Cours GeometrieM1Orsay
Cours GeometrieM1Orsay
Frédéric Paulin
Université Paris-Saclay
Année 2024-2025
1
Table des matières
Préambule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2 Revêtements 31
2.1 Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
2.2 Homéomorphismes locaux et revêtements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
2.3 Actions de groupes topologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.4 Actions de groupes et revêtements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
2.5 Unicité des relèvements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.6 Relèvement des chemins et des homotopies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.7 Action sur la fibre du groupe fondamental de la base . . . . . . . . . . . . . 46
2.8 Groupes fondamentaux de graphes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
2.9 Relèvement des applications . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
2.10 Structure des morphismes de revêtements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
2.11 Revêtements galoisiens . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
2.12 Revêtements universels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.13 Classification des revêtements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.14 Autres exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
2.15 Indications pour la résolution des exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
2
4.5 Exemples . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
4.6 Variétés différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
4.7 Autres exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 159
4.8 Indications pour la résolution des exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
Index 408
4
Références 415
1
1. Je remercie les étudiants des années 2020 à 2025 pour leurs corrections, et Kevin Destagnol pour la
solution de nombreux exercices.
5
Préambule.
Les beaux 2 objets géométriques se prêtent à une étude triple, topologique, différentiable
et métrique. L’un des buts de ce cours est de donner quelques outils de ces trois domaines
permettant de décrire ces beaux objets géométriques.
Nous commencerons par une introduction à la topologie algébrique, qui essaye de classer
(ou du moins de comprendre) les espaces topologiques X (dans des familles données)
en leur associant des objets algébriques (nombres, groupes, anneaux, modules, algèbres,
etc) dont la classe d’isomorphisme ne dépend que de la classe d’homéomorphisme de X.
En particulier, ceci peut permettre de distinguer à homéomorphisme près des espaces
topologiques. La notion de connexité a été l’un des premiers invariants topologiques à
être utilisé dans ce but. Le nombre de composantes connexes par arcs, par exemple, ou le
groupe abélien libre engendré par l’ensemble des composantes connexes par arcs, sont des
invariants algébriques. Par exemple la droite R et le plan R2 ne sont pas homéomorphes,
car en enlevant un point du premier, il est disconnecté, tandis que le second ne l’est pas.
De même, le cercle S1 et la sphère S2 ne sont pas homéomorphes, car enlever un point à
S1 disconnecte un voisinage connexe de ce point, alors que ce n’est pas le cas dans S2 .
Pour formaliser cette méthodologie, définissons un foncteur covariant de la catégorie
des espaces topologiques dans la catégorie des groupes comme la donnée, pour tout espace
topologique X, d’un groupe F (X), et, pour toute application continue f ∶ X → Y entre
deux espaces topologiques, d’un morphisme de groupes F (f ) de F (X) dans F (Y ), telle
que
F (idX ) = idF (X) et F (g ○ f ) = F (g) ○ F (f )
pour toute application continue g ∶ Y → Z. Ces propriétés impliquent que si f ∶ X → Y est
un homéomorphisme, alors F (f ) est un isomorphisme de groupes. Le groupe fondamental
que nous introduirons dans la partie 1 est une variante d’un tel foncteur. Plus précisément,
il associe un groupe à un espace topologique pointé (c’est-à-dire muni d’un point base) et
un morphisme de groupes à une application continue préservant les points bases, de sorte
que les deux propriétés ci-dessus soient vérifiées.
Le second objet de ce cours est d’introduire (dans la partie 4) les sous-variétés diffé-
rentielles, qui sont en particulier les espaces de phases (hors singularités) de la physique,
dans lequels s’effectuent par exemple les mouvements des objets soumis aux équations de
la physique. Pour n et N des entiers strictement positifs tels que n ≤ N , les sous-variétés de
dimension n de RN sont les parties de RN sur lesquelles existent localement des systèmes
de n coordonnées permettant d’effectuer du calcul différentiel comme dans les ouverts de
Rn .
Nous donnerons aussi quelques outils de base pour manipuler ces sous-variétés diffé-
rentielles, le théorème de Sard (voir la partie 5.1) qui donne un lien avec la théorie de la
mesure, et la théorie de Morse (voir la partie 6), qui permet de donner une description
topologique combinatoire des sous-variétés différentielles. Nous ne définirons les variétés
différentielles abstraites que dans le but de réaliser, via des théorèmes de plongements,
des exemples concrets de sous-variétés différentielles. Nous renvoyons à des apprentissages
de seconde année de Master pour une étude complète des variétés différentielles (voir par
exemple [Spi, Pau1]).
2. Lire par exemple Montesquieu (Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu),
Essai sur le goût (1757).
6
Les sous-variétés M des espaces euclidiens RN héritent de RN une structure de produit
scalaire sur leurs espaces tangents, exemple archétypal d’une métrique riemannienne sur
M , qui permet de considérer les aspects métriques des sous-variétés différentielles, bien
plus rigides que les aspects différentiels. Après avoir développé le cas des courbes dans la
partie 8.1, nous étudierons les propriétés de courbure (courbures principales, courbure de
Gauss, courbure moyenne, points focaux) et les géodésiques des sous-variétés dans la partie
8. Nous renvoyons à des apprentissages de seconde année de Master pour une étude plus
complète de la géométrie riemannienne (voir par exemple [Spi, GaHL, Pau4]).
Nous donnerons la classification à difféomorphismes lisses près des surfaces lisses com-
pactes connexes dans la partie 7 et nous étudierons particulièrement la géométrie des
surfaces dans R3 (surfaces de révolution, surfaces minimales, etc) dans la second moitié de
la partie 8.
Nous recommendons fortement l’utilisation de l’index (très complet) pour trouver ra-
pidement où sont définies les notions utilisées ailleurs dans le texte.
Des références de base pour ce cours sont les livres [God1, Mil1, Laf, doC] et [Cha,
Chap. 6], complétés pour ceux qui le souhaitent par [Car, Spa, Spi, Pau1, Pau3] et autres
références ponctuelles. Les prérequis en topologie générale sont contenus dans l’appendice
A, voir aussi les notes de cours [Pau2]. Tous les portraits de mathématiciens qui appa-
raissent en note de bas de page de ce cours sont extraits de Wikipedia. Le dessin de
couverture est extrait du livre [Fra]. Les très nombreuses illustrations de ce cours sont,
pour la plupart, aussi extraites de Wikipedia.
Nous noterons Sn = {(x0 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 ∶ x20 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n = 1} la sphère unité de l’espace
euclidien usuel Rn+1 et Bn = {(x1 , . . . , xn ) ∈ Rn ∶ x21 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n ≤ 1} la boule unité fermée
de l’espace euclidien usuel Rn . Pour tous les entiers a, b ∈ Z tels que a ≤ b, nous noterons
Ja, bK = [a, b] ∩ Z. Si A et B sont deux ensembles, nous noterons A∖B = {x ∈ A ∶ x ∉ B} le
complémentaire de A ∩ B dans A.
Exercice E.1. Soient X et Y deux espaces topologiques, (Fi )i∈I un recouvrement fermé
fini de X, et fi ∶ Fi → Y une application continue pour tout i ∈ I. Si fi et fj coïncident sur
Fi ∩ Fj pour tous les i, j ∈ I, alors il existe une et une seule application continue f ∶ X → Y
égale à fi sur Fi pour tout i ∈ I.
1.1 Homotopie
Soient X et Y deux espaces topologiques. Deux applications continues f, g ∶ X → Y sont
homotopes s’il existe une application continue h ∶ X × [0, 1] → Y telle que h(x, 0) = f (x) et
h(x, 1) = g(x) pour tout x dans X. Nous noterons alors f ∼ g, et nous dirons que h est une
homotopie entre f et g. Pour tout s dans [0, 1], nous noterons hs ∶ X → Y l’application
définie par hs (x) = h(x, s) pour tout x ∈ X.
Si A est une partie de l’espace de départ X, deux applications continues f, g ∶ X → Y
sont homotopes relativement à A s’il existe une application continue h ∶ X × [0, 1] → Y telle
que h(x, 0) = f (x) et h(x, 1) = g(x) pour tout x dans X, et telle que h(a, s) = f (a) pour
tous les a dans A et s dans [0, 1]. Nous noterons alors f ∼ g rel A, et nous dirons que h
est une homotopie relative à A entre f et g.
Il est immédiat que ∼ est une relation d’équivalence sur l’ensemble C (X, Y ) des appli-
cations continues de X dans Y . En effet, f ∼ f par l’homotopie constante h ∶ (x, s) ↦ f (x) ;
si f ∼ g par l’homotopie h, alors g ∼ f par l’homotopie inverse h ∶ (x, s) ↦ h(x, 1 − s) ; si
f1 ∼ f2 par l’homotopie h1 et f2 ∼ f3 par l’homotopie h2 , alors f1 ∼ f3 par l’homotopie
composée
h (x, 2s) si 0 ≤ s ≤ 12
(x, s) ↦ { 1
h2 (x, 2s − 1) si 12 ≤ s ≤ 1 .
De même, ∼ rel A est une relation d’équivalence sur l’ensemble des applications continues
de X dans Y qui coïncident sur A avec une application continue donnée de A dans Y .
Un espace topologique X est contractile s’il est non vide et si l’application identique
idX de X est homotope à une application constante de X dans X.
Par exemple, un convexe non vide C dans un espace vectoriel topologique (c’est-à-
dire un espace vectoriel réel ou complexe muni d’une topologie telle que l’addition et la
multiplication externe soient des applications continues) est contractile : si x0 ∈ C, alors
l’application (x, s) ↦ (1 − s)x + sx0 de C × [0, 1] dans C est une homotopie entre idC
8
et l’application constante x ↦ x0 . En particulier, la boule fermée Bn et la boule ouverte
○
Bn = {(x1 , . . . , xn ) ∈ Rn ∶ x21 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n < 1} de l’espace euclidien usuel Rn sont contractiles.
La notion d’espace contractile est importante, car la plupart des espaces topologiques
que nous rencontrons sont localement contractiles, c’est-à-dire admettent un système fonda-
mental de voisinages ouverts contractiles. C’est en particulier le cas des ouverts des espaces
vectoriels topologiques et des variétés topologiques (c’est-à-dire les espaces topologiques X,
supposés métrisables séparables sauf mention explicite du contraire, tels que pour tout x
dans X, il existe n ∈ N et V un voisinage de x dans X, tels que V soit homéomorphe à Rn ,
voir la partie 4.1). C’est aussi le cas des CW-complexes (voir la partie 6.5) et des complexes
simpliciaux (voir par exemple [Pau3, Spa]).
Un espace topologique est simplement connexe s’il est connexe par arcs et si toute
application continue du cercle S1 dans X se prolonge (continuement) en une application
continue du disque B2 dans X, ou, de manière équivalente si toute application continue de
S1 dans X est homotope à une application constante de S1 dans X (voir aussi l’exercice
E.5 et la proposition 1.10).
9
Exemples : (1) Pour tout n ∈ N, la sphère Sn est un ré-
tracte par déformation forte de Rn+1 ∖{0}. En effet, en no-
tant i ∶ Sn ↪ Rn+1 ∖{0} l’inclusion, si r ∶ Rn+1 ∖{0} → Sn est x
la rétraction radiale définie par r(x) = ∣∣x∣∣ x
, alors nous avons
r ○ i = idSn et la composition i ○ r est homotope à l’appli- x/∥x∥
cation identique de Rn+1 ∖ {0} par l’homotopie définie par 0
h(x, s) = sx + (1 − s) ∣∣x∣∣
x
, qui fixe Sn . En particulier, l’inclu-
sion i de Sn dans R ∖{0} est une équivalence d’homotopie,
n+1
10
s’il y a risque de confusion). Nous notons [α] la classe d’homotopie (relativement aux
extrémités) d’un chemin α.
Le résultat suivant donne les principales propriétés de la composition et de l’homotopie
des chemins.
(4) L’application s
1 α
2t
α( 1+s ) si 0 ≤ t ≤ 1+s
(t, s) ↦ { 2
y si 1+s
2 ≤t≤1
11
(5) L’application s 1/2
⎧
⎪ x si 0 ≤ t ≤ s 1 cx cx
⎪
⎪
⎪ 2
⎪
⎪
⎪
⎪
⎪ α(2t − s) si 2 ≤
s
t≤ 1
2
h ∶ (t, s) ↦ ⎨
⎪
⎪ α(2 − 2t − s) si
s
2 ≤ t≤
1 2−s
⎪
⎪
⎪ 2
⎪
⎪
⎪ α α
⎪
⎩ x si 2−s
≤t≤1 0 t
2 s 1 1−s 1
2 2 2
est une homotopie du chemin α ⋅ α au chemin cx .
Nous construisons de même une homotopie du hs α(1 − s) y = α(1)
chemin α ⋅ α au chemin cy . x = α(0) α⋅α
◻
Proposition 1.2. La composition des chemins induit une structure de groupe sur l’en-
semble π1 (X, x) des classes d’homotopie de lacets dans X de point base x.
12
Démonstration. En effet, nous avons
Corollaire 1.4. Si X est connexe par arcs et x, y ∈ X, alors les groupes π1 (X, x) et
π1 (X, y) sont isomorphes. Si π1 (X, x) est abélien, cet isomorphisme est canonique. ◻
Nous noterons souvent π1 X au lieu de π1 (X, x0 ), quand un point base x0 de X est sous-
entendu et indifférent. La proposition précédente laisse penser que cet abus de notation ne
pose que peu de problèmes. Mais “peu de problèmes” ne signifie pas “pas de problèmes”,
et du soin est nécessaire en ce qui concerne le traitement des points bases des groupes
fondamentaux.
Exercice E.3. Soit ((Xi , xi ))i∈I une famille d’espaces topologiques pointés. Montrer que
les groupes π1 (∏i∈I Xi , (xi )i∈I ) et ∏i∈I π1 (Xi , xi ) sont isomorphes. En particulier,
(car si h ∶ [0, 1]2 → X est une homotopie entre α et β, alors f ○ h ∶ [0, 1]2 → Y est une
homotopie entre f ○ α et f ○ β) et avec la composition des chemins :
f ○ (α ⋅ β) = (f ○ α) ⋅ (f ○ β).
13
1.2.5 Groupe fondamental et homotopie
Proposition 1.6. Soient f, g ∶ X → Y deux applications continues homotopes. Pour tout
x dans X, il existe un isomorphisme de groupes u ∶ π1 (Y, g(x)) → π1 (Y, f (x)) tel que le
diagramme suivant commute :
π1 (Y, f (x))
f∗
↗
π1 (X, x) ↑u
g∗
↘
π1 (Y, g(x)) .
Corollaire 1.8. Les groupes fondamentaux de deux espaces connexes par arcs, ayant même
type d’homotopie, sont isomorphes. ◻
14
Pour calculer (à isomorphisme près) le groupe fondamental d’un
espace topologique connexe par arcs B de point base b quelconque,
Méthodologie 1 : on pourra montrer que B a le même type d’homotopie qu’un espace
topologique connexe par arcs X de point base x quelconque dont on
connaît le groupe fondamental π1 (X, x) (par exemple en montrant
Scrountch ! que B se rétracte par déformation forte sur une partie A de B qui
est homéomorphe à X), et de conclure que π1 (B, b) ≃ π1 (X, x) en
invoquant le corollaire 1.8 ci-dessus.
Proposition 1.10. Soit α ∶ S1 → X une application continue, telle que α(1) = x. Alors
[α] = 1 dans π1 (X, x) si et seulement si α s’étend continuement en une application continue
B2 → X.
π1 (B2 , 1)
i∗
↗ ↓f∗
α∗
π1 (S1 , 1) Ð→ π1 (X, x) .
Or si β ∶ [0, 1] → S1 = [0, 1]/⟨{0,1}⟩ est le lacet induit par passage au quotient de l’identité
de [0, 1], alors α∗ [β] = [α]. Comme π1 (B2 , 1) = {1} par le corollaire 1.9, le morphisme α∗
est trivial par la commutativité du diagramme ci-dessus. Ceci montre que [α] est l’élément
neutre de π1 (X, x).
Réciproquement, si [α] = 1, alors soit h ∶ S1 × [0, 1] → X une homotopie entre α et
l’application constante. Considérons l’espace topologique quotient
S1 × {1}
Pour i ∈ J0, n − 1K, le chemin ci ⋅ αi ⋅ ci+1 , est un lacet en x contenu dans U ou dans V . Donc
i∗ π1 (U, x) ∪ j∗ π1 (V, x) engendre π1 (X, x).
Montrons la dernière assertion. Si U ∩ V est non vide, alors X est connexe par arcs
(voir la partie A.1.6 de l’appendice A). Si U et V sont simplement connexes, alors chaque
ci ⋅ αi ⋅ ci+1 est homotope au lacet constant en x. Donc α est homotope au lacet constant
en x par l’expression (1) et le lemme 1.1. Par conséquent, X est simplement connexe. ◻
Corollaire 1.12. Pour n ≥ 2, la sphère Sn est simplement connexe.
Démonstration. Elle s’écrit comme réunion de l’ouvert U complémentaire du pôle nord,
et de l’ouvert V complémentaire du pôle sud. Les ouverts U et V sont contractiles (par la
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rétraction par déformation forte sur le pôle qu’ils contiennent le long des méridiens), donc
simplement connexes par l’exercice E.2. L’intersection U ∩ V se rétracte par déformation
forte le long des méridiens sur l’équateur Sn−1 , qui est connexe par arcs si n ≥ 2. ◻
Corollaire 1.13. Pour n ≥ 1, l’espace projectif complexe Pn (C) est simplement connexe.
Démonstration. Rappelons (voir l’exercice E.A.121 (2) de l’appendice A) que pour tout
n ∈ N∖{0}, l’espace projectif complexe de dimension n est l’espace des droites complexes
de Cn+1
Pn (C) = (Cn+1 ∖{0})/C∗ .
Raisonnons par récurrence sur n. D’après l’exercice E.A.121 (3) de l’appendice A, la droite
projective P1 (C) est homéomorphe à la sphère S2 . Donc, par le corollaire 1.12, nous avons
π1 (P1 (C)) = 0 .
Montrer que le peigne est contractile. Soit x0 = (0, 1). Montrer que idX est homotope à
l’application constante en x0 , mais n’est pas homotope à l’application constante en x0
relativement à {x0 }.
Coller en tordant une fois
x0
1 1
0 4 2 1
Le peigne Le ruban de Möbius
4. Voir l’exemple (5) suivant l’exercice E.A.111 dans l’appendice A pour une définition.
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Exercice E.7.
(1) Montrer que l’espace topologique quotient C = [0, 1] × [0, 1]/ ∼C , où ∼C est la relation
d’équivalence engendrée par (0, s) ∼C (1, s) pour tout s ∈ [0, 1], est homéomorphe au
sous-espace topologique A = {z ∈ C ∶ 1 ≤ ∣z∣ ≤ 2} (appelé un anneau) de C et à l’espace
̃ = S1 × [0, 1] (appelé un cylindre). Montrer que cet anneau, ainsi
topologique produit C
que l’anneau ouvert {z ∈ C ∶ 1 < ∣z∣ < 2}, ont le même type d’homotopie que le cercle
S1 .
(2) Montrer que le ruban de Möbius 5 M = ([0, 1] × [0, 1])/ ∼M , où ∼M est la relation
d’équivalence engendrée par (0, s) ∼M (1, 1 − s) pour tout s ∈ [0, 1], a le même type
d’homotopie que le cercle S1 . On pourra par exemple montrer que l’âme du ruban de
Möbius AM = π([0, 1] × { 12 }), où π ∶ [0, 1] × [0, 1] → M est la projection canonique, est
un rétracte par déformation forte de M .
(3) Montrer qu’il existe un homéomorphisme local f ∶ C → M tel que tout point de
M admette exactement deux antécédents (l’application f est un revêtement à deux
feuillets, avec la terminologie de la partie 2).
(4) En utilisant par exemple le théorème de Jordan disant que toute courbe fermée simple 6
du plan euclidien le sépare en deux composantes connexes, montrer que C et M ne
sont pas homéomorphes.
Exercice E.8. Montrer que le tore troué (S1 × S1 )∖{(1, 1)} a le même type d’homotopie
que le bouquet 7 de deux cercles (S1 , 1) ∨ (S1 , 1).
(1, 1)
Exercice E.9. Montrer que pour tout n ∈ N, le plan euclidien, privé de n points, a le
même type d’homotopie que le bouquet de n cercles (voir l’exemple (4) suivant l’exercice
E.A.110 dans la partie A.2.6 de l’appendice A pour la définition d’un bouquet de cercles).
5. Nous renvoyons au superbe article (2023) “The Optimal Paper Möbius Band” de Richard Evan
Schwartz (et à ses papiers et articles de presse reliés, disponibles sur la page oueb de l’auteur
https ://www.math.brown.edu/reschwar/papers.html), qui caractérise la hauteur maximale d’un rectangle
de papier de longueur 1 permettant de fabriquer un ruban de Möbius en recollant ses extrémités.
plier
√1
3
plier
plier
coller
6. c’est-à-dire l’image d’une application de S1 dans R2 qui est un homéomorphisme sur son image
7. Voir l’exemple (4) suivant l’exercice E.A.110 dans la partie A.2.6 de l’appendice A pour la définition
d’un bouquet de cercles.
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Exercice E.10. Soit V un espace vectoriel réel de dimension n ≥ 1 (muni de sa topologie
usuelle définie par n’importe laquelle de ses normes). Soit W un sous-espace vectoriel de
dimension k avec 0 ≤ k ≤ n − 1.
(1) Montrer que V ∖W est connexe (donc connexe par arcs) si et seulement si k ≤ n − 2.
(2) Supposons maintenant que n ≥ 2 et k ≤ n − 2. Montrer que V ∖ W a le même type
d’homotopie que la sphère Sn−k−1 . En déduire le groupe fondamental de V ∖ W en
fonction de n et k. 8
(En particulier avec les notations qui seront introduites dans la partie 2.3, les groupes
π1 (Tn , 0), π1 (SO(n), e) et π1 (SLn (R), e) sont abéliens.)
Exercice E.12. Rappelons tout d’abord le théorème de relèvement des applications et des
homotopies à valeurs dans le cercle (voir le corollaire 2.28 pour une démonstration dans
un cadre général).
— Si f ∶ [0, 1] → S1 est une application continue, pour tout t0 ∈ R tel que f (0) = e2iπt0 , il
̃
existe une application continue f̃ ∶ [0, 1] → R telle que f (t) = e2iπf (t) pour tout t ∈ [0, 1],
appelée un relèvement de f , qui est unique si nous demandons de plus que f̃(0) = t0 .
— Si h ∶ [0, 1] × [0, 1] → S1 est une application continue, et si f ∶ [0, 1] → R est une
application continue telle que h(t, 0) = e2iπf (t) pour tout t ∈ [0, 1], alors il existe une
et une seule application continue ̃ h ∶ [0, 1] × [0, 1] → R telle que ̃
h(t, 0) = f (t) et
̃
h(t, s) = e2iπ h(t,s)
pour tous les t, s ∈ [0, 1].
(1) Montrer que, pour tout élément x dans S1 , l’application φx ∶ π1 (S1 , x) → Z, définie
par [γ] ↦ ̃ γ (1) − ̃
γ (0) où ̃
γ est un relèvement du lacet γ défini ci-dessus, est un
isomorphisme de groupes.
Si c est un chemin dans S1 , d’origine x et d’extrémité y, et si ϕc ∶ π1 (S1 , y) → π1 (S1 , x)
est l’isomorphisme de groupes défini dans la proposition 1.3, montrer que φx ○ ϕc = φy .
Soient f ∶ S1 → S1 une application continue et x un point de S1 . Posons y = f (x).
La composition des morphismes de groupes
φ−1 f∗ φy
Z Ð→ π1 (S1 , x) Ð→ π1 (S1 , y) Ð→ Z
x
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(3) Montrer que deg(f ○ g) = deg(f )deg(g). En déduire que si f est un homéomorphisme,
alors deg(f ) ∈ {±1}.
(4) Montrer que deg(f ) = deg(g) si et seulement si f et g sont homotopes. En déduire que
deg(f ) = 0 si et seulement si f se prolonge continûment en une application continue
f ′ ∶ B2 → S1 .
(5) Montrer qu’il n’existe pas de rétraction B2 → S1 .
(6) Démontrer le théorème de d’Alembert : tout polynôme complexe non constant admet
au moins une racine complexe.
(7) Soit f ∶ S1 → S1 une application continue telle que f (−x) = −f (x). Montrer que f est
de degré impair.
(8) Calculer le groupe fondamental du tore Tn de dimension n, du ruban de Möbius et des
anneaux sphériques fermés {x ∈ Rn ∶ a ≤ ∥x∥ ≤ b} et ouverts {x ∈ Rn ∶ a < ∥x∥ < b} où
b > a > 0.
Exercice E.13. (Théorème de Borsuk-Ulam en dimension 1 et 2) 9 Le théorème de
Borsuk-Ulam affirme que pour tout n ∈ N et pour toute application continue f ∶ Sn → Rn ,
il existe un point x ∈ Sn tel que f (x) = f (−x). 10
(1) Montrez que ce théorème est vrai si n = 1.
(2) Supposons par l’absurde qu’il existe une application continue f ∶ S2 → R2 telle que
pour tout x ∈ S2 nous ayons f (x) ≠ f (−x)
a) Montrez que le degré d’une application continue φ ∶ S1 → S1 vérifiant φ(−x) = −φ(x)
pour tout x ∈ S1 est impair.
b) Construire une application continue g ∶ S2 → S1 telle que pour tout x ∈ S2 nous
ayons g(−x) = −g(x).
c) Notons ι ∶ S1 → S2 l’inclusion du cercle S1 comme équateur de la sphère S2 . Montrez
que ι est homotope à une application constante, alors que g ○ ι ne l’est pas. Conclure.
Exercice E.14.
(1) Soient X un espace topologique et CX = (X × [0, 1])/⟨X × {1}⟩ le cône sur X (voir
l’exemple (1) suivant l’exercice E.A.110 dans la partie A.2.6 de l’appendice A). Nous
notons [x, t] la classe dans CX de l’élément (x, t) de X × [0, 1]. Montrer que CX est
contractile, et que si x0 = [x, 1] (pour tout x dans X) est le sommet de ce cône, alors
CX ∖{x0 } se rétracte par déformation forte sur X (identifié par x ↦ [x, 0] avec une
partie fermée de CX).
(2) Si f ∶ X → Y est une application continue, nous appelons cône de f , et nous notons
C(f ) l’espace topologique obtenu par recollement (voir l’exemple (5) suivant l’exercice
E.A.111 dans la partie A.2.6 de l’appendice A pour la définition d’un recollement) du
cône CX de X sur Y par l’application f (comme ci-dessus, X est identifié à une partie
fermée de CX) :
C(f ) = CX∪f Y .
Nous notons encore x0 l’image de x0 ∈ CX dans C(f ).
Montrer que C(f )∖{x0 } se rétracte par déformation forte sur Y .
9. Voir l’exercice E.72 en dimension quelconque.
10. En particulier avec n = 2, ce résultat montre que sur la surface terrestre, il existe deux points
antipodaux qui sont à la même altitude et ont la même température, ainsi que deux points antipodaux qui
ont la même pression atmosphérique et la même température.
20
(3) Soient X un espace topologique et SX = (X × [−1, 1])/R, où R est la relation d’é-
quivalence engendrée par (x, 1) ∼ (x′ , 1) et (x, −1) ∼ (x′ , −1) pour tous x, x′ dans X,
la suspension de X (voir l’exemple (2) suivant l’exercice E.A.110 dans la partie A.2.6
de l’appendice A). Montrer que si X est connexe par arcs, alors SX est simplement
connexe. Donner un contre-exemple si l’hypothèse n’est pas vérifiée.
f −1 (Y ) = ⋃ f −1 (Y ) ∩ Fi = ⋃ (fi )−1 (Y ) .
i∈I i∈I
Comme l’application fi est continue, l’image réciproque (fi )−1 (Y ) est un fermé de Fi , donc
un fermé de X puisque Fi est fermé dans X. Donc f −1 (Y ) est fermé comme union finie
(car I est finie) de fermés.
Correction de l’exercice E.2. Soient X un espace topologique contractile, x0 ∈ X, et
f ∶ S1 → X une application continue. Montrons que f s’étend en une application continue
f̃ ∶ B2 → X. Puisque X est contractile, il existe une homotopie h ∶ X × [0, 1] → X entre
l’application identique de X et l’application constante de valeur x0 . Pour tout s ∈ [0, 1],
notons hs ∶ x ↦ h(x, s). Considérons l’application f̃ ∶ B2 → X définie par f̃(0) = x0 et
f̃(ρ eiθ ) = h(f (eiθ ), 1 − ρ) pour tous les ρ ∈ ]0, 1]. Alors l’application f̃ coïncide avec f sur
S1 car h0 = idX . Elle est continue sur B2 ∖{0} par composition d’applications continues.
Elle est aussi continue en 0, car h1 est l’application constante de valeur x0 et puisque les
applications f et h sont continues. Donc X est simplement connexe.
Correction de l’exercice E.3. Pour tout i ∈ I, notons pi ∶ ∏i∈I Xi → Xi la i-ème
projection canonique, définie par (yi )i∈I ↦ yi . Elle est continue par la définition de la
topologie produit (voir la partie A.2.4 de l’appendice A). Donc l’application induite
(obtenue en postcomposant par g l’homotopie affine le long des segments verticaux dans
B2 entre le demi-cercle supérieur et le demi-cercle inférieur de S1 ), est alors une homotopie
relative entre α et β.
Correction de l’exercice E.6. Le peigne X se rétracte par déformation forte sur son
segment horizontal [0, 1] × {0} par l’homotopie affine le long de ses segments verticaux. Ce
segment horizontal se rétracte par déformation forte sur son origine x′0 = (0, 0) par l’homo-
topie affine h ∶ (t, s) ↦ (t(1 − s), 0) le long de lui-même. Enfin, les applications constantes
sur X de valeurs x′0 et x0 (qui sont tous les deux des points de X) sont homotopes, par
l’homotopie affine le long du segment vertical {0} × [0, 1] entre x′0 et x0 . Par composition
des homotopies, ceci montre que X est contractile et que idX est homotope à l’application
constante en x0 .
Supposons par l’absurde qu’il existe une homotopie h ∶ X × [0, 1] → X relative à {x0 }
entre idX et l’application constante en x0 . Pour tout n ∈ N, notons yn = (2−n , 1). L’ap-
plication s ↦ h(yn , s) est un chemin continu de yn à x0 . Puisque x0 et yn sont dans des
composantes connexes par arcs différentes de X ∖{x′0 }, il existe un temps sn ∈ [0, 1] tel
que h(yn , sn ) = x′0 . Quitte à extraire, nous pouvons supposer que (sn )n∈N converge vers s ∈
[0, 1]. Par la continuité de h, puisque la suite (yn )n∈N converge vers x0 dans X, et puisque
l’homotopie h est relative à {x0 }, nous avons donc x0 = h(x0 , s) = lim h(yn , sn ) = x′0 .
n→+∞
Ceci contredit le fait que x′0 ≠ x0 .
Correction de l’exercice E.7. (1) L’application (e2iπθ , s) ↦ (1+s)e2iπθ est une bijection
continue entre les espaces compacts C ̂ et A, donc un homéomorphisme.
Notons πC ∶ [0, 1]×[0, 1] → C = ([0, 1]×[0, 1])/∼C la projection canonique. L’application
̂ définie par (t, s) ↦ (e2iπt , s) est continue. Elle vérifie (t, s) ∼C (t′ , s′ )
f ∶ [0, 1] × [0, 1] → C
si et seulement si f (t, s) = f (t′ , s′ ). Elle passe donc au quotient en une bijection f continue
de C dans C. ̂ De plus, par l’exercice E.A.107 (2) de l’appendice A, l’espace quotient
C est séparé, donc compact car πC est continue et [0, 1] × [0, 1] compact. Comme une
bijection continue entre espaces compacts est un homéomorphisme (voir le théorème A.23
de l’appendice A), l’application f est un homéomorphisme.
Puisque les intervalles [0, 1] et ]0, 1[ sont contractiles et par l’exemple (2) juste avant la
partie 1.2, l’espace C ̂ (ainsi que tout espace qui lui est homéomorphe), et l’anneau ouvert
{z ∈ C ∶ 1 < ∣z∣ < 2} (qui est homéomorphe à S1 × ]0, 1[ par restriction) ont le même type
d’homotopie que le cercle S1 .
22
s=1
s= 1
2
s=0
t=0 t=1
âme AM
(2) L’application h ∶ ([0, 1] × [0, 1]) × [0, 1] → ([0, 1] × [0, 1]) définie par
u
((t, s), u) ↦ (t, (1 − u)s + )
2
est continue. Puisque (1 − u)(1 − s) + u2 = 1 − ((1 − u)s + u2 ), elle passe au quotient en
une application continue h ∶ M × [0, 1] → M , qui est une homotopie relative à AM entre
l’identité de M et une rétraction de M sur AM . Donc le ruban de Möbius et son âme
(qui est homéomorphe au cercle comme déjà vu pour montrer que le quotient d’un inter-
valle fermé par l’identification de ses extrémités est homéomorphe au cercle) ont le même
type d’homotopie. Puisque la relation « avoir même type d’homotopie » est une relation
d’équivalence, les espaces C et M ont le même type d’homotopie.
(3) Notons πM ∶ ([0, 1] × [0, 1]) → M = ([0, 1] × [0, 1])/∼M la projection canonique.
s=1
En considérant de manière sé-
parée les cas où t, t′ ∈ {0, 1} et
t, t′ ∉ {0, 1}, il est élémentaire
de montrer que deux points
s= 1
(t, s) et (t′ , s) de [0, 1] × [0, 1], 2
T2 − {∗} S1 ∨ S1
Correction de l’exercice E.9. Nous avons déjà vu le résultat si n = 1 (voir l’exemple (1)
juste avant la partie 1.2). Nous supposons donc n ≥ 2. Le groupe des homéomorphismes de
R2 agit transitivement sur les n-uplets de points deux à deux distincts (voir par exemple
la proposition 5.17, démontrée dans la partie 6.3.2). Nous pouvons donc supposer que les
n points considérés sont les xk = (3k, 0) pour k ∈ J1, nK. Notons S(x, r) le cercle dans R2
de centre x ∈ R2 et de rayon r > 0. Notons X = ( ⋃n−1 k=1 [3k + 1, 3k + 2]) ∪ ( ⋃k=1 S(3k, 1).
n
Alors X est un espace topologique ayant le même type d’homotopie qu’un bouquet de n
cercles, en écrasant en un point la réunion contractile des intervalles [3k + 1, 3k + 2] pour
k ∈ J1, n − 1K et des demi-cercles supérieurs fermés des cercles S(3k, 1) pour k ∈ J2, n − 1K
(avec la convention usuelle de l’ensemble vide si n = 2). De plus, le plan euclidien privé
des points xk pour 1 ≤ k ≤ n se rétracte par déformation forte sur X, en considérant la
rétraction radiale sur son bord sur chaque disque de centre xk et de rayon 1, la rétraction
le long des verticales pour tout point de [3, 3n] × R, la rétraction le long des rayons partant
de (3, 0) d’angle en ce point dans [ π2 , 3π
2
] modulo 2π, ainsi que la rétraction le long des
rayons partant de (3n, 0) d’angle en ce point dans [ − π2 , π2 ] modulo 2π.
24
x1 x2 xk
Correction de l’exercice E.10. (1) En prenant des bases et puisque les bijections
linéaires sont des homéomorphismes, nous pouvons supposer que V = Rn et W = Rk × {0}.
Pour tout m ∈ N∖{0}, l’ouvert Rm ∖{0} de Rm est connexe (donc connexe par arcs) si et
seulement si m ≥ 2. Donc l’ouvert V ∖W = Rk × (Rn−k ∖{0}) est connexe (donc connexe par
arcs) si et seulement si k ≤ n − 2.
(2) Puisque Rk est contractile, puisque Rn−k ∖ {0} a le même type d’homotopie que
la sphère Sn−k−1 par rétraction radiale (voir l’exemple (1) avant la partie 1.2) et comme
le produit préserve les équivalences d’homotopie (voir l’exemple (2) avant la partie 1.2),
l’espace V ∖ W a le même type d’homotopie que la sphère Sn−k−1 . Puisque Sn−k−1 est
simplement connexe si n − k − 1 ≥ 2, le groupe fondamental de V ∖W est donc trivial si
k ≤ n − 3. Si k = n − 2, alors le groupe fondamental de V ∖W est isomorphe à celui du cercle
S1 , qui est isomorphe à Z (comme vu par exemple dans l’exercice E.12 (1)).
Correction de l’exercice E.11. (1) Notons ce le lacet constant en l’élément neutre e
dans G. Comme vu dans la démonstration du lemme 1.1 (4), les lacets f ⋅ ce et f sont
homotopes, par l’homotopie h ∶ [0, 1] × [0, 1] → G définie par
f ( s+1
2t
) si 0 ≤ t ≤ 1+s
(t, s) ↦ { 2
e si 1+s
2 ≤t≤1.
De la même manière, les lacets f et ce ⋅ f sont homotopes.
Par multiplication point par point des homotopies, si f et f ′ sont des lacets en e
homotopes, et si g et g ′ sont des lacets en e homotopes, alors les lacets f g et f ′ g ′ sont
homotopes.
Le résultat découle donc du fait que (f ⋅ ce )(ce ⋅ g) = f ⋅ g.
(2) L’application h ∶ [0, 1] × [0, 1] → G définie par
⎧
⎪ f (2t) si 0 ≤ t ≤ 2s
⎪
⎪
⎪
(t, s) ↦ ⎨ f (s)g(2t − s) si 2s ≤ t ≤ 1+s
⎪
⎪
⎪
2
⎪
⎩ f (2t − 1) si 1+s
≤ t ≤ 1
2
est continue par l’exercice E.1. Pour tout t ∈ [0, 1], nous avons h(t, 0) = (g ⋅ f )(t) et de plus
h(t, 1) = (f ⋅ g)(t). Donc les lacets g ⋅ f et f ⋅ g sont homotopes, et
[g][f ] = [g ⋅ f ] = [f ⋅ g] = [g][f ] .
25
Ceci montre que π1 (G, e) est abélien.
Correction de l’exercice E.12. Nous noterons p ∶ R → S1 l’application continue définie
par t ↦ e2iπt . Pour tout s ∈ R, la fibre p−1 (p(s)) de p au-dessus de s est l’orbite s + Z de
s par les translations entières dans R.
(1) Montrons tout d’abord que l’application φx est bien définie.
Elle est bien à valeurs entières, car la différence de deux points d’une même fibre de p
est entière.
Elle ne dépend pas du choix des relèvements. En effet, soient ̃ γ et ̃
̃
γ deux relèvements
d’un lacet γ en x. Puisque la différence de deux points d’une même fibre de p est entière,
l’application t ↦ ̃ ̃
γ (t)− ̃
γ (t) est continue et à valeurs dans l’espace discret Z, donc constante.
En particulier ̃ ̃
γ (1) − ̃γ (1) = ̃
̃ γ (0) et ̃
γ (0) − ̃ ̃γ (1) − ̃ ̃
γ (0) = ̃
γ (1) − ̃
γ (0).
Elle ne dépend pas du choix d’un lacet γ représentant une classe d’homotopie donnée
[γ] ∈ π1 (S1 , x). En effet, soient γ et γ ′ des lacets en x homotopes. Soient ̃ γ un relèvement de
γ ′ l’unique relèvement de γ ′ tel que ̃
γ et ̃ γ (0) = ̃ γ ′ (0) (ce qui est possible car γ(0) = γ ′ (0)).
Soient h une homotopie de γ à γ ′ et ̃ h ∶ [0, 1]×[0, 1] → R l’unique relèvement de l’homotopie
̃
h telle que h(t, 0) = ̃ γ (t) pour tout t ∈ [0, 1]. Alors le chemin t ↦ ̃ h(t, 1) est un relèvement
′ ′
de γ d’origine ̃ γ (0), donc est égal à ̃ γ ′ par unicité. Puisque l’application s ↦ h(1, s) est
constante et comme tout relèvement de chemin constant est constant, nous obtenons donc
que ̃ γ ′ (1). Par conséquent ̃
γ (1) = ̃ γ ′ (1) − ̃
γ ′ (0) = ̃ γ (1) − ̃
γ (0).
Montrons que si γ et γ ′ sont des lacets en x tels que φx ([γ ′ ]) = φx ([γ]), alors γ et
γ ′ sont homotopes. Ceci montrera l’injectivité de φx . Soient ̃ γ un relèvement de γ et ̃ γ′
′ ′ ′
un relèvement de γ tels que ̃ γ (0) = ̃γ (0). Puisque φx ([γ ]) = φx ([γ]), nous avons donc
̃ γ ′ (1). Les deux chemins ̃
γ (1) = ̃ γ ′ dans R ont donc même origine et même extrémité.
γ et ̃
Puisque R est simplement connexe (voir l’exercice E.5, mais ici il suffit de considérer
l’application (t, s) ↦ s ̃ γ ′ (t), qui est clairement une homotopie (relativement
γ (t) + (1 − s) ̃
aux extrémités) entre les chemins ̃ γ et ̃ γ ′ ), ils sont homotopes. Puisque p est continue, les
′ ′
lacets γ = p ○ ̃ γ et γ = p ○ ̃
γ sont homotopes. Donc φx est injectif.
Montrons que φx est surjectif. Pour tout k ∈ Z, l’application γk ∶ [0, 1] → S1 définie
par t ↦ xe2iπkt est un lacet en x dans S1 . Pour tout s ∈ R tel que p(s) = x, l’application
̃
γk ∶ t ↦ s + kt est un relèvement de γk , donc φx ([γk ]) = ̃
γk (1) − ̃
γk (0) = k. Par conséquent
φx est surjectif.
Montrons que φx est un morphisme de groupes. Pour tous les lacets γ et γ ′ en x dans
γ un relèvement de γ et γ̃′ l’unique relèvement du chemin inverse γ ′ tel que
S1 , soient ̃
γ̃′ (0) = ̃
γ (1)
26
ce qui montre que φx est un morphisme de groupes.
Enfin, soient y ∈ S1 , γ un lacet en y dans S1 et c un chemin dans S1 , d’origine x et
d’extrémité y. Notons ̃ γ un relèvement de γ, ̃c le relèvement de c tel que ̃ γ (0) et ̃
c(1) = ̃ c
̃
le relèvement de c tel que c(0) = ̃ ̃
γ (1). Notons que c est aussi un relevé de c, donc
−( ̃
c(1) − ̃
c(0)) = ̃
c(1) − ̃
c(0) .
c⋅̃
φx ○ ϕc ([γ]) = φx ([(c ⋅ γ) ⋅ c]) = (̃ γ) ⋅ ̃ c⋅̃
c (1) − (̃ γ) ⋅ ̃
c (0) = ̃
c(1) − ̃
c(0)
=̃c(1) − ̃
c(0) + ̃ γ (1) − ̃
γ (0) + ̃c(1) − ̃
c(0) = ̃γ (1) − ̃
γ (0) = φy ([γ]) .
φ−1 f∗ φy
Ð→ π1 (S1 , x) Ð→ π1 (S1 , y) Ð→
x
Z Z
id ↑ ↑ ϕc ↑ ϕf ○c ↑ id
φ−1 f∗ φy ′
Ð→ π1 (S1 , x′ ) Ð→ π1 (S1 , y ′ ) Ð→
x′
Z Z
L’application γ ∶ t ↦ e2iπt définie sur [0, 1] est un lacet en 1 dont un relèvement est
t ↦ t, donc vérifiant φ1 ([γ]) = 1. Pour tout θ ∈ R, si f ∶ z ↦ e2iπθ z est la rotation d’angle
2πθ modulo 2π, alors f ○ γ est le lacet t ↦ e2iπ(t+θ) en e2iπθ , dont un relevé est α ∶ t ↦ t + θ.
Donc par la définition du degré, nous avons
deg f = φe2iπθ ○ f∗ ○ (φ1 )−1 (1) = φe2iπθ ○ f∗ ([γ]) = φe2iπθ ([f ○ γ]) = α(1) − α(0) = 1 .
27
Si f est un homéomorphisme, puisque deg(id) = 1 (par exemple parce que id∗ = id), il
découle de la propriété de multiplicativité ci-dessus que deg f est un entier inversible, donc
deg f ∈ {±1}
(4) Supposons que f et g soient deux applications homotopes du cercle dans le cercle.
Soit x ∈ S1 , posons y = f (x) et z = g(x). Soit h une homotopie entre f et g, posons
c ∶ s ↦ h(x, s), qui est un chemin entre h(x, 0) = f (x) = y et h(x, 1) = g(x) = z. Par la
proposition 1.6 et par la dernière assertion de la question (1), le diagramme suivant est
commutatif.
φ−1 f∗ φy
Ð→ π1 (S1 , x) Ð→ π1 (S1 , y) Ð→
x
Z Z
id ↑ ↑ id ↑ ϕc ↑ id
φ−1 g∗ φz
Ð→ π1 (S1 , x) Ð→ π1 (S1 , z) Ð→
x
Z Z .
Donc les compositions des applications de la ligne du haut et de celles du bas sont égales,
et deg f = deg g.
Réciproquement, supposons que nous ayons deg f = deg g. Soit γ ∶ t ↦ e2iπt , qui est un
lacet en 1 dans S1 . Alors f ○γ et g ○γ sont des lacets en y = f (1) et z = g(1) respectivement.
Soient f̃○ γ et g̃○ γ des relèvements de f ○ γ et g ○ γ. Puisque deg f = deg g, nous avons
f̃
○ γ(1) − f̃
○ γ(0) = g̃
○ γ(1) − g̃
○ γ(0)
par la définition du degré. Considérons l’application continue h′ ∶ [0, 1] × [0, 1] → S1 définie
par (t, s) ↦ p((1 − s) f̃ ○ γ(t) + s g̃
○ γ(t)). Par la formule centrée ci-dessus et puisque
̃
f ○ γ(1) = f (1) = f ○ γ(0) = e2πif ○γ(0) , nous avons h′ (1, s) = h′ (0, s) pour tout s ∈ [0, 1].
Donc l’application continue h′ induit une application continue h ∶ S1 × [0, 1] → S1 telle que
h(γ(t), s) = h(e2iπt , s) = h′ (t, s) pour tous les éléments t, s ∈ [0, 1]. De plus, nous avons
h(z, 0) = h(γ(1), 0) = h′ (1, 0) = p( f̃
○ γ(1)) = f (γ(1)) = f (z)
et de même h(z, 1) = g(z) pour tout z ∈ S1 , par définition des relèvements f̃ ○ γ et g̃
○ γ.
Donc f et g sont homotopes.
Il découle de cette équivalence, et du fait qu’une application constante est de degré 0,
que deg f = 0 si et seulement si f est homotope à une application constante.
Soit h ∶ S1 × [0, 1] → S1 une homotopie entre l’application constante en x0 ∈ S1 et
l’application f . Alors l’application f ′ ∶ B2 → S1 définie par f ′ (z) = h( ∣z∣
z
, ∣z∣) si z ≠ 0 et
′ ′
f (0) = x0 est continue, puisque h est continue et h(z , s) tend vers x0 quand s tend vers
0 uniformément en z ′ ∈ S1 . De plus, f ′ coïncide avec f sur le bord de B2 .
Réciproquement, s’il existe une extension continue f ′ ∶ B2 → S1 de f , alors l’applica-
tion h ∶ (z, s) ↦ f ′ (sz) est une homotopie entre l’application constante en f (0) ∈ S1 et
l’application f .
(5) Supposons par l’absurde qu’il existe une rétraction r ∶ B2 → S1 , et notons i ∶ S1 → B2
l’inclusion, de sorte que r ○ i = idS1 . Alors par la fonctorialité du groupe fondamental (voir
la partie 1.2.4), en utilisant 1 comme point base de S1 , nous avons r∗ ○ i∗ = idπ1 (S1 ,1) . Donc
le morphisme de groupes i∗ ∶ π1 (S1 , 1) → π1 (B2 , 1) est injectif. Or son groupe de départ est
isomorphe à Z et son groupe d’arrivée est trivial, ce qui est une contradiction.
(6) Supposons par l’absurde qu’il existe un polynôme complexe P non constant et
sans racine complexe. En particulier P ne s’annule pas sur le cercle S1 , et l’application
P (z)
f ∶ S1 → S1 définie par z ↦ ∣P (z)∣ est continue.
28
Encore puisque P ne s’annule pas, l’application continue h ∶ S1 × [0, 1] → S1 définie
P ((1−s)z) P (0)
par (z, s) ↦ ∣P ((1−s)z)∣ est une homotopie entre f et l’application constante en ∣P (0)∣ . Donc
deg f = 0 par les questions (3) et (4).
Notons k ≥ 1 le degré du polynôme P , et remarquons que pour tous les a0 , . . . , ak ∈ C,
l’expression uz (s) = sk ∑ki=0 ai ( zs )i = ∑ki=0 sk−i ai z i converge vers ak z k quand s → 0, unifor-
mément pour z dans un compact de C. Toujours puisque P ne s’annule pas, l’application
sk P ( zs )
continue h ∶ S1 × [0, 1] → S1 définie par (z, s) ↦ ∣sk P ( zs )∣
est donc une homotopie entre f
et l’application z ↦ z . Par conséquent, nous avons deg f = k par la question (4). Ceci
k
2
Il existe donc un entier n ∈ Z tel que ̃γ ( 21 ) − ̃
γ (0) = n + 12 .
L’application ̃
̃
γ ∶ [0, 1] → R définie par
̃ ̃
γ (t) si t ≤ 1
̃
γ∶t↦{ 2
̃
γ ( 12 ) − ̃
γ (0) + ̃
γ (t − 21 ) si t ≥ 1
2
est aussi un relèvement (continu) de γ. Par la définition du degré, nous avons donc
1 1 1
deg f = ̃
γ (1) − ̃
̃ ̃ γ( ) − ̃
γ (0) = ̃ γ (0) + ̃
γ( ) − ̃ γ( ) − ̃
γ (0) = 2(̃ γ (0)) = 2n + 1 .
2 2 2
30
2 Revêtements
Avant toute définition, donnons deux exemples de revêtements qu’il sera important de
garder en tête tout au long de ce chapitre 2.
L’application continue p ∶ R → S1
de la droite réelle dans le cercle, dé-
finie par t ↦ e2πit , vérifie la pro-
priété suivante : pour tout élément R
x = e2πiθ dans S1 , si V = S1 ∖{−x},
alors p−1 (V ) est une réunion dis-
jointe
Z
⋃ ]θ + (2k − 1)π, θ + (2k + 1)π[
k∈Z
2.1 Définitions
Soient X et B deux espaces topologiques, et p ∶ X → B une application continue. Nous
dirons que p est un revêtement si pour tout b ∈ B, il existe un voisinage V de b dans B, un
espace discret D non vide et θ ∶ V × D → p−1 (V ) un homéomorphisme tel que le diagramme
suivant commute :
θ
V × D Ð→ p−1 (V )
pr1 ↘ ↓p
V .
Nous dirons que B est la base de p et X l’espace total de p. Pour tout b ∈ B, nous dirons
que p−1 (b) = θ({b} × D) est la fibre de p au-dessus de b, V un voisinage distingué de b pour
p, et θ une trivialisation locale de p au-dessus de V .
31
Remarque. Comme D est non vide, un revêtement est surjectif. Comme D est discret et θ
est un homéomorphisme, notons que les fibres p−1 (b), pour tout b ∈ B, sont des sous-espaces
discrets de X.
telle que g(x) = (f (x), i) si x ∈ Ui . Il est élémentaire de vérifier que g est un homéomor-
phisme, dont l’inverse est une trivialisation locale de f au-dessus de V . ◻
32
2.2 Homéomorphismes locaux et revêtements
Dans cette partie, nous comparons les homéomorphismes locaux et les revêtements.
Soient X et Y deux espaces topologiques. Un homéomorphisme local est une application
continue f ∶ X → Y telle que pour tout x dans X, il existe un voisinage ouvert U de x tel
que f (U ) soit ouvert et f∣U ∶ U → f (U ) soit un homéomorphisme.
Remarques.
(1) Un homéomorphisme local est une application ouverte.
(2) S’il existe un homéomorphisme local surjectif entre deux espaces topologiques, alors
ceux-ci ont les mêmes propriétés topologiques locales (locale connexité, locale connexité
par arcs, locale contractibilité, etc).
(3) Un revêtement est un homéomorphisme local.
(4) Comme nous le verrons dans la partie 4, si X et Y sont deux sous-variétés différentielles
de même dimension, alors une application différentiable f ∶ X → Y est une submersion
(c’est-à-dire son application tangente en chaque point est surjective) si et seulement
si elle est une immersion (c’est-à-dire son application tangente en chaque point est
injective), et alors f est un homéomorphisme local, par le théorème d’inversion locale.
(5) Si f ∶ X → B est un revêtement et si B est connexe, alors le cardinal 11 de la fibre
f −1 (y) est constant en y dans B.
Un revêtement f ∶ X → B est un revêtement fini si pour tout y dans B, le cardinal de
la fibre f −1 (y) est fini. Soit n ∈ N∖{0}. Un revêtement f ∶ X → B est un revêtement à n
feuillets si pour tout y dans B, le cardinal de la fibre f −1 (y) est égal à n.
Proposition 2.2. Un revêtement à un feuillet est un homéomorphisme.
Démonstration. Un revêtement à un feuillet est injectif, et tout revêtement est continu,
ouvert, surjectif. ◻
Proposition 2.3. Soit f ∶ X → Y un homéomorphisme local, et supposons que X soit
séparé. Si l’une des deux conditions suivantes
● le cardinal de chaque fibre f −1 (y) est fini constant non nul,
● l’espace topologique Y est séparé et connexe et l’application f est propre 12 ,
est vérifıée, alors f est un revêtement fini. Donc il existe n ∈ N ∖ {0} tel que f soit un
revêtement à n feuillets.
Démonstration. Pour tout y dans Y , et tout x dans F = f −1 (y), il existe un voisinage
ouvert Ux de x tel que f∣Ux ∶ Ux → f (Ux ) soit un homéomorphisme.
Supposons tout d’abord que le cardinal des fibres de p soit fini et constant. Comme X
est séparé, nous pouvons supposer que les Ux pour x dans F sont deux à deux disjoints.
Posons V = ⋂x∈F f (Ux ), qui est ouvert car l’application f est ouverte et l’ensemble F est
fini. Alors nous avons une inclusion
f −1 (V ) ⊃ ⋃ (f −1 (V ) ∩ Ux ) .
x∈F
33
Comme cette union est disjointe, et comme le cardinal des fibres de f est constant, cette
inclusion est une égalité. 13 De plus la restriction de f à f −1 (V ) ∩ Ux est un homéomor-
phisme entre f −1 (V ) ∩ Ux et V . Donc f est un revêtement par la proposition 2.1.
Supposons maintenant que X soit séparé connexe et que f soit propre. Alors le cardinal
de chaque fibre est fini non nul. En effet, l’application f est ouverte, car c’est un homéomor-
phisme local, et fermée car propre (voir la définition au-dessus de la proposition A.24 dans
l’appendice A). Comme Y est connexe, nous avons donc f (X) = Y . Donc f est surjective.
Pour tout y dans Y , la fibre F = f −1 (y) est compacte car f est propre. Elle est aussi
discrète, car f étant un homéomorphisme local, pour tout x ∈ F , il existe Ux un voisinage
ouvert de x tel que Ux ∩ F = {x}. Elle est donc finie.
Soit Ux pour x ∈ F comme ci-dessus. Puisque F est fini et comme X est séparé, nous
pouvons supposer que les ouverts Ux pour x ∈ F sont deux à deux disjoints. Comme f
est fermée, le sous-ensemble V = Y ∖f (X ∖ ⋃x∈F Ux ) est un voisinage ouvert de y tel que
f −1 (V ) ⊂ ⋃x∈F Ux . Donc f −1 (V ) = ⋃x∈F f −1 (V ) ∩ Ux (union disjointe) et la restriction de f
à f −1 (V ) ∩ Ux est un homéomorphisme entre f −1 (V ) ∩ Ux et V . Donc f est un revêtement
par la proposition 2.1. Par la remarque (5) ci-dessus, le cardinal (fini) des fibres de f est
constant. ◻
Exemples.
● L’application de l’intervalle ]0, 2[ dans le cercle S1 définie par t ↦ e2πit est un homéo-
morphisme local, de fibres finies non vides, mais qui n’est pas un revêtement.
● Si X = {0± }∪ ]0, 1] est l’espace topologique non séparé de l’exercice E.A.99 dans l’ap-
pendice A, l’application X → [0, 1] définie par 0± ↦ 0 et t ↦ t si t > 0 est un homéo-
morphisme local, de fibres finies non vides, mais qui n’est pas un revêtement.
● Soit n ∈ N∖{0}. L’application de C∗ dans C∗ , ainsi que de S1 dans S1 , définie par z ↦ z n
est un revêtement à n feuillets.
● Soit P un polynôme complexe à une variable de degré n > 0. Soient Z l’ensemble des
racines dans C du polynôme dérivé P ′ , F l’ensemble fini P (Z) et U l’ouvert connexe
C ∖ P −1 (F ). Alors l’application P∣U ∶ U → C ∖ F est un revêtement à n feuillets. En
effet, c’est un homéomorphisme local, car P est une immersion sur l’ouvert U de même
dimension que l’ouvert C∖F , et les images réciproques de chaque point de C∖F ont
exactement n racines.
● En utilisant les définitions de la partie 4.2, si X et Y sont des sous-variétés différentielles
connexes compactes de même dimension, et si f ∶ X → Y est une submersion ou une
immersion, alors f est un revêtement (car un homéomorphisme local propre).
34
Un groupe topologique est un ensemble G muni d’une structure de groupe et d’une
structure d’espace topologique compatibles, c’est-à-dire telles que l’application
G × G Ð→ G
(x, y) ↦ xy −1
35
(2) Montrer que le groupe abélien Rn , muni de la topologie usuelle, est un groupe topologique
localement compact. Montrer (voir le corollaire 2.7) que Tn = Rn /Zn est un groupe
topologique compact.
2 2
(3) Montrer que GLn (C) est ouvert dans Cn , et que GLn (R) est ouvert dans Rn .
(4) Montrer que GLn (C) est un groupe topologique localement compact.
(5) Montrer que SLn (C), U(n), SU(n), GLn (R), SLn (R), O(n) et SO(n) sont des sous-
groupes fermés de GLn (C). Ce sont donc des groupes topologiques localement compacts.
(6) Montrer (ou attendre la proposition 4.14) que GLn (C), SLn (C), U(n), SU(n), GLn (R),
SLn (R), O(n) et SO(n) sont des variétés topologiques (métrisables séparables), donc
sont localement contractiles.
(7) Montrer que le cercle S1 = {z ∈ C ∶ ∣z∣ = 1}, muni de la multiplication des nombres
complexes, est un groupe topologique, isomorphe (en tant que groupe topologique) au
groupe topologique quotient R/Z, à SO(2) et à U(1).
(8) Montrer que les espaces topologiques U(n), SU(n), O(n) et SO(n) sont compacts.
(9) Montrer que les espaces topologiques U(n), SU(n) et SO(n) sont connexes par arcs, et
que O(n) a deux composantes connexes.
(10) Soit H (respectivement H ++ ) le sous-espace topologique de Cn formé des matrices
2
n(n+1)
que l’espace topologique GLn (R) est homéomorphe à O(n) × R 2 , et que l’espace
n(n+1)
−1
topologique SLn (R) est homéomorphe à SO(n) × R 2 .
G × X Ð→ X
(g, x) ↦ gx
continue telle que g ′ (gx) = (g ′ g)x et ex = x pour tous les g, g ′ dans G et x dans X.
Nous dirons que G opère (ou agit) continuement sur X s’il est muni d’une action continue
de G sur X. Nous supposerons souvent de manière implicite qu’une action d’un groupe
topologique sur un espace topologique est continue.
Remarques. (1) Pour tout g dans G, l’application x ↦ gx est alors un homéomorphisme
de X, d’inverse l’application x ↦ g −1 x.
(2) Une action d’un groupe discret G sur un espace topologique est continue si et
X Ð→ X
seulement si, pour tout g dans G, l’application est continue.
x ↦ gx
36
Nous supposons dans la suite de la partie 2.3 que G agit continuement sur X.
L’espace des orbites G/X sera muni de la topologie quotient (voir la partie A.2). Si H
est un sous-groupe de G, alors l’application g ↦ g −1 induit un homéomorphisme entre les
espaces topologiques quotients H/G et G/H, et l’action par translations à gauche de G sur
l’espace des classes à droite G/H est continue.
Si G et X sont séparés, une action continue de G sur X est dite propre, et le groupe
topologique G est dit agir proprement sur l’espace topologique X, si l’application graphe
gr ∶ G × X Ð→ X × X
(g, x) ↦ (x, gx) ,
qui est continue, est propre (i.e. fermée, et dont les images réciproques de points sont com-
pactes, voir la partie A.4.5 dans l’appendice A). Lorsque G est discret, une action (continue)
propre de G sur X est aussi appelée une action proprement discontinue. La définition ci-
dessus n’est pas très utile, même si elle est générale. Dans la plupart des exemples que
nous rencontrerons, les espaces topologiques X ainsi que les groupes topologiques G seront
localement compacts, auquel cas nous ne retiendrons comme définition que la condition
équivalente donnée par la proposition 2.5 (1) ci-dessous.
Proposition 2.5.
(1) Si X est localement compact et G séparé, une action continue de G sur X est propre
si et seulement si, pour tout compact K de X, la partie
{g ∈ G ∶ K ∩ gK ≠ ∅}
{g ∈ G ∶ K ∩ gK ≠ ∅}
est finie. C’est cette définition (parfois appelée la propriété d’être proprement discontinue)
qu’il convient de retenir et d’utiliser dans la plupart des applications. Lorsque G est discret
et fini, toute action continue de G sur un espace localement compact est donc propre.
Démonstration. (1) Si l’action est propre, pour tout compact K de X, alors gr−1 (K ×K)
est compact dans G × X (voir la proposition A.24 de l’appendice A). Donc
37
est compact car G est séparé et car la projection sur le premier facteur pr1 ∶ G × X → G
est continue.
Réciproquement, pour tout compact L de X × X, soit K un compact de X tel que
L ⊂ K × K (par exemple K = pr1 (L) ∪ pr2 (L) ⊂ X où pri ∶ X × X → X est la projection sur
le ième facteur, cette union de compacts étant compacte car X est séparé). Alors gr−1 (L)
est un fermé, contenu dans le compact {g ∈ G ∶ K ∩ gK ≠ ∅} × K, donc est compact.
Comme X × X est localement compact et G × X séparé, la proposition A.24 montre que
gr est propre.
(2) Supposons que G soit compact. Pour tout compact K de X, la partie de X définie
par GK = {gx ∶ g ∈ G, x ∈ X} est compacte, car image du compact G × X dans l’espace
séparé X par l’application continue (g, x) ↦ gx. L’application ψ ∶ G × K × K → GK × GK
définie par (g, x, y) ↦ (x, gy) est continue entre espaces compacts donc est propre. Si ∆
est la diagonale de GK × GK, alors ∆ est fermée donc compacte dans GK × GK. Donc
ψ −1 (∆) est compact dans G × K × K. Par la continuité de la projection sur le premier
facteur pr1 ∶ G × K × K → G et par la séparation de G, nous avons donc que le sous-espace
{g ∈ G ∶ K ∩ gK ≠ ∅} = pr1 (ψ −1 (∆)) est compact dans G. Le résultat découle alors de
l’assertion (1). ◻
Une action continue d’un groupe topologique G sur un espace topologique X est dite
cocompacte s’il existe un compact K de X dont l’orbite par G recouvre X. Par exemple si
X est compact, toute action continue de G sur X est cocompacte.
Démonstration. 18 Comme l’application graphe gr est propre, elle est fermée, donc son
image
im(gr) = {(x, y) ∈ X × X ∶ ∃ g ∈ G, y = gx}
est fermée dans X × X. Soient x, y ∈ X. Si x n’est pas dans la même orbite que y, alors le
couple (x, y) n’appartient pas à im(gr), donc il existe des ouverts U et V de X tels que
(x, y) ∈ U × V ⊂ (X × X)∖ im(gr). Alors π(U ) et π(V ) sont des ouverts (car π est ouverte),
disjoints (car (U × V ) ∩ im(gr) est vide), et contenant π(x) et π(y) respectivement. Donc
G/X est séparé.
18. Voici une démonstration de la séparation de G/X lorsque X et G sont supposés localement compacts
et métrisables.
Soient x et x′ deux points de X qui ne sont pas dans la même orbite par G. Soient K et K ′ deux
voisinages compacts disjoints de x et x′ dans X, qui existent car X est localement compact (donc sé-
paré). Puisque X est métrisable, soient (Kn )n∈N et (Kn′ )n∈N des systèmes fondamentaux dénombrables de
voisinages de x et x′ contenus dans K et K ′ respectivement. Montrons par l’aburde qu’il existe N ∈ N
′
tel que l’intersection KN ∩ GKN soit vide. Sinon, pour tout n ∈ N, il existe xn ∈ Kn et gn ∈ G tels que
gn xn ∈ Kn′ . Comme K ∪K ′ est compact (car X est séparé) et l’action est propre, la suite (gn )n∈N reste dans
un compact de l’espace métrisable G, donc, quitte à extraire, converge vers g ∈ G. Or (xn )n∈N converge vers
x et (gn xn )n∈N vers x′ . Donc par la continuité de l’action, nous avons x′ = gx, ce qui contredit l’hypothèse
′
initiale. Puisque la projection canonique π est ouverte, les images KN et KN sont alors des voisinages
disjoints de π(x) et π(x′ ) respectivement. Donc l’espace topologique quotient G/X est séparé.
38
Les orbites, images réciproques par l’application π ∶ X → G/X (continue) des singletons
de G/X (fermés car G/X est séparé) sont donc fermées. Les deux dernières assertions
découlent du fait que l’image d’un compact par une application continue à valeurs dans un
espace séparé est compact, et que l’image d’un voisinage d’un point x ∈ X par l’application
ouverte π est un voisinage de π(x). ◻
Corollaire 2.7. Soit H un sous-groupe fermé d’un groupe topologique localement compact
G. Alors les espaces topologiques H/G et G/H sont séparés et localement compacts. Ils sont
compacts si G est compact.
Si de plus H est distingué, alors G/H est un groupe topologique localement compact.
Par exemple, pour tout n ∈ N, le quotient Tn = Rn /Zn est un groupe topologique compact.
Démonstration. Puisque l’inversion g ↦ g −1 induit par passage au quotient un homéo-
morphisme de H/G sur G/H, il suffit de montrer le résultat pour H/G. Un sous-espace
fermé d’un espace localement compact est localement compact, donc H est un groupe to-
pologique localement compact. Pour tout compact K de G, et pour tout h ∈ H, nous avons
K ∩ hK ≠ ∅ si et seulement si h ∈ KK −1 . Par la compacité de K × K, par la continuité de
l’application (x, y) ↦ xy −1 de K × K dans G et puisque G est séparé, la partie KK −1 est
compacte dans G, et donc KK −1 ∩ H = {h ∈ H ∶ K ∩ hK ≠ ∅} est un compact de H par
la proposition 2.5 (1). Par conséquent, l’action par translations à gauche de H sur G est
propre. Le résultat découle alors de la proposition 2.6. ◻
Exercice E.16.
(1) Montrer que pour tout n ∈ N∖{0}, les espaces topologiques quotients GLn (C)/ U(n),
SLn (C)/ SU(n), GLn (R)/ O(n) et SLn (R)/ SO(n) sont séparés et homéomorphes res-
n(n+1) n(n+1)
2 2 −1 −1
pectivement à Rn , Rn ,R 2 et R 2 .
1 0
(2) Si SO(n) est identifié à un sous-groupe de SO(n + 1) par l’application x ↦ ( )
0 x
en notation par blocs, montrer que l’espace topologique quotient SO(n + 1)/ SO(n) est
séparé et homéomorphe à la sphère Sn .
(3) Si G est un groupe topologique compact agissant (continuement) sur un espace topo-
logique séparé X, montrer que l’action de G sur X est propre. (Cette question étend
l’assertion (2) de la proposition 2.5.)
39
(3) la projection canonique X → G/X est un revêtement.
Un tel revêtement est galoisien, voir la partie 2.11 pour des définitions.
Démonstration. (1) 20 L’application graphe gr est continue, injective (car l’action de
G sur X est libre) et fermée (car propre), donc est un homéomorphisme sur son image.
Comme {e} × X est un ouvert de G × X, son image par gr, qui est la diagonale de X × X,
est ouverte dans im(gr). Pour tout x dans X, il existe donc un voisinage V de x dans
X tel que l’intersection (V × V ) ∩ im(gr) soit contenue dans la diagonale de X × X. Si
l’intersection V ∩ gV est non vide, alors il existe (x, y) ∈ V × V tel que y = gx, donc
(x, y) ∈ (V × V ) ∩ im(gr). D’où x = y et donc g = e car l’action est libre.
(2) Ceci découle de (1), voir l’exercice E.A.101 de l’appendice A.2.
(3) Pour tout x dans X, soit V un voisinage ouvert de x comme dans l’assertion (1).
Alors U = π(V ) est un ouvert, car π est ouverte. De plus π −1 (U ) = ⋃g∈G gV et cette union
est disjointe, car si y ∈ gV ∩g ′ V , alors g −1 y ∈ V ∩(g −1 g ′ )V . Donc g −1 g ′ = e par l’assertion (1),
c’est-à-dire g = g ′ . De plus, l’application π∣gV ∶ gV → U est continue, ouverte, surjective car
U = π(V ) = π(gV ). Elle est aussi injective. En effet, si x, x′ ∈ V vérifient π(gx) = π(gx′ ),
alors π(x) = π(x′ ), et puisque la restriction π ∣V est injective par l’assertion (1), nous
avons x = x′ . Donc π∣gV ∶ gV → U est un homéomorphisme et π est un revêtement par la
proposition 2.1. ◻
Corollaire 2.9. Soit G un groupe fini (discret) agissant librement (par homéomorphismes)
sur un espace séparé X. Alors G/X est séparé, et la projection canonique X → G/X est
un revêtement à Card(G) feuillets.
20. Voici une démonstration lorsque X est supposé localement compact. Pour tout x dans X, soit U un
voisinage compact de x. Comme l’action est propre et le groupe G discret, il existe g1 , . . . , gk dans G∖{e}
tels que
{g ∈ G∖{e} ∶ gU ∩ U ≠ ∅} = {g1 , . . . , gk } .
Pour tout i ∈ J1, kK, comme l’action est libre, nous avons gi x ≠ x. Comme X est séparé et l’action continue,
pour tout i ∈ J1, kK, il existe un voisinage ouvert Ui de x, contenu dans U , tel que gi Ui ∩ Ui = ∅. Alors
V = ⋂1≤i≤k Ui est un ouvert qui convient.
21. Si X est supposé localement compact, alors l’action de G sur X est propre car pour tout compact
K de X, l’ensemble {g ∈ G ∶ gK ∩ K ≠ ∅}, étant une partie du groupe fini G, est finie. Le corollaire 2.9
découle alors du théorème 2.8.
40
Exemples.
(1) Le groupe fini {±1} agit librement sur la sphère Sn par x ↦ ±x. Donc l’espace projectif
réel Pn (R) = {±1}/Sn est un espace topologique séparé, et l’application canonique
Sn → Pn (R) est un revêtement à deux feuillets (par le corollaire 2.9). Pour visualiser
le cas n = 2, je recommande la vidéo sur YouTube de Henri-Paul de Saint-Gervais
https://www.youtube.com/watch?v=lEvJqGvY24c
par l’action diagonale (λ, (z0 , . . . , zn )) ↦ (λz0 , . . . , λzn ). Cette action est libre, donc
Ln,p = Up /S2n+1 est un espace topologique séparé, appelé un espace lenticulaire, et la
projection canonique S2n+1 → Ln,p est un revêtement à p feuillets (par le corollaire
2.9).
Corollaire 2.10. Soit H un sous-groupe discret d’un groupe topologique séparé G, alors
le sous-espace topologique H est fermé, l’espace topologique quotient H/G est séparé et la
projection canonique G → H/G est un revêtement.
im(gr) = {(g, g ′ ) ∈ G × G ∶ g ′ g −1 ∈ H} .
Notons que im(gr) est fermé dans G × G, car l’application (g, g ′ ) ↦ g ′ g −1 de G × G dans G
est continue et H est fermé dans G comme nous venons de le voir. Donc pour tout fermé F
de H × G, son image directe gr(H) par gr, qui est son image réciproque par l’application
continue gr−1 ∶ im(gr) → H × G définie par (g, g ′ ) ↦ (g ′ g −1 , g) est fermée dans im(gr),
donc fermée dans G × G. ◻
Exemple. L’application canonique Rn → Rn /Zn est un revêtement. Par le paragraphe pré-
cédant l’exercice E.A.107, l’application Rn → (S1 )n définie par (t1 , ..., tn ) ↦ (e2iπt1 , ..., e2iπt1 )
est un revêtement.
22. Comme tout sous-espace fermé d’un espace topologique localement compact est localement compact,
si G est localement compact, alors H l’est (et en particulier est séparé). Les deux dernières assertions du
corollaire 2.10 découlent donc, si G est localement compact, du corollaire 2.7 et de la version localement
compacte du théorème 2.8 (voir la note de bas de page 20).
41
2.5 Unicité des relèvements
L’une des propriétés fondamentales des revêtements est de pouvoir relever de manière
unique en une application à valeurs dans l’espace total certaines applications à valeurs dans
la base. Dans cette partie, nous étudions le problème de l’unicité (voir la partie 2.9 pour
le problème de l’existence).
Soient p ∶ X → B un revêtement et f ∶ Y → B une application continue.
Un relèvement (ou relevé) de f par p est une application continue f̃ ∶ Y → X telle que
p ○ f̃ = f , c’est-à-dire telle que le diagramme suivant commute :
X
f̃
↗ ↓p
f
Y Ð→ B .
X
s
↗ ↓p
idB
B Ð→ B .
Nous donnerons dans la partie 2.9 un critère nécessaire et suffisant pour l’existence de
relèvements.
Proposition 2.11. (Unicité des relèvements) Si Y est connexe, alors deux relèvements
de f qui coïncident en un point sont égaux.
Démonstration. Soient f ′ , f ′′ ∶ Y → X deux relèvements de f qui coïncident en un point
y ∈ Y , et
A0 = {u ∈ Y ∶ f ′ (u) = f ′′ (u)}, A1 = {u ∈ Y ∶ f ′ (u) ≠ f ′′ (u)} ,
qui sont deux parties disjointes de Y . Soient u ∈ Y , V un voisinage ouvert distingué de
f (u), h ∶ V × D → p−1 (V ) une trivialisation de p au-dessus de V , et Vd = h(V × {d}) pour
42
tout d ∈ D. Si u ∈ A0 , soit d ∈ D tel que f ′ (u) ∈ Vd . Alors (f ′ )−1 (Vd ) ∩ (f ′′ )−1 (Vd ) est
un voisinage ouvert de u contenu dans A0 , donc A0 est ouvert. Si u ∈ A1 , soient d′ et d′′
dans D tels que f ′ (u) ∈ Vd′ et f ′′ (u) ∈ Vd′′ . Alors d′ ≠ d′′ et (f ′ )−1 (Vd′ ) ∩ (f ′′ )−1 (Vd′′ ) est
un voisinage ouvert de u contenu dans A1 , donc A1 est ouvert. Comme y ∈ A0 , et par
connexité de Y , nous avons donc A1 = ∅ et f ′ = f ′′ . ◻
Corollaire 2.12.
(1) Soient p ∶ X → B et p′ ∶ X ′ → B deux revêtements. Si X est connexe, alors deux
morphismes de p sur p′ qui coïncident en un point sont égaux.
(2) Soit p ∶ X → B un revêtement, d’espace total X connexe. Le groupe Aut(p) des auto-
morphismes du revêtement p agit librement sur X.
(3) Soit p ∶ X → B un revêtement, de base B connexe. Deux sections de p qui coïncident
en un point sont égales.
(4) Soit G un groupe discret agissant proprement et librement sur un espace connexe séparé
X, et p ∶ X → G/X le revêtement associé (voir le théorème 2.8). Si x ∈ X, alors
l’application Θx qui à un automorphisme de revêtements ϕ de p associe l’unique élément
g = gϕ,x de G tel que ϕ(x) = gx, est un isomorphisme du groupe Aut(p) sur le groupe
G indépendant de x.
Démonstration. (1) Ceci découle de l’exemple (2) ci-dessus et de la proposition 2.11
appliquée à f = p.
(2) Un automorphisme de p ayant un point fixe coïncide en ce point avec l’automor-
phisme identité, donc lui est égal par l’assertion (1).
(3) Ceci est un cas particulier de l’assertion (1).
(4) Soit x ∈ X. L’application Θx est bien définie, car le point ϕ(x) appartient à
−1
p (p(x)) = Gx puisque ϕ est un morphisme de revêtements, et l’unicité de g découle
de la liberté de l’action de G sur X. Pour tout g ′ ∈ G, l’application φg′ ∶ X → X définie
par y ↦ gy est un automorphisme de revêtements, puisqu’elle envoie orbite sur orbite et
est d’inverse φ(g′ )−1 .
L’élément g = gφ,x ne dépend en fait pas de x, car les morphismes de revêtements ϕ et
φg coïncident en x donc partout par la connexité de X et l’assertion (1). Donc pour tout
ϕ′ ∈ Aut(p), nous avons
Puisque l’action de G est libre, ceci implique que gϕ′ ○ϕ,x = gφ′ ,x gφ,x . Par conséquent Θx est
un morphisme de revêtements, indépendant de x.
