Cours DIH
Cours DIH
Dr. DIOMANDÉ
Introduction :
Conclusion
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Introduction :
A partir du XVIIe siècle, l’apparition du droit des gens va renouveler la doctrine sur la
guerre. Trois principes encadrent ce droit : - le recours à la guerre n’a pas besoin de
justification divine, - seuls les États dans l’exercice de leur souveraineté sont habilités à
y recourir.
2
NB : Les conventions avant les CG ne s’appliquaient qu’aux parties (si omnes).
Tandis que les CG s’appliquent à tous (erga omnes).
Ce droit des conflits armés est également appelé DIH. Quel est le but de ce droit et
comment s’est il construit ?
Le droit international humanitaire fait partie du doit international public, qui régit les
relations entre États. Il a été conçu comme un droit régissant les relations entre États
belligérants.
Ce droit vise à limiter l’usage de la violence dans les conflits armés pour :
- épargner celles et ceux qui ne participent pas (civils) ou plus (PG, les blessés,
malades) aux hostilités.
C’est à partir de cette définition que s’esquissent les principes de base du DIH
notamment :
Comme il s’agit de droit, le droit humanitaire impose des obligations aux parties
engagées dans un conflit armé. Celles-ci ne doivent pas seulement respecter le droit,
elles ont aussi l’obligation de le faire respecter.
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Cette branche du droit présente aussi bien des similitudes que des
divergences avec le droit international des droits de l’homme. Les deux
disciplines s’appliquent indistinctement aux conflits armés. Leur différence dans leur
application réside dans le fait que le DIDH est la lex generali applicable à toutes les
circonstances et un État est autorisé au nom de la protection des attributs de la
souveraineté à suspendre l’application de certains droits fondamentaux. C’est le cas
notamment en matière de crise.
Le DIH, essentiellement applicable aux conflits armés est la lex speciali, ne peut être
suspendu (sauf dans le cas prévu à l’article 5 de la IVe CG).
Cette summa divisio tend aujourd’hui à s’estomper dans la mesure où les deux branches
sont complémentaires dans la pratique, la plupart des conventions internationales font
indistinctement référence aux règles des droits de l’homme qu’aux règles du DIH. En
effet, il est apparu que dans les situations de conflits armés, les droits de l’homme
complètent le DIH.
Exemple de la CIDE ou de la CADBE qui sont des instruments relatifs aux droits de
l’homme mais tendent à protéger l’enfant dans les conflits armés.
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Cependant, la base est toujours formée par les Conventions de Genève et leurs
Protocoles additionnels, qui contiennent des obligations juridiques claires et
consacrent des principes humanitaires fondamentaux.
Ces principes fondamentaux reposent sur le principe de distinction (entre civils et
combattants, entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires), le principe
d’humanité, l’interdiction de causer des maux superflus.
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Partie I : Le champ d’application du DIH
Il s’agit de déterminer à quel moment s’applique le DIH et quelles sont les personnes
protégées par la discipline ainsi que l’application dans le temps du DIH. Le champ
d’application comprendra alors l’application ratione personae et l’application ratione
materiae.
Les conflits armés internationaux sont ceux qui opposent au moins deux États.
Plusieurs situations sont couvertes par cette notion.
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Les situations mentionnées à l'article 2(1) commun aux Conventions de Genève
de 1949 sont envisagées sous le double aspect du formalisme 1 et de l'effectivité.
Il s'agit d'une part, des guerres déclarées qui supposent une reconnaissance officielle de
l'état de guerre par les parties impliquées. Il s'agit d'autre part des autres formes de
conflits armés interétatiques, dont l'existence ne dépend pas de la qualification que
celles-ci peuvent en donner.
Tandis que le concept de guerre apparaît déjà dans les traités les plus anciens
de droit international humanitaire, les Conventions de 1949 introduisent pour la
première fois la notion de conflit armé dans ce régime juridique. Par cet apport
sémantique, les rédacteurs de ces instruments voulaient signifier que
l'applicabilité du droit international humanitaire devait désormais s'affranchir
de la volonté des gouvernements. Elle ne reposait plus uniquement sur la
subjectivité inhérente à la reconnaissance de l'état de guerre, mais devait
dépendre de réalités vérifiables selon des critères objectifs. Grâce à cet apport de
1949, le conflit armé international s'affirme ainsi comme une notion gouvernée par le
principe d'effectivité. Les règles pertinentes s'appliquent dès lors que certaines
conditions de fait sont réalisées.
