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2017 027 FR

Le document traite de la relation entre la biodiversité et l'initiative de la Grande Muraille Verte au Sahel, soulignant l'importance de la gestion durable des ressources naturelles pour le développement. Il met en avant les défis environnementaux auxquels la région est confrontée, notamment la désertification et la dégradation des terres, tout en proposant des solutions pour restaurer les écosystèmes. Enfin, il souligne que la conservation de la biodiversité est essentielle pour atteindre les objectifs de développement durable dans cette région vulnérable.

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Le document traite de la relation entre la biodiversité et l'initiative de la Grande Muraille Verte au Sahel, soulignant l'importance de la gestion durable des ressources naturelles pour le développement. Il met en avant les défis environnementaux auxquels la région est confrontée, notamment la désertification et la dégradation des terres, tout en proposant des solutions pour restaurer les écosystèmes. Enfin, il souligne que la conservation de la biodiversité est essentielle pour atteindre les objectifs de développement durable dans cette région vulnérable.

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Biodiversité et Grande Muraille Verte :

Gérer la nature pour un développement durable au Sahel


Jonathan Davies
- Biodiversity and the Great Green Wall: managing nature for sustainable development in the Sahel -

i
Biodiversité et Grande Muraille Verte :
Gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Jonathan Davies

ii
La terminologie géographique employée dans cet ouvrage, de même que sa présentation, ne sont en aucune
manière l'expression d'une opinion quelconque de la part de I'UICN ou des autres institutions concernées
sur le statut juridique ou l'autorité de quelque pays, territoire ou région que ce soit ou sur la délimitation de
ses frontières.
Les opinions exprimées dans cette publication ne reflètent pas nécessairement celles de l’UICN ou des
autres institutions concernées.
Le présent ouvrage a pu être publié grâce à un soutien financier du Fonds pour l’Environnement Mondial
(FEM) et du Groupe de la Banque mondiale.
L'UICN et les autres institutions concernées rejettent toute responsabilité en cas d’erreurs ou d’omissions
intervenues lors de la traduction en français de ce document dont la version originale est en anglais. En cas
de divergences, veuillez-vous référer à l’édition originale. Titre de l'édition originale : Biodiversity and the
Great Green Wall. (2017). Ouagadougou, Burkina Faso : UICN

Publié par : UICN, Programme Afrique Centrale et Occidentale (PACO), Ouagadougou,


Burkina Faso

Droits d'auteur : ©2017, Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources

La reproduction de cette publication à des fins non commerciales, notamment


éducatives, est permise sans autorisation écrite préalable du détenteur des droits
d'auteur à condition que la source soit dûment citée.

La reproduction de cette publication à des fins commerciales, notamment en vue de la


vente, est interdite sans autorisation écrite préalable du détenteur des droits d'auteur.

Citation : Davies, J. (2017). Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un
développement durable au Sahel. Ouagadougou, Burkina Faso : UICN. xiv + 66pp.

ISBN : 978-2-8317-1865-1

DOI: 10.2305/[Link]

Traduction : Agbor Joseph Nkongho

Photos de couverture :
1 2

3 4

1 & 4 © Andrea Borgarello/World Bank


2 © Bora Masumbuko
3 © JF Hellio & N. Van Ingen

Mise en page et impression par : Graphi Imprim - Tél.: +226 25 31 12 34

Disponible auprès de : UICN (Union internationale pour la conservation de la nature)


Programme Afrique Centrale et Occidentrale (PACO)
iii 01 BP 1618 Ouagadougou 01
Burkina Faso
Tél +226 25 40 99 42
E-mail : paco@[Link]
[Link]/resources/publications
Au sujet de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature)
L’UICN est une union de Membres composée de gouvernements et d’organisations de la société civile. Elle
offre aux organisations publiques, privées et non-gouvernementales les connaissances et les outils
nécessaires pour que le progrès humain, le développement économique et la conservation de la nature se
réalisent en harmonie.

Créée en 1948, l’UICN s’est agrandie au fil des ans pour devenir le réseau environnemental le plus important
et le plus diversifié au monde. Elle compte avec l’expérience, les ressources et le poids de ses plus de 1300
organisations Membres et les compétences de ses plus de 16 000 experts. Elle est l’un des principaux
fournisseurs de données, d’évaluations et d’analyses sur la conservation. Sa taille lui permet de jouer le rôle
d’incubateur et de référentiel fiable de bonnes pratiques, d’outils et de normes internationales.

L’UICN offre un espace neutre où diverses parties prenantes –gouvernements, ONG, scientifiques,
entreprises, communautés locales, groupes de populations autochtones, organisations caritatives et autres–
peuvent travailler ensemble pour élaborer et mettre en œuvre des solutions pour lutter contre les défis
environnementaux et obtenir un développement durable.

Travaillant de concert avec de nombreux partenaires et soutiens, l’UICN met en œuvre un portefeuille vaste
et divers de projets liés à la conservation dans le monde. Associant les connaissances scientifiques les plus
pointues et le savoir traditionnel des communautés locales, ces projets visent à mettre un terme à la
disparition des habitats, à restaurer les écosystèmes et à améliorer le bien-être des populations.
[Link]
[Link]/paco
[Link]

Au sujet du CILSS (Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel)
Le Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) (Permanent Interstates
Committee for Drought Control in the Sahel) a été créé le 12 septembre 1973 à la suite des grandes
sécheresses qui ont frappé le Sahel dans les années 70. Il regroupe de nos jours treize (13) États membres
dont : 8 États côtiers (Bénin, Côte d’ivoire, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal, Togo) ;
4 États enclavés (Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad) et 1 État insulaire (Cap Vert).

Le CILSS mène des travaux qui se répartissent en 5 pôles de services : Appui à la définition et la mise en
œuvre des politiques sectorielles relatives à son mandat ; Formations de base et continues ; Information ;
Recherche et capitalisation ; Projets pilotes multi-pays.
[Link]/
[Link]/cilssinfos
[Link]/sawapbricks

Au sujet de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS)


Créée en 1992, l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) est une organisation internationale à vocation
africaine et établie à Tunis (Tunisie). L’OSS agit en tant qu’initiateur et facilitateur de partenariats autour de
défis communs liés à la gestion des ressources en eau partagées, à la mise en œuvre des accords
internationaux sur la désertification, la biodiversité et les changements climatiques au Sahara et au Sahel.
Ses programmes et projets sont financés par les contributions volontaires, les subventions et les dons
provenant des pays et organisations membres et partenaires. L’OSS compte parmi ses membres 23 pays
africains, 6 pays non-africains, 3 organisations sous-régionales représentatives de l'Afrique de l'Ouest, de
l'Est et du Nord et des organisations africaines non gouvernementales. L’OSS est une structure flexible,
dotée d’une équipe multiculturelle et multidisciplinaire fournissant une contribution à forte valeur ajoutée à
une gestion durable des ressources naturelles et atténuation des changements climatiques en Afrique. iv
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Table de matières

Liste des figures................................................................................................................................. v


Acronymes and abbréviations........................................................................................................... vi
Préface............................................................................................................................................... vii
Remerciements.................................................................................................................................. viii
Résumé analytique ........................................................................................................................... ix

1 La biodiversité et la Grande Muraille Verte.............................................................................. 1

2 La Grande Muraille Verte : restaurer les écosystèmes pour le développement durable au


Sahel............................................................................................................................................ 5
2.1. Les zones arides uniques de la Grande Muraille Verte......................................... 5
2.2. Comprendre la désertification et la dégradation des terres dans les zones arides... 8
2.3. L’écologie du Sahel et les forces qui la façonnent................................................ 10
2.4. Tendances économiques et sociales du Sahel et implications pour la
biodiversité............................................................................................................. 11

3 La biodiversité au Sahel............................................................................................................. 15
3.1. La biodiversité des zones arides : adaptation à l’incertitude................................. 15
3.2. Un aperçu de la diversité des espèces dans le Sahel........................................... 17
3.3. Le statut de la biodiversité au Sahel....................................................................... 21
3.4. Les facteurs de perte de biodiversité et de dégradation des terres...................... 23

4 La conservation de la biodiversité comme base des services écosystémiques dans la


Grande Muraille Verte................................................................................................................. 31
4.1. Les avantages que procure la nature à l'humanité dans la région du Sahel......... 32
4.2. Les services d'appui................................................................................................ 34
4.3. Les services d'approvisionnement......................................................................... 34
4.4. Les services de régulation...................................................................................... 35
4.5. Les services culturels............................................................................................. 36

5 La conservation de la biodiversité des zones arides de la Grande Muraille Verte............... 37


5.1. La gestion durable des terres : protéger la biodiversité pour
des terres productives............................................................................................ 37
5.2. Restaurer la biodiversité pour des paysages et des écosystèmes résilients......... 39
5.3. Les approches novatrices utilisées pour les aires protégées
dans les paysages productifs................................................................................. 40
5.4. Conservation communautaire : protection des droits pour des moyens de
subsistance durables.............................................................................................. 43
5.5. Conserver l’agrobiodiversité adaptée aux conditions locales................................. 44

6 Obstacles et opportunités de promotion de la biodiversité dans la Grande Muraille Verte....... 45


6.1. Risque d'incompréhension et de résistance dans les zones arides
de la Grande Muraille Verte.................................................................................... 45
6.2. Gérer la complexité d'un changement sans précédent dans le Sahel................... 46
6.3. Ajuster les investissements pour faire face au sous-investissement
à long terme........................................................................................................... 48

7 Conserver la biodiversité pour réaliser les objectifs de la Grande Muraille Verte................ 51


7.1. Recommandations pour intégrer la biodiversité afin de réaliser les objectifs
iv de la Grande Muraille Verte..................................................................................... 52
7.2. Conclusion............................................................................................................... 54

Références........................................................................................................................................ 56

Annexe 1............................................................................................................................................ 62
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Liste des figures

Figure 1 : Contribution de l’IGMVSS à la réalisation des objectifs de développement durable....................2

Figure 2 : Pays impliqués dans l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte.................................... 5

Figure 3 : Précipitations annuelles observées au Sahel, 1900 – 2006......................................................... 6

Figure 4 : Le ‘verdissement’ du Sahel, 1982-2006........................................................................................ 8

Figure 5 : L’alphabétisation des femmes adultes en Afrique de l’Ouest..................................................... 12

Figure 6 : Superficie totale récoltée de céréales au Sahel depuis 1961 (données de FAOSTAT)..............13

Figure 7 : Rendement moyen du maïs pour les pays membres du CILSS depuis 1961 (données du
FAOSTAT )....................................................................................................................................13

Figure 8 : Biodiversité des sols et fonctions écosystémiques..................................................................... 15

Figure 9 : Evolution démographique, girafe d’Afrique de l’Ouest................................................................ 18

Figure 10 : Liste rouge des écosystèmes au Sénégal................................................................................... 23

Figure 11 : Les moteurs directs et sous-jacents de la dégradation des terres............................................ 24

Figure 12 : Contribution des services écosystémiques au bien-être humain................................................ 33

Figure 13 : Carte des aires protégées dans les pays de la Grande Muraille Verte.......................................41

Figure 14 : La hiérarchie de l’atténuation....................................................................................................... 45

Figure 15 : Contribution de l'IGMVSS aux cibles d'Aichi............................................................................... 54

v
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Acronymes et abréviations

AFR100 Initiative de restauration des forêts et des paysages africains

BM Banque mondiale

BRICKS Renforcement de la résilience par le biais de services liés à l’innovation, à la communication


et aux connaissances (Building Resilience through Innovation, Communication and
Knowledge Services)

CBNRM Gestion communautaire des ressources naturelles

CCNUCC Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

CDB Convention sur la diversité biologique

CILSS Comité Permanent Inter-états de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel

CNULCD Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification

DT Degradation des Terres

GDT Gestion Durable des Terres

GMV Grande Muraille Verte

IGMVSS Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel

IPBES Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services


écosystémiques

NDT Neutralité en matière de Dégradation des Terres

ODD Objectifs de Développement Durable

ONG Organisation Non-Gouvernementale

OSS Observatoire du Sahara et du Sahel

SAWAP Programme Sahel et Afrique de l’Ouest

UICN Union internationale pour la conservation de la nature

WAP Complexe W-Arly-Pendjari

WDPA Base de données mondiale sur les aires protégées

vi
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Préface

La Grande Muraille Verte est l'un des principaux moyens pour la réalisation des Objectifs du Développement
Durable et des conventions de Rio au Sahel. La biodiversité est le fondement de la Grande Muraille Verte de
plusieurs façons : elle détermine la productivité des sols et les cycles de l'eau et fournit les bases de la gestion
des risques et des écosystèmes résilients. La Grande Muraille Verte peut apporter une contribution majeure à
la réalisation de plusiuers des Objectifs du Développement Durable. Elle contribue à recentrer les efforts visant
à lutter contre la désertification, à réaliser la Neutralité en matiède de Dégradation des Terres et à améliorer la
sécurité alimentaire et de l'eau dans l'un des endroits les plus vulnérables de la planète. Ce faisant, les pays
contribueront à l'atténuation et à l'adaptation aux changements climatiques et à la restauration et à la protection
de la biodiversité.

Cependant, le Sahel est confronté à certaines des plus grandes menaces environnementales au monde, avec
un potentiel doublement de la population rurale et du nombre de personnes dépendantes de l'agriculture vivant
sous le seuil de pauvreté à l’horizon 2030. La productivité agricole au Sahel augmente, mais pas assez vite pour
suivre le rythme de la croissance démographique. Au fur et à mesure que les pays investissent davantage dans
les zones arides, on prévoit une plus grande menace pour la biodiversité et la région devrait être encore plus
affectée par la destruction de l'habitat au siècle prochain que partout ailleurs sur la planète Terre.

Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel démontre que
la biodiversité - dans toute sa richesse et son abondance - est le fondement de l'agriculture, de
l'approvisionnement en eau et de la régulation du climat. La biodiversité régule les cycles du carbone, de l'azote
et de l’eau et détermine ainsi le flux des services écosystémiques dont dépend l'humanité. Les bienfaits de la
nature ne sont pas gratuits et si nous ne protégeons pas la biodiversité, nous dégraderons rapidement les
écosystèmes d’où sont tirés les bienfaits de la nature.

La dégradation des terres au Sahel a montré à quel point les écosystèmes peuvent être dégradés et combien
de temps il faut pour les restaurer. Cette compréhension nous aide à repenser la Grande Muraille Verte, ainsi
que d'autres approches ambitieuses de restauration des paysages, tel que le Défi de Bonn et l'Initiative AFR100.
La restauration des paysages et des écosystèmes signifie restaurer le fonctionnement des écosystèmes, ce qui
dépend de la restauration et de la protection de la biodiversité, y compris la vaste richesse d'espèces présentes
dans le sol qui sont souvent regroupées sous le nom de "carbone". Les objectifs de la Grande Muraille Verte
exigent que tous les utilisateurs des terres - agriculteurs, éleveurs, habitants des forêts et autres - soient des
partisans de la conservation. Ces derniers doivent être en mesure de capitaliser sur leurs connaissances locales
afin de protéger et enrichir la biodiversité dont leurs moyens de subsistance dépendent.

Biodiversité et Grande Muraille Verte permet de démontrer les liens complexes entre la biodiversité et les bienfaits
que nous tirons tous de la nature. Le livre montre comment la biodiversité est protégée par des approches
durables de gestion des terres, par exemple par la protection du carbone organique du sol et la promotion des
approches agroécologiques. Ce livre démontre comment les agriculteurs et les éleveurs sahéliens peuvent réaliser
les objectifs de la Grande Muraille Verte ainsi que les engagements nationaux à l'égard des aspirations mondiales,
telles que le Défi de Bonn, l'initiative 4/1000 et bien d'autres encore. Ce livre se concentre sur le Sahel, mais son
message sur la gestion durable des terres est d'une importance planétaire.

Aimé Nianogo Djime Adoum Khatim Kherraz Magda Lovei vii


Directeur Régional, UICN Secrétaire Exécutif, CILSS Secrétaire Exécutif, OSS Practice Manager, BM
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Remerciements

L'auteur souhaite reconnaitre les commentaires et contributions exceptionnels des institutions partenaires
et des personnes consultées au cours de cette étude. Un remerciement particulier est adressé aux personnes
suivantes : Taibou Ba, Edmund Barrow, Nabil BenKhatra, Stephen Danyo, Philippe Dardel, Julian Fennessy,
Jean-Marc Garreau, Saverio Kratli, Ndeye Fatou Mar, Félicité Mangang, Bora Masumbuko, Yasmina Oodally,
Sébastien Regnaut, Arsène Sanon, Louis Blanc Traoré et Philippe Zoungrana.

Un merci spécial à Mike Mortimore, Jules Adjima pour leur revue par les pairs et commentaires, ainsi qu'aux
membres du Comité éditorial de l'UICN. Ils ont grandement contribué à améliorer ce document.

L’auteur est extrêmement reconnaissant à Bora Masumbuko pour le temps qu’elle a passé à coordonner
ce travail.

Cette étude a été rendue possible grâce au financement de la Banque mondiale avec des financements du
Fonds pour l'environnement mondial (FEM). Nous sommes également reconnaissants pour le soutien des
institutions partenaires impliquées dans le projet BRICKS dans le cadre duquel cette étude a été menée : le
Comité permanent Inter-Etats pour la lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) et l'Observatoire du Sahara
et du Sahel (OSS).

Le contenu de ce rapport relève uniquement de la responsabilité de l’auteur et ne doit pas être interprété
comme reflétant les opinions de l'un des individus ou des organisations qui ont contribué au rapport ou à
l'un de ses éléments.

viii
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Résumé analytique

La Grande Muraille Verte du Sahara et du Sahel est une initiative africaine phare visant à lutter contre la
désertification, réduire la pauvreté et répondre aux effets des changements climatiques. L’initiative a été
conçue par les dirigeants africains sous l’égide de l’Union Africaine. Elle est soutenue par des
investissements de plus en plus considérables sur le terrain dans bon nombre de pays. La Grande Muraille
Verte est perçue par de nombreux acteurs comme étant une vaste mosaïque de paysages sains et productifs
en Afrique de l’Ouest et de l’Est, soutenant des moyens d’existence résilients et contribuant aux multiples
objectifs environnementaux et de développement.

La Biodiversité et la Grande Muraille Verte explore la dépendance de l’humanité vis-à-vis de la nature et


l’importance de la biodiversité pour le bien-être et le développement durable au Sahel. Le présent rapport
vise à sensibiliser sur le rôle fondamental de la biodiversité dans l’atteinte des objectifs de la Grande Muraille
Verte. Il présente de nouvelles preuves des liens qui existent entre la biodiversité, les services
écosystémiques et le bien-être des populations et démontre l’importance de la biodiversité pour une
agriculture durable, fournissant des arguments en faveur du lien entre les secteurs agricole et
environnemental.

Le rapport examine les moyens par lesquels les éléments de conservation de la biodiversité peuvent être
intégrés dans tous les aspects de la gestion des ressources naturelles et comment cela peut être réalisé à
travers la Grande Muraille Verte. Il examine par ailleurs les manières dont la Gestion Durable des Terres
(GDT) qui constitue un pilier central de la lutte contre la désertification, conserve la biodiversité dont dépend
la productivité des écosystèmes. Le rapport explore les raisons pour lesquelles l’intégration de la
biodiversité dans la gestion durable des terres dans les zones arides du Sahel nécessite une attention
particulière pour la gestion de l’eau et de la fertilité des sols. Il montre que l’adaptation aux défis du maintien
de l’humidité et de la fertilité des sols et la limitation des pertes d’eau par évaporation dans les zones arides
requièrent des approches novatrices de protection des écosystèmes à travers la conservation de la
biodiversité, y compris le large éventail de biodiversité existant dans le sol.

Le rapport conclut que les avantages qu’offre la nature et connus sous le nom de ‘services écosystémiques’,
dépendent dans une large mesure de la biodiversité. Le message clé est que le bien-être de l’Homme et le
développement économique dépendent de l’intégration des éléments de conservation de la biodiversité dans
tous les aspects de la gestion des ressources naturelles. Par conséquent, la conservation de la biodiversité à
travers la gestion durable des terres dans la Grande Muraille Verte contribue au développement économique,
à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté.

La Grande Muraille Verte : restaurer les écosystèmes pour un développement durable


dans le Sahel

Les zones arides sahéliennes sont confrontées à plusieurs défis économiques, environnementaux et sociaux.
Les projections de changements climatiques, bien qu’elles soient incertaines, indiquent des changements
majeurs dans les schémas climatiques futurs. La pauvreté se généralise, les niveaux de développement
humain sont faibles et les projections de croissance démographique sont élevées. La pression sur les
ressources naturelles et la demande de nourriture, d’eau et d’énergie ne cesse d’augmenter. La production
vivrière augmente au Sahel grâce à l’extension des superficies cultivées et aux modestes améliorations de la
productivité. Cependant, ces gains de productivité ne suivent pas le rythme de croissance de la demande
même si de nombreux gains ont été enregistrés grâce aux pratiques agricoles qui contribuent à la dégradation
des terres compromettant ainsi les rendements agricoles à long terme.

La combinaison de l’expansion agricole, de schémas pluviométriques changeants et de l’installation des


populations, contribue au risque de désertification et de dégradation des terres dans le Sahel. Cela contribue
en retour à la baisse des fonctions des écosystèmes, entraînant ainsi la réduction de la croissance agricole,
l’augmentation de la vulnérabilité humaine et l’aggravation du risque de sécheresse et d’autres dangers ix
environnementaux.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Biodiversité dans le Sahel


La compréhension de l’état et de l’importance de la biodiversité dans le Sahel nécessite un regard au-delà
des espèces les plus visibles et une compréhension de toute la diversité des espèces, aussi bien celles
vivant en dessous qu’à la surface de la terre et qui déterminent la manière dont les écosystèmes fonctionnent.
La Grande Muraille Verte a été conceptualisée comme un mur de biodiversité susceptible de renforcer la
résilience à la frontière australe du Désert du Sahara. Cependant, le Mur représente beaucoup plus que des
arbres et est généralement perçu comme une mosaïque de paysages d’utilisation durable des terres, y
compris l’agriculture durable, la gestion des pâturages, de forêts, de zones humides, de zones de
conservation et plus encore.

Une composante fréquemment négligée de la biodiversité est celle que l’on trouve dans le sol, à savoir les
bactéries, les invertébrés et les champignons entre autres. Cette biodiversité du sol embrasse la plus grande
composante de biodiversité du Sahel, même si elle est la plus mal comprise. La biodiversité du sol constitue le
moteur des fonctions des écosystèmes et détermine les cycles du carbone et de l’azote ainsi que les cycles
hydrologiques et donc la productivité et la résilience des terres.

Le Sahel et le Sahara soutiennent une gamme impressionnante d’éléments de biodiversité, y compris un grand
nombre d’espèces endémiques : espèces que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète. La biodiversité s’est
adaptée aux zones arides de plusieurs manières différentes et en particulier à la saisonnalité, à la raréfaction et
à la variabilité des précipitations. L’agro-biodiversité dans le Sahel s’est également adaptée aux conditions et est
vitale pour les moyens d’existence et la résilience des populations rurales des zones arides.

La biodiversité connaît une diminution rapide sur l’ensemble du Sahel et les experts prévoient que la région
du Sahel sera plus affectée par la destruction de l’habitat dans le siècle à venir que partout ailleurs sur la
terre. La croissance démographique et l’augmentation des richesses et des investissements sont les
principaux facteurs de la baisse de la biodiversité dans le Sahel. L’expansion de l’agriculture et en particulier
l’extension de pratiques de gestion des terres qui ne conservent pas la biodiversité du sol ou n’intègrent
pas la biodiversité de surface, constitue également un facteur important de perte de biodiversité. L’installation
des populations ne cesse de s’étendre également, compromettant l’environnement immédiat.

La conservation de la biodiversité comme fondement des services écosystémiques dans


la Grande Muraille Verte
La dégradation des terres et la diminution de la biodiversité des sols contribuent à l’augmentation de l’aridité
des terres et à la perturbation des cycles hydrologiques. La surexploitation des ressources en eau a de
profondes conséquences environnementales et entraîne de ce fait l’assèchement des zones humides et
d’autres sources d’eau. Ces impacts sont exacerbés par les changements climatiques et contribuent à la
baisse de la résilience à travers la région.

Les pratiques agricoles et pastorales traditionnelles se sont bien adaptées aux défis de l’aridité et de l’incertitude
climatique au Sahel mais elles ont été érodées par des politiques qui ne donnent pas la priorité à la gestion des
risques. L’intensification de l’agriculture a été particulièrement néfaste à la résilience et à la biodiversité, même
s’il y a des signes d’une tendance vers un soutien plus élargi à l’intensification durable et un passage à échelle
de la GDT. Bon nombre de sociétés des zones arides ont de fortes valeurs de préservation de l’environnement
et de riches connaissances sur leur environnement et reposent fortement sur une large biodiversité. Permettre
de nouveau aux communautés d’utiliser ces connaissances peut constituer un puissant moyen de traitement
de la biodiversité et de construction de la résilience dans le Sahel.

La restauration de la biodiversité à travers la restauration écologique contribue à des gains majeurs de


services écosystémiques. La biodiversité du sol est essentielle pour la fourniture de services écosystémiques
et sa protection doit être au cœur de la réalisation d’une Neutralité en matière de Dégradation des Terres
dans le Sahel, et l’atteinte des objectifs de la Grande Muraille Verte. Les pratiques de gestion durable des
terres protègent les fonctions des écosystèmes qui soutiennent la productivité. Le défrichage pour les
cultures peut au départ augmenter la production vivrière mais cela implique un coût significatif en termes
d’approvisionnement en eau, de régulation du climat, de séquestration du carbone, de ressources
forestières, de pollinisation et de beaucoup d’autres services.
x La biodiversité dans le Sahel protège les cycles hydrologiques et des nutriments. La couverture végétale peut
jouer un rôle majeur dans la réduction des écoulements de surface et l’amélioration de l’infiltration des eaux
alors que la biodiversité des sols améliore aussi bien l’infiltration que le stockage des eaux dans le sol. Par
conséquent, la biodiversité contribue directement à la réduction de la survenue et de la gravité des inondations
et de la sécheresse. Malgré la faible biomasse de surface, la relative proportion de biomasse souterraine est
élevée et il y a une tendance à sous-évaluer les stocks de carbone dans le sol.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Conservation de la biodiversité des zones arides dans la Grande Muraille Verte


La gestion durable des terres et la restauration dépendent toutes deux de la protection et de la restauration
de la biodiversité. La conservation de la biodiversité ne peut donc être la chasse gardée des agences de
protection de l’environnement et de la faune et flore mais plutôt une responsabilité partagée de plusieurs
secteurs dont ceux de l’agriculture et de l’eau. Les agences agricoles par exemple doivent s’assurer que
les pratiques agricoles protègent la biodiversité et les services écosystémiques sur lesquels repose
l’agriculture. De même, les agences de l’eau doivent s’assurer que la gestion des ressources en eau ne
compromette pas les cycles hydrologiques.

L’agriculture durable offre l’un des moyens les plus importants d’atteindre les objectifs de la Grande Muraille
Verte en protégeant à la fois la biodiversité et les services écosystémiques, en augmentant la productivité
agricole et en renforçant la résilience des populations et des écosystèmes. Les pratiques de gestion durable
des terres reposent souvent sur la protection de la biodiversité pour augmenter le carbone organique du
sol, l’azote du sol et l’humidité du sol. Des pratiques comme l’agroforesterie et l’agriculture à faible labour
sont basées sur des pratiques locales qui ont été ravivées et améliorées pour conserver l’humidité des sols
et la fertilité des terres agricoles et pour apporter des avantages supplémentaires. D’autres pratiques de
GDT telles que les diguettes et le zaï contribuent au renforcement de l’humidité du sol et de la matière
organique afin d’améliorer la productivité et la résilience.

Les aires protégées, qu’elles appartiennent aux communautés, aux autorités étatiques ou aux propriétaires
terriens ou qu’elles soient placées sous leur gestion, peuvent jouer un rôle fondamental dans la protection des
pratiques de gestion durable des terres qui répondent à la désertification et à la sécheresse. Tous les types
d’aires protégées doivent être pris en compte, ce qui nécessite un changement d’attitudes dans le secteur de
la conservation dans le sens du respect du rôle des terres agricoles protégées dans la conservation de la
biodiversité et des services écosystémiques. Les pâturages sont particulièrement convenables pour être
reconnus comme aires protégées étant donné que la gestion durable de la biodiversité des pâturages est un
objectif important de gestion. Environ 5% du Sahel -soit 224,825 km2- sont formellement protégées, ce qui est
très en-dessous de l’Objectif 11 d’Aichi qui est de 17%1.

Les mesures de conservation à base communautaire ont beaucoup de potentiel d’expansion dans la région.
Beaucoup de sociétés gèrent leur environnement en vue d’augmenter son hétérogénéité et leurs pratiques
de conservation et de gestion durable des terres peuvent être soutenues à travers l’utilisation d’un statut
approprié d’aire protégée. Les zones conservées par les communautés peuvent également jouer un rôle
important dans la protection de l’agro-biodiversité dans le Sahel.

Obstacles et opportunités de promotion de la biodiversité dans la Grande Muraille Verte


Les zones arides du Sahel font face à un taux et une échelle sans précédent de changements qui présentent
aussi bien des menaces que des opportunités de développement durable. La croissance et les changements
démographiques provoquent des modifications dans les schémas de production, une pression sur les
ressources naturelles et une demande croissante en ressources naturelles. Le fait que les changements
démographiques et la croissance économique constituent une menace ou une opportunité dépend dans
une certaine mesure du degré auquel les critères de durabilité sont intégrés dans la production agricole et
dans d’autres aspects du développement.

Les mécanismes traditionnels de gestion des risques sont d’autant plus importants au vu du niveau élevé
d’incertitude dans les changements climatiques et la probabilité que le climat devienne plus imprévisible.
Le non - respect des connaissances locales et des droits aux ressources locales a empêché bon nombre
de gestionnaires de terres de gérer leurs terres de manière durable. Cependant, de nouvelles approches
de gouvernance locale et de renforcement des capacités sont en train de permettre une dynamisation
des stratégies traditionnelles de gestion des risques. Cela donne de bonnes perspectives d’une large
adoption de la gestion durable des terres qui peut être plus efficacement intégrée dans les plans centraux
de développement agricole.

Beaucoup de gestionnaires des terres dans le Sahel sont limités par l’héritage de faible investissement dans
le développement de base. Un capital humain plus fort, en particulier une éducation de base aussi bien
pour les femmes que les hommes, pourrait servir de catalyseur pour une plus large adoption des pratiques
de gestion durable des terres. Cela serait soutenu par le renforcement des capacités institutionnelles et xi

1
Objectif 11 d’Aichi. D’ici 2020, au moins 17 pour cent des eaux terrestres et continentales et 10 pour cent des des zones côtières et marines,
spécialement les zones particulièrement importantes pour la biodiversité et les services écosystémiques, sont conservées grâce à des systèmes
d'aires protégées efficaces et équitablement gérés, écologiquement représentatifs et bien connectés et d'autres mesures efficaces de
conservation de la zone et intégrés dans les paysages plus vastes et les paysages marins.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

communautaires pour atteindre une gouvernance plus équitable des ressources locales et une sécurisation
de la tenure foncière. La combinaison de l’appui aux institutions communautaires avec une tenure et une
gouvernance plus forte des ressources peut constituer la base la plus forte d’un développement résilient
dans la Grande Muraille Verte.

