteurs et distraction
Le système naturel des distracteurs
L’hypothèse de base repose sur l’existence de systèmes d’alertes associés aux sens (vue, ouïe, olfaction,
etc.), qui déclenchent des mécanismes qui détournent notre attention par stimulation exogène, automatique
donc involontaire. La sélection opère à notre insu.
Ces mécanismes existent depuis très longtemps, les chasseurs-cueilleurs du paléolithique en bénéficiaient
déjà pour se protéger contre toute survenue inopportune. Depuis, le cerveau humain n’a guère changé. Et
même si la sécurité s’est considérablement améliorée, nous sommes toujours sous l’effet des distracteurs.
Les jeunes élèves, les premiers !
Un contrôle partiel est possible
Dans les deux sens :
➢ Par habitude ou entraînement, on peut se rendre particulièrement sensible au déclenchement de
certains détecteurs dans des situations à objectifs très précis.
➢ Inversement, on peut minimiser l’effet des distracteurs, ou avoir l’intention de revenir aussi vers la
tâche en cours. C’est tout l’objectif de l’éducation à la distraction, que l’on peut proposer aux élèves :
apprendre à se laisser moins déranger.
Effets perturbants des distracteurs
Se laisser distraire représente toujours un coût : il y a décrochage de la tâche en cours d’une part, et le retour
à la cible initiale prend du temps et va de pair avec une inertie de la pensée : le cerveau reste
momentanément mobilisé sur la source de la distraction. Cet effet accompagne l’alternance d’une tâche à
l’autre chez les multitaskers, qui tentent d’être sur plusieurs tâches en parallèle.
Sans compter l’altération de la qualité de chaque tâche, par déficit d’information et « trous attentionnels ».
► Sommes-nous absolument mono-attentionnels ?
Deux tâches conscientes de haut niveau : impossible à réaliser simultanément
Il est de plus en plus connu que notre cerveau est mono-attentionnel conscient. Ce qui nous empêche de
mobiliser une forte attention sur deux tâches en même temps. Par exemple accomplir une tâche mentale
ardue alors qu’une personne converse à côté de nous en parlant de nous. On ressent toute la difficulté à
rester attentionné sur notre tâche principale. Mais il y en a tant d’autres au quotidien, comme faire attention
à sa conduite automobile dans une voie très fréquentée tout en parlant avec notre passager sur un sujet
difficile. Ou pour un élève, relire sa dictée en écoutant les consignes du professeur.
La raison biologique est assez simple à comprendre. Engager les réseaux de neurones dans deux activités
différentes peut conduire à des télescopages d’activation. Un peu comme si on donnait deux consignes non
cohérentes en même temps.
Mais nous parlons là de deux tâches de haut niveau, c’est-à-dire mobilisant fortement l’esprit.
Nuancer l’impossible double tâche
La mobilisation attentionnelle s’effectue à plusieurs degrés d’intensité. L’impossible double tâche concerne
les tâches de haut niveau d’intensité. Pour des tâches d’intensité moindre, le système attentionnel reste en
alerte et permet d’être sensible à des détecteurs. Surtout lorsqu’il s’agit de signaux nous concernant
particulièrement. En effet nous ne sommes pas alertés de la même façon selon notre champ de
compétences, les notions familières ou d’intérêt.
Il est donc tout à fait usuel que notre attention soit concentrée sur un focus précis, et être mobilisé par un
distracteur exogène depuis l’environnement. La perception n’est pas complètement fermée, le monde
continue d’agir sur notre attention.
L’effet double tâche dépend donc de la personne, de la situation, du degré d’intensité de la tâche en cours.
► Le système pré-attentif
Notre système attentionnel est muni d’un mécanisme nous alertant en amont à propos de ce à quoi nous
avons à faire attention. Il prépare la personne à mobiliser tout particulièrement son attention pour s’engager
pleinement dans la tâche. Il s’agit là de processus biologiques. Ce mécanisme peut être mis à profit avec des
élèves, sans pour autant en abuser.
C’est le rituel de la cloche qui tinte, du mot-clé signe qu’une information va être donnée, du geste que les
élèves connaissent bien avant qu’il se passe quelque chose d’important dans le cours, du chuuuut prolongé
discret et efficace.