Quant à la nature de ces conditions, il est admis généralement qu'elle doit être évaluée
libéralement, le seuil d’intensité requis pour qu'une confrontation soit considérée
comme autorisant l'application du droit des conflits armés internationaux est très bas.
En d'autres termes, il y a conflit armé international, comme le rappelle le
Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, "chaque fois qu'il y a
recours à la force armée entre États".
1 La guerre se faisait selon une déclaration de guerre et la fin de la guerre se soldait par un traité de paix
(armistice). La conséquence est que la guerre conduisait à une rupture des relations diplomatiques.
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Depuis l'adoption du Protocole additionnel I de 1977, le champ d'application du droit des conflits
armés internationaux ne se limite plus aux confrontations strictement interétatiques, mais englobe
aussi des affrontements opposant des forces gouvernementales à certains groupes non gouvernementaux,
à savoir les peuples en lutte dans l'exercice du droit à l'autodétermination. Le Protocole prévoit
en effet que les situations visées par l'article 2 commun aux Conventions de 1949
comprennent les "conflits armés dans lesquels les peuples luttent contre la domination
coloniale et l'occupation étrangère et contre les régimes racistes dans l'exercice du droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes, consacré dans la Charte des Nations Unies et
dans la Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations
amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations
Unies".
§2 : L'occupation
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déployer dans le territoire concerné et à imposer la stabilité minimale qui leur
permettra d'exercer leurs responsabilités découlant du droit de l'occupation. Quant au
deuxième critère, à savoir l'absence de consentement, il doit être compris assez
largement. En particulier il ne se limite pas aux cas où la prise de pouvoir résulte d'un
conflit armé caractérisé par des hostilités. L'article 2(2) de la IVe Convention de
Genève de 1949 complète en effet la définition de 1907 en précisant que les règles
pertinentes s'appliquent même si l'occupation "ne rencontre aucune résistance
militaire".
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Les conflits armés ne présentant pas un caractère international sont donc ceux
dans lesquels l'une au moins des parties impliquées n'est pas
gouvernementale.
Selon les cas, les hostilités se déroulent soit entre un (ou des) groupe(s) armés
et des forces étatiques, soit uniquement entre des groupes armés.
L'article 3 commun suppose par ailleurs qu'il y ait "conflit armé", c'est-à-dire
que la situation atteigne un niveau qui la distingue d'autres formes de violence
auxquelles le droit international humanitaire ne s'applique pas, telles que "les
situations de tensions internes, de troubles intérieurs, comme les émeutes, les
actes isolés et sporadiques de violence et autres actes analogues". Le seuil
requis dans ce cas est plus élevé que pour un conflit armé international.
La pratique, notamment celle du Tribunal pénal international pour l'ex-
Yougoslavie, montre que ce seuil est atteint chaque fois que la situation peut
être qualifiée de "protracted armed violence".
Cette condition doit être évaluée à l'aune de deux critères fondamentaux : a) l'intensité
de la violence et b) l'organisation des parties.
Ces deux composantes de la notion de conflit armé non international ne peuvent pas
être décrites abstraitement, mais doivent être évaluées de cas en cas en mettant en
balance une multitude de données indicatives.
En ce qui concerne le critère d'intensité, ces données peuvent être par exemple le caractère
collectif de la lutte ou le fait que l'État soit contraint de recourir à son armée, ses forces de
police n'étant plus en mesure de faire face seules à la situation.
La durée du conflit, la fréquence des actes de violence et des opérations militaires,
la nature des armes utilisées, le déplacement des populations civiles, le contrôle
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territorial exercé par les forces d'opposition, le nombre de victimes (morts, blessés,
déplacés, etc.) sont aussi des éléments qui peuvent être pris en compte. Il s'agit
toutefois ici de facteurs d'appréciation, qui permettent de dire si le seuil d'intensité
est atteint de cas en cas, et non de conditions qui devraient être réunies
cumulativement.
Quant au second critère, il requiert que les acteurs de la violence armée aient
atteint un niveau d'organisation minimal. En ce qui concerne les forces
gouvernementales, elles sont présumées satisfaire cette exigence sans qu'il soit
nécessaire de procéder à une évaluation dans chaque cas.