Montrons que l’application Θx est surjective. Pour tout g ′ ∈ G, par définition, Θx (φg′ )
est l’unique élément g ′′ ∈ G tel que φg′ (x) = g ′′ x. Or φg′ (x) = g ′ x par la définition de
l’automorphisme de revêtements φg′ . Donc Θx (φg′ ) = g ′ , ce qui conclut.
Enfin, l’application Θx est injective, car pour tous les ϕ, ϕ′ ∈ Aut(p), si Θx (ϕ) = Θx (ϕ′ ),
alors ϕ(x) = ϕ′ (x), donc ϕ = ϕ′ par l’assertion (1). ◻
Puisque p ∣p−1 (Vy,0 ) est un revêtement trivial par la définition des ouverts distingués,
soit ̃
g0 un relèvement de h∣Uy ×[0, 1 ] tel que ̃ g0 (z, 0) = f̃(z) pour tout z dans Uy . Par récur-
n
rence sur i ∈ J1, n − 1K, puisque p ∣p−1 (Vy,i ) est un revêtement trivial, nous construisons un
relèvement ̃ gi de h∣Uy ×[ i , i+1 ] tel que ̃gi (z, ni ) = ̃
gi−1 (z, ni ) pour tout z dans Uy . En recol-
n n
lant ces relevés (voir l’exercice E.1), nous obtenons un relèvement ̃ gy de h∣Uy ×[0,1] tel que
̃ ̃
gy (z, 0) = f (z) pour tout z dans Uy .
Si y ′ ∈ Y , et pour tout z dans Uy ∩ Uy′ , les relèvements ̃ gy et ̃
gy′ coïncident en (z, 0).
Donc par la connexité de {z} × [0, 1] et la proposition 2.11, ces relèvements coïncident sur
{z} × [0, 1]. Par conséquent ̃ gy et ̃gy′ coïncident sur (Uy ∩ Uy′ ) × [0, 1]. En recollant les ̃ gy ,
nous obtenons un relèvement h cherché.̃
Pour tout y dans Y , deux tels relèvements coïncident en (y, 0), donc sur {y} × [0, 1]
par la connexité de [0, 1], donc ils sont égaux. ◻
23. En effet, puisque p ○ θ = pr1 , pour tous les y ∈ Y et t ∈ [0, 1], nous avons
De plus, pour tout y ∈ Y , nous avons pr1 ○ θ−1 (f̃(y)) = f (y) = h(y, 0) et donc
h(y, 0) = θ( h(y, 0), pr2 ○ θ−1 ○ f̃(y) ) = θ( pr1 ○ θ−1 (f̃(y)), pr2 ○ θ−1 ○ f̃(y) ) = θ ○ θ−1 (f̃(y)) = f̃(y) .
̃
44
̃(1) = β̃(1)
α
p−1 (α(1))
β̃
̃
α
̃(0) = β̃(0)
α
p
α(1) = β (1)
α
β
α(0) = β (0)
h(t, 0) = α(t), h(t, 1) = β(t), h(0, s) = α(0) = β(0), h(1, s) = α(1) = β(1) ,
soit ̃
h ∶ [0, 1] × [0, 1] → X le relèvement de h tel que ̃ ̃(t) donné par la proposition
h(t, 0) = α
2.14. Comme les chemins constants s ↦ h(0, s) et s ↦ h(1, s) se relèvent en des chemins
constants, nous avons ̃ ̃
̃(0) = β(0)
h(0, s) = α et ̃ ̃
̃(1) = β(1).
h(1, s) = α Puisque l’application
̃ ̃ ̃ ̃
t ↦ h(t, 1) est un relèvement de β d’origine h(0, 1) = α(0) = β(0) et par l’unicité dans la
proposition 2.13, nous avons ̃ ̃
h(t, 1) = β(t). ◻
Corollaire 2.17. Soit p ∶ X → B un revêtement, d’espace total X connexe par arcs. Soient
b ∈ B et x ∈ p−1 (b). Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(1) l’espace topologique X est simplement connexe,
(2) deux lacets c et c′ en b dans B sont homotopes dans B si leurs relèvements d’origine
x dans X ont même extrémité.
45
Réciproquement, soient α et α′ deux chemins dans X ayant même origine x et même
extrémité. Alors les chemins p ○ α et p ○ α′ dans B ont leurs relèvements dans X d’origine
x qui ont même extrémité. Ils sont donc homotopes dans B si l’assertion (2) est vérifiée.
Par la propriété de relèvement des homotopies, les chemins α et α′ sont homotopes dans
X, ce qui implique l’assertion (1). ◻
Exercice E.17. Montrer que si p ∶ X → B est un revêtement, si X est connexe par arcs,
si b ∈ B et si x, y ∈ p−1 (b), alors les sous-groupes p∗ π1 (X, x) et p∗ π1 (X, y) sont conjugués
dans le groupe π1 (B, b).
Proposition 2.18.
(1) L’application (x, g) ↦ xg est une action à droite du groupe π1 (B, b) sur la fibre F .
(2) Le stabilisateur de x ∈ F par l’action à droite du groupe π1 (B, b) sur la fibre F est égal
à p∗ π1 (X, x).
Démonstration. (1) Par unicité, pour tous les lacets α et
α′ en b, le relèvement d’origine x de la concaténation des α̃′
chemins α ⋅ α′ est la concaténation du relèvement α ̃ de α
x [α ]
̃′ de α′ d’origine α
d’origine x et du relèvement α ̃(1) = x[α].
Le relevé d’origine x du chemin constant en b est le chemin x ̃
α
constant en x. Nous obtenons donc p
α′
∀ x ∈ F, ∀ g, g ′ ∈ π1 (B, b), (xg)g ′ = x(gg ′ ) et xe = x b
α
où e est l’élément neutre de π1 (B, b).
Puisque l’action de G sur X est libre, nous avons gγ ′ γ = gγ ′ gγ . Ceci montre que l’application
γ ↦ gγ est un morphisme de groupes.
La surjectivité découle du fait que le groupe π1 (B, b) agit transitivement sur F car X
est connexe par arcs (voir le commentaire suivant la démonstration de la proposition 2.19).
Le noyau du morphisme de groupes γ ↦ gγ est égal au stabilisateur de x dans π1 (B, b), par
la définition de gγ et par la liberté de l’action, donc est égal à p∗ π1 (X, x) par la proposition
2.18 (2). ◻
En particulier, sous les hypothèses de la proposition 2.23 précédente, le groupe image
p∗ π1 (X, x) devient alors un sous-groupe distingué 24 de π1 (B, b) et le groupe quotient
associé π1 (B, b)/p∗ π1 (X, x) est isomorphe à G.
Corollaire 2.24. Soient G un groupe discret, agissant proprement et librement sur un
espace topologique X séparé et simplement connexe, et B = G/X. Alors pour tout b ∈ B,
le groupe π1 (B, b) est isomorphe à G. Plus précisément, si x ∈ X est tel que b = Gx soit
l’orbite de x par G, alors l’unique application ϕ ∶ π1 (B, b) → G telle que xγ = ϕ(γ)x pour
tout γ ∈ π1 (B, b) est un isomorphisme de groupes. ◻
Exemples :
(1) Comme la projection canonique R → R/Z est un revêtement, puisque R est séparé et
simplement connexe, et puisque S1 est homéomorphe à R/Z, nous avons donc
π1 (S1 ) ≃ Z .
Comme P1 (R) est homéomorphe au cercle, nous avons bien sûr π1 (P1 (R)) ≃ Z.
24. Ceci est une propriété remarquable d’un revêtement p défini par l’action libre et propre d’un groupe
discret, qui n’est pas vérifiée par tous les revêtements, voir la partie 2.11
48
(3) Comme la projection canonique S2n+1 → Up /S2n+1 = Ln,p est un revêtement, et puisque
S2n+1 est simplement connexe pour n ≥ 1, le groupe fondamental de l’espace lenticulaire
Ln,p est donc
∀ n, p ∈ N∖{0}, π1 (Ln,p ) ≃ Z/pZ .
49
R engendrée par la relation (e, t) ∼ (e, 1 − t), v ∼ (e, 0) si o(e) = v et v ∼ (e, 1) si t(e) = v,
pour tous les t ∈ [0, 1], v ∈ VX et e ∈ EX.
Un graphe topologique 26 (respectivement arbre topologique) est la réalisation topolo-
gique d’un graphe (respectivement arbre) combinatoire.
L’inclusion de VX dans VX ∐(EX × [0, 1]) induit par passage au quotient un homéo-
morphisme sur son image, qui est une partie discrète de ∣X∣, appelée par abus l’ensemble
des sommets du graphe ∣X∣ et encore notée VX. 27
Pour toute arête e, l’inclusion de {e}×]0, 1[ dans VX ∐(EX × [0, 1]) induit par passage
au quotient un homéomorphisme sur son image, qui est un ouvert de ∣X∣, appelée une
arête ouverte de ∣X∣. La préimage par la projection canonique de l’arête ouverte image
de {e}×]0, 1[ est exactement {e, e}×]0, 1[ . La topologie induite sur la réunion des arêtes
ouvertes, qui est égale à ∣X∣∖VX, est la topologie faible (voir la partie A.2) définie par la
famille des arêtes ouvertes.
Une action d’un groupe G sur un graphe combinatoire X induit une action (continue)
du groupe discret G sur la réalisation topologique ∣X∣ de X, obtenue en passant au quotient
par la relation d’équivalence l’application
○ 1 + 2 re○ ○
re○ = min d(x, me○ ) , Ue○ = {x ∈ e ∶ d(me○ , x) < }, Fe○ = {x ∈ e ∶ d(x, me○ ) ≤ re○ } ,
x∈K∩ e
○ 4
○ ○
de sorte que re○ ∈ [0, 12 [ , la partie Ue○ soit un ouvert de e et la partie Fe○ soit un fermé de e . Enfin, notons
U = ∣X∣∖⋃e○ ∈E Fe○ , qui est un ouvert de ∣X∣ par la définition de la topologie quotient et de la topologie somme
○
disjointe. Alors {U } ∪ {Ue○ ∶ e ∈ E} est un recouvrement ouvert de K qui n’a pas de sous-recouvrement fini.
○
En effet, pour tout x ∈ K, ou bien il n’existe pas de e ∈ E tel que x ∈ e , auquel cas x ∈ U , ou bien il existe
50
Un graphe topologique est connexe (donc connexe par arcs) si et seulement si le graphe
combinatoire est connexe. Un graphe topologique est localement compact si et seulement
si le graphe combinatoire est localement fini.
Proposition 2.25. Un arbre est contractile. Tout groupe fondamental de graphe est un
groupe libre.
Corollaire 2.26. (Théorème de Schreier) Tout sous-groupe d’un groupe libre est libre.
f∗ π1 (Y, y) ⊂ p∗ π1 (X, x) .
○
e ∈ E tel que x ∈ e , auquel cas d(x, me○ ) ≥ re○ . Si d(x, me○ ) > re○ , alors x ∈ U . Enfin, si d(x, me○ ) est égal à
1+2 r ○
re○ , qui est strictement inférieur à 4
e
car re○ < 12 , alors x ∈ Ue○ .
51
Démonstration. Si un tel relèvement existe, le diagramme suivant
(X, x)
f̃
↗ ↓p
f
(Y, y) Ð→ (B, b)
commute, c’est-à-dire f = p○f̃, donc f∗ = p∗ ○f̃∗ . Ceci montre que la condition est nécessaire.
Réciproquement, supposons que f∗ π1 (Y, y) ⊂ p∗ π1 (X, x). Pour tout z dans Y , choisis-
sons 31 un chemin α de y à z. Alors f ○ α est un chemin de b à f (z). Nous notons f˜(z)
̃ de f ○ α d’origine x.
l’extrémité de l’unique relevé α
c
β̃ f̃(z )
̃
α
x
p
p○c
β f ○β
f
z f (z )
y α f ○α
b
Il existe donc un lacet c en x dans X tel que (f ○ α) ⋅ (f ○ β) soit homotope à p ○ c. Par les
propriétés de relèvement des homotopies et d’unicité du relèvement d’origine donnée d’un
chemin, nous en déduisons que les chemins α ̃ et β̃ ont la même extrémité. Donc f˜(z) ne
dépend pas du choix de α.
Soit U un voisinage ouvert de f̃(z) tel que p(U ) soit ouvert et p∣U soit un homéomor-
phisme sur son image. Soit V ⊂ f −1 (p(U )) un voisinage ouvert connexe par arcs de z. Pour
tout w dans V , si α′ est un chemin de z à w contenu dans V , alors f̃(w) est l’extrémité du
relèvement de f ○(α⋅α′ ) = (f ○α)⋅(f ○α′ ) d’origine x, donc appartient à U . Par conséquent,
f̃ est continue. ◻
Le corollaire immédiat suivant dit qu’un revêtement possède la propriété de relèvement
(unique lorsque des points bases sont choisis) de toutes les applications continues définies
sur un espace simplement connexe (et localement connexe par arcs).
Corollaire 2.28. Si p ∶ X → B est un revêtement, pour tout espace topologique Y locale-
ment connexe par arcs et simplement connexe, pour toute application continue f ∶ Y → B,
pour tous les x ∈ X et y ∈ Y tels que p(x) = f (y), il existe un et un seul relèvement
f̃ ∶ Y → X de f tel que f̃(y) = x.
Démonstration. Nous avons π1 (Y, y) = {e} car Y est simplement connexe. Par conséquent
f∗ π1 (Y, y) = {e} ⊂ p∗ π1 (X, x), et le théorème du relèvement 2.27 s’applique. L’unicité
découle de la proposition 2.11. ◻
31. Rappelons (voir la partie A.1.6 de l’appendice A) qu’un espace connexe et localement connexe par
arcs est connexe par arcs, car la composante connexe par arcs de tout point d’un tel espace est à la fois
ouverte et de complémentaire ouvert.
52
Corollaire 2.29. Deux revêtements p ∶ X → B et p′ ∶ X ′ → B, tels que X et X ′ soient
simplement connexes et localement connexes par arcs, sont isomorphes. De plus, si x ∈ X et
x′ ∈ X ′ sont tels que p(x) = p′ (x′ ), alors il existe un unique isomorphisme de revêtements
ϕ ∶ X → X ′ de p sur p′ envoyant x sur x′ .
En effet, si g = [α], alors xg est l’extrémité de l’unique chemin α ̃ de X d’origine x qui est
′
un relèvement de α par p. Puisque p ○ f = p et p ○ α ̃ dans X ′ est un
̃ = α, le chemin f ○ α
′
relèvement par p de α d’origine f (x). Donc son extrémité f (xg) vaut f (x)g par unicité.
Notons Mor(p, p′ ) l’ensemble des morphismes de revêtements de p sur p′ , et notons
Morπ1 (B,b) (F, F ′ ) l’ensemble des applications π1 (B, b)-équivariantes de F dans F ′ .
Proposition 2.30. Si B est connexe et localement connexe par arcs, alors l’application
53
Démonstration. Étape 1 : Ramènons-nous tout d’abord au cas où X est connexe par
arcs.
Si la proposition 2.30 est vraie pour chaque Xi , elle est donc vraie pour X.
Étape 2 : Nous supposons maintenant que X est connexe par arcs. En particulier,
l’action de π1 (B, b) sur F est transitive (voir la proposition 2.19).
Pour montrer que l’application Θ est injective, soient f et g dans Mor(p, p′ ) telles que
f∣F = g∣F . Comme F est non vide et X connexe, nous avons f = g par le corollaire 2.12 (1).
Pour montrer que l’application Θ est surjective, considérons ϕ ∶ F → F ′ une application
π1 (B, b)-équivariante. Soient x ∈ F et x′ = ϕ(x) ∈ F ′ .
Montrons qu’il existe un (unique) relèvement f ∶ X → X ′ de l’application continue
p ∶ X → B par le revêtement p′ ∶ X ′ → B tel que f (x) = x′ . En effet, par le théorème du
relèvement 2.27, il suffit de montrer que p∗ π1 (X, x) est contenu dans p′∗ π1 (X ′ , x′ ). Par la
proposition 2.18, le stabilisateur de x (respectivement x′ ) par l’action de π1 (B, b) sur F
(respectivement F ′ ) est égal à p∗ π1 (X, x) (respectivement p′∗ π1 (X ′ , x′ ) ). Comme ϕ est
équivariante, si g ∈ p∗ π1 (X, x), alors
54
Corollaire 2.32. Sous les hypothèses de la proposition 2.30, la restriction à F induit une
bijection de l’ensemble Isom(p, p′ ) des isomorphismes de revêtements de p sur p′ à valeurs
dans l’ensemble Isomπ1 (B,b) (F, F ′ ) des bijections π1 (B, b)-équivariantes de F sur F ′ .
Corollaire 2.34. Tout revêtement d’un espace simplement connexe et localement connexe
par arcs est trivial.
N (H) = {g ∈ G ∣ gHg −1 = H} .
Il est facile de montrer que N (H) est le plus grand sous-groupe de G dans lequel H est
distingué, et que H est distingué dans G si et seulement si N (H) = G.
Pour l’action à droite par translations à droite (Hg ′ , g) ↦ Hg ′ g de G sur H/G, notons
AutG (H/G) le groupe des bijections G-équivariantes de l’ensemble H/G muni de cette
action.
Lemme 2.35. Les groupes AutG (H/G) et H/N (H) sont isomorphes.
Démonstration. Pour tout ϕ ∈ AutG (H/G), soit n = nϕ ∈ G tel que ϕ(He) = Hn. Par la
G-équivariance de ϕ, nous avons,
55
En particulier, Hn = ϕ(He) = ϕ(Hh) = Hnh pour tout h ∈ H. En multipliant à droite cette
égalité par n−1 , nous avons nhn−1 ∈ H pour tout h ∈ H. Donc n appartient à N (H). Nous
avons par conséquent une application
C’est un morphisme de groupes injectif par la formule (2) ci-dessus, qui montre d’une
part que n = nϕ détermine ϕ, d’autre part que si ϕ′ est un autre élément de AutH (H/G),
alors
Hnϕ′ ○ϕ = ϕ′ ○ ϕ(He) = ϕ′ (Hnϕ ) = Hnϕ′ nϕ .
Pour tous les n dans N (H) et h dans H, l’application ϕ ∶ G → H/G définie par ϕ(g) = Hng
vérifie ϕ(hg) = Hnhg = H(nhn−1 )ng = ϕ(g). Elle induit donc par passage au quotient une
application ϕn ∶ H/G → H/G. Celle-ci est G-équivariante et bijective, d’inverse ϕn−1 , et
son image par l’application AutG (H/G) → H/N (H) est la classe à gauche Hn. Donc
l’application ϕ ↦ Hnϕ est surjective. ◻
En particulier, le groupe des bijections G-équivariantes de H/G (pour l’action à droite
de G sur H/G) agit transitivement sur H/G si et seulement si N (H) = G, c’est-à-dire si
et seulement si H est distingué dans G.
Démonstration. Soient b = p(x) et F = p−1 (b). Puisque X est connexe par arcs, 35 son
image B par l’application continue p l’est aussi. Par l’affirmation qui précède le corollaire
2.20, l’action à droite de G = π1 (B, b) sur F est transitive. Donc il existe une bijection
G-équivariante entre F et H/G où H est le stabilisateur de x par l’action de G sur F , qui
est égal à p∗ π1 (X, x) par la proposition 2.18 (2). Par le corollaire 2.32 et le lemme 2.35
précédent, nous avons donc
Aut(p) ≃ Autπ1 (B,b) (F ) ≃ AutG (H/G) ≃ H/N (H) = p∗ π1 (X, x)/N (p∗ π1 (X, x)). ◻
Voici enfin les dernières propriétés des automorphismes de revêtements dont nous au-
rons besoin dans la suite.
Démonstration. Notons que X est séparé (voir l’exercice E.23 (1) dans la partie 2.14).
Comme X est connexe, le groupe Γ agit librement sur X par le corollaire 2.12 (1). Soit
gr ∶ Γ×X → X ×X l’application graphe (g, x) ↦ (x, gx). Comme Γ agit librement et comme
Γ × X est séparé, l’image réciproque d’un singleton par gr est un singleton, donc compact.
Soient F un fermé de Γ × X et (x, y) ∈ gr(F ). Comme p × p est continue et B séparé, si ∆
35. voir la note de bas de page 31
56
est la diagonale de B × B, alors ∆ est fermée dans B × B (voir l’exercice E.A.119 dans la
partie A.5 de l’appendice A). Par la continuité de p × p (voir la partie A.1.3 de l’appendice
A pour l’inclusion ci-dessous), nous avons
Donc p(x) = p(y). Soit V un voisinage distingué connexe de p(x), qui existe puisque B
est localement connexe. Soient Vx et Vy les composantes connexes de p−1 (V ) contenant x
et y respectivement. Comme (x, y) ∈ gr(F ), l’intersection (Vx × Vy ) ∩ gr(F ) est non vide.
Soient g ∈ Γ et u ∈ X tels que u ∈ Vx et gu ∈ Vy . Comme g est un automorphisme de
revêtements de p, nous avons donc gVx = Vy et en particulier y = gx. Donc gr est fermée.
Par conséquent, le groupe Γ agit proprement sur X.
Tout sous-groupe Γ′ de Γ agit aussi librement et proprement. Si V est un ouvert dis-
tingué connexe dans B pour p, alors, puisque Γ′ permute les composantes connexes de
p−1 (V ), il est immédiat que V est aussi un ouvert distingué dans B pour pΓ′ .
Puisque Γ préserve les fibres de p, la projection canonique π envoie fibre de p dans fibre
de pΓ′ , donc π est un morphisme de revêtements de p sur pΓ′ . ◻
Le but de cette partie est de décrire de manière intrinsèque la collection des revêtements
isomorphes aux revêtements de la forme X → G/X où G est un groupe discret agissant
librement et proprement sur un espace topologique séparé X.
57
Théorème 2.39. Soient p ∶ X → B un revêtement, d’espace total X connexe et localement
connexe par arcs, x ∈ X, b = p(x) et F = p−1 (b). Les conditions suivantes sont équivalentes :
(1) l’action de Aut(p) sur F est transitive ;
(2) le sous-groupe p∗ π1 (X, x) est distingué dans π1 (B, b) ;
(3) nous avons p∗ π1 (X, y) = p∗ π1 (X, z) pour tous les y et z dans F ;
(4) pour tout lacet α de B en b, ou bien tout relèvement de α est un lacet, ou bien aucun
relèvement de α n’est un lacet.
Si B est séparé, ces conditions sont équivalentes à :
X
π
↙ ↘p
f
Γ/X Ð→ B.
Démonstration. Supposons que l’assertion (1) soit vérifiée. Alors l’assertion (4) l’est
aussi, par l’unicité des relèvements des chemins d’origine donnée dans la fibre F et puisque
Aut(p) préserve l’ensemble des relèvements d’un lacet en b dans B.
Supposons que l’assertion (4) soit vérifiée. Pour tous les y et z dans F , si α est un lacet
en y dans X, alors α est un relèvement de p ○ α qui est un lacet, donc le relèvement β de
p ○ α d’origine z est aussi un lacet, et p∗ [α] = p∗ [β]. Donc p∗ π1 (X, y) ⊂ p∗ π1 (X, z). En
échangeant y et z, l’assertion (3) est donc vérifiée.
Supposons que l’assertion (3) soit vérifiée. Pour tout lacet α en b dans B, soit c son
relèvement d’origine x, soit y l’extrémité de c, et soit ϕc ∶ π1 (X, x) → π1 (X, y) l’isomor-
phisme de groupes [β] ↦ [c ⋅ β ⋅ c] (voir la proposition 1.3). Puisque p ○ c = α, pour tout
[β] ∈ π1 (X, x), nous avons l’égalité
58
bijection de F sur H/G, qui est G-équivariante pour les actions à droite de G sur F et sur
H/G. Donc par le corollaire 2.32, puisque le groupe des bijections G-équivariantes de H/G
agit transitivement sur H/G, le groupe Aut(p) agit transitivement sur F , ce qui montre
l’assertion (1).
Supposons maintenant que la base B soit séparée. Notons que B est aussi localement
connexe (par arcs), car p est un homéomorphisme local surjectif.
Supposons que l’assertion (5) soit vérifiée. Puisque Γ agit librement, il s’identifie avec
un groupe d’homéomorphismes de X via l’application g ↦ {x ↦ gx}. Alors Γ, qui préserve
les fibres (qui sont les orbites de Γ), est contenu dans Aut(π) et agit transitivement sur
chacune des fibres de π. Donc l’assertion (1) est vérifiée.
Réciproquement, supposons que l’assertion (1) soit vérifiée. Alors par la proposition
2.37, puisque X est connexe et B est localement connexe et séparée, le groupe discret
Γ = Aut(p) agit proprement et librement sur X, et l’application f = pΓ ∶ Γ/X → B induite
par p par passage au quotient est un revêtement. Puisque Γ agit transitivement sur les fibres
par l’assertion (1), le revêtement f est à un feuillet. Par la proposition 2.2, l’application f
est donc un homéomorphisme, et elle vérifie f ○ π = p. Par conséquent, l’assertion (5) est
vérifiée. ◻
Un revêtement p ∶ X → B, d’espace total X connexe et localement connexe par arcs, est
dit galoisien si l’une des propriétés (1)-(4) du théorème précédent est vérifiée. Le groupe
Γ = Aut(p) s’appelle alors le groupe de Galois de p.
Exemple. Comme tout sous-groupe d’un groupe abélien est distingué et par la définition
(2) du théorème précédent, tout revêtement connexe d’un espace topologique connexe,
localement connexe par arcs, de groupe fondamental abélien, est galoisien.
Exercice E.19. Montrer que les applications p ∶ X → B suivantes entre graphes sont
des revêtements. Quels sont ceux qui sont galoisiens ? Quels sont leurs groupes d’automor-
phismes de revêtements ? (Les sommets de X sont envoyés par p sur l’unique sommet de
B, et la restriction de p à chaque arête ouverte orientée du graphe X étiquetée par une
lettre, est un homéomorphisme préservant l’orientation sur l’arête ouverte orientée de B
étiquetée par la même lettre.)
a
b
a b
a a b b
a
b a
X b b b b a b b a a a
b a
a a a
p b b
B
a b a b a b a b
59
2.12 Revêtements universels
Le but de cette partie est de montrer l’existence de revêtements simplement connexes
pour les espaces topologiques suffisamment gentils.
Dans cette partie, nous fixons un espace topologique B connexe et localement connexe
par arcs.
Un revêtement universel de B est un revêtement ̃ π∶B ̃ → B d’espace total B
̃ connexe
tel que pour tout revêtement p ∶ X → B d’espace total X connexe, pour tous les ̃ b∈B ̃ et
x ∈ X tels que ̃ ̃ ̃
π (b) = p(x), il existe un morphisme de revêtements ϕ ∶ B → X de ̃π sur p
̃
tel que ϕ(b) = x.
Par le corollaire 2.12 (1), le morphisme ϕ est unique. Un revêtement universel de B
est unique à isomorphisme près (même démonstration que celle du corollaire 2.29). Cet
isomorphisme est unique une fois effectué un choix de point base dans la fibre au-dessus
d’un point base de B. Pour cette raison, nous dirons parfois par abus “le revêtement
universel” de B.
Lemme 2.40. Un revêtement universel de B est galoisien.
Démonstration. Pour tout b ∈ B, si x, y ∈ p−1 (b), alors il existe par la propriété universelle
̃→B
un morphisme de revêtements ϕx,y ∶ B ̃ de p tel que ϕx,y (x) = y. Comme ϕx,y est un
automorphisme de revêtements (d’inverse ϕy,x ), ceci montre que l’assertion (1) du théorème
2.39 est vérifiée. ◻
Le corollaire 2.28 s’énonce de la manière suivante.
Proposition 2.41. Si p ∶ X → B est un revêtement, d’espace total X simplement connexe,
alors p est un revêtement universel. ◻
Exemples. L’application R → S1 définie par t ↦ e2iπt , ainsi que les projections canoniques
Rn → Tn = Rn /Zn , Sn → Pn (R) pour n ≥ 2, et S2n+1 → Ln,p pour n, p ≥ 1 (où Ln,p est
l’espace lenticulaire de dimension 2n + 1 et de groupe fondamental Up ≃ Z/pZ, défini juste
avant le corollaire 2.10) sont des revêtements universels.
Un espace topologique Y est semilocalement simplement connexe si tout point y de Y
admet un voisinage U tel que tout lacet en y contenu dans U soit homotope dans Y au
lacet constant en y (ou de manière équivalente tel que le morphisme i∗ ∶ π1 (U, y) → π1 (Y, y)
soit le morphisme nul, pour i ∶ U → Y l’inclusion.)
Si Y est localement contractile, par exemple si Y est une variété topologique (voir la
partie 4.1), ou un CW-complexe (voir la partie 6.5 et par exemple [Pau3, Spa]), alors Y
est semilocalement simplement connexe.
Exercice E.20. Considérons le cercle Sn de
centre ( n+1
1 1
, 0) et de rayon n+1 dans R2 . Soit
B = ⋃n∈N Sn , muni de la topologie induite par
celle de R2 , appellé l’anneau hawaïen. a Mon-
trer que B est connexe et localement connexe
par arcs, mais n’est pas semilocalement simple-
ment connexe. Montrer que B n’admet pas de
revêtement universel. Montrer que B n’est pas
homéomorphe au bouquet B ′ = ⋁n∈N (S1 , 1) d’un
ensemble dénombrable infini de cercles.
a. ou encore les boucles d’oreille hawaïennes
60
Attention, la propriété d’être semilocalement simplement connexe n’est pas une pro-
priété locale (c’est-à-dire un ouvert d’un espace topologique semilocalement simplement
connexe ne l’est pas forcément). Par exemple, le cône 39 CB sur l’anneau hawaïen B
(construit dans l’exercice E.20 ci-dessus) est contractile, mais le cône CB privé de son
sommet est un ouvert qui se rétracte par déformation forte sur B, donc n’est pas semilo-
calement simplement connexe.
Théorème 2.42. Soit B un espace topologique séparé, connexe et localement connexe par
arcs. Alors B admet un revêtement d’espace total simplement connexe si et seulement si
B est semilocalement simplement connexe.
̃
π∶B ̃ → B
[β] ↦ β(1)
l’application quotient de l’application d’évaluation en 1, qui est bien définie (car l’homo-
topie des chemins est relativement aux extrémités) et surjective (car B est connexe par
arcs 40 ).
Munissons l’ensemble des chemins dans B d’origine b de la topologie compacte-ouverte
(voir la partie A.4.6 de l’appendice A ; lorsque B est un espace métrique et puisque [0, 1]
est compact, c’est la topologie de la convergence uniforme), et B̃ de la topologie quotient.
Comme l’application d’évaluation en un point est continue pour la topologie compacte-
ouverte (voir l’exercice E.A.118 de la partie A.4.6 de l’appendice A), et par la continuité
des applications induites par passage au quotient d’applications continues, l’application ̃
π
est continue.
Le groupe discret G = π1 (B, b) agit sur B̃ par
G×B ̃ → B
̃
([α], [β]) ↦ [α][β] = [α ⋅ β] .
Cette action est continue par passage au quotient, car nous pouvons vérifier que l’applica-
tion de concaténation par un lacet α des chemins dans B d’origine b est continue pour la to-
pologie compacte-ouverte. Elle est libre, car si [α⋅β] = [β], alors [α] = [α⋅β⋅β ] = [β⋅β ] = [cb ]
est la classe d’homotopie du lacet constant cb en b. Les orbites de G sont les fibres de ̃ π,
car pour tous les [α] ∈ G et [β], [β ′ ] ∈ B, ̃
● nous avons (α ⋅ β)(1) = β(1) donc ̃ π ([α][β]) = ̃
π ([β]) et
● si ̃ π ([β ′ ]), alors β ′ ⋅ β est un lacet en b et [β ′ ] = [β ′ ⋅ β] [β].
π ([β]) = ̃
39. Voir l’exemple (1) suivant l’exercice E.A.110 de la partie A.2.6 de l’appendice A.
40. Voir la note de bas de page 31.
61
̃ → G/B
Si p ∶ B ̃ est la projection canonique et si G/B
̃ est muni de la topologie quotient,
alors l’application continue ̃
π induit par passage au quotient une application f ∶ G/B̃→B
telle que le diagramme suivant commute
B̃
p↓ ↘̃π
̃ Ð→
G/B
f
B , (3)
Démonstration. Soit [β] dans B. ̃ Par la compacité de [0, 1] et puisque B est semilocale-
ment simplement connexe, il existe un entier n ∈ N∖{0} et, pour i ∈ J0, n − 1K, des ouverts
Vi connexes par arcs dans B, tels que
(i) tout lacet dans Vi est homotope dans B au lacet constant,
(ii) la partie β([ ni , i+1n ]) est contenue dans Vi .
Soit Õ l’ouvert de l’espace des chemins dans B d’origine b, formé des chemins β ′ d’origine
b tels que β ′ ([ ni , i+1 ′ i
n ]) ⊂ Vi et β ( n ) appartient à la même composante connexe par arcs de
Vi ∩ Vi−1 que β( n ) (les composantes connexes par arcs d’un espace localement connexe par
i
arcs sont ouvertes, voir la fin de la partie A.1.6 de l’appendice A). Soient β ′ et β ′′ dans Õ
tels que β ′ (1) = β ′′ (1).
Soit γ0 le chemin constant en b.
Vn−1 Pour tout i ∈ J1, nK, il existe par
V2
β′ construction un chemin γi dans
V1 β ′ ( n2 )
β ′ ( n1 ) β ′ (1) Vi ∩ Vi−1 joignant β ′ ( ni ) à β ′′ ( ni ),
γ2 β ′′
γ1 et nous pouvons supposer que γn
V0 est constant. Posons alors
β ′′ ( n1 ) β ′′ ( n2 )
b
βi′′ = β∣[′′ i , i+1 ] .
n n
Soit c le chemin
62
Comme vu ci-dessus, nous avons alors α ⋅ α0 ∼ α′ si α est suffisamment proche de α′ , donc
α ∼ α′′ ⋅ α0 , qui est un chemin dans O.̃
Soient g ∈ G et [β ], [β ] ∈ O tels que [β ′ ] = g[β ′′ ]. Alors β ′ (1) = β ′′ (1), donc par ce
′ ′′
π ) ≃ π1 (B, b) ,
Aut(̃
par l’unique isomorphisme ϕ′ ∶ Aut(̃ π ) → π1 (B, b) tel que γx = xϕ′ (γ) pour tout γ dans Γ
(voir le corollaire 2.24). Notons que cet isomorphisme ϕ′ = ϕ′x dépend de x, mais seulement
à conjugaison près à la source : si y ∈ ̃ π −1 (b) est un autre point dans la fibre au-dessus de
b, et si g ∈ Γ = Aut(̃π ) vérifie y = gx (ce qui est possible par la transitivité de l’action de Γ
π (b)), alors nous avons 41 ϕ′y (γ) = ϕ′x (g −1 γg) pour tout γ ∈ Γ.
sur ̃ −1
Le but de cette partie est d’établir une correspondance entre les revêtements connexes
d’un espace topologique (suffisamment gentil) et les sous-groupes de son groupe fondamen-
tal.
Soit B un espace topologique séparé, connexe, localement connexe par arcs, et se-
milocalement simplement connexe. Fixons-nous un point b ∈ B, un revêtement universel
̃
π∶B ̃ → B de B (qui existe par le théorème 2.42) et x ∈ ̃ π −1 (b). Identifions Aut(̃
π ) avec
π1 (B, b) comme à la fin de la partie précédente (ce qui dépend du choix de x).
Si H est un sous-groupe de Aut(̃ π ), alors l’application ̃π∶B ̃ → B induit par passage
au quotient une application ̃ ̃
πH ∶ H/B → B, appelée le revêtement de B associé à H. Par
exemple, nous avons ̃π{e} = ̃
π . Nous appellerons revêtement connexe de B tout revêtement
de B d’espace total connexe.
Théorème 2.46. L’application H ↦ ̃ πH induit une bijection de l’ensemble des classes
de conjugaison de sous-groupes de Aut(̃ π ) sur l’ensemble des classes d’isomorphisme de
revêtements connexes de B. Elle induit aussi une bijection de l’ensemble des sous-groupes
distingués de Aut(̃π ) dans l’ensemble des classes d’isomorphisme de revêtements galoisiens
de B, ainsi que, pour tout n ∈ N∖{0}, une bijection de l’ensemble des classes de conjugaison
de sous-groupes d’indice n de Aut(̃ π ) dans l’ensemble des classes d’isomorphisme de revê-
tements à n feuillets de B.
Démonstration. Soient G = Aut(̃ π ) et H un sous-groupe de G. Par construction, la fibre
de ̃πH au-dessus de b est en bijection G-équivariante avec H/G, et donc est de cardinal n
si et seulement si H est d’indice n dans G. L’espace H/B ̃ est connexe car B̃ l’est.
L’application ̃πH est un revêtement par la proposition 2.37, qui est galoisien si et
seulement si H, qui est égal à (̃ ̃ Hx) par le corollaire 2.24 et l’identification
πH )∗ π1 (H/B,
ci-dessus de G et π1 (B, b), est distingué dans G = π1 (B, b), par le théorème 2.39 (2).
41. En effet, pour tout γ ∈ Γ, nous avons γy = yϕ′y (γ) si et seulement si γgx = gxϕ′y (γ), c’est-à-dire
g γgx = xϕ′y (γ). Donc xϕ′y (γ) = xϕ′x (g −1 γg). Alors, par la liberté de l’action à droite de π1 (B, b) sur la
−1
fibre π −1 (b), ceci implique que ϕ′y (γ) = ϕ′x (g −1 γg) comme voulu.
64
Si H et H ′ sont conjugués par g ∈ G (c’est-à-dire si H ′ = gHg −1 ), alors l’automorphisme
de revêtements g ∶ B ̃→B ̃ de ̃
π induit un isomorphisme de revêtements H/B ̃ → H ′ /B
̃ de
̃
πH sur ̃ πH ′ (défini par Hx ↦ Hgx). Donc l’application H ↦ ̃ πH induit une application Ψ
de l’ensemble des classes de conjugaison de sous-groupes de G dans l’ensemble des classes
d’isomorphisme de revêtements connexes de B.
Réciproquement, si les revêtements ̃ πH et ̃πH ′ sont isomorphes, alors par le corollaire
2.32, les fibres de ̃
πH et ̃
πH ′ au-dessus de b sont en bijection G-équivariante. Donc il existe
une bijection G-équivariante ϕ ∶ H/G → H ′ /G. Si ϕ(He) = H ′ g0 , par la G-équivariance de
ϕ, nous avons pour tout h dans H,
̃
B
↘πX
̃
π↓ X
↙p
B .
65
Pour classer (à isomorphisme de revêtements près) les revêtements
connexes d’un espace topologique B localement connexe par arcs,
on pourra procéder comme suit.
1) Trouver (lorsqu’il existe) un revêtement ̃π ∶B ̃ → B de B
par un espace localement compact simplement connexe B, ̃ muni
d’une action propre et libre d’un groupe discret G tel que l’espace
topologique quotient G/B ̃ soit homéomorphe à B.
Méthodologie 3 : 2) Donner une liste L (exhaustive et sans répétition) des sous-
groupes de G à conjugaison près, ainsi que celle Ldis des sous-
groupes distingués de G.
Classer ! 3) Appliquer le théorème 2.46 disant que les revêtements
connexes à isomorphisme près sont exactement les applications
induites par passage au quotient ̃ πH ∶ H/B ̃ → G/B ̃ suivi de la
̃
composition par un homéomorphisme G/B → B, où H parcourt
la liste L (et la liste Ldis lorsque nous cherchons les revêtements
galoisiens).
4) Tâcher de reconnaître, lorsque c’est possible, les revêtements
déjà connus dans la liste {̃πH ∶ H ∈ L } ci-dessus.
Exemple. Comme les seuls sous-groupes de Z/2Z sont Z/2Z et {0}, pour n ≥ 2, les revête-
ments connexes de l’espace projectif réel Pn (R) sont, à isomorphisme près, son revêtement
universel Sn → Pn (R) et l’identité Pn (R) → Pn (R).
Exercice E.21. Montrer que les revêtements connexes du cercle S1 sont, à isomorphisme
près, son revêtement universel R → S1 défini par t ↦ e2iπt , et ses revêtements à n feuillets
S1 → S1 définis par z ↦ z n pour n ∈ N∖{0}.
Proposition 2.47. Soit (B, b) comme au début de la partie 2.13. Pour tout ensemble non
vide E muni d’une action à droite du groupe fondamental π1 (B, b), il existe un revêtement
pE ∶ XE → B et une bijection π1 (B, b)-équivariante uE ∶ p−1 ′
E (b) → E. Si E est un autre
′
ensemble muni d’une action à droite de π1 (B, b), et si f ∶ E → E est une application
(resp. bijection) π1 (B, b)-équivariante, alors il existe un unique morphisme (resp. isomor-
phisme) de revêtements ϕ ∶ XE → XE ′ tel que le diagramme suivant commute :
uE
pE −1 (b) Ð→ E
ϕ∣p−1 (b) ↓ ↓f
E
uE ′
pE ′ −1 (b) Ð→ E′ .
66
Posons XE = ∐α∈A Xα (muni de la topologie somme disjointe) et pE ∶ XE → B l’application
dont la restriction à Xα est πα . Alors pE est un revêtement de fibre p−1 −1
E (b) = ∐α∈A πα (b),
−1 −1
et nous notons uE l’application de pE (b) dans E dont la restriction à πα (b) vaut la
composition des bijections πα−1 (b) ≃ Hα /π1 (B, b) ≃ Eα .
La deuxième assertion découle de la proposition 2.30 et de son corollaire 2.32, appliqués
−1
à uE ′ ○ f ○ uE , qui est une application (resp. bijection) π1 (B, b)-équivariante de pE −1 (b)
dans pE ′ −1 (b).
La dernière assertion découle du théorème 2.46 en posant E = p−1 (b), A = π0 X l’en-
semble des composantes connexes par arcs de X et Eα = p−1 (b) ∩ α, pour tout α ∈ A.
◻
Exercice E.25.
(1) Montrer que la projection canonique
Exercice E.26.
67
(1) Montrer que le groupe topologique SU(2) = {x ∈ SL2 (C) ∶ t x x = id} est homéomorphe
à la sphère S3 = {(z, w) ∈ C2 ∶ ∣z∣2 + ∣w∣2 = 1}.
(2) Considérons l’espace vectoriel réel V = {X ∈ M2 (C) ∶ t X = −X, tr(X) = 0} des
matrices anti-hermitiennes de trace nulle. Montrer que ⟨X, Y ⟩ = 21 tr(X t Y ) est un
produit scalaire euclidien sur V , invariant par l’action par conjugaison de SU(2).
(3) En déduire l’existence d’un revêtement à deux feuillets SU(2) → SO(3).
(4) Quel est le groupe fondamental de SO(3) ?
Exercice E.27.
(1) Notons G le sous-groupe du groupe des transformations (isométriques affines) de R2
engendré par a ∶ (x, y) ↦ (x+1, 1−y) et b ∶ (x, y) ↦ (x, y +1). Montrer que tout élément
de G s’écrit de manière unique bn (b−1 a)m avec m, n ∈ Z. Montrer que G agit librement
et proprement, avec quotient compact, sur l’espace topologique localement compact
R2 . L’espace topologique quotient K = G/R2 est appelé la bouteille de Klein. Montrer
que la projection canonique R2 → K est un revêtement universel de K. Calculer le
groupe fondamental de K.
y
(x, 1)
(2) Montrer que la bouteille de Klein est (0, 1) (1, 1)
homéomorphe à l’espace topologique
quotient [0, 1]2 /R où R est la relation (1, 1 − y )
d’équivalence engendrée par la relation
(0, y) ∼ (1, 1 − y) et (x, 0) ∼ (x, 1) pour (0, y )
tous les x, y ∈ [0, 1].
(0, 0) (x, 0) (1, 0) x
(3) Notons M1 et M2 deux copies du ruban de Möbius ([0, 1] × [0, 1])/R, où R est la
relation d’équivalence engendrée par (1, t) ∼ (0, 1 − t), et f ∶ ∂M1 → ∂M2 l’application
identité. Montrer que la bouteille de Klein K est homéomorphe à l’espace M1 ∪f M2
recollement (voir l’exemple (5) après l’exercice E.A.111 de la partie A.2.6 de l’appendice
A) de deux rubans de Möbius par l’identité le long de leur bord.
(4) Montrer qu’il existe un revêtement à deux feuillets p du tore T2 sur K. Pour tout
x ∈ T2 , quelle est l’application p∗ ∶ π1 (T2 , x) → π1 (K, p(x)) ?
(5) (Utilise les définitions et résultats de la partie 3.1) Montrer que G admet comme
−1
présentation de groupes ⟨a, b ∣ a b a −1 = b⟩ et ⟨α, β ∣ α2 = β 2 ⟩. Montrer que G est
isomorphe au produit amalgamé Z ∗Z Z où les deux morphismes de Z dans Z sont
tous deux le morphisme de multiplication par 2. Quel est l’abélianisé de G, c’est-à-dire
68
le quotient de G par son sous-groupe dérivé [G, G] (engendré par les commutateurs
[x, y] = xyx−1 y −1 pour x, y ∈ G) ? Montrez que la bouteille de Klein n’a pas le même
type d’homotopie que le tore.
Exercice E.28. Soit B l’anneau hawaïen (voir l’exercice E.20), muni du point base x
commun à tous les cercles Sn pour n ∈ N. Pour tout cercle Sn de B, notons Xn l’espace
topologique obtenu par recollement en son point base d’une copie de B∖Sn sur chaque
point entier de R.
Xn
Exercice E.34. Soit G un groupe topologique connexe et localement connexe par arcs,
admettant un revêtement universel ̃ π∶G̃ → G. Fixons ̃ e∈̃ ̃
π −1 (e). Pour tous les x, y ∈ G,
soient γx et γy des chemins dans G̃ de ̃ e à x et y respectivement. Notons γxy l’unique
relèvement par ̃
π du chemin (̃ π ○ γy ) tel que γxy (0) = ̃
π ○ γx )(̃ e. Posons xy = γxy (1).
(1) Montrer que G ̃ est connexe par arcs. Vérifier que l’élément xy de G̃ ne dépend pas des
̃ ̃ ̃
chemins γx et γy . Montrer que l’application de G × G dans G définie par (x, y) ↦ xy
̃ Montrer que ̃
est une loi de groupes topologiques sur G. π est un morphisme de groupes
topologiques.
(2) Montrer que le noyau de ̃ π est un sous-groupe central de G, ̃ isomorphe au groupe
fondamental de G.
(3) Pour n ∈ {2, 3}, calculer les groupes fondamentaux des groupes topologiques GLn (R),
SLn (R) et PSLn (R) = SLn (R)/({± id} ∩ SLn (R)) en l’élément neutre. 42
Exercice E.35. Soit S2 la sphère unité des éléments t de l’espace euclidien usuel R3 tels
que ∥t∥ = 1, soit S3 la sphère unité des (z1 , z2 ) ∈ C2 tels que ∣z1 ∣2 + ∣z2 ∣2 = 1, et soit G le
π
sous-groupe des isométries de l’espace euclidien usuel C engendré par z ↦ ei 5 z et z ↦ z.
Pour g ∈ G, on note ϵ(g) = 1 si g est une rotation, et ϵ(g) = −1 sinon. Le groupe G agit à
gauche sur l’espace topologique produit X = S3 × S2 par
70
Exercice E.37. Soit C l’ensemble des couples (p, q) ∈ C2 tels que 4p3 +27q 2 ≠ 0. Rappelons
que, pour tout (p, q) ∈ C, l’équation X 3 +pX+q = 0 admet trois racines complexes distinctes.
Notons
B = {(p, q, x) ∈ C × C ∶ x3 + px + q = 0} et
A = {(x, y, z) ∈ C3 ∶ x + y + z = 0, x ≠ y ≠ z ≠ x} .
Notons π ∶ A → B l’application (x, y, z) ↦ (p, q, x) où p et q sont définis par l’égalité
suivante de polynômes complexes à une indéterminée
X 3 + pX + q = (X − x)(X − y)(X − z) .
Montrer que C et S3 ∖K ont le même type d’homotopie. Montrer que K est homéo-
morphe au cercle S1 = {(z, w) ∈ S3 ∶ w = 0}, mais que S3 ∖K et S3 ∖S1 ne sont pas
homéomorphes.
71
(3) Ceci découle de la continuité de l’application déterminant (et du fait que les single-
tons sont fermés dans C et R).
(4) Ceci découle du fait que les coefficients du produit de deux matrices sont des
polynômes (quadratiques) en les coefficients des deux matrices, du fait que les coefficients
de l’inverse d’une matrice inversible sont des fractions rationnelles, de dénominateurs ne
s’annulant pas, des coefficients de la matrice, et du fait qu’un ouvert (par la question (3))
d’un espace localement compact (par la question (2)) est encore localement compact.
(5) Le fait que ce sont des sous-groupes de GLn (C) est bien connu, et le fait qu’ils soient
fermés découle de la continuité des applications partie imaginaire, déterminant, x ↦ xx∗
et x ↦ x t x, toutes à valeurs dans un espace topologique séparé, donc à singletons fermés.
(7) Les applications t mod Z ↦ e2iπ t de R/Z dans S1 , θ mod Z ↦ ( cos θ − sin θ
sin θ cos θ ) de R/Z
dans SO(2) et z ↦ (z) de S1 dans U(1) sont clairement des isomorphismes de groupes
topologiques.
(8), (9) et (10) Voir par exemple [Pau5, §3.5]
Correction de l’exercice E.16. (1) Par la décomposition polaire (exercice E.15 (10)),
nous avons vu que l’application de H ++ × SU(n) dans GLn (C) définie par (x, y) ↦ xy est
√ √ −1
un homéomorphisme d’inverse l’application x ↦ ( x x∗ , x x∗ x). Donc l’application
de H dans GLn (C)/ SU(n), induite par passage au quotient de l’inclusion de H ++ dans
GLn (C), est une bijection continue, d’inverse l’application induite
√ par passage au quotient
de l’application continue de GLn (C) dans H ++ définie par x x∗ . Comme l’application
exponentielle est un homéomorphisme de H sur H ++ (voir loc. cit.), et puisque H est un
espace vectoriel réel de dimension n2 , nous obtenons que GLn (C)/ SU(n) est homéomorphe
2
à Rn . Les autres résultats se démontrent de même.
(2) Puisque SO(n) est le stabilisateur du point (1, 0, . . . , 0) pour l’action par rotation
de SO(n + 1) sur la sphère Sn , l’application orbitale g ↦ g(1, 0, . . . , 0) de SO(n + 1) dans
Sn induit par passage au quotient une bijection continue de SO(n + 1)/ SO(n) dans Sn .
Puisque l’espace topologique Sn est séparé et par l’exercice E.A.107 (2) de l’appendice
A, l’espace topologique quotient SO(n + 1)/ SO(n) est séparé. Donc puisque SO(n + 1)
est compact et la projection canonique SO(n + 1) → SO(n + 1)/ SO(n) continue, l’espace
SO(n + 1)/ SO(n) est compact. 43 Puisqu’une bijection continue entre espaces compacts est
un homéomorphisme, les espaces SO(n + 1)/ SO(n) et Sn sont homéomorphes.
(3) La diagonale ∆ de X × X est fermée car X est séparé (voir l’exercice E.A.119 de
la partie A.5 de l’appendice A). Pour tout (x, y) ∈ X × X, comme l’action de G sur X est
continue, l’ensemble K des éléments g ∈ G tels que gx = y, qui est l’image réciproque de ∆
par l’application continue g ↦ (gx, y) de G dans X×X, est fermé dans G, donc compact. Par
conséquent, comme G × X est séparé, l’image réciproque {(g, x) ∈ G × X ∶ gx = y} = K × {x}
du point (x, y) de X × X par l’application graphe gr est compact.
Il reste à montrer que l’application gr est fermée, ce que nous admettrons.
Correction de l’exercice E.17. Puisque X est connexe par arcs, soit c un chemin dans
X entre x et y. Alors p ○ c est un lacet en b, et nous avons p ○ c = p ○ c. Rappelons que
43. Le résultat découle aussi du corollaire 2.7, car SO(n) est un sous-groupe fermé du groupe compact
SO(n + 1).
72
l’application ϕc ∶ π1 (X, y) → π1 (X, x) définie par [α] ↦ [c ⋅ α ⋅ c] est un isomorphisme de
groupes par la proposition 1.3. Pour tout lacet α en y dans X, nous avons
La conjugaison par l’élément [p○c] de π1 (B, b) envoie donc p∗ π1 (X, y) surjectivement dans
p∗ π1 (X, x).
Correction de l’exercice E.18. Rappelons la définition et les propriétés du degré d’une
application continue f ∶ S1 → S1 , avec une présentation différente (et plus courte, mainte-
nant que nous avons plus de résultats à notre disposition).
(1) Si f̃ ∶ R → R est un relèvement (total) de f par le revêtement π ∶ R → S1 défini
par t ↦ e2iπt (c’est-à-dire un relèvement par π de l’application continue f ○ π ∶ R → S1
définie sur un espace simplement connexe et localement connexe par arcs, qui existe par le
théorème 2.27), alors le degré de f est défini comme
Ceci ne dépend pas du choix du relèvement f̃, car les fibres de π sont les orbites par
translations entières dans R et donc deux relèvements diffèrent d’une translation entière
par le corollaire 2.12 (1).
(2) En particulier
deg(p ∶ z ↦ z n ) = n
car l’application t ↦ nt est un relèvement de z ↦ z n . Pour tout θ ∈ R, nous avons
deg(z ↦ eiθ z) = 1 ,
car t ↦ t + θ
2π est un relèvement de z ↦ eiθ z.
(3) Nous avons
deg(f ○ g) = (deg f )(deg g) . (4)
En effet, si f̃ est un relèvement de f , alors f̃(t + 1) = f̃(t) + deg f pour tout t ∈ R, car
l’application t ↦ f̃(t + 1) − f̃(t) est continue et à valeurs dans l’espace discret Z, donc
constante. Donc f̃(t ± k) = f̃(t) ± k deg f par récurrence sur k ∈ N. Notons que f̃○ ̃
g∶R→R
est un relèvement de f ○ g car π ○ f̃○ ̃ g = f ○π ○̃
g = f ○ g ○ π. Donc
deg(f ○ g) = f̃○ ̃
g (1) − f̃○ ̃
g (0) = f̃(̃
g (0) + deg g) − f̃(̃
g (0)) = (deg f )(deg g) .
73
l’application ψ ○ f∗ ○ ψ −1 ∶ Z → Z est l’application de multiplication par deg f , c’est-à-dire
que le diagramme suivant est commutatif.
× deg f
Z Ð→ Z
ψ
↑ ↑ ψ
f∗
π1 (S1 , 1) Ð→ π1 (S1 , 1) . (5)
Ceci montre en particulier que le degré de f défini dans cet exercice E.18 coïncide avec
celui défini dans l’exercice E.12.
Pour tout k ∈ Z, le chemin αk ∶ [0, 1] → S1 défini par t ↦ e2iπkt est un lacet dans S1 tel
̃k ∶ t ↦ kt est l’unique relèvement de α par π d’origine
que 0 ⋅ [αk ] = k. En effet, le chemin α
0. Donc ψ([αk ]) = α ̃k (1) = k. Si f est le relèvement (total) de f tel que f̃(0) = 0 (ce qui
̃
est possible car f (1) = 1), alors le chemin f̃○ α ̃k est le relèvement du lacet f ○ αk d’origine
0, donc
ψ(f∗ [αk ]) = ψ([f ○ αk ]) = f̃○ α
̃k (1) = f̃(k) = k deg f
Par conséquent, nous obtenons bien que ψ ○ f∗ ○ ψ −1 (k) = k deg f .
Après ces rappels, supposons qu’une application continue f ∶ S1 → S1 admette un
relèvement u ∶ S1 → S1 par le revêtement p ∶ z ↦ z n . Alors f = p ○ u et par les rappels (3)
et (2) ci-dessus, nous avons
Correction de l’exercice E.20. L’espace topologique B est compact (car fermé borné)
et connexe par arcs (car tout point x ∈ B peut être joint par un arc du cercle Sn contenant
x au point (0, 0)). Il est localement connexe par arcs, car tout point différent de (0, 0) a
un voisinage homéomorphe à un intervalle, et tout voisinage de 0 contient un voisinage qui
se rétracte par déformation forte sur une copie homothétique de B.
Montrons qu’il n’est pas semilocalement simplement connexe. Pour tout voisinage V
de (0, 0), pour tout n assez grand, le cercle Sn est contenu dans V . Considérons pour tout
n assez grand l’application continue f de B dans Sn qui vaut l’identité en restriction à
Sn , et est constante valant (0, 0) sur tout cercle Sk avec k ≠ n. En identifiant de manière
usuelle C et R2 , si le lacet γ ∶ t ↦ n+1
1
− n+1
1
e2iπt de point base (0, 0) était homotope à
un chemin constant dans B, alors son image f ○ γ serait homotope à un chemin constant
dans Sn . Or la classe d’homotopie du lacet f ○ γ est un générateur du groupe fondamental
π1 (Sn , (0, 0)), qui est isomorphe à Z, donc est non trivial. Ceci montre que l’anneau ha-
waïen B n’est pas semilocalement simplement connexe, et en particulier n’admet pas de
revêtement simplement connexe.
75
(z, s) ↦ z 1−s = e(1−s) ln z , en utilisant la détermination principale du logarithme ln (qui est
continue sur C∖] − ∞, 0]).
Montrons enfin que l’espace B n’admet pas de revêtement universel. Pour tout n ∈ N,
considérons le revêtement p′n ∶ Xn → B à deux feuillets construit de la manière suivante.
Considérons An l’espace topologique B ∖(Sn ∖{(0, 0)}) obtenu en enlevant à B le cercle
Sn sauf son point (0, 0). L’espace topologique Xn est obtenu en recollant au cercle S1 une
copie de An en 1 et une copie de An en −1, voir la figure ci-dessous.
L’application continue p′n ∶ Xn → B est l’application qui vaut l’identité sur chaque copie
de An , et qui vaut sur le cercle S1 le revêtement de degré 2 de S1 dans Sn (défini par
z ↦ n+11
− n+1 z , qui envoit ±1 sur (0, 0)). En tant qu’homéomorphisme local dont toutes
1 2
les fibres sont de cardinal 2, l’application p′n est un revêtement à deux feuillets (voir la
proposition 2.3).
Supposons par l’absurde qu’il existe un revêtement universel ̃ π ∶B̃ → B. Soit V un
voisinage distingué de (0, 0) pour ̃π . Soit n assez grand tel que Sn soit contenu dans V .
Montrons que le revêtement ̃ π ne factorise pas par le revêtement p′n , ce qui contredit la
propriété universelle des revêtements universels (voir le début de la partie 2.12). En effet,
tous les relèvements par ̃π du lacet γ ∶ t ↦ n+1
1
− n+1
1 2iπt
e parcourant le cercle Sn sont des
lacets, puisque V est un voisinage distingué pour ̃π contenant Sn , alors qu’aucun relèvement
de γ par pn n’est un lacet.
76
Par le théorème 2.46, les revêtements connexes du cercle S1 sont donc, à isomorphisme
près, son revêtement universel R → S1 défini par t ↦ e2iπt , et ses revêtements à n feuillets
S1 → S1 définis par z ↦ z n pour n ∈ N∖{0}. Ils sont tous galoisiens.
Correction de l’exercice E.22. (1) Si V est un ouvert distingué du revêtement p et si
h ∶ V × D → p−1 (V ) est une trivialisation locale de p au-dessus de V , alors U ∩ V est un
ouvert distingué de p∣p−1 (U ) et h∣(U ∩V )×D ∶ (U ∩ V ) × D → p−1 (U ∩ V ) est une trivialisation
locale de p∣p−1 (U ) au-dessus de V .
(2) Soient V et V ′ des ouverts distingués de p et p′ , et soient h ∶ V × D → p−1 (V )
−1
et h′ ∶ V ′ × D′ → p′ (V ′ ) des trivialisations locales de p et p′ au-dessus de V et V ′
respectivement. Notons que l’espace topologique produit D × D′ est encore discret. Alors
V × V ′ est un ouvert distingué de p × p′ et l’application de (V × V ′ ) × (D × D′ ) dans
−1
p−1 (V ) × p′ (V ′ ) = (p × p′ )−1 (V × V ′ ) définie par ((x, x′ ), (d, d′ )) ↦ (h(x, d), h′ (x′ , d′ )) est
une trivialisation locale de p × p′ au-dessus de V × V ′ .
Montrons que l’application de RN dans (S1 )N définie par (tn )n∈N ↦ (e2iπtn )n∈N n’est
pas un homéomorphisme local, donc n’est pas un revêtement. Nous pointons S1 en 1 et
(S1 )N en la suite constante (1)n∈N . Soit V un voisinage ouvert de cette suite constante
(1)n∈N dans (S1 )N . Pour tout n ∈ N, notons γn ∶ t ↦ (αi (t))i∈N le lacet dans (S1 )N où pour
tout t ∈ [0, 1], nous avons αi (t) = 1 si i < n et αi (t) = e2iπt si i ≥ n. Par la définition de
la topologie quotient, il existe n ∈ N tel que le lacet γn soit contenu dans V . Le lacet γn
n’est pas homotope au lacet constant dans (S1 )N , sinon prn ○ γn serait homotope au lacet
constant dans S1 , ce qui n’est pas le cas puisque sa classe d’homotopie engendre π1 (S1 , 1).
Donc (S1 )N n’est pas localement contractile. Or l’espace vectoriel topologique produit RN
l’est : pour tout voisinage U de la suite constante (0)n∈N dans RN , il existe N ∈ N et ϵ > 0
tel que le voisinage ouvert contractile (car étoilé) ∏i∈N Ui de (0)n∈N , où Ui = ] − ϵ, +ϵ[ si
0 ≤ i ≤ N et Ui = R si i > N , soit contenu dans U . Donc RN et (S1 )N ne sont pas localement
homéomorphes.
(3) Soit V un ouvert distingué à la fois pour p et pour p′ (ce qui est possible par
−1
intersection). Soient h ∶ V × D → p−1 (V ) et h′ ∶ V × D′ → p′ (V ) des trivialisations
′
locales de p et p au-dessus de V respectivement. Notons que l’espace topologique produit
D × D′ est encore discret. Alors V est encore un ouvert distingué de π et l’application
−1
de V × (D × D′ ) dans π −1 (V ) = {(x, x′ ) ∈ p−1 (V ) × p′ (V ) ∶ p(x) = p(x′ )} définie par
(y, (d, d )) ↦ (h(y, d), h (y, d )) est bien à valeurs dans X ×B X ′ et est une trivialisation
′ ′ ′
locale de π au-dessus de V .
Correction de l’exercice E.23. (1) Soient x et x′ deux points distincts de X. Si
p(x) ≠ p(x′ ), comme B est séparé, il existe des voisinages ouverts disjoints U et V de
p(x) et p(x′ ) respectivement dans B. Puisque p est continue, les parties p−1 (U ) et p−1 (V )
sont des voisinages ouverts disjoints de x et x′ respectivement dans X.
Si p(x) = p(x′ ), considérons un voisinage ouvert distingué V de p(x) dans B et une
trivialisation locale θ ∶ V × D → p−1 (V ) de p au-dessus de V . Puisque x ≠ x′ et comme il
existe un et un seul point de la préimage de p(x) dans chaque « tranche » au-dessus de
V , il existe d ≠ d′ dans D tels que x ∈ θ(V × {d}) et x′ ∈ θ(V × {d′ }). Alors θ(V × {d}) et
θ(V × {d′ }) sont des voisinages ouverts disjoints de x et x′ respectivement dans X. Donc
X est séparé.
(2) Soit (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de X. Pour tout x ∈ B, puisque les fibres de
p sont finies, il existe une partie finie I(x) de I telle que la fibre p−1 (x) soit contenue
77
dans ⋃i∈I(x) Ui . Puisque p est un revêtement, il existe Vx un voisinage ouvert de X tel que
p−1 (Vx ) soit contenue dans ⋃i∈I(x) Ui . Par la compacité de B, il existe une partie finie F
de B telle que B = ⋃x∈F Vx . Alors (Ui )i∈⋃x∈F I(x) est un sous-recouvrement fini de (Ui )i∈I .
Correction de l’exercice E.24. Notons π la projection canonique G → H/G. Si H/G est
séparé, alors le singleton {He} dans H/G est fermé, et puisque l’application π est continue,
sa préimage π −1 ({He}) = H est fermée dans G.
Réciproquement, si le sous-groupe H est fermé dans G, montrons que la diagonale
∆ = {(x, y) ∈ H/G × H/G ∶ x = y} de H/G × H/G est fermée. Par l’exercice E.A.107 (1)
de la partie A.5 de l’appendice A, ceci montrera que H/G est séparé. Par la définition de
la topologie quotient et les propriétés de la topologie produit, la partie ∆ de H/G × H/G
est fermée si et seulement si sa préimage par l’application π × π ∶ G × G → H/G × H/G est
fermée. Or
qui est fermé car H est fermé et l’application (g, g ′ ) ↦ g ′ g −1 de G × G dans G est continue.
√
Les fibres de la projection
√ canonique R → R/(Z + 2 Z), qui sont les translatés du
sous-groupe dense Z + 2 Z de R, sont toutes denses. Donc le résultat découle de l’exercice
E.A.108 de la partie A.2.6 de l’appendice A.
Correction de l’exercice E.25. (1) Le groupe SL2 (R) est fermé dans l’espace topolo-
gique usuel R4 donc localement compact, et son sous-groupe fini {±Id} (égal à son centre
et distingué, par ailleurs) agit librement par translations à droite sur SL2 (R). Donc la pro-
jection canonique SL2 (R) → PSL2 (R) est un revêtement à deux feuillets (voir le corollaire
2.9).
2
(2) De même, le groupe SLn (C) est fermé dans Cn donc localement compact, et son
sous-groupe fini Un Id d’ordre n (égal à son centre et distingué, par ailleurs) agit librement
par translations à droite sur SLn (C). Donc la projection canonique SLn (C) → PSLn (C)
est un revêtement à n feuillets (voir le corollaire 2.9).
avons 1 = ad − bc = λ(∣a∣2 + ∣c∣2 ) = λ donc λ = 1. Nous avons bien montré que A appartient
à l’image de ψ.
(2) Pour tout M ∈ M2 (C), notons M ∗ = t M sa matrice adjointe. Pour la culture (voir
par exemple [Pau1, Pau4]), l’espace vectoriel réel V est appelé l’algèbre de Lie du groupe
de Lie réel SU(2), et noté su(2).
78
Posons
0 i 0 −1 i 0
ξ1 = ( ), ξ2 = ( ), ξ3 = ( ).
i 0 1 0 0 −i
Toute matrice X de V , étant anti-hermitienne de trace nulle, s’écrit de manière unique
i x3 −x2 + i x1
X =( ) = x1 ξ1 + x2 ξ2 + x3 ξ3
x2 + i x 1 −i x3
où x1 , x2 , x3 sont des nombres réels. Donc V est un espace vectoriel réel, ayant pour base
(ξ1 , ξ2 , ξ3 ). Il est immédiat que l’application (X, Y ) ↦ ⟨X, Y ⟩ est une forme bilinéaire. Un
calcul élémentaire utilisant les coordonnées ci-dessus montre que
⟨X, X⟩ = x21 + x22 + x23 .
Donc ⟨⋅, ⋅⟩ est un produit scalaire euclidien sur V , rendant la base (ξ1 , ξ2 , ξ3 ) orthonormée.
Pour tous les A ∈ SU(2) et X ∈ V , nous avons (AXA−1 )∗ = (A∗ )−1 X ∗ A∗ = −AXA−1
et tr(AXA−1 ) = tr X = 0. Par conséquent AXA−1 ∈ V . L’application Ad A ∶ X ↦ AXA−1
de conjugaison par A est linéaire et inversible d’inverse Ad(A−1 ). Comme nous avons
Ad(AB) = (Ad A) ○ (Ad B), l’application Ad ∶ A ↦ Ad A est un morphisme de groupes de
SU(2) dans GL(V ).
Pour tous les A ∈ SU(2) et X, Y ∈ V , puisque A−1 = A∗ et puisque (U V )∗ = V ∗ U ∗ et
tr(U V ) = tr(V U ) pour tous les U, V ∈ M2 (C), nous avons
1 1
⟨Ad A(X), Ad A(Y )⟩ = tr((A∗ )−1 X ∗ A∗ AY A−1 ) = tr(X ∗ Y ) = ⟨X, Y ⟩ .
2 2
(3) Considérons l’application Φ de SU(2) dans GL3 (R) qui à A associe la matrice de
Ad A dans la base (ξ1 , ξ2 , ξ3 ). Elle est polynomiale en les coefficients, donc continue. Par la
question (2) ci-dessus, l’image de Φ est contenue dans le groupe orthogonal O(3). Comme
SU(2) est connexe (car homéomorphe à la sphère S3 par la question (1) précédente) et
puisque Φ est continue, son image est en fait contenue dans la composante connexe de
l’élément neutre dans O(3), qui est SO(3) (voir l’exercice E.15 (9)).
Le noyau Ker Ad de Ad est
{g ∈ SU(2) ∶ ∀ X ∈ V, gXg −1 = X} .
En prenant X = ξ3 , qui est diagonale à valeurs propres distinctes, nous obtenons que tout
a 0
élément de Ker Ad est diagonal, donc de la forme ( ) avec ∣a∣ = 1. En prenant X = ξ2 ,
0 a
nous obtenons que a = a est réel, donc a = ±1, d’où Ker Ad est contenu dans {± id}.
L’inclusion réciproque étant immédiate, nous avons Ker Ad = {± id}. Donc Ker Φ = {± id},
qui est d’ordre 2.
⎛ei 2 0 ⎞
θ
79
élément de SU(2). Un petit calcul élémentaire montre que
⎛ cos θ sin θ 0⎞
Ainsi, Φ(A) = ⎜− sin θ cos θ 0⎟ est la rotation d’angle θ modulo 2π et d’axe celui des
⎝ 0 0 1⎠
dernières coordonnées (en choisissant bien les orientations).
Par le théorème de diagonalisation en base orthonormée des matrices anti-hermitiennes
(voir par exemple le corollaire 1.15 (1) de [Pau5]), pour tout X ∈ V non nul, il existe un
λi 0
élément P ∈ U(2) et λ ∈ R∖{0} tel que P XP −1 = ( ) = λξ3 . Nous pouvons supposer
0 −λi
que P appartienne à SU(2) quitte à multiplier P par une homothétie de rapport de module
1. En particulier, pour toute rotation R d’axe RX dans l’espace euclidien V , il existe
P ∈ SU(2) tel que Ad(P )R Ad(P )−1 soit une rotation d’axe Ad(P )(RX) = Rξ3 . Comme
vu ci-dessus, il existe A ∈ SU(2) tel que Ad(P )R Ad(P )−1 = Ad(A). Donc R = Ad(P −1 AP )
appartient à l’image de Ad. Ceci montre la surjectivité de Φ.
Enfin, le groupe fini Ker Φ = {± id} agit librement par translations (à droite ou à
gauche, il est central dans SU(2)...) sur l’espace topologique compact SU(2). Nous pouvons
appliquer la proposition 2.9. L’espace topologique quotient SU(2)/{± id} est donc séparé, et
par conséquent compact car SU(2) l’est. La projection canonique π ∶ SU(2) → SU(2)/{± id}
est donc un revêtement à deux feuillets. Le morphisme de groupes Φ ∶ SU(2) → SO(3),
qui est continu et surjectif, passe au quotient modulo son noyau en une bijection continue
Φ ∶ SU(2)/{± id} → SO(3) entre espaces compacts, qui est donc un homéomorphisme.
Par conséquent, l’application Φ ○ π ∶ SU(2) → SO(3) est un revêtement à deux feuillets.
C’est un revêtement universel par la proposition 2.41, car SU(2), étant homéomorphe à S3
par la question (1), est simplement connexe.
(4) Le groupe fondamental de l’espace topologique SO(3), qui admet un revêtement
galoisien par l’espace séparé et simplement connexe SU(2) de groupe {± id}, est donc
isomorphe à Z/2Z par le corollaire 2.24.
Correction de l’exercice E.27. (1) Notons que le groupe G est engendré par les deux
éléments b et b−1 a ∶ (x, y) ↦ (x + 1, −y). Pour tout ϵ ∈ {±1}, nous avons
et
(b−1 a)−1 bϵ = b−ϵ (b−1 a)−1 ∶ (x, y) ↦ (x − 1, −y − ϵ) .
Pour tous les ϵ = ±1 et m, n ∈ Z, nous avons donc bn (b−1 a)m bϵ = bn+ϵ(−1) (b−1 a)m . Donc
m
par récurrence sur la longueur d’un mot en des puissances de b−1 a et de b représentant
un élément de G, tout élément de G s’écrit bn (b−1 a)m ∶ (x, y) ↦ (x + m, (−1)m y + n) pour
m, n ∈ Z. Une telle écriture est clairement unique.
Le groupe G muni de la topologie discrète, étant un sous-groupe du groupe des isomé-
tries affines du plan affine réel R2 , agit continuement sur R2 . Pour tous les x, y ∈ R, puisque
(x + m, (−1)m y + n) = (x, y) si et seulement si m = n = 0, l’action est libre.
Notons pri ∶ R × R → R la projection canonique sur le i-ème facteur, pour i = 1, 2.
Si C est un compact de R2 , l’application de l’espace topologique compact C × C dans R
80
définie par (z, z ′ ) ↦ pr1 (z) − pr1 (z ′ ) est continue à valeur dans un espace séparé, donc
d’image C1 compacte. De même, l’image C2± par (z, z ′ ) ↦ pr2 (z) ± pr2 (z ′ ) est un compact
de R. S’il existe (x, y), (x′ , y ′ ) ∈ C tels que (x + m, (−1)m y + n) = (x′ , y ′ ), alors nous avons
m = x′ − x ∈ C1 et n ∈ C2− ∪ C2+ . Puisque Z est discret et puisque les parties compactes d’un
espace discret sont ses parties finies, il n’existe qu’un nombre fini d’éléments (m, n) ∈ Z2
tels que bn (b−1 a)m C ∩ C ≠ 0. Donc l’action est propre.
Par le théorème 2.8 (3), la projection canonique ̃ π ∶ R2 → K est un revêtement. Par
2
la proposition 2.41, puisque R est contractile, donc simplement connexe, la projection
canonique R2 → K est un revêtement universel. Par le corollaire 2.24, le groupe fondamental
de la bouteille de Klein (pour un choix indifférent de point base x ∈ K) est isomorphe au
groupe G :
π1 (K, x) ≃ G .
(2) Par la définition de la relation d’équivalence R, l’inclusion de [0, 1]2 dans R2 induit
par passage au quotient une bijection continue ψ de [0, 1]2 /R dans G/R2 .
En considérant des petits disques aux points (x, 1)
(0, 1) (1, 1)
de l’intérieur du carré [0, 1]2 , ou deux petits
demi-disques aux paires de points du bord de (1, 1 − y )
[0, 1]2 identifiés par R, ou quatre quarts de pe-
tits disques aux sommets du carré [0, 1]2 , il est
élémentaire de vérifier que deux points du carré (0, y )
qui ne sont pas dans la même classe d’équiva-
lence de R ont des voisinages saturés disjoints. (0, 0) (x, 0) (1, 0)
Donc l’espace topologique quotient [0, 1]2 /R est séparé, image du compact [0, 1]2 , donc
compact. La bijection continue ψ entre deux espaces compacts est un homéomorphisme.
(3) Question non traitée.
(4) Soit H le sous-groupe d’indice 2 de G engendré par les deux éléments
K T2
(2) Soit Zn l’espace topologique (représenté par le dessin ci-dessus) obtenu par recol-
lement en les deux points 1 et −1 du cercle S1 d’une copie de B∖(Sn ∪ S0 ). De manière
similaire à la construction du revêtement pn dans l’exercice E.28 (1), pour tout n ∈ N∖{0},
il existe un revêtement p′′n de l’anneau hawaïen B∖S0 privé de son cercle extérieur par l’es-
pace topologique Zn , tel que la restriction de p′′n à chacune des deux copies de B∖(Sn ∪ S0 )
soit un homéomorphisme sur son image B∖(Sn ∪ S0 ), et la restriction de p′′n à S1 soit un
revêtement à deux feuillets de Sn .
82
Notons q = p0 ∶ Y = X0 → B le revêtement construit dans l’exercice E.28 (1) pour
n = 0. Considérons l’espace topologique X (représenté par le dessin ci-dessus) obtenu en
prenant l’espace topologique somme disjointe des espaces Zn pour n ∈ N∖{0}, recollée sur la
somme disjointe de deux droites comme indiqué sur le dessin ci-dessus. Notons p ∶ X → Y
l’application qui sur chacune des deux copies de la droite dans X est l’identité sur la copie
de la droite dans Y , et vaut p′′n sur chaque Zn pour n ∈ N∖{0}. Alors p est un revêtement à
deux feuillets, mais p ○ q n’est pas un revêtement, car B contient des cercles arbitrairement
petits qui ne se relèvent pas en des lacets, et le point commun des cercles de B n’a pas de
voisinage distingué.
Correction de l’exercice E.30. Soit k ∈ N∖{0}. Nous allons montrer qu’il existe exac-
tement 2k − 1 classes d’isomorphisme de revêtements connexes à deux feuillets du bouquet
de k cercles, qui sont tous galoisiens (voir dessin ci-dessous lorsque k = 2).
revêtements
à 2 feuillets
83
revêtements
galoisiens
à 3 feuillets
revêtements
non galoisiens
à 3 feuillets
Si le revêtement est non galoisien, alors le relèvement total d’un des deux cercles orientés
du bouquet de deux cercles B est du second type. Si le revêtement est de plus connexe,
alors le relèvement total de l’autre cercle orienté de B est du second ou troisième type.
