7. METHODES DE CONSERVATION DES SEMENCES.
7.1. METHODES TRADITIONNELLES
Les graines sont conservées pour la consommation humaine et animale, mais aussi comme
semence pour la prochaine saison. Dans le dernier cas, les plantes destinées à produire de
nouvelles semences ou encore porte graine restent un peu plus longtemps sur la plantation pour
acquérir beaucoup plus de maturité. L’évolution de la maturité se caractérisé par un changement
de couleur et un assèchement de la graine. Avant l'avènement des technologies que nous
connaissons aujourd’hui, les communautés agricoles du monde entier ont développé des
techniques ingénieuses et aussi très efficaces pour conserver leurs graines au cours des années.
Ces méthodes traditionnelles, souvent basées sur l'observation de la nature et l'utilisation de
matériaux locaux, témoignent d'une profonde sagesse et d'une ingéniosité remarquable.
Parmi les céréales sélectionnées, le maïs peut être récolté et conservé en épi avant d’être battu les
autres céréales sont conservées en grain. Une pratique très rependue sur le territoire haïtien mais
moins fréquent de nos jours, c’est le fait de suspendre les épis de mais sur un pied de palmiste ou
de latanier le plus souvent. C’est tout un savoir-faire, on perce un trou en hauteur dans le tronc de
l’arbre à travers duquel on fait passer un morceau de bois perpendiculaire au tronc, assez robuste
le plus souvent c’est du campêche, muni d’une corde avec un autre bâton au centre à chaque
extrémité pour supporter les épis. Les deux extrémités du morceau de bois seront chargées
uniformément pour éviter tout basculement à cause d’un côté surchargé. Pour se faire des épis
sont attaches ensemble avec une partie de l’enveloppe qu’on a enlevé, normalement on peut
attacher 2 à 6 épis ensemble. Un homme monte l’arbre avec une corde attachée au tronc qui lui
sert de point d’appui et on lui fait parvenir les épis de mais avec une autre corde. L’ensemble des
épis suspendu est recouvert avec un chaume de palmiste pour les protéger contre la pluie. On
enlève les branches des arbres trop proches et on place un morceau de tôle autour de l’arbre tout
au bas pour éviter que les rats grimpent là-haut et dévorent les épis. Quand vient le moment pour
faire descendre les épis on utilise la même technique avec l’homme et la corde dans le sens
inverse.
Pour les céréales qui sont conservés en grain, on leur réserve un tout autre traitement. Au
moment de la récolte on enlève les inflorescences avec un sécateur ou tout autre outil tranchant.
Ensuite pour recueillir les graines on peut procéder de diverses manières : on peut détacher les
graines par des frottements plus ou moins énergiques entre les doigts ou avec la paume de la
main et aussi un battage avec un bâton des enveloppes places dans un sac en plastiques pour
éviter que les graines ne s’éparpillent un peu partout. La protection physique des graines contre
l'humidité, les ravageurs et les variations de température est un principe fondamental partagé par
de nombreuses cultures :
Poterie (Vases, Jarres en Terre Cuite) : L'utilisation de récipients en terre cuite est
l'une des méthodes les plus répandues. Les jarres en poterie sont poreuses, ce qui permet
une certaine régulation de l'humidité en favorisant l'évaporation de l'eau excédentaire.
Elles protègent les graines des rongeurs et des insectes, surtout lorsqu'elles sont bien
scellées. Pour améliorer l'herméticité, l'ouverture pouvait être bouchée avec de l'argile, du
mortier ou un couvercle lourd et ajusté, parfois enduit de cendres ou de chaux.
Calebasses (Courges Sèches) : Dans de nombreuses régions tropicales et subtropicales,
après avoir récolté le fruit du calebassier, on perce un petit trou circulaire à partir duquel
on enlève tout son contenant. Ensuite il est séché, le petit trou est bouché avec soit un
morceau de bois affuté, soit avec un épi de maïs. Légères et robustes, elles offrent une
protection adéquate contre les insectes et l'humidité ambiante modérée. Elles sont souvent
suspendues pour éviter le contact direct avec le sol et l'humidité ascendante, ou stockées
dans des endroits frais et secs.
Greniers Secs (Structures de Stockage Spécifiques) : Les greniers (galata ou colombier
suivant la région), sont des constructions dédiées à la conservation des récoltes et des
semences. Ils varient grandement en conception selon les régions, mais leur principe
commun est de maintenir les graines au sec et à l'abri des nuisibles. Souvent surélevés au-
dessus des cuisines ou sur pilotis pour isoler du sol et prévenir l'accès des rongeurs, ils
sont conçus pour une bonne ventilation naturelle. Les murs peuvent être faits de terre, de
bois, de bambou ou d'autres matériaux locaux comme le vétiver les feuilles de latanier ou
des chaumes de palmiste, parfois enduits de boue (tif) ou de fumier pour l'étanchéité.