Quant aux groupes armés non gouvernementaux, les éléments indicatifs entrant
en ligne de compte comprennent par exemple l'existence d'un organigramme
exprimant une structure de commandement, le pouvoir de lancer des opérations
coordonnant différentes unités, la capacité de recruter et de former de nouveaux
combattants ou l'existence d'un règlement interne.
Lorsque l'une ou l'autre de ces deux conditions n'est pas satisfaite, une
situation de violence sera éventuellement qualifiée de troubles intérieurs ou
tensions internes.
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Comme dans le cas de l'article 3 commun, il ne peut y avoir conflit armé non
international au sens du Protocole II que si la situation atteint un certain degré
de violence qui la distingue des cas de tensions internes ou de troubles
intérieurs.
Cet instrument définit toutefois un champ d'application plus restreint que celui
de l'article 3 commun. Il exige en effet que les forces non gouvernementales
atteignent un niveau d'organisation particulièrement élevé, en ce sens qu'elles
doivent être placées "sous la conduite d'un commandement responsable" et
exercer un contrôle territorial qui leur permette "de mener des opérations
militaires continues et concertées et d'appliquer le présent Protocole".
Si l'article 3 commun suppose lui aussi que les groupes armés fassent preuve
d'un certain degré d'organisation, il ne prévoit en revanche pas que ces
groupes soient en mesure de maîtriser une portion de territoire.
Il arrive ainsi en pratique qu'un conflit entre dans le champ
d'application matériel de l'article 3 commun, mais ne remplisse pas les
conditions fixées par le Protocole II. En revanche, tous les conflits armés
couverts par celui-ci le sont aussi par l'article 3 commun.
Enfin, le Protocole additionnel II réitère le critère ratione loci déjà formulé à l'article 3
commun, à savoir qu'il ne couvre que les conflits armés non internationaux "qui se
déroulent sur le territoire d'une Haute Partie contractante".
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Chapitre II : Champ d’application ratione personae
Le droit des conflits armés vise à protéger les combattants agissant dans le cadre d’un
conflit armé, mais aussi les blessés, les malades, les naufragés, le personnel sanitaire et
religieux, les prisonniers de guerre, les correspondants de guerre, les parlementaires, le
personnel des organismes de secours et de protection civile, les réfugiés et, plus
généralement l’ensemble des populations civiles impliquées dans une situation de
conflit armé.
Au sein de la population civile, les femmes et les enfants bénéficient d’une protection
spéciale.
Une série de personnes et de biens est protégée par le DIH pendant un conflit armé.
Les instruments du DIH protègent les civils et les combattants.
Cette protection se manifeste par l’interdiction d’attaquer les civils, issue du principe
de distinction, est une règle très ancienne. Le premier instrument multilatéral à
l’énoncer est la Déclaration de Saint-Pétersbourg qui précisait en son deuxième
considérant que « le seul but légitime que les États doivent se proposer durant la guerre est
l’affaiblissement des forces militaires de l’ennemi ».
On retrouve cette règle à l’article 25 du Règlement de la Haye et à l’article 1 er de la
Convention de la Haye de 1907. Elle est également reprise aux articles 48 et 51 du 1 er
PA.
Cette règle est également applicable dans les conflits armés non internationaux :
- Cela ressort de la clause de Martens
- de l’article 13 du PA II.
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- de l’article 8§2 e,i, du Statut de la CPI.
Cette règle si elle est unanimement admise aujourd’hui, a été contesté par Churchill
qui, pour justifier les attaques contre les villes allemandes pendant la deuxième guerre
mondiale disait « le moral de l’ennemi est lui aussi un objectif militaire ».
Il a été considéré que pareille doctrine conduit à la guerre totale, laquelle a été rejetée
par le TMI Nuremberg.
Pour la CIJ, en 2005, dans l’affaire relative aux activités militaires en RDC, « les
bombardements aveugles constituent en eux-mêmes une violation flagrante du droit
humanitaire ».
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Les milices et corps de volontaires qui ne font pas partie de l'armée doivent réunir les
conditions suivantes :
- avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés;
- avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance;
- porter les armes ouvertement;
- se conformer dans leurs opérations aux lois et coutumes de la guerre.
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par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu par l’auteur de l’attaque.
