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Cours La Chine Moderne Himaf 533A

Le document présente le plan d'un cours sur la Chine moderne, abordant son histoire, sa géographie, sa population et son développement économique. Il couvre des périodes clés allant de l'édification de l'État chinois à la politique de réforme de Deng Xiaoping. La République Populaire de Chine est décrite comme la deuxième puissance économique mondiale, avec des racines historiques profondes et une diversité culturelle significative.

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Le document présente le plan d'un cours sur la Chine moderne, abordant son histoire, sa géographie, sa population et son développement économique. Il couvre des périodes clés allant de l'édification de l'État chinois à la politique de réforme de Deng Xiaoping. La République Populaire de Chine est décrite comme la deuxième puissance économique mondiale, avec des racines historiques profondes et une diversité culturelle significative.

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UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP

DE DAKAR
-------------

FACULTE DES LETTRES


ET SCIENCES HUMAINES
----------------
DEPARTEMENT D’HISTOIRE

Kalidou Diallo Maitre de Conférences Titulaire d’Histoire Moderne et Contemporaine

Himaf 533A, La Chine moderne : 20e- 21e siècles

PLAN DU COURS

Introduction

I. Considérations générales sur la Chine

- Cadre géographique et enjeux géopolitiques ;


- Survol historique : de la chine nationaliste à la proclamation de la République.
Populaire de Chine

II. De l’édification de l’Etat chinois sur le modèle soviétique à la


« Démocratie des Cents Fleurs » (1949 – 1958)

III. Du Grand Bond en Avant à la mort de Mao ZEDONG (1958-1976)

IV. De la Politique de Réforme et d’Ouverture de Deng XIAOPING au début du


21e siècle

Conclusion

ANNEXES

1
Introduction

La République Populaire de Chine est aujourd’hui la deuxième puissance économique


mondiale avec un PIB de 16492 milliards de dollars américains, derrière les USA (21922
milliards de dollars) mais elle devance de très loin le Japon (5103 milliards de dollars),
l’Allemagne (4318 milliards de dollars), la France (2918milliards de dollars) et le Royaume
Uni (2856 milliards de dollars). L’empire du milieu s’était déjà constitué en Etat aussi vaste
vers le 3e siècle avant notre ère.
L’image de la grandeur de ce pays reste attachée à la Grande Muraille construite également au
3e siècle avant J.C. dans le but de défendre la frontière nord contre les peuples barbares. Elle a
une longueur de 8852 km dont 6260 km en mur, 360 km en tranchée, et 2232 km en barrières
naturelles. Pourtant ces barbares ont pu envahir la Chine et y fonder la Yuan dynastie
étrangère Yuan de 1271 à1368, date à laquelle elle fut chassée par la dynastie nationale Ming
(1368 – 1644) remplacée à son tour par les Qing jusqu’à la révolution de 1911 au début du 20 e
siècle.
L’autre symbole de la puissance de la chine impériale fut le Grand Canal construit au début
du 7e siècle mais entièrement reconstruit entre 1411 et 1415 par l’empereur Yongle sous la
dynastie Ming. Les parties les plus anciennes remontent, cependant au 5 e siècle avant JC.
Avec une longueur de 1794 km, il débute au nord de Pékin et se termine au sud de Hangzhou.
Avec une civilisation écrite et sans interruption pendant plus de 5000 ans, la puissance
chinoise d’aujourd’hui a donc des racines historiques profondes liées aussi à l’immensité de
son territoire et à sa force démographique.

I. Considérations générales sur la Chine

La Chine (20° à 50° latitude Nord) située dans l’Est de l’Asie sur la rive nord de l’Océan
pacifique, est aujourd’hui la deuxième puissance économique du monde après les USA. Elle a
la plus grande armée du monde du point de vue du nombre et dispose de l’arme nucléaire et sa
monnaie le Yuan, son fuseau horaire est TU+8. Sa superficie officielle (avec Taiwan inclus)
est de 9 641144 km² mais sans cette ile, elle est de 9 596 941 seulement. C’est donc, le 3ème
plus grand pays du monde après la Russie et le Canada. Ce vaste territoire a une frontière de
22117 km avec 14 pays : Vietnam, Laos, Birmanie, Inde, Bhoutan, Népal, Pakistan,
Afghanistan, Tadjikistan, Kirghizstan, Kazakhstan, Russie, Mongolie, Corée du nord. Elle
dispose aussi d’une large façade maritime avec la Corée du sud, le Japon et les Philippines.

Quelques données physiques


Le relief est très complexe : montagnes, plateaux et collines occupent 65 % de sa superficie,
sept des 19 montagnes ayant une altitude supérieure à 8000 m se trouvent en Chine dans la
partie occidentale notamment. De multiples cours d’eau et lacs serpentent le pays (5000
fleuves avec 220 000 km de long dont le Yangtsé 6300 km, le fleuve Jaune Huanghe 5464
km, le Jishui1345 km, le Huaihe 1110km et plus 2800 lacs).
Au plan climatique, les zones tempérées et subtropicales y prédominent mais les quatre
saisons sont bien distinguées. Chaleur et pluies sont étroitement liées. Les vagues de froid, les
pluies de la saison des prunes et les typhons sont fréquents.
Les pluies diminuent graduellement du sud-est vers le nord ouest passant de plus 2000 mm à
moins de 100 mm
La zone de mousson à l’Est représente 45% de la superficie du pays, 90% des terres cultivées
et 95% de la population (humide et semi-humide, production agricoles à - 1000 m d’altitude,
vastes plateaux et beaucoup de cours d’eau).

2
La zone sèche du Nord-Ouest représente 30 % de la superficie terrestre, 10% des terres
cultivées et 4% de la population (chaud sec – semi sec, steppe, élevage).
La zone froide du Qinghai-Tibet : 25% de la superficie, 0,8% des terres cultivées et 0,8% de
la population, altitude moyenne 4000m, zone de bassins et des cours d’eau, temps glacé et très
froid.
Population :
La population chinoise s’élève à 1 398 000 000 d’habitants (en 2019) soit 1/6 de la population
mondiale. Le taux d’accroissement naturel est en net recul du fait de l’application du planning
familial depuis 1979 avec la règle de l’enfant unique qui a été assouplie en novembre 2013 et
supprimée en 2015 : 2 enfants maximum par famille si les deux parents sont tous fils et fille
unique.
La chine est un pays multiracial avec 56 communautés ethniques dominées par les Hans à 95
% ; le Mandarin est une langue courante utilisée par le plus grand nombre mais les 55 autres
communautés ont leur propre langue chacune
Les régions administratives :
Capitale administrative : Beijing ou Pékin,
Capitale économique : Shanghai
Le pays est divisé en 23 provinces, 5 régions autonomes 4 municipalités relevant du niveau
central et 2 régions administratives spéciales.
Les provinces et les régions autonomes sont divisées en départements autonomes, districts
autonomes et municipalités.
Les districts autonomes sont divisés en cantons, communes et bourgs.
Les quatre municipalités relevant directement de l’autorité centrale sont Beijing, Shanghai,
Tianjin, Chongqing.
Les 23 provinces : Le Hebei, le Shanxi, le Jilin, le Heilongjiang, le Jiangsu, le Zhejiang,
l’Anhui, le Fujian le Jiangxi, le Shandong, le Henan, le Hubei, le Hunan, le Guangdong, l’île
de Hainan, le Sichuan, le Guizhou, le Yunnan, le Gansu, le Qinghai, le Liaoning et l’île de
Taïwan (République de Chine) que la Chine continentale considère comme faisant partie de la
République populaire de Chine.
Les 5 régions autonomes : Mongolie Intérieure, Guangxi, Tibet, Xinjiang et Ningxia. Sous
leurs juridictions, on compte 30 départements autonomes.
Les 2 régions administratives spéciales :
Hongkong depuis le mois de juillet 1997;
Macao en décembre 1999.
Les 4 plus grandes villes : Shanghai 26 808 537 habitants, Beijing 20 318 910, Canton
13 189 556, Shenzhen 12 280 242.

Les organes de l’Etat chinois : les institutions centrales de la République populaire de


Chine :
- L’Assemblée Populaire Nationale (APN)
- Le Président de la République, chef de l’Etat et Secrétaire général du
parti communiste de Chine
- Le Conseil des affaires d’Etat (gouvernement-PM)
- La Commission militaire centrale
- La Cour populaire suprême organe judiciaire
- Le Parquet populaire suprême : organe de contrôle juridique de l’Etat
XI Jinping né le 15 juin 1953 à Pékin est le Président actuel de la République populaire de
Chine depuis le 14 mars 2013 (réélu le 17 mars 2018) et secrétaire General du PCC depuis le
15 novembre 2012 : il a succédé à Hu Jintao.

