2017 027 FR
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Biodiversité et Grande Muraille Verte :
Gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Jonathan Davies
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La terminologie géographique employée dans cet ouvrage, de même que sa présentation, ne sont en aucune
manière l'expression d'une opinion quelconque de la part de I'UICN ou des autres institutions concernées
sur le statut juridique ou l'autorité de quelque pays, territoire ou région que ce soit ou sur la délimitation de
ses frontières.
Les opinions exprimées dans cette publication ne reflètent pas nécessairement celles de l’UICN ou des
autres institutions concernées.
Le présent ouvrage a pu être publié grâce à un soutien financier du Fonds pour l’Environnement Mondial
(FEM) et du Groupe de la Banque mondiale.
L'UICN et les autres institutions concernées rejettent toute responsabilité en cas d’erreurs ou d’omissions
intervenues lors de la traduction en français de ce document dont la version originale est en anglais. En cas
de divergences, veuillez-vous référer à l’édition originale. Titre de l'édition originale : Biodiversity and the
Great Green Wall. (2017). Ouagadougou, Burkina Faso : UICN
Droits d'auteur : ©2017, Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources
Citation : Davies, J. (2017). Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un
développement durable au Sahel. Ouagadougou, Burkina Faso : UICN. xiv + 66pp.
ISBN : 978-2-8317-1865-1
DOI: 10.2305/[Link]
Photos de couverture :
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Créée en 1948, l’UICN s’est agrandie au fil des ans pour devenir le réseau environnemental le plus important
et le plus diversifié au monde. Elle compte avec l’expérience, les ressources et le poids de ses plus de 1300
organisations Membres et les compétences de ses plus de 16 000 experts. Elle est l’un des principaux
fournisseurs de données, d’évaluations et d’analyses sur la conservation. Sa taille lui permet de jouer le rôle
d’incubateur et de référentiel fiable de bonnes pratiques, d’outils et de normes internationales.
L’UICN offre un espace neutre où diverses parties prenantes –gouvernements, ONG, scientifiques,
entreprises, communautés locales, groupes de populations autochtones, organisations caritatives et autres–
peuvent travailler ensemble pour élaborer et mettre en œuvre des solutions pour lutter contre les défis
environnementaux et obtenir un développement durable.
Travaillant de concert avec de nombreux partenaires et soutiens, l’UICN met en œuvre un portefeuille vaste
et divers de projets liés à la conservation dans le monde. Associant les connaissances scientifiques les plus
pointues et le savoir traditionnel des communautés locales, ces projets visent à mettre un terme à la
disparition des habitats, à restaurer les écosystèmes et à améliorer le bien-être des populations.
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[Link]/paco
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Au sujet du CILSS (Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel)
Le Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) (Permanent Interstates
Committee for Drought Control in the Sahel) a été créé le 12 septembre 1973 à la suite des grandes
sécheresses qui ont frappé le Sahel dans les années 70. Il regroupe de nos jours treize (13) États membres
dont : 8 États côtiers (Bénin, Côte d’ivoire, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal, Togo) ;
4 États enclavés (Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad) et 1 État insulaire (Cap Vert).
Le CILSS mène des travaux qui se répartissent en 5 pôles de services : Appui à la définition et la mise en
œuvre des politiques sectorielles relatives à son mandat ; Formations de base et continues ; Information ;
Recherche et capitalisation ; Projets pilotes multi-pays.
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[Link]/cilssinfos
[Link]/sawapbricks
Table de matières
3 La biodiversité au Sahel............................................................................................................. 15
3.1. La biodiversité des zones arides : adaptation à l’incertitude................................. 15
3.2. Un aperçu de la diversité des espèces dans le Sahel........................................... 17
3.3. Le statut de la biodiversité au Sahel....................................................................... 21
3.4. Les facteurs de perte de biodiversité et de dégradation des terres...................... 23
Références........................................................................................................................................ 56
Annexe 1............................................................................................................................................ 62
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Figure 6 : Superficie totale récoltée de céréales au Sahel depuis 1961 (données de FAOSTAT)..............13
Figure 7 : Rendement moyen du maïs pour les pays membres du CILSS depuis 1961 (données du
FAOSTAT )....................................................................................................................................13
Figure 13 : Carte des aires protégées dans les pays de la Grande Muraille Verte.......................................41
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Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Acronymes et abréviations
BM Banque mondiale
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Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Préface
La Grande Muraille Verte est l'un des principaux moyens pour la réalisation des Objectifs du Développement
Durable et des conventions de Rio au Sahel. La biodiversité est le fondement de la Grande Muraille Verte de
plusieurs façons : elle détermine la productivité des sols et les cycles de l'eau et fournit les bases de la gestion
des risques et des écosystèmes résilients. La Grande Muraille Verte peut apporter une contribution majeure à
la réalisation de plusiuers des Objectifs du Développement Durable. Elle contribue à recentrer les efforts visant
à lutter contre la désertification, à réaliser la Neutralité en matiède de Dégradation des Terres et à améliorer la
sécurité alimentaire et de l'eau dans l'un des endroits les plus vulnérables de la planète. Ce faisant, les pays
contribueront à l'atténuation et à l'adaptation aux changements climatiques et à la restauration et à la protection
de la biodiversité.
Cependant, le Sahel est confronté à certaines des plus grandes menaces environnementales au monde, avec
un potentiel doublement de la population rurale et du nombre de personnes dépendantes de l'agriculture vivant
sous le seuil de pauvreté à l’horizon 2030. La productivité agricole au Sahel augmente, mais pas assez vite pour
suivre le rythme de la croissance démographique. Au fur et à mesure que les pays investissent davantage dans
les zones arides, on prévoit une plus grande menace pour la biodiversité et la région devrait être encore plus
affectée par la destruction de l'habitat au siècle prochain que partout ailleurs sur la planète Terre.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel démontre que
la biodiversité - dans toute sa richesse et son abondance - est le fondement de l'agriculture, de
l'approvisionnement en eau et de la régulation du climat. La biodiversité régule les cycles du carbone, de l'azote
et de l’eau et détermine ainsi le flux des services écosystémiques dont dépend l'humanité. Les bienfaits de la
nature ne sont pas gratuits et si nous ne protégeons pas la biodiversité, nous dégraderons rapidement les
écosystèmes d’où sont tirés les bienfaits de la nature.
La dégradation des terres au Sahel a montré à quel point les écosystèmes peuvent être dégradés et combien
de temps il faut pour les restaurer. Cette compréhension nous aide à repenser la Grande Muraille Verte, ainsi
que d'autres approches ambitieuses de restauration des paysages, tel que le Défi de Bonn et l'Initiative AFR100.
La restauration des paysages et des écosystèmes signifie restaurer le fonctionnement des écosystèmes, ce qui
dépend de la restauration et de la protection de la biodiversité, y compris la vaste richesse d'espèces présentes
dans le sol qui sont souvent regroupées sous le nom de "carbone". Les objectifs de la Grande Muraille Verte
exigent que tous les utilisateurs des terres - agriculteurs, éleveurs, habitants des forêts et autres - soient des
partisans de la conservation. Ces derniers doivent être en mesure de capitaliser sur leurs connaissances locales
afin de protéger et enrichir la biodiversité dont leurs moyens de subsistance dépendent.
Biodiversité et Grande Muraille Verte permet de démontrer les liens complexes entre la biodiversité et les bienfaits
que nous tirons tous de la nature. Le livre montre comment la biodiversité est protégée par des approches
durables de gestion des terres, par exemple par la protection du carbone organique du sol et la promotion des
approches agroécologiques. Ce livre démontre comment les agriculteurs et les éleveurs sahéliens peuvent réaliser
les objectifs de la Grande Muraille Verte ainsi que les engagements nationaux à l'égard des aspirations mondiales,
telles que le Défi de Bonn, l'initiative 4/1000 et bien d'autres encore. Ce livre se concentre sur le Sahel, mais son
message sur la gestion durable des terres est d'une importance planétaire.
Remerciements
L'auteur souhaite reconnaitre les commentaires et contributions exceptionnels des institutions partenaires
et des personnes consultées au cours de cette étude. Un remerciement particulier est adressé aux personnes
suivantes : Taibou Ba, Edmund Barrow, Nabil BenKhatra, Stephen Danyo, Philippe Dardel, Julian Fennessy,
Jean-Marc Garreau, Saverio Kratli, Ndeye Fatou Mar, Félicité Mangang, Bora Masumbuko, Yasmina Oodally,
Sébastien Regnaut, Arsène Sanon, Louis Blanc Traoré et Philippe Zoungrana.
Un merci spécial à Mike Mortimore, Jules Adjima pour leur revue par les pairs et commentaires, ainsi qu'aux
membres du Comité éditorial de l'UICN. Ils ont grandement contribué à améliorer ce document.
L’auteur est extrêmement reconnaissant à Bora Masumbuko pour le temps qu’elle a passé à coordonner
ce travail.
Cette étude a été rendue possible grâce au financement de la Banque mondiale avec des financements du
Fonds pour l'environnement mondial (FEM). Nous sommes également reconnaissants pour le soutien des
institutions partenaires impliquées dans le projet BRICKS dans le cadre duquel cette étude a été menée : le
Comité permanent Inter-Etats pour la lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) et l'Observatoire du Sahara
et du Sahel (OSS).
Le contenu de ce rapport relève uniquement de la responsabilité de l’auteur et ne doit pas être interprété
comme reflétant les opinions de l'un des individus ou des organisations qui ont contribué au rapport ou à
l'un de ses éléments.
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Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Résumé analytique
La Grande Muraille Verte du Sahara et du Sahel est une initiative africaine phare visant à lutter contre la
désertification, réduire la pauvreté et répondre aux effets des changements climatiques. L’initiative a été
conçue par les dirigeants africains sous l’égide de l’Union Africaine. Elle est soutenue par des
investissements de plus en plus considérables sur le terrain dans bon nombre de pays. La Grande Muraille
Verte est perçue par de nombreux acteurs comme étant une vaste mosaïque de paysages sains et productifs
en Afrique de l’Ouest et de l’Est, soutenant des moyens d’existence résilients et contribuant aux multiples
objectifs environnementaux et de développement.
Le rapport examine les moyens par lesquels les éléments de conservation de la biodiversité peuvent être
intégrés dans tous les aspects de la gestion des ressources naturelles et comment cela peut être réalisé à
travers la Grande Muraille Verte. Il examine par ailleurs les manières dont la Gestion Durable des Terres
(GDT) qui constitue un pilier central de la lutte contre la désertification, conserve la biodiversité dont dépend
la productivité des écosystèmes. Le rapport explore les raisons pour lesquelles l’intégration de la
biodiversité dans la gestion durable des terres dans les zones arides du Sahel nécessite une attention
particulière pour la gestion de l’eau et de la fertilité des sols. Il montre que l’adaptation aux défis du maintien
de l’humidité et de la fertilité des sols et la limitation des pertes d’eau par évaporation dans les zones arides
requièrent des approches novatrices de protection des écosystèmes à travers la conservation de la
biodiversité, y compris le large éventail de biodiversité existant dans le sol.
Le rapport conclut que les avantages qu’offre la nature et connus sous le nom de ‘services écosystémiques’,
dépendent dans une large mesure de la biodiversité. Le message clé est que le bien-être de l’Homme et le
développement économique dépendent de l’intégration des éléments de conservation de la biodiversité dans
tous les aspects de la gestion des ressources naturelles. Par conséquent, la conservation de la biodiversité à
travers la gestion durable des terres dans la Grande Muraille Verte contribue au développement économique,
à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté.
Les zones arides sahéliennes sont confrontées à plusieurs défis économiques, environnementaux et sociaux.
Les projections de changements climatiques, bien qu’elles soient incertaines, indiquent des changements
majeurs dans les schémas climatiques futurs. La pauvreté se généralise, les niveaux de développement
humain sont faibles et les projections de croissance démographique sont élevées. La pression sur les
ressources naturelles et la demande de nourriture, d’eau et d’énergie ne cesse d’augmenter. La production
vivrière augmente au Sahel grâce à l’extension des superficies cultivées et aux modestes améliorations de la
productivité. Cependant, ces gains de productivité ne suivent pas le rythme de croissance de la demande
même si de nombreux gains ont été enregistrés grâce aux pratiques agricoles qui contribuent à la dégradation
des terres compromettant ainsi les rendements agricoles à long terme.
Une composante fréquemment négligée de la biodiversité est celle que l’on trouve dans le sol, à savoir les
bactéries, les invertébrés et les champignons entre autres. Cette biodiversité du sol embrasse la plus grande
composante de biodiversité du Sahel, même si elle est la plus mal comprise. La biodiversité du sol constitue le
moteur des fonctions des écosystèmes et détermine les cycles du carbone et de l’azote ainsi que les cycles
hydrologiques et donc la productivité et la résilience des terres.
Le Sahel et le Sahara soutiennent une gamme impressionnante d’éléments de biodiversité, y compris un grand
nombre d’espèces endémiques : espèces que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur la planète. La biodiversité s’est
adaptée aux zones arides de plusieurs manières différentes et en particulier à la saisonnalité, à la raréfaction et
à la variabilité des précipitations. L’agro-biodiversité dans le Sahel s’est également adaptée aux conditions et est
vitale pour les moyens d’existence et la résilience des populations rurales des zones arides.
La biodiversité connaît une diminution rapide sur l’ensemble du Sahel et les experts prévoient que la région
du Sahel sera plus affectée par la destruction de l’habitat dans le siècle à venir que partout ailleurs sur la
terre. La croissance démographique et l’augmentation des richesses et des investissements sont les
principaux facteurs de la baisse de la biodiversité dans le Sahel. L’expansion de l’agriculture et en particulier
l’extension de pratiques de gestion des terres qui ne conservent pas la biodiversité du sol ou n’intègrent
pas la biodiversité de surface, constitue également un facteur important de perte de biodiversité. L’installation
des populations ne cesse de s’étendre également, compromettant l’environnement immédiat.
Les pratiques agricoles et pastorales traditionnelles se sont bien adaptées aux défis de l’aridité et de l’incertitude
climatique au Sahel mais elles ont été érodées par des politiques qui ne donnent pas la priorité à la gestion des
risques. L’intensification de l’agriculture a été particulièrement néfaste à la résilience et à la biodiversité, même
s’il y a des signes d’une tendance vers un soutien plus élargi à l’intensification durable et un passage à échelle
de la GDT. Bon nombre de sociétés des zones arides ont de fortes valeurs de préservation de l’environnement
et de riches connaissances sur leur environnement et reposent fortement sur une large biodiversité. Permettre
de nouveau aux communautés d’utiliser ces connaissances peut constituer un puissant moyen de traitement
de la biodiversité et de construction de la résilience dans le Sahel.
L’agriculture durable offre l’un des moyens les plus importants d’atteindre les objectifs de la Grande Muraille
Verte en protégeant à la fois la biodiversité et les services écosystémiques, en augmentant la productivité
agricole et en renforçant la résilience des populations et des écosystèmes. Les pratiques de gestion durable
des terres reposent souvent sur la protection de la biodiversité pour augmenter le carbone organique du
sol, l’azote du sol et l’humidité du sol. Des pratiques comme l’agroforesterie et l’agriculture à faible labour
sont basées sur des pratiques locales qui ont été ravivées et améliorées pour conserver l’humidité des sols
et la fertilité des terres agricoles et pour apporter des avantages supplémentaires. D’autres pratiques de
GDT telles que les diguettes et le zaï contribuent au renforcement de l’humidité du sol et de la matière
organique afin d’améliorer la productivité et la résilience.
Les aires protégées, qu’elles appartiennent aux communautés, aux autorités étatiques ou aux propriétaires
terriens ou qu’elles soient placées sous leur gestion, peuvent jouer un rôle fondamental dans la protection des
pratiques de gestion durable des terres qui répondent à la désertification et à la sécheresse. Tous les types
d’aires protégées doivent être pris en compte, ce qui nécessite un changement d’attitudes dans le secteur de
la conservation dans le sens du respect du rôle des terres agricoles protégées dans la conservation de la
biodiversité et des services écosystémiques. Les pâturages sont particulièrement convenables pour être
reconnus comme aires protégées étant donné que la gestion durable de la biodiversité des pâturages est un
objectif important de gestion. Environ 5% du Sahel -soit 224,825 km2- sont formellement protégées, ce qui est
très en-dessous de l’Objectif 11 d’Aichi qui est de 17%1.
Les mesures de conservation à base communautaire ont beaucoup de potentiel d’expansion dans la région.
Beaucoup de sociétés gèrent leur environnement en vue d’augmenter son hétérogénéité et leurs pratiques
de conservation et de gestion durable des terres peuvent être soutenues à travers l’utilisation d’un statut
approprié d’aire protégée. Les zones conservées par les communautés peuvent également jouer un rôle
important dans la protection de l’agro-biodiversité dans le Sahel.
Les mécanismes traditionnels de gestion des risques sont d’autant plus importants au vu du niveau élevé
d’incertitude dans les changements climatiques et la probabilité que le climat devienne plus imprévisible.
Le non - respect des connaissances locales et des droits aux ressources locales a empêché bon nombre
de gestionnaires de terres de gérer leurs terres de manière durable. Cependant, de nouvelles approches
de gouvernance locale et de renforcement des capacités sont en train de permettre une dynamisation
des stratégies traditionnelles de gestion des risques. Cela donne de bonnes perspectives d’une large
adoption de la gestion durable des terres qui peut être plus efficacement intégrée dans les plans centraux
de développement agricole.
Beaucoup de gestionnaires des terres dans le Sahel sont limités par l’héritage de faible investissement dans
le développement de base. Un capital humain plus fort, en particulier une éducation de base aussi bien
pour les femmes que les hommes, pourrait servir de catalyseur pour une plus large adoption des pratiques
de gestion durable des terres. Cela serait soutenu par le renforcement des capacités institutionnelles et xi
1
Objectif 11 d’Aichi. D’ici 2020, au moins 17 pour cent des eaux terrestres et continentales et 10 pour cent des des zones côtières et marines,
spécialement les zones particulièrement importantes pour la biodiversité et les services écosystémiques, sont conservées grâce à des systèmes
d'aires protégées efficaces et équitablement gérés, écologiquement représentatifs et bien connectés et d'autres mesures efficaces de
conservation de la zone et intégrés dans les paysages plus vastes et les paysages marins.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
communautaires pour atteindre une gouvernance plus équitable des ressources locales et une sécurisation
de la tenure foncière. La combinaison de l’appui aux institutions communautaires avec une tenure et une
gouvernance plus forte des ressources peut constituer la base la plus forte d’un développement résilient
dans la Grande Muraille Verte.
Les objectifs de la Grande Muraille Verte peuvent être compromis par une incompréhension persistante de
ce que sont les zones arides. Les acteurs ont des visions conflictuelles du développement et il y a un parti
pris actuel pour l’agriculture à haute intensité de capitaux au détriment de la gestion durable des terres et
de la résilience des communautés et la gestion des risques. Un accent particulier doit être mis sur la gestion
de la biodiversité et du carbone organique du sol pour atteindre une gestion plus efficiente des sols et des
ressources en eau des zones arides.
De manière générale, il est important de faire connaître une autre vision de la gestion durable des paysages
basée sur la multifonctionnalité. Cela implique une gestion simultanée des terres pour leurs multiples
avantages pour la société. La Grande Muraille Verte est une puissante opportunité de réalisation d’une telle
vision à travers la promotion de la gestion durable et de la restauration des terres à grande échelle.
L’utilisation d’une telle approche intégrée sera cruciale pour l’atteinte des objectifs d’une résilience et d’une
gestion des risques plus fortes.