(Interprétation a contrario de l’article 51§5 PAI)
Outre, le principe de distinction dans l’attaque, le DIH protège les populations
civiles par la constitution de zones destinées à les mettre à l’abri.
Ces zones portent des dénominations diverses telles que zones et localités sanitaires
et de sécurité, zone neutralisée, localités non défendues, zone démilitarisée.
Les deux premières ont été instituées la IVe CG et les deux dernières par le PAI.
Les zones neutralisées sont des zones à caractère généralement temporaire, qui sont
créées dans la région, théâtre des hostilités, en vue de mettre à l’abri des opérations
militaires aussi bien les blessés, les malades, les combattants et les non combattants,
que l’ensemble de la population civile étrangère aux hostilités.
Quant aux « localités non défendues », l’article 59 du Protocole additionnel I reprend
l’interdiction déjà faite par l’article 25 du règlement de la Haye de 1907 qui interdisait
d’attaquer ces localités. Les localités non défendues sont un « lieu habité situé à proximité
ou à l’intérieur d’une zone de contact entre forces armées et qui est ouvert à l’occupation par
l’adversaire.»
Les zones et localités sanitaires et de sécurité sont destinées à mettre à l’abri de la
guerre des groupes particulièrement vulnérables de la population civile. Elles visent à
protéger les blessés et malades, les infirmes, les personnes âgées, les enfants de moins
de 15 ans, les femmes enceintes et les mères d’enfants de moins de 7 ans.
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actuels sont des conflits armés non internationaux, lesquels ont des conséquences
considérables sur les personnes membres de la population civile en général.
C’est en considération des atteintes portées à la population civile dans les conflits
armés internes récents que le Conseil de sécurité des Nations unies a institué des zones
de sécurité pour pallier leur absence dans ces conflits.
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• Une des raisons serait la difficulté de déterminer le degré de gravité qu’une
blessure ou maladie devrait présenter pour entrainer le droit à protection.
• Une autre raison serait fondée sur le fait que le soldat blessé ou malade n’est
plus en mesure de combattre, par conséquent pas besoin de définition.
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- le cristal rouge : institué pour Israël.
L’utilisation de l’emblème est très réglementée et son usage abusif ou à titre de
perfidie est considéré comme une atteinte grave au DIH.
Les unités sanitaires sont constituées par les hôpitaux civils et militaires ainsi
que par d’autres installations servant à l’approvisionnement en médicaments, à la
formation des services de santé (y compris ceux relevant des sociétés nationales de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et autres sociétés de secours autorisées), qu’ils
soient fixes ou mobiles, permanents ou temporaires.
Toutefois, la protection due aux unités et transports sanitaires peut cesser s’il
s’avérait qu’ils sont utilisés pour commettre des actes hostiles, tels que servir à abriter
ou transporter des soldats valides et des armes ou à installer un poste d’observation
militaire.
En cas de suspicion d’actes hostiles, la protection due aux unités sanitaires ne cesse
qu’après sommation fixant un délai raisonnable qui serait demeuré sans effet.
En revanche, n’est pas considéré comme un acte hostile, la présence d’une sentinelle
armée pour garder les établissements sanitaires.
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- Les personnels administratifs des établissements sanitaires ;
- Le personnel religieux (aumôniers de l’armée).
Cependant pour bénéficier de la protection des CG, les personnels sanitaires doivent
être identifiés par une carte d’identité et un brassard ou calot (bonnet) munis de la
Croix-Rouge ou du Croissant Rouge. Ils sont autorisés à porter des armes pour leur
propre sécurité et celle des blessés et malades.
Les personnels sanitaires militaires sont considérés comme PG en cas de
capture par l’ennemi.
Quant aux personnels sanitaires civils, en cas de capture, ils ne seront pas
considérés comme PG, mais seront néanmoins protégés par la CGIII.
Les personnels humanitaires des agences des NU et des ONG autres que ceux du
CICR et des sociétés nationales de secours ne figurent pas dans la liste des personnes
protégées par les CG. Ces personnels humanitaires civils sont souvent pris pour cibles
par les belligérants en étant notamment victimes d’attaques, d’assassinats, et
d’exactions diverses.
