Allart Jac
Allart Jac
Marie-Christine Allart
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En suivant ces agriculteurs, en étudiant leur place dans la société, nous ten-
terons d’évaluer l’évolution de leur pouvoir et de discerner ainsi si certains
traits de la société traditionnelle ont pu résister, perdurer. Il s’agit de ne pas se
fier aux simples apparences numériques, mais d’examiner les influences et
leurs enjeux dans leur complexité et de voir si la micropolis villageoise4 a
encore un sens. Pour ce faire, trois échelles ont été retenues. Le cadre d’un
département comme celui du Pas-de-Calais nous paraît assez large et déter-
minant pour mesurer le poids des agriculteurs dans la vie politique. L’Artois,
une petite région agricole5, permet de déceler les interférences entre la
société englobante et le monde agricole et de différencier les évolutions.
Quant à la commune, elle s’impose en tant que cadre de vie, de travail et
d’exercice de pouvoir. La vie politique locale possède des traits originaux et
ne peut se présenter comme une image réduite de la politique nationale. Face
aux mutations qui ont profondément transformé la société rurale du Pas-de-
Calais du début du XXe siècle décrite minutieusement par Ronald Hubscher6,
le village en tant que « cité », lieu de vie collective et de pouvoir, ne garde-
t-il pas ses propres rythmes d’évolution ?
Quels pouvoirs pour les agriculteurs ?
Le XXe siècle est marqué par l’érosion de la représentation des agriculteurs7
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4. — Concept emprunté à J.-L. MAYAUD « Pour une communalisation de l’histoire rurale » dans La
politisation des campagnes en Europe au XIXe siècle. France, Italie, Espagne et Portugal. Actes du
colloque de Rome, 20-22 février, 1997, Rome, Mélanges de l’École française de Rome, 1998,
p. 135-152.
5. — La région agricole, notion qui s’est imposée après la seconde guerre mondiale, n’est pas obli-
gatoirement une région naturelle ; elle recouvre un territoire où les exploitations ont les mêmes sys-
tèmes de culture et d’élevage. L’Artois est une région d’exploitations moyennes où la culture l’em-
porte sur l’élevage.
6. — R. HUBSCHER, L’agriculture et la société rurale dans le Pas-de-Calais du milieu du XIXe siècle
à 1914, t. I, t. II, Mémoires de la Commission départementale des monuments historiques du Pas-de-
Calais, t. XX, 1980, 964 p.
7. — En effet, si en 1910, 18 % des parlementaires étaient agriculteurs, ils ne sont plus que 12 %
entre les deux guerres puis environ 8 % dans les années soixante, avant de tomber à 6 % dans les
années 80. Cependant, 17 députés agriculteurs siègent depuis 1993 et les sénateurs, plus nombreux,
en regroupent une quarantaine.
8. — B. WOLFER, « Identités de la France rurale, la terre, le paysan et l’État », in Agricultures et
espaces ruraux : valeur, changement et perspectives, colloque de Genshagen, Berlin, juin 2005.
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suivons tout particulièrement, et par les correspondances que vous voulez bien
m’adresser »11.
De fait, un quart des questions posées au Sénat par Émile Durieux et 50 %
de celles posées par Désiré Debavelaere concernaient l’agriculture contre 5 %
pour des élus non-agriculteurs.