Infos clés :
➢ Des mécanismes biologiques d’alertes liés aux sens détournent irrépressiblement et naturellement
notre attention lorsqu’un distracteur (visuel, sonore, olfactif, etc.) le déclenche. La maîtrise totale des
distracteurs n’est pas possible, mais elle peut s’améliorer.
➢ L’attention accordée à deux tâches conscientes de haut niveau de mobilisation attentionnelle n’est
pas possible.
➢ Cependant, si la tâche consciente en cours n’est pas trop absorbante, l’esprit peut être orienté sur
une seconde cible. Le principe de l’impossible double tâche est rompu.
3. L’ENJEU DE LA CIBLE ATTENTIONNELLE
► Objectif de l’efficacité attentionnelle : une cible claire et précise
La cible attentionnelle n’est pas uniquement située dans notre environnement, elle peut être mentale, à
l’intérieur de nos pensées. Notre efficacité de pensée et d’action repose sur la mobilisation de l’attention. Si
l’attention n’est pas correctement dirigée, ou imprécise, la tâche n’est pas réalisée correctement.
Les cibles attentionnelles sont par nature innombrables dans toute situation. Une prise de conscience de la
nécessité de les resserrer est indispensable : c’est l’éducation à l’attention, qui va nous emmener vers le
concept de concentration, différent de l’attention. L’objectif est de se focaliser sur une cible en tentant de
ne pas être diverti par ailleurs, avec une intention claire.
A partir du moment où la cible est précise, le travail de compréhension, de mémoriser, de traitement, peut
commencer.
Exemple :
Comme il est évoqué plus haut dans le texte, notre cible d’attention est souvent mal délimitée. Observer une
pièce de la maison, ce peut être soit vaguement balayer tout et rien de précis, soit porter son regard sur un
point précis (un meuble, un objet). Idem pour l’observation d’une personne que l’on peut regarder
globalement, sans pour autant être capable après coup de préciser si elle portait un collier ou quel était
exactement le motif de son chemisier. L’attention est plutôt globale, plutôt locale. Lorsqu’elle est globale,
plusieurs éléments peuvent être remarqués simultanément s’ils sont liés. Par ailleurs selon nos savoirs et
centres d’intérêts l’attention peut être ciblée sur un détail que d’autres ne remarqueront pas.
« Regardez cet objet ! », telle est la consigne. Mais l’attention visuelle, ce peut-être la forme, le relief, la
couleur, l’éclairage et les contrastes, chaque petit détail qui le caractérise. La cible attentionnelle est très
souvent trop vague, c’est ainsi tout au long de l’activité scolaire.
Car la concurrence est rude : lors d’une tâche, notre intérêt d’une part peut orienter le guidage de l’attention
et faire basculer l’attention. Et une autre cause est redoutable : ce qui est susceptible de nous procurer du
plaisir. Le circuit de la récompense, toujours aux aguets, c’est du plaisir ressenti après coup, mais c’est
aussi du désir de se laisser tenter par une cible attrayante. Pour un élève, ce qu’il va vivre en récréation dans
quelques minutes (endogène) peut gagner la victoire de l’attention sur l’explication mathématique (exogène).
Et cette dérive d’attention est d’autant plus vive que la chose excitante est à portée de minutes. Reguider
l’attention vers le cours devient difficile.
Infos clés :
➢ La qualité attentionnelle repose d’abord sur la précision de la cible, la plupart du temps mal définie.
➢ L’un des grands enjeux de la mobilisation attentionnelle des élèves repose sur la précision de la
cible, qui va orienter la qualité de l’écoute et du travail.
➢ Le circuit de la récompense oriente souvent la cible, avec une intensité d’autant plus grande que la
tentation est accessible.
4. ATTENTION ET FONCTIONS EXECUTIVES ASSOCIEES
Le cerveau, nous le savons fonctionne par inter-relations entre un grand nombre de fonctions cognitives. Et
l’attention tout particulièrement s’exerce au cœur de chaque pensée, chaque action.
► Attention et mémoire de travail
La mémoire de travail est une fonction exécutive majeure qui permet en les retenant brièvement, de traiter
les informations. L’attention est un paramètre premier de ce traitement.