Il y a une volonté des parties d’entraver l’assistance humanitaire par diverses formes de
pressions tendant à politiser et à détourner l’aide humanitaire. Il existe un droit à
l’assistance humanitaire impliquant des obligations de l’État concerné et de tous les
États de proposer et fournier une assistance aux victimes, de coopérer en ce sens avec
les organisations humanitaires compétentes, et de protéger les personnels et
installations destinés à cet effet.
Dans les conflits armés, le sort des combattants capturés a toujours été capital.
Cette importance se fait ressentir principalement dans la détermination du statut
juridique accordé à ces personnes tombées au pouvoir de l’ennemi afin de leur
appliquer le traitement qui en découle.
§1 : L’admission au statut de PG
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En droit des conflits armés, « le principe général est que tous les membres des forces armées
d’une partie au conflit sont des combattants et tout combattant capturé par la Partie adverse est un
prisonnier de guerre. » 2
C’est la qualité de combattant qui confère donc à son titulaire le droit au statut de PG,
dès lors convient-il de déterminer qui peut prétendre à cette qualité de combattant, par
voie de conséquence au statut de PG qui en découle.
A- Les bénéficiaires : les combattants capturés
Le fait qu’un conflit armé soit qualifié d’international ne fait pas bénéficier ipso facto
aux personnes privées de liberté du statut de prisonnier de guerre. Si le principe est de
les considérer comme tel, tous les combattants n’en bénéficieront pas, car certaines
conditions doivent être remplies. Les premiers instruments internationaux régissant les
conflits armés considèrent à cet effet que « les lois, les droits et les devoirs de la guerre ne
s’appliquent pas seulement à l’armée» mais également à d’autres catégories de
combattants 3.
Toutefois, ces belligérants doivent réunir les conditions suivantes :
« -avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnées ;
-avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance ;
-porter des armes ouvertement ; et
-se conformer dans leurs opérations aux lois et coutumes de la guerre. » 4
Les combattants qui remplissent ces conditions doivent, en cas de privation de
liberté, être considérés comme des prisonniers de guerre.
La troisième Convention de Genève a repris cette définition et a précisé que les
milices et les corps de volontaires doivent nécessairement relever de l’une des parties
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au conflit 5. Elle ajoute à cette catégorie « la population d’un territoire non occupé qui, à
l’approche de l’ennemi, prend spontanément les armes pour combattre les troupes d’invasion » 6. Il
s’agit de la levée en masse. Celle-ci implique qu’à l’invasion ennemie, la population
civile se soulève spontanément et massivement contre l’envahisseur sans avoir eu
matériellement le temps d’organiser une structure militaire classique 7. L’extension du
statut de combattant aux patriotes ainsi levés en masse n’est pas définitive, elle est
temporaire et doit prendre fin dès que l’envahisseur a réussi à établir son occupation 8.
L’ennemi, contre lequel le peuple a pris les armes, doit reconnaître aux personnes
capturées, la qualité de prisonniers de guerre lorsqu’elles portent ouvertement les
armes et respectent les lois et coutumes de la guerre.
Le Protocole additionnel I a cependant simplifié les exigences posées par l’article 4
de la IVe Convention en particulier celles relatives à l’obligation de porter ouvertement
les armes. L’article 43 du Protocole dispose que les forces armées « se composent de toutes
les forces, tous les groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un commandement
responsable de la conduite des subordonnées devant cette Partie, même si celle-ci est représentée par un
gouvernement ou une autorité non reconnus par une Partie adverse. Ces forces armées doivent être
soumises à un régime de discipline interne qui assure, notamment le respect du droit international
humanitaire applicable dans les conflits armés. »
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peuvent bénéficier du statut de combattant. Il en est de même pour les espions et les
mercenaires.
Est considéré comme espion, toute personne qui agissant clandestinement
sous de faux prétextes, recueille ou cherche à recueillir des informations
militaires sur le territoire ennemi.
Toutefois, s’il ne bénéficie pas du statut protecteur de combattant, l’espion en cas de
capture ne pourra être condamné qu’à l’issue d’un procès équitable.
Quant au mercenaire, il s’agit d’une personne qui s’enrôle volontairement et
à titre individuel dans les unités combattantes d’un État belligérant dont il
n’est pas ressortissant. Son geste est surtout guidé par l’appât du gain.
§2 : Le traitement du combattant en captivité
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Dans un conflit armé non international, il n’existe « ni statut de combattant ni celui qui
en découle, soit le statut de prisonnier de guerre. » 10 Il n’existe pas non plus celui d’internés
civils.