3
Le Parti communiste chinois :

Le PCC est fondé le 1er juillet 1921 à Shanghai avec 88 000 000 de membres soit moins de
7% de la population
Les 8 autres partis politiques de Chine :
1 Comité Révolutionnaire du Guomindang créé en janvier 1948 – 57000 membres ;
2 Ligue Démocratique mars 1941 : 135 500 membres ;
3 Association pour la construction démocratique de chine décembre 1945 : 75071
membres ;
4 Association chinoise pour la promotion de la démocratie 1945 : 70497 membres ;
5 Zhi Gong Dang (Chinois d’outre mer 16900 membres)
6 Société Jiu Zan mars 1946, 74 448 membres
7 Ligue pour l’Autonomie Démocratique de Taiwan décembre 1947, 1500 membres
8 Le Parti démocratique chinois (interdit en 1998)

Le symbole de la nation chinoise est la Grande muraille de Chine, ressemblant à un dragon


géant, s’envolant de la mer de Bohai vers l’ouest, traversant des monts, d’immenses steppes et
de vastes déserts pour atterrir au pied du Mont Tianshan aux neiges éternelles. Elle fait partie
des 8 merveilles du monde.
Commencée au 9e siècle av. JC, sa construction a été effectuée pour lutter contre des
envahisseurs venant du Nord. La Grande muraille fait 50 000 km de long.
Les organisations populaires
Fédération des syndicats de Chine – mai 1925
Ligue de la jeunesse communiste chinoise – mai 1922
Fédération nationale des femmes de Chine – avril 1949
Fédération nationale de l’industrie et du commerce des chinois – octobre 1953 (industriels et
commerçant)

Survol historique

Six dynasties se succèdent des origines à la révolution de 1911 : Chang, Tchéon, Qin, Han,
Ming et Qing
Pays de vieille civilisation, avec l’Egypte, l’Inde et Babylone, la Chine a l’avantage d’avoir
une civilisation ininterrompue depuis au moins 5000 ans avec une histoire écrite.
Des origines au 18e, l’empire du milieu était un pays fermé sur lui-même. Il ne put cependant,
résister à l’agression extérieure avec l’ingérence de plus en plus marquée des puissances
capitalistes européennes. Avec la première Guerre de l’Opium en 1840, les Britanniques
obtiennent la concession de Hong-Kong en 1842. Les occidentaux obtinrent par la suite
plusieurs concessions qui étaient généralement des territoires côtiers facilitant le commerce et
l’exportation.
A la fin du 19 e siècle, la Chine était encore unie et vaste mais pauvre, un pays très proche de
ce qu’il était au 3e siècle avant JC, date à laquelle il a connu sa première unification.
La 1ère guerre sino-japonaise pour le contrôle de la Corée 1894-1895 (Japon sous l’ère
Meiji) ajoutée à l’occupation semi–coloniale à travers le système des concessions à Pékin,
Shanghai, Hong-Kong, Macao et la présence nippone dans la Manchourie ont contribué à
développer le nationalisme chinois. Une révolte militaire, le soulèvement de Xuchang le 10
octobre 1911 à Wuhan notamment, déclencha la révolution de 1911 qui mit fin à la dynastie
des Qing.
Sun Yat-Sen (1866-1925) fondateur du Guomindang ou Kouo-Min-Tang (KMT) (le parti
National du Peuple) obligea le dernier empereur, l’enfant Puyi, couronné en 1908 à

4
démissionner. Sun Yat-Sen proclama la République de Chine le 1 er janvier 1912 et installa la
capitale à Nankin (Nanjing).
Elu Président, il fut obligé de céder sa place à Yuan Shikai ancien chef des armées de la
défunte dynastie sans parvenir à maintenir l’unité du pays. Ce dernier essaya de restaurer le
système impérial en se proclamant empereur. Sa disparition précoce en juin 1916 installa le
pays dans l’instabilité avec la période des Seigneurs de la guerre.
Chassé de Nankin, Sun Yat-Sen installe sa nouvelle capitale à Canton dans le sud et tente de
réorganiser la lutte avec le soutien de l’URSS créée après la Révolution d’octobre 1917 et
qui tente son expansion à travers le Kominterm.
C’est dans ce contexte que le Parti communiste chinois (PCC) créé en 1921 au lendemain du
Mouvement du 4 mai 1919, signa sa première alliance stratégique avec le Guomindang pour
la restauration d’une République libre démocratique pour le peuple.
A sa mort en 1925, Sun Yat -Sen est remplacé le 11 mars 1925 à Pékin par Chiang Kai Shek
ou Tchang Kai Chek (1889-1975). Il avait fait sa formation militaire au Japon puis en URSS.
A son retour en Chine, il fut nommé en 1924 à la tête de l’Académie de Whampao. Dès 1926,
il neutralise les Seigneurs de guerre, évince les commandants du Guomindang et renvoie en
même temps les conseillers militaires russes. A partir de 1927, face à la montée en puissance
de ses alliés communistes, il rompt son alliance avec le PCC, entame sa purge avant de le
décimer quasiment.
Une guerre fratricide s’ouvre entre Wang Jingwei le chef de l’aile gauche du Guomindang qui
installe sa capitale à Wuhan, Chiang Kai Shek à Nankin et Zhang Zuolin allié des Japonais à
Pékin.
Chiang reprend Pékin en 1928 et réinstalle la seule capitale à Nankin.
Entre 1928 et 1936, les nationalistes s’attachent à reconstruire la Chine avec le début du
développement de l’industrie automobile, du cinéma, du système bancaire etc. Mais de
graves menaces pesaient encore sur le pays. En septembre 1931, le Japon occupe la
Manchourie. Au mois de mai 1932, l’ex Empereur Puyi est nommé par les Japonais, chef de
l’exécutif du nouvel Etat Mandchou appelé le Mandchoukouo et élargi à la Mongolie
intérieure en 1933.
La capacité des communistes à survivre au désastre de 1927 était bien la preuve de leur
courage et de leur talent d’organisateur. Ils commencent la guérilla et installent leurs
principales bases dans les provinces de Hunan et du Jiangxi sous la direction de Mao Zedong
qui entame la Longue Marche à partir d’octobre 1934 du Sud au Nord/Ouest. Au même
moment le Japon accélère sa politique d’occupation de la Chine. Affaiblis, les nationalistes
sont obligés de nouer une alliance avec les communistes par une trêve pour faire face à
l’ennemi commun, le Japon par l’accord de Xi’an.
L’affrontement avec le Japon continua avec le déclenchement de la Deuxième guerre
[Link] Kai Shek s’allia avec les américains dès l’entrée en guerre des USA avec
l’attaque de People Harbour en décembre 1941, date de l’alliance officielle de la chine avec
les puissances occidentales. Après Hiroshima et Nagasaki en août 1945, le Japon capitule. Le
face à face nationalistes/communistes reprend avec force au plan interne. Malgré le soutien
de George Marshall envoyé par le nouveau président américain Harry Truman (1945-1953)
pour renforcer Chiang Kai Shek, les troupes nationalistes mal commandées et démoralisées
furent incapables de tenir devant les communistes.
En janvier 1949, Chiang commence à se replier sur l’ile de Taiwan libérée de l’occupation
nipponne depuis 1945, Nankin, la capitale, tombe en avril 1949, Shanghai en fin mai et le 1 er
octobre 1949, Mao proclama la République Populaire de Chine à la Place Tian’anmen et
installa sa capitale à Pékin rebaptisé Beijing.

5
II. De l’édification de l’Etat chinois sur le modèle Soviétique à la démocratie des
Cents fleurs

De 1949 à 1954, Mao Zedong s’attelle à la mise en place de l’Etat communiste. La


Constitution est votée en 1954 ; le 1er plan quinquennal était déjà lancé pour la période 1952-
1956. Il est d’inspiration soviétique, essentiellement basé sur le développement de l’industrie
lourde et des grands investissements. Les entreprises sont gérées essentiellement par l’Etat, en
particulier dans les mines, le fer, la mer, la machinerie lourde, le chemin de fer, les centrales
électriques etc. Il fallait aussi développer les voies de communication : routes et voies
fluviales notamment. 1955 est l’année de départ de la Révolution agricole avec les grandes
coopératives agricoles dont les surplus de production sont injectés dans le secteur industriel.
Le défi du nouveau régime qui a mis fin aux troubles intérieures et extérieures (fin de la
guerre de Corée) était donc de faire de la Chine le pays le plus avancé d’Asie.
Marqué par l’idéal et le rêve communistes, l’illusion de force et la précipitation ignorant
toutes les lois économiques, Mao voulait dépasser en moins d’une décennie, la Grande
Bretagne et se rapprocher des USA. Ce qui allait expliquer la politique de répression
déclenchée avec le Grand bond en Avant (1958-1962) et la folie de la Révolution
culturelle (1966-1976).
L’arrivée au pouvoir de Nikita Khrouchtchev qui succéda à Staline à la tête de l’URSS et du
PCUS avec la dénonciation du Stalinisme, le choix de la coexistence pacifique entre les Blocs
Est/Ouest, de la répression soviétique en Tchécoslovaquie et en Hongrie ont contribué à la
rupture entre Mao Zedong et l’URSS. Le maoïsme allait symboliser à partir de ce moment, le
radicalisme du monde communiste. Le socialisme soviétique fut considéré alors, comme pire
que l’impérialisme.
C’est dans un tel contexte que Mao Zedong lança la campagne des cents fleurs avec l’appel
aux intellectuels pour que « fleurissent cent fleurs dans les champs de la culture et de la
terre et que cent écoles de pensées s’affrontent »

La Campagne des cents fleurs


L’appel n’avait suscité aucune réaction jusqu’à la fin de l’année 1956. En février 1957, Mao
prit alors l’initiative de s’attaquer à certains cadres du Parti communiste. Il souhaita qu’un
regard neuf soit porté sur la société chinoise. Dans son discours, il évoqua le nombre
d’individus tués dans la révolution, s’attaqua aux inconvénients aggravés de la réforme,
souligna la nécessité d’une meilleure planification familiale pour consolider les gains
économiques de la chine et promit de lever la censure en vue d’une liberté d’expression.
Beaucoup d’intellectuels tombèrent dans le piège en critiquant objectivement l’option du
gouvernement, exprimant des réserves contre ses mesures économiques et la toute-puissance
de l’Etat omniprésent, se référant à Confucius, Jésus ou Galilée. Ils furent tous victimes
d’isolement d’éloignement ou d’élimination physique.
A la fin du printemps de 1957, des populations excédées commencèrent à réagir en exprimant
un vaste éventail de doléances portant sur l’incompétence du Parti communiste, la censure, la
répression, la lourdeur du système éducatif, la surveillance policière quotidienne, le non
respect de la loi par les cadres du PCC et les agents de l’Etat.
Les critiques vinrent de toute la chine et de toutes les classes sociales. Mais lorsqu’ en juin
1957, elles commencèrent à porter sur le marxisme lui-même, soulignant son inadéquation
aux besoins et aspirations du peuple chinois, Mao commença à sévir au sein de son propre
parti. La purge débuta à la fin de l’été 1957 ; le but du mouvement était en fait de lui
permettre « d’identifier les masses d’herbes empoisonnées cachées ». L’atmosphère
d’autocritique, la campagne de dénonciation, les faux témoignages et autres accusations
touchent des centaines de millions d’individus. Certains furent condamnés à travailler dans

6
des villages isolés, loin de leurs familles et de leurs domiciles ; mariages cassés, mères
séparées de leurs enfants, des professeurs envoyés s’instruire auprès des paysans etc. Au total
un silence absolu fut imposé aux intellectuels et cadres chinois.
Ce qui porta un coup, à long terme, à la nécessité d’une analyse objective de la politique du
parti et de la société chinoise.
Après avoir chassé les Japonais et les nationalistes de Guomindang, barré la route aux USA
en Corée, défié l’Union soviétique dans son ouverture à l’occident et enfin mis fin aux
troubles intérieurs en éliminant les intellectuels contre-révolutionnaires, le défi nouveau de la
chine est de faire un Grand Bond pour dépasser la Grande Bretagne en se rapprochant du
niveau de développement des USA. Ce fut à la fois, un rêve et une utopie ignorant toutes les
lois économiques.