Par exemple, dans un simple exercice de lecture :
En gérant l’attention visuelle sur les mots (reconnaissance, orthographe, indicateurs de liaison, etc.), mais
aussi l’attention endogène pour la construction du sens. Le tout sans se laisser distraire ni par l’extérieur, ni
par des pensées vagabondes. L’attention est multi-mobilisée.
On appelle capacité attentionnelle la quantité d’informations auxquelles le cerveau peut faire attention
simultanément à travers toutes modalités sensorielles. Un lien est à établir avec la capacité limitée de la
mémoire de travail (empan mnésique). Notre attention limitée, se distribue entre toute forme d’activités
cognitives.
Il est important de développer la qualité attentionnelle dans son ensemble, afin de pouvoir se concentrer,
gagner du temps, de l’efficacité, de la qualité d’exécution et de communication.
► Attention et inhibition
L’inhibition est l’une des trois fonctions exécutives de base (avec la mémoire de travail et la flexibilité mentale)
qui permet de résister aux automatismes non pertinents. Elle intervient entre le système 1 de la pensée
(heuristique, des automatismes) et le système 2 (algorithmique, de la pensée rationnelle). Les capacités
d’inhibition se développent dès l’enfance et sont liées à l’attention. On dénomme par système 3 la fonction
inhibition.
« Attention, je contrôle, je freine et je résiste », à la place de « je fonce et me laisse faire ». L’attitude
d’inhibition requiert de l’observation pour intervenir au bon moment, et pour s’opposer. « Apprendre à
résister », dit Olivier Houdé, un éminent spécialiste de cette question. L’attention est la condition préalable et
nécessaire pour déclencher les mécanismes inhibitoires afin de rendre conscient tout acte non pertinent.
► Attention et flexibilité cognitive
Cette dernière se définit comme le passage d’une tâche cognitive à une autre. Le passage de l’une à l’autre
s’accompagne d’une inertie d’activation avec d’inévitables interférences dans le basculement. L’aisance de
ce basculement se développe. On peut élargir le concept de flexibilité cognitive à la difficulté de remettre en
question ses croyances, pensées, prises de position.
Et de façon plus large encore, l’aisance avec laquelle la personne remet en question ses attitudes
professionnelles, ses routines et stratégies. Il y faut pour cela davantage encore que de l’ouverture d’esprit
et de la curiosité, mais une vigilance mentale sur ses impulsions de pensée. Tout cela au prix d’une attention
aux réflexes et points de blocage.
► Attention et fonctions exécutives de haut niveau
Citons simplement la planification, le raisonnement et la résolution de problème, qui mobilisent également
l’attention.
Infos clés :
➢ L’attention intervient dans toutes les fonctions d’exécution. Les trois fonctions de base sont : la
mémoire de travail, la flexibilité cognitive et l’inhibition. Et trois fonctions de haut niveau : la
planification, le raisonnement et la résolution de problème.
➢ Le développement de l’attention va de pair avec celui de la mémoire de travail, la limitation de l’une
entraînant probablement celle de l’autre (ressources limitées).
5. L’EDUCATION A LA CONCENTRATION
► Les capacités attentionnelles se développent-elles ?
La réponse est OUI. Essentiellement jusqu’à la maturité adulte, pour l’attention volontaire. Il s’agit donc d’un
rendez-vous à ne pas manquer tant dans l’environnement familial que scolaire. En cela on peut s’étonner du
peu d’allusions relatives au développement des capacités attentionnelles dans les référentiels nationaux, et
surtout de la faiblesse des modalités pédagogiques pouvant y contribuer.
► Comment s’y prendre pour développer l’attention chez les élèves ?
1. La formation des élèves à l’attention. La première démarche est d’expliquer aux élèves ce qu’est
l’attention, comment on peut faire attention à son attention, comment repérer les distracteurs, faire la
différence entre l’attention et la concentration, les coins et recoins mentaux dans lesquels vient se
nicher la fonction attentionnelle, et les risques que l’on prend, en n’étant pas assez pilote de son
attention. Former les élèves commence par se former soi-même. OUI, on devient plus attentif en
connaissant mieux les mécanismes de l’attention.
2. Saisir la place de l’attention au détour de situations. La formation des élèves à l’attention ne se
réalise pas par un cours de 45 minutes une fois pour toutes. Il est recommandé de répartir les
informations chaque fois qu’il est opportun de le faire, au fil des heures et des semaines. En mettant
le doigt sur une prise de conscience transversale. En particulier sur des attitudes attentionnellement
défaillantes. Nous le développons plus bas avec le concept de concentration.