Il est alors facile de montrer qu’il y a trois classes d’isomorphismes de revêtements non
galoisiens connexes à trois feuillets du bouquet de 2 cercles, représentés sur la deuxième
figure de la correction de cet exercice E.30.
85
−2 −1 0 1 2
L’espace topologique X est connexe par arcs et localement compact. Le groupe discret Z
agit librement et proprement sur X par translations entières (l’élément k de Z envoie le
cercle recollé en n ∈ Z sur le cercle recollé en n + k par l’identité). L’espace topologique
quotient B = Z/X est homéomorphe au bouquet de deux cercles, dont nous notons ∗ le
sommet. Par la proposition 2.23, en notant p ∶ X → B la projection canonique, il existe
donc un morphisme de groupe surjectif de π1 (B, ∗) dans Z dont le noyau est p∗ π1 (X, 0).
En particulier, p∗ π1 (X, 0) est un sous-groupe distingué de π1 (B, ∗).
L’espace topologique X a le même type d’homotopie qu’un bouquet d’une infinité
dénombrable de cercles (en écrasant en un point la droite R sur laquelle nous avons recollés
tous les cercles). Donc son groupe fondamental est isomorphe au groupe libre L(Z) sur un
ensemble infini dénombrable (voir la démonstration de la proposition 2.25). Puisque p∗
est injective par le corollaire 2.16, puisque π1 (B, ∗) est isomorphe au groupe libre L(a, b),
nous avons bien montré que L(a, b) contient un sous-groupe distingué isomorphe à L(Z).
Plus précisément, soit a = [α] la classe d’homotopie du lacet α de B (faisant une fois
le tour d’un des deux cercles de B) qui se relève en un lacet α ̃0 d’origine 0 faisant une fois
le tour du cercle de X recollé en 0, et b = [β] celle qui ne se relève pas en un lacet. Alors
par relèvement de chemins, nous avons
β̃n
̃0
α ̃n
α
En effet, pour tout n ∈ Z, soit α ̃n le relèvement de α d’origine n faisant une fois le tour du
cercle de X recollé en n. Soit β̃n le relèvement d’origine 0 de la concaténation β ⋅ β ⋅ ... ⋅ β
de n copies de β si n > 0, et la concaténation β ⋅ β ⋅ ... ⋅ β de −n copies de β si n < 0. Par
convention, β̃0 est le chemin constant en 0 dans X. Voir la figure ci-dessus. Alors nous
avons [p ○ (β̃n ⋅ α
̃n ⋅ β̃n )] = bn ab−n pour tout n ∈ Z.
−2 −1 0 1 2
86
Considérons l’espace topologique Y (voir dessin ci-dessous) égal au graphe de Cayley
T = Cay(L(a, b), {a, b}) du groupe libre de partie génératrice standard {a, b} où une copie
de la sphère S2 a été recollée en chaque sommet.
b2
ba−1 ba
b
a−1 b ab
a2 b
a−2 a −1 a2
e a a3
a2 b−1
−1 −1
a b
b−1
Puisque S2 est simplement connexe, les espaces topologiques X et Y sont connexes par
arcs, localement contractiles et simplement connexes. L’action par translations entières de
Z sur R, et l’action du groupe libre L(a, b) sur T , étendues par l’identité entre les copies
des sphères, est une action propre et libre de ces groupes sur ces espaces topologiques, dont
les quotients s’identifient à S1 ∨ S2 et S1 ∨ S1 ∨ S2 . Donc X et Y sont les espaces totaux de
revêtements universels de S1 ∨ S2 et de S1 ∨ S1 ∨ S2 .
H ↦ {̃ ̃i → Bi }
πH ∶ H/B
Nous laissons montrer au lecteur que les espaces topologiques quotients R2 /Z(p, q) sont
homéomorphes à l’anneau R × S1 , les espaces topologiques quotients R2 /(Z(a, b) + Z(c, d))
sont homéomorphes au tore T2 , et le revêtement R2 /(Z(a, b) + Z(c, d)) → R2 /Z2 = T2 est
un revêtement à ∣ad − bc∣ feuillets.
● Nous avons clairement H2 = {{0}, G2 = Z/2Z}.
● Nous avons clairement H3 = {{0}, Up′ ∶ p′ ∈ N∖{0}, p′ ∣ p}.
● Nous avons clairement H4 = {aZ ∶ a ∈ N}.
● Une présentation du groupe fondamental de la bouteille de Klein K est
G = ⟨a, b ∣ bab = a⟩
(voir l’exercice E.27 (5)). Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que
(1) Tout sous-groupe de G est de la forme
Hm,n = ⟨{am bn }⟩ pour m ∈ N et n ∈ Z (qui est le groupe trivial pour m = n = 0), ou
Hm,n,p = ⟨{am bn , bp }⟩ pour m, p ∈ N∖{0} et 0 ≤ n < p.
(2) Les sous-groupes Hm,n et Hm,n,p sont distingués si et seulement si m est pair.
(3) Les espaces topologiques quotients R2 /Hm,n sont homéomorphes à l’anneau ouvert
R × S1 si m est pair ou au ruban de Möbius ouvert si m est impair.
(4) Les espaces topologiques quotients R2 /Hm,n,p sont homéomorphes au tore T2 si m est
pair ou à la bouteille de Klein si m est impair.
π
Correction de l’exercice E.35. Nous notons r ∶ z ↦ ei 5 z, qui est une rotation d’angle
5 (donc d’ordre 10) et s ∶ z ↦ z qui est la symétrie par rapport à l’axe réel dans C.
π
(1) Le groupe G est le groupe des isométries d’un décagone régulier de C, donc est fini.
C’est le groupe diédral D20 d’ordre 20.
88
r∶z↦e5z
iπ
π
5
s∶z↦z
s○r
L’action de G sur X est libre, car si g ∈ G et g(z1 , z2 , t) = (z1 , z2 , t), alors ϵ(g)t = t et
le fait que t ∈ S2 soit non nul implique que g est une rotation, et comme z1 ou z2 est non
nul, g vaut l’identité. L’espace X est séparé (et même compact), et le groupe fini G agit
librement sur X, donc p est un revêtement par le corollaire 2.9.
Une sphère de dimension au moins 2 est simplement connexe par le corollaire 1.12.
L’espace X est donc simplement connexe, car produit d’espaces simplement connexes. Le
groupe fondamental de B en un point base b indifférent est donc isomorphe au groupe
d’automorphismes G du revêtement universel p :
π1 (B, b) ≃ G .
(2) Donnons la liste des sous-groupes de G, à conjugaison près. Comme G est d’ordre
20, ses sous-groupes sont d’ordre 1, 2, 4, 5, 10 ou 20. Soit H0 = G et H1 = {1} le sous-groupe
trivial. Les seuls éléments d’ordre 2 sont la symétrie centrale r5 et les symétries rsk pour
k ∈ J0, 9K. Les éléments rsk et rsk sont conjugués si et seulement si k et k ′ ont la même
′
parité. À conjugaison près, il y a donc exactement trois sous-groupes d’ordre 2, qui sont
89
d’isomorphisme de revêtements connexes de B. Donc les revêtements connexes de B sont,
à isomorphisme près, les pHk pour k ∈ J0, 9K. Ceux qui sont galoisiens sont les pHk où Hk
est distingué, c’est-à-dire
x1
x2
γ2
γ1 x3
xk
γk
s γ0
Considérons le tore comme le quotient du carré par le recollement des côtés opposés.
Fixons un sommet s du carré. Pour i ∈ J2, kK, nous notons γi un lacet issu de s, et dont
la composante connexe du complémentaire dans le carré ne contenant pas le bord (privé
de s), contient le point xi et seulement lui. Alors l’espace topologique T ∖{x1 , ... , xk } se
rétracte par déformation forte sur le bouquet de k + 1 cercles, qui est la réunion des images
des deux lacets γ0 et γ1 correspondant au bord du carré et des k −1 lacets γi pour i ∈ J2, kK.
Donc
π1 (T ∖{x1 , ... , xk }) = L([γ0 ], [γ1 ], [γ2 ], . . . , [γk ])
est un groupe libre à k + 1 générateurs.
(2) Les seuls points fixes du seul élément non trivial de G sont clairement les quatre
points (±1, ±1), que nous numérotons arbitrairement x1 , x2 , x3 , x4 . Le groupe fini G agit
donc librement sur le complémentaire de l’ensemble de ces points fixes, qui est un espace
topologique séparé (et même localement compact). Par le corollaire 2.9, la projection cano-
nique T∖{x1 , ... , x4 } → G/(T∖{x1 , ... , x4 }) est un revêtement. Par conséquent la restriction
π ∶ T ∖{x1 , ... , x4 } → S ∖{π(x1 ), ... , π(x4 )} est un revêtement.
(3) En représentant le tore comme un tore de révolution autour de l’axe vertical de
R , l’application (z, w) ↦ (z −1 = z, w−1 = w) est la composée des symétries orthogonales
3
(z, w) ↦ (z, w), et (z, w) ↦ (z, w) par rapport au plan horizontal et l’un des plans verticaux
de coordonnées. C’est donc la rotation d’angle π autour d’un axe de coordonnée horizontal.
90
x1 x2 x3 x4
Clop ! Clop !
Le quotient G/T est donc le quotient d’un cyclindre par la relation d’équivalence en-
gendrée par l’identification d’un point et de son conjugué sur chaque cercle du bord. Il
s’agit topologiquement de la sphère S2 .
Correction de l’exercice E.37. (1) Commençons par une remarque préliminaire. Soit
n n
P = ∑ ai X i = an ∏(X − xi )
i=0 i=1
un polynôme non constant de degré n à coefficient complexes, n’ayant que des racines
simples. Pour tout ϵ > 0, il existe δ > 0 tel que si supi ∣bi − ai ∣ < δ, alors le polynôme
Q = ∑ni=0 bi X i admet n racines distinctes y1 , ... , yn telels que supi ∣yi − xi ∣ < ϵ. (En effet, si γ
′
est le bord d’un petit disque centré en xi , alors l’indice ∫γ PP variant continuement en les
coefficients de P , et étant à valeurs entières, est localement constant en les coefficients de
P . De plus, cet indice est le nombre de racines simples contenues dans l’intérieur du petit
disque.)
Pour montrer que π, ρ et ρ○π sont des revêtements finis, il suffit de montrer que ce sont
des homéomorphismes locaux dont le cardinal des fibres est fini (non nul), et constant.
Les applications π, ρ sont continues, car polynomiales, et sont des homéomorphismes
locaux par la remarque préliminaire. Donc ρ ○ π est aussi un homéomorphisme local.
Par le rappel sur la condition pour que les racines d’un polynôme complexe de degré 3
ait trois racines distinctes, si (p, q, x) ∈ B, alors π −1 (p, q, x) contient deux points distincts
(x, y, z) et (x, z, y) où x, y, z sontles trois racines distinctes de X 3 + pX + q = 0 ; de même,
ρ−1 (p, q) contient exactement les trois points (p, q, x), (p, q, y) et (p, q, z). Donc π, ρ et ρ ○ π
sont des revêtements à respectivement 2, 3, 6 feuillets.
respectivement. Le chemin α1 est un lacet en (p, q, x), le chemin α2 a pour origine (p, q, y)
et extrémité (p, q, z), et le chemin α3 a pour origine (p, q, z) et extrémité (p, q, y). Donc
l’action de [α] ∈ π1 (C, a) sur la fibre ρ−1 (a) est la transposition voulue.
Comme l’image d’un groupe abélien par un morphisme de groupes est un groupe abé-
lien, et que S3 n’est pas abélien, on en déduit que π1 (C, a) n’est pas abélien.
(4) Tout revêtement à deux feuillets f ∶ Y → Z d’espace total Y connexe par arcs est
galoisien : si b ∈ Z et f −1 ({b}) = {u, v}, si β est un lacet en b, alors par unicité, le relèvement
de β d’origine u est un lacet si et seulement si celui d’origine v est un lacet. (Dans le cas
où B est localement connexe par arcs et semi-localemnt connexe par arcs, on peut aussi
utiliser la classification des revêtements connexes, en disant que tout sous-groupe d’indice
2 est distingué.) Donc π est galoisien, de groupe d’automorphismes Z/2Z.
Reprenons les notations de la question précédente. Puisque α admet un relèvement qui
est un lacet et un relèvement qui ne l’est pas, le revêtement ρ n’est pas galoisien. Comme
tout automorphisme de revêtements permute les relevés d’un lacet, et puisque α admet un
unique relèvement qui est un lacet, tout automorphisme de revêtements de ρ fixe le point
(p, q, x), donc est trivial car B est connexe par arcs. Donc le groupe des automorphismes
de revêtements de ρ est trivial.
Le groupe fini S3 agit continuement et librement par permutation des coordonnées
sur A. De plus, cette action est par automorphismes de revêtements pour ρ ○ π (permuter
les racines d’un polynôme ne change pas ses coefficients). Par un résultat du cours, si
f ∶ A → S3 /A est la projection canonique, alors l’application ρ ○ π induit une application
continue g ∶ S3 /A → C qui est un revêtement. De plus, g est un revêtement à un feuillet,
car S3 agit transitivement sur toute fibre de ρ ○ π, donc g est un homéomorphisme. Nous
en déduisons que ρ ○ π est un revêtement galoisien, de groupe d’automorphismes de revê-
tements le groupe (isomorphe à S3 ) des permutations des coordonnées.
(5) Si a, b > 0, alors l’équation at6 + bt4 − 2 = 0 admet une et une seule solution t = t(a, b)
strictement positive. En effet, en posant u = t2 et f (u) = au3 +bu2 −2, alors les racines de f ′
sont u = 0 et u = − 3a2b
< 0, donc f est strictement croissante entre 0 et +∞, et f (0) = −1 < 0.
De plus, par un argument déjà vu, t(a, b) dépend continuement de a, b.
L’application (p, q) ↦ (z, w) = ( p3 , i 2q ) est un homéomorphisme de C2 dans lui-même,
envoyant C sur le complémentaire de la courbe complexe d’équation z 3 = w2 . L’application
92
(z, w) ↦ (t2 z, t3 w) où t = t(∣w∣2 , ∣z∣2 ) induit une rétraction par déformation forte de C sur
S3 ∖K (noter que ∣w∣2 > 0 et ∣z∣2 > 0 si (p, q) ∈ C). Donc C et S3 ∖K ont le même type
d’homotopie.
L’application de S1 dans K qui à eiθ associe (e2iθ , e3iθ ) est un homéomorphisme, d’in-
verse (z, w) ↦ wz .
Par la projection stéréographique par rapport à un point de S1 , l’espace S3 ∖ S1 est
homéomorphe au complémentaire d’une droite dans R3 , qui se rétracte par déformation
forte sur un plan privé d’un point. Donc le groupe fondamental de S3∖S1 est isomorphe à Z,
qui est abélien. Or le groupe fondamental de S3 ∖K est isomorphe au groupe fondamental
de C, qui est non abélien par la question (3). Donc π1 (S3 ∖K) et π1 (S3 ∖S1 ) ne sont pas
isomorphes, ce qui implique que S3 ∖K et S3 ∖S1 ne sont pas homéomorphes.
93
3 Présentation de groupes fondamentaux
3.1 Propriétés universelles sur les groupes
Nous renvoyons à l’appendice B pour des rappels de théorie des groupes, dont les
définitions de groupes libres (et en particulier leur propriété universelle) et de présentations
de groupe.
i ∈ I. Donc Θ = idG par l’unicité dans la propriété universelle ci-dessus. Par conséquent
̃ = ψ, ce qui montre l’unicité de l’isomorphisme de paires ψ.
ψ
Soit L = L(∐i∈I Gi ) le groupe libre sur l’ensemble somme disjointe des ensembles Gi
pour i ∈ I. Par la propriété universelle du groupe libre L(Gi ), l’inclusion Gi → ∐i∈I Gi
induit un morphisme canonique injectif L(Gi ) → L, par lequel nous identifions L(Gi ) à un
sous-groupe de L. Notons πi ∶ L(Gi ) → Gi le morphisme canonique surjectif (venant par
la propriété universelle du groupe libre L(Gi ) du fait que la partie Gi engendre le groupe
Gi ), et N = ⟨⟨A⟩⟩ le sous-groupe distingué de L engendré par la réunion A de ⋃i∈I Ker πi et
de l’ensemble des x−1 f (x) pour i, j ∈ I, x ∈ Gi et f ∈ Fij . Enfin, soit G le groupe quotient
L/N . Pour tout i ∈ I, puisque A contient Ker πi , l’inclusion L(Gi ) → L induit par passage
au quotient 48 un morphisme de groupes fi ∶ Gi → G.
46. c’est-à-dire que si (G′ , (fi′ )i∈I ) est un autre tel couple, il existe un unique isomorphisme de groupes
Θ ∶ G → G′ tel que Θ ○ fi = fi′
47. Voir la démonstration de la proposition B.2 de la partie B.2 de l’appendice B.
48. Voir la formule (65) dans la partie B.1 de l’appendice B.
94
Soit H un groupe muni d’un morphisme hi ∶ Gi → H pour tout i ∈ I, tel que hj ○ f = hi
pour tous les i, j ∈ I et f ∈ Fij . Soit j ∶ ∐i∈I Gi → H l’application qui coïncide avec hi sur
Gi pour tout i ∈ I, soit ϕ ̃ ∶ L → H le morphisme canonique associé à (H, j) par la propriété
universelle du groupe libre L. Pour tous les i, j ∈ I, f ∈ Fij et x ∈ Gi , puisque f (xi ) ∈ Gj ,
̃ −1 f (x)) = hi (x)−1 hj (f (x)) = e. De plus, si x ∈ Ker πi , alors ϕ(x)
nous avons ϕ(x ̃ = hi (e) = e.
̃
Le morphisme de groupes ϕ vaut donc l’élément neutre sur tout élément de A donc de N .
Par conséquent ϕ ̃ induit par passage au quotient un morphisme de groupes ϕ ∶ G → H.
Celui-ci vérifie ϕ ○ fi = hi pour tout i ∈ I par construction. Comme ⋃i∈I fi (Gi ) engendre G,
un tel morphisme ϕ est unique. Donc (G, (fi )i∈I ) vérifie la propriété universelle des limites
inductives. ◻
Nous noterons (G, (fi )i∈I ) par abus
G = lim Gi .
→
(SA ∐ SB , RA ∪ RB ∪ { ĩ ̃ −1 ∶ c ∈ SC })
A (c) (iB (c))
49. En pratique, il est recommandé de préciser qu’il s’agit d’une somme amalgamée de A et B au-dessus
de C par les morphismes de groupes iA et iB .
95
est une présentation de groupe de la somme amalgamée A ∗C B de A et B au-dessus de C
par les morphismes iA et iB .
Remarques. (1) Si B est le groupe trivial, alors, par l’exercice E.38 ci-dessus, la somme
amalgamée A ∗C B est le groupe quotient A/⟨⟨iA (C)⟩⟩ de A par le sous-groupe distingué
de A engendré par iA (C).
(2) Une somme amalgamée A ∗C B peut être un groupe trivial, même si A et B ne sont
pas triviaux. Par exemple, Z/3Z ∗Z Z/2Z, où les morphismes Z → Z/3Z et Z → Z/2Z sont
les projections canoniques, est le groupe dont une présentation est (voir l’exercice E.38)
⟨x, y ∣ x3 = 1, y 2 = 1, x = y⟩, donc est le groupe trivial puisque 2 et 3 sont premiers entre
eux.
(3) Si les morphismes de groupes iA et iB sont injectifs, nous appellerons la somme
amalgamée A ∗C B le produit amalgamé de A et B au-dessus de C (par les morphismes
de groupes iA et iB , lorsque les préciser est utile). Nous montrerons ci-dessous que les
morphismes de groupes jA et jB sont alors aussi injectifs, et nous identifierons A et B avec
leurs images par jA et jB dans A ∗C B.
Exemple. Dans l’exemple précédent, si C est le groupe trivial, le produit amalgamé A∗C B
est noté A ∗ B, et appelé le produit libre de A et B. Nous identifierons A et B avec leurs
images dans A ∗ B. Il convient de prendre garde à ne pas confondre produit libre A ∗ B et
produit direct A × B, qui, lorsque A et B sont non triviaux, ne sont pas isomorphes. 50
Exercice E.39.
(1) Montrer que le morphisme canonique de A ∗ B dans A ∗C B est surjectif de noyau
égal à N = ⟨⟨iA (c) iB (c)−1 ∶ c ∈ C⟩⟩, le sous-groupe distingué engendré par les élé-
ments iA (c) iB (c)−1 pour c ∈ C, et qu’il suffit de prendre les éléments c d’une partie
génératrice de C. En particulier, il induit par passage au quotient un isomorphisme de
groupes
(A ∗ B)/N ≃ A ∗C B .
50. Par exemple, le morphisme canonique de A ∗ B dans A × B n’est pas un isomorphisme, parce que si
a ∈ A∖{1} et b ∈ B ∖{1}, alors ab ≠ ba dans A ∗ B, mais ab = ba dans A × B.
96
(2) Montrer à l’aide des indications suivantes que Z/2Z ∗ Z/3Z est isomorphe au groupe
modulaire
PSL2 (Z) = SL2 (Z)/{± id} .
Pour tout ( ac db ) ∈ SL2 (R), noter [ ac db ] = ±( ac db ) son image dans PSL2 (R). Commencer
par construire un morphisme de groupes ψ ∶ Z/2Z ∗ Z/3Z → PSL2 (Z) qui envoie le
générateur 1 mod 2 de Z/2Z sur l’élément S = [ 01 −1 0 ] et le générateur 1 mod 3 de Z/3Z
sur l’élément T = [ −1 1 ]. Montrer que ces deux éléments engendrent PSL2 (Z). Montrer
0 1
que l’application de PSL2 (Z) × (R∖Q) dans R∖Q définie par ([ ac db ], x) ↦ ax+b cx+d est une
action de PSL2 (Z) dans R∖Q. Montrer que pour tout x ∈ R∖Q, nous avons Sx < 0
si et seulement si x > 0, et que pour tout x ∈ R ∖ Q négatif, nous avons T x > 1 et
0 < T −1 x < 1. En déduire que le morphisme de groupes ψ est injectif.
Exemple. Plus généralement, si A est un groupe, si (Gi )i∈I est une famille de groupes et si
fi ∶ A → Gi est un morphisme de groupes pour tout i ∈ I, la limite inductive de cette famille
inductive de groupes est appelée la somme amalgamée des Gi au-dessus de A par les fi , et
notée ∗A (Gi , (fi )i∈I ) (et par abus, ∗A Gi quand les morphismes fi sont sous-entendus).
Si A est le groupe trivial, cette somme amalgamée est appelée le produit libre de (Gi )i∈I .
Nous le notons ∗i∈I Gi (et G1 ∗ G2 ∗ ⋅ ⋅ ⋅ ∗ Gn si I = J1, nK). Nous identifierons Gi à son image
dans ∗i∈I Gi par l’injection canonique gi ∶ Gi → ∗i∈I Gi qui à g ∈ Gi associe l’image de
g ∈ L(∐i∈I Gi ) par la projection canonique
Exercice E.40.
(1) Soit (Si )i∈I une famille d’ensembles. Montrer que le produit libre ∗i∈I L(Si ) est iso-
morphe au groupe libre L(∐i∈I Si ).
(2) Soit (Gi )i∈I une famille de groupes. Montrer que
● le groupe ∗i∈I Gσ(i) est isomorphe au groupe ∗i∈I Gi pour toute permutation σ de
I;
● le groupe ∗α∈A (∗i∈Iα Gi ) est isomorphe au groupe ∗i∈I Gi pour toute partition
∐α∈A Iα de I.
(3) Soient S un ensemble, et (Si )i∈I une famille de parties finies de S, recouvrant S, et
stable par union finie (par exemple, mais ce n’est pas toujours la seule, la famille
de toutes les parties finies de S). Soient i, j ∈ I ; si Si ⊂ Sj , posons Fij = {fij } où
fij ∶ L(Si ) → L(Sj ) est le morphisme canonique induit par l’inclusion de Si dans Sj ;
sinon, posons Fij = ∅. Montrer que le morphisme canonique lim L(Si ) → L(S) est un
→
isomorphisme.
(4) Soient (S, R) une présentation de groupes, et G = L(S)/⟨⟨R⟩⟩ le groupe associé. Soit
(Ri )i∈I une famille de parties finies de R, recouvrant R, et stable par union finie (par
exemple, mais ce n’est pas toujours la seule, la famille de toutes les parties finies de R).
Notons Gi = L(S)/⟨⟨Ri ⟩⟩ et hi ∶ Gi → G le morphisme défini par passage au quotient de
l’identité de L(S). Soient i, j ∈ I ; si Ri ⊂ Rj , posons Fij = {fij } où fij ∶ Gi → Gj est le
morphisme défini par passage au quotient de l’identité de L(S) ; sinon, posons Fij = ∅.
97
Montrer que le morphisme canonique θ ∶ lim Gi → G associé à la famille (G, (hi )i∈I )
→
est un isomorphisme. 51
En particulier, par la question (1) de cet exercice E.40, le produit libre de n copies de
Z est un groupe libre de rang n
∗1≤i≤n Z ≃ L(x1 , . . . , xn ) .
Les deux dernières propriétés de la question (2) de l’exercice E.40 sont connues sous le nom
de la commutativité et de l’associativité du produit libre. En particulier, G1 ∗ (G2 ∗ G3 ) et
(G1 ∗ G2 ) ∗ G3 sont canoniquement isomorphes, ainsi que G1 ∗ G2 et G2 ∗ G1 .
(a, s1 , . . . , sn )
où n ∈ N, a ∈ A, sk ∈ ∐i∈I (Ri ∖{e}) pour k ∈ J1, nK et isk ≠ isk+1 pour k ∈ J1, n − 1K.
Théorème 3.2. Pour tout g dans G, il existe un unique mot réduit (a, s1 , . . . , sn ) tel que
g = f (a)fis1 (s1 ) . . . fisn (sn ).
Ce résultat implique le fait remarquable que les morphismes de groupes fi sont aussi
injectifs. 53 Nous identifierons Gi avec son image dans G par fi . Tout élément g de G s’écrit
donc de manière unique
g = as1 . . . sn
où a ∈ A, n ∈ N, sk ∈ ∐i∈I (Ri ∖{e}) pour k ∈ J1, nK et isk ≠ isk+1 pour k ∈ J1, n − 1K. Cette
écriture s’appelle la forme normale de g. En particulier, dans G, nous avons Gi ∩ Gj = A
si i ≠ j et les parties Ri ∖{e} sont deux à deux disjointes.
Le cas des produits libres s’obtient en prenant A = {e} et Ri = Gi ∖{e} : un élément
g de ∗i∈I Gi s’écrit de manière unique (après identification de Gi avec son image dans
∗i∈I Gi par le morphisme canonique) g = g1 . . . gn où n ∈ N (par convention g = e si n = 0),
gk ∈ ∐i∈I (Gi ∖{e}) pour k ∈ J1, nK et igk ≠ igk+1 pour k ∈ J1, n − 1K.
En prenant A = {e} et Gi = Z pour tout i, ce théorème permet facilement de redémontrer
que G = ∗i∈I Z, muni de l’application j ∶ I → G définie par j(i) = fi (1) où fi ∶ Z → G est le
51. Ainsi, tout groupe de type fini est limite inductive de groupes de présentation finie.
52. Cette hypothèse est cruciale pour obtenir une forme normale.
53. En effet, fi ∣A est injective. Tout élément h ∈ Gi ∖A s’écrit de manière unique h = as avec a ∈ A et
s ∈ Ri ∖{e}. Donc si fi (h) = e, alors f (e) et f (a)fi (s) sont deux formes normales distinctes d’un même
élément fi (h) de G, ce qui contredit l’unicité dans le théorème 3.2.
98
morphisme de groupes canonique sur la i-ème copie de Z dans G = ∗i∈I Z, vérifie la propriété
universelle des groupes libres, donc que
∗i∈I Z = L(I) .
Démonstration. (D’après [Ser, page 9].) Soit X l’ensemble des mots réduits. Nous allons
définir une action de G sur X, c’est-à-dire un morphisme de groupes de G dans le groupe
des bijections de X. Par la propriété universelle, il suffit de définir pour tout i ∈ I une
action de Gi sur X, dont l’action induite sur A soit indépendante de i.
Soient i ∈ I et Yi l’ensemble des mots réduits de la forme (e, s1 , . . . , sn ) tels que is1 ≠ i.
Les ensembles A × Yi et A × (Ri ∖{e}) × Yi s’envoient dans X par les applications
θi ∶ Gi × Yi → X .
Le groupe Gi agit sur le produit Gi × Yi par translations à gauche sur le premier facteur
g ′ (g, y) = (g ′ g, y). En transportant par la bijection θi , nous obtenons donc une action de Gi
sur X. Sa restriction à A est définie par a′ (a, s1 , . . . , sn ) = (a′ a, s1 , . . . , sn ), qui ne dépend
pas de i. Nous avons donc construit une action de G sur X, que nous noterons ⋆ .
De plus, si m = (a, s1 , . . . , sn ) est un mot réduit, et si g = f (a)fis1 (s1 ) . . . fisn (sn ), alors,
par récurrence sur n, l’image g ⋆ (e) par g ∈ G du mot réduit trivial (e) ∈ X est le mot m
lui-même. L’application β ∶ X → G définie par
composée avec l’application orbitale G → X définie par g ↦ g ⋆ (e), est donc l’identité.
Donc β est injective. Ceci montre l’unicité de l’écriture réduite d’un élément de G.
Comme G est engendré par ⋃i∈I fi (Gi ), si g ∈ G, alors il existe n ∈ N et gk ∈ Gik pour
k ∈ J1, nK tels que g = fi1 (g1 ) . . . fin (gn ). Comme gn = an sn où an ∈ A et sn ∈ Rin , nous
avons g = fi1 (g1 ) . . . fin−1 (gn−1 an )fin (sn ) si n ≥ 2, et g = f (an )fin (sn ) si n = 1 et sn ≠ e. Si
sn = e, nous avons g = fi1 (g1 ) . . . fin−1 (gn−1 an ) si n ≥ 2, et g = f (an ) si n = 1. Par récurrence
sur n, tout élément g admet donc au moins une écriture réduite. ◻
Exercice E.41.
(1) Montrer que si les injections C → A et C → B dans un produit amalgamé A ∗C B
sont propres (c’est-à-dire d’image d’indice au moins 2), alors A ∗C B est infini. En
particulier, montrer que le produit libre de deux groupes non triviaux est infini.
(2) Montrer que la somme amalgamée Z/4Z ∗Z/2Z Z/6Z (pour les inclusions évidentes (les
seuls morphismes non triviaux, qui sont injectifs) Z/2Z → Z/4Z et Z/2Z → Z/6Z) est
isomorphe à SL2 (Z).
L’hypothèse que U0 est connexe par arcs est absolument cruciale, et doit être soigneu-
sement vérifiée.
Démonstration. Première démonstration via les revêtements. Nous donnons une
première démonstration, utilisant la théorie des revêtements, sous les hypothèses supplé-
mentaires que B est séparé et que U0 , U1 , U2 sont localement connexes par arcs et semi-
localement simplement connexes. Comme la plupart des espaces topologiques rencontrés
(graphes, CW-complexes (voir la partie 6.5 et [Pau3, Spa]), variétés topologiques (voir la
partie 4.1), ...) seront séparés et localement contractiles, cette restriction n’est pas gênante.
Soient i1 ∶ U0 → U1 , i2 ∶ U0 → U2 , j1 ∶ U1 → B et j2 ∶ U2 → B les inclusions, qui sont des
applications continues fixant b et rendant le diagramme suivant commutatif
i1
U0 Ð→ U1
i2 ↓ ↓j1
j2
U2 Ð→ B .
Par unicité de la somme amalgamée, pour montrer le théorème, il suffit donc de montrer
que π1 (B, b) vérifie la propriété universelle (6) des sommes amalgamées. Soient H un
groupe, h1 ∶ π1 (U1 , b) → H et h2 ∶ π1 (U2 , b) → H des morphismes de groupes tels que le
diagramme suivant commute :
i1∗
π1 (U0 , b) Ð→ π1 (U1 , b)
i2∗ ↓ ↓h1
h2
π1 (U2 , b) Ð→ H.
ϕ(jk1 ∗ (g1 ) . . . jkn ∗ (gn )) = e hk1 (g1 ) . . . hkn (gn ) = (e hk1 (g1 ))(e hk2 (g2 )) . . . (e hkn (gn ))
= ϕ(jk1 ∗ (g1 )) . . . ϕ(jkn ∗ (gn )) .
Le morphisme θ est surjectif car j1 ∗ G1 ∪j2 ∗ G2 engendre π1 (B, b) (voir la proposition 1.11).
Donc θ est surjectif. Notons N le noyau du morphisme canonique G1 ∗G2 → G1 ∗G0 G2 , qui
−1
est le sous-groupe distingué engendré par l’ensemble R des éléments ((i1 )∗ (c))((i2 )∗ (c))
de G1 ∗ G2 lorsque c parcourt G0 (voir l’exercice E.39 (1)).
Montrons que N = Ker θ, ce qui implique que θ est injectif, donc conclut la démons-
tration du théorème de van Kampen. Puisque (j1 )∗ ○ (i1 )∗ = (j2 )∗ ○ (i2 )∗ , il est immédiat
que la partie R qui engendre N en tant que sous-groupe distingué est contenue dans
Ker θ. Nous avons donc N ⊂ Ker θ puisque le sous-groupe Ker θ est distingué. Montrons
l’inclusion réciproque.
101
Tout élément du produit libre G1 ∗G2 appartenant au noyau de θ s’écrit [γ1 ][γ2 ] . . . [γn ]
où γ1 , γ2 , . . . , γn sont des lacets en b, chacun d’eux étant contenu dans U1 ou dans U2 , tel
que le lacet concaténé γ1 ⋅ γ2 ⋅ . . . ⋅ γn (valant γi (nt − i + 1) sur t ∈ [ i−1
n , n ]) soit homotope
i
au lacet constant cb en b. Montrons que [γ1 ][γ2 ] . . . [γn ] appartient à N , ce qui conclut.
Soit h ∶ [0, 1]2 → B une homotopie de lacets t
entre γ1 ⋅γ2 ⋅. . .⋅γn et cb . Notons s ∈ [0, 1] le temps
de l’homotopie (représenté horizontalement sur (N − 1)/N
le dessin), de sorte que pour tout t ∈ [0, 1], si (n − 1)/n
s = 0, alors h(s, t) = γ1 ⋅ γ2 ⋅ . . . ⋅ γn (t), et si s = 1,
alors h(s, t) = cb (t) = b. Puisque [0, 1]2 est com- q /N
pact et h continue, il existe N ∈ N∖{0, 1} mul-
tiple de n tel que chaque carré de la subdivision 1/n
de [0, 1]2 en N 2 carrés de même taille (voir le
1/N s
dessin ci-contre) soit contenu dans h−1 (U1 ) ou
s=0
p
s=1
dans h−1 (U2 ). N
Pour tout (p, q) ∈ J0, N K2 , fixons un chemin αp,q de b à h( Np , Nq ), qui est contenu dans
U0 , U1 , U2 si h( Np , Nq ) appartient à U0 , U1 , U2 respectivement, ce qui est possible par la
connexité par arcs de ces ouverts. Si q = 0 ou q = N ou p = N , nous supposons que αp,q est
le chemin constant en h( Np , Nq ) = b.
Quitte à remplacer les lacets γi par des concaténations de lacets obtenus en suivant γi
N ] et en faisant des aller-retour le long des α0,q pour q parcourant
sur des intervalles [ Nq , q+1
(i+1)N
{ iN
n , n − 1}, et à faire une homotopie à la source, nous pouvons supposer que n = N ,
que le lacet concaténé Γ0 = γ1 ⋅ γ2 ⋅ . . . ⋅ γN est paramétré par [0, 1] de sorte que pour tout
q ∈ J1, N K, pendant l’intervalle de temps [ q−1 N , N ], ce lacet Γ0 suit le lacet γq , et que α0,q
q
b h α1,i
1
γN ′
γN
γi γi′
γi γi′
cb α1,i−1
γ2 γ2′ δ i− 1
γ1 γ1′
0 b 1 s b B
Pour tout q ∈ J1, N K, posons γq0 = γq et γqN = cb , et pour tous les p ∈ J1, N − 1K, notons
γqp= αp,q−1 ⋅ (t ↦ h( Np , q−1+t
N )) ⋅ αp,q , qui est un lacet en b. De même, pour tout p ∈ J1, N K,
posons δ0p = δNp
= cb et pour tous les q ∈ J1, N −1K, notons δqp = αp−1,q ⋅(t ↦ h( p−1+t
N , N ))⋅ αp,q ,
q
qui est aussi un lacet en b. Voir le dessin de droite ci-dessus, où nous avons posé γi′ = γi1
pour i ∈ J1, N K et δi = δi1 pour i ∈ J0, N K. Nous supposons pour réaliser un dessin simple
que h en restriction au carré bleu du dessin de gauche est un homéomorphisme sur son
image, le carré bleu de droite, et nous avons dessiné comme si les chemins α0,q n’étaient
pas constants en b pour anticiper sur la récurrence qui suit.
102
Notons que pour tous les p, q ∈ J0, N K, le lacet αp,q ⋅ αp,q (qui est un aller-retour)
d’origine h(p, q) est homotope au lacet constant en h(p, q) dans l’ouvert U0 , U1 , U2 qui
contient h(p, q).
De plus, pour tous les a′ , b′ ∈ R, le che- (a′ , b′ + 1) (a′ + 1, b′ + 1)
min α′ ∶ t′ ↦ (a′ , b′ + t′ ) suivant un côté
du carré [a′ , a′ + 1] × [b′ , b′ + 1] entre deux
sommets consécutifs (a′ , b′ ) et (a′ , b′ + 1) est
homotope (relativement extrémités) au che-
min β ′ concaténation de (t′ ↦ (a′ + t′ , b′ )),
α′ β′
(t′ ↦ (a′ +1, b′ +t′ )) et (t′ ↦ (a′ +1−t′ , b′ +1))
suivant les trois autres côtés entre ces deux
sommets. Si h′ ∶ [a′ , a′ + 1] × [b′ , b′ + 1] → B
est une application continue, alors les chemins
h′ ○ α′ et h′ ○ β ′ sont aussi homotopes (relati-
vement extrémités). (a′ , b′ ) (a, +1, b′ )
Par conséquent, pour tout i ∈ J1, N K, si le carré Ci = [0, N1 ] × [ i−1 N , N ] est contenu
i
dans h−1 (U1 ), alors les lacets γi , γi′ , δi−1 et δi sont des lacets dans U1 tels que le lacet
γi = α0,i−1 ⋅ (t ↦ h(0, i−1+t
N )) ⋅ α0,i soit homotope dans U1 à
s i−1
δi−1 ⋅ γi′ ⋅ δi = (α0,i−1 ⋅ (s ↦ h( , )) ⋅ α1,i−1 )
N N
1 i−1+t
⋅ (α1,i−1 ⋅ (t ↦ h( , )) ⋅ α1,i )
N N
1−s i
⋅ (α1,i ⋅ (s ↦ h( , )) ⋅ α0,i ) .
N N
Nous avons donc
[γi ] = [i1 ○ δi−1 ] [γi′ ] [i1 ○ δi ]−1 dans G1 .
Si le carré Ci+1 au dessus du carré Ci est aussi contenu dans h−1 (U1 ), alors le lacet
γi ⋅ γi+1 vérifie, par simplification à homotopie près, que
dans G1 .
Mais si le carré Ci+1 est contenu dans h−1 (U2 ), alors le lacet δi est contenu dans
U1 ∩ U2 = U0 et nous avons
dans (G1 ∗ G2 )/N . En procédant de proche en proche vers la droite dans le carré [0, 1]2 ,
nous obtenons donc que l’élément [γ1 ][γ2 ] . . . [γN ] est trivial dans (G1 ∗ G2 )/N , ce qu’il
fallait démontrer. ◻
103
Pour calculer (à isomorphisme près) le groupe fondamental
d’un espace topologique connexe par arcs B, on pourra chercher
des ouverts U et V « appropriés », connexes par arcs, recouvrant
X et d’intersection connexe par arc a , et invoquer le théorème de
van Kampen pour obtenir, pour tout point base b dans U ∩ V ,
l’isomorphisme π1 (B, b) ≃ π1 (U, b) ∗π1 (U ∩V,b) π1 (V, b).
Méthodologie 4 :
Ne pas oublier de simplifier cette somme amalgamée ou de
l’expliciter le plus complètement possible.
Uhu ! Par U et V “appropriés”, nous entendons que leurs groupes fon-
damentaux, ainsi que les applications de π1 (U ∩ V, b) dans π1 (U, b)
et π1 (V, b) lorsque c’est nécessaire, soient calculables, par exemple
en utilisant la méthodologie 1 d’équivalence d’homotopie donnée
après le corollaire 1.8.
a. Ne pas oublier de le vérifier explicitement !
Alors U0 est contractile, donc est connexe par arcs (il se rétracte par déformation forte
sur le point commun b), U1 et U2 ont le type d’homotopie du cercle, donc sont connexes
par arcs (ils se rétractent par déformation forte sur l’un des deux cercles de B). Donc
π1 (U0 , b) = 0, π1 (U1 , b) ≃ Z, π1 (U1 , b) ≃ Z, et le théorème de van Kampen 3.3 donne
π1 (B, b) ≃ Z ∗ Z .
Ceci démontre de nouveau (voir la proposition 2.25) que le groupe fondamental du bouquet
de deux cercles est un groupe libre de rang 2. Par récurrence, le groupe fondamental du
bouquet de k cercles est un groupe libre de rang k : pour un choix indifférent de point
base, nous avons
k
π1 ( ⋁ S1 ) ≃ ∗ki=1 Z ≃ L(x1 , . . . , xk ) .
i=1
d 0 b a
x d
−1
c a
d−1
Le dernier résultat de cette partie dit que tout groupe est un groupe fondamental.
Proposition 3.6. Pour tout groupe G, il existe un espace topologique pointé (X, x) séparé,
connexe par arcs et localement contractile tel que
π1 (X, x) ≃ G .
106
○
d’un point dans chaque Pr se rétracte par déformation forte sur le sous-espace localement
contractile Y .
Montrons que l’espace topologique pointé (X, x) convient. Il est appelé le 2-complexe
de Cayley de la présentation (S, R). Si R est vide, alors X = Y est un bouquet de cercles,
et le résultat a déjà été vu (voir la démonstration de la proposition 2.25).
Le lemme suivant traite le cas où R est réduit à un élément, et il est formulé pour
permettre une récurrence. Soit Y ′ un espace topologique séparé, connexe par arcs et loca-
lement contractile. Soit f ∶ S1 = [0, 1]/⟨0 ∼ 1⟩ → Y ′ une application continue. L’application
f définit un lacet dans Y ′ d’origine x′ = f (0), dont nous notons [f ] la classe d’homotopie
dans π1 (Y ′ , x′ ), et N = ⟨⟨[f ]⟩⟩ le sous-groupe distingué de π1 (Y ′ , x′ ) qu’elle engendre. Soit
X ′ = B2 ∪f Y ′ l’espace topologique recollement du disque unité fermé B2 = {z ∈ C ∶ ∣z∣ ≤ 1}
sur Y ′ par f . Nous identifions Y ′ , ainsi que B2∖S1 , avec son image dans X ′ par la projection
canonique, qui en restriction à chacun de ces sous-espaces de B2 ∐ Y ′ est un homéomor-
phisme sur son image (voir l’exercice E.A.112 de la partie A.2.6 de l’appendice A). Notons
ι l’inclusion de Y ′ dans X ′ , qui est une application continue. Pour les mêmes raisons que
précédemment, l’espace X ′ est séparé, connexe par arcs et localement contractile.
U
U ∩V
z
V
Y′
Alors U , V et U ∩ V sont connexes par arcs, U est contractile (c’est un disque), donc
π1 (U, z) = {e}, et U ∩ V est un anneau, qui a le type d’homotopie du cercle (il se rétracte
radialement par déformation forte sur S(0, 21 )). Soit α ∶ t ↦ 12 e2iπt , qui est un lacet en z
dans U ∩ V . Sa classe d’homotopie engendre π1 (U ∩ V, z) (qui est isomorphe à Z).
Par le théorème de van Kampen et la remarque (1) suivant l’exercice E.38, l’inclusion
V → X ′ induit un isomorphisme de groupes π1 (V, z)/⟨⟨[α]⟩⟩ ≃ π1 (X ′ , z).
Comme V se rétracte par déformation forte sur Y ′ , par une rétraction appropriée
(radiale sur V ∩(B2∖S1 )) envoyant le lacet α sur le lacet f , nous en déduisons que l’inclusion
Y ′ → X ′ induit un isomorphisme π1 (Y ′ , x′ )/N → π1 (X ′ , x′ ). ◻
Pour toute partie finie F de R, notons GF le groupe quotient L(S)/⟨⟨F ⟩⟩, et XF le
bouquet de cercles Y sur lequel ont été seulement recollés les polygones Pr par gr pour
r ∈ F . Par récurrence, le lemme 3.7 montre que le morphisme de groupes du groupe libre
π1 (Y, x) = L(S) dans π1 (XF , x) (induit en homotopie par l’inclusion Y ↪ XF ) induit par
passage au quotient un isomorphisme de groupes GF ≃ π1 (XF , x). Soit F ′ une partie finie
de R contenant F . Alors le morphisme identité du groupe L(S) induit par passage au
quotient un morphisme de groupes surjectif φF,F ′ ∶ GF → GF ′ . L’inclusion de la somme
107
disjointe Y ∐ ( ∐r∈F Pr ) dans Y ∐ ( ∐r∈F ′ Pr ) induit par passage au quotient une appli-
cation continue fF, F ′ ∶ XF → XF ′ , qui fixe point par point Y . Le diagramme suivant est
commutatif ∼
GF Ð→ π1 (XF , x)
φF,F ′ ↓ ↓(fF, F ′ )∗
∼
GF ′ Ð→ π1 (XF ′ , x) .
Nous avons donc un isomorphisme entre les limites inductives (voir la partie 3.1.1) sur les
parties finies F de R
lim GF ≃ lim π1 (XF , x) .
→ →
Aucune sous-famille finie de cette famille ne recouvre K, car les Vi sont deux à deux
disjoints et chacun d’eux contient un point xi ∈ K à distance ri < 1+3r
4
i
de 0, donc qui n’est
pas dans Wi . Ceci donne une contradiction. ◻
Il découle de la proposition précédente que tout lacet de π1 (X, x) est contenu dans un
sous-espace XF pour F une partie finie assez grande de R. Donc le morphisme de groupes
108
θ est surjectif. Il découle aussi de la proposition précédente que l’image de toute homotopie
entre deux lacets de X est contenue dans un sous-espace XF pour F une partie finie assez
grande de R. Donc le morphisme de groupes θ est injectif. ◻
Exemple.
a
b b−1 a −1
b a
⟨a, b ∣ am = b2 = (ab)2 = 1⟩
possède 2m éléments et qu’il est isomorphe au groupe des isométries du plan laissant
invariant un polygone régulier à m côtés. Un groupe isomorphe à un tel groupe est
appelé un groupe diédral d’ordre 2m, et souvent noté D2m . 56
(2) Montrer que le produit libre Z/2Z ∗ Z/2Z est isomorphe au groupe de présentation
⟨a, b ∣ b2 = (ab)2 = 1⟩, au groupe des isométries de Z (muni de la distance induite de
celle de R), et au groupe des isométries de R engendré par les transformations t ↦ t + 1
et t ↦ −t de R. Un groupe isomorphe à un tel groupe est appelé un groupe diédral
infini, et souvent noté D∞ .
Exercice E.43. Calculer le groupe fondamental du complémentaire de la réunion de deux
droites affines dans R3 (distinguer les cas où les droites affines sont confondues, sécantes
en un point, disjointes).
Exercice E.44. Pour tout i ∈ {1, 2}, soit pi ∈ N∖{0}, soit Bi une copie du disque unité
fermé B2 = {z ∈ C ∶ ∣z∣ ≤ 1}, et soit Si une copie du cercle S1 = {z ∈ C ∶ ∣z∣ = 1} pointée en
xi = 1. Identifions Si avec son image dans le bouquet de cercles S1 ∨ S2 . Soit fi ∶ ∂Bi → Si
l’application z ↦ z pi et soit X l’espace topologique recollement suivant
109
Exercice E.46. Soit (Gi )i∈I une famille de groupes, et pour tout i ∈ I, soit (Xi , xi )
un espace topologique séparé, localement contractile, connexe par arc, pointé, muni d’un
isomorphisme de groupes αi ∶ Gi → π1 (Xi , xi ). Soit (X, x) = ⋁i∈I (Xi , xi ) la somme pointée
de la famille (Xi , xi )i∈I . Montrer que le groupe π1 (X, x) est isomorphe au produit libre de
la famille (Gi )i∈I .
Exercice E.47. Ce problème est un exercice de synthèse portant sur les trois premiers
chapitres de ce livre. Les différentes parties de ce problème sont largement indépendantes.
Rappelons que si X et Y sont deux espaces topologiques, si A est une partie de X et
si f ∶ A → Y est une application continue, alors nous appelons espace topologique obtenu
par recollement de X sur Y par f , et nous notons X ∪f Y , l’espace topologique quotient
(X ∐ Y )/R de l’espace topologique somme disjointe X ∐ Y par la relation d’équivalence
R engendrée par la relation x ∼ f (x) pour tout x ∈ A.
II Pour tout n ∈ N∖{0}, considérons dans le plan euclidien R2 le compact Rn qui est le
rectangle [−2, 4n − 2] × [−2, 2] privé des disques ouverts de rayon 1 et de centre (4k, 0) pour
k ∈ J0, n − 1K. Notons ∆n l’espace topologique quotient de Rn par la relation d’équivalence
engendrée par (x, −2) ∼ (x, 2) pour tout x dans [−2, 4n − 2] et (−2, y) ∼ (4n − 2, y) pour
tout y dans [−2, 2].
Calculer le groupe fondamental de ∆n .
III Soit E un ensemble fini, non vide, muni de la topologie discrète. Soit σ ∶ E → E
une bijection. (Pour n ∈ N et f une application d’un ensemble dans lui-même, rappelons
que f ○n = f ○ f ○ ⋅ ⋅ ⋅ ○ f désigne la composée n-ème de f , avec f ○0 = id.)
(1) Montrer que l’application
Z × (CE × R) Ð→ (CE × R)
(n, (x, t)) ↦ ((Cσ)○n (x), t + n)
est une action libre et propre du groupe discret Z sur l’espace localement compact CE × R,
préservant E × R.
(2) Si Ω est l’espace topologique quotient Z/(CE × R), calculer le groupe fondamental
de Ω.
110
(3) Montrer qu’il existe N ∈ N∖{0} tel que ∂Ω = Z/(E × R) possède un nombre fini de
composantes connexes Σ1 , . . . , ΣN , chacune d’entre elles étant homéomorphe à un cercle.
(4) Pour i ∈ J1, N K, notons Di une copie du disque unité fermé de R2 , et choisissons un
homéomorphisme fi ∶ ∂Di = S1 → Σi , vu à valeurs dans Ω. Notons Ω ̂1 l’espace topologique
N
(∐ Di ) ∪(∐N Ω
i=1 fi )
i=1
recollement des disques Di sur Ω par les applications fi . Calculer le groupe fondamental
̂1 .
de Ω
̂1 ) si E = Z/nZ et σ ∶ x ↦ x + 1 mod n ?
Application numérique : que vaut π1 (Ω
(5) Considérons le rectangle RN privé de N disques, défini en II. Soit ∂+ RN ⊂ RN
la réunion des bords de ces N disques, et ϕ ∶ ∂+ RN → ∂Ω un homéomorphisme. Notons
̂2 = RN ∪ϕ Ω l’espace topologique obtenu par recollement de RN sur Ω par l’application
Ω
ϕ.
̂2 a le type d’homotopie d’un bouquet de N cercles.
Montrer que Ω
(6) Considérons l’espace topologique SN , qui est la sphère S2 privée de N disques
ouverts, d’adhérences deux à deux disjointes. Notons ∂SN ⊂ SN la réunion des bords de
ces N disques, et φ ∶ ∂SN → ∂Ω un homéomorphisme. Notons Ω ̂3 = SN ∪φ Ω l’espace
topologique obtenu par recollement de SN sur Ω par l’application φ.
̂3 .
Calculer le groupe fondamental de Ω
Application numérique : Pour p, q ∈ N∖{0}, supposons que E = J1, p + qK, et que
̂3 )
σ est le produit de deux cycles (1, . . . , p)(p + 1, . . . , p + q). Montrer que le groupe π1 (Ω
p −1 p −1 −q
admet pour présentation ⟨a, b ∣ ab a = b ⟩ ou ⟨a, b ∣ ab a = b ⟩. (Un tel groupe s’appelle
q
un groupe de Baumslag-Solitar.)
111
x1
a b
x6 a b x2
B b b a a
a b
x5 x3
a b
x4
p
B a b
x0
(1) Montrer que p ∶ B → B est un revêtement. Est-il galoisien ? Quel est le groupe Γ
des automorphismes de revêtement de p ?
(2) Fixons un revêtement universel ̃ π ∶B̃ → B de B. Notons G le groupe des auto-
morphismes de revêtements de ̃ ′ ̃
π , et π ∶ B → G/B ̃ la projection canonique sur l’espace
̃
topologique quotient G/B. Montrer qu’il existe un unique homéomorphisme h ∶ G/B ̃→B
tel que h ○ π ′ = ̃
π . Dans la suite, nous identifions G/B̃ et B par cet homéomorphisme, et
′
donc π avec ̃ π.
(3) Montrer qu’il existe un revêtement q ∶ B ̃ → B et un morphisme surjectif de groupes
ψ ∶ G → Γ, uniques, tels que, pour tout g dans G, le diagramme suivant commute :
g
̃
B ̃
B
q q
ψ (g )
B B
̃
π p p ̃
π
112
̃ et B sont homéomorphes.
(7) Montrer que G/(E × B)
̃ de Θ.
(8) Soit f un homéomorphisme de la partie B de CB sur la partie G/E × B
̂
Notons Θ l’espace topologique obtenu par recollement de CB sur Θ par f .
̂
Calculer le groupe fondamental de Θ.
̂ ? Quels sont ceux
(9) Quels sont, à isomorphisme près, les revêtements connexes de Θ
qui sont galoisiens ?
d’ordre 2 et d’ordre 3, comme le montre un petit calcul. Donc nous avons des morphismes
57. Voir la formule (65) dans la partie B.1 de l’appendice B.
113
de groupes Z/2Z → PSL2 (Z) et Z/3Z → PSL2 (Z) qui envoient respectivement le générateur
S = 1 mod 2 de Z/2Z sur S = ±S̃ et le générateur T = 1 mod 3 de Z/3Z sur T = ±T̃. La
propriété universelle des produits libres donne un morphisme de groupes ψ de Z/2Z ∗ Z/3Z
dans PSL2 (Z) comme voulu dans la première indication.
Pour montrer que ce morphisme de groupes ψ est surjectif, puisque les éléments S =
ψ(S) et T = ψ(T ) sont dans l’image de ψ, il suffit de montrer que le sous-groupe H de
PSL2 (Z) engendré par S et T est égal à PSL2 (Z). Soit g = [ ac db ] ∈ PSL2 (Z). Montrons par
récurrence sur ∣a∣ + ∣c∣ que g ∈ H, ce qui montre la surjectivité. Comme Sg = [ −c −d
a b ], nous
pouvons supposer que ∣a∣ ≥ ∣c∣. Nous pouvons supposer que a ≥ 0 quitte à changer tous les
signes. Si c = 0, alors ad = 1 donc a = d = 1 et g = [ 10 11 ] appartient à H, car ST = [ 10 −1
b
1 ]
donc [ 10 11 ] = (ST )−1 ∈ H. Sinon notons ϵ ∈ {±1} le signe de c. Alors [ 10 −ϵ
1 ] g = [ a−ϵc b−ϵd ] et
c d
nous avons ∣a − ϵc∣ + ∣c∣ = a < ∣a∣ + ∣c∣. Donc par récurrence, nous avons g ∈ H.
Si x ∈ R∖Q et g = [ ac db ] ∈ PSL2 (Z), alors cx + d ≠ 0. De plus, x′ = ax+bcx+d ∈ R∖Q car si
′ ′
x ∈ Q, comme x ≠ c puisque ad − bc = 1 ≠ 0, nous aurions x = cx′ −a ∈ Q. Puisque x′ est
a b−x′ d
Dans le second cas, si ϵ1 = +1, si y > 1, nous avons ST ϵ2 . . . ST ϵk Sy < 0 par l’ar-
gument précédent, donc ψ(g)y = T ST ϵ2 . . . ST ϵk Sy ∈ ]0, 1[ , et de même ψ(g) ≠ id. Si
ϵ1 = −1, si y ∈ ]0, 1[ , nous avons toujours ST ϵ2 . . . ST ϵk Sy < 0 mais maintenant ψ(g)y =
T −1 ST ϵ2 . . . ST ϵk Sy > 1, donc de même ψ(g) ≠ id.
Dans le troisième (respectivement quatrième) cas, l’élément g est conjugué à un élé-
ment du deuxième (respectivement premier) cas par S. Comme un morphisme de groupes
préserve les classes de conjugaison, et que la classe de conjugaison de l’élément neutre est
réduite à l’élément neutre, ceci montre que ψ(g) ≠ id.
114
fi ∶ L(Si ) → H. La propriété universelle des produits libres pour la famille (L(Si ), fi )i∈I
donne un morphisme canonique ψ ∶ G → H. L’unicité dans les propriétés universelles des
produits libres et des groupes libres respectivement donne que ϕ○ψ et ψ ○ϕ valent l’identité
de G et H respectivement.
(2) En prenant une présentation (Si , Ri ) du groupe Gi pour tout i ∈ I, ceci découle
du fait qu’une présentation du produit libre ∗i∈I Gi est (∐i∈I Si , ∐i∈I Ri ) par l’exemple
précédant l’énoncé de l’exercice E.40, et de l’associativité et la commutativité de la somme
disjointe.
(3) Les inclusions de Si dans S fournissent des morphismes canoniques L(Si ) → L(S)
par la propriété universelle des groupes libres. Ces morphismes de groupes sont compatibles
avec les éventuelles inclusions de Si dans Sj . Ils fournissent donc un morphisme canonique
θ ∶ G = lim L(Si ) → L(S) par la propriété universelle des limites inductives. Ce morphisme
→
θ est surjectif car les Si recouvrent S. L’injectivité de θ vient du fait que tout élément de
G est dans l’image de L(Sj ) pour une partie finie Sj assez grande de S (car pour toute
partie finie F de S, il existe i ∈ I tel que F ⊂ Si car la famille (Si )i∈I est stable par union
finie et recouvre S), et que la restriction de θ à l’image de L(Sj ) est injective, et reste
injective quand on passe à une partie de S contenant Sj .
(4) La démonstration est analogue. Tout d’abord, il est immédiat de vérifier que si
Ri ⊂ Rj , alors hj ○ fij = fi , donc la famille (G, (hi )i∈I ) vérifie les propriétés demandées pour
appliquer la propriété universelle des limites inductives, et par conséquent le morphisme
canonique θ est bien défini. Puisque les hi sont surjectifs, le morphisme θ est surjectif.
L’injectivité de θ vient du fait qu’un mot réduit de L(S) qui est trivial dans G = L(S)/⟨⟨R⟩⟩
appartient à ⟨⟨F ⟩⟩ pour une partie finie assez grande F de R, et que pour toute partie
finie F de R, il existe i ∈ I tel que F ⊂ Ri car la famille (Ri )i∈I est stable par union finie
et recouvre R.
Correction de l’exercice E.41. (1) Identifions, comme convenu pour les produits amal-
gamés, les groupes A et B avec leur image dans A ∗C B, ce qui identifie C avec un sous-
groupe de A et un sous-groupe de B.
Soient a ∈ A∖C et b ∈ B ∖C, que nous pouvons choisir comme étant des représentants
de leur classe à gauche (non triviale) modulo C dans A et B respectivement. Pour tout
n ∈ N, les éléments (ab)n = abab . . . ab sont des mots réduits deux à deux distincts par le
théorème 3.2 de forme normale, donc A ∗C B est infini.
Comme un produit libre est un produit amalgamé au-dessus du groupe trivial, la der-
nière affirmation de cet exercice découle de la première.
(2) Par l’exercice E.38, la somme amalgamée G = Z/4Z ∗Z/2Z Z/6Z (qui est un produit
amalgamé) admet pour présentation ⟨x, y ∣ x4 = y 6 = 1, x2 = y 3 ⟩. Reprenons les notations de
l’exercice E.39. Nous avons vu dans la correction de la question (2) de cet exercice E.39 que
S 4 = id et T 6 = id et que S 2 = T 3 = − id. Donc la propriété universelle des produits libres
donne un morphisme de groupes ψ ′ ∶ G → SL2 (Z). Notons que {S, T } engendre SL2 (Z) car
− id = S 2 et {±S, ±T } engendre PSL2 (Z). Donc ψ ′ est surjectif.
Nosons p ∶ G → Z/2Z ∗ Z/3Z le morphisme de groupes qui envoie x sur S et y sur T , ce
115
2 3 4 6
qui est possible car S = 1 = T (donc S = T = 1). Le diagramme suivant est commutatif
ψ′
G Ð→ SL2 (Z)
p
↓ ↓
ψ
Z/2Z ∗ Z/3Z Ð→ PSL2 (Z) .
Si g ∈ G est un élément du noyau de ψ ′ , alors par la commutativité du diagramme et le
fait que ψ soit un isomorphisme de groupes, nous avons que p(g) = e.
Le sous-groupe Z de G engendré par x2 est central (donc distingué), car x2 commute
avec toutes les puissances de x et puisque x2 = y 3 , il commute aussi avec toutes les puis-
sances de y. Le sous-groupe Z est de plus d’ordre 2, car x4 = 1. Montrons que Z est égal
au noyau de p. Comme ψ ′ (x2 ) = S 2 = − id ≠ id, ceci montrera que ψ ′ est injective.
2
Le groupe Z est contenu dans Ker p car p(x2 ) = S = 1. Comme x2 engendre l’image
du sous-groupe au-dessus duquel G est un produit amalgamé, et par le théorème 3.2 de
forme normale des produits amalgamés, un élément de G qui n’est pas dans Z s’écrit
zxα y β1 xy β2 . . . xy βk xα avec z ∈ Z, k ∈ N, α, α′ ∈ {0, 1} tels que α ≠ α′ si k = 0, et βi ∈
′
{1, 2} pour i ∈ {1, . . . , k}. L’image de cet élément par p est alors le mot réduit non trivial
α β1 β2 βk α′
S T S T ... S T S dans le produit libre Z/2Z ∗ Z/3Z, qui n’est donc pas l’identité.
Donc Z = Ker p.
m pair m impair
116
Pour toutes les droites vectorielles D et D′ d’un plan vectoriel euclidien P faisant un
angle ± mπ
entre elles (voir le dessin ci-dessus), notons RD,D′ le sous-groupe du groupe
orthogonal de P engendré par les deux réflexions orthogonales σD et σD′ d’ensemble de
points fixes D et D′ respectivement. Ce groupe est le groupe des symétries de deux classes
d’homothétie de polygones réguliers à m sommets P et P ∗ . Le morphisme canonique de
L(s, t) dans RD,D′ défini par t ↦ σD et s ↦ σD′ passe au quotient en un morphisme
θ ∶ G2 → RD,D′ car σD′ ○ σD est une rotation d’ordre m. Ce morphisme est surjectif car
σD = θ(t) et σD′ = θ(s) engendrent RD,D′ . Tout élément de G2 s’écrit de manière unique
comme un mot de longueur au plus m alternant s et t, donc est de cardinal 2m. Puisque
RD,D′ est aussi d’ordre 2m, le morphisme θ est un isomorphisme.
(2) Le groupe des isométries H de Z est engendré par les applications r0 ∶ n ↦ −n et
r1 ∶ n ↦ 1 − n. Le morphisme canonique de L(s, t) dans H défini par t ↦ r0 et s ↦ r1
passe au quotient en un morphisme θ′ ∶ Z/2Z ∗ Z/2Z → H car r0 et r1 sont d’ordre 2. Ce
morphisme est surjectif car r0 = θ′ (t) et r1 = θ′ (s) engendrent H. Comme r1 ○ r0 est la
translation n ↦ n + 1, qui est d’ordre infini, le morphisme θ′ est un isomorphisme.
P P′
∆
D′
D
U ∩ U′
π1 X ≃ π1 U ∗π1 (U ∩U ′ ) π1 U ′ ≃ Z ∗ Z
117
b) Si D et D′ sont parallèles, alors X se rétracte par déformation forte (parallèlement
à D) sur un plan P perpendiculaire à D privé des deux points x et y d’intersection avec
D et D′ . Le groupe fondamental de P ∖{x, y} est un groupe libre de rang 2, donc
π1 X ≃ Z ∗ Z .
π1 X ≃ π1 Y ≃ Z ∗ Z .
D D′
w x
S p 1
z y
Par projection stéréographique, une sphère privée de quatre points est homéomorphe au
plan euclidien R2 privé de trois points t, u, v. Nous avons donc (voir l’exemple (1) suivant
la démonstration du théorème de van Kampen 3.3)
π1 X ≃ Z/p1 Z ∗ Z/p2 Z .
118
Correction de l’exercice E.45. (6) L’espace K1 = {(z, w) ∈ S3 ∶ ∣z∣ ≤ ∣w∣} est homéo-
morphe à B2 × S1 par l’application (z, w) ↦ ( wz , ∣w∣ w
). En effet, si (z, w) ∈ K1 , alors w est
non nul ; de plus, l’inverse est
√ √
2uv 2v
(u, v) ↦ ( √ ,√ )
1 + ∣u∣2 1 + ∣u∣2
qui est continu. La rétraction par déformation forte r ∶ B2 × S1 → {0} × S1 , induite par la
rétraction radiale du disque B2 sur son centre, induit une rétraction par déformation forte
(z, w) ↦ (0, ∣w∣w
) de K1′ = K1 ∩ (S3 ∖K) sur le cercle {0} × S1 . En particulier π1 (K1′ ) = Z.
De même, l’application K2′ = K2 ∩ (S3 ∖K) → S1 × {0} définie par (z, w) ↦ ( ∣z∣ z
, 0) est
′
une rétraction par déformation forte sur un cercle. En particulier π1 (K2 ) = Z.
L’intersection K1 ∩ K2 est l’ensemble des (z, w) tels que ∣z∣ = ∣w∣ = 1. L’application
3
(z, w) ↦ ( wz 2 , wz ) est un homéomorphisme de K1 ∩ K2 sur S1 × S1 qui envoie K sur le cercle
{1} × S1 . Donc K1′ ∩ K2′ est homéomorphe au tore S1 × S1 privé du cercle {1} × S1 . En
particulier π1 (K1′ ∩ K2′ ) = Z, l’inclusion K1′ ∩ K2′ → K1′ induit sur les groupes fondamentaux
l’application Z → Z qui est la multiplication par 3, et l’inclusion K1′ ∩ K2′ → K2′ induit sur
les groupes fondamentaux l’application Z → Z qui est la multiplication par 2.
Comme K1′ , K2′ , K1′ ∩K2′ sont connexes par arcs, avec K1′ ∪K2′ = S3∖K et puisque K1′ , K2′
sont des rétractes par déformation forte de voisinages dans S3 ∖K, nous en déduisons par
le théorème de van Kampen (voir le corollaire 3.4), pour tout b dans K1′ ∩ K2′ , par exemple
b = (−1, 1), que
Lemme 3.9. Pour tout i ∈ I, les restrictions π∣Xi ∖{xi } et π∣Xi sont des homéomorphismes
sur leur image.
Démonstration. Ces applications sont des bijections continues sur leurs images. Comme
Xi est séparé, le singleton {xi } est fermé dans Xi . Pour tout fermé F de Xi , son image
π(F ) est fermée dans X car π −1 (π(F )) = F ∐ ∐j∈I∖{i} {xi } est un fermé dans ∐i∈I Xi (par
la définition de la topologie somme disjointe). De même, pour tout ouvert U de Xi ∖{xi },
alors son image π(U ) est ouverte dans X, car π −1 (π(U )) = U est un ouvert de Xi ∖{xi },
donc de Xi car {xi } est fermé, donc de ∐i∈I Xi (par la définition de la topologie somme
disjointe). ◻
Dans la suite, nous identifions Xi avec son image dans X par π.
Lemme 3.10. Pour tout espace topologique compact K et pour toute application continue
f ∶ K → X, l’image de f ne rencontre qu’un nombre fini de π(Xi ∖{xi }) pour i ∈ I.
Démonstration. Montrons tout d’abord que l’espace topologique X est séparé. En effet,
soient π(y) ≠ π(z) dans X, et soient i, j ∈ I tels que y ∈ Xi et z ∈ Xj . Supposons d’abord
que y ≠ xi et z ≠ xj . Soient respectivement U et V des voisinages ouverts disjoints de y et
z, ne contenant pas xi et xj , dans Xi et Xj , qui existent si i = j car Xi est séparé, et si i ≠ j
119
en prenant U = Xi ∖{xi } et V = Xj ∖{xj }. Les images π(U ) et π(V ), qui sont disjointes,
sont ouvertes comme image par la projection canonique d’ouverts saturés, et contiennent
respectivement π(y) et π(z).
Supposons quitte à permuter que y = xi et z ≠ xj . Soient U et Wj des voisinages
ouverts disjoints de z et xj dans Xj respectivement. Notons V = Wj ∐ ( ∐k∈I∖{j} Xk ), qui
est un ouvert saturé de ∐k∈I Xk . Alors comme ci-dessus, les images π(U ) et π(V ) sont des
voisinages ouverts disjoints de π(y) et π(z) respectivement.
Puisque X est séparé, f continue et K compact, l’image f (K) est compacte dans X.
Par le lemme 3.9, les parties Zi = π(Xi ∖{xi }) sont ouvertes dans X. Notons J l’ensemble
des éléments j ∈ I tels que K ∩ Zj ≠ ∅. Pour tout j ∈ J, soit x′j ∈ K ∩ Zj et soit Zj′ un
voisinage ouvert de xj dans Xj ne contenant pas xj (qui existe par la séparation de Xj ).
Posons
U = π(( ∐ Xk ) ∐ ( ∐ Zk′ )) ,
k∈I∖J k∈J
qui est un ouvert de X, comme image par la projection canonique d’un ouvert saturé.
Alors la famille infinie {U, Zj ∶ j ∈ J} est une famille d’ouverts recouvrant f (K). Par la
compacité de f (K), puisqu’elle contient une sous-famille finie recouvrant f (K) et par la
définition de J, nous obtenons que l’ensemble J est fini. ◻
Pour toute partie finie F de I, notons (XF , xF ) = ⋁i∈I (Xi , xi ) la somme pointée des
(Xi , xi ) pour i ∈ F et πF ∶ ∐i∈F Xi → XF la projection canonique, qui est connexe par arcs.
Montrons par récurrence sur le cardinal de F que
Le résultat est vrai si F est vide. Supposons qu’il soit vrai pour toutes les parties finies
de I de cardinal n. Soit F une partie finie de I de cardinal n + 1, soit i0 ∈ F et soit
F ′ = F ∖{i0 }. Soient U = πF (Vi0 ∐ ∐i∈F ′ Xi ) et V = πF (Xi0 ∐ ∐i∈F ′ Vi ). Puisque Vi est un
voisinage ouvert contractile de Xi contenant xi , les parties U et V sont des ouverts de
XF (car images par la projection canonique πF d’ouverts (par la définition de la topologie
somme disjointe) saturés). Par le lemme 3.9 et par récurrence, ils se rétractent par défor-
mation forte respectivement sur πF (∐i∈F ′ Xi ) qui est homéomorphe à ⋁i∈F ′ (Xi , xi ), donc
est connexe par arcs, et sur πF (Xi0 ) qui est homéomorphe à Xi0 , donc est connexe par
arcs. L’intersection U ∩ V = πF (∐i∈F Vi ) est contractile (donc connexe par arcs). Par le
théorème de van Kampen 3.3, nous avons donc
Comme
∗i∈I π1 (Xi , xi ) = lim ∗i∈F π1 (Xi , xi ) ,
→
120
le résultat découle alors de la formule (8) et du fait que si F ⊂ F ′ , alors le diagramme
suivant est commutatif
π1 (XF , xF ) ≃ ∗i∈F π1 (Xi , xi )
↓ ↓
π1 (XF′ , x′F ) ≃ ∗i∈F ′ π1 (Xi , xi ) .
Correction de l’exercice E.47. I (1) Soit u0 = [x, 0] (qui ne dépend pas du choix
de x ∈ X). Soit ̃
h ∶ (X × [0, 1]) × [0, 1] → (X × [0, 1]) l’application ̃
h((x, t), s) = (x, st). Elle
est continue, et envoie pour s fixé classes d’équivalences sur classes d’équivalences, donc
passe au quotient en une application continue h ∶ CX × [0, 1] → CX telle que h(y, 0) = u0
et h(y, 1) = y pour tout y ∈ CX. Donc CX est contractile.
Dans la suite, nous appellerons CX le cône de base X, et u0 son sommet.
(2) L’application x ↦ [x, 1] est continue, comme composée de deux applications conti-
nues. Elle est injective par définition de la relation d’équivalence. Son application réci-
proque [x, 1] ↦ x est continue, car elle est obtenue par passage au quotient de l’application
continue (x, 1) ↦ x.
(3) L’application (x, t) ↦ (f (x), t) est continue et envoie classes d’équivalence sur
classes d’équivalence, donc passe au quotient en une application continue, qui est Cf .
(4) Si X est séparé, alors CX l’est aussi. En effet, soient [x, t], [x′ , t′ ] deux points
distincts de CX. Si t < t′ , soit u tel que t < u < t′ . Alors {(y, s) ∈ X × [0, 1] ∣ s < u} et
{(y, s) ∈ X × [0, 1] ∣ s > u} sont deux ouverts saturés disjoints de X × [0, 1], contenant
respectivement (x, t) et (x′ , t′ ). Si t = t′ , alors t ≠ 0 et x ≠ x′ ; si U, U ′ sont deux ouverts
de X disjoints contenant x, x′ respectivement, et si ϵ ∈ ]0, t[, alors U × (]t − ϵ, t + ϵ[∩[0, 1])
et U ′ × (]t − ϵ, t + ϵ[∩[0, 1]) sont deux ouverts saturés disjoints, contenant (x, t), (x′ , t)
respectivement. Donc CX est séparé.
Si X est compact, alors CX est séparé et X × [0, 1] est compact. Comme la projection
canonique est continue, CX est compact.
121
Rn
2
−2
0 2 4 6 4n − 6 4n − 2
Rn′
c′
c1 cn−1
c2 cn−2
c3 c′′
III (1) Comme E est discret et fini, il est compact. Donc CE est compact, donc CE×R
est localement compact. Si n(x, t) = (x, t), alors en regardant les deuxièmes composantes,
on a t = t + n, donc n = 0. Donc l’action est libre. Si K est un compact de CE × R, il existe
N ∈ N tel que K ⊂ CE × [−N, N ]. Si ∣n∣ ≥ 2N + 1, alors nK ∩ K est vide. Donc l’action est
propre.
(2) Les espaces CE et R sont contractiles, donc leur produit CE × R aussi. Comme
CE × R est localement compact et Z agit librement et proprement sur CE × R, le groupe
fondamental du quotient Ω est donc isomorphe à Z.
122
Voici autre manière de voir cela, qui sera utile pour la suite. En considérant la rétraction
par déformation forte du cône CE sur son sommet u0 construite en I.1, l’espace CE × R
se rétracte par déformation forte sur {u0 } × R, de manière équivariante pour l’action de Z.
L’espace Ω se rétracte donc par déformation forte sur le cercle α0 = Z/({u0 } × R).
(3) Comme E est discret, l’espace E × R possède Card(E) composantes connexes, qui
sont homéomorphes à R. Comme l’image par une application continue d’un espace connexe
est connexe, l’espace ∂Ω possède un nombre fini de composantes connexes.
0 ℓ1 0 ℓN
0 0
0
0
E1 × R
0
EN × R
123
D1
DN
∂D1
f1
∂DN
Σ1
fN
ΣN Ω
α0
B̃ g
Ð→ B̃
q↓ ↓q
H/B ̃ Ð→ H/B
ψ(g)
̃ .
Il suffit de poser ψ(Hx) = Hgx, ce qui ne dépend pas du choix de x, car H est distingué.
Il est immédiat que ψ(g) est un automorphismes de revêtement de p, et que g ↦ ψ(g) est
̃
un morphisme de groupes (car ψ(g) ○ ψ(h) et ψ(g ○ h) coïncident sur H/B).
̃
Soit h ∶ B → B un automorphisme de revêtement de p. Soit x ∈ B et x′ ∈ q −1 (h ○
q(x)). Comme B ̃ est localement connexe par arcs et simplement connexe, le théorm̀e du
̃→B
relèvement dit qu’il existe une unique application continue g ∶ B ̃ telle que g(x) = x′
et que le diagramme suivant commute
B̃
g↗ ↓q
̃
B
h○q
Ð→ B .
En considérant le relevé g ′ de h−1 ○ q par le revêtement q tel que g ′ (x′ ) = x, comme gg ′ est
un morphisme de revêtement fixant un point, et que B ̃ est connexe, on en déduit que g est
un automorphisme de revêtement de π.