III. Du Grand Bond en avant à la mort de Mao Zedong (1958-1976)

a. Le Grand Bond en avant 1958-1962


En 1956, les dernières entreprises privées furent étatisées. Dans l’agriculture, après la
première phase de partage des propriétés rurales entre les paysans où chacun dispose d’une
petite parcelle, on créa des coopératives de production au nombre de 700 000 en 1957.
Après la pause des cents fleurs, on approfondit la réforme agraire avec « les communes
populaires » symboles du communisme intégral. La réponse à l’échec de la campagne des
cent fleurs fut le Grand Bond en Avant avec l’option des communes populaires.
Au milieu de l’année 1959, ce sont 25000 coopératives ou communes populaires qui furent
installées. La commune populaire correspondant à 9000 ou 10 000 familles soit 50 000
personnes par coopératives. Ces communes ont regroupé 99 % de la population. La commune
constitue la cellule administrative, économique et sociale avec des paysans et des militaires.
Un tel citoyen polyvalent fut à la fois paysan et soldat. Les enfants sont confiés à des crèches,
la préparation des repas confiée à de grandes cuisines centrales, les vieilles personnes sont
sous la tutelle de ces établissements. On libéra ainsi les femmes des tâches domestiques au
profit des travaux champêtres, des équipes de médecins appelés médecins aux pieds nus
encadraient tout ce monde. Il y avait aussi des écoles communales. Partout la fonction
idéologique est prépondérante.
La propriété individuelle est supprimée, remplacée par celle de l’Etat. Dépasser l’Angleterre
est le défi lancé par Pékin à l’Occident.
En 1958, la production de charbon a atteint 270 millions de tonnes contre 225 en Grande
Bretagne selon les chiffres officiels. La chine se modernisait rapidement certes, mais il n’était
pas possible de rattraper en un an, plus d’un siècle de retard économique !
Le chiffre de production déclaré avec la récolte de 1958 fut le plus important de l’histoire de
tout le pays.
Le réveil fut brutal, on n’a pas tardé à mesurer l’ampleur du désastre car toutes ces données
statistiques n’avaient aucun rapport avec la réalité ! Les responsables des communes
gonflaient les résultats et surévaluaient toutes les productions.
Lin Biao ou Lin Piao (1907-1971), Diplôme de l’école Whampoa, commandant lors de la
Longue Marche, chef militaire en Manchourie lors de la guerre civile 1947-1949, fut nommé
à la tête de l’armée. Il développa à travers celle-ci le culte de la personnalité de Mao
ZEDONG avec la publication des « citations du Président Mao ».
Mao Zedong y indiquait qu’il fallait distinguer et régler correctement deux types de
contradictions sociales dans la société socialiste en créant une atmosphère politique où
règnent à la fois le centralisme, la démocratie et l’absence la liberté. Il engage à outrance une
lutte contre les droitiers contre révolutionnaires et responsables de tous les maux de la chine
et de l’échec du Grand bond en avant (GBA).

7
L’économie chinoise continua à connaitre de graves difficultés de 1959 à 1962. Ce recul qui
était la conséquence des erreurs des responsables de cette politique du Grand bond en avant,
Mao notamment, est pourtant attribué aux auteurs des déviations de droite.
Pour rectifier les erreurs commises durant le GBA, Mao indiqua qu’il ne fallait plus
exproprier les paysans et ne plus brûler les étapes du développement économique et social. Il
renonça à l’égalitarisme et à toute précipitation.
Zhou Enlai (1898-1976) Premier ministre de la république populaire de Chine de 1949 à sa
mort en janvier 1976 argumenta en faveur des intellectuels et démontra que la science et la
technique jouaient un rôle décisif dans toute modernisation.
De nouvelles mesures furent prises pour réajuster l’économie chinoise dans le commerce,
l’industrie, l’éducation, l’agriculture, etc.
La politique du Grand bond en avant, officieusement mise en veille depuis 1960, fut
officiellement abandonnée en 1962. Ce qui ouvrit la période dite de Réhabilitation et relança
l’économie chinoise jusqu’en 1966 année de lancement de la Révolution culturelle.

b- La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne

La révolution culturelle s’est déroulée de mai 1966 à octobre 1976. Elle fut déclenchée et
dirigée par Mao Zedong dont les thèses principales sont les suivantes :
 Un grand nombre de représentants de la bourgeoisie, de révisionnistes contre-
révolutionnaires s’est infiltré dans le PCC et le gouvernement, il fallait donc remettre
la direction du parti aux masses populaires.
 Des responsables du PCC engagés dans la voie capitaliste ont formé au sein du
comité central un quartier général bourgeois ; celui-ci a une ligne politique et
organisationnelle révisionniste et a contaminé des agents dans toutes les provinces
municipalités, régions et les différents départements.
 Les luttes menées sous diverses formes dans le passé n’ont pas pu résoudre le
problème.
Quelle solution alors pour Mao Zedong ?
Seul le recours à la Grande Révolution culturelle, c’est à dire à la mobilisation ouverte et
générale à partir de la base afin que les masses populaires puissent être directement
responsables, reprendre le pouvoir aux révolutionnaires camouflés, peut régler la situation.. Il
s’agit au fond d’une nouvelle politique par laquelle une classe renverse une autre.
Ces thèses sont contenues dans la circulaire du 16 mai 1966, issue des réunions du Bureau
politique et de la 11ème session plénière du CC du VIIIe Congrès.
Mao lança cette révolution en s’appuyant sur la jeunesse pour purger les éléments
révisionnistes et limiter le pouvoir de la bureaucratie. Les « Gardes Rouges », groupes
d’étudiants principalement inspirés par les principes de Petit Livre Rouge devinrent le bras
armé de la révolution culturelle.
Remises en cause de la hiérarchie du PCC, humiliations publiques des cadres et intellectuels,
sont des pratiques connues de cette jeunesse embrigadée. L’honorabilité des Mandarins et des
élites furent partout bafouée et les valeurs culturelles traditionnelles considérées comme des
vieilleries.
Le volet culturel de la Révolution tient particulièrement à l’éradication des valeurs
traditionnelles. Des milliers de sculptures et temples bouddhistes pour la plupart furent
détériorés ou détruits. Des centaines de milliers, de millions de personnes furent éliminées.
La Grande Révolution culturelle, « cette période de folie » connut trois phases :

8
b1/ Du Déclenchement au IXème congrès d’avril 1969

Le bureau politique et la 11e session ont adopté successivement la circulaire du 16 mai et les
décisions sur la Grande Révolution Culturelle prolétarienne. Des sanctions furent prises en
août 1966 contre des dirigeants du parti, le groupe dit des modérés et « antipartis » : Peng
Zhen (1902-1997) alors maire de Pékin, Luo Ruiqinz (1906-1978) général de l’Armée Rouge,
Lu Dingyi (1906-1996) ancien premier ministre et ministre de la culture, Liu Shaogi (1898-
1969) avait remplacé Mao à la présidence de la République entre 1962 et 1966, Yang
Shangkun (1907-1998), homme d’Etat, ancien président de la république et Deng Xiaoping
(190-19974). Ils furent tous rétrogradés.
Le culte de la personnalité fut porté à son paroxysme avec Lin Biao, Jiang Qing (1914-1991)
surnommée l’impératrice Rouge quatrième et dernière épouse de Mao, Kang sheng (1898-
1975) et Zhang Chunqiao (1917-2005) agissant au nom du Groupe du Comité central. Un
désordre total fut instauré dans le pays.

b2/ Du IXe au Xe congrès du PCC d’août 1973

En 1970-1971, Lin Biao accusé de tentative de coup d’Etat disparut en septembre 1971 dans
un mystérieux accident d’avion. Zhou Enlai, proposa 99 solutions d’amélioration des idées
ultra gauchistes à partir de février 1972 mais Mao Zedong persista dans ses erreurs.
Jiang Qing, Zhang Chunqiao, Yao Wenyuan (1931-2005) et Wang Hongwen (1935-1992)
forment la « Bande des Quatre » au sein du Bureau politique renforçant ainsi la ligne
gauchiste de l’épouse de Mao, Jiang Qing.
Face à ce chaos qui frise la guerre civile, Zhou Enlai tenta une reprise en main de la situation :
ce qui permit à Mao vieux et malade, de contrôler plus ou moins la situation.