Aux élections législatives de 1962, L’Agriculture du Pas-de-Calais
annonce que le Pas-de-Calais n’a aucun député agriculteur et au début du
XXIe siècle, aucun agriculteur n’exerce les fonctions électives de sénateur,
député ou conseiller général. Cela laisserait présager une perte d’influence
des agriculteurs. Néanmoins, il convient de ne pas tirer de conclusion hâtive
car un certain décalage apparaît entre les données officielles et ce que la
presse ou les entretiens révèlent. Par exemple aucun député agriculteur n’est
recensé sous la Ve République : Maurice François Delory est un négociant en
grains selon le site officiel de l’Assemblée nationale mais il est présenté
comme ancien agriculteur dans L’Agriculture du Pas-de-Calais. Si nous pre-
nons la composition de la Ve Commission du conseil général, la commission
« agriculture, ruralité, espaces naturels », deux agriculteurs en font partie
mais ils sont recensés en tant que retraités et le président, Inspecteur de l’É-
ducation nationale retraité, est un fils d’agriculteur formé à la JAC, la
Jeunesse agricole catholique. Au tournant du XXIe siècle, l’influence agricole
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À cette époque, l’agriculture est donc représentée par des producteurs directs,
des gens qui mettent eux-mêmes leur terre en valeur. Dans les années 1920-
1930, les coopératives d’approvisionnement et d’achat en commun se déve-
loppent : La Providence Rurale, présidée de 1920 à 1940 par Jules Delaire,
agriculteur à Boyelles est la première du genre. Léon Leprince, agriculteur à
Béhagnies est président de la CAPCRA ; l’Avenir rural est présidé de 1977 à
1992, par Henri d’Herlincourt, agriculteur à Cagnicourt… Désormais, il
serait difficile à un non-exploitant d’accéder à un poste de responsabilité.
Aujourd’hui, Dominique Ducroquet, agriculteur à Étrun, peut servir
d’exemple. Il n’a aucun mandat électif de nature politique, néanmoins il pos-
sède un pouvoir important. Depuis 1992, il est président de la Confédération
générale des betteraviers, il fut président de la conférence mondiale des plan-
teurs de betteraves, président de la S2B. Il appartient au conseil d’administra-
tion du Crédit Agricole. Il fut nommé par le ministre de l’Agriculture prési-
dent du conseil de direction spécialisé pour la filière sucre de l’Office
national interprofessionnel des grandes cultures, président du groupe de
l’agriculture du conseil économique et social. Il appartient aussi au conseil
d’administration de la FNSEA et peut avec d’autres écrire une lettre ouverte
au Premier Ministre.
À l’origine les organisations agricoles, de droite ou d’obédience républi-
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17. — Les comités dorgéristes ont connu une croissance rapide en 1937 faisant du département un
des plus importants foyers dorgériste.
18. — Voir « De Dorgères à Poujade » de J-P. ROYER in Les paysans et la politique dans la France
contemporaine, J. Fauvet, H. Mendras, 1958, Paris, 531 p. et R. O. PAXTON, Le temps des chemises
vertes, Révoltes paysannes et fascisme rural, 1929-1939, Éd. Seuil, 1996, 312 p.
19. — Outre Pierre Leclercq, Léon Delattre président des Chemises vertes, Deleau, Cassez, Tellier
sont intervenus à la tribune. Voir AD Pas-de-Calais, G 226/10.
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Quels agriculteurs ?
Cette relève des notables traditionnels par une nouvelle élite paysanne est
décrite comme la revanche des exploitants familiaux sur les hobereaux ou les
bourgeois des campagnes sous l’effet d’une force d’émancipation issue de la
paysannerie elle-même et principalement de la JAC qui en se penchant sur les
problèmes ruraux essayait de dégager une élite paysanne ; d’autres analysent
le même phénomène comme le terme de l’action des agrariens, des gros cul-
tivateurs spécialisés parvenus à mobiliser les paysans en faisant vibrer le sen-
timent d’appartenance au même groupe social20.
Il semblerait que les deux coexistent. La plupart des agriculteurs dotés de
mandat professionnel sont généralement de gros agriculteurs qui d’ailleurs
les cumulent. Dans sa région, le canton d’Hucqueliers, Gabriel de la Gorce
(1915-1979) représente le type d’agriculteur éclairé à l’origine d’une muta-
tion agricole, pionnier en matière de développement rural. Fils d’un maire et
conseiller général, lui-même saint-cyrien, il reprend l’exploitation d’une de
ses fermes après la seconde guerre mondiale, se lance dans l’expérimentation
et crée un syndicat intercommunal de développement agricole. Jean Deleau
(1906-1987) ingénieur agronome, reprend l’importante exploitation agricole
familiale. Il préside la Société d’agriculture de Saint-Pol, devient vice-prési-
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20. — S. MARESCA, Les dirigeants paysans, Les éditions de minuit, Paris, 1983, 294 p.