Pour atteindre ses objectifs, la Grande Muraille Verte devra adapter la croissance de l’économie verte aux
conditions uniques des zones arides, mettre un accent particulier sur la gestion durable de la biodiversité et
des écosystèmes et accorder une plus grande priorité à la santé des terres comme base de la sécurité
alimentaire et des ressources hydriques. Les pays de la Grande Muraille Verte devront aussi mettre l’accent
sur la résilience et la gestion des risques en les adaptant au niveau élevé d’incertitude dans ces
environnements de zones arides.
Les recommandations sur l’intégration de la biodiversité en vue de l’atteinte des objectifs de la Grande
Muraille Verte sont regroupées dans les quatre domaines suivants :
1. Intégrer la Gestion Durable des Terres dans le secteur de l’agriculture pour atteindre une Neutralité
en matière de Dégradation des Terres, y compris des investissements dans le passage à échelle de
la gestion durable des terres et la restauration des paysages, la promotion de l’innovation dans les
petites et moyennes entreprises d’agriculture durable et le développement de services financiers
adaptés aux besoins aussi bien des hommes que des femmes engagés dans l’agriculture et l’élevage
pour renforcer leurs investissements dans la GDT.
3. Renforcer la gouvernance, les droits de tenure et de ressources au niveau local, par la promotion
de la gouvernance locale des ressources naturelles à travers la planification participative et la dévolution
de la prise de décisions, le renforcement des capacités pour renforcer la gouvernance locale et la tenure
des ressources, le renforcement des droits des femmes en tant que gestionnaires de ressources
naturelles et l’assurance que les institutions juridiques ont des ressources pour appuyer la mise en
œuvre des lois foncières nationales.
xii
4. Effectuer un suivi de la biodiversité et des fonctions des écosystèmes et évaluer les investissements
et les politiques de la Grande Muraille Verte à travers des financements publics pour le suivi de la
biodiversité et les fonctions des écosystèmes, les investissements dans la mesure du carbone organique
des sols comme indicateur de GDT, l’atténuation des changements climatiques et la biodiversité, la
promotion de la recherche sur le rôle de gestion durable des terres dans la conservation de la biodiversité,
et la valorisation des connaissances locales en matière de gestion durable des terres.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Conclusion
La Grande Muraille Verte peut remplir ses engagements de lutte contre la désertification, y compris l’atteinte
d’une Neutralité en matière de Dégradation des Terres tout en conservant la biodiversité, atténuant les
changements climatiques et renforçant l’adaptation aux changements climatiques. Cependant, la valeur de la
biodiversité pour la gestion durable des terres et la sauvegarde des services écosystémiques doit être largement
comprise afin d’identifier les meilleures options d’investissement pour les pays dans leur ensemble.
Des synergies véritables peuvent être établies entre les objectifs environnementaux et de développement
qui font de la Grande Muraille Verte une priorité nationale en termes d’investissements. La plus grande partie
du territoire de la Grande Muraille Verte pourrait être classée en fin de compte comme une mosaïque de
différents types d’aires protégées: protégées pour la gestion durable des paysages sahéliens pour fournir
des vivres, de l’eau et de l’énergie, soutenir les moyens d’existence de ses nombreux résidents et
sauvegarder la grande beauté et la diversité des paysages et des cultures sahéliens.
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Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
© Andrea Borgarello/World Bank
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Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La diversité et l’abondance de la vie sur terre ont une grande influence sur le fonctionnement des
écosystèmes et les services qu’ils fournissent et constituent donc un facteur déterminant du capital naturel.
La biodiversité contribue de manière significative au bien-être de l’humanité, non par la seule fourniture de
biens consommables, mais en assurant l’offre d’un large éventail de services tels que la fertilité des sols, la
régulation des eaux, la réduction des risques, le patrimoine culturel et bien plus encore.
Le bien-être humain dépend non seulement du développement physique et du capital humain (“l’économie”),
mais aussi de la société, intégrée et dépendante de la nature. Les avantages de la nature qui déterminent le
bien-être humain sont appelés les services écosystémiques (l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire,
2005) et le flux des services écosystémiques est déterminé dans une grande mesure par la biodiversité, tel
que résumé dans le présent rapport. Comprendre le rôle de la biodiversité dans la détermination du bien-être
humain nécessite une perspective large qui va bien au-delà de quelques espèces emblématiques. Ce rapport
montre que la gestion durable des terres est soutenue par la variété et l’abondance de la vie, tant dans le sol
qu’au-dessus du sol.
La Grande Muraille Verte est apparue ces dernières années comme un vecteur essentiel pour la lutte contre
la désertification au Sahel. Elle s’est développée considérablement depuis son interprétation initiale,
restrictive et potentiellement néfaste comme une ligne d’arbres allant de l’Atlantique à la Mer Rouge. La GMV
est maintenant considérée par beaucoup comme un plan ambitieux de restauration des paysages dégradés
et de gestion durable des terres grâce à une mosaïque d’utilisation des terres. Ce rapport soulignera qu’il
existe de nombreuses façons de contribuer aux ambitions de la GMV, et les contributions doivent provenir
de plusieurs secteurs, travaillant souvent de manière coordonnée et en se soutenant mutuellement.
La Grande Muraille Verte peut assurer la durabilité environnementale et la réduction de la pauvreté, ce qui
contribuera simultanément à un certain nombre d’objectifs mondiaux en matière d’environnement et de
développement. Par exemple, l’initiative est explicitement conçue pour contribuer à ODD 1 (Pas de pauvreté),
ODD 2 (Faim “zéro”) et ODD 15 (Vie terrestre). La GMV peut également contribuer à ODD 5 (Egalité entre les
sexes), ODD 6 (Eau propre et assainissement), ODD 7 (Energie propre et d’un coût abordable), ODD 8 (Travail
décent et croissance économique) et ODD 13 (Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques). 1
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les objectifs de la Grande Muraille Verte dépendent de la conservation de la biodiversité et des services
écosystémiques comme fondement de la résilience des personnes et de la nature : la biodiversité contribue
au développement économique, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté. En conséquence,
la GMV peut contribuer à un certain nombre des Objectifs d’Aichi comme indiqué dans la figure 15 dans
ce rapport. L’isolement de ces objectifs et l’ignorance de leur synergie naturelle conduiront à une utilisation
inefficace des ressources et sous-estimeront nettement les investissements les plus durables. Les
avantages globaux pour la société de la GMV devraient être mesurés intégralement, et pas seulement le
sous-ensemble des avantages dans un secteur donné.
Ce rapport met en avant le rôle de la biodiversité dans la réalisation de la Grande Muraille Verte et examine
la relation entre les actions de conservation et la gestion durable des terres et la restauration. Ceux-ci ne
devraient pas être représentés comme deux alternatives concurrentes : l’objectif de l’agriculture durable
est de conserver la biodiversité dont dépend la productivité des
agroécosystèmes. L’objectif du rapport est de sensibiliser au rôle
joué par la gestion durable des terres dans la protection de la L’objectif de l’agriculture durable
biodiversité, d’élargir la signification du mot “biodiversité”, de est de conserver la biodiversité
sensibiliser au rôle central de la biodiversité dans la gestion dont dépend la productivité des
durable des terres et la restauration des paysages, et de fournir agroécosystèmes.
des conseils pour intégrer la gestion de la biodiversité dans les
2 investissements et les politiques de la GMV.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Restauration
La restauration écologique est le processus d’aide à la récupération d’un écosystème dégradé, endommagé
ou détruit. Elle a été définie comme “une activité intentionnelle qui initie ou accélère la récupération d’un
écosystème en ce qui concerne sa santé, son intégrité et sa durabilité” (SER, 2004). La restauration écologique
comprend l’amélioration, dans la mesure du possible, de la biodiversité et des espèces indigènes pour soutenir
la fonctionnalité de l’écosystème.
Réhabilitation
La réhabilitation des écosystèmes désigne le rétablissement d’une partie de la productivité, de la structure,
de la fonction et des processus de l’écosystème d’origine. La réhabilitation peut être une étape sur le chemin
de la restauration complète, ou peut être l’objectif final lui-même.
Paysage
Un paysage est une mosaïque géographique composée d’écosystèmes en interaction résultant de
l’influence des interactions géologiques, topographiques, des sols, climatiques, biotiques et humaines
dans une zone donnée. Le terme est fréquemment utilisé pour décrire une vaste zone définie à la fois par
des facteurs écologiques et sociaux.
Le rapport contient un aperçu du contexte dans l’introduction et la section suivante sur les zones arides de
la Grande Muraille Verte. Ceci est suivi d’un aperçu de la biodiversité au Sahel et des avantages de la
biodiversité pour l’humanité au Sahel. Le rapport décrit ensuite certaines des approches importantes de
conservation de la biodiversité et discute des obstacles et des opportunités de conservation de la biodiversité
dans la Grande Muraille Verte. Le rapport se termine par un certain nombre de recommandations à l’intention
des principales parties prenantes.
Afin d’inverser les tendances à la dégradation des terres et soutenir l’Initiative de la Grande Muraille Verte,
la Banque mondiale/FEM et leurs partenaires ont mis en place le projet de renforcement de la résilience par
le biais des services lies à l’innovation, à la communication et aux connaissances (BRICKS) et le Programme
Sahel et Afrique de l’Ouest (SAWAP). Le projet BRICKS3 a été conçu pour améliorer l’accessibilité des
meilleures pratiques et le suivi des informations dans le portefeuille du SAWAP sur l’utilisation et la gestion
durable des terres. Cela améliorera le bien-être et la résilience de l’homme et la santé des écosystèmes
grâce à la mise en place d’approches novatrices et intégrées du paysage qui contribuent à la gestion durable
des terres. Le SAWAP est un programme d’investissement régional qui traite des problèmes de dégradation
des sols et de changement climatique dans 12 pays, à savoir : le Bénin, le Burkina Faso, le Tchad, l'Éthiopie,
le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, le Soudan et le Togo. Son objectif est
d’étendre la gestion durable des terres et de l’eau (GDTE) dans les paysages ciblés et les zones vulnérables
au climat dans les pays de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel (Banque mondiale, 2011). BRICKS fournit un
soutien technique aux projets SAWAP. 3
2
Voir le Glossaire des définitions de l’UICN : [Link]
3
Le projet BRICKS est mis en œuvre par Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), l’Union internationale
pour la conservation de la nature (UICN), et l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La présente étude se déroule dans le cadre du projet BRICKS. Cela aidera les équipes de projet du SAWAP
et d’autres acteurs à répondre à la question suivante : Comment la conservation de la biodiversité peut-elle
aborder efficacement et contribuer à la gestion durable des terres (et vice versa) ? Les projets SAWAP
comprennent les composantes/activités de la biodiversité à différents degrés d’importance ; ils sont indiqués
dans le tableau en annexe.
Les pays de projets SAWAP peuvent bénéficier de ce que la biodiversité offre, y compris la biodiversité des
sols, si elle est bien comprise et gérée, en réponse à l’atténuation et à l’adaptation aux changements
climatiques, à l’augmentation du stockage du carbone ou à la réduction des risques d’inondation et de
sécheresse, qui pourraient engendrer des catastrophes.
Les résultats de l’étude aideront les équipes de projet du SAWAP à mieux envisager la conservation de la
biodiversité lorsqu’elles aborderont les problèmes de dégradation des sols et les approches les plus vastes
de gestion durable des terres, y compris l’approche paysage, dans leurs projets et dans les investissements
futurs, tout en les reliant à la GMV. Ils vont également mieux capitaliser leurs résultats en fonction des
conclusions de l’étude.
© Philippe Zoungrana
4
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
4
[Link] (consulté le 08/06/2016)
5
Cette phrase est utilisée plusieurs fois par les organisations internationales sans citation de l’original
6
Burkina Faso, Tchad, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal et Soudan
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
700
650
600
550
500
450
400
350
OBS
300 Linéaire
Décennal
250
200
1960 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010
Le développement dans les régions arides est généralement en retard par rapport aux zones plus humides,
en raison notamment d’une combinaison d’investissements faibles et mal planifiés, d’un manque de
compréhension des problèmes particuliers des terres arides et d’un manque de volonté politique au niveau
national. Beaucoup de zones arides sont éloignées et relativement peu peuplées et leurs habitants sont
souvent déconnectés politiquement, ce qui contribue à leur négligence par de nombreux gouvernements.
Cependant, plusieurs pays sahéliens ont leur capitale au Sahel et, par conséquent, l’éloignement ne tient
pas compte de tous les défis du développement. Le développement économique est relativement faible
dans la plupart des pays sahéliens et les niveaux globaux de pauvreté sont élevés (Banque mondiale, 2016).
Bien que les zones arides soient souvent représentées comme des terres à l’abandon à faible potentiel
économique, la réalité est tout à fait différente. Les zones arides fournissent de multiples services
écosystémiques, y compris la production alimentaire, l’approvisionnement en eau et la régulation du climat.
Certaines études ont montré des taux marginaux de rendement économique beaucoup plus élevés sur les
investissements dans les zones arides par rapport aux zones plus humides (ONU, 2009).
© Andrea Borgarello/World Bank
6
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Le bassin versant de Gedaref occupe 720 000 ha dans l’est du Soudan et était autrefois l’un des
principaux centres de production alimentaire au Soudan. Des décennies de pratiques agricoles non
durables, y compris la monoculture locale, la faible reconstitution des éléments nutritifs, la coupe à blanc
de la biomasse végétale ligneuse pour le bois de feu et l’agriculture, et le raccourcissement des périodes
de jachère ont entrainé une dégradation généralisée des sols et la diminution des moyens de subsistance
des agriculteurs. Le rendement du sorgho, la principale culture de base du Soudan, a diminué de 1%
par an de 1960 à 1980. Cela a affecté la sécurité alimentaire, la fonction de l’écosystème et la fourniture
subséquente de biens et de services écosystémiques et a accru la vulnérabilité des populations rurales
aux incertitudes climatiques.
Dans le but d’inverser ce déclin, des initiatives agroforestières pluviales à petite échelle ont été testées,
intégrant les arbres Acacia Senegal dans les cultures de sorgho. A. senegal produit de la gomme
arabique de haute qualité et a été traditionnellement utilisée dans les systèmes de jachère des cultures.
L’arbre est légumineux, et par conséquent fixe l’azote dans le sol, tout en offrant des avantages
secondaires aux agriculteurs grâce à la vente de gomme.
Les exercices de modélisation ont estimé l’impact de l’adoption à grande échelle de l’agroforesterie de
A. senegal sur l’approvisionnement et la réglementation des services écosystémiques. L’avantage pour
les agriculteurs d’intégrer les arbres A. senegal sur 20% de la superficie agricole est estimé à 11 600
SDG/ha (1 807 $US). Le coût d’investissement de l’adoption de l’agroforesterie est recouvré dans les 3
à 4 ans et les avantages annuels subséquents l’emportent sur les coûts de gestion. En outre, le bénéfice
de la production de gomme arabique de A. senegal dans les systèmes agroforestiers est estimé à 6 500
SDG/ha (1 012 $US). A la fin de la rotation de 25 ans, les arbres peuvent être coupés, fournissant du
bois de feu évalué à 220 SDG par hectare (35 $US).
L’adoption de l’agroforesterie entrainera une augmentation de la recharge des eaux souterraines avec
26,5 millions de mètres cubes supplémentaires potentiellement disponibles pour les communautés du
bassin versant, avec une valeur estimée (coût d’achat de l’eau évité) de 16,4 milliards de SDG (2,5
milliards $US). La gestion durable des terres et le reboisement séquestreront également une augmentation
de 10 tonnes de CO2 par an (au dessus et en dessous du sol). Le bénéfice net total pour le Soudan a
été estimé entre 11,7 et 23,2 milliards de SDG (1,82 à 3,6 milliards US$) grâce à une recharge améliorée
des eaux souterraines, l’érosion évitée des sols, la fixation de l’azote et l’humidité du sol, la production
de la gomme arabique et le bois de feu dans le bassin versant sur 25 ans.
7
Ricome, A., Westerberg, V. and Myint, M.M., 2014. An economic valuation of sustainable land management through agroforestry within
the watershed of Gedaref State in Eastern Sudan
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
2.2. Comprendre la désertification et la dégradation des terres dans les zones arides
La lutte contre la désertification est l’un des principaux motifs qui sous-tend la GMV. Tous les pays faisant
partie de la GMV sont signataires de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification et,
en vertu de la convention, ils sont tous identifiés comme “affectés” par les défis combinés de la
Désertification, de la Dégradation des terres et de la Sécheresse (DLDD)8. La désertification est définie par
la convention comme “la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches
résultant de divers facteurs, y compris les variations climatiques et les activités humaines”9. Cela n’a rien à
voir avec l’avancement des déserts, ni avec la création de déserts d’un point de vue scientifique. L’ONU
distingue 4 types de zones arides selon l’indice d’aridité10 : hyper aride, aride, semi-aride et subhumide.
Seul le premier de ces types est considéré comme un véritable désert par la CNULCD et ce type n’est pas
inclus dans la définition de la désertification de la CNULCD. La désertification est définie comme la
dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides, et non leur conversion en hyper
aride. En effet, les vrais déserts sont un biome précieux à part entière, avec leur propre biodiversité unique
et ils ont souvent besoin de protection.
En termes simples, la désertification signifie la dégradation des terres dans les zones arides et, par
conséquent, le terme peut décrire la dégradation des terres au Sahel. La CNULCD définie la dégradation
des terres comme la “réduction ou perte…de la productivité biologique ou économique et la complexité des
terres cultivées irriguées par les eaux pluviales, des terres cultivées irriguées, ou des parcours, des
pâturages, des forêts ou des surfaces boisées du fait de l’utilisation des terres ou d’un processus ou d’une
combinaison de processus… résultant des activités humaines”. La véritable ampleur de la désertification,
ou de la dégradation des terres au Sahel fait l’objet d’une certaine controverse. Les données satellitaires
couvrant une période de 20 ans à partir du milieu des années 1980 montrent que la région du Sahel a
progressivement été plus verte, ce qui réfute la croyance largement répandue que le désert du Sahara évolue
vers le sud. Il peut y avoir plus d’une raison de ce
retrait apparent du Sahara, mais il est probable
qu’au moins une partie de l’explication se trouve La désertification est définie comme la
dans les conditions climatiques cycliques à long dégradation des terres dans les zones
terme, le Sahel bénéficiant actuellement d’une arides, semi-arides et subhumides,
période d’années relativement humide (Mortimore et non leur conversion en hyper aride.
et al., 2009).
8
[Link]
9
CNULCD A/AC.241/27 12 septembre 1994
10
L’indice d’aridité comme la précipitation moyenne divisée par l’évapotranspiration potentielle.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Malgré les observations selon lesquelles le Sahel est devenu plus vert au cours des dernières décennies, il
reste des préoccupations concernant la dégradation des terres au Sahel. Les estimations mondiales de la
dégradation des terres convergent entre un quart et un tiers de toutes les zones arides souffrant d’une
certaine forme de dégradation, bien que les estimations mondiales s’appuient sur l’imagerie par satellite et
ne fournissent donc pas d’informations sur la dégradation avant les années 1980 (Bai et al 2008; Le et al.,
2014). La combinaison de l’expansion agricole, de l’évolution des précipitations et des établissements
humains révèle un risque considérable de désertification généralisée dans le Sahel.
Il existe d’importants défis méthodologiques dans le suivi de la dégradation des terres dans les zones arides
qui doivent encore être relevés. Les habitats dominés par les herbes, comme les prairies et les savanes, sont
mal surveillés en utilisant les mesures par satellite de la productivité primaire nette et la dégradation par
l’envahissement des broussailles ou par des espèces envahissantes n’est pas facilement identifiable. Les
zones arides sont également des systèmes sans équilibre où il est difficile de déterminer une base de
référence pour mesurer le changement : la variabilité écologique est une caractéristique normale des zones
arides. Cela constitue un obstacle à l’évaluation et au suivi objectifs, en particulier lorsque les utilisateurs des
terres et les experts fonciers ont des opinions différentes sur l’état souhaitable des terres. En conséquence,
la plupart des pays de la Grande Muraille Verte ne disposent pas de preuves suffisantes et objectives pour
soutenir le ciblage des actions et ne disposent pas de moyens suffisants pour surveiller les progrès réalisés.