b 3/ Du Xe congrès à Octobre 1976

Au début de 1974, une compagne est déclenchée contre Zhou Enlai et Mao Zedong s’est
aperçu que ces dénonciations venaient de la Bande des Quatre. Jiang Qing nourrissait,
selon certains, l’ambition d’accéder à la présidence du Comité central et de former « un
cabinet » par des manœuvres politiques. En 1975, avec la maladie de Zhou Enlai, Deng
Xiaoping réhabilité, prit en charge les affaires du Parti. Il entreprit de redresser le PCC
mais Mao Zedong bien que malade, provoqua aussitôt une compagne de « critique contre
Deng Xiaoping et de lutte contre le vent déviationniste de droite » qui remet en cause la
révolution culturelle.
Après la mort de Zhou En Lai en janvier 1976, un puissant mouvement rendit hommage à
la ligne d’orientation et l’ouverture du défunt. C’était aussi et en fait, une manifestation de
soutien à la politique de Deng Xiaoping destitué de nouveau de toutes ses fonctions et qui
alla se réfugier dans le sud auprès d’un général de l’armée.
Mao Zedong, né le 26 décembre 1893 disparut le 9 septembre 1976.
C’est la Bande des Quatre qui devrait, en toute logique, assurer sa succession mais, elle
fut neutralisée et arrêtée dès octobre 1976 ; une autre ère s’ouvrit pour la République
populaire de Chine.
Hua Guofeng né Su Zhu (1921-2008) remplaça Zhu Enlai au poste de premier ministre en
janvier 1976 et remplaça aussi Mao et, malgré les contestations de Jiang Qing à la surprise
générale. Il devint à la fois président du parti communiste, président de la commission
militaire centrale et président du Conseil des Affaires de l’Etat (PM), préparant ainsi le
terrain à l’homme de la Réforme et de l’ouverture Deng Xiaoping. Il avait tenté, après
l’élimination de la Bande des Quatre, de réduire l’influence des gauchistes et de s’ouvrir

9
aux réformes, tout en restant fidèle à la ligne de Mao Zedong. Il est à son tour écarté à
cause de ses hésitations par Deng Xiaoping, le véritable réformateur de la politique
économique chinoise.

IV. De la politique de Réforme et d’Ouverture de Deng Xiaoping au début du


21eme siècle
Avec Mao Zedong stratège, théoricien, fondateur du Parti communiste et de l’armée
populaire de Chine, la première génération des révolutionnaires chinois a fourni des
acquis précieux, des analyses théoriques et une base matérielle qui sont encore à la fois, le
fondement du socialisme à la chinoise et de la création d’un Etat solide et puissant.
La deuxième génération des révolutionnaires chinois est dirigée par Deng Xiaoping
(1904-1997) qui est l’architecte en chef de la Réforme, de l’Ouverture et de la
Modernisation de la Chine dans le respect, en même temps, de quatre principes
fondamentaux : s’en tenir à la voie du socialisme, à la dictature de la démocratie
populaire, à la direction du parti communiste, au marxisme léninisme et à la pensée de
Mao Zedong.
Dès 1978, Deng Xiaoping comme ressuscité, après avoir été mis à l’écart au moment de la
révolution culturelle, lança des réformes économiques avec la collectivisation des terres et
l’ouverture au commerce mondiale. L’année 1979 fut le début de la création des zones
économiques spéciales destinées à attirer des investisseurs étrangers surtout des pays
capitalistes. Durant les années 1980, en s’appuyant sur sa formule magique « Peu importe
la couleur du chat, qu’il soit noir ou gris, l’essentiel est qu’il puisse attraper des souris »,
Deng Xiaoping supprima les communes populaires, adopta la loi du marché et la
libéralisation des prix comme doctrine. Ce qui permit de créer un véritable Boom surtout
dans les industries légères. L’économie chinoise est définie désormais comme une
économie socialiste de marché, un pays, deux systèmes. Une croissance rapide avec la
possibilité pour les régions d’avoir leurs propres investissements fut le résultat immédiat.
La Chine se réconcilia avec l’URSS et s’ouvrit à toutes les économies du monde sur le
paradigme gagnant/ gagnant. Depuis 1990, malgré Tien’anmen en 1989 et ses graves
conséquences diplomatiques, l’économie chinoise connait une croissance supérieure à 8%,
puis elle passa à deux chiffres à partir des années 2000. Sous Deng Xiaoping, la chine
quitte le statut de pays en développement pour devenir la 5eme puissance mondiale. Avec
Jiang Zemin né le 17 aout 1926 son successeur de 1993 à 2003 et principal initiateur de la
pensée de la Triple Représentation, la RPC devint troisième puissance économique
mondiale. La première phase de la nouvelle ère chinoise au 21 e siècle, avec le concept de
Développement scientifique a été portée par
Hu Jintao né le 21 décembre 1942 et président de la république de mars 2003 à 2012.
C’est avec lui que le pays devint la deuxième puissance économique mondiale derrière les
USA depuis 2010. Xi Jinping né le 15 juin 1953 et actuel président de la république a été
élu le 14 mars 2013 et réélu le 17 mars 2018. Il est l’initiateur du projet de Nouvelle route
de la soie et place la Chine comme une puissance économique et diplomatique
incontournable au plan mondial.

10
Bibliographie

Générale :

ROUX Alain La Chine au XXe siècle


Paris, SEDES, coll. Campus, 1998
FAIRBANK John K. La grande révolution chinoise, 1800 – 1989
Paris, Flammarion, coll. Champs n° 380,
1989
BERGERE Marie-Claire La république Populaire de Chine, de 1949 à
nos jours.
Paris, A. Colin, coll. U, 1989, 331 pp.
BERGERE Marie-Claire, BIANCO Lucien La Chine au XXe siècle
DOMES Jürgen (sous la dir. de) Paris, Fayard, 2 t., 1949 – 1992, env. 480 pp.
chacun.
ARAY Siwitt Les Cent Fleurs
Paris, Flammarion, 1973
CABESTAN Jean-Pierre Le système politique de la Chine populaire
Paris, CNRS, 1992
GUILLERMAZ Jacques Histoire du Parti communiste chinois
Paris, Payot, 1975 (réédité)
JOYAUX François La politique extérieure de la Chine populaire
PUF, Que sais-je 1993.
LEVESQUE Jacques Le conflit sino-soviétique
PUF ? Que sais-je, 1979
SANJUAN Thierry La Chine, territoire et société
Paris, Hachette, Carré géo., 2000, 185 p.
SIDANE Victor Le printemps de Pékin, 1978-1980
Paris, Juilliard, Archives, 1980
Cf. Lacouture Jean Les grands Révolutionnaires, Paris,
Martinsart 1977
Mao Tsé Toung par Philippe Machefer PP
322 – 440.

Economie et Sciences Politiques

TROLLIET Pierre, BEJA Philippe L’Empire du Milliard, populations et société


en Chine
Paris, a. Colin, coll. U, 1986
LIN Justin Yifu, FANG Cai, ZHOU Li Le miracle chinois, Stratégie de
développement et réforme économique
Paris, Economica, 2000.

Documentation française (vendu aussi sur Internet)

Documentation Française N° 579, mars 1988 : Réforme politique en

11
Série Problèmes économiques et sociaux Chine
N° 612, juillet 1989 : La crise sociale en
Chine
Documentation Française N° 4581-2, juillet 1980 : Les politiques
Série Notes et Etudes documentaires économiques chinoises
Documentation Française Pin Jean-Louis, l’ouverture économique de la
Série Economie, Etudes de la DF Chine (1978-1999)
Documentation Française N° 630, avril 1990, Chine, l’ouverture sans
Série Dossier d’actualité mondiale, Extrême- les réformes
orient N° 736, octobre 1994, Essor économique et
pouvoir politique en Chine
N° 771, août 1996, Nouvelle crise dans le
détroit de Taiwan
N° 682, juin 1992 : Chine, l’irrésistible
urbanisation
N° 696, janvier 1993 ; Les droits de l’homme
en Chine
N° 834, février 2000 : Chine, le piège des
inégalités.
Documentation Française GODEMENT François, Chine, Etats-Unis,
Série IFRI/International 2001
GODEMENT François, Chine, Japon,
ASEAN, 1999.

Le Monde, dossiers et documents, l’Histoire au jour le jour.

- Tome 1 : 1944 – 1954 : les années froides


- Tome 2 : 1954 – 1962 : le temps des ruptures

Base d’un travail plus approfondi

FAIRBANK John K. The Cambridge History of China


TWITCHETT DENI - vol 14 : the People’s Republic, 1
(1949-1965), Cambridge 1987
- vol. 15 : The People’s Republic, 2
(1966-1982), Cambridge 1991

Caroline Puel; les trente ans qui ont changé la Chine (1980-2010),Paris Buchet Drastel, 2011,
523 P
Sur Taiwan : Site intéressant en Anglais : [Link]
Tout sur l’histoire de Chine :wikipedia :http,//[Link]

12
ANNEXES
Quatre Contributions de Kalidou Diallo sur les relations Chine/Sénégal, Taiwan et
Chine/Afrique et publiées par la quasi-totalité des quotidiens nationaux de l’époque,
2003, 2004, et 2019 entre autres ;
Une interview de 2013

13
ANNEXE I

FACULTE DES LETTRES


ET SCIENCES HUMAINES
Département d’Histoire
Kalidou DIALLO
Spécialiste des questions chinoises
Département d’histoire, FLSH, UCAD

