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Cours DIH

Le document présente un cours sur le droit international humanitaire (DIH), abordant son champ d'application, son contenu et sa mise en œuvre. Il décrit l'évolution historique du DIH, ses principes fondamentaux, ainsi que la distinction entre les conflits armés internationaux et non internationaux. Enfin, il souligne l'importance des Conventions de Genève et des Protocoles additionnels dans la régulation des conflits armés et la protection des personnes.

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Cours DIH

Le document présente un cours sur le droit international humanitaire (DIH), abordant son champ d'application, son contenu et sa mise en œuvre. Il décrit l'évolution historique du DIH, ses principes fondamentaux, ainsi que la distinction entre les conflits armés internationaux et non internationaux. Enfin, il souligne l'importance des Conventions de Genève et des Protocoles additionnels dans la régulation des conflits armés et la protection des personnes.

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Cours Droit international humanitaire

Dr. DIOMANDÉ
Introduction :

Première partie : Le champ d’application du DIH

Chapitre I : Champ d’application ratione temporis : un droit essentiellement applicable


aux CA

Section 1 : L’application aux CAI

Section 2 : L’applicabilité aux CANI

Chapitre II : Champ d’application ratione personae

Section 1 : La protection des non-combattants

Section 2 : La protection des combattants

Deuxième partie : Contenu et mise en œuvre du DIH

Chapitre I : La consistance des règles du DIH

Section 1 : Les règles régissant la conduite des hostilités

Section 2 : Les règles relatives au traitement des personnes

Chapitre II : La mise en œuvre du DIH

Section 1 : Le contrôle de l’application

Section 2 : La sanction des violations

Conclusion

1
Introduction :

Depuis l’antiquité, de nombreux codes de conduite, conventions et autres textes ont


eu pour but de réglementer la guerre. Les textes anciens comme le Mahâbhârata ou le
code Hammourabi en font partie. Les livres saints comme la Bible et le Coran
prescrivent des règles appelant au respect de l’adversaire.

Nonobstant l’importance humanitaire de ces règles et coutumes anciennes, elles


souffraient de faiblesses. Dans la plupart des cas, leur applicabilité était limitée à des
régions, traditions, groupes ethniques ou religieux déterminés ; elles ne concernaient
pas ceux qui n’appartenaient pas à la même religion ou au même groupe.

A partir du XVIIe siècle, l’apparition du droit des gens va renouveler la doctrine sur la
guerre. Trois principes encadrent ce droit : - le recours à la guerre n’a pas besoin de
justification divine, - seuls les États dans l’exercice de leur souveraineté sont habilités à
y recourir.

Le véritable point de départ du DIH moderne remonte à la bataille de Solférino,


un combat terrible qui se déroula dans le Nord de l’Italie entre les forces françaises,
italiennes et autrichiennes en 1859.

La déclaration de Saint-Pétersbourg (1868), premier texte international en la matière


formulera l’interdiction de principe des maux superflus en précisant notamment que
« le seul but légitime que les États doivent se proposer durant la guerre est l’affaiblissement des forces
militaires de l’ennemi » et que « ce but serait dépassé par l’emploi d’armes qui aggraveraient
inutilement les souffrances des hommes mis hors de combat, ou rendraient leur mort inévitable ».

La Convention concernant les lois et coutumes de la guerre adoptée en 1899 a amorcé


un processus de codification du droit des conflits armés qui se poursuit depuis un
siècle.

2
NB : Les conventions avant les CG ne s’appliquaient qu’aux parties (si omnes).
Tandis que les CG s’appliquent à tous (erga omnes).

Ce droit des conflits armés est également appelé DIH. Quel est le but de ce droit et
comment s’est il construit ?

Le droit international humanitaire fait partie du doit international public, qui régit les
relations entre États. Il a été conçu comme un droit régissant les relations entre États
belligérants.

Ce droit vise à limiter l’usage de la violence dans les conflits armés pour :

- épargner celles et ceux qui ne participent pas (civils) ou plus (PG, les blessés,
malades) aux hostilités.

- restreindre au niveau nécessaire pour atteindre le but du conflit qui ne peut


viser qu’à affaiblir le potentiel militaire de l’ennemi.

C’est à partir de cette définition que s’esquissent les principes de base du DIH
notamment :

- la distinction entre civils et combattants ;

- l’interdiction d’attaquer les personnes hors de combat ;

- l’interdiction d’infliger des maux superflus.

Comme il s’agit de droit, le droit humanitaire impose des obligations aux parties
engagées dans un conflit armé. Celles-ci ne doivent pas seulement respecter le droit,
elles ont aussi l’obligation de le faire respecter.

3
Cette branche du droit présente aussi bien des similitudes que des
divergences avec le droit international des droits de l’homme. Les deux
disciplines s’appliquent indistinctement aux conflits armés. Leur différence dans leur
application réside dans le fait que le DIDH est la lex generali applicable à toutes les
circonstances et un État est autorisé au nom de la protection des attributs de la
souveraineté à suspendre l’application de certains droits fondamentaux. C’est le cas
notamment en matière de crise.
Le DIH, essentiellement applicable aux conflits armés est la lex speciali, ne peut être
suspendu (sauf dans le cas prévu à l’article 5 de la IVe CG).
Cette summa divisio tend aujourd’hui à s’estomper dans la mesure où les deux branches
sont complémentaires dans la pratique, la plupart des conventions internationales font
indistinctement référence aux règles des droits de l’homme qu’aux règles du DIH. En
effet, il est apparu que dans les situations de conflits armés, les droits de l’homme
complètent le DIH.
Exemple de la CIDE ou de la CADBE qui sont des instruments relatifs aux droits de
l’homme mais tendent à protéger l’enfant dans les conflits armés.

L’expérience des guerres de décolonisation, l’apparition de nouvelles armes et de


méthodes de guerre et le désir de renforcer davantage la protection des victimes quel
que soit le type de conflit armé, cela va aboutir en 1977 à l’adoption de deux
Protocoles destinés à compléter les Conventions de Genève. Diverses autres
conventions internationales et protocoles vont être adoptés couvrant des domaines
spécifiques comme les armes classiques, les armes chimiques, les mines terrestres, les
armes à laser, les armes à sous-munition et la protection des enfants en situation de
conflit armé élargirent le champ d’application du droit humanitaire.

4
Cependant, la base est toujours formée par les Conventions de Genève et leurs
Protocoles additionnels, qui contiennent des obligations juridiques claires et
consacrent des principes humanitaires fondamentaux.
Ces principes fondamentaux reposent sur le principe de distinction (entre civils et
combattants, entre les biens de caractère civil et les objectifs militaires), le principe
d’humanité, l’interdiction de causer des maux superflus.

L’examen du DIH conduira à procéder à une analyse en deux temps : le champ


d’application du DIH (Partie I) et son contenu et sa mise en œuvre (Partie II).

5
Partie I : Le champ d’application du DIH
Il s’agit de déterminer à quel moment s’applique le DIH et quelles sont les personnes
protégées par la discipline ainsi que l’application dans le temps du DIH. Le champ
d’application comprendra alors l’application ratione personae et l’application ratione
materiae.

Chapitre I : Champ d’application ratione materiae: un droit essentiellement


applicable aux CA

Institué en vue de limiter les effets de la guerre et de l’humaniser, le DIH


trouve essentiellement application en situation de conflit armé. De cette
définition, il en découle que le DIH ne s’applique pas à certaines situations diverses :
-les tensions internes ou les troubles intérieures (qui n’ont pas l’intensité nécessaire
pour voir application du DIH).
La doctrine distingue deux catégories de conflits armés : les CAI et les CANI.
La distinction entre ces deux catégories est importante car de cette dernière, dépendra
le régime juridique des règles applicables à chaque situation.