Infos clés :
➢ L’attention est pilotée par la personne elle-même, elle se met en marche rarement sous l’injonction.
Une méthode efficace de développement chez les élèves est de les former : qu’est-ce que l’attention,
comment intervient-elle dans la vie et dans l’apprentissage, comment la développe-t-on, quels sont
les pièges d’une attention défaillante ?
➢ L’idéal est de saisir les situations quotidiennes pour pointer les petits mécanismes de l’attention,
et de pouvoir les développer.
► La concentration
Le meilleur spécialiste actuel pour la définition de la concentration, et les pistes possibles de son
développement chez les jeunes, est Jean-Philippe Lachaux (Chercheur à l’INSERM, Lyon), dont nous
recommandons vivement les ouvrages sur le sujet, en particulier son délicieux ‘La magie de la concentration’
(2020, Editions Odile Jacob), dont nous tirons les principaux éléments qui suivent.
Qu’est-ce que la concentration et en quoi ce concept est-il différent de l’attention ?
1. Pour se concentrer, il faut d’abord définir une cible attentionnelle (définie plus haut) :
La plus précise possible. Rappelons-nous qu’elle est très souvent, trop souvent insuffisamment
définie. L’orientation de l’attention, tel le faisceau du projecteur, est orientée vers une cible externe
ou interne focalisée. Chasser le flou, se battre contre la diversion, ces armées de distracteurs qui
nous emmènent sur les chemins de traverse et détériorent la qualité et le suivi de nos pensées, de
notre communication, de l’exécution de nos tâches.
Prendre conscience de l’importance de la vigilance attentionnelle dont les dérives nous guettent à
chaque instant. Ce sont des exercices tels que :
. Le retour au calme mental pour développer son pilotage attentionnel.
. Les signaux pré-attentionnels avant de présenter une notion importante. Pas simplement par une
formule du type « je vous demande de faire attention », ou « concentre-toi ». Mais en étant le plus
précis possible : « je vous demande de vous concentrer sur telle accentuation d’une syllabe en langue
étrangère, sur la place d’une grandeur dans une formule de physique, sur un geste précis dans une
activité sportive, sur un accord grammatical, etc. ».
. Apprendre à observer un schéma avec ses points-détails, ses relations, dans la double visée globale
et locale. Faire attention à chaque détail de l’expérience en technologie, physique-chimie ou SVT.
Que doit-on observer, précisément ? Quel geste précis doit-on contrôler ?
. Insister sur la conscience associée à l’observation. Un peu comme la personne qui doit focaliser son
esprit sur l’endroit où elle pose ses clés, range son document, écrit sa phrase sur son ordinateur,
sans laisser son esprit vagabonder en même temps sur autre chose. Ici et maintenant, précisément.
Vouloir faire attention à trop de choses en même temps, c’est prendre le risque de laisser échapper de
précieuses informations, manquer un geste adapté.
Être gardien de son attention, en hissant au niveau de la conscience les mots que l’on entend, les détails
que l’on voit, les sons que l’on entend. Et prendre l’habitude de dompter ses dérives attentionnelles.
2. Pour se concentrer, il faut avoir un objectif précis (une intention, dirait JPLachaux).
C’est là sans doute où apparaît la grande différence entre l’attention et la concentration. On peut faire
attention sans pour autant avoir un objectif (scolaire en particulier) clair et déterminé. La concentration en
revanche ne se passe pas d’une intention. C’est elle qui va orienter, donner du sens à l’attention. Idem bien
entendu pour l’élève. D’où la consigne de dire « à quoi faire attention » en même temps que « pour quoi faire
attention ». Et l’on verra sans doute les élèves accroître leur implication.
Avoir à l’esprit un objectif d’attention, c’est trier parmi maintes préoccupations, celle qui va conduire à la
pensée efficace, améliorer la qualité de la tâche. L’intention est en arrière-fond de l’exécution, dans la
mémoire prospective (du projet). Avoir un objectif clair et précis, c’est aussi se prémunir contre les dérives
attentionnelles.