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21. — J.-P. JESSENNE, Les campagnes françaises entre mythe et histoire XVIIe-XXIe siècle, Éd.
A. Colin, 2006, 285 p., « il s’agit au fond d’une forme transformée et transposée à l’échelle française
et européenne de la « fermocratie » et des systèmes de dépendance villageois antérieurs », p. 240.
22. — 1er mars 1995, entretien avec M. Cocqueel, agriculteur à Lestrem. Il fut président de syndicat,
président d’une caisse locale du Crédit agricole.
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23. — M. BOUTIN, Paysan en quête de vérité, Éditions Les Échos du Pas-de-Calais, Collection
Témoignages, Lillers, 2006, 119 p.
24. — P. GRÉMION, Le pouvoir périphérique, Bureaucrates et notables dans le système politique
français, Éd. du Seuil, 1976, 477 p. Dans le chapitre XVI, le changement des mécanismes de légiti-
mation, il différencie deux sous-systèmes, urbain et rural, pour l’administration territoriale.
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Commune ayant
un maire agriculteur
Ech : 1 cm = 6 km environ
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Ech : 1 cm = 6 km environ
25. — Carte réalisée à partir de données collectées dans le Ravet-Anceau. Pour chaque commune
figure le nom du maire et la liste des agriculteurs. La démarche de recoupement laisse une marge
d’incertitude par exemple quand le prénom n’est pas indiqué ou quand il existe des homonymes.
26. — Carte réalisée à partir des données fournies par le bureau du Cabinet du Préfet.
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27. — Archives diocésaines d’Arras, 5Z 23/3. Conférence de Charles Brisset à Arras le 15 octobre
1950.
28. — Les tableaux nominatifs des maires et adjoints sont notés dans les recueils des actes adminis-
tratifs mais antérieurement à 1965, ces listes n’indiquent pas les professions exercées et il n’y a pas
d’archives concernant cette période au bureau des élections de la préfecture donc l’étude demeure
sommaire.
29. — L’établissement de la Ve République : le referendum de septembre et les élections de
novembre 1958, Paris, Colin, Cahier de la fondation nationale des sciences politiques.
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Néanmoins, dans les zones très rurbanisées, les résultats révèlent des dis-
continuités qui tendent à montrer que la profession entre peu en considération
lors du choix. Par exemple, les communes de Neuville-Saint-Vaast, Écurie,
Ech : 1 cm = 6 km environ
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35. — Carte réalisée à partir des données fournies par le bureau du Cabinet du Préfet.
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36. — Tableau réalisé après dépouillement des registres de délibérations des conseils municipaux.
37. — INSEE, recensement de 1975 ; aucune donnée disponible pour la période antérieure.
38. — INSEE, recensement de 1999.
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« bolchevik » sur son hangar parce qu’il défend la politique de la CGA, rivale
de la FNSEA, et promeut l’agriculture de groupe, l’essor des CUMA, les
coopératives d’utilisation du matériel agricole. Sous couvert d’apolitisme, la
politique est donc bien présente dans les villages car cette référence à la col-
lectivisation, au bolchévisme est issue de l’intense propagande anticommu-
niste menée par le mouvement Paix et liberté au début des années cin-
quante40. Et dans sa commune à dominante agricole, sa famille n’a aucune
chance de prendre le pouvoir car, d’obédience socialiste, elle se heurte à une
majorité villageoise qui défend l’école privée alors qu’il ne s’investit pas
dans la vie religieuse locale. Sa parentèle, minoritaire, ne peut lui assurer le
succès41.