Section 1 : L’application aux CAI

Les conflits armés internationaux sont ceux qui opposent au moins deux États.
Plusieurs situations sont couvertes par cette notion.

§1 : Les guerres et les conflits armés internationaux

Les Conventions de Genève de 1949, en vertu de leur article commun 2(1),


s'appliquent "en cas de guerre déclarée ou de tout autre conflit armé surgissant
entre deux ou plusieurs des Hautes Parties contractantes, même si l'état de
guerre n'est pas reconnu par l'une d'elles". Les situations évoquées ici opposent
des États.

6
Les situations mentionnées à l'article 2(1) commun aux Conventions de Genève
de 1949 sont envisagées sous le double aspect du formalisme 1 et de l'effectivité.
Il s'agit d'une part, des guerres déclarées qui supposent une reconnaissance officielle de
l'état de guerre par les parties impliquées. Il s'agit d'autre part des autres formes de
conflits armés interétatiques, dont l'existence ne dépend pas de la qualification que
celles-ci peuvent en donner.
Tandis que le concept de guerre apparaît déjà dans les traités les plus anciens
de droit international humanitaire, les Conventions de 1949 introduisent pour la
première fois la notion de conflit armé dans ce régime juridique. Par cet apport
sémantique, les rédacteurs de ces instruments voulaient signifier que
l'applicabilité du droit international humanitaire devait désormais s'affranchir
de la volonté des gouvernements. Elle ne reposait plus uniquement sur la
subjectivité inhérente à la reconnaissance de l'état de guerre, mais devait
dépendre de réalités vérifiables selon des critères objectifs. Grâce à cet apport de
1949, le conflit armé international s'affirme ainsi comme une notion gouvernée par le
principe d'effectivité. Les règles pertinentes s'appliquent dès lors que certaines
conditions de fait sont réalisées.
Quant à la nature de ces conditions, il est admis généralement qu'elle doit être évaluée
libéralement, le seuil d’intensité requis pour qu'une confrontation soit considérée
comme autorisant l'application du droit des conflits armés internationaux est très bas.
En d'autres termes, il y a conflit armé international, comme le rappelle le
Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, "chaque fois qu'il y a
recours à la force armée entre États".

1 La guerre se faisait selon une déclaration de guerre et la fin de la guerre se soldait par un traité de paix
(armistice). La conséquence est que la guerre conduisait à une rupture des relations diplomatiques.

7
Depuis l'adoption du Protocole additionnel I de 1977, le champ d'application du droit des conflits
armés internationaux ne se limite plus aux confrontations strictement interétatiques, mais englobe
aussi des affrontements opposant des forces gouvernementales à certains groupes non gouvernementaux,
à savoir les peuples en lutte dans l'exercice du droit à l'autodétermination. Le Protocole prévoit
en effet que les situations visées par l'article 2 commun aux Conventions de 1949
comprennent les "conflits armés dans lesquels les peuples luttent contre la domination
coloniale et l'occupation étrangère et contre les régimes racistes dans l'exercice du droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes, consacré dans la Charte des Nations Unies et
dans la Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations
amicales et la coopération entre les États conformément à la Charte des Nations
Unies".

§2 : L'occupation

Lorsque l'un des belligérants parvient à s'imposer à son adversaire, un conflit


armé international peut prendre la forme d'une occupation. Aux termes de
l’article 42 du Règlement de La Haye de 1907, "[u]n territoire est considéré comme
occupé lorsqu’il se trouve placé de fait sous l’autorité de l’armée ennemie" (nous soulignons).
Pour qu'il y ait occupation au sens de cette disposition, deux conditions
doivent être satisfaites : a) l'occupant est en mesure de contrôler de manière
effective un territoire qui n'est pas le sien ; b) son intervention n'a pas été
agréée par le souverain légitime. Le contrôle territorial effectif, qui se trouve au
cœur de la notion d'occupation, suppose que puisse s'opérer une substitution des
pouvoirs. Cette condition est réalisée lorsque, d’une part, le gouvernement déchu est
incapable d’exercer publiquement son autorité et, d’autre part, la Puissance
occupante est à même de compenser cette absence en imposant sa propre domination.
Cette condition implique en principe que les troupes ennemies parviennent à se

8
déployer dans le territoire concerné et à imposer la stabilité minimale qui leur
permettra d'exercer leurs responsabilités découlant du droit de l'occupation. Quant au
deuxième critère, à savoir l'absence de consentement, il doit être compris assez
largement. En particulier il ne se limite pas aux cas où la prise de pouvoir résulte d'un
conflit armé caractérisé par des hostilités. L'article 2(2) de la IVe Convention de
Genève de 1949 complète en effet la définition de 1907 en précisant que les règles
pertinentes s'appliquent même si l'occupation "ne rencontre aucune résistance
militaire".

Section 2 : L’applicabilité aux CANI

La notion de conflit armé non international en droit humanitaire doit être


analysée sur la base de deux textes conventionnels principaux : l'article 3
commun aux Conventions de Genève de 1949 et l'article 1 du Protocole
additionnel II de 1977. Cette section mettra en lumière les critères que propose
chacune de ces dispositions et montrera comment ces critères peuvent être interprétés
à la lumière des évolutions de la pratique.

§ 1 : La notion de CANI au regard de l’article 3 commun aux Conventions de


Genève de 1949

L'article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 s'applique en cas de


"conflit armé ne présentant pas un caractère international et surgissant sur le
territoire de l'une des Hautes Parties contractantes". Cette disposition s'exprime
d'abord par la négative, puisqu'elle couvre les conflits armés "ne présentant pas un
caractère international". Elle renvoie ainsi, en creux, à l'article 2 commun, qui couvre,
comme mentionné précédemment, les affrontements entre États.

9
Les conflits armés ne présentant pas un caractère international sont donc ceux
dans lesquels l'une au moins des parties impliquées n'est pas
gouvernementale.
 Selon les cas, les hostilités se déroulent soit entre un (ou des) groupe(s) armés
et des forces étatiques, soit uniquement entre des groupes armés.

 L'article 3 commun suppose par ailleurs qu'il y ait "conflit armé", c'est-à-dire
que la situation atteigne un niveau qui la distingue d'autres formes de violence
auxquelles le droit international humanitaire ne s'applique pas, telles que "les
situations de tensions internes, de troubles intérieurs, comme les émeutes, les
actes isolés et sporadiques de violence et autres actes analogues". Le seuil
requis dans ce cas est plus élevé que pour un conflit armé international.
La pratique, notamment celle du Tribunal pénal international pour l'ex-
Yougoslavie, montre que ce seuil est atteint chaque fois que la situation peut
être qualifiée de "protracted armed violence".