A la cible d’attention est associée la cible d’intention. Plus précise est cette dernière, plus légère est la charge
cognitive.
3. Pour se concentrer, il faut savoir comment réaliser la tâche
A la différence de l’attention, la concentration c’est donc trois choses en une :
1. Une cible attentionnelle aussi précise que possible (vu au-dessus)
2. Un but de mobilisation de l’attention (vu au-dessus)
3. Un mode d’emploi de la tâche mobilisatrice d’attention.
« Comment dois-je réaliser la tâche ? ». Si la mobilisation attentionnelle orientée vers un objectif précis
n’est pas cadrée par un « mode d’emploi », la concentration est mal mise en œuvre.
Aider un élève à se concentrer, c’est lui fixer ce triple cap. C’est ce que JPLachaux appelle le PIM (Perception-
cible, Intention, Manière de faire). Passer du vague au précis (focus).
Exemple : Lire une page du cours d’histoire
Cible : lecture d’une partie précise de la page en faisant particulièrement attention aux informations relatives
au thème étudié.
Objectif : Pouvoir réutiliser les informations en vue de nourrir le travail qui va suivre, et dont l’élève connait
déjà les consignes.
Mode d’emploi : Noter les informations intéressantes sur une feuille de brouillon afin de pouvoir les réutiliser.
Eventuellement les classer, les organiser.
Exemple : Transporter un verre d’eau plein sans le renverser.
Cible : La surface de l’eau.
Objectif : Ne pas renverser d’eau.
Mode d’emploi : Marcher avec le moins de secousses possibles.
Exemple : Recopier sa rédaction depuis le brouillon en 20 minutes.
Cible : Le texte en train de s’écrire sur la feuille.
Objectif : Recopier le texte sans faute, en n’oubliant aucune phrase, en 20 minutes maximum.
Mode d’emploi : Dans cet exemple, il y a plusieurs missions à remplir en parallèle pour lesquelles les efforts
d’attention peuvent se chevaucher :
1°) Pour n’oublier aucune phrase du brouillon, la première mission consistera d’abord à peaufiner le texte sur
le brouillon. Cette mission aura été remplie avant de passer au recopiage, pour gagner du temps.
2°) Pour ne faire aucune faute d’orthographe et de grammaire, la seconde mission consistera à relire le texte
sur le brouillon, en vérifiant d’abord les fautes d’orthographe, puis les fautes de grammaire (ou l’inverse).
Cette mission aura été remplie avant de passer au recopiage, pour gagner du temps.
3°) Recopier le texte en faisant très attention à la conformité du texte recopié par rapport au texte du brouillon.
Être très attentif au moment du recopiage, sans se laisser distraire, permet de réaliser cette dernière mission
dans les 20 minutes prévues. Si les deux premières missions ont été correctement réalisées, la relecture
finale doit prendre moins de temps.
Conclusion de cette opération :
➢ Pour réaliser la tâche, il est hautement préférable de décomposer les missions.
➢ Chaque mission donne lieu à un exercice de concentration.
➢ La bonne réalisation de la tâche relève d’une planification des différentes tâches.
Infos clés :
➢ S’entraîner à se concentrer, c’est :
Se fixer une cible attentionnelle aussi précise que possible
Identifier le but de mobilisation de l’attention
Savoir précisément comment s’y prendre au cours de la mobilisation de l’attention
➢ Le programme ATOLE/ADOLE propose des entraînements aux PIM pour les enfants et collégiens.
Les ressources sont nombreuses à exploiter.
► Recommandations à l’enseignant
Règle 1 : Ne pas se lancer dans une tâche sans avoir préciser le triplet : quelle cible, quelle intention, quelle
manière de faire.
L’enseignant : contribue à délimiter les tâches et ses missions. C’est une activité relative à aider à
apprendre.
Règle 2 : Ne pas hésiter à décomposer une tâche en plusieurs missions.
L’enseignant : fournit une feuille de route pour la réalisation des étapes de la tâche.
Règle 3 : Se placer dans des conditions limitant les distracteurs (pas de téléphone avec les notifications, elles
peuvent attendre un moment, se mettre dans un endroit favorisant une bonne attention, etc.)
L’enseignant : s’assure que les conditions sont remplies si l’activité est conduite en classe.