Elle se constate à deux strates ; la première se fait à l’aune des mécanismes de mise en
œuvre et de contrôle du respect du DIH ; et la seconde se fait au regard de la
répression pénale de la violation du DIH.
Le DIH est ipso facto et ipso jure le révélateur de la faiblesse récurrente du DIP.
Pourtant, si les États n’ont que la faculté de ratifier ou d’adhérer aux conventions
humanitaires, ils ont, après une telle acceptation, l’obligation de diffuser et d’exécuter
celles-ci.
10 DUTLI Maria Teresa : « Enfants combattants prisonniers » in Revue internationale de la Croix Rouge,
numéro 785, p. 470. Le refus d’accorder un statut protecteur aux personnes participant à des conflits armés
internes est un principe ancien qui a ses antécédents dans la doctrine chrétienne qui voit la rébellion contre
l’autorité comme une rébellion contre Dieu et ces rebelles doivent par conséquent être traités comme des
hérétiques. Voir à ce sujet CRAWFORD Emily: The treatments of Combatants and Insurgents under the law of
armed conflict, Oxford, Oxford university press, 2010, p. 69.
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L’observation par les Parties de leurs obligations conventionnelles est cependant
soumise à deux séries de limites :
- La dénonciation : elle ne devient effective qu’un an après notification au Conseil
fédéral de la Suisse qui est l’État dépositaire. Bien que prévue, la dénonciation n’a
jamais été mise en œuvre.
- Les réserves et déclarations interprétatives : Elles peuvent être formulées lors de
la signature, de la ratification ou de l’adhésion, dans le respect du droit conventionnel
des traités.
§2 : La diffusion
Nul n’est censé ignorer la loi, mais nul n’est non plus censé tout connaître, c’est
pourquoi la loi doit faire l’objet de diffusion afin que chaque individu soit préparé à
agir conformément à ce droit, s’il est confronté à une situation qui exige son
application.
Si l’article 1er de la 4e Convention de la Haye de 1907 n’obligeait les États à
diffuser le droit des conflits armés qu’auprès des seules forces armées, les CG de 1949
étendent le champ de l’obligation aux populations civiles. Ces CG précisent que les
HPC « s’engagent à diffuser le plus largement possible en temps de paix en temps de guerre le texte
des conventions dans leurs pays respectifs, et notamment à en incorporer l’étude dans les programmes
d’instruction militaire et si possible, civile, de telle manière que les principes en soient connus de
l’ensemble de la population. »
Le CICR joue un rôle prépondérant dans la diffusion du DIH.
§3 : L’application
Les États parties aux instruments du droit des conflits armés doivent bien entendu les
appliquer : c’est le principe de la pacta sunt servenda de l’article 26 de la convention
de Vienne de 1969 sur le droit des traités.
25
Malgré son évidence en DIP, le principe, qui veut que les traités sont la loi des parties,
a été souligné par les CG et le PAI, où il est prévu que les HPC s’engagent à « respecter
et à faire respecter en toutes circonstances ». Les États ont ainsi une double responsabilité
dans la mise en œuvre du DIH : une responsabilité individuelle en prenant les mesures
d’application pour ce qui les concerne ; une responsabilité collective en veillant à leur
respect par les autres États.
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Les États qui ne sont pas parties à un conflit armé peuvent prendre des mesures pour
faire respecter le DIH dans le cas où celui-ci serait violé.
Ces mesures peuvent prendre la forme de pressions diplomatiques (protestation
diplomatique, dénonciation publique, saisine de la commission internationale
d’établissement des faits), de mesures coercitives (mesures de rétorsion ou de
représailles non armées qui peuvent aller de l’expulsion de diplomates à l’interdiction
totale des relations commerciales.
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§3 : Le rôle du CICR
Le CICR est investi d’une mission internationale qui découle à la fois des CG et
des PA, de la pratique centenaire du CICR et de l’acceptation de cette pratique par les
États.
Le rôle de l’institution est varié.
Le CICR joue un rôle de protection et d’assistance aux victimes des CA. Il
intervient pour ce faire, grâce à la présence de ses délégués sur le terrain, à ce que les
Parties au conflit respectent les obligations découlant du DIH : visite aux PG, actions
en faveur des malades et blessés, rétablissement des liens familiaux pour les familles
dispersées, la recherche des personnes disparues.