11
L'évaluation de la dégradation et de la restauration des terres de l'IPBES publiera une nouvelle définition en 2017 qui facilitera l'obtention d'un
consensus sur la terminologie.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Le Sahel couvre l’Afrique depuis la côte atlantique du Sénégal et de la Mauritanie jusqu'à la côte de la mer
Rouge du Soudan, de l'Érythrée et de Djibouti. Elle longe la rive sud du Désert du Sahara et varie en largeur
de quelques centaines à plus de mille kilomètres. La région du Sahel reçoit une précipitation moyenne
comprise entre 150 et 700 mm par an et se caractérise par une saisonnalité marquée, avec une saison
pluvieuse allant de juillet à septembre. Les précipitations sont déterminées par la zone de convergence
intertropicale (ZCIT) et sont très variables et imprévisibles. Les températures maximales mensuelles
moyennes varient de 33° à 36°C et les températures minimales mensuelles se situent entre 18° et 21°C
(Met Office, 2010).
La topographie du Sahel est en grande partie plate et l’altitude se situe majoritairement entre 200 et 400 m
au dessus du niveau de la mer. Elle forme une zone de transition entre le Désert du Sahara et les savanes
boisées situées au sud. Cela signifie que l’écorégion se trouve au sud de la steppe du sud Sahara et de
l’écorégion boisée et au nord des écorégions de savane de l’ouest et de l’est du Soudan, et est dominée
par les prairies boisées à acacias du Sahel et les broussailles à feuillage caduc. Le type précis de végétation
est largement influencé par une combinaison du type de sol et des précipitations (WWF, 2016).
Les interventions dans la Grande Muraille Verte impliquent les terres situées en dehors de la zone du Sahel,
y compris les régions désertiques plus sèches vers le nord et les zones plus humides, comme la savane,
vers le sud. Elles comprendront également les écosystèmes aquatiques, comme les nombreuses zones
humides du Sahel et les zones riveraines le long des grands cours d’eau, comme le fleuve Niger et le Lac
Tchad. Les zones humides et les zones riveraines jouent un rôle central dans l’économie et l’écologie du
Sahel (Thiombiano et Kampmann, 2010). Les zones humides sont des habitats très diversifiés qui abritent
de nombreuses espèces endémiques et accueillent de nombreuses espèces migratrices. Ces zones
humides stockent également des quantités importantes de carbone et jouent donc un rôle dans la régulation
des gaz à effet de serre et l’atténuation des changements climatiques.
Il existe un grand nombre de zones humides dans le Sahel, dont beaucoup à petite échelle qui soutiennent
des zones beaucoup plus vastes de terres arides et semi-arides. D’autres sont à grande échelle, comme dans
le cas du delta intérieur du fleuve Niger, un site Ramsar qui couvre plus de 30 000 km² du territoire malien seul
(DNEF, 2014). Les limites de ces zones humides sont difficiles à déterminer car elles se rétrécissent et
s’étendent en grande partie selon les conditions climatiques saisonnières. Cependant, dans tous les cas, leur
valeur va bien au-delà de leurs limites en raison de leur influence sur un écosystème beaucoup plus large. En
outre, ces zones humides sont parfois appelées “parcelles de végétation luxuriante”, ce qui reflète leur grande
valeur dans la fourniture de biens et services écosystémiques tout au long de l’année, et en particulier dans
les saisons où un grand nombre d’éleveurs peuvent se rassembler dans de telles zones.
Les zones humides revêtent une importance économique aussi bien pour les personnes qui y vivent que
pour les personnes qui vivent plus loin qui y accèdent moins fréquemment, par exemple en période de
sécheresse. Cependant, les zones humides sont menacées en raison de la pression humaine croissante,
du changement climatique et du changement de l’utilisation des terres dans leurs bassins versants. Des
10 améliorations sont nécessaires dans la gouvernance des zones humides et dans les paysages des zones
arides en général, afin de permettre une gestion plus intégrée et participative. Les techniques
traditionnelles pour l’utilisation des zones humides doivent être relancées dans certains cas et un meilleur
équilibre est nécessaire entre l’utilisation des zones humides à la fois pour la production et la conservation
(Brouwer, 2014).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les projections de changement climatique pour la région du Sahel sont très incertaines, en particulier pour
les précipitations, et les modèles ne concordent pas sur la question de savoir si les précipitations
augmenteront, diminueront ou deviendront plus variables. Les données actuelles indiquent une tendance à
long terme à l’augmentation des précipitations, comme en témoigne un réaménagement substantiel du Sahel
depuis le début des années 1980, bien qu’il existe un certain nombre de facteurs possibles derrière cette
tendance. (Mortimore, 2009). Les modèles de végétation mondiale prévoient une augmentation de la
productivité primaire dans les écosystèmes naturels et semi-naturels en raison d’une augmentation de la
pluviométrie et de la hausse des concentrations de CO2.
Cela entrainerait un verdissement de certaines parties du
Les projections de changement
Sahara du sud et une augmentation de la végétation
climatique pour la région du Sahel sont ligneuse dans certaines parties du Sahel (Leadley et al.,
très incertaines, en particulier 2010). Le réchauffement climatique dans le Sahel peut
pour les précipitations, et les modèles conduire à des taux d’évaporation plus élevés, ce qui est
ne concordent pas sur la question de un facteur déterminant des zones arides. En conséquence,
savoir si les précipitations l’espace qui est considérée comme zones arides peut
augmenteront, diminueront ou changer et les tendances de la végétation peuvent changer
deviendront plus variables. considérablement (Bonkoungou, 2004). Les changements
climatiques sont examinés plus en détail à la Section 3.4.
50
45
40
35
Pourcentage
30
25
20
15
10
5
0
Aride Semi-Aride Subhumide sec Subhumide Humide
La productivité agricole au Sahel a augmenté au cours des trois dernières décennies, bien que la variabilité
entre les années reste élevée. La production agricole est dominée par le mil et le sorgho, bien adaptés aux
conditions de sécheresse, alors que dans les zones irriguées, le riz est dominant. La production de maïs a
enregistré les hausses les plus importantes de productivité par hectare ces dernières années. Les
augmentations globales de la production agricole dans le Sahel proviennent de l’extension de la superficie
cultivée et des améliorations modestes de la productivité par unité de surface (United Nations, 2011).
L’agriculture industrielle, basée souvent sur des investissements à grande échelle dans le défrichage des
terres et l’irrigation par les entreprises agroalimentaires, avec une forte dépendance à l’égard des machines
et des intrants chimiques, a joué un rôle important dans l’augmentation de la production alimentaire.
Cependant, elle a également contribué à la perte généralisée de la biodiversité et à la perturbation des
fonctions de l’écosystème et peut avoir contribué à la perte de résilience globale tant dans les communautés
rurales que dans les économies nationales. L’agriculture industrielle ne s’est pas bien adaptée aux niveaux
élevés de risques dans les zones arides, mais a
affaibli les systèmes agricoles traditionnels qui ont
Les augmentations globales de la été mieux adaptés aux risques. L’agriculture
production agricole dans le Sahel industrielle a également favorisé l’utilisation d’intrants
proviennent de l’extension de la superficie externes dans la gestion de la fertilité des sols plutôt
cultivée et des améliorations modestes de que des pratiques durables. En conséquence, elle a
la productivité par unité de surface. contribué à la désertification et a peut être nui à la la
productivité agricole à long terme du Sahel.
12
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les formes alternatives d’une agriculture plus durable sont de plus en plus fréquentes dans le Sahel et
joueront un rôle majeur dans la réalisation des objectifs de l’Initiative de la Grande Muraille Verte (ce sujet
est commenté plus loin dans ce rapport). Les formes d’agriculture durable comprennent l’agroforesterie et
la culture à faible labour, qui travaillent avec la nature pour maintenir la biodiversité et pour protéger l’humidité
et la fertilité du sol. Beaucoup de ces systèmes agricoles durables trouvent leur origine dans des pratiques
traditionnelles bien adaptées aux conditions du Sahel. La recherche et l’investissement dans les formes
durables de l’agriculture augmentent et les pratiques deviennent plus sophistiquées, ce qui amène certains
à utiliser le label “intensification durable”.
20
18
Zone récoltée (10 6 ha)
14
12
10
6
1960 1970 1980 1990 2000 2010
Année
Figure 6 : Superficie totale récoltée de céréales au Sahel depuis 1961 (données de FAOSTAT)
Source : Kandji et al., 2006
1.20
)
-1
Rendement du maïs (t ha
1.00 ()
0.80
0.60
0.40
0.20
0.00
1960 1970 1980 1990 2000 2010
Année
Figure 7 : Rendement moyen du maïs pour les pays membres du CILSS depuis 1961 (données du FAOSTAT ) 13
Source : Kandji et al., 2006
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
L’une des stratégies de gestion des terres les mieux adaptées au Sahel est le pastoralisme, qui est également
le système d’utilisation des terres le plus répandu en termes de territoire couvert. La production animale
pastorale a été pratiquée au Sahel pendant des siècles, en utilisant des parcours communs et en s’appuyant
sur la mobilité du troupeau pour suivre les ressources et gérer les risques. L’élevage remplit plusieurs rôles
en plus de fournir de la nourriture, par exemple, le capital du bétail est utilisé pour générer des revenus,
pour accumuler des dettes et des obligations sociales et à de nombreuses fins culturelles. Les éleveurs
comptent aussi sur les parcours plus que la production animale et jouent un rôle actif dans la protection et
la gestion de la diversité biologique des parcours (Davies et Hatfield, 2008). L’élevage nomade de bétail est
plus répandu dans le nord du Sahel, alors que les autres systèmes de pâturage du sud sont moins mobiles
et que le bétail est souvent intégré aux cultures pluviales et irriguées.
Néanmoins, il existe également une population importante qui a souvent besoin d’un soutien humanitaire.
En 2011, environ 4 milliards de dollars ont été consacrés à l’aide humanitaire au Sahel et à la Corne de
l’Afrique, ce qui équivaut à plus de 10% de l’aide publique au développement total de l’ensemble de l’Afrique
Subsaharienne. Ce scenario devrait se détériorer avec une augmentation prévue de la population de 65 à
80% d’ici 2030 et une augmentation considérable du nombre de personnes au Sahel qui sont exposées à
des sécheresses et autres chocs (Cervigni et Morris, 2015).
3. La biodiversité au Sahel
La diversité biologique -ou biodiversité- est un terme qui décrit la variété de la vie sur terre : les animaux, les
plantes, les microorganismes, leurs habitats et leurs gènes. La Convention sur la diversité biologique la
définit la définit comme “la variabilité des organismes vivants de toutes sortes, y compris, entre autres, les
écosystèmes terrestres, marins et autres écosystème aquatiques et les complexes écologiques dont ils font
partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces, entre les espèces et les écosystèmes” (United
Nations, 1992). La biodiversité est essentielle pour le fonctionnement des écosystèmes qui nous fournissent
des produits et des services qui soutiennent la vie, y compris l’oxygène, les aliments, l’eau douce, les sols
fertiles, les médicaments, les abris, la protection contre les tempêtes et les inondations, le climat stable et
les loisirs. La relation entre les espèces est d’une importance capital pour les avantages que les êtres
humains retirent de la nature. La biodiversité réglemente les principaux cycles écologiques de la terre, y
compris les cycles du carbone, de l’azote et de l’eau, et est au cœur des services écosystémiques générés
par la nature12.
Dioxyde de
carbone
Déterminants de la productivité des terres : stockage de l’eau, de l’azote et du carbone, formation du sol, infiltration des eaux
15
12
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les arbres dans les zones arides jouent un rôle important dans le maintien de la biodiversité des sols,
par exemple par la symbiose avec des organismes du sol ou par le pompage d’éléments nutritifs profonds
et l’humidité à la surface. Un certain nombre d’arbres secs au Sahel ont montré un effet positif sur les
champignons telluriques et donc sur l’humidité du sol et la teneur en éléments nutritifs. Cette relation fait
partie de la raison pour laquelle les arbres sont si bénéfiques pour la production agricole et pourquoi les
systèmes agroforestiers peuvent être si productifs (Ndoye et al., 2012).
Le rôle joué par les micro-organismes du sol change avec l’aridité, car beaucoup de microbes et de
champignons sont fortement dépendants de l’humidité. Les invertébrés macro-décomposeurs, comme
les termites, sont plus importants pour le cycle des éléments nutritifs dans les zones arides. Ces espèces
recyclent la matière organique, comme les feuilles mortes, pour l’activité microbienne. Ils peuvent
augmenter la capacité d’infiltration d’eau du sol en creusant et en augmentent l’humidité du sol en
accélérant la décomposition de la matière organique. Les termites influencent la répartition des ressources
naturelles tels que l’eau et les éléments nutritifs dans le paysage et par conséquent la diversité des
microbes, des plantes et des animaux du sol (Jouqueta et al., 2011).
Lorsque les terres arides sont utilisées pour les cultures, le travail du sol et l’utilisation des pesticides
peut entrainer une baisse des macro-décomposeurs vivant dans le sol et peuvent contribuer à une baisse
de la fertilité et de l’humidité du sol. Cela explique en partie le succès des pratiques de GDT qui
maintiennent la couverture végétale et minimisent les perturbations du sol, par exemple grâce à aux
techniques culturales sans labour, aux jachères et au maintien de prairies pérennes.
Les terres arides comprennent certains des endroits les plus diversifiés en particulier dans les zones semi-
arides et subhumides sèches. Une grande partie de la biodiversité que l’on trouve dans les zones arides
présentent des adaptations uniques aux conditions qui s’y trouvent, telles que l’aridité ou la grande
variabilité climatique. Les caractéristiques des zones arides, telles que la pression des herbivores et le
feu, ont entrainé d’autres adaptations et, par conséquent, il existe dans les zones arides des espèces qui
ne se trouvent pas ailleurs.
La diversité dans les zones arides est également influencée par les variations physiques du paysage, telles
que la topographie ou le type de sol. Pendant ce temps, les humains ont façonné de nombreuses zones
16 arides pendant des siècles. En conséquence, les terres arides ne sont pas des masses terrestres homogènes
mais consistent en une mosaïque d’habitats. Certains habitats trouvés dans les zones arides, comme les
oasis, ont une grande valeur économique et écologique, même s’ils se trouvent à petite échelle, et ils
soutiennent une grande variété de vie, souvent bien au-delà de leurs frontières. Beaucoup de zones humides
dans les zones arides sont essentielles pour la survie des oiseaux migrateurs. Ces mosaïques peuvent
également être essentielles pour la survie des populations humaines (Davies et al., 2012).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La région du Sahel est naturellement dominée par les prairies et les savanes entrecoupées de zones
importantes de bois et de broussailles, et ponctuées de nombreuses petites mais importantes parcelles
humides telles que les zones humides et les cours d’eau saisonniers. Les paysages sahéliens peuvent
accueillir une variété de graminées annuelles et vivaces avec une variété d’acacia et d’autres arbres, qui
sont remplacés par des arbustes dans des zones plus au nord (WWF, 2016).
Le Sahel est remarquable pour le soutien aux migrations à longue distance, non seulement des ongulés mais
aussi de nombreuses espèces d’oiseaux. Les zones humides au Sahel sont particulièrement importantes pour
ces migrations, y compris les migrations intra-africaines ainsi que les populations qui se déplacent vers le
sud de l’Europe et de l’Arctique. Au Niger par exemple, on estime qu’environ 1000 zones humides abritent
1,2 millions d’oiseaux chaque année entre janvier et février (Brouwer & Mullié 2001). La biodiversité et l’habitat
résidentiels sont essentiels pour permettre ces migrations et, par conséquent, les changements dans la
biodiversité peuvent avoir des conséquences considérables. Par exemple, de nombreux oiseaux migrateurs
s’appuient sur l’éclosion d’alates -insectes ailés, en particulier des termites- pendant la saison humide, qui
fournissent une source d’énergie riche qui leur permet d’achever leur migration.
La frange sud de l’écotype soudano-sahélien bordant les forêts guinéennes et du Bassin du Congo se
caractérise par une mosaïque de graminée et de savane arbustive avec 3 à 5% de forêts galeries. Les forêts
galeries sont constituées d’un assemblage d’espèces de forêt tropicale (arbres, amphibiens, mammifères
et insectes) qui ont survécu au dernier épisode de retrait forestier. L’habitat de la forêt galerie qui est
considérée comme une zone prioritaire de biodiversité, est essentiel à un éventail important de processus
écologiques et économiques. La forêt fournit de l’eau, des produits forestiers rares et des plantes ainsi que
du bois aux communautés, elles présentent une grande valeur culturelle et traditionnelle, elles offrent
également des refuges et des noyaux pour l’habitat naturel ou l’habitat assisté et la régénération forestière.
© P. Chardonnet
17
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Alors que les espèces de girafe dans leur ensemble ont récemment été classées comme “vulnérables“,
dans la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, la situation de la sous espèce de l’Afrique de
l’Ouest est plus grave. Sur la base d’un déclin de la girafe d’Afrique de l’Ouest au fil du temps, elle est
classée comme “en danger“ et est absente de la grande majorité de son ancienne aire de répartition. La
girafe du nord dans son ensemble a été fortement affectée par une combinaison de la croissance de la
population, des troubles civiles, de la chasse illégale et de la destruction de l’habitat, ce qui a exacerbé
les impacts d’une série de sécheresses intenses.
Les dernières girafes de l’Afrique de l’Ouest se limitent essentiellement maintenant au sud-ouest du Niger,
où elles subissent de fortes pressions issues de la croissance de la population et d’une expansion rapide
du changement de l’utilisation des terres. La demande humaine pour les ressources naturelles, y compris
les terres pour l’agriculture, le bois de chauffage, les pâturages et l’eau, font tous concurrence aux besoins
de la girafe d’Afrique de l’Ouest et génèrent des conflits entre les humains et la faune qui ne favorisent
pas la survie des sous-espèces.
Malgré cette pression, la population des girafes d’Afrique de l’Ouest a augmenté suite à l’extraordinaire
déclin après les années 1990. Au milieu des années 1990, la population était estimée à environ 45
individus alors que les estimations actuelles mettaient la population à un peu moins de 550 individus.
L’augmentation récente de la population est attribuée à la réduction de la chasse illégale depuis les
années 1990, mais à mesure que la population rebondit, elle est confrontée à une nouvelle menace de
perte d’habitat. La girafe d’Afrique de l’Ouest commence à sortir de sa zone centrale au Niger, se
déplaçant sur de longues distances à travers le Niger et la frontière nigériane. Au fur et à mesure que la
population se développe, elle va probablement faire face à de nouvelles menaces de braconnage, et
malgré l’augmentation de la population, elle demeure la sous-espèce de girafe la plus menacée. Le Niger
a récemment développé une deuxième stratégie et plan d’action à l’échelle nationale sur les girafes, les
seuls au monde, qui aident à concentrer les efforts de conservation pour les sous-espèces.
500
400
300
200
18 100
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2008 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
En plus des taux d’endémie plus élevés que précédemment reconnus, la région se caractérise par des
variétés restreintes et fragmentées, souvent limitées aux “micro zones prioritaires” de biodiversité, comme
les fleuves et les étangs saisonniers (Brito et al., 2014). Ce sont des zones qui sont souvent soumises à la
plus grande pression exercée par les humains et pourtant, en raison de leur grande valeur et de leur pénurie
relative, elles peuvent être vitales pour la vie à grande échelle. Les moyens de subsistance des éleveurs,
ainsi que celles des espèces migratrices dépendent de ces ressources et des coûts élevés peuvent être
encourus lorsque de petites zones riches en ressources sont converties pour d’autres utilisations.