L’élève : est suffisamment informé sur la qualité de l’environnement pour mettre en place les conditions
optimales à la maison.
Règle 4 : Limiter la charge cognitive pour une bonne réalisation de la tâche en cours : en s’assurant que la
consigne est comprise, que les notions abordées sont comprises.
L’enseignant : S’assure que les élèves ont correctement compris à la fois la consigne de la tâche et les
notions manipulées. Les phrases seront courtes en limitant le nombre d’idées-clés par phrase.
Règle 5 : Si la tâche est un peu complexe, planifier les étapes qui correspondent à autant de missions
précises.
L’enseignant : Décompose la tâche en étapes accessibles par le maximum d’élèves. Les phrases seront
courtes en limitant le nombre d’idées-clés par phrase. Les schémas seront simplifiés pour limiter les dérives
d’attention. Il s’agit de passer d’une attention dispersée à une attention précise.
► Les degrés de l’attention
Toutes les tâches n’exigent pas le même degré d’attention. L’attention n’est pas autant mobilisée selon :
➢ Que l’on descend un petit chemin escarpé de montagne ou que l’on se promène sur un chemin bien
balisé.
➢ Que l’on roule à bicyclette en ville un jour de grande circulation ou sur un petit chemin de campagne.
➢ Que l’on visionne un film documentaire ou que l’on écoute une explication de cours sur un thème
difficile.
➢ Que l’on fait une multiplication de tête ou que l’on pense aux camarades que l’on va retrouver à la
récréation.
On peut évaluer qualitativement la mobilisation de l’attention avec plusieurs degrés, par exemple 1 (faible),
2 (moyen), 3 (fort).
Si on part de l’hypothèse que nous disposons d’un « capital attentionnel » donné, on peut aisément tenir le
raisonnement suivant. Si l’esprit est mobilisé par une tâche de niveau d’attention de degré 3, il ne peut pas
s’autoriser à faire attention à une autre tâche. Ce serait prendre le risque d’échouer sur la tâche principale.
C’est le cas de la descente sur le chemin escarpé, le trajet en bicyclette dans des conditions de grande
circulation, etc. On peut affirmer alors que nous sommes mono-attentionnels conscients. Il est indispensable
d’en avoir conscience !
Si la tâche principale est de mobilisation attentionnelle de degré 1 (par exemple avancer sur un trottoir
fréquenté où il faut éviter de heurter d’autres piétons), on peut s’autoriser une mobilisation attentionnelle de
degrés 1 ou 2 (par exemple échanger avec une autre personne tout en avançant sur le trottoir).
Dans la vie personnelle, tout comme dans les activités scolaires, il revient les élèves de les alerter sur le
degré d’attention requis, en activant le système pré-attentif pour le niveau 3. Et en évitant de donner comme
consigne que l’attention mobilisée sera de degré 3 durant tout le cours !
C’est à l’enseignant de signaler aux élèves à quel moment l’attention va changer d’intensité. En effet tous les
moments du cours de relèvent pas du même degré d’attention. Par un signe, une alerte, l’enseignant va
déclencher le système pré-attentif.
Infos clés :
➢ L’attention est mobilisée selon des degrés d’intensité. Au niveau le plus haut, il devient mono-
attentionnel : deux activités conscientes ne sont pas compatibles pour l’attention. Lorsque l’activité
principale est moins mobilisatrice d’attention, l’esprit peut rester attentif à des distracteurs externes.
➢ L’enseignant doit pouvoir distinguer les niveaux d’attention requise pour les différentes activités
scolaires proposées
► L’exercice du calme mental
Durant quelques minutes, les élèves sont invités, avec un déroulé rituel, à lâcher leurs pensées agitées
(retour de récréation, moment agité de classe, contrôle) pour se recentrer sereinement et apaiser leur esprit.
Les études scientifiques attestent que ces exercices (largement inspirées du mindfulness, de la méditation),
ont des effets bénéfiques :
➢ Sur le développement du contrôle de la pensée, qui peut être tourbillonnante donc non propice
à une activité exigeant de l’attention. L’élève prend conscience qu’il peut s’observer penser,
qu’il peut guider sa pensée, qu’il peut ne pas s’accrocher à certaines pensées.
➢ Sur l’aptitude à mobiliser plus aisément son attention à degré élevé.