(4) Comme G agit librement et proprement B, ̃ et comme CE est compact, les mêmes
arguments qu’en III.1 montrent que G agit librement et proprement sur CE × B. ̃
125
̃ sont simplement connexes, donc leur produit
(5) Comme en III.2, les espaces CE et B
̃ ̃
CE × B aussi. Comme CE × B est localement compact et G agit librement et proprement
̃ le groupe fondamental du quotient Θ est donc isomorphe à G.
sur CE × B,
(6) Comme G agit par y ↦ g(y) sur la seconde composante, l’application continue pr2
̃ → B. Comme E est discret, cette
passe au quotient en une application continue G/(E × B)
application est un homéomorphisme local. Comme ψ est surjective, et Γ agit transitivement
̃ est connexe. Le cardinal de chaque fibre est égal au cardinal de
sur E, l’espace G/(E × B)
̃ → B est un revêtement.
E, donc est constant non vide. Donc l’application G/(E × B)
(7) Les revêtements G/(E × B) ̃ → B et B → B sont connexes et localement connexes
par arcs, et les fibres au-dessus de x0 sont π1 (B, x0 )-équivariament isomorphes. Donc ces
revêtements sont isomorphes.
u′0
CB
B= G/
̃
E ×B
B= G/
̃
{u0 }×B
(8) Reprenons des arguments similaires à ceux de III.4. Notons U l’image dans Θ ̂ de
CB ∖ B, qui est ouverte, et connexe par arcs. Notons V le complémentaire dans Θ ̂ de
′
l’image du sommet u0 du cône CB, qui est ouvert et connexe par arcs. Par le théorème
de van Kampen, comme U est contractile et U ∩ V connexe par arcs, si b est un point
̂ b) est isomorphe au quotient de π1 (V, b) par le sous-groupe
base dans U ∩ V , alors π1 (Θ,
distingué engendré par l’image de π1 (U ∩ V, b). L’espace V se rétracte par déformation
̃ ≃ B (avec u0 le sommet du cône CE).
forte sur le bouquet de deux cercles G/({u0 } × B)
̂ admet pour présentation de groupe
Une petite inspection des lacets tués montre que π1 (Θ)
2 2 3 ̂
⟨α, β ∣ α = β = (αβ) = 1⟩, donc π1 (Θ) est isomorphe au groupe diédral D6 .
(9) Non corrigé.
126
4 Sous-variétés différentielles
Pour des explications historiques sur l’invention de la notion de variété et ses moti-
vations, nous renvoyons aux textes originaux de Riemann [Rie, Spi], H. Poincaré [Poi],
E. Cartan [Car], ainsi qu’aux ouvrages d’histoire des mathématiques comme l’excellent
[Die1].
En particulier, un ouvert non vide de Rn n’est pas homéomorphe à un ouvert non vide
de Rm si n et m sont distincts. Notons que si nous remplaçons « homéomorphe » par
« C1 -difféomorphe », alors cette dernière assertion est évidente. Dans le cadre différentiel
de ce cours, le théorème d’inversion locale (voir le théorème C.1 de l’appendice C) est en
général un outil suffisant pour remplacer le théorème d’invariance du domaine de Brouwer.
Nous admettrons le théorème 4.1. Les démonstrations les plus naturelles utilisent des
outils élémentaires de topologie algébrique (et plus précisément d’homologie), ce qui consti-
tuerait une diversion un peu longue (voir [God1, Spa, Hat, Pau3]).
Proposition 4.2. Soit X un espace topologique, dont tout point admet un voisinage ouvert
homéomorphe à un ouvert d’un espace Rn . Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
(1) X est séparé et à base dénombrable,
(2) X est σ-compact,
(3) X est dénombrable à l’infini,
(4) X est métrisable séparable,
(5) il existe un plongement topologique (c’est-à-dire un homéomorphisme sur son image)
de X dans l’espace de Hilbert ℓ2 (R). 58
Démonstration. Un espace topologique séparé dans lequel tout point admet un voisinage
ouvert homéomorphe à un ouvert d’un Rn est localement compact. En particulier, tout
point d’un tel espace admet un système fondamental de voisinages fermés métrisables
(pour la topologie induite).
58. Cet espace de Hilbert est l’espace vectoriel
1/2
ℓ2 (R) = {x = (xn )n∈N ∈ RN ∶ ∥x∥2 = ( ∑ x2n ) < +∞}
n∈N
des suites de réels de carrés sommables muni du produit scalaire ⟨x, y⟩2 = ∑n∈N xn yn .
127
Puisque tout point d’un espace localement compact admet un voisinage ouvert d’adhé-
rence compacte, et puisque tout fermé d’un compact est compact, toute base d’ouverts
(respectivement base dénombrable d’ouverts) d’un espace localement compact contient une
base (respectivement base dénombrable d’ouverts) d’ouverts d’adhérences compactes. 59
Donc un espace localement compact à base dénombrable est σ-compact. De plus, un espace
σ-compact, dans lequel tout point admet un voisinage ouvert qui est à base dénombrable
(pour la topologie induite), est à base dénombrable. 60 Donc les assertions (1) et (2) sont
équivalentes.
Il est immédiat qu’un espace dénombrable à l’infini est σ-compact, et qu’un espace
localement compact et σ-compact est dénombrable à l’infini. Donc les assertions (2) et (3)
sont équivalentes.
L’espace de Hilbert ℓ2 (R) est métrisable et à base dénombrable (l’ensemble des boules
ouvertes de rayons rationnels centrées aux suites presque nulles de rationnels est une base
dénombrable d’ouverts). Tout sous-espace d’un espace métrisable et à base dénombrable
l’est encore. Un espace topologique à base dénombrable est séparable, car si (Ui )i∈N est
une base d’ouverts non vides, et si xi est un point de Ui , alors la suite (xi )i∈N est dense.
Donc l’assertion (5) implique l’assertion (4).
Un espace métrique séparable est séparé et à base dénombrable (en prenant les boules
ouvertes de rayons rationnels centrées aux points d’une partie dénombrable dense). Donc
l’assertion (4) implique l’assertion (1).
Montrons qu’un espace topologique X, séparé, à base dénombrable, et dont tout point
admet un système fondamental de voisinages fermés métrisables, se plonge dans ℓ2 (R).
En effet, soit (Ui )i∈N une base dénombrable d’ouverts de X. Nous pouvons supposer que
U i est métrisable (pour la topologie induite), car si J est l’ensemble des i ∈ N tels que
U i est métrisable, alors (Uj )j∈J est encore une base d’ouverts. Notons di une distance sur
l’espace U i compatible avec sa topologie. Considérons la fonction φi ∶ X → [0, 1] définie par
φi (x) = min{1, di (x, ∂Ui )} si x appartient à Ui et φi (x) = 0 sinon. Il est facile de vérifier que
φi est continue et non nulle exactement sur Ui . Alors l’application f ∶ x ↦ ( i+1 1
φi (x))i∈N
(qui est bien définie car les φi sont bornés par 1 et car la suite réelle ( i+1 )i∈N est de carré
1
sommable) est un homéomorphisme de X sur son image dans ℓ2 (R). En effet, l’injectivité
de f découle du fait que X soit séparé et que (Ui )i∈N soit une base d’ouverts. La continuité
de f vient du fait que les φi soient continues et bornées en valeur absolue par 1. Enfin,
l’application f ∶ X → f (X) est fermée, car si F est un fermé de X et si x n’est pas dans
F , alors il existe i ∈ N tel que x ⊂ Ui ⊂ (X ∖F ), et donc d(f (x), f (F )) ≥ φi (x)/(i + 1) > 0.
Donc l’assertion (1) implique l’assertion (5). ◻
Une variété topologique (ou par abus variété) est un espace topologique M tel que
● l’espace M soit séparé et à base dénombrable,
59. Soit B une base d’ouverts de la topologie d’un espace localement compact X. Pour tout x ∈ X,
soit Ux un voisinage ouvert de x d’adhérence compacte, et soit Vx un système fondamental de voisinages
ouverts de x contenus dans Ux (donc d’adhérences compactes car fermées dans le compact Ux ) et formé
d’éléments de B. Alors ⋃x∈X Vx est une base d’ouverts d’adhérences compactes, qui est contenue dans B
(donc est dénombrable si B l’est).
60. Soit (Ki )i∈N une famille dénombrable de compacts de X de réunion égale à X. Pour tout x ∈ X, soit
Ux un voisinage ouvert de x et Bx une base d’ouverts dénombrable de la topologie de Ux . Puisque Ux est
ouvert dans X, tout élément de Bx est aussi ouvert dans X. Pour tout i ∈ N, soit Fi une partie finie de Ki
telle que la famille finie (Ux )x∈Fi recouvre Ki . Alors ⋃i∈N ⋃x∈Fi Bx est une base d’ouverts dénombrable de
la topologie de X.
128
● tout point de M admette un voisinage ouvert homéomorphe à un ouvert d’un espace
Rn .
En particulier, par la proposition 4.2, une variété topologique est un espace localement
compact, métrisable, séparable, dénombrable à l’infini. Au lieu de demander que M soit
séparé et à base dénombrable, nous pourrions demander, de manière équivalente par la
proposition 4.2, que M soit métrisable séparable. Il est souvent plus facile de vérifier les
conditions séparé à base dénombrable que les conditions métrisable séparable (lorsque nous
voulons montrer qu’un objet est une variété), et c’est pour cela que nous mettons en avant
les premières. Par contre, les secondes sont souvent plus utiles lorsque nous travaillons sur
une variété donnée.
Ces propriétés globales des variétés topologiques sont minimes, et en pratique faciles à
vérifier (cette vérification étant parfois omise). Ce qui est important est qu’une variété to-
pologique admette les mêmes propriétés topologiques locales qu’un espace Rn . Par exemple,
elle est, entre autres, (voir l’appendice A et la partie 1.1 pour des définitions)
● localement compacte (ce qui n’est pas uniquement une condition locale à cause de
l’hypothèse de séparation),
● localement connexe par arcs (donc elle est connexe par arcs si et seulement si elle est
connexe),
● localement contractile.
Soit M une variété topologique. Pour tout x dans M , l’entier n tel qu’il existe un voisi-
nage ouvert de x homéomorphe à un ouvert de Rn est uniquement défini, par le théorème
d’invariance du domaine de Brouwer 4.1, et il est localement constant (donc constant sur
toute composante connexe de M ). Pour tout n dans N, une variété topologique est dite
de dimension n si tout point admet un voisinage ouvert homéomorphe à un ouvert de Rn .
Toute composante connexe de M possède donc une dimension bien définie. Dans la litté-
rature comme dans ce cours, nous ne considérons en général que des variétés topologiques
dont les dimensions des composantes connexes sont égales. Nous appellerons courbe une
variété topologique de dimension 1, et surface une variété topologique de dimension 2.
Par exemple, les variétés topologiques de dimension 0 sont les espaces discrets dénom-
brables.
L’outil principal qui permet le passage du local au global dans les variétés topologiques
est celui des partitions de l’unité, que nous introduisons maintenant. Nous renvoyons à
l’appendice A (éventuellement via l’index final) pour les définitions de topologie générale
utilisées, en particulier celle de famille localement finie de parties.
Soit X un espace topologique. Si f ∶ X → R est une fonction continue, nous appellerons
support de f l’adhérence de {x ∈ X ∶ f (x) ≠ 0}, et nous le noterons Supp(f ). C’est le plus
petit fermé en dehors duquel f est nulle.
Une partition de l’unité de X est une famille (φα )α∈A
● de fonctions continues φα de X dans [0, 1],
● dont la famille des supports (Supp(φα ))α∈A est localement finie, et
● qui vérifie ∑α∈A φα = 1.
La seconde condition ci-dessus implique que la somme ∑α∈A φα (x) ne possède qu’un
nombre fini de termes non nuls pour tout x dans X (donc est bien définie), et que l’ap-
plication x ↦ ∑α∈A φα (x) est continue. Remarquons qu’alors (φ−1 α (]0, 1]))α∈A est un re-
couvrement ouvert de X. Soit U = (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de X. Une partition
129
de l’unité subordonnée à U est une partition de l’unité (φi )i∈I de X, telle que, pour tout
i ∈ I, le support de φi soit contenu dans Ui .
Remarque. Supposons que nous ayons une partition de l’unité (φ′α )α∈A de X, telle que,
pour tout α ∈ A , il existe un élément de U contenant le support de φ′α . Il est alors facile de
modifier cette partition de l’unité pour la rendre subordonnée à U . En effet, si f ∶ A → I
est n’importe quelle application telle que le support de φ′α soit contenu dans Uf (α) pour
tout α ∈ A , posons
φi ∶ x ↦ ∑ φ′α (x) ,
α∈f −1 (i)
avec la convention usuelle ∑∅ = 0. Alors (φi )i∈I est une partition de l’unité subordonnée à
U . En effet,
(1) l’application φi est bien définie et continue, car sur un voisinage de tout point, φi
est somme d’un nombre fini de φ′α ;
(2) nous avons ∑i φi = ∑α φ′α = 1 ;
(3) la famille de fermés (Supp φi )i∈I est localement finie, car pour tout ouvert U de X,
{i ∈ I ∶ (Supp φi ) ∩ U ≠ ∅} ⊂ f ({α ∈ A ∶ (Supp φ′α ) ∩ U ≠ ∅}) ,
et l’image d’un ensemble fini par une application est finie ;
(4) puisqu’une union localement finie de fermés est fermée, nous avons
Proposition 4.3. Une variété topologique M est paracompacte, et tout recouvrement ou-
vert de M admet une partition de l’unité qui lui est subordonnée. Si de plus M est compacte,
alors tout recouvrement ouvert admet un sous-recouvrement fini et une partition de l’unité
finie qui est subordonnée à ce sous-recouvrement.
En fait, tout recouvrement ouvert d’un espace topologique paracompact admet une
partition de l’unité subordonnée (voir [Dug, page 170]), mais nous ne montrerons ce résultat
que dans les cas des variétés, et nous en donnerons une version différentiable dans la
proposition 4.17.
Lemme 4.4. Pour tout x0 dans Rn et tout voisinage U de x0 , il existe une fonction C∞
de Rn dans R, de support contenu dans U , constante égale à 1 sur un voisinage de x0 , et
à valeurs dans [0, 1].
Alors (Vn,α )α∈A est un recouvrement ouvert de Kn′ , donc admet un sous-recouvrement fini
(Vn,α )α∈An . Alors (Vn,α )n∈N,α∈An est un recouvrement ouvert de M , plus fin que U , et
localement fini. Donc M est paracompacte.
Pour tout x dans Kn′ , soit Wx un voisinage ouvert de x, contenu dans Vn,α pour un α
dans A , et homéomorphe à un ouvert d’un espace Rk . Par le lemme précédent, il existe
donc (en prolongeant par 0 en dehors de Wx ) une application continue φx de M dans
[0, 1], de support contenu dans Wx , constante égale à 1 sur un voisinage Wx′ de x. Comme
(Wx′ )x∈Kn′ recouvre Kn′ , il existe une partie finie Bn de Kn′ telle que (Wx′ )x∈Bn recouvre
Kn′ . Posons
φ ∶ y ↦ ∑ φx (y) ,
n∈N, x∈Bn
qui est une somme n’ayant qu’un nombre fini de termes non nuls (car pour x dans Bn ,
l’application φx est nulle sur Kn−1 , donc en y si n est assez grand), et qui est strictement
positive (en fait supérieure ou égale à 1) pour tout y dans M . Posons φ′x = φx /φ. Alors
(φ′x )n∈N, x∈Bn est une partition de l’unité que l’on peut rendre subordonnée à U en utilisant
la remarque précédant la proposition 4.3.
La dernière assertion découle immédiatement de la première. ◻
Exercice E.48. Soit M un espace topologique paracompact, dont tout point admet un
voisinage homéomorphe à un ouvert de Rn . Montrer que M est métrisable.
Exercice E.49.
(1) Soit X l’ensemble (R∖{0}) ∐{0− , 0+ }. Montrer qu’il existe une unique structure d’es-
pace topologique sur X telle que les deux applications φ± ∶ R → X définies par φ± (t) = t
si t ≠ 0, et φ± (0) = 0± soient des homéomorphismes sur leurs images. Montrer que X
est une variété topologique non séparée (au sens ci-dessus).
131
0+
0−
X Ω = R2 ∖{0} Ω = R2
Exercice E.50. (Voir la partie A.2.7 de l’appendice A pour des rappels sur les ordres.)
Soit β un ordinal, et β− l’ensemble ordonné des ordinaux strictement inférieurs à β. On
considère l’ensemble X = (β− × [ 0, 1[) ∖ {(0, 0)} muni de la topologie de l’ordre induite
par l’ordre lexicographique. Montrer que si β est l’ordinal de l’ordre usuel sur N, alors X
est homéomorphe à ]0, +∞ [. Montrer que si β est le plus petit ordinal non dénombrable,
alors X est une variété topologique non paracompacte (mais séparée), appelée la longue
(demi-)droite.
4.2 Sous-variétés de Rn
Nous renvoyons par exemple à [Ave, Car, Die2] pour des rappels de calcul différentiel,
ainsi qu’à l’appendice C. Sauf mention explicite du contraire, pour tous les p, n ∈ N tels
que 0 ≤ p ≤ n (avec convention immédiate pour p = 0 ou p = n), nous identifions dans ces
notes les espaces vectoriels euclidiens Rn et Rp × Rn−p , de manière usuelle, par l’application
(x1 , . . . , xn ) ↦ ((x1 , . . . , xp ), (xp+1 , . . . , xn )).
Dans tout ce qui suit, pour tout r ∈ N, nous pouvons remplacer Rr par un espace
vectoriel réel normé de dimension r, muni d’une base lorsqu’il est question de coordonnées,
et décomposé en somme directe appropriée lorsqu’il y a besoin de travailler dans une
écriture en produit. Par ailleurs, tout espace vectoriel réel de dimension finie sera supposé
muni d’une norme (souvent indifférente, mais que nous préciserons lorsque c’est utile), ainsi
que de la topologie définie par cette norme, qui ne dépend pas du choix de la norme.
Le premier exemple, et celui qu’il faut garder en tête, de sous-variété d’un espace vecto-
riel de dimension finie est un sous-espace vectoriel, par exemple Rp × {0} contenu dans Rn .
Nous allons définir une sous-variété générale comme obtenue par difféomorphismes locaux
ambiants à partir un tel exemple, et donner des caractérisations équivalentes. Rappelons
que le graphe d’une application f ∶ A → B est la partie de l’ensemble produit A × B formée
132
des couples (x, f (x)) pour x dans A :
Théorème 4.5. Soient n ≥ p dans N et k dans (N∖{0}) ∪ {∞}. Les propriétés suivantes
d’une partie M de Rn sont équivalentes.
Démonstration. Montrons que (1) implique (2). Si x, U, f sont comme dans (1), alors
nous pouvons supposer que f (x) = 0 quitte à effectuer une translation au but, et en notant
f1 , . . . , fn les composantes de f , et g ∶ U → Rn−p l’application de composantes fp+1 , . . . , fn ,
alors g est une submersion 61 de classe Ck telle que g −1 (0) = U ∩ M .
Montrons que (1) implique (4). Si x, U, V, f sont comme dans (1), alors nous pouvons
supposer que f (x) = 0, et la restriction de f −1 à l’ouvert W = V ∩ (Rp × {0}) de Rp × {0}
est une application de classe Ck envoyant 0 sur x, qui est une immersion 62 en 0, et qui est
un homéomorphisme de W sur U ∩ M .
61. parce que g est la composée de deux submersions, le difféomorphisme f et la submersion linéaire
(y1 , . . . , yn ) ↦ (yp+1 , . . . , yn ), ou car la matrice jacobienne de g est la matrice des n − p dernières lignes de
la matrice jacobienne de f (inversible), donc est de rang n − p
62. comme composée de deux immersions, l’immersion linéaire (x1 , . . . , xp ) ↦ (x1 , . . . , xp , 0, . . . , 0) et le
difféomorphisme f −1 , ou car la matrice jacobienne de (f −1 )∣W est la matrice des p premières colonnes de
la matrice jacobienne de f −1 (inversible), donc est de rang p
133
Montrons que (4) implique (1) (cette implication est parfois utilisée sous le nom de
théorème des immersions dans les exercices, voir aussi la proposition 4.11). Si x, U, V, f sont
comme dans (4), alors par le théorème C.4 (voir l’appendice C) de forme normale locale
des immersions, quitte à restreindre les ouverts U et V , il existe un Ck -difféomorphisme ψ
de U sur un voisinage ouvert W de 0 dans Rn tel que, sur V , nous ayons l’égalité
ψ ○ f (x1 , . . . , xp ) = (x1 , . . . , xp , 0 . . . , 0) ,
134
local de U . L’application f ∶ U → R0 = {0} est de classe C r et une submersion telle que
f −1 (0) = U .
(2) Le dessin ci-dessous représente quelques (morceaux de) surfaces de R3 .
Remarque 4.6.
(1) Une sous-variété M de Rn est une partie localement fermée dans Rn (c’est-à-dire tout
point de M admet un voisinage ouvert U dans Rn tel que M ∩ U soit fermé dans U ,
voir l’exercice E.A.127 dans l’appendice A).
(2) Si M est une sous-variété de dimension p et de classe Ck de Rn , si x ∈ M , si f ∶ U → M
et g ∶ V → M sont deux paramétrages locaux de M en x, alors l’application f −1 ○ g
(définie sur l’ouvert V ∩ g −1 (f (U ))) est un Ck -difféomorphisme local de Rp en 0.
Notons que la propriété d’être localement fermée est invariante par homéomorphismes
(et même par homéomorphismes locaux). Par contre, une sous-variété n’est en général pas
fermée (penser à un intervalle ouvert borné non vide dans R).
Démonstration. (1) Un singleton est fermé dans Rn−p , donc cette remarque est immédiate
avec la définition locale par fonctions implicites (voir le théorème 4.5 (2)). Ceci découle
aussi de la définition locale par redressement (voir le théorème 4.5 (1)) et du fait qu’un
sous-espace vectoriel de Rn est localement fermé.
(2) Par la définition locale par redressement des sous-variétés (voir le théorème 4.5 (1)),
soient W et W ′ un voisinage ouvert de x et 0 respectivement dans Rn et soit ϕ ∶ W → W ′
un difféomorphisme tel que ϕ(x) = 0 et ϕ(W ∩ M ) = W ′ ∩ Rp (où nous identifions Rp avec
le sous-espace vectoriel des p premières coordonnées de Rn ). Quitte à réduire U et V , nous
pouvons supposer que f (U ) = g(V ) ⊂ W . Les applications ϕ ○ f et ϕ ○ g définies sur les
ouverts U et V de Rp respectivement, à valeurs dans l’ouvert W ′ ∩ Rp de Rp , sont des
135
immersions en 0 (comme composées d’immersions) de classe Ck . Donc, par le théorème
d’inversion locale, ce sont des Ck -difféomorphismes locaux en 0, envoyant 0 sur 0. D’où
quite à réduire U , V , W , W ′ de manière appropriée, nous avons f −1 ○ g = (ϕ ○ f )−1 ○ (ϕ ○ g),
qui est un difféomorphisme local en 0, comme composition de difféomorphismes locaux. ◻
Remarques. (1) Comme toute partie d’un espace topologique séparé à base dénombrable,
munie de la topologie induite, est encore séparée à base dénombrable, une sous-variété M
de Rn de dimension p est en particulier une variété topologique de dimension p (voir la
partie 4.1), donc hérite des propriétés locales de Rp . Puisque tout point de M admet
un voisinage ouvert homéomorphe à un ouvert de Rp , toute sous-variété est localement
compacte, localement connexe par arcs, et localement contractile, par exemple.
(2) La définition locale par redressement du théorème 4.5 (1) fait encore sens lorsque
k = 0. Nous parlons alors de sous-variété topologique (ou de classe C0 ). La définition du
théorème 4.5 (3) fait encore sens aussi, mais elle est strictement plus forte que la première,
car l’exemple ci-dessous est une sous-variété topologique de R2 (c’est-à-dire qu’elle vérifie
la définition du théorème 4.5 (1)), mais ne peut pas s’écrire localement comme le graphe
d’une fonction continue (c’est-à-dire qu’elle ne vérifie pas la définition du théorème 4.5
(3)).
(3) L’exercice suivant peut permettre de comprendre les différences de régularité des
sous-variétés. Il est important en pratique, par exemple pour des problèmes de recolle-
ment de morceaux de rail de chemin de fer pour éviter de secouer les passagers : plus le
recollement est lisse, moins cela secoue !
Exercice E.52. Pour tout n ∈ N∖{0}, soit M le sous-espace de R2 réunion de la demi-
droite horizontale ] − ∞, 0] × {0} et du graphe {(x, xn ) ∶ x ∈ [0, +∞[ } de la fonction x ↦ xn
sur [0, +∞[. Montrer que M est une sous-variété de classe Cn−1 de R2 qui n’est pas une
sous-variété de classe Cn .
(λ1 , . . . , λm ) ↦ φ(λ1 , . . . , λm )
est un système de coordonnées locales sur M qui permet localement de se ramener dans
un ouvert de Rm afin d’y effectuer du calcul différentiel de manière usuelle. En particulier,
nous pouvons demander qu’une application entre deux sous-variétés soit de classe Ck si
elle l’est quand nous la ramenons à une application entre deux ouverts d’espaces euclidiens
usuels par de tels systèmes de coordonnées.
Plus précisément, soit r ∈ (N∖{0}) ∪ {∞} un exposant de régularité. Soient M et N
deux sous-variétés de classe Cr et de dimension m et n respectivement (dans des espaces
vectoriels réels normés de dimension finie qu’il n’est pas nécessaire de préciser, mais nous
considèrerons souvent les espaces euclidiens Rm et Rn avec m′ ≥ m et n′ ≥ n). Soit
′ ′
′
une application de classe Cr . En effet, il suffit de prendre pour paramétrage local ψ de Rm
l’application identité et pour ϕ n’importe quel paramétrage local de M . L’application i lue
dans ces paramétrages locaux est alors juste l’application ϕ elle-même, qui est de classe
Cr .
Proposition 4.7. Avec les notations du début de la partie 4.3, l’application f est de
classe Ck si et seulement s’il existe une application f̃ d’un voisinage ouvert U de M dans
′
son espace euclidien ambiant Rm à valeurs dans un voisinage ouvert V de N dans son
espace euclidien ambiant Rn , telle que f̃ envoie M dans N , soit de classe Ck , et ait pour
′
restriction à M l’application f .
Il peut être tentant de prendre cette caractérisation comme une définition d’une appli-
′
cation de classe Ck entre une partie quelconque de Rm à valeurs dans une partie quelconque
′
de Rn . C’est ce que nous ferons dans la partie 5.2 dans un cas particulier afin de pouvoir
définir les sous-variétés à bord. Mais cette définition n’est pas forcément la mieux adaptée
pour traiter les parties fractales quelconques, comme nous le mentionnerons dans la partie
susnommée.
Démonstration. Le fait que s’il existe une telle application f̃, alors l’application f est de
classe Ck est élémentaire. En effet, montrer que f est de classe Ck est un problème local.
Par redressement, nous pouvons donc supposer que M est un ouvert de l’espace Rm × {0}
′
des m premières coordonnées de Rm contenant 0, que N est un ouvert de l’espace Rn
des n premières coordonnées de Rn contenant 0 et que f (0) = 0. Nous pouvons alors
′
prendre pour paramétrages locaux ϕ et ψ les restrictions des applications u ↦ (u, 0) d’un
voisinage de 0 de Rm dans Rm × {0}, et d’un voisinage de 0 de Rn dans Rn × {0}. Alors, en
notant f̃1 , . . . , f̃n′ les composantes de f̃, l’application f lue dans les paramétrages locaux,
c’est-à-dire l’application ψ −1 ○ f ○ φ, est l’application
137
partitions de l’unité de classe Ck , pour lesquelles nous renvoyons à la proposition 4.17 de
la fin de la partie 4.6. ◻
Reprenons notre série de définitions concernant les applications différentiables. Un
Ck -difféomorphisme de M dans N est une bijection de classe Ck de M dans N dont
l’inverse est encore de classe Ck . Deux sous-variétés différentielles de classe Ck sont dites
Ck -difféomorphes (ou isomorphes lorsque k est sous-entendu) s’il existe un Ck -difféomor-
phisme de l’une dans l’autre. La relation « être Ck -difféomorphe à » est une relation d’équi-
valence sur tout ensemble de sous-variétés de classe Ck , par exemple sur l’ensemble de
toutes les sous-variétés de classe Ck des espaces euclidiens Rq pour q ∈ N.
Si x0 ∈ M , un Ck -difféomorphisme local en x0 entre M et N est une application de
classe Ck de M dans N telle qu’il existe des voisinages ouverts U de x0 et V de f (x0 ) tels
que f (U ) = V et la restriction f ∣U ∶ U → V soit un Ck -difféomorphisme.
Si x ∈ M , nous dirons que f est une immersion en x s’il existe des paramétrages locaux
en x et en f (x) tels que l’application f lue dans ces paramétrages locaux soit une immersion
en 0 (qui est le point qui s’envoie sur x par le paramétrage local). Ceci ne dépend pas des
paramétrages locaux choisis en x et f (x). Nous dirons que f est une immersion si f est une
immersion en tout point de M . Nous définissons de même une submersion en un point, une
submersion, une application de rang constant au voisinage d’un point, et une application
de rang constant (aussi appelée subimmersion). Remarquons que la composée de deux
immersions est une immersion, que la composée de deux submersions est une submersion,
mais que la composée de deux applications de rang constant n’est pas forcément de rang
constant (voir l’exercice E.C.134 dans l’appendice C et l’exercice E.62).
Exemple : Un paramétrage local φ ∶ W → V de classe Cr d’un ouvert V de M par un
ouvert W de Rm est un Cr -difféomorphisme de W dans V , car l’application φ lue dans
ce paramétrage local de V (et dans le paramétrage local x ↦ x de W ) est l’application
identité de W , qui est de classe Cr .
Les corollaires C.4, C.5 et C.6 de l’appendice C, donnant des formes normales locales
des immersions, submersions et applications de rang constant, sont des résultats locaux,
donc nous obtenons immédiatement leurs extensions pour les sous-variétés, énoncées dans
le théorème 4.8 ci-dessous.
Soit x un point de M , supposons à partir de maintenant que f ∶ M → N soit de classe
Ck .
Théorème 4.8. (Forme normale locale des immersions) Si f est une immersion en
x, alors pour tout paramétrage local φ de M en x tel que φ(0) = x, il existe un paramétrage
local ψ de N en f (x) tel que ψ(0) = f (x) et, au voisinage de 0, nous ayons
ψ −1 ○ f ○ φ (x1 , . . . , xm ) = (x1 , . . . , xm , 0, . . . , 0) .
(Forme normale locale des submersions) Si f est une submersion en x, alors pour
tout paramétrage local ψ de N en f (x) tel que ψ(0) = f (x), il existe un paramétrage local
φ de M en x, tel que φ(0) = x et, au voisinage de 0, nous ayons
ψ −1 ○ f ○ φ (x1 , . . . , xm ) = (x1 , . . . , xn ) .
(Forme normale locale des applications de rang constant) Si f est une applica-
tion de rang constant s ≤ min{m, n} sur un voisinage de x, alors il existe un paramétrage
138
local ψ de N en f (x) et un paramétrage local φ de M en x tels que φ(0) = x, ψ(0) = f (x)
et, au voisinage de 0, nous ayons
ψ −1 ○ f ○ φ (x1 , . . . , xm ) = (x1 , . . . , xs , 0, . . . , 0) . ◻
139
Proposition 4.10. Soient M et N deux sous-variétés de classe Ck . Toute immersion de
classe Ck injective et propre de M dans N est un homéomorphisme sur son image, donc un
Ck -plongement, d’image fermée. En particulier, si M est compacte, alors toute immersion
Ck injective de M dans N est un Ck -plongement. ◻
La proposition 4.11 suivante dit en particulier que l’image d’une sous-variété par un
Ck -plongement est une sous-variété.
140
Proposition 4.12.
(1) (Définition par redressement)
Si U est un voisinage ouvert de x dans Rn , si U
Tx M
V est un voisinage ouvert de 0 dans Rn et si 0 Rp
f ∶ U → V est un C1 -difféomorphisme, tels que x
f
f (x) = 0 et f (U ∩ M ) = V ∩ (Rp × {0}), alors V
M
Tx M = dfx −1 (Rp × {0}) .
Sauf quand r = ∞, notons la perte d’un degré de régularité quand nous passons de M
à T M . Le résultat est encore valable si r = 0, en définissant une sous-variété de classe C0
comme un sous-espace topologique qui est une variété topologique. Muni de l’application
π ∶ (x, v) ↦ x de T M dans M , dite de projection canonique, la sous-variété T M est appelée
le fibré tangent à M .
Pour tout k ∈ N ∪ {∞} tel que k ≤ r, un champ de vecteurs de classe Ck sur M est
une application X de classe Ck de M dans T M telle que π ○ X = idM . C’est donc une
application X ∶ M → Rn × Rn définie par x ↦ (x, v(x)) où v ∶ M → Rn est une application
de classe Ck telle que pour tout x ∈ M , le vecteur v(x) ∈ Tx M soit un vecteur tangent à
M en x. Nous reviendrons sur les champs de vecteurs dans la partie 6.3.
Démonstration. Soient (y0 , w0 ) dans T M et (W, φ) un paramétrage local Cr+1 de M au
voisinage ouvert de y0 , d’image U ∩ M , où U est un voisinage ouvert de y0 = φ(0) dans
Rn . Puisque Ty0 M = Im dφ0 par la proposition 4.12 (4), soit v0 ∈ Rp tel que dφ0 (v0 ) = w0 .
Montrons que l’application
142
Remarque. Lorsque la sous-variété M est de classe Cr+1 , nous venons de voir que la
projection π ∶ T M → M définie par (x, v) ↦ x est de classe Cr . Chaque fibre Fx = π −1 (x) de
cette application est égale à {x} × Tx M , donc est munie d’une structure d’espace vectoriel.
Cette structure d’espace vectoriel « dépend de manière Cr » de x, au sens suivant. Les
applications
T ϕ ∶ (x, v) ↦ (φ(x), dφx (v))
sont des Cr -difféomorphismes sur leur image (comme vu ci-dessus à translation près),
chaque fibre {x} × Rp de la première projection U × Rp → U est naturellement munie d’une
structure d’espace vectoriel, et T ϕ ∶ {x} × Rp → Fx est un isomorphisme linéaire. Cette
remarque est à la base de la définition des fibrés vectoriels, pour lesquels nous renvoyons
aux apprentissages de seconde année de Master (voir par exemple [Spi, Pau1]).
Tx f ∶ Tx M → Tf (x) N
Tx (g ○ f ) = Tf (x) g ○ Tx f .
4.5 Exemples
Soit r ∈ N ∪ {∞}.
Exemples. (1) Pour tout n ∈ N, tout ouvert non vide U de Rn est une sous-variété lisse
de dimension n de Rn , et pour tout x ∈ U , nous avons
Tx U = Rn et T U = U × Rn .
(2) Plus généralement, tout ouvert non vide U d’une sous-variété M , de dimension p et
de classe Cr+1 , d’un espace vectoriel réel normé E de dimension finie est une sous-variété,
de dimension p et de classe Cr+1 , de E et Tx U = Tx M pour tout x ∈ U .
(3) Le produit de deux sous-variétés M et N , de classe Cr+1 et de dimension p et q,
de Rm et Rn respectivement, est une sous-variété de classe Cr+1 et de dimension p + q, de
Rm+n = Rm × Rn . 66 De plus, pour tous les x ∈ M et y ∈ N , nous avons
T(x, y) (M × N ) = Tx M × Ty N .
144
(5) (Sphères) Soit n dans N. La sphère de dimension n est le sous-espace topologique
compact Sn de Rn+1 défini par
Sn = {(x0 , x1 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 ∶ x20 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n − 1 = 0} .
Certains ouvrages, voire la plupart, notent Sn la sphère de dimension n, mais nous préférons
la notation en indice plutôt qu’en exposant, pour ne pas confondre avec les produits (que
penser de (S1 )n ≠ Sn ?). Rappelons que la sphère Sn possède deux composantes connexes
si n = 0, qu’elle est connexe par arcs non simplement connexe si n = 1, et qu’elle est
simplement connexe si n ≥ 2.
x⊥
x
x
x⊥
0 0
S1 S2
(6) (Tores) Pour tout n ∈ N, l’un des avatars du tore de dimension n est le sous-espace
topologique compact de Cn défini par
Tn = {z = (z1 , . . . , zn ) ∈ Cn ∶ ∣z1 ∣ = ⋅ ⋅ ⋅ = ∣zn ∣ = 1} .
67. En effet, sa différentielle en x = (x0 , . . . , xn ) ∈ Sn est la forme linéaire
dfx ∶ h = (h0 , . . . , hn ) ↦ 2x0 h0 + ⋅ ⋅ ⋅ + xn hn = 2⟨h, x⟩
n+1
sur R , qui n’est pas la forme linéaire nulle car x ≠ 0, et toute forme linéaire non nulle est surjective.
145
L’application f ∶ (z1 , . . . , zn ) ↦ (∣z1 ∣2 − 1, . . . , ∣zn ∣2 − 1) de Cn dans Rn est une submersion 68
lisse en tout point de Tn . Donc le tore Tn est une sous-variété lisse de Cn , de codimension
n et de dimension n.
Exercice E.54.
(1) Montrer que Tn est C∞ -difféomorphe à la variété produit de n copies du cercle S1 .
(2) Notons x, y, z les coordonnées usuelles de R3 . Nous appellerons tore de révolution le
sous-espace de R3 obtenu en faisant tourner autour de l’axe des z le cercle d’équations
y = 0, (x − 2)2 + z 2 = 1 (ou plus généralement n’importe quel cercle contenu dans un
plan vertical et disjoint de l’axe vertical). Montrer que le tore de révolution est une
sous-variété lisse de R3 , qui est C∞ -difféomorphe à T2 .
Comme dit dans la partie 4.3, alors que la préimage d’une sous-variété par une sub-
mersion est une sous-variété (voir la proposition 4.9), il n’est pas toujours vrai que l’image
d’une immersion (même injective) est une sous-variété. Chaque dessin ci-dessous repré-
sente une sous-variété immergée, c’est-à-dire l’image d’une sous-variété par une immersion
injective dans un espace vectoriel réel normé de dimension finie. 69 La démonstration du
fait qu’aucune d’entre elles n’est une sous-variété différentielle C1 est laissée au lecteur.
Remarquons toutefois qu’une sous-variété différentielle est en particulier localement fermée
(voir la remarque 4.6 (1)). Ainsi, dans l’exemple de droite ci-dessous, √
l’application de R
dans T = {z = (z1 , z2 ) ∈ C ∶ ∣z1 ∣ = ∣z2 ∣ = 1} définie par g ∶ t ↦ (e , e
2 2 it i 2 t
) est√une immersion
injective lisse qui n’est pas un
√
plongement.
√
En effet, par la densité de Z + 2 Z dans R et
puisque g(t + 2kπ) = (eit , ei 2 t+2kπ 2+2k π ) pour tous les k, k ′ ∈ Z, l’image de g est dense
′
dfz ∶ (Z1 , . . . , Zn ) ↦ (2 Re ( z1 Z1 ), . . . , 2 Re ( zn Zn ))
est surjective car zi ≠ 0 pour i ∈ J1, nK. En particulier, en notant w⊥ la droite vectorielle réelle orthogonale
à un vecteur non nul w dans le plan euclidien réel C = R + iR, nous avons
Tz Tn = z1⊥ × ⋅ ⋅ ⋅ × zn⊥ .
69. Attention à la terminologie, une sous-variété immergée n’est pas toujours une sous-variété.
146
{(z1 , z2 ) ∈ S1 × S1 ∶ ∃√t ∈ R,
z1 = eit , z2 = ei 2 t }
(7) (Groupes matriciels classiques) Nous renvoyons à [Pau4, page 14-15], ainsi
qu’à [Die3, Hel], pour une liste complète des groupes matriciels dits classiques.
Soient n, p, q des éléments de N non nuls. Notons In la matrice identité n × n, et
−Ip 0
Ip, q = ( ).
0 Iq
Le groupe SLn (R) est appelé le groupe spécial linéaire réel. Le groupe SLn (C) est appelé
le groupe spécial linéaire complexe.
Le groupe O(n) est appelé le groupe orthogonal : c’est le groupe des matrices (dans la
base canonique) des bijections linéaires préservant le produit scalaire de l’espace euclidien
standard (Rn , ⟨⋅, ⋅⟩), où
n
⟨x, y⟩ = ∑ xi yi
i=1
70. La convention concernant le côté linéaire et celui anti-linéaire d’un produit hermitien varie suivant
les références.
147
si z = (z1 , . . . , zn ) et w = (w1 , . . . , wn ). Le groupe SU(n) est appelé le groupe spécial unitaire.
Notons Rp,q l’espace pseudo-euclidien standard de signature (p, q), c’est-à-dire l’espace
vectoriel réel Rp+q muni de la forme quadratique standard 71 de signature (p, q)
Alors O(p, q) est exactement l’ensemble des matrices (dans la base canonique) des bijections
linéaires f ∶ Rp+q → Rp+q qui préservent la forme quadratique Q, c’est-à-dire qui vérifient
Q○f =Q.
∀ x, y ∈ GLN (C), t
(xy) = t y t x et t
(x−1 ) = (t x)−1 ,
(xy)∗ = y ∗ x∗ et (x−1 )∗ = (x∗ )−1 ,
il est facile de montrer que les ensembles définis dans le tableau (10) sont bien des sous-
groupes des groupes GLN (K) qui les contiennent. Ils sont aussi fermés dans GLn (C), car
intersections avec GLn (C) de parties définies par l’annulation de fonctions continues (car
polynomiales). Remarquons de plus que GLn (R) et GLn (C) sont ouverts dans Mn (R) et
Mn (C) respectivement.
De plus, les groupes O(n) et U(n) sont bornés dans Mn (R) et Mn (C) respectivement :
tout élément de O(n) et U(n) préservant la norme des vecteurs (dans Rn et Cn respective-
ment), ses vecteurs colonnes sont de norme 1, donc les valeurs absolues de ses coefficients
sont au plus 1. Par conséquent les groupes O(n), SO(n), U(n), SU(n) sont compacts, car
fermés et bornés dans des espaces vectoriels réels normés de dimension finie. Notons que
Proposition 4.14. Soient n, p, q ∈ N∖{0}. Les parties GLn (R), GLn (C), SLn (R), SLn (C),
2
O(n), SO(n), O(p, q), SO(p, q), U(n) et SU(n) de respectivement Mn (R) ≃ Rn , Mn (C) ≃
R2n , Mn (R) ≃ Rn , Mn (C) ≃ R2n , Mn (R) ≃ Rn , Mn (R) ≃ Rn , Mp+q (R) ≃ R(p+q) ,
2 2 2 2 2 2
Mp+q (R) ≃ R(p+q) , Mn (C) ≃ R2n et Mn (C) ≃ R2n sont des sous-variétés lisses, fer-
2 2 2
mées sauf GLn (R) et GLn (C), dont l’espace tangent en l’élément neutre, la dimension, le
nombre de composante connexe (par arcs) et le groupe fondamental en l’élément neutre (à
isomorphisme de groupes près) sont les suivants.
71. La convention concernant la position des signes + et − varie dans les références.
72. On dit que la transposition et l’adjoint sont des anti-morphismes de groupes de GLN (C).
148
G Te G dimension ∣π0 G∣ π1 (G, e)
⎧
⎪ {1} si n = 1
⎪
⎪
GLn (R) Mn (R) n 2
2 ⎨ Z si n = 2
⎪
⎪
⎪
⎩ Z/2Z sinon
GLn (C) Mn (C) 2n2 1 Z
⎧
⎪ {1} si n=1
⎪
⎪
SLn (R) {X ∈ Mn (R) ∶ tr X = 0} n2 − 1 1 ⎨ Z si n = 2
⎪
⎪
⎪ Z/2Z sinon
⎩
SLn (C) {X ∈ Mn (C) ∶ tr X = 0} 2n2 − 2 1 {1}
⎧
⎪ {1} si n = 1
⎪
⎪
O(n) {X ∈ Mn (R) ∶ t X = −X} n(n−1)
2 ⎨ Z si n = 2
2 ⎪
⎪
⎪
⎩ Z/2Z sinon
SO(n) TIn O(n) n(n−1)
2
1 π1 (O(n), e)
O(p, q) {X ∈ Mp+q (R) ∶ t X Ip, q + Ip, q X = 0} (p+q)(p+q−1)
2
4 π1 (O(p), e) × π1 (O(q), e)
SO(p, q) TIp+q O(p, q) (p+q)(p+q−1)
2
2 π1 (O(p), e) × π1 (O(q), e)
U(n) {X ∈ Mn (C) ∶ X = −X}∗
n 2
1 Z
SU(n) {X ∈ Mn (C) ∶ X ∗ = −X, tr X = 0} n −1
2
1 {1}
(11)
Ainsi, l’espace tangent en l’élément neutre de SO(n) est le sous-espace vectoriel réel de
Mn (R) des matrices antisymétriques, 73 et celui de SU(n) est le sous-espace vectoriel réel
de Mn (C) des matrices antihermitiennes 74 de trace nulle.
Démonstration. Nous renvoyons par exemple à [MnT, Pau4] pour les deux dernières
colonnes. Voir l’exercice E.26 (4) pour le calcul de π1 (SO(3), e).
Soient K = R ou K = C et N ∈ N∖{0}. Pour tout g ∈ GLN (K), l’application de MN (K)
dans MN (K) définie par x ↦ gx est un C∞ -difféomorphisme, qui, si g ∈ G, préserve le
sous-groupe G considéré dans la colonne de gauche ci-dessus. Donc pour montrer que les
sous-groupes en question sont des sous-variétés, il suffit de montrer (voir l’exemple (4) ci-
dessus) qu’ils sont des sous-variétés au voisinage de leur élément neutre. La démonstration
donnera l’expression de l’espace tangent en l’identité.
Les deux premières lignes du tableau ci-dessus sont immédiates, puisque GLn (K) est
un ouvert de Mn (K).
L’application F = det ∶ Mn (K) → K est C∞ (car polynomiale en les coefficients), et
sa différentielle en In est l’application d FIn = tr de Mn (K) dans K, qui est clairement
surjective. Donc SLn (K) = F −1 (1) est un fermé (car F est continue), et une sous-variété
lisse au voisinage de In par le théorème 4.5 (2), dont l’espace tangent en In est Ker tr
par la proposition 4.12 (2). Toujours par le théorème 4.5 (2), la dimension de SLn (K) est
égale à la différence entre la dimension de l’espace de départ et celle de l’espace d’arrivée,
donc n2 − 1 si K = R et 2n2 − 2 si K = C. Ceci montre les troisième et quatrième lignes du
tableau ci-dessus.
73. Rappelons que toute matrice antisymétrique est de diagonale nulle, donc de trace nulle.
74. Rappelons que toute matrice antihermitienne est à coefficients diagonaux imaginaires purs, donc de
trace imaginaire pure.
149
Pour O(n), O(p, q), U(n) et SU(n), nous appliquons la méthode ci-dessus avec F valant
respectivement les applications suivantes.
● Notons Symn l’espace vectoriel réel des matrices symétriques réelles de taille n.
L’application F ∶ Mn (R) → Symn définie par x ↦ t xx (dont la différentielle en In , qui est
X ↦ t X + X, est surjective, puisque tout élément Y de Symn s’écrit t X + X avec X = 21 Y ).
Elle est lisse (car polynomiale en les coefficients). Nous avons F (In ) = In et F −1 (In ) = O(n).
De plus Ker d FIn est le sous-espace vectoriel des matrices antisymétriques.
● L’application F ∶ Mp+q (R) → Symp+q définie par x ↦ t xIp,q x (dont la différentielle
en Ip+q , qui est X ↦ t XIp,q + Ip,q X, est surjective, puisque tout élément Y de Symp+q
s’écrit t XIp,q + Ip,q X avec X = 12 Ip,q Y ). Elle est lisse (car polynomiale en les coefficients).
Nous avons F (Ip+q ) = Ip,q et F −1 (Ip,q ) = O(p, q). De plus Ker d FIp+q est égal au sous-espace
vectoriel {X ∈ Mn (C) ∶ t X Ip, q = −Ip, q X}.
● L’application F ∶ Mn (C) → Hermn définie par x ↦ x∗ x (dont la différentielle en In ,
qui est X ↦ X ∗ +X, est surjective, car tout élément Y de Hermn s’écrit X ∗ +X où X = 21 Y ).
Elle est lisse (car polynomiale en les coefficients). Nous avons F (In ) = In et F −1 (In ) = U(n).
De plus Ker d FIn est le sous-espace vectoriel des matrices antihermitiennes.
● L’application F de l’ouvert U = {x ∈ Mn (C) ∶ det x ≠ −1} à valeurs dans Hermn ×R
définie par x ↦ (x∗ x, Im det x) (dont la différentielle en In , qui est X ↦ (X ∗ + X, Im tr X),
est surjective, puisque tout élément Y de Hermn s’écrit X ∗ + X avec X = 21 Y + Z où
Z est n’importe quelle matrice diagonale dont les coefficients diagonaux sont imaginaires
purs). Elle est lisse (car polynomiale en les coefficients). Nous avons F (In ) = (In , 0) et
F −1 (In , 0) = U ∩ SU(n), puisque que le déterminant de tout élément x de SU(n) est de
module 1, donc de partie imaginaire nulle si et seulement si det x est égal à −1 (exclu
si x appartient à U ) ou 1. De plus Ker d FIn est le sous-espace vectoriel des matrices
antihermitiennes de trace de partie imaginaire nulle, donc de trace nulle puisque que la
partie réelle de la trace d’une matrice antihermitienne est nulle.
Si x appartient à G = O(n) ou à G = O(p, q), alors (det x)2 = 1. Donc l’application
det ∶ G → {−1, 1} est continue. Or {1} est un ouvert du sous-espace topologique {−1, 1} de
R. Par conséquent, SO(n) et SO(p, q) sont ouverts dans O(n) et O(p, q) respectivement,
comme image réciproque d’ouvert par une application continue. Ceci montre la véracité
des lignes restantes du tableau ci-dessus. ◻
150
Disques de Newton. Étude pour Fugue à deux couleurs. Par František Kupka.
U V
φ ψ
ψ ○ φ−1
φ(U ) ψ (V )
Dans la définition ci-dessus, nous pouvons remplacer Rn par n’importe quel espace
vectoriel réel normé de dimension n. Nous ferons souvent l’abus de noter de la même
manière une application et sa restriction à une partie de son domaine de définition. Nous
151
utiliserons souvent par abus des familles indexées {(Ui , φi ) ∶ i ∈ I}, quitte à indexer les
atlas par eux-mêmes.
Un tel couple (Ui , φi ) (et l’application φi ) est appelé une carte (ou carte locale) de A
(ou de M par abus lorsque l’atlas A est sous-entendu), et une carte (locale) en x si x ∈ Ui ;
l’ouvert Ui est appelé le domaine de cette carte. L’application
φi ○ φ−1
j ∶ φj (Ui ∩ Uj ) → φi (Ui ∩ Uj )
Lemme 4.15. Soit M un espace topologique. Tout atlas de cartes Ck de M est contenu
dans un unique atlas de cartes Ck maximal (pour l’inclusion).
Démonstration. Deux atlas de cartes Ck sont dit Ck -compatibles si leur réunion est
encore un atlas de cartes Ck (ou de manière équivalente si l’application de transition entre
toute carte de l’un et toute carte de l’autre est un Ck -difféomorphisme). La relation « être
Ck -compatible à » est une relation d’équivalence sur l’ensemble des atlas de cartes Ck . La
réunion de tous les atlas de cartes Ck qui sont Ck -compatibles à un atlas de cartes Ck
donné est alors l’unique atlas maximal cherché contenant ce dernier. ◻
′
l’espace topologique M peut être, et sera, muni d’une structure de variété différentielle Ck
(dite obtenue par appauvrissement de structure, et notée par abus de la même manière),
en munissant M de l’unique atlas maximal de cartes Ck contenant A .
′
152
Soient M et M ′ deux variétés Ck et f ∶ M → M ′ une application.
Soient (U, φ) et (U ′ , φ′ ) des cartes de M et M ′ respectivement ; l’application
φ′ ○ f ○ φ−1 ∶ φ(U ∩ f −1 (U ′ )) → φ′ (U ′ )
s’appelle l’application f lue dans les cartes (U, φ) et (U ′ , φ′ ).
L’application f est dite de classe Ck en un point x de M s’il existe des cartes locales
(U, φ) et (U ′ , φ′ ) de M et M ′ en x et f (x) respectivement, telles que f (U ) ⊂ U ′ et que
l’application f lue dans les cartes (U, φ) et (U ′ , φ′ ) soit de classe Ck en φ(x).
M f
M′
U U′
V ′
x f (x) V
φ
φ′
ψ φ(U ) φ′ (U ′ )
φ(x) ψ′
φ′ ○f ○ φ−1
ψ(V ) ○ φ−1 ψ ′ ○ φ′ −1
ψ ′ (V ′ )
ψ
ψ ′ ○ f ○ ψ −1
x0 N
Sn α x
pN (x)
0
0 p S ( x)
Rn
Sn−1 π
2 −α
pS ○ p−1
N ∶ R ∖{0} → R ∖{0}
n n
x ↦ ∥x∥2
x
(qui est l’inversion par rapport à la sphère Sn−1 ), donc est un C∞ -difféomorphisme (invo-
lutif). Les ouverts Sn ∖{N } et Sn ∖{S} recouvrent Sn . Donc {(Sn ∖{i}, pi )}i∈{S,N } est un
atlas de cartes C∞ sur Sn . La structure standard de variété sur Sn est l’espace topologique
Sn (métrisable séparable comme toute partie de Rn+1 ) muni de l’atlas de cartes maximal
contenant {(Sn ∖{i}, pi )}i∈{S,N } .
Pour la culture (et pour justifier le terme « standard » ci-dessus), des résultats de Ker-
vaire et Milnor [KM] montrent que nombre κ(n) de classes d’isomorphisme de structures
de variété lisse sur l’espace topologique Sn pour n ≤ 18 est donné par le tableau suivant.
n ≤ 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
κ(n) 1 28 2 9 6 992 1 3 2 16256 2 16 16
Exercice E.55. Vérifier que la structure de variété lisse sur l’espace topologique Sn définie
par cet atlas et celle définie par la structure de sous-variété lisse de Rn+1 sont égales.
75. Avec les notations de la figure ci-dessus, si α est l’angle en N entre le segment [N, 0] et le segment
[N, pN (x)], alors ∥pN (x)∥ = tan α et ∥pS (x)∥ = tan( π2 − α), donc ∥pN (x)∥ = 1/∥pS (x)∥. Le résultat découle
du fait que les points 0, pS (x) et pN (x) sont alignés.
154
(3) (Espaces projectifs réels) Voici le premier exemple naturel de structure de
variété lisse, qui n’est pas naturellement une structure de sous-variété lisse (même s’il
existe de telles structures par le théorème de plongement de Whitney, voir le théorème
4.18.
Soit n ∈ N. Rappelons que l’espace projectif réel de dimension n est l’espace topologique
quotient Pn (R) = R× /(Rn+1 ∖{0}) de Rn+1 ∖{0} par l’action par homothéties du groupe
multiplicatif R× , c’est-à-dire l’espace topologique quotient (Rn+1∖{0})/∼ de l’ensemble des
vecteurs non nuls de Rn+1 par l’action par homothétie de R× , c’est-à-dire par la relation
d’équivalence « être colinéaire à »
x∼y ⇐⇒ ∃ λ ∈ R× , x = λy .
L’ensemble Pn (R) s’identifie avec l’ensemble des droites vectorielles de Rn+1 (et avec le
quotient par antipodie de la sphère Sn , voir l’exercice E.A.121 (1) de la partie A.5 de
l’appendice A).
Si x = (x0 , x1 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 ∖{0}, notons [x0 ∶ x1 ∶ . . . ∶ xn ] l’image de x dans Pn (R),
et appelons x0 , x1 , . . . , xn les coordonnées homogènes de x. Elles doivent ne pas être simul-
tanément nulles. Elles sont bien définies modulo multiplication simultanée par un scalaire
non nul. En particulier, pour tout t dans R× , nous avons
Posons
Ui = {[x0 ∶ x1 ∶ . . . ∶ xn ] ∈ Pn (R) ∶ xi ≠ 0} .
Les parties Ui de Pn (R) sont bien définies, elles sont ouvertes (car de préimage ouvertes
par la projection canonique Rn+1 ∖{0} → Pn (R)) et elles recouvrent Pn (R). L’application
φi ∶ Ui → Rn définie par
x0 xi−1 xi+1 xn
[x0 ∶ x1 ∶ . . . ∶ xn ] ↦ ( ,..., , ..., )
xi xi xi xi
φj ○ φ−1 ̂ ̂j , . . . , un ) ∈ Rn ∶ ui ≠ 0}
i ∶ {(t0 , . . . , ti , . . . , tn ) ∈ R ∶ tj ≠ 0} → {(u0 , . . . , u
n
est définie par uk = ttkj si k ≠ i, j, et ui = t1j . Chacune de ses composantes est une appli-
cation rationnelle, de dénominateur ne s’annulant pas, donc d’une application lisse. Par
conséquent, (Ui , φi )0≤i≤n est un atlas de cartes C∞ sur Pn (R). Nous munirons l’espace
topologique Pn (R) (qui est séparé (voir l’exercice E.A.121 (1) de la partie A.5 de l’appen-
dice A), à base dénombrable car la projection canonique est ouverte, par exemple par la
remarque 2.4) de l’atlas de cartes maximal contenant cet atlas, et le couple ainsi construit
est appelé la structure standard de variété sur Pn (R). Sa dimension est n.
La même construction en remplaçant R par C munit l’espace projectif complexe Pn (C)
d’une structure de variété différentielle lisse de dimension 2n.
155
hémisphère sud hémisphère sud non-immersion
avec antipodie avec deux points équatoriaux du plan projectif dans R3
sur l’équateur et antipodaux identifiés
Voir la vidéo de Henri Paul de Saint-Gervais (images de Jos Leys, voix d’Etienne Ghys)
sur YouTube
https://www.youtube.com/watch?v=jrFOZHW2Dbc
pour une visualisation de la non-immersion ci-dessus (appelée le chapeau croisé), ainsi que
le dessin de droite ci-dessous.
′
tivement un Ck -difféomorphisme local) constante sur les orbites de G, alors l’application
f ∶ G/X → Y induite par passage au quotient est de classe Ck (respectivement un Ck -
′ ′
difféomorphisme local).
156
Sauf mention explicite du contraire, tout tel quotient G/X sera muni de cette structure
de variété Ck , dite de variété quotient.
Démonstration. Nous savons (voir la proposition 2.6) que l’espace topologique G/X est
séparé. Il est immédiat que G/X est à base dénombrable, car X l’est et la projection cano-
nique π est continue, ouverte (voir la remarque 2.4) et surjective. Considérons l’ensemble
A des couples (π(V ), φ ○ (π∣V )−1 ) avec (V, φ) une carte locale d’un atlas de cartes 76 Ã
de X, telle que l’application π∣V ∶ V → π(V ) soit un homéomorphisme, et que gV ∩ V = ∅,
pour tout g dans G∖{e}. Montrons que A est un atlas de cartes Ck sur G/X, appelé l’atlas
quotient de Ã.
g φ
U
π∣V
ψ π∣U
π (U ) π (V )
En effet, d’une part, il existe bien de telles cartes dont les domaines de cartes recouvrent
G/X, par le théorème 2.8. D’autre part, si (π(U ), ψ ○ (π∣U )−1 ) est un autre tel couple, alors
pour tout x dans l’intersection V ∩ π −1 (π(U )), il existe un (unique) élément g dans G tel
que, pour tout y suffisamment proche de x, nous ayons gy = (π∣U )−1 ○ π∣V (y). L’application
de transition entre (π(V ), φ ○ (π∣V )−1 ) et (π(U ), ψ ○ (π∣U )−1 ) est donc, au voisinage de
φ(x), l’application
(ψ ○ g ○ φ−1 )∣φ(V ∩ π−1 (π(U ))) ,
qui est de classe Ck par composition.
La structure de variété Ck définie par cet atlas (en prenant l’atlas de cartes maximal
qui le contient) sur G/X convient. L’unicité est immédiate par la propriété demandée sur
la projection canonique, car être une variété se vérifie localement (mis à part les petites
conditions topologiques globales).
La dernière affirmation de la proposition 4.16 est une propriété locale. Comme π est
un Ck -difféomorphisme local surjectif, tout point de G/X admet un voisinage ouvert V
dans G/X tel qu’il existe un ouvert U de X tel que π ∶ U → V soit un Ck -difféomorphisme.
L’application f , qui coïncide sur V avec f̃ ○ π −1 , est donc de classe Ck sur V , comme
′
l’est). ◻
Exercice E.56.
76. pas forcément le maximal donné, nous aurons besoin de cette généralité plus tard
157
(1) Montrer que la structure de variété quotient du tore
Tn = Rn /Zn
définie par l’exemple (4) ci-dessus est C∞ -difféomorphe avec la structure de variété
définie dans l’exemple (1) ci-dessus à partir de la structure de sous-variété lisse des
tores définie dans l’exercice E.54.
(2) Montrer que la structure de variété lisse quotient de l’espace projectif
Pn (R) = (Z/2Z)/Sn
définie par l’exemple (4) ci-dessus coïncide avec la structure de variété lisse définie
dans l’exemple (3) ci-dessus.
Pour tout k dans N∪{∞}, un théorème de Whitney (voir par exemple [Hir]) montre que
toute variété Ck de dimension n > 0 admet un Ck -difféomorphisme sur une sous-variété
de R2n , et admet une immersion Ck dans R2n−1 . Comme tout sous-espace d’un espace
séparé et à base dénombrable l’est aussi, la condition imposée aux variétés différentielles
d’être séparées et à base dénombrable est donc nécessaire pour la validité du théorème
de Whitney. En appliquant le résultat ci-dessus aux espaces projectifs réels Pn (R), nous
obtenons donc des réalisations de ces espaces comme des sous-variétés de R2n . Ce résultat
de Whitney est optimal, car le plan projectif réel P2 (R) (qui est de dimension 2) ne se
plonge pas dans R3 (et l’espace projectif Pn (R) ne se plonge pas dans R2n−1 pour n ≥ 1),
voir par exemple [Hir, page 108].
Dans ces notes, nous ne démontrerons que le théorème 4.18 de plongement, qui utilise
le résultat préliminaire suivant permettant le passage du local au global en classe Ck .
Comme tout recouvrement ouvert d’une variété différentielle admet un recouvrement
plus fin formé de domaines de cartes, et par une démonstration analogue, la proposition 4.3
d’existence de partition de l’unité s’étend pour donner des partitions de l’unité de classe
Ck (c’est-à-dire dont chaque application est de classe Ck ), pour k dans N ∪ {∞}.
Proposition 4.17. Soient k dans N ∪ {∞} et M une variété de classe Ck . Tout recou-
vrement ouvert de M admet une partition de l’unité de classe Ck qui lui est subordonnée.
◻
Théorème 4.18. Pour tout k dans N ∪ {∞} et toute variété compacte M de classe Ck , il
existe un entier m dans N et un Ck -difféomorphisme entre M et une sous-variété de classe
Ck de Rm .
de M dans R(n+1)q est une immersion Ck (car tout point x appartient à l’un des ouverts
Vj sur lequel fj est constante non nulle et φij est une immersion). Elle est injective (car si
158
ψ(x) = ψ(y), et si x ∈ Vj ⊂ Uij , alors fj (y) = fj (x) > 0, donc y ∈ Uij , et φij étant injective
sur Uij , nous avons par conséquent x = y). Donc ψ est un Ck -plongement par la proposition
4.10, dont l’énoncé et la démonstration s’étendent lorsque la source est une variété. ◻
Fin de la démonstration de la proposition 4.7 de la partie 4.3. Il s’agit de montrer
′
que si M est une sous-variété Ck de dimension m de Rm , si N est une sous-variété Ck de
dimension n de Rn et si f ∶ M → N est une application de classe Ck avec k ′ ≤ k, alors
′ ′
Par la définition par redressement des sous-variétés (voir le théorème 4.5 (1)), pour tout
′
point x de M , soient Ux un voisinage ouvert x dans Rm et ϕx un Ck -difféomorphisme de Ux
sur un voisinage ouvert Vx de 0 dans Rm tels que ϕx (x) = 0 et ϕx (Ux ∩M ) = Vx ∩(Rm ×{0}).
′
de classe C∞ . Quitte à rétrécir Ux , nous pouvons supposer que Vx est une boule ouverte
euclidienne de centre 0, de sorte que s(Vx ) = Vx ∩ (Rm × {0}) ⊂ Vx . Posons U = ⋃x∈M Ux et
V = Rn , qui sont des voisinages ouverts de M et N dans Rm et Rn respectivement.
′ ′ ′
f̃ = ∑ φx f ○ ϕ−1
x ○ s ○ ϕx ∶ U → R .
n′
x∈M
′
C’est une application de classe Ck sur U , comme somme localement finie de telles applica-
tions. Comme s vaut l’identité sur Rm × {0} et puisque ∑x∈M φx = 1, nous avons f̃∣M = f .
◻
′
Remarque. Attention, si M est une sous-variété Ck de dimension m de Rm , si N est une
sous-variété Ck de dimension n de Rn et si f ∶ M → N est une application de classe Ck avec
′ ′
′ ′
classe Ck définie sur tout Rm . Il suffit de considérer par exemple l’application logarithme
définie sur l’ouvert ]0, +∞[ de R.
Exercice E.58.
(1) Soit f ∶ R → R∗+ une application de classe C∞ . Notons
la surface de révolution autour de l’axe Oz engendrée par f (voir la partie 8.4 pour des
développements). Pour tout x = x(z, θ) dans X, montrer qu’il existe un voisinage ouvert
U de x dans X et un voisinage ouvert V de (0, 0, z) dans le plan R(− sin θ, cos θ, 0) +
R(0, 0, 1) tels que la projection orthogonale sur V soit un homéomorphisme de U dans
V , dont la réciproque soit une immersion.
(2) Soient p, n ∈ N et f ∶ Rn → R∗+ une fonction de classe C∞ . Notons
p
X = {(f (z)x1 , . . . , f (z)xp , z) ∶ x1 , . . . , xp ∈ R, ∑ x2i = 1, z ∈ Rn }
i=1
x ↦ (cos x, sin x) .
Montrer que f1 est une immersion lisse et un paramétrage local lisse du cercle S1 en
restriction à tout intervalle ouvert de longueur strictement inférieur à 2π.
(2) (Coordonnées sphériques de S2 ) Notons f2 ∶ R2 → R3 l’application lisse définie
par
(x, y) ↦ (cos x cos y, sin x cos y, sin y) .
Montrer que l’image de f2 est la sphère S2 . Déterminer le rang de la différentielle
d(f2 )(x,y) pour tout (x, y) ∈ R2 . En quels points de R2 l’application f2 est-elle une im-
mersion ? Aux voisinages de quels points de S2 l’application f2 est-elle un paramétrage
local de S2 ?
(3) (Paramétrage de Hopf de S3 ) 77 Notons f3 ∶ R3 → R4 l’application lisse définie par
160
(1) Soient Jn = ( I0n −I0n ) et Sp2n (R) = {x ∈ M2n (R) ∶ t xJn x = Jn }. Montrer que Sp2n (R)
est un sous-groupe fermé de GL2n (R) et une sous-variété lisse de M2n (R). Calculer sa
dimension et l’espace tangent en son élément neutre. 78
(2) Montrer que la variété de Stiefel
est constituée des matrices de Mn,k (R) dont les colonnes sont orthonormées. Montrer
que Vn,k est une sous-variété lisse de Mn,k (R), calculer sa dimension et son espace
tangent en ( I0k ). Identifier Vn,1 et Vn,n .
(3) Pour tout ℓ ∈ N tel que ℓ ≤ k, considérons l’application πk,ℓ ∶ Vn,k → Vn,ℓ qui à une
matrice n × k associe la matrice de ses ℓ premières colonnes. Montrer que pour tout
−1
y ∈ Vn,ℓ , la partie πk,ℓ (y) est une sous-variété lisse de Mn,k (R) homéomorphe à Vn,k−ℓ .
H(a, b) = {(x, y) ∈ R2 ∶ y 2 = x3 + ax + b} ,
appelée une courbe elliptique réelle. Définissons le discriminant de H(a, b) comme étant la
quantité ∆(a, b) = −16(4 a3 + 27 b2 ).
(1) Montrer que si ∆(a, b) ≠ 0, alors H(a, b) est une sous-variété lisse de R2 .
(2) Supposons que ∆(a, b) = 0. Pour quelles valeurs de (a, b) ∈ R2 la courbe elliptique
H(a, b) est-elle une sous-variété de R2 ? Quel est sa régularité ?
(3) Pour quelles valeurs de (a, b) ∈ R2 la courbe elliptique H(a, b) est-elle connexe ?
(4) Dessiner l’allure de H(−1, b) en fonction de b.
Exercice E.63. Soient n ∈ N∖{0, 1}, notons ⟨ , ⟩ le produit scalaire de l’espace euclidien
usuel Rn+1 . Soit M une hypersurface lisse 79 compacte de Rn+1 . Considérons l’application
ψ ∶ M → Pn (R) qui à x ∈ M associe la droite vectorielle Tx M ⊥ orthogonale à l’espace
tangent Tx M à M en x, appelée l’application de Gauss de l’hypersurface M .
78. Ce groupe Sp2n (R), parfois noté Spn (R) dans la littérature, est appelé le groupe symplectique de
R2n = Rn × Rn muni de la forme symplectique f ((x, y), (x′ , y ′ )) = t y x′ − t x y ′ en identifiant tout vecteur
de Rn avec le vecteur colonne de ses composantes.
79. c’est-à-dire une sous-variété C∞ de codimension 1
161
(1) Montrer que l’application de Gauss ψ est lisse.
(2) Pour tout v ∈ Rn+1 ∖{0}, calculer l’application tangente en tout point de M de l’appli-
cation de M dans R définie par x ↦ ⟨x, v⟩.
(3) En déduire que pour tout hyperplan vectoriel H de Rn+1 , il existe au moins un point
x ∈ M tel que Tx M = H.
162
des ] − ϵ, 0 [ ∪ {0± } ∪ ] 0, +ϵ [ pour ϵ > 0, soient des systèmes fondamentaux de voisinages
de respectivement t ∈ R ∖ {0} et 0± dans X. Pour cette topologie, les deux applications
φ± ∶ R → X sont clairement des homéomorphismes sur leur image, puisqu’elles envoient
systèmes fondamentaux de voisinages sur systèmes fondamentaux de voisinages.
Réciproquement, pour toute topologie sur X telle que les deux applications φ± ∶ R → X
soient des homéomorphismes, les familles ci-dessus sont des systèmes fondamentaux de
voisinages de respectivement t et 0± dans X. Comme une topologie est déterminée par
la donnée d’un système fondamental de voisinages de chacun de ses points, ceci montre
l’unicité.
L’espace topologique X n’est pas séparé pour la même raison que celle pour l’exercice
E.A.99 de la partie A.1.4 de l’appendice A : tout voisinage de 0+ rencontre tout voisinage
de 0− (et 0+ ≠ 0− ). Le fait que tout point admette un voisinage homéomorphe à un ouvert
de R vient de l’existence des homéomorphismes φ± , dont les deux images recouvrent X.
(2) Notons (e1 , e2 ) la base canonique de R2 et (ϕt ) le flot local du champ de vecteurs X
sur Ω. Pour tout x ∈ Ω, notons Ix l’intervalle ouvert de définition de l’application t ↦ ϕt (x).
Soient x ∈ Ω et v un vecteur linéairement indépendant de X(x). Montrons que si ϵ > 0 est
assez petit, alors l’application de [−ϵ, +ϵ] dans Ω/∼ définie par t ↦ ϕIx+vt (x + vt) est un
homéomorphisme sur un voisinage de la courbe intégrale ϕIx (x) de x. Par le théorème 6.14,
à translation et difféomorphisme local près, nous pouvons supposer que x = 0, que dans un
voisinage U de x, le champ de vecteurs soit le champ de vecteurs constant e1 et que v = e2 .
Il existe donc ϵ > 0 tel que pour tous les t, y ∈ [−ϵ, +ϵ] , nous ayons ϕt (0, y) = (t, y).
Notons y = ϕI(0,y) (0, y) la courbe intégrale de X passant par (0, y) et I le segment
compact {0} × [−ϵ, +ϵ]. Puisque toute courbe intégrale est fermée, l’intersection y ∩ I est
compacte. Supposons par l’absurde que cette intersection ne soit pas finie. Alors elle s’ac-
cumule non trivialement sur elle-même, et par la continuité du flot, aucun point de y ∩ I
n’est isolé. Rappelons qu’un compact non vide sans point isolé d’un intervalle est non dé-
nombrable, donc y ∩ I est non dénombrable. La courbe intégrale y contient un ensemble
non dénombrable d’ouverts deux à deux disjoints ] − ϵ, +ϵ[ ×{y ′ } pour y ′ ∈ y ∩ I. Ceci
contredit le fait que y est séparable, car R l’est et le flot ϕ est continu.
Donc quitte à diminuer ϵ, nous pouvons supposer que toute courbe intégrale passant
par un point de I ne rencontre I qu’en ce point. Un argument analogue montre que si x
et y sont deux points distincts de I, alors les saturés par le flot des orbites de voisinages
ouverts disjoints Ux et Uy de x et y respectivement dans I sont ouverts et disjoints.
La restriction à I de la projection canonique Ω → Ω/∼ est donc continue et injective, de
source compacte et de but séparé, donc un homéomorphisme sur son image. Ceci montre
que l’espace topologique quotient Ω/∼ est localement homéomorphe à R.
L’espace des feuilles du premier feuilletage donné 83 est homéomorphe à l’ensemble
somme disjointe Z/4Z ∪ ⋃i∈Z/4Z (]0, +∞[ ×{i}) muni de l’unique topologie qui coïncide
avec la topologie usuelle sur ]0, +∞[×{i} et dont un système fondamental de voisinages de
i ∈ Z/4Z est l’ensemble des parties {Uϵ ∶ ϵ > 0} où Uϵ = (]0, ϵ[ ×{i}) ∪ {i} ∪ (]0, ϵ[ ×{i + 1}).
Il est non séparé pour la même raison que celle pour l’exercice E.A.99 de la partie A.1.4
de l’appendice A : tout voisinage de i rencontre tout voisinage de i + 1 pour tout i ∈ Z/4Z.
83. que nous pouvons par exemple voir comme l’espace des courbes intégrales du champ de vecteurs
X ∶ reiθ ↦ e−iθ sur R2 ∖{0}
163
]0, +∞[×{2} ]0, +∞[×{1}
2
3 1
4
L’espace des feuilles du second feuilletage donné est homéomorphe à l’ensemble somme
disjointe (] − ∞, 0] × {+}) ∪ (] − ∞, 0] × {−}) ∪ ]0, +∞[ (deux demi-droites fermées en
rouge sur le dessin et une demi-droite ouverte en vert sur le dessin) muni de l’unique
topologie qui coïncide avec la topologie usuelle sur ] − ∞, 0 [×{±} et ] 0, +∞[, et dont un
système fondamental de voisinages de (0, ±) est l’ensemble des parties {Uϵ± ∶ ϵ > 0} où
Uϵ± = (] − ϵ, 0] × {±}) ∪ ]0, ϵ[. Il est non séparé pour la même raison que celle pour l’exercice
E.A.99 de la partie A.1.4 de l’appendice A : tout voisinage de (0, +) rencontre tout voisinage
de (0, −).
Correction de l’exercice E.51. Puisque le problème est local et invariant par difféo-
morphismes ambiants, nous pouvons supposer par le théorème C.6 (voir l’appendice C) de
forme normale locale des applications de rang constant r que y0 = 0 et que f est l’applica-
tion de rang constant r linéaire définie par (x1 , . . . , xn ) ↦ (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0), auquel cas
l’ensemble des solutions de l’équation f (x) = y0 est le sous-espace vectoriel {0} × Rn−r de
Rn = Rr × Rn−r , qui est bien une sous-variété de dimension n − r.
Correction de l’exercice E.52. Le sous-espace M du plan est le graphe de l’application
f ∶ R → R définie par x ↦ 0 si x ≤ 0 et x ↦ xn si x ≥ 0. Cette application est de classe Cn−1 ,
donc M est une sous-variété de classe Cn−1 par la définition locale par graphe 4.5 (3) des
sous-variétés.
La pente de la droite tangente T(x,y) M en un point (x, y) de M est égale à 0 si x ≤ 0
et à n xn−1 si x ≥ 0. Si M était de classe Cn , cette pente serait de classe Cn−1 , ce qui n’est
pas le cas.
Correction de l’exercice E.53. Le groupe des rotations SO(n) agit de manière linéaire
donc de manière lisse sur Rn+1 . Il préserve la sphère Sn , et agit transitivement dessus. Il
suffit donc de montrer que Sn est une sous-variété lisse de codimension 1 au voisinage de
son pôle Nord N = (1, 0 . . . , 0) en utilisant chacune des caractérisations (1), (3) et (4) du
théorème 4.5.