Cette condition doit être évaluée à l'aune de deux critères fondamentaux : a) l'intensité
de la violence et b) l'organisation des parties.
Ces deux composantes de la notion de conflit armé non international ne peuvent pas
être décrites abstraitement, mais doivent être évaluées de cas en cas en mettant en
balance une multitude de données indicatives.
 En ce qui concerne le critère d'intensité, ces données peuvent être par exemple le caractère
collectif de la lutte ou le fait que l'État soit contraint de recourir à son armée, ses forces de
police n'étant plus en mesure de faire face seules à la situation.
La durée du conflit, la fréquence des actes de violence et des opérations militaires,
la nature des armes utilisées, le déplacement des populations civiles, le contrôle

10
territorial exercé par les forces d'opposition, le nombre de victimes (morts, blessés,
déplacés, etc.) sont aussi des éléments qui peuvent être pris en compte. Il s'agit
toutefois ici de facteurs d'appréciation, qui permettent de dire si le seuil d'intensité
est atteint de cas en cas, et non de conditions qui devraient être réunies
cumulativement.
 Quant au second critère, il requiert que les acteurs de la violence armée aient
atteint un niveau d'organisation minimal. En ce qui concerne les forces
gouvernementales, elles sont présumées satisfaire cette exigence sans qu'il soit
nécessaire de procéder à une évaluation dans chaque cas.
Quant aux groupes armés non gouvernementaux, les éléments indicatifs entrant
en ligne de compte comprennent par exemple l'existence d'un organigramme
exprimant une structure de commandement, le pouvoir de lancer des opérations
coordonnant différentes unités, la capacité de recruter et de former de nouveaux
combattants ou l'existence d'un règlement interne.
Lorsque l'une ou l'autre de ces deux conditions n'est pas satisfaite, une
situation de violence sera éventuellement qualifiée de troubles intérieurs ou
tensions internes.

§2 : La notion à l’aune de l'article 1er du Protocole additionnel II

Le Protocole additionnel II s'applique aux conflits armés non internationaux "qui se


déroulent sur le territoire d'une Haute Partie contractante entre ses forces armées et
des forces armées dissidentes ou des groupes armés organisés qui, sous la conduite
d'un commandement responsable, exercent sur une partie de son territoire un contrôle
tel qu'il leur permette de mener des opérations militaires continues et concertées et
d'appliquer le présent Protocole".

11
Comme dans le cas de l'article 3 commun, il ne peut y avoir conflit armé non
international au sens du Protocole II que si la situation atteint un certain degré
de violence qui la distingue des cas de tensions internes ou de troubles
intérieurs.
 Cet instrument définit toutefois un champ d'application plus restreint que celui
de l'article 3 commun. Il exige en effet que les forces non gouvernementales
atteignent un niveau d'organisation particulièrement élevé, en ce sens qu'elles
doivent être placées "sous la conduite d'un commandement responsable" et
exercer un contrôle territorial qui leur permette "de mener des opérations
militaires continues et concertées et d'appliquer le présent Protocole".
 Si l'article 3 commun suppose lui aussi que les groupes armés fassent preuve
d'un certain degré d'organisation, il ne prévoit en revanche pas que ces
groupes soient en mesure de maîtriser une portion de territoire.
 Il arrive ainsi en pratique qu'un conflit entre dans le champ
d'application matériel de l'article 3 commun, mais ne remplisse pas les
conditions fixées par le Protocole II. En revanche, tous les conflits armés
couverts par celui-ci le sont aussi par l'article 3 commun.

Enfin, le Protocole additionnel II réitère le critère ratione loci déjà formulé à l'article 3
commun, à savoir qu'il ne couvre que les conflits armés non internationaux "qui se
déroulent sur le territoire d'une Haute Partie contractante".

Outre ces deux catégories traditionnelles, il existe d’autres qui ne trouvent


véritablement pas une position tranchée.

12
Chapitre II : Champ d’application ratione personae

Le droit des conflits armés vise à protéger les combattants agissant dans le cadre d’un
conflit armé, mais aussi les blessés, les malades, les naufragés, le personnel sanitaire et
religieux, les prisonniers de guerre, les correspondants de guerre, les parlementaires, le
personnel des organismes de secours et de protection civile, les réfugiés et, plus
généralement l’ensemble des populations civiles impliquées dans une situation de
conflit armé.
Au sein de la population civile, les femmes et les enfants bénéficient d’une protection
spéciale.

Section 1 : La protection des non-combattants

Une série de personnes et de biens est protégée par le DIH pendant un conflit armé.
Les instruments du DIH protègent les civils et les combattants.

§1 : La protection de la population et des biens civils

Cette protection se manifeste par l’interdiction d’attaquer les civils, issue du principe
de distinction, est une règle très ancienne. Le premier instrument multilatéral à
l’énoncer est la Déclaration de Saint-Pétersbourg qui précisait en son deuxième
considérant que « le seul but légitime que les États doivent se proposer durant la guerre est
l’affaiblissement des forces militaires de l’ennemi ».
On retrouve cette règle à l’article 25 du Règlement de la Haye et à l’article 1 er de la
Convention de la Haye de 1907. Elle est également reprise aux articles 48 et 51 du 1 er
PA.
Cette règle est également applicable dans les conflits armés non internationaux :
- Cela ressort de la clause de Martens
- de l’article 13 du PA II.

13
- de l’article 8§2 e,i, du Statut de la CPI.
Cette règle si elle est unanimement admise aujourd’hui, a été contesté par Churchill
qui, pour justifier les attaques contre les villes allemandes pendant la deuxième guerre
mondiale disait « le moral de l’ennemi est lui aussi un objectif militaire ».
Il a été considéré que pareille doctrine conduit à la guerre totale, laquelle a été rejetée
par le TMI Nuremberg.
Pour la CIJ, en 2005, dans l’affaire relative aux activités militaires en RDC, « les
bombardements aveugles constituent en eux-mêmes une violation flagrante du droit
humanitaire ».

A- La notion de personne et de biens civils

Au cours de l'histoire, de nombreuses définitions de la population civile ont été


formulées; tout le monde, d'ailleurs, a présent à l'esprit le sens de cette notion.
Cependant, toutes ces définitions sont peu précises, alors qu'il convient de les fixer
avec rigueur, d'autant plus que les catégories de personnes qu'elles recouvrent ont varié
dans le temps.
Aussi le Protocole a-t-il adopté la seule solution satisfaisante, qui est celle de la
définition négative, à savoir que la population civile est constituée par les personnes
qui ne font pas partie des forces armées. (L’article 50 du PAI.)
Il va de soi qu'une définition négative de la population civile implique d'indiquer ce
que l'on entend par «forces armées». La présente disposition du Protocole a procédé
par référence à l'article pertinent de la IIIe Convention et à l'article 43 du Protocole ('
Forces armées '), qui le complète.
Les forces armées sont constituées des membres des armées stricto sensu, des milices
et corps de volontaires qui s’y joignent.

14
Les milices et corps de volontaires qui ne font pas partie de l'armée doivent réunir les
conditions suivantes :
- avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés;
- avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance;
- porter les armes ouvertement;
- se conformer dans leurs opérations aux lois et coutumes de la guerre.

La population d'un territoire non occupé qui, à l'approche de l'ennemi, prend


spontanément les armes pour combattre les troupes d'invasion sans avoir eu le temps
de s'organiser conformément aux règles ci-dessus sera considérée comme belligérante
si elle porte les armes ouvertement et si elle respecte les lois et coutumes de la guerre.
En cas de doute sur la qualité de civil d’une personne, l’article 50 prévoit qu’elle doit
être présumée civile. En l’espèce, le doute profite à la cible ou à la victime
potentielle du combattant.
De la même manière, sont prohibées les opérations militaires visant les biens
qui, par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation, n’apportent
pas une contribution effective à l’action militaire et dont la destruction partielle ou
totale, n’offre pas un avantage militaire précis.
2- Le champ d’application spatial de la protection des civils
La protection de la population civile et des biens de même nature produit ses effets sur
terre, sur mer et dans les airs.
3- Les exceptions à la protection des civils
L’interdiction d’attaquer les civils ne joue pas à l’égard des civils qui participent
directement aux hostilités et pendant la durée de cette participation. (Art.51 PAI)
L’interdiction subit une autre limitation dans l’hypothèse où soit les civils se trouvent à
proximité d’objectifs militaires trop peu espacés les uns des autres pour constituer des
objectifs distincts, soit les pertes et dommages subis par les civils ne sont pas excessifs

15
par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu par l’auteur de l’attaque.
(Interprétation a contrario de l’article 51§5 PAI)
Outre, le principe de distinction dans l’attaque, le DIH protège les populations
civiles par la constitution de zones destinées à les mettre à l’abri.