Il n’était d’ailleurs pas rare dans les villages d’entendre les anciens, dépo-
sitaires d’un savoir social relatif aux familles, établir les pronostics des résul-
tats électoraux en se basant sur les parentèles. Par la suite, un de ses neveux a
essayé de saisir sa chance en s’appuyant sur une liste formée par et avec des
néo-ruraux, ignorants de ces tensions… en vain. Puis la vague de rurbanisa-
tion a emporté ces querelles internes et soudé le groupe des villageois. Ces
agriculteurs auparavant farouches ennemis se sont retrouvés sur une même
liste et un maire issu du monde agricole a remporté les élections.
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40. — Texte d’un tract : « Cultivateurs français !… Si tu veux des KOLKHOZES en France, Si tu
veux devenir un fonctionnaire attaché aux terres de l’État communiste,… VOTE COMMU-
NISTE ! ».
41. — H. LAMARCHE, S. Carol ROGERS, C. KARNOOUH, écrits et travaux du groupe de sociologie
rurale du CNRS, Paysans, femmes et citoyens. Luttes pour le pouvoir dans un village lorrain, Éd.
Actes Sud, 1980, 215 p., Le pouvoir et la parenté de C. KARNOOUH, p. 141 à p. 210.
42. — J.-P. JESSENNE, « Synergie nationale et dynamique communautaire dans l’évolution politique
rurale par-delà la Révolution française (vers 1780-vers1830) », in La politisation des campagnes au
XIXe siècle. France, Espagne, Italie et Portugal, Rome, École française de Rome, 2000, p. 57-79.
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43. — Sur l’ensemble du XXe siècle, trois communes d’importance différente ont été étudiées : la
ville d’Avion, le gros village de Neuville-Saint-Vaast et le petit village de Farbus. Après 1945,
l’étude comparative porte sur trois communes rurbanisées de taille différente : Marœuil, Neuville-
Saint-Vaast et Thélus.
Tableau des questions agricoles traitées dans les registres
de délibérations des conseils municipaux44.
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44. — Source : dépouillement des registres de délibérations des conseils municipaux des communes
de Marœuil, Neuville-Saint-Vaast et Thélus conservés dans les mairies.
45. — Les registres de délibératiions tenus par le conseil municipal de Thélus de 1945 à 1951 n’ont
pu être trouvés à la mairie.
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besoin d’être représenté de façon spécifique se fait alors sentir. Ainsi, Avion
élit régulièrement une commission agricole jusqu’au milieu des années cin-
quante, mais Farbus où des agriculteurs sont conseillers municipaux n’en res-
sent pas la nécessité.
L’intérêt de l’étude s’affirme après la seconde guerre mondiale lorsque les
villages évoluent. Nous avons comparé les trois communes rurales arté-
siennes de Marœuil, Neuville-Saint-Vaast et Thélus à travers la lecture des
registres de délibérations. À Neuville-Saint-Vaast, l’importance du nombre
d’agriculteurs, leur constante présence au conseil municipal expliquent le
nombre élevé des interventions en ce domaine, le double de celui des deux
autres communes avec 84 contre 41 pour Marœuil et 34 pour Thélus. Des pré-
occupations communes apparaissent. Cependant, l’aspect quantitatif n’est
pas le seul à prendre en compte, il faut aussi prendre en considération le trai-
tement du sujet abordé.
Si les pouvoirs réglementaires du maire comme représentant de l’État por-
tent sur la sécurité, la voirie, l’état sanitaire, le pouvoir de la municipalité est
étendue notamment dans des domaines qui concernent directement les agri-
culteurs avec le POS, la possibilité de limiter ou d’empêcher le mitage, la
limitation des débordements urbains, la politique d’acquisition de terrains, la
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51. — Registres de délibérations du conseil municipal de Marœuil, 27 mars 1997, 20 juillet 1998,
7 avril 2000.