La question chinoise,
Talon d’Achille de la diplomatie sénégalaise

Avec 1 milliard 300 millions habitants, la République Populaire de Chine (RPC) courtisée par
la quasi-totalité des pays du monde est ignorée voire combattue ouvertement par les
différents Gouvernements du Sénégal depuis Abdou DIOUF avec la suspension des relations
diplomatiques entre les deux pays , suite à la reconnaissance par le Sénégal de la République
de Chine ( le 3 janvier 1996, Taiwan ou ile Formose, 23 millions d’habitants), considérée
comme une Province de la Chine par les Nations Unies.
Comment la RPC s’est-elle imposée aux grandes puissances occidentales et à la
communauté internationale grâce à son poids démographique, commercial, stratégique et
diplomatique ? La diplomatie visionnaire du Sénégal dans de grands dossiers de l’Afrique et
du monde tels que l’OUA, l’Apartheid, la question palestinienne, la première et deuxième
guerre du Golf, etc. puis récemment l’Union africaine et le NEPAD n’est-elle pas aujourd’hui
mise à rude épreuve avec sa nouvelle ligne de conduite sur la question chinoise ?
Après la guerre civile entre communistes et nationalistes en Chine, au lendemain du
second conflit mondial, la proclamation de la République populaire de Chine le 1 er octobre
1949 et l’installation du gouvernement de Shiang Kai Chek dans l’île de Taiwan, la
communauté internationale reconnut Taipeh qui conserva le siége de la Chine à l’ONU.
D’abord satellite de l’URSS dans le contexte de la Guerre froide (1949-1956), puis à la fois
opposée au « révisionnisme soviétique » et à « l’impérialisme américain » (1956-1969), la
RPC s’est imposée progressivement à la communauté internationale grâce à son poids
militaire et économique.
La session de l’Assemblée générale des Nations Unies, du 25 octobre 1971, a adopté par 76
voix pour dont le Sénégal, 35 contre et 17 abstentions une résolution d’admission de la RPC à
l’ONU comme unique représentant de la Chine à la place de Taiwan. Les USA vont ensuite
poursuivre la normalisation des relations avec la Chine, après la visite à Pékin du président
amériain Nixon en février 1972, conclue par un communiqué commun indiquant que
« Taiwan fait partie de la chine ». Tout en précisant leur objectif de se retirer militairement de
l’île Formose, les Américains ont maintenu à cette étape leurs relations diplomatiques avec
Taipeh (capitale de Taiwan). C’est sous le président démocrate Jimmy Carter, en décembre
1978, que les USA ont noué des relations diplomatiques avec la RPC reconnue comme «
unique gouvernement légal de la chine ». Tout en dénonçant le traité de sécurité avec Taiwan

14
de 1954, le Congrès américain adopta le 13 mars 1979 le « Taiwan relations Act » et crée «
un Institut américain à Taiwan » pour la gestion des relations culturelles et commerciales non
officielles comme du reste l’avait déjà fait la France sous le général Charles de Gaulle avec
son « Institut français », sorte de représentation semi-officielle. La RPC prit alors
l’engagement non écrit de respecter la sécurité de l’île. C’est dans la même mouvance que les
autres pays ont rompu avec la Province de Taiwan et installé des ambassades à Pékin : le
Japon en juillet 1972, la Grande Bretagne en 1970 et l’accord sur le futur statut de
Hong-Kong en décembre 1984, les Pays-Bas en 1970, la Belgique en octobre 1971, la Grèce
en juin 1972, la RFA en octobre 1971, le Luxembourg en novembre 1972, l’Espagne en mars
1973, le Portugal en 1975 après les négociations sur le statut de l’enclave de Macao, l’Irlande
en 1979, la CEE en mars 1975 par un accord commercial avec la clause de la nation la plus
favorisée en 1978. La quasi-totalité des pays du Maghreb, de l’Afrique au sud du Sahara avait
fait de même avant et après 1971. Certains pays asiatiques et du Moyen orient le feront un
peu plus tard après la Première Guerre du Golfe en 1991, Arabie saoudite et Israël
notamment.
On peut ainsi constater une percée diplomatique spectaculaire de la RPC entre 1971 et la fin
des années 1980 et un isolement quasi-total de Taiwan durant la même période.
Les événements de la place Tien’anmen en 1989 et les sanctions qui ont suivi, les
conséquences négatives du soutien de Pékin aux Khmères Rouges ajoutés à l’effondrement du
communisme en URSS et en Europe de l’Est ont donné l’occasion à la République de Chine
Taiwan de sortir la tête de l’eau.
La fin de l’Etat d’urgence proclamée depuis 1950 à Taiwan , l’ouverture du processus
démocratique à partir de 1987 et l’arrivée au pouvoir au début des année 1990 du Parti
Progressiste Démocrate (PPD ), favorable à l’indépendance et à la souveraineté de l’île et
connu par la souplesse de sa ligne diplomatique acceptant de maintenir des relations avec
des pays ayant reconnu la RPC et parfois de simples relations semi-officielles avec certains
Etats et organismes internationaux relancèrent le débat sur « la politique des deux chine » et
mettent la RPC dans la défensive.
Avec des réserves monétaires importantes, dans un contexte de pauvreté aggravé chez
certains pays classés parmi les plus affamés du monde, Taiwan a trouvé entre 1989 et 1992
l’appui d’un premier groupe de pays dont l’évocation suffit pour comprendre leurs véritables
motivations économiques : Libéria, Lesotho, Guinée Bissau, République centre africaine,
Niger, pour s’en tenir aux pays africains. Ce furent ensuite le Cap- Vert, le Burkina Faso, Sao
Thomé et Principe, la Gambie, le Tchad et le Sénégal. Certains pays africains comme le
Libéria, le Lesotho, la République centre africaine et le Niger ont renoué avec Pékin. Il ne
reste aujourd’hui que 6 à 7 pays africains à reconnaître la République de chine (Taiwan) et
parmi eux le Sénégal dont la diplomatie se plait à se singulariser par un excès de zèle.
En effet, ne se limitant pas à la reconnaissance officielle de Taiwan, le gouvernement de
l’Alternance intervenue en 2000 a renforcé la rupture avec la République Populaire de Chine
en septembre 2003, en prenant la tête de certains pays connus pour leur pauvreté pour
introduire la candidature de la République de Chine à l’ONU (Soleil du 12 –9-2003).
Le Général de Gaulle a dit, certes qu’un pays n’a pas d’amis mais des intérêts mais le
Sénégal a-t-il bien assimilé ce principe ? L’intérêt du Sénégal et du peuple sénégalais se
trouve-il dans cette ligne diplomatique ? Un pays qui traîne la crise casamançaise a-t-il intérêt
à s’engouffrer de la sorte sur une question aussi sensible, impliquant une superpuissance
économique et nucléaire en bonne relation avec tous nos voisins immédiats excepté la Gambie
et de surcroit membre du Conseil de Sécurité ? La situation de pauvreté de notre pays et ses
besoins pressants autorisent –ils à jouer aussi ouvertement avec la souveraineté d’un pays
tiers pour des transactions financières d’autant plus que ce pays avait aidé le Sénégal même
étant lui-même sous développé à l’époque ?

15
L’évolution de la RPC dans sa conception sur la réunification des deux rives du détroit de
Formose avec le principe « d’un pays deux systèmes » dont s’est inspiré le règlement des deux
nouvelles régions administratives spéciales que sont Hongkong et Macao peut offrir de
nouvelles perspectives à la diplomatie sénégalaise. De même, son ouverture démocratique
avec la modification en cours de sa Constitution en faveur des Droit de l’Homme et de la
propriété privée constitue une autre opportunité pour la réunification des deux rives du détroit
de Formose.
La Chine s’oppose certes fermement à tout acte visant l’indépendance de Taiwan, la création
de deux chines ou « d’une chine et d’un Taiwan ». Dans la perspective de la réunification, la
RPC admet que Taiwan puisse disposer au plan international de d’un espace économique,
culturel et social correspondant à son statut. Cependant, même si l’option fondamentale reste
la réunification pacifique, pour la RPC, ce problème ne saurait être reporté indéfiniment et
elle ne s’engage plus à ne pas recourir à la force si la nécessité de préserver l’unité, la
souveraineté et l’intégrité territoriale l’exigeait. Et c’est justement pour éviter une telle
escalade, que les présidents Georges BUSH et Jacques Chirac ont réaffirmé récemment lors
de la dernière visite du Président de la RPC Hu – Jinto en occident, leurs opposions à la fois
à la politique de « deux Chines » et au prochain Référendum prévu le 20 mars prochain en
même temps que les élections présidentielles dans la province.
Face à une question aussi grave, la diplomatie sénégalaise est à même de trouver une
formule préservant l’image et la place du pays sur l’échiquier international ainsi que les
véritables intérêts de notre peuple.
La myopie diplomatique et le manque de vision de l’ancien régime socialiste qui ont
conduit à la présente situation, en foulant au pied les valeurs intrinsèques de notre peuple
que sont le Jom, le ngor, le wolere et le kersa ne peuvent être perpétués par le régime libéral
de l’Alternance.
Pour l’honneur et les intérêts de notre pays et de la paix du monde, le pouvoir actuel ne
doit pas persévérer dans le choix désastreux de l’ancien régime. Tout ce qui isole
diplomatiquement la Chine Taiwan est un puissant frein à l’aventurisme de cette province qui
ne recule devant aucune provocation pour allumer la mèche de ce qui peut être une guerre
entre deux puissances nucléaires, la RPC et les Etats-Unis d’Amérique soutien de la Chine
Taiwan.

Kalidou Diallo
Professeur d’histoire moderne et contemporaine
Département, FLSH, UCAD
Dakar novembre 2003
NB : Le Sénégal a repris ses relations diplomatiques avec la RPC le 25 octobre 2005