L’assistance concerne l’apport de nourriture, médicaments.
Il joue un rôle d’intermédiaire neutre auprès des autorités civiles et militaires
pour résoudre les problèmes humanitaires impliquant des négociations entre
belligérants. C’est le cas lors de la création des zones protégées.
L’agence centrale de recherches : Cette agence recueille, centralise et transmet
tout renseignement permettant d’identifier les personnes en faveur desquelles elle
intervient.
Le déclenchement d’un conflit armé amène toujours le CICR à rappeler aux
belligérants les droits et obligations auxquels ils sont soumis.
Lors du déroulement du conflit, lorsque le CICR constate des omissions ou violations
du DIH, il procède à l’établissement des faits susceptibles de constituer une violation
des CG.
Le CICR est habilité à recevoir les plaintes au sujet des violations du DIH et à les
transmettre à l’autre Partie.
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Point de doute que le DIH est la branche la moins respectée et par conséquent
la plus théorique sinon la plus utopique du droit international.
Il n’en demeure pas moins que les violations du droit des conflits armés sont en
principe sanctionnées, soit par l’application des règles classiques de la responsabilité
des États lorsque l’auteur de la violation est un État, soit par l’application de certaines
règles de droit pénal international lorsque la violation est incriminée
internationalement.
L’accent sera mis sur la responsabilité pénale des individus compte tenu de la nature
interne des conflits et sur les organes de la répression.
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Seules les personnes physiques peuvent être convaincues de crimes de guerre lato sensu.
1- La complicité
Elle implique la fourniture d’une assistance par le complice à l’auteur principal de
l’infraction. Cette assistance consiste non seulement à procurer des moyens destinés à
commettre l’infraction (armes, équipement, logement), mais aussi à lui fournir toute
facilité pour accomplir l’infraction.
2- La responsabilité du supérieur
Les articles 6 et 5 des statuts des TMI de Nuremberg et de Tokyo disposaient que les
dirigeants ayant pris part au plan visant à commettre des crimes de guerre étaient
responsables des actes accomplis par d’autres en exécution de ce plan.
Exemple : un officier allemand était accusé d’avoir ordonné à ses troupes de refuser
tout quartier à des prisonniers.
§2 : Les incriminations
Les incriminations qui ne sont passibles que de sanctions disciplinaires ou
administratives ne seront pas abordées. Seules celles qui entrainent des poursuites
pénales seront examinées.
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L’article 5 du Statut de la CPI identifie les crimes les plus graves qui touchent
l’ensemble de la communauté internationale comme étant les crimes de guerre, crimes
contre l’humanité, les crimes de génocide et les crimes d’agression.
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des dispositions fondamentales du droit international, torture, viol, esclavage sexuel,
l’apartheid.
En vertu des CG, les États ont l’obligation de poursuivre et de juger les auteurs des
infractions graves au DIH, quelle que soit leur nationalité ou le lieu de l’infraction.
A cet effet, ils sont invités à se doter d’une législation nationale appropriée. Le droit
international impose aux États d’invoquer leurs compétences pour juger les personnes
présumées responsables d’avoir commis des infractions graves au DIH.
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Le principe de complémentarité voire de subsidiarité donne aux États, aux juridictions
nationales, la compétence première pour poursuivre et punir les auteurs de crimes
graves (§1). A cette compétence étatique, s’accompagne celle des juridictions pénales
internationales (§2).
§1 : La répression nationale
Le DIH préconise un système de répression pénale qui impose aux États l’obligation
de poursuivre les auteurs présumés d’infractions graves, de les rechercher, de les
déférer à leurs propres tribunaux. Cette répression peut également être faite par un
autre État, c’est le principe de la compétence universelle instituée par les CG.
Le droit de punir étant l’expression de la souveraineté nationale, il incombe donc aux
États de le faire.
Cela suppose que ceux-ci adaptent leur législation interne en y intégrant les infractions
liées aux lois et coutumes de la guerre et en déterminant les sanctions pénales
adéquates.
S’il revient aux États de poursuivre les auteurs de ces crimes, force est de
constater que la compétence universelle n’a jamais fonctionné. Les États, le plus
souvent, n’ont pas la volonté politique de poursuivre leurs propres nationaux, surtout
s’ils sont au sommet de la hiérarchie gouvernementale ou militaire ou alors n’ont pas la
capacité matérielle d’entreprendre de telles poursuites.
