La pédagogie explicite
La pédagogie explicite est une méthode d'enseignement recommandée (par les autorités,
surtout en langues/maths). Elle a été développée grâce aux observations et aux recherches de
Rosenshine. Une grande étude a prouvé qu'elle était la plus efficace pour aider les élèves à
apprendre et réussir. C'est à partir de ces preuves que ses principes ont été créés.
Définition :
La pédagogie explicite est une approche d'enseignement qui vient d'Amérique du
Nord. Elle se base sur l'idée que pour que les élèves apprennent bien,
l'enseignement doit être très clair, direct, bien structuré par l'enseignant, et que
c'est l'enseignant qui guide activement le processus d'apprentissage. L'enseignant
joue donc un rôle central pour "montrer" aux élèves comment faire et quoi
apprendre.
Principes fondamentaux de la pédagogie explicite:
a. Une pédagogie qui explicite et présente les apprentissages
1. Clarté dès le début : L'enseignant ne se contente pas de donner une tâche ;
il explique précisément ce que les élèves vont apprendre pendant la leçon
(l'objectif), pourquoi c'est important, comment ils vont procéder (la
démarche, la méthode) et même dans quelles situations cela leur sera utile
plus tard. C'est comme dire : "Aujourd'hui, on va apprendre à additionner
des nombres à deux chiffres (quoi), on va le faire en posant l'opération
comme ça (comment), c'est utile pour faire ses courses (pourquoi/quand)".
2. Montrer l'exemple (Modélisation) : L'enseignant montre lui-même
comment faire, pas seulement en effectuant la tâche, mais en
expliquant comment il réfléchit en le faisant. Il verbalise son raisonnement,
comme s'il "pensait à voix haute" ("Pour additionner 25 et 32, je commence
par additionner les unités... 5 + 2 font 7... j'écris 7 sous la barre..."). Cela
permet aux élèves de voir le cheminement de pensée expert.
3. Partage et Co-construction : Les élèves sont encouragés à faire la même
chose : exprimer leur propre raisonnement, expliquer comment ils ont
trouvé une solution, partager leurs "trucs" ou stratégies avec les autres. En
discutant et en partageant, ils construisent ensemble la meilleure façon
d'aborder un problème.
4. Transfert Progressif de Responsabilité : L'apprentissage se fait par étapes où
l'enseignant aide de moins en moins à mesure que l'élève devient plus
capable.
o Au début, l'enseignant montre tout (modélisation).
o Ensuite, les élèves essaient sous la surveillance et avec l'aide de
l'enseignant (pratique guidée).
o Puis, ils s'entraînent pour bien mémoriser et maîtriser
(renforcement).
o Enfin, les élèves font la tâche seuls ou en petits groupes sans l'aide
directe de l'enseignant (pratique autonome).
o Il y a aussi des étapes de révision et d'évaluation pour vérifier ce qui a
été appris.
b. Renforcement de l’apprentissage par l’engagement actif des élèves :
o Ce principe met en avant l'importance de rendre les élèves actifs
dans leur apprentissage.
o La phase clé pour cela est la "pratique guidée", qui est la partie la
plus longue et la plus importante du cours.
o Pendant cette pratique, l'enseignant travaille de près avec les élèves :
il pose des questions pour vérifier leur compréhension, évalue ce
qu'ils ont compris et les encourage à expliquer pourquoi ils donnent
telle réponse.
o L'enseignant peut aussi faire travailler les élèves en petits groupes.
L'objectif est qu'ils discutent entre eux, argumentent (expliquent
leurs idées et les défendent) et s'aident mutuellement. Tout cela
renforce ce qu'ils apprennent.
c. Une organisation progressive du simple vers le complexe :
o Ce principe se base sur les théories sur la façon dont on apprend
(théories cognitives).
o L'idée principale est de commencer par ce qui est facile ou de base
pour aller ensuite vers ce qui est plus difficile ou complexe.
o Pour cela, on prend les connaissances ou compétences compliquées
et on les découpe en petites parties plus simples.
o Ces parties simples sont enseignées petit à petit, sur plusieurs cours.
o Cette méthode progressive aide les élèves à mieux comprendre et à
mieux retenir les apprentissages.