Le renforcement des capacités, la sensibilisation et l’orientation en matière de politiques sont également


nécessaires pour aider les fonctionnaires à adopter une vision plus large de la Grande Muraille Verte qui va
au-delà des secteurs individuels. Les approches de gestion des paysages ont gagné en popularité au cours
de ces dernières années et peuvent permettre une gestion plus équilibrée et optimale des ressources sur
une grande échelle. Cela est important pour réaliser l’utilisation la plus efficiente et la plus durable des
ressources foncières qui devraient satisfaire les demandes en compétition, dont la production vivrière et
énergétique et l’approvisionnement en eau potable.

Les objectifs de la Grande Muraille Verte peuvent être compromis par une incompréhension persistante de
ce que sont les zones arides. Les acteurs ont des visions conflictuelles du développement et il y a un parti
pris actuel pour l’agriculture à haute intensité de capitaux au détriment de la gestion durable des terres et
de la résilience des communautés et la gestion des risques. Un accent particulier doit être mis sur la gestion
de la biodiversité et du carbone organique du sol pour atteindre une gestion plus efficiente des sols et des
ressources en eau des zones arides.

De manière générale, il est important de faire connaître une autre vision de la gestion durable des paysages
basée sur la multifonctionnalité. Cela implique une gestion simultanée des terres pour leurs multiples
avantages pour la société. La Grande Muraille Verte est une puissante opportunité de réalisation d’une telle
vision à travers la promotion de la gestion durable et de la restauration des terres à grande échelle.
L’utilisation d’une telle approche intégrée sera cruciale pour l’atteinte des objectifs d’une résilience et d’une
gestion des risques plus fortes.

Conservation de la biodiversité pour l’atteinte des objectifs de la Grande Muraille Verte

Pour atteindre ses objectifs, la Grande Muraille Verte devra adapter la croissance de l’économie verte aux
conditions uniques des zones arides, mettre un accent particulier sur la gestion durable de la biodiversité et
des écosystèmes et accorder une plus grande priorité à la santé des terres comme base de la sécurité
alimentaire et des ressources hydriques. Les pays de la Grande Muraille Verte devront aussi mettre l’accent
sur la résilience et la gestion des risques en les adaptant au niveau élevé d’incertitude dans ces
environnements de zones arides.

Les recommandations sur l’intégration de la biodiversité en vue de l’atteinte des objectifs de la Grande
Muraille Verte sont regroupées dans les quatre domaines suivants :

1. Intégrer la Gestion Durable des Terres dans le secteur de l’agriculture pour atteindre une Neutralité
en matière de Dégradation des Terres, y compris des investissements dans le passage à échelle de
la gestion durable des terres et la restauration des paysages, la promotion de l’innovation dans les
petites et moyennes entreprises d’agriculture durable et le développement de services financiers
adaptés aux besoins aussi bien des hommes que des femmes engagés dans l’agriculture et l’élevage
pour renforcer leurs investissements dans la GDT.

2. Etablir des arrangements institutionnels qui permettent la restauration des paysages et le


développement durable, y compris des mécanismes de coordination intersectorielle et des institutions
locales dotés de ressources suffisantes et mandatés, avec un accès à des ressources techniques et
financières et à un renforcement des capacités.

3. Renforcer la gouvernance, les droits de tenure et de ressources au niveau local, par la promotion
de la gouvernance locale des ressources naturelles à travers la planification participative et la dévolution
de la prise de décisions, le renforcement des capacités pour renforcer la gouvernance locale et la tenure
des ressources, le renforcement des droits des femmes en tant que gestionnaires de ressources
naturelles et l’assurance que les institutions juridiques ont des ressources pour appuyer la mise en
œuvre des lois foncières nationales.
xii
4. Effectuer un suivi de la biodiversité et des fonctions des écosystèmes et évaluer les investissements
et les politiques de la Grande Muraille Verte à travers des financements publics pour le suivi de la
biodiversité et les fonctions des écosystèmes, les investissements dans la mesure du carbone organique
des sols comme indicateur de GDT, l’atténuation des changements climatiques et la biodiversité, la
promotion de la recherche sur le rôle de gestion durable des terres dans la conservation de la biodiversité,
et la valorisation des connaissances locales en matière de gestion durable des terres.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Conclusion

La Grande Muraille Verte peut remplir ses engagements de lutte contre la désertification, y compris l’atteinte
d’une Neutralité en matière de Dégradation des Terres tout en conservant la biodiversité, atténuant les
changements climatiques et renforçant l’adaptation aux changements climatiques. Cependant, la valeur de la
biodiversité pour la gestion durable des terres et la sauvegarde des services écosystémiques doit être largement
comprise afin d’identifier les meilleures options d’investissement pour les pays dans leur ensemble.

Des synergies véritables peuvent être établies entre les objectifs environnementaux et de développement
qui font de la Grande Muraille Verte une priorité nationale en termes d’investissements. La plus grande partie
du territoire de la Grande Muraille Verte pourrait être classée en fin de compte comme une mosaïque de
différents types d’aires protégées: protégées pour la gestion durable des paysages sahéliens pour fournir
des vivres, de l’eau et de l’énergie, soutenir les moyens d’existence de ses nombreux résidents et
sauvegarder la grande beauté et la diversité des paysages et des cultures sahéliens.

© Andrea Borgarello/World Bank

xiv
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
© Andrea Borgarello/World Bank

xv
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

1. La biodiversité et la Grande Muraille Verte


La diversité biologique désigne “La variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre
autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes
écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi
que celle des écosystèmes”. Convention sur la Diversité Biologique, 1992

La diversité et l’abondance de la vie sur terre ont une grande influence sur le fonctionnement des
écosystèmes et les services qu’ils fournissent et constituent donc un facteur déterminant du capital naturel.
La biodiversité contribue de manière significative au bien-être de l’humanité, non par la seule fourniture de
biens consommables, mais en assurant l’offre d’un large éventail de services tels que la fertilité des sols, la
régulation des eaux, la réduction des risques, le patrimoine culturel et bien plus encore.

Ce rapport explore la dépendance de l’humanité à la nature et l’importance de la biodiversité pour le bien-être


et le développement durable dans les zones arides du Sahel. Il examine comment les éléments de la
conservation de la biodiversité peuvent être intégrés dans
tous les aspects de la gestion des ressources naturelles et
Les avantages de la nature qui comment cela peut être réalisé au Sahel afin d’atteindre les
déterminent le bien-être humain sont objectifs à long terme de l'Initiative de la Grande Muraille
appelés les services écosystémiques et Verte pour le Sahara et le Sahel. Le rapport examine la
le flux des services écosystémiques est relation entre les actions de conservation et la gestion
déterminé dans une grande mesure par durable des terres et la [Link] rapport est rédigé
la biodiversité. pour les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux
travaillant sur la Grande Muraille Verte (GMV), y compris les
partenaires du “programme Banque mondiale/FEM pour le
Sahel et l’Afrique de l’Ouest” (SAWAP). Il cible les ministères responsables de l’agriculture et de l’environnement
et fournit des arguments pour la connexion entre ces deux secteurs. Le rapport est également rédigé pour les
ministères des finances et de la planification qui jouent un rôle essentiel dans le financement des interventions
nécessaires. En tant que tel, le rapport est rédigé pour un auditoire d’experts en gestion de ressources
naturelles qui ne sont pas toujours au courant des progrès récents dans la compréhension scientifique du lien
entre la biodiversité et le développement durable, en particulier dans les régions arides.

Le bien-être humain dépend non seulement du développement physique et du capital humain (“l’économie”),
mais aussi de la société, intégrée et dépendante de la nature. Les avantages de la nature qui déterminent le
bien-être humain sont appelés les services écosystémiques (l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire,
2005) et le flux des services écosystémiques est déterminé dans une grande mesure par la biodiversité, tel
que résumé dans le présent rapport. Comprendre le rôle de la biodiversité dans la détermination du bien-être
humain nécessite une perspective large qui va bien au-delà de quelques espèces emblématiques. Ce rapport
montre que la gestion durable des terres est soutenue par la variété et l’abondance de la vie, tant dans le sol
qu’au-dessus du sol.

La Grande Muraille Verte est apparue ces dernières années comme un vecteur essentiel pour la lutte contre
la désertification au Sahel. Elle s’est développée considérablement depuis son interprétation initiale,
restrictive et potentiellement néfaste comme une ligne d’arbres allant de l’Atlantique à la Mer Rouge. La GMV
est maintenant considérée par beaucoup comme un plan ambitieux de restauration des paysages dégradés
et de gestion durable des terres grâce à une mosaïque d’utilisation des terres. Ce rapport soulignera qu’il
existe de nombreuses façons de contribuer aux ambitions de la GMV, et les contributions doivent provenir
de plusieurs secteurs, travaillant souvent de manière coordonnée et en se soutenant mutuellement.

La Grande Muraille Verte peut assurer la durabilité environnementale et la réduction de la pauvreté, ce qui
contribuera simultanément à un certain nombre d’objectifs mondiaux en matière d’environnement et de
développement. Par exemple, l’initiative est explicitement conçue pour contribuer à ODD 1 (Pas de pauvreté),
ODD 2 (Faim “zéro”) et ODD 15 (Vie terrestre). La GMV peut également contribuer à ODD 5 (Egalité entre les
sexes), ODD 6 (Eau propre et assainissement), ODD 7 (Energie propre et d’un coût abordable), ODD 8 (Travail
décent et croissance économique) et ODD 13 (Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques). 1
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Figure 1 : Contribution de l’IGMVSS à la réalisation des objectifs de développement durable


Source : UICN, Jonathan Davies

Les objectifs de la Grande Muraille Verte dépendent de la conservation de la biodiversité et des services
écosystémiques comme fondement de la résilience des personnes et de la nature : la biodiversité contribue
au développement économique, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté. En conséquence,
la GMV peut contribuer à un certain nombre des Objectifs d’Aichi comme indiqué dans la figure 15 dans
ce rapport. L’isolement de ces objectifs et l’ignorance de leur synergie naturelle conduiront à une utilisation
inefficace des ressources et sous-estimeront nettement les investissements les plus durables. Les
avantages globaux pour la société de la GMV devraient être mesurés intégralement, et pas seulement le
sous-ensemble des avantages dans un secteur donné.

La Grande Muraille Verte contribue à la conservation de la biodiversité


La biodiversité contribue de différentes façons, par exemple en protégeant l’habitat, en
au développement préservant la connectivité des paysages et en protégeant certaines
économique, à la création espèces spécifiques, y compris l’agrobiodiversité. La GMV conservera
d’emplois et à la réduction également une biodiversité importante qui n’est pas explicitement
priorisée par le secteur de la conservation, comme la biodiversité des
de la pauvreté.
sols. Le secteur de la conservation peut, à son tour, contribuer aux
objectifs de la GMV, par exemple en protégeant les services essentiels
des écosystèmes tels que l’approvisionnement en eau ou la pollinisation. Différents types d’aire protégée,
y compris la protection des paysages agricoles et forestiers, pourraient constituer une composante
importante de la GMV.

Ce rapport met en avant le rôle de la biodiversité dans la réalisation de la Grande Muraille Verte et examine
la relation entre les actions de conservation et la gestion durable des terres et la restauration. Ceux-ci ne
devraient pas être représentés comme deux alternatives concurrentes : l’objectif de l’agriculture durable
est de conserver la biodiversité dont dépend la productivité des
agroécosystèmes. L’objectif du rapport est de sensibiliser au rôle
joué par la gestion durable des terres dans la protection de la L’objectif de l’agriculture durable
biodiversité, d’élargir la signification du mot “biodiversité”, de est de conserver la biodiversité
sensibiliser au rôle central de la biodiversité dans la gestion dont dépend la productivité des
durable des terres et la restauration des paysages, et de fournir agroécosystèmes.
des conseils pour intégrer la gestion de la biodiversité dans les
2 investissements et les politiques de la GMV.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Restauration, réhabilitation et gestion durable des terres2


Gestion durable des terres
L’UICN définit la gestion durable comme la “gestion par laquelle le potentiel actuel des ressources est utilisé
de la meilleure manière possible et ne réduit pas la disponibilité des ressources”. La GDT a été définie comme
“l’utilisation des ressources terrestres, y compris les sols, l’eau, les animaux et les plantes, pour la production
de biens pour répondre aux besoins humains changeants, tout en assurant simultanément le potentiel productif
à long terme de ces ressources et le maintien de leurs fonctions environnementales” (WOCAT, 2007).

Restauration
La restauration écologique est le processus d’aide à la récupération d’un écosystème dégradé, endommagé
ou détruit. Elle a été définie comme “une activité intentionnelle qui initie ou accélère la récupération d’un
écosystème en ce qui concerne sa santé, son intégrité et sa durabilité” (SER, 2004). La restauration écologique
comprend l’amélioration, dans la mesure du possible, de la biodiversité et des espèces indigènes pour soutenir
la fonctionnalité de l’écosystème.

Réhabilitation
La réhabilitation des écosystèmes désigne le rétablissement d’une partie de la productivité, de la structure,
de la fonction et des processus de l’écosystème d’origine. La réhabilitation peut être une étape sur le chemin
de la restauration complète, ou peut être l’objectif final lui-même.

Paysage
Un paysage est une mosaïque géographique composée d’écosystèmes en interaction résultant de
l’influence des interactions géologiques, topographiques, des sols, climatiques, biotiques et humaines
dans une zone donnée. Le terme est fréquemment utilisé pour décrire une vaste zone définie à la fois par
des facteurs écologiques et sociaux.

Restauration des paysages


La restauration des paysages est le processus de reprise de l’intégrité écologique et du fonctionnement
des paysages dégradés. La restauration des paysages forestiers (RPF) est décrite par l’UICN comme le
processus de reprise de la fonctionnalité écologique et d’amélioration du bien-être humain dans les
paysages forestiers déboisés ou dégradés.

Le rapport contient un aperçu du contexte dans l’introduction et la section suivante sur les zones arides de
la Grande Muraille Verte. Ceci est suivi d’un aperçu de la biodiversité au Sahel et des avantages de la
biodiversité pour l’humanité au Sahel. Le rapport décrit ensuite certaines des approches importantes de
conservation de la biodiversité et discute des obstacles et des opportunités de conservation de la biodiversité
dans la Grande Muraille Verte. Le rapport se termine par un certain nombre de recommandations à l’intention
des principales parties prenantes.

Afin d’inverser les tendances à la dégradation des terres et soutenir l’Initiative de la Grande Muraille Verte,
la Banque mondiale/FEM et leurs partenaires ont mis en place le projet de renforcement de la résilience par
le biais des services lies à l’innovation, à la communication et aux connaissances (BRICKS) et le Programme
Sahel et Afrique de l’Ouest (SAWAP). Le projet BRICKS3 a été conçu pour améliorer l’accessibilité des
meilleures pratiques et le suivi des informations dans le portefeuille du SAWAP sur l’utilisation et la gestion
durable des terres. Cela améliorera le bien-être et la résilience de l’homme et la santé des écosystèmes
grâce à la mise en place d’approches novatrices et intégrées du paysage qui contribuent à la gestion durable
des terres. Le SAWAP est un programme d’investissement régional qui traite des problèmes de dégradation
des sols et de changement climatique dans 12 pays, à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad, l'Éthiopie,
le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, le Soudan et le Togo. Son objectif est
d’étendre la gestion durable des terres et de l’eau (GDTE) dans les paysages ciblés et les zones vulnérables
au climat dans les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel (Banque mondiale, 2011). BRICKS fournit un
soutien technique aux projets SAWAP. 3

2
Voir le Glossaire des définitions de l’UICN : [Link]
3
Le projet BRICKS est mis en œuvre par Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), l’Union internationale
pour la conservation de la nature (UICN), et l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La présente étude se déroule dans le cadre du projet BRICKS. Cela aidera les équipes de projet du SAWAP
et d’autres acteurs à répondre à la question suivante : Comment la conservation de la biodiversité peut-elle
aborder efficacement et contribuer à la gestion durable des terres (et vice versa) ? Les projets SAWAP
comprennent les composantes/activités de la biodiversité à différents degrés d’importance ; ils sont indiqués
dans le tableau en annexe.

Les pays de projets SAWAP peuvent bénéficier de ce que la biodiversité offre, y compris la biodiversité des
sols, si elle est bien comprise et gérée, en réponse à l’atténuation et à l’adaptation aux changements
climatiques, à l’augmentation du stockage du carbone ou à la réduction des risques d’inondation et de
sécheresse, qui pourraient engendrer des catastrophes.

Les résultats de l’étude aideront les équipes de projet du SAWAP à mieux envisager la conservation de la
biodiversité lorsqu’elles aborderont les problèmes de dégradation des sols et les approches les plus vastes
de gestion durable des terres, y compris l’approche paysage, dans leurs projets et dans les investissements
futurs, tout en les reliant à la GMV. Ils vont également mieux capitaliser leurs résultats en fonction des
conclusions de l’étude.
© Philippe Zoungrana

4
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

2. La Grande Muraille Verte : restaurer les


écosystèmes pour le développement durable
au Sahel
L’idée d’une barrière vivante pour résister à l’avancée apparente du désert du Sahara n’est pas nouvelle. Le concept
de barrage vert a été proposé en Algérie dans les années 1960 et un Front Vert au Sahel a été proposé dès les
années 1950. La Grande Muraille Verte a été promue depuis 2002 et a gagné en importance depuis la création en
2007 de l'Initiative de la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel. D’après son site web4, l’Initiative de la Grande
Muraille Verte est un programme panafricain lancé en 2007 par l’Union Africaine (UA). Son objectif est d’inverser la
dégradation des sols et la désertification dans le Sahel et le Sahara, de renforcer la sécurité alimentaire et de soutenir
les communautés locales dans l’adaptation au changement climatique. Comme nous le verrons plus loin dans ce
document, bon nombre des revendications concernant l’avancement des déserts au Sahel ne sont pas étayées par
des preuves et des efforts sont déployés pour ré-envisager la Grande Muraille Verte comme “une métaphore qui
représente une mosaïque d’utilisation durable des terres et des pratiques de gestion communautaires des terres”5.

L’Initiative de la Grande Muraille Verte implique 20 pays, dont 11 ont


Une métaphore qui représente signé un accord en juin 2010, à Ndjamena, au Tchad, pour créer
une mosaïque d’utilisation durable l’Agence de la Grande Muraille Verte6. La Grande Muraille Verte est
des terres et des pratiques orientée selon un axe est-ouest en Afrique dans le nord du Sahel; une
de gestion communautaires zone de climat aride et semi-aride. Ces zones sont classées comme
des terres. zones arides par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement,
en fonction de leur indice d’aridité : une mesure de la précipitation
moyenne divisée par l’évapotranspiration potentielle (PNUE 1997).

Figure 2 : Pays impliqués dans l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte


Source : UICN, Jonathan Davies, créé avec [Link]

2.1. Les zones arides uniques de la Grande Muraille Verte

Les zones arides présentent plusieurs caractéristiques uniques


qui façonnent leur biodiversité et leur écologie ainsi que leurs
C’est autant la variabilité que la
sociétés et leurs économies. La pénurie d’eau est la
pénurie absolue d’eau qui
caractéristique la plus évidente, bien que cela puisse être
détermine les adaptations
trompeur car les niveaux de précipitations dans une grande
partie du Sahel peuvent être relativement élevés. Dans de tels biologiques et socio-
cas l’aridité est déterminée non pas par les précipitations économiques dans le Sahel.
reçues mais par la quantité qui peut être perdue par
évaporation et transpiration ; la température, le vent et la couverture végétale sont donc des facteurs
déterminants. En plus de la pénurie d’eau, le Sahel se caractérise par une forte variabilité saisonnière, la
plupart des précipitations se produisant en une saison pluvieuse, ainsi que des précipitations interannuelles 5
extrêmement élevées. C’est autant la variabilité que la pénurie absolue d’eau qui détermine les adaptations
biologiques et socio-économiques dans le Sahel (Behnke et al., 1993).

4
[Link] (consulté le 08/06/2016)
5
Cette phrase est utilisée plusieurs fois par les organisations internationales sans citation de l’original
6
Burkina Faso, Tchad, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal et Soudan
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

700

650

600

550

500

450

400

350

OBS
300 Linéaire
Décennal
250

200
1960 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010

Figure 3 : Précipitations annuelles observées au Sahel, 1900 – 2006


Source : Giannini et al., 2003

Le développement dans les régions arides est généralement en retard par rapport aux zones plus humides,
en raison notamment d’une combinaison d’investissements faibles et mal planifiés, d’un manque de
compréhension des problèmes particuliers des terres arides et d’un manque de volonté politique au niveau
national. Beaucoup de zones arides sont éloignées et relativement peu peuplées et leurs habitants sont
souvent déconnectés politiquement, ce qui contribue à leur négligence par de nombreux gouvernements.
Cependant, plusieurs pays sahéliens ont leur capitale au Sahel et, par conséquent, l’éloignement ne tient
pas compte de tous les défis du développement. Le développement économique est relativement faible
dans la plupart des pays sahéliens et les niveaux globaux de pauvreté sont élevés (Banque mondiale, 2016).

Bien que les zones arides soient souvent représentées comme des terres à l’abandon à faible potentiel
économique, la réalité est tout à fait différente. Les zones arides fournissent de multiples services
écosystémiques, y compris la production alimentaire, l’approvisionnement en eau et la régulation du climat.
Certaines études ont montré des taux marginaux de rendement économique beaucoup plus élevés sur les
investissements dans les zones arides par rapport aux zones plus humides (ONU, 2009).
© Andrea Borgarello/World Bank

6
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Adoption de l’agroforesterie à grande échelle à Gedaref, au Soudan oriental7

Le bassin versant de Gedaref occupe 720 000 ha dans l’est du Soudan et était autrefois l’un des
principaux centres de production alimentaire au Soudan. Des décennies de pratiques agricoles non
durables, y compris la monoculture locale, la faible reconstitution des éléments nutritifs, la coupe à blanc
de la biomasse végétale ligneuse pour le bois de feu et l’agriculture, et le raccourcissement des périodes
de jachère ont entrainé une dégradation généralisée des sols et la diminution des moyens de subsistance
des agriculteurs. Le rendement du sorgho, la principale culture de base du Soudan, a diminué de 1%
par an de 1960 à 1980. Cela a affecté la sécurité alimentaire, la fonction de l’écosystème et la fourniture
subséquente de biens et de services écosystémiques et a accru la vulnérabilité des populations rurales
aux incertitudes climatiques.

Dans le but d’inverser ce déclin, des initiatives agroforestières pluviales à petite échelle ont été testées,
intégrant les arbres Acacia Senegal dans les cultures de sorgho. A. senegal produit de la gomme
arabique de haute qualité et a été traditionnellement utilisée dans les systèmes de jachère des cultures.
L’arbre est légumineux, et par conséquent fixe l’azote dans le sol, tout en offrant des avantages
secondaires aux agriculteurs grâce à la vente de gomme.

Les exercices de modélisation ont estimé l’impact de l’adoption à grande échelle de l’agroforesterie de
A. senegal sur l’approvisionnement et la réglementation des services écosystémiques. L’avantage pour
les agriculteurs d’intégrer les arbres A. senegal sur 20% de la superficie agricole est estimé à 11 600
SDG/ha (1 807 $US). Le coût d’investissement de l’adoption de l’agroforesterie est recouvré dans les 3
à 4 ans et les avantages annuels subséquents l’emportent sur les coûts de gestion. En outre, le bénéfice
de la production de gomme arabique de A. senegal dans les systèmes agroforestiers est estimé à 6 500
SDG/ha (1 012 $US). A la fin de la rotation de 25 ans, les arbres peuvent être coupés, fournissant du
bois de feu évalué à 220 SDG par hectare (35 $US).

L’adoption de l’agroforesterie entrainera une augmentation de la recharge des eaux souterraines avec
26,5 millions de mètres cubes supplémentaires potentiellement disponibles pour les communautés du
bassin versant, avec une valeur estimée (coût d’achat de l’eau évité) de 16,4 milliards de SDG (2,5
milliards $US). La gestion durable des terres et le reboisement séquestreront également une augmentation
de 10 tonnes de CO2 par an (au dessus et en dessous du sol). Le bénéfice net total pour le Soudan a
été estimé entre 11,7 et 23,2 milliards de SDG (1,82 à 3,6 milliards US$) grâce à une recharge améliorée
des eaux souterraines, l’érosion évitée des sols, la fixation de l’azote et l’humidité du sol, la production
de la gomme arabique et le bois de feu dans le bassin versant sur 25 ans.

Les zones arides exigent des solutions de


développement durable adaptées aux caractéristiques La gestion durable des terres dans les zones
uniques de l’écologie des zones arides, en particulier arides doit être adaptée aux défis spécifiques
dans le secteur des ressources naturelles. Les zones liés au maintien de l’humidité du sol et à la
arides ne répondent pas aux interventions humaines fertilité des sols et à la réduction des pertes
comme d’autres zones, et les efforts de développement d’eau par évaporation.
doivent être adaptés aux conditions locales. Par
exemple, la gestion durable des terres dans les zones arides doit être adaptée aux défis spécifiques liés au
maintien de l’humidité du sol et à la fertilité des sols et à la réduction des pertes d’eau par évaporation.
Les plans de gestion des paysages doivent tenir compte des défis que posent les incendies naturels et du
rôle important que jouent les grands herbivores dans le maintien de la santé des sols et des écosystèmes.
Dans la pratique, les approches de développement agricole non durables sont répandues dans le Sahel et
elles continuent d’être préférées aux options durables (Davies et al., 2012).

7
Ricome, A., Westerberg, V. and Myint, M.M., 2014. An economic valuation of sustainable land management through agroforestry within
the watershed of Gedaref State in Eastern Sudan
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

2.2. Comprendre la désertification et la dégradation des terres dans les zones arides

La lutte contre la désertification est l’un des principaux motifs qui sous-tend la GMV. Tous les pays faisant
partie de la GMV sont signataires de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et,
en vertu de la convention, ils sont tous identifiés comme “affectés” par les défis combinés de la
Désertification, de la Dégradation des terres et de la Sécheresse (DLDD)8. La désertification est définie par
la convention comme “la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches
résultant de divers facteurs, y compris les variations climatiques et les activités humaines”9. Cela n’a rien à
voir avec l’avancement des déserts, ni avec la création de déserts d’un point de vue scientifique. L’ONU
distingue 4 types de zones arides selon l’indice d’aridité10 : hyper aride, aride, semi-aride et subhumide.
Seul le premier de ces types est considéré comme un véritable désert par la CNULCD et ce type n’est pas
inclus dans la définition de la désertification de la CNULCD. La désertification est définie comme la
dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides, et non leur conversion en hyper
aride. En effet, les vrais déserts sont un biome précieux à part entière, avec leur propre biodiversité unique
et ils ont souvent besoin de protection.

En termes simples, la désertification signifie la dégradation des terres dans les zones arides et, par
conséquent, le terme peut décrire la dégradation des terres au Sahel. La CNULCD définie la dégradation
des terres comme la “réduction ou perte…de la productivité biologique ou économique et la complexité des
terres cultivées irriguées par les eaux pluviales, des terres cultivées irriguées, ou des parcours, des
pâturages, des forêts ou des surfaces boisées du fait de l’utilisation des terres ou d’un processus ou d’une
combinaison de processus… résultant des activités humaines”. La véritable ampleur de la désertification,
ou de la dégradation des terres au Sahel fait l’objet d’une certaine controverse. Les données satellitaires
couvrant une période de 20 ans à partir du milieu des années 1980 montrent que la région du Sahel a
progressivement été plus verte, ce qui réfute la croyance largement répandue que le désert du Sahara évolue
vers le sud. Il peut y avoir plus d’une raison de ce
retrait apparent du Sahara, mais il est probable
qu’au moins une partie de l’explication se trouve La désertification est définie comme la
dans les conditions climatiques cycliques à long dégradation des terres dans les zones
terme, le Sahel bénéficiant actuellement d’une arides, semi-arides et subhumides,
période d’années relativement humide (Mortimore et non leur conversion en hyper aride.
et al., 2009).

Figure 4 : Le ‘verdissement’ du Sahel, 1982-2006


Source : Mortimore et al., 2009

8
[Link]
9
CNULCD A/AC.241/27 12 septembre 1994
10
L’indice d’aridité comme la précipitation moyenne divisée par l’évapotranspiration potentielle.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Le fait que le Sahara ne progresse pas actuellement


vers le sud a conduit de nombreux experts à contester La plupart des pays de la Grande
le concept de désertification et à critiquer la Grande Muraille Verte ne disposent pas de
Muraille Verte comme vecteur de développement preuves suffisantes et objectives pour
durable au Sahel. Les experts citent le malentendu sur soutenir le ciblage des actions et ne
le concept et le manque de preuves soutenant la disposent pas de moyens suffisants
désertification dans la région. Ils montrent qu’un niveau pour surveiller les progrès réalisés.
élevé d’imprévisibilité climatique est normal dans les
zones arides et que cela compromet les efforts pour décrire l’écart par rapport à un état “normal” de
l’environnement. Les critiques ont suggéré que le concept de désertification a été au plan politique récupéré
par les élites qui profitent en accusant les communautés locales de la dégradation et en confisquant les
terres afin de promouvoir leurs propres intérêts d’investissement. Même si ces acquisitions ne sont pas
motivées par l’intérêt personnel, elles perpétuent néanmoins, des approches descendantes et des
investissements dans l’agriculture qui peuvent nuire à la résilience locale. (Behnke et Mortimore, 2015).

La définition et la mesure de la dégradation des terres et de la désertification peuvent différer considérablement


en fonction des objectifs d’utilisation des terres. Une partie du désaccord sur l’étendue de la désertification est
due au manque de consensus sur la question de savoir si les cultures sont une forme de dégradation des
terres. Les grandes zones du Sahel sont cultivées et de vastes étendues de forêts sèches et de pâturages ont
été transformées en agriculture au cours des dernières décennies. Cependant, les terres peuvent également
être cultivées de manière durable et déclarer toutes les terres cultivées comme terres dégradées est trompeur
en ce qui concerne la quantité de terres pouvant ou devant être restaurées. Une définition plus nuancée est
nécessaire pour évaluer l’état des terres cultivées et la proportion de terres cultivées qui sont soit gérées
durablement ou dégradées par rapport à son objectif de gestion spécifique. Selon la définition de la restauration
des paysages forestiers ci-dessus, la restauration des paysages n’empêche pas la gestion durable des terres
cultivées dans ces paysages, même si le terme réhabilitation peut être plus utile pour décrire le rétablissement
de la productivité, de la structure et de la fonction des terres agricoles11.