B- La protection contre les effets des hostilités : la constitution de zones de


protection

Ces zones portent des dénominations diverses telles que zones et localités sanitaires
et de sécurité, zone neutralisée, localités non défendues, zone démilitarisée.
Les deux premières ont été instituées la IVe CG et les deux dernières par le PAI.
Les zones neutralisées sont des zones à caractère généralement temporaire, qui sont
créées dans la région, théâtre des hostilités, en vue de mettre à l’abri des opérations
militaires aussi bien les blessés, les malades, les combattants et les non combattants,
que l’ensemble de la population civile étrangère aux hostilités.
Quant aux « localités non défendues », l’article 59 du Protocole additionnel I reprend
l’interdiction déjà faite par l’article 25 du règlement de la Haye de 1907 qui interdisait
d’attaquer ces localités. Les localités non défendues sont un « lieu habité situé à proximité
ou à l’intérieur d’une zone de contact entre forces armées et qui est ouvert à l’occupation par
l’adversaire.»
Les zones et localités sanitaires et de sécurité sont destinées à mettre à l’abri de la
guerre des groupes particulièrement vulnérables de la population civile. Elles visent à
protéger les blessés et malades, les infirmes, les personnes âgées, les enfants de moins
de 15 ans, les femmes enceintes et les mères d’enfants de moins de 7 ans.

Si les zones de protection peuvent épargner la population civile des effets de la


guerre, la limite de cette mesure réside dans le fait que le droit humanitaire envisage
leur constitution en faveur des membres de la population civile uniquement dans le
cadre des conflits armés internationaux. Pourtant la quasi-totalité des conflits armés

16
actuels sont des conflits armés non internationaux, lesquels ont des conséquences
considérables sur les personnes membres de la population civile en général.
C’est en considération des atteintes portées à la population civile dans les conflits
armés internes récents que le Conseil de sécurité des Nations unies a institué des zones
de sécurité pour pallier leur absence dans ces conflits.

La protection accordée par le DIH ne se limite pas uniquement aux personnes


non combattantes mais elle couvre également les combattants.

§2 : La protection des blessés, malades et naufragés

Les conventions de Genève expriment des principes identiques en ce qui concernent


l’assistance et la protection des blessés, malades et naufragés.
Cette protection consiste à l’inviolabilité de cette catégorie de personnes (A) et à
l’immunité des biens et des personnels sanitaires (B).

A- L’inviolabilité des blessés, malades et naufragés

1- Le cadre juridique de l’inviolabilité


Les expériences de la seconde guerre mondiale vont conduire en 1949 à
l’adoption de deux conventions dont l’une concerne l’amélioration du sort des blessés
et des malades dans les forces armées en campagne (convention I), la seconde
concerne l’amélioration du sort des blessés, des malades et des naufragés des forces
armées sur mer (CGII).
Le PAI de 1977 établira un régime identique pour toutes les catégories de blessés,
malades et naufragés, qu’ils soient civils ou militaires. Le même mécanisme de
protection est prévu pour les blessés, malades et naufragés victimes d’un conflit armé
non international.

2- Précisions sur les personnes protégées


Les CG ne définissent pas les termes blessés, malades et naufragés. On pourrait
s’interroger sur les raisons de cette lacune.

17
• Une des raisons serait la difficulté de déterminer le degré de gravité qu’une
blessure ou maladie devrait présenter pour entrainer le droit à protection.

• Une autre raison serait fondée sur le fait que le soldat blessé ou malade n’est
plus en mesure de combattre, par conséquent pas besoin de définition.

Le PAI va combler cette lacune en introduisant une définition complète.


Ainsi les blessés et malades s’entendent des personnes militaires ou civiles qui
ont besoin de soin à la suite d’un traumatisme, d’une maladie ou d’autres incapacités
ou troubles physiques ou mentaux.
Ces critères sont une condition nécessaire mais non suffisante pour considérer ces
personnes comme tels, encore faut-il qu’elles s’abstiennent de tout comportement
hostile qui donnerait automatiquement le droit de riposte.

B- L’immunité des biens et des personnels sanitaires


Le DIH stipule que les personnels et services sanitaires, quelle que soit la partie à
laquelle ils appartiennent, doivent être respectés et protégés en toute circonstance
contre les effets des hostilités, afin de leur permettre de remplir leur mission.
C’est dans cette veine que les personnes et les biens affectés aux soins des blessés et
des malades jouissent d’une immunité symbolisée par l’emblème de la Croix Rouge ou
du croissant rouge.

1- Le rôle protecteur de l’emblème


L’emblème de la Croix-Rouge fut retenu dès 1863 comme signe distinctif des
organismes et sociétés de secours aux combattants blessés et malades. Ce signe est
obtenu par inversion du drapeau suisse.
Il existe trois signes distinctifs assurent l’immunité aux services sanitaires des armées :
- la croix rouge
- le croissant rouge : demandé par l’empire Ottoman en 1865 qui invoquait la
sensibilité particulière des musulmans.
- le lion et le soleil rouge : utilisé par l’Iran jusqu’en 1980.

18
- le cristal rouge : institué pour Israël.
L’utilisation de l’emblème est très réglementée et son usage abusif ou à titre de
perfidie est considéré comme une atteinte grave au DIH.

2- La protection des services sanitaires


La protection des activités de soin impose de s’assurer que les unités et les transports
sanitaires ne feront pas l’objet d’attaque, ni être empêché de fonctionner.

Les unités sanitaires sont constituées par les hôpitaux civils et militaires ainsi
que par d’autres installations servant à l’approvisionnement en médicaments, à la
formation des services de santé (y compris ceux relevant des sociétés nationales de la
Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et autres sociétés de secours autorisées), qu’ils
soient fixes ou mobiles, permanents ou temporaires.

Toutefois, la protection due aux unités et transports sanitaires peut cesser s’il
s’avérait qu’ils sont utilisés pour commettre des actes hostiles, tels que servir à abriter
ou transporter des soldats valides et des armes ou à installer un poste d’observation
militaire.
En cas de suspicion d’actes hostiles, la protection due aux unités sanitaires ne cesse
qu’après sommation fixant un délai raisonnable qui serait demeuré sans effet.
En revanche, n’est pas considéré comme un acte hostile, la présence d’une sentinelle
armée pour garder les établissements sanitaires.

3- La protection des personnels sanitaires


Les personnels sanitaires n’étant pas considérés comme des combattants, ils
bénéficient d’une protection spéciale. Ces personnels sont constitués par les catégories
suivantes :
- les personnels sanitaires civils ou militaires chargés de soigner les blessés et malades
de l’armée (les médecins, infirmiers, brancardiers) ;
- les personnels des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et des sociétés
de secours.