L’application de la boule ouverte √ Bn = {(x1 , . . . , xn ) ∈ Rn ∶ x21 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n < 1} dans
R n+1
définie par (x
√1 , . . . , xn ) ↦ ( 1 − x1 − ⋅ ⋅ ⋅ − xn , x1 , . . . , xn ) est une application lisse car
2 2
l’application t ↦ t est lisse sur ]0, +∞[ . Elle envoie le point 0 de Bn sur N et Bn sur
l’hémisphère nord ouvert HN = {(x1 , . . . , xn ) ∈ Sn ∶ x0 > 0} de Sn , qui est un ouvert de
Sn . C’est un homéomorphisme sur son image (d’inverse la projection sur les n dernières
coordonnées, qui est continue). C’est une immersion car les n dernières colonnes de sa
164
matrice jacobienne sont les colonnes de la matrice identité n×n. C’est donc un paramétrage
local de Sn en N , ce qui montre qu’elle vérifie la définition (4) du théorème 4.5.
Par ce qui précède, sur cet hémisphère ouvert HN , la sphère est (à permutation de
n
coordonnées près) le graphe √ de l’application lisse de l’ouvert Bn de R à valeurs dans R
définie par (x1 , . . . xn ) ↦ 1 − x1 − ⋅ ⋅ ⋅ − xn . Ceci montre qu’elle vérifie la définition (3) du
2 2
théorème 4.5.
Enfin, l’application ψ de l’ouvert Bn × ] − 12 , 12 [ de Rn+1 à valeurs dans Rn+1 définie par
√
((x1 , . . . , xn ), r) ↦ (r + 1)( 1 − x21 − ⋅ ⋅ ⋅ − x2n , x1 , . . . , xn )
est une application lisse à valeurs dans le voisinage ouvert de l’hémisphère nord constitué
des points à distance radiale strictement inférieure à 21 de cet hémisphère. Elle est bijective
de bijection réciproque l’application lisse
y1 yn √
(y0 , y1 . . . , yn ) ↦ (( √ ,..., √ ), y02 + y12 + ⋅ ⋅ ⋅ + yn2 − 1) .
y02 + y12 + ⋅ ⋅ ⋅ + yn2 y02 + y12 + ⋅ ⋅ ⋅ + yn2
Donc ψ est un difféomorphisme lisse, dont l’inverse est une application de redressement
de l’hémisphère nord ouvert sur la boule ouverte Bn × {0}. Ceci montre que la sphère Sn
vérifie la définition (1) du théorème 4.5.
L’application ψ est un homéomorphisme sur son image, qui est un ouvert de Tn contenant
(w1 , . . . , wn ). Donc ψ est aussi un paramétrage local en (w1 , . . . , wn ) de la sous-variété Tn .
Ceci montre que les deux structures de sous-variétés coïncident.
(2) Notons T le tore de révolution. Considérons l’application f de S1 × S1 dans R3
définie par
Par construction, son image est égale à T . Puisque les applications (θ, φ) ↦ (eiθ , eiφ ) défi-
nies sur des ouverts U de diamètre au plus π de l’espace euclidien R2 sont des paramétrages
locaux de S1 × S1 , l’application f est une application lisse. C’est un homéomorphisme sur
son image, car son inverse est donné par
x y √
(x, y, z) ↦ ( √ + i√ , ( x2 + y 2 − 2) + iz) .
x2 + y 2 x2 + y 2
165
De plus, l’application f est une immersion, car la différentielle au point (θ, φ) de l’appli-
cation (θ′ , φ′ ) ↦ f (eiθ , eiφ ) est l’application linéaire
′ ′
que l’on vérifie aisément être injective, en discutant suivant que cos φ = 0 ou pas. Donc f
est un plongement lisse de T2 dans R3 d’image T . Il découle alors de la proposition 4.10
que T est une sous-variété lisse de R3 et que l’application f est un C∞ -difféomorphisme
de T2 sur T .
Correction de l’exercice E.55. Puisque {(Sn ∖ {i}, pi )}i∈{S,N } est un atlas de cartes
de la structure standard de variété sur Sn , il suffit de montrer que pour tout i ∈ {S, N }
l’application p−1
i ∶ R → Sn ∖{i} est un paramétrage local de la structure de sous-variété
n
lisse de Sn . Nous le montrons pour le pôle Nord, l’argument pour le pôle Sud est le même
(nous pourrions aussi utiliser le fait que l’antipodie est un difféomorphisme à la fois pour
la structure de variété standard et celle de sous-variété de Sn ).
Un calcul élémentaire (voir la correction de l’exercice E.A.117 (8) dans la partie A.6
de l’appendice A) montre que f = p−1 N ∶R →R
n n+1
est l’application
⎧
⎪
4y y
− (1+ri 2j)2 = 0 si i ≠ 0 et i ≠ j
⎪
⎪
⎪
∂fi ′ ⎪
⎪ 2(1+r2 −2y2 )
(y ) = ⎨ (1+r2 )2 i = si i ≠ 0, 1 et i = j
2
∂yj ⎪
⎪
⎪
1+y12
⎪
⎪
⎪
2(1+r2 −2yi2 )
=
2(1−y12 )
si i = j = 1 .
⎩ (1+r2 )2 (1+y12 )2
Si y1 ≠ 1, la sous-matrice carrée ( ∂y
∂fi
j
(y ′ ))1≤i,j≤n de la matrice Jfy′ est diagonale à coeffi-
cients diagonaux non nuls. Elle est donc inversible et f est une immersion en y ′ . Si y1 = 1,
nous avons
∂f0 ′ 2y1 (r2 − 1)(2y1 )
(y ) = − =1.
∂y1 1 + r2 (1 + r2 )2
La sous-matrice carrée ( ∂y
∂fi
j
(y ′ ))0≤i≤n,i≠1,1≤j≤n est donc triangulaire supérieure à coefficients
diagonaux non nuls. Par conséquent, l’application f est encore une immersion en y ′ . Nous
avons donc bien montré que f est un paramétrage local de la sous-variété Sn .
166
Correction de l’exercice E.56. (1) Considérons l’application f̃ ∶ Rn → (S1 )n définie
par (t1 , . . . , tn ) ↦ (e2iπt1 , . . . , e2iπtn ). C’est un C∞ -difféomorphisme local, qui passe au
quotient en une bijection continue entre espaces compacts, donc un homéomorphisme,
f ∶ Rn /Zn → (S1 )n . Cet homéomorphisme f , qui est un C∞ -difféomorphisme local par
la dernière affirmation de la proposition 4.16, est donc un C∞ -difféomorphisme entre la
structure de variété quotient de Rn /Zn et la structure de variété produit de (S1 )n .
(2) Montrons que la projection canonique f̃ ∶ Sn → Pn (R) est un C∞ -difféomorphisme
local entre la structure de sous-variété de Sn et la structure de variété de Pn (R) dé-
finie par les coordonnées homogènes. L’application f̃ est équivariante pour les actions
de SO(n) par rotations sur Sn et par transformations projectives sur Pn (R). Ces deux
actions sont des actions par C∞ -difféomorphismes, comme cela se vérifie en cartes lo-
cales. Il suffit donc par transitivité de montrer que f̃ est un C∞ -difféomorphisme lo-
cal au voisinage √ du point (1, 0, . . . , 0). L’application f̃ lue dans les paramétrages locaux
(x1 , . . . , xn ) ↦ ( 1 − ∑1≤i≤n x2i , x1 , . . . , xn ) de Sn et (t1 , . . . , tn ) ↦ [1 ∶ t1 ∶ . . . ∶ tn ] de
Pn (R) est l’application (x1 , . . . , xn ) ↦ ( √ x1
, . . . , √ xn ), qui est un C∞ -
1−∑1≤i≤n x2i 1−∑1≤i≤n x2i
difféomorphisme local au voisinage de 0. Le résultat en découle.
Maintenant, comme dans la question (1), la projection canonique f̃ passe au quotient
en un homéomorphisme f ∶ ((Z/2Z)/Sn ) → Pn (R), qui est un C∞ -difféomorphisme local
par la dernière affirmation de la proposition 4.16. Donc f est C∞ -difféomorphisme entre la
structure de variété quotient de (Z/2Z)/Sn et la structure de variété de Pn (R) définie par
les coordonnées homogènes.
Correction de l’exercice E.57. (1) Par le théorème de dérivation des fonctions com-
posées, l’application f est différentiable sauf aux points (0, 0, z) pour z ∈ R. Pour tout
(x, y, z) ∈ R3 ∖{(0, 0, 0)}, la différentielle df(x,y,z) est alors la forme linéaire
x √ y √
(X, Y, Z) ↦ √ ( x2 + y 2 − 1)X + √ ( x2 + y 2 − 1)Y + 2zZ
x2 + y 2 x2 + y 2
(2) Cette différentielle est surjective en tout point (x, y, z) ∈ R3 ∖({(0, 0)} × R) sauf si
x + y 2 = 1 et z = 0, c’est-à-dire sauf si t = f (x, y, z) vaut 0.
2
(3) Par le théorème des submersions (voir la définition (2) du théorème 4.5), l’hyper-
surface de niveau Mt est une sous-variété lisse (de codimension 1 donc de dimension 2) si
t ≠ 0.
Montrons que l’hypersurface de niveau M0 = f −1 (0) n’est pas une sous-variété lisse de
R3 . Le cercle S1 × {0} = {(x, y, z) ∈ R3 ∶ s2 + y 2 = 1, z = 0} est contenu dans M0 . Si ϵ > 0 est
assez petit, alors l’intersection avec M0 de la boule de centre (1, 0, 0) et de rayon ϵ privée
de son intersection avec S1 ×√ {0} admet quatre composantes connexes (obtenues en variant
le signe de z et le signe de x2 + y 2 − 1). Or cette intersection ne devrait avoir que deux
composantes connexes si M0 était une sous-variété au voisinage de 0.
(4) Par la proposition 4.12 (2), pour tout (x, y, z) ∈ R3 tel que x2 + y 2 ≠ 1 et z ≠ 0,
l’espace tangent à Mt en f (x, y, z) vaut le plan vectoriel Ker d f(x,y,z) , égal à
x √ y √
{(X, Y, Z) ∈ R3 ∶ √ ( x2 + y 2 − 1) X + √ ( x2 + y 2 − 1) Y + 2z Z = 0} .
x2 + y 2 x2 + y 2
167
Correction de l’exercice E.58. (1) L’application x ∶ (z, θ) ↦ x(z, θ) de R2 dans R3 est
clairement lisse (chacune de ses trois composantes l’est). Sa matrice jacobienne en (z, θ) est
′
⎛f (z) cos θ −f (z) sin θ⎞
⎜ f ′ (z) sin θ f (z) cos θ ⎟. Comme f ne s’annule pas et comme sin θ et cos θ ne s’annulent
⎝ 1 0 ⎠
pas simultanément, les deux colonnes sont linéairement indépendantes. Donc l’application x
est de rang 2 et x est une immersion en tout point de R2 . L’application x passe au quotient
en une application x continue et injective de l’espace localement compact R × (R/2πZ)
dans l’espace localement compact R3 . De plus, l’application x est propre en regardant la
dernière coordonnée. C’est donc un homéomorphisme sur son image. L’application x est
donc un C∞ -plongement.
(2) La même démonstration (en prenant des paramétrages locaux de la sphère Sn−1
pour montrer le caractère immersif) montre que l’application de R × Sn−1 dans Rn définie
par (z, (x1 , . . . , xn )) ↦ (f (z)x1 , . . . , f (z)xn , z) un C∞ -plongement, donc que son image est
une sous-variété de Rn qui est C∞ -difféomorphe à R × Sn−1 .
Correction de l’exercice E.59. (1) L’application f1 est clairement lisse (chacune de
ses composantes l’est) et à valeurs dans S1 . Sa différentielle en tout x ∈ R est l’application
dx f1 ∶ h ↦ (−(sin x)h, (cos x)h), qui est injective car sin x et cos x ne s’annulent pas simul-
tanément. Donc f est une immersion en tout point. Si I = ]a, b[ est un intervalle ouvert
avec 0 < b−a < 2π, alors l’application f ∶ I → S1 est continue et injective, d’espace de départ
compact, à valeurs dans un espace séparé, donc un homéomorphisme sur son image. Donc
f ∶ I → S1 est un homéomorphisme sur son image, et par conséquent est un paramétrage
local de S1 .
(2) L’application f2 est clairement lisse (chacune de ses composantes l’est) et à valeurs
dans S2 . Soit (a, b, c) ∈ S2 , montrons qu’il appartient à l’image de f2 . Si a = b = 0, alors
c = ±1 et nous pouvons prendre y = ± π2 (et n’importe quel x). Supposons (a, b) ≠ 0. Puisque
√ √
c ∈ [−1, 1], il existe y ∈ R tel que c = sin y. Alors ρ = a2 + b2 = 1 − sin2 = cos y, quitte à
remplacer y par π − y ce qui ne change pas sin y. Par l’existence des coordonnées polaires,
il existe x ∈ R tel que (a, b) = (ρ cos x, ρ sin x), ce qui montre la surjectivité de f2 .
⎛− sin x cos y − cos x sin y ⎞
La matrice jacobienne de f2 en (x, y) est J = ⎜ cos x cos y − sin x sin y ⎟.
⎝ 0 cos y ⎠
⎛0 ± cos x⎞
Si y ∈ π2 + πZ (ce qui équivaut à cos y = 0), alors cette matrice vaut ⎜0 ± sin x ⎟. Elle
⎝0 0 ⎠
est alors de rang 1 car sin x et cos x ne s’annulent pas simultanément. En particulier f2
n’est alors pas une immersion en (x, y), donc n’est pas un paramétrage local en f2 (x, y).
Si y ∉ π2 + πZ, alors la seconde colonne de J est non nulle. La première colonne de
J n’est pas un multiple non nul de la seconde, et est un multiple non nul d’un vecteur
colonne non nul, toujours car sin x et cos x ne s’annulent pas simultanément. Donc J est
de rang 2. Par le théorème d’inversion locale appliqué à l’application f lue (au but) dans
un paramétrage local de la sphère, l’application f2 est donc une immersion en tout point
(x, y) ∈ R2 tel que y ∉ π2 + πZ, et un paramétrage local au voisinage de l’image de ce point
par f2 .
(3) L’application f3 est clairement lisse (chacune de ses composantes l’est) et à valeurs
dans S3 . Soit (a, b, c, d) ∈ S3 , montrons que ce point appartient à l’image de f3 . Posons
168
√ √
σ = a2 + b2 et ρ = c2 + d2 . Puisque σ 2 + ρ2 = 1, il existe z ∈ R tel que σ = cos z et
ρ = sin z. Par coordonnées polaires, il existe x, y ∈ R tel que (a, b) = (σ cos x, σ sin x) et
(c, d) = (ρ cos y, ρ sin y), ce qui montre la surjectivité de f3 .
⎛− sin x cos z 0 − cos x sin z ⎞
⎜ cos x cos z 0 − sin x sin z ⎟
La matrice jacobienne de f3 en (x, y, z) est J = ⎜ ⎟.
⎜ 0 − sin y sin z cos y cos z ⎟
⎝ 0 cos y sin z sin y cos z ⎠
⎛− ± sin x 0 0 ⎞
⎜ ± cos x 0 0 ⎟
Si z ∈ πZ, alors cette matrice vaut ⎜ ⎟, donc est de rang 2, d’où f3 n’est
⎜ 0 0 ± cos y ⎟
⎝ 0 0 ± sin y ⎠
⎛0 0 − ± cos x⎞
⎜0 0 − ± sin x ⎟
pas une immersion en (x, y, z). De même, si z ∈ π2 + πZ, alors J = ⎜ ⎟
⎜0 − ± sin y 0 ⎟
⎝0 ± cos y 0 ⎠
est de rang 2, donc f3 n’est pas une immersion en (x, y, z).
⎛− sin x 0 − cos x sin z ⎞
⎜ cos x 0 − sin x sin z ⎟
Si z ∉ π2 Z, alors J a le même rang que la matrice ⎜ ⎟, dont
⎜ 0 − sin y cos y cos z ⎟
⎝ 0 cos y sin y cos z ⎠
les deux premières colonnes sont linéairement indépendantes. Montrons que la troisième
colonne n’est pas combinaison linéaire des deux premières. Sinon il existerait a ∈ R tel que
− cos x sin z = −a sin x et − sin x sin z = a cos x. Donc en prenant des carrés et en sommant,
nous aurions sin2 z = a2 , et en particulier a ≠ 0. Si par exemple sin z = a, en simplifiant,
nous aurions cos x = − sin x = − cos x, ce qui contredit le fait que sin x et cos x ne s’annulent
pas simultanément. Donc J est de rang 3. Comme dans la question (2), l’application f3
est une immersion en tout point (x, y, z) ∈ R3 tel que z ∉ π2 Z. Par le théorème d’inversion
locale, f3 est donc un paramétrage local au voisinage de l’image de ce point par f3 .
Correction de l’exercice E.60. (1) Pour tout g ∈ Sp2n (R), l’application de M2n (R) dans
M2n (R) définie par x ↦ gx est un C∞ -difféomorphisme (car linéaire d’inverse x ↦ g −1 x),
qui préserve Sp2n (R) puisque Sp2n (R) est un groupe, et qui envoie I2n sur g. Donc pour
montrer que Sp2n (R) est une sous-variété au voisinage de g, il suffit de montrer que Sp2n (R)
est une sous-variété au voisinage de I2n .
Notons Asym2n = {x ∈ M2n (R) ∶ t x = −x}, et remarquons que Jn appartient à Asym2n .
L’application F ∶ M2n (R) → Asym2n définie par x ↦ t x Jn x (qui est bien définie car
( x Jn x) = t x t Jn x = − t x Jn x) est C∞ (car polynomiale en les coefficients). Elle envoie
t t
I2n sur Jn . Sa différentielle en I2n est l’application d FI2n ∶ X ↦ t XJn + Jn X de M2n (R)
dans Asym2n . Cette différentielle est surjective. En effet, pour tout élément Y de Asym2n ,
si X = − 21 Jn Y , alors puisque t Y = −Y , t Jn = −Jn et Jn2 = −I2n , nous avons
1t t 1 1 1
t
XJn + Jn X = − Y Jn Jn − Jn Jn Y = − Y Jn Jn − Jn Jn Y = Y .
2 2 2 2
Donc Sp2n (R) = F −1 (Jn ) est un fermé (car F est continue), et une sous-variété lisse au
voisinage de I2n par le théorème 4.5 (2). Son espace tangent en I2n est
169
par la proposition 4.12 (2). Toujours par le théorème 4.5 (2), la dimension de Sp2n (R) est
égale à la différence entre la dimension de l’espace de départ et celle de l’espace d’arrivée,
2n(2n−1)
donc (2n)2 − 2 = n(2n − 1).
(2) La première affirmation est évidente par la définition du produit matriciel, car une
matrice colonne x est de norme 1 si et seulement si t xx = 1 et deux matrices colonnes x et
y sont orthogonales si et seulement si t xy = 0.
Nous allons utiliser comme dns la question (1) la méthode des surfaces de niveau
régulières/des submersions/des fonctions implicites, voir le théorème 4.5 (2). Considérons
l’application f ∶ Mn,k (R) → Symk , que nous noterons f (k) dans la question (3) où il
conviendra de préciser l’entier k, définie par x ↦ t x x, de sorte que f −1 (Ik ) = Vn,k . Elle
est lisse car polynomiale en les coefficients. La différentielle de f en x ∈ Mn,k (R) est
l’application
dfx = d(f (k) )x ∶ X ↦ t x X + t X x .
Si f (x) = Ik , montrons que dfx est surjective. Pour tout y ∈ Symk , posons X = 12 x y (qui est
bien définie, car x possède k colonnes et y possède k lignes, et qui appartient à Mn,k (R)).
Puisque t x x = Ik et comme y est symétrique, nous avons
1t 1 1 1
dfx (X) = x x y + ty tx x = y + y = y .
2 2 2 2
Donc f est une submersion en tout point de Vn,k . Par le théorème 4.5 (2), le sous-espace
Vn,k de Mn,k (R) est une sous-variété de Mn,k (R) dont la dimension est
k(k + 1)
dim Mn,k (R) − dim Symk = n k − .
2
A ) + ( t t )( Ik ) = 0 si
Pour tous les A ∈ Mk,k (R) et B ∈ Mn−k,k (R), nous avons ( t Ik 0 )( B A B 0
et seulement si A est antisymétrique. Donc si x = ( I0k ), alors
A) ∶ A ∈ M
Tx Vn,k = Ker dfx = {( B k,k (R), B ∈ Mn−k,k (R), A = −A} .
t
(12)
Donc X ∈ Ker d(f (k) )x = Tx Vn,k et par construction Tx πk,ℓ (X) = Y , ce qui montre que
Tx πk,ℓ est surjective.
−1 −1
De plus, nous avons πk,ℓ (0) = {(y z) ∈ Vn,k ∶ y = 0} et l’application (0, z) ↦ z de πk,ℓ (0)
dans Vn,k−ℓ (qui est bien à valeur dans Vn,k−ℓ car les colonnes de z sont orthonormées), est
un C∞ -difféomorphisme, comme restriction à deux sous-variétés d’une application linéaire
d’inverse aussi restriction à deux sous-variétés de l’application linéaire z ↦ (0, z).
(x, y) ↦ y 2 − x3 − ax − b ,
qui est de classe C∞ (car polynomiale) et vérifie f −1 (0) = H(a, b). Pour tout élément
(x, y) ∈ H(a, b), la différentielle de f en (x, y) est la forme linéaire
171
3
y 2 = x3 − 4x
2
1
y 2 = x3 + 1 1
2 y 2 = x3 − 3
−2 −1 − 12 1
1 2 3
− 21 2
−1
−2 y 2 = x3 − x
−3
y 2 = x3 − 3x + 3
(2) Supposons que ∆(a, b) = 0. Si a = 0, alors b = 0 et H(0, 0) est le graphe (en échangeant
les deux axes de coordonnées) de l’application y ↦ x = y 2/3 de R dans R, qui est lisse sauf
en 0. L’application y ↦ (y 2/3 , y) est un homéomorphisme de R dans H(0, 0) (d’inverse la
seconde projection), donc H(0, 0) est une variété topologique. Elle est lisse en dehors de
(0, 0). La courbe topologique H(0, 0) (dessinée en rouge ci-dessous) a un point de rebrous-
sement en (0, 0), en laquelle elle n’est pas une variété de classe C1 . Par exemple, si elle
était de classe C 1 , sa droite tangente en (0, 0) serait par continuité l’axe horizontal. Mais la
courbe H(0, 0) n’est pas localement le graphe d’une fonction au dessus de l’axe horizontal,
car la projection orthogonale sur cet axe n’est pas injective.
y 2 = x3
1
y = x − 3x − 2
2 3
−2 −1 1 2
y 2 = x3 − 3x + 2
−1
−2
Rappelons (voir par exemple [Lan, V, §10], avec une convention de notation différente)
que
● le résultant de deux polynômes complexes non constants P de degré m et Q de degré n
est le déterminant Res(P, Q) de l’application linéaire de Cn−1 [X]×Cm−1 [X] → Cm+n−1 [X]
172
définie par (x, y) ↦ P x + Qy dans les bases canoniques
((1, 0), (X, 0), . . . , (X n−1 , 0), (0, 1), (0, X), . . . , (0, X m−1 )) et (1, X, . . . , X m−n−1 ) ;
● si m = 3 et n = 2, si P = a0 + a1 X + a2 X 2 + a3 X 3 et Q = b0 + b1 X + b2 X 2 , alors
RRR a0 0 b0 0 0 RRRR
RRR R
RRR a1 a0 b1 b0 0 RRRR
R R
Res(P, Q) = RRRR a2 a1 b2 b1 b0 RRRR .
RRR R
RRR a3 a2 0 b2 b1 RRRR
RRR R
R 0 a3 0 0 b2 RRRR
Res(P, P ′ ) = 4 a3 + 27 b2 .
Donc dire que le discriminant ∆(a, b) est nul est équivalent à dire que le polynôme complexe
P a une racine multiple α1 . Puisque P est à coefficients réels, ses racines complexes non
réelles viennent par paires conjuguées. Comme P n’est que de degré 3, ceci force α1 à être
réelle et la dernière racine α2 à être aussi réelle. Nous avons alors deux possibilités.
● Ou bien α2 = α1 et P = (X − α1 )3 puisque P est unitaire. Comme le coefficient de
X dans P est nul, ceci force α1 = 0, et donc a = b = 0, cas déjà traité.
2
● Ou bien α2 ≠ α1 et
Par identification de coefficients, nous avons donc α2 = −2α1 , a = −3α12 et b = 2α13 . Nous
avons a, b ≠ 0 sinon (a, b) = (0, 0) puisque le discriminant est nul et nous serions dans la
√ 2
possibilité précédente. En particulier, α1 = ± − a3 , sachant que a3 = − 27b
4 < 0. Comme vu
dans la question (1), le seul point de H(a, b) qui pourrait ne pas être un point lisse serait
6α3
un point (x0 , y0 ) où y0 = 0 et x0 = − 2a
3b
= − −6α12 = α1 .
√ 1
Supposons tout d’abord que α1 = − − a3 , ce qui implique que α1 < 0 < α2 . Comme
nous avons y 2 = P (x) = (x − α1 )2 (x − α2 ) pour tout (x, y) ∈ H(a, b), le seul point de la
courbe H(a, b) dans le demi-plan ouvert H− = {(x, y) ∈ R2 ∶ x < α2 } est le point (x0 , y0 ).
Donc H(a, b) ∩ H− est une sous-variété lisse de dimension 0 (réduite à un point !). Dans le
demi-plan ouvert H+ = {(x, y) ∈ R2 ∶ x > α1 }, la question (1) montre que H(a, b) ∩ H+ est
une sous-variété lisse de dimension 1. Avec la définition du cours, le sous-espace H(a, b)
n’est donc pas une sous-variété, car il a une composante connexe qui est une sous-variété
de dimension 0 et une composante connexe qui est une sous-variété de dimension 1 ≠ 0.
Voir la figure en bleu foncé ci-dessus,√où α1 = −1.
Supposons maintenant que α1 = − a3 , ce qui implique que α1 > 0 > α2 . Alors si x est
√
proche de α1 , nous avons x − α2 proche de α1 − α2 = 3α1 = −3a > 0. La courbe H(a, b)
est donc, au voisinage du point (x0 , y0 ), réunion des graphes des deux fonctions continues
√
f± ∶ x ↦ ±∣x − α1 ∣ x − α2 pour x proche de α1 . Or les dérivées à droites et à gauche de f+
en x = α1 sont de signes opposés et le graphe de f− est le symétrique de celui de f+ par
173
rapport à l’axe horizontal, cet axe contenant le point (x0 , y0 ). Donc la courbe H(a, b) a un
point de croisement en (x0 , y0 ). Voir la courbe en vert foncé du dessin ci-dessus, où α1 = 1.
Elle n’est donc pas une sous-variété (par exemple parce qu’elle devrait être de dimension
1 par connexité, et que le point (x0 , y0 ) sépare un voisinage connexe par arcs de ce point
dans H(a, b) en quatre composantes connexes par arcs au lieu de 2 pour les sous-variétés
de dimension 1).
En conclusion, si le discriminant ∆(a, b) est nul, alors le sous-espace H(a, b) n’est pas
une sous-variété lisse de R2 .
(3) Nous venons de voir que si ∆(a, b) = 0, alors H(a, b) est connexe si b ≥ 0 et n’est
pas connexe si b < 0, puisque b = 2 α13 est du même signe que α1 .
Supposons maintenant que ∆(a, b) ≠ 0. Comme P est un polynome à coefficients réels
de degré 3 (impair), il a nécessairement une racine réelle. Ses deux autres racines complexes
sont ou bien non réelles et complexes conjuguées, ou bien réelles et alors les trois racines
réelles sont deux à deux distinctes puisque Res(P, P ′ ) ≠ 0.
Comme le coefficient dominant de P est positif, si α1 < α2 < α3 sont les trois racines
réelles deux à deux distinctes de P , alors H(a, b)√possède deux composantes connexes, la
première réunion du graphe de la fonction x ↦ P (x) sur l’intervalle [α1 , α2 ] et de son
symétrique par rapport à l’axe horizontal, la seconde celle sur l’intervalle [α3 , +∞[.
Si P admet une racine complexe non réelle et si α1 est sa racine réelle, alors√ H(a, b)
possède une seule composante connexe, réunion du graphe de la fonction x ↦ P (x) sur
l’intervalle [α1 , +∞[ (sur lequel P (x) est positif) et de son symétrique par rapport à l’axe
horizontal.
(4)
2
b=1
√
b = 2/(3 3)
1
b=0
−2 −1 − √1 0 1 2
3
√
b = −2/(3 3)
−1
b = −1
−2
Correction de l’exercice E.62. (1) Supposons que f soit de rang constant au voisinage
de x. Pré-composer une submersion s′ en x par un Ck -difféomorphisme local en x′ envoyant
x′ sur x est une submersion en x′ envoyant x′ sur s′ (x). Post-composer une immersion i′
174
en y par un Ck -difféomorphisme local en i′ (y) envoyant i′ (y) sur 0 est une immersion en
y envoyant y sur 0. En appliquant le théorème de forme normale locale des applications
de rang constant (voir le corollaire C.4 de l’appendice C) à l’application f lue dans des
paramétrages locaux en x et en f (x), il suffit donc de supposer que M = Rm , que N = Rn et
que f est l’application linéaire (x1 , . . . , xm ) ↦ (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0) pour r ≤ min{m, n}. Or
cette application est la composition i ○ s de la submersion linéaire de Rm dans Rr définie
par s ∶ (x1 , . . . , xm ) ↦ (x1 , . . . , xr ) et de l’immersion linéaire de Rr dans Rn définie par
i ∶ (x1 , . . . , xr ) ↦ (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0).
Réciproquement, supposons que f s’écrive i○s au voisinage de x, où s est une submersion
Ck en x et i une immersion Ck en s(x). Notons Θ un paramétrage local en s(x), quelconque.
Alors par le théorème 4.8 de forme normale locale des submersions (en vérifiant bien l’ordre
des quantificateurs), il existe r ∈ N et un paramétrage local φ en 0 tel que, au voisinage de
0, nous ayons
Θ−1 ○ s ○ φ (x1 , . . . , xm ) = (x1 , . . . , xr ) .
De même, par le théorème 4.8 de forme normale locale des immersions (en vérifiant bien
l’ordre des quantificateurs), il existe un paramétrage local ψ en i(s(x)) = f (x) tel que
ψ(0) = f (x) et, au voisinage de 0, nous ayons
ψ −1 ○ i ○ Θ (x1 , . . . , xr ) = (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0) .
Donc f est de rang constant au voisinage de x, et nous avons montré par la même occasion
que la troisième affirmation du théorème 4.8 découle des deux premières.
(2) Ceci découle, par des réductions analogues à celles de la question (1), du fait que
l’application linéaire (x1 , . . . , xm ) ↦ (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0) de Rm dans Rn , qui est de rang
constant r où r ≤ min{m, n}, est la composition s ○ i de l’immersion linéaire de Rm dans
Rm+n−r définie par i ∶ (x1 , . . . , xm ) ↦ (x1 , . . . , xm , 0, . . . , 0) et de la submersion linéaire
s ∶ (y1 , . . . , ym , ym+1 , . . . , ym+n−r ) ↦ (y1 , . . . , yr , ym+1 , . . . , ym+n−r ) de Rm+n−r dans Rn .
(3) Soient m la dimension de M et n la dimension de N . Soient g ∶ N → P une immersion
C k et g ′ ∶ P ′ → M une submersion C k . Fixons y ∈ P ′ et notons p′ la dimension de P ′ , qui
vérifie p′ ≥ m puisque g ′ ∶ P ′ → M est une submersion. Supposons que f ∶ M → N soit une
application C k de rang constant r ≤ min{m, n} au voisinage de x = g ′ (y). Par le théorème
4.8 de forme normale locale des applications de rang constant, il existe des paramétrages
locaux φ de M en x et ψ de N en f (x) tels que φ(0) = x, ψ(0) = f (x) et, au voisinage de
0 dans Rmx , nous ayons
ψ −1 ○ f ○ φ (x1 , . . . , xm ) = (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0) .
Puisque g est une immersion en f (x), par le théorème 4.8 de forme normale locale des
immersions (en vérifiant bien l’ordre des quantificateurs), il existe un paramétrage local ψ ′
de P en g(f (x)) tel que ψ(0) = g(f (x)) et, au voisinage de 0 dans Rn , nous ayons
175
Puisque g ′ est une submersion en y, par le théorème 4.8 de forme normale locale des
submersions (en vérifiant bien l’ordre des quantificateurs), il existe un paramétrage local
φ′ de M en x, tel que φ′ (0) = y et, au voisinage de 0 dans Rp , nous ayons
′
Correction de l’exercice E.64. (1) L’application f est définie entre deux ouverts d’es-
paces euclidiens, et est lisse (car polynomiale). Pour tout (x, y, z) ∈ R3 ∖{0}, la matrice
⎛2 x 0 0⎞
⎜ 0 2y 0 ⎟
⎜ ⎟
⎜0 0 2 z⎟
jacobienne de f en (x, y, z) est J = Jf(x,y,z) = ⎜
⎜0
⎟. Si x ≠ 0, alors les première,
⎜ z y⎟⎟
⎜ ⎟
⎜z 0 x⎟
⎝y x 0⎠
cinquième et sixième lignes de J sont linéairement indépendantes. Donc J est de rang au
moins 3, donc de rang 3 car elle a trois colonnes. Par le théorème du rang, la différentielle
df(x,y,z) , dont la matrice dans les bases canoniques de R3 et R6 est J, est donc injective.
Donc f est une immersion en (x, y, z).
Si y ≠ 0, la même méthode montre le même résultat, car alors les deuxième, quatrième
et sixième lignes de J sont linéairement indépendantes.
Puisque (x, y, z) ≠ 0, le dernier cas z ≠ 0 se traite de même, car alors les troisième,
quatrième et cinquième lignes de J sont linéairement indépendantes.
(2) Soit k ∈ N. Puisque P est homogène de degré k, nous avons P (tu) = tk P (u) pour
tous les t ∈ R et u ∈ Rn+1 . Par le théorème de dérivation des applications composées, en
dérivant en t = 1, nous avons donc dPtu (tu) = k tk−1 P (u) (avec la convention usuelle
k tk−1 = 0 si k = 0). En prenant t = 1, le résultat en découle.
(3) Pour montrer que πn est lisse, il suffit de montrer que pour tout k ∈ J0, nK, l’ap-
plication πn est lisse au voisinage de tout point u = (x0 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 ∖{0} où xk ≠ 0.
Par la définition de la structure de variété sur Pn (R), une carte locale de Pn (R) en u est
φ ∶ [y0 ∶ . . . ∶ yn ] ↦ ( yyk0 , . . . , yyk−1
k
, yyk+1
k
, . . . , yynk ). L’application πn lue dans cette carte locale
est
y0 yk−1 yk+1 yn
φ ○ πn ∶ (y0 , . . . , yn ) ↦ ( , . . . , , ,..., ) .
yk yk yk yk
176
Elle est lisse dans un voisinage de u, car rationnelle de dénominateur ne s’annulant pas.
Donc πn est lisse dans un voisinage de u.
En un tel point u, le noyau de l’application tangente Tu (πn ) est égal au noyau de la
différentielle d(φ ○ πn )u . Or par la formule centrée ci-dessus, nous avons
1 x0 1 xk−1
d(φ ○ πn )u (X0 , . . . , Xn ) = ( X0 − 2 Xk , . . . , Xk−1 − 2 Xk−1 ,
xk xk xk xk
1 xk+1 1 xn
Xk+1 − 2 Xk+1 , . . . , Xn − 2 Xk ) .
xk xk xk xk
En rappelant que les points de l’espace projectif Pn (R) sont les droites vectorielles de Rn+1 ,
nous avons donc Ker Tu (πn ) = R u = πn (u).
Par le théorème de dérivation des fonctions composées, pour tout u ∈ R3 ∖{0}, nous
avons donc
Ker Tu (π5 ○ f ) = Ker (Tf (u) π5 ) ○ (Tu f ) = (Tu f )−1 ( Ker Tf (u) π5 )
= (dfu )−1 (Rf (u)) .
Par la question (2), comme les composantes de f sont des polynomes homogènes de degré
2, nous avons dfu (u) = 2 f (u). Donc (dfu )−1 (f (u)) = 21 u puisque dfu est injective par la
question (1). D’où Ker Tu (π5 ○ f ) = R u.
(4) L’espace tangent à S2 en u ∈ S2 est le supplémentaire orthogonal u⊥ de la droite
vectorielle R u. Notons i ∶ S2 → R3 ∖{0} l’inclusion, qui est une restriction de l’application
linéaire id. L’application tangente Tu i ∶ Tu S2 → Tu R3 est donc l’application X ↦ X de u⊥
dans R3 . Par le théorème de dérivation des fonctions composées, nous avons Tu (π5 ○ f∣S2 ) =
Tu (π5 ○ f ) ○ (Tu i). Comme l’image de Tu i ne rencontre la droite vectorielle R u qu’en 0,
l’application Tu (π5 ○ f∣S2 ) est donc injective. Donc la restriction π5 ○ f∣S2 est une immersion.
(5) Puisque f (−u) = f (u), il est facile de vérifier que l’application π5 ○ f∣S2 passe au
quotient en une application injective V de P2 (R) = {±1}/S2 dans P5 (R). Cette application
V est une immersion lisse par la question (4) et puisque la projection canonique S2 → P2 (R)
est une immersion lisse. Comme P2 (R) est compact, l’immersion lisse injective V est donc
un C∞ -plongement.
177
5 Théorème de Sard et théorie du degré
Fixons un élément k dans (N∖{0}) ∪ {∞}, deux variétés M et N de classe Ck et de
dimension m et n respectivement, et une application f ∶ M → N de classe Ck .
Un point x de M est un point critique de f si f n’est pas une submersion en x. Un
point y de N est une valeur critique de f s’il existe un point critique x tel que f (x) = y. Un
point de N qui n’est pas une valeur critique de f est une valeur régulière de f . (Attention,
une valeur régulière n’est pas forcément une valeur, en fait tout point de N n’appartenant
pas à l’image de f est une valeur régulière !)
Notons que l’ensemble des points critiques est fermé, car si f est une submersion en x,
alors f est aussi une submersion sur tout point assez proche de x par la semi-continuité
du rang. Mais l’ensemble des valeurs critiques n’est pas forcément fermé. Par exemple,
l’ensemble des valeurs critiques de l’application lisse f ∶ ]0, 1[ → R2 définie par t ↦ (t, 0)
est ]0, 1[×{0}, qui n’est pas fermé dans R2 . Par contre, si f est fermée (par exemple si M
est compacte), alors l’ensemble des valeurs critiques est aussi fermé.
L’abondance des valeurs régulières vient du théorème de Sard (ou Sard-Brown ou
Morse-Sard) que nous montrerons dans la partie 5.1.
Soit U un ouvert de R. Si une application f ∶ U → R est de classe C1 , ses points
critiques sont les réels x ∈ U tels que f ′ (x) = 0, c’est-à-dire dont le graphe possède une
tangence horizontale en ce point. Donc y est une valeur critique si et seulement si la droite
horizontale R×{y} est tangente au graphe de f dans R×R. Le théorème de Sard impliquera
que presque toute droite horizontale n’est pas tangente au graphe d’une fonction C1 donnée
d’un ouvert de R à valeurs dans R.
y
y = f (x)
valeur
critique
valeur
régulière
x
Corollaire 5.1. Si y est une valeur régulière de f et si y ∈ f (M ), alors f −1 (y) est une
sous-variété Ck de M , de dimension m−n. En particulier, si f ∶ M → N est une submersion
Ck , alors f −1 (y) est une sous-variété Ck de M pour tout y dans N .
178
5.1 Le théorème de Sard
L’un des buts de cette partie est de donner un lien entre la théorie de la mesure et l’étude
des sous-variétés, étendant le fait que les C1 -difféomorphismes entre deux ouverts de Rn
sont absolument continus 84 par rapport à la mesure de Lebesgue, et donc permettent des
changements de variables. 85 Il n’y a en fait pas que les C1 -difféomorphismes qui préservent
les ensembles de mesure nulle, les applications localement lipschitziennes entre deux ouverts
de Rn sont absolument continues, comme le montre la démonstration du résultat suivant.
∫ f dλ = ∫ f ○ φ ∣jφ∣ dλ .
V U
179
De même, si (Ui , φi )i∈I est un atlas 86 de cartes locales de la variété N ′ , alors une partie
A de N ′ est de mesure nulle si et seulement si pour tout i dans I, la partie φi (A ∩ Ui ) de
Rn est de mesure nulle pour la mesure de Lebesgue de Rn .
(2) Notons qu’une sous-variété de classe au moins C1 et de codimension au moins 1 de
N ′ est de mesure nulle dans N ′ , par la définition 4.5 (1) des sous-variétés par redressement.
(3) Notons que le complémentaire d’une partie de Rn , de mesure nulle pour la mesure de
Lebesgue de Rn , est dense dans Rn . Puisque la densité d’une partie d’un espace topologique
se vérifie localement, le complémentaire de toute partie de mesure nulle de N ′ est donc
dense dans N ′ .
Théorème 5.3. (Théorème de Sard) Soient M et N deux variétés de classe Ck de
dimensions m et n, et f ∶ M → N une application de classe Ck , où k ∈ (N∖{0}) ∪ {∞}. Si
nous avons k > max{0, m − n}, alors l’ensemble des valeurs critiques de f est de mesure
nulle dans N , et en particulier l’ensemble des valeurs régulières est dense dans N .
Nous ne traiterons que le cas où k = ∞ (comme d’ailleurs l’ouvrage [Hir, page 69], ainsi
que le très joli petit livre [Mil1] dont nous suivrons la démonstration). Le cas où m < n
particulièrement, 87 ainsi que le cas m = n, admet une démonstration plus élémentaire. La
condition sur la régularité est nécessaire (voir par exemple [Whi] pour un contre-exemple
avec m = 2, n = 1, r = 1). Le résultat dit en particulier qu’il n’existe pas de courbe de Peano
de classe C1 . Une courbe de Peano est une application continue de [0, 1] dans R2 dont
l’image est d’intérieur non vide (voir par example [Sag]). Des courbes de Peano remplissant
le carré unité peuvent être construites explicitement en utilisant des développements p-
adiques des éléments de [0, 1] ou par des processus de passage à la limite de courbes,
comme décrit par les dessins suivants, où le k-ème segment parmi les N (n) segments de
l’étape n est paramétré de manière affine par l’intervalle [ Nk−1 (n) , N (n) ], pour 1 ≤ k ≤ N (n).
k
86. pas forcément l’atlas maximal de N ′ , et qu’en pratique on tâchera de prendre le plus simple possible,
en particulier dénombrable (ce qui est toujours possible car toute variété est à base dénombrable d’ouverts),
et même fini lorsque N ′ est compacte
87. Si m < n, tous les points de M sont critiques pour f , puisqu’il n’existe pas d’application linéaire
surjective d’un espace vectoriel réel de dimension m dans un espace vectoriel réel de dimension n. Fixons
des atlas de cartes dénombrables (Ui , ϕi )i∈N de M et (Vj , ψj )j∈N de N tels que pour tout i ∈ N, il existe
ji ∈ N tel que f (Ui ) ⊂ Vji . Le lemme 5.2 appliqué aux applications de Rn−m × ϕi (Ui ) dans ψji (Vji ) définies
par (t, x) ↦ ψji ○ f ○ ϕ−1
i (x) et à l’ensemble de mesure nulle A = {0} × ϕi (Ui ), dit que l’image de f est de
mesure nulle.
180
Démonstration. (k = ∞) Comme les variétés sont à base dénombrable, toute variété
admet un atlas de cartes dénombrable, donc M et N peuvent être recouvertes par une
famille dénombrable d’ouverts difféomorphes à des ouverts de Rm et Rn respectivement.
Puisqu’une union dénombrable d’ensembles de mesure nulle dans N est encore de mesure
nulle, le résultat découle du lemme suivant.
qui est donc une immersion au point x (car le jacobien de g en x est non nul). Par le
théorème d’inversion locale, il existe des voisinages ouverts V de x et W de g(x) tels que
l’application g ∶ V → W soit un difféomorphisme. Donc h = f ○ g −1 envoie W dans Rn .
L’ensemble des points critiques de h dans W est exactement g(V ∩ C), donc l’ensemble des
valeurs critiques de h est exactement f (V ∩ C).
Par construction, l’image par h de tout (t, x′2 , . . . , x′m ) ∈ W appartient à l’hyperplan
{t} × Rn−1 . Notons ht ∶ ({t} × Rm−1 ) ∩ W → ({t} × Rn−1 ) la restriction de h à {t} × Rm−1 .
Un point de ({t} × Rm−1 ) ∩ W est critique pour ht si et seulement s’il est critique pour h.
Par l’hypothèse de récurrence, l’ensemble des valeurs critiques de ht est de mesure
nulle dans {t} × Rm−1 . Donc l’intersection avec tout hyperplan {t} × Rn−1 de l’ensemble des
valeurs critiques de h est de mesure nulle. Donc par le théorème de Fubini, f (V ∩ C) est
de mesure nulle. Ceci montre l’étape 1.
Étape 2. Montrons que f (Ci ∖Ci+1 ) est de mesure nulle pour tout i ∈ N∖{0}.
Pour tout x ∈ Ci ∖ Ci+1 , quitte à permuter les variables, il existe une i-ème dérivée
i
partielle w = ∂xs∂...fr∂xs d’une composante fr de f qui s’annule sur Ci , mais dont la dérivée
1 i
partielle ∂w
∂x1 ne s’annule pas en x. Comme ci-dessus, l’application g ∶ U → Rm définie par
181
h = f ○ g −1 ∶ W → Rn , et sa restriction h0 ∶ ({0} × Rm−1 ) ∩ W → Rn à l’hyperplan {0} × Rm−1 .
Par récurrence, l’ensemble des valeurs critiques de h0 est de mesure nulle. Or tout élément
de g(Ci ∩ V ) (qui est contenu dans ({0} × Rm−1 ) ∩ W ) est un point critique de h0 (car
dhy = dfg−1 (y) ○d(g −1 )y pour tout y ∈ W et dfx′ = 0 si x′ ∈ Ci ). Donc f (Ci ∩V ) = h0 (g(Ci ∩V ))
est de mesure nulle.
Comme l’ensemble Ci∖Ci−1 est contenu dans la réunion d’un ensemble dénombrable de
tels ouverts V , ceci montre l’étape 2.
Étape 3. Montrons que f (Ck ) est de mesure nulle si k est assez grand.
Soit Q un cube (fermé) de Rm contenu dans U . Montrons que si k > m n − 1, alors
f (Ck ∩ Q) est de mesure nulle. Comme Ck est contenu dans la réunion d’un ensemble
dénombrable de tels cubes, ceci montrera le résultat.
Notons ∥⋅∥∞ la norme de la borne supérieure 88 sur Rm . Par un développement de Taylor
et par la compacité de Q, il existe c > 0 tel que pour tous les x ∈ Ck ∩ Q et h ∈ − x + Q, nous
avons
∥f (x + h) − f (x)∥∞ ≤ c ∥h∥k+1
∞ . (13)
Soit δ la longueur des côtés de Q. Pour tout N ∈ N∖{0}, subdivisons le cube Q en N m
sous-cubes (de longueur des côtés δ/N ). Soit Q′ un cube de la subdivision qui contient un
point x ∈ Ck . Alors tout élément de Q′ s’écrit x + h avec ∥h∥∞ ≤ δ/N . Donc par la formule
(13) ci-dessus, l’image f (Q′ ) est contenue dans un cube de longueur de côtés c′ /N k+1 où
c′ = 2 c δ k+1 est une constante. Par conséquent, f (Ck ∩ Q) est contenu dans une réunion
d’au plus N m cubes dont chacun est de volume au plus (c′ /N k+1 )n . Donc f (Ck ∩ Q) est
de volume au plus (c′ )n N m−(k+1)n , qui tend vers 0 quand N → +∞ si k est assez grand (et
k>m n − 1 suffit). Donc f (Ck ∩ Q) est de mesure nulle, ce qui montre l’étape 3, et conclut
la démonstration du lemme 5.4, car si k est assez grand, alors
k−1
f (C) ⊂ f (C ∖C1 ) ∪ ( ⋃ f (Ci ∖Ci+1 ) ) ∪ f (Ck )
i=1
182
De la même manière que les sous-variétés de Rn de dimension p sont localement mo-
delées sur des ouverts de Rp , nous allons définir les « sous-variétés à bord » de Rn de
dimension p comme étant localement modelées sur le demi-espace standard de dimension
p
Rp+ = {(x1 , . . . , xp ) ∈ Rp ∶ xp ≥ 0} .
Nous définissons le bord de Rp+ comme la partie de Rp+ définie par
∂ Rp+ = {(x1 , . . . , xp ) ∈ Rp ∶ xp = 0} .
La notion de sous-variété à bord est en particulier très utile pour des arguments de
découpage de sous-variétés le long de sous-variétés de codimension 1 ou de recollement de
sous-variétés à bord (recoller deux sous-variétés le long de leur bord, lorsque c’est possible,
peut permettre d’obtenir des sous-variétés sans bord). Voir par exemple la partie 7.3 pour
le cas des surfaces. Une notion aussi très utile en pratique, mais traditionnellement oubliée
des enseignements, est celle des sous-variétés à coins de Rn , définies, de la manière analogue
à celle qui suit pour les sous-variétés à bord, comme étant localement modelées sur le cube
standard de dimension p
Cubp = [0, 1]p
(ou, de manière équivalente, sur le quartier d’espace standard de dimension p
Voir [Dou] pour un traitement complet. Si du point de vue des homéomorphismes, il n’y
a pas de différence entre boule et cube, du point de vue des difféomorphismes, il y a
une différence importante : le bord du cube présente une stratification (en fonction de la
dimension de la face minimale (pour l’inclusion) du cube contenant un point considéré)
dont il est important de tenir compte. Alors que la notion de sous-variété à bord n’est
pas stable par produit (penser aux produits de deux intervalles compacts d’intérieur non
vide), celle de sous-variété à coin l’est. Mais surtout, les sous-variétés à coin permettent
des opérations (différentiables) de découpage/recollement par processus itératifs, alors que
les sous-variétés à bord s’arrêtent à la première étape.
Nous avons besoin d’étendre la notion d’application différentiable entre des parties des
espaces Rn (ou de n’importe quel espace vectoriel réel de dimension finie munie d’une
norme quelconque) qui ne sont pas forcément ouvertes. Une des possibilités est la suivante,
mais elle n’est pas forcément la mieux adaptée au cas de toutes les parties fractales des
Rn (voir par exemple [Fed] et les développements récents importants de l’analyse sur les
espaces singuliers [Hei]).
Soient A et B des parties de Rp et Rq (ou plus généralement d’espaces vectoriels
normés réels de dimension p et q) respectivement. Une application f ∶ A → B est de classe
Cr s’il existe des voisinages ouverts U de A dans Rp et V de B de Rq , et une application
f̃ ∶ U → V de classe Cr , tels que f̃(A) ⊂ B et f = f̃∣A . La composition de deux applications
de classe Cr est encore une application de classe Cr . Une application f ∶ A → B est un
Cr -difféomorphisme si elle bijective et si f et f −1 sont de classe Cr .
Notons que si nous avons A = Rp+ et x ∈ ∂ Rp+ , alors pour toute application f ∶ A → B
de classe Cr , l’application dx f̃ ∶ Rp → Rq ne dépend pas du choix d’une extension f̃ de f
comme ci-dessus, par continuité et par unicité dans l’intérieur Rp+ ∖∂ Rp+ de Rp+ . Elle est
183
appelée la différentielle de f , et elle est notée dx f . Notons que l’espace tangent 89 Tx Rp+ de
Rp+ en x est égal à Rp , et que Tx (∂ Rp+ ) est un hyperplan de Tx Rp+ .
Remarques. (1) Pour tous les ouverts 90 V et W de Rp+ , si f ∶ V → W est un Cr -
difféomorphisme, alors
f (V ∩ ∂ Rp+ ) = W ∩ ∂ Rp+ .
(2) Par la proposition 4.7, si A = M et B = N sont des sous-variétés de classe Cr de
R et Rq respectivement, alors une application f ∶ M → N est différentiable de classe Cr
p
au sens ci-dessus si et seulement si elle est différentiable de classe Cr au sens défini dans
la partie 4.3.
Une sous-variété à bord de Rn , de classe Cr et de dimension p, est une partie M de
R telle que pour tout x ∈ M , il existe un voisinage ouvert U de x dans Rn , un ouvert V
n
bord de Rn , et si les bords de M et de N sont tous les deux non vides, alors M × N n’est
′
pas une sous-variété à bord de Rm +n (c’est une « sous-variété à coins », voir ci-dessus).
′ ′
89. qui se définit, conformément à la définition des applications différentielles sur des ouverts de demi-
espaces, comme l’ensemble des vecteurs tangents ċ(0) des courbes c ∶ I → U de classe C1 , où U est un
voisinage ouvert de Rp+ dans Rp , telles que c(0) = x
90. Une partie V de Rp+ est ouverte dans Rp+ si et seulement s’il existe un ouvert V ′ de Rp tel que
V = V ′ ∩ Rp+ . Il convient de faire attention : un ouvert de Rp+ n’est pas forcément ouvert dans Rp , en
commençant par Rp+ lui-même.
184
Exercice E.66. Montrer, par une démonstration similaire à celle de la proposition 4.9 (1),
que si M est une sous-variété Cr de Rn de dimension p, si g ∶ M → R est une application
Cr et si t est une valeur régulière de g, alors {x ∈ M ∶ g(x) ≥ t} est une sous-variété à bord
de Rn , de classe Cr et de dimension p, dont le bord est l’hypersurface g −1 (t) de M .
car n ≥ 1. Donc le noyau de df̃z n’est pas contenu dans Rm−1 × {0}, une contradiction au
fait que ker df̃z = Tz (f̃−1 (y)) ⊂ Rm−1 × {0}.
Par conséquent,
est, par l’exercice E.66 appliqué à g = p ∶ f̃−1 (y) → R et t = 0, une sous-variété à bord de
classe Cr , de bord égal à p−1 (0), ce qui montre le résultat. ◻
Le résultat suivant est un résultat de classification des sous-variétés lisses à bord de
dimension 1. À difféomorphisme près, exactement quatre d’entre elles sont connexes, [0, 1],
[0, 1[ , ]0, 1[ et S1 . Nous donnerons un résultat de classification des surfaces compactes lisses
dans la partie 7.3.
185
Démonstration. Par la séparabilité des sous-variétés à bord, il suffit de montrer que pour
tout n ∈ N∖{0}, toute sous-variété à bord M de Rn , de dimension 1, connexe et lisse, est
C∞ -difféomorphe à un intervalle de R ou au cercle S1 .
Nous munissons Rn de sa norme euclidienne usuelle. Soient I un intervalle non trivial
(non vide, non réduit à un point) de R et f ∶ I → Rn une application de classe C1 . Nous
dirons que f est une courbe paramétrée par longueur d’arc si ∥f˙(s)∥ = 1.
est un fermé de I × J composé de segments de droite de pente ±1. Puisque Γ est fermé dans
I × J et g −1 ○ f est un difféomorphisme local, ces segments doivent avoir leurs extrémités
sur le bord du carré I × J. Puisque g −1 ○ f et f −1 ○ g sont bijectifs, chacun des quatre côtés
du carré I × J contient au plus un point de Γ. Donc Γ admet au plus deux composantes
connexes, et s’il y en a deux, alors leurs pentes sont égales.
186
β
α
δ J
γ
a b c d
I
187
5.3 Le théorème du point fixe de Brouwer
Nous donnons ci-dessous, en application du théorème de Sard 5.3, une démonstration
(due à M. Hirsch et suivant le joli petit livre [Mil1]) du théorème de point fixe de Brouwer.
La démonstration peut-être la plus naturelle (évitant en particulier la régularisation) est
donnée par des arguments homologiques (voir par exemple [God1, Spa, Hat, Pau3]).
Lemme 5.11. Soit M une sous-variété à bord, compacte et lisse. Il n’existe pas d’applica-
tion lisse r ∶ M → ∂M valant l’identité sur ∂M .
Démonstration. Supposons par l’absurde qu’il existe une telle application r, avec M
donc ∂M non vide. Par le théorème de Sard 5.3, soit y ∈ ∂M une valeur régulière de r.
Remarquons que puisque r ∣∂M = id∂M , le point y est aussi une valeur régulière de r ∣∂M .
Puisque ∂M est de codimension 1 dans M et par la proposition 5.6, l’image réciproque
r−1 (y) est une sous-variété à bord, compacte et lisse, de dimension 1, telle que
Lemme 5.12. Pour tout n ∈ N, toute application lisse f de Bn+1 dans Bn+1 admet un
point fixe.
f (x)
x
r(x)
Sn
188
point fixe. Par continuité et compacité, nous avons ϵ = 13 minx∈Bn+1 ∥g(x) − x)∥ > 0. Par le
théorème d’approximation de Stone-Weierstrass (voir par exemple [Pau2, §5.6]), il existe
une fonction polynomiale (donc lisse) P ∶ Rn+1 → Rn+1 telle que
L’application f = 1+ϵ
1
P est lisse et envoie Bn+1 dans Bn+1 . De plus, par l’inégalité triangu-
laire inverse, pour tout x ∈ Bn+1 , nous avons
1
∥f (x) − x∥ = ∥P (x) − g(x) + g(x) − x + x − (1 + ϵ)x∥
1+ϵ
1
≥ ( − ∥P (x) − g(x)∥ + ∥g(x) − x∥ − ∥x − (1 + ϵ)x∥)
1+ϵ
1
≥ (−ϵ + 3ϵ − ϵ) > 0 .
1+ϵ
Donc f n’admet pas de point fixe, ce qui contredit le lemme 5.12. ◻
189
x0 , où U est un voisinage ouvert de x0 dans M , et W un ouvert de Rp+ , tel que pour tout
x ∈ U , l’image réciproque par l’isomorphisme linéaire dφφ−1 (x) ∶ Rp → Tx M de l’orientation
choisie de Tx M soit une orientation de Rp indépendante de x ∈ U . Si cette orientation est
l’orientation canonique de Rp , nous dirons que le paramétrage local φ est orienté.
Nous dirons que M est orientable si elle admet une orientation. Orienter M , c’est choisir
une orientation sur M , et nous noterons souvent de la même manière la sous-variété orientée
obtenue.
Si M et N sont deux sous-variétés à bord, lisses et orientées, de dimension au moins
1, un C1 -difféomorphisme local f ∶ M → N préserve l’orientation si pour tout x ∈ M ,
l’application tangente 95 Tx f ∶ Tx M → Tf (x) N préserve l’orientation.
Par convention, une orientation d’une sous-variété M ′ de dimension 0 est une applica-
tion ε ∶ M ′ → {±1}. 96 Une sous-variété orientée de dimension 0 est un couple (M ′ , ε) d’une
sous-variété M ′ de dimension 0 munie d’une orientation ε. Une bijection f ∶ M ′ → M ′′
entre deux sous-variétés de dimension 0 munies respectivement d’orientations ε et ε′ pré-
serve l’orientation si ε′ ○ f = ε. Remarquons que toute sous-variété de dimension 0 est
orientable, c’est-à-dire admet une orientation, par exemple la fonction constante de valeur
1.
Remarques. (1) La sous-variété à bord M est orientable si et seulement si chacune de
ses composantes connexes l’est. Si M est connexe et orientable, alors M admet exactement
deux orientations. Si M est orientable, alors M admet exactement 2n0 orientations, où n0
est le nombre de composantes connexes de M .
(2) Il découle par exemple du théorème de classification 5.7 que toute sous-variété à
bord, de dimension 1 et lisse, est orientable, car les intervalles et le cercle le sont. Les deux
orientations possibles du cercle S1 = {z ∈ C ∶ ∣z∣ = 1} sont l’orientation trigonométrique (une
base directe de Tz S1 est {iz}) et l’orientation opposée du sens des aiguilles d’une montre.
(3) Si M est orientée et si sa dimension p est au moins 2, alors il existe une unique
orientation sur la sous-variété lisse ∂M telle que pour tout x dans ∂M , si (v2 , . . . , vp )
est une base orientée de Tx (∂M ), et si v1 est un vecteur tangent en x à M pointant
vers l’extérieur (c’est-à-dire v1 = ċ(0) où c ∶ ] − ϵ, +ϵ [ → Rn de classe C∞ , avec c(0) = x,
ċ(0) ∉ Tx (∂M ), c(t) ∈ M si t ≤ 0 et c(t) ∉ M si t > 0), alors (v1 , v2 , . . . , vp ) est une base
orientée de Tx M .
M
∂M
vp
v2
x v1
190
important pour la validité des formules de Stokes et ses variantes (Ostrogradski, etc), voir
par exemple [Pau1], et on prendra bien garde à la signification de cette orientation par
la direction sortante du bord des domaines non simplement connexes du plan euclidien
orienté R2 , voir la figure de droite ci-dessous.
+1
+
+
−1
(2) Si M1 et M2 sont deux sous-variétés lisses et orientées (sans bord, même si l’une
des deux peut en avoir, voir le commentaire avant l’exercice E.66), alors la sous-variété
produit M1 × M2 est orientable. Elle sera orientée par le choix de l’orientation produit sur
T(x,y) (M1 × M2 ) = Tx M1 × Ty M2 (dans cet ordre !), et alors appelée la sous-variété orientée
produit.
(3) Si M est une sous-variété orientée lisse, si G est un groupe discret agissant sur M
proprement et librement par C∞ -difféomorphismes préservant l’orientation, alors la variété
quotient G/M , réalisée de manière indifférente comme une sous-variété par le théorème
de plongement de Whitney, est une sous-variété lisse orientable, et orientée par l’unique
orientation telle que la projection canonique M → G/M (qui est un C∞ -difféomorphisme
local, voir la proposition 4.16) préserve l’orientation.
(4) Un point important est qu’alors que tout espace vectoriel réel de dimension finie,
ainsi que tout ouvert de Rp , admet une orientation, il existe des sous-variétés lisses qui
ne sont pas orientables. C’est le cas par exemple du ruban de Möbius, qui est la variété
quotient de R2 par l’action libre et propre du groupe Z, où 1 ∈ Z agit par (x, y) ↦ (x+1, −y)
(voir l’exercice E.7 (2)).
191
Les fourmis d’Escher
Le plan projectif réel et la bouteille de Klein (voir l’exercice E.27), qui contiennent tous
deux des ouverts qui sont difféomorphes au ruban de Möbius, ne sont pas orientables non
plus, par l’exemple (1). Voir pour illustration le site de Henri Paul de Saint Gervais
http://analysis-situs.math.cnrs.fr/Quelques-surfaces-non-orientables.html .
Exercice E.67.
(1) Montrer que la sphère Sn est orientable. Montrer que l’orientation du bord du disque B2
par la normale sortante munit le cercle S1 de l’orientation dans le sens trigonométrique.
(2) Montrer que le ruban de Möbius n’est pas orientable. 97 Plus généralement, montrer
que si une sous-variété M est recouverte par les images de deux paramétrages locaux
(W, φ) et (W ′ , φ′ ) tels que le jacobien de l’application de changement de paramétrage
local
φ−1 ○ φ′ ∶ (φ′ )−1 (φ(W ) ∩ φ(W ′ )) → φ−1 (φ(W ) ∩ φ(W ′ ))
ne soit pas de signe constant, alors M n’est pas orientable.
(3) Montrer que l’espace projectif Pn (C) est orientable.
(4) Montrer que toute sous-variété lisse simplement connexe est orientable.
(5) Montrer que l’espace projectif Pn (R) est orientable si et seulement si n est impair.
97. Application pratique : le titre du film « Möbius » d’Éric Rochant en 2013, avec Cécile de France
et Jean Dujardin, est-il vraiment justifié ? Pour comprendre qu’une double identité apparente peut ne
représenter qu’une face d’une même personnalité, relire l’œuvre de Jean Giraud.
192
(6) Montrer que toute sous-variété M de classe C∞ admet un revêtement double (c’est-à-
̃ → M qui est orientable. Si M est connexe et non orientable,
dire à deux feuillets) π ∶ M
montrer que ce revêtement est connexe et unique à isomorphisme de revêtements près,
et qu’il existe une action libre de G = Z/2Z sur M̃ telle que la variété quotient G/M̃
∞
soit C -difféomorphe à M . (Ce revêtement est appelé un revêtement d’orientation de
M .)
deg(f, y) = ∑ εf (x) .
x∈f −1 (y)
De manière compatible avec la convention usuelle des sommes vides, si y ∈ N est une valeur
régulière de f qui n’appartient pas à l’image de f , posons deg(f, y) = 0.
Lemme 5.13. L’entier deg(f, y) est défini pour y dans un ouvert dense de N . Il est
localement constant dans cet ouvert dense. Si l’orientation de M (respectivement N ) est
changée en son orientation opposée, alors l’entier deg(f, y) est changé en son opposé.
V =( ⋂ Vx ) − f (M − ⋃ Ux )
x∈f −1 (y) x∈f −1 (y)
alors V est un voisinage ouvert de y dans N et pour tous les y ′ ∈ V et x ∈ f −1 (y), la fibre
f −1 (y ′ ) est contenue dans ⋃z∈f −1 (y) Uz , elle rencontre Ux en un et un seul point x′ et nous
avons εf (x) = εf (x′ ). La seconde affirmation en découle.
La dernière affirmation est immédiate. ◻
98. Cette hypothèse est cruciale, sinon il n’est possible de définir le degré qu’en tant qu’élément de Z/2Z,
voir par exemple [Mil1].
193
Nous allons en fait voir que l’entier deg(f, y) est constant sous les hypothèses sur M et
N du début de la partie 5.5, et que c’est un invariant homotopique de f . Nous le noterons
deg f , et nous l’appellerons le degré de f .
Deux applications lisses f, g ∶ X → Y entre deux sous-variétés lisses sont C∞ -homotopes
s’il existe une application h ∶ X ×[0, 1] → Y de classe C∞ (appelée une C∞ -homotopie entre
f et g) telle que h(x, 0) = f (x) et h(x, 1) = g(x) pour tout x dans X. Remarquons que
X × [0, 1] est une sous-variété lisse à bord (car le bord de X est vide), donc demander que
h soit de classe C∞ fait sens. Lorsque X et Y sont des variétés à bord, alors X × [0, 1]
est une variété à coins, et comme précédemment, nous pouvons définir une C∞ -homotopie
comme une restriction à X × [0, 1] d’une application lisse de X×] − ϵ, 1 + ϵ[ dans Y pour un
ϵ > 0 vérifiant les deux conditions au temps t = 0 et t = 1. Ceci sera utile dans la partie 7.1.
h̃ (x, 2s) si 0 ≤ s ≤ 21
(x, s) ↦ { ̃1
h2 (x, 2s − 1) si 12 ≤ s ≤ 1 ,
Lemme 5.15. Supposons que la sous-variété orientée M soit le bord d’une sous-variété
lisse compacte orientée à bord W et que f soit la restriction à M d’une application lisse
F ∶ W → N . Alors pour toute valeur régulière y de f , nous avons deg(f, y) = 0.
v0
z
a+
A a−
M = ∂W
195
Proposition 5.17. Le groupe 99 des C∞ -difféomorphismes isotopes à l’identité d’une sous-
variété lisse connexe agit transitivement sur ses points.
Maintenant, soient y et z deux valeurs régulières de f . Par la proposition ci-dessus,
puisque N est connexe, il existe un C∞ -difféomorphisme ϕ ∶ N → N isotope à l’identité
qui envoie z sur y. En particulier ϕ, comme l’identité de N , préserve l’orientation de N .
Alors ϕ(z) est une valeur régulière de ϕ ○ f par le théorème de dérivation des applications
composées, et par la naturalité de la construction, nous avons
deg(ϕ ○ f, ϕ(z)) = deg(f, z) .
Or par le lemme 5.16 appliqué avec g = ϕ ○ f , qui est C∞ -homotope à f , nous avons
deg(ϕ ○ f, y) = deg(f, y) .
Comme ϕ(z) = y, nous avons deg(f, z) = deg(f, y), et la première assertion du théorème
5.14 en découle. La seconde assertion découle alors du lemme 5.16, car l’intersection de
deux ouverts denses (les ensembles des valeurs régulières de f et de g) de N est non vide.
◻
Exemples. (1) Toute application constante de M dans N est de degré nul. Plus généra-
lement, toute application f lisse non surjective de M dans N est de degré 0, puisque tout
élément de N ∖f (M ) est une valeur régulière de f .
(2) Nous avons deg(id) = 1. Si M, N, P sont des sous-variétés (à bord vide) compactes
lisses orientées et connexes de mêmes dimensions, si f ∶ M → N et g ∶ N → P sont des
applications lisses, alors
deg(g ○ f ) = (deg g)(deg f ) .
Ceci se montre en utilisant la définition même du degré, en remarquant que pour toute
valeur régulière z de g tel que tout point de l’ensemble fini g −1 (z) soit une valeur régulière
de f (qui existe car l’ensemble des valeurs régulières est ouvert et dense par le lemme 5.13),
nous avons une réunion disjointe (g ○ f )−1 (z) = ⋃ f −1 (y).
y∈g −1 (z)
∞
(3) Un C -difféomorphisme de M dans N est de degré +1 s’il préserve l’orientation et
−1 sinon.
(4) Pour tout k ∈ Z, l’application z ↦ z k de S1 dans S1 est une application lisse de
degré k. La notion de degré d’une application lisse de S1 dans S1 coïncide avec celle définie
dans l’exercice E.12 pour toutes les applications continues de S1 dans S1 .
(5) Pour tout n ∈ N∖{0}, l’application d’antipodie x ↦ −x de Sn dans Sn est de degré
(−1)n+1 . Donc par le théorème 5.14, si n est pair, alors l’application d’antipodie n’est pas
C∞ -homotope à l’identité.
Corollaire 5.18. (Théorème de peignage des sphères) Pour tout n ∈ N∖{0}, la sphère
Sn admet un champ de vecteurs tangents lisse 100 ne s’annulant pas si et seulement si n est
impair.
99. Il s’agit bien d’un sous-groupe du groupe des C∞ -difféomorphismes, car si h est une C∞ -isotopie
entre f et id, et si k est une C∞ -isotopie entre g et id, alors (x, s) ↦ k(h(x, s), s) est une C∞ -isotopie
entre g ○ f et id, et en notant pour tout s ∈ [0, 1], l’application hs définie par x ↦ h(x, s), l’application
(x, s) ↦ h−1 ∞
s (x) est une C -isotopie entre f
−1
et id.
100. Nous renvoyons à la partie 4.4.2 pour la définition des champs de vecteurs sur les sous-variétés, et à
la partie 6.3 pour des généralités sur ces champs de vecteurs.
196
Démonstration. Pour tout n ∈ N, l’application S2n+1 → T S2n+1 ⊂ Cn+1 × Cn+1 définie par
z ↦ (z, i z) est un champ de vecteurs lisse ne s’annulant pas sur la sphère de dimension
impaire S2n+1 = {(z0 , . . . , zn ) ∈ Cn+1 ∶ ∣z0 ∣2 + ⋅ ⋅ ⋅ + ∣zn ∣2 = 1}.
Pour tout entier non nul n ∈ N∖{0}, si f ∶ x ↦ (x, v(x)) est une application de S2n dans
T S2n ⊂ R2n+1 × R2n+1 , qui est un champ de vecteurs lisse sur S2n ne s’annulant pas, alors,
l’application de S2n × [0, 1] dans S2n définie par
v(x)
(x, s) ↦ x cos(πs) + sin(πs) ,
∥v(x)∥
qui est bien à valeurs dans S2n car v(x) est orthogonal à x, est une homotopie lisse entre
l’identité x ↦ x en s = 0 et l’antipodie x ↦ −x en s = 1, ce qui est impossible par l’exemple
(5) ci-dessus. ◻
Remarque. Nous n’avons défini le degré que pour les sous-variétés de même dimension au
moins 1. Il est possible de le définir aussi en dimension 0, pour les amateurs de conventions.
Soient M et N deux variétés de dimension 0, munies d’une orientation ηM ∶ M → {±1} et
ηN ∶ N → {±1}. Notons que toute application f de M dans N est de classe C∞ , et tout point
de M est un point régulier de f (l’application linéaire nulle entre deux espaces vectoriels
nuls est surjective !). Donc tout point de N est une valeur régulière. Nous pouvons définir
le degré de f en un point y ∈ N par
(qui ne dépend pas de y si N est connexe, car alors N est réduite à {y}). Il vérifie encore
que
deg(g ○ f, g(y)) = deg(g, g(y)) deg(f, y)
pour tout y ∈ N et toute application g ∶ N → P où P est une variété de dimension 0, et que
deg(f, y) = 0
pour tout y ∈ N si M est le bord d’une sous-variété lisse compacte orientée à bord W de
dimension 1 et si f est la restriction à M d’une application lisse F ∶ W → N (qui est alors
constante sur chaque composante connexe de W ).
197
5.6 Autres exercices
Exercice E.68. Soient M et N des sous-variétés lisses de Rd de dimension m et n telles
que m + n < d. Montrer que l’ensemble des vecteurs v ∈ Rd tels que (M + v) ∩ N ≠ ∅ est de
mesure de Lebesgue nulle.
Exercice E.69. Soient n ∈ N∖{0} un entier et M une sous-variété lisse de codimension
1 de l’espace euclidien usuel Rn . Montrer que M est orientable si et seulement s’il existe
une application 101 N ∶ M → Rn lisse telle que pour tout x ∈ M , nous avons ∥N (x)∥ = 1 et
N (x) ⊥ Tx M .
Exercice E.70. Soient n ∈ N ∖ {0} un entier, U un ouvert de Rn et f ∶ U → R une
submersion lisse. Montrer que pour tout y ∈ f (U ), le sous-espace f −1 (y) est une sous-
variété lisse orientable de Rn de codimension 1.
Exercice E.71. Soient n ∈ N∖{0} un entier non nul. Montrer que toute application lisse
de la sphère Sn dans elle-même de degré différent de (−1)n+1 admet au moins un point
fixe.
Exercice E.72. Soient n ∈ N∖{0} et Sn = {(x0 , x1 , . . . , xn ) ∈ Rn+1 ∶ x20 + x21 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n = 1}.
Le but de cet exercice est de démontrer le théorème de Borsuk-Ulam qui dit que pour
toute application lisse 102 f ∶ Sn → Rn , il existe un point x ∈ Sn tel que f (x) = f (−x). Une
application g ∶ Sn → Sn est dite impaire si g(x) = −g(x) pour tout x ∈ Sn .
(1) Démontrer le théorème de Borsuk-Ulam pour n = 1. Nous supposons maintenant que
n ≥ 2.
(2) Soit g ∶ S1 → S1 une application continue impaire. Montrer que deg(g) est impair.
Supposons par récurrence que toute application g ∶ Sn−1 → Sn−1 lisse impaire est de
degré impair.
(3) Dans les questions (3) à (5), considérons une application g ∈ C∞ (Sn , Sn ) impaire.
Montrer que, quitte à composer g avec une rotation, nous pouvons supposer que les
pôles Nord (1, 0, . . . , 0) et Sud (−1, 0, . . . , 0) de Sn sont des points réguliers de g, et
n’appartiennent pas à l’image g(S0n ) par g de l’équateur S0n = ({0} × Rn ) ∩ Sn de Sn .
(4) Soient p ∶ Rn+1 → {0} × Rn la projection orthogonale de l’espace euclidien usuel Rn+1
sur son hyperplan vectoriel horizontal {0} × Rn , S≥0 n = {(x0 , . . . , xn ) ∈ Sn ∶ x0 ≥ 0}
l’hémisphère Nord fermé de Sn et ̃g = (p ○ g)∣ S≥0
n
. Montrer que 0 est une valeur régulière
de p ○ g. Montrer que le degré de g est congru modulo 2 à Card ̃ g −1 (0).
g −1 (0) est impair. En déduire que deg(g) est impair. 103
(5) Montrer que Card ̃
(6) Dans les questions (6) à (8), considérons par l’absurde une application f ∈ C∞ (Sn , Sn )
telle que f (x) ≠ f (−x) pour tout x ∈ Sn . Construire une application g ∈ C∞ (Sn , Sn−1 )
impaire.
101. Une telle application N s’appelle une application de Gauss de l’hypersurface orientable M . Nous y
reviendrons dans l’exercice E.84 et dans la partie 8.2.4.
102. Nous n’avons défini le degré que pour les applications lisses, mais la régularité de classe C1 suffit
(avec invariance par C1 -homotopie), comme le montre une relecture de la partie 5.5. Ceci permet de
remplacer la régularité C∞ par la régularité C1 dans cet énoncé du théorème de Borsuk-Ulam. Par ailleurs,
le théorème de Borsuk-Ulam est en fait vrai pour des applications simplement supposées continues, mais
sa démonstration utilise alors des outils homologiques (voir par exemple [Hat, Coro. 2B.7]).
103. En particulier, une application lisse impaire de Sn dans Sn est surjective, car le degré d’une application
non surjective est nul (donc n’est pas impair !).
198
(7) Montrer que l’application g∣ S0n est de degré impair.
(8) Montrer que l’application g∣ S0n est de degré nul. Conclure.
Exercice E.73. Un noeud est un plongement lisse du cercle S1 dans l’espace euclidien
orienté usuel R3 , ou par extension, l’image d’un tel plongement. Nous renvoyons par
exemple à [Rol, Ada] pour des informations sur la théorie des noeuds. Pour tout v ∈ S2 ,
notons πv la projection orthogonale de R3 sur le plan v ⊥ orthogonal à v. Si f est un noeud,
nous dirons que les auto-intersections de πv ○ f sont transverses 104 si pour tous les x ≠ y
dans S1 tels que πv ○ f (x) = πv ○ f (y), les vecteurs πv ○ f ′ (x) = πv ○ f ′ (y) sont linéairement
indépendants.