Malgré les observations selon lesquelles le Sahel est devenu plus vert au cours des dernières décennies, il
reste des préoccupations concernant la dégradation des terres au Sahel. Les estimations mondiales de la
dégradation des terres convergent entre un quart et un tiers de toutes les zones arides souffrant d’une
certaine forme de dégradation, bien que les estimations mondiales s’appuient sur l’imagerie par satellite et
ne fournissent donc pas d’informations sur la dégradation avant les années 1980 (Bai et al 2008; Le et al.,
2014). La combinaison de l’expansion agricole, de l’évolution des précipitations et des établissements
humains révèle un risque considérable de désertification généralisée dans le Sahel.

Il existe d’importants défis méthodologiques dans le suivi de la dégradation des terres dans les zones arides
qui doivent encore être relevés. Les habitats dominés par les herbes, comme les prairies et les savanes, sont
mal surveillés en utilisant les mesures par satellite de la productivité primaire nette et la dégradation par
l’envahissement des broussailles ou par des espèces envahissantes n’est pas facilement identifiable. Les
zones arides sont également des systèmes sans équilibre où il est difficile de déterminer une base de
référence pour mesurer le changement : la variabilité écologique est une caractéristique normale des zones
arides. Cela constitue un obstacle à l’évaluation et au suivi objectifs, en particulier lorsque les utilisateurs des
terres et les experts fonciers ont des opinions différentes sur l’état souhaitable des terres. En conséquence,
la plupart des pays de la Grande Muraille Verte ne disposent pas de preuves suffisantes et objectives pour
soutenir le ciblage des actions et ne disposent pas de moyens suffisants pour surveiller les progrès réalisés.

La dégradation des terres dans le Sahel peut être


La Grande Muraille Verte peut respecter minimisée grâce à l’adoption généralisée des pratiques
ses engagements vis-à-vis de la CNULCD de gestion durable des terres (GDT) et elle peut être
tout en conservant la biodiversité, inversée par la restauration des paysages et des
en atténuant les changements climatiques écosystèmes. Ensemble, ces deux grandes séries de
et en renforçant l’adaptation aux réponses peuvent se combiner pour atteindre l’Objectif
changements climatiques. 15 de développement durable et vise spécifiquement la
cible 15.3 sur la neutralité en termes de dégradation
des terres (NDT). Dans le processus, la Grande Muraille Verte peut respecter ses engagements vis-à-vis de
la CNULCD tout en conservant la biodiversité, en atténuant les changements climatiques et en renforçant
9
l’adaptation aux changements climatiques.

11
L'évaluation de la dégradation et de la restauration des terres de l'IPBES publiera une nouvelle définition en 2017 qui facilitera l'obtention d'un
consensus sur la terminologie.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

2.3. L’écologie du Sahel et les forces qui la façonnent

Le Sahel couvre l’Afrique depuis la côte atlantique du Sénégal et de la Mauritanie jusqu'à la côte de la mer
Rouge du Soudan, de l'Érythrée et de Djibouti. Elle longe la rive sud du Désert du Sahara et varie en largeur
de quelques centaines à plus de mille kilomètres. La région du Sahel reçoit une précipitation moyenne
comprise entre 150 et 700 mm par an et se caractérise par une saisonnalité marquée, avec une saison
pluvieuse allant de juillet à septembre. Les précipitations sont déterminées par la zone de convergence
intertropicale (ZCIT) et sont très variables et imprévisibles. Les températures maximales mensuelles
moyennes varient de 33° à 36°C et les températures minimales mensuelles se situent entre 18° et 21°C
(Met Office, 2010).

La topographie du Sahel est en grande partie plate et l’altitude se situe majoritairement entre 200 et 400 m
au dessus du niveau de la mer. Elle forme une zone de transition entre le Désert du Sahara et les savanes
boisées situées au sud. Cela signifie que l’écorégion se trouve au sud de la steppe du sud Sahara et de
l’écorégion boisée et au nord des écorégions de savane de l’ouest et de l’est du Soudan, et est dominée
par les prairies boisées à acacias du Sahel et les broussailles à feuillage caduc. Le type précis de végétation
est largement influencé par une combinaison du type de sol et des précipitations (WWF, 2016).

Les interventions dans la Grande Muraille Verte impliquent les terres situées en dehors de la zone du Sahel,
y compris les régions désertiques plus sèches vers le nord et les zones plus humides, comme la savane,
vers le sud. Elles comprendront également les écosystèmes aquatiques, comme les nombreuses zones
humides du Sahel et les zones riveraines le long des grands cours d’eau, comme le fleuve Niger et le Lac
Tchad. Les zones humides et les zones riveraines jouent un rôle central dans l’économie et l’écologie du
Sahel (Thiombiano et Kampmann, 2010). Les zones humides sont des habitats très diversifiés qui abritent
de nombreuses espèces endémiques et accueillent de nombreuses espèces migratrices. Ces zones
humides stockent également des quantités importantes de carbone et jouent donc un rôle dans la régulation
des gaz à effet de serre et l’atténuation des changements climatiques.

Il existe un grand nombre de zones humides dans le Sahel, dont beaucoup à petite échelle qui soutiennent
des zones beaucoup plus vastes de terres arides et semi-arides. D’autres sont à grande échelle, comme dans
le cas du delta intérieur du fleuve Niger, un site Ramsar qui couvre plus de 30 000 km² du territoire malien seul
(DNEF, 2014). Les limites de ces zones humides sont difficiles à déterminer car elles se rétrécissent et
s’étendent en grande partie selon les conditions climatiques saisonnières. Cependant, dans tous les cas, leur
valeur va bien au-delà de leurs limites en raison de leur influence sur un écosystème beaucoup plus large. En
outre, ces zones humides sont parfois appelées “parcelles de végétation luxuriante”, ce qui reflète leur grande
valeur dans la fourniture de biens et services écosystémiques tout au long de l’année, et en particulier dans
les saisons où un grand nombre d’éleveurs peuvent se rassembler dans de telles zones.

Zones humides dans les zones arides du Sahel


Les zones humides situées dans les zones arides du Sahel sont des zones riches où l’eau et les nutriments
s’accumulent, le potentiel de production végétale et animale est élevé et le risque de production est faible.
Les zones humides comprennent non seulement les quelques grandes plaines inondables, mais aussi
plusieurs milliers de petites zones humides. Le nord du Niger, par exemple, a de nombreux oasis
soutenant les vergers et la production de fruits. Les zones humides soutiennent également la production
végétale et animale, la pêche, la chasse et le tourisme, la collecte de produits naturels et la conservation
de la biodiversité. La production végétale dans les zones humides du Niger exploite jusqu’à 64 000 ha
et est estimée à 200 à 4 300 $US par ha. La production animale dans ces zones humides a été estimée
à 35 millions $US par an.

Les zones humides revêtent une importance économique aussi bien pour les personnes qui y vivent que
pour les personnes qui vivent plus loin qui y accèdent moins fréquemment, par exemple en période de
sécheresse. Cependant, les zones humides sont menacées en raison de la pression humaine croissante,
du changement climatique et du changement de l’utilisation des terres dans leurs bassins versants. Des
10 améliorations sont nécessaires dans la gouvernance des zones humides et dans les paysages des zones
arides en général, afin de permettre une gestion plus intégrée et participative. Les techniques
traditionnelles pour l’utilisation des zones humides doivent être relancées dans certains cas et un meilleur
équilibre est nécessaire entre l’utilisation des zones humides à la fois pour la production et la conservation
(Brouwer, 2014).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

L’écologie du Sahel a été fortement influencée par l’action des


herbivores et du feu, et est dépendante de celle-ci. Le pâturage L’écologie du Sahel a été fortement
et le feu se combinent pour déterminer l’équilibre entre les arbres influencée par l’action des
et les graminées. A mesure que la biomasse augmente dans ces herbivores et du feu, et est
zones sèches, la probabilité d’incendies augmente. Les feux dépendante de celle-ci. Le pâturage
éliminent la biomasse ligneuse, en sélectionnant les espèces plus et le feu se combinent pour
résistantes au feu, et en créant des conditions dans lesquelles déterminer l’équilibre entre les
les graminées se développent. Les graminées, à leur tour, arbres et les graminées.
favorisent la présence d’espèces de pâturage et les deux
-graminées et herbivores- sont interdépendants. Cependant une trop grande quantité ou trop peu de pâturage
peut favoriser le retour des arbustes ou des arbres, en particulier ceux qui sont adaptés aux herbivores, et à
mesure que cette biomasse boisée augmente, elle peut inhiber la croissance supplémentaire de l’herbe. Cela
peut entrainer l’accumulation d’une charge de combustible, augmentant ainsi la probabilité des feux.
Historiquement, les éléphants ont joué un rôle majeur dans le déracinement des arbres et l’influence sur l’écologie
du Sahel, mais dans la plupart des régions, cet impact n’est plus présent. Cet équilibre des interactions est très
sensible aux précipitations, ce qui signifie que de petits changements dans les modèles climatiques pourraient
avoir un impact majeur sur l’écologie, en particulier dans le sud du Sahel (Sankaran et al., 2005).

Les projections de changement climatique pour la région du Sahel sont très incertaines, en particulier pour
les précipitations, et les modèles ne concordent pas sur la question de savoir si les précipitations
augmenteront, diminueront ou deviendront plus variables. Les données actuelles indiquent une tendance à
long terme à l’augmentation des précipitations, comme en témoigne un réaménagement substantiel du Sahel
depuis le début des années 1980, bien qu’il existe un certain nombre de facteurs possibles derrière cette
tendance. (Mortimore, 2009). Les modèles de végétation mondiale prévoient une augmentation de la
productivité primaire dans les écosystèmes naturels et semi-naturels en raison d’une augmentation de la
pluviométrie et de la hausse des concentrations de CO2.
Cela entrainerait un verdissement de certaines parties du
Les projections de changement
Sahara du sud et une augmentation de la végétation
climatique pour la région du Sahel sont ligneuse dans certaines parties du Sahel (Leadley et al.,
très incertaines, en particulier 2010). Le réchauffement climatique dans le Sahel peut
pour les précipitations, et les modèles conduire à des taux d’évaporation plus élevés, ce qui est
ne concordent pas sur la question de un facteur déterminant des zones arides. En conséquence,
savoir si les précipitations l’espace qui est considérée comme zones arides peut
augmenteront, diminueront ou changer et les tendances de la végétation peuvent changer
deviendront plus variables. considérablement (Bonkoungou, 2004). Les changements
climatiques sont examinés plus en détail à la Section 3.4.

2.4. Tendances économiques et sociales du Sahel et implications pour la biodiversité


Le Sahel est situé dans l’une des régions les plus pauvres du monde en termes économiques, la plupart des
pays se trouvant dans le quartile inférieur du PIB par habitant (World Bank, 2016). Cependant, la pauvreté
dans le Sahel n’est pas seulement une question de performance économique et peut être mieux décrite
comme la pauvreté en matière de développement humain. Les régions arides d’Afrique de l’Ouest affichent
peu d’indicateurs sur la mortalité et l’alphabétisation des enfants. Le taux régional de mortalité des moins de
cinq ans dans le Sahel est de 222 pour 1000 naissances vivantes, soit 600 000 décès d’enfants chaque
année, la région ayant ainsi le taux de mortalité le plus élevé dans le monde (UNICEF, 2008). L’alphabétisation
des femmes adultes en Afrique de l’Ouest est universellement faible, mais les niveaux décroissent dans les
régions semi-arides et arides. L’alphabétisation des femmes est fortement liée à la réduction de la pauvreté,
car c’est un indicateur qui peut prévoir la pauvreté et les tendances démographiques. Les familles où
l’alphabétisation des femmes est plus élevée ont de
meilleures perspectives économiques et ont de meilleures
chances de lutter contre la pauvreté. Bien qu’il soit risqué La pauvreté dans le Sahel n’est pas
d’imputer la dégradation de l’environnement à la pauvreté seulement une question de performance
seule, il semble néanmoins plausible que l’investissement économique et peut être mieux décrite
dans l’alphabétisation des femmes et d’autres aspects du comme la pauvreté en matière de
développement humain puissent contribuer à atténuer la développement humain.
dégradation de l’environnement. 11
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

50
45
40
35
Pourcentage

30
25
20
15
10
5
0
Aride Semi-Aride Subhumide sec Subhumide Humide

Figure 5 : L’alphabétisation des femmes adultes en Afrique de l’Ouest


Source : Middleton et al., 2011

La densité de population humaine dans le Sahel est faible, allant de 1 à


5 personnes au km2 au nord, à 50 à 100 personnes au km2 au sud et La population rurale des pays
autour de certaines sources d’eau, y compris le Nil au Soudan. Plus de des zones arides pourrait
60% de la population totale des pays sahéliens vit dans des installations croître entre 15 et 100%
de moins de 5000 habitants, principalement engagés dans la production d’ici 2030.
animale (Ly et al., 2010). Cependant, il existe une forte croissance
démographique dans les zones arides et, sans une émigration importante, la population rurale des pays des
zones arides pourrait croitre entre 15 et 100% d’ici 2030 (selon le pays). Cela augmenterait la pression sur
les ressources naturelles et pourrait éventuellement intensifier les conflits sur les terres, l’eau et d’autres
ressources. Cela affectera la résilience et la capacité des gouvernements et des partenaires de
développement à gérer les impacts des sécheresses et autres chocs. (Cervigni et Morris, 2016).

La productivité agricole au Sahel a augmenté au cours des trois dernières décennies, bien que la variabilité
entre les années reste élevée. La production agricole est dominée par le mil et le sorgho, bien adaptés aux
conditions de sécheresse, alors que dans les zones irriguées, le riz est dominant. La production de maïs a
enregistré les hausses les plus importantes de productivité par hectare ces dernières années. Les
augmentations globales de la production agricole dans le Sahel proviennent de l’extension de la superficie
cultivée et des améliorations modestes de la productivité par unité de surface (United Nations, 2011).

L’agriculture industrielle, basée souvent sur des investissements à grande échelle dans le défrichage des
terres et l’irrigation par les entreprises agroalimentaires, avec une forte dépendance à l’égard des machines
et des intrants chimiques, a joué un rôle important dans l’augmentation de la production alimentaire.
Cependant, elle a également contribué à la perte généralisée de la biodiversité et à la perturbation des
fonctions de l’écosystème et peut avoir contribué à la perte de résilience globale tant dans les communautés
rurales que dans les économies nationales. L’agriculture industrielle ne s’est pas bien adaptée aux niveaux
élevés de risques dans les zones arides, mais a
affaibli les systèmes agricoles traditionnels qui ont
Les augmentations globales de la été mieux adaptés aux risques. L’agriculture
production agricole dans le Sahel industrielle a également favorisé l’utilisation d’intrants
proviennent de l’extension de la superficie externes dans la gestion de la fertilité des sols plutôt
cultivée et des améliorations modestes de que des pratiques durables. En conséquence, elle a
la productivité par unité de surface. contribué à la désertification et a peut être nui à la la
productivité agricole à long terme du Sahel.
12
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Les formes alternatives d’une agriculture plus durable sont de plus en plus fréquentes dans le Sahel et
joueront un rôle majeur dans la réalisation des objectifs de l’Initiative de la Grande Muraille Verte (ce sujet
est commenté plus loin dans ce rapport). Les formes d’agriculture durable comprennent l’agroforesterie et
la culture à faible labour, qui travaillent avec la nature pour maintenir la biodiversité et pour protéger l’humidité
et la fertilité du sol. Beaucoup de ces systèmes agricoles durables trouvent leur origine dans des pratiques
traditionnelles bien adaptées aux conditions du Sahel. La recherche et l’investissement dans les formes
durables de l’agriculture augmentent et les pratiques deviennent plus sophistiquées, ce qui amène certains
à utiliser le label “intensification durable”.

20

18
Zone récoltée (10 6 ha)

14

12

10

6
1960 1970 1980 1990 2000 2010

Année
Figure 6 : Superficie totale récoltée de céréales au Sahel depuis 1961 (données de FAOSTAT)
Source : Kandji et al., 2006

1.20
)
-1
Rendement du maïs (t ha

1.00 ()

0.80

0.60

0.40

0.20

0.00
1960 1970 1980 1990 2000 2010

Année
Figure 7 : Rendement moyen du maïs pour les pays membres du CILSS depuis 1961 (données du FAOSTAT ) 13
Source : Kandji et al., 2006
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La variabilité climatique extrême des zones arides signifie que


les producteurs sont exposés à des chocs fréquents, et en La variabilité climatique extrême des
particulier à la sécheresse. La culture traditionnelle et la zones arides signifie que les
production animale au Sahel sont très adaptées à de tels producteurs sont exposés à des
évènements, par exemple en utilisant des races et des chocs fréquents, et en particulier
pratiques de gestion adaptées. La croissance de la population à la sécheresse.
et l’évolution des pressions sur les ressources exercent une
pression supplémentaire sur les ressources naturelles et sur les stratégies d’adaptation établies. Les
changements apportés à l’accès et à la disponibilité des ressources peuvent être essentiels, en particulier
lorsque l’accès aux ressources saisonnières essentielles est perdu, comme les produits forestiers non ligneux
ou les pâturages de saison sèche. Les stratégies de gestion des risques ont subi d’autres pressions, par
exemple les forces du marché ou la défaillance de la gouvernance locale et des institutions (Mortimore et
al., 2009 ; United Nations, 2011).

L’une des stratégies de gestion des terres les mieux adaptées au Sahel est le pastoralisme, qui est également
le système d’utilisation des terres le plus répandu en termes de territoire couvert. La production animale
pastorale a été pratiquée au Sahel pendant des siècles, en utilisant des parcours communs et en s’appuyant
sur la mobilité du troupeau pour suivre les ressources et gérer les risques. L’élevage remplit plusieurs rôles
en plus de fournir de la nourriture, par exemple, le capital du bétail est utilisé pour générer des revenus,
pour accumuler des dettes et des obligations sociales et à de nombreuses fins culturelles. Les éleveurs
comptent aussi sur les parcours plus que la production animale et jouent un rôle actif dans la protection et
la gestion de la diversité biologique des parcours (Davies et Hatfield, 2008). L’élevage nomade de bétail est
plus répandu dans le nord du Sahel, alors que les autres systèmes de pâturage du sud sont moins mobiles
et que le bétail est souvent intégré aux cultures pluviales et irriguées.

L’agriculture dans le Sahel peut être regroupée en trois types :


L’une des stratégies de gestion des systèmes d’élevage faisant davantage appel au pâturage ;
terres les mieux adaptées au Sahel systèmes agropastoraux de cultures pluviales et systèmes
est le pastoralisme. agropastoraux de cultures irriguées (Ly et al., 2010). La
proportion relative de la population engagée dans les cultures
peut augmenter à mesure que de nouveaux pâturages sont transformés en cultures et que des
investissements sont réalisés dans l’irrigation et le développement de cultures résistantes à la sécheresse.
Dans la pratique, il existe des liens et des chevauchements entre ces trois types d’agriculture et les relations
historiques entre les éleveurs de bétail des ressources et d’autres formes de coopération. Il existe néanmoins
des indications selon lesquelles ces relations se sont effondrés dans de nombreux endroits, souvent en
raison des changements dans les arrangements fonciers et les relations sociales (Ickowicz et al., 2012).

Il existe des opportunités de développement indéniables au Sahel et une proportion significative de la


population rurale ne serait pas considérées comme pauvre en termes de d’actifs ou de revenus.

Néanmoins, il existe également une population importante qui a souvent besoin d’un soutien humanitaire.
En 2011, environ 4 milliards de dollars ont été consacrés à l’aide humanitaire au Sahel et à la Corne de
l’Afrique, ce qui équivaut à plus de 10% de l’aide publique au développement total de l’ensemble de l’Afrique
Subsaharienne. Ce scenario devrait se détériorer avec une augmentation prévue de la population de 65 à
80% d’ici 2030 et une augmentation considérable du nombre de personnes au Sahel qui sont exposées à
des sécheresses et autres chocs (Cervigni et Morris, 2015).

La croissance économique et la croissance de la population


au Sahel peuvent apporter des opportunités pour le commerce Le nombre de personnes au Sahel
et pour une plus grande valeur ajoutée, bien que les prévisions qui dépendent de l’agriculture et vivent
suggèrent que la croissance économique ne sera pas assez en dessous du seuil de pauvreté
rapide pour l’emporter sur la croissance démographique. Un
devrait augmenter de 20 à 100%
changement dans l’équilibre relative de la population rurale
entre 2010 et 2030.
vers la population urbaine est probable, mais la population
absolue dépendant de l’agriculture et exposée aux
sécheresses peut encore croître. Le nombre de personnes au
14 Sahel qui dépendent de l’agriculture et vivent en dessous du
seuil de pauvreté devrait augmenter de 20 à 100% entre 2010
et 2030 (Cervigni et Morris, 2016).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

3. La biodiversité au Sahel

3.1. La biodiversité des zones arides : adaptation à l’incertitude

La diversité biologique -ou biodiversité- est un terme qui décrit la variété de la vie sur terre : les animaux, les
plantes, les microorganismes, leurs habitats et leurs gènes. La Convention sur la diversité biologique la
définit la définit comme “la variabilité des organismes vivants de toutes sortes, y compris, entre autres, les
écosystèmes terrestres, marins et autres écosystème aquatiques et les complexes écologiques dont ils font
partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces, entre les espèces et les écosystèmes” (United
Nations, 1992). La biodiversité est essentielle pour le fonctionnement des écosystèmes qui nous fournissent
des produits et des services qui soutiennent la vie, y compris l’oxygène, les aliments, l’eau douce, les sols
fertiles, les médicaments, les abris, la protection contre les tempêtes et les inondations, le climat stable et
les loisirs. La relation entre les espèces est d’une importance capital pour les avantages que les êtres
humains retirent de la nature. La biodiversité réglemente les principaux cycles écologiques de la terre, y
compris les cycles du carbone, de l’azote et de l’eau, et est au cœur des services écosystémiques générés
par la nature12.

Dioxyde de
carbone

Décomposition : matière organique (résidus et


métabolites de la végétation, animaux et
microbes)

Azote Carbone Eau

Microorganismes Micro et meso faune Macro faune Racines Vertébrés


(bactéries, (protozoaires, (termites,
champignons, etc.) nématodes, etc.) nématodes, etc)

Déterminants de la productivité des terres : stockage de l’eau, de l’azote et du carbone, formation du sol, infiltration des eaux

Figure 8 : Biodiversité des sols et fonctions écosystémiques


Source : UICN, Jonathan Davies

15
12
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La biodiversité des sols dans les zones arides


La biodiversité des sols est mal comprise ou appréciée, mais elle fournit les bases sur lesquelles reposent
de nombreuses fonctions écosystémiques et qui maintiennent la stabilité de la vie sur terre. Cependant,
comme beaucoup d’autres aspects des zones arides, la biodiversité des sols dans les zones arides est
distincte de celle des zones plus humides. Les micro-organismes du sol, par exemple, créent des
communautés uniques avec des organismes de surface dans les terres arides qui influent sur les intrants
et les extrants des gaz, des nutriments et de l’eau des surfaces des sols, ainsi que la régulation de la
stabilité des sols, de l’altération et des cycles hydrologiques et nutritifs (Ponting et Belnap, 2012).

Les arbres dans les zones arides jouent un rôle important dans le maintien de la biodiversité des sols,
par exemple par la symbiose avec des organismes du sol ou par le pompage d’éléments nutritifs profonds
et l’humidité à la surface. Un certain nombre d’arbres secs au Sahel ont montré un effet positif sur les
champignons telluriques et donc sur l’humidité du sol et la teneur en éléments nutritifs. Cette relation fait
partie de la raison pour laquelle les arbres sont si bénéfiques pour la production agricole et pourquoi les
systèmes agroforestiers peuvent être si productifs (Ndoye et al., 2012).

Le rôle joué par les micro-organismes du sol change avec l’aridité, car beaucoup de microbes et de
champignons sont fortement dépendants de l’humidité. Les invertébrés macro-décomposeurs, comme
les termites, sont plus importants pour le cycle des éléments nutritifs dans les zones arides. Ces espèces
recyclent la matière organique, comme les feuilles mortes, pour l’activité microbienne. Ils peuvent
augmenter la capacité d’infiltration d’eau du sol en creusant et en augmentent l’humidité du sol en
accélérant la décomposition de la matière organique. Les termites influencent la répartition des ressources
naturelles tels que l’eau et les éléments nutritifs dans le paysage et par conséquent la diversité des
microbes, des plantes et des animaux du sol (Jouqueta et al., 2011).

Lorsque les terres arides sont utilisées pour les cultures, le travail du sol et l’utilisation des pesticides
peut entrainer une baisse des macro-décomposeurs vivant dans le sol et peuvent contribuer à une baisse
de la fertilité et de l’humidité du sol. Cela explique en partie le succès des pratiques de GDT qui
maintiennent la couverture végétale et minimisent les perturbations du sol, par exemple grâce à aux
techniques culturales sans labour, aux jachères et au maintien de prairies pérennes.

Les terres arides comprennent certains des endroits les plus diversifiés en particulier dans les zones semi-
arides et subhumides sèches. Une grande partie de la biodiversité que l’on trouve dans les zones arides
présentent des adaptations uniques aux conditions qui s’y trouvent, telles que l’aridité ou la grande
variabilité climatique. Les caractéristiques des zones arides, telles que la pression des herbivores et le
feu, ont entrainé d’autres adaptations et, par conséquent, il existe dans les zones arides des espèces qui
ne se trouvent pas ailleurs.

La biodiversité s’est adaptée aux zones arides de différentes


La biodiversité s’est adaptée aux façons, en particulier à la saisonnalité, à la rareté et à la variabilité
zones arides de différentes façons, des précipitations. Les cycles de reproduction de certains
en particulier à la saisonnalité, à la organismes se sont adaptés à la courte durée des saisons
rareté et à la variabilité des pluvieuses, tandis que d’autres espèces se sont adaptées à des
précipitations. périodes prolongées de sécheresse. Les adaptations à la
sécheresse incluent la capacité d’échapper, de se soustraire, de
résister et d’endurer la sécheresse (Bonkoungou, 2004). Les relations entre les espèces dans les communautés
végétales et animales ont également évolué et se sont adaptés aux zones arides. Par exemple, la pénurie d’eau
et d’éléments nutritifs dans le sol a crée des relations symbiotiques entre les plantes et les micro-organismes
qui sont essentiels à de nombreux processus écosystémiques essentiels dans les zones arides.

La diversité dans les zones arides est également influencée par les variations physiques du paysage, telles
que la topographie ou le type de sol. Pendant ce temps, les humains ont façonné de nombreuses zones
16 arides pendant des siècles. En conséquence, les terres arides ne sont pas des masses terrestres homogènes
mais consistent en une mosaïque d’habitats. Certains habitats trouvés dans les zones arides, comme les
oasis, ont une grande valeur économique et écologique, même s’ils se trouvent à petite échelle, et ils
soutiennent une grande variété de vie, souvent bien au-delà de leurs frontières. Beaucoup de zones humides
dans les zones arides sont essentielles pour la survie des oiseaux migrateurs. Ces mosaïques peuvent
également être essentielles pour la survie des populations humaines (Davies et al., 2012).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

3.2. Un aperçu de la diversité des espèces dans le Sahel

La région du Sahel est naturellement dominée par les prairies et les savanes entrecoupées de zones
importantes de bois et de broussailles, et ponctuées de nombreuses petites mais importantes parcelles
humides telles que les zones humides et les cours d’eau saisonniers. Les paysages sahéliens peuvent
accueillir une variété de graminées annuelles et vivaces avec une variété d’acacia et d’autres arbres, qui
sont remplacés par des arbustes dans des zones plus au nord (WWF, 2016).

Le Sahel est remarquable pour le soutien aux migrations à longue distance, non seulement des ongulés mais
aussi de nombreuses espèces d’oiseaux. Les zones humides au Sahel sont particulièrement importantes pour
ces migrations, y compris les migrations intra-africaines ainsi que les populations qui se déplacent vers le
sud de l’Europe et de l’Arctique. Au Niger par exemple, on estime qu’environ 1000 zones humides abritent
1,2 millions d’oiseaux chaque année entre janvier et février (Brouwer & Mullié 2001). La biodiversité et l’habitat
résidentiels sont essentiels pour permettre ces migrations et, par conséquent, les changements dans la
biodiversité peuvent avoir des conséquences considérables. Par exemple, de nombreux oiseaux migrateurs
s’appuient sur l’éclosion d’alates -insectes ailés, en particulier des termites- pendant la saison humide, qui
fournissent une source d’énergie riche qui leur permet d’achever leur migration.

Le Sahel et le Sahara abritent une biodiversité


impressionnante, y compris un nombre Le Sahel et le Sahara abritent une
particulièrement élevé d’espèces endémiques : biodiversité impressionnante, y compris
des espèces qui ne se trouvent pas ailleurs sur un nombre particulièrement élevé
la planète. La région comprend le centre d’espèces endémiques : des espèces qui
régional soudanien d’endémisme avec une forte ne se trouvent pas ailleurs sur la planète.
concentration de plantes endémiques, et à
l’ouest du Soudan, par exemple, il existe un centre d’endémisme pour les gerbilles. Plusieurs autres rongeurs
sont endémiques à la région avec d’autres mammifères, dix espèces de reptiles et deux espèces d’oiseaux
endémiques (WWF, 2016). Malgré sa topographie plate, le Sahel comprend quelques régions
montagneuses qui peuvent constituer un refuge particulièrement important pour les espèces endémiques
et menacées ainsi que des ressources écologiques importantes pour les populations humaines. La région
du Darfour du Soudan occidental est connue pour son écologie de montagne, tandis que le Sahel dans
l’extrême comprend des parties de l’Ethiopie dont les montagnes fournissent des ressources en eau
abondantes. Dans l’ensemble, cependant, la signification des montagnes isolée au Sahel est peut
documentée.

La frange sud de l’écotype soudano-sahélien bordant les forêts guinéennes et du Bassin du Congo se
caractérise par une mosaïque de graminée et de savane arbustive avec 3 à 5% de forêts galeries. Les forêts
galeries sont constituées d’un assemblage d’espèces de forêt tropicale (arbres, amphibiens, mammifères
et insectes) qui ont survécu au dernier épisode de retrait forestier. L’habitat de la forêt galerie qui est
considérée comme une zone prioritaire de biodiversité, est essentiel à un éventail important de processus
écologiques et économiques. La forêt fournit de l’eau, des produits forestiers rares et des plantes ainsi que
du bois aux communautés, elles présentent une grande valeur culturelle et traditionnelle, elles offrent
également des refuges et des noyaux pour l’habitat naturel ou l’habitat assisté et la régénération forestière.
© P. Chardonnet

17
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Conservation de la girafe d’Afrique de l’Ouest


La girafe d’Afrique de l’Ouest (Giraffa camelopardalis peralta) a été historiquement répartie dans toute
l’Afrique occidentale et centrale. L’analyse génétique récente a identifié deux sous espèces de girafe en
Afrique de l’Ouest : G. c. peralta et G.c. antiquorumI, qui à côté de G. c. camelopardalis forment les
espèces de girafe du nord nouvellement proposées (Fennessy et al., 2016). Il est suggéré que l’ancêtre
de la girafe d’Afrique de l’Ouest se soit déplacé de l’est vers l’Afrique du Nord et ensuite vers le Sahel
en réponse au changement dans l’étendue du Désert du Sahara. Sa répartition a ensuite été déterminée
par la limite sud du Désert du Sahara au nord, les fleuves Niger et Bénoué et les forêts tropicales de
Haute-Guinée au sud, et les forêts et les montagnes entre le Nigéria et le Cameroun à l’est. La girafe est
restée répandue dans toute la région à la fin du 19ème siècle, mais des déclins sévères ont été enregistrés
depuis le début du vingtième siècle (Marais et al., 2014).

