L'homme élégant est descendu de la limousine, il fume une cigarette anglaise.
II regarde la
jeune
fille au feutre d'homme et aux chaussures d'or. Il vient vers elle lentement. C'est visible, il est
intimidé. Il ne sourit pas tout d'abord. Tout d'abord il lui offre une cigarette. Sa main tremble.
Il y a
cette différence de race, il n'est pas blanc, il doit la surmonter, c'est pourquoi il tremble. Elle
lui dit
qu'elle ne fume pas, non merci. Elle ne dit rien d'autre, elle ne lui dit pas laissez-moi
tranquille.
Alors il a moins peur. Alors il lui dit qu'il croit rêver. Elle ne répond pas. Ce n'est pas la peine
qu'elle réponde, que répondrait-elle. Elle attend. Alors il le lui demande : mais d'où venez-vous
?
Elle dit qu'elle est la fille de l'institutrice de l'école des filles de Sadec. Il réfléchit et puis il dit
qu'il
a entendu parler de cette dame, sa mère, de son manque de chance avec cette concession
qu'elle
aurait achetée au Cambodge, c'est bien ça n'est-ce pas ? Oui c'est ça.
Il répète que c'est tout à fait extraordinaire de la voir sur ce bac. Si tôt le matin, une jeune
fille
belle comme elle l'est, vous ne vous rendez pas compte, c'est très inattendu, une jeune fille
blanche
dans un car indigène.
Il lui dit que le chapeau lui va bien, très bien même, que c'est... original... un chapeau
d'homme, pourquoi pas ? elle est si jolie, elle peut tout se permettre.
Elle le regarde. Elle lui demande qui il est. Il dit qu'il revient de Paris où il a fait ses études,
qu'il habite Sadec lui aussi, justement sur le fleuve, la grande maison avec les grandes