(1) Montrer qu’il existe un ouvert V de S2 de mesure pleine (c’est-à-dire de complémentaire
de mesure nulle) tel que pour tout v ∈ V , l’application πv ○ f soit une immersion.
(2) Montrer que pour presque tout v ∈ S2 les auto-intersections de πv ○ f sont transverses.
(3) Montrer que l’ensemble des v ∈ S2 tels que les auto-intersections de πv ○ f soient
transverses est un ouvert de S2 .
(4) Montrer qu’il existe un ouvert dense V de S2 tel que pour tout v ∈ S2 , l’application
πv ○ f soit une immersion à auto-intersections transverses au plus doubles de πv ○ f ,
c’est-à-dire telle que le sous-ensemble (πv ○ f )−1 (y) de S1 soit de cardinal au plus 2
pour tout y ∈ v ⊥ . L’image de πv ○ f est alors appelée un diagramme de noeud, et un
point z du plan v ⊥ tel que (πv ○ f )−1 (z) soit de cardinal 2 est appelé un (point de)
croisement.
199
(1) Montrer que Enl(M, N ) = (−1)(m−1)(n−1) Enl(N, M ).
(2) Préciser la dépendance de Enl(M, N ) par rapport au choix des orientations de M et
de N .
(3) Montrer que s’il existe une sous-variété lisse à bord W de Rk+1 telle que M = ∂W et
W ∩ N = ∅, alors Enl(M, N ) = 0.
(4) Montrer que s’il existe un hyperplan affine de Rk+1 séparant M et N , alors Enl(M, N ) =
0.
(5) À partir de maintenant, nous supposons que k = 2 et m = n = 1. Un entrelac (à
deux composantes) est un couple de plongements lisses du cercle S1 dans R3 d’images
disjointes, et par extension, la réunion de ses deux images. Soit (f, g) un entrelac.
Montrer qu’il existe un ouvert dense U de S2 tel que pour tout v ∈ U , si πv est la
projection orthogonale de R3 sur le plan v ⊥ orthogonal à v, alors les applications πv ○ f
et πv ○ g sont des immersions à auto-intersections transverses au plus doubles (voir
l’exercice E.73 pour la terminologie) de S1 dans v ⊥ telles que pour tous les x, y ∈ S1 ,
si z = πv ○ f (x) = πv ○ g(y), alors les ensembles (πv ○ f )−1 (z) et (πv ○ g)−1 (z) sont des
singletons. La réunion des images de πv ○ f et πv ○ g, avec indication de quel brin passe
dessus et lequel passe dessous (par rapport à l’ordre sur la droite Rv dirigée par v),
est appelé un diagramme d’entrelac. Comment lire sur un tel diagramme le nombre
d’entrelacement des deux composantes connexes d’un entrelac ?
(6) Deux entrelacs (f0 , g0 ) et (f1 , g1 ) sont dits isotopes dans R3 s’il existe deux homotopies
f ∶ S1 × [0, 1] → R3 et g ∶ S1 × [0, 1] → R3 respectivement entre f0 et f1 , et entre g0 et
g1 telles que pour tout t ∈ [0, 1], les applications x ↦ f (x, t) et x ↦ g(x, t) soient des
plongements lisses d’images disjointes. Montrer qu’alors
(7) En déduire que l’entrelac celtique de la figure ci-dessus n’est pas isotope à l’entrelac
trivial (voir le dessin de gauche ci-dessous) d’image C1 ∪ C2 où
C1 = {(x, y, z) ∈ R3 ∶ x2 + y 2 = 1, z = 0} et C2 = {(x, y, z) ∈ R3 ∶ x2 + y 2 = 1, z = 1} .
200
z z
C2 C2′
R2 × {1}
x x
C1′
C1
R × {0}
2 R × {0}
2
(8) En déduire que l’entrelac celtique de la figure ci-dessus n’est pas isotope à l’entrelac
de Hopf (voir le dessin de droite ci-dessus) d’image C1′ ∪ C2′ où
e2
(1) La seconde assertion est immédiate
+
par la définition de l’orientation du bord 0 e1
d’une sous-variété, en mettant le vecteur +
sortant en première position.
Pour montrer la première assertion, nous pouvons supposer que n ≥ 2, car toute sous-
variété de dimension 0 ou 1 est orientable. L’ensemble des inverses des deux projections
stéréographiques de pôle Nord et Sud est un ensemble de paramétrages locaux dont les
images recouvrent la sphère Sn . L’application de changement de paramétrage local est
l’inversion x ↦ ∥x∥
x
2 de R ∖{0} dans R ∖{0} (voir l’exemple (2) de la partie 4.6). Celle-ci
n n
préserve l’orientation si n est pair (et la renverse sinon). Si n est impair, en précomposant
l’inverse de la projection stéréographique de pôle Sud par l’application lisse x ↦ −x de
Rn ∖{0} dans Rn ∖{0}, nous obtenons un ensemble de deux paramétrages locaux dont les
images couvrent la sphère Sn et dont l’application de changement de paramétrage local
x ↦ − ∥x∥
x
2 préserve l’orientation.
La première assertion est aussi un cas particulier de l’exercice E.69 en considérant la
normale sortante N ∶ Sn → Rn+1 définie par N (x) = x.
201
(3) Nous pouvons supposer que n ≥ 1. L’assertion (3) découle de l’assertion (4) par le
corollaire 1.13. Mais il est aussi possible de le montrer directement. Les applications de
changement de cartes du système de cartes affines usuelles (Ui , φi )i≤0≤n de Pn (C) (voir
l’exemple (3) de la partie 4.6), sont, pour tout i ≠ j, les applications
φj ○ φ−1 ̂ ̂j , . . . , un ) ∈ Cn ∶ ui ≠ 0}
i ∶ {(t0 , . . . , ti , . . . , tn ) ∈ C ∶ tj ≠ 0} → {(u0 , . . . , u
n
Correction de l’exercice E.69. S’il existe une telle fonction N , pour tout x ∈ M ,
munissons Tx M de l’unique orientation telle qu’une base (vx,1 , . . . , vx,n−1 ) de Tx M est
positive si et seulement si (vx,1 , . . . , vx,n−1 , N (x)), qui est bien une base de Rn , est positive
(c’est-à-dire que det(vx,1 , . . . , vx,n−1 , N (x)) > 0 en prenant le déterminant de n-uplets de
vecteurs dans la base canonique). Montrons que ce choix est localement cohérent. Soit
φ ∶ W → V un paramétrage local d’un voisinage ouvert V de x dans M par un ouvert
W de Rn−1 , qui est en particulier une immersion au voisinage de φ−1 (x). Alors pour tout
x′ ∈ V proche de x, la suite (vx′ ,1 = ∂x ∂φ
1
(φ−1 (x′ )), . . . , vx′ ,n−1 = ∂x∂φ
n−1
(φ−1 (x′ ))) est une
base de Tx′ M , et le signe de det(vx′ ,1 , . . . , vx′ ,n−1 , N (x′ )) est constant au voisinage de
x par continuité (et peut être supposé positif quitte à précomposer φ par une symétrie
orthogonale par rapport à un hyperplan vectoriel).
202
Réciproquement, si M est orientable, pour tout x ∈ M , pour tout paramétrage local
orienté φ ∶ W → V d’un ouvert V de M par un ouvert W de Rn−1 tel que 0 ∈ V et φ(0) = x,
notons
∂x1 (0) ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ ∂xn−1 (0)
∂φ ∂φ
N (x) = ∂φ
∥ ∂x1 (0) ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ ∂x∂φ
n−1
(0)∥
le produit vectoriel 105 renormalisé des dérivées partielles de φ en 0 = φ−1 (x). Il est bien
défini, car comme φ est une immersion en 0, ses dérivées partielles ∂x ∂φ
1
(0), . . . , ∂x∂φ
n−1
(0)
sont linéairement indépendantes. Montrons qu’il ne dépend pas du choix du paramétrage
local orienté. En effet, soit ψ un autre paramétrage local orienté envoyant 0 sur x. Pour
∂(φ−1 ○ψ)ℓ
tous les i ∈ J1, nK et j ∈ J1, n − 1K, nous avons ∂ψ
∂xj (0) = ∑ℓ=1 ∂xℓ (0)
i n−1 ∂φi
∂xj (0). Donc par
le caractère multilinéaire alterné du produit vectoriel, nous avons
∂ψ ∂ψ ∂φ ∂φ
(0) ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ (0) = (det J(φ−1 ○ ψ)0 ) (0) ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ (0) .
∂x1 ∂xn−1 ∂x1 ∂xn−1
L’invariance en le paramétrage local orienté vient alors du fait que le jacobien du
changement de paramétrage local entre deux paramétrages locaux orientés est strictement
positif. Donc N ∶ M → Rn est une application lisse, qui a les propriétés voulues.
Correction de l’exercice E.70. Par la définition des sous-variétés par fonctions impli-
cites (voir le théorème 4.5 (2), ainsi que la proposition 4.9), puisque y ∈ f (U ), nous savons
que M = f −1 (y) est une sous-variété lisse de Rn de codimension 1. Nous pouvons supposer
que n ≥ 3, car toute sous-variété de dimension 0 ou 1 est orientable.
Notons e1 le vecteur de la base canonique de R, considéré comme un vecteur tangent
en y à R. Puisque f est une submersion, il existe un vecteur vx,n ∈ Tx U = Rn tel que
dx f (vx ) = e1 . Par la proposition 4.12 (2), pour tout x ∈ M , nous avons Tx M = Ker dx f , et
en particulier vx,n ∉ Tx M . Nous munissons Tx M de l’unique orientation telle qu’une base
105. Nous renvoyons par exemple à [Pau5, Prop. 1.25] pour les rappels ci-dessous. Notons det le détermi-
nant des n-uplets de vecteurs dans la base canonique de l’espace vectoriel Rn , muni de son produit scalaire
usuel ⟨ , ⟩. Le produit vectoriel d’un (n − 1)-uplet (x1 , . . . , xn−1 ) de vecteurs de Rn est l’unique vecteur
x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 tel que, pour tout y ∈ Rn , nous ayons
Nous avons
● l’application (x1 , . . . , xn−1 ) ↦ x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 est (n − 1)-linéaire alternée,
● x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 = 0 si et seulement si x1 , . . . , xn−1 sont linéairement dépendants,
● x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 ∈ Vect(x1 , . . . , xn−1 )⊥ , et
● si A = (xi,j )1≤i≤n, 1≤j≤n−1 est la matrice n × (n − 1) dont les colonnes sont les vecteurs colonnes
des coordonnées de x1 , . . . , xn−1 dans la base canonique, alors la i-ème coordonnée (x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 )i de
x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 dans la base canonique est (−1)n−i fois le déterminant de la matrice Ai obtenue en enlevant
la i-ème ligne de A :
RRR x1,1 ...... x1,n−1 RRR
RRR RRR
RRR ⋮ ⋮ ⋮ RRR
RR RRR
n−i R xi−1,1 ...... xi−1,n−1
(x1 ∧ ⋅ ⋅ ⋅ ∧ xn−1 )i = (−1) RRRR RRR .
RRR xi+1,1 ...... xi+1,n−1 RRR
RRR RRR
RRR ⋮ ⋮ ⋮ RRR
RRR xn,1 ...... xn,n−1 RRR
R
En particulier, le produit vectoriel de x1 , . . . , xn−1 dépend de manière C∞ (car polynomiale en les coordon-
nées) de x1 , . . . , xn−1 .
203
(vx,1 , . . . , vx,n−1 ) de Tx M est positive si et seulement si (vx,1 , . . . , vx,n−1 , vx,n ), qui est bien
une base de Rn , est positive. Ceci ne dépend pas du choix de vx,n . Ce choix d’orientation
sur les espaces tangents aux points de M est localement cohérent par l’exercice E.69, car
nous pouvons choisir de manière lisse ce vecteur vx,n , en prenant l’unique vecteur unitaire
orthogonal à Tx M dont l’image par dx f est un multiple (strictement) positif de e1 , ou tout
simplement
∇x f
vx,n = .
∥∇x f ∥
Correction de l’exercice E.71. Supposons par contraposition que nous ayons une
application lisse f ∶ Sn → Sn sans point fixe. Montrons que le degré de f est égal à (−1)n+1 .
Considérons l’application h ∶ Sn × [0, 1] → Sn définie par
(1 − s)f (x) − sx
(x, s) ↦ .
∥(1 − s)f (x) − sx∥
Elle est bien définie car pour tout x ∈ Sn la corde affine [−x, f (x)] dans la boule fermée
unité Bn+1 ne passe pas par 0, sinon cette corde serait un diamètre et nous aurions f (x) = x.
Elle est clairement lisse. C’est donc une C∞ -homotopie entre l’application f au temps s = 0
et l’antipodie i ∶ x ↦ −x au temps s = 1. Comme les homotopies préservent le degré (voir
le théorème 5.14) et par le calcul du degré de l’antipodie (voir l’exemple (5) de la partie
5.5), nous avons donc
deg(f ) = deg(i) = (−1)n−1 .
204
Puisque 0 est une valeur régulière de p○g et puisque les dimensions de Sn et de {0}×Rn
coïncident, la partie (p ○ g)−1 (0) est finie, car c’est une sous-variété de dimension 0 = n − n
de la variété compacte Sn par le corollaire 5.1.
Notons S>0 <0
n = {(x0 , . . . , xn ) ∈ Sn ∶ x0 > 0} et Sn = {(x0 , . . . , xn ) ∈ Sn ∶ x0 < 0} les
hémisphères ouverts Nord et Sud de Sn . Pour tout x ∈ (p ○ g)−1 (0), soit ϵx ∈ {±1} le signe
du déterminant de Tx g dans des bases directes de Tx Sn et Tg(x) Sn . Notons ≡ la congruence
modulo 2. Puisque ϵx = ±1 ≡ 1, puisque (p○g)−1 (0) est la réunion disjointe g −1 (S)⊔g −1 (N ),
et puisque S, N ∉ g(Sn−1 × {0}) par la question (3), nous avons
g −1 (0) ≡
Card ̃ ∑ ϵx = ∑ ϵx + ∑ ϵx
x∈(p○g)−1 (0)∩S≥0
n x∈g −1 (N )∩S≥0
n x∈g −1 (S)∩S≥0
n
= ∑ ϵx + ∑ ϵx .
x∈g −1 (N )∩S>0
n x∈g −1 (S)∩S>0
n
Puisque l’application g est impaire, l’antipodie x ↦ −x induit une bijection de g −1 (S) ∩ S>0
n
sur g −1 (N ) ∩ S<0
n . Toujours puisque g est impaire, l’application T−x g ∶ T−x Sn → Tg(−x) Sn
est égale à l’application Tx g ∶ Tx Sn → Tg(x) Sn , mais par contre les orientations de Tx Sn
et T−x Sn , ainsi que de Tg(x) Sn et T−g(x) Sn , sont opposées. Donc ϵ−x = −(−ϵx ) = ϵx . Par
conséquent, en utilisant une congruence modulo 2, nous avons
g −1 (0) ≡
Card ̃ ∑ ϵx + ∑ ϵ−x = ∑ ϵx + ∑ ϵx
x∈g −1 (N ) ∩ S>0
n x∈g −1 (N ) ∩ S<0
n x∈g −1 (N ) ∩ S>0
n x∈g −1 (N ) ∩ S<0
n
= deg(g, N ) = deg(g) .
p○g(x)
(5) Considérons l’application G ∶ S0n → S0n définie par x ↦ ∥p○g(x)∥ , qui est bien définie et
lisse car g(S0n ) ne rencontre pas p−1 (0) = {S, N } par la question (3). C’est une application
impaire d’une sphère de dimension n − 1 dans elle-même car g l’est et p est linéaire. Donc
par récurrence, le degré de G est impair.
Notons a1 , . . . , ak les éléments de S≥0 −1
n qui appartiennent à (p ○ g) (0). Remarquons
>0 −1
que a1 , . . . , ak ∈ Sn comme vu précédemment, et que Card ̃ g (0) = k par la définition de
̃
g . Pour tout i ∈ J1, kK, notons Bi l’intersection avec Sn d’une boule ouverte (de l’espace
euclidien Rn+1 ) centrée en xi de rayon assez petit pour que Bi soit contenue dans S>0 n
et vérifie Bi ∩ Bj = ∅ si j ≠ i. Considérons la variété compacte connexe orientée (par
l’orientation de Sn ) à bord Y = S≥0 n ∖ ⋃i=1 Bi . Son bord orienté par la normale sortante est
k
∂Y = Sn ∐ ∐i=1 (∂Bi ) .
0 k opp
k
̃ ∣ (∂B )opp ≡ deg G ≡ 1 mod 2 ,
g −1 (0) = k ≡ ∑ deg G
Card ̃ i
i=1
206
6 Théorie de Morse
Le but de cette partie est de donner une description homotopique des sous-variétés
différentielles. Nous donnons un exemple dans ce préambule afin de comprendre le che-
minement que nous allons prendre. Soient p, m ∈ N avec p ≤ m. Nous fixons dans cette
partie une sous-variété différentielle lisse M de dimension p dans Rm , et une application
f ∶ M → R de classe Cr , avec r ∈ (N∖{0, 1}) ∪ {∞}, parfois appelée la fonction de hauteur
sur M . Il est important que r ≥ 2, mais le seul cas à garder en tête est r = ∞ (surtout en
première lecture), cela évite des problèmes de perte de régularité.
Pour tout a ∈ R, nous notons (en étant bien conscient du fait que cela dépende de la
fonction f fixée)
M=a = f −1 (a) ,
appelé le niveau de M de hauteur a, et
M≤a = {x ∈ M ∶ f (x) ≤ a} ,
appelé le sous-niveau de M de hauteur a. Un niveau M=a est dit critique si a est une
valeur critique de f , et régulier sinon. Le but est de décrire la sous-variété M en décrivant
comment changent les niveaux M=a et sous-niveaux M≤a de M , lorsque a parcours R en
croissant.
Comme vu dans l’exercice E.66, si a ∈ R est une valeur régulière de f , alors M≤a est
une sous-variété à bord de classe Cr , de bord la sous-variété M=a = f −1 (a) de classe Cr .
Par exemple, soit f ∶ T2 → R la fonction de hauteur définie par (x, y, z) ↦ z sur un
tore de révolution T2 posé sur un plan horizontal (donc de révolution autour d’une droite
horizontale). Elle est C∞ , car c’est la restriction à une sous-variété de R3 d’une fonction
C∞ sur R3 (voir la proposition 4.7). Elle a quatre points critiques x0 , x1 , x2 , x3 et quatre
valeurs critiques correspondantes t0 < t2 < t2 < t3 . Les points x0 et x3 sont les uniques
points de M où f atteint son minimum et maximum, respectivement.
207
Si t < t0 ou t > t3 , alors le niveau M=t = M R
−1
f (t) est vide.
x3
Si t = t0 ou t = t3 , alors le niveau M=t = t3
f −1 (t) est réduit au singleton x0 ou x3 , res-
pectivement.
Si t = t1 ou t = t2 , le niveau M=t = f −1 (t) M=t2 t2
n’est pas une sous-variété du tore M , il est x2
homéomorphe à un bouquet de deux cercles. f
Si t ∈ ]t0 , t1 [ ∪ ]t2 , t3 [ , alors le niveau
M=t = f −1 (t) est une sous-variété du tore M
de dimension 1, difféomorphe à un cercle. x1 t1
Enfin, si t ∈ ]t1 , t2 [ , alors le niveau M=t = M=t1
−1
f (t) est une sous-variété du tore M de di-
mension 1, difféomorphe à la réunion disjointe
de deux copies du cercle. t0
x0
La sous-variété à bord M≤t pour t ≠ t0 , t1 , t2 , t3 change de type d’homotopie quand t
passe par l’une des valeurs critiques. Par exemple, si ϵ > 0 est assez petit, alors M≤t1 −ϵ est
contractile (difféomorphe au disque fermé) et M≤t1 +ϵ est C∞ -difféomorphe à un cylindre
S1 × [0, 1], de groupe fondamental isomorphe à Z. En fait, en rappelant que Bn est la boule
unité fermée de Rn , l’espace topologique M≤t1 +ϵ est, à homéomorphisme près, obtenu à
partir de M≤t1 −ϵ par recollement X ∪f Y (au sens de l’exemple (5) de la partie A.2.6 de
l’appendice A ) d’une anse X = B1 × B1 sur Y = M≤t1 −ϵ par une application continue
f ∶ B1 × ∂B1 → ∂Y , qui est même un homéomorphisme sur son image.
X = B1 × B1
X ∪f Y
Y = M≤t1 −ϵ
Le but de cette partie est de généraliser une telle description à toutes les sous-variétés
lisses M .
208
Si V est un ouvert de Rq , si v ∈ V , si h ∶ V → W est une application de classe C2 telle que
w = h(v) soit un point critique de g, alors par la formule (67) de l’appendice C, qui utilise
de manière cruciale le fait que w soit un point critique de g, nous avons
∂2g
Hessw g = ( (w)) . (15)
∂xi ∂xj 1≤i,j≤p
Hessv (g ○ h) = t
(Jhv ) (Hessw g) (Jhv ) ,
Notons que la formule ci-dessus ne dépend pas du choix du paramétrage local φ en x, par
la formule (14), puisque w = φ−1 (x) est un point critique de f ○ φ. 109
différentielle de l’application dg ∶ W → L (Rp , R) définie par x ↦ dfx est appelée la différentielle seconde
de g, notée d2 g ∶ W → L (Rp , L (Rp , R)), et que la forme bilinéaire d2 gw est symétrique pour tout w ∈ W
par le lemme de Schwarz, puisque g est de classe C2 .
107. Rappelons qu’une forme bilinaire symétrique B ∶ E × E → K sur un espace vectoriel E de dimension
finie sur un corps commutatif K est non dégénérée si son noyau Ker B = {X ∈ E ∶ ∀Y ∈ E, B(X, Y ) = 0}
est réduit à {0}.
108. Voir la formule (68) de l’appendice C. Si h1 , . . . , hm sont les composantes de h, alors
∂ 2 (g ○ h) ∂ ∂(g ○ h) ∂ ∂g ∂hℓ
(v) = ( )(v) = ( ∑ ○h )(v)
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj ∂xi 1≤ℓ≤m ∂xℓ ∂xj
∂2g ∂hk ∂hℓ ∂g ∂ 2 hℓ
= ∑ (h(v)) (v) (v) + ∑ (h(v)) (v) . (16)
1≤k,ℓ≤m ∂xk ∂xℓ ∂xi ∂xj 1≤ℓ≤m ∂xℓ ∂xi ∂xj
∂g
En particulier, si ∂xi
(h(v)) = 0 pour 1 ≤ i ≤ m, alors
109. Si ψ ∶ W ′ → M est un autre paramétrage local en x, notons h = ψ −1 ○φ, qui est un C∞ -difféomorphisme
d’un voisinage ouvert de φ−1 (x) sur un voisinage ouvert de ψ −1 (x). Alors, en utilisant la formule (14) pour
209
Nous dirons qu’un point critique x de f est non dégénéré si la forme hessienne de f
en x est non dégénérée (voir la note de bas de page 107). Si x est un point critique non
dégénéré, si la signature de la forme bilinéaire symétrique réelle Hx f est (k, k ′ ), avec k la
dimension maximale d’un sous-espace vectoriel de Tx M sur lequel Hx f est définie négative,
nous appellerons k l’indice du point critique x, noté Ind(x), et Indf (x) lorsqu’il convient
de préciser f .
La propriété d’être un point critique non dégénéré est invariante par difféomorphisme,
au sens suivant. Soit h ∶ M ′ → M un Cr -difféomorphisme, et soient x′ ∈ M ′ et x ∈ M tels
que h(x′ ) = x. Alors x est un point critique non dégénéré de f si et seulement si x′ est un
point critique non dégénéré de f ○ h, et alors
∂nf ∂ n (f ○ φ)
= ○ φ−1 ∶ φ(U ) → R (18)
∂xi1 . . . ∂xin ∂xi1 . . . ∂xin
(qui dépend du choix du paramétrage local) est inversible, cette inversibilité ne dépendant
pas, elle, du choix du paramétrage local en x.
Exemples. (1) Le point (0, 0) de la courbe lisse M d’équation y = x3 dans le plan
R2 est un point critique isolé dégénéré pour la fonction de hauteur f ∶ (x, y) ↦ y. Le point
(0, 0) de la courbe lisse M d’équation y = e− x2 sin x1 dans le plan R2 est un point critique
1
non isolé dégénéré pour la fonction de hauteur f ∶ (x, y) ↦ y. Le point (0, 0, 0) de la surface
la deuxième égalité, nous avons
210
lisse M d’équation z = x2 dans l’espace R3 est un point critique non isolé dégénéré pour
la fonction de hauteur f ∶ (x, y, z) ↦ z. Le point (0, 0, 0) de la surface lisse M d’équation
z = x2 y 2 dans l’espace R3 est un point critique isolé dégénéré pour la fonction de hauteur
f ∶ (x, y, z) ↦ z.
y y z
x x x
(2) Dans les dessins qui suivent, représentant diverses sous-variétés M de R3 munies
d’un point critique non dégénéré isolé, la fonction de hauteur f est la fonction de troisième
coordonnée (x1 , x2 , x3 ) ↦ x3 .
S = (0, 0, −1) point critique N = (0, 0, 1) point critique 0 = (0, 0, 0) point critique
non dégénéré de M = S2 non dégénéré de M = S2 non dégénéré de M d’équation
Ind(S ) = 0 Ind(N ) = 2 z = x2 − y 2 , où Ind(0) = 1
Le dernier exemple, dit de la selle de cheval, est typique d’un comportement local d’un
point critique non dégénéré, à changement de coordonnées à la source près, comme le
montre le résultat suivant.
Lemme 6.1. (Lemme de Morse) Supposons que r ≥ 3. Soit k ∈ J0, pK. Si x0 ∈ M est un
point critique non dégénéré d’indice k de f , alors il existe un paramétrage local φ ∶ W → U
de M en x0 de classe Cr−2 , où W est un voisinage ouvert de 0 dans Rp et U un voisinage
ouvert de x0 dans M , tel que φ(0) = x0 et, pour tout y = (y1 , . . . , yp ) dans un voisinage
assez petit de 0 dans Rp , nous ayons
f ○ φ(y) = f (0) − (y1 )2 − (y2 )2 − ⋅ ⋅ ⋅ − (yk )2 + (yk+1 )2 + ⋅ ⋅ ⋅ + (yp )2 .
Démonstration. Nous commençons la démonstration par un lemme d’algèbre linéaire à
paramètre montrant en particulier que la signature d’une forme bilinéaire symétrique non
dégénérée varie de manière lisse. Pour tout n ∈ N, notons Symn = {X ∈ Mn (R) ∶ t X = X}
l’espace vectoriel réel des matrices symétriques réelles de taille n.
Lemme 6.2. Si A est une matrice diagonale de taille n, de coefficients diagonaux dans
cet ordre a1 , a2 , . . . , an ∈ {−1, +1}, alors il existe un voisinage ouvert U de A dans Symn et
une application P ∶ U → GLn (R) de classe C∞ telle que pour tout B ∈ U , nous ayons
t
P (B) B P (B) = A .
211
Démonstration. Procédons par récurrence sur n, le résultat étant immédiat pour n = 0.
Soit n ≥ 1. Si U est un voisinage ouvert de A dans Symn assez petit, alors pour tout
B = (bi,j )1≤i,j≤n ∈ U , son coefficient b11 est non nul et du même signe que a1 , de sorte que
a1 = ∣bb11
11 ∣
. Posons
⎛ √∣b1 ∣ − bb12 ... − b1n
b11 ⎞
T =⎜ ⎟
11 11
⎜ ⎟
⎝ 0 In−1 ⎠
∞
Alors T dépend de manière C de B sur U . En utilisant le fait que B est symétrique, un
petit calcul montre que
a1 0
t
T BT = ( )
0 B′
avec B ′ ∈ Symn−1 qui dépend de manière C∞ de B sur U , et qui, si U est assez petit,
est proche de la matrice diagonale A′ de coefficients diagonaux a2 , . . . , an . Par récurrence,
quitte à réduire U , il existe donc une matrice Q′ qui dépend de manière C∞ de B ′ (donc
1 0
de B) sur U , telle que t Q′ B ′ Q′ = A′ . En posant Q = T ( ), qui dépend de manière C∞
0 Q′
de B sur U , nous avons t QBQ = A, comme voulu. ◻
Afin de démontrer le lemme de Morse 6.1, nous pouvons supposer que M est un ouvert
convexe V de Rp , que x0 = 0 et f (x0 ) = 0. Par un changement de coordonnées linéaire
(et la réduction de Gauss des formes quadratiques), nous pouvons supposer que la matrice
hessienne A = Hess f0 de f en 0 est diagonale, avec les k premiers coefficients diagonaux
égaux à −1 et les p − k derniers égaux à +1.
Notons que, par le théorème fondamental de l’intégration et puisque f (0) = 0 et ∂x
∂f
j
(0) =
0, nous avons, pour tout x ∈ V ,
1 p 1 ∂f
d
f (x) = ∫ (f (tx)) dt = ∑ ( ∫ (tx) dt)xj
0 dt j=1 0 ∂xj
p 1 1 ∂2f
= ∑ (∫ ∫ (stx) dt ds)xi xj .
i,j=1 0 0 ∂xi ∂xj
Il existe donc une application x ↦ Bx = (bij (x))1≤i,j≤p de classe Cr−2 de V dans Symp telle
que pour tout x ∈ M , nous ayons
p
f (x) = ∑ bij (x) xi xj = t x Bx x .
i,j=1
Nous dirons qu’une fonction f ∶ M → R de classe Cr , avec r ∈ (N∖{0, 1}) ∪ {∞} est une
fonction de Morse si tous ses points critiques sont non dégénérés.
Remarquons qu’il découle du lemme de Morse 6.1 que si r ≥ 3, alors un point critique
non dégénéré de f est isolé dans M , et donc (par la séparabilité des sous-variétés) que
l’ensemble des points critiques d’une fonction de Morse sur M est discret et dénombrable,
et en particulier fini si M est compacte.
Remarque 6.3. Un minimum local et un maximum local d’une fonction de classe C1
étant un point critique, si f est une fonction de Morse de classe Cr , ses minima locaux et
maxima locaux sont des points critiques non dégénérés. Par le lemme de Morse, l’indice
d’un minimum local de f est 0 et l’indice d’un maximum local de f est la dimension p de
M . Si M est compacte, alors par continuité, f admet au moins un point critique d’indice
0 et un point critique d’indice p.
Exemples. (1) Une submersion f ∶ M → R de classe C2 , qui n’a pas de point critique, est
une fonction de Morse.
(2) La fonction de hauteur f ∶ (x, y, z) ↦ z sur le tore T2 décrite en début de chapitre 6
est une fonction de Morse de classe C∞ , ayant un point critique x0 non dégénéré d’indice 0,
deux points critiques x1 , x2 non dégénérés d’indice 1 et un point critique x3 non dégénéré
d’indice 2.
Nous allons étudier dans la partie suivante le problème de l’existence de fonctions de
Morse : elles sont très nombreuses ! Nous reviendrons sur une démonstration de l’existence,
par une méthode complètement différente, dans la partie 8.3.
Pour toute partie P de M , nous dirons que f ∈ C1 (M, N ) est transverse en A en tout point
de P , et nous noterons f ⋔P A (et f ⋔y A si P = {y}), si pour tout x ∈ P tel que f (x) ∈ A,
nous avons Tf (x) N = Tf (x) A + Tx f (Tx M ).
Si M et A sont deux sous-variétés de N , nous dirons que M et A sont transverses dans
N si l’inclusion f ∶ M → N est transverse à A, c’est-à-dire si pour tout point x ∈ A ∩ M ,
les sous-espaces vectoriels Tx A et Tx M de Tx N sont transverses dans Tx N .
Exemples. (1) Si la somme de la dimension de A et de la dimension de M est strictement
inférieure à la dimension de N , alors il n’existe pas d’application f ∶ M → N de classe C1
transverse à A.
(2) Si M et A sont deux sous-variétés de N , dont la somme des dimensions est égale
à la dimension de N , alors M et A sont transverses dans N si et seulement si, pour tout
x ∈ A ∩ M , nous avons
Tx N = Tx A ⊕ Tx M .
Par le théorème de dérivation des fonctions composées et puisque Tx′ ϕ ∶ Tx′ M ′ → Tx M est un isomorphisme
linéaire, nous avons
Tx′ (ψ ○ f ○ ϕ)(Tx′ M ′ ) = Tf (x) ψ(Tx f (Tx′ ϕ(Tx′ M ′ ))) = Tf (x) ψ(Tx f (Tx M )) .
214
à demander que g(x) ∈ A), l’application Tx (pr2 ○g) ∶ Tx M → Rq−a est surjective, donc si et
seulement si 0 est une valeur régulière de pr2 ○g. Comme g −1 (A) = (pr2 ○g)−1 (0), le résultat
découle du corollaire 5.1. ◻
Rappelons que, pour tout m ∈ N,
● le dual (Rm )∗ de l’espace vectoriel réel Rm est l’espace vectoriel réel des formes
linéaires sur Rm ,
● toute forme linéaire ℓ sur un sous-espace vectoriel E de Rm s’étend de manière unique
en une forme linéaire ℓ̃ sur Rm en demandant qu’elle soit nulle sur l’orthogonal E ⊥ de E
dans Rm (pour son produit scalaire euclidien usuel), et
● l’application ainsi définie du dual de E dans l’espace vectoriel réel des formes linéaires
de Rm nulles sur E ⊥ est un isomorphisme linéaire.
Soit M une sous-variété lisse de Rm de dimension p. Le fibré cotangent de M est
l’ensemble des couples (x, ℓ) d’un point de M et d’une forme linéaire ℓ sur Tx M :
T ∗ M = {(x, ℓ) ∶ x ∈ M, ℓ ∈ (Tx M )∗ } ,
est un C∞ -difféomorphisme.
Soit f ∶ M → R une application de classe C1 . Rappelons que Tx f ∶ Tx M → Tf (x) R = R
est une forme linéaire, qui est nulle si et seulement si x est un point critique de f . Nous
avons une application continue df ∶ M → T ∗ M , appelée la différentielle 111 de f , qui à x ∈ M
associe la forme linéaire dfx = Tx f sur Tx M . C’est une 1-forme différentielle continue sur
M , c’est-à-dire une application continue ω de M dans T ∗ M telle que π ∗ ○ ω = idM . Mais
c’est la seule forme différentielle que nous rencontrerons dans ce cours (voir par exemple
[Pau1] pour une introduction aux formes différentielles).
La section nulle de T ∗ M est la sous-variété lisse Z ∗ = M × {0} de T ∗ M , qui est de
dimension p. Notons que x est un point critique de f si et seulement si dfx appartient à
la section nulle Z ∗ . Si ϕ ∶ M → N est un C∞ -difféomorphisme, alors T ∗ ϕ ∶ T ∗ M → T ∗ N
envoie la section nulle de T ∗ M sur la section nulle de T ∗ N (voir la formule (20)).
111. Il convient de ne pas confondre la différentielle df ∶ M → T ∗ M de f avec l’application tangente
T f ∶ T M → T R de f , même si l’une détermine l’autre (car pour tout x ∈ M , nous avons par définition
dfx = Tx f ), car les applications df et T f n’ont pas les mêmes espaces de départ et d’arrivée.
215
Lemme 6.6. Une fonction f ∶ M → R de classe C2 est de Morse si et seulement si sa
différentielle df ∶ M → T ∗ M est transverse à la section nulle Z ∗ de T ∗ M .
Démonstration. Puisque les problèmes de la transversalité en un point de la section nulle
et de la non dégénérescence d’un point critique s’étudient localement et sont invariants par
C2 -difféomorphismes, nous pouvons supposer que nous avons M = Rp . Alors la section
nulle Z ∗ = Rp × {0} est le premier facteur de l’espace vectoriel produit T ∗ M = Rp × (Rp )∗
de dimension 2p, et en particulier Z ∗ est un sous-espace vectoriel de dimension p de ce
produit.
Soit x un point critique de f . Alors dfx = (x, 0) ∈ Z ∗ et T(x,0) Z ∗ = Rp × {0}. Puisque df
est l’application de M dans T ∗ M définie par y ↦ (y, w ↦ dfy (w)), l’application
Tx (df ) ∶ Tx M = Rp → T(x,0) T ∗ M = Rp × (Rp )∗
est l’application v ↦ (v, w ↦ d2x f (v, w)). Son image Tx (df )(Tx M ) est par conséquent le
sous-espace vectoriel A = {(v, w ↦ d2 fx (v, w)) ∶ v ∈ Rp } de Rp × (Rp )∗ . Vu les dimensions,
pour que les espaces vectoriels T(x,0) Z ∗ = Rp × {0} et Tx (df )(Tx M ) = A (qui est de dimen-
sion au plus p) soient transverses dans T(x,0) T ∗ M = Rp × (Rp )∗ , il faut et il suffit que A
soit de dimension égale à p et que l’intersection T(x,0) Z ∗ ∩ A soit réduite à {0}, c’est-à-dire
que pour tout vecteur non nul v ∈ Rp , la forme linéaire w ↦ d2x f (v, w) soit non nulle. Ceci
est exactement demander que x soit un point critique non dégénéré de f . ◻
∥ ℓ(v1 , . . . , vk ) ∥
∥ℓ∥ = sup
v1 ,...,vk ≠0 ∥v1 ∥ . . . ∥vk ∥
216
Théorème 6.7. Soient M et N deux sous-variétés lisses, et A une sous-variété lisse de
N . L’ensemble des applications f ∶ M → N de classe C∞ transverses à A est dense dans
C∞ (M, N ) pour la topologie C∞ .
217
Pour la seconde affirmation, par la dénombrabilité à l’infini de M , fixons-nous une suite
(Ui )i∈N d’ouverts de M , tels que Ui soit d’adhérence compacte contenue dans Ui+1 . Nous
construisons une fonction f ∶ M → R lisse valant 0 sur U0 et i sur le compact U2i − U2i−1
pour i ≥ 1, en interpolant de manière C∞ par partition de l’unité sur U2i+1 − U2i pour i ≥ 0,
de sorte que f soit à valeurs dans [i, i + 1] dans U2i+1 − U2i . En particulier, f ∶ M → R est
positive ou nulle, de classe C∞ et propre.
Puis par récurrence, nous construisons par la première affirmation de ce corollaire, une
fonction fi ∶ M → R, arbitrairement proche de f ∣Ui sur Ui+1 − Ui , de Morse sur un voisinage
de Ui dans Ui+1 , coïncidant avec f en dehors de Ui+1 et coïncidant avec fi−1 sur Ui−1 si
i ≥ 1. La fonction g valant fi sur Ui est alors bien définie, de Morse, positive ou nulle
et propre. En rajoutant des petites fonctions plateau au voisinage des points critiques, il
est alors possible de séparer les points critiques dans un même niveau (en nombre fini car
discrets dans un compact). ◻
Voici une démonstration élémentaire de l’existence d’une fonction de Morse sur une
surface compacte.
218
Par exemple, le champ de vecteurs nul sur M , noté 0, est l’application x ↦ (x, 0). Si
U est un ouvert de Rp , comme T U est égal à U × Rp , un champ de vecteurs de classe Cr
sur U , qui est une application x ↦ (x, X(x)) de U dans T U de classe Cr , s’identifie donc
à l’application x ↦ X(x) de classe Cr de U dans Rp .
X + Y ∶ x ↦ X(x) + Y (x)
(où nous notons (x, v) + (x, w) = (x, v + w) dans T M ⊂ M × Rm pour tous les v, w ∈ Tx M )
et la multiplication externe point par point
λX ∶ x ↦ λX(x)
(où nous notons λ(x, v) = (x, λv) pour tous les v ∈ Tx M et λ ∈ R).
Structure de Cr (M, R)-module. L’ensemble Γr (T M ) est aussi muni d’une structure
de module sur l’anneau Cr (M, R), pour l’addition point par point précédente et la multi-
plication point par point par une fonction f ∈ Cr (M, R), définie par
f X ∶ x ↦ f (x)X(x) .
où les fonctions Xi ∈ Cr (U, R) sont appelées les composantes (ou coordonnées) du champ
de vecteurs X dans la base (Xe1 , . . . , Xep ) du Cr (U, R)-module libre Γr (T U ).
Image réciproque par morphismes étales. Les champs de vecteurs se tirent en arrière
par les difféomorphismes locaux, par la formule suivante. Soient N une sous-variété lisse
et φ ∶ M → N un Cr+1 -difféomorphisme local. Pour tout champ de vecteurs Y de classe
Cr sur N , nous définissons un champ de vecteurs φ∗ Y sur M de classe Cr , appelé image
réciproque de Y par f (ou parfois tiré en arrière), par
φ∗ (f Y ) = (f ○ φ) (φ∗ Y ) .
219
(2) Les images réciproques se comportent de manière contravariante pour la composition.
Plus précisément, si ψ ∶ N → P est un Cr+1 -difféomorphisme local, et si Z est un champ
de vecteurs de classe Cr sur P , alors
(ψ ○ φ)∗ Z = φ∗ (ψ ∗ Z) .
∀ X ∈ Γr (T M ), i∗ X = X∣U .
Il découle donc de la propriété précédente que les images réciproques et les restrictions
de champs de vecteurs sont compatibles. Plus précisément, si U est un ouvert de N ,
et si Y est un champ de vecteurs de classe Cr sur N , alors nous avons
220
(1) (Équation différentielle autonome) pour tous les (s, x) ∈ Ω, nous avons
dϕt (x)
= X(ϕs (x)) ,
dt ∣t=s
ϕ0 (x) = x .
t ↦ ϕt (x0 ) .
(4) Pour tout (s, x) ∈ Ω, nous avons (t, ϕs (x)) ∈ Ω si et seulement si (t + s, x) ∈ Ω et alors
ϕt ∶ Ut = {x ∈ M ∶ (t, x) ∈ Ω} → M
est un Cr -difféomorphisme local. Si de plus X est complet, alors (ϕt )t∈R est un groupe
à un paramètre de Cr -difféomorphismes de M de classe Cr . 114
(6) (Le flot local préserve le champs de vecteurs) Pour tout (t, x) ∈ Ω, nous avons
114. Ceci signifie que ϕ0 est l’identité de M , que pour tous les t, s dans R, nous avons ϕt ○ ϕs = ϕt+s ,
que l’application (t, x) ↦ ϕt (x) de R × M dans M est de classe Cr . Ceci implique que ϕt ∶ M → M est un
Cr -difféomorphisme pour tout t ∈ R.
221
X ( x)
X (ϕt (x)) = Tx ϕt (X (x))
ϕt (x)
x
Supp(X) = {x ∈ M ∶ X(x) ≠ 0} .
Proposition 6.12. (7) Supposons qu’il existe ϵ > 0 tel que ]−2ϵ, 2ϵ [ ×M soit contenu dans
Ω. Alors le champ de vecteurs X est complet.
(8) Si le support de X est compact (par exemple si M est compacte), alors X est
complet.
x y
Considérons le champ de vecteurs (qui sont tous colinéaires à v) de classe C∞ défini par
X ∶ x ↦ φ(x)v. Il est complet, car nul en dehors du compact Bp . Notons (ϕt )t∈R son flot.
○
Les courbes intégrales de X sont, outres celles réduites à un point x pour tout x ∉ Bp , les
○
intersections avec Bp des droites affines de vecteur directeur v, car elles sont contenues dans
ces droites affines, et φ ne s’annulant pas dans la boule ouverte, les limites en ±∞ de ces
courbes intégrales doivent être les points d’intersection avec la sphère unité de ces droites
223
affines. Si T ∈ ]0, +∞[ est tel que ϕT (x) = y, alors le C∞ -difféomorphisme ϕT convient, par
l’explication précédant le début de la démonstration.
Maintenant, soit M une sous-variété lisse connexe de dimension p quelconque. Définis-
sons une relation « être isotope à » sur M en demandant que x ∈ M soit isotope à y ∈ M
s’il existe un C∞ -difféomorphisme C∞ -isotope à l’identité de M envoyant x sur y. C’est
clairement une relation d’équivalence. Puisque tout point de M admet un paramétrage
○
local φ ∶ Bp → M , toute classe d’équivalence est ouverte par ce qui précède. Par connexité
de M , et puisque les classes d’équivalence forment une partition de M , il existe donc une
seule classe d’équivalence, ce qui démontre la proposition 5.17. ◻
(f δ)(g) ∶ x ↦ f (x)δ(g)(x) .
Notons que toute dérivation est nulle sur les fonctions constantes, par leur linéarité et le
fait que δ(1) = δ(1 ⋅ 1) = δ(1) + δ(1).
Si X est un champ de vecteurs de classe C∞ sur M , alors l’application LX de C∞ (M, R)
dans C∞ (M, R) définie par
est clairement une dérivation, appelée la dérivation de Lie associée à X. 115 Il est tradi-
tionnel de noter aussi
LX (f ) = X(f )
pour tout f ∈ C∞ (M, R), et il est important de garder en tête que X(f ) est une fonction
lisse sur M .
115. La formule fait sens lorsque f et X sont seulement supposés de classe Cr+1 et Cr respectivement
pour r ∈ N, avec une perte d’un degré de régularité : la fonction LX (f ) est alors seulement de classe Cr
en général.
224
Le théorème de dérivation des fonctions composées montre que si ϕ est un flot local de
X, alors
d
LX (f ) = f ○ ϕt .
dt ∣t=0
Par exemple, si M est un ouvert de Rp , et si (e1 , . . . , ep ) est la base canonique de Rp ,
si Xei est le champ de vecteur constant x ↦ ei sur M , alors, comme ∂x ∂f
i
(x) = dfx (ei ), nous
avons LXei = ∂xi . La formule (21) devient donc
∂
p
∂
LX = ∑ Xi . (25)
i=1 ∂xi
Nous concluons cette partie sur les champs de vecteurs par une généralisation de
l’exercice E.C.130, à considérer comme un théorème de forme normale locale pour un
champ de vecteurs ne s’annulant pas en un point. Dans Rp , le champ de vecteurs constant
Xe1 ∶ x ↦ e1 , où e1 est le premier vecteur de la base canonique de Rp , est un exemple de tel
champ. Le théorème suivant dit que, localement et à difféomorphisme près, c’est le seul.
φ
x0 0
X ∣φ(W ) Xe1
dϕt (0)
= X(0) = e1 ,
dt ∣t=0
Théorème 6.15. Soient a < b dans R tels que l’intervalle [a, b] ne contienne pas de valeur
critique de f . Alors les sous-niveaux M≤a et M≤b sont Cr−1 -difféomorphes, et la sous-
variété à bord f −1 ([a, b]) est Cr−1 -difféomorphe à M=a × [0, 1]. De plus, M≤b se rétracte
par déformation forte sur M≤a , et en particulier l’inclusion de M≤a dans M≤b est une
équivalence d’homotopie.
La compacité de la partie f −1 ([a, b]) de M entre les niveaux réguliers M=a et M=b est
nécessaire. La fonction hauteur du tore vertical introduite au début du chapitre 6 permet
d’illustrer ce résultat.
226
M R
x3
t3
t2
x2
M= b b
f
M=a a
x1 t1
t0
x0
De plus, si c ∶ R → M est une courbe lisse tracée sur M , alors pour tout t ∈ R, nous avons
Démonstration. Rappelons que tout produit scalaire ⟨⟨⋅, ⋅⟩⟩ sur un espace vectoriel réel de
dimension finie E induit un isomorphisme, dit de dualité, entre E et son espace vectoriel réel
dual E ∗ , défini par u ↦ {v ↦ ⟨⟨u, v⟩⟩}. Pour tout x ∈ M , définissons le vecteur ∇g(x) ∈ Tx M
comme le dual de la forme linéaire Tx g ∈ Tx∗ M pour la restriction ⟨⋅, ⋅⟩x au sous-espace
vectoriel Tx M du produit scalaire ⟨⋅, ⋅⟩ de Rm . La formule
227
Remarquons que x ∈ M est un point critique de f si et seulement si ∇f (x) = 0. Par
partition de l’unité, puisque f −1 ([a, b]) est compact et ne contient pas de point critique,
il est élémentaire 117 de construire une fonction ρ ∶ M → R de classe Cr−1 valant ∥∇f1 ∥2 sur
f −1 ([a, b]) et 0 en dehors d’un voisinage compact dans M de f −1 ([a, b]). Considérons le
champ de vecteurs
X = ρ ∇f
sur M , qui est de classe Cr−1 , avec r −1 ≥ 1. Comme il est à support compact, il est complet
par la proposition 6.12 (8). Notons (ϕt )t∈R son flot (voir le théorème 6.11), qui est de classe
Cr−1 .
Pour tout x ∈ M , si ϕt (x) ∈ f −1 ([a, b]), par la dernière affirmation de la proposition
6.16, nous avons
x si f (x) ≤ a
(x, s) ↦ {
ϕs(a−f (x)) (x) si a ≤ f (x) ≤ b
est une application continue, telle que l’application x ↦ h(x, 0) soit l’identité de M≤b . De
plus, l’application x ↦ h(x, 1) envoie M≤b dans M≤a et pour tout s ∈ [0, 1], l’application
x ↦ h(x, s) vaut l’identité sur M≤a . Donc M≤b se rétracte par déformation forte sur M≤a .
◻
Nous étudierons dans la partie 6.6 le comportement homotopique des sous-niveaux de
part et d’autre d’un niveau critique, toujours en ayant en tête l’exemple du début du
chapitre 6. Nous commençons par définir le vocabulaire nécessaire aux énoncés.
228
la (n − 1)-ème strate, en notant que ces recollements ne sont pas forcément injectifs sur les
bords des boules. Dans le cas des CW-complexe fini, on part d’un ensemble fini discret de
points, sur lequel on recolle un nombre fini d’intervalles, sur lesquels on recolle un nombre
fini de disques, et on itère un nombre fini de fois.
c3 copies de B3
c2 copies de B2
c1 copies de B1
c0 copies de B0
c0 = 19, c1 = 29, c2 = 12, c3 = 2
de l’espace topologique recollement sur X des cellules eα par les applications gα , à valeurs
dans Y . Rappelons (voir la partie A.2.5 de l’appendice A) que l’ensemble somme disjointe
∐α∈A eα est muni de la topologie somme disjointe. La donnée d’une telle famille et d’un
tel homéomorphisme s’appelle une décomposition cellulaire de Y relative à X.
La restriction de cet homéomorphisme à X est un homéomorphisme sur son image dans
Y , car ∐α∈A ∂eα est un fermé dans ∐α∈A eα . De même, la restriction de cet homéomor-
○
phisme à toute cellule ouverte eα est un homéomorphisme sur son image dans Y , car les
applications d’attachement ne recollent que les bords ∂eα des cellules eα sur X, donc tout
○
ouvert de eα est un ouvert de l’espace topologique somme disjointe (∐α∈A eα ) ∐ X, qui est
saturé pour la relation d’équivalence définissant l’espace recollement (∐α∈A eα )∪(∐α∈A gα ) X.
○
De plus, les images dans Y des cellules ouvertes eα sont deux à deux disjointes pour α ∈ A,
et si k ≥ 1, les composantes connexes de Y privé de l’image de X est exactement la réunion
○
(disjointe) des images des cellules ouvertes eα pour α ∈ A.
○
Nous identifierons dans la suite X et eα avec leur image dans Y par cette restriction.
○
Les cellules ouvertes eα pour α ∈ A sont alors les composantes connexes de Y ∖X.
118. Il découle du théorème d’invariance du domaine 4.1 que le bord d’une variété topologique à bord de
dimension p (définie comme étant localement homéomorphe à un ouvert de Rp+ ) est bien défini. Dans les
applications ci-dessous, les cellules seront des sous-variétés au moins de classe C1 , auquel cas la notion de
bord est bien définie comme vu dans la partie 5.2.
119. Nous ne demandons pas que l’application gα soit injective.
229
Notons que si k = 0, alors Y est juste l’espace topologique somme disjointe de X et de
l’ensemble des indices A muni de la topologie discrète. En particulier, si X est localement
contractile, alors Y l’est aussi.
○
Si k ≥ 1 et si X est localement contractile, comme les cellules ouvertes eα sont contrac-
○
tiles et puisque Y privé d’un point dans chaque cellule ouverte eα pour α ∈ A se rétracte
par déformation forte sur X (via la rétraction radiale vers le bord de Bk ∖{0} sur Sk−1 ),
alors Y est aussi localement contractile.
Un CW-complexe fini 120 de dimension N est un espace topologique X, appelé l’espace
topologique sous-jacent, muni d’une famille (X (n) )0≤n≤N de sous-espaces, appelée la struc-
(n)
ture de CW-complexe sur l’espace topologique sous-jacent, telle que X = ⋃N n=1 X et telle
(−1)
que, en utilisant la convention que X = ∅, pour tout n ∈ J0, N K, le sous-espace X (n)
soit obtenu par recollement d’une nombre fini de cellules de dimension n sur X (n−1) , avec
au moins une cellule si n = N . Le sous-espace topologique X (n) est appelé le n-squelette de
cette structure de CW-complexe (avec la convention qu’il est égal à X si n > N ). Si n ≤ N ,
muni de la famille (X (k) )0≤k≤n , le n-squelette X (n) est un CW-complexe fini de dimension
n.
Remarquons que les cellules ouvertes s’envoient par un homéomorphisme sur leur image
dans X, et que, par passage à la limite des sphères S(0, r) dans Bn quand r → 1, la donnée
de la famille (X (n) )0≤n≤N détermine de manière unique les applications d’attachement du
bord des k-cellules sur le (k − 1)-squelette pour tout k ∈ J0, N K.
Les 0-cellules d’un CW-complexe fini sont aussi appelées ses sommets, et les 1-cellules
d’un CW-complexe fini sont aussi appelées ses arêtes.
Remarquons qu’un CW-complexe fini est localement contractile, car son 0-squelette
l’est et par récurrence sur ses squelettes. En particulier, un CW-complexe fini connexe est
connexe par arcs, et admet un revêtement universel (voir la partie 2.12).
Un morphisme de CW-complexes d’un CW-complexe fini X dans un CW-complexe fini
Y est une application continue de X dans Y qui, pour tout n ∈ N, envoie le n-squelette
X (n) de X dans le n-squelette Y (n) de Y . Un isomorphisme de CW-complexes d’un CW-
complexe fini X dans un CW-complexe fini Y est un morphisme de CW-complexes bijectif
dont l’inverse est un morphisme de CW-complexes.
La caractéristique d’Euler d’un CW-complexe fini X, ayant cn cellules ouvertes de
dimension n pour tout n ∈ N, est
+∞
χ(X) = ∑ (−1)n cn .
n=0
Cette somme est finie, égale à ∑N n=0 (−1) cn si X est de dimension N . Notons que cn est
n
120. La première lettre C de la terminologie vient du mot « cell ». Nous ne définirons pas dans ces notes
la notion générale de CW-complexe, voir par exemple [Pau3], qui explique la seconde lettre W, initiale de
« weak »).
230
Théorème 6.17. Si les espaces topologiques sous-jacentes à deux CW-complexes finis X
et Y ont le même type d’homotopie (et en particulier s’ils sont homéomorphes), alors
χ(X) = χ(Y ). ◻
χ(X) = χ(X ′ ) ,
ce qui ne dépend pas du choix de X ′ par le théorème précédant. Mais cette définition n’est
pas toujours optimale lorsque X n’est pas compact. On prendra bien garde que recoller une
cellule C de dimension k sur X par une application continue de ∂C dans X n’a peut-être
pas toujours l’effet escompté d’ajouter (−1)k à la caractéristique d’Euler de X.
Exemples. (1) Les CW-complexes finis de dimension 0 sont les ensembles finis discrets.
(2) Un cercle admet une infinité de structures de CW-complexe fini de dimension 1 à
isomorphisme près. Il est par exemple obtenu (à homéomorphisme près) par le recollement
d’une cellule de dimension 1 sur un singleton (pour l’unique application d’attachement
possible). Donc sa caractéristique d’Euler est 1 − 1 = 0 :
χ(S1 ) = 0 .
χ(Bn ) = 1 − n . (26)
Plus généralement, un graphe topologique (voir la partie 2.8) X fini, c’est-à-dire ayant
un nombre fini S de sommets et un nombre fini A d’arêtes, est un CW-complexe fini de
dimension au plus 1, dont les 0 cellules sont les sommets du graphe et les 1-cellules sont
les arêtes du graphe. Donc sa caractéristique d’Euler est :
χ(S) = S − A .
En particulier, un graphe topologique fini connexe, qui a le même type d’homotopie qu’un
bouquet de cercle, est un arbre si et seulement s’il est contractile, donc si et seulement si sa
caractérisique d’Euler est égale à 1. Le 1-squelette X (1) d’un CW-complexe est un graphe
topologique fini.
231
B2
∂ B2
z ↦ z2
S1
bouquet de
cercle à quatre cercles plan
quatre sommets tore bouteille projectif
χ(B4 ) = −3 de Klein réel
χ(S1 ) = 0 χ(T2 ) = 0 χ(K2 ) = 0 χ(P2 (R)) = 1
χ(T2 ) = 0 et χ(K2 ) = 0 .
En particulier, il existe des CW-complexes finis non homéomorphes (et même qui n’ont
pas le même type d’homotopie, comme le tore et la bouteille de Klein, dont les groupes
fondamentaux sont respectivement abélien et non abélien, donc non isomorphes) ayant la
même caractéristique d’Euler.
Le plan projectif réel P2 (R) = {±1}/S2 admet une structure de CW-complexe fini
de dimension 2, de 0-squelette réduit à un point x0 , de 1-squelette un cercle S1 , avec
recollement d’une unique cellule de dimension 2, le disque B2 (vu comme l’hémisphère
Nord de la sphère S2 ), par l’application d’attachement g ∶ ∂B2 = S1 → S1 définie par z ↦ z 2
(voir par exemple l’exercice E.A.121 de l’appendice A ). La caractéristique d’Euler de
P2 (R) est donc
χ(P2 (R)) = 1 .
Plus généralement, le 2-complexe de Cayley X d’une présentation finie de groupe ⟨S, R⟩
admet, par construction (voir la démonstration de la proposition 3.6), une structure de
CW-complexe fini de dimension 2 (si R est non vide), de 0-squelette réduit à un point
x0 , de 1-squelette le bouquet de ∣S∣ cercles (où ∣S∣ est le cardinal de S), avec recollement
d’une cellule de dimension 2 pour chaque élément r ∈ R, par l’application d’attachement
gr décrite dans ladite démonstration. Nous avons donc
Bn
Sn−1
Sn
x0
2 si n est pair
χ(Sn ) = 1 + (−1)n = {
0 si n est impair.
Le cas de la dimension impaire est un cas particulier d’un résultat général (voir la propo-
sition 6.20).
(6) Si P est un polyèdre compact convexe de R3 (intersection compacte d’un nombre
○
fini de demi-espaces fermés) d’intérieur P non vide, ayant S sommets, A arêtes et F faces,
○
alors la frontière ∂P = P − P de P admet une structure de CW-complexe ayant S cellules
de dimension 0, A cellules de dimension 1 et F cellules de dimension 2.
4−6+4=2 6 − 12 + 8 = 2 12 − 30 + 20 = 2
8 − 12 + 6 = 2 20 − 30 + 12 = 2
Comme ∂P est homéomorphe à la sphère S2 (par exemple par rétraction radiale sur la
sphère de rayon ϵ > 0 assez petit centrée en son barycentre), une conséquence du théorème
6.17 et du calcul précédent χ(S2 ) = 2 est la formule célèbre
S−A+F =2.
(7) Le théorème 6.17 permet de définir la caractéristique d’Euler d’un espace topolo-
gique X ayant le même type d’homotopie qu’un CW-complexe fini Y (mais par exemple
pas forcément compact) en posant
χ(X) = χ(Y ) ,
Proposition 6.18. Soient (X, (X (n) )0≤n≤N ) un CW-complexe fini connexe et x un point
base de X appartenant à X (0) . L’inclusion X (1) → X induit un morphisme de groupes sur-
jectif π1 (X (1) , x) → π1 (X, x), et l’inclusion X (2) → X induit un isomorphisme de groupes
π1 (X (2) , x) → π1 (X, x).
Théorème 6.19. Soit r ∈ N∪{∞} tel que r ≥ 4. Soient a < b dans R deux valeurs régulières
d’une fonction de Morse f ∶ M → R de classe Cr , telle que f −1 ([a, b]) soit compact et
contienne un et un seul point critique de f , d’indice noté k. Alors il existe une cellule ek
de dimension k contenue dans f −1 ([a, b[), rencontrant M=a en son bord, et telle que M≤b
se rétracte par déformation forte sur M≤a ∪ ek .
234
R M
x3
t3
t2
x2
f
M≤t1 +ϵ
M≤t1 −ϵ ♯ e1
t1 + ϵ x1
t1 x1 x1
M=t1
t1 − ϵ e1
t0
x0 x0 x0
L’absence de terme constant vient du fait que f (z) = 0. Pour tous les s > 0 et n ∈ N, notons
○
Bn (s) (respectivement B n(s)) la boule fermée (respectivement ouverte) de centre 0 et de
rayon s dans l’espace Rn muni de sa norme euclidienne usuelle.
○ ○
Par restriction, nous pouvons supposer que W = B k (δ) × B p−k (δ) où δ ∈ ]0, 1] est
assez petit pour que φ(W ) ⊂ f −1 (]a/2, b/2[). Identifions Rp avec le sous-espace des p
premières coordonnées de l’espace euclidien standard Rm contenant M . Par changements
de coordonnées de classe Cr−2 (qui fait que la sous-variété M est maintenant seulement
de classe Cr−2 , la fonction f est de classe Cr−2 et son gradient ∇f de classe Cr−3 ), nous
pouvons supposer que W ⊂ M et que φ = idW (en particulier que z = 0), de sorte que, pour
○ ○
tous les x ∈ B k (δ) et y ∈ B p−k (δ), nous avons
235
y ∈ R p −k f −1 (ϵ)
f −1 (−ϵ) f −1 (−ϵ)
H
ek
x ∈ Rk
C1
C2
f −1 (ϵ)
√ √ √ √
Notons C1 = Bk ( 2ϵ ) × Bp−k ( 3ϵ ) et C2 = Bk ( 3ϵ ) × Bp−k ( 4ϵ ), qui sont tous les
deux contenus dans W , avec C1 contenu dans l’intérieur de C2 . Notons que les « coins »
de C1√et C2 , c’est-à-dire
√ leurs couples (x, y) de points de norme maximale (par exemple
∥x∥ = 2ϵ et ∥y∥ = 3ϵ pour C1 ) appartiennent à f −1 (ϵ) = {(x, y) ∈ W ∶ −∥x∥2 + ∥y∥2 = ϵ}.
Notons que le gradient de f en (x, y) ∈ W vaut ∇f (x, y) = (−2x, 2y). En utilisant le
fait que r − 3 ≥ 1, considérons un champ de vecteurs X de classe Cr−3 sur M , qui est
● nul hors de f −1 (]a, b[) (donc le champ de vecteurs X, nul en dehors du compact
−1
f ([a, b]), est complet),
● égal à l’opposé −∇f du gradient de f sur f −1 ([−ϵ, +ϵ])∖C2 , et interpolant de manière
lisse sur f −1 ([a, b])∖(f −1 ([−ϵ, +ϵ]) ∪ C2 ),
● valant (0, −2y) sur C1 , qui est un champ de vecteur vertical, ne s’annulant que sur
C1 ∩ (Rk × {0}).
● interpolant par (x, y) ↦ 2(ρ(x, y)x, −y) sur C2 ∖C1 avec ρ ∶ W → R une fonction lisse
à valeurs dans [0, 1], valant 0 dans C1 et 1 hors de C2 .
Le temps 2ϵ du flot (ϕt )t∈R de X est un Cr−3 -difféomorphisme de M , qui envoie M≤ϵ sur
M≤−ϵ ∪H où H (appelée une anse de rang k) est contenu dans f −1 ([−ϵ, ϵ]), est homéomorphe
à Bk × Bp−k par un homéomorphisme tel que H rencontre M≤−ϵ en exactement l’image de
∂Bk × Bp−k par cet homéomorphisme . De plus, M≤−ϵ ∪ H se rétracte par déformation forte
sur M≤−ϵ ∪ ek verticalement (voir le dessin ci-dessus).
En utilisant le fait que M≤−ϵ se rétracte par déformation forte sur M≤a et que M≤b se
rétracte par déformation forte sur M≤ϵ par le théorème 6.15, le résultat en découle. ◻
Remarque. En itérant le théorème 6.19, il est possible de montrer que toute variété lisse
compacte M de dimension p, munie d’une fonction de Morse lisse f , ayant pk = pk (f ) points
critiques d’indice k pour k compris entre 0 et p (qui sont les deux indices extrémaux par la
remarque 6.3), a le même type d’homotopie qu’un CW-complexe fini de dimension p, ayant
pk cellules de dimension k, voir par exemple [Mil2, §I.3], [Hir, §6.4]. Par la définition de
la caractéristique d’Euler d’un espace topologique ayant le même type d’homotopie qu’un
236
CW-complexe fini, et par son invariance par équivalence d’homotopie, nous avons donc
p
χ(M ) = ∑ (−1)k pk .
k=0
Proposition 6.20. Si M est une variété compacte lisse (à bord vide) de dimension impaire,
alors
χ(M ) = 0 .
237
R
P+ x+
C+ B+ a+
a+ − ϵ
Sn M
ψ f
C− a− + ϵ
P− B− a−
x−
̃ 0 si x = 0
h∶x↦{
∥x∥ h( ∥x∥
x
) sinon.
(x0 , . . . , xm ) ↦ x0 ;
(3) pour tous les a0 , . . . , am ∈ R tels que a0 < a1 < ⋅ ⋅ ⋅ < am , l’application f ∶ Pm (R) → R
définie en coordonnées homogènes par
a0 x20 + ⋅ ⋅ ⋅ + am x2m
[x0 ∶ . . . ∶ xm ] ↦ .
x20 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2m
Montrer que si a et b sont suffisamment grands, alors la fonction Fa,b est une fonction de
Morse. Trouver alors ses points critiques et leurs indices (en fonction des mêmes données
pour f et g).
238
Exercice E.80. Soit n ∈ N∖{0, 1}.
(1) Montrer qu’il existe un champ de vecteurs lisse ne s’annulant pas sur le tore de révo-
lution T2 = {((2 + cos φ) cos θ, (2 + cos φ) sin θ, sin φ) ∶ θ, φ ∈ R} dans R3 . Le but de cet
exercice est d’étudier le comportement local des champs de vecteurs au voisinage de
leurs zéros isolés.
(2) Soient U un ouvert de l’espace euclidien usuel Rn et X un champ de vecteurs lisse sur
U . Soit x un zéro isolé de X. Définissons l’indice de X en x
X(x + ϵv)
Ind(X, x) = deg (v ↦ )
∥X(x + ϵv)∥
X(x+ϵv)
comme le degré de l’application de Sn−1 → Sn−1 définie par v ↦ ∥X(x+ϵv)∥ pour ϵ > 0
suffisamment petit. Montrer que l’indice est bien défini et ne dépend pas de ϵ si ϵ est
suffisamment petit.
(3) Soient M une sous-variété lisse, Y un champ de vecteurs lisse sur M , y ∈ M un zéro isolé
de Y , et φ ∶ U → M un paramétrage local lisse par un ouvert U de Rn d’un voisinage
ouvert φ(U ) de y dans M . Définissons (voir la partie 6.3.1) le champ de vecteurs image
réciproque de Y sur U par φ comme le champ de vecteurs φ∗ Y ∶ U → Rn sur U défini
par
φ∗ Y ∶ x ↦ (Tx φ)−1 (Y (f (x))) .
Définissons l’indice de Y en y comme l’indice du champ de vecteurs φ∗ Y de U en
φ−1 (y). Montrer que cette définition ne dépend pas du choix du paramétrage local φ.
(4) Montrer que les applications suivantes de la sphère S2 dans R3 sont des champs de
vecteurs lisses sur S2 , dessiner leurs courbes intégrales, trouver leurs zéros isolés et
calculer leur indice en ces points :
239
(3) Montrer que l’application de Γ(T U ) × Γ(T U ) dans Γ(T U ) définie par (X, Y ) ↦ [X, Y ]
est bilinéaire, antisymétrique et vérifie l’identité de Jacobi
Le champ de vecteurs lisse [X, Y ] s’appelle le crochet de Lie des champs de vecteurs
lisses X et Y .
Exercice E.83.
(1) Soit G un groupe discret agissant par C∞ -difféomorphismes, librement et proprement
sur une sous-variété différentielle lisse M . Notons π ∶ M → G/M la projection canonique
sur la variété quotient G/M (voir la proposition 4.16). Un champ de vecteurs lisse X
sur M est G-invariant si g ∗ X = X pour tout g ∈ G (ou, de manière équivalente si
X(gx) = Tx g(X(x)) pour tous les g ∈ G et x ∈ M ). Montrer que tout champ de vecteurs
G-invariant lisse X sur M est l’image réciproque par π d’un champ de vecteurs lisse Y
sur la variété quotient G/M . Exprimer le flot local maximal de Y en fonction du flot
local maximal de X.
(2) Soit X un champ de vecteurs lisse sur R2 qui est Z2 -périodique c’est-à-dire tel que
X(x + k) = X(k) pour tous les x ∈ R2 et k ∈ Z2 . Montrer que X est l’image réciproque
par la projection canonique π ∶ R2 → T2 = R2 /Z2 d’un champ de vecteurs lisse Y sur le
tore T2 . Montrer que X et Y sont complets.
(3) Supposons maintenant que X soit un champ de vecteurs constant sur R2 . Donner une
condition nécessaire et suffisante pour que le flot ϕY de Y soit périodique, c’est-à-dire
tel qu’il existe n ∈ N∖{0} tel que ϕYt+n = ϕYt pour tout t ∈ R.
Exercice E.84. Soient n ∈ N∖{0}. Notons ⟨⋅, ⋅⟩ le produit scalaire et ∥⋅∥ la norme de l’espa-
ce euclidien orienté usuel Rn+1 . Soit M une hypersurface lisse compacte connexe orientée
240
de Rn+1 . Notons νM = {(x, v) ∈ M × Rn+1 ∶ v ⊥ Tx M }, qui muni de la projection canonique
(x, v) ↦ x de νM sur M est appelé le fibré normal de M . Pour tout x ∈ M , notons N (x)
l’unique élément de Sn tel que si (v1 , . . . , vn ) est une base orthonormée directe de Tx M
alors (v1 , . . . , vn , N (x)) est une base orthonormée directe de Rn+1 .
(1) Montrer que le fibré normal νM de M est une sous-variété lisse de Rn+1 × Rn+1 , et
calculer sa dimension. Montrer que l’application N ∶ M → Sn définie par x ↦ N (x) est
de classe C∞ .
(2) Pour tous les v ∈ Sn et x ∈ M , notons Xv (x) la projection orthogonale de v sur Tx M .
Montrer que Xv est un champs de vecteurs de classe C∞ sur M .
(3) Considérons la fonction fv ∶ M → R définie par x ↦ ∥x − v∥2 . Montrer que x est
un point critique de fv si et seulement si (x, v) est un point critique de l’application
e ∶ νM → Rn+1 définie par (y, w) ↦ y + w. Montrer qu’il existe un ouvert Ω de Sn
de mesure pleine tel que pour tout v ∈ Ω, la fonction fv ∶ x ∈ M ↦ ∥x − v∥2 soit une
fonction de Morse. En déduire un résultat similaire pour la fonction x ↦ ⟨x, v⟩.
(4) En déduire qu’il existe un ensemble de mesure pleine Ω′ dans Sn tel que pour tout
v ∈ Ω′ , les zéros du champ de vecteurs Xv soient isolés.
(5) Notons i ∶ Sn → Sn l’application antipodale x ↦ −x. Exprimer le degré de i○N ∶ M → Sn
en fonction de celui de N et en déduire que si n est pair, alors pour tout v ∈ Ω′ , nous
avons
1
deg N = ∑ Ind(Xv , x)
2 x∈M ∶Xv (x)=0
241
6.8 Indications pour la résolution des exercices
Correction de l’exercice E.75. (1) Un point (x, y) ∈ W est un point critique de g si
et seulement si 121 ∇f (x, y) = −(a, b). La matrice hessienne de f en un point z ∈ W est la
matrice jacobienne en z du gradient de f , par sa définition dans la formule (15) :
Hessz f = J(∇f )z .
Le point critique (x, y) est donc non dégénéré si et seulement si −(a, b) est une valeur
régulière de ∇f ∶ W → R2 . Le résultat découle alors du théorème de Sard 5.3.
(2) Notons ∥ ⋅ ∥ la norme euclidienne usuelle de R2 . L’application f est de Morse si et
seulement si pour tout point z ∈ V ′ , si ∇f (z) = 0, alors Hessz f ≠ 0. Donc f est de Morse
si et seulement si
∀ z ∈ V ′ , (det Hessz f )2 + ∥∇f (z)∥2 > 0 .
Le résultat découle du fait que cette condition sur f est ouverte pour la topologie C∞ , en
utilisant la convergence uniforme des fonctions et de ses dérivées jusqu’à l’ordre 2 sur un
voisinage compact de V .
(3) Ceci se montre comme le théorème de Whitney (voir le théorème 4.18). Par la
compacité de S, soit (Ui , φi )1≤i≤n un atlas fini de cartes lisses de S à valeurs dans R2 . Soit
(θi )1≤i≤n une partition de l’unité lisse subordonnée au recouvrement ouvert (Ui )1≤i≤n de
S, où pour tout i ∈ J1, nK, l’application θi est constante sur un voisinage ouvert Vi′ dans
Ui de l’adhérence d’un ouvert Vi relativement compact dans Ui tel que la famille (Vi )i∈N
recouvre encore S. Pour tout i ∈ J1, nK, nous notons encore θi φi ∶ M → R2 l’extension par
0 en dehors de Ui de l’application produit θi ∣Ui φi ∶ Ui → R2 . Elle est de classe C∞ . Posons
N = 3n. Montrons que l’application ψ de M dans (R2 )n × Rn = RN définie par
242
presque tout a3 , a4 ∈ [−ϵ, +ϵ], l’application g ∶ (x3 , x4 ) ↦ f1 ○ ψ2−1 (x3 , x4 ) + a3 x3 + a4 x4 est
une fonction de Morse sur ψ2 (V2′ ). Puisque ψ2 est un C∞ -diffféomorphisme sur son image,
nous en déduisons donc que f2 = g ○ ψ2 ∶ V2′ → R est aussi une fonction de Morse.
(5) Soit k ∈ J2, n − 1K. Supposons qu’il existe une application lisse fk ∶ S → R qui soit
de Morse sur un voisinage de l’adhérence de Vi dans Ui pour tout i ∈ J1, kK, comme le
montre la question (4) pour k = 2. De la même manière, il existe a2k−1 , a2k ∈ R telle que
l’application fk+1 ∶ S → R définie par x ↦ fk (x) + a2k−1 x2k−1 + a2k x2k reste de Morse sur un
voisinage de l’adhérence de Vi dans Ui pour tout i ∈ J1, kK, et soit aussi de Morse sur un
voisinage de l’adhérence de Vk+1 dans Uk+1 . Ainsi par récurrence, nous construisons une
application fn ∶ S → R qui est de Morse sur un voisinage de l’adhérence de Vi dans Ui pour
tout i ∈ J1, nK. Puisque (Vi )i∈N est un recouvrement de S, l’application fn est donc une
fonction de Morse sur S.
Donc ϕ est un flot local de X. La maximalité de ϕ (et donc le fait que ϕ = ϕX ) découle
̃ était une extension stricte de ϕ, alors de la même
de celle de ϕY par l’absurde, car si ϕ
̃t ○ ψ (y) serait un flot local de Y étendant strictement ϕY .
manière, (t, y) ↦ ψ ○ ϕ −1
Posons X (0) = p−1 (Y (0) ), qui, puisque p est un revêtement à n feuillets, est une partie
fini discrète de X de cardinal n c0 . Soit k ≥ 1. Notons X (k) = p−1 (Y (k) ). Notons (eα )α∈A la
○
famille des k-cellules de Y . Pour tout α ∈ A, notons yα ∈ Y un point fixé de l’intérieur eα de
eα , et xα,1 , . . . , xα,n ∈ X ses n préimages par le revêtement à n feuillets p. Puisque la boule
Bk est simplement connexe (car contractile), pour tout i ∈ J1, nK, l’application canonique
eα → Y (k) se relève par le théorème du relèvement 2.27 en une unique application continue
fα,i ∶ eα → X (k) envoyant yα sur xα,i , dont nous notons gα,i ∶ ∂eα → X (k−1) la restriction
au bord. Puisqu’un revêtement d’un espace simplement connexe par un espace connexe est
○
un homéomorphisme, la restriction de p à chaque fα,i (eα ) est un homéomorphisme sur son
○
image. La restriction de fα,i à eα est donc un homéomorphisme sur son image, et les images
○
fα,i (eα ) pour α ∈ A et i ∈ J1, nK sont deux à deux disjointes. Donc X (k) est obtenu par
rattachement sur X (k−1) de n ck cellules de dimension k, avec applications d’attachement
les gα,i pour α ∈ A et i ∈ J1, nK.
Donc (X, (X (k) )0≤k≤N ) est un CW-complexe, de caractéristique d’Euler
N
χ(X) = ∑ (−1)k (nck ) = n χ(Y ) .
k=0
243
Correction de l’exercice E.78. (1) L’application h de Rm dans (S1 )m définie par
est un C∞ -difféomorphisme local (qui fournit par restriction un paramétrage local au voi-
sinage de chaque point de (S1 )m ). Donc h(θ) est un point critique de f si et seulement si
θ est un point critique de f ○ h, puisque
Tθ (f ○ h) = Th(θ) f ○ Tθ h .