Alors que les espèces de girafe dans leur ensemble ont récemment été classées comme “vulnérables“,
dans la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, la situation de la sous espèce de l’Afrique de
l’Ouest est plus grave. Sur la base d’un déclin de la girafe d’Afrique de l’Ouest au fil du temps, elle est
classée comme “en danger“ et est absente de la grande majorité de son ancienne aire de répartition. La
girafe du nord dans son ensemble a été fortement affectée par une combinaison de la croissance de la
population, des troubles civiles, de la chasse illégale et de la destruction de l’habitat, ce qui a exacerbé
les impacts d’une série de sécheresses intenses.

Les dernières girafes de l’Afrique de l’Ouest se limitent essentiellement maintenant au sud-ouest du Niger,
où elles subissent de fortes pressions issues de la croissance de la population et d’une expansion rapide
du changement de l’utilisation des terres. La demande humaine pour les ressources naturelles, y compris
les terres pour l’agriculture, le bois de chauffage, les pâturages et l’eau, font tous concurrence aux besoins
de la girafe d’Afrique de l’Ouest et génèrent des conflits entre les humains et la faune qui ne favorisent
pas la survie des sous-espèces.

Malgré cette pression, la population des girafes d’Afrique de l’Ouest a augmenté suite à l’extraordinaire
déclin après les années 1990. Au milieu des années 1990, la population était estimée à environ 45
individus alors que les estimations actuelles mettaient la population à un peu moins de 550 individus.
L’augmentation récente de la population est attribuée à la réduction de la chasse illégale depuis les
années 1990, mais à mesure que la population rebondit, elle est confrontée à une nouvelle menace de
perte d’habitat. La girafe d’Afrique de l’Ouest commence à sortir de sa zone centrale au Niger, se
déplaçant sur de longues distances à travers le Niger et la frontière nigériane. Au fur et à mesure que la
population se développe, elle va probablement faire face à de nouvelles menaces de braconnage, et
malgré l’augmentation de la population, elle demeure la sous-espèce de girafe la plus menacée. Le Niger
a récemment développé une deuxième stratégie et plan d’action à l’échelle nationale sur les girafes, les
seuls au monde, qui aident à concentrer les efforts de conservation pour les sous-espèces.

500

400

300

200

18 100

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2008 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015

Figure 9 : Evolution démographique, girafe d’Afrique de l’Ouest


Source : GCF, 2016
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

En plus des taux d’endémie plus élevés que précédemment reconnus, la région se caractérise par des
variétés restreintes et fragmentées, souvent limitées aux “micro zones prioritaires” de biodiversité, comme
les fleuves et les étangs saisonniers (Brito et al., 2014). Ce sont des zones qui sont souvent soumises à la
plus grande pression exercée par les humains et pourtant, en raison de leur grande valeur et de leur pénurie
relative, elles peuvent être vitales pour la vie à grande échelle. Les moyens de subsistance des éleveurs,
ainsi que celles des espèces migratrices dépendent de ces ressources et des coûts élevés peuvent être
encourus lorsque de petites zones riches en ressources sont converties pour d’autres utilisations.

L’importance des gueltas au Sahara13


Les gueltas sont des mares de rochers de montagne qui sont dispersés dans tout le Sahara et le Sahel
et sont d’importantes zones prioritaires pour la biodiversité. Une grande partie de la faune sauvage de la
Mauritanie, par exemple, se trouve dans les gueltas, dont au moins 59 espèces de vertébrés, 78% des
espèces endémiques de la Mauritanie et un nombre incalculable d’invertébrés. Malgré leur petite taille,
ils sont cruciaux pour la biodiversité de la Mauritanie et leur importance, en tant que refuge pour la vie
sauvage, pourrait augmenter en raison des changements climatiques. Jusqu’à 64% des gueltas peuvent
être non protégés, bien que le niveau de protection soit élevé par rapport à de nombreux autres
écosystèmes du Sahel. Néanmoins, il existe une forte demande pour les ressources des gueltas et, en
conséquence ils sont soumis à des pressions particulières.

Les gueltas ont une importance économique en tant qu’espaces où s’abreuve le bétail. La protection de
la biodiversité dans les gueltas doit donc être cohérente avec leurs principales fonctions économiques.
Une option pourrait être de donner la priorité aux valeurs élevées de la biodiversité pour une protection
plus forte, ou pour canaliser l’eau des deltas vers des creux plus éloignés, réduisant ainsi la pression
humaine et animale. Il existe des possibilités d’étendre les utilisations non consommatrices de la
biodiversité des gueltas, par exemple par le biais du tourisme, ce qui pourrait inciter les communautés à
améliorer la protection et l’utilisation durable.

L’agrobiodiversité au Sahel est vitale pour les moyens de


subsistance et la résilience des populations rurales des zones L’agrobiodiversité au Sahel est vitale
arides. L’agrobiodiversité est définie par la CDB comme “toutes pour les moyens de subsistance et la
les composantes de la diversité biologique pertinente pour résilience des populations rurales
l’alimentation et l’agriculture et toutes les composantes de la des zones arides.
diversité biologique qui constituent les écosystèmes agricoles,
également appelés agro-écosystèmes : variété et variabilité des animaux, des plantes et des micro-organismes
aux niveaux des gènes, des espèces et des écosystèmes, qui sont nécessaires pour maintenir les fonctions
clés de l’agro-écosystème, sa structure et ses processus” (Décision V/5 de la COP de la CDB, annexe14). La
FAO définie l’agrobiodiversité comme “la variété et la variabilité des animaux, des plantes et des micro-
organismes qui sont utilisés directement ou indirectement pour l’alimentation et l’agriculture, y compris les
cultures, l’élevage, la foresterie et la pêche. Elle comprend la diversité des ressources génétiques (variétés,
races) et les espèces utilisées pour l’alimentation, le fourrage, les fibres, le combustible et les produits
pharmaceutiques. Elle comprend également la diversité des espèces non récoltées qui soutiennent la
production (micro-organismes du sol, prédateurs, pollinisateurs) et celles dans un environnement plus vaste
qui soutiennent les agroécosystèmes (agricoles, pastorales, forestiers et aquatiques) ainsi que la diversité des
agroécosystèmes” (FAO, 1999).

De nombreuses variétés de cultures et races de bétail se sont développées au Sahel grace à une combinaison
de sélection des agriculteurs et de sélection naturelle des espèces sur plusieurs centaines d’années. Elles
ont très adaptées aux conditions particulières dans lesquelles
elles vivent et sont souvent au centre des stratégies de gestion
De nombreuses variétés de
des risques et de l’adaptation locale des populations rurales.
cultures et races de bétail se sont Des aperçus complets de l’agrobiodiversité au Sahel ne sont pas
développées au Sahel grace disponibles, mais le niveau global de l’agrobiodiversité en Afrique
à une combinaison de sélection est relativement élevé, par exemple autour de 150 variétés de
des agriculteurs et de sélection bovins, 60 variétés de moutons et 50 de chèvres (Bonkoungou, 19
naturelle des espèces sur plusieurs 2004). En outre, les espèces sauvages apparentées contiennent
centaines d’années. du matériel génétique qui confère une adaptation locale, comme
la résistance à la sécheresse et aux températures extrêmes.

13
Vale C.G., Pimm, S.l. and Brito, J.C., 2015. Overlooked Mountain Rock Pools in Deserts Are Critical Local Hotspots of Biodiversity.
PLOS ONE, 10 (2) e0118367. DOI: 10.1371/[Link].0118367
14
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Le zébu Bororo des WoDaaBe : sélection pour la variabilité dans


un environnement extrême
Les races d’élevage au Sahel sont très adaptées aux défis extraordinaires de leur environnement. Ces
adaptations proviennent d’une combinaison de facteurs naturels et de pratiques de gestion et les races
résultantes font partie intégrante de la culture et de l’histoire de nombreuses sociétés de conservation
du bétail. Le bétail Bororo de la communauté pastorale WoDaabe en est un exemple. Le système pastoral
des WoDaaBe a été qualifié de “haute fiabilité”, axé sur la gestion proactive des dangers plutôt que de
les éviter, afin de maintenir un flux régulier de production animale. Pour atteindre ces objectifs, l’élevage
est soigneusement adapté à l’environnement ainsi que les besoins de production. L’objectif principal des
WoDaaBe est de maximiser la santé et la capacité reproductive du troupeau tout au long de l’année,
assurant la survie des animaux à travers les sécheresses fréquentes qu’ils subissent. Leur système de
gestion est adapté de la même manière, s’assurant que les bovins consomment les aliments les plus
nutritifs tout au long de l’année (Kratli, 2007).

Parmi les nombreuses adaptations de la race Bororo, il y a la capacité de brouter de manière sélective
des fourrages de haute qualité en grande quantité lorsqu’ils sont disponibles. Cela comprend l’adaptation
génétique (y compris les systèmes digestifs et la petite taille et la forme de la bouche) ainsi que
l’adaptation du comportement (par exemple, le trekking et le comportement au pâturage efficaces et les
préférences alimentaires). Les préférences du bétail sont manipulées en optimisant les modes de
pâturage et en assurant l’accès à un régime diversifié de graminées et brout, afin de corriger les
déséquilibres nutritionnels qui, en particulier pendant la saison sèche, pourrait réduire les appétits. Le
régime d’abreuvage de la saison sèche est également ajusté aux besoins digestifs du bétail ainsi qu’aux
besoins des éleveurs pour contrôler la reproduction.

Cette stratégie de production impose une forte demande aux éleveurs ainsi qu’au bétail. Au cours de la
saison sèche, les troupeaux sont éloignés des points d’eau, où les pâturages sont de mauvaise qualité,
entrainant des déplacements sur de longues distances et une réduction de l’apport d’eau (tous les trois
jours). Afin de maintenir des comportements fonctionnels dans le troupeau, le système d’élevage
WoDaaBe se concentre sur la promotion de l’organisation sociale et l’interaction au sein du troupeau. La
stratégie consiste à partager des comportements alimentaires souhaitables au sein de la population
reproductrice et à favoriser sa continuité au fil des générations. Pour ce faire, seul un petit pourcentage
de taureaux est utilisé pour la reproduction (moins de 2%) et les éleveurs observant de près l’œstrus pour
assurer un pourcentage élevé de naissances résultant de la mise en correspondance avec des mâles
sélectionnés. Cette stratégie d’élevage confère la fiabilité de la performance reproductive du troupeau
avant les caractères de productivité individuels.

Toutes les définitions de l’agrobiodiversité ne sont pas aussi


De nombreux arbres sahéliens larges que celles de la FAO ci-dessus et certaines sources
fournissent non seulement de la prennent une vue plus étroite qui met l’accent sur la variété
nourriture, mais aussi des médicaments, des cultures et les variétés de bétail, les races locales et les
des cosmétiques des matériaux de espèces, et la différencie de la biodiversité sauvage (Buck et
construction et d’autres ressources, al. 2004). Cependant l’interaction entre les espèces
dont beaucoup ont une valeur domestiquées et les paysages ruraux signifie que les deux se
marchande importante. sont souvent adaptés et de nombreux écosystèmes peuvent
être considérés comme modifiés par les pratiques de gestion
humaine et donc faire partie de l’agrobiodiversité. Par exemple, de nombreuses prairies se sont adaptées pour
être gérées par des éleveurs, dans la mesure où la cessation ou la rupture de la gestion du troupeau peut
entrainer une dégradation ou une perte de biodiversité (McGahey et al., 2013).

La définition de la FAO de l’agrobiodiversité comprend la biodiversité sauvage qui est vitale pour les moyens
de subsistance de nombreuses communautés rurales. Cela inclut une variété d’arbres qui produisent des
20 feuilles, des racines, des fruits et des graines comestibles. Le baobab, par exemple, est largement consommé
dans tout le Sahel dans le régime alimentaire quotidien, tandis que les autres arbres fournissent des ressources
cruciales pendant des périodes précises de l’année, y compris la saison sèche. De nombreux arbres sahéliens
fournissent non seulement de la nourriture, mais aussi des médicaments, des cosmétiques des matériaux de
construction et d’autres ressources, dont beaucoup ont une valeur marchande importante. Au total, plus de
800 espèces de plantes sauvages comestibles ont été répertoriés à travers le Sahel (FAO, 1999).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

3.3. Le statut de la biodiversité au Sahel

L’activité humaine a considérablement modifié le territoire de l’acacia


du Sahel au fil des siècles grâce à l’utilisation du feu en tant qu’outil Le Sahel a connu une baisse
de gestion et de chasse, ainsi que par la culture et d’autres spectaculaire des populations
interventions. Au cours des dernières décennies, cependant, le de nombreux grands
Sahel a connu une baisse spectaculaire des populations de mammifères.
nombreux grands mammifères. Cela s’explique en grande partie par
les activités humaines, y compris la conversion de l’habitat en cultures et la chasse excessive. La perte de
biodiversité est la réduction à long terme de l’abondance et de la répartition des espèces, des écosystèmes
et des gènes et des biens et services qu’ils fournissent (CDB, 2003). Etant donné que la perte de biodiversité
est étroitement associée à la pression humaine, les impacts sont souvent plus faibles dans les régions les
moins peuplées (WWF, 2016). Néanmoins, certains experts affirment que la région du Sahel sera plus affectée
par la destruction de l’habitat au siècle prochain que presque partout ailleurs, avec une diminution de
l’abondance des espèces et un certain nombre d’extinctions d’espèces (Leadley et al., 2010).

La diversité des grands mammifères au Sahel a considérablement diminué au cours des deux derniers siècles.
Selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, l’oryx algazelle (Oryx dammah), anciennement répandu
dans la région, est supposé éteint à l’état sauvage et il n’y a eu aucun rapport confirmé d’aucun oryx sauvage
depuis 1988. Plusieurs gazelles étaient anciennement répandues, y compris la gazelle dama (Gazella dama)
en danger critique d’extinction et la gazelle dorcas (Gazella dorcas) vulnérable et la gazelle à front roux (Gazella
rufifrons). Ces espèces jouent un rôle important dans la dispersion des semences et leur déclin peut avoir des
répercussions sur la régénération de la végétation, la composition et la structure des espèces (Mallon et al,
2015). L’addax (Addax nasomaculatus) est inscrite comme en danger critique d’extinction sur la Liste Rouge
TM
des espèces menacées de l’UICN et ne compte que près de 100 individus.

La mégafaune a historiquement joué un rôle majeur


Certains experts affirment que la région du dans le façonnement de la biodiversité et l’influence de
Sahel sera plus affectée par la destruction la structure et de la fonction de l’écosystème dans les
de l’habitat au siècle prochain que presque régions arides. La mégafaune sahélienne a diminué
partout ailleurs, avec une diminution de dans toute la région et est entièrement absente des
l’abondance des espèces et un certain grandes zones. Un certain nombre d’espèces, comme
nombre d’extinctions d’espèces. le rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest (Diceros bicornis
longipes), ont déjà disparu de la sous-région (Emslie,
2011), tandis que l’éléphant d’Afrique (Loxodonta africana) a diminué de façon dramatique. Le nombre
d’éléphants a été particulièrement affecté par la perte d’habitat due à la conversion des parcours en terres
cultivées, la déforestation non réglementée et le développement de routes qui ont ouvert des zones d’habitat
vierge aux chasseurs. Les éléphants étaient largement répandus à travers la zone soudano-sahélienne aussi
récemment que dans les années 1950, mais leur population est de plus en plus confinée dans quelques aires
protégées. Le complexe d’aires protégées formées par la Réserve de Gourma au Mali et la Réserve partielle
de faune du Sahel au Burkina Faso, par exemple, abrite la population d’éléphants la plus au nord en Afrique
avec 600 individus, migrant entre les deux régions (Bouché et al., 2011).

La population d’herbivores a diminué, tout comme celle de nombreux grands prédateurs. Le lion (Panthera
leo) et le guépard (Acinonyx jubatus), par exemple, étaient autrefois dispersés dans toute la région mais sont
maintenant classés comme vulnérable, ayant largement disparu de la région. En effet, les lions en Afrique de
l’Ouest sont moins favorables que les lions africains dans leur ensemble et d’après leur situation au niveau
régional sont classés comme en danger critique d’extinction. Les populations de lion en Afrique de l’Ouest
sont maintenant estimées à 406 individus (Henschel et al., 2014). Les populations de grands oiseaux
(autruches, grues, rapaces, outardes) ont également fortement diminué dans le Sahel et les populations de
grands rapaces se sont effondrées en dehors des aires protégées. Six des sept espèces de vautour qui se
trouvent dans les zones du Sahel et de la savane sont menacées (Mallon et al, 2015).

21
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Bien que des préoccupations soient soulevées fréquemment par


rapport au déclin de la biodiversité au Sahel, il existe des lacunes A mesure que les zones arides
majeures en matière de données qui freinent les efforts visant à reçoivent plus d’investissements
estimer la situation réelle. Néanmoins, bon nombre des facteurs dans le développement, de plus
communs de la perte de biodiversité sont fréquents dans les zones grandes menaces à la biodiversité
arides, y compris la pression croissante de la population et sont anticipées.
l’augmentation des activités économiques. A mesure que les
zones arides reçoivent plus d’investissements dans le développement, de plus grandes menaces à la
biodiversité sont anticipées. Dans le même temps, les changements climatiques devraient avoir un impact
significatif dans le Sahel, bien que l’impact exact sur la biodiversité soit difficile à prédire avec certitude.
Comme on l’a vu plus loin, le climat au Sahel peut continuer d’être plus humide, ce qui entraine la poursuite
du reverdissement du Sahel avec une augmentation de la croissance de la végétation et de la productivité
primaire. Cependant, les changements écologiques sont susceptibles d’être tempérés par la population
humaine en pleine expansion et les demandes croissantes imposées à l’environnement par une population
humaine croissante (Hartley, 2015).

Les forêts de gonakiers de la plaine inondable du fleuve Sénégal15


L’écosystème de la forêt de gonakiers se trouve dans la plaine inondable du fleuve Sénégal dans
certaines parties du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali. L’écosystème est dominé par le gonakier
(Acacia nilotica) avec A. raddiana et A. seyal, avec un sous-bois clairsemé, herbeux. La forêt se trouve
dans des zones plates qui sont sujettes à des inondations annuelles, qui sont généralement inondées
par des crues des saisons de pluie entre juillet et novembre. Les inondations périodiques sont vitales
pour la fourniture d’habitat pour les poissons et les oiseaux migrateurs et pour le maintien de la structure
forestière et du biote dépendant de l’eau dans la forêt et dans les paysages des terres arides plus vastes
à travers lesquels coule le fleuve.
Les forêts de gonakiers sont menacées par le changement d’affectation des terres, en particulier la
conversion de la forêt en agriculture et par des changements dans les régimes d’écoulement des cours
d’eau. Le défrichage pour l’agriculture s’est accéléré, alors que la population du Sénégal a rapidement
augmenté. Traditionnellement, la forêt était défrichée pour promouvoir la croissance des pâturages et
des arbustes pour le bétail, mais elle est de plus en plus défrichée pour faire place aux cultures de décrue.
L’intensification de l’agriculture et l’expansion de l’irrigation ont conduit à une transformation plus rapide.
Au fur et à mesure que les populations ont augmenté, la demande de bois et de matériaux de construction
en a également fait autant.
Le régime d’écoulement du fleuve Sénégal a changé en raison du développement de l’infrastructure
combiné au changement climatique. La population du Sénégal a progressé dix fois plus depuis 1900, ce
qui a entrainé une augmentation spectaculaire de la pression sur ses terres et ses ressources en eau. La
construction du barrage de Manantali au Mali a détourné l’eau en amont pour l’agriculture et a conduit à
une réduction du débit d’eau. En outre, les précipitations dans le bassin versant du fleuve Sénégal ont
diminué de 10 à 50% au cours du 20ème siècle. Ces processus se sont combinés pour réduire la répartition
de l’écosystème du gonakier, malgré la désignation de vingt huit réserves avant 1974.

La dégradation ou la conversion de parcelles


humides dans les zones arides peuvent avoir La dégradation ou la conversion de parcelles
un impact considérable sur la biodiversité, humides dans les zones arides peuvent avoir
avec des répercussions sur la biodiversité et un impact considérable sur la biodiversité,
les moyens de subsistance qui sont éliminés avec des répercussions sur la biodiversité et
géographiquement de la zone dégradée. Ces les moyens de subsistance qui sont éliminés
parcelles humides sont souvent les plus géographiquement de la zone dégradée.
sollicitées pour l’investissement économique
en raison du potentiel d’activités économiques plus intensives. Les zones humides jouent un rôle important
dans la survie de la biodiversité et dans l’activité économique humaine dans les régions arides et semi-
22 arides (Brouwer, 2014), mais l’impact de leur dégradation sur le paysage des zones arides plus large est
rarement envisagé. Les gueltas en Mauritanie, déjà discutés, sont soumis à une pression considérable de
l’exploitation humaine, mais beaucoup d’espèces qu’ils abritent sont classées comme “Non évaluées” par
la liste rouge de l’UICN (Vale et al., 2015).

15
Keith, D., Ba, T., Tappan, G., 2013. Scientific foundations for an IUCN Red List of Ecosystems. PLoS ONE Supplementary material
doi:10.1371/[Link].0062111.s002
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La liste rouge des écosystèmes de l’UICN n’a pas encore été largement appliquée dans le Sahel, mais une
évaluation préliminaire du Sénégal fournit un aperçu intéressant des tendances de la dégradation (Figure
10). L’évaluation a constaté une forte baisse de la productivité agricole sur 20 ans, une réduction de la
densité, de la diversité et de la productivité des forêts, et une forte pollution des cours d’eau. Les grandes
régions du pays sont classées comme quasi menacées (NT), avec une grande proportion du sud
relativement plus humide classée comme en danger critique d’extinction (CR). Une grande partie des
pâturages du nord est classée comme préoccupation mineure (LC), bien que de grandes surfaces soient
non évaluées (NE), ce qui souligne le défi des lacunes des données dans les zones les plus arides. Le
processus de la LRE (Liste rouge des écosystèmes) a souligné le défi de travailler dans les zones arides qui
dans de nombreux cas ne disposent pas de données suffisantes. Les résultats préliminaires du travail sur
la LRE au Sénégal confirment le schéma des évaluations mondiales récentes qui indiquent que la
dégradation des terres est plus préoccupante dans les terres humides et dans les parties plus humides des
zones arides (Bai et al., 2008). Cependant, l’analyse trouve également des écarts à l’échelle inférieure, où
la dégradation dans les zones arides n’est pas reprise dans les macroanalyses en raison de problèmes
d’échelle et de rareté de données.

CR : En danger critique d'extinction ; EN : En danger ; VU: Vulnérable ; NT : Quasi menacé ; LC : Préoccupation mineure ; NE : Non
évalué.
Figure 10 : Liste rouge des écosystèmes au Sénégal
Source: CSE, 2012

3.4. Les facteurs de perte de biodiversité et de dégradation des terres

La croissance de la population humaine combinée à


l’accroissement de la richesse et de l’investissement La croissance de la population humaine
est le principal facteur de déclin de la biodiversité au combinée à l’accroissement de la richesse
Sahel. A l’échelle mondiale, il faut augmenter la et de l’investissement est le principal facteur
production alimentaire de 70 à 100% pour le siècle à de déclin de la biodiversité au Sahel.
venir pour satisfaire une population en pleine
croissance et de plus en plus riche (FAO, 2009). Ce modèle sera particulièrement prononcé dans les zones
arides de l’Afrique de l’Ouest, où la croissance démographique et les taux relatifs de croissance économique
dans les années à venir seront probablement élevés. Selon les pratiques agricoles actuelles et les modèles de
développement, cela exercera plus de pression sur les ressources terrestres existantes et entrainera une
nouvelle conversion des forêts et des pâturages. Les changements et la conversion de l’utilisation des terres
ont été identifiés par l’évaluation des écosystèmes du millénaire comme les principaux facteurs de
23
désertification (MEA, 2005). La façon dont la terre est convertie et ensuite utilisée pour la production alimentaire
pourrait être aussi importante pour la conservation de la biodiversité que la création d’aires protégées.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Simplifier les facteurs de perte de biodiversité et de dégradation des terres a ses propres risques inhérents
et peut conduire à des investissements et à des politiques mal orientés. La figure 11 illustre les principaux
facteurs et pressions qui se combinent pour contribuer à la dégradation des terres. Les facteurs politiques
et institutionnels peuvent constituer des moteurs sous-jacents importants, mais ils sont souvent influencés
par une combinaison de droits sur les ressources et de gouvernance faibles, d’une faible capacité
d’influence des parties prenantes des pâturages et de données, d’informations et de connaissances
insuffisantes ou inexactes sur les zones arides (Mortimore et al., 2009). Ces facteurs peuvent à leur tour
être influencés par un large éventail de défaillances en matière de développement humain, comme le
faible niveau d’éducation ou l’insécurité.

Ces facteurs et ces pressions contribuent à la perte de biodiversité de plusieurs façons. Ils peuvent
contribuer à une diminution de l’étendue, de l’état ou de la productivité durable des écosystèmes, comme
on le voit de plus en plus lorsque les terres sont défrichées pour l’agriculture ou le développement urbain.
Certains facteurs et pressions contribuent directement à l’extinction des espèces tandis que d’autres
entrainent une érosion ou une déficience du patrimoine génétique. Ils peuvent également contribuer à une
baisse de l’abondance, de la répartition et de l’utilisation durable de la biodiversité.

Activités Extension des Extraction du bois Augmentation de


agricoles infrastructures et activités liées l’aridité

Pressions (causes immédiates)

Facteurs Facteurs Facteurs Facteurs


démographiques économiques technologiques climatiques

Facteurs Facteurs
politiques et culturels
institutionnels

Forces motrices de la dégradation des terres et de la désertification

Figure 11 : Les moteurs directs et sous-jacents de la dégradation des terres


Source : Geist et Lambin, 2004

24
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Les pressions (causes directes)

1. L’agriculture

L’agriculture est l’une des principales causes de la


dégradation des terres au Sahel, contribuant au L’agriculture est l’une des principales
défrichement de vastes superficies de terres, à la causes de la dégradation des terres au
surexploitation du sol et à une spirale descendante de Sahel, contribuant au défrichement de
productivité, à la pauvreté et à la perte de biodiversité. vastes superficies de terres, à la
La conversion des forêts et des pâturages en cultures surexploitation du sol et à une spirale
est attribuable à l’augmentation de la demande de descendante de productivité, à la pauvreté
nourriture et aux faibles taux de croissance de la et à la perte de biodiversité.
productivité dans les terres agricoles existantes. Le cas
du lac Tabalak au Niger illustre comment l’utilisation des terres peut être influencée par un certain nombre
de facteurs concurrents. Au cours du siècle dernier, la région a été transformée d’une dépression arborée
disposant d’un puits traditionnel, à un lac de 1 150 ha dans les années 1970, à une parodie d’horticulture
aujourd’hui, ce qui reflète les changements dans les politiques et les priorités d’investissement en vigueur.
L’accès et l’utilisation des ressources naturelles ont changé et les éleveurs qui comptent sur l’eau et le
fourrage procurent ces ressources à la population résidente. Dans le même temps, les populations fauniques
ont chuté, y compris la présence saisonnière d’oiseaux migrateurs (Brouwer, 2014).

L’agriculture industrielle est souvent citée comme un moteur majeur de la dégradation des terres et, en plus,
elle consomme généralement des niveaux élevés de combustibles fossiles, d’eau et de terres arables à des
taux non durables. L’agriculture industrielle a souvent remplacé les pratiques agricoles adaptées localement
dans lesquelles les agriculteurs cherchaient à protéger la matière organique et l’humidité du sol. Elle a
fréquemment remplacé les races locales qui sont très résistantes à la sécheresse avec des espèces
“améliorées” qui offrent une productivité totale plus élevée lorsque des intrants chimiques sont utilisés, mais
qui sont plus susceptibles d’échouer pendant les années de sécheresse, laissant les agriculteurs exposés à
des risques majeurs de pauvreté et de misère. L’agriculture industrielle a également tendance à exploiter des
ressources rares comme l’eau à forte densité sur de très petites parcelles (par exemple, par des projets
d’irrigation) ce qui laisse un paysage beaucoup plus vaste davantage exposé au stress hydrique. Les zones
arides sont définies par la forte tendance à perdre de l’eau par évapotranspiration et l’agriculture industrielle
est souvent coupable d’une augmentation considérable de ces pertes (Horrigan et al. 2002; Pretty et al., 2011).

La dégradation des pâturages est fréquemment attribuée au surpâturage, bien que la “mauvaise gestion du
pâturage” soit souvent un terme plus approprié, car le nombre total de bétail n’est pas toujours le problème.
De nombreux écosystèmes de pâturage dépendent de l’action des herbivores pour maintenir des
communautés végétales spécifiques et une dégradation peut se produire lorsque l’action des herbivores
est éliminée ou réduite, ou lorsque la pression de pâturage est soutenue sans repos, même à des niveaux
très bas. La “mauvaise gestion du pâturage” peut donc résulter des stratégies de gestion du troupeau
compromises, par exemple lorsque les mouvements du troupeau sont restreints. La perturbation des
pratiques d’élevage est fréquente dans les endroits où les ressources saisonnières clés, comme les zones
humides, ont été rendues inaccessibles, par exemple en raison de cultures ou d’aires protégées (McGahey
et al., 2008; Davies et al., 2010; Behnke et al., 1993).