52. — Ibid., juin et août 1988.
53. — Ibid., 3 octobre 1997.
54. — Registre des délibérations du conseil municipal de Neuville-Saint-Vaast, 6 juin 1997. La
mesure est reconduite chaque année pour la période étudiée.
55. — À compter du 1er janvier 1995, pour des jeunes agriculteurs qui bénéficient de la dotation à
l’installation ou de prêts spéciaux. Les 50 % restant sont de droit à la charge de l’État.
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56. — Archives diocésaines d’Arras, 1K 4/23, l’action catholique rurale dans le diocèse d’Arras.
57. — Archives diocésaines d’Arras, 1K 4/23, 1958-1960.
58. — Les aumôniers classent dès lors les habitants qui se côtoient dans les communes rurales en
quatre catégories : les agriculteurs, les ruraux ouvriers, les commerçants, les étudiants. Puis une
autre étape est franchie. La JAC entérine la fin des paysans et évolue vers le MRJC, le mouvement
rural de la jeunesse chrétienne qui se constitue entre 1961 et 1965 et comprend la JAC, la JCAC ou
Jeunesse chrétienne des professions artisanales et commerciales et la JRO, la Jeunesse rurale des
professions ouvrières.
59. — F. LEFEBVRE, J.-M. MOREL (ADASEA du Pas-de-Calais), « Agriculteurs des villes » in
Paysans.
60. — En 1976, à Neuville-Saint-Vaast, des villageois se sont plaints parce que les vaches d’un agri-
culteur salissaient la route lorsqu’il les conduisait de son étable à une pâture.
61. — F. PLOUX, « Production et recomposition des identités villageoises en France de la monarchie
de Juillet aux années 1930 », in Histoire de l’Europe rurale contemporaine, du village à l’État,
J.-L. MAYAUD, L. RAPHAËL, sous la direction de, Éd. A. Colin, 2006, 405 p.
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62. — Panneaux Cocorette pour des élevages avicoles, panneaux Savoir vert pour des exploitations
accueillant des élèves…
63. — Photo M.-C. Allart, Neuville-Saint-Vaast, route départementale Arras-Béthune.
600 MARIE-CHRISTINE ALLART
Au cours du XXe siècle, les agriculteurs ont pris le pouvoir ; ils se représen-
tent désormais eux-mêmes et non par la médiation de notables. Leur poids
politique est renforcé par la structure politico-administrative de la France qui
demeure rurale. Les conseillers généraux ont leur entrée à la Préfecture et
dans les services techniques64. Organisés en corporation, en organismes pro-
fessionnels, ils ne passent pas obligatoirement par la politique. Ils sont
relayés par les élus professionnels au Comité économique et social des
régions, par les présidents du Crédit Agricole, de la FNSEA, de la chambre
d’agriculture, de la Mutualité sociale qui sont de grands notables sachant se
faire entendre ; le pouvoir économique plus que le pouvoir politique les inté-
resse, un pouvoir économique capable de peser sur le politique.
Au niveau communal, leur pouvoir est battu en brèche par l’urbanisation,
la modernisation et la rurbanisation mais il offre une certaine résistance à la
fin du XXe siècle. L’agriculteur bénéficiant d’une nouvelle image dans la
société peut regagner des mairies et prendre part aux conflits d’intérêts qui
opposent ruraux et néo-ruraux puisque les attentes des néo-ruraux, des rur-
bains sont celles d’une campagne cadre de vie et non celles d’une campagne
ressource. La terre est convoitée par tous et complique le rôle des élus avec
des conflits pour l’appropriation du foncier, des conflits d’usage, des prix en
augmentation qui se constatent sur le bâti agricole.
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réaliser une synthèse plus pertinente. Le cadre villageois conserve donc bien
un intérêt certain ; ce terrain d’études offre des possibilités d’appréhension de
phénomènes qui échappent lors d’approches à des niveaux supérieurs.