19
- Les personnels administratifs des établissements sanitaires ;
- Le personnel religieux (aumôniers de l’armée).
Cependant pour bénéficier de la protection des CG, les personnels sanitaires doivent
être identifiés par une carte d’identité et un brassard ou calot (bonnet) munis de la
Croix-Rouge ou du Croissant Rouge. Ils sont autorisés à porter des armes pour leur
propre sécurité et celle des blessés et malades.
Les personnels sanitaires militaires sont considérés comme PG en cas de
capture par l’ennemi.
Quant aux personnels sanitaires civils, en cas de capture, ils ne seront pas
considérés comme PG, mais seront néanmoins protégés par la CGIII.
Les personnels humanitaires des agences des NU et des ONG autres que ceux du
CICR et des sociétés nationales de secours ne figurent pas dans la liste des personnes
protégées par les CG. Ces personnels humanitaires civils sont souvent pris pour cibles
par les belligérants en étant notamment victimes d’attaques, d’assassinats, et
d’exactions diverses.
Il y a une volonté des parties d’entraver l’assistance humanitaire par diverses formes de
pressions tendant à politiser et à détourner l’aide humanitaire. Il existe un droit à
l’assistance humanitaire impliquant des obligations de l’État concerné et de tous les
États de proposer et fournier une assistance aux victimes, de coopérer en ce sens avec
les organisations humanitaires compétentes, et de protéger les personnels et
installations destinés à cet effet.

Section 2 : La protection et le traitement des combattants

Dans les conflits armés, le sort des combattants capturés a toujours été capital.
Cette importance se fait ressentir principalement dans la détermination du statut
juridique accordé à ces personnes tombées au pouvoir de l’ennemi afin de leur
appliquer le traitement qui en découle.
§1 : L’admission au statut de PG

20
En droit des conflits armés, « le principe général est que tous les membres des forces armées
d’une partie au conflit sont des combattants et tout combattant capturé par la Partie adverse est un
prisonnier de guerre. » 2
C’est la qualité de combattant qui confère donc à son titulaire le droit au statut de PG,
dès lors convient-il de déterminer qui peut prétendre à cette qualité de combattant, par
voie de conséquence au statut de PG qui en découle.
A- Les bénéficiaires : les combattants capturés
Le fait qu’un conflit armé soit qualifié d’international ne fait pas bénéficier ipso facto
aux personnes privées de liberté du statut de prisonnier de guerre. Si le principe est de
les considérer comme tel, tous les combattants n’en bénéficieront pas, car certaines
conditions doivent être remplies. Les premiers instruments internationaux régissant les
conflits armés considèrent à cet effet que « les lois, les droits et les devoirs de la guerre ne
s’appliquent pas seulement à l’armée» mais également à d’autres catégories de
combattants 3.
Toutefois, ces belligérants doivent réunir les conditions suivantes :
« -avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnées ;
-avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance ;
-porter des armes ouvertement ; et
-se conformer dans leurs opérations aux lois et coutumes de la guerre. » 4
Les combattants qui remplissent ces conditions doivent, en cas de privation de
liberté, être considérés comme des prisonniers de guerre.
La troisième Convention de Genève a repris cette définition et a précisé que les
milices et les corps de volontaires doivent nécessairement relever de l’une des parties

2 BIAD Abdelwahab : Droit international humanitaire, ellipses, Paris, 2006, p. 58.


3 L’article 2 du Manuel des lois de la guerre sur terre du 9 septembre 1880 considère que « la force armée d’un
État comprend : l’armée proprement dite, y compris les milices ; les gardes nationales, landsturm, corps francs
et autres corps ».
L’article premier de l’annexe de la Convention IV concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre, du 18
octobre 1907 souligne que « les lois, les droits et les devoirs ne s’appliquent pas seulement à l’armée, mais
encore aux milices et aux corps de volontaires ».
4 BIAD Abdelwahab, [Link]. p. 59.

21
au conflit 5. Elle ajoute à cette catégorie « la population d’un territoire non occupé qui, à
l’approche de l’ennemi, prend spontanément les armes pour combattre les troupes d’invasion » 6. Il
s’agit de la levée en masse. Celle-ci implique qu’à l’invasion ennemie, la population
civile se soulève spontanément et massivement contre l’envahisseur sans avoir eu
matériellement le temps d’organiser une structure militaire classique 7. L’extension du
statut de combattant aux patriotes ainsi levés en masse n’est pas définitive, elle est
temporaire et doit prendre fin dès que l’envahisseur a réussi à établir son occupation 8.
L’ennemi, contre lequel le peuple a pris les armes, doit reconnaître aux personnes
capturées, la qualité de prisonniers de guerre lorsqu’elles portent ouvertement les
armes et respectent les lois et coutumes de la guerre.
Le Protocole additionnel I a cependant simplifié les exigences posées par l’article 4
de la IVe Convention en particulier celles relatives à l’obligation de porter ouvertement
les armes. L’article 43 du Protocole dispose que les forces armées « se composent de toutes
les forces, tous les groupes et toutes les unités armés et organisés qui sont placés sous un commandement
responsable de la conduite des subordonnées devant cette Partie, même si celle-ci est représentée par un
gouvernement ou une autorité non reconnus par une Partie adverse. Ces forces armées doivent être
soumises à un régime de discipline interne qui assure, notamment le respect du droit international
humanitaire applicable dans les conflits armés. »

B- Les personnes exclus du statut : les espions et mercenaires


Toute personne ne répondant pas aux catégories définies dans la IIIe CG et le PAI ne
peut pas bénéficier du statut du combattant et par voie de conséquence de celui de PG
en cas de capture.
Si elle participe aux hostilités, elle sera considérée comme franc-tireur et punie pour
acte de violence ou de terrorisme. Ainsi les habitants d’un territoire occupé
n’appartenant pas aux forces armées mais qui résistent militairement à l’occupant ne
5 Article 4 de la IIIe CG.
6 Article 4 paragraphe A alinéa 6 de la IIIe Convention de Genève.
7 CARIO Jérôme : Le droit des conflits armés, Panazol, éd. Lavauzelle, 2002, p. 117.
8 AUSTIN R.H.F. : « Le droit des conflits armés internationaux » in BEDJAOUI Mohamed (Rédacteur général),
Droit international : Bilan et perspectives, Tome 2, Paris, 1991, éd. Pedone, p. 827. Voir également LAPIDOTH
Ruth : « Qui a droit au statut de prisonnier de guerre ? » in RGDIP, 1978, p. 180.

22
peuvent bénéficier du statut de combattant. Il en est de même pour les espions et les
mercenaires.
Est considéré comme espion, toute personne qui agissant clandestinement
sous de faux prétextes, recueille ou cherche à recueillir des informations
militaires sur le territoire ennemi.
Toutefois, s’il ne bénéficie pas du statut protecteur de combattant, l’espion en cas de
capture ne pourra être condamné qu’à l’issue d’un procès équitable.
Quant au mercenaire, il s’agit d’une personne qui s’enrôle volontairement et
à titre individuel dans les unités combattantes d’un État belligérant dont il
n’est pas ressortissant. Son geste est surtout guidé par l’appât du gain.
§2 : Le traitement du combattant en captivité

La IVe CG et le PAI posent le principe de la protection générale de toutes les


personnes affectées par un conflit armé, y compris les combattants au pouvoir de
l’ennemi. Cette protection vise à promouvoir le respect de la personne humaine.