De plus, si h(θ) est un point critique de f , alors h(θ) est non dégénéré d’indice k pour f
si et seulement si θ est non dégénéré d’indice k pour f ○ h, puisque
Comme r > 1, nous avons dgθ = 0 si et seulement si sin θk = 0 pour tout k ∈ J1, mK. Donc θ
est un point critique de g si et seulement si θ ∈ (πZ)m .
Un autre calcul immédiat montre que si θ ∈ (πZ)m , alors
m
d2 gθ (X, Y ) = − ∑ cos θk ∏(r + cos θj )Xk Yk .
k=1 j≠k
Puisque cos θk ∈ {±1}, ceci montre que θ est un point critique non dégénéré, et son indice
est Card{k ∈ J1, mK ∶ θk ∈ 2πZ}. En particulier, g donc f est une fonction de Morse.
(2) Puisque l’application f est la restriction à la sous-variété Sm d’une forme linéaire,
elle est lisse. De plus, son application tangente en x = (x0 , . . . , xm ) ∈ Sm est l’application
Tx f ∶ Tx Sm → R définie par (X0 , X1 , . . . , Xm ) ↦ X0 . Cette forme linéaire est nulle si et
seulement si l’espace tangent à Sm en x est l’hyperplan vectoriel d’équation X0 = 0, c’est-à-
dire si et seulement si x est le pôle Nord N = (1, 0, . . . , 0) ou le pôle Sud N = (−1, 0, . . . , 0).
Au voisinage de ces pôles, les applications
√
(x1 , . . . , xm ) ↦ (± 1 − x21 − ⋅ ⋅ ⋅ − x2m , x1 , . . . , xm )
(définies sur un voisinage ouvert assez petit de 0 dans Rm ) sont des paramétrages locaux
lisses. Dans ces coordonnées locales, l’application f est donc simplement l’application
√
(x1 , . . . , xm ) ↦ ± 1 − x21 − ⋅ ⋅ ⋅ − x2m .
Sa différentielle seconde a pour matrice −Im au pôle Nord et Im au pôle Sud. Donc les
indices des points critiques sont
est un C∞ -difféomorphisme local (et un revêtement à deux feuillets). Donc comme dans la
question (1), si g ∶ Sm → R est l’application lisse définie par
alors pour tout x ∈ Sm , le point h(x) ∈ Pm (R) est un point critique de f si et seulement
si x est un point critique de g, et si h(x) est un point critique de f , alors h(x) est non
dégénéré d’indice k pour f si et seulement si x est non dégénéré d’indice k pour g. Notons
que l’application tangente en un point u d’une sous-variété M de Rm+1 de la restriction
à M d’une application lisse F ∶ Rm+1 → R est Tu (F ∣M ) = (dFu )∣Tu M . Donc pour tout
x = (x0 , . . . , xm ) ∈ Sm , l’application tangente
Tx g ∶ Tx Sm = x⊥ = {(X0 , . . . , Xm ) ∈ Rm+1 ∶ x0 X0 + ⋅ ⋅ ⋅ + xm Xm = 0} → R
de g en x est
(X0 , . . . , Xm ) ↦ 2a0 x0 X0 + ⋅ ⋅ ⋅ + 2am xm Xm .
Elle est donc nulle si et seulement si l’équation 2a0 x0 X0 + ⋅ ⋅ ⋅ + 2am xm Xm = 0 est une
équation du plan tangent en x à Sm , c’est-à-dire si et seulement s’il existe t ∈ R∗ tel que
Ces égalités impliquent que t = aj pour tous les j ∈ J1, mK tels que xj ≠ 0, et il existe
au moins un tel j. Comme les réels a0 , . . . , am sont deux à deux distincts et puisque x =
(x0 , . . . , xm ) ∈ Sm , ceci implique que les points critiques de g sont exactement les points
est un paramétrage local de Sm et l’application g lue dans ce paramétrage local est l’ap-
plication
Puisque a0 < a1 < ⋅ ⋅ ⋅ < am , la forme hessienne de cette application (qui est directement
sous forme de Morse, voir le lemme 6.1) est non dégénérée de signature (j, m − j). Donc
f est une application de Morse, admettant un point critique h(aj,− ) = h(aj,+ ) d’indice j
pour tout j ∈ J1, mK.
Comme b + g(y) > 0 et a + f (x) > 0, et puisque les formes hessiennes Hx f et Hy g sont non
dégénérées, ceci montre immédiatement que H(x,y) F est non dégénérée. De plus, si (k, k ′ )
est la signature de Hx f et (ℓ, ℓ′ ) est la signature de Hy g, alors la signature de H(x,y) F est
(k + ℓ, k ′ + ℓ′ ). Donc
IndF (x, y) = Indf (x) + Indg (y) .
Notons m et n les dimensions de M et N respectivement. Il était aussi possible d’utiliser
deux fois le lemme de Morse 6.1 pour calculer IndF (x, y). Soit ϕ ∶ U → M un paramétrage
local de M en x = ϕ(0) tel que
(F ○ (ϕ × ψ))(u, v)
= (a + f (x) − u21 − ⋅ ⋅ ⋅ − u2k + u2k+1 + ⋅ ⋅ ⋅ + u2m )(b + g(y) − v12 − ⋅ ⋅ ⋅ − vℓ2 + vℓ+1
2
+ ⋅ ⋅ ⋅ + vn2 ) .
Comme b + g(y) > 0 et a + f (x) > 0, ceci remontre par un calcul par bloc que la signature
de la forme hessienne de F en (x, y) est (k + ℓ, m + n − k − ℓ).
246
est non nul, car sin θ et cos θ ne sont pas simultanément nuls. Il appartient (par la définition
même des vecteurs tangents) à l’espace tangent Tc(0) T2 de T2 en c(0), et donc le couple
(c(0), ċ(0)) appartient à la sous-variété tangente T T2 ⊂ R3 × R3 de T2 . De plus, le vecteur
tangent ċ(0) ne dépend pas du choix de (θ, φ) ∈ R2 modulo Z2 comme le montre sa formule.
Nous savons (voir l’exercice E.54 (2)) que l’application de R2 dans le tore de révolution T2
définie par
(θ, φ) ↦ ((2 + cos φ) cos θ, (2 + cos φ) sin θ, sin φ)
est un C∞ -difféomorphisme local et un revêtement, qui induit par passage au quotient un
C∞ -difféomorphisme ϕ ∶ R2 /Z2 → T2 de la variété quotient R2 /Z2 dans T2 . L’application
lisse de R2 dans R3 définie par (θ, φ) ↦ (cθ,φ (0), ċθ,φ (0)) passe donc au quotient en une
application lisse ψ ∶ R2 /Z2 → T T2 . Par conséquent, l’application ψ ○ ϕ−1 ∶ T2 → T T2 est un
champ de vecteurs lisse sur T2 qui ne s’annule pas.
(2) Comme x est un zéro isolé du champ de vecteurs X et puisque tout vecteur v ∈ Sn−1
est unitaire, il existe ϵ0 > 0 tel que le point x + ϵv n’est pas un zéro de X si ϵ ∈ ]0, ϵ0 [ .
X(x+ϵv)
De plus, l’application fϵ ∶ v ↦ ∥X(x+ϵv)∥ est lisse, et définie de la sous-variété orientée Sn−1
dans elle-même, donc son degré est bien défini.
Si ϵ, ϵ′ ∈ ]0, ϵ0 [ , alors l’application (t, v) ↦ ftϵ+(1−t)ϵ′ (v) de [0, 1] × Sn−1 dans Sn−1 est
une C∞ -homotopie entre fϵ et fϵ′ . Par l’invariance du degré (voir le théorème 5.14), l’indice
de X en x ne dépend pas de ϵ ∈ ]0, ϵ0 [ .
(3) Par la propriété de contravariance de l’image réciproque des champs de vecteurs
(voir la partie 6.3.1), il suffit de montrer que si f ∶ U ′ → U est un C∞ -difféomorphisme
entre deux ouverts U ′ et U de Rn , si X est un champ de vecteurs lisses sur U ayant un
zéro isolé en x ∈ U , alors
Ind(f ∗ X, f −1 (x)) = Ind(X, x) .
Notons X ′ = f ∗ X ∶ y ↦ (dfy )−1 (X(f (y))) et x′ = f −1 (x). Remarquons tout d’abord que x′
est un zéro isolé de X ′ . [...]
(4) Rappelons que pour tout v ∈ S2 , l’espace tangent à S2 en v = (x, y, z) est l’hyperplan
vectoriel
v ⊥ = {(A, B, C) ∈ R3 ∶ xA + yB + zC = 0}
orthogonal à v. Un petit calcul immédiat montre alors que les applications X, Y et Z sont
des champs de vecteurs sur S2 . Elles sont lisses comme restriction à S2 d’applications lisses
de R3 dans R3 . Un petit calcul immédiat montre que les zéros de X et Y sont les pôles
Nord N = (0, 0, 1) et Sud S = (0, 0, −1), et que le pôle Nord N = (0, 0, 1) est le seul zéro du
champ de vecteurs Z. En particulier, les zéros de X, Y et Z sont isolés.
Les courbes intégrales de X sont les applications lisses t ↦ (x(t), y(t), z(t)) définies
sur un intervalle de R telles que (ẋ(t), ẏ(t), ż(t)) = (−y(t), x(t), 0) et passant par un
point de S2 . En particulier, l’application z est constante, valant z0 . En posant w(t) =
x(t) + iy(t), nous avons une équation différentielle ẇ = iw, dont les solutions maximales
sont les applications définies sur R par t ↦ eit w0 pour w0 = x0 + iy0 ∈ C. Les courbes
intégrales maximales de X sont donc les applications définies sur R par
247
N N N
S S
courbes intégrales de X courbes intégrales de Y courbes intégrales de Z
De même les courbes intégrales maximales de Y sont les solutions maximales du système
différentiel du premier ordre (ẋ(t), ẏ(t), ż(t)) = (x(t)y(t), y(t)z(t), z(t)2 − 1) passant par
un point de S2 . L’équation différentielle ż = z 2 − 1 est une équation de Ricatti. Sa solution
maximale valant z0 ∈ [−1, 1] au temps t = 0 est, par unicité, la solution constante définie
sur R par z = z0 si z0 ∈ {±1} et la solution définie sur R par t ↦ tanh(−t + artanh z0 ) si
z0 ∈ ] − 1, 1[ . Si z0 ≠ ±1, la solution maximale de l’équation différentielle ẏ = zy valant
t
y0 au temps t = 0 est alors définie sur R par t ↦ e∫0 z(s) ds y0 = √ 2 y0
. De
1−z0 cosh(t−artanh z0 )
même, la solution maximale de l’équation différentielle ẋ = zx valant x0 au temps t = 0
est alors définie sur R par t ↦ √ 2 x0
, et nous devons avoir (x0 , y0 , z0 ) ∈ S2 .
1−z0 cosh(t−artanh z0 )
Les courbes intégrales maximales non constantes de Y restent dans l’intersection avec la
sphère S2 du plan vectoriel d’équation y0 x − x0 y = 0, et la coordonnée verticale z est alors
décroissante de −1 à 1 quand t varie de −∞ à +∞. Leurs images sont donc les demi-arcs
de cercles ouverts allant du pôle Nord au pôle Sud.
Considérons 123 la projection stéréographique de pôle Nord p ∶ S2 ∖{N } → R2 , qui est le
∞
C -difféomorphisme défini par (x, y, z) ↦ ( 1−z
x y
, 1−z ), d’inverse
2a 2b a2 + b2 − 1
(a, b) ↦ ( , , ).
1 + a2 + b2 1 + a2 + b2 1 + a2 + b2
L’application tangente de p en v = (x, y, z) est l’isomorphisme linéaire Tv p de Tv S2 dans
R2 défini par
A xC B yC
(A, B, C) ↦ ( + , + ).
1 − z (1 − z) 1 − z (1 − z)2
2
Un petit calcul montre que Tv p(Z(v)) = (1, 0) pour tout v = (x, y, z) ∈ S2 . Donc Z est le
champ de vecteurs image réciproque p∗ W du champ de vecteurs constant W = (1, 0) de
R2 . La courbe intégrale maximale de Z passant au temps t = 0 par v est par l’exercice
E.76 l’image réciproque par p de la courbe intégrale de W passant au temps t = 0 par p(v).
Or celle-ci est la courbe définie sur R par t ↦ (t + 1−z
x y
, 1−z ). Donc les courbes intégrales
maximales de Z sont les intersections avec S2 des plans passant par le pôle Nord N et
une droite parallèle à l’axe des x contenue dans le plan horizontal d’équation z = 0, et
paramétrées par
2(t + 1−z
x
) y
2( 1−z ) (t + 1−z
x 2
) + ( 1−z
y 2
) −1
t↦( , , y 2 ).
1 + (t + 1−z ) + ( 1−z ) 1 + (t + 1−z ) + ( 1−z ) 1 + (t + 1−z ) + ( 1−z
x 2 y 2 x 2 y 2 x 2
)
123. Voir aussi l’exercice E.A.117 (8) de l’appendice A.
248
Calculons maintenant les indices. Nous identifions R3 = R2 × R avec C × R par l’applica-
○
tion (x, y, z) ↦ (w = x+iy, z). L’application
√ φ− du disque ouvert unité B2 = {w ∈ C ∶ ∣w∣ < 1}
dans S2 définie par w ↦ φ− (w) = (w, − 1 − ∣w∣2 ) est un paramétrage local de la sphère
S2 au voisinage de son pôle Sud S = (0, 0, −1) = φ− (0) (voir la définition locale par graphe
des sous-variétés du théorème 4.5 (3)). Puisque la différentielle d(φ− )w ∶ C → R3 est de
la forme W ↦ (W, cw (W )) pour cw une forme linéaire réelle, et puisque −y + ix = iw
si w = x + iy, nous avons (φ− )∗ X ∶ w ↦ iw. Donc l’indice de X en S est le degré de
i(0+ϵv)
l’application v ↦ ∣i(0+ϵv)∣ = iv de S1 dans S1 . Cette application étant un difféomorphisme
préservant l’orientation du cercle, son degré est égal à 1 (voir l’exemple (3) de √la partie
5.5). La même démonstration en utilisant le paramétrage local φ+ ∶ w ↦ (w, 1 − ∣w∣2 )
montre que Ind(X, N ) = 1. Notons que
Ind(X, S) + Ind(X, N ) = 2 ,
Ind(Y, S) + Ind(Y, N ) = 2 ,
√ 2
Enfin, pour tout v = x + iy ∈ S1 , puisque 1 − 1 − ϵ2 = ϵ2 + o(ϵ2 ) quand ϵ → 0, nous avons
√ ϵ2
(φ+ )∗ Z(0 + ϵv) = (1 − 1 − ϵ2 − ϵ2 x2 ) + i(−ϵ2 xy) = − ((x2 − y 2 + o(1)) + i(2xy)) .
2
(φ )∗ Z(ϵv)
Comme v 2 = (x2 − y 2 ) + i(2xy), l’application v ↦ ∣(φ++ )∗ Z(ϵv)∣ est C∞ -homotope à l’applica-
tion v ↦ −v 2 . Comme le degré est invariant par C∞ -homotopie et multiplicatif, puisque le
degré de l’antipodie est égal à 1 et le degré de v ↦ v 2 est égal à 2, nous avons donc
Ind(Z, N ) = 2 .
Encore une fois, la somme des indices des zéros du champ de vecteurs Z à zéros isolés est
égal à la caractéristique d’Euler de la sphère S2 . 124
(5) Pour tout n ≥ 1, notons F ∶ z ↦ Re(z n ). Par convention z 0 = 1 pour tout z ∈ C.
∂(Re(x+iy)n )
Nous avons ∂x = n Re(x + iy)n−1 = n Re(x − iy)n−1 et
∂(Re(x + iy)n )
= n Re(i(x + iy)n−1 ) = −n Im(x + iy)n−1 = n Im(x − iy)n−1 .
∂y
Donc ∇F ∶ z ↦ n z n−1 . En particulier, si n = 1, alors le champ de vecteurs ∇F n’a pas
de zéro, son flot local est (t, z) ↦ z + t, et ses courbes intégrales sont les droites affines
horizontales paramétrées à vitesse constante 1.
124. Ceci s’explique par le théorème de l’indice de Poincaré-Hopf suivant. Soit M une sous-variété lisse
compacte. Soit X un champ de vecteurs lisse sur M dont les zéros sont isolés. Alors (voir par exemple
[Mil1, §6])
∑ Ind(X, x) = χ(M )
x∈M ∶X(x)=0
249
Si n ≥ 2, alors le champ de vecteurs ∇F a un zéro isolé en 0. Pour tous les ϵ > 0 et
∇F (ϵz)
z ∈ S1 , nous avons ∣∇F (ϵz)∣ = z n−1 = z 1−n . Donc (voir l’exemple (4) de la partie 5.5)
Notons G ∶ z ↦ Im(z n ). Une courbe de classe C1 dans C définie sur un intervalle I par
t ↦ z(t) est une courbe intégrale du champ de vecteurs ∇F si et seulement si ż = n z n−1 .
En particulier,
Donc les courbes intégrales de ∇F dans C× sont contenues dans les composantes connexes
des lignes de niveau de la fonction G dans C× . Celles-ci (voir la figure ci-dessus avec n = 4)
sont des sous-variétés de dimension 1, qui sont les rayons d’angles kπ n pour k ∈ J0, 2n − 1K
et des plongements propres de R. Ceux-ci sont explicitables en coordonnées polaires par
(k+1)π
les applications θ ↦ ρ(θ)eiθ définies sur tout intervalle ] kπ
n , n [ pour k ∈ J0, 2n − 1K par
la formule
c
ρ(θ) = ,
∣ sin(n θ) ∣1/n
où c > 0 est une constante. Comme le seul zéro de ∇F est 0, les images des courbes intégrales
maximales de ∇F sont exactement les composantes connexes des lignes de niveau de G.
Correction de l’exercice E.81. (1) Par les propriétés d’un flot local de X, l’application
g est définie et lisse sur un intervalle ouvert contenant 0. Donc nous avons
t2 ′′
g(t) = g(0) + tg ′ (0) + g (0) + o(t2 ) .
2
′
Or g(0) = ϕX 0 (y) = y par la condition initiale et g (t) = ds ∣s=t ϕs (y) = X(ϕt (y)) par
d X X
250
(2) Notons pour simplifier ϕ = ϕX et ψ = ψ Y . En composant les développements limités
et en tronquant au fur et à mesure afin de ne conserver que les termes d’ordre inférieur ou
égal à 2, nous avons
t2 t2
ϕt ○ ψt ○ ϕ−t ○ ψ−t (x) = x − tY (x) + dx Y (Y (x)) − tX(x − tY (x)) + dx X(X(x))
2 2
t2
+ tY (x − tY (x) − tX(x)) + dx Y (Y (x))
2
t2
+ tX(x − tX(x)) + dx X(X(x)) + O(t3 ) .
2
En refaisant un développement limité, nous obtenons
Elle est clairement de classe C∞ , donc appartient à Γ(T U ), et aussi clairement bilinéaire
et antisymétrique en (X, Y ). La différentielle de [X, Y ] est
dx [X, Y ] ∶ h ↦ d2x X(h, Y (x)) + dx X(dx Y (h)) − d2x Y (h, X(x)) − dx Y (dx X(h)) .
Pour tout Z ∈ Γ(T U ), la quantité [X, [Y, Z]](x) + [Y, [Z, X]](x) + [Z, [X, Y ]](x) est la
somme par permutation circulaire des X, Y, Z de la quantité
Correction de l’exercice E.82. (1) La partie Heis3 est un sous-espace affine de di-
mension 3 de l’espace vectoriel M3 (R), donc une sous-variété lisse de dimension 3. Pour
tout g ∈ Heis3 , l’application Lg , étant restriction à la sous-variété Heis3 d’une application
lisse (car polynomiale en les coefficients) de M3 (R) dans M3 (R), est lisse. Comme elle est
bijective d’inverse Lg−1 , c’est un C∞ -difféomorphisme de Heis3 .
⎛1 a c ⎞ ⎛1 x z ⎞
Si g = ⎜0 1 b ⎟ et h = ⎜0 1 y ⎟, alors
⎝0 0 1⎠ ⎝0 0 1⎠
⎛1 x + a z + ay + c⎞
Lg (h) = gh = ⎜0 1 y+b ⎟ .
⎝0 0 1 ⎠
(2) Puisque Heis3 est un sous-espace affine de M3 (R), son espace tangent en tout point
est le sous-espace vectoriel associé à cet espace affine. Donc pour tout g ∈ Heis3 , nous avons
251
⎛0 X Z ⎞
Tg Heis3 = { ⎜0 0 Y ⎟ ∶ X, Y, Z ∈ R} . Il est alors immédiat que (e1 , e2 , e3 ) est une base
⎝0 0 0 ⎠
de TI3 Heis3 .
Puisque les coefficients de Lg (h) sont affines en x, y, z, un calcul immédiat de dérivée
⎛1 a c ⎞
donne que pour tout g = ⎜0 1 b ⎟ ∈ Heis3 , l’application TI3 Lg ∶ TI3 Heis3 → Tg Heis3 est
⎝0 0 1⎠
⎛0 X Z ⎞ ⎛0 X Z + aY ⎞
⎜0 0 Y ⎟ ↦ ⎜0 0 Y ⎟.
⎝0 0 0 ⎠ ⎝0 0 0 ⎠
⎛0 1 0⎞ ⎛0 0 ag ⎞ ⎛0 0 1⎞
E1 ∶ g ↦ ⎜0 0 0⎟ , E2 ∶ g ↦ ⎜0 0 1 ⎟ , et E3 ∶ g ↦ ⎜0 0 0⎟ .
⎝0 0 0⎠ ⎝0 0 0 ⎠ ⎝0 0 0⎠
Ces applications sont lisses (car restrictions d’applications polynomiales en les coefficients),
et Ei (g) ∈ Tg Heis3 par construction. Donc Ei est un champ de vecteurs lisse sur Heis3 .
Remarquons en particulier que E1 et E3 sont constants, et que E2 est la restriction à
Heis3 d’une application linéaire.
⎛1 x z ⎞ ⎛1 x + t z ⎞
(3) Pour tous les t ∈ R et h = ⎜0 1 y ⎟ ∈ Heis3 , posons ϕE t
1
(h) = ⎜0 1 y ⎟.
⎝0 0 1⎠ ⎝0 0 1⎠
L’application (t, h) ↦ ϕt (h) est définie et lisse sur R × Heis3 , et vérifie ϕ0 (h) = h et
E1 E1
dt ∣t=s (ϕt (h)) = e1 = E1 (ϕs (h)) pour tout s ∈ R. Par unicité, c’est donc le flot local
d E1 E1
⎝0 0 1 ⎠
et lisse sur R × Heis3 , et vérifie ϕ0 (h) = h et dt
E2 d
∣t=s (ϕE
t (h)) = e2 + xe3 = E2 (ϕs (h)) pour
2 E2
tout s ∈ R. De nouveau par unicité, cette application est donc le flot local maximal du
champ de vecteurs E3 , qui est aussi complet.
⎛1 x z⎞
(4) Après l’identification de R avec Heis3 par l’application (x, y, z) ↦ ⎜0
3
1 y ⎟, qui
⎝0 0 1⎠
est une carte locale (en fait globale !) de Heis3 , et par le commentaire de la fin de la
correction de la question (2), nous avons dg E1 = 0, dg E3 = 0 et
⎛0 X Z ⎞ ⎛0 0 X ⎞
dg E2 ∶ ⎜0 0 Y ⎟ ↦ ⎜0 0 0 ⎟ .
⎝0 0 0 ⎠ ⎝0 0 0 ⎠
252
Par la formule (27) dans la correction de l’exercice E.81 et pour tout g ∈ Heis3 , nous
avons donc
[E1 , E2 ](g) = dg E1 (E2 (g)) − dg E2 (E1 (g)) = −E3 (g) ,
[E1 , E3 ](g) = dg E1 (E3 (g)) − dg E3 (E1 (g)) = 0 ,
[E2 , E3 ](g) = dg E2 (E3 (g)) − dg E3 (E2 (g)) = 0 .
Correction de l’exercice E.83. (1) Pour tout y ∈ G/M , soit x ∈ M tel que π(x) = y
et soit U un voisinage ouvert de x dans M , d’adhérence U compacte, tel que pour tout
g ∈ G∖{e}, nous ayons U ∩ g U = ∅. Outre le fait qu’un tel U existe, nous savons alors
(voir le théorème 2.8 et la proposition 4.16) que π(U ) est un ouvert de G/M et que la
restriction π∣U ∶ U → π(U ) est un C∞ -difféomorphisme (car un C∞ -difféomorphisme local
qui est un homéomorphisme sur son image par compacité de U ).
Puisque y ∈ π(U ) et puisque ((π∣U )−1 )∗ X est un champ de vecteurs sur π(U ), nous
pouvons alors poser
Y (y) = (((π∣U )−1 )∗ X) (y) .
Par la définition de l’image réciproque d’un champ de vecteur, cette définition ne dépend
pas du choix d’un tel voisinage U de x, et l’application Y est définie et C∞ sur l’ouvert
π(U ). Montrons qu’elle ne dépend pas non plus du choix de la préimage x de y. En effet,
toute autre préimage est de la forme gx pour un élément g ∈ G. Or π ○ g = π donc
π∣gU ○ g = π∣U , et gU est un voisinage approprié de gx. Par la propriété de contravariance
de l’image réciproque des champs de vecteurs (voir la partie 6.3.1) et par l’invariance de
X par G, nous avons donc
d(g −1 ○ ϕX
t ○ g(x)) −1 dϕt
X
ċ(s) = = TϕX
s ○g(x)
(g )( (g(x)))
dt ∣t=s dt ∣t=s
= (Tg−1 ϕX
s ○g(x)
g)−1 (X(g ○ g −1 ○ ϕX ∗
s ○ g(x))) = g X(g
−1
○ ϕs ○ g(x))
= X(g −1 ○ ϕs ○ g(x)) = X(c(s)) .
Donc c est une courbe intégrale du champ de vecteurs X passant au temps t = 0 par x.
Par la maximalité de ϕX , nous avons donc que Igx ⊂ Ix et c est égale à la restriction
−1
de l’application t ↦ ϕXt (x) à l’intervalle Igx . En remplaçant g par g , nous avons donc
(t, x) ∈ ΩX si et seulement si (t, gx) ∈ ΩX , et alors
t ○ g(x) = g ○ ϕt (x) .
ϕX X
Donc, par la maximalité du flot local maximal ϕY du champ de vecteurs Y , nous avons
Ω′ ⊂ ΩY et l’application ψ est la restriction à Ω′ de ϕY . De plus, l’inclusion Ω′ ⊂ ΩY est
en fait une égalité, sinon l’application ψ ∶ (t, x) ∈ R × M ∶ (t, π(x)) ∈ ΩY } → M définie par
(t, x) ↦ ϕYt (π(x)) contredirait, par une vérification analogue de la condition initiale et de
l’équation différentielle autonome associée au champ de vecteurs X, la maximalité du flot
local maximal ϕX de X.
(2) Comme pour tout k ∈ Z2 , la différentielle de l’application g ∶ x ↦ x + k de R2 dans
R est l’identité, donc a pour différentielle l’identité en tout point, nous avons g ∗ X = X,
2
et le champ de vecteurs X est invariant par l’action du groupe Z2 , qui agit de manière
lisse, propre et libre sur R2 par translations. La première affirmation découle donc de
la question (1). Comme T2 est compact, le champ de vecteurs Y est complet (voir la
proposition 6.12 (8)). Par la question (1), le domaine ΩX du flot local maximal de X est
égal à {(t, x) ∈ R × M ∶ (t, π(x)) ∈ ΩY }, qui vaut R × M puisque ΩY = R × G/M .
(3) Si X est le champ de vecteurs constant (donc Z2 -périodique) valant (a, b) sur R2 ,
alors le flot de X est défini sur tout R × R2 par l’application lisse
Si (a, b) = (0, 0), le champ de vecteurs Y est nul, donc son flot est périodique. Sinon,
le flot de Y est périodique si et seulement s’il existe n ∈ N∖{0} tel que pour tout (x, y)
mod Z2 ∈ T2 , nous ayons
c’est-à-dire si et seulement s’il existe n ∈ N∖{0} tel que (an, bn) = 0 mod Z2 , c’est-à-dire si
et seulement si a/b appartient à Q ∪ {∞}.
Correction de l’exercice E.85. (1) Soit ([xn ∶ yn ∶ yn ])n∈N une suite dans X qui converge
vers [x ∶ y ∶ z] ∈ P2 (C). Alors par la définition de la topologie quotient de P2 (C), il existe
254
une suite (λn )n∈N dans C× telle que x = lim λn xn , y = lim λn yn et z = lim λn zn quand
n → +∞. Donc
xd + y d − z d = lim λdn (xdn + ynd − znd ) = lim 0 = 0 .
n→+∞ n→+∞
D’où [x ∶ y ∶ z] ∈ X. En tant que fermé de l’espace métrisable compact P2 (C), la courbe de
Fermat est compacte.
Soit [x0 ∶ y0 ∶ z0 ] ∈ X, montrons que X est une sous-variété lisse de P2 (C) au voisinage
de [x0 ∶ y0 ∶ z0 ]. Si z0 ≠ 0, alors l’application de C2 dans P2 (C) définie par (x, y) ↦ [x ∶ y ∶ 1]
est un paramétrage local de P2 (C) en [x0 ∶ y0 ∶ z0 ] = [ xz00 ∶ yz00 ∶ 1], et l’image réciproque de
X par ce paramétrage local est X ′ = {(x, y) ∈ C2 ∶ xd + y d = 1}.
L’application φ ∶ C2 → C définie par (x, y) ↦ xd + y d est une application lisse (car
polynomiale). Montrons que φ est une submersion en tout point (x, y) de X ′ . Remarquons
que (x, y) ≠ 0 car 0d + 0d ≠ 1. La différentielle de φ en (x, y) est l’application de C2 dans
C définie par (Z, Z ′ ) ↦ d xd−1 Z + d y d−1 Z ′ (car la différentielle réelle d’une application
holomorphe de C dans C est la multiplication par sa dérivée complexe, et que les deux
applications x ↦ xd + y d et y ↦ xd + y d sont holomorphes de C dans C). Cette différentielle
n’est pas la forme linéaire complexe nulle, car (x, y) ≠ 0 donc (d xd−1 , d y d−1 ) ≠ (0, 0), donc
est surjective.
Par le théorème des submersions 4.5 2), le sous-espace X ′ est donc une sous-variété
lisse de C2 de dimension dimR (C2 ) − dimR C = 2. Par conséquent, X est une sous-variété
lisse de dimension 2 de P2 (C) au voisinage de [x0 ∶ y0 ∶ z0 ].
Si z0 = 0, alors x0 ≠ 0 car x0 , y0 , z0 ne sont pas simultanément nuls et xd0 + y0d = z0d .
Donc l’application de C2 dans P2 (C) définie par (x, y) ↦ [1 ∶ y ∶ z] est un paramétrage
local de P2 (C) en [x0 ∶ y0 ∶ z0 ], et l’image réciproque de X par ce paramétrage local est
X ′′ = {(x, y) ∈ C2 ∶ y d − z d = −1}. Un raisonnement similaire au précédent montre que X
est une sous-variété lisse de dimension 2 de P2 (C) au voisinage de [x0 ∶ y0 ∶ z0 ].
(2) Soit k ∈ Z/dZ. Il est immédiat que l’application fk ∶ P2 (C) → P2 (C) définie par
[x ∶ y ∶ z] ↦ [x ∶ y ∶ ze2iπk/d ] préserve X, et est bijective d’inverse f−k . Dans la carte locale
z ≠ 0, c’est l’application (x, y) ↦ (x e−2iπk/d , y e−2iπk/d ), qui est lisse. Dans la carte locale x ≠
0, c’est l’application (y, z) ↦ (y, z e2iπk/d ), qui est lisse. Donc fk est un C∞ -difféomorphisme
de X.
(3) L’application π est bien définie car si (x, y) = (0, 0) et xd + y d = z d , alors z = 0.
d
Si [x ∶ y ∶ z] ∈ X et z = 0, alors x ≠ 0 et y ≠ 0 et ( xy ) = −1, donc il existe k ∈ Z tel que
y = xeiπ(1+2k)/d . Par conséquent
F = {[1 ∶ eiπ(1+2k)/d ∶ 0] ∈ X ∶ 0 ≤ k ≤ d − 1} ,
qui est fini d’ordre d. De plus, π(F ) = {[1 ∶ eiπ(1+2k)/d ] ∈ P1 (C) ∶ 0 ≤ k ≤ d − 1} est aussi fini
d’ordre d.
Montrons que π est un C∞ -difféomorphisme local en tout point de X −F . L’application
[x ∶ y ∶ z] ↦ [y ∶ x ∶ z] étant un C∞ -difféomorphisme de P2 (C) qui préserve X, il suffit de
montrer que π ∶ X − F → P1 (C) − π(F ) est un C∞ -difféomorphisme local en tout point
[x0 ∶ y0 ∶ z0 ] ∈ X tel que z0 ≠ 0 et x0 ≠ 0. Les applications (x, y) ↦ [x ∶ y ∶ 1] et y ↦ [1 ∶ y]
sont des paramétrages locaux lisses respectivement de P2 (C) et P1 (C) au voisinage de
[x0 ∶ y0 ∶ z0 ] et [x0 ∶ y0 ] respectivement. Il suffit donc de montrer que l’application π lue
dans ces paramétrages locaux, que nous noterons f , est un C∞ -difféomorphisme local. Or
f est l’application de U = {(x, y) ∈ C2 ∶ xd + y d = 1, x ≠ 0} dans C définie par (x, y) ↦ xy .
255
L’espace tangent à U en (x0 , y0 ) ∈ U est {(X, Y ) ∈ C2 ∶ dxd−1
0 X + dy0 Y = 0}, et donc pour
d−1
1 y0 1 y0 −y0d−1 1
d(x0 ,y0 ) f (X, Y ) = Y − 2 X = (Y − d−1
Y ) = d+1 Y .
x0 x0 x0 x0 x0 x0
La différentielle d(x0 ,y0 ) f est donc surjective. Par conséquent, f est une submersion lisse
en (x0 , y0 ), et puisque les sous-variétés U et C sont toutes les deux de dimension 2, f est
un C∞ -difféomorphisme local en (x0 , y0 ).
(4) Pour tout [x ∶ y ∶ z] ∈ X − F , l’image réciproque de π([x ∶ y ∶ z]) = [x ∶ y] par
π est constituée des d éléments [x ∶ y ∶ ze2iπk/d ] pour k ∈ J0, d − 1K. Donc l’application
π∣X−F ∶ X − F → π(X − F ) est un homéomorphisme local (par la question (3)) dont toutes
les fibres sont de cardinal fini d. Par conséquent π∣X−F est un revêtement, par la proposition
2.3.
L’application de Z/dZ dans le groupe des homéomorphismes de X définie, avec les
notations de la correction de la question (2), par k ↦ fk est une action continue du groupe
fini Z/dZ sur X, qui agit simplement transitivement sur les fibres de π∣X−F . Donc π∣X−F
est un revêtement galoisien de groupe de revêtement Z/dZ.
(5) Montrons que X est connexe par arcs. Comme une sous-variété est localement
connexe par arcs, il suffit de montrer que X − F est connexe par arcs. Comme la base
P1 (C) − π(F ) du revêtement π∣X−F , qui est une sphère privée d’un nombre fini de points,
est connexe par arcs, et par la propriété des relèvements des chemins des revêtements, il
suffit de montrer que deux points [0 ∶ 1 ∶ e2iπk/d ] de la fibre de π au-dessus de [0 ∶ 1] sont
joints par un chemin. Il suffit par concaténation et par l’action du groupe de revêtement
de le faire pour les points [0 ∶ 1 ∶ 1] et [0 ∶ 1 ∶ e2iπk ].
Notons log la détermination principale du logarithme complexe sur C− ] − ∞, 0], et
remarquons que Re (e2iπt − 1) = cos(2πt) − 1 > 0 si t ∈ ]0, 1[ . Posons xt = e d log(e −1) si
1 2iπt
1 1
t ∈ ]0, 1[ , et x0 = x1 = 0. Notons que ∣ xt ∣ = ∣ xdt ∣ d = ∣ e2iπt − 1 ∣ d tend vers 0 quand t ∈ ]0, 1[
tend vers 0 ou 1. Posons yt = 1 et zt = e2iπt/d pour tout t ∈ [0, 1]. Nous avons xdt + ytd = ztd et
zt ≠ 0 pour tout t ∈ [0, 1], donc l’application de [0, 1] dans X − F définie par t ↦ [xt , yt , zt ]
est un chemin joignant [0 ∶ 1 ∶ 1] à [0 ∶ 1 ∶ e2iπk ].
Montrons que X est orientable. Il suffit de montrer que X − F est orientable, car les
orientations des espaces tangents Tu X quand u converge vers un point u′ de F fournissent
une orientation localement cohérente de Tu′ X. Comme un revêtement lisse f ∶ S → S ′
d’une surface orientable S ′ est encore orientable (l’orientation des espaces tangents de S
tels que l’isomorphisme linéaire Tx f ∶ Tx S → Tf (x) S ′ préserve l’orientation pour tout x ∈ S
est localement cohérente), comme P1 (C) − π(F ) est une sphère privée d’un nombre fini de
points, et que tout ouvert d’une variété orientable l’est encore, P1 (C)−π(F ) est orientable,
donc X − F l’est.
(6) Notons U la sphère S2 privée de d points. Nous savons que U , comme R2 privé
de d − 1 points, se rétracte par déformation forte sur un bouquet de d − 1 cercles (voir
l’exercice E.9). Donc par l’exemple (3) de la partie 6.5, et par l’invariance par équivalence
d’homotopie de la caractéristique d’Euler (voir le théorème 6.17), nous avons
χ(U ) = 1 − (d − 1) = 2 − d .
256
(7) Soit S une surface compacte connexe privée de d points qui se rétracte par défor-
mation forte sur un CW-complexe fini S ′ de dimension 1, dont le nombre de 0-cellules
et de 1-cellules est c0 et c1 respectivement. Alors S a le même type d’homotopie qu’un
CW-complexe fini obtenu par recollement sur S ′ de d cellules de dimension 2, donc ayant
c0 , c1 et c2 = d cellules de dimension 0, 1 et 2 respectivement. Donc
χ(S) = c0 − c1 + c2 = χ(S ′ ) + c2 = N + d .
(8) Puisque P1 (C) est C∞ -difféomorphe à S2 , la sphère trouée P1 (C) − π(F ) se rétracte
par déformation forte sur un graphe topologique de caractéristique d’Euler 2 − d par la
question (6). Donc par l’exercice E.77, la surface X − F se rétracte par déformation forte
sur un graphe topologique de caractéristique d’Euler d(2 − d). Donc par la question (7),
nous avons
χ(X) = d(2 − d) + d = d(3 − d) .
257
7 Topologie des surfaces
Le but de cette partie est de donner une classification à C∞ -difféomorphisme près
des surfaces compactes connexes lisses, en utilisant la théorie de Morse développée dans le
chapitre précédent. Je recommande de nouveau la consultation des vidéos de Henri Paul de
Saint-Gervais (http://analysis-situs.math.cnrs.fr/Classification-des-surfaces-
triangulees-equipees-de-fermetures-eclair.html)
https://www.youtube.com/watch?v=GK-lHk06UTQ et
https://www.youtube.com/watch?v=MZFBrG_EDI8 .
Lemme 7.1.
(1) Considérons deux variétés lisses à bord M et N de même dimension n, ainsi qu’un
C∞ -difféomorphisme f ∶ ∂M → ∂N entre leur bords. Alors il existe une, et une seule à
C∞ -difféomorphisme près, structure de variété lisse sur l’espace topologique recollement
M ∪f N de M et N le long de leur bord par f , qui induise les structures de variétés à
bord originelles sur M et N .
125. Comme expliqué avant l’énoncé du théorème 5.14, l’espace M × [0, 1] est techniquement une sous-
variété à coins. Cette régularité signifie que h est la restriction à [0, 1] × M d’une application de classe C∞
de ] − ϵ, 1 + ϵ[ ×M dans N , pour un certain ϵ > 0.
258
(2) Si deux C∞ -difféomorphismes f, g ∶ ∂M → ∂N sont C∞ -isotopes, alors les variétés
différentielles lisses M ∪f N et M ∪g N ci-dessus définies sont C∞ -difféomorphes.
(3) Si f, g ∶ ∂M → ∂N sont deux C∞ -difféomorphismes tels que f ○ g −1 ∶ ∂N → ∂N s’étende
en un C∞ -difféomorphisme de N , alors les variétés différentielles lisses M ∪f N et
M ∪g N ci-dessus définies sont C∞ -difféomorphes.
Les résultats ci-dessus sont valables si nous recollons sur une partie ouverte et fermée
du bord. Plus précisément, si ∂0 M et ∂0 N sont des réunions de composantes connexes du
bord de M et de N respectivement, et si f, g ∶ ∂0 M → ∂0 N sont des C∞ -difféomorphismes
vérifiant les propriétés demandées dans respectivement les assertions (1), (2), (3) du lemme,
alors les espaces topologiques recollements M ∪f N et M ∪g N vérifient les propriétés (1),
(2), (3) du lemme, mis à part que ce sont maintenant des variétés à bord.
Même si nous partons de deux sous-variétés à bord M et N , l’objet obtenu M ∪f N
est naturellement une variété abstraite, qu’il est alors possible de considérer comme une
sous-variété en utilisant le théorème de plongement de Whitney (voir la partie 4.6). L’idée
de la démonstration du lemme 7.1 est bien entendu de construire des cartes locales en
un point z provenant de l’identification d’un point x ∈ ∂M avec le point y = f (x) ∈ ∂N
en recollant (de manière lisse) des cartes de variétés à bord de M en x et de N en y.
Mais contrairement au cas des recollements juste continus, il est important pour obtenir le
caractère lisse de “faire diffuser” le difféomorphisme f de recollement entre les bords dans
l’intérieur de N .
M ∪f N
M N
x y
z
f
∂M ∂N
M N M′ N′
0 0
Pour éviter un processus à la main de passage du local au global, nous utilisons les outils
globaux des colliers et des voisinages tubulaires.
259
Démonstration. (1) Nous admettrons le résultat suivant (obtenu en recollant locale-
ment des voisinages de points de bord (ce n’est pas si évident que cela), voir par exemple
[Hir, Theo. 6.1]), car dans les cas où nous allons l’utiliser, les colliers sont fournis par les
constructions, voir la remarque 7.3.
∂M
ψM (∂M × [0, 1[)
Théorème 7.2. Le bord ∂M de toute variété lisse à bord M admet un collier, c’est-à-dire
un C∞ -difféomorphisme ψM ∶ ∂M × [0, 1[→ U d’image un voisinage ouvert U de ∂M dans
M tel que ψM (x, 0) = x pour tout x ∈ ∂M , qui est unique à C∞ -isotopie constante sur
∂M × {0} près. ◻
Nous identifions dans cette démonstration M et N avec leurs images dans l’espace
topologique recollement R = M ∪f N par les restrictions de la projection canonique (qui sont
des homéomorphismes sur leurs images). L’application ψ ′ ∶ (∂M × ] − 1, 1[ ) → R = M ∪f N
définie par
ψ (x, −t) si t ≤ 0
(x, t) ↦ { M
ψN (f (x), t) si t ≥ 0
est, par la définition du recollement, un homéomorphisme sur un voisinage de l’image
de ∂M dans R. En prenant des cartes locales de la variété lisse produit ∂M × ] − 1, 1[ ,
cet homéomorphisme ψ ′ permet de construire (par « transport de structure ») des cartes
locales de classe C∞ en tout point de l’image de ∂M dans R. Des cartes locales de domaines
contenus dans M ∖∂M et N ∖∂N pour les structures originelles au voisinage de tout point
de M∖∂M et N∖∂N fournissent des cartes locales de R aux points de R n’appartenant pas
à l’image de ∂M dans R. Elles sont par construction compatibles entre elles, et donnent
donc, en passant à l’atlas maximal, une structure de variété lisse cherchée sur R.
L’image de ψ ′ est ce que l’on appelle un voisinage tubulaire de l’image S de ∂M dans
R. Nous ne donnerons pas la définition générale (voir [Hir]), car elle nécessite un soin
particulier (voir la remarque 7.4 ci-dessous et l’exercice E.88 (1)). Nous nous contenterons
d’affirmer qu’ils sont uniques à C∞ -isotopie près fixant S. L’unicité de la structure de
variété sur R découle du théorème d’unicité à isotopie près des voisinages tubulaires de
sous-variétés de variétés, et nous renvoyons par exemple à [Hir, Theo. 8.1.9] pour des
explications.
(2) Fixons une C∞ -isotopie plate au bord h ∶ (∂N ×[0, 1]) → ∂N entre g○f −1 et l’identité
de ∂N . Considérons l’application ψ ′′ ∶ ψN (∂N × [0, 12 ]) → ψN (∂N × [0, 12 ]) définie sur un
collier fermé de ∂N par la formule
260
et valant l’identité sur l’image de ψN (∂N × { 12 }). Ce C∞ -difféomorphisme ψ ′′ s’étend en
un C∞ -difféomorphisme de N encore noté ψ ′′ , par l’identité en dehors du collier fermé
ψN (∂N × [0, 21 ]).
Alors l’application de la variété lisse M ∪f N dans la variété lisse M ∪g N valant l’identité
sur M et ψ ′′ sur N est un C∞ -difféomorphisme cherché.
(3) La fin de la démonstration ci-dessus donne le résultat. ◻
Remarque 7.3. Dans le cas d’une surface à bord S dans les considérations qui suivent,
le bord de S viendra avec un collier, que ce soit
● dans les exemples standards des bords des disques B2 et anneaux S1 × [0, 1] ou
{z ∈ C ∶ a ≤ ∣z∣ ≤ b} pour a, b > 0, 126
● par des constructions en enlevant des disques plongés dans S (il suffit d’enlever le
disque de rayon 1/2, et d’utiliser l’invariance par isotopie des plongements de disque, que
nous verrons dans le lemme 7.5),
● ou par des sous-niveaux réguliers de fonctions de Morse lisses sur S. 127
L’unicité de la structure différentielle des recollements le long du bord découle en dimension
2 de la dernière assertion (3) ci-dessus, par le lemme 7.6.
Remarque 7.4. Le ruban de Möbius ouvert ([0, 1]× ]0, 1[ )/ ∼ où ∼ est la relation d’équi-
valence engendrée par (0, y) ∼ (1, 1−y) pour tout y ∈ ]0, 1[ est un voisinage tubulaire de son
âme 128 , qui est le cercle C image de [0, 1] × { 12 } dans M . Mais M n’est pas homéomorphe
à S1 ×]−1, 1[ , donc il ne faut pas croire que tous les voisinages tubulaires sont des produits,
comme ceux construits dans la démonstration ci-dessus.
âme du
ruban de Möbius
Lemme 7.5. (Cerf-Palais) Soit M une sous-variété lisse connexe à bord de dimension n.
Deux plongements lisses f, g ∶ Bn → M , qui, si M est orientable, préservent ou renversent
tous les deux l’orientation, sont C∞ -isotopes.
De même, si B est une somme disjointe finie de copies de boules Bn , alors deux plon-
gements lisses préservant l’orientation de B dans une sous-variété lisse connexe orientable
de dimension n sont C∞ -isotopes.
126. Par exemple, l’application de S1 × [0, 1[ dans B2 définie par (z, t) ↦ (1 − t)z est un collier (d’image
maximale) du bord S1 du disque B2 .
127. Si M=a est un niveau régulier d’une fonction de Morse f lisse définie sur une sous-variété lisse M
(de dimension quelconque) telle que les sous-niveaux M≤t de f sont compacts pour tout t ∈ R, alors la
sous-variété à bord M≤a admet un collier, d’image égale à f −1 (]a − ϵ, a]) = M≤a − M≤a−ϵ pour tout ϵ > 0
assez petit, par le théorème 6.15.
128. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? » (A. de
Lamartine).
261
Démonstration. Nous pouvons supposer que n ≥ 1. Puisque le groupe des C∞ -difféomor-
phismes isotopes à l’identité agit transitivement sur M − ∂M (voir la proposition 5.17),
nous pouvons supposer que f (0) = g(0) = x0 .
Soit (Rn , φ) un paramétrage local C∞ de M en x0 , tel que φ(0) = x0 . Quitte à remplacer
f , pour ϵ assez petit, par le plongement x ↦ f (ϵx) de Bn , qui est C∞ -isotope à f par
(x, s) ↦ f (sx + (1 − s)ϵx), nous pouvons supposer que f (et de même g) est à valeurs dans
l’image φ(Bn ) de φ, que nous munirons de l’orientation induite de celle de Rn par transport
de structure par φ (telle que le difféomorphisme φ ∶ Rn → φ(Rn ) préserve l’orientation).
Nous pouvons supposer que les plongements f et g ou bien tous deux préservent l’orien-
tation, ou bien tout deux renversent l’orientation. Ceci découle de l’hypothèse si M est
orientable. Sinon, nous pouvons, pour ϵ > 0 assez petit, remplacer f par un plongement
isotope obtenu en suivant un lacet en x0 renversant l’orientation.
Quitte à remplacer f et g par φ−1 ○ f et φ−1 ○ g, et à précomposer φ par une application
linéaire renversant l’orientation (comme (x1 , x2 , . . . , xn ) ↦ (−x1 , x2 , . . . , xn )), nous pouvons
supposer que M = Rn et que les plongements f et g fixent 0 et préservent l’orientation.
Quitte à remplacer f par l’application linéaire df0 , qui est C∞ -isotope à f par
s−1 f (sx) si s ≠ 0
(x, s) ↦ {
df0 (x) sinon,
nous pouvons supposer que f est linéaire, et de même pour g. Comme le sous-groupe
GL+n (R) de GLn (R) formé des bijections linéaires de déterminant strictement positif est
une sous-variété lisse (en fait un ouvert) et connexe par arcs dans Mn (R), un chemin lisse
de f à g dans GL+n (R) fournit une isotopie entre f et g. ◻
262
1
graphe de id
graphe de f̃
0 1
Pour démontrer la dernière affirmation du lemme 7.6, nous utilisons tout d’abord une
∞
C -isotopie plate au bord entre f et l’identité, ou entre f et la conjugaison complexe,
dont l’existence est donnée par les deux premières assertions, pour étendre l’application f
à l’anneau {z ∈ C ∶ 21 ≤ ∣z∣ ≤ 1} (de sorte que l’extension vaille l’identité ou la conjugaison
complexe sur le cercle {z ∈ C ∶ ∣z∣ = 21 }). Puis nous étendons encore par l’identité ou la
conjugaison complexe au disque {z ∈ C ∶ ∣z∣ ≤ 21 }. ◻
Le résultat suivant est un théorème de reconnaissance des sphères lisses de dimension
2, améliorant en dimension 2 le théorème 6.21 (passant d’un homéomorphisme avec S2 à
un C∞ -difféomorphisme avec S2 ). Mais nous redisons que son extension en toute dimension
est incorrecte. Ce résultat est un premier pas vers la classification lisse des surfaces lisses
en utilisant la théorie de Morse.
Corollaire 7.7. Soit M une surface lisse compacte (à bord vide) admettant une fonction
de Morse f lisse ayant seulement deux points critiques. Alors M est C∞ -difféomorphe à la
sphère S2 .
Soit S une surface lisse à bord. Un recollement d’une anse 130 sur S est toute surface lisse
○ ○
à bord C∞ -difféomorphe au recollement A ∪f (S∖( D1 ∪ D2 )) d’un cylindre A = S1 × [0, 1]
sur la surface S privée des intérieurs de deux disques fermés D1 et D2 C∞ -plongés de
manière disjointe dans S∖∂S, par un C∞ -difféomorphisme f ∶ ∂A → (∂D1 ∪ ∂D2 ). Si S est
connexe et orientée, si le bord des variétés orientées à bord est muni de l’orientation par la
direction sortante, et si f préserve les orientations, nous dirons que le recollement d’anse
préserve l’orientation. Par ce qui précède, si S est connexe et orientée, un recollement
d’anse sur S préservant l’orientation ne dépend, à C∞ -difféomorphisme près, ni du choix
des disques D1 , D2 ni du choix du difféomorphisme f . Par ce qui précède, si S est connexe
et non orientable, un recollement d’anse ne dépend pas de ces choix, à C∞ -difféomorphisme
près.
130. Cette terminologie d’« anse » diffère de celle introduite dans la partie 6.6.
263
Définition 7.8. Si S1 et S2 sont deux surfaces lisses connexes à bord, une somme connexe
de S1 et S2 est la variété différentielle
○ ○
S1 ♯ S2 = (S1 ∖ D1 ) ∪f (S2 ∖ D2 ) ,
La structure de variété lisse sur la somme connexe S1 ♯ S2 est celle fournie par le
lemme 7.1 (1). Par le lemme 7.1 (et les commentaires qui le suivent), et par les lemmes 7.5
et 7.6, la classe de C∞ -difféomorphisme de S1 ♯ S2 ne dépend pas du choix des données de
recollement, c’est-à-dire des disques D1 et D2 ni de l’application de recollement f . Nous
parlerons donc par abus de « la » somme connexe de S1 et S2 . En utilisant le fait que l’image
d’un ouvert saturé par la projection canonique est ouvert, et en identifiant une partie de
○ ○
(S1 ∖ D1 ) ⊔ (S2 ∖ D2 ) qui s’injecte par la projection canonique avec son image dans S1 ♯ S2 ,
notons que les parties S1 ∖D1 et S2 ∖D2 de S1 ♯ S2 sont des ouverts disjoints, et que les
○ ○
restrictions à S1 ∖ D1 et à S2 ∖ D2 de la projection canonique sont des homéomorphismes
sur leur image.
Remarques. (1) Effectuer une somme connexe avec la sphère S2 ne change pas la classe
de C∞ -difféomorphisme, car le complémentaire de l’intérieur d’un disque plongé dans S2 est
un disque, et recoller un disque par son bord le long d’une composante connexe compacte
du bord d’une surface ne dépend pas, à C∞ -difféomorphisme près, du choix du recollement
par le lemme 7.1 (et les commentaires qui le suivent) et par le lemme 7.6.
(2) Effectuer un recollement d’anse sur une surface connexe revient, à C∞ -difféomor-
phisme près, à effectuer une somme connexe avec un tore ou avec une bouteille de Klein.
(3) Effectuer un recollement d’anse sur une surface S ayant deux composantes connexes
S1 et S2 , tel que les disques D1 et D2 de la définition soient contenus respectivement dans
S1 et S2 , revient, à C∞ -difféomorphisme près, à effectuer une somme connexe de S1 et S2 .
Lemme 7.9. Avec les notations de la définition 7.8, pour i ∈ {1, 2}, soit xi ∈ ∂Di , soit
○
⟨Ai ∣ Ri ⟩ une présentation du groupe fondamental π1 (Si ∖ Di , xi ), soit [γi ] un des deux
générateurs du groupe infini cyclique π1 (∂Di , xi ) ≃ Z, et soit wi un élément du groupe libre
○
L(Ai ) sur Ai représentant l’image dans π1 (Si ∖ Di , xi ) de [γi ]. Soit f ∶ ∂D1 → ∂D2 un
C∞ -difféomorphisme, tel que f (x1 ) = x2 et (quitte à remplacer [γ2 ] et w2 par leur inverse)
f∗ ([γ1 ]) = [γ2 ], où f∗ ∶ π1 (∂D1 , x1 ) → π1 (∂D2 , x2 ) est l’application induite sur le groupe
fondamental par f . Alors le groupe fondamental de la somme connexe
○ ○
S = S1 ♯ S2 = (S1 ∖ D1 ) ∪f (S2 ∖ D2 ) ,
264
U1
U2
C1 f C2
γ1 γ2
x∗
x1 x2
S1 ♯ S2
○
○ S 2 ∖ D2
S1 ∖ D1
En utilisant le fait que l’image d’un ouvert saturé par la projection canonique est ouvert,
considérons les ouverts connexes par arcs
○
● U1 = (S1 ∖ D1 ) ∪ C2 qui est connexe par arcs et se rétracte par déformation forte sur
○
S1 ∖ D1 et
○
● U2 = (S2 ∖ D2 ) ∪ C1 qui est connexe par arcs et se rétracte par déformation forte sur
○
S 2 ∖ D2 .
Nous avons S = U1 ∪ U2 . De plus, U0 = U1 ∩ U2 = C2 ∪ C1 est un anneau (en particulier
connexe par arc) qui se rétracte par déformation forte sur le cercle C2 ∩ C1 de S, image
commune de ∂D1 et ∂D2 . Le résultat découle alors du théorème de van Kampen 3.3. ◻
... ...
Σ0 = S2 Σ1 = T2 Σ2 = T2 ♯ T2 Σg = ♯g T2
...
... ...
Σ0 = S2 Σ1 = T2
Σ2 = T2 ♯ T2 Σg = ♯g T2
Si g ≥ 1, nous définissons une surface compacte connexe non orientable de genre 131 g,
∞
que nous notons Σno
g , comme toute surface lisse (à bord vide) qui est C -difféomorphe à la
131. La terminologie de « genre » dans le cas non orientable n’est pas uniformément utilisée dans la
littérature.
265
somme connexe de g copies du plan projectif réel P2 (R). Elle est connexe et non orientable
(car elle contient un ruban de Möbius, puisque g ≥ 1).
2 = P2 (R) ♯ P2 (R) = K2
Σno
1 = P2 (R)
Σno g = ♯g P2 (R)
Σno
Exercice E.86. Montrer qu’une somme connexe P2 (R) ♯ P2 (R) de deux plans projectifs
réels est C∞ -difféomorphe à la bouteille de Klein K2 .
Une sphère à n trous Σ0,n est toute surface lisse à bord qui est C∞ -difféomorphe à la
sphère S2 privée des intérieurs de n disques fermés B2 = {z ∈ C ∶ ∣z∣ ≤ 1} plongés deux à
deux disjoints. Si n ≥ 1, ceci est équivalent à demander que Σ0,n soit une surface lisse à
bord qui est C∞ -difféomorphe au disque B2 privé des intérieurs de n − 1 disques plongés
D1 , D2 , . . . , Dn−1 dans B2∖∂B2 deux à deux disjoints. Par le commentaire suivant le lemme
7.5, la classe de C∞ -difféomorphisme de Σ0,n ne dépend pas de la famille de disques enlevés.
Remarquons que Σ0,0 est la sphère S2 , que Σ0,1 est C∞ -difféomorphe au disque B2 et que
Σ0,2 est C∞ -difféomorphe à l’anneau S1 × [0, 1]. Toute surface Σ0,3 est appelée un pantalon.
○ ○ ○
D1 D2 ... Dn−1
Σ0,n
pantalon Σ0,3
Nous définissons une surface compacte connexe orientable de genre g à n trous, que
nous notons Σg,n , comme étant toute surface lisse à bord qui est C∞ -difféomorphe à la
somme connexe
Σg,n = Σ0,n ♯ Σg
d’une sphère Σ0,n à n trous et d’une surface Σg compacte connexe orientable de genre g.
Remarquons que la somme connexe Σg,n ♯ Σg′ ,n′ est C∞ -difféomorphe à Σg+g′ ,n+n′ pour
tous les g, g ′ , n, n′ ∈ N.
266
D2
D1
Dn
○ ○
Σg,n = ♯g T2 ∖( D1 ∪ ⋅ ⋅ ⋅ ∪ Dn )
Si g ≥ 1, nous définissons enfin une surface compacte connexe non orientable de genre g
∞
à n trous, que nous notons Σnog,n , comme étant toute surface lisse à bord qui est C -difféo-
morphe à la somme connexe
g,n = Σ0,n ♯ Σg
Σno no
d’une sphère Σ0,n à n trous et d’une surface Σno g compacte connexe non orientable de
∞
genre g. Remarquons que Σno g,n ♯ Σ no
g ,n
′ ′ est C -difféomorphe à Σno
g+g ′ ,n+n′ pour tous les
′ ′ ′
g, g , n, n ∈ N tels que g, g ≥ 1.
D2
D1
Dn
Exercice E.87. Montrer que pour tous les g, g ′ , n, n′ ∈ N tels que g ≥ 1, la somme connexe
∞
g,n ♯ Σg ′ ,n′ est C -difféomorphe à Σg+2g ′ ,n+n′ .
Σno no
Le résultat suivant donne le calcul des groupes fondamentaux (pour des points bases
x∗ indifférents) de ces surfaces connexes. Rappelons que si a et b sont deux éléments d’un
groupe G, alors leur commutateur est l’élément [a, b] = aba−1 b−1 du groupe G.
Si g ≥ 1, le groupe fondamental d’une surface Σno g,n compacte connexe non orientable de
genre g à n trous admet la présentation de groupe suivante à g+n générateurs et 1 relation :
g,n , x∗ ) ≃ ⟨a1 , a2 , . . . , ag , x1 , . . . , xn ∣ a1 a2 . . . ag x1 x2 . . . xn = 1⟩ .
π1 (Σno 2 2 2
′
g,n et Σg ′ ,n′ si g, g ≥ 1,
(2) De plus, les surfaces Σg,n et Σg′ ,n′ , ainsi que les surfaces Σno no
∞
sont C -difféomorphes si et seulement si elles sont homéomorphes, et si et seulement si
(g, n) = (g ′ , n′ ).
En particulier,
π1 (Σno
g , x∗ ) ≃ ⟨a1 , a2 , . . . , ag ∣ a1 a2 . . . ag = 1⟩ ,
2 2 2
267
et si n ≥ 1, alors π1 (Σg,n , x∗ ) est un groupe libre à 2g +n−1 générateurs (la relation exprime
le générateur xn comme un mot en les autres générateurs, donc le groupe π1 (Σg,n , x∗ ) est
isomorphe au groupe libre de partie génératrice libre {a1 , b1 , a2 , b2 , . . . , ag , bg , x1 , . . . , xn−1 })
et le groupe π1 (Σnog,n , x∗ ) est un groupe libre à g + n − 1 générateurs.
Il est en fait possible de montrer que si n ≥ 1, alors Σg,n admet le même type d’homo-
topie qu’un bouquet de 2g + n − 1 cercles, et que si g, n ≥ 1, alors Σno g,n admet le même type
d’homotopie qu’un bouquet de g + n − 1 cercles.
Démonstration. (1) La démonstration procède par récurrence sur le genre g, avec g ≥ 0
dans le cas orientable et g ≥ 1 sinon. Plus précisément, nous montrons par récurrence sur
g les deux formules centrées dans l’énoncé de la proposition 7.10, avec le fait que si n ≥ 1,
et si le point base x∗ est un point de la n-ème composante connexe du bord de Σg,n ou de
g,n , alors l’élément xn dans les présentations ci-dessus des groupes libres π1 (Σg,n , x∗ ) et
Σno
π1 (Σnog,n , x∗ ) peut être choisi comme la classe d’homotopie d’un lacet en x∗ qui engendre
le groupe fondamental de la n-ème composante connexe du bord de Σg,n ou de Σno g,n .
x∗
γn
... Σ0,n
γn −1 γ2 γ1
268
γ
α
x∗
○
● la classe d’homotopie du bord [γ] du tore troué Σ1,1 = R2 /Z2 ∖ B (0, 21 ), qui se rétracte
par déformation forte sur un bouquet de deux cercles, dont le groupe fondamental est un
groupe libre sur S = {a, b} où a et b représentent des générateurs des groupes fondamentaux
des deux cercles pointés, est égale (quitte à passer à son inverse) à [a, b] = aba−1 b−1 ,
ce qui montre que, pour tout point base x∗ sur le bord de Σ1,1 , le groupe fondamental
π1 (Σ1,1 , x∗ ) admet comme présentation ⟨a1 , b1 , x1 ∣ [a1 , b1 ] = x−1
1 ⟩ avec x1 représentant un
élément générateur du groupe fondamental du bord.
a a
x∗
γ
Les deux formules centrées dans l’énoncé de la proposition 7.10 découlent alors par
récurrence du lemme 7.9, sachant que
g−1,n ♯ P2 (R) si g ≥ 2
Σno
Σg,n = Σg−1,n ♯ T2 g,n = {
et Σno
Σ0,n ♯ P2 (R) si g = 1 .
269
car la relation de la présentation donnée par l’assertion (1) de π1 (Σg,n , x∗ ) avec n = 0
devient triviale dans l’abélianisé. Cet abélianisé devient, par la réduction modulo 2 des Z-
modules, un espace vectoriel de dimension 2g sur Z/2Z. Si n ≥ 1, l’abélianisé de π1 (Σg,n , x∗ )
est isomorphe au groupe abélien libre Z2g+n−1 de rang 2g + n − 1 : il admet comme présen-
tation
(puisque la relation de π1 (Σno g,n , x∗ ) exprime xn comme un mot en les autres générateurs
a1 , . . . , ag , x1 , . . . , xn−1 , et donc enlever cette relation ainsi que le générateur xn ne change
pas la classe d’isomorphisme du groupe). Cet abélianisé devient, par la réduction modulo
2 des Z-modules, un espace vectoriel de dimension g + n − 1 sur le corps Z/2Z.
Comme n est le nombre de composantes connexes du bord, et comme le bord est
préservé par tout homéomorphisme de variété topologique à bord, si Σg,n et Σg′ ,n′ (respec-
′ ′
tivement Σno g,n et Σg ′ ,n′ si g, g ≥ 1) sont homéomorphes, alors n = n .
no
270
forte sur le bouquet de 2g + n − 1 (respectivement g + n − 1) cercles, le résultat découle de
la formule (26) dans l’exemple (3) de CW-complexe dans la partie 6.5).
Les espaces Σg (respectivement Σno g si g ≥ 1) sont obtenus par recollement d’une 2-
cellule sur Σg,1 (respectivement Σg,1 si g ≥ 1). Donc
no
χ(Σg ) = χ(Σg,1 ) + 1 = 2 − 2g − 1 + 1 = 2 − 2g
g ) = χ(Σg,1 ) + 1 = 2 − g − 1 + 1 = 2 − g).
(respectivement χ(Σno ◻
no
χ(Σ0,n ) = n − (2n − 1) + 1 = 2 − n .
271
b1−1
a2 a1−1 a2 a1
b2
a2−1 b1
a2
a1
b2−1 a1
Σg bg−1
Σno
g
ag
ag−1
bg
ag
ag
numérotés cycliquement
a1 , a1 , a2 , a2 , . . . , a g , a g )
comme sur la figure de droite ci-dessus. Elle admet donc une structure de CW-complexe
2 = g arêtes et une seule cellule de dimension 2, ce qui permet de
ayant un seul sommet, 2g
retrouver que
χ(Σnog )=1−g+1=2−g .
Théorème 7.12. Une surface à bord S, lisse, compacte et connexe, est C∞ -difféomorphe
à Σg,n pour un unique couple (g, n) ∈ N2 si elle est orientable, et à Σno
g,n pour un unique
couple (g, n) ∈ (N∖{0}) × N sinon.
L’unicité découle de la proposition 7.10 (2). Donc le théorème 7.12 est un théorème de
classification complet, à C∞ -difféomorphisme près, des surfaces compactes connexes.
Démonstration. En recollant de manière lisse un disque sur chaque composante connexe
de bord (de manière indifférente par les lemmes 7.1 et 7.6), en appliquant le théorème de
classification lisse pour les surfaces compactes connexes à bord vide, puis en refaisant le
même nombre de trous 133 (de manière indifférente par le lemme de Cerf-Palais 7.5 et les
lemmes 7.1 et 7.6), nous pouvons supposer que le bord de S est vide.
Par le théorème de plongement de Whitney 4.18, nous supposons qu’il existe un entier
m ∈ N tel que S soit une sous-variété lisse de Rm . Par le corollaire 6.10, soit f ∶ S → R une
fonction de Morse, ayant (par compacité de S) un nombre fini de points critiques, avec un
seul point critique par niveau critique. Rappelons (voir la remarque 6.3) que par le lemme
de Morse, les points critiques d’indice 0 de f sont les minima locaux de f et les points
critiques d’indice 2 de f sont les maxima locaux de f .
Puisque S est compacte, le gradient ∇f de f (défini par le produit scalaire de Rm , voir
la démonstration du théorème 6.15) est un champs de vecteurs complet sur M . Les courbes
intégrables non réduites à un point de ∇f , le long desquelles la fonction f est strictement
croissante, sont définies sur R par complétude et convergent toutes en +∞ et en −∞ vers
un point critique. En effet, toute valeur d’adhérence en ±∞ (qui existe par compacité) doit
être un point critique par le comportement du flot au voisinage d’un point régulier, voir
le théorème 6.14. De plus, l’ensemble A− des valeurs d’adhérence en −∞ et celui A+ en
−∞ sont connexes, par la connexité de [0, +∞[ (et le théorème de l’arbre et de l’écorce).
Or les points critiques sont isolés, donc A± est une partie discrète non vide connexe, par
conséquent réduite à un et un seul point. En conclusion, les courbes intégrables convergent
en +∞ vers un point critique de S d’indice 1 ou 2 (car il ne peut pas être un minimum
local) et en −∞ vers un point critique de S d’indice 0 ou 1 (car il ne peut pas être un
maximum local).
133. Le poinçonneur des Lilas, Serge Gainsbourg https ://www.youtube.com/watch ?v=eWkWCFzkOvU :
« des petits trous, des petits trous, encore des petits trous ».
273
T2 R
maximum local x3
t3
t2
x2
f
x1 t1
minimum local
t0
x0
Lemme 7.14. Soit S une surface lisse compacte connexe, f ∶ S → R une fonction de Morse
lisse, a une valeur régulière de f telle que f −1 (a) ≠ ∅ et le sous-niveau S≤a = f −1 ( ] − ∞, a])
ne contiennent qu’un seul point selle z. Alors la composante connexe M de S≤a contenant
z est une sous-surface à bord de S qui est C∞ -difféomorphe
● ou bien à un anneau Σ0,2 ayant ses deux composantes connexes dans f −1 (a), conte-
nant un seul minimum local,
● ou bien à un disque Σ0,1 , dont le bord est contenu dans f −1 (a), ayant deux minima
locaux
−1
● ou bien à un plan projectif réel troué Σno 1,1 , dont le bord est contenu dans f (a),
contenant un seul minimum local.
f −1 (a)
f −1 (a) f −1 (a)
z
z z
275
recollant de manière lisse sur le sur-niveau f −1 ([a, +∞[ ) (qui est une sous-surface com-
pacte lisse à bord), dont le bord est le niveau S=a , un disque (le long de son bord) sur
chaque composante connexe de S=a . Il est de plus possible d’étendre, en une fonction de
Morse lisse f ′ sur la surface S ′ , la restriction f ∣f −1 ([a,+∞[ ) , que sorte que l’extension ait
exactement un minimum local (et pas d’autres points critiques) dans chacun des disques
rajoutés. Alors S ′ est une surface compacte (à bord vide) munie d’une fonction de Morse
f ′ ayant un point selle de moins que f . Par récurrence, chaque composante connexe de S ′
est donc une des surfaces modèles de la partie 7.2. De plus, S ′ est connexe, sauf si M est
un anneau dont les deux composantes de bord appartiennent à deux composantes connexes
disjointes du sur-niveau f −1 ([a, +∞[ ).
S=a = f −1 (a)
−1
S≤′ a = f ′ ( ] − ∞, a])
Le lemme 7.14 découle alors de cette affirmation, comme suit. Chaque composante
connexe de M ∩ f −1 ( ] − ∞, −ϵ]) est un disque par le lemme 7.13. Comme f −1 (+ϵ) est
une sous-variété compacte de dimension 1 (à bord vide), donc une union finie disjointe de
276
cercles, le sous-espace f −1 ([+ϵ, a]) est, par le théorème 6.15, une union finie disjointe de
cylindres. Par la trichotomie ci-dessus, la composante M ′ possède au moins une composante
connexe de bord contenue dans le niveau f −1 (+ϵ), et une dans f −1 (−ϵ). Si M ′ est un
pantalon ayant deux (respectivement une) composantes de bord dans le niveau f −1 (+ϵ),
alors M est un anneau comme dans la première conclusion du lemme (respectivement un
disque comme dans la deuxième conclusion du lemme). Enfin, si M ′ est un plan projectif
réel à deux trous, alors M est un plan projectif réel à un trou comme dans la troisième
conclusion du lemme.
Par le lemme de Morse, prenons un paramétrage local (W, φ) de S en z tel que φ(0) = z
et
f ○ φ(x, y) = − x2 + y 2
si (x, y) est assez proche de 0 dans W . Comme le niveau critique f −1 (0) privé de z est
une sous-variété de dimension 1, et par leur théorème de classification 5.7, M ′ ∩ f −1 (0)
est homéomorphe au symbole 8 (ou au symbole ∞, bref à un bouquet de 2 cercles !). En
suivant les niveaux réguliers quitte à réduire ϵ, nous obtenons par connexité que M ′ est
C∞ -difféomorphe à un recollement des côtés pairs (contenus dans des courbes intégrales du
gradient de f ) d’un octogone, dont les côtés impairs, après recollement de leurs extrémités,
correspondent aux deux sous-variétés f −1 (+ϵ) et f −1 (−ϵ).
II I
f −1 (+ϵ)
f −1 (−ϵ)
f −1 (−ϵ)
z
f −1 (0)
f −1 (+ϵ)
III IV
Numérotons cycliquement par I, II, III, IV (dans le sens trigonométrique) les côtés pairs
à recoller de l’octogone, comme sur la figure ci-dessus. Ils sont orientés par la direction du
gradient de f , et les recollements doivent préserver l’orientation de ces segments.
Si les côtés I et IV sont recollés, alors les côtés III et II le sont, et M ′ est un pantalon,
ayant deux composantes connexes dans le niveau f −1 (−ϵ) et une dans le niveau f −1 (+ϵ).
Voir le dessin de gauche ci-dessous.
Si les côtés I et II sont recollés, alors les côtés III et IV le sont, et M ′ est un pantalon,
ayant une composante connexe dans le niveau f −1 (−ϵ) et deux dans le niveau f −1 (+ϵ).
Voir le dessin de droite ci-dessous.
f −1 (+ϵ) f −1 (+ϵ)
II=III I=IV z f −1 (0)
f −1
(0)
z I=II III=IV
f −1
(−ϵ) f −1 (−ϵ)
277
Enfin, si les côtés I et III sont recollés, alors les côtés II et IV le sont, et puisque les
recollements préservent les niveaux, la sous-variété M ′ n’est pas orientable, elle a deux
composantes connexes de bord, une dans le niveau f −1 (−ϵ) et une dans le niveau f −1 (+ϵ).
II=IV f −1 (+ϵ)
I=III
f −1 (−ϵ)
De plus, M ′ est un ruban de Möbius à un trou, donc un plan projectif réel à deux trous.
Ceci termine la démonstration du lemme 7.14, donc du théorème de classification 7.12. ◻◻
278
b) Montrer que si c est séparante, il existe deux surfaces compactes connexes orien-
tables à bord Σ− et Σ+ , chacune à bord non vide connexe, et un C∞ -difféomorphisme
f ∶ ∂Σ+ → ∂Σ− tels que Σg soit C∞ -difféomorphe à la surface recollement Σ+ ∪f Σ−
par un C∞ -difféomorphisme envoyant c sur l’image de ∂Σ± dans Σ+ ∪f Σ− . La réunion
disjointe Σc = Σ+ ∐ Σ− est appelée la surface Σg découpée le long de c.
Montrer que si c est non séparante, il existe une surface compacte connexe orien-
table à bord Σc dont le bord a exactement deux composantes connexes C+ et C− et
un C∞ -difféomorphisme f ∶ C+ → C− , renversant l’orientation par la direction sor-
tante, 135 tels que Σg soit C∞ -difféomorphe à la surface quotient 136 Σc /R par la re-
lation d’équivalence R engendrée par l’identification de x ∈ C+ et f (x) ∈ C− , par
un C∞ -difféomorphisme envoyant c sur l’image de C± dans Σc /R. La surface Σc est
appelée la surface Σg découpée le long de c.
(2) Montrer qu’une courbe fermée simple non essentielle c dans Σg est le bord d’un plon-
gement d’un disque B2 dans Σg . En déduire le théorème de Jordan lisse, disant que si
c ∶ S1 → R2 est une courbe fermée simple (au sens ci-dessus), alors R2 ∖c admet deux
composantes connexes, l’une bornée et dont l’adhérence est une sous-variété à bord
C∞ -difféomorphe au disque fermé B2 , l’autre non bornée et dont l’adhérence est une
sous-variété à bord C∞ -difféomorphe à B2 ∖{0}.
(3) Montrer qu’il n’existe pas de courbe fermée simple essentielle sur la sphère Σ0 = S2 .
(4) Si g = 1, montrer qu’aucune courbe fermée simple séparante de Σg n’est essentielle.
(5) Notons Cg l’ensemble des classes d’équivalence [c] de courbes fermées simples c sur la
surface Σg modulo C∞ -isotopie 137 lisse et reparamétrage. Notons Diff(Σg ) le groupe
des C∞ -difféomorphismes de Σg , qui agit sur Cg par l’application (ϕ, [c]) ↦ [ϕ ○ c].
Montrer que le nombre d’orbites de cette action est fini, et calculer le cardinal
135. Par la connexité de Σ+ , ceci ne dépend pas du choix d’une des deux orientations de Σ+
136. La structure lisse de ce quotient est construite de la même manière que dans le lemme 7.1 en recollant
des colliers de C+ et C− dans Σc .