2. Les infrastructures

Le développement des infrastructures contribue


directement à la dégradation des sols, par exemple Les établissements humains ont non seulement
par le défrichement des terres et l’élimination un impact sur leur emplacement immédiat,
délibérée de la biodiversité. Les établissements mais pourraient aussi avoir une incidence
humains ont non seulement un impact sur leur durable sur l’environnement immédiat, en
emplacement immédiat, mais pourraient aussi avoir particulier lorsque les populations urbaines
une incidence durable sur l’environnement immédiat, dépendent de la nature pour le bois de
en particulier lorsque les populations urbaines chauffage ou d’autres ressources.
dépendent de la nature pour le bois de chauffage ou 25
d’autres ressources. Ce n’est pas seulement un problème de quelques grandes villes, mais cela constitue
un impact majeur de la prolifération à grande échelle et non planifiée des petits établissements ruraux du
Sahel. Les routes semblables peuvent avoir des impacts cachés, par exemple en réduisant les couloirs
migratoires ou en augmentant l’accès aux zones éloignées et en augmentant ainsi l’accès au marché pour
l’extraction de la biodiversité ou l’incursion croissante des étrangers.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

L’infrastructure de l’eau mérite une attention particulière


dans les zones arides en raison de l’impact qu’elle Lorsque l’infrastructure de l’eau est installée
pourrait avoir sur la biodiversité et sur les moyens de sans une prévoyance suffisante et sans
subsistance. Les investissements dans l’infrastructure réglementation de l’utilisation, elle a souvent
de l’eau sont populaires dans les zones arides en raison entrainé des changements volontaires
de la rareté apparente de l’eau. Les investissements des droits sur les ressources et de
peuvent inclure le forage pour extraire les eaux l’utilisation des terres et a contribué à
souterraines, y compris les aquifères d’eau fossile, mais la dégradation des terres.
peuvent également inclure une gamme d’approches
pour la récolte de l’eau, des barrages à grande échelle aux micro-bassins versants à petite échelle et au puits
de plantation. Dans tous les cas, l’infrastructure est conçue explicitement pour s’assurer que l’eau est plus
disponible dans certaines zones et, dans la plupart des cas, cela perturbe le cycle hydrologique, avec des
conséquences possibles en aval. Dans le même temps, l’infrastructure de l’eau peut servir de catalyseur pour
d’autres aménagements, y compris l’urbanisation et, par conséquent une réglementation et une planification
minutieuses sont nécessaires. Lorsque l’infrastructure de l’eau est installée sans une prévoyance suffisante et
sans réglementation de l’utilisation, elle a souvent entrainé des changements volontaires des droits sur les
ressources et de l’utilisation des terres et a contribué à la dégradation des terres (Davies et al., 2016).

3. Extraction du bois et d’autres ressources naturelles

La forte dépendance à l’égard du bois combustible au Sahel garantit que l’extraction du bois est une cause
importante de dégradation et de perte de biodiversité. Les forêts sont également défrichées pour l’agriculture
à petite et à grande échelle, y compris pour la production de cultures commerciales. La surexploitation du
bois s’explique également par des pressions extérieures, y compris la demande mondiale de bois. En plus
de la dépendance au bois, de nombreuses personnes récoltent des produits forestiers non ligneux et des
ressources fauniques du Sahel, pour la nourriture, les médicaments, la construction et d’autres utilisations.
La dépendance à la biodiversité à des fins économiques est une menace majeure pour la biodiversité dans
la région (Brito et al 2014). La chasse et le braconnage contribuent à des pertes importantes d’espèces et
ces pertes sont étroitement liées à la croissance démographique (Brashares et al., 2004).

L’extraction de ressources minérales, y compris les


La dépendance à la biodiversité à des fins combustibles fossiles, se développe rapidement et
économiques est une menace majeure exerce une pression directe sur les espèces en raison
pour la biodiversité dans la région. de la fragmentation et de la dégradation de l’habitat
(Brito et al., 2014). L’extraction à ciel ouvert pour les
métaux lourds peut avoir des conséquences majeures pour la biodiversité qui est difficile à inverser.
L’exploitation minière contribue également à la perte de biodiversité à travers l’exploitation incontrôlée des
ressources naturelles par les mineurs, par exemple par la chasse. Un fort investissement dans l’extraction des
minéraux, en particulier de la Chine, conduit à un boom des minéraux et à l’émergence de corridors de
croissance dans lesquels des infrastructures améliorées ont un impact sur l’agriculture et d’autres activités
économiques (Mallon et al., 2015).

4. Augmentation de l’aridité

Il existe une relation à deux sens entre la dégradation des terres et l’aridité. L’aridité peut augmenter dans
les zones arides en raison de l’évolution des pratiques de gestion des terres et des eaux, et ne doit pas être
automatiquement attribuée au changement climatique. Dans le Sahel, l’aridité est déterminée par le niveau
de précipitations et la proportion de précipitations retenus dans le système. Les zones de précipitations
relativement élevées seront classées comme zones arides si leur potentiel de perte d’eau par évaporation
et transpiration est égal ou supérieur à environ 1,5 fois la précipitation moyenne. Comme nous l’avons déjà
mentionné, de nombreux facteurs naturels influencent la perte d’eau et le ruissellement, y compris le type
de sol, la couverture végétale, la température qui
prévaut et le vent et la saisonnalité des
précipitations. Une aridité accrue peut contribuer L’aridité peut augmenter dans les zones arides en
à la perte de biodiversité et à la dégradation des raison de l’évolution des pratiques de gestion des
terres en affectant la survie des espèces et en terres et des eaux, et ne doit pas être
26 automatiquement attribuée au changement
modifiant les cycles nutritifs. Cela peut conduire
à la perte de zones humides et d’autres habitats climatique. Dans le Sahel, l’aridité est déterminée
essentiels à la survie des espèces, y compris les par le niveau de précipitations et la proportion de
populations d’oiseaux locaux et migrateurs précipitations retenus dans le système.
(Adams et al., 2014).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Les facteurs de la dégradation des terres et de la désertification

1. La démographie

La croissance démographique rapide au Sahel a entravé les efforts visant à réduire l’impact des hommes sur
la biodiversité et a freiné les efforts visant à améliorer le bien être humain, laissant beaucoup de personnes
dépendantes des ressources naturelles pour la nourriture, le combustible et les revenus. La population en
Afrique de l’Ouest devrait doubler d’ici 2025 en fonction des taux de croissance actuels et contribuera à
accroître la pression pour l’exploitation des terres et la production de la nourriture. Dans le même temps, les
taux d’urbanisation sont élevés dans l’ensemble de l’Afrique Centrale et de l’Ouest. L’OCDE rapporte que la
population urbaine au Sahel est d’environ 42% avec 22 villes de plus d’un million d’habitants et plus de 150
villes de plus de 100 000 habitants (OCDE, 2015).

De nombreux écrivains ont commenté l’impact de la croissance


démographique sur les pratiques de gestion durable des terres, telles La population urbaine au Sahel
que les jachères (Boserup, 1981), et la tendance à laisser les besoins est d’environ 42% avec 22 villes
à court terme surpasser les considérations de durabilité à long terme. de plus d’un million d’habitants
Une densité de population plus élevée, associée aux technologies et plus de 150 villes de plus de
agricoles, telles que les nouvelles variétés de cultures et l’accès aux 100 000 habitants.
engrais, devrait réduire les périodes de jachère et contribuer à la
dégradation des sols (Burgess, 1991). Cependant, d’autres commentateurs contestent ce point de vue et
soulignent le nombre croissant d’exemples d’intensification durable, basés sur des approches de renforcement
de la résilience qui favorisent l’agriculture adaptée aux zones arides. Leur point de vue opposé est étayé par
des preuves de réhumidification des zones du Sahel, où la densité de la population est la plus grande.

La croissance de la population en dehors de la région du Sahel peut avoir un impact sur la migration des
personnes dans les zones les plus sèches, exploitant souvent une faiblesse systémique dans le régime foncier
pour acquérir des terres et les convertir à de nouvelles utilisations. Cela peut également exacerber les conflits
au Sahel, ce qui peut avoir des conséquences pour la biodiversité, par exemple en perturbant la réglementation
en matière de ressources durables.

2. L’économie

Il existe un certain nombre de facteurs économiques qui


entrainent des pressions sur les terres et la biodiversité. Les augmentations actuelles de la richesse
Les facteurs économiques sont inextricablement lies à la et l’accès au marché contribuent à
croissance démographique au Sahel, ce qui augmente une croissance peu réglementée de
la demande de nourriture, d’eau et d’autres ressources l’exploitation des ressources naturelles,
naturelles. Le développement économique soulève de manière souvent non durable.
également la demande de services écosystémiques par Les conséquences du développement
l’industrie et pour la production d’électricité à des fins économique, telles que l’augmentation des
domestiques et industrielles. Compte tenu de la faible investissements dans l’utilisation des terres
position des pays sahéliens dans le classement mondial
au Sahel qui suit de près le développement
du niveau de richesse, le développement économique
des routes, n’est pas bien surveillé.
est un progrès favorable et pourrait être considéré
comme une opportunité de promouvoir des approches de développement plus durables. Cependant, les
augmentations actuelles de la richesse et l’accès au marché contribuent à une croissance peu réglementée de
l’exploitation des ressources naturelles, de manière souvent non durable. Les conséquences du développement
économique, telles que l’augmentation des investissements dans l’utilisation des terres au Sahel qui suit de près
le développement des routes, n’est pas bien surveillé (Leadley et al., 2010).

La demande en électricité augmente et plusieurs pays ont augmenté leur production d’électricité grâce à la
construction de barrages. Beaucoup des plus grands barrages en Afrique de l’Ouest ont été construits pour
fournir de l’électricité, mais des barrages ont également été construits pour l’approvisionnement en eau
domestique, industrielle et minière et pour l’irrigation des cultures. Une tendance plus récente est la construction
de nombreux petits réservoirs pour répondre à ces autres besoins en eau. La collecte excessive d’eau peut 27
avoir des conséquences environnementales profondes, comme en témoigne le Lac Tchad, qui a perdu environ
5% de son volume depuis les années 1960 en raison de la surexploitation et du détournement d’eau pour
l’agriculture combinés à la dégradation des terres et à l’évolution des précipitations (Mallon et al., 2015).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

3. La technologie

La technologie peut avoir des impacts positifs ou négatifs sur la dégradation des terres grâce à des
changements dans la gestion ou la restauration des terres ainsi que par des externalités de l’industrie. Les
technologies agricoles peuvent avoir des conséquences importantes sur la façon dont la terre est cultivée,
par exemple en augmentant l’utilisation des intrants chimiques, en modifiant les variétés des cultures et les
races de bétail, et en modifiant les pratiques de gestion telles que le degré de mécanisation. L’augmentation
de la mécanisation et l’utilisation accrue de l’irrigation peuvent être des facteurs majeurs de la dégradation
des terres, bien que l’utilisation à petite échelle de ces technologies soit plus conforme à l’intensification
durable (Cervigni et Morris, 2016). L’application inadéquate des nouvelles technologies contribue souvent à
la dégradation et à la perte de biodiversité, par exemple,
par la pollution, la salinisation ou par des pertes accrues
L’intensification durable est un moyen
d’eau (Geist et Lambin, 2004).
technologique permettant simultanément
En revanche, l’intensification durable est un moyen de respecter les objectifs de sécurité
technologique permettant simultanément de respecter les alimentaire et environnementaux.
objectifs de sécurité alimentaire et les objectifs
environnementaux. Il a été constaté que l’intensification durable augmentait les rendements par hectare, par
exemple en combinant des variétés de cultures nouvelles et améliorées avec une nouvelle gestion agronomique
et agro-écologique. La production alimentaire a également été diversifiée avec une nouvelle variété de cultures
et de bétail ajoutant aux produits de base et aux légumes existants cultivés (Pretty et al., 2011). Les progrès
technologiques pourraient également contribuer à réduire le gaspillage de nourriture, augmentant ainsi l’efficacité
de la production et réduisant la demande de conversion d’autres terres pour l’agriculture. La FAO estime que
les pertes alimentaires totales en Afrique subsaharienne et en Asie du sud et du sud est sont d’environ 120 à
170 kg par an, soit entre un quart et un tiers de la production locale. La majorité de ceux-ci sont perdus entre la
production et la vente au détail avec moins de 10% gaspillés par les consommateurs (FAO, 2011).

L’impact de la technologie sur la dégradation ou la restauration des terres est complexe et il existe de
nombreux facteurs indirects. Par exemple, l’amélioration de l’accès à la technologie des téléphones portables
donnent à certains agriculteurs un meilleur accès au crédit et à l’épargne ou l’information sur le marché.
L’amélioration de l’accès à internet donne aux agriculteurs et aux vulgarisateurs agricoles un accès plus
immédiat aux innovations ou aux conseils. Les technologies nouvelles et futures peuvent offrir de nombreuses
solutions pour une nouvelle innovation dans la GDT et la restauration. On ne peut s’attendre à ce que la
technologie ne fournisse pas toujours de résultat bénéfique pour une gestion durable des terres, mais là où
la GDT est une priorité de politique et d’investissement, la technologie peut jouer un rôle de soutien important.

4. Le changement climatique

Le climat de l’Afrique s’est réchauffé d’environ 0,7°C au cours du 20ème siècle et les précipitations ont diminué
sur une grande partie du Sahel. Cependant, les projections du changement climatique pour l’Afrique ne sont
pas bien définies, en partie en raison de la variabilité à long terme. Les scenarios de changement climatique
indiquent un réchauffement futur en Afrique allant de 0,2°C par décennie (scénario faible) à plus de 0,5°C
par décennie (scénario élevé). Les marges semi-arides du Sahara sont l’une des zones de plus grand
réchauffement projetée, avec un réchauffement susceptible d’être supérieur à la moyenne mondiale. Cela
signifie une augmentation de la température entre 3 et 4 degrés d’ici la fin du siècle par rapport aux vingt
dernières années du 20ème siècle (Christensen et al. 2007).

Les projections de précipitations sont plus problématiques et il y a peu de consensus sur la question de savoir
si la région sera plus humide ou plus sèche. Cela peut refléter la variabilité à travers le Sahel, et les pays côtiers
du Sahel occidental devraient avoir une diminution des précipitations tandis que les Hauts plateaux éthiopiens
sont susceptibles de recevoir plus de pluie. On s’attend généralement à une augmentation de l’intensité des
phénomènes météorologiques extrêmes bien qu’aucun consensus parmi les modèles, que ce soit des saisons
extrêmement sèches ou extrêmement humides, ne devienne plus fréquent. Cependant, il est presque certain
que les saisons extrêmement chaudes deviendront plus fréquentes à l’avenir (Christensen et al. 2007).

Certains analystes considèrent que la région est l’un des points de basculement les plus importants du
système terrestre, où le changement climatique entrainera des changements fondamentaux dans le régime
28 climatique, la productivité de l’écosystème, les cycles biogéochimiques et le bien être humain. (Lenton et al.,
2008). On estime que les zones arides pourraient connaitre une diminution pouvant aller jusqu’à 30%, ou
augmenter jusqu’à 40%. L’augmentation de la fréquence et de la gravité des phénomènes météorologiques
extrêmes dans le Sahel est susceptible d’amplifier d’autres défis environnementaux et de développement et
d’atténuer les effets de l’augmentation rapide de la population.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Des recherches récentes ont modélisé l’impact futur du changement d’affectation des terres et du changement
climatique sur les services écosystémiques en Afrique de l’Ouest, y compris le stockage de carbone,
l’approvisionnement en eau et la productivité de la végétation. Les principaux résultats pour la région
comprennent (Hartley et al., 2015) :
• L’augmentation du stockage de carbone des forêts sous les effets du changement climatique, bien que
cela soit contrebalancé par la dégradation des forêts due à l’homme (de gré de confiance élevée) ;
• Augmentation de la productivité végétale, à l’exception du sud du Nigéria, où les scenarios d’utilisation des
terres prédisent un haut niveau d’activité humaine et le Sahel occidental, où un signal de sécheresse
apparait dans les projections climatiques (faible degré de confiance, mais plausible) ;
• Le déplacement vers le nord des écosystèmes dans le centre et l’est de l’Afrique de l’Ouest, y compris
l’augmentation de la proportion des arbres des écosystèmes au Cameroun et en République Centrafricaine,
augmentation de la proportion des arbustes dans les prairies de savane du sud du Tchad et du nord du Nigéria,
et augmentation de la proportion des herbacées en bordure du désert du Sahara au Tchad et au Niger ;
• Les changements de végétation projetés au Sahel et dans la savane soudanienne sont associés à une
faible confiance, mais sont plausibles parce qu’il y a un manque de consensus dans les projections des
modèles de précipitations.

5. Les politiques

La politique en tant que facteur sous-jacent de la dégradation des terres et de la perte de biodiversité est un
défi énorme et global. Les politiques gouvernementales ont un impact sur tous les autres facteurs directs et
indirects du changement, et répondre aux échecs des politiques est une priorité de développement majeure.
Le terme “politique” est large et peut signifier l’absence de lois ou de règlements appropriées, mais peut
également impliquer l’échec de la mise en œuvre de ces lois qui existent. Dans plusieurs pays, cela peut être
un défi particulier dans les zones arides où les institutions gouvernementales sont relativement faibles. Les
échecs de politique peuvent contribuer à des changements démographiques incontrôlés, à une gouvernance
faible et à des conflits, avec des répercussions sur la biodiversité. Le manque de protection juridique pour la
biodiversité ou les habitats importants, le défaut de protéger les pratiques de conservation des communautés
locales et les changements incontrôlés de l’utilisation des terres sont des manifestations plus directes de
l’échec des politiques (Davies et al., 2012).

Les politiques de développement agricole ont une incidence majeure sur la Grande Muraille Verte et la
conservation de la biodiversité au Sahel. La plupart des pays poursuivent des politiques pour étendre
l’agriculture industrielle, par exemple par des subventions et autres incitations ou par des investissements
dans l’infrastructure d’appui. Ces politiques soutiennent souvent les formes de production agricole les moins
durables au détriment des pratiques de GDT. Parallèlement, de nombreux pays ne disposent pas de politiques
adéquates pour améliorer l’accès des agriculteurs au crédit et à l’épargne ou à l’assurance pour les cultures
et le bétail. Les politiques d’investissement inadéquates dans le secteur agricole peuvent contraindre les
petits agriculteurs à maintenir ou à adopter une GDT. Cela comprend les politiques visant à aider les
agriculteurs à accéder au capital financier ainsi qu’aux politiques à l’appui du développement des petites et
moyennes entreprises dans le secteur agricole.

Les lacunes en matière de politiques sont également au cœur des défaillances de la gouvernance locale et de la
faiblesse des droits de propriété et du régime foncier, y compris les anciennes politiques visant à nationaliser les terres
et à centraliser les processus de prise de décision et de budgétisation. Dans le cas des ressources communales,
comme beaucoup de prairies et de zones boisées, l’incertitude sur les droits de propriété a entrainé une concurrence
incontrôlée pour l’accès aux ressources et la surexploitation. Dans de nombreux domaines, les règles coutumières
régissent encore l’utilisation des ressources communales, mais ces institutions s’affaiblissent généralement en raison
de nombreux facteurs, dont certains des éléments moteurs et pressions décrits (Herrera et al., 2013).

6. La culture

Les facteurs culturels qui entrainent la dégradation des terres et la perte de biodiversité peuvent être les plus
difficiles à définir, mais peuvent inclure des comportements individuels ainsi que des attitudes du public, des
valeurs et des croyances. (Geist et Lambin, 2004). Les attitudes culturelles à l’égard de la terre, et en particulier
des zones arides, peuvent influencer les politiques publiques au Sahel. Par exemple, il existe une croyance
répandue, en dépit de certaines preuves suggérant le contraire, selon laquelle la production de céréales est
plus efficace que le pâturage de bétail et que les pâturages doivent être transformés en cultures chaque fois 29
que possible. Il existe également une attitude largement partagée selon laquelle l’eau est un bien commun
qui doit pouvoir être utilisé librement par tous, une attitude exploitée par les entreprises agricoles qui
bénéficient souvent d’une eau gratuite ou subventionnée pour les investissements à grande échelle dans
l’irrigation. Beaucoup de sociétés de zones arides ont de fortes valeurs de protection de l’environnement,
mais elles changent en raison d’un large éventail de forces et souvent les valeurs et les comportements des
gens changent d’une manière qui est au détriment de la nature.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Il existe un certain nombre de facteurs culturels positifs qui atténuent la dégradation des terres et peuvent
être construits pour promouvoir la restauration et la gestion durable des terres. Les utilisateurs des terres du
Sahel connaissent bien leur environnement et dépendent fortement de la biodiversité. En conséquence, ils
ont développé de nombreuses pratiques et coutumes qui permettent de protéger ces ressources et d’être
utilisées de manière durable. Les institutions coutumières sont généralement essentielles pour que les
connaissances locales soient utilisées efficacement, par exemple pour permettre aux utilisateurs d’une
parcelle forestière partagée de s’entendre sur les règles d’utilisation durable et de pénaliser ceux qui
enfreignent les règles. De nombreux cas de dégradation des terres sont attribuables l’effondrement de ces
institutions coutumières et à la perte subséquente de pratiques de gestion durables.

Les autres facteurs de perte de biodiversité

En plus des facteurs et pressions communs décrits ci-dessus,


d’autres facteurs sont fréquents dans certaines parties de la région Il est clair que de nombreux facteurs
du Sahel. Plusieurs pays sont touchés par les conflits et la guerre interdépendants entrainent la perte
et cela pourrait avoir des implications mitigées pour la biodiversité. de biodiversité et des solutions
Les conflits peuvent entrainer un effondrement de l’ordre public, simplistes, à facteur unique
ce qui peut ouvrir la voie à la surexploitation et à la dégradation de sont souvent inappropriées.
l’environnement.

Les espèces envahissantes contribuent à la perte de biodiversité dans certaines régions du Sahel, mais les données
sur les principales espèces envahissantes sont insuffisantes. Des arbustes envahissants, tels que Calotropis procera
et Jatropha gossypifolia, et des arbres potentiellement envahissants comme Senna siamea et Azadirachta indica
(margousier), ont été identifiés dans un certain nombre de sites situés dans la zone de la Grande Muraille Verte
(UICN/PACO, 2013). L’arbre envahissant Prosopis juliflora est une préoccupation commune dans de nombreuses
régions arides du Sahel, qui se développe dans des bosquets denses et épineux, causant des dommages
écologiques et économiques et supplantant les espèces indigènes. Prosopis se développe souvent dans les zones
où la végétation indigène d’acacia a été enlevée et crée un obstacle à la restauration de la végétation indigène.
Cependant, la plante a un certain nombre d’utilisations, y compris pour le combustible et le fourrage, et certaines
communautés sont réticentes aux efforts pour la supprimer (Geesing et al., 2004).

Le feu est un phénomène naturel au Sahel qui joue un rôle dans le maintien de nombreux écosystèmes des zones
arides. Certaines espèces se développent dans des zones qui sont affectées par le feu et peuvent être menacées
par l’arrêt du feu. Lorsque la biomasse a considérablement augmenté, par exemple en raison de l’expansion de la
végétation ligneuse, l’intensité du feu peut augmenter, causant des dommages à plus long terme même aux
écosystèmes adaptés feu. Le feu est largement utilisé comme outil de gestion dans l’agriculture, par exemple pour
éliminer les jachères ou renouveler les pâturages, et est également utilisé par les chasseurs pour débusquer les
animaux sauvages. Des préoccupations ont été soulevées au sujet du mauvais usage du feu par les gestionnaires
de terres et les implications pour les espèces qui sont moins adaptées au feu. On craint également que les modèles
de feu ne changent en raison du changement climatique. Le Tchad, par exemple, a connu des sécheresses
majeures en 1984-1985 et en 1993-1994, qui ont provoqué l’assèchement des écosystèmes et ont entrainé une
augmentation des feux de forêt qui ont détruit l’habitat de certaines espèces sauvages (Boulanodji, 2014).

Il est clair que de nombreux facteurs interdépendants entrainent la perte de biodiversité et des solutions simplistes,
à facteur unique sont souvent inappropriées. Les facteurs de la perte de biodiversité se retrouvent dans presque
© Andrea Borgarello/World Bank

tous les secteurs et, par conséquent, réagir à la perte de biodiversité nécessite une réponse multisectorielle. La
conservation de la biodiversité et les indicateurs de la perte de biodiversité doivent donc être intégrés dans un
certain nombre de secteurs, en particulier ceux liés à l’agriculture, à l’utilisation des terres, au changement climatique,
à la réduction de la pauvreté et à la sécurité alimentaire.

30
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

4. La conservation de la biodiversité comme base


des services écosystémiques dans la Grande
Muraille Verte
Au cours de l'histoire de l'humanité, la biodiversité a été
systématiquement sacrifiée au profit des principaux services Lorsque les services écosystémiques
d'approvisionnement sélectionnés, en particulier la production sont pris en compte dans leur
alimentaire. Même si l'approvisionnement alimentaire peut être ensemble, la maximisation d'un service
porté jusqu'à un certain point, c'est généralement au détriment écosystémique au détriment des autres
d'autres services écosystémiques. Lorsque les services est souvent peu souhaitable.
écosystémiques sont pris en compte dans leur ensemble, la
maximisation d'un service écosystémique au détriment des autres est souvent peu souhaitable. La surexploitation
et la mauvaise gestion des terres et des écosystèmes au Sahel ont souvent été liées à la réduction de divers
services écosystémiques, notamment l'approvisionnement alimentaire et le traitement des polluants (Cohen et
al., 2012).

Il ressort d'un grand nombre d'études dans le monde que la restauration de la biodiversité par le biais de la
restauration écologique débouche sur d'importants gains dans un large éventail de services écosystémiques (Rey
Benayas et al., 2009). À titre d'illustration, la restauration des grands pâturages libres en Jordanie a conduit
simultanément à une augmentation de la productivité du bétail, à l'augmentation du stockage et de
l'approvisionnement en eau propre, à la réduction de l'envasement des réservoirs en aval, au stockage du carbone
atmosphérique et à la fourniture de plusieurs plantes médicinales à haute valeur marchande (Myint and Westerberg,
2014). Au Sahel, la restauration des paysages agroforestiers du Soudan a procuré aux agriculteurs des revenus
oscillant entre 5 750 et 19 119 SDG par hectare sur une période de 25 ans16. Les avantages de l'adoption
généralisée de la restauration intégrée des paysages forestiers
dans la société soudanaise dans son ensemble sont, entre autres,
La restauration de la biodiversité par l'amélioration de la recharge des eaux souterraines, l'évitement de
le biais de la restauration écologique l'érosion des sols, l'augmentation de la production végétale grâce
débouche sur d'importants gains à la fixation de l'azote et à l'humidité du sol et l'accroissement de
dans un large éventail de services la production de gomme arabique et de bois de chauffage
écosystémiques. (Ricome et al., 2014).

Il se peut que la réduction délibérée de la biodiversité dans l'intensification de l'agriculture (par exemple, la
destruction des espaces boisés) ne réduise pas le service écosystémique propre à l'intérêt de l'utilisateur
des terres (comme la production alimentaire). En effet, certaines fonctions clés, à l'instar de la fertilité des
sols, peuvent être remplacées par des intrants artificiels. D'autres systèmes écosystémiques, tels que la
régulation de l'eau et l'atténuation du climat, peuvent être compromis, ce qui représente un coût qui est
souvent supporté par la société dans son ensemble, contribuant, par exemple, au changement climatique ou
à l'insécurité dans le domaine de l'eau hors site. D'autre part, les systèmes traditionnels d'utilisation des terres
accordent une valeur intrinsèque élevée à la biodiversité, en la protégeant à des fins agricoles (par exemple,
le maintien de parcelles forestières ou d'arbres spécifiques menacés ou de grande valeur), en la protégeant
explicitement pour le bien des générations futures ou en protégeant la biodiversité pour les multiples
avantages secondaires qu'elle procure, comme la nourriture, les médicaments ou l'ombre. Dans d'autres cas,
la protection d'un plus grand ensemble de services écosystémiques dépend de l'internalisation des avantages
qu'ils procurent à l'utilisateur des terres, par exemple, en prévoyant
des mesures incitatives pour le stockage de carbone ou la
protection de bassins hydrographiques. L'atteinte de cet objectif Les systèmes traditionnels
peut nécessiter des politiques visant à promouvoir la diversification d'utilisation des terres accordent
en matière d'utilisation des terres, notamment la production agricole, une valeur intrinsèque élevée
animale et arboricole, et la diversité parmi les utilisateurs des terres à la biodiversité.
(Swift et al., 2004).

31
16
Lors de la réalisation de l'étude, 1 SDG= approximativement 0,2 dollar américain
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Des études ont montré que la restauration de la


biodiversité et la protection de l'habitat contribuent La biodiversité des sols est essentielle à la
à l'amélioration des services de régulation tels que fourniture des services écosystémiques, et sa
la qualité de l'eau et le débit de l'eau, comme protection doit occuper une place centrale
indiqué plus haut. La richesse et la diversité des dans l'atteinte de la Neutralité en matière de
espèces jouent toutes deux un rôle dans la dégradation des terres dans la région du
sauvegarde des services écosystémiques, et la Sahel, et dans la réalisation des objectifs de
maturité des habitats peut également apporter une
l'Initiative de la Grande Muraille Verte.
contribution positive. Il a été démontré que
l'abondance des espèces contribue à la lutte contre les ravageurs, à la pollinisation et aux valeurs récréatives,
tandis que la richesse en espèces contribue à des services comme la production de bois et la pêche en eau
douce (Harrison et al., 2014).
La biodiversité des sols est essentielle à la fourniture des services écosystémiques, et sa protection doit
occuper une place centrale dans l'atteinte de la Neutralité en matière de dégradation des terres dans la région
du Sahel, et dans la réalisation des objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte. Cependant, la biodiversité
des sols est peu étudiée et les relations avec les services écosystémiques ne sont pas bien comprises.
Quelques espèces prises isolément peuvent jouer des rôles particulièrement importants dans certains
écosystèmes, alors que dans d'autres, les travaux
de recherche laissent entendre que la richesse
L'agriculture pratiquée sur de petites parcelles globale des espèces est l'élément clé de la
protège les symbioses mycorhiziennes entre les fourniture de services. La stabilité globale des
plantes et les champignons du sol, en aidant à services écosystémiques est fortement liée à la
mobiliser des nutriments et à améliorer la survie richesse en espèces et, par conséquent,
des plantes dans des milieux perturbés. particulièrement influencée par les interventions
humaines de surface (Wall et Nilesen, 2012).

La biodiversité des sols comprend les microorganismes et les invertébrés, ainsi que les plantes et les grands
animaux résidant dans le sol. Cette biodiversité apporte un certain nombre de services à l'écosystème, notamment
la décomposition de la matière organique, le cycle des nutriments, le pompage des nutriments et de l'eau, la
bioturbation (mélange du sol) et la suppression des maladies transmises par le sol et des ravageurs. La plupart des
utilisateurs des terres connaissent les fonctions de la biodiversité, même s'il se peut qu'ils ne maîtrisent pas
entièrement le mode de fonctionnement du mécanisme, et leurs méthodes de gestion sont souvent adaptées à la
promotion de tels rôles. À titre illustratif, l'agriculture pratiquée sur de petites parcelles protège les symbioses
mycorhiziennes entre les plantes et les champignons du sol, en aidant à mobiliser des nutriments et à améliorer la
survie des plantes dans des milieux perturbés (Smith et Read, 2008) tandis que l'agroforesterie soutient le rôle de
la bactérie rhizobium en association avec les légumineuses dans la fixation de l'azote.

La relation entre la biodiversité des sols et les services écosystémiques est complexe. Dans l'ensemble,
cependant, le biote des sols est essentiel à la productivité primaire et donc à la fourniture de services tels que
la production alimentaire. La biodiversité des sols détermine les taux de rétention et d'infiltration de l'eau et
influe donc sur la réalimentation de la nappe phréatique et sur l'approvisionnement en eau propre, ainsi que
sur la régulation du risque d'inondations et de sécheresses (Wall et Nielsen, 2012). Selon les estimations, la
contribution de la biodiversité des sols aux services écosystémiques à l'échelle mondiale oscille entre 1,5 et
13 trillions de dollars américains (Van der Putten et al. 2004).