Pour protéger les graines des infestations d'insectes et de moisissures, les agriculteurs
traditionnels ont eu recours à des substances naturelles :
Cendres de Bois : Les cendres, souvent issues de bois dur ou de plantes spécifiques, sont
un répulsif et un insecticide naturel efficace. Leurs propriétés abrasives endommagent la
cuticule des insectes, et leur pH élevé peut créer un environnement défavorable à leur
développement. Les cendres absorbent également l'humidité, contribuant à maintenir les
graines au sec. Elles sont mélangées directement avec les graines avant le stockage dans
des conteneurs.
Feuilles Séchées et Herbes Répulsives : De nombreuses plantes possèdent des
propriétés insecticides, fongicides ou répulsives. Leurs feuilles, fleurs ou racines séchées
sont utilisées de différentes manières :
Mélange Direct : Des feuilles séchées et broyées de plantes comme le neem (Azadirachta
indica), le tabac, l'eucalyptus, la menthe, le piment, ou certaines espèces de basilic sont
mélangées aux graines. Les composés volatils de ces plantes agissent comme des répulsifs ou des
toxiques pour les insectes.
Couches Isolantes : Des couches de feuilles entières, comme celles de teck, de tabac, de neem
ou d'autres plantes aromatiques, peuvent être placées entre les couches de graines dans un
conteneur pour créer une barrière et diffuser leurs propriétés protectrices.
7.2. METHODE MODERNE
La conservation des graines est une pratique essentielle pour garantir la sécurité alimentaire,
préserver la biodiversité végétale et soutenir la recherche agronomique. Grâce aux avancées
technologiques, les méthodes modernes offrent des solutions fiables et durables pour maintenir la
viabilité des graines sur de longues périodes. Voici une liste détaillée de ces méthodes innovantes
utilisées à travers le monde :
Chambres Froides à Température et Humidité Contrôlées : Ces installations sont le
pilier de la conservation des graines à moyen et long terme. Les graines, ont une faible
teneur en humidité (généralement entre 3 % et 7 %), sont stockées dans des
environnements où la température est maintenue basse (souvent entre 0°C et -20°C) et
l'humidité est rigoureusement contrôlée. Ces conditions réduisent considérablement le
métabolisme des graines, en prolongeant leur durée de vie. La surveillance continue des
paramètres environnementaux est cruciale pour assurer l'intégrité des échantillons.
Banques de Graines (Germoplasme) : Également appelées "banques de gènes" ou
"banques de semences", ces institutions sont des collections massives de graines
provenant de diverses espèces végétales. Elles abritent un patrimoine génétique
inestimable, incluant des variétés cultivées et des plantes rares ou menacées. Les banques
de graines mettent en œuvre des protocoles stricts pour la collecte, le nettoyage, le
séchage, le conditionnement et le stockage des graines, garantissant leur viabilité sur des
décennies, voire des siècles pour certaines collections de base. Des exemples notables
incluent la Réserve Mondiale de Semences du Svalbard.
Systèmes hermétiques :
Boîtes Métalliques et Conteneurs Scellés : Les boîtes en métal (aluminium ou acier
inoxydable) avec des couvercles hermétiques sont couramment utilisées pour le stockage
des graines séchées. Leur nature impénétrable protège les graines de l'humidité
atmosphérique, des ravageurs (insectes, rongeurs) et des pathogènes. Pour une protection
maximale, des sachets déshydratants peuvent être ajoutés à l'intérieur pour absorber toute
humidité résiduelle.
Sachets d'Aluminium Stratifié (Alu-Fol) : Ces sachets multicouches, souvent
constitués d'une couche d'aluminium intercalée entre des couches de plastique, offrent
une barrière exceptionnelle contre l'humidité, l'oxygène et la lumière. Après le séchage
des graines, l'air est évacué des sachets avant qu'ils ne soient scellés. Ce type d'emballage
est largement privilégié dans les banques de graines pour le stockage à long terme en
chambres froides, car il maintient la faible teneur en humidité des graines et prévient leur
détérioration.
Autres méthodes :
Conservation In Vitro : Cette méthode implique la culture de tissus végétaux (plantules
entières, pousses, embryons somatiques, cals) dans des conditions stériles, sur des
milieux nutritifs contrôlés. Elle est particulièrement utile pour les espèces à graines
récalcitrantes (qui ne supportent pas la dessiccation et/ou les basses températures) ou
pour la conservation de clones spécifiques. Les cultures peuvent être ralenties
("Conservation à croissance lente") en ajustant la température, la lumière ou la
composition du milieu, afin d'espacer les repiquages.
Cryoconservation : Représentant la forme la plus avancée de conservation à long terme,
la cryoconservation consiste à stocker des cellules, des tissus ou des embryons végétaux
dans de l'azote liquide à une température extrêmement basse (-196°C). À cette
température, toute activité métabolique est suspendue, arrêtant le processus de
vieillissement et permettant une conservation potentiellement illimitée. Cette méthode est
utilisée pour les graines récalcitrantes, les cultures in vitro, les méristèmes, les pollens et
même les gènes. Des techniques de prétraitement (déshydratation contrôlée, utilisation de
cryoprotecteurs) sont essentielles pour éviter la formation de cristaux de glace qui
endommageraient les cellules lors de la congélation et de la décongélation.