16
ANNEXE II

UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP

DE DAKAR
-------------

FACULTE DES LETTRES


ET SCIENCES HUMAINES
----------------
DEPARTEMENT D’HISTOIRE

Les enseignements de l’histoire sur le statut de Taiwani

Taiwan a toujours fait partie de la Chine depuis l’unification de ce pays dans l’antiquité. C’est
seulement à la fin du 19e siècle que le Japon annexa l’île de Taiwan par le traité de
Shimonoseki en 1895. La puissance nippone s’attacha dès lors, à faire de ce territoire une
colonie modèle avec un système éducatif d’assimilation. L’introduction d’une irrigation
moderne dans l’agriculture et d’une industrie légère dans le cadre d’une réforme économique
globale, accéléra ainsi le développement de l’île Formose. Taiwan ne fut libéré que 50 ans
après en 1945, au lendemain de la deuxième guerre mondiale en vertu d’un accord signé entre
la Chine, les USA, l’URSS et la Grande Bretagne. L’île fut alors placée sous l’autorité du
gouvernement chinois avec l’installation du gouverneur CHEN YI qui prit fonction le 1 er
octobre 1945. D’ailleurs des 1943, les alliés avaient déjà décidé à la conférence du Caire,
qu’après la défaite japonaise, la chine allait recouvrer la souveraineté sur l’île.
C’est ce retour de Taiwan à la mère patrie qui a permis légitimement à Chiang Kai Shek de
s’y réfugier après sa défaite face aux troupes communistes de Mao Zedong en 1949. Les plus
beaux tableaux du musée du Palais impérial, les archives historiques de la Chine, les réserves
d’or de même que des usines avaient été transférées auparavant sur des bases soigneusement
préparées avec le soutien des forces américaines.
Nankin, la capitale chinoise fut occupée par l’Armée Rouge en avril 1949, Shanghai en fin
mai de la même année et Mao Zedong proclama la République Populaire de Chine (RPC) à la
Porte de Paix Céleste (Tienanmen) à Pékin, la nouvelle capitale rebaptisée Beijing (capitale
de la paix) le 1er octobre 1949. Chiang Kai Chek quitta définitivement le continent en
décembre 1949 pour installer sa capitale provisoire à Taipeh, en attendant la reconquête du
continent et Nankin sa vraie capitale prétendait-il.
Dans ces conditions, la reprise de Taiwan par la RPC pour sa réintégration dans le
territoire national chinois devint un objectif majeur pour la fin de la guerre de libération.
Mais avec l’éclatement de la guerre de Corée le 25 juin 1950, le président des USA
Truman ordonna à la 7e flotte américaine de protéger le régime de Chiang Kai Chek, symbole
du monde libre et de défendre l’île de Taiwan. Cet engagement des USA et la signature du
traité de sécurité avec Taiwan en 1954 mirent fin à tout espoir pour la chine populaire de
récupérer à court et moyen termes et par la force, l’île rebelle devenue le siège officiel du
gouvernement en exil de la République de Chine fondée en 1912 et qui fut reconnue
immédiatement par la communauté internationale à travers l’occupation du siége de la chine
aux Nations Unies et au Conseil de Sécurité comme membre permanent. En 1950, Chiang Kai

17
Chek reprit sa fonction de chef d’Etat qu’il avait abandonnée au profit de son vice-président,
décréta la loi martiale en 1952 et réforma le Kuomintang (KMT) avec une nouvelle direction
de 50 membres dont 21 seulement étaient issus de l’ancien comité central de 222 titulaires.
L’histoire tumultueuse de cette province chinoise explique à bien des égards son évolution et
sa situation politique actuelle toutes tributaires des relations avec la République populaire de
Chine qui revendique à juste titre sa souveraineté sur cette partie de son territoire.
L’hégémonie du Kuomintang et des cadres politiques issus du continent ont
maintenu Taiwan dans un régime autoritaire de parti unique, malgré l’existence formelle du
« parti de la jeune Chine » et du « parti social- démocrate chinois » dans l’Opposition. Les
premières élections partielles pour désigner des députés supplémentaires ont eu lieu en 1969
et celles pour occuper les nouveaux sièges au yuan législatifii (l’Assemblée nationale), en
1972. Il fallut attendre la mort de Chiang Kai Chek en 1977 et son remplacement par son fils
Chiang Ching Kuo et surtout les incidents de « chunghi », lors des élections de District du 19
mars 1977 pour assister à l’ouverture démocratique non formelle, avec la liberté de presse et
la possibilité d’organiser des manifestations sur autorisation.
En 1978, une alliance politique informelle dénommée « les hors parti » (Dangwaï) publia un
programme commun en vue des élections supplémentaires. En juin 1979, ces « opposants »
créent l’Office de la Coalition des Représentants Supplémentaires de Taiwan et l’Amicale des
Candidats aux élections des Représentants de la Nation. Ce sont ces groupes qui ont donné
naissance plus tard, au premier parti d’opposition légal, le Democratic Progressive Party
(Parti Démocratique progressiste, PDP) en septembre 1986, une année avant l’abolition de la
loi martiale votée depuis 1952 et abolie le 15 juillet 1987. La disparition du fils Chiang Kai
Shek, le président Chiang Ching Kuo en 1988 permit, pour la première fois à un Taïwanais de
souche né dans l’île, d’être à la tête du Kuomintang. Lee Teng-Hui fit ses études à Taiwan, au
Japon et aux USA. Il légalisa le multipartisme et engagea une profonde réforme politique avec
la possibilité donnée aux habitants de l’île d’aller rendre visite à leurs familles restées sur le
continent. Il proclama la fin de « la période de mobilisation nationale pour la répression de la
rébellion communiste », renouvela l’Assemblée nationale (le yuan législatif) en 1991,
organisa les premières élections directes du gouverneur de la province de Taiwan et du maire
de Taipeh en 1994.
Les premières élections présidentielles au suffrage universel de mars 1996 l’avaient
confirmé à la tête du pays. Mais celles de 2000 portèrent au pouvoir le maire de Taipeh et en
même temps, secrétaire général du PDP, principal parti d’opposition, Chen Shui-Bian, l’actuel
président de la République de Chine, Taiwan.
Trois forces politiques émergent sur la centaine de partis reconnus depuis l’abolition de la
loi martiale et l’adoption du multipartisme intégral en 1988. Aux élections pour le
renouvellement du yuan législatif en 1995, le Kuomintang (KMT) avait obtenu 85 sièges
(46,06 %), le Parti Démocratique Progressiste (PDP) 54 sièges (33,17 %) et le People First
Party (Nouveau parti (NP) venant d’une scission du KMT, 21 sièges (12,95 %). L’évolution
des rapports forces politiques entre ces trois organisations sera très déterminante quant à
l’avenir à cours, moyen ou long termes des relations entre les deux rives du détroit, la PRP et
sa province rebelle. La situation actuelle des relations entre pékin et Taipeh s’explique plus ou
moins par l’équilibre des forces politiques en présence légèrement favorable aux partisans du
statu quo. La victoire définitive des souverainistes renforcera à coup sûr la crise avec le
continent et celle des partisans du retour vers la chine continentale sans l’hégémonie du PCC
mais une politique plus ouverte.
En effet, par rapport aux années de braises entre les deux rives du détroit (se référer aux
incidents de 1954, 1955, 1958, 1965), la situation a beaucoup évolué. L’essor économique de
Taiwan qui a vu le revenu par tête d’habitation passer de 48 dollars américains en 1952 à près
de 5000 dollars en 1987 et surtout les restrictions commerciales organisées par ses principaux

18
partenaires et concurrents que sont les Etats Unis d’Amérique, le Canada, le Japon et l’UE,
ont obligé les taiwanais à s’ouvrir au gros marché chinois. Taiwan, avec ses cinq
Milliards de dollars d’investissement est aujourd’hui le premier partenaire de la Chine devant
les USA et le Japon. Des organismes à statut semi-officiel, la Fondation des Echanges entre
les deux rives créé par Taipeh en février 1991 et l’Association pour les relations à travers le
détroit de Taiwan par Pékin en décembre de la même année, ont signé plusieurs accords de
coopération, depuis la première rencontre de leurs présidents à Singapour en 1993. Donc dans
les faits, les relations économiques s’intensifient bien surtout dans les zones de
développement économiques spécial en République Populaire de Chine.
Au niveau politique, même si les choses peuvent évoluer positivement, l’atmosphère
relationnelle est tout autre. Du coté de la Chine populaire, excepté le principe d’une seule
Chine, tout le reste est négociable dans le cadre d’un pays deux systèmes. Pour Taiwan, le
seul consensus entre les principales forces politiques est le respect de l’indépendance de la
Chine depuis 1912 et l’exigence de considérer les deux entités du détroit au même niveau. Le
KMT taiwanais se considère toujours comme un parti à l’échelle du continent chinois, tout en
maintenant son opposition radicale voire viscérale au Parti communiste chinois (PCC). Le
PDP est pour l’indépendance totale de l’île de Taiwan. Aujourd’hui, la question de la
réunification ou de l’indépendance constitue le premier obstacle à un dialogue politique
nationale serein au niveau des partis politiques et de la société civile. La faible mobilisation
des électeurs taiwanais au référendum du 20 mars 2004 sur l’avenir des relations entre les
deux entités avec seulement 45% de participation, taux insuffisant pour sa validation, montre
bien la complexité de la situation et surtout la prédominance des partisans du statu quo.
Or c’est quoi le statu quo, sinon le respect de la légalité internationale et des liens
historiques avec la mère patrie. Près de 90% des pays membres de l’ONU reconnaissent la
RPC comme seule et unique représentant de la chine.
Dans ces conditions, invoquer comme chez nous, les intérêts économiques du Sénégal et
l’aide dont l’Etat a besoin pour fouler au pied la légalité internationale et s’ingérer dans les
affaires intérieures d’un Etat souverain est inacceptable pour un pays de droit comme le nôtre
et qui de surcroît, a une très riche expérience des grands principes régissant les relations
internationales. Même si la situation de l’Afrique du sud poste apartheid est différente,
l’exemple de ce pays dans ses relations avec Taiwan devrait être médité par la diplomatie
sénégalaise. Quelle est donc l’histoire des relations de l’Afrique du sud et de la Chine ?
La Chine est présente au Cap depuis 1905 et a noué des relations diplomatiques sans
échange d’ambassadeurs avec l’Afrique du Sud depuis 1931. L’institutionnalisation de
l’apartheid en 1948 avec le Parti national Afrikaner a coïncidé avec le retrait des nationalistes
chinois à Taiwan. Leurs isolements diplomatiques pour des raisons différentes, a certainement
aidé à resserrer leurs relations qui se sont renforcées par un échange d’ambassadeurs en avril
1976, peu de temps après les émeutes de Soweto. Pris de cours par l’arrivée au pouvoir de la
majorité noire en République sud-africaine (RSA), Taiwan a mis les bouchées doubles en
direction de Nelson Mandela qui effectua une visite officielle en République de Chine Taiwan
en 1993. Winnie Mandela fit de même à la veille des premières élections multiraciales en
Afrique du sud et y récolta des fonds pour l’appui à la campagne de l’ANC. Le Président Lee
Teng-Hui avait tenu à participer en personne à la cérémonie d’investiture du Président
Mandela. Taipeh renforça son soutien et sa coopération pour la reconstruction de l’Afrique du
sud devenue son deuxième partenaire commercial en Asie et sixième au plan mondial avec
des investissements ayant créé plus de 40.000 emplois.
Convaincu des avantages économiques d’une telle option diplomatique pour son pays mais
conscient du caractère stratégique et prometteur des relations normalisées avec la République
Populaire de Chine, représentée jusqu’alors par le South Africa Study Center, le président

19
Mandela, pour ne pas naviguer à contrecourant de l’histoire et être logique avec lui-même et
l’orientation de l’ANC, finit par reconnaître la RPC le premier janvier 1998.