4.1. Les avantages que procure la nature à l'humanité dans la région du Sahel

La biodiversité et les écosystèmes offrent des services cruciaux à l'humanité – de la sécurité alimentaire à la
préservation de la propreté de nos eaux, en passant par la protection contre les intempéries, la fourniture de
médicaments, les loisirs et la contribution au fondement de la culture humaine. Selon les estimations, ensemble,
ces services ont une valeur oscillant entre 21 et 72 trillions de dollars américains par an – comparable au revenu
national brut du monde, qui s'élevait à 58 trillions de dollars américains en 2008. (Nellemann et Corcoran, 2010)

La société et l'économie sont fortement tributaires de la


nature et de la fourniture de services écosystémiques, qui La société et l'économie sont fortement
ont été décrits comme "les avantages que tirent les tributaires de la nature et de la fourniture de
32 hommes des écosystèmes" (MA, 2006). Ces services de services écosystémiques, qui ont été décrits
la nature sont généralement regroupés en quatre comme "les avantages que tirent les
catégories, comme le montre la Figure 12. Comme nous
hommes des écosystèmes".
l'avons déjà relevé, les services écosystémiques sont en
grande partie déterminés par la biodiversité et, par conséquent, la perte de biodiversité peut avoir un impact sur
le bien-être humain de plusieurs manières, notamment par la perturbation de la formation des sols, des cycles
de l'eau, ou l'affaiblissement de la régulation du climat.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Services écosystémiques Bien-être humain

Services
d’approvisionnement :
nourriture, eau,
énergie… Moyens de subsistance

Services d’appui : Services de Santé


Cycle des nutriments régulation : climat,
Formation du sol, inondations, maladies...
Relations sociales
Production primaire...

Services culturels : Sécurité et sûreté


Spirituels,
éducatifs,
récréatifs...

Figure 12 : Contribution des services écosystémiques au bien-être humain


Source : Davies, J. 2011. Conservation et développement durable: relier la pratique et la politique. Earthscan.

Le lien entre la perte de biodiversité et la fourniture de services écosystémiques n'est pas une simple relation.
Les êtres humains tirent souvent profit de la fourniture de services écosystémiques, tels que la production
d'aliments et de fibres, au détriment de la richesse et de l'abondance des espèces: sur le plan historique, la
perte de biodiversité et l'augmentation de la fourniture de services écosystémiques sont allés de pair (MA,
2005). Cependant, d'importantes mises en garde sont nécessaires par rapport à cette relation. Tout d'abord,
cette relation ne tient pas si les écosystèmes sont exploités au-delà de certaines limites, comme cela se
produit, par exemple, à travers la dégradation des
terres. Dans ce cas, la surexploitation des Le défrichement des terres pour la culture peut,
ressources naturelles conduit à une importante perte dans un premier temps, augmenter la production
de biodiversité dont l'inversion peut s'avérer difficile, alimentaire, mais cela coûte énormément en ce
en particulier si l'on va au-delà des seuils
qui concerne l'approvisionnement en eau, la
écologiques. Malheureusement, ces seuils sont mal
régulation du climat, la séquestration du carbone,
compris et ne sont souvent observés qu'après avoir
été dépassés (Leadley et al., 2010).
les ressources forestières, la pollinisation
et de nombreux autres services.
Ensuite, de nombreux coûts liés à la perte de biodiversité due à la fourniture des services écosystémiques sont
ignorés. En effet, la mesure des avantages des services d'approvisionnement pris isolément ne tient pas compte
des répercussions sur les autres services écosystémiques et dévalorise énormément la biodiversité. À titre
illustratif, le défrichement des terres pour la culture peut, dans un premier temps, augmenter la production
alimentaire, mais cela coûte énormément en ce qui concerne l'approvisionnement en eau, la régulation du climat,
la séquestration du carbone, les ressources forestières, la pollinisation et de nombreux autres services (De Groot
et al., 2010) .
© Andrea Borgarello/World Bank

33
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

4.2. Les services d'appui


Les services écosystémiques d'appui sont ceux "nécessaires à la production de tous les autres services
écosystémiques", tels que le recyclage des nutriments ou la formation des sols. Les services d'appui
déterminent l'ampleur des autres services écosystémiques, notamment la détermination de
l'approvisionnement alimentaire ou la régulation des inondations (MA, 2005). Par exemple, dans les systèmes
agroforestiers, les arbres créent et soutiennent les conditions pédologiques qui sont plus favorables à la
production des cultures. Les arbres peuvent augmenter la matière organique du sol et les légumineuses
augmentent l'azote du sol, augmentant ainsi la fertilité des sols (Bayala, 2013). La couverture végétale peut
jouer un rôle majeur dans la réduction des écoulements superficiels de l'eau et dans l'amélioration de
l'infiltration de l'eau, soutenant ainsi les cycles hydrologiques et réduisant ainsi la survenance et la gravité
des inondations et de la sécheresse (PNUE, 2002).

La couverture végétale peut jouer un rôle Les sols constituent un facteur clé des services d'appui
majeur dans la réduction des écoulements dans les zones arides, en influant sur le stockage et la
superficiels de l'eau et dans l'amélioration disponibilité de l'eau et des nutriments. Le sol se forme
de l'infiltration de l'eau, soutenant ainsi lentement dans les zones arides et est déterminé, en
les cycles hydrologiques et réduisant ainsi grande partie, par les microorganismes du sol et les
la survenance et la gravité des inondations invertébrés, comme les termites. De nombreux
et de la sécheresse. systèmes de culture reposent sur les pesticides qui
détruisent la biodiversité des sols et peuvent
compromettre les processus de formation du sol. Dans la plupart des zones arides, les herbivores jouent un
rôle particulièrement important dans le recyclage des nutriments et la majeure partie de la décomposition
des végétaux a lieu dans les intestins herbivores. Dans les zones où la population des herbivores a baissé,
ce rôle est également limité, même si, dans de nombreux cas, il est joué par les herbivores domestiques.
Dans les zones plus arides, les croûtes du sol jouent un rôle essentiel dans le maintien de la stabilité du sol,
mais aussi dans la canalisation de l'eau, des nutriments et des graines vers les cépées des plantes et les
dépressions, où elles sont concentrées (MA, 2005).

4.3. Les services d'approvisionnement


Selon l'évaluation des écosystèmes pour le millénaire, les services d'approvisionnement sont les “produits
que procurent écosystèmes”. Au Sahel, outre les cultures vivrières, il existe une foule d'aliments sauvages
et d'épices, des matières premières telles que le bois d'œuvre et de chauffage, l'eau, les minéraux, les
ressources médicinales et les ressources ornementales telles que les objets artisanaux et les bijoux. Les
terres arides fournissent de nombreux services d'approvisionnement, notamment le bois, l'eau et l'énergie.
L'approvisionnement en énergie provenant des zones arides est mal exploité et il existe d'excellentes
opportunités pour la production d'énergie solaire et éolienne (MA, 2005).

Certains services d'approvisionnement sont moins couramment utilisés, mais peuvent fournir des ressources
importantes au niveau local et de manière saisonnière. Par exemple, la gomme arabique, produite à partir
de Acacia senegal et d'Acacia seyal, a un marché mondial et fournit des revenus substantiels dans les zones
arides du Soudan et dans d'autres pays du Sahel. Un certain nombre de fruits secs, dont le fruit du dattier
du désert, jouent un rôle essentiel dans les régimes alimentaires pendant la saison sèche. La production de
miel est répandue dans tout le Sahel et fournit des revenus importants qui contribuent à la résilience des
ménages et à la diversité des moyens de subsistance. Au Sénégal, la valeur ajoutée totale de la récolte de
produits forestiers non ligneux et non combustibles a été estimée à 4,5 milliards de francs CFA (7 283 160
dollars américains), soit 14% de la production déclarée du secteur forestier en 2000 (UICN, 2006).

Les services d'approvisionnement issus des zones humides dans les zones arides peuvent avoir une valeur
particulièrement élevée. Les zones humides peuvent être des supports pour la vie à une grande échelle
géographique dans les écosystèmes des zones arides et ce rôle est souvent négligé lorsque des zones
humides sont aménagées pour maximiser les services d'approvisionnement au niveau local. Une meilleure
prise en compte des services écosystémiques dans les zones arides est nécessaire à l'échelle
correspondante.
34
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La valeur de la restauration forestière au Mali


La forêt de Kelka, située dans la région de Mofti du Mali, procure de multiples avantages aux
communautés locales et à la société dans son ensemble. Cette forêt occupe plus de 300 000 hectares
et constitue un important habitat de la faune sauvage, avec une grande diversité d'espèces d'acacia.
Elle est aussi la principale source d'énergie domestique pour 60 000 personnes vivant dans les 15 villages
environnants. Elle contribue également au stockage et à la séquestration du carbone atmosphérique et
au maintien des cycles hydrographiques. Les ressources et la fertilité du sol de cette forêt sont en déclin
continu en raison d'une combinaison de facteurs climatiques et imputables à l'homme. Par exemple, la
disponibilité du bois de feu a diminué de moitié au cours des 15 dernières années en raison de l'absence
d'une gestion forestière et foncière adéquate.

Une association locale dénommée Waldé Kelba a été créée après la mise en place de la politique de
décentralisation par le Mali en 1991. Cette association a permis une plus grande reconnaissance des modalités
de gestion des ressources locales, le transfert de pouvoir aux structures locales de prise de décision et une
plus grande participation des groupes et des associations locaux à la prise de décision. Waldé Kelka offre
une plate-forme permettant de coordonner les pratiques communautaires de restauration et de gestion durable
des forêts, ce qui a permis la restauration de plusieurs parcelles forestières et de plusieurs zones humides.
Le bénéfice que tirent les communautés de Kelka du reboisement a été estimé à 94,2 millions de dollars
américains sur une période de 25 ans, et la valeur actuelle des avantages tirés de la séquestration du carbone
grâce au reboisement et à l'agroforesterie est estimée à 501,6 dollars américains et à 57,8 millions de dollars
américains respectivement sur la même période17 (Sidibé et al., 2014).

4.4. Les services de régulation

Les services écosystémiques de régulation sont les "avantages


que procure la régulation des processus écosystémiques" et Bien que peu étudiée, l'une des
peuvent être, entre autres, l'approvisionnement en eau, la conséquences les plus courantes de la
séquestration du carbone et la régulation du climat, la dégradation des terres est l'épuisement
décomposition des déchets et la détoxication, la purification de des ressources en eaux souterraines,
l'eau et de l'air et la lutte contre les ravageurs et les maladies en particulier les aquifères peu
(MA, 2005). L'infiltration de l'eau, par exemple, est étroitement profonds et non confinés.
régulée par la couverture végétale et la biodiversité des sols et
détermine ainsi l'humidité du sol et la recharge des aquifères. Bien que peu étudiée, l'une des conséquences
les plus courantes de la dégradation des terres est l'épuisement des ressources en eaux souterraines, en
particulier les aquifères peu profonds et non confinés (FAO, 1993).

Les arbres jouent un certain nombre de rôles régulateurs dans les zones arides, notamment la régulation des
nutriments du sol, du carbone du sol et de la teneur en eau du sol (Sinare et Gordon, 2015). Ils peuvent créer
des microclimats favorables à la production végétale et peuvent augmenter la teneur en carbone et donc la
fertilité des sols. Ils peuvent réguler la disponibilité de l'eau et certains arbres augmentent l'humidité du sol sous
la canopée, même si ce résultat n'est pas obtenu pour toutes les espèces d'arbres. Il ressort également des
recherches que les végétaux cultivés sous certains arbres bénéficient d'une protection contre les températures
élevées et sont moins atteints par le vent (Bayala et al., 2013).

La désertification compromet les services écosystémiques de régulation du climat du Sahel, en libérant le


carbone organique du sol et la capacité de séquestration du carbone et en réduisant le stock total de carbone
dans la végétation. Cependant, les données sur la régulation du climat au Sahel sont faibles et il est probable
que le niveau des stocks de carbone soit sous-estimé. Bien que la biomasse aérienne dans les zones arides
soit relativement faible, la proportion relative de la biomasse souterraine est élevée et l'on note une tendance à
sous-évaluer les stocks de carbone dans le sol (Bonkoungou, 2004). Dans les zones les plus sèches du Sahel,
la capacité de piégeage du carbone peut être
Bien que la biomasse aérienne dans les zones relativement faible, comme le montrent les
arides soit relativement faible, la proportion exercices de modélisation au Sénégal. Dans ce 35
cas, la principale contribution à l'atténuation du
relative de la biomasse souterraine est élevée
changement climatique pourrait consister à limiter
et l'on note une tendance à sous-évaluer
la déforestation (Ballensen et al., 2010).
les stocks de carbone dans le sol.

17
Tous les chiffres sont basés sur un taux d'actualisation de 5%
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

4.5. Les services culturels

L'évaluation des écosystèmes pour le millénaire définit les services écosystémiques culturels comme les
“bénéfices intangibles que procurent les écosystèmes par l'enrichissement spirituel, le développement
cognitif, la réflexion, les loisirs et les expériences esthétiques". Ces services culturels peuvent comprendre la
contribution à la culture et à l'art, aux valeurs spirituelles et historiques, aux loisirs et la contribution à la science
et à l'éducation. Les zones arides font partie d'un patrimoine mondial commun qui a donné naissance à de
grandes religions et à de nombreuses cultures emblématiques.
Les animaux des zones arides, comme l'éléphant d'Afrique et
le lion, sont valorisés au niveau mondial et génèrent des Les systèmes agricoles, les
revenus touristiques importants. connaissances locales, les institutions
autochtones et les cultures locales des
Un grand nombre de cultures de base du monde proviennent zones arides sont très adaptés à la
des zones arides et de nombreuses variétés végétales et gestion des risques et à la garantie
animales sont très adaptées aux conditions arides et hautement de la résilience.
variables des zones arides. Les variétés végétales et animales
de la région du Sahel ont été sélectionnées pour leur capacité de survie pendant les sécheresses, ce qui leur
confère une certaine fiabilité dans un environnement très peu fiable. Les systèmes agricoles, les
connaissances locales, les institutions autochtones et les cultures locales des zones arides sont très adaptés
à la gestion des risques et à la garantie de la résilience. De nombreuses régions étant vouées à des
températures plus chaudes et à plus de variations climatiques, les adaptations existantes de la biodiversité,
des écosystèmes et des cultures des zones arides constituent un atout précieux qui peut inspirer d'autres
personnes en dehors des zones arides.

La réserve de biosphère du Ferlo


Ferlo est une région aride du nord du Sénégal que traverse le fleuve Sénégal. La végétation qui y
prédomine est constituée de la savane d'acacia et de prairies, et, sur le plan local, cette région est appelée
"zone sylvopastorale", ce qui traduit l'importance de la couverture des arbres et des arbustes et la
prédominance du pastoralisme comme activité économique. Les aires protégées de la "Réserve de Faune
du Ferlo Nord" et de la "Réserve de faune du Ferlo Sud", établies au début des années 1970, occupent
ensemble plus de 12 000 kilomètres carrés. En 2012, la région du Ferlo est devenue la cinquième réserve
de biosphère du Sénégal intégrée au Programme "l'Homme et la Biosphère" de l'UNESCO. Cette réserve
de biosphère a une superficie totale de 2 058 000 ha. Ferlo abrite des espèces emblématiques comme
l'autruche à cou rouge, la gazelle à front roux et la grenadille d'Afrique (Dalbergia melanoxylon), une
espèce ligneuse menacée de disparition.

Le Programme "l'Homme et la Biosphère" est un programme scientifique intergouvernemental qui vise à


apporter des bases scientifiques pour l'amélioration des relations entre les populations et leur
environnement. Il a été créé pour améliorer les moyens de subsistance des êtes humains et le partage
équitable des avantages, et pour protéger les écosystèmes naturels et gérés. Cette vision comprend la
promotion d'approches de développement économique adaptées aux réalités sociales et culturelles, et
respectueuses de l'environnement. Dans le cas du Ferlo, il s'agit de reconnaitre l'importance culturelle du
pastoralisme transhumant, le système d'utilisation des terres le plus répandu, qui a été à l'origine du
façonnage et de la conservation de la biodiversité du Ferlo pendant de nombreux siècles (UNESCO, 2016).

36
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

5. La conservation de la biodiversité des zones


arides de la Grande Muraille Verte
La biodiversité est essentielle au maintien des services écosystémiques, d'où la nécessité d'inscrire sa protection
et sa restauration parmi les grandes priorités. La conservation de la biodiversité ne peut pas uniquement
incomber aux autorités en charge des questions environnementales et aux ONG de défense de l'environnement.
La durabilité de la production végétale dépend de la biodiversité des sols et, par conséquent, la conservation
de cette biodiversité peut stimuler les performances du
secteur agricole. Un approvisionnement en eau propre
Si les consommateurs des services
et fiable dépend de la biodiversité et, par conséquent,
écosystémiques des zones arides -par
certains aspects de la conservation relèvent de la
responsabilité du secteur de l'eau. Si les exemple, les aliments, l'eau et l'énergie-
consommateurs des services écosystémiques des veulent continuer à bénéficier des
zones arides -par exemple, les aliments, l'eau et avantages, alors la conservation de la
l'énergie- veulent continuer à bénéficier des avantages, biodiversité devient une responsabilité
alors la conservation de la biodiversité devient une sociétale et une charge commune.
responsabilité sociétale et une charge commune.

Il ne s'agit pas ici du partage de toutes les responsabilités pour l'ensemble de la biodiversité: il s'agit de faire
en sorte que la biodiversité qui détermine le flux de chaque service écosystémique soit protégée par les
institutions en charge de ces services. Les ministères de l'Agriculture, par exemple, ont un intérêt particulier
dans les services de pollinisation, la recharge des eaux souterraines et les cycles du carbone et de l'azote, et
devraient se pencher sur les moyens d'assurer la continuité de ces services. Cette partie présente plusieurs
approches de conservation de la biodiversité : gestion durable des terres, restauration des paysages et des
écosystèmes, aires protégées, conservation communautaire et conservation de l'agrobiodiversité.

5.1. La gestion durable des terres : protéger la biodiversité pour des terres productives

La gestion durable des terres (GDT) constitue l'un des meilleurs moyens d'atteindre les objectifs de l'Initiative
pour la Grande muraille verte, en protégeant simultanément la biodiversité et les services écosystémiques,
en augmentant la productivité agricole et en favorisant la résilience des populations et des écosystèmes.
La GDT a été définie comme “l'utilisation des ressources foncières, dont les sols, l'eau, les animaux et les
plantes, pour la production de biens afin de répondre aux besoins humains changeants, tout en assurant
simultanément le potentiel productif à long terme de ces ressources et le maintien de leurs fonctions
environnementales" (WOCAT, 2007). Les pratiques de GDT sont essentielles à la réalisation des objectifs
de la CNULCD et à l'atteinte de la neutralité en matière de dégradation des terres.

Nombre de pratiques de GDT ont été documentées au Sahel et beaucoup d'entre elles sont basées sur les
méthodes traditionnelles de gestion des terres qui ont duré des siècles, même si, dans certains cas, il a fallu
les relancer et les adapter aux conditions socioéconomiques, climatiques et institutionnelles. Parmi les
pratiques de GDT bien connues au Sahel, figurent l'agroforesterie, la régénération naturelle gérée par les
agriculteurs (RNGA), l'agriculture durable à faible utilisation d'intrants extérieurs, les jachères et le
pastoralisme mobile. Nombre de pratiques de gestion durable des terres tournent autour de la protection
de la biodiversité pour augmenter le carbone organique et l'humidité du sol (Schwilch et al., 2012).
Les communautés des zones arides sont très adaptées aux incertitudes de leur environnement et, au cours
des siècles, elles ont développé des moyens fiables de gestion de leurs ressources. Outre les espèces
hautement adaptées, décrites ci-dessous, les communautés ont mis en place des institutions et des pratiques
culturelles pour répartir les risques et favoriser la résilience.

Les politiques d'intensification de l'agriculture ont entraîné une diminution de certaines pratiques de GDT,
bien que d'autres facteurs interviennent également, comme la faiblesse de la sécurité foncière et l'échec de
la gouvernance locale. Même si les pratiques de GDT sont parfois considérées comme “anciennes", elles 37
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

ont de nombreux avantages, notamment, dans certains cas, une productivité globale supérieure à celle des
approches de gestion des terres plus intensives. Les approches de GDT ne conservent pas seulement la
biodiversité des sols mais elles protègent également la biodiversité souterraine, notamment grâce aux arbres
autochtones et aux paysages agrosylvopastoraux (WOCAT, 2007).

Les actions au niveau du site, telles que les approches agroécologiques, tournent souvent autour de la
restauration de la biodiversité, notamment en favorisant la biodiversité des sols pour augmenter la fertilité et
l'humidité du sol. Cette biodiversité profite à l'environnement dans son ensemble et aux économies
nationales, notamment par l'amélioration des cycles hydrologiques et la réduction du risque d'inondation et
de sécheresse, ou par le stockage du carbone et l'atténuation des changements climatiques. Dans le même
temps, certaines pratiques de GDT comme l'agroforesterie offre un habitat qui abrite d'autres espèces, y
compris les pollinisateurs de cultures et les oiseaux migrateurs.

Les pratiques de GDT sont promues sous différentes formes, y compris dans le cadre des stratégies de
réduction des risques de catastrophe et en tant que composante de l'agriculture soucieuse de
l'environnement. L'agriculture soucieuse de l'environnement est une approche de transformation des
pratiques agricoles pour pour atteindre les objectifs de développement, dont la sécurité alimentaire, face
au changement climatique. Ses objectifs sont, entre autres, l'augmentation durable de la productivité et des
revenus agricoles, l'adaptation et la résilience aux changements climatiques, et la réduction ou la
suppression des émissions de gaz à effet de serre (FAO, 2017).

L'agroécologie au Sahel
Selon un rapport du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'agroécologie alimentaire adressé
à l'Assemblée générale des Nations Unies, il s'agit de l'"application de la science écologique à l'étude,
à la conception et à la gestion des agroécosystèmes durables". Elle se présente comme un ensemble de
pratiques agricoles qui imitent les processus naturels pour créer des interactions et des synergies
biologiques bénéfiques. L'agroécologie offre les conditions pédologiques les plus favorables à la
croissance des végétaux par la gestion de la matière organique et l'augmentation de l'activité biotique
du sol. Les principes fondamentaux de l'agroécologie sont, entre autres, le recyclage des nutriments et
de l'énergie sur la ferme et la minimisation des intrants externes, l'intégration des cultures et du bétail et
le maintien d'une diversité d'espèces, les ressources génétiques et l'utilisation des terres. L'agroécologie
est fortement tributaire des connaissances et de l'expérimentation des agriculteurs, bénéficiant des
avancées scientifiques et technologiques (AGNU, 2010).

L'agroécologie est un terme générique qui comprend des pratiques telles que l'agriculture à faible
utilisation d'intrants externes, l'agroforesterie, l'écoagriculture et l'agriculture "verte". Elle est fréquemment
utilisée en relation avec l'intensification durable et l'intensification écologique, en mettant l'accent sur la
gestion optimale des fonctions écologiques de la nature et de la biodiversité pour améliorer les
performances agricoles et les moyens de subsistance des agriculteurs. L'agroécologie peut inclure le
maintien de l'agrobiodiversité, la gestion intégrée des nutriments, la lutte contre l'érosion et l'intégration
d'arbres à usages multiples dans les systèmes agricoles. Des dizaines d'approches et de techniques
agroécologiques sont connues et pratiquées au Sahel, notamment la création de cordons pierreux et de
digues de protection pour réduire le débit d'eau de surface, de demi-lunes pour capter l'humidité et les
nutriments dans des zones localisées, des fosses zai pour placer des niveaux élevés de matière
organique autour des graines plantées, le compostage et bien d'autres (voir Liniger et al., 2011 et Debray
et al., 2015 pour d'autres exemples et détails).

Il a été constaté que l'utilisation de digues de protection en pierre en Afrique de l'Ouest pour réduire le
ruissellement pendant la saison des pluies a augmenté la capacité de rétention d'eau de cinq à dix fois,
et augmenté la production de biomasse de 10 à 15 fois. Une méta-analyse des projets agroécologiques
a révélé qu'ils ont augmenté la production alimentaire en moyenne de 116% en Afrique, tout en améliorant
simultanément l'offre d'autres services écosystémiques. Une étude distincte a révélé un résultat similaire
38 dans 40 projets africains couvrant 10 millions d'agriculteurs et 12 millions d'hectares. Ces projets ont
donné en moyenne plus du double de la production agricole sur une période de 3 à 10 ans, ce qui a
entraîné une augmentation de la production alimentaire globale de 5,79 millions de tonnes par an, soit
557 kg par ménage agricole (AGNU, 2010).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

5.2. Restaurer la biodiversité pour des paysages et des écosystèmes résilients

La restauration écologique a été décrite comme le processus d'aide au rétablissement d'un écosystème ayant
été dégradé, endommagé ou détruit. Elle a été définie comme "une activité intentionnelle qui lance ou accélère
le rétablissement d'un écosystème en ce qui concerne sa santé, son intégrité et sa durabilité" (SER, 2004). La
restauration écologique comprend l'amélioration, dans la mesure du possible, de la biodiversité et des espèces
autochtones pour soutenir la fonctionnalité de l'écosystème.
La restauration des paysages forestiers (RPF) se définit comme "un processus planifié visant à rétablir l'intégrité
écologique et à améliorer le bien-être humain dans les paysages déboisés ou dégradés". La RPF vise à établir
un équilibre entre les besoins humains et les besoins de la biodiversité en rétablissant diverses fonctions
forestières dans un paysage et en acceptant les compromis qui en découlent. Nombre d'écosystèmes font
partie d'un paysage plus vaste qui est sous gestion productive (par exemple, les zones humides dans un
paysage plus large de grands pâturages libres), et ils ont été considérablement modifiés par cette gestion. Le
concept de restauration de paysages et de RPF est donc devenu populaire au point que la restauration des
fonctions écosystémiques soit à un niveau qui soutient l'activité humaine (Mansourian et al., 2005).

Les projets de restauration de paysages au Sahel


Le Défi de Bonn, lancé en 2011, est une initiative mondiale visant à restaurer 150 millions d'hectares de
terres déboisées et dégradées d'ici à 2020, et 350 millions d'hectares d'ici à 2030. Il se présente comme
"un outil de mise en œuvre des priorités nationales telles que l'eau et la sécurité alimentaire, et le
développement rural, ainsi que pour le respect des engagements internationaux dans les domaines du
changement climatique, de la biodiversité et de la dégradation des terres". Le Défi de Bonn est surtout
conçu pour renforcer l'approche de restauration des paysages forestiers, qui vise à rétablir l'intégrité
écologique tout en améliorant le bien-être humain dans des paysages multifonctionnels18.
L'initiative pour la restauration des paysages forestiers africains (AFR100) constitue une contribution
régionale au Défi de Bonn et est une initiative menée par les pays visant à la restauration de 100 millions
d'hectares de terres en Afrique d'ici à 2030. Cette initiative a été lancée lors de la COP 21 à Paris et
contribue en outre à l'Initiative africaine des paysages résilients (ARLI), une initiative visant à promouvoir
la gestion intégrée des paysages dans le but de s'adapter et d'atténuer les changements climatiques19.

Les activités de restauration diffèrent en fonction du type d'écosystème à restaurer et de la condition dans laquelle
se trouve l'écosystème dégradé. Le rétablissement des terres forestières à partir de terres cultivées gérées de
façon productive nécessite une approche différente pour restaurer les terres cultivées qui ont connu une érosion
des sols. Certaines formes de restauration des terres peuvent être très coûteuses, par exemple lorsque le sol est
contaminé par des métaux lourds ou des dépôts de sel.
Cependant, dans de nombreux cas, les terres dégradées sont
La RNGA est une pratique locale
encore gérées, quoiqu'à un niveau inférieur de fonctionnalité, et
la restauration est possible en passant à des approches de au Sahel qui gagne en popularité
gestion plus durables. À titre illustratif, les terres dont la fertilité a auprès des agriculteurs sahéliens,
diminué peuvent être restaurées par incorporation de la matière en particulier au Niger.
organique ou par intégration de cultures aux légumineuses.
La régénération naturelle est souvent le moyen le plus rentable d'obtenir une restauration à grande échelle. Elle
peut être réalisée grâce à des formes simples de protection, telles que l'élaboration de plans communautaires
de pâturage ou de gestion forestière, assortis de la structure de repos saisonnier et de rétablissement, ou avec
une période de repos initiale plus longue pour amorcer le processus de rétablissement. Parfois, les exclos sont
utilisés pendant un certain temps pour protéger un site dégradé contre l'utilisation pendant que le processus de
rétablissement commence. Cependant, il est des cas où la régénération naturelle est trop lente et le processus
peut être accéléré avec une intervention minimale.
La régénération naturelle assistée (RNA) utilise des interventions minimales pour aider à la régénération naturelle
des terres dégradées et pour restaurer des écosystèmes forestiers et des grands pâturages libres productifs
(Shono et al., 2007). La régénération naturelle gérée par les agriculteurs (RNGA) est une pratique locale au Sahel 39
qui gagne en popularité auprès des agriculteurs sahéliens, en particulier au Niger. La RNGA est un exemple de
régénération assistée, où les agriculteurs gèrent et protègent les arbres qui se régénèrent naturellement sur des
terres cultivées. Au Sénégal et au Burkina Faso, par exemple, la régénération naturelle assistée et le reboisement
ont été utilisés pour augmenter la couverture arborée et restaurer les terres dégradées par la salinisation, les
sécheresses et la déforestation.

18
[Link]
19
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La réduction des risques de catastrophe par la restauration forestière20


Les approches de réduction des risques de catastrophe basées sur les écosystèmes (RRC-éco) ont utilisé
l'innovation dans les travaux de régénération forestière pour améliorer la résistance à la sécheresse. Des
espèces d'arbres sont sélectionnées pour leur adaptation à la sécheresse, comme le Jujubier (Ziziphus
mauritiana), qui est répandu dans dans la région du Sahel. Cet arbre peut se développer dans des sols pauvres
et dans des régions où les précipitations oscillent entre 250 mm et 2 000 mm par an, et peut tolérer des
sécheresses prolongées. Les jujubiers produisent des fruits nutritifs ayant une valeur marchande et peuvent
contribuer à la diversification des moyens de subsistance et à d'autres sources de revenus. Les projets de
RRC-éco ont également utilisé le karité (Vitellaria paradoxa), qui est également une ressource de grande valeur
qui produit un fruit nutritif et une graine riche en huile à forte valeur marchande. Le karité est également tolérant
à la sécheresse et très adapté aux terres arides de la région.