Les gueltas ont une importance économique en tant qu’espaces où s’abreuve le bétail. La protection de
la biodiversité dans les gueltas doit donc être cohérente avec leurs principales fonctions économiques.
Une option pourrait être de donner la priorité aux valeurs élevées de la biodiversité pour une protection
plus forte, ou pour canaliser l’eau des deltas vers des creux plus éloignés, réduisant ainsi la pression
humaine et animale. Il existe des possibilités d’étendre les utilisations non consommatrices de la
biodiversité des gueltas, par exemple par le biais du tourisme, ce qui pourrait inciter les communautés à
améliorer la protection et l’utilisation durable.
De nombreuses variétés de cultures et races de bétail se sont développées au Sahel grace à une combinaison
de sélection des agriculteurs et de sélection naturelle des espèces sur plusieurs centaines d’années. Elles
ont très adaptées aux conditions particulières dans lesquelles
elles vivent et sont souvent au centre des stratégies de gestion
De nombreuses variétés de
des risques et de l’adaptation locale des populations rurales.
cultures et races de bétail se sont Des aperçus complets de l’agrobiodiversité au Sahel ne sont pas
développées au Sahel grace disponibles, mais le niveau global de l’agrobiodiversité en Afrique
à une combinaison de sélection est relativement élevé, par exemple autour de 150 variétés de
des agriculteurs et de sélection bovins, 60 variétés de moutons et 50 de chèvres (Bonkoungou, 19
naturelle des espèces sur plusieurs 2004). En outre, les espèces sauvages apparentées contiennent
centaines d’années. du matériel génétique qui confère une adaptation locale, comme
la résistance à la sécheresse et aux températures extrêmes.
13
Vale C.G., Pimm, S.l. and Brito, J.C., 2015. Overlooked Mountain Rock Pools in Deserts Are Critical Local Hotspots of Biodiversity.
PLOS ONE, 10 (2) e0118367. DOI: 10.1371/[Link].0118367
14
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Parmi les nombreuses adaptations de la race Bororo, il y a la capacité de brouter de manière sélective
des fourrages de haute qualité en grande quantité lorsqu’ils sont disponibles. Cela comprend l’adaptation
génétique (y compris les systèmes digestifs et la petite taille et la forme de la bouche) ainsi que
l’adaptation du comportement (par exemple, le trekking et le comportement au pâturage efficaces et les
préférences alimentaires). Les préférences du bétail sont manipulées en optimisant les modes de
pâturage et en assurant l’accès à un régime diversifié de graminées et brout, afin de corriger les
déséquilibres nutritionnels qui, en particulier pendant la saison sèche, pourrait réduire les appétits. Le
régime d’abreuvage de la saison sèche est également ajusté aux besoins digestifs du bétail ainsi qu’aux
besoins des éleveurs pour contrôler la reproduction.
Cette stratégie de production impose une forte demande aux éleveurs ainsi qu’au bétail. Au cours de la
saison sèche, les troupeaux sont éloignés des points d’eau, où les pâturages sont de mauvaise qualité,
entrainant des déplacements sur de longues distances et une réduction de l’apport d’eau (tous les trois
jours). Afin de maintenir des comportements fonctionnels dans le troupeau, le système d’élevage
WoDaaBe se concentre sur la promotion de l’organisation sociale et l’interaction au sein du troupeau. La
stratégie consiste à partager des comportements alimentaires souhaitables au sein de la population
reproductrice et à favoriser sa continuité au fil des générations. Pour ce faire, seul un petit pourcentage
de taureaux est utilisé pour la reproduction (moins de 2%) et les éleveurs observant de près l’œstrus pour
assurer un pourcentage élevé de naissances résultant de la mise en correspondance avec des mâles
sélectionnés. Cette stratégie d’élevage confère la fiabilité de la performance reproductive du troupeau
avant les caractères de productivité individuels.
La définition de la FAO de l’agrobiodiversité comprend la biodiversité sauvage qui est vitale pour les moyens
de subsistance de nombreuses communautés rurales. Cela inclut une variété d’arbres qui produisent des
20 feuilles, des racines, des fruits et des graines comestibles. Le baobab, par exemple, est largement consommé
dans tout le Sahel dans le régime alimentaire quotidien, tandis que les autres arbres fournissent des ressources
cruciales pendant des périodes précises de l’année, y compris la saison sèche. De nombreux arbres sahéliens
fournissent non seulement de la nourriture, mais aussi des médicaments, des cosmétiques des matériaux de
construction et d’autres ressources, dont beaucoup ont une valeur marchande importante. Au total, plus de
800 espèces de plantes sauvages comestibles ont été répertoriés à travers le Sahel (FAO, 1999).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La diversité des grands mammifères au Sahel a considérablement diminué au cours des deux derniers siècles.
Selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN, l’oryx algazelle (Oryx dammah), anciennement répandu
dans la région, est supposé éteint à l’état sauvage et il n’y a eu aucun rapport confirmé d’aucun oryx sauvage
depuis 1988. Plusieurs gazelles étaient anciennement répandues, y compris la gazelle dama (Gazella dama)
en danger critique d’extinction et la gazelle dorcas (Gazella dorcas) vulnérable et la gazelle à front roux (Gazella
rufifrons). Ces espèces jouent un rôle important dans la dispersion des semences et leur déclin peut avoir des
répercussions sur la régénération de la végétation, la composition et la structure des espèces (Mallon et al,
2015). L’addax (Addax nasomaculatus) est inscrite comme en danger critique d’extinction sur la Liste Rouge
TM
des espèces menacées de l’UICN et ne compte que près de 100 individus.
La population d’herbivores a diminué, tout comme celle de nombreux grands prédateurs. Le lion (Panthera
leo) et le guépard (Acinonyx jubatus), par exemple, étaient autrefois dispersés dans toute la région mais sont
maintenant classés comme vulnérable, ayant largement disparu de la région. En effet, les lions en Afrique de
l’Ouest sont moins favorables que les lions africains dans leur ensemble et d’après leur situation au niveau
régional sont classés comme en danger critique d’extinction. Les populations de lion en Afrique de l’Ouest
sont maintenant estimées à 406 individus (Henschel et al., 2014). Les populations de grands oiseaux
(autruches, grues, rapaces, outardes) ont également fortement diminué dans le Sahel et les populations de
grands rapaces se sont effondrées en dehors des aires protégées. Six des sept espèces de vautour qui se
trouvent dans les zones du Sahel et de la savane sont menacées (Mallon et al, 2015).
21
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
15
Keith, D., Ba, T., Tappan, G., 2013. Scientific foundations for an IUCN Red List of Ecosystems. PLoS ONE Supplementary material
doi:10.1371/[Link].0062111.s002
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La liste rouge des écosystèmes de l’UICN n’a pas encore été largement appliquée dans le Sahel, mais une
évaluation préliminaire du Sénégal fournit un aperçu intéressant des tendances de la dégradation (Figure
10). L’évaluation a constaté une forte baisse de la productivité agricole sur 20 ans, une réduction de la
densité, de la diversité et de la productivité des forêts, et une forte pollution des cours d’eau. Les grandes
régions du pays sont classées comme quasi menacées (NT), avec une grande proportion du sud
relativement plus humide classée comme en danger critique d’extinction (CR). Une grande partie des
pâturages du nord est classée comme préoccupation mineure (LC), bien que de grandes surfaces soient
non évaluées (NE), ce qui souligne le défi des lacunes des données dans les zones les plus arides. Le
processus de la LRE (Liste rouge des écosystèmes) a souligné le défi de travailler dans les zones arides qui
dans de nombreux cas ne disposent pas de données suffisantes. Les résultats préliminaires du travail sur
la LRE au Sénégal confirment le schéma des évaluations mondiales récentes qui indiquent que la
dégradation des terres est plus préoccupante dans les terres humides et dans les parties plus humides des
zones arides (Bai et al., 2008). Cependant, l’analyse trouve également des écarts à l’échelle inférieure, où
la dégradation dans les zones arides n’est pas reprise dans les macroanalyses en raison de problèmes
d’échelle et de rareté de données.
CR : En danger critique d'extinction ; EN : En danger ; VU: Vulnérable ; NT : Quasi menacé ; LC : Préoccupation mineure ; NE : Non
évalué.
Figure 10 : Liste rouge des écosystèmes au Sénégal
Source: CSE, 2012
Simplifier les facteurs de perte de biodiversité et de dégradation des terres a ses propres risques inhérents
et peut conduire à des investissements et à des politiques mal orientés. La figure 11 illustre les principaux
facteurs et pressions qui se combinent pour contribuer à la dégradation des terres. Les facteurs politiques
et institutionnels peuvent constituer des moteurs sous-jacents importants, mais ils sont souvent influencés
par une combinaison de droits sur les ressources et de gouvernance faibles, d’une faible capacité
d’influence des parties prenantes des pâturages et de données, d’informations et de connaissances
insuffisantes ou inexactes sur les zones arides (Mortimore et al., 2009). Ces facteurs peuvent à leur tour
être influencés par un large éventail de défaillances en matière de développement humain, comme le
faible niveau d’éducation ou l’insécurité.
Ces facteurs et ces pressions contribuent à la perte de biodiversité de plusieurs façons. Ils peuvent
contribuer à une diminution de l’étendue, de l’état ou de la productivité durable des écosystèmes, comme
on le voit de plus en plus lorsque les terres sont défrichées pour l’agriculture ou le développement urbain.
Certains facteurs et pressions contribuent directement à l’extinction des espèces tandis que d’autres
entrainent une érosion ou une déficience du patrimoine génétique. Ils peuvent également contribuer à une
baisse de l’abondance, de la répartition et de l’utilisation durable de la biodiversité.
Facteurs Facteurs
politiques et culturels
institutionnels
24
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
1. L’agriculture
L’agriculture industrielle est souvent citée comme un moteur majeur de la dégradation des terres et, en plus,
elle consomme généralement des niveaux élevés de combustibles fossiles, d’eau et de terres arables à des
taux non durables. L’agriculture industrielle a souvent remplacé les pratiques agricoles adaptées localement
dans lesquelles les agriculteurs cherchaient à protéger la matière organique et l’humidité du sol. Elle a
fréquemment remplacé les races locales qui sont très résistantes à la sécheresse avec des espèces
“améliorées” qui offrent une productivité totale plus élevée lorsque des intrants chimiques sont utilisés, mais
qui sont plus susceptibles d’échouer pendant les années de sécheresse, laissant les agriculteurs exposés à
des risques majeurs de pauvreté et de misère. L’agriculture industrielle a également tendance à exploiter des
ressources rares comme l’eau à forte densité sur de très petites parcelles (par exemple, par des projets
d’irrigation) ce qui laisse un paysage beaucoup plus vaste davantage exposé au stress hydrique. Les zones
arides sont définies par la forte tendance à perdre de l’eau par évapotranspiration et l’agriculture industrielle
est souvent coupable d’une augmentation considérable de ces pertes (Horrigan et al. 2002; Pretty et al., 2011).
La dégradation des pâturages est fréquemment attribuée au surpâturage, bien que la “mauvaise gestion du
pâturage” soit souvent un terme plus approprié, car le nombre total de bétail n’est pas toujours le problème.
De nombreux écosystèmes de pâturage dépendent de l’action des herbivores pour maintenir des
communautés végétales spécifiques et une dégradation peut se produire lorsque l’action des herbivores
est éliminée ou réduite, ou lorsque la pression de pâturage est soutenue sans repos, même à des niveaux
très bas. La “mauvaise gestion du pâturage” peut donc résulter des stratégies de gestion du troupeau
compromises, par exemple lorsque les mouvements du troupeau sont restreints. La perturbation des
pratiques d’élevage est fréquente dans les endroits où les ressources saisonnières clés, comme les zones
humides, ont été rendues inaccessibles, par exemple en raison de cultures ou d’aires protégées (McGahey
et al., 2008; Davies et al., 2010; Behnke et al., 1993).
2. Les infrastructures
La forte dépendance à l’égard du bois combustible au Sahel garantit que l’extraction du bois est une cause
importante de dégradation et de perte de biodiversité. Les forêts sont également défrichées pour l’agriculture
à petite et à grande échelle, y compris pour la production de cultures commerciales. La surexploitation du
bois s’explique également par des pressions extérieures, y compris la demande mondiale de bois. En plus
de la dépendance au bois, de nombreuses personnes récoltent des produits forestiers non ligneux et des
ressources fauniques du Sahel, pour la nourriture, les médicaments, la construction et d’autres utilisations.
La dépendance à la biodiversité à des fins économiques est une menace majeure pour la biodiversité dans
la région (Brito et al 2014). La chasse et le braconnage contribuent à des pertes importantes d’espèces et
ces pertes sont étroitement liées à la croissance démographique (Brashares et al., 2004).
4. Augmentation de l’aridité
Il existe une relation à deux sens entre la dégradation des terres et l’aridité. L’aridité peut augmenter dans
les zones arides en raison de l’évolution des pratiques de gestion des terres et des eaux, et ne doit pas être
automatiquement attribuée au changement climatique. Dans le Sahel, l’aridité est déterminée par le niveau
de précipitations et la proportion de précipitations retenus dans le système. Les zones de précipitations
relativement élevées seront classées comme zones arides si leur potentiel de perte d’eau par évaporation
et transpiration est égal ou supérieur à environ 1,5 fois la précipitation moyenne. Comme nous l’avons déjà
mentionné, de nombreux facteurs naturels influencent la perte d’eau et le ruissellement, y compris le type
de sol, la couverture végétale, la température qui
prévaut et le vent et la saisonnalité des
précipitations. Une aridité accrue peut contribuer L’aridité peut augmenter dans les zones arides en
à la perte de biodiversité et à la dégradation des raison de l’évolution des pratiques de gestion des
terres en affectant la survie des espèces et en terres et des eaux, et ne doit pas être
26 automatiquement attribuée au changement
modifiant les cycles nutritifs. Cela peut conduire
à la perte de zones humides et d’autres habitats climatique. Dans le Sahel, l’aridité est déterminée
essentiels à la survie des espèces, y compris les par le niveau de précipitations et la proportion de
populations d’oiseaux locaux et migrateurs précipitations retenus dans le système.
(Adams et al., 2014).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
1. La démographie
La croissance démographique rapide au Sahel a entravé les efforts visant à réduire l’impact des hommes sur
la biodiversité et a freiné les efforts visant à améliorer le bien être humain, laissant beaucoup de personnes
dépendantes des ressources naturelles pour la nourriture, le combustible et les revenus. La population en
Afrique de l’Ouest devrait doubler d’ici 2025 en fonction des taux de croissance actuels et contribuera à
accroître la pression pour l’exploitation des terres et la production de la nourriture. Dans le même temps, les
taux d’urbanisation sont élevés dans l’ensemble de l’Afrique Centrale et de l’Ouest. L’OCDE rapporte que la
population urbaine au Sahel est d’environ 42% avec 22 villes de plus d’un million d’habitants et plus de 150
villes de plus de 100 000 habitants (OCDE, 2015).
La croissance de la population en dehors de la région du Sahel peut avoir un impact sur la migration des
personnes dans les zones les plus sèches, exploitant souvent une faiblesse systémique dans le régime foncier
pour acquérir des terres et les convertir à de nouvelles utilisations. Cela peut également exacerber les conflits
au Sahel, ce qui peut avoir des conséquences pour la biodiversité, par exemple en perturbant la réglementation
en matière de ressources durables.
2. L’économie
La demande en électricité augmente et plusieurs pays ont augmenté leur production d’électricité grâce à la
construction de barrages. Beaucoup des plus grands barrages en Afrique de l’Ouest ont été construits pour
fournir de l’électricité, mais des barrages ont également été construits pour l’approvisionnement en eau
domestique, industrielle et minière et pour l’irrigation des cultures. Une tendance plus récente est la construction
de nombreux petits réservoirs pour répondre à ces autres besoins en eau. La collecte excessive d’eau peut 27
avoir des conséquences environnementales profondes, comme en témoigne le Lac Tchad, qui a perdu environ
5% de son volume depuis les années 1960 en raison de la surexploitation et du détournement d’eau pour
l’agriculture combinés à la dégradation des terres et à l’évolution des précipitations (Mallon et al., 2015).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
3. La technologie
La technologie peut avoir des impacts positifs ou négatifs sur la dégradation des terres grâce à des
changements dans la gestion ou la restauration des terres ainsi que par des externalités de l’industrie. Les
technologies agricoles peuvent avoir des conséquences importantes sur la façon dont la terre est cultivée,
par exemple en augmentant l’utilisation des intrants chimiques, en modifiant les variétés des cultures et les
races de bétail, et en modifiant les pratiques de gestion telles que le degré de mécanisation. L’augmentation
de la mécanisation et l’utilisation accrue de l’irrigation peuvent être des facteurs majeurs de la dégradation
des terres, bien que l’utilisation à petite échelle de ces technologies soit plus conforme à l’intensification
durable (Cervigni et Morris, 2016). L’application inadéquate des nouvelles technologies contribue souvent à
la dégradation et à la perte de biodiversité, par exemple,
par la pollution, la salinisation ou par des pertes accrues
L’intensification durable est un moyen
d’eau (Geist et Lambin, 2004).
technologique permettant simultanément
En revanche, l’intensification durable est un moyen de respecter les objectifs de sécurité
technologique permettant simultanément de respecter les alimentaire et environnementaux.
objectifs de sécurité alimentaire et les objectifs
environnementaux. Il a été constaté que l’intensification durable augmentait les rendements par hectare, par
exemple en combinant des variétés de cultures nouvelles et améliorées avec une nouvelle gestion agronomique
et agro-écologique. La production alimentaire a également été diversifiée avec une nouvelle variété de cultures
et de bétail ajoutant aux produits de base et aux légumes existants cultivés (Pretty et al., 2011). Les progrès
technologiques pourraient également contribuer à réduire le gaspillage de nourriture, augmentant ainsi l’efficacité
de la production et réduisant la demande de conversion d’autres terres pour l’agriculture. La FAO estime que
les pertes alimentaires totales en Afrique subsaharienne et en Asie du sud et du sud est sont d’environ 120 à
170 kg par an, soit entre un quart et un tiers de la production locale. La majorité de ceux-ci sont perdus entre la
production et la vente au détail avec moins de 10% gaspillés par les consommateurs (FAO, 2011).
L’impact de la technologie sur la dégradation ou la restauration des terres est complexe et il existe de
nombreux facteurs indirects. Par exemple, l’amélioration de l’accès à la technologie des téléphones portables
donnent à certains agriculteurs un meilleur accès au crédit et à l’épargne ou l’information sur le marché.
L’amélioration de l’accès à internet donne aux agriculteurs et aux vulgarisateurs agricoles un accès plus
immédiat aux innovations ou aux conseils. Les technologies nouvelles et futures peuvent offrir de nombreuses
solutions pour une nouvelle innovation dans la GDT et la restauration. On ne peut s’attendre à ce que la
technologie ne fournisse pas toujours de résultat bénéfique pour une gestion durable des terres, mais là où
la GDT est une priorité de politique et d’investissement, la technologie peut jouer un rôle de soutien important.
4. Le changement climatique
Le climat de l’Afrique s’est réchauffé d’environ 0,7°C au cours du 20ème siècle et les précipitations ont diminué
sur une grande partie du Sahel. Cependant, les projections du changement climatique pour l’Afrique ne sont
pas bien définies, en partie en raison de la variabilité à long terme. Les scenarios de changement climatique
indiquent un réchauffement futur en Afrique allant de 0,2°C par décennie (scénario faible) à plus de 0,5°C
par décennie (scénario élevé). Les marges semi-arides du Sahara sont l’une des zones de plus grand
réchauffement projetée, avec un réchauffement susceptible d’être supérieur à la moyenne mondiale. Cela
signifie une augmentation de la température entre 3 et 4 degrés d’ici la fin du siècle par rapport aux vingt
dernières années du 20ème siècle (Christensen et al. 2007).