D. L'importance de la mémoire et de la répétition
Ce principe met en avant l'importance fondamentale de la mémoire dans
l'apprentissage. La pédagogie explicite s'appuie sur le fonctionnement de deux
types de mémoire :
1. La mémoire à court terme (ou de travail) : C'est celle qu'on utilise pour
traiter l'information sur le moment, mais sa capacité est limitée.
2. La mémoire à long terme : C'est le "stockage" durable de nos
connaissances et compétences. Pour que l'information passe de la mémoire
à court terme à la mémoire à long terme et y reste, il faut la répéter
régulièrement et l'utiliser activement.
C'est pourquoi la pédagogie explicite insiste sur la répétition des notions et des
tâches, leur utilisation dans différents contextes (même dans d'autres matières) et
des révisions fréquentes. Cela aide l'élève à ancrer durablement les
apprentissages, à les rendre disponibles et à les appliquer dans de nouvelles
situations.
E. Valorisation de l’effort et conception dynamique de l’intelligence
Ce principe insiste sur le fait que la réussite à l'école vient principalement
de l'effort fourni par l'élève et des stratégies qu'il utilise pour apprendre. Il
est important de persévérer, de participer activement (s'engager) et
de travailler seul (travail personnel).
Carol Dweck sur la manière de voir l'intelligence :
L'intelligence malléable (ou de croissance) : C'est quand on croit que son
intelligence n'est pas figée, mais qu'elle peut se développer grâce à l'effort,
à la pratique et en apprenant de ses erreurs. Les difficultés sont vues
comme des opportunités de s'améliorer. C'est cette vision qui aide à réussir.
L'intelligence fixe : C'est quand on pense que son intelligence est limitée et
qu'elle ne changera pas. Cette croyance décourage face aux difficultés et
aux échecs, car on ne croit pas pouvoir s'améliorer, ce qui freine la
persévérance.
La pédagogie explicite adopte la vision de l'intelligence malléable. Son but
est de faire comprendre aux élèves que leurs efforts peuvent réellement
augmenter leur intelligence et leurs capacités et non pas seulement révéler
une intelligence déjà présente.
Fondements de la pédagogie explicite
La pédagogie explicite repose sur deux fondements principaux : les
résultats des sciences de l'éducation et les découvertes des sciences
cognitives. Les sciences de l'éducation mettent en avant des pratiques
d’enseignement efficaces, tandis que les sciences cognitives aident à
comprendre comment se déroulent les processus d’apprentissage, de
mémorisation et de traitement de l’information.
Dans cette approche, la compétence est définie de deux manières :
d'abord, c'est la capacité à agir de manière appropriée dans différentes
situations ; ensuite, c'est l'aptitude à utiliser les connaissances acquises
(savoirs, savoir-faire, attitudes) pour résoudre des tâches complexes.
Ce que la pédagogie explicite n’est pas:
il est important de comprendre que la pédagogie explicite ne se limite
pas à une simple transmission de connaissances où l'enseignant
"déverse" le savoir de manière mécanique sur les élèves.
Elle n'est pas non plus la même chose que la pédagogie constructiviste
ou socio-constructiviste, même si elle reconnaît l'intérêt des échanges
entre élèves pour apprendre.
La différence principale entre la pédagogie explicite et les approches
constructivistes (ou socio-constructivistes) :
Les approches constructivistes commencent par l'élève : on part
de ce qu'il sait déjà, de ses idées, de ses erreurs, et c'est lui qui
construit son savoir par son activité.
La pédagogie explicite, quant à elle, débute avec une tâche
complexe proposée par l'enseignant. Les élèves doivent la
résoudre. Cette tâche est un cadre organisé pour susciter des
discussions, des arguments, et développer collectivement une
manière de penser après l'avoir résolue.