Le traitement humain des personnes protégées est au cœur du système de


protection érigé par le droit humanitaire. À cet effet, l’article 13 de la IIIe Convention
de Genève dispose que « les prisonniers de guerre doivent être traités en tout temps avec
humanité » et sans discrimination possible entre eux. Il précise en outre que sont
interdits, les actes ou omissions qui entraînent la mort ou qui mettent gravement en
danger la santé d’un prisonnier de guerre qui se trouve en son pouvoir. Cette
disposition insiste sur le fait qu’aucun prisonnier de guerre ne devra faire l’objet de
mutilation ou d’expériences médicales ou scientifiques de quelque nature que ce soit.
Cependant, ces expériences pourraient se justifier par le traitement médical du
prisonnier intéressé et s’il y va de son intérêt. L’intention des rédacteurs de la
convention était de « bannir à jamais des pratiques criminelles dont ont souffert des milliers de
victimes durant la 2e guerre mondiale. » 9

9 [Link]/[Link]: commentaire de l’article 13 de la IIIe CG.

23
Dans un conflit armé non international, il n’existe « ni statut de combattant ni celui qui
en découle, soit le statut de prisonnier de guerre. » 10 Il n’existe pas non plus celui d’internés
civils.

Deuxième partie : L’effectivité du Droit des conflits armés

Elle se constate à deux strates ; la première se fait à l’aune des mécanismes de mise en
œuvre et de contrôle du respect du DIH ; et la seconde se fait au regard de la
répression pénale de la violation du DIH.

Chapitre I : La mise en œuvre et le contrôle du respect du DIH

On verra ici, la mise en œuvre et le contrôle du respect du DIH.

Section 1 : La mise en œuvre en temps de paix

Le DIH est ipso facto et ipso jure le révélateur de la faiblesse récurrente du DIP.
Pourtant, si les États n’ont que la faculté de ratifier ou d’adhérer aux conventions
humanitaires, ils ont, après une telle acceptation, l’obligation de diffuser et d’exécuter
celles-ci.

§1 : L’acceptation des règles : la ratification


Les États signataires des CG et des PA doivent ratifier ces instruments « aussitôt que
possible ». Ce genre d’invitation est très rare dans la pratique conventionnelle des
États, elle a été largement suivie d’effet dans le cas des CG de 1949 mais le
mouvement est plus lent pour les PA.

10 DUTLI Maria Teresa : « Enfants combattants prisonniers » in Revue internationale de la Croix Rouge,
numéro 785, p. 470. Le refus d’accorder un statut protecteur aux personnes participant à des conflits armés
internes est un principe ancien qui a ses antécédents dans la doctrine chrétienne qui voit la rébellion contre
l’autorité comme une rébellion contre Dieu et ces rebelles doivent par conséquent être traités comme des
hérétiques. Voir à ce sujet CRAWFORD Emily: The treatments of Combatants and Insurgents under the law of
armed conflict, Oxford, Oxford university press, 2010, p. 69.

24
L’observation par les Parties de leurs obligations conventionnelles est cependant
soumise à deux séries de limites :
- La dénonciation : elle ne devient effective qu’un an après notification au Conseil
fédéral de la Suisse qui est l’État dépositaire. Bien que prévue, la dénonciation n’a
jamais été mise en œuvre.
- Les réserves et déclarations interprétatives : Elles peuvent être formulées lors de
la signature, de la ratification ou de l’adhésion, dans le respect du droit conventionnel
des traités.

§2 : La diffusion
Nul n’est censé ignorer la loi, mais nul n’est non plus censé tout connaître, c’est
pourquoi la loi doit faire l’objet de diffusion afin que chaque individu soit préparé à
agir conformément à ce droit, s’il est confronté à une situation qui exige son
application.
Si l’article 1er de la 4e Convention de la Haye de 1907 n’obligeait les États à
diffuser le droit des conflits armés qu’auprès des seules forces armées, les CG de 1949
étendent le champ de l’obligation aux populations civiles. Ces CG précisent que les
HPC « s’engagent à diffuser le plus largement possible en temps de paix en temps de guerre le texte
des conventions dans leurs pays respectifs, et notamment à en incorporer l’étude dans les programmes
d’instruction militaire et si possible, civile, de telle manière que les principes en soient connus de
l’ensemble de la population. »
Le CICR joue un rôle prépondérant dans la diffusion du DIH.

§3 : L’application
Les États parties aux instruments du droit des conflits armés doivent bien entendu les
appliquer : c’est le principe de la pacta sunt servenda de l’article 26 de la convention
de Vienne de 1969 sur le droit des traités.

25
Malgré son évidence en DIP, le principe, qui veut que les traités sont la loi des parties,
a été souligné par les CG et le PAI, où il est prévu que les HPC s’engagent à « respecter
et à faire respecter en toutes circonstances ». Les États ont ainsi une double responsabilité
dans la mise en œuvre du DIH : une responsabilité individuelle en prenant les mesures
d’application pour ce qui les concerne ; une responsabilité collective en veillant à leur
respect par les autres États.

Section 2 : Le contrôle du respect du droit


Le contrôle vise précisément l’exécution de l’obligation de faire respecter le DIH et
d’en faire cesser les violations.
Les organes de contrôle sont les États, les puissances protectrices, le CICR.

§1 : Le rôle des États


Par États, il faut entendre les HPC et les Parties à un conflit. Ceux-ci ont l’obligation
de veiller collectivement au respect des CG et de leurs PA. Ils disposent à cette fin de
trois moyens :
La demande de réunion, les mesures prises par des États tiers, la coopération avec les
NU.
A- La demande de réunion
Les autorités helvétiques peuvent, à la demande d’une ou plusieurs HPC et avec la
majorité de celles-ci, convoquer une réunion dont l’ordre du jour comportera l’examen
d’un ou plusieurs problèmes généraux relatifs à l’application des CG et de leurs PA.
Genre de procédure utilisée les 30 août et 1er septembre 1993 concernant la protection
des victimes.

B- Les mesures prises par des États tiers

26
Les États qui ne sont pas parties à un conflit armé peuvent prendre des mesures pour
faire respecter le DIH dans le cas où celui-ci serait violé.
Ces mesures peuvent prendre la forme de pressions diplomatiques (protestation
diplomatique, dénonciation publique, saisine de la commission internationale
d’établissement des faits), de mesures coercitives (mesures de rétorsion ou de
représailles non armées qui peuvent aller de l’expulsion de diplomates à l’interdiction
totale des relations commerciales.

C- Les HPC agissant en coopération avec les NU


L’article 89 du PAI prévoit qu’en cas de violations graves du DIH, les Parties
contractantes s’engagent à agir en coopération avec les NU et conformément à la
Charte.
Cette coopération avec les Nations unies peut se faire avec le CSNU et prendre la
forme de mesures graduées, notamment des rétorsions à l’usage de la force armée.

§2 : Le rôle des Puissances protectrices

Chaque Partie à un conflit armé international a l’obligation de désigner un État


neutre (c’est la Puissance protectrice) chargé de sauvegarder ses intérêts et de ceux de
ses ressortissants auprès de la Partie adverse (Puissance détentrice).
La Partie doit en outre offrir à la Puissance protectrice de la partie adverse les facilités
nécessaires pour accomplir sa mission.
Exemple : Le conflit des Malvinas-Falklands, l’Argentine et le Royaume uni ont
respectivement désigné le Brésil et la Suisse comme Puissances protectrices. Compte
tenu de ces difficultés, le PAI a tenté d’améliorer le système en permettant au CICR
d’offrir ses bons offices pour la désignation d’une puissance protectrice.