Juin 2004

20
ANNEXE III
Entretien avec Kalidou Diallo Professeur d’Histoire à la faculté des lettres et sciences
humaines l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar Sénégal par Amadou Sara Agence
chinoise d’information/APS Sénégal, Dakar le 21 novembre 2013

1+- Ami de longue date de la Chine, vous aviez déjà eu des contacts avec le Département
du PCC pour l’étranger il y a plus d’une décennie. Comment voyez-vous l’évolution de
la Chine ces dernières années ?
En fait, c’est à travers mes activités universitaires que j’ai rencontré la Chine. Je donnais un
cours à l’université Cheikh Anta Diop, un cours d’Histoire sur l’évolution de la chine depuis
1949. J’ai rencontré un délégué de l’ONG chinoise la CAFUI en décembre 1999 à Paris lors
d’un colloque international sur l’immigration organisée par l’université Paris7. Le Sénégal
avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec la chine en janvier 1996. Lors des échanges
avec le collègue chinois qui s’était beaucoup intéressé à ma communication, je lui ai fait
comprendre que des perspectives réelles d’alternance politique existent au Sénégal après
l’élection présidentielle prévues en février 2000 au regard des garantis de transparence
qu’offrait le code électoral consensuel du pays. Cette analyse s’est révélée juste avec l’arrivée
au pouvoir de Maître Abdoulaye WADE le 19 mars 2000 à l’issu du deuxième tour. J’ai
poursuivi le combat pour la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays par la
publication de plusieurs articles de presse, des entretiens au niveau des radios Fm. En tant que
secrétaire général du Syndicat Unitaire et Démocratique des Enseignants du Sénégal
(SUDES), j’avais invité les syndicats chinois et une délégation du PC au XIème congrès de
ce syndicat qui a adopté d’ailleurs une importante résolution largement diffusée pour la
reprise des relations diplomatiques entre le Sénégal et la chine populaire ; c’était au mois de
mars 2004.
J’ai pu aussi constater le niveau de développement de la Chine à l’occasion trois visites sur
invitation de la CAFUI en août 2003 à Beijing et dans les Provinces de Jiangsu, Changzhou,
la Nouvelle Zone économique spéciale et Shanghai ; en septembre 2004 à Xiamen, Fujian et
la Province du Guangdong et récemment mai-juin 2013 par le Comité central du Parti
Communiste Chinois. J’ai pu mesurer le décalage entre cette chine de 1949 qui importait
même des allumettes et des clous par rapport à maintenant avec ces autoroutes, ponts,
échangeurs entrelacés à l’entrée de Shanghai et partout, aux immeubles touchant le ciel à
l’horizon ou ces entreprises de matériel informatique avec de multiples chaînes tirant à
l’infini.
Le lancement du premier satellite d’exploitation lunaire de la Chine le 24 octobre 2007 est
une manifestation récente de cette évolution de la chine. Je n’insisterai pas sur le taux de
croissance moyen de la Chine qui dépasse les 9% et l’augmentation exponentielle de
l’investissement à l’étranger qui la place aujourd’hui 2èmè après les USA. L’organisation des
Jeux Olympiques en 2008 et de l’Exposition universelle à Shanghai en 2010 ont été le
couronnement de ce rayonnement de la chine à l’échelle mondiale.

2-Vous avez beaucoup milité pour les retrouvailles ente Beijing et Dakar. Pourquoi cette
fougue pour le rapprochement entre la Chine et le Sénégal ?

En tant que spécialiste de l’histoire impériale, moderne et contemporaine de la Chine je savais


que ce pays a de vieux rapports avec l`Afrique et bien avant le 16 ème siècle. Je savais aussi
quel rôle diplomatique a joué le Sénégal lors de la 26è session de l’assemblée générale des
nations unie tenue le 25 octobre 1971 qui a permis la reconnaissance de la Chine par 76 voix
dont 26 africaines. La reprise des relations diplomatiques entre la Chine et le Sénégal le 25

21
octobre 2005, date anniversaire de ce grand succès diplomatique de la Chine est significative
à cet égard.
Ces relations ayant été rompues en 1996 suite à une crise économique et financière au Sénégal
telle, qu’à l’image d’une personne en train de se noyer, s’accrochant à n’importe quoi, comme
instinct de survie, le gouvernement de l’époque, lâché par les bailleurs de fonds, a opté pour
« la diplomatie de la valise ou du ventre », en s’accrochant à Taiwan. On peut donc considérer
que, c ‘est sur la base d’un chantage d’appui budgétaire que le régime socialiste a pris cette
grave décision. Il était donc de la responsabilité de ceux qui comprennent bien les enjeux, de
se battre pour que ces relations reprennent. Le Président Abdoulaye Wade et son ministre des
Affaires Etrangères Cheikh Tidiane Gadio ont fait un choix stratégique en misant sur l’avenir.
On ne peut pas comparer la Chine, un pays-continent et membre du conseil de sécurité à
Taiwan, une petite province de 23 millions habitants à peine et de surcroît reconnue à
l’époque par une vingtaine de pays seulement dans le monde dont 7 en Afrique ; il ne reste
que Sao Thomé et Principe en 2003.
Toutes les raisons indiquées ci-dessus ainsi que les opportunités de coopération économique,
commerciale, dans l’éducation, la santé et autres qui s’offrent à notre peuple et à l’Afrique
expliquent ce que vous appelez, cette fougue pour ces retrouvailles.

3-Quel regard portez-vous sur les relations sino-sénégalaises depuis le 25 octobre


2005, date à laquelle les deux pays ont renoué leurs liens d’amitié et de coopération ?

Le rythme des visites d’Etat dès le début, de part et d’autre, est le premier indicateur de la
profondeur de cette amitié : Visite officielle du Président de la République du Sénégal en
juillet 2006 après celle de son Premier Ministre Macky Sall accompagné d’une forte
délégation au mois de mai de la même année. Ce furent ensuite plusieurs délégations au
niveau ministériel sans compter les chercheurs, les chefs de service ou le patronat. Au
niveau de l’université de Dakar, le Recteur a fait aussi, en 2006 trois semaines en Chine
accompagné du Doyen de la faculté des lettres et sciences humaines. La décision d’ouvrir
un département de langue chinoise a été alors prise au niveau de l’UCAD, de même que
l’Institut Confucius. Au plan politique, le PDS et le PCC avaient signé parallèlement des
accords de coopération stratégique.
Avec la 2ème alternance intervenue en 2012, l’ancien Premier ministre devient Chef de
l’Etat, l’Alliance Pour la République (APR) son nouveau parti tente, à son tour, de nouer
des relations avec le PCC à travers d’autres missions en Chine durant cette année 2013.
Plusieurs délégations de responsables politiques accompagnés du Directeur des structures,
jeunes, de femmes du parti ou de cadres républicains ont participé à ces visites à Beijing.
Le Sénégal a repris ses relations diplomatiques avec la chine, il y a déjà huit ans à compter
du 25 d`octobre passé. Les résultats obtenus sont sans commune mesure avec le bilan de
coopération avec Taiwan en neuf ans: possibilité de bénéficier du traitement douanier
préférentiel pour 194 produits d’origine sénégalaise, halieutiques, agricoles, miniers,
chimiques ou cuirs, peaux, bois, coton, artisanats, opportunité de partenariat dans
l’agriculture et l’agro-industrie, produits de mer, tourisme, textile confection, télé services,
le potentiel des importants gisements de fer, de marbre, de gaz naturel, de pétrole etc.
Les grands projets du Président Wade au niveau du Sénégal et en Afrique dans le cadre de
l’union africaine et du NEPAD ont bénéficié également de ces opportunités. Aujourd’hui,
après hésitations, le nouveau Président de la République Macky s’oriente résolument vers
la Chine pour ses grands projets, autoroute Ila Touba entre autres
Si la Chine aussi a mis tout son poids pour renouer avec le Sénégal, c`est compte tenu
d`un certain leadership diplomatique que notre pays a, sans conteste sur le continent,
surtout en Afrique de l’ouest. La nouvelle dynamique de la diplomatie chinoise en

22
Afrique depuis la reprise avec le Sénégal, a renforcé les relations de coopération au niveau
bilatéral avec d’autres pays qui étaient jusqu’alors réticents et contribué à la reprise des
relations diplomatiques avec le reste des pays africains dont la Gambie, le Niger, le Tchad
ou Burkina Faso.