Les projections de précipitations sont plus problématiques et il y a peu de consensus sur la question de savoir
si la région sera plus humide ou plus sèche. Cela peut refléter la variabilité à travers le Sahel, et les pays côtiers
du Sahel occidental devraient avoir une diminution des précipitations tandis que les Hauts plateaux éthiopiens
sont susceptibles de recevoir plus de pluie. On s’attend généralement à une augmentation de l’intensité des
phénomènes météorologiques extrêmes bien qu’aucun consensus parmi les modèles, que ce soit des saisons
extrêmement sèches ou extrêmement humides, ne devienne plus fréquent. Cependant, il est presque certain
que les saisons extrêmement chaudes deviendront plus fréquentes à l’avenir (Christensen et al. 2007).
Certains analystes considèrent que la région est l’un des points de basculement les plus importants du
système terrestre, où le changement climatique entrainera des changements fondamentaux dans le régime
28 climatique, la productivité de l’écosystème, les cycles biogéochimiques et le bien être humain. (Lenton et al.,
2008). On estime que les zones arides pourraient connaitre une diminution pouvant aller jusqu’à 30%, ou
augmenter jusqu’à 40%. L’augmentation de la fréquence et de la gravité des phénomènes météorologiques
extrêmes dans le Sahel est susceptible d’amplifier d’autres défis environnementaux et de développement et
d’atténuer les effets de l’augmentation rapide de la population.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Des recherches récentes ont modélisé l’impact futur du changement d’affectation des terres et du changement
climatique sur les services écosystémiques en Afrique de l’Ouest, y compris le stockage de carbone,
l’approvisionnement en eau et la productivité de la végétation. Les principaux résultats pour la région
comprennent (Hartley et al., 2015) :
• L’augmentation du stockage de carbone des forêts sous les effets du changement climatique, bien que
cela soit contrebalancé par la dégradation des forêts due à l’homme (de gré de confiance élevée) ;
• Augmentation de la productivité végétale, à l’exception du sud du Nigéria, où les scenarios d’utilisation des
terres prédisent un haut niveau d’activité humaine et le Sahel occidental, où un signal de sécheresse
apparait dans les projections climatiques (faible degré de confiance, mais plausible) ;
• Le déplacement vers le nord des écosystèmes dans le centre et l’est de l’Afrique de l’Ouest, y compris
l’augmentation de la proportion des arbres des écosystèmes au Cameroun et en République Centrafricaine,
augmentation de la proportion des arbustes dans les prairies de savane du sud du Tchad et du nord du Nigéria,
et augmentation de la proportion des herbacées en bordure du désert du Sahara au Tchad et au Niger ;
• Les changements de végétation projetés au Sahel et dans la savane soudanienne sont associés à une
faible confiance, mais sont plausibles parce qu’il y a un manque de consensus dans les projections des
modèles de précipitations.
5. Les politiques
La politique en tant que facteur sous-jacent de la dégradation des terres et de la perte de biodiversité est un
défi énorme et global. Les politiques gouvernementales ont un impact sur tous les autres facteurs directs et
indirects du changement, et répondre aux échecs des politiques est une priorité de développement majeure.
Le terme “politique” est large et peut signifier l’absence de lois ou de règlements appropriées, mais peut
également impliquer l’échec de la mise en œuvre de ces lois qui existent. Dans plusieurs pays, cela peut être
un défi particulier dans les zones arides où les institutions gouvernementales sont relativement faibles. Les
échecs de politique peuvent contribuer à des changements démographiques incontrôlés, à une gouvernance
faible et à des conflits, avec des répercussions sur la biodiversité. Le manque de protection juridique pour la
biodiversité ou les habitats importants, le défaut de protéger les pratiques de conservation des communautés
locales et les changements incontrôlés de l’utilisation des terres sont des manifestations plus directes de
l’échec des politiques (Davies et al., 2012).
Les politiques de développement agricole ont une incidence majeure sur la Grande Muraille Verte et la
conservation de la biodiversité au Sahel. La plupart des pays poursuivent des politiques pour étendre
l’agriculture industrielle, par exemple par des subventions et autres incitations ou par des investissements
dans l’infrastructure d’appui. Ces politiques soutiennent souvent les formes de production agricole les moins
durables au détriment des pratiques de GDT. Parallèlement, de nombreux pays ne disposent pas de politiques
adéquates pour améliorer l’accès des agriculteurs au crédit et à l’épargne ou à l’assurance pour les cultures
et le bétail. Les politiques d’investissement inadéquates dans le secteur agricole peuvent contraindre les
petits agriculteurs à maintenir ou à adopter une GDT. Cela comprend les politiques visant à aider les
agriculteurs à accéder au capital financier ainsi qu’aux politiques à l’appui du développement des petites et
moyennes entreprises dans le secteur agricole.
Les lacunes en matière de politiques sont également au cœur des défaillances de la gouvernance locale et de la
faiblesse des droits de propriété et du régime foncier, y compris les anciennes politiques visant à nationaliser les terres
et à centraliser les processus de prise de décision et de budgétisation. Dans le cas des ressources communales,
comme beaucoup de prairies et de zones boisées, l’incertitude sur les droits de propriété a entrainé une concurrence
incontrôlée pour l’accès aux ressources et la surexploitation. Dans de nombreux domaines, les règles coutumières
régissent encore l’utilisation des ressources communales, mais ces institutions s’affaiblissent généralement en raison
de nombreux facteurs, dont certains des éléments moteurs et pressions décrits (Herrera et al., 2013).
6. La culture
Les facteurs culturels qui entrainent la dégradation des terres et la perte de biodiversité peuvent être les plus
difficiles à définir, mais peuvent inclure des comportements individuels ainsi que des attitudes du public, des
valeurs et des croyances. (Geist et Lambin, 2004). Les attitudes culturelles à l’égard de la terre, et en particulier
des zones arides, peuvent influencer les politiques publiques au Sahel. Par exemple, il existe une croyance
répandue, en dépit de certaines preuves suggérant le contraire, selon laquelle la production de céréales est
plus efficace que le pâturage de bétail et que les pâturages doivent être transformés en cultures chaque fois 29
que possible. Il existe également une attitude largement partagée selon laquelle l’eau est un bien commun
qui doit pouvoir être utilisé librement par tous, une attitude exploitée par les entreprises agricoles qui
bénéficient souvent d’une eau gratuite ou subventionnée pour les investissements à grande échelle dans
l’irrigation. Beaucoup de sociétés de zones arides ont de fortes valeurs de protection de l’environnement,
mais elles changent en raison d’un large éventail de forces et souvent les valeurs et les comportements des
gens changent d’une manière qui est au détriment de la nature.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Il existe un certain nombre de facteurs culturels positifs qui atténuent la dégradation des terres et peuvent
être construits pour promouvoir la restauration et la gestion durable des terres. Les utilisateurs des terres du
Sahel connaissent bien leur environnement et dépendent fortement de la biodiversité. En conséquence, ils
ont développé de nombreuses pratiques et coutumes qui permettent de protéger ces ressources et d’être
utilisées de manière durable. Les institutions coutumières sont généralement essentielles pour que les
connaissances locales soient utilisées efficacement, par exemple pour permettre aux utilisateurs d’une
parcelle forestière partagée de s’entendre sur les règles d’utilisation durable et de pénaliser ceux qui
enfreignent les règles. De nombreux cas de dégradation des terres sont attribuables l’effondrement de ces
institutions coutumières et à la perte subséquente de pratiques de gestion durables.
Les espèces envahissantes contribuent à la perte de biodiversité dans certaines régions du Sahel, mais les données
sur les principales espèces envahissantes sont insuffisantes. Des arbustes envahissants, tels que Calotropis procera
et Jatropha gossypifolia, et des arbres potentiellement envahissants comme Senna siamea et Azadirachta indica
(margousier), ont été identifiés dans un certain nombre de sites situés dans la zone de la Grande Muraille Verte
(UICN/PACO, 2013). L’arbre envahissant Prosopis juliflora est une préoccupation commune dans de nombreuses
régions arides du Sahel, qui se développe dans des bosquets denses et épineux, causant des dommages
écologiques et économiques et supplantant les espèces indigènes. Prosopis se développe souvent dans les zones
où la végétation indigène d’acacia a été enlevée et crée un obstacle à la restauration de la végétation indigène.
Cependant, la plante a un certain nombre d’utilisations, y compris pour le combustible et le fourrage, et certaines
communautés sont réticentes aux efforts pour la supprimer (Geesing et al., 2004).
Le feu est un phénomène naturel au Sahel qui joue un rôle dans le maintien de nombreux écosystèmes des zones
arides. Certaines espèces se développent dans des zones qui sont affectées par le feu et peuvent être menacées
par l’arrêt du feu. Lorsque la biomasse a considérablement augmenté, par exemple en raison de l’expansion de la
végétation ligneuse, l’intensité du feu peut augmenter, causant des dommages à plus long terme même aux
écosystèmes adaptés feu. Le feu est largement utilisé comme outil de gestion dans l’agriculture, par exemple pour
éliminer les jachères ou renouveler les pâturages, et est également utilisé par les chasseurs pour débusquer les
animaux sauvages. Des préoccupations ont été soulevées au sujet du mauvais usage du feu par les gestionnaires
de terres et les implications pour les espèces qui sont moins adaptées au feu. On craint également que les modèles
de feu ne changent en raison du changement climatique. Le Tchad, par exemple, a connu des sécheresses
majeures en 1984-1985 et en 1993-1994, qui ont provoqué l’assèchement des écosystèmes et ont entrainé une
augmentation des feux de forêt qui ont détruit l’habitat de certaines espèces sauvages (Boulanodji, 2014).
Il est clair que de nombreux facteurs interdépendants entrainent la perte de biodiversité et des solutions simplistes,
à facteur unique sont souvent inappropriées. Les facteurs de la perte de biodiversité se retrouvent dans presque
© Andrea Borgarello/World Bank
tous les secteurs et, par conséquent, réagir à la perte de biodiversité nécessite une réponse multisectorielle. La
conservation de la biodiversité et les indicateurs de la perte de biodiversité doivent donc être intégrés dans un
certain nombre de secteurs, en particulier ceux liés à l’agriculture, à l’utilisation des terres, au changement climatique,
à la réduction de la pauvreté et à la sécurité alimentaire.
30
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Il ressort d'un grand nombre d'études dans le monde que la restauration de la biodiversité par le biais de la
restauration écologique débouche sur d'importants gains dans un large éventail de services écosystémiques (Rey
Benayas et al., 2009). À titre d'illustration, la restauration des grands pâturages libres en Jordanie a conduit
simultanément à une augmentation de la productivité du bétail, à l'augmentation du stockage et de
l'approvisionnement en eau propre, à la réduction de l'envasement des réservoirs en aval, au stockage du carbone
atmosphérique et à la fourniture de plusieurs plantes médicinales à haute valeur marchande (Myint and Westerberg,
2014). Au Sahel, la restauration des paysages agroforestiers du Soudan a procuré aux agriculteurs des revenus
oscillant entre 5 750 et 19 119 SDG par hectare sur une période de 25 ans16. Les avantages de l'adoption
généralisée de la restauration intégrée des paysages forestiers
dans la société soudanaise dans son ensemble sont, entre autres,
La restauration de la biodiversité par l'amélioration de la recharge des eaux souterraines, l'évitement de
le biais de la restauration écologique l'érosion des sols, l'augmentation de la production végétale grâce
débouche sur d'importants gains à la fixation de l'azote et à l'humidité du sol et l'accroissement de
dans un large éventail de services la production de gomme arabique et de bois de chauffage
écosystémiques. (Ricome et al., 2014).
Il se peut que la réduction délibérée de la biodiversité dans l'intensification de l'agriculture (par exemple, la
destruction des espaces boisés) ne réduise pas le service écosystémique propre à l'intérêt de l'utilisateur
des terres (comme la production alimentaire). En effet, certaines fonctions clés, à l'instar de la fertilité des
sols, peuvent être remplacées par des intrants artificiels. D'autres systèmes écosystémiques, tels que la
régulation de l'eau et l'atténuation du climat, peuvent être compromis, ce qui représente un coût qui est
souvent supporté par la société dans son ensemble, contribuant, par exemple, au changement climatique ou
à l'insécurité dans le domaine de l'eau hors site. D'autre part, les systèmes traditionnels d'utilisation des terres
accordent une valeur intrinsèque élevée à la biodiversité, en la protégeant à des fins agricoles (par exemple,
le maintien de parcelles forestières ou d'arbres spécifiques menacés ou de grande valeur), en la protégeant
explicitement pour le bien des générations futures ou en protégeant la biodiversité pour les multiples
avantages secondaires qu'elle procure, comme la nourriture, les médicaments ou l'ombre. Dans d'autres cas,
la protection d'un plus grand ensemble de services écosystémiques dépend de l'internalisation des avantages
qu'ils procurent à l'utilisateur des terres, par exemple, en prévoyant
des mesures incitatives pour le stockage de carbone ou la
protection de bassins hydrographiques. L'atteinte de cet objectif Les systèmes traditionnels
peut nécessiter des politiques visant à promouvoir la diversification d'utilisation des terres accordent
en matière d'utilisation des terres, notamment la production agricole, une valeur intrinsèque élevée
animale et arboricole, et la diversité parmi les utilisateurs des terres à la biodiversité.
(Swift et al., 2004).
31
16
Lors de la réalisation de l'étude, 1 SDG= approximativement 0,2 dollar américain
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La biodiversité des sols comprend les microorganismes et les invertébrés, ainsi que les plantes et les grands
animaux résidant dans le sol. Cette biodiversité apporte un certain nombre de services à l'écosystème, notamment
la décomposition de la matière organique, le cycle des nutriments, le pompage des nutriments et de l'eau, la
bioturbation (mélange du sol) et la suppression des maladies transmises par le sol et des ravageurs. La plupart des
utilisateurs des terres connaissent les fonctions de la biodiversité, même s'il se peut qu'ils ne maîtrisent pas
entièrement le mode de fonctionnement du mécanisme, et leurs méthodes de gestion sont souvent adaptées à la
promotion de tels rôles. À titre illustratif, l'agriculture pratiquée sur de petites parcelles protège les symbioses
mycorhiziennes entre les plantes et les champignons du sol, en aidant à mobiliser des nutriments et à améliorer la
survie des plantes dans des milieux perturbés (Smith et Read, 2008) tandis que l'agroforesterie soutient le rôle de
la bactérie rhizobium en association avec les légumineuses dans la fixation de l'azote.
La relation entre la biodiversité des sols et les services écosystémiques est complexe. Dans l'ensemble,
cependant, le biote des sols est essentiel à la productivité primaire et donc à la fourniture de services tels que
la production alimentaire. La biodiversité des sols détermine les taux de rétention et d'infiltration de l'eau et
influe donc sur la réalimentation de la nappe phréatique et sur l'approvisionnement en eau propre, ainsi que
sur la régulation du risque d'inondations et de sécheresses (Wall et Nielsen, 2012). Selon les estimations, la
contribution de la biodiversité des sols aux services écosystémiques à l'échelle mondiale oscille entre 1,5 et
13 trillions de dollars américains (Van der Putten et al. 2004).
4.1. Les avantages que procure la nature à l'humanité dans la région du Sahel
La biodiversité et les écosystèmes offrent des services cruciaux à l'humanité – de la sécurité alimentaire à la
préservation de la propreté de nos eaux, en passant par la protection contre les intempéries, la fourniture de
médicaments, les loisirs et la contribution au fondement de la culture humaine. Selon les estimations, ensemble,
ces services ont une valeur oscillant entre 21 et 72 trillions de dollars américains par an – comparable au revenu
national brut du monde, qui s'élevait à 58 trillions de dollars américains en 2008. (Nellemann et Corcoran, 2010)
Services
d’approvisionnement :
nourriture, eau,
énergie… Moyens de subsistance
Le lien entre la perte de biodiversité et la fourniture de services écosystémiques n'est pas une simple relation.
Les êtres humains tirent souvent profit de la fourniture de services écosystémiques, tels que la production
d'aliments et de fibres, au détriment de la richesse et de l'abondance des espèces: sur le plan historique, la
perte de biodiversité et l'augmentation de la fourniture de services écosystémiques sont allés de pair (MA,
2005). Cependant, d'importantes mises en garde sont nécessaires par rapport à cette relation. Tout d'abord,
cette relation ne tient pas si les écosystèmes sont exploités au-delà de certaines limites, comme cela se
produit, par exemple, à travers la dégradation des
terres. Dans ce cas, la surexploitation des Le défrichement des terres pour la culture peut,
ressources naturelles conduit à une importante perte dans un premier temps, augmenter la production
de biodiversité dont l'inversion peut s'avérer difficile, alimentaire, mais cela coûte énormément en ce
en particulier si l'on va au-delà des seuils
qui concerne l'approvisionnement en eau, la
écologiques. Malheureusement, ces seuils sont mal
régulation du climat, la séquestration du carbone,
compris et ne sont souvent observés qu'après avoir
été dépassés (Leadley et al., 2010).
les ressources forestières, la pollinisation
et de nombreux autres services.
Ensuite, de nombreux coûts liés à la perte de biodiversité due à la fourniture des services écosystémiques sont
ignorés. En effet, la mesure des avantages des services d'approvisionnement pris isolément ne tient pas compte
des répercussions sur les autres services écosystémiques et dévalorise énormément la biodiversité. À titre
illustratif, le défrichement des terres pour la culture peut, dans un premier temps, augmenter la production
alimentaire, mais cela coûte énormément en ce qui concerne l'approvisionnement en eau, la régulation du climat,
la séquestration du carbone, les ressources forestières, la pollinisation et de nombreux autres services (De Groot
et al., 2010) .
© Andrea Borgarello/World Bank
33
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La couverture végétale peut jouer un rôle Les sols constituent un facteur clé des services d'appui
majeur dans la réduction des écoulements dans les zones arides, en influant sur le stockage et la
superficiels de l'eau et dans l'amélioration disponibilité de l'eau et des nutriments. Le sol se forme
de l'infiltration de l'eau, soutenant ainsi lentement dans les zones arides et est déterminé, en
les cycles hydrologiques et réduisant ainsi grande partie, par les microorganismes du sol et les
la survenance et la gravité des inondations invertébrés, comme les termites. De nombreux
et de la sécheresse. systèmes de culture reposent sur les pesticides qui
détruisent la biodiversité des sols et peuvent
compromettre les processus de formation du sol. Dans la plupart des zones arides, les herbivores jouent un
rôle particulièrement important dans le recyclage des nutriments et la majeure partie de la décomposition
des végétaux a lieu dans les intestins herbivores. Dans les zones où la population des herbivores a baissé,
ce rôle est également limité, même si, dans de nombreux cas, il est joué par les herbivores domestiques.
Dans les zones plus arides, les croûtes du sol jouent un rôle essentiel dans le maintien de la stabilité du sol,
mais aussi dans la canalisation de l'eau, des nutriments et des graines vers les cépées des plantes et les
dépressions, où elles sont concentrées (MA, 2005).