27
§3 : Le rôle du CICR

Le CICR est investi d’une mission internationale qui découle à la fois des CG et
des PA, de la pratique centenaire du CICR et de l’acceptation de cette pratique par les
États.
Le rôle de l’institution est varié.
Le CICR joue un rôle de protection et d’assistance aux victimes des CA. Il
intervient pour ce faire, grâce à la présence de ses délégués sur le terrain, à ce que les
Parties au conflit respectent les obligations découlant du DIH : visite aux PG, actions
en faveur des malades et blessés, rétablissement des liens familiaux pour les familles
dispersées, la recherche des personnes disparues.
L’assistance concerne l’apport de nourriture, médicaments.
Il joue un rôle d’intermédiaire neutre auprès des autorités civiles et militaires
pour résoudre les problèmes humanitaires impliquant des négociations entre
belligérants. C’est le cas lors de la création des zones protégées.
L’agence centrale de recherches : Cette agence recueille, centralise et transmet
tout renseignement permettant d’identifier les personnes en faveur desquelles elle
intervient.
Le déclenchement d’un conflit armé amène toujours le CICR à rappeler aux
belligérants les droits et obligations auxquels ils sont soumis.
Lors du déroulement du conflit, lorsque le CICR constate des omissions ou violations
du DIH, il procède à l’établissement des faits susceptibles de constituer une violation
des CG.
Le CICR est habilité à recevoir les plaintes au sujet des violations du DIH et à les
transmettre à l’autre Partie.

Chapitre II : La sanction des violations

28
Point de doute que le DIH est la branche la moins respectée et par conséquent
la plus théorique sinon la plus utopique du droit international.
Il n’en demeure pas moins que les violations du droit des conflits armés sont en
principe sanctionnées, soit par l’application des règles classiques de la responsabilité
des États lorsque l’auteur de la violation est un État, soit par l’application de certaines
règles de droit pénal international lorsque la violation est incriminée
internationalement.
L’accent sera mis sur la responsabilité pénale des individus compte tenu de la nature
interne des conflits et sur les organes de la répression.

Section 1 : Le principe de la responsabilité pénale individuelle

Les règles coutumières et conventionnelles du droit pénal international ont érigé


certains faits en infractions pénales dont les auteurs, co-auteurs et complices doivent
répondre individuellement. Par ailleurs si le principe de la responsabilité pénale
individuelle est admis, quels sont les incriminations sur la base desquelles l’auteur peut
être poursuivi.

§1 : L’attribution de la responsabilité pénale pour des crimes de DIH


Les personnes susceptibles d’être responsables de violations du DIH peuvent
être les auteurs directs, ou les auteurs indirects.

A- Les auteurs directs


Le droit des conflits armés lie directement les individus en tant qu’organes de
l’État et en tant que personnes privées. Une violation de ce droit peut donc être aussi
bien le fait d’un agent de l’État que d’une personne privée.

29
Seules les personnes physiques peuvent être convaincues de crimes de guerre lato sensu.

B- Les auteurs indirects


L’assistance donnée à un crime de guerre, l’ordre de le commettre, l’incitation à le
commettre, la participation à le commettre, la participation à sa planification,
l’omission de le prévenir alors que la prévention était possible sont aussi des crimes de
guerre.
Ces principes se trouvent dans les statuts des TPI et de la CPI.

1- La complicité
Elle implique la fourniture d’une assistance par le complice à l’auteur principal de
l’infraction. Cette assistance consiste non seulement à procurer des moyens destinés à
commettre l’infraction (armes, équipement, logement), mais aussi à lui fournir toute
facilité pour accomplir l’infraction.

2- La responsabilité du supérieur
Les articles 6 et 5 des statuts des TMI de Nuremberg et de Tokyo disposaient que les
dirigeants ayant pris part au plan visant à commettre des crimes de guerre étaient
responsables des actes accomplis par d’autres en exécution de ce plan.
Exemple : un officier allemand était accusé d’avoir ordonné à ses troupes de refuser
tout quartier à des prisonniers.

§2 : Les incriminations
Les incriminations qui ne sont passibles que de sanctions disciplinaires ou
administratives ne seront pas abordées. Seules celles qui entrainent des poursuites
pénales seront examinées.

30
L’article 5 du Statut de la CPI identifie les crimes les plus graves qui touchent
l’ensemble de la communauté internationale comme étant les crimes de guerre, crimes
contre l’humanité, les crimes de génocide et les crimes d’agression.

A- Les crimes de guerre


Ils s’entendent des graves violations du DIH commis pendant un conflit armé. Ces
crimes sont énumérés dans les statuts des TPI.
-Le statut du Tribunal de Nuremberg prévoit à ce titre, les actes commis contre les
personnes et les biens en violations des lois et coutumes de la guerre tels que
l’assassinat, les mauvais traitements des PG, la destruction de villes, etc.
-Les CG prévoient l’homicide intentionnel, la torture ou les traitements inhumains, la
destruction des biens civils.
-Le statut de la CPI prévoit à ce titre, le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée,
le fait de recruter et de faire participer activement des enfants de moins de 15 ans à des
hostilités, ainsi que l’attaque contre des casques bleus.

B- Les crimes contre l’humanité

La définition de crimes contre l’humanité a été codifiée à l’article 7 du Statut de Rome


de la CPI. Lorsque des actes tels que le meurtre, l’extermination, le viol, la persécution
et tous autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement de
grandes souffrances ou des atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé physique
ou mentale sont commis « dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre
toute population civile et en connaissance de cette attaque »
Contrairement aux crimes de guerre, les crimes contre l’humanité peuvent être commis
en temps de paix comme en temps de guerre.
Il peut s’agir d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile,
l’emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en violation

31
des dispositions fondamentales du droit international, torture, viol, esclavage sexuel,
l’apartheid.

C- Les crimes de génocide


Depuis sa première formulation en 1948, à l’article 2 de la Convention pour la
prévention et la répression du crime de génocide, la définition du crime est demeurée
sensiblement la même. On la trouve à l’article 6 du Statut de Rome, qui emprunte à
cette Convention et définit le crime de génocide « comme l'un quelconque des actes ci-
après commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national,
ethnique, racial ou religieux, comme tel ». Cette définition est suivie d’une série d’actes
qui représentent de graves violations du droit à la vie et à l’intégrité physique ou
mentale des membres du groupe. La Convention prévoit également que sont
punissables non seulement l’exécution en tant que telle, mais aussi « l’entente en vue
de commettre le génocide, l'incitation directe et publique, la tentative et la complicité ».
C’est l’intention spécifique de détruire un groupe mentionné en tout ou en partie qui
distingue le crime de génocide du crime contre l’humanité.

D- Les crimes d’agression


L’emploi de la force armée contre la souveraineté d’un État, l’intégrité territoriale.

Section 2 : La répression pénale des violations

En vertu des CG, les États ont l’obligation de poursuivre et de juger les auteurs des
infractions graves au DIH, quelle que soit leur nationalité ou le lieu de l’infraction.
A cet effet, ils sont invités à se doter d’une législation nationale appropriée. Le droit
international impose aux États d’invoquer leurs compétences pour juger les personnes
présumées responsables d’avoir commis des infractions graves au DIH.

32
Le principe de complémentarité voire de subsidiarité donne aux États, aux juridictions
nationales, la compétence première pour poursuivre et punir les auteurs de crimes
graves (§1). A cette compétence étatique, s’accompagne celle des juridictions pénales
internationales (§2).