Les efforts de reboisement au Sahel se concentrent de plus en plus sur l'intégration des arbres dans les paysages
agricoles, y compris l'intégration dans les champs de cultures (agroforesterie) et les pâturages
(sylvopastoralisme). Le Burkina Faso et le Ghana associent maintenant le développement de grandes plantations
aux petites activités de régénération à la ferme. Le type d'espèce peut différer selon les objectifs de production
de l'agriculteur ou du gestionnaire de la plantation. Au Sénégal et au Burkina Faso, par exemple, la régénération
naturelle assistée et le reboisement ont été utilisés pour augmenter la couverture arborée et restaurer les terres
dégradées par la salinisation, les sécheresses et la déforestation. Au Sénégal, en raison de la salinisation, des
espèces végétales résistantes au sel sont utilisées dans les activités de reboisement. Au nord du Burkina Faso,
des espèces végétales convenablement adaptées et résilientes ont été sélectionnées en s'appuyant sur le savoir-
faire local des communautés et utilisées pour restaurer les terres dégradées dans six villages.

5.3. Les approches novatrices utilisées pour les aires protégées dans les paysages
productifs
À l'heure actuelle, les aires protégées ne sont pas
prioritairement considérées comme un outil de lutte Les aires protégées pourraient jouer un rôle
contre la désertification au Sahel. Cependant, ce terme majeur dans la protection de l'agriculture
est souvent mal interprété comme signifiant uniquement durable et des pratiques d'élevage qui
des zones gérées par l'État qui sont écartées de la s'attaquent aux problèmes de la
production afin de protéger la nature. Il s'agit désertification et de la sécheresse.
uniquement d'un aspect de la définition de l'aire
protégée et, dans leur sens plus large, tel que défini par l'UICN, les aires protégées pourraient jouer un rôle
majeur dans la protection de l'agriculture durable et des pratiques d'élevage qui s'attaquent aux problèmes de
la désertification et de la sécheresse (Dudley, 2008).

Dans le monde entier, il existe de nombreux exemples de paysages agricoles protégés, où les avantages
environnementaux de l'agriculture durable sont protégés contre l'empiétement par des utilisations de la terre moins
durables. Les aires protégées peuvent aider à améliorer la gestion des forêts et des paysages forestiers, des bassins
versants et des grands pâturages libres au Sahel. Elles peuvent être utilisées pour la conservation des habitats
naturels et des services écosystémiques qu'ils fournissent. Les aires protégées et les régimes de gestion en leur
sein ont été utilisés afin de lutter contre la dégradation des terres par zonage pour des utilisations différentes et

20
UICN, 2016. Évaluation régionale de la réduction des risques liés aux écosystèmes et de la biodiversité en Afrique de l'Ouest et du Centre. Un
rapport pour la résilience par l'investissement dans les écosystèmes - la connaissance.
© Andrea Borgarello/World Bank

40
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

appropriées de la terre, pour mettre en place des régimes de pâturage


durables et pour maintenir des écosystèmes sains qui protègent les Les aires protégées peuvent
sources d'eau vitales et ralentissent la propagation des espèces être détenues ou gérées par
envahissantes (UICN, 2011). Les aires protégées jouent également un rôle des communautés, les autorités
important dans la réglementation du carbone. Selon les estimations, près étatiques ou des propriétaires
de 15% du carbone est stocké dans les aires protégées du monde
fonciers privés.
(UICN/WCPA, 2007).

Les aires protégées peuvent être détenues ou gérées par des communautés, les autorités étatiques ou des
propriétaires fonciers privés. Elles peuvent être protégées contre toute forme d'exploitation, ou contre certains
usages : par exemple, les sites du patrimoine agricole peuvent être protégés contre l'empiètement par une
agriculture intensive. Les aires protégées sont souvent créées dans des zones contenant des ressources vitales,
comme les châteaux d'eau de montagne ou les zones riveraines, ce qui peut constituer un élément essentiel de
la gestion intégrée des paysages (UICN, 2011).

Les catégories d'aires protégées


Selon l'UICN, une aire protégée est "un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par
tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d'assurer à long terme la conservation de la nature ainnsi que les
services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés" (Dudley, 2008). À l'heure actuelle, six
catégories d'aires protégées sont reconnues et classées en fonction des objectifs de gestion :
• Catégorie Ia : Réserve naturelle intégrale
• Catégorie Ib : Zone de nature sauvage
• Catégorie II : Parc national
• Catégorie III : Monument ou élément naturel
• Catégorie IV : Aires de gestion des habitats ou des espèces
• Catégorie V : Paysage terrestre ou marin protégé
• Catégorie VI : Aire protégée avec utilisation durable des ressources naturelles.

Les aires protégées ont un rôle important à jouer dans la conservation


de la biodiversité et la promotion de la gestion durable des paysages Les pâturages sont particulièrement
(GDP) au Sahel. Diverses catégories peuvent être utilisées pour mettre bien adaptés pour être reconnus
en place des réseaux de paysages protégés reliés par des corridors comme aires protégées, car
de conservation, par exemple, avec des zones contrôlées plus strictes, la gestion durable de la biodiversité
comme les forêts classées intégrées dans une matrice de paysages des pâturages est un objectif
agricoles et pastoraux protégés. On peut faire un plus grand usage de gestion important.
des catégories 5 et 6 d'aires protégées. La catégorie 5 comprend les
zones "où l'interaction entre l'homme et la nature au fil du temps a produit une zone de caractère distinctif avec une
valeur écologique, biologique, culturelle et pittoresque significative". Les aires protégées de la catégorie 6 sont
créées pour "conserver les écosystèmes et les habitats avec les valeurs culturelles connexes et les systèmes
traditionnels de gestion des ressources naturelles" (Dudley, 2008). Les pâturages sont particulièrement bien adaptés
pour être reconnus comme aires protégées, car la gestion durable de la biodiversité des pâturages est un objectif
de gestion important, et puisque le pâturage du bétail peut être géré de manière à promouvoir la biodiversité des
grands pâturages libres (Davies et al., 2012).

41

Figure 13 : Carte des aires protégées dans les pays de la Grande Muraille Verte
Source : UICN et UNEP-WCMC, 2016, Base de données mondiale sur les aires protégées en ligne, novembre 2016, Cambridge, UK. Disponible à : [Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La Base de données mondiale sur les aires


protégées présente plus de 2 500 aires protégées Selon les estimations, 224 825 km2 de terres
en Afrique de l'Ouest et centrale (UICN et PNUE
protégées se trouvent dans la région du Sahel
WCMC, 2013). Selon les estimations, 224 825 km2
et du Sahara, bien que cela ne représente que
de terres protégées se trouvent dans la région du
près de 5% de la superficie totale.
Sahel et du Sahara, bien que cela ne représente
que près de 5% de la superficie totale. La
couverture des aires protégées dans cette région est donc bien inférieure à l'objectif d'Aichi 11 de 17%,
malgré la relative facilité de protection des terres où prédominent les systèmes pastoraux respectueux de
la biodiversité. Néanmoins, ces aires protégées jouent un rôle important dans la conservation de certaines
espèces. La plus grande population d'éléphants d'Afrique de l'Ouest (environ 4 500 individus) se trouve
dans le complexe d'aires protégées de W-Arly-Pendjari (WAP) entre le Niger, le Burkina Faso et le Bénin
(Commission européenne, 2010).

La mise en œuvre du programme de travail de la Convention sur la diversité biologique sur les aires
protégées et l'établissement de réseaux efficaces d'aires protégées au Sahel pourraient contribuer
simultanément aux objectifs de la CDB, de la CNULCD et de la CCNUCC. Cependant, la réalisation de ces
objectifs nécessite de nouvelles attitudes à l'égard des aires protégées, ce qui implique une volonté accrue
de considérer les approches dirigées par les communautés et des structures de gouvernance différentes et
plus variées, parallèlement aux efforts des pouvoirs publics (Dudley et al., 2014).

Les aires du Patrimoine Autochtone et Communautaire (APAC)


Les aires protégées peuvent être détenues et gérées par des organismes gouvernementaux, des ONG,
des communautés, des peuples autochtones et des parties privées, seuls ou en association. L'UICN et
la CDB reconnaissent la légitimité de divers types de gouvernance et des efforts sont déployés pour
élargir la reconnaissance des acteurs non étatiques en tant que gestionnaires des aires protégées. Une
attention particulière est accordée aux aires protégées des peuples autochtones, aux territoires conservés
des peuples autochtones et aux aires conservées par les communautés, désignés collectivement sous
le nom d’aires du Patrimoine Autochtone et Communautaire (APAC).

Les APAC sont généralement reconnues lorsque les communautés locales sont très préoccupées par
les écosystèmes concernés pour des raisons culturelles, économiques ou territoriales. Ces communautés
ont le pouvoir de prendre et de mettre en œuvre des décisions importantes en matière de gestion, par le
biais des institutions qui exercent l'autorité et des responsabilités et qui sont en mesure de faire appliquer
la réglementation. Ces décisions de gestion et les efforts des peuples autochtones et/ ou des
communautés locales contribuent à la conservation des habitats, des espèces, des fonctions écologiques
et des valeurs culturelles connexes, bien que l'intention initiale ait pu être liée à une variété d'objectifs,
pas nécessairement directement liés à La protection de la biodiversité.

Les APAC peuvent satisfaire à la définition et aux normes des aires protégées et elles constituent un
moyen efficace de conservation de la biodiversité répondant aux objectifs de gestion des catégories de
l'UICN. Elles peuvent être efficaces dans les endroits où les gouvernements sont dans l'incapacité
d'établir ou de gérer efficacement les aires protégées. Même si les gouvernements refusent toujours de
reconnaître la légitimité des APAC, on note une tendance à une plus grande inclusion de ces aires dans
les stratégies nationales de conservation (Dudley, 2008).

42
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

5.4. Conservation communautaire : protection des droits pour des moyens


de subsistance durables

Les communautés ont activement géré les ressources naturelles au Sahel depuis des millénaires, en
s'appuyant sur leur connaissance locale de l'environnement et en agissant collectivement en fonction des
institutions établies et des pratiques culturelles. Ces traditions ont pris un sérieux coup, par exemple, en
raison des changements dans l'affirmation du pouvoir de l'État ou des changements dans la structure et les
attitudes de la société. Cependant, dans tout le Sahel, il existe de nombreux exemples d'initiatives visant à
relancer ou à rétablir la gestion communautaire des ressources naturelles.

Parmi les approches de conservation communautaire,


figure la "gestion communautaire des ressources Au fond, la gestion communautaire
naturelles" (GCRN). Les approches de GCRN ont un des ressources naturelles porte sur la
principe commun de déléguer un certain degré de gouvernance : l'adaptation de la façon
contrôle du gouvernement aux citoyens locaux. Elles visent dont les décisions sont prises et les
à renforcer le contrôle local et la reddition des comptes sur personnes impliquées dans la prise
l'utilisation et la gestion des terres et d'autres ressources.
et l'application de ces décisions.
Au fond, la gestion communautaire des ressources
naturelles porte sur la gouvernance : l'adaptation de la façon dont les décisions sont prises et les personnes
impliquées dans la prise et l'application de ces décisions. Dans l'ensemble du Sahel, la gouvernance efficace
des ressources naturelles a été affaiblie par le non-respect des droits locaux, le manque de soutien juridique
aux modalités de gestion communautaire et les relations insuffisantes entre les différentes institutions, tant
étatiques que non gouvernementales et entre les États, qui jouent un rôle dans la gouvernance des ressources
naturelles (Roe et al., 2009).

Au Sahel, les approches de conservation communautaire peuvent être utilisées pour partager les avantages
des parcs nationaux et, par conséquent, elles sont parfois conçues pour apaiser les communautés qui
subissent, par ailleurs, un certain coût en vivant à proximité de ces aires protégées. Ce qui est différent de
l'approche adoptée en Afrique australe, où les droits et les pouvoirs décisionnels, ainsi que les avantages
tirés de la nature sont clairement transférés aux communautés. Cependant, dans les deux cas, on note un
changement d'influence sur les ressources naturelles et un certain degré de cogestion des ressources
naturelles. Dans les deux cas, les communautés locales ont des possibilités de tirer des avantages du point
de vue de la subsistance, lesquels sont destinés à inciter à protéger la nature. La conservation
communautaire peut donc être une stratégie pour atteindre les objectifs de la CDB, de la CNULCD et de la
CCNUCC (Roe et al., 2009).

Le savoir-faire local pour le développement durable


Le massif de Termit au Niger est l'un des des derniers habitats abritant plusieurs espèces en voie de
disparition, notamment la gazelle Dama et l'Addax. Ce massif contient également d'importants pâturages
utilisés de façon saisonnière par les pasteurs Afin de renforcer la gestion durable du massif, un comité
de gestion communautaire a été créé avec des membres issus du leadership local, des gardes-chasse
communautaires et du personnel de l'ONG de soutien, le Fonds de conservation du Sahara.

Le rôle du comité de gestion a consisté à négocier des objectifs se soutenant mutuellement pour une
gestion et un développement durables. L'eau est une ressource vitale qui détermine l'accès au massif et
des investissements mal éclairés ont entraîné une croissance non planifiée du nombre de forages. Les
points d'eau augmentent le temps que le bétail peut passer dans le massif, ce qui conduit au surpâturage,
à la perte d'habitat et à la désertification. Le comité de gestion définit les règles de construction des
forages en vue d'une gestion durable des terres. Le comité s'appuie s'appuie donc fortement sur les
connaissances existantes des acteurs locaux afin de développer des investissements dans l'eau potable,
au profit des communautés locales et de la faune (Rabeil et al., 2014).

43
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La conservation communautaire s'est avérée être un puissant outil de


mobilisation des connaissances et des capacités locales pour la Nombre de sociétés gèrent
conservation et la gestion durable des ressources naturelles. Les activement leur environnement
communautés ont souvent une relation étroite avec leur environnement pour accroître leur hétérogénéité
et une connaissance approfondie de certaines espèces. Nombre de en utilisant des outils comme la
sociétés gèrent activement leur environnement pour accroître leur protection communautaire et la
hétérogénéité en utilisant des outils comme la protection
gestion des incendies.
communautaire et la gestion des incendies. Dans de nombreux cas,
ces pratiques coutumières se sont affaiblies et la conservation communautaire a diminué. Souvent, cet état de
choses est lié aux changements intervenus dans le pouvoir des communautés sur les ressources, par exemple, en
raison de l'affaiblissement de leurs droits fonciers ou de l'émergence de nouveaux groupes d'intérêt influents.

Les feux de forêt sont courants dans la région du Sahel, mais ils sont un phénomène naturel et ne doivent pas
nécessairement être considérés comme un danger. Le feu est couramment utilisé comme un outil de gestion, pour
la promotion des pâturages, le défrichage des jachères et le soutien de la chasse. Les feux deviennent un problème
lorsque les gens commencent à utiliser les terres de manière moins tolérante au feu, lorsque les établissements
humains prolifèrent et lorsque les changements écologiques entraînent des changements dans la structure ou la
gravité des feux. Cette situation peut se produire lorsque la quantité de biomasse augmente fortement et, en fait, le
feu est l'un des mécanismes naturels qui contrôlent l'équilibre entre la biomasse ligneuse et herbacée dans la rgion
du Sahel.

La relance des approches de conservation communautaire n'a pas atteint son potentiel dans le Sahel en raison
d'un certain nombre de contraintes. En effet, les communautés sont rarement parvenues à assurer légalement leur
autorité sur les terres et les ressources naturelles, et les États n'ont pas été proactifs dans la création de conditions
favorables au développement d'institutions communautaires. En conséquence, ces institutions se sont obstinées à
exister et, dans certains cas, ont entraîné des conflits locaux au sein de la communauté, en particulier lorsqu'elles
ont entraîné une génération de revenus importants (Roe et al., 2009).

5.5. Conserver l’agrobiodiversité adaptée aux conditions locales

La région du Sahel est riche en agrobiodiversité en raison de la pression exercée sur les populations locales
pour s'adapter aux conditions locales. Une combinaison de la sélection humaine et naturelle des espèces
végétales et animales a conduit à l'émergence
d'espèces hautement adaptées et tolérantes aux
contraintes environnementales locales et aux
L'agrobiodiversité au Sahel est une ressource
conditions de production. L'agrobiodiversité au Sahel précieuse qui fournit des produits alimentaires
est une ressource précieuse qui fournit des produits de grande valeur associés à un niveau de
alimentaires de grande valeur associés à un niveau de fiabilité que les souches exotiques reproduisent
fiabilité que les souches exotiques reproduisent rarement ; en particulier la capacité de fournir
rarement; en particulier la capacité de fournir un un rendement modeste même pendant les
rendement modeste même pendant les années où la années où la sécheresse sévit.
sécheresse sévit.

Les variétés végétales et animales adaptées aux conditions locales disparaissent pour diverses raisons, mais
surtout en raison des efforts acharnés pour les remplacer par des variétés exotiques. Pendant de nombreuses
années, les gouvernements, les scientifiques et les entreprises agroalimentaires ont favorisé les variétés
exotiques pour les avantages qu'ils en tiraient, notamment une plus grande productivité ou une plus grande
résistance aux maladies. Près des trois quarts de la diversité génétique des cultures agricoles ont été perdus
au niveau mondial au cours du siècle dernier, et la diversité génétique au sein des espèces survivantes a
considérablement diminué (Amend et al., 2008). Les variétés exotiques sont souvent favorisées en raison de
leur potentiel élevé de productivité, mais les rendements élevés dépendent de niveaux élevés d'intrants,
notamment les engrais, les pesticides et les médicaments vétérinaires. Ces variétés exotiques sont aussi souvent
plus exigeantes en eau et plus sensibles à la pénurie d'eau.

L'agrobiodiversité peut être conservée in situ grâce à la protection des pratiques agricoles locales, y compris
le soutien à la gestion durable des paysages. Certains pays ont ont déclaré majeurs les "systèmes agricoles
traditionnels d'importance mondiale”21, ce qui peut renforcer la reconnaissance mondiale de leur valeur et servir
de cadre à la conservation et à la gestion durable des paysages, de la biodiversité, des systèmes de
44 connaissances et des cultures connexes. Le statut d'aire protégée peut être utilisé pour les paysages agricoles,
comme nous l'avons évoqué plus haut, notamment dans les catégories V et VI. La désignation des réserves de
biosphère peut également être utilisée dans la conservation et le développement durable dans les zones riches
en agrobiodiversité (Amend et al., 2008).

21
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

6. Obstacles et opportunités de promotion de


la biodiversité dans la Grande Muraille Verte
Les objectifs de l'initiative de la Grande Muraille Verte ne peuvent être réalisés qu'en conservant la biodiversité
puisque la restauration et la gestion durable des terres contribuent à protéger la nature. Toutefois, cela
nécessite un changement dans la perception de la biodiversité et de la conservation, et en particulier une
reconnaissance plus forte de la façon dont la biodiversité profite à la société et comment elle peut être mise
à profit. Pour y parvenir, il faudra changer la façon dont les paysages et les écosystèmes sont gérés pour le
plus grand bien de la société dans son ensemble et non seulement pour atteindre les priorités sectorielles
individuelles. Une réflexion intersectorielle plus intégrée est souvent préconisée par rapport au GGW et
l'initiative fournit la vision autour de laquelle une telle intégration pourrait effectivement être mise en pratique.
Cependant, il faudra un leadership continu au plus haut niveau associé à l'innovation dans les politiques et
les investissements.

Il y a de nombreux défis à relever pour atteindre les objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte et
ceux-ci touchent plusieurs secteurs. Dans cette section, les défis sont regroupés en trois grandes questions
d'incompréhension profondément ancrée dans le sous-développement à long terme combiné et les taux de
changement sans précédent.

6.1. Risque d'incompréhension et de résistance dans les zones arides de la Grande


Muraille Verte

Visions divergentes de développement

Le débat entre l'intensification agricole et le développement durable est au cœur de la Grande Muraille Verte. Un
récent rapport de la Banque mondiale met en relief la nécessité de stimuler la production agricole afin de rendre
les moyens de subsistance plus résistants, mais souligne également l'importance de la durabilité, y compris la
gestion de la fertilité des sols et des ressources en eau rares (Cervigni et Morris, 2016). Même si les
gouvernements sont de plus en plus conscients des
lacunes des stratégies conventionnelles d'investissement
agricole, les pratiques agricoles durables, telles que Il faut une vision alternative du
l'agroécologie, restent dans les marges et sont minées développement durable qui repose sur une
par les investissements publics dans les pratiques de production optimale de multiples valeurs et
gestion des terres non durables. des extrants provenant des terres.

Au lieu de traiter ce débat comme une simple dichotomie -soit la nourriture ou la nature- il faut une vision
alternative du développement durable qui repose sur une production optimale de multiples valeurs et des
extrants provenant des terres et qui inclut plus que la production agricole. Cela impliquerait des
investissements dans la prestation des services et l'intégration des marchés basée sur la gestion durable des
terres. Il faudrait également une utilisation équilibrée des ressources en eaux rares, en reconnaissant le
potentiel de production alimentaire de l'irrigation, mais aussi le coût potentiel, à l'échelle de l'écosystème, du
changement de la disponibilité et de l'accès des ressources en eau. La planification publique doit être mieux
informée par l'étude et l'évaluation de multiples services écosystémiques et les institutions publiques doivent
être en mesure de mieux coordonner la gestion du paysage. Les services écosystémiques peuvent être
protégés par une combinaison de règlements et d'incitations, nécessitant des investissements dans les
politiques et les marchés (Mortimore et al., 2009).

Renforcer la résilience et gérer les risques

Le Sahel est caractérisé par un climat extrêmement variable et de fréquentes sécheresses, inondations et
autres risques. Les pratiques de gestion foncière coutumière se sont développées pour gérer et atténuer ces
risques, souvent dans le but d'assurer un rendement adéquat dans les pires années plutôt qu'un rendement
maximal dans les meilleures années. Le développement dans le Sahel a souvent mis l'accent sur des objectifs
différents et a compromis les stratégies de gestion des risques traditionnels, par exemple en remplaçant les 45
cultures résistantes à la sécheresse avec des variétés à haut potentiel qui produisent beaucoup moins en
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

période de sécheresse. Le développement agricole a


également souvent exposé les utilisateurs de la terre à des La GMV est une occasion puissante de
risques nouveaux et élevés, par exemple en perturbant les démontrer la valeur de la GDT dans le
cycles hydrologiques et en aggravant la gravité de la renforcement de la résilience et de la
sécheresse, ou en créant une dépendance vis-à-vis des gestion des risques.
marchés peu fiables.

La Grande Muraille Verte est une occasion puissante de démontrer la valeur de la GDT dans le renforcement
de la résilience et de la gestion des risques. Parallèlement, les gouvernements peuvent investir plus
efficacement dans la réduction des risques de catastrophe et de sécheresse, particulièrement en incluant
des indicateurs de services de régulation d'eau dans la gestion des terres et en reconnaissant que la sévérité
d'un danger ainsi que la capacité de gérer ledit danger peut être fortement influencée par les pratiques de
gestion des terres. Les gouvernements peuvent également offrir des programmes de protection sociale, qui
peuvent fournir des filets de sécurité pour protéger les personnes les plus vulnérables à moindre coût que
l'aide humanitaire et peuvent créer une résilience au niveau du ménage et de la communauté (Cervigni et
Morris, 2016).

Gestion efficace du sol et de l'eau des zones arides

Les politiques et les investissements des zones arides sont souvent motivés par l'incompréhension du sol et
de l'eau dans les zones arides, et particulièrement au niveau de l'intersection des deux. Il est courant de lire
que "les zones arides sont des eaux rares" ou "caractérisées par la sécheresse", plutôt que de voir la rareté
et la sécheresse comme un résultat de mauvais choix et de mauvaise gestion. Le résultat est souvent un
investissement excessif dans des pratiques de gestion des eaux improductives et nocives, par exemple des
pratiques d'irrigation qui augmentent les pertes évapotranspiratives et conduisent à un séchage global des
paysages ainsi qu'un risque de salinisation. Le défaut de gérer adéquatement la fertilité et l'humidité du sol
de manière combinée conduit à une baisse rapide des deux et contribue à une perte de résilience.

La gestion de la fertilité du sol et de l'eau, notamment à travers des pratiques agricoles qui mettent l'accent sur
l'entretien de la matière organique dans le sol, peut jouer un rôle majeur dans la réalisation des objectifs de
l'initiative de la Grande Muraille Verte. La protection du sol en carbone dans les zones arides joue un rôle majeur
dans l'augmentation de l'humidité du sol et la biodiversité des sols contribue à l'augmentation de l'infiltration et
de la recharge des aquifères. Le carbone du sol contribue à la fertilité générale des sols et ainsi qu'à la
productivité et à la résilience agricole de niveau supérieur. Il contribue également à atténuer les changements
climatiques et est de plus en plus considéré comme un pilier central de la contribution nationale aux mesures
d'atténuation, particulièrement dans les pays couverts par des forêts faibles comme ceux du Sahel.

6.2. Gérer la complexité d'un changement sans précédent dans le Sahel

Croissance et changement démographique

La croissance démographique devrait être plus rapide que la croissance économique dans le Sahel et elle
pourrait probablement augmenter la pression sur les ressources naturelles ainsi que sur la demande globale
de nourriture et de produits divers. Cela constitue un défi évident pour la gestion durable des ressources,
mais aussi une incitation puissante à améliorer grandement la productivité alimentaire dans la région. La
croissance économique augmentera le pouvoir d'achat dans la région, et l'urbanisation créera des marchés
croissants pour les produits agricoles (Cervigni et Morris, 2016).

La question de savoir si le changement démographique est une menace ou une opportunité dépend dans
une certaine mesure de la manière dont les critères du développement durable sont intégrés dans la
production agricole et des autres aspects du développement. L'urbanisation et la croissance des secteurs
secondaires et tertiaires devraient créer des opportunités
pour les transferts de fonds vers les zones rurales qui
peuvent financer l'investissement dans la production La question de savoir si le changement
agricole. L'utilisation des transferts de fonds par les démographique est une menace ou une
46 gestionnaires des plaines dépendra de leurs capacités, opportunité dépend dans une certaine
de leur accès à des produits et services appropriés et de mesure de la manière dont les critères du
l’existence de politiques et règlements pour soutenir le développement durable sont intégrés dans
développement durable. Dans de nombreux domaines, la la production agricole et des autres
gestion durable des terres dépendra également de la aspects du développement.
sécurité des droits fonciers, en particulier sur les terres
communales, et sur les ressources de la gouvernance locale.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Croissance économique

La croissance économique devrait progresser dans le Sahel,


mais pas à un rythme plus rapide que la croissance Les pays devraient reconnaître
démographique (Cervigni et Morris, 2016). Cela risque d'exercer l'importance du développement
une pression croissante sur les ressources, mais génèrera durable de l'environnement pour
également du capital qui pourra être réinvesti dans la restauration leur croissance économique à long
et la gestion durable. Les objectifs de développement durable terme et devraient déployer une
fournissent un cadre pour assurer la croissance économique,
hiérarchie d'atténuation pour éviter,
mais l'ampleur des cibles ODD peut laisser aux gouvernements
réduire, restaurer et compenser la
de faire des choix critiques sur la façon dont les ressources sont
allouées et sur la priorisation des cibles. perte de la biodiversité.

La neutralité en matière de dégradation des terres (NDT), cible ODD 15.3, a été décrite par la CNULCD
comme un "accélérateur ODD", ce qui implique que, en réalisant la NDT, les pays obtiendront de très bons
résultats contre de multiples autres objectifs de développement (voir la figure 1). Il faut mettre davantage
l'accent sur les avantages multiples de NDT et de la Grande Muraille Verte, incluant la contribution à la
production alimentaire, à la croissance économique, à la création d'emplois et autres. Les investissements
dans les infrastructures, la production d'électricité, les mines, etc. sont inévitables et risquent d'avoir des
effets négatifs sur l'environnement. Cependant, les pays devraient reconnaître l'importance du développement
durable de l'environnement pour leur croissance économique à long terme et devraient déployer une
hiérarchie d'atténuation pour éviter, réduire, restaurer et compenser la perte de la biodiversité, selon le cas
(figure 14). Ceci est également un principe de NDT selon l'interface de la politique scientifique de la CNULCD.

Actions de
conservation
supplémentaires Impact
positif
net
Décalage de
Valeurs de la biodiversité

la biodiversité
+

- L'impact sur Impact


la biodiversité résiduel
de l'opération

Réhabilitation Réhabilitation

Minimisation Minimisation Minimisation

Évitement Évitement Évitement Évitement

Figure 14 : La hiérarchie de l’atténuation 47


Source : [Link]/sustainabledevelopment2013
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Changement climatique

Le climat sahélien devrait devenir plus chaud et les précipitations deviendront plus imprévisibles. Il y a absence
de consensus quant à savoir si le climat deviendra plus humide ou plus sec et par conséquent la projection est
l'une des incertitudes. Bien que les préoccupations soient plus susceptibles d'être soulevées par rapport à la
baisse des précipitations, l'augmentation des précipitations peut également entraîner de nouveaux risques, par
exemple des pertes plus importantes après la récolte ou des changements dans les schémas de maladie des
cultures et du bétail. Dans les deux cas, le changement climatique est l'un des nombreux changements profonds
qui se déroulent simultanément dans les zones arides et un accent important sera nécessaire pour permettre
aux pays et aux communautés de s'adapter à tous.

Étant donné le degré élevé d'incertitude et la probabilité


que le climat deviendra de plus en plus imprévisible, les Étant donné le degré élevé d'incertitude et
mécanismes traditionnels de gestion des risques sont de la probabilité que le climat deviendra de
plus en plus importants. La gestion foncière des zones plus en plus imprévisible, les mécanismes
arides a traditionnellement été très adaptée à traditionnels de gestion des risques sont
l'incertitude et ces adaptations doivent être renforcées
de plus en plus importants.
plutôt que de les entraver. En particulier, une plus
grande attention est nécessaire pour gérer efficacement
l'eau dans les écosystèmes des zones arides, par exemple en réduisant le gaspillage, le ruissellement et
l'évaporation. Les communautés des zones arides ont été représentées parmi les utilisateurs de terres les plus
adaptables, mais leur capacité à continuer à s'adapter s'amenuisera par la vitesse et l'ampleur du changement
ainsi que la mesure dans laquelle leurs capacités sont renforcées. L'accent doit être mis sur l'organisation d'une
base diversifiée des capacités d'adaptation à grande échelle autant que sur les activités spécifiques adaptées
au climat. En plus de la protection des changements climatiques, les pays devront également investir dans
l'amélioration des prévisions météorologiques.

6.3. Ajuster les investissements pour faire face au sous-investissement à long terme

Ressources humaines

La faible capacité des ressources humaines est l'un des facteurs les plus importants dans la pauvreté au Sahel et
la réduction de la pauvreté ne peut être réalisée sans aborder directement la faible pénétration des services sociaux
de base, y compris l'éducation pour tous. La relation entre la pauvreté et la perte de la biodiversité ou la dégradation
des terres, n'est pas simple. Bien que les communautés pauvres pourraient dépendre de manière disproportionnée
des ressources naturelles pour leurs moyens de subsistance et peuvent dans un certains cas exploiter ces
ressources, la perte et la dégradation de la biodiversité peuvent également s'accélérer au fur et à mesure que le
développement prend de l'ampleur. L'attribution de la perte de biodiversité et de la dégradation des terres à la
pauvreté, sans une meilleure compréhension de la relation, peut conduire à la dépossession des pauvres de leurs
terres et pourrait conduire à une adoption plus large des pratiques de gestion des terres non viables.