Certains services d'approvisionnement sont moins couramment utilisés, mais peuvent fournir des ressources
importantes au niveau local et de manière saisonnière. Par exemple, la gomme arabique, produite à partir
de Acacia senegal et d'Acacia seyal, a un marché mondial et fournit des revenus substantiels dans les zones
arides du Soudan et dans d'autres pays du Sahel. Un certain nombre de fruits secs, dont le fruit du dattier
du désert, jouent un rôle essentiel dans les régimes alimentaires pendant la saison sèche. La production de
miel est répandue dans tout le Sahel et fournit des revenus importants qui contribuent à la résilience des
ménages et à la diversité des moyens de subsistance. Au Sénégal, la valeur ajoutée totale de la récolte de
produits forestiers non ligneux et non combustibles a été estimée à 4,5 milliards de francs CFA (7 283 160
dollars américains), soit 14% de la production déclarée du secteur forestier en 2000 (UICN, 2006).
Les services d'approvisionnement issus des zones humides dans les zones arides peuvent avoir une valeur
particulièrement élevée. Les zones humides peuvent être des supports pour la vie à une grande échelle
géographique dans les écosystèmes des zones arides et ce rôle est souvent négligé lorsque des zones
humides sont aménagées pour maximiser les services d'approvisionnement au niveau local. Une meilleure
prise en compte des services écosystémiques dans les zones arides est nécessaire à l'échelle
correspondante.
34
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Une association locale dénommée Waldé Kelba a été créée après la mise en place de la politique de
décentralisation par le Mali en 1991. Cette association a permis une plus grande reconnaissance des modalités
de gestion des ressources locales, le transfert de pouvoir aux structures locales de prise de décision et une
plus grande participation des groupes et des associations locaux à la prise de décision. Waldé Kelka offre
une plate-forme permettant de coordonner les pratiques communautaires de restauration et de gestion durable
des forêts, ce qui a permis la restauration de plusieurs parcelles forestières et de plusieurs zones humides.
Le bénéfice que tirent les communautés de Kelka du reboisement a été estimé à 94,2 millions de dollars
américains sur une période de 25 ans, et la valeur actuelle des avantages tirés de la séquestration du carbone
grâce au reboisement et à l'agroforesterie est estimée à 501,6 dollars américains et à 57,8 millions de dollars
américains respectivement sur la même période17 (Sidibé et al., 2014).
Les arbres jouent un certain nombre de rôles régulateurs dans les zones arides, notamment la régulation des
nutriments du sol, du carbone du sol et de la teneur en eau du sol (Sinare et Gordon, 2015). Ils peuvent créer
des microclimats favorables à la production végétale et peuvent augmenter la teneur en carbone et donc la
fertilité des sols. Ils peuvent réguler la disponibilité de l'eau et certains arbres augmentent l'humidité du sol sous
la canopée, même si ce résultat n'est pas obtenu pour toutes les espèces d'arbres. Il ressort également des
recherches que les végétaux cultivés sous certains arbres bénéficient d'une protection contre les températures
élevées et sont moins atteints par le vent (Bayala et al., 2013).
17
Tous les chiffres sont basés sur un taux d'actualisation de 5%
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
L'évaluation des écosystèmes pour le millénaire définit les services écosystémiques culturels comme les
“bénéfices intangibles que procurent les écosystèmes par l'enrichissement spirituel, le développement
cognitif, la réflexion, les loisirs et les expériences esthétiques". Ces services culturels peuvent comprendre la
contribution à la culture et à l'art, aux valeurs spirituelles et historiques, aux loisirs et la contribution à la science
et à l'éducation. Les zones arides font partie d'un patrimoine mondial commun qui a donné naissance à de
grandes religions et à de nombreuses cultures emblématiques.
Les animaux des zones arides, comme l'éléphant d'Afrique et
le lion, sont valorisés au niveau mondial et génèrent des Les systèmes agricoles, les
revenus touristiques importants. connaissances locales, les institutions
autochtones et les cultures locales des
Un grand nombre de cultures de base du monde proviennent zones arides sont très adaptés à la
des zones arides et de nombreuses variétés végétales et gestion des risques et à la garantie
animales sont très adaptées aux conditions arides et hautement de la résilience.
variables des zones arides. Les variétés végétales et animales
de la région du Sahel ont été sélectionnées pour leur capacité de survie pendant les sécheresses, ce qui leur
confère une certaine fiabilité dans un environnement très peu fiable. Les systèmes agricoles, les
connaissances locales, les institutions autochtones et les cultures locales des zones arides sont très adaptés
à la gestion des risques et à la garantie de la résilience. De nombreuses régions étant vouées à des
températures plus chaudes et à plus de variations climatiques, les adaptations existantes de la biodiversité,
des écosystèmes et des cultures des zones arides constituent un atout précieux qui peut inspirer d'autres
personnes en dehors des zones arides.
36
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Il ne s'agit pas ici du partage de toutes les responsabilités pour l'ensemble de la biodiversité: il s'agit de faire
en sorte que la biodiversité qui détermine le flux de chaque service écosystémique soit protégée par les
institutions en charge de ces services. Les ministères de l'Agriculture, par exemple, ont un intérêt particulier
dans les services de pollinisation, la recharge des eaux souterraines et les cycles du carbone et de l'azote, et
devraient se pencher sur les moyens d'assurer la continuité de ces services. Cette partie présente plusieurs
approches de conservation de la biodiversité : gestion durable des terres, restauration des paysages et des
écosystèmes, aires protégées, conservation communautaire et conservation de l'agrobiodiversité.
5.1. La gestion durable des terres : protéger la biodiversité pour des terres productives
La gestion durable des terres (GDT) constitue l'un des meilleurs moyens d'atteindre les objectifs de l'Initiative
pour la Grande muraille verte, en protégeant simultanément la biodiversité et les services écosystémiques,
en augmentant la productivité agricole et en favorisant la résilience des populations et des écosystèmes.
La GDT a été définie comme “l'utilisation des ressources foncières, dont les sols, l'eau, les animaux et les
plantes, pour la production de biens afin de répondre aux besoins humains changeants, tout en assurant
simultanément le potentiel productif à long terme de ces ressources et le maintien de leurs fonctions
environnementales" (WOCAT, 2007). Les pratiques de GDT sont essentielles à la réalisation des objectifs
de la CNULCD et à l'atteinte de la neutralité en matière de dégradation des terres.
Nombre de pratiques de GDT ont été documentées au Sahel et beaucoup d'entre elles sont basées sur les
méthodes traditionnelles de gestion des terres qui ont duré des siècles, même si, dans certains cas, il a fallu
les relancer et les adapter aux conditions socioéconomiques, climatiques et institutionnelles. Parmi les
pratiques de GDT bien connues au Sahel, figurent l'agroforesterie, la régénération naturelle gérée par les
agriculteurs (RNGA), l'agriculture durable à faible utilisation d'intrants extérieurs, les jachères et le
pastoralisme mobile. Nombre de pratiques de gestion durable des terres tournent autour de la protection
de la biodiversité pour augmenter le carbone organique et l'humidité du sol (Schwilch et al., 2012).
Les communautés des zones arides sont très adaptées aux incertitudes de leur environnement et, au cours
des siècles, elles ont développé des moyens fiables de gestion de leurs ressources. Outre les espèces
hautement adaptées, décrites ci-dessous, les communautés ont mis en place des institutions et des pratiques
culturelles pour répartir les risques et favoriser la résilience.
Les politiques d'intensification de l'agriculture ont entraîné une diminution de certaines pratiques de GDT,
bien que d'autres facteurs interviennent également, comme la faiblesse de la sécurité foncière et l'échec de
la gouvernance locale. Même si les pratiques de GDT sont parfois considérées comme “anciennes", elles 37
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
ont de nombreux avantages, notamment, dans certains cas, une productivité globale supérieure à celle des
approches de gestion des terres plus intensives. Les approches de GDT ne conservent pas seulement la
biodiversité des sols mais elles protègent également la biodiversité souterraine, notamment grâce aux arbres
autochtones et aux paysages agrosylvopastoraux (WOCAT, 2007).
Les actions au niveau du site, telles que les approches agroécologiques, tournent souvent autour de la
restauration de la biodiversité, notamment en favorisant la biodiversité des sols pour augmenter la fertilité et
l'humidité du sol. Cette biodiversité profite à l'environnement dans son ensemble et aux économies
nationales, notamment par l'amélioration des cycles hydrologiques et la réduction du risque d'inondation et
de sécheresse, ou par le stockage du carbone et l'atténuation des changements climatiques. Dans le même
temps, certaines pratiques de GDT comme l'agroforesterie offre un habitat qui abrite d'autres espèces, y
compris les pollinisateurs de cultures et les oiseaux migrateurs.
Les pratiques de GDT sont promues sous différentes formes, y compris dans le cadre des stratégies de
réduction des risques de catastrophe et en tant que composante de l'agriculture soucieuse de
l'environnement. L'agriculture soucieuse de l'environnement est une approche de transformation des
pratiques agricoles pour pour atteindre les objectifs de développement, dont la sécurité alimentaire, face
au changement climatique. Ses objectifs sont, entre autres, l'augmentation durable de la productivité et des
revenus agricoles, l'adaptation et la résilience aux changements climatiques, et la réduction ou la
suppression des émissions de gaz à effet de serre (FAO, 2017).
L'agroécologie au Sahel
Selon un rapport du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'agroécologie alimentaire adressé
à l'Assemblée générale des Nations Unies, il s'agit de l'"application de la science écologique à l'étude,
à la conception et à la gestion des agroécosystèmes durables". Elle se présente comme un ensemble de
pratiques agricoles qui imitent les processus naturels pour créer des interactions et des synergies
biologiques bénéfiques. L'agroécologie offre les conditions pédologiques les plus favorables à la
croissance des végétaux par la gestion de la matière organique et l'augmentation de l'activité biotique
du sol. Les principes fondamentaux de l'agroécologie sont, entre autres, le recyclage des nutriments et
de l'énergie sur la ferme et la minimisation des intrants externes, l'intégration des cultures et du bétail et
le maintien d'une diversité d'espèces, les ressources génétiques et l'utilisation des terres. L'agroécologie
est fortement tributaire des connaissances et de l'expérimentation des agriculteurs, bénéficiant des
avancées scientifiques et technologiques (AGNU, 2010).
L'agroécologie est un terme générique qui comprend des pratiques telles que l'agriculture à faible
utilisation d'intrants externes, l'agroforesterie, l'écoagriculture et l'agriculture "verte". Elle est fréquemment
utilisée en relation avec l'intensification durable et l'intensification écologique, en mettant l'accent sur la
gestion optimale des fonctions écologiques de la nature et de la biodiversité pour améliorer les
performances agricoles et les moyens de subsistance des agriculteurs. L'agroécologie peut inclure le
maintien de l'agrobiodiversité, la gestion intégrée des nutriments, la lutte contre l'érosion et l'intégration
d'arbres à usages multiples dans les systèmes agricoles. Des dizaines d'approches et de techniques
agroécologiques sont connues et pratiquées au Sahel, notamment la création de cordons pierreux et de
digues de protection pour réduire le débit d'eau de surface, de demi-lunes pour capter l'humidité et les
nutriments dans des zones localisées, des fosses zai pour placer des niveaux élevés de matière
organique autour des graines plantées, le compostage et bien d'autres (voir Liniger et al., 2011 et Debray
et al., 2015 pour d'autres exemples et détails).
Il a été constaté que l'utilisation de digues de protection en pierre en Afrique de l'Ouest pour réduire le
ruissellement pendant la saison des pluies a augmenté la capacité de rétention d'eau de cinq à dix fois,
et augmenté la production de biomasse de 10 à 15 fois. Une méta-analyse des projets agroécologiques
a révélé qu'ils ont augmenté la production alimentaire en moyenne de 116% en Afrique, tout en améliorant
simultanément l'offre d'autres services écosystémiques. Une étude distincte a révélé un résultat similaire
38 dans 40 projets africains couvrant 10 millions d'agriculteurs et 12 millions d'hectares. Ces projets ont
donné en moyenne plus du double de la production agricole sur une période de 3 à 10 ans, ce qui a
entraîné une augmentation de la production alimentaire globale de 5,79 millions de tonnes par an, soit
557 kg par ménage agricole (AGNU, 2010).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La restauration écologique a été décrite comme le processus d'aide au rétablissement d'un écosystème ayant
été dégradé, endommagé ou détruit. Elle a été définie comme "une activité intentionnelle qui lance ou accélère
le rétablissement d'un écosystème en ce qui concerne sa santé, son intégrité et sa durabilité" (SER, 2004). La
restauration écologique comprend l'amélioration, dans la mesure du possible, de la biodiversité et des espèces
autochtones pour soutenir la fonctionnalité de l'écosystème.
La restauration des paysages forestiers (RPF) se définit comme "un processus planifié visant à rétablir l'intégrité
écologique et à améliorer le bien-être humain dans les paysages déboisés ou dégradés". La RPF vise à établir
un équilibre entre les besoins humains et les besoins de la biodiversité en rétablissant diverses fonctions
forestières dans un paysage et en acceptant les compromis qui en découlent. Nombre d'écosystèmes font
partie d'un paysage plus vaste qui est sous gestion productive (par exemple, les zones humides dans un
paysage plus large de grands pâturages libres), et ils ont été considérablement modifiés par cette gestion. Le
concept de restauration de paysages et de RPF est donc devenu populaire au point que la restauration des
fonctions écosystémiques soit à un niveau qui soutient l'activité humaine (Mansourian et al., 2005).
Les activités de restauration diffèrent en fonction du type d'écosystème à restaurer et de la condition dans laquelle
se trouve l'écosystème dégradé. Le rétablissement des terres forestières à partir de terres cultivées gérées de
façon productive nécessite une approche différente pour restaurer les terres cultivées qui ont connu une érosion
des sols. Certaines formes de restauration des terres peuvent être très coûteuses, par exemple lorsque le sol est
contaminé par des métaux lourds ou des dépôts de sel.
Cependant, dans de nombreux cas, les terres dégradées sont
La RNGA est une pratique locale
encore gérées, quoiqu'à un niveau inférieur de fonctionnalité, et
la restauration est possible en passant à des approches de au Sahel qui gagne en popularité
gestion plus durables. À titre illustratif, les terres dont la fertilité a auprès des agriculteurs sahéliens,
diminué peuvent être restaurées par incorporation de la matière en particulier au Niger.
organique ou par intégration de cultures aux légumineuses.
La régénération naturelle est souvent le moyen le plus rentable d'obtenir une restauration à grande échelle. Elle
peut être réalisée grâce à des formes simples de protection, telles que l'élaboration de plans communautaires
de pâturage ou de gestion forestière, assortis de la structure de repos saisonnier et de rétablissement, ou avec
une période de repos initiale plus longue pour amorcer le processus de rétablissement. Parfois, les exclos sont
utilisés pendant un certain temps pour protéger un site dégradé contre l'utilisation pendant que le processus de
rétablissement commence. Cependant, il est des cas où la régénération naturelle est trop lente et le processus
peut être accéléré avec une intervention minimale.
La régénération naturelle assistée (RNA) utilise des interventions minimales pour aider à la régénération naturelle
des terres dégradées et pour restaurer des écosystèmes forestiers et des grands pâturages libres productifs
(Shono et al., 2007). La régénération naturelle gérée par les agriculteurs (RNGA) est une pratique locale au Sahel 39
qui gagne en popularité auprès des agriculteurs sahéliens, en particulier au Niger. La RNGA est un exemple de
régénération assistée, où les agriculteurs gèrent et protègent les arbres qui se régénèrent naturellement sur des
terres cultivées. Au Sénégal et au Burkina Faso, par exemple, la régénération naturelle assistée et le reboisement
ont été utilisés pour augmenter la couverture arborée et restaurer les terres dégradées par la salinisation, les
sécheresses et la déforestation.
18
[Link]
19
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les efforts de reboisement au Sahel se concentrent de plus en plus sur l'intégration des arbres dans les paysages
agricoles, y compris l'intégration dans les champs de cultures (agroforesterie) et les pâturages
(sylvopastoralisme). Le Burkina Faso et le Ghana associent maintenant le développement de grandes plantations
aux petites activités de régénération à la ferme. Le type d'espèce peut différer selon les objectifs de production
de l'agriculteur ou du gestionnaire de la plantation. Au Sénégal et au Burkina Faso, par exemple, la régénération
naturelle assistée et le reboisement ont été utilisés pour augmenter la couverture arborée et restaurer les terres
dégradées par la salinisation, les sécheresses et la déforestation. Au Sénégal, en raison de la salinisation, des
espèces végétales résistantes au sel sont utilisées dans les activités de reboisement. Au nord du Burkina Faso,
des espèces végétales convenablement adaptées et résilientes ont été sélectionnées en s'appuyant sur le savoir-
faire local des communautés et utilisées pour restaurer les terres dégradées dans six villages.
5.3. Les approches novatrices utilisées pour les aires protégées dans les paysages
productifs
À l'heure actuelle, les aires protégées ne sont pas
prioritairement considérées comme un outil de lutte Les aires protégées pourraient jouer un rôle
contre la désertification au Sahel. Cependant, ce terme majeur dans la protection de l'agriculture
est souvent mal interprété comme signifiant uniquement durable et des pratiques d'élevage qui
des zones gérées par l'État qui sont écartées de la s'attaquent aux problèmes de la
production afin de protéger la nature. Il s'agit désertification et de la sécheresse.
uniquement d'un aspect de la définition de l'aire
protégée et, dans leur sens plus large, tel que défini par l'UICN, les aires protégées pourraient jouer un rôle
majeur dans la protection de l'agriculture durable et des pratiques d'élevage qui s'attaquent aux problèmes de
la désertification et de la sécheresse (Dudley, 2008).
Dans le monde entier, il existe de nombreux exemples de paysages agricoles protégés, où les avantages
environnementaux de l'agriculture durable sont protégés contre l'empiétement par des utilisations de la terre moins
durables. Les aires protégées peuvent aider à améliorer la gestion des forêts et des paysages forestiers, des bassins
versants et des grands pâturages libres au Sahel. Elles peuvent être utilisées pour la conservation des habitats
naturels et des services écosystémiques qu'ils fournissent. Les aires protégées et les régimes de gestion en leur
sein ont été utilisés afin de lutter contre la dégradation des terres par zonage pour des utilisations différentes et
20
UICN, 2016. Évaluation régionale de la réduction des risques liés aux écosystèmes et de la biodiversité en Afrique de l'Ouest et du Centre. Un
rapport pour la résilience par l'investissement dans les écosystèmes - la connaissance.
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40
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les aires protégées peuvent être détenues ou gérées par des communautés, les autorités étatiques ou des
propriétaires fonciers privés. Elles peuvent être protégées contre toute forme d'exploitation, ou contre certains
usages : par exemple, les sites du patrimoine agricole peuvent être protégés contre l'empiètement par une
agriculture intensive. Les aires protégées sont souvent créées dans des zones contenant des ressources vitales,
comme les châteaux d'eau de montagne ou les zones riveraines, ce qui peut constituer un élément essentiel de
la gestion intégrée des paysages (UICN, 2011).
41
Figure 13 : Carte des aires protégées dans les pays de la Grande Muraille Verte
Source : UICN et UNEP-WCMC, 2016, Base de données mondiale sur les aires protégées en ligne, novembre 2016, Cambridge, UK. Disponible à : [Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La mise en œuvre du programme de travail de la Convention sur la diversité biologique sur les aires
protégées et l'établissement de réseaux efficaces d'aires protégées au Sahel pourraient contribuer
simultanément aux objectifs de la CDB, de la CNULCD et de la CCNUCC. Cependant, la réalisation de ces
objectifs nécessite de nouvelles attitudes à l'égard des aires protégées, ce qui implique une volonté accrue
de considérer les approches dirigées par les communautés et des structures de gouvernance différentes et
plus variées, parallèlement aux efforts des pouvoirs publics (Dudley et al., 2014).