Face à cette situation, le DIH envisage des poursuites opérées par les
juridictions internationales.
§2 : La répression internationale
L’idée d’une juridiction pénale internationale a traversé tout le 20e siècle et est
devenue effective au début du 21e siècle.
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Les premiers tribunaux étaient institués pour une période déterminée, tandis que la
CPI est une juridiction permanente.
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B- La Cour pénale internationale
Instituée le 17 juillet 1998 après l’adoption par 120 États du Statut de Rome 11,
fondement juridique de la Cour pénale internationale (ci-après CPI), la première
juridiction internationale permanente est entrée en fonctionnement le 1er juillet 2002 12.
Elle a débuté ses activités en 2003.
Cette juridiction internationale a été mise en place dans le but de lutter contre
l’impunité des auteurs des crimes les plus graves qui touchent la communauté
internationale 13, à savoir les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide
et le crime d’agression 14.
Le Statut de la CPI n’a pas été signé par la Chine et l’Inde ; il n’a pas été ratifié par les
USA et Israël.
Selon l’article 5 du Statut, la Cour a une compétence ratione materiae qui couvre 4
catégories de crimes considérés comme les plus graves qui touchent l’ensemble de la
communauté internationale.
-le crime de génocide
-le crime contre l’humanité
-les crimes de guerre
- le crime d’agression.
La compétence de la Cour est cependant limitée à plusieurs égards :
- Limitation ratione temporis : seules les infractions commises après son entrée en
vigueur peuvent faire l’objet de poursuite. En outre, pendant un délai de 7 ans, l’article
124 permet à un État partie de déclarer qu’il décline la compétence de la CPI à
11 Acte final de la Convention de Rome : A/CONF.183/9. Voir également BADINTER Robert : « De Nuremberg à la
Cour pénale internationale » in Pouvoirs, 2000, n°92, p. 156.
12
Le Statut est entré en vigueur après la 60e ratification du statut de Rome soit 4 ans après sa signature. Voir
BUIRETTE Patricia et LAGRANGE Philippe : Le droit international humanitaire, Paris 2010, La découverte,
p. 108.
13
Alinéas 5 et 6 du Préambule du Statut. Voir également [Link]: Cour pénale internationale : « A propos
de la Cour » (consulté le 11 décembre 2011).
14 SUR Serge : « Vers une Cour pénale internationale : la Convention de Rome entre les ONG et le Conseil de
sécurité » in RGDIP, 1999, tome 103, n°1, pp. 29-45, p. 29.
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compter de l’entrée en vigueur du statut en ce qui concerne les crimes de guerre (cette
disposition a été adoptée à l’initiative de la France qui a craint que ses militaires,
souvent engagés dans des opérations de maintien de la paix, ne soient poursuivis).
- Limitation ratione personae : La CPI n’est pas compétente à l’égard des personnes
qui n’avaient pas 18 ans lors de la commission du crime (article 26)
- Limitation ratione loci : la CPI ne peut exercer sa compétence que si le crime a été
perpétré sur le territoire d’un État partie ou si la personne accusée du crime est
ressortissant d’un État partie.
Toutefois, ces limitations sont inopérantes lorsque la saisine de la Cour est faite par le
CSNU.
- Le CSNU peut adopter une résolution en vue d’empêcher ou suspendre pendant 12
mois une enquête ou une poursuite (art.16) Cette disposition permet au CSNU
d’empêcher de facto la CPI d’exercer sa juridiction aussi longtemps que le CSNU le
décide.
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ou tenté de commettre un crime ou encouragé la commission d’un crime, apporté une
aide ou une assistance à la commission ou à la tentative du crime.
Aucune qualité officielle de chef d’État ou de gouvernement, de parlementaire ne peut
tenir en échec la compétence de la Cour.
A l’encontre des personnes déclarées coupables, la Cour pourra prononcer des peines
privatives de liberté prévues par le Statut, ces peines vont de trente ans au plus ou un
emprisonnement à perpétuité si l’extrême gravité du crime et la situation personnelle
du condamné le justifient. Peut s’y ajouter une amende.
Les peines sont exécutées dans des prisons des pays ayant conclu un accord de
coopération avec la CPI.
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