§1 : La répression nationale
Le DIH préconise un système de répression pénale qui impose aux États l’obligation
de poursuivre les auteurs présumés d’infractions graves, de les rechercher, de les
déférer à leurs propres tribunaux. Cette répression peut également être faite par un
autre État, c’est le principe de la compétence universelle instituée par les CG.
Le droit de punir étant l’expression de la souveraineté nationale, il incombe donc aux
États de le faire.
Cela suppose que ceux-ci adaptent leur législation interne en y intégrant les infractions
liées aux lois et coutumes de la guerre et en déterminant les sanctions pénales
adéquates.
S’il revient aux États de poursuivre les auteurs de ces crimes, force est de
constater que la compétence universelle n’a jamais fonctionné. Les États, le plus
souvent, n’ont pas la volonté politique de poursuivre leurs propres nationaux, surtout
s’ils sont au sommet de la hiérarchie gouvernementale ou militaire ou alors n’ont pas la
capacité matérielle d’entreprendre de telles poursuites.

Face à cette situation, le DIH envisage des poursuites opérées par les
juridictions internationales.

§2 : La répression internationale
L’idée d’une juridiction pénale internationale a traversé tout le 20e siècle et est
devenue effective au début du 21e siècle.

33
Les premiers tribunaux étaient institués pour une période déterminée, tandis que la
CPI est une juridiction permanente.

A- La répression par les Tribunaux pénaux ad hoc


Il a fallu la guerre de démembrement de l’ex Yougoslavie et le génocide
rwandais pour que le CSNU décide de la création de deux Tribunaux pénaux
internationaux pour juger les violations au DIH commises sur ces deux territoires.
La création de ces juridictions a fait l’objet de vives critiques tenant notamment à trois
aspects.
D’abord, leur mode de création qui a rejeté la voie conventionnelle au profit de
la voie résolutoire du CSNU sur le fondement du chapitre 7 de la Charte des NU.
Ensuite, les TPI traduisent une justice confisquée et extraordinaire. Justice
confisquée par les membres permanents du CSNU qui décident de qui va être jugé et
pour quel crime. Justice extraordinaire parce que le droit ordinaire notamment la
Commission internationale d’établissement des faits et l’exercice de la compétence
universelle pouvait être appliqué.
Enfin, la création de tels tribunaux a pour effet de différer l’instauration d’une
juridiction pénale internationale permanente ou de susciter d’autres modèles à l’instar
du TSSL crée par accord entre le gouvernement sierra léonais et le CSNU.
Nonobstant toutes ces critiques, le bilan des TPI n’est pas négligeable, aussi bien sur
les questions de procédure (renforcement du droit à un procès équitable par le rejet de
la procédure par contumace) que sur des questions de fond (rôle de la coutume dans
le DIH).
L’expérience de ces tribunaux a favorisé la mise en œuvre de l’obligation de punir les
criminels de guerre par l’instauration d’une juridiction pénale internationale
permanente.

34
B- La Cour pénale internationale
Instituée le 17 juillet 1998 après l’adoption par 120 États du Statut de Rome 11,
fondement juridique de la Cour pénale internationale (ci-après CPI), la première
juridiction internationale permanente est entrée en fonctionnement le 1er juillet 2002 12.
Elle a débuté ses activités en 2003.
Cette juridiction internationale a été mise en place dans le but de lutter contre
l’impunité des auteurs des crimes les plus graves qui touchent la communauté
internationale 13, à savoir les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide
et le crime d’agression 14.
Le Statut de la CPI n’a pas été signé par la Chine et l’Inde ; il n’a pas été ratifié par les
USA et Israël.
Selon l’article 5 du Statut, la Cour a une compétence ratione materiae qui couvre 4
catégories de crimes considérés comme les plus graves qui touchent l’ensemble de la
communauté internationale.
-le crime de génocide
-le crime contre l’humanité
-les crimes de guerre
- le crime d’agression.
La compétence de la Cour est cependant limitée à plusieurs égards :
- Limitation ratione temporis : seules les infractions commises après son entrée en
vigueur peuvent faire l’objet de poursuite. En outre, pendant un délai de 7 ans, l’article
124 permet à un État partie de déclarer qu’il décline la compétence de la CPI à

11 Acte final de la Convention de Rome : A/CONF.183/9. Voir également BADINTER Robert : « De Nuremberg à la
Cour pénale internationale » in Pouvoirs, 2000, n°92, p. 156.
12
Le Statut est entré en vigueur après la 60e ratification du statut de Rome soit 4 ans après sa signature. Voir
BUIRETTE Patricia et LAGRANGE Philippe : Le droit international humanitaire, Paris 2010, La découverte,
p. 108.
13
Alinéas 5 et 6 du Préambule du Statut. Voir également [Link]: Cour pénale internationale : « A propos
de la Cour » (consulté le 11 décembre 2011).
14 SUR Serge : « Vers une Cour pénale internationale : la Convention de Rome entre les ONG et le Conseil de
sécurité » in RGDIP, 1999, tome 103, n°1, pp. 29-45, p. 29.

35
compter de l’entrée en vigueur du statut en ce qui concerne les crimes de guerre (cette
disposition a été adoptée à l’initiative de la France qui a craint que ses militaires,
souvent engagés dans des opérations de maintien de la paix, ne soient poursuivis).
- Limitation ratione personae : La CPI n’est pas compétente à l’égard des personnes
qui n’avaient pas 18 ans lors de la commission du crime (article 26)
- Limitation ratione loci : la CPI ne peut exercer sa compétence que si le crime a été
perpétré sur le territoire d’un État partie ou si la personne accusée du crime est
ressortissant d’un État partie.
Toutefois, ces limitations sont inopérantes lorsque la saisine de la Cour est faite par le
CSNU.
- Le CSNU peut adopter une résolution en vue d’empêcher ou suspendre pendant 12
mois une enquête ou une poursuite (art.16) Cette disposition permet au CSNU
d’empêcher de facto la CPI d’exercer sa juridiction aussi longtemps que le CSNU le
décide.

La compétence de la CPI n’est que subsidiaire, complémentaire des juridictions


pénales nationales. Cela signifie que la Cour n’est pas compétente lorsqu’une affaire
fait l’objet d’une enquête ou de poursuite de la part d’un État.
Lorsque l’État n’a pas la volonté ou la capacité de mener véritablement à bien
l’enquête ou les poursuites, ou lorsqu’une affaire a fait l’objet d’une enquête de la part
d’un État et que ce dernier décide de ne pas poursuivre la personne, à ce moment là, la
Cour peut se saisir de l’affaire.
La compétence de répression des crimes internationaux revient d’abord aux États.

Les personnes susceptibles d’être poursuivies et punies par la Cour sont


uniquement des personnes physiques qui ont avec intention et connaissance commis

36
ou tenté de commettre un crime ou encouragé la commission d’un crime, apporté une
aide ou une assistance à la commission ou à la tentative du crime.
Aucune qualité officielle de chef d’État ou de gouvernement, de parlementaire ne peut
tenir en échec la compétence de la Cour.
A l’encontre des personnes déclarées coupables, la Cour pourra prononcer des peines
privatives de liberté prévues par le Statut, ces peines vont de trente ans au plus ou un
emprisonnement à perpétuité si l’extrême gravité du crime et la situation personnelle
du condamné le justifient. Peut s’y ajouter une amende.
Les peines sont exécutées dans des prisons des pays ayant conclu un accord de
coopération avec la CPI.

En définitive, l’efficacité de la CPI est tributaire de la volonté des États de lui


donner les moyens d’agir en coopérant avec elle. L’attitude de certains États à l’instar
des USA qui refusent toute coopération avec la CPI et procèdent à la conclusion
d’accords bilatéraux avec des États afin de ne pas coopérer avec la CPI.

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