4-Le sommet Chine-Afrique s’était tenu début novembre 2006 à Beijing dans le cadre du
Forum de la coopération sino-africaine. Le chef de l’Etat chinois de l’époque Hu Jintao
y avait annoncé huit grandes mesures en faveur de l’Afrique. A vos yeux, quelles ont été
les retombées de telles mesures pour le développement du partenariat entre la Chine et
le Sénégal et le décollage du continent africain dans son ensemble, ainsi que pour le
renforcement des relations sino-africaines ?
Pour mesurer l’ampleur du renforcement de la coopération économique et commerciale :
entre la Chine et l’Afrique dans le cadre ce forum et du sommet, il faut remonter à l’an 2000
et rappeler que la première conférence ministérielle entre la Chine et l’Afrique s’était tenue à
Beijing du 8 au 10 octobre de la même année avec comme 1er thème : « comment
contribuer à l’instauration d’un nouvel ordre politique et économique au 21éme siècle » et
2éme thème : « comment renforcer la coopération économique et commerciale entre la chine
et l’Afrique ». A la fin des travaux, des mécanismes et un comité de suivi ont été mis en
place. Quatre chefs d’Etat africains seulement avaient participé à cette rencontre.
La deuxième conférence ministérielle s’est tenue à Addis-Abeba les 15 et 16 décembre 2003.
Le nombre de participants au niveau présidentiel est passé à six et le président de la
Commission de l’Union Africaine de l’époque, Alpha Oumar Konaré y avait participé de
même qu’un représentant de Koffi Annan alors secrétaire général des nations unies. Le
thème cette conférence était très pratique « coopération pragmatique et actions à entreprendre
entre les pays africains et la chine. » S’est tenue parallèlement, la première conférence des
entrepreneurs chinois et africains. Le volume de la coopération entre la chine est l’Afrique a
augmenté de 75% entre 2000 et 2003. La conférence d’Addis-Abeba avait défini un plan
d’action pour 2004-2006. Il est fondé sur l’accroissement de l’aide, le renforcement de la
coopération et l’ouverture de la Chine au marché africain ; les pays africains bénéficiant d’un
statut de destination privilégiée pour le tourisme chinois. Tout cela a été suivi par une tournée
marathon du président Hu Jintao en Afrique en 2004 et 2005. L’ensemble de ces actions
explique la réussite du sommet Chine/Afrique de novembre 2006 qui a vu la participation
d’une quarantaine de chefs d’Etat et de Gouvernement dont celui du Sénégal. Qu’est qui a
fait mobiliser les africains pour cet appel de la chine ? Le volume de la coopération Chine
/Afrique a été multiplié par trois entre 2003 et 2006. Si on partait de 1994, il a été multiplié
par dix ! C’est à dire de 2,64 milliards de dollars us en 1994, 6,48 en 1999, 10,6 en 2000, 18
en 2003, 37 en 2005 et 39 en 2006. Les 8 mesures en faveur de l’Afrique envisagées par le
gouvernement chinois dans le discours prononcé par le Président Hu Jintao sont soit effectives
comme les mesures 3, 5 et 6 (création d’un fonds de développement sino-africain,
l’annulation de la dette des pays pauvres très endettés les pays africains les moins avancés et
l’ouverture du marché chinois aux pays africains avec l’augmentation du nombre de produits
bénéficiant d’un tarif douanier zéro de 190 à 440) ou en cours de réalisation pour quatre
autres mesures : augmentation de l’aide et doublement en 2009, , prêts préférentiels de trois
milliards d’ici trois ans, la construction du siége de l’union africaine, la formation des
étudiants etc. La création de 3 ou 5 zones de coopération économique reste encore à l’état de
projet. Le nouveau président de la République populaire de Chine Xi Jinping, en renforçant et
en impulsant l’offensive de la diplomatie chinoise en Afrique et dans le Monde va
certainement marquer de nouveau grands pas en avant dans la coopération entre la Chine et
l’Afrique.

23
5-Certains médias soutiennent que l’aide de la Chine enfonce quelques pouvoirs
africains dans le sens contraire à la démocratie et à la bonne gouvernance. Quelle est
votre opinion à cette assertion ?
L`influence économique et diplomatique de la Chine en Afrique a grignoté sur le pré-carré
des anciennes puissances coloniales. Elle a fait grincer les dents aux occidentaux surtout à
travers les médias. La chine y est décrite comme ce glouton de pétrole qui n’aurait pas
d’entreprise, mais seulement des commerçants avec des produits de mauvaise qualité ; et
quand la chine investit sur des entreprises, ces détracteurs attaquent sous l’angle des
conséquences négatives sur l’environnement ou du caractère antidémocratique disent-ils des
régimes. Les pays africains des années 1960 sont totalement différents de ceux de ce début du
21è siècle. Le contexte et les mentalités ont changé. En fait, la Chine est considérée
aujourd’hui par les occidentaux comme un concurrent économique qui ôte le « pain africain
de leur bouche ». La preuve ? La principale raison qui avait été alors invoquée pour
confirmer la rencontre Europe/Afrique au Portugal malgré la présence Robert Mugabe, après
trois reports était qu’il faut arrêter l’offensive chinoise en Afrique ! La concurrence
économique et la démocratie qu’ils prônent laisseront-ils la liberté de choix aux Africains face
à différentes offres ? Le temps du colonialisme et du néocolonialisme a vécu. Nous vivons
une époque de partenariat et de coopération mutuellement avantageuse. C’est par sa ligne et
son action diplomatique, son passé de pays en voie de développement, son expérience dans la
voie de modernisation et d’ouverture, tout en préservant son identité, sa politique d’aide, de
coopération économique et commerciale e que la Chine a réussi cette percée en Afrique.
Même si certaines considérations sur les droits de l’Homme sont justes, le paradoxe est que
ceux qui invoquent ces valeurs, sont les premiers à les piétiner en Afrique, chez eux et
ailleurs !
6- L’un des importants volets du rapport sino-africain concerne le problème de Taiwan.
Comment jugez-vous l’issue de cet épineux problème ? Il est vrai que les effets des plans
d’Ajustement structurel (PAS) introduits en Afrique à la fin des années 1970 et les
conséquences des évènements de Tien’anmen en 1989 avaient permis à Taiwan d’exploiter à
la fois la pauvreté de certains pays africains et la propagande anti chinoise au niveau des
médias occidentaux pour capter les plus fragiles parmi eux par « la diplomatie de la valise ».
Le contexte a changé avec la nouvelle dynamique de la diplomatie chinoise en Afrique. La
question de Taiwan ne se pose pas en termes de droit car tant du point de vue historique que
celui de la loi internationale, il n’existe qu’une seule Chine, Taiwan est partie intégrante de la
chine dans le principe mais dans les faits, il fonctionne comme un Etat d’un pays indépendant.
Le paradoxe est que cette province/pays s’intègre progressivement au plan économique dans
la chine continentale. Taiwan est en effet, le premier investisseur en RPC aujourd’hui. C`est
aussi un des premiers débouchés économiques pour Pékin. De ce point de vue, l`intégration
économique étant presque effective, l`intégration politique viendra tôt ou tard, surtout avec le
pouvoir actuel piloté par le Kuomintang qui a de bonne relation avec PCC. C`est pour cette
raison qu’il faudra beaucoup faire attention quand deux frères se chamaillent. L`intégration de
Taiwan dans la chine est irréversible mais à long terme certainement au regard des intérêts
stratégiques de cette zone pour la première puissance militaire et économique mondiale, les
USA notamment, garants de la sécurité de l’ile en mer de Chine. Le soutien diplomatique de
Washington pour ce pays est aussi une forme de pression exercée sur Pékin, son principal
concurrent au plan économique ambitionnant de lui ravir la première place avant 2050. A
cette étape,le pays de l’Oncle Sam a besoin de Taiwan, essentiellement pour cette raison..

Kalidou DIALLO Professeur d’histoire à l’Université Cheikh Anta Diop


Département d’Histoire, FLSH ; Ancien Ministre de
l’Education Nationale

24
i
Taiwan, République de Chine et Formose indiquent le même territoire mais le choix d’un des termes est
significatif
ii
le yuan législatif (Assemblée nationale ), le yuan exécutif (pouvoir exécutif ), le yuan judiciaire (pouvoir
judiciaire) et le yuan des examens ( organisme très indépendant chargé du recrutement dans la fonction
Publique) constituent les quatre pouvoirs à Taiwan.

25
ANNEXE IV

Extrait d’un article publié dans le quotidien national Le Soleil à la veille de la visite
officielle en RPC le 14 février 2014 de Son Excellence MACKY SALL Président de la
République du Sénégal e

Relation Chine Sénégal : le nouvel Elan

… L’ancien Président du Sénégal avait effectué une visite en Chine dans le cadre du sommet
Chine/Afrique de novembre 2006 qui a vu la participation d’une quarantaine de chefs d’Etat
et de Gouvernement. Le Président Abdoulaye WADE était présent, étant donné que le
Sénégal avait normalisé ses relations diplomatiques avec la Chine juste une année avant, le 25
octobre 2005. Le Président Macky va certainement renforcer cette coopération dans le cadre
général d’une nouvelle ligne diplomatique en direction de l’Asie et de l’Amérique du sud, des
BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine) mais surtout l’axe Dakar/Beijing

.. Le Sénégal bénéficie déjà du traitement douanier préférentiel zéro, pour 95 % de ses


produits à l’exportation (halieutiques, agricoles, miniers, cuir, peaux, bois, coton, artisanat,
produits de mer, tourisme, textile et confection, télé service etc.) aujourd’hui une trentaine
d’entreprises chinoises sont installées au Sénégal avec plusieurs autres petites installations
commerciales dans les villes surtout à Dakar (Centenaire et Pétersen). Le Grand théâtre
national qui fait aujourd’hui la fierté de notre pays dans le domaine culturel et le musée de
civilisations noires en construction sont un don de l’Etat chinois.

… Les 11 stades régionaux, l’hôpital des enfants Dalal Jabot de Diamniadio, le centre de lutte
contre le paludisme sont devenus une réalité à côté de la coopération sanitaire et agricole
trentenaire (barrage d’Afignam, 15 missions sanitaires en Casamance). Il faut ajouter entres
autres, le projet de l’arène nationale de lutte, du Boucle de Dakar, un réseau de transmission et
de distribution électrique, le projet d’autoroute Thiès-Tivaouane-Touba).

… Cette visite d’Etat prévue le 19 février 2014 du président Macky Sall en Chine comme
premier dirigeant africain invité du Président XI JINPING va donner sans doute, un nouvel
élan aux relations politiques et diplomatiques, et ouvrir un nouveau chapitre de renforcement
de la coopération économique et culturelle entre les deux pays et raffermir l’amitié nos deux
peuples.

Janvier 2014

Kalidou DIALLO

Professeur au Département d’Histoire, FLSH, UCAD

Ancien Ministre de l’Education Nationale

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