Les APAC sont généralement reconnues lorsque les communautés locales sont très préoccupées par
les écosystèmes concernés pour des raisons culturelles, économiques ou territoriales. Ces communautés
ont le pouvoir de prendre et de mettre en œuvre des décisions importantes en matière de gestion, par le
biais des institutions qui exercent l'autorité et des responsabilités et qui sont en mesure de faire appliquer
la réglementation. Ces décisions de gestion et les efforts des peuples autochtones et/ ou des
communautés locales contribuent à la conservation des habitats, des espèces, des fonctions écologiques
et des valeurs culturelles connexes, bien que l'intention initiale ait pu être liée à une variété d'objectifs,
pas nécessairement directement liés à La protection de la biodiversité.
Les APAC peuvent satisfaire à la définition et aux normes des aires protégées et elles constituent un
moyen efficace de conservation de la biodiversité répondant aux objectifs de gestion des catégories de
l'UICN. Elles peuvent être efficaces dans les endroits où les gouvernements sont dans l'incapacité
d'établir ou de gérer efficacement les aires protégées. Même si les gouvernements refusent toujours de
reconnaître la légitimité des APAC, on note une tendance à une plus grande inclusion de ces aires dans
les stratégies nationales de conservation (Dudley, 2008).
42
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les communautés ont activement géré les ressources naturelles au Sahel depuis des millénaires, en
s'appuyant sur leur connaissance locale de l'environnement et en agissant collectivement en fonction des
institutions établies et des pratiques culturelles. Ces traditions ont pris un sérieux coup, par exemple, en
raison des changements dans l'affirmation du pouvoir de l'État ou des changements dans la structure et les
attitudes de la société. Cependant, dans tout le Sahel, il existe de nombreux exemples d'initiatives visant à
relancer ou à rétablir la gestion communautaire des ressources naturelles.
Au Sahel, les approches de conservation communautaire peuvent être utilisées pour partager les avantages
des parcs nationaux et, par conséquent, elles sont parfois conçues pour apaiser les communautés qui
subissent, par ailleurs, un certain coût en vivant à proximité de ces aires protégées. Ce qui est différent de
l'approche adoptée en Afrique australe, où les droits et les pouvoirs décisionnels, ainsi que les avantages
tirés de la nature sont clairement transférés aux communautés. Cependant, dans les deux cas, on note un
changement d'influence sur les ressources naturelles et un certain degré de cogestion des ressources
naturelles. Dans les deux cas, les communautés locales ont des possibilités de tirer des avantages du point
de vue de la subsistance, lesquels sont destinés à inciter à protéger la nature. La conservation
communautaire peut donc être une stratégie pour atteindre les objectifs de la CDB, de la CNULCD et de la
CCNUCC (Roe et al., 2009).
Le rôle du comité de gestion a consisté à négocier des objectifs se soutenant mutuellement pour une
gestion et un développement durables. L'eau est une ressource vitale qui détermine l'accès au massif et
des investissements mal éclairés ont entraîné une croissance non planifiée du nombre de forages. Les
points d'eau augmentent le temps que le bétail peut passer dans le massif, ce qui conduit au surpâturage,
à la perte d'habitat et à la désertification. Le comité de gestion définit les règles de construction des
forages en vue d'une gestion durable des terres. Le comité s'appuie s'appuie donc fortement sur les
connaissances existantes des acteurs locaux afin de développer des investissements dans l'eau potable,
au profit des communautés locales et de la faune (Rabeil et al., 2014).
43
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Les feux de forêt sont courants dans la région du Sahel, mais ils sont un phénomène naturel et ne doivent pas
nécessairement être considérés comme un danger. Le feu est couramment utilisé comme un outil de gestion, pour
la promotion des pâturages, le défrichage des jachères et le soutien de la chasse. Les feux deviennent un problème
lorsque les gens commencent à utiliser les terres de manière moins tolérante au feu, lorsque les établissements
humains prolifèrent et lorsque les changements écologiques entraînent des changements dans la structure ou la
gravité des feux. Cette situation peut se produire lorsque la quantité de biomasse augmente fortement et, en fait, le
feu est l'un des mécanismes naturels qui contrôlent l'équilibre entre la biomasse ligneuse et herbacée dans la rgion
du Sahel.
La relance des approches de conservation communautaire n'a pas atteint son potentiel dans le Sahel en raison
d'un certain nombre de contraintes. En effet, les communautés sont rarement parvenues à assurer légalement leur
autorité sur les terres et les ressources naturelles, et les États n'ont pas été proactifs dans la création de conditions
favorables au développement d'institutions communautaires. En conséquence, ces institutions se sont obstinées à
exister et, dans certains cas, ont entraîné des conflits locaux au sein de la communauté, en particulier lorsqu'elles
ont entraîné une génération de revenus importants (Roe et al., 2009).
La région du Sahel est riche en agrobiodiversité en raison de la pression exercée sur les populations locales
pour s'adapter aux conditions locales. Une combinaison de la sélection humaine et naturelle des espèces
végétales et animales a conduit à l'émergence
d'espèces hautement adaptées et tolérantes aux
contraintes environnementales locales et aux
L'agrobiodiversité au Sahel est une ressource
conditions de production. L'agrobiodiversité au Sahel précieuse qui fournit des produits alimentaires
est une ressource précieuse qui fournit des produits de grande valeur associés à un niveau de
alimentaires de grande valeur associés à un niveau de fiabilité que les souches exotiques reproduisent
fiabilité que les souches exotiques reproduisent rarement ; en particulier la capacité de fournir
rarement; en particulier la capacité de fournir un un rendement modeste même pendant les
rendement modeste même pendant les années où la années où la sécheresse sévit.
sécheresse sévit.
Les variétés végétales et animales adaptées aux conditions locales disparaissent pour diverses raisons, mais
surtout en raison des efforts acharnés pour les remplacer par des variétés exotiques. Pendant de nombreuses
années, les gouvernements, les scientifiques et les entreprises agroalimentaires ont favorisé les variétés
exotiques pour les avantages qu'ils en tiraient, notamment une plus grande productivité ou une plus grande
résistance aux maladies. Près des trois quarts de la diversité génétique des cultures agricoles ont été perdus
au niveau mondial au cours du siècle dernier, et la diversité génétique au sein des espèces survivantes a
considérablement diminué (Amend et al., 2008). Les variétés exotiques sont souvent favorisées en raison de
leur potentiel élevé de productivité, mais les rendements élevés dépendent de niveaux élevés d'intrants,
notamment les engrais, les pesticides et les médicaments vétérinaires. Ces variétés exotiques sont aussi souvent
plus exigeantes en eau et plus sensibles à la pénurie d'eau.
L'agrobiodiversité peut être conservée in situ grâce à la protection des pratiques agricoles locales, y compris
le soutien à la gestion durable des paysages. Certains pays ont ont déclaré majeurs les "systèmes agricoles
traditionnels d'importance mondiale”21, ce qui peut renforcer la reconnaissance mondiale de leur valeur et servir
de cadre à la conservation et à la gestion durable des paysages, de la biodiversité, des systèmes de
44 connaissances et des cultures connexes. Le statut d'aire protégée peut être utilisé pour les paysages agricoles,
comme nous l'avons évoqué plus haut, notamment dans les catégories V et VI. La désignation des réserves de
biosphère peut également être utilisée dans la conservation et le développement durable dans les zones riches
en agrobiodiversité (Amend et al., 2008).
21
[Link]
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Il y a de nombreux défis à relever pour atteindre les objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte et
ceux-ci touchent plusieurs secteurs. Dans cette section, les défis sont regroupés en trois grandes questions
d'incompréhension profondément ancrée dans le sous-développement à long terme combiné et les taux de
changement sans précédent.
Le débat entre l'intensification agricole et le développement durable est au cœur de la Grande Muraille Verte. Un
récent rapport de la Banque mondiale met en relief la nécessité de stimuler la production agricole afin de rendre
les moyens de subsistance plus résistants, mais souligne également l'importance de la durabilité, y compris la
gestion de la fertilité des sols et des ressources en eau rares (Cervigni et Morris, 2016). Même si les
gouvernements sont de plus en plus conscients des
lacunes des stratégies conventionnelles d'investissement
agricole, les pratiques agricoles durables, telles que Il faut une vision alternative du
l'agroécologie, restent dans les marges et sont minées développement durable qui repose sur une
par les investissements publics dans les pratiques de production optimale de multiples valeurs et
gestion des terres non durables. des extrants provenant des terres.
Au lieu de traiter ce débat comme une simple dichotomie -soit la nourriture ou la nature- il faut une vision
alternative du développement durable qui repose sur une production optimale de multiples valeurs et des
extrants provenant des terres et qui inclut plus que la production agricole. Cela impliquerait des
investissements dans la prestation des services et l'intégration des marchés basée sur la gestion durable des
terres. Il faudrait également une utilisation équilibrée des ressources en eaux rares, en reconnaissant le
potentiel de production alimentaire de l'irrigation, mais aussi le coût potentiel, à l'échelle de l'écosystème, du
changement de la disponibilité et de l'accès des ressources en eau. La planification publique doit être mieux
informée par l'étude et l'évaluation de multiples services écosystémiques et les institutions publiques doivent
être en mesure de mieux coordonner la gestion du paysage. Les services écosystémiques peuvent être
protégés par une combinaison de règlements et d'incitations, nécessitant des investissements dans les
politiques et les marchés (Mortimore et al., 2009).
Le Sahel est caractérisé par un climat extrêmement variable et de fréquentes sécheresses, inondations et
autres risques. Les pratiques de gestion foncière coutumière se sont développées pour gérer et atténuer ces
risques, souvent dans le but d'assurer un rendement adéquat dans les pires années plutôt qu'un rendement
maximal dans les meilleures années. Le développement dans le Sahel a souvent mis l'accent sur des objectifs
différents et a compromis les stratégies de gestion des risques traditionnels, par exemple en remplaçant les 45
cultures résistantes à la sécheresse avec des variétés à haut potentiel qui produisent beaucoup moins en
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La Grande Muraille Verte est une occasion puissante de démontrer la valeur de la GDT dans le renforcement
de la résilience et de la gestion des risques. Parallèlement, les gouvernements peuvent investir plus
efficacement dans la réduction des risques de catastrophe et de sécheresse, particulièrement en incluant
des indicateurs de services de régulation d'eau dans la gestion des terres et en reconnaissant que la sévérité
d'un danger ainsi que la capacité de gérer ledit danger peut être fortement influencée par les pratiques de
gestion des terres. Les gouvernements peuvent également offrir des programmes de protection sociale, qui
peuvent fournir des filets de sécurité pour protéger les personnes les plus vulnérables à moindre coût que
l'aide humanitaire et peuvent créer une résilience au niveau du ménage et de la communauté (Cervigni et
Morris, 2016).
Les politiques et les investissements des zones arides sont souvent motivés par l'incompréhension du sol et
de l'eau dans les zones arides, et particulièrement au niveau de l'intersection des deux. Il est courant de lire
que "les zones arides sont des eaux rares" ou "caractérisées par la sécheresse", plutôt que de voir la rareté
et la sécheresse comme un résultat de mauvais choix et de mauvaise gestion. Le résultat est souvent un
investissement excessif dans des pratiques de gestion des eaux improductives et nocives, par exemple des
pratiques d'irrigation qui augmentent les pertes évapotranspiratives et conduisent à un séchage global des
paysages ainsi qu'un risque de salinisation. Le défaut de gérer adéquatement la fertilité et l'humidité du sol
de manière combinée conduit à une baisse rapide des deux et contribue à une perte de résilience.
La gestion de la fertilité du sol et de l'eau, notamment à travers des pratiques agricoles qui mettent l'accent sur
l'entretien de la matière organique dans le sol, peut jouer un rôle majeur dans la réalisation des objectifs de
l'initiative de la Grande Muraille Verte. La protection du sol en carbone dans les zones arides joue un rôle majeur
dans l'augmentation de l'humidité du sol et la biodiversité des sols contribue à l'augmentation de l'infiltration et
de la recharge des aquifères. Le carbone du sol contribue à la fertilité générale des sols et ainsi qu'à la
productivité et à la résilience agricole de niveau supérieur. Il contribue également à atténuer les changements
climatiques et est de plus en plus considéré comme un pilier central de la contribution nationale aux mesures
d'atténuation, particulièrement dans les pays couverts par des forêts faibles comme ceux du Sahel.
La croissance démographique devrait être plus rapide que la croissance économique dans le Sahel et elle
pourrait probablement augmenter la pression sur les ressources naturelles ainsi que sur la demande globale
de nourriture et de produits divers. Cela constitue un défi évident pour la gestion durable des ressources,
mais aussi une incitation puissante à améliorer grandement la productivité alimentaire dans la région. La
croissance économique augmentera le pouvoir d'achat dans la région, et l'urbanisation créera des marchés
croissants pour les produits agricoles (Cervigni et Morris, 2016).
La question de savoir si le changement démographique est une menace ou une opportunité dépend dans
une certaine mesure de la manière dont les critères du développement durable sont intégrés dans la
production agricole et des autres aspects du développement. L'urbanisation et la croissance des secteurs
secondaires et tertiaires devraient créer des opportunités
pour les transferts de fonds vers les zones rurales qui
peuvent financer l'investissement dans la production La question de savoir si le changement
agricole. L'utilisation des transferts de fonds par les démographique est une menace ou une
46 gestionnaires des plaines dépendra de leurs capacités, opportunité dépend dans une certaine
de leur accès à des produits et services appropriés et de mesure de la manière dont les critères du
l’existence de politiques et règlements pour soutenir le développement durable sont intégrés dans
développement durable. Dans de nombreux domaines, la la production agricole et des autres
gestion durable des terres dépendra également de la aspects du développement.
sécurité des droits fonciers, en particulier sur les terres
communales, et sur les ressources de la gouvernance locale.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Croissance économique
La neutralité en matière de dégradation des terres (NDT), cible ODD 15.3, a été décrite par la CNULCD
comme un "accélérateur ODD", ce qui implique que, en réalisant la NDT, les pays obtiendront de très bons
résultats contre de multiples autres objectifs de développement (voir la figure 1). Il faut mettre davantage
l'accent sur les avantages multiples de NDT et de la Grande Muraille Verte, incluant la contribution à la
production alimentaire, à la croissance économique, à la création d'emplois et autres. Les investissements
dans les infrastructures, la production d'électricité, les mines, etc. sont inévitables et risquent d'avoir des
effets négatifs sur l'environnement. Cependant, les pays devraient reconnaître l'importance du développement
durable de l'environnement pour leur croissance économique à long terme et devraient déployer une
hiérarchie d'atténuation pour éviter, réduire, restaurer et compenser la perte de la biodiversité, selon le cas
(figure 14). Ceci est également un principe de NDT selon l'interface de la politique scientifique de la CNULCD.
Actions de
conservation
supplémentaires Impact
positif
net
Décalage de
Valeurs de la biodiversité
la biodiversité
+
Réhabilitation Réhabilitation
Changement climatique
Le climat sahélien devrait devenir plus chaud et les précipitations deviendront plus imprévisibles. Il y a absence
de consensus quant à savoir si le climat deviendra plus humide ou plus sec et par conséquent la projection est
l'une des incertitudes. Bien que les préoccupations soient plus susceptibles d'être soulevées par rapport à la
baisse des précipitations, l'augmentation des précipitations peut également entraîner de nouveaux risques, par
exemple des pertes plus importantes après la récolte ou des changements dans les schémas de maladie des
cultures et du bétail. Dans les deux cas, le changement climatique est l'un des nombreux changements profonds
qui se déroulent simultanément dans les zones arides et un accent important sera nécessaire pour permettre
aux pays et aux communautés de s'adapter à tous.
6.3. Ajuster les investissements pour faire face au sous-investissement à long terme
Ressources humaines
La faible capacité des ressources humaines est l'un des facteurs les plus importants dans la pauvreté au Sahel et
la réduction de la pauvreté ne peut être réalisée sans aborder directement la faible pénétration des services sociaux
de base, y compris l'éducation pour tous. La relation entre la pauvreté et la perte de la biodiversité ou la dégradation
des terres, n'est pas simple. Bien que les communautés pauvres pourraient dépendre de manière disproportionnée
des ressources naturelles pour leurs moyens de subsistance et peuvent dans un certains cas exploiter ces
ressources, la perte et la dégradation de la biodiversité peuvent également s'accélérer au fur et à mesure que le
développement prend de l'ampleur. L'attribution de la perte de biodiversité et de la dégradation des terres à la
pauvreté, sans une meilleure compréhension de la relation, peut conduire à la dépossession des pauvres de leurs
terres et pourrait conduire à une adoption plus large des pratiques de gestion des terres non viables.
Le rôle de la connaissance locale et du capital social dans la gestion durable de la biodiversité mérite une plus
grande attention. De nombreuses communautés ont une forte tradition de gestion durable des ressources
48 naturelles, par exemple pour coordonner les modèles saisonniers de pâturage ou le temps des vendanges des
fruits sauvages. Cependant, dans de nombreux cas, ces institutions peuvent se dégrader au fur et à mesure
que les populations grandissent et que les institutions alternatives les remplacent. Plusieurs acteurs défendent
des approches participatives afin de renforcer les institutions locales, les actions collectives et de renforcer la
gouvernance locale globale. De telles approches pourraient aussi bénéficier des améliorations globales du
capital humain.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Un régime foncier faible constitue un obstacle majeur à la gestion durable des ressources naturelles au Sahel. La
précarité du régime d'occupation des terres peut constituer un obstacle majeur à la gestion durable des terres,
en particulier lorsqu'il s'agit des ressources communales. Il peut déterminer les cultures et le bétail, comment et
quand les terres sont cultivées et récoltées, et s'il est possible d'investir dans le développement des pratiques
agricoles durables. Les agriculteurs de toute la région sont confrontés au défi de la précarité des régimes fonciers,
dont les racines sont trop complexes à aborder dans ce rapport. La plupart des pays de l'Initiative de la Grande
Muraille Verte ont, à un moment donné du passé récent, institué des
politiques visant à nationaliser les terres, généralement à la suite de
la colonisation. Dans plusieurs cas, cela inclut plus d'une période Une attention particulière doit être
de colonisation qui créa diverses couches de droits fonciers. accordée au renforcement des
Certains pays ont également tenté la redistribution des terres et la capacités, dans les institutions et
réforme agraire, tandis que les systèmes fonciers coutumiers restent au sein des communautés, pour
largement répandus et se sont adaptés à l'environnement juridique parvenir à une occupation sécuritaire
et politique en constante évolution. Ceci a conduit à une incertitude et à une gouvernance des ressources
et à une ambiguïté généralisées entre les droits coutumiers et locales plus équitable.
juridiques, et de nombreuses opportunités pour l'exploitation par
les particuliers. Cette situation s'est encore aggravée par le faible investissement dans les services juridiques et
des possibilités insuffisantes pour réparer les activités illicites liées aux droits fonciers (Toulmin et Quan, 2000).
Les solutions foncières varient d'un pays à l'autre, mais le plus souvent le défi est la mise en oeuvre, plutôt que
l'établissement des lois. Cela pourrait refléter des lacunes dans la capacité et les services juridiques ainsi qu'une
faible compréhension, dans les communautés rurales, de la manière de garantir les droits, y compris les droits
des femmes et d'autres groupes marginalisés. La sécurisation des droits communaux est souvent plus difficile et
reçoit généralement un faible soutien juridique, de telle sorte que, dans certains cas, une réforme légale peut être
nécessaire. Cependant, la publication des Directives volontaires sur la gouvernance responsable de la tenure
(FAO, 2011) a montré l'intérêt grandissant d'un certain nombre de pays dans la région pour trouver des solutions
à cette barrière. Au fur et à mesure que la volonté de renforcer le mandat augmente, une attention particulière doit
être accordée au renforcement des capacités, dans les institutions et au sein des communautés, pour parvenir à
une occupation sécuritaire et à une gouvernance des ressources locales plus équitable.