Les capacités humaines influencent la façon dont les gens


utilisent les services, comment ils diversifient leurs moyens Le renforcement du capital humain, et
de subsistance et gèrent leurs ressources. Pour cette en particulier l'accès à l'éducation pour
raison des liens peuvent être établis entre le les femmes et les hommes, pourrait être
développement du capital humain et la gestion durable
catalytique dans l'extension de
des terres (GDT). Le renforcement du capital humain peut
contribuer à l'adoption de la GDT, et fournir d'autres
l'adoption des pratiques de GDT.
facteurs habilitants qui sont en place. D'autre part, les
connaissances locales existantes sont une ressource riche qui peuvent permettre à la GDT de fonctionner
indépendamment des autres formes d'éducation. Dans l'ensemble, compte tenu de la complexité des défis
auxquels sont confrontés les gestionnaires fonciers au Sahel, il semble probable que le renforcement du capital
humain, et en particulier l'accès à l'éducation pour les femmes et les hommes, pourrait être catalytique dans
l'extension de l'adoption des pratiques de GDT.

Le rôle de la connaissance locale et du capital social dans la gestion durable de la biodiversité mérite une plus
grande attention. De nombreuses communautés ont une forte tradition de gestion durable des ressources
48 naturelles, par exemple pour coordonner les modèles saisonniers de pâturage ou le temps des vendanges des
fruits sauvages. Cependant, dans de nombreux cas, ces institutions peuvent se dégrader au fur et à mesure
que les populations grandissent et que les institutions alternatives les remplacent. Plusieurs acteurs défendent
des approches participatives afin de renforcer les institutions locales, les actions collectives et de renforcer la
gouvernance locale globale. De telles approches pourraient aussi bénéficier des améliorations globales du
capital humain.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Droits fonciers et régime foncier

Un régime foncier faible constitue un obstacle majeur à la gestion durable des ressources naturelles au Sahel. La
précarité du régime d'occupation des terres peut constituer un obstacle majeur à la gestion durable des terres,
en particulier lorsqu'il s'agit des ressources communales. Il peut déterminer les cultures et le bétail, comment et
quand les terres sont cultivées et récoltées, et s'il est possible d'investir dans le développement des pratiques
agricoles durables. Les agriculteurs de toute la région sont confrontés au défi de la précarité des régimes fonciers,
dont les racines sont trop complexes à aborder dans ce rapport. La plupart des pays de l'Initiative de la Grande
Muraille Verte ont, à un moment donné du passé récent, institué des
politiques visant à nationaliser les terres, généralement à la suite de
la colonisation. Dans plusieurs cas, cela inclut plus d'une période Une attention particulière doit être
de colonisation qui créa diverses couches de droits fonciers. accordée au renforcement des
Certains pays ont également tenté la redistribution des terres et la capacités, dans les institutions et
réforme agraire, tandis que les systèmes fonciers coutumiers restent au sein des communautés, pour
largement répandus et se sont adaptés à l'environnement juridique parvenir à une occupation sécuritaire
et politique en constante évolution. Ceci a conduit à une incertitude et à une gouvernance des ressources
et à une ambiguïté généralisées entre les droits coutumiers et locales plus équitable.
juridiques, et de nombreuses opportunités pour l'exploitation par
les particuliers. Cette situation s'est encore aggravée par le faible investissement dans les services juridiques et
des possibilités insuffisantes pour réparer les activités illicites liées aux droits fonciers (Toulmin et Quan, 2000).

Les solutions foncières varient d'un pays à l'autre, mais le plus souvent le défi est la mise en oeuvre, plutôt que
l'établissement des lois. Cela pourrait refléter des lacunes dans la capacité et les services juridiques ainsi qu'une
faible compréhension, dans les communautés rurales, de la manière de garantir les droits, y compris les droits
des femmes et d'autres groupes marginalisés. La sécurisation des droits communaux est souvent plus difficile et
reçoit généralement un faible soutien juridique, de telle sorte que, dans certains cas, une réforme légale peut être
nécessaire. Cependant, la publication des Directives volontaires sur la gouvernance responsable de la tenure
(FAO, 2011) a montré l'intérêt grandissant d'un certain nombre de pays dans la région pour trouver des solutions
à cette barrière. Au fur et à mesure que la volonté de renforcer le mandat augmente, une attention particulière doit
être accordée au renforcement des capacités, dans les institutions et au sein des communautés, pour parvenir à
une occupation sécuritaire et à une gouvernance des ressources locales plus équitable.

Capacité institutionnelle

Les institutions pour la gestion durable des terres au Sahel présentent un certain nombre de lacunes. Les services
publics sont souvent contraints par des ressources insuffisantes et une faible capacité du personnel. Les politiques
en faveur d'une gestion durable sont souvent absentes ou mal mises en œuvre, et la préférence est souvent
accordée à des politiques favorisant une gestion durable des terres moins durables. Une gestion efficace du
paysage nécessite une certaine intégration entre les secteurs, soit par une meilleure coordination, soit par l'adoption
d'indicateurs communs dans tous les secteurs. Des mécanismes intersectoriels de coordination ont été proposés
dans tous les pays de l'Initiative de la Grande Muraille Verte, mais les ressources pour leur mise en œuvre sont
rares et leur capacité est faible. La planification de
l'utilisation des terres à l'échelle du paysage est rarement
Le renforcement des capacités, la
pratiqué en raison d'une combinaison de faible capacité,
de ressources faibles et d'absence de mandats
sensibilisation et l'orientation des politiques
institutionnels. Les institutions communautaires font face sont nécessaires pour aider les fonctionnaires
à des contraintes et ont été mises à mal par une à adopter une vision plus large de la Grande
combinaison de faible reconnaissance juridique, de Muraille Verte qui s'étend au-delà de leur
changements sociaux rapides dans la communauté ainsi secteur individuel.
que d'autres facteurs.

L'attention croissante à la durabilité, y compris le soutien du gouvernement à la neutralité en matière de dégradation


des terres (cible 15.3 des ODD) et à la Grande Muraille Verte, crée un nouvel espace politique dans lequel l'action
pour la GDT et la restauration sont légitimées. Les pays de l'Initiative de la Grande Muraille Verte ont proposé des
mécanismes de coordination intersectoriels sur papier et une tendance à améliorer le soutien de ces institutions.
Le renforcement des capacités, la sensibilisation et l'orientation des politiques sont nécessaires pour aider les
fonctionnaires à adopter une vision plus large de la Grande Muraille Verte qui s'étend au-delà de leur secteur
individuel, par exemple pour inclure des indicateurs communs de la perte de biodiversité de la fonction de
49
l'écosystème. La décentralisation dans plusieurs pays pourrait offrir aux gouvernements locaux l'opportunité
d'adopter une planification du paysage plus holistique au niveau approprié et de fournir aux institutions
communautaires une plus grande influence sur la gestion des ressources naturelles. En combinant le soutien aux
institutions communautaires avec un mandat plus fort et une gouvernance des ressources pourrait être le
fondement le plus solide pour un développement résilient dans la Grande Muraille Verte.
© Andrea Borgarello/World Bank

50
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

7. Conserver la biodiversité pour réaliser


les objectifs de la Grande Muraille Verte
La Grande muraille verte offre une vision plus équilibrée du développement durable et de la conservation des
zones arides qui reflète le contexte social et écologique. Pour atteindre ses objectifs, la GMV devra adapter la
croissance économique verte aux conditions uniques des zones arides, plutôt que d'essayer de forcer les zones
arides à s'adapter à une vision extérieure de la croissance économique. Il faudra mettre l'accent sur la gestion
durable de la biodiversité et des écosystèmes et maintenir la connectivité du paysage. La GMV devra donner
la priorité à la santé des terres comme base pour la sécurité alimentaire et l'approvisionnement en eau, ainsi
que de nombreux autres services à l'humanité. Globalement, la GMV devra mettre l'accent sur la gestion de la
résilience et du risque qui est adaptée au niveau supérieur d'incertitude trouvée dans ces milieux arides. Cette
vision, en capsulée dans ces quatre points et élaborée ci-dessous, peut fournir un cadre pour guider les
politiques et les investissements pour la GMV (Davies et al., 2012).

1. Adapter la croissance économique verte aux zones arides

La croissance économique verte qui est adaptée aux zones arides devrait protéger les actifs naturels et
maintenir la fourniture de ressources et services environnementaux sur lesquels dépendent la croissance et
le bien-être. Le développement durable devrait être adapté aux conditions environnementales du Sahel,
incluant une forte variabilité climatique, une saisonnalité marquée et des taux élevés de perte d'eau. Tout en
s'adaptant aux conditions locales, le développement devrait également identifier et poursuivre les opportunités
uniques de croissance dans la région, y compris le potentiel vaste et largement inexploité pour produire de
l'énergie renouvelable. La croissance verte dans le Sahel devrait reconnaître la diversité des services
écosystémiques et assurer un investissement plus équilibré afin d'optimiser leur livraison plutôt que de
maximiser les services individuels. À moins d'être explicitement démenti dans des cas spécifiques, il faut
supposer que la valeur globale des services écosystémiques multiples pour la société au Sahel dépasse le
potentiel maximal d'un seul service.

2. La gestion durable de la biodiversité et la connectivité du paysage

L'importance de la biodiversité pour la production alimentaire, l'approvisionnement en eau et d'autres services


écosystémiques au Sahel signifient que les stratégies de conservation doivent capitaliser sur les avantages
environnementaux des différents systèmes d'utilisation des terres. La gestion durable des terres, y compris
l'agroécologie et le pastoralisme, devrait devenir un élément important des stratégies de conservation et la
conservation de la biodiversité devrait devenir un objectif explicite du développement agricole. Cela
s'appuiera sur les connaissances et les institutions locales, qui seront activées en renforçant la gouvernance
communautaire et l'autonomisation des populations des zones arides. La vision de la conservation au Sahel
devrait être l'une des mosaïques des systèmes d'utilisation des terres durables connectés -les pâturages, les
forêts, les terres agricoles et les zones humides- protégés en utilisant divers arrangements institutionnels par
les communautés, les acteurs privés et l'État. Dans cette vision, les systèmes agricoles durables deviennent
un outil de conservation et la conservation est un outil de développement agricole durable.

3. La santé foncière est la base d'une alimentation sécurisée et de l'approvisionnement en eau

Les objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte dépendent de la gestion durable des terres et de l'eau
d'une manière intégrée qui est compatible avec l'écologie des zones arides. La gestion durable devrait être
guidée par la science sur la façon d'améliorer la fertilité et l'humidité du sol et sur la manière de gérer
efficacement les ressources en eau limitées afin de minimiser les pertes et d'optimiser les rendements des
ressources en eau à l'échelle du paysage. Les initiatives de restauration foncière et de paysage devraient
faire l'objet d'une plus grande importance, grâce à une évaluation améliorée des nombreux services
écosystémiques qui peuvent être relancés. Dans le but de l'encourager, il faut des approches novatrices pour
compenser les services écosystémiques et les pratiques de gestion des terres qui les protègent. Une
surveillance améliorée de la santé foncière est nécessaire pour s'assurer que les terres sont traitées comme
une ressource non renouvelable et pour s'assurer que la gestion est réglementée de manière efficace. Cela
devrait être coordonné sous les objectifs fixés par le pays pour la neutralité en matière de la dégradation des
terres, conformément aux engagements de la CNULCD, afin de parvenir à un équilibre à long terme entre la 51
dégradation et la réhabilitation des terres, avec un accent sur la gestion durable.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

4. La résilience et la gestion des risques dans les environnements incertains

Le défi fondamental des zones arides est de gérer les risques et de maintenir la résilience des communautés
et des écosystèmes. La résilience dépend de la conservation de la biodiversité des terres arides, tant sur les
termes d'abondance et de richesse des espèces. La biodiversité contribue à une résilience plus forte en
fournissant les éléments constitutifs des cycles nutritifs et hydrologiques et en fournissant des ressources qui
soutiennent les moyens de subsistance durables. La gestion des risques et le renforcement de la résilience
devraient être au cœur du suivi des zones arides et devraient être une cible explicite de la politique et de
l'investissement des terres arides. Cela doit inclure un développement humain généralisé, y compris
l'éducation, la santé et la sécurité, compte tenu des principales lacunes dans le développement du Sahel. Il
faudra également accorder une attention particulière au renforcement de la gouvernance à tous les niveaux,
ainsi qu'un engagement accru des hommes et des femmes dans la prise de décision publique et la
sauvegarde de leurs droits d'utilisation et de la gestion des ressources naturelles.

7.1. Recommandations pour intégrer la biodiversité afin de réaliser les objectifs de la


Grande Muraille Verte

1. Intégrer la gestion durable des terres dans le secteur de l'agriculture pour réaliser la neutralité
en matière de dégradation des terres

Les objectifs de l'initiative de la Grande Muraille Verte exigent que les gouvernements veillent à ce que la
restauration des terres l'emporte sur la dégradation des terres, ce qui est également nécessaire pour atteindre
la neutralité en matière de dégradation des terres. Le moyen le plus rentable d'y parvenir est de minimiser la
dégradation, en particulier par l'adoption de pratiques de gestion durable des terres. Cela exige que la GDT
passe d'une activité marginale du secteur agricole pour être intégré dans les investissements et les politiques
agricoles de base. Les gouvernements devront peut-être repenser la façon dont ils interprètent l'intensification
agricole" et faire davantage pour mesurer le rendement global des services écosystémiques des terres.

• Investir dans l'élargissement de la GDT aussi bien que sur d'autres innovations de la GDT et des pratiques
de restauration
• Promouvoir l'innovation dans les petites et moyennes entreprises pour une agriculture durable, y compris
les chaînes d'entrée et de valeur
• Développer des services financiers (y compris le crédit / épargne et l'assurance) qui sont adaptés tant aux
besoins des agriculteurs et agricultrices, qu'aux éleveurs afin d'accroître leurs investissements dans la GDT
• Établir des programmes de formation pour les agriculteurs et les agents de vulgarisation dans la GDT
• Fournir des incitations financières et autres pour les multiples avantages de la GDT, y compris les marchés
des avantages connexes (par exemple, les produits forestiers non ligneux) et les paiements pour les
services écosystémiques
• Surveiller le coût de la dégradation de l'environnement provenant de différents systèmes agricoles, tels
que l'épuisement des aquifères ou la perte de biodiversité, et établir des mesures visant à internaliser les
coûts des pratiques non durables

2. Établir des arrangements institutionnels qui permettent la restauration du paysage et la gestion


durable

La réalisation des objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte nécessitera une plus grande intégration
de la gestion du paysage, afin de produire de la nourriture et de conserver la biodiversité et les services
écosystémiques simultanément plutôt que de diviser les paysages en zones protégées et exploitées. Les
zones protégées demeureront nécessaires, mais d'autres peuvent être mises en place pour protéger les
paysages agricoles gérées de manière durable. De nouveaux arrangements institutionnels sont nécessaires
pour que les secteurs clés soient responsables de leur impact sur d'autres secteurs et permettent une synergie
entre les secteurs dans la gestion des ressources naturelles.

• Veiller à ce que les mécanismes de coordination intersectorielle, tels qu'indiqués dans les stratégies de
la Grande Muraille Verte et les programmes d'action nationaux de lutte contre la désertification, soient
opérationnels, avec les ressources financières et humaines adéquates
52
• Fournir des ressources techniques et financières, y compris la formation, au niveau du gouvernement local
pour la planification intégrée du paysage
• Renforcer les capacités et assurer des possibilités pour la participation de la communauté dans la
planification intégrée du paysage
• Améliorer la gestion des aires protégées dans le Sahel et créer de nouveaux paysages agricoles protégés
y compris les "aires de conservation communautaire" (APAC).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

3. Renforcer la gouvernance, les droits fonciers et des ressources au niveau local

La gestion durable des terres et la conservation de la biodiversité nécessitent la sécurité des droits sur les
ressources, y compris le droit d'imposer des règles et de sanctionner la mauvaise utilisation. Cela ne signifie
pas nécessairement que la tenure privée et les gouvernements peuvent faire davantage pour reconnaître la
propriété communautaire. Le renforcement du droit de propriété contribuera à une gestion du paysage mieux
intégrée, car les agriculteurs, les éleveurs et les autres communautés locales pensent généralement aux
ressources d'une manière plus holistique et non sectorielle. Une gouvernance plus forte permettra aux
communautés locales de mieux contrôler la gestion et la restauration des ressources naturelles et
contribueront à la résilience au niveau local.

• Promouvoir la gouvernance locale des ressources naturelles grâce à une planification participative et la
décentralisation de la prise de décision au plus bas niveau possible
• Former des hommes et des femmes gestionnaires des ressources naturelles ainsi que les employés du
secteur public dans les possibilités pour renforcer la gouvernance locale et les ressources foncières
• Renforcer les droits des femmes en tant que gestionnaires des ressources naturelles et ajuster les
politiques et les investissements à la nature sexospécifique des avantages de la biodiversité et des impacts
de la dégradation des sols
• Veiller à ce que les institutions juridiques disposent des ressources nécessaires pour soutenir la mise en
œuvre des lois foncières nationales, en accordant une attention particulière à l'obtention du régime de
ressources communales et à la reconnaissance des institutions et droits coutumiers.

4. Surveiller la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes pour évaluer les politiques et


les investissements de la Grande Muraille Verte

La biodiversité est un indicateur essentiel de la gestion durable des terres, qui peut être surveillé de différentes
façons. Il peut être mesuré directement en comptant des espèces clés dans le paysage, bien qu'il puisse y
avoir des défis dans l'identification de la biodiversité qui est un véritable indicateur de la résilience du paysage.
La biodiversité peut également être mesurée par procuration, par exemple en mesurant l'état des fonctions
essentielles des écosystèmes, comme les flux d'eau ou la fertilité des sols. Une meilleure compréhension du
rôle de la biodiversité dans la réalisation de l'objectif de l'Initiative de la Grande Muraille Verte, au travers de
la science, de la formation et de l'information, contribuera à améliorer l'intégration de la gestion durable des
terres et de la conservation de la biodiversité pour parvenir à un développement durable.

• Fournir un financement public pour surveiller la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, en


utilisant des outils appropriés qui sont simples, à faible coût, routinier et qui peuvent être adaptés aux
différents objectifs d'utilisation des terres
• Investir dans la mesure du carbone organique du sol en tant qu'indicateur de la GDT, atténuation du
changement climatique et de la biodiversité
• Fournir une recherche plus approfondie sur le rôle de la GDT dans la conservation de la biodiversité et de
la contribution de la conservation de la biodiversité aux objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte
et à la Neutralité de la Dégradation des Terres
• Valider les connaissances locales sur la GDT et les indicateurs locaux de la durabilité en fonction des
différents objectifs de gestion des terres et évaluer la contribution des pratiques traditionnelles de gestion
des terres aux objectifs de l'Initiative de la Grand Muraille Verte.

53
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

7.2. Conclusion

L'idée que la biodiversité peut être librement sacrifiée sur


la voie du développement est profondément défectueuse, La valeur de la biodiversité dans la
mais reflète la réflexion sectorielle étroite qui guide gestion durable des terres et la sauvegarde
traditionnellement le développement. La valeur de la des services écosystémiques doit être
biodiversité dans la gestion durable des terres et la largement comprise afin d'identifier les
sauvegarde des services écosystémiques doit être meilleures options d'investissement pour
largement comprise afin d'identifier les meilleures options
les pays dans leur ensemble.
d'investissement pour les pays dans leur ensemble. Cette
prise de décision ne peut être laissée à des secteurs individuels mais doit être coordonnée au plus haut niveau,
tout comme la Grande Muraille Verte a été défendu par les chefs d'État. Un certain degré de perte de la
biodiversité peut être inévitable : les routes et les villes seront construites, et les investissements écologiques
à risque sont souvent inévitables. Néanmoins, il existe de nombreuses approches pour protéger la biodiversité
qui sont compatibles avec le développement. Les écologistes ne doivent pas ignorer ces approches tout
simplement parce qu'ils conservent seulement quelques-unes, plutôt que toutes les espèces.

De véritables synergies peuvent être trouvées entre l'environnement et les objectifs de développement qui font
de la Grande Muraille Verte une priorité nationale d'investissement. Plutôt que d'investir séparément pour
atteindre les objectifs de la CCNUCC, de la CDB ou de la CNULCD, il faut accorder la priorité aux
investissements qui fournissent simultanément les trois à un coût global plus faible. L'initiative de la Grande
Muraille Verte est un vecteur important pour la neutralité en matière de dégradation des terres sous la CNULCD.
Il est également conforme à l'article 8f de la CDB, qui demande aux parties de promouvoir le rétablissement
des espèces menacées par des stratégies telles que
l'approche écosystémique. L'initiative de la Grande Muraille
De véritables synergies peuvent être Verte peut contribuer à plusieurs cibles d'Aichi, y compris
trouvées entre l'environnement et les la cible 5 sur la perte d'habitat, la cible 7 sur l'agriculture et
objectifs de développement qui font la foresterie durable, la cible 9 sur les espèces exotiques
de la Grande Muraille Verte une priorité envahissantes, la cible 13 sur la diversité génétique des
nationale d'investissement. plantes et des animaux domestiques, la cible 14 sur les
services écosystémiques, la cible 15 sur la résilience des
écosystèmes et les stocks de carbone, la cible 18 sur les connaissances locales et autochtones et enfin la
cible 19 sur la science et le savoir. Plutôt que d'allouer des terres distinctes pour la production alimentaire, la
conservation de la biodiversité ou pour des bassins hydrographiques, une priorité accrue devrait être accordée
aux investissements dans la multifonctionnalité des terres. La réalisation d'une telle ambition nécessite
l'établissement de mécanismes institutionnels de soutien. Il exige également que l'élévation de la neutralité en
matière de dégradation des terres atteigne une priorité politique plus élevée dans les pays de l'Initiative de la
Grande Muraille verte.

54

Figure 15 : Contribution de l’IGMVSS aux cibles d'Aichi


Source : UICN, Jonathan Davies
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

La Grande Muraille Verte est une initiative inhérente à la biodiversité et ses objectifs ne peuvent être atteints
qu'en conservant la biodiversité et en protégeant les services écosystémiques. Ces avantages
environnementaux doivent être mieux compris et appréciés et la conservation de la biodiversité dans la GMV
ne devrait pas être laissée au hasard. Compte tenu de la valeur de la biodiversité à la société dans son
ensemble, les systèmes de récompense sont nécessaires pour encourager et compenser la protection grâce
à une gestion durable. Une utilisation plus diversifiée du système de zone protégée devrait être explorée, en
tenant compte de la protection des paysages de production agricole ainsi que de formes de protection plus
exclusives. Une utilisation accrue des aires protégées peut être faite pour atteindre d'autres objectifs de
développement, tels que la réduction des
risques de catastrophe ou l'adaptation
Avec un changement de perspective suffisant, écosystémique. Avec un changement de
il n'y a aucune raison pour que la GMV ne puisse perspective suffisant, il n'y a aucune raison
pas être entièrement classée comme une pour que la GMV ne puisse pas être
mosaïque de différentes aires protégées, protégées entièrement classée comme une mosaïque de
pour la gestion durable des paysages sahéliens différentes aires protégées, protégées pour la
afin de fournir de la nourriture, de l'eau et de gestion durable des paysages sahéliens afin
l'énergie, pour soutenir les moyens de de fournir de la nourriture, de l'eau et de
subsistance de ses nombreux résidents, et l'énergie, pour soutenir les moyens de
pour sauvegarder la beauté et la diversité des subsistance de ses nombreux résidents, et
paysages et des cultures sahéliennes. pour sauvegarder la beauté et la diversité des
paysages et des cultures sahéliennes.

© Andrea Borgarello/World Bank

55
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

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61
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Annexe 1 : Liste des projets SAWAP

Pays Titre du projet Objectif de développement du Comment les problèmes spécifiques


projet (tel qu'indiqué dans le de la biodiversité sont-ils abordés
document de projet) (dans le cadre d'une composante ou
sous-composante du projet)

Bénin Projet de Aider le Bénin dans ses efforts Le projet traite de la gestion durable des
gestion des Forêts et pour jeter les bases d'un système ressources forestières, par la mise à jour,
Terroirs Riverains intégré collectif de gestion des l'harmonisation et la mise en œuvre des plans
écosystèmes de ses forêts et de de gestion des réserves forestières ; Restau-
ses terres adjacentes ration des zones dégradées ; gestion des
parcours et des zones protégées pour la
conservation à long terme de la forêt ; et la
gestion de des excursions d'ile d'oiseaux.

Burkina Faso Troisième phase du Renforcer la capacité des commu- Le projet gère les ressources naturelles et
programme national nautés rurales et des institutions protège les écosystèmes, en particulier les
de gestion des décentralisées à mettre en œuvre des écosystèmes, les aires protégées et les
terroirs plans de développement locaux qui réserves du complexe écologique PONASI
favorisent la gestion durable des (couvrant les aires protégées de Po,
terres et des ressources naturelles et Nazinga et Sissili) dans le Centre-Sud du pays.
des investissements productifs au
niveau de la commune

Tchad Projet d'appui à la Aider les collectivités rurales et les Le projet abordera la gestion des écosys-
production agricole organisations de producteurs dans la tèmes grâce à la protection des écosystèmes
d'urgence croissance : (I) la production de naturels ciblés qui contiennent des réserves
cultures sélectionnées et les espèces naturelles et des parcs nationaux dans quatre
de bétail dans certaines zones, et (ii) régions.
l'utilisation de pratiques durables de
gestion des terres et des eaux dans les
écosystèmes vulnérables au climat

Éthiopie Projet de gestion Réduire la dégradation des sols et Le projet établira et renforcera les zones
durable des terres et améliorer la productivité foncière protégées au niveau communautaire, les
changement clima- dans certains bassins hydrogra- zones de conservation, les réserves commu-
tique phiques dans les régions ciblées nales, les bosquets, les couloirs de la faune
en Éthiopie pour la conservation durable des ressources
naturelles. Il permettra de conserver la biodi-
versité à la communauté et les niveaux de
ferme individuels, à travers, entre autres,
l'identification des espèces de plantes locales
endémiques et menacées, de la conservatio-
nin-situ et ex-situ.

Ghana Projet de gestion 1. Démontrer une amélioration des Le projet utilisera l'approche de gestion des
durable des terres et pratiques durables de gestion des terres bassins versants afin de gérer les corridors
des eaux et des eaux visant à réduire la dégrada- biologiques riverains, y compris la faune, en
tion des sols et à améliorer la mainte- maintenant et en améliorant les principales
nance de la biodiversité dans certains valeurs de l'habitat.
micro-bassins hydrographiques ; et
2. Renforcer l'aménagement du territoire
pour l'identification des investissements
des bassins versants liés dans la région
des Savanes du Nord du Ghana.

Mali Gestion des Élargir l'adoption de pratiques Le projet traite de la biodiversité grâce à une
ressources naturelles durables de gestion des terres et de approche d'adaptation fondée sur l'écosys-
dans un climat l'eau dans les communes vulné- tème. Il soutient également la gouvernance de
changeant rables des zones climatiques ciblées la gestion des ressources naturelles au niveau
au Mali local en élaborant et en adoptant des plans
d'utilisation participative des ressources
communautaires et la révision des plans de
62 développement des communes qui intègrent
les problèmes de gestion durable des terres
et la conservation de la biodiversité.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel

Pays Titre du projet Objectif de développement du Comment les problèmes spécifiques


projet (tel qu'indiqué dans le de la biodiversité sont-ils abordés
document de projet) (dans le cadre d'une composante ou
sous-composante du projet)

Mauritanie Projet de Renforcer la gestion durable du Le projet restaurera les écosystèmes de la


gestion durable du paysage dans les écosystèmes gomme arabique dégradée. Cela contribue-
paysage productifs ciblés en Mauritanie. ra à améliorer la conservation de la biodiver-
sité, la conservation des sols et de l'eau,
ainsi que la végétation et le stockage du
carbone du sol.

Niger Troisième phase du Renforcer la planification du déve- Grâce à des pratiques de gestion durable
programme d’actions loppement local et des capacités des terres, le projet tente d’améliorer la
communautaires de mise en œuvre, y compris la conservation et l'utilisation durable de la
capacité de répondre rapidement biodiversité, ainsi que les biens et services
et efficacement à une situation de de l'écosystème. Cela se fera en améliorant
crise ou d'urgence admissible, et l'efficacité des systèmes d'aires protégées
et en intégrant la conservation de la biodi-
d'améliorer l'accès de la popula-
versité et l'utilisation durable dans les
tion ciblée aux services
paysages de production ainsi que d'autres
socio-économiques.
secteurs.

Nigéria Projet de gestion de Réduire la vulnérabilité à l'érosion En utilisant une approche intégrée de
l'érosion et des bassins des sols dans les sous-bassins gestion des bassins versants, le projet traite
versants au Nigéria versants ciblés des ressources naturelles et de la dégrada-
tion de la biodiversité, y compris le problème
spécifique de l'érosion des ravines (et
d'autres zones affectées par l'érosion) que le
projet tentera de résoudre.

Sénégal Projet de Développe- Développer une agriculture Les forêts classées et les réserves naturelles
ment Inclusif et Durable commerciale durable et inclusive seront protégées et gérées durablement par
de l’Agribusiness et une gestion durable des terres une approche de gestion participative du
dans les domaines du projet. paysage. La gestion durable des forêts
entraînera une augmentation de la séquestra-
tion du carbone et d'autres services écosys-
témiques clés, ce qui permettra de restaurer
la capacité du sol à produire.

Soudan Projet de gestion Accroître l'adoption de pratiques Le projet traitera directement des problèmes
durable des ressources de gestion durable des terres et de conservation de la biodiversité. En
naturelles de l'eau dans les paysages ciblés utilisant une approche par paysage, il élabo-
de certains États du Soudan rera des plans participatifs de gestion
durable du paysage qui devraient aider à
gérer efficacement l'eau, la forêt, les
pâturages et l'agriculture dans les zones
tampons et les aires protégées et protéger
les services écosystémiques.

Togo Projet de gestion Renforcer la capacité institution- Le projet finance les activités participatives,
intégrée des catas- nelle des institutions ciblées à avec les communautés, à l'intérieur et autour
trophes et des terres gérer les risques d'inondations et des zones protégées et des forêts sélection-
de dégradation des terres dans les nées dans le but de réduire la pression sur
zones rurales et urbaines ciblées les ressources forestières et de restaurer les
services écosystémiques.

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© Andrea Borgarello/World Bank
Biodiversity and the Great Green Wall: managing nature for sustainable development in the Sahel

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Biodiversity and the Great Green Wall: managing nature for sustainable development in the Sahel

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UNION INTERNATIONALE POUR LA
CONSERVATION DE LA NATURE

Direction Régionale
Programme Afrique Centrale et Occidentale (PACO)
01 BP 1618 Ouagadougou 01
Burkina Faso
Tél : +226 25 40 99 42
E-mail: paco@[Link]
[Link]/paco

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