➢ Sur le développement des capacités attentionnelles. L’exercice reproduit dans le temps peut
apporter un réel atout pour la qualité de vie, la régulation émotionnelle. L’effet est à attendre
à la fois pour les minutes qui suivent, et à long terme, il s’agit d’une éducation à l’attention.
Le déroulé peut évoluer au cours du temps, en fonction de l’âge des élèves. Un exemple valable pour de
larges tranches d’âge, figure dans nos pistes pédagogiques.
Une concertation s’impose avec les collèges de l’équipe pédagogique afin de répartir les exercices au long
de la semaine, si certains enseignants les pratiquent également.
Variantes :
. Observer mentalement les moments de basculement de l’esprit sur certains pensées particulièrement
préoccupantes
. Opérer des visualisations (manipulation d’images mentales)
. Centrer son attention sur les sons de la pièce
. Augmenter le temps durant lequel l’esprit n’accroche sur aucune pensée particulière
. Etc.
L’idée générale est de ne pas laisser l’esprit se laisser emporter par des pensées particulières. Le cerveau
fonctionne alors en « mode par défaut », sans interaction avec l’environnement, ni résolution interne de
problème. Ce fonctionnement implique des zones neuronales dédiées dans le cerveau. Son activité est donc
loin de s’arrêter et représente une partie essentielle de l’activation cérébrale. L’effet produit permet de réguler
les émotions, la mémoire, l’introspection.
Infos clés :
➢ Avec les années, l’apprentissage du calme mental prend progressivement place dans la vie
des classes. Il permet à la fois d’améliorer le climat de travail de la classe, et de développer les
capacités attentionnelles de chaque élève.
➢ Lorsque les idées vagabondent, le cerveau fonctionne en mode par défaut qui améliore la régulation
de la mémoire et des émotions. Le cerveau ne ralentit pas son activité.
► Toute activité stimulant l’exercice attentionnel
Les programmes scolaires ignorent encore largement l’importance du développement des capacités
attentionnelles des élèves. Celles-ci sont censées se développer en filigrane des activités scolaires
traditionnelles, et les élèves sont souvent mais fort maladroitement invités à mobiliser leur attention avec des
consignes (« taisez-vous », « j’attends le silence avant de commencer », « rangez-vous calmement avant
d’entrer en classe ») et des règlements collectifs habituels. Mais peu d’activités sont réellement dédiées au
développement de l’attention. Et les élèves ne sont quasiment jamais formés à la nature de l’attention.
Et pourtant, les activités possibles sont multiples, de développement de l’attention, à condition d’y adjoindre
un objectif identifié :
Exemples :
➢ Détection d’erreurs (relecture d’un texte centrée uniquement sur les fautes d’orthographe et de
grammaire)
➢ Ecoute sur un temps limité d’une explication, suivie d’une restitution la plus fidèle possible par un ou
plusieurs élèves (puis par la prise de notes)
➢ Ecoute attentive des arguments avancés par un élève lors d’un débat
➢ Arrêter brusquement son explication au milieu d’une phrase et demander aux élèves quel est le mot
suivant
➢ Ecouter un énoncé de math les yeux fermé (géométrie), se former des images mentales, puis reformer
l’énoncé
➢ Faire pratiquer par les élèves les activités numériques mentales MATHADOR (faire trouver un nombre
cible à partir d’un jeu de chiffres et d’opérations)
Remarques utiles pour l’enseignant :
1. Au cours d’un exercice de lecture, l’attention est maximale lorsque la vitesse de lecture est adaptée
à la vitesse de captation des informations. On ne peut attendre d’un élève qui a du mal à lire ou à
comprendre le texte, de mobiliser une attention maximale.
2. L’attention s’accroît lorsque les tâches complexes sont découpées en étapes élémentaires.
Lorsque les phrases longues sont réduites en phrases courtes.
3. Demander de faire attention est une mauvaise consigne. Attention à quoi précisément, très
précisément ?
4. Prévenir que des erreurs sont possibles est une bonne activation du système pré-attentif.
L’attention se développe dans de multiples situations. Telles que les jeux qui sont d’excellentes opportunités
(Le jeu UNO par exemple, très répandu, qui développe à la fois l’attention et l’inhibition ; le montage d’un
puzzle avec la centration de l’attention sur des critères précis de couleur ou de forme des pièces, la recherche
du personnage Charlie, etc.). Mais ce peut être aussi la recherche d’une personne dans une foule, l’examen
d’une carte, une recherche sur Internet sans se laisser distraire par les pubs, etc.