Capacité institutionnelle
Les institutions pour la gestion durable des terres au Sahel présentent un certain nombre de lacunes. Les services
publics sont souvent contraints par des ressources insuffisantes et une faible capacité du personnel. Les politiques
en faveur d'une gestion durable sont souvent absentes ou mal mises en œuvre, et la préférence est souvent
accordée à des politiques favorisant une gestion durable des terres moins durables. Une gestion efficace du
paysage nécessite une certaine intégration entre les secteurs, soit par une meilleure coordination, soit par l'adoption
d'indicateurs communs dans tous les secteurs. Des mécanismes intersectoriels de coordination ont été proposés
dans tous les pays de l'Initiative de la Grande Muraille Verte, mais les ressources pour leur mise en œuvre sont
rares et leur capacité est faible. La planification de
l'utilisation des terres à l'échelle du paysage est rarement
Le renforcement des capacités, la
pratiqué en raison d'une combinaison de faible capacité,
de ressources faibles et d'absence de mandats
sensibilisation et l'orientation des politiques
institutionnels. Les institutions communautaires font face sont nécessaires pour aider les fonctionnaires
à des contraintes et ont été mises à mal par une à adopter une vision plus large de la Grande
combinaison de faible reconnaissance juridique, de Muraille Verte qui s'étend au-delà de leur
changements sociaux rapides dans la communauté ainsi secteur individuel.
que d'autres facteurs.
50
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La croissance économique verte qui est adaptée aux zones arides devrait protéger les actifs naturels et
maintenir la fourniture de ressources et services environnementaux sur lesquels dépendent la croissance et
le bien-être. Le développement durable devrait être adapté aux conditions environnementales du Sahel,
incluant une forte variabilité climatique, une saisonnalité marquée et des taux élevés de perte d'eau. Tout en
s'adaptant aux conditions locales, le développement devrait également identifier et poursuivre les opportunités
uniques de croissance dans la région, y compris le potentiel vaste et largement inexploité pour produire de
l'énergie renouvelable. La croissance verte dans le Sahel devrait reconnaître la diversité des services
écosystémiques et assurer un investissement plus équilibré afin d'optimiser leur livraison plutôt que de
maximiser les services individuels. À moins d'être explicitement démenti dans des cas spécifiques, il faut
supposer que la valeur globale des services écosystémiques multiples pour la société au Sahel dépasse le
potentiel maximal d'un seul service.
Les objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte dépendent de la gestion durable des terres et de l'eau
d'une manière intégrée qui est compatible avec l'écologie des zones arides. La gestion durable devrait être
guidée par la science sur la façon d'améliorer la fertilité et l'humidité du sol et sur la manière de gérer
efficacement les ressources en eau limitées afin de minimiser les pertes et d'optimiser les rendements des
ressources en eau à l'échelle du paysage. Les initiatives de restauration foncière et de paysage devraient
faire l'objet d'une plus grande importance, grâce à une évaluation améliorée des nombreux services
écosystémiques qui peuvent être relancés. Dans le but de l'encourager, il faut des approches novatrices pour
compenser les services écosystémiques et les pratiques de gestion des terres qui les protègent. Une
surveillance améliorée de la santé foncière est nécessaire pour s'assurer que les terres sont traitées comme
une ressource non renouvelable et pour s'assurer que la gestion est réglementée de manière efficace. Cela
devrait être coordonné sous les objectifs fixés par le pays pour la neutralité en matière de la dégradation des
terres, conformément aux engagements de la CNULCD, afin de parvenir à un équilibre à long terme entre la 51
dégradation et la réhabilitation des terres, avec un accent sur la gestion durable.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Le défi fondamental des zones arides est de gérer les risques et de maintenir la résilience des communautés
et des écosystèmes. La résilience dépend de la conservation de la biodiversité des terres arides, tant sur les
termes d'abondance et de richesse des espèces. La biodiversité contribue à une résilience plus forte en
fournissant les éléments constitutifs des cycles nutritifs et hydrologiques et en fournissant des ressources qui
soutiennent les moyens de subsistance durables. La gestion des risques et le renforcement de la résilience
devraient être au cœur du suivi des zones arides et devraient être une cible explicite de la politique et de
l'investissement des terres arides. Cela doit inclure un développement humain généralisé, y compris
l'éducation, la santé et la sécurité, compte tenu des principales lacunes dans le développement du Sahel. Il
faudra également accorder une attention particulière au renforcement de la gouvernance à tous les niveaux,
ainsi qu'un engagement accru des hommes et des femmes dans la prise de décision publique et la
sauvegarde de leurs droits d'utilisation et de la gestion des ressources naturelles.
1. Intégrer la gestion durable des terres dans le secteur de l'agriculture pour réaliser la neutralité
en matière de dégradation des terres
Les objectifs de l'initiative de la Grande Muraille Verte exigent que les gouvernements veillent à ce que la
restauration des terres l'emporte sur la dégradation des terres, ce qui est également nécessaire pour atteindre
la neutralité en matière de dégradation des terres. Le moyen le plus rentable d'y parvenir est de minimiser la
dégradation, en particulier par l'adoption de pratiques de gestion durable des terres. Cela exige que la GDT
passe d'une activité marginale du secteur agricole pour être intégré dans les investissements et les politiques
agricoles de base. Les gouvernements devront peut-être repenser la façon dont ils interprètent l'intensification
agricole" et faire davantage pour mesurer le rendement global des services écosystémiques des terres.
• Investir dans l'élargissement de la GDT aussi bien que sur d'autres innovations de la GDT et des pratiques
de restauration
• Promouvoir l'innovation dans les petites et moyennes entreprises pour une agriculture durable, y compris
les chaînes d'entrée et de valeur
• Développer des services financiers (y compris le crédit / épargne et l'assurance) qui sont adaptés tant aux
besoins des agriculteurs et agricultrices, qu'aux éleveurs afin d'accroître leurs investissements dans la GDT
• Établir des programmes de formation pour les agriculteurs et les agents de vulgarisation dans la GDT
• Fournir des incitations financières et autres pour les multiples avantages de la GDT, y compris les marchés
des avantages connexes (par exemple, les produits forestiers non ligneux) et les paiements pour les
services écosystémiques
• Surveiller le coût de la dégradation de l'environnement provenant de différents systèmes agricoles, tels
que l'épuisement des aquifères ou la perte de biodiversité, et établir des mesures visant à internaliser les
coûts des pratiques non durables
La réalisation des objectifs de l'Initiative de la Grande Muraille Verte nécessitera une plus grande intégration
de la gestion du paysage, afin de produire de la nourriture et de conserver la biodiversité et les services
écosystémiques simultanément plutôt que de diviser les paysages en zones protégées et exploitées. Les
zones protégées demeureront nécessaires, mais d'autres peuvent être mises en place pour protéger les
paysages agricoles gérées de manière durable. De nouveaux arrangements institutionnels sont nécessaires
pour que les secteurs clés soient responsables de leur impact sur d'autres secteurs et permettent une synergie
entre les secteurs dans la gestion des ressources naturelles.
• Veiller à ce que les mécanismes de coordination intersectorielle, tels qu'indiqués dans les stratégies de
la Grande Muraille Verte et les programmes d'action nationaux de lutte contre la désertification, soient
opérationnels, avec les ressources financières et humaines adéquates
52
• Fournir des ressources techniques et financières, y compris la formation, au niveau du gouvernement local
pour la planification intégrée du paysage
• Renforcer les capacités et assurer des possibilités pour la participation de la communauté dans la
planification intégrée du paysage
• Améliorer la gestion des aires protégées dans le Sahel et créer de nouveaux paysages agricoles protégés
y compris les "aires de conservation communautaire" (APAC).
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
La gestion durable des terres et la conservation de la biodiversité nécessitent la sécurité des droits sur les
ressources, y compris le droit d'imposer des règles et de sanctionner la mauvaise utilisation. Cela ne signifie
pas nécessairement que la tenure privée et les gouvernements peuvent faire davantage pour reconnaître la
propriété communautaire. Le renforcement du droit de propriété contribuera à une gestion du paysage mieux
intégrée, car les agriculteurs, les éleveurs et les autres communautés locales pensent généralement aux
ressources d'une manière plus holistique et non sectorielle. Une gouvernance plus forte permettra aux
communautés locales de mieux contrôler la gestion et la restauration des ressources naturelles et
contribueront à la résilience au niveau local.
• Promouvoir la gouvernance locale des ressources naturelles grâce à une planification participative et la
décentralisation de la prise de décision au plus bas niveau possible
• Former des hommes et des femmes gestionnaires des ressources naturelles ainsi que les employés du
secteur public dans les possibilités pour renforcer la gouvernance locale et les ressources foncières
• Renforcer les droits des femmes en tant que gestionnaires des ressources naturelles et ajuster les
politiques et les investissements à la nature sexospécifique des avantages de la biodiversité et des impacts
de la dégradation des sols
• Veiller à ce que les institutions juridiques disposent des ressources nécessaires pour soutenir la mise en
œuvre des lois foncières nationales, en accordant une attention particulière à l'obtention du régime de
ressources communales et à la reconnaissance des institutions et droits coutumiers.
La biodiversité est un indicateur essentiel de la gestion durable des terres, qui peut être surveillé de différentes
façons. Il peut être mesuré directement en comptant des espèces clés dans le paysage, bien qu'il puisse y
avoir des défis dans l'identification de la biodiversité qui est un véritable indicateur de la résilience du paysage.
La biodiversité peut également être mesurée par procuration, par exemple en mesurant l'état des fonctions
essentielles des écosystèmes, comme les flux d'eau ou la fertilité des sols. Une meilleure compréhension du
rôle de la biodiversité dans la réalisation de l'objectif de l'Initiative de la Grande Muraille Verte, au travers de
la science, de la formation et de l'information, contribuera à améliorer l'intégration de la gestion durable des
terres et de la conservation de la biodiversité pour parvenir à un développement durable.
53
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
7.2. Conclusion
De véritables synergies peuvent être trouvées entre l'environnement et les objectifs de développement qui font
de la Grande Muraille Verte une priorité nationale d'investissement. Plutôt que d'investir séparément pour
atteindre les objectifs de la CCNUCC, de la CDB ou de la CNULCD, il faut accorder la priorité aux
investissements qui fournissent simultanément les trois à un coût global plus faible. L'initiative de la Grande
Muraille Verte est un vecteur important pour la neutralité en matière de dégradation des terres sous la CNULCD.
Il est également conforme à l'article 8f de la CDB, qui demande aux parties de promouvoir le rétablissement
des espèces menacées par des stratégies telles que
l'approche écosystémique. L'initiative de la Grande Muraille
De véritables synergies peuvent être Verte peut contribuer à plusieurs cibles d'Aichi, y compris
trouvées entre l'environnement et les la cible 5 sur la perte d'habitat, la cible 7 sur l'agriculture et
objectifs de développement qui font la foresterie durable, la cible 9 sur les espèces exotiques
de la Grande Muraille Verte une priorité envahissantes, la cible 13 sur la diversité génétique des
nationale d'investissement. plantes et des animaux domestiques, la cible 14 sur les
services écosystémiques, la cible 15 sur la résilience des
écosystèmes et les stocks de carbone, la cible 18 sur les connaissances locales et autochtones et enfin la
cible 19 sur la science et le savoir. Plutôt que d'allouer des terres distinctes pour la production alimentaire, la
conservation de la biodiversité ou pour des bassins hydrographiques, une priorité accrue devrait être accordée
aux investissements dans la multifonctionnalité des terres. La réalisation d'une telle ambition nécessite
l'établissement de mécanismes institutionnels de soutien. Il exige également que l'élévation de la neutralité en
matière de dégradation des terres atteigne une priorité politique plus élevée dans les pays de l'Initiative de la
Grande Muraille verte.
54
La Grande Muraille Verte est une initiative inhérente à la biodiversité et ses objectifs ne peuvent être atteints
qu'en conservant la biodiversité et en protégeant les services écosystémiques. Ces avantages
environnementaux doivent être mieux compris et appréciés et la conservation de la biodiversité dans la GMV
ne devrait pas être laissée au hasard. Compte tenu de la valeur de la biodiversité à la société dans son
ensemble, les systèmes de récompense sont nécessaires pour encourager et compenser la protection grâce
à une gestion durable. Une utilisation plus diversifiée du système de zone protégée devrait être explorée, en
tenant compte de la protection des paysages de production agricole ainsi que de formes de protection plus
exclusives. Une utilisation accrue des aires protégées peut être faite pour atteindre d'autres objectifs de
développement, tels que la réduction des
risques de catastrophe ou l'adaptation
Avec un changement de perspective suffisant, écosystémique. Avec un changement de
il n'y a aucune raison pour que la GMV ne puisse perspective suffisant, il n'y a aucune raison
pas être entièrement classée comme une pour que la GMV ne puisse pas être
mosaïque de différentes aires protégées, protégées entièrement classée comme une mosaïque de
pour la gestion durable des paysages sahéliens différentes aires protégées, protégées pour la
afin de fournir de la nourriture, de l'eau et de gestion durable des paysages sahéliens afin
l'énergie, pour soutenir les moyens de de fournir de la nourriture, de l'eau et de
subsistance de ses nombreux résidents, et l'énergie, pour soutenir les moyens de
pour sauvegarder la beauté et la diversité des subsistance de ses nombreux résidents, et
paysages et des cultures sahéliennes. pour sauvegarder la beauté et la diversité des
paysages et des cultures sahéliennes.
55
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
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Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Bénin Projet de Aider le Bénin dans ses efforts Le projet traite de la gestion durable des
gestion des Forêts et pour jeter les bases d'un système ressources forestières, par la mise à jour,
Terroirs Riverains intégré collectif de gestion des l'harmonisation et la mise en œuvre des plans
écosystèmes de ses forêts et de de gestion des réserves forestières ; Restau-
ses terres adjacentes ration des zones dégradées ; gestion des
parcours et des zones protégées pour la
conservation à long terme de la forêt ; et la
gestion de des excursions d'ile d'oiseaux.
Burkina Faso Troisième phase du Renforcer la capacité des commu- Le projet gère les ressources naturelles et
programme national nautés rurales et des institutions protège les écosystèmes, en particulier les
de gestion des décentralisées à mettre en œuvre des écosystèmes, les aires protégées et les
terroirs plans de développement locaux qui réserves du complexe écologique PONASI
favorisent la gestion durable des (couvrant les aires protégées de Po,
terres et des ressources naturelles et Nazinga et Sissili) dans le Centre-Sud du pays.
des investissements productifs au
niveau de la commune
Tchad Projet d'appui à la Aider les collectivités rurales et les Le projet abordera la gestion des écosys-
production agricole organisations de producteurs dans la tèmes grâce à la protection des écosystèmes
d'urgence croissance : (I) la production de naturels ciblés qui contiennent des réserves
cultures sélectionnées et les espèces naturelles et des parcs nationaux dans quatre
de bétail dans certaines zones, et (ii) régions.
l'utilisation de pratiques durables de
gestion des terres et des eaux dans les
écosystèmes vulnérables au climat
Éthiopie Projet de gestion Réduire la dégradation des sols et Le projet établira et renforcera les zones
durable des terres et améliorer la productivité foncière protégées au niveau communautaire, les
changement clima- dans certains bassins hydrogra- zones de conservation, les réserves commu-
tique phiques dans les régions ciblées nales, les bosquets, les couloirs de la faune
en Éthiopie pour la conservation durable des ressources
naturelles. Il permettra de conserver la biodi-
versité à la communauté et les niveaux de
ferme individuels, à travers, entre autres,
l'identification des espèces de plantes locales
endémiques et menacées, de la conservatio-
nin-situ et ex-situ.
Ghana Projet de gestion 1. Démontrer une amélioration des Le projet utilisera l'approche de gestion des
durable des terres et pratiques durables de gestion des terres bassins versants afin de gérer les corridors
des eaux et des eaux visant à réduire la dégrada- biologiques riverains, y compris la faune, en
tion des sols et à améliorer la mainte- maintenant et en améliorant les principales
nance de la biodiversité dans certains valeurs de l'habitat.
micro-bassins hydrographiques ; et
2. Renforcer l'aménagement du territoire
pour l'identification des investissements
des bassins versants liés dans la région
des Savanes du Nord du Ghana.
Mali Gestion des Élargir l'adoption de pratiques Le projet traite de la biodiversité grâce à une
ressources naturelles durables de gestion des terres et de approche d'adaptation fondée sur l'écosys-
dans un climat l'eau dans les communes vulné- tème. Il soutient également la gouvernance de
changeant rables des zones climatiques ciblées la gestion des ressources naturelles au niveau
au Mali local en élaborant et en adoptant des plans
d'utilisation participative des ressources
communautaires et la révision des plans de
62 développement des communes qui intègrent
les problèmes de gestion durable des terres
et la conservation de la biodiversité.
Biodiversité et Grande Muraille Verte : gérer la nature pour un développement durable au Sahel
Niger Troisième phase du Renforcer la planification du déve- Grâce à des pratiques de gestion durable
programme d’actions loppement local et des capacités des terres, le projet tente d’améliorer la
communautaires de mise en œuvre, y compris la conservation et l'utilisation durable de la
capacité de répondre rapidement biodiversité, ainsi que les biens et services
et efficacement à une situation de de l'écosystème. Cela se fera en améliorant
crise ou d'urgence admissible, et l'efficacité des systèmes d'aires protégées
et en intégrant la conservation de la biodi-
d'améliorer l'accès de la popula-
versité et l'utilisation durable dans les
tion ciblée aux services
paysages de production ainsi que d'autres
socio-économiques.
secteurs.
Nigéria Projet de gestion de Réduire la vulnérabilité à l'érosion En utilisant une approche intégrée de
l'érosion et des bassins des sols dans les sous-bassins gestion des bassins versants, le projet traite
versants au Nigéria versants ciblés des ressources naturelles et de la dégrada-
tion de la biodiversité, y compris le problème
spécifique de l'érosion des ravines (et
d'autres zones affectées par l'érosion) que le
projet tentera de résoudre.
Sénégal Projet de Développe- Développer une agriculture Les forêts classées et les réserves naturelles
ment Inclusif et Durable commerciale durable et inclusive seront protégées et gérées durablement par
de l’Agribusiness et une gestion durable des terres une approche de gestion participative du
dans les domaines du projet. paysage. La gestion durable des forêts
entraînera une augmentation de la séquestra-
tion du carbone et d'autres services écosys-
témiques clés, ce qui permettra de restaurer
la capacité du sol à produire.
Soudan Projet de gestion Accroître l'adoption de pratiques Le projet traitera directement des problèmes
durable des ressources de gestion durable des terres et de conservation de la biodiversité. En
naturelles de l'eau dans les paysages ciblés utilisant une approche par paysage, il élabo-
de certains États du Soudan rera des plans participatifs de gestion
durable du paysage qui devraient aider à
gérer efficacement l'eau, la forêt, les
pâturages et l'agriculture dans les zones
tampons et les aires protégées et protéger
les services écosystémiques.
Togo Projet de gestion Renforcer la capacité institution- Le projet finance les activités participatives,
intégrée des catas- nelle des institutions ciblées à avec les communautés, à l'intérieur et autour
trophes et des terres gérer les risques d'inondations et des zones protégées et des forêts sélection-
de dégradation des terres dans les nées dans le but de réduire la pression sur
zones rurales et urbaines ciblées les ressources forestières et de restaurer les
services écosystémiques.
63
© Andrea Borgarello/World Bank
Biodiversity and the Great Green Wall: managing nature for sustainable development in the Sahel
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Biodiversity and the Great Green Wall: managing nature for sustainable development in the Sahel
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01 BP 1618 Ouagadougou 01
Burkina Faso
Tél : +226 25 40 99 42
E-mail: paco@[Link]
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