► Autres facteurs pour une attention de qualité
Le sentiment d’effort provient davantage de la tâche à résoudre, que de l’attention mobilisée. C’est plutôt
la fatigue qui perturbe l’attention, que l’attention qui engendre de la fatigue.
Le stress négatif (au-dessus du seuil optimum) produit une défaillance de l’attention.
L’attention est généralement stimulée par la curiosité, l’intérêt, la motivation. Elle baisse avec l’âge, la
consommation d’alcool, les émotions négatives, le sommeil.
Le niveau de vigilance n’est pas le meilleur en tout début de journée, par exemple pour un enfant qui se lève
à 7h et commence la classe à 8h30, sa vigilance devient optimale vers 9h30. Avant, les élèves sont peu
attentifs. De même en début d’après-midi, il y a fléchissement de l’attention.
Infos clés finales :
➢ L’attention se développe essentiellement durant l’enfance et l’adolescence. Ensuite, c’est plus
difficile.
➢ Pour développer l’attention, trois secrets : l’entraînement, l’entraînement, et … l’entraînement !
➢ Les meilleures conditions de l’attention : un rythme de vie équilibré (sommeil, nourriture), un esprit
normalement préoccupé, une vigilance attentionnelle régulièrement mobilisée sur des cibles précises.
Réponses au TEST DE POSITIONNEMENT
Q1. Répondre par oui ou par non aux propositions suivantes
Les mécanismes attentionnels sont activés par des zones neuronales en différents points du cerveau
□ Oui
L’attention se développe surtout durant l’enfance et l’adolescence
□ Oui
Un distracteur est une personne qui empêche quelqu’un de se concentrer sur une tâche
□ Non, c’est tout signal (visuel, auditif, olfactif, …) qui détourne l’attention
Attention et concentration sont synonymes
□ Non, la concentration se caractérise par trois éléments : la cible attentionnelle, le but de
l’attention, le mode d’emploi (manière de faire) de l’activité mobilisatrice de l’attention
Q2. On distingue généralement 3 formes d’attention : sélective, partagée. Quelle est la troisième ?
□ Soutenue
Q3. Y a-t-il dans la liste suivante une ou plusieurs activités qui ne relève pas de l’attention ?
□ Mémoriser OUI
□ Communiquer OUI
□ Alterner deux tâches OUI
□ Raisonner OUI
Q4. Dans quel mode de pensée l’attention est-elle la moins mobilisée
□ Système 1 heuristique (automatismes)
Q5. Pouvons-nous être attentifs à deux choses en même temps
□ Non, nous sommes mono-attentionnels EXACT sur des tâches fortement mobilisatrices d’attention
□ Tout dépend du degré attentionnel mobilisé OUI
□ Les femmes, surtout, peuvent être attentives à plusieurs cibles attentionnelles en même temps FAUX
Q6. Apprendre à un élève à gérer sa concentration sur tâche c’est 3 choses :
□ La cible attentionnelle
□ Le but de l’attention mobilisée
□ Le mode d’emploi de la tâche mobilisatrice d’attention
FICHES ASSOCIEES
► La mémoire de travail
► La charge cognitive
► L’inhibition
Références théoriques
➢ LACHAUX Jean-Philippe, Le cerveau attentif, Editions Odile Jacob, 2011
➢ LACHAUX Jean-Philippe, La magie de la concentration, Editions Odile Jacob, 2020
➢ LACHAUX Jean-Philippe, Les petites bulles de l’attention, Editions Odile Jacob, 2016
➢ Articles : Contrôle de l’attention (LaBerge, 1995) -Commande attentionnelle, prise de décision et
résolution de conflits (Posner & Rothbart, 1992) -Supervision des opérations attentionnelles (Shallice,
1988) -Coordination des programmes moteurs (Mesulam, 1981, 1990) ou des actions (Allport, 1989)
➢ Thèse : Mickaël [Link], Attention, Mindwandering and Mood: relating personal experiences in
daily life and in the classroom to laboratory measures