137. Voir la définition de deux plongements C∞ -isotopes dans le début de la partie 7.1.
279
Exercice E.89. (Décomposition en pantalons) Soient g, g ′ , b, b′ ∈ N, notons Σg,b
une surface lisse compacte connexe orientable de genre g avec b composantes de bord.
Rappelons que si g = 0 et b = 3, une telle surface est appelée un pantalon. Une décomposition
en pantalons de Σg,b est un ensemble fini {c1 , . . . , ck } de courbes fermées simples dans la
surface Σg,b∖ ∂Σg,b deux à deux disjointes tel que chaque composante connexe de la surface
Σg,b ∖(∂Σg,b ∪ c1 ∪ ⋅ ⋅ ⋅ ∪ ck ) soit un pantalon privé de son bord.
(1) Soient D une composante connexe du bord de Σg,b et D′ une composante connexe du
bord de Σg′ ,b′ . Soient f ∶ D → D′ un C∞ -difféomorphisme et S = Σg,b ∪f Σg′ ,b′ la surface
lisse 138 à bord recollement de Σg,b et Σg′ ,b′ par f . Calculer χ(S) en fonction de χ(Σg,b )
et χ(Σg′ ,b′ ).
(2) Soient D et D′ deux composantes de bord distinctes de Σg,b . Soient f ∶ D → D′ un
difféomorphisme et S = Σg,b /R la surface lisse à bord recollement de Σg,b par f , où R
est la relation d’équivalence engendrée par x ∼ f (x) pour tout x ∈ D. Calculer χ(S)
en fonction de χ(Σg,b ).
(3) Montrer que la surface Σg,b admet une décomposition en pantalons si et seulement si
χ(Σg,b ) < 0.
(4) Soit {c1 , . . . , ck } une décomposition en pantalons de Σg,b . Montrer que le nombre de
composantes connexes de Σg,b ∖(c1 ∪ ⋅ ⋅ ⋅ ∪ ck ) est égal à 2g − 2 + b et que le nombre de
courbes fermées simples définissant une décomposition en pantalons est égal à
k = 3g − 3 + b .
280
y
2
y M1
3
2
1 1
1 1
2
M1 2 M1
0 M1 x 0 x
− 21
−1
P4
P4 P3
P1
M1
P2 P1
M2 P2
P3
281
Correction de l’exercice E.87. Par les propriétés d’associativité et de commutativité
à C∞ -difféomorphisme près des sommes connexes, et par récurrence, il suffit de montrer
∞
que la somme connexe Σno 1,0 ♯ Σ1,0 = P2 (R) ♯ T est C -difféomorphe à la somme connexe
2
Un tore troué
○
Σ1,1 = T2 ∖ D
Le résultat découle alors des dessins suivant, qui expliquent qu’en faisant glisser une
anse le long d’un ruban de Möbius, on passe par C∞ -isotopie de la somme connexe T2 ♯ M2
d’un tore et d’un ruban de Möbius à la somme connexe K2 ♯ M2 d’une bouteille de Klein
et d’un ruban de Möbius.
139. Il est extrait, comme le suivant, du très joli livre de J. Weeks, “The shape of space”, 2nd ed.,
Mono. Text. Pure Appl. Math. 249, Dekker, 2002.
282
T2 ♯ M2 K2 ♯ M 2
En particulier, pour tout n ∈ N∖{0}, l’élément un± est non trivial si g± ≠ 0, car ce groupe
est égal au groupe libre L(S) sur S = {a±1 , b±1 , . . . , a±g± , b±g± }, et le mot
est un mot réduit sur S, de longueur non nulle si g± > 0 et n > 0. Considérons le mor-
phisme π1 (∂Σ− , x− ) → π1 (Σ− , x− ) induit par l’inclusion de ∂Σ− dans Σ− ainsi que le mor-
phisme π1 (∂Σ− , x− ) → π1 (Σ+ , x+ ) induit par la composition de f∗ avec le morphisme
π1 (∂Σ+ , x+ ) → π1 (Σ+ , x+ ) induit par l’inclusion de ∂Σ+ dans Σ+ , qui sont tous les deux
injectifs. En particulier, la somme amalgamée
⟨a−1 , b−1 , . . . , a−g− , b−g− , a+1 , b+1 , . . . , a+g+ , b+g+ ∣ [a−1 , b−1 ] . . . [a−g− , b−g− ] = [a+1 , b+1 ] . . . [a+g+ , b+g+ ]⟩ .
Notons pour une utilisation dans la question (3) que nous avons alors g = g− + g+ , par
exemple par abélianisation, car nous savons que l’abélianisé de π1 (Σg ) est isomorphe au
groupe Z2g (et par unicité du rang d’un groupe abélien libre de type fini).
La puissance n-ème de la classe d’homotopie du lacet c (ou son inverse) est égale à
([a−1 , b−1 ] . . . [a−g− , b−g− ])n dans cette présentation, qui n’est pas triviale si g− , g+ et n sont
284
non nuls, car c’est un élément réduit non trivial dans la forme normale des éléments dans
le produit amalgamé π1 (Σ− , x− ) ∗π1 (∂Σ− ,x− ) π1 (Σ+ , x+ ), voir la partie 3.1.2.
La démonstration dans le cas non séparant est similaire.
Notons que la réciproque de la question (2) est vraie : si Σc admet une composante
connexe qui est un disque Σ0,1 = B2 , alors c est non essentielle (car homotope au lacet
constant puisque B2 est contractile).
(3) Comme la sphère S2 est simplement connexe, il n’existe pas d’application injective
de π1 (S1 , ∗) ≃ Z dans π1 (S2 , ∗) = {0}.
(4) Comme vu dans la question (2), si la surface Σg− ,1 ∐ Σg+ ,1 est le tore Σ1,0 découpé le
long d’une courbe fermée simple séparante c, alors g− + g+ = 1. Donc nécessairement g− = 0
ou g+ = 0 et c n’est pas essentielle, car elle borde un disque.
(5) Soit f ∈ Diff(Σg ). Si c est une courbe fermée simple, alors f (c) l’est aussi, et c
est séparante si et seulement si f (c) l’est, car f induit une bijection de l’ensemble des
composantes connexes de Σg ∖ c sur l’ensemble des composantes connexes de Σg ∖f (c).
Si c est une courbe fermée simple non séparante de Σg , alors la surface Σg découpée
le long de c est, par la classification des surfaces compactes connexes orientables à bord
et le théorème de van Kampen, C∞ -difféomorphe à Σg−1,2 . Par l’unicité de la classe de
C∞ -isotopie de C∞ -difféomorphismes du cercle renversant l’orientation (voir le lemme 7.6),
et par l’invariance par C∞ -isotopie de la classe de C∞ -difféomorphismes des recollements
(en utilisant l’adaptation immédiate du lemme 7.1 lorsque nous recollons une partie des
composantes connexes du bord sur une partie disjointe des composantes connexes du bord
d’une même variété), le groupe Diff(Σg ) agit transitivement sur l’ensemble des classes de
C∞ -isotopie de courbes fermées simples non séparantes de Σg .
Supposons maintenant que c soit une courbe fermée simple séparante de Σg . Alors la
surface Σg découpée le long de c est, comme vu dans la question (2), par la classifica-
tion des surfaces compactes connexes orientables à bord et le théorème de van Kampen,
C∞ -difféomorphe à Σg− ,1 ∐ Σg+ ,1 avec g− + g+ = g et 0 ≤ g− ≤ g+ (avec g− = 0 si et seule-
ment si c est non essentielle). Par l’unicité dans ce théorème de classification, un tel couple
(g− g+ ) est unique. Le nombre de tels choix de décompositions (g− g+ ) de g est 1 + ⌊ g2 ⌋. De
plus, si g ′ ≠ g ′′ , alors Σg′ ,1 et Σg′′ ,1 ne sont pas C∞ -difféomorphes, toujours par le théorème
de classification. Comme précédemment, le nombre d’orbites du groupe Diff(Σg ) sur l’en-
semble des classes de C∞ -isotopie de courbes fermées simples séparantes de Σg est donc
égal à 1 + ⌊ g2 ⌋.
Au total, nous obtenons que l’ensemble des orbites du groupe Diff(Σg ) sur l’ensemble
des classes de C∞ -isotopie de courbes fermées simples de Σg est de cardinal 2 + ⌊ g2 ⌋.
La dernière affirmation de l’assertion (5) découle de l’assertion (2) et du lemme de
Cerf-Palais 7.5.
(6) Nous avons déjà vu cela dans la question (2), où, en en reprenant les notations, nous
avons montré que le sous-groupe c∗ (π1 (S1 , 1)) est l’image par le morphisme de groupes
π1 (Σg− ,1 , x− ) → π1 (Σg , c(1)) du sous-groupe ([a−1 , b−1 ] . . . [a−g− , b−g− ])Z , et puisque l’image
d’un commutateur par un morphisme de groupes est un commutateur.
(7) Par la classification des surfaces lisses compactes connexes orientables à bord et la
question (5), nous pouvons supposer que c est la courbe du dessin ci-dessous.
Soit alors α la courbe fermée simple non séparante dans Σg comme sur le dessin,
rencontrant transversalement c en un et un seul point. Soit Σα la surface lisse compacte
285
connexe, ayant deux composantes connexes de bord α− et α+ , obtenue en découpant Σg
le long de α, et soit f ∶ α− → α+ le C∞ -difféomorphisme renversant l’orientation par la
direction sortante et permettant de recoller Σα pour obtenir Σg . Soit Σ ̃ g la surface obtenue
α α α ∞
en recollant le long du bord deux copies Σ1 et Σ2 de Σ par le C -difféomorphisme valant
f ∶ α−,1 → α+,2 et f −1 ∶ α−,2 → α+,1 , en notant de manière évidente les composantes connexes
de bord des deux copies Σα1 et Σα2 . Il existe un revêtement double p ∶ Σ ̃ g → Σg galoisien
(même si c’est automatique) de groupe des automorphismes de revêtement constitué, outre
de l’identité, du C∞ -difféomorphisme de Σ ̃ g qui envoie Σα et Σα pour i ∈ {1, 2} par
i 3−i
l’identité (et vaut la rotation d’angle π autour de l’axe dessiné sur le dessin ci-dessous).
Σg
c
Σα α−
α+
̃
c
Σ2g−1
La préimage p−1 (c) de c par p est alors la courbe fermée simple non séparante ̃ c (qui
est l’image des deux relèvements du chemin c ⋅ c, la courbe c parcourue deux fois) du dessin
ci-dessus. Notons que Σ̃ g est une surface compacte connexe orientable de genre 2g − 1 (ce
qui découle aussi du fait que χ(Σ̃ g ) = 2 χ(Σg ), voir l’exercice E.77).
(8) Par la classification des surfaces lisses compactes connexes orientables à bord et la
question (5), nous pouvons supposer que c est la courbe du dessin ci-dessous.
Soit alors α la courbe fermée simple non séparante dans Σg comme sur le dessin,
rencontrant transversalement c en exactement deux points, et telle que α ne soit pas isotope
à une courbe fermée simple disjointe de c. Soit Σα la surface lisse compacte connexe, ayant
deux composantes connexes de bord α− et α+ , obtenue en découpant Σg le long de α, et
soit f ∶ α− → α+ le C∞ -difféomorphisme renversant l’orientation par la direction sortante
et permettant de recoller Σα pour obtenir Σg . Soit Σ ̃ g la surface obtenue en recollant le
long du bord deux copies Σ1 et Σ2 de Σ par le difféomorphisme valant f ∶ α−,1 → α+,2
α α α
et f −1 ∶ α−,2 → α+,1 , en notant de manière évidente les composantes connexes de bord des
deux copies Σα1 et Σα2 . Il existe un revêtement double p ∶ Σ ̃ g → Σg galoisien (même si c’est
automatique), de groupe des automorphismes de revêtement constitué, outre de l’identité,
du C∞ -difféomorphisme de Σ ̃ g qui envoie Σα et Σα pour i ∈ {1, 2} par l’identité (et vaut
i 3−i
la rotation d’angle π autour de l’axe dessiné sur le dessin ci-dessous).
286
Σg
α
c
α−
α+
Σα
̃g
Σ
̃
c1
̃
c2
La préimage p−1 (c) de c par p est alors la réunion disjointe de deux courbes fermées
simples non séparantes ̃ c1 et ̃c2 (qui sont les images des deux relèvements possibles du
chemin c) du dessin ci-dessous. Notons que la réunion ̃ c=̃ c1 ∪ ̃
c2 est, elle, séparante dans
̃ g car p ∶ Σ
Σ ̃g ∖ ̃c → Σg ∖ c est continue, d’image non connexe. Par ailleurs, notons que Σ ̃g
est une surface compacte connexe orientable de genre 2g − 1 (ce qui découle aussi du fait
que χ(Σ̃ g ) = 2 χ(Σg ), voir l’exercice E.77).
χ(S) = (c0 + c′0 − d) − (c1 + c′1 − d) + (c2 + c′2 ) = χ(Σg,b ) + χ(Σg′ ,b′ ) .
287
Voir la formule d’additivité (28) de la caractéristique d’Euler pour une généralisation.
(2) Un raisonnement similaire utilisant le fait que la caractéristique d’Euler du cercle
est nulle donne
χ(S) = χ(Σg,b ) .
(3) Il découle des questions (1) et (2) et de la proposition 7.11 que si la surface Σg,b
admet une décomposition en n pantalons, alors
2 − 2g − b = χ(Σg,b ) = n χ(Σ0,3 ) = n(2 − 3) = −n < 0 .
En particulier, ceci exclu exactement la sphère Σ0,0 , le disque Σ0,1 , l’anneau Σ0,2 et le tore
Σ1,0 .
Σg
c3
P1 c5 P2g−2
P2 P4
c1 c3g−3
P3 c3g−4
c2
c4
c3 Σg,1 c3g−3
P1 c5 P2g−1
P2 P4
c1 P3 c3g−4 P2g−2
c2
c4 c3g−2
Σ0,b
P1 P2 P3 P4 Pb−3 Pb −2
c1 c2 c3 c4 cb−4 cb−3
Réciproquement, si χ(Σg,b ) < 0, comme Σg,b = Σg,0 ♯ Σ0,b , comme Σg,0 avec g ≥ 2 admet
une décomposition en 2g − 2 pantalons, comme Σg,1 avec g ≥ 1 admet une décomposition
en 2g − 1 pantalons, et comme Σ0,b avec b ≥ 3 admet une décomposition en b − 2 pantalons
(voir les dessins ci-dessus), le résultat en découle.
(4) Fixons une décomposition en n pantalons {c1 , . . . , ck }. Comme chaque pantalon de
cette décomposition a trois composantes connexes de bord, comme sur chaque cercle ci
se recollent exactement deux bords de pantalons, comme chaque composante connexe du
bord de Σg,b appartient à un et un seul pantalon, en comptant de deux manières le nombre
avec multiplicité de bords de pantalons, nous avons 2k + b = 3n. Puisque le nombre n de
pantalons est égal à l’opposé de la caractéristique d’Euler comme vu dans la question (3),
nous avons
2k + b = 3n = −3 χ(Σg,b ) = 3(2g + b − 2) .
D’où comme cherché k = 3g − 3 + b et
n = 2g + b − 2 .
288
8 Courbure des courbes et surfaces de l’espace euclidien
140
AΓEΩM ET P HT OΣ M H∆EIΣ EIΣIT Ω
Dans ce dernier chapitre, nous allons considérer certains aspects métriques des sous-
variétés, 141 lorsque nous les munissons des structures métriques induites par celles de
l’espace euclidien ambiant. Nous introduirons des quantités numériques permettant, à re-
paramétrage et isométrie près, de caractériser les sous-variétés considérées en tant qu’objets
métriques : la courbure pour les courbes planes, les courbure et torsion pour les courbes
gauches, et la courbure de Gauss pour les surfaces de l’espace euclidien de dimension 3. Dans
ce chapitre, nous suivrons les références [BG, doC]. Pour compléter la brève introduction
à la géométrie riemannienne qui suit, nous renvoyons par exemple à [Pau4, GaHL, Spi].
Soient r, m ∈ N∖{0}. Nous noterons dans tout ce chapitre ∥ ∥ et ⟨ , ⟩ la norme et le
produit scalaire usuel de Rm . Nous identifions tout élément de Rm avec la matrice colonne
de ses coordonnées dans la base canonique de Rm . Nous pouvons remplacer Rm dans ce qui
suit par un espace vectoriel réel euclidien de dimension m (muni d’une base orthonormée
fixée lorsque besoin).
Exercice E.90. Montrer que le sous-espace de (Rm )m formé des bases orthonormées (res-
pectivement des bases orthonormées directes) de Rm est une sous-variété lisse de (Rm )m ,
qui est C∞ -difféomorphe à O(m) (respectivement SO(m)). En particulier, le sous-espace
des bases orthonormées directes de R2 est C∞ -difféomorphe au cercle S1 .
289
dirons que c est une courbe plane si m = 2 et une courbe gauche si m = 3. Sa longueur est
long(c) = ∫ ∥ċ(t)∥ dt ,
I
d=ϕ○c.
Les vecteurs unitaires τ (s) et ν(s) sont aussi appelés les vecteurs tangents et normaux à
la courbe c au temps s. Les applications τ = τc ∶ I → R2 et ν = νc ∶ I → R2 ainsi définies
sont de classe Cr−1 .
La courbure de c est l’application κ = κc ∶ I → R de classe Cr−2 définie par
290
Pour tout s ∈ I tel que κ(s) ≠ 0, le nombre κ(s) 1
est appelé le rayon de courbure de
la courbe plane c en c(s). Le cercle osculateur à la courbe plane c au point c(s) est le
cercle de centre c(s) + κ(s)
1 1
ν(s) et de rayon κ(s) . Nous renvoyons à la partie 8.1.2 pour une
explication de la terminologie.
En dérivant la formule ∥ċ(s)∥2 = 1, nous obtenons que les vecteurs τ (s) et τ̇ (s) sont
orthogonaux, donc que τ̇ (s) et ν(s) sont colinéaires, et comme ν(s) est un vecteur unitaire,
nous avons
∀ s ∈ I, τ̇ (s) = κ(s) ν(s) . (29)
Cette formule, appelée l’équation de Frenet, redonne la définition de κ en prenant le produit
scalaire avec ν(s). Attention, il est important que la courbe soit paramétrée par longueur
d’arc pour utiliser cette formule afin de calculer la courbure. Il convient donc de ne pas
oublier de reparamétrer les courbes par longueur d’arc si ce n’est pas déjà le cas.
Remarquons que τ̇ (s) = c̈(s) est le vecteur accélération de la courbe c au temps s. La
formule (29) dit en particulier que l’accélération d’une courbe paramétrée par longueur
d’arc est normale (c’est-à-dire colinéaire au vecteur normal en tout temps).
Exemple. Par exemple, la courbure du cercle de centre z0 et de rayon R paramétré dans
s
le sens trigonométrique (et par longueur d’arc) par c ∶ s ↦ z0 + R ei R est R1 . En effet, en
remarquant que ċ(s) est bien de module 1, nous avons
s s 1 is
τ (s) = ċ(s) = i ei R , ν(s) = − ei R et τ̇ (s) = − e R .
R
Attention, si ce cercle est paramétré dans le sens des aiguilles d’une montre, la courbure
est alors constante égale à − R1 . La proposition 8.1 dit en particulier que les courbes planes
régulières de courbure constante sont ainsi les arcs de droites et les arcs de cercles (avec
leurs deux classes de paramétrage orienté, pouvant faire plusieurs tours et fractions de
tours !).
Remarque. Pour toute courbe plane régulière f ∶ J → R2 de classe Cr , pour tout repara-
métrage orienté par longueur d’arc c = f ○ s−1 de f , nous pouvons définir le repère (mobile)
de Frenet t ↦ (τ (t) = τf (t), ν(t) = νf (t)) de f par
f˙(t)
∀ t ∈ J, τ (t) = = τf ○s−1 (s(t)) et ν(t) = i τ (t) = νf ○s−1 (s(t)) ,
∥f˙(t)∥
et la courbure κ = κf ∶ J → R2 en posant
∀ t ∈ J, κ(t) = ⟨τ̇ (t), ν(t)⟩ = κf ○s−1 (s(t)) .
Comme deux tels reparamétrages ne diffèrent que d’une translation à la source et puisque
s′ (t) = ∥f˙(t)∥, les formules ci-dessus sont bien vérifiées.
Remarquons que la courbure des courbes planes régulières est invariante par reparamé-
trage orienté (par construction) et par déplacements, et qu’elle est changée en son opposé
par un reparamétrage non orienté. En effet, si f ∶ J → R2 de classe Cr est une courbe
plane régulière, si φ ∶ J → I est un Cr -difféomorphisme, si ϵ est le signe du jacobien de φ
(c’est-à-dire ϵ = +1 si φ préserve l’orientation et ϵ = −1 sinon), et si ϕ ∶ R2 → R2 est un
déplacement (de la forme x ↦ Ax + b avec A ∈ SO(2) et b ∈ R2 ), de partie vectorielle ϕ′ (de
la forme correspondante x ↦ Ax), alors nous avons
τf ○φ−1 = ϵ τf ○ φ−1 , νf ○φ−1 = ϵ νf ○ φ−1 et κf ○φ−1 = ϵ κf ○ φ−1 ,
291
et
τϕ○f = ϕ′ ○ τf , νϕ○f = ϕ′ ○ νf et κϕ○f = κf .
Même s’il est fortement conseillé de passer d’abord par un reparamétrage par lon-
gueur d’arc, comme celui-ci n’est pas toujours une fonction élémentaire, il est bien entendu
possible de donner une expression intrinsèque de la courbure : en dérivant la formule
f˙(t) = ∥f˙(t)∥ τ (t), nous obtenons
Donc
det (f˙(t), f¨(t))
κf (t) = .
∥f˙(t)∥2
Proposition 8.1. Pour toute application κ ∶ I → R de classe Cr−2 , il existe une courbe
plane paramétrée par longueur d’arc c ∶ I → R2 de classe Cr et de courbure égale à κ, unique
modulo déplacement.
Démonstration. Si c ∶ I → R2 est une courbe de classe Cr paramétrée par longueur
d’arc, alors sa vitesse τ = ċ ∶ I → S1 est une application à valeurs dans le cercle (puisque
ses vecteurs tangents sont unitaires). Par le théorème du relèvement 2.27 (qui fournit des
applications aussi régulières que l’application à relever, lorsque le revêtement est de classe
C∞ , donc un C∞ -difféomorphisme local), appliqué au revêtement universel R → S1 de classe
C∞ défini par t ↦ ei t , il existe une application θ ∶ I → R de classe Cr−1 , unique modulo
constante additive dans 2πZ, telle que pour tout s ∈ I, nous ayons
et donc κ(s) = θ̇(s). La donnée de l’application κ de classe Cr−2 (donc au moins continue
car nous avons supposé que r ≥ 2) détermine par intégration l’application θ de classe Cr−1
à constante additive près, qui détermine l’application τ de classe Cr−1 à une constante
multiplicative de module 1 près, qui détermine par intégration l’application c de classe Cr
modulo déplacement (rotation-translation), le terme de translation venant de la constante
d’intégration. ◻
Par exemple, les arcs de droites et cercles sont les courbes régulières de courbure
constante, et les clothoïdes sont les courbes régulières dont la courbure est linéaire crois-
sante κ ∶ s ↦ λ s où λ > 0. Le dessin ci-dessous est extrait de Wikipedia, auquel nous
renvoyons pour l’historique.
Clothoïde
de courbure
κ∶s↦s
292
8.1.2 Classification à déplacement près des courbes gauches
Supposons maintenant que r ≥ 3 et n = 3. Une courbe gauche c ∶ I → R3 de classe Cr est
dite bi-régulière si pour tout t ∈ I, ses vecteurs vitesse ċ(t) et accélération c̈(t) au temps t
sont linéairement indépendants (ce qui ne dépend pas du paramétrage). Nous renvoyons par
exemple à [Ber, Pau5] pour des rappels sur le produit vectoriel 142 dans l’espace vectoriel
euclidien orienté R3 .
Fixons une courbe gauche bi-régulière paramétrée par longueur d’arc c ∶ I → R3 de
classe Cr . Le repère (mobile) de Frenet de c est l’application de classe Cr−2 de l’intervalle I
dans la sous-variété lisse de (R3 )3 constituée des bases orthonormées directes de R3 (voir
l’exercice E.90), définie par
τ̇ (s)
s ↦ ( τ (s) = ċ(s), ν(s) = , β(s) = τ (s) ∧ ν(s) ) . (30)
∥τ̇ (s)∥
Ces trois vecteurs sont appelés respectivement les vecteurs tangent, normal, binormal de
la courbe c au temps s. Ce sont des vecteurs unitaires (car c est paramétrée par longueur
d’arc). Le plan vectoriel engendré par τ (s) et ν(s) est appelé le plan osculateur de la courbe
c. Il contient toute l’information au second ordre de la courbe c. Nous noterons τ = τc , ν = νc
et β = βc lorsqu’il convient de préciser la courbe c. Ces applications sont en effet de classe
Cr−2 (τ est même de classe Cr−1 ), et en dérivant la relation ⟨τ (s), τ (s)⟩ = 1, nous obtenons
que τ (s) et ν(s) sont orthogonaux, donc par les propriétés du produit vectoriel, que le
triplet (τ (s), ν(s), β(s)) est bien une base orthonormée directe de R3 .
Lemme 8.2. Il existe des uniques fonctions K = Kc ∶ I → ]0, +∞[ de classe Cr−2 et
T = Tc ∶ I → R de classe Cr−3 , respectivement appelée la courbure de c et la torsion de
c, telles que le système d’équations différentielles suivant, dit de Frenet, 143 soit vérifié en
tout point s de I :
⎧
⎪ τ̇ (s) = K(s) ν(s)
⎪
⎪
⎪
⎨ ν̇(s) = −K(s) τ (s) − T (s) β(s) (31)
⎪
⎪
⎪
⎪
⎩ β̇(s) = T (s) ν(s) .
De plus, pour tout s ∈ I, nous avons
⎧
⎪ K(s) = ∥τ̇ (s)∥ = ⟨ν(s), τ̇ (s)⟩ = − ⟨ν̇(s), τ (s)⟩
⎪
⎨ (32)
⎪
⎪
⎩ T (s) = ⟨β̇(s), ν(s)⟩ = − ⟨ν̇(s), β(s)⟩ .
142. Rappelons que pour tous les vecteurs u et v dans l’espace vectoriel euclidien orienté usuel R3 , leur
produit vectoriel u ∧ v est l’unique vecteur de R3 tel que pour tous les w ∈ R3 , nous ayons
⟨u ∧ v, w⟩ = det(u, v, w)
B
v sont orthogonaux non nuls, alors u ∧ v est le vecteur directement orthogonal à u et à v, de norme égale
à ∥u∥ ∥v∥. Enfin, si u = (x, y, z) et v = (x′ , y ′ , z ′ ), alors les composantes de u ∧ v sont
y y′ z z′ x x′ y y′ x x′ x x′
u∧v =(∣ ∣, ∣ ∣, ∣ ∣)=(∣ ∣, −∣ ∣, ∣ ∣).
z z′ x x′ y y′ z z′ z z′ y y′
293
Démonstration. La définition de ν dans la formule (30) permet d’obtenir la première éga-
lité du système (31) en posant K(s) = ∥τ̇ (s)∥ = ∥c̈(s)∥, qui est bien strictement positive 144
et de classe Cr−2 en s.
L’orthogonalité entre ν̇(s) et ν(s), obtenue en dérivant l’égalité ⟨ν(s), ν(s)⟩ = 1, 145
implique que ν̇(s) est une combinaison linéaire de τ (s) et β(s). Ceci permet d’écrire
ν̇(s) = a(s) τ (s) + b(s) β(s) , (33)
avec a(s) = ⟨ν̇(s), τ (s)⟩ et b(s) = ⟨ν̇(s), β(s)⟩, puisque τ (s) et β(s) sont orthogonaux.
En dérivant les égalités ⟨ν(s), τ (s)⟩ = 0 et ⟨ν(s), β(s)⟩ = 0, nous pouvons respectivement
écrire
a(s) = ⟨ν̇(s), τ (s)⟩ = −⟨ν(s), τ̇ (s)⟩ = −K(s)
et poser
T (s) = −b(s) = −⟨ν̇(s), β(s)⟩ = ⟨ν(s), β̇(s)⟩ .
Ceci permet d’obtenir la deuxième égalité du système (31). Notons que T est bien de classe
Cr−3 car ν(s) et β(s) sont Cr−2 .
Par la définition de β(s) = τ (s) ∧ ν(s) et en dérivant, le caractère bilinéaire et alterné
du produit vectoriel permet d’écrire β̇(s) = τ (s) ∧ ν̇(s). En utilisant la formule centrée (33)
et le fait que τ (s) ∧ β(s) = −ν(s), nous obtenons la dernière égalité du système (31). ◻
Pour tout s ∈ I, puisque K(s) ≠ 0, le nombre K(s) 1
est bien défini, appelé le rayon
146
de courbure de la courbe gauche c en c(s). Le cercle osculateur à la courbe gauche c
au point c(s) est le cercle de centre c(s) + K(s) ν(s) et de rayon K(s)
1 1
tangent à τ (s) en
c(s). Il est contenu dans le plan osculateur, qui est, comme défini ci-dessus, le plan affine
c(s) + R τ (s) + R ν(s).
plan osculateur
1
K (s)
cercle osculateur
ν (s) c
c(s)
β (s) τ (s)
Pour tout s0 ∈ I, alors que la droite affine tangente c(s0 ) + R τ (s0 ) a un contact d’ordre
1 avec la courbe gauche c en c(s0 ) (ceci signifie que
∥ c(s0 + t) − (c(s0 ) + t τ (s0 )) ∥ = O(t2 )
144. L’hypothèse que la courbe c est birégulière implique en particulier que le vecteur accélération c̈(s)
est non nul pour tout s ∈ I.
145. Par la formule (30), le vecteur ν(s) est unitaire pour tout s ∈ I.
146. Par convention compatible avec des arguments de passage à la limite (et de convergence de grands
cercles vers des droites), si c n’est pas supposée birégulière (mais toujours paramétrée par longueur d’arc),
il est possible de continuer de définir le vecteur tangent τ (s) = ċ(s) et la courbure K(s) = ∥c̈(s)∥. Si
K(s) = 0, le rayon de courbure est +∞, le centre du cercle osculateur est à l’infini, et le cercle osculateur
coïncide avec la droite tangente R τ (s).
294
quand t → 0), le cercle osculateur a un contact d’ordre 2 avec c, au sens suivant. Posons
R = K(s
1
0)
et paramétrons par longueur d’arc le cercle osculateur en c(s0 ) par
θ θ
f ∶ θ ↦ c(s0 ) + R (1 − cos ) ν(s0 ) + R ( sin ) τ (s0 ) .
R R
Nous avons
1
f (0) = c(s0 ), f˙(0) = τ (s0 ) = ċ(s0 ), f¨(0) = ν(s0 ) = K(s0 ) ν(s0 ) = c̈(s0 ) .
R
Dire que le cercle osculateur de c en c(s0 ) a un contact d’ordre 2 avec la courbe gauche c
en c(s0 ) signifie que
∥c(s0 + θ) − f (θ)∥ = O(θ3 )
quand θ → 0, ce qui se vérifie en développant au second ordre les fonctions θ ↦ c(s0 + θ) et
f en θ = 0.
Remarquons que si φ ∶ I → J est une (restriction d’une) isométrie (pour la distance eu-
clidienne), si ϵ est la dérivée (constante) de φ (c’est-à-dire ϵ = +1 si φ préserve l’orientation
et ϵ = −1 sinon), alors c ○ φ−1 est encore une courbe paramétrée par longueur d’arc, et nous
avons
τc○φ−1 = ϵ τc ○ φ−1 , νc○φ−1 = νc ○ φ−1 , βc○φ−1 = ϵ βc ○ φ−1 ,
Kc○φ−1 = Kc ○ φ−1 et Tc○φ−1 = Tc ○ φ−1 .
De plus, soit ϕ ∶ R3 → R3 une isométrie, qui est une transformation affine, de la forme
x ↦ Ax + b avec A ∈ O(3) et b ∈ R3 . Sa différentielle, de la forme x ↦ Ax (constante, notée
ϕ′ ), est une isométrie vectorielle de R3 , donc préserve la norme. L’application linéaire ϕ′
préserve le produit vectoriel si et seulement si ϕ est un déplacement. En notant ϵ′ = det A,
qui vaut +1 si ϕ préserve l’orientation, et −1 sinon, nous avons
∀ x, y ∈ R3 , ϕ′ (x ∧ y) = ϵ′ ϕ′ (x) ∧ ϕ′ (y) .
Alors ϕ ○ c est encore une courbe paramétrée par longueur d’arc, et nous avons
Kϕ○c = Kc et Tϕ○c = ϵ′ Tc .
Attention, comme dans le cas planaire, il est important que la courbe soit paramétrée
par longueur d’arc pour utiliser les équations de Frenet afin de calculer la courbure et la
torsion. Il convient donc a priori de ne pas oublier de reparamétrer les courbes par longueur
d’arc si ce n’est pas déjà le cas.
Mais il est néanmoins possible de calculer la courbure et la torsion sans passer par une
explicitation du paramétrage par longueur d’arc. En effet, si f ∶ J → R3 est un repara-
métrage orienté quelconque d’une courbe gauche bi-régulière c ∶ I → R3 paramétrée par
longueur d’arc et si s ∶ t ↦ st est le changement de variable 147 tel que f = c ○ s, alors
295
et
f¨(t) = s′′ (t) τ (st ) + (s′ (t))2 τ̇ (st ) = s′′ (t) τ (st ) + ∥f˙(t)∥2 K(st ) ν(st )
et
...
f (t) =(s′′′ (t) − ∥f˙(t)∥3 K(st )2 ) τ (st ) + (s′′ (t) s′ (t) K(st ) + (∥f˙(t)∥2 K(st ))′ ) ν(st )
− (∥f˙(t)∥3 K(st ) T (st ) β(st ) .
Le résultat suivant dit que la courbure et la torsion déterminent une courbe birégulière
à isométrie et reparamétrage près.
Proposition 8.3. Pour tout intervalle I et pour toutes les applications K ∶ I → ]0, +∞[
de classe Cr−2 et T ∶ I → R de classe Cr−3 , il existe une courbe gauche paramétrée par
longueur d’arc bi-régulière c ∶ I → R3 de classe Cr de courbure égale à K et de torsion égale
à T , unique modulo déplacement.
Lemme 8.4. Le système d’équations différentielles (31) admet une unique solution
définie sur tout I 148 à valeurs dans 149 (R3 )3 , de classe Cr−2 , qui vérifie la condition initiale
F (s0 ) = (τ0 , ν0 , β0 ), et telle que le triplet F (s) soit une base orthonormée directe de R3
pour tout s ∈ I.
est paramétrée par longueur d’arc (car ċ(s) = τ (s) est un vecteur unitaire). Elle est biré-
gulière (car ċ(s) = τ (s) et c̈(s) = τ̇ (s) = K(s) ν(s) sont linéairement indépendants puisque
τ (s) et ν(s) le sont et puisque la courbure K est strictement positive). La courbe gauche
est de courbure égale à K et de torsion égale à T par définition. Elle est de plus de classe
Cr par itération (« bootstrap » en anglais) : les applications K et ν sont de classe Cr−2
148. Tutti Frutti, Little Richard, https ://www.youtube.com/watch ?v=F13JNjpNW6c
149. Il convient de bien faire attention qu’un point dans l’image de F est un triplet de vecteurs de R3 ,
pas un triplet de réels.
296
par hypothèse et construction, donc la première équation du système (31) montre que τ
est de classe Cr−1 , et donc par la nouvelle intégration (34) ci-dessus, l’application c est
de classe Cr . Ceci montre que la courbe gauche cherchée c existe, et qu’elle est unique, à
déplacement (rotation-translation) 150 près.
Démonstration du lemme 8.4. Le système d’équations (31) est un système d’équations
différentielles linéaires (sans second membre) du premier ordre à coefficients continus, et
nous savons alors (voir par exemple [Car, Theo. 1.9.1]), qu’il admet une et une seule solution
F ∶ s ↦ (τ (s), ν(s), β(s)) de classe C1 à valeurs dans (R3 )3 , définie sur l’intervalle I tout
entier, 151 et valant F0 en s = s0 .
⎛τ1 (s) ν1 (s) β1 (s)⎞
Pour tout s ∈ I, notons B(s) = ⎜τ2 (s) ν2 (s) β2 (s)⎟ ∈ M3 (R) la matrice réelle 3 × 3
⎝τ3 (s) ν3 (s) β3 (s)⎠
dont les colonnes sont les coordonnées de
dans la base F0 . En particulier, la matrice B(s0 ) est la matrice identité I3 . Si nous posons
⎛ 0 K(s) 0 ⎞
A(s) = ⎜−K(s) 0 −T (s)⎟, alors le système d’équations (31) s’écrit, par un calcul
⎝ 0 T (s) 0 ⎠
élémentaire
d
∀ s ∈ I, B(s) = B(s) tA(s) . (35)
ds
Comme l’application A est de classe Cr−3 , l’application B (et donc l’application F ) est de
classe Cr−2 .
L’application de I dans M3 (R) définie par s ↦ tB(s) B(s) vaut I3 en s = s0 et vérifie
l’équation différentielle du premier ordre
d t
( B(s) B(s)) = A(s) tB(s) B(s) + tB(s) B(s) tA(s) .
ds
Comme la matrice A(s) est antisymétrique, les deux applications s ↦ I3 (qui est constante)
et s ↦ t B(s) B(s), qui vérifient toutes les deux sur I la même équation différentielle du
premier ordre
d
X(s) = A(s) X(s) − X(s) A(s)
ds
avec la même condition initiale en s = s0 , sont égales. Donc B(s) appartient à O(3) pour
tout s ∈ I, et puisque SO(3) est la composante connexe par arcs de I3 = B(s0 ) dans O(3), la
matrice B(s) appartient à SO(3) pour tout s ∈ I. Donc F est bien à valeurs dans l’ensemble
des bases orthonormées directes de R3 . Ceci montre le lemme 8.4, donc la proposition 8.3.
◻◻
150. La rotation correspond au choix de la condition initiale (τ0 , ν0 , β0 ) du système (31), qui est une base
orthonormée directe (on passe de l’une à l’autre par un élément de SO(3)). La translation correspond au
choix de la constante d’intégration dans la formule (34).
151. C’est une propriété remarquable des systèmes d’équations différentielles linéaires.
297
Remarque. Supposons que A(t) et A(s) commutent pour tous les s, t ∈ I (ce qui est le
cas si et seulement si le rapport T (s)/K(s) est constant, comme le montre un petit calcul).
Notons ⋅ l’action linéaire naturelle de GL3 (R) sur (R3 )3 définie par
3
(ai,j )1≤i,j≤3 ⋅ (vk )1≤k≤3 = ( ∑ ai,j vj )1≤i≤3 .
j=1
d t
B(s) = tB(s)A(s) ⇐⇒ Ḟ (s) = A(s) ⋅ F (s) .
ds
Alors par unicité, l’unique solution maximale du système (31) valant F0 en s = s0 est définie
sur I, en utilisant l’application exponentielle exp ∶ M3 (R) → GL3 (R) des matrices, par
s
F ∶ s ↦ exp ( ∫ A(t) dt) ⋅ F0 .
s0
Mais une telle formule n’est pas valable en général lorsqu’une telle hypothèse de com-
mutation n’est pas vérifiée.
Exemples. (1) Les courbes gauches birégulières de torsion nulle sont les courbes planaires,
car après reparamétrage par longueur d’arc, leur vecteur binormal β(s) est constant, égal à
β(s0 ) pour tout s0 ∈ I fixé, et donc la courbe est contenue dans le plan affine orthogonal à
β(s0 ) et passant par c(s0 ) pour un temps initial s0 , donc contenue dans le plan osculateur
c(s0 ) + R τ (s0 ) + R ν(s0 ).
(2) Les courbes gauches birégulières de torsion K et de courbure T toutes deux constantes
non nulles sont appelées les hélices circulaires.
f ∶ t ↦ (a cos t, a sin t, b t) ,
Le réel strictement positif a est appelé le rayon de l’hélice circulaire f , et le réel 2πb le
pas de l’hélice circulaire f . √
En posant λ = √ 21 2 = K 2 + T 2 , un reparamétrage par longueur d’arc de cette courbe
a +b
f est
c ∶ s ↦ (a cos(λ s), a sin(λ s), b λ s) . (36)
Ses vecteurs tangents et normaux sont
τ (s) = ( − a λ sin(λ s), a λ cos(λ s), b λ) et ν(s) = ( − cos(λ s), − sin(λ s), 0) .
Les dessins ci-dessous sont extraits de Wikipedia. Ils montrent que les hélices circulaires
sont extrèmement fréquentes dans la vraie vie.
298
Si nous demandons que le pas 2πb d’une hélice soit strictement positif, alors il convient
de distinguer les hélices circulaires
Cette dernière se ramène par déplacement (demi-tour autour du premier axe de coor-
donnée) à l’hélice circulaire t ↦ (a cos t, a sin t, −b t). Par exemple, le temple d’Aphrodite
ci-dessous en haut à gauche contient à la fois des colonnes (dites torses) à hélices dextres
et des colonnes à hélices senestres.
299
Escalier à double hélice Parking à double hélice
Escalier à double hélice
de Chambord du musée du Vatican de Noisy-le-Grand
Il existe des plantes qui s’enroulent sur des tuteurs en hélices dextres, s’enroulant pour
l’observateur de bas en haut et de gauche à droite (comme le liseron et le haricot) et d’autre
en hélices sénestres (comme le houblon).
Il est bien connu que les solutions maximales d’un système d’équations différentielles
linéaires à coefficients constants Ẏ = A Y , d’inconnue Y à valeurs dans R3 , sont les appli-
cations Y ∶ R → R3 de la forme t ↦ exp(tA) Y0 où Y0 ∈ R3 . En prenant l’exponentielle et
en supposant que s0 = 0 ∈ I, nous avons donc
∀ s ∈ R, F (s) = exp(sA) ⋅ F (0) = Q exp(sB) Q−1 ⋅ F (0) = Q exp(sB) Q−1 ⋅ F (0)
⎛ cos(λs) sin(λs) 0⎞
= Q ⎜− sin(λs) cos(λs) 0⎟ Q−1 ⋅ F (0) .
⎝ 0 0 1⎠
Donc le premier vecteur du triplet F (s) est de la forme τ (s) = cos(λt) u0 + sin(λt) v0 + w0
où u0 , v0 , w0 ∈ R3 . Par conséquent, la courbe gauche c s’écrit, à translation près,
c ∶ s ↦ sin(λs) u + cos(λs) v + sw
avec√u, v, w ∈ R3 . Quitte à remplacer s par −s et w par −w, nous pouvons supposer que
λ = K 2 + T 2 . Nous avons τ (0) = ċ(0) = λu + w, Kν(0) = τ̇ (0) = c̈(0) = −λ2 v, et
...
−K 2 τ (0) − KT β(0) = K ν̇(0) = τ̈ (0) = c (0) = −λ3 u.
Donc, comme λ2 − K 2 = T 2 , nous avons
−K ν(0) K 2 τ (0) + KT β(0) K 2 τ (0) + KT β(0)
c(s) = cos(λs) + sin(λs) + s(τ (0) − )
λ2 λ3 λ2
K K Kτ (0) + T β(0) T T τ (0) − Kβ(0)
= 2 cos(λs)(−K ν(0)) + 2 sin(λs) + 2 (λs) . (37)
λ λ λ λ λ
Posons
K T Kτ (0) + T β(0) T τ (0) − Kβ(0)
a = 2 , b = 2 , e1 = −ν(0), e2 = , et e3 = .
λ λ λ λ
Alors a > 0 et a2 + b2 = λ12 donc K = a2 a+b2 et T = a2 +b b
2 . Le triplet (e1 , e2 , e3 ) est une
base orthonormée directe, comme le montre un calcul élémentaire d’orthonormalité des
colonnes et de déterminant 1 de la matrice de passage de la base orthonormée directe
K T
⎛0 λ λ ⎞
(τ (0), ν(0), β(0)) au triplet (e1 , e2 , e3 ), qui est ⎜−1 0 0 ⎟.
⎝ 0 T −K ⎠
λ λ
La formule (37) permet de retrouver l’équation (36) à changement de base orthonormée
directe près, en utilisant que λ2 = K 2 + T 2 . ◻
301
Exercice E.91. (Théorème de Lancret) Montrer que les courbes gauches paramé-
trées par longueur d’arc birégulières de classe C3 de torsion non nulle vérifiant l’une des
conditions suivantes :
● ses vecteurs tangents font un angle constant avec une direction donnée,
● ses vecteurs normaux sont orthogonaux à un vecteur non nul constant,
● ses vecteurs binormaux font un angle constant avec une direction donnée,
T
sont les courbes gauches paramétrées par longueur d’arc birégulières dont le rapport K de
la torsion T par la courbure K est constant non nul. Ces courbes sont appelées des hélices.
Tx M
x
M
Notons
νM = {(x, v) ∈ R2m ∶ x ∈ M, v ∈ νx M = (Tx M )⊥ }
le sous-espace de Rm × Rm = R2m des couples (x, v) où x est un point de M et v un
vecteur dit normal à M , c’est-à-dire appartenant à l’orthogonal νx M = (Tx M )⊥ (pour le
produit scalaire euclidien usuel de Rm ) du plan tangent Tx M à M en x. Nous représenterons
souvent sur les dessins l’espace normal νx M en un point x de M , qui est un espace vectoriel,
comme l’espace affine passant par x correspondant. Remarquons que νx M est un sous-
espace vectoriel de dimension m − p de Rm . En particulier, si M est une hypersurface de
Rm (c’est-à-dire si p = m − 1), alors les espaces normaux νx M aux points x de M sont des
droites vectorielles.
Le sous-espace νM muni de la projection canonique π ν ∶ (x, v) ↦ x de νM dans M
s’appelle le fibré normal à la sous-variété M . Par une démonstration assez semblable à celle
pour le fibré tangent (voir la proposition 4.13) et le fibré cotangent (voir la partie 6.2), c’est
une sous-variété lisse de R2m de dimension p+(m−p) = m et l’application π ν ∶ νM → M est
une submersion C∞ . 152 Contrairement au cas des fibrés tangents et cotangents, il dépend
152. Identifions Rp avec le sous-espace vectoriel des p premières coordonnées de Rm et Rm−p avec le
sous-espace vectoriel des m − p dernières coordonnées. Pour tout x ∈ M , soit ϕ ∶ U → V un redressement
local de M en x (voir le théorème 4.5 (1)), c’est-à-dire un C∞ -difféomorphisme ϕ d’un voisinage ouvert U
de x dans Rm à valeurs dans un voisinage ouvert V de 0 dans Rm tel que ϕ(x) = 0 et ϕ(M ∩ U ) = V ∩ Rp .
Pour tout y ∈ M , notons πy⊥ ∶ Rm → (Ty M )⊥ la projection orthogonale de Rm sur l’orthogonal du plan
tangent Ty M . Alors l’application de (V ∩ Rp ) × Rm−p dans R2m définie par
302
à C∞ -difféomorphisme près du plongement de M dans l’espace ambiant Rm .
Un champ de vecteurs normaux est une section lisse de la projection canonique π ν du
fibré normal νM , c’est-à-dire une application lisse n ⃗ ∶ M → νM telle que π ν ○ n
⃗ = idM .
Comme elle est de la forme x ↦ (x, v(x)) avec v ∶ M → R une application de classe C∞ ,
m
telle que v(x) ⊥ Tx M pour tout x ∈ M (qui détermine complètement n ⃗ ), nous identifierons
souvent l’application n ⃗ avec sa seconde projection v.
Si p < m (c’est-à-dire si la codimension de M dans Rm est au moins 1), pour tout point
fixé x de M , il existe des champs de vecteurs normaux qui sont définis sur tout M et ne
s’annulent pas sur un voisinage ouvert assez petit de x. Les paramétrages locaux de νM et
les partitions de l’unité permettent même de construire m − p champs de vecteurs normaux
linéairement indépendants en tout point d’un voisinage ouvert assez petit de x.
Exemple. Le fibré normal νSp à la sphère Sp de dimension p dans Rp+1 est C∞ -difféomorphe
à Sp × R, car l’application de Sp × R dans νSp définie par
est un C∞ -difféomorphisme d’inverse (x, v) ↦ (x, ⟨x, v⟩). De plus, l’application n ⃗ ∶x↦
(x, −x) est un champ de vecteurs normaux unitaires lisse sur Sp . Contrairement aux champs
de vecteurs tangents (voir le théorème de peignage des sphères 5.18), il existe donc des
champs de vecteurs normaux ne s’annulant pas sur toute sphère, mais ce n’est pas forcément
vrai pour toute sous-variété.
Nous avons une application lisse fM ∶ νM → Rm (dite d’évaluation en leur extrémité
des vecteurs normaux) définie par fM ∶ (x, v) ↦ x + v. Nous dirons qu’un point y ∈ Rm
est un point focal de M en x s’il existe v ∈ νx M tel que fM (x, v) = y et telle que le point
(x, v) soit un point critique de fM , ou, de manière équivalente puisque les sous-variétés
νM et Rm sont toutes deux de dimension m, telle que l’application tangente T(x,v) fM ait
un noyau non nul. La multiplicité k d’un point focal y de M en x est alors la dimension
du noyau de T(x, y−x) fM .
Exemples. (1) Soit y ∈ Rn . S’il existe une courbe c ∶ I → M de classe C1 non constante
tracée sur M et un champ de vecteurs normaux v ∶ I → νM lisse le long de c (c’est-à-dire
tel que v(s) ∈ νc(s) M pour tout s ∈ I, ou, de manière équivalente, tel que π ν ○ v = c), qui
vérifient
∀ s ∈ I, c(s) + v(s) = y ,
alors y est un point focal de M . Mais cette condition suffisante n’est pas équivalente à être
un point focal, qui est une propriété infinitésimale.
(2) Si p ≥ 1, le seul point focal de la sphère Sp (et plus généralement de tout ouvert
non vide de Sp ) est son centre, point en lequel se concentrent les rayons lumineux normaux
intérieurs émis par une sphère. Sa multiplicité est égale à p. En effet, nous avons fSp (x, −x) =
0 pour tout x ∈ Sp , donc (x, −x) est un point critique de fSp car p ≥ 1. Une variation
(utilisant le principe de réflexion de Descartes, avec réflexion symétrique de part et d’autre
de la normale, et non pas le long de la normale) sur le phénomène de concentration des
rayons est à la base des fours solaires, ci-dessous celui parabolique d’Odeillo (Pyrénées
Orientales).
est un paramétrage local de νM en tout point de {x} × (Tx M )⊥ .
303
Proposition 8.6. Presque aucun point y ∈ Rm n’est un point focal de M .
Démonstration. Puisque les sous-variétés νM et Rm sont toutes les deux de dimension
m et par définition, les points focaux de M sont les valeurs critiques de l’application lisse
fM ci-dessus, et il suffit donc d’appliquer le théorème de Sard 5.3. ◻
en rappelant que ⟨ , ⟩ est le produit scalaire usuel de Rm . Le réel Ix (v, w) est parfois noté
gx (v, w) ou ⟨v, w⟩x . Remarquons que l’application I est de classe C∞ , et que l’application
de Tx M × Tx M dans R définie par (v, w) ↦ Ix (v, w) est un produit scalaire sur l’espace
tangent Tx M en x, c’est-à-dire une forme bilinéaire symétrique définie positive sur Tx M .
Nous noterons ∥ ∥x la norme euclidienne sur Tx M associée au produit scalaire euclidien Ix .
La première forme fondamentale, qui dépend du plongement dans l’espace ambiant Rm ,
donne un exemple de métrique riemannienne sur la sous-variété M , mais nous n’en ferons
pas de théorie générale dans ce cours, en renvoyant aux apprentissages de seconde année
(M2) de master (voir par exemple [Pau4, GaHL, Spi]).
Nous pouvons exprimer la première forme fondamentale à l’aide de paramétrages lo-
caux. Soit φ ∶ W → Rm un paramétrage local de M (où W est un ouvert de Rp et φ(W )
un ouvert de M ). Pour tout x ∈ W , le p-uplet
∂φ ∂φ
Bφ,x = ( (x), . . . , (x) )
∂x1 ∂xp
de vecteurs tangents à M en φ(x) est une base de l’espace tangent Tφ(x) M . Elle ne dépend
pas seulement de φ(x), mais aussi de la différentielle de φ en x. La matrice G(x) = Gφ (x)
153. En effet, comme dans la démonstration de la proposition 4.13, si (W, φ) est un paramétrage local
lisse de M , d’image U ∩ M , où U est un voisinage ouvert dans Rm d’un point x′0 ∈ M , alors
(W × Rp × Rp , ψ ∶ (x, v, w) ↦ (φ(x), dφx (v) + v0′ , dφx (w) + w0′ )
est un paramétrage local lisse de T M ×M T M au voisinage de (x′0 , v0′ , w0′ ) pour tous les v0′ , w0′ ∈ Tx0 M .
304
de la première forme fondamentale Iφ(x) de M en φ(x) dans cette base est la matrice de
Gram 154 du p-uplet de vecteurs Bφ,x pour le produit scalaire euclidien de Rm , c’est-à-dire
∂φ ∂φ
G(x) = (gi,j (x))1≤i,j≤p = ( ⟨ (x), (x)⟩ ) . (38)
∂xi ∂xj 1≤i,j≤p
Notons Sym++p l’ensemble des matrices réelles de taille p × p symétriques définies positives,
qui est un ouvert (donc une sous-variété lisse) de l’espace vectoriel réel Symp de dimension
p(p+1)
2 des matrices réelles de taille p × p symétriques. L’application G = Gφ ∶ x ↦ G(x)
ainsi définie de W dans Sym++ ∞
p est de classe C . Notons (v1 , . . . , vp ) les composantes d’un
vecteur tangent v ∈ Tφ(x) M dans la base Bφ,x , de sorte que
p
∂φ
v = ∑ vi (x) .
i=1 ∂xi
Nous identifions de manière usuelle un vecteur de Tφ(x) M avec la matrice colonne de ses
coordonnées dans la base Bφ,x . Nous obtenons l’expression en coordonnées locales de la
première forme fondamentale
p
∀ v, w ∈ Tφ(x) M, Iφ(x) (v, w) = t v G(x) w = ∑ gi,j (x) vi wj .
i,j=1
La formule de changement de paramétrage local est la suivante (voir la formule (40)). Soit
ψ ∶ W ′ → W un C∞ -difféomorphisme entre ouverts de Rp , de matrice jacobienne Jψy en
y ∈ W ′ . Considérons l’application φ ○ ψ ∶ W ′ → Rm , qui est encore un paramétrage local
C∞ de M (et tout paramétrage local de M en tout point de φ(W ) est localement de cette
forme). Rappelons la formule
Z = (Jψy ) Z ′ (39)
reliant la matrice colonne Z ′ des nouvelles coordonnées d’un vecteur de Tφ○ψ(y) M dans la
nouvelle base Bφ○ψ,y des dérivées partielles de φ ○ ψ en y, en fonction de la matrice colonne
Z de ses anciennes coordonnées dans l’ancienne base Bφ,ψ(y) des dérivées partielles de
φ en ψ(y). 155 Alors la matrice de la première forme fondamentale pour le (nouveau)
paramétrage local φ ○ ψ ∶ W ′ → Rm de M est
Gφ○ψ (y) = t
(Jψy ) Gφ (ψ(y)) (Jψy ) . (40)
305
8.2.3 La seconde forme fondamentale et les courbures
Notons π ⊥ l’application de M × Rm dans νM qui à (x, v) associe (x, πx⊥ (v)) où, comme
déjà défini dans la note de bas de page 152, nous notons πx⊥ ∶ Rm → νx M = (Tx M )⊥ la
projection orthogonale de Rm sur le sous-espace vectoriel νx M . Remarquons que π ⊥ est de
classe C∞ .
La seconde forme 156 fondamentale de la sous-variété M de Rm est l’application notée
II ∶ T M ×M T M → νM définie par
p
∂2φ
II ∶ (x, v, w) ↦ IIx (v, w) = ∑ πx⊥ ( (φ−1 (x))) vi wj (41)
i,j=1 ∂xi ∂xj
306
notées
λ1 = λn1⃗ (x), . . . , λp = λnp⃗ (x) ,
et sont bien définies modulo l’ordre.
⃗ sont les réels
Les rayons de courbure principaux de M en x dans la direction n
pour tous les i ∈ J1, pK tels que λi ≠ 0. Lorsque λi = 0, on pose parfois Ri = ∞ par continuité
dans P1 (R) = R ∪ {∞}, mais il vaut mieux dire que le rayon de courbure n’est alors pas
défini.
La courbure de Gauss de M en x dans la direction n ⃗ est
K = K n⃗ (x) = λ1 . . . λp .
⃗ est
La courbure moyenne de M en x dans la direction n
1
H = H n⃗ (x) = (λ1 + ⋅ ⋅ ⋅ + λp ) .
p
Les courbures de Gauss et courbures moyennes sont indépendantes du choix de l’ordre des
courbures principales, et définissent des fonctions de classe C∞ sur M . 160
Par le théorème de Riesz-Fréchet, 161 pour tout x ∈ M , puisque Ix est un produit scalaire
sur Tx M et puisque IInx⃗ est une forme bilinéaire symétrique sur Tx M , il existe une unique
application linéaire Lnx⃗ ∶ Tx M → Tx M , auto-adjointe pour ce produit scalaire, telle que
pour tous les v, w ∈ Tx M , nous ayons
307
L’application linéaire Lnx⃗ est appelée l’opérateur de Weingarten dans la direction n
⃗ en x
(« shape operator » en anglais, parfois notée Wxn⃗ ). 162 Les courbures principales dans la
direction n⃗ en tout point de M sont les valeurs propres de l’opérateur de Weingarten dans
la direction n⃗ en tout point de M . De plus, nous avons
1
K n⃗ (x) = det Lnx⃗ et H n⃗ (x) = tr Lnx⃗ .
p
Remarques. (1) Les courbures de Gauss et moyennes sont invariantes par isométries de
l’espace ambiant Rm , au sens suivant. Soit f ∶ Rm → Rm une isométrie (pour la distance
euclidienne), donc de la forme x ↦ A x + b avec A ∈ O(m) et b ∈ Rm , de partie vectorielle
̃ = f (M ) de M par
f ′ ∶ x ↦ A x. Puisque f est un C∞ -difféomorphisme de Rm , l’image M
f est une sous-variété lisse de R . L’application νf ∶ νM → ν(f (M )) définie par
m
⃗ ○ f −1 ∶ f (M ) → ν(f (M ))
⃗ = νf ○ n
f∗ n
162. Nous identifions comme d’habitude l’espace vectoriel réel End(Rm ) des endomorphismes linéaires de
2
Rm avec l’espace vectoriel Rm , par l’isomorphisme linéaire qui à un endomorphisme associe sa matrice
dans la base canonique de R . Si E est un sous-espace vectoriel de l’espace euclidien Rm , d’orthogonal E ⊥ ,
m
la réunion disjointe pour tous les x ∈ M des espaces vectoriels End(Tx M ) des endomorphismes linéaires
des espaces tangents à M . Muni de l’application π End ∶ (x, f̂) ↦ x, le sous-espace End(T M ) s’appelle le
fibré des endomorphismes du fibré tangent de M . Montrons que le sous-espace topologique End(T M ) de
2 2
Rm × End(Rm ) = Rm × Rm = Rm+m est une sous-variété lisse de Rm(m+1) de dimension p(p + 1). Soient
(y0 , f0 ) ∈ End(T M ) et (W, φ) un paramétrage local C∞ de M au voisinage ouvert de y0 = φ(0) par un
̂
ouvert W de Rp contenant 0. Notons que pour tout f ∈ End(Rp ), l’application fx = dφx ○ f ○ dφ−1 x est un
endomorphisme linéaire de Tx M . Alors par une démonstration semblable à celle de la proposition 4.13,
l’application
ψ ∶ (x, f ) ↦ (φ(x), f̂x + f̂0 ))
2
définie sur l’ouvert W × End(Rp ) de Rp × Rp , est un paramétrage local lisse de End(T M ) au voisinage de
(y0 , f̂0 ) = ψ(0, 0).
Par les formules explicites de la note de bas de page 161, l’application Ln⃗ ∶ M → End(T M ) définie
par x ↦ Ln ⃗
x est une section de classe C
∞
du fibré End(T M ), c’est-à-dire une application C∞ telle que
π End ○ Ln⃗ = idM .
308
vérifient, 163 pour tous les x ∈ M et v, w ∈ Tx M ,
̃If (x) (f ′ (v), f ′ (w)) = Ix (v, w), ̃ f (x) (f ′ (v), f ′ (w)) = f ′ (IIx (v, w)) ,
II
̃ f∗ n⃗ (f ′ (v), f ′ (w)) = IIn⃗ (v, w),
II ̃f∗ n⃗ = f ′ ○ Ln⃗ ○ (f ′ )−1 ,
L
f (x) x f (x) x
̃ f∗ n⃗ (f (x)) = K n⃗ (x),
K ̃ f∗ n⃗ (f (x)) = H n⃗ (x) .
H (42)
(2) Tout polynôme symétrique P en p variables définit aussi une fonction lisse sur M
par x ↦ P (λ1 (x), . . . , λp (x)).
(3) Soit h ∶ Rm → Rm l’homothétie x ↦ λ x de rapport λ > 0 dans Rm . Remarquons que
⃗ ∶ M → νM
Tx M = Th(x) h(M ) pour tout x ∈ M car h préserve toute droite vectorielle. Si n
est un champ de vecteurs normaux lisse sur M , alors en définissant maintenant
Exemple. Supposons que I soit un intervalle ouvert non vide de R, et que M soit l’image
d’une courbe plane régulière (respectivement d’une courbe gauche birégulière) c ∶ I → Rm
163. La première égalité découle du fait que l’application linéaire f ′ préserve le produit scalaire de Rm .
Montrons la seconde égalité, les deux suivantes en découlant par les définitions des divers objets et les deux
dernières découlant de la quatrième car deux endomorphismes conjugués ont même déterminant et même
trace. Si φ ∶ W → Rm est un paramétrage local de M , alors f ○ φ ∶ W → Rm est un paramétrage local de
f (M ). Soit x ∈ W . Nous avons ∂f ○φ
∂xi
∂φ
(x) = f ′ ○ ∂xi
(x) pour tout i ∈ J1, pK. Donc si v = ∑pi=1 vi ∂x
∂φ
i
(x) ∈ Tφ(x) M ,
2 2
alors f ′ (v) = ∑pi=1 vi ∂f ○φ
∂xi
∂ f ○φ
(x). Nous avons ∂x i ∂xj
(x) = f ′ ○ ∂x∂i ∂x
φ
j
(x) et πf⊥(x) ○ f ′ = f ′ ○ πx⊥ . Par la définition
(41) de II ̃ f (x) , la seconde égalité de la formule (42) en découle.
164. Pour la troisième égalité, il convient de remarquer que par la seconde égalité, nous avons maintenant
̃ hh(x)
II
∗n
⃗
(h(v), h(w)) = ⟨II
̃ h(x) (h(v), h(w)), h∗ n ⃗ (x)⟩ = λ IIn
⃗ (h(x))⟩ = ⟨λ IIx (v, w), n ⃗
x (v, w) .
La quatrième égalité en découle alors, car par les première et troisième égalités et puisque les homothéties
commutent avec toutes les applications linéaires, pour tous les x ∈ M et v, w ∈ Tx M = Th(x) h(M ), nous
avons
1 ̃ 1
Ix (Lhh(x)
∗n
Ih(x) (h(Lhh(x)
∗n
(v)), h(w)) = 2 ̃Ih(x) (Lhh(x)
∗n
⃗ ⃗ ⃗
(v), w) = (h(v)), h(w))
λ2 λ
1 ̃ h∗ n⃗ 1 n 1
IIx (v, w) = Ix (Ln
⃗
= 2 IIh(x) (h(v), h(w)) = x v, w) .
λ λ λ
309
avec m = 2 (respectivement m = 3), paramétrée par longueur d’arc, qui est un plongement
lisse de I dans Rm . Nous reprenons les notations de la partie 8.1. Notons n⃗ le champ de
vecteurs normaux unitaires le long de c défini par n⃗ (c(s)) = ν(s). Alors pour tout s ∈ I,
nous avons
R ν(s) si m = 2
Tc(s) M = R τ (s), νc(s) M = {
R ν(s) + R β(s) si m = 3,
et pour tous les a, b ∈ R, puisque τ (s) est unitaire, et puisque l’accélération c̈(s) = τ̇ (s) est
normale à M en c(s), nous avons
⃗ a b κ(s) si m = 2
IInc(s) (a τ (s), b τ (s)) = a b ⟨ ν(s), c̈(s) ⟩ = {
a b K(s) si m = 3,
κ(s) si m = 2
de sorte que K n⃗ (c(s)) = λn1⃗ (c(s)) = { . Ainsi la courbure de Gauss dans
K(s) si m = 3
la direction du vecteur normal à la courbe ν coïncide avec la courbure des courbes planes
et gauches.
Si m = 3, pour tout s0 dans l’intérieur de I, pour tout ϵ > 0 assez petit, tout champ de
vecteurs normaux unitaires le long de c∣]s0 −ϵ,s0 +ϵ[ s’écrit
⃗ (x), n
En dérivant l’égalité ⟨ n ⃗ (x) ⟩ = 1 exprimant le caractère unitaire du champ de vecteurs
normaux n ⃗ , pour tout v ∈ Tx M , nous avons que Tx n ⃗ (v) est orthogonal à n⃗ (x), donc
appartient à Tn⃗ (x) Sm−1 = Tx M . Par conséquent, l’application Tx n ⃗ ∶ Tx M → Tx M est un
endomorphisme linéaire de Tx M .
Proposition 8.8. Pour tout x ∈ M , l’opérateur de Weingarten Lx de l’hypersurface orien-
⃗ en x de l’application de Gauss :
tée M en x est égal à l’opposé de l’application tangente Tx n
311
Considérons (x′ , v ′ ) = (x, v) dans la suite. Notons que ⟨⃗
n(x), πx⊥ (u)⟩ = ⟨⃗
n(x), u⟩ pour tout
−1
u ∈ R , et que dφφ−1 (x) (d(φ )x (w)) = w. Par la formule (41), nous avons donc
m
+
⃗
n
S1 S2
Comme remplacer ce champ de vecteurs par son opposé ne change pas la courbure de
Gauss si n est pair, nous utiliserons dans la suite le champ de vecteurs normaux unitaires
rentrant n⃗ ∶ x ↦ −Rx
pour calculer la seconde forme fondamentale.
Au voisinage de tout point de SR de première coordonnée strictement positive, l’ap-
○
plication φ ∶ B Rn (0, R) → SR définie sur la boule ouverte de rayon R et de centre 0 dans
l’espace euclidien Rn par
√
x = (x1 , . . . , xn ) ↦ φ(x) = (x0 = R2 − ∥x∥2 , x1 , . . . , xn )
est un paramétrage local. En notant (e0 , e1 , . . . , en ) la base canonique de Rn+1 , pour tout
○
x ∈ B Rn (0, R), la base Bφ,x de Tφ(x) SR définie par ce paramétrage local est
∂φ x1 ∂φ xn
( (x) = e1 − √ e0 , . . . , (x) = en − √ e0 ) .
∂x1 R2 − ∥x∥2 ∂xn R2 − ∥x∥2
Pour tous les i, j ∈ J1, nK, le coefficient (i, j) de la matrice de Gram G(x) = (gi,j (x))1≤i,j≤n
de la première forme fondamentale de SR en x dans cette base est donc
⎧ xi xj
⎪ R2 −∥x∥2 si i ≠ j
∂φ ∂φ ⎪
gi,j (x) = ⟨ (x), (x) ⟩ = ⎨ x2i
∂xi ∂xj ⎪
⎪ 1 + si i = j .
⎩ R 2 −∥x∥2
312
En particulier, au pôle Nord P = (R, 0, . . . , 0) = φ(0), l’espace tangent TP SR à la sphère
SR a pour base (e1 , . . . , en ), qui est orthonormée pour la première forme fondamentale de
SR en P , et donc G(0) = In est la matrice identité n × n. De plus, le coefficient (i, j) de la
matrice de la seconde forme fondamentale de SR en P dans cette base est
∂2φ ∂2φ 0 si i ≠ j
π⊥( (0) ) = (0) = { 1
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj − R e0 si i = j .
φ(0)
Puisque le champ de vecteurs normaux unitaires rentrant de SR vaut n⃗ (0) = − R = −e0
au pôle Nord P = φ(0), la seconde forme fondamentale (scalaire) en P de l’hypersurface
orientée SR vérifie donc, pour tous les v, w ∈ TP SR ,
1
IIP (v, w) = IP (v, w) .
R
Par invariance par rotation (voir la remarque (1) de la partie 8.2.3), pour tous les x ∈ SR
et v, w ∈ Tx SR , nous avons IIx (v, w) = Ix ( R1 v, w). Donc l’opérateur de Weingarten en tout
point x de SR est l’application linéaire v ↦ R1 v, c’est-à-dire l’homothétie de rapport R1 de
l’espace tangent Tx SR .
Par invariance par rotation, les courbures principales, les rayons de courbure principaux,
les courbures de Gauss et moyennes de la sphère Sn sont constantes, égales respectivement
à
1 1 1
λ1 = ⋅ ⋅ ⋅ = λn = , R1 = ⋅ ⋅ ⋅ = Rn = R, K = n et H = .
R R R
Remarquons qu’en dimension impaire, le choix opposé du champ de vecteurs normaux
unitaires sortant de la boule (qui est celui utilisé pour définir l’orientation de la sphère)
conduirait à des sphères de courbures principales strictement négatives, ce qui ne collerait
pas avec l’intuition.
Comptés avec multiplicité, il y a donc au plus p points focaux le long de la droite affine
normale ℓ.
Lorsque M est l’image d’une courbe plane régulière ou d’une courbe gauche birégulière
c, ce résultat dit, par le calcul de la courbure principale de M dans l’exemple en fin de la
partie 8.2.3, que l’unique point focal de M en un point x = c(s) dans la direction ν(s) du
vecteur normal en s est le centre c(s) + K(s)
1
ν(s) du cercle osculateur de M en x (lorsqu’il
existe, c’est-à-dire lorsque la courbure K(s) de c au temps s est non nulle).
313
Démonstration. Nous pouvons supposer que p < m. Soient y ∈ M et v ∈ νy M tel que
∥c∥x = 1. Soit φ ∶ W → Rm un paramétrage local de M en y, où W est un ouvert de
Rp contenant 0 et φ(0) = y. Quitte à réduire l’ouvert W , il existe, pour tout élément
x = (x1 , . . . , xp ) ∈ W , une base orthonormée (⃗ ⃗ m (x)) du sous-espace vectoriel
np+1 (x), . . . , n
euclidien νφ(x) M , dépendant de manière lisse de x, telle que n ⃗ p+1 (0) = v. Alors l’application
̃ de W × R
φ m−p
dans νM définie par
m
̃ ∶ (x = (x1 , . . . , xp ), u = (xp+1 , . . . , xm )) ↦ ( φ(x), ∑ xk n
φ ⃗ k (x) )
k=p+1
est un paramétrage local lisse de νM en (y, v). L’expression dans ce paramétrage local de
l’application fM ∶ νM → Rm définie par (z, w) ↦ z + w est
m
̃ ∶ (x = (x1 , . . . , xp ), u = (xp+1 , . . . , xm )) ↦ φ(x) + ∑ xk n
ψ = fM ○ φ ⃗ k (x) .
k=p+1
Ses dérivées partielles en (x, u) ∈ W × Rm−p sont, pour tout i ∈ J1, mK,
⃗k
∂ψ ∂φ
(x) + ∑m
k=p+1 xk ∂xi (x)
∂n
si i ≤ p ,
(x, u) = { ∂xi (44)
∂xi ⃗ i (x) sinon .
n
Pour tout x ∈ W , puisque les vecteurs n ⃗ k (x) pour k ∈ Jp + 1, mK sont orthogonaux aux
vecteurs ∂xj (x) pour j ∈ J1, pK, pour tout i ∈ J1, pK, nous avons
∂φ
⃗k
∂n ∂φ ∂2φ ∂ ∂φ
⟨ (x), ⃗ k (x),
(x) ⟩ + ⟨ n (x) ⟩ = ⃗ k (x),
⟨n (x) ⟩ = 0 .
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj ∂xi ∂xj
Quitte à effectuer un changement de variable linéaire dans W , nous pouvons supposer que
la base ( ∂x
∂φ
1
(0), . . . , ∂x
∂φ
p
(0)) de Ty M est orthonormée, c’est-à-dire que la matrice de Gram
(gi,j (0) = ⟨ ∂x
∂φ
i
(0), ∂x
∂φ
j
(0) ⟩)1≤i,j≤p est la matrice identité p × p.
Par la formule (44), pour tout u ∈ Rm−p , l’application différentielle d(0,u) ψ ∶ Rm → Rm
en (0, u) de ψ, qui est linéaire, admet pour matrice dans la base canonique de l’espace de
départ Rm et dans la base orthonormée ( ∂x ∂φ
1
(0), . . . , ∂x
∂φ
p
⃗ p+1 (0), . . . , n
(0), n ⃗ m (0)) de l’espace
A(0, u) B
d’arrivée Rm , une matrice de la forme ( ) avec A(0, u) = (aij (0, u))1≤i,j≤p où
0 Im−p
∂ψ ∂φ ∂φ ∂φ m
⃗k
∂n ∂φ
aij (0, u) = ⟨ (0), (0) ⟩ = ⟨ (0), (0) ⟩ + ∑ xk ⟨ (0), (0) ⟩
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj k=p+1 ∂xi ∂xj
m
∂2φ
⃗ k (0),
= gi,j (0) − ∑ xk ⟨ n (0) ⟩
k=p+1 ∂xi ∂xj
et B ∈ Mp,m−p une matrice qu’il n’est pas besoin de préciser. En particulier, la dimension
du noyau de d(0,u) ψ est égale à la dimension du noyau de A(0, u). Ainsi, pour tout t ∈ R,
en posant u0 = (1, 0, . . . , 0) ∈ Rm−p de sorte que ψ(0, tu0 ) = y + tv, le point y + tv est un
point focal de M en y si et seulement si la différentielle d(0, t u0 ) ψ n’est pas injective, et
alors la multiplicité du point focal y + tv est égale à la dimension du noyau de la matrice
∂2φ
(aij (0, tu0 ) = gi,j (0) − t⟨ v, (0) ⟩) .
∂xi ∂xj 1≤i,j≤p
314
Donc y + tv est un point focal de M de multiplicité µ si et seulement si 1t est une valeur
propre de multiplicité µ de la matrice de la seconde forme fondamentale de M en y dans
la direction v. Ceci montre le résultat. ◻
Le résultat suivant redémontre l’existence d’une fonction de Morse lisse sur toute variété
(voir la partie 6.2), en utilisant le théorème de plongement de Whitney (voir la partie 4.6)
pour se ramener à une sous-variété d’un espace euclidien Rm .
Théorème 8.10. Pour presque tout point z ∈ Rm , l’application δz ∶ M → R définie par
y ↦ d(y, z)2 = ∥y − z∥2 est une fonction de Morse lisse sur M .
Démonstration. Remarquons que l’application δz ∶ y ↦ ⟨y − z, y − z⟩ est en effet une
fonction lisse sur M . Le lemme clef est la caractérisation suivante des points critiques non
dégénérés de la fonction δz .
Lemme 8.11. (1) Un point y ∈ M est un point critique dégénéré de la fonction δz si et
seulement si z est un point focal de M en y. La dimension du noyau de la matrice hessienne
de δz en y est alors égale à la multiplicité du point focal z.
(2) Si y ∈ M est un point critique non dégénéré de la fonction δz , alors l’indice de y
est égal au nombre de points focaux de M (comptés avec multiplicité) sur le segment ]y, z[
normal à M .
Démonstration. (1) Soit φ ∶ W → Rm un paramétrage local de M en y, où W est un
ouvert de Rp contenant 0 et φ(0) = y. L’application δz lue dans ce paramétrage local est
l’application ψ = δz ○ φ ∶ W → R définie par
ψ ∶ x ↦ ∥φ(x) − z∥2 .
Ses dérivées partielles premières sont, pour tout j ∈ J1, pK,
∂ψ ∂φ
(x) = 2⟨ (x), φ(x) − z ⟩ .
∂xj ∂xj
∂φ
En particulier, puisque les vecteurs ∂x 1
(0), . . . , ∂x
∂φ
p
(0) engendrent l’espace vectoriel Ty M ,
le point y est un point critique de δz si et seulement si le vecteur y − z est normal à M en
y.
La matrice hessienne de ψ en 0 vérifie, pour tous les i, j ∈ J1, pK, l’égalité
∂2ψ ∂φ ∂φ ∂2φ
(0) = 2⟨ (0), (0) ⟩ + 2⟨ (0), φ(0) − z ⟩ .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi ∂xi ∂xj
Donc si z = y + tv avec v un vecteur normal unitaire à M en y = φ(0), nous avons
∂2ψ ∂2φ
(0) = 2( gi,j (0) − t⟨ v, (0) ⟩) .
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj
Le résultat découle donc de la fin de la démonstration de la proposition 8.9.
(2) Nous renvoyons par exemple à [Mil2]. ◻
Ce lemme et la proposition 8.6 démontrent le théorème 8.10. ◻
Exercice E.92. Calculer la courbure et les points focaux des ellipses planes et des hyper-
boles planes d’équation a x2 + b y 2 = 1, où a, b ∈ R∖{0}, et des paraboles planes d’équation
y = ax2 , où a ∈ R∖{0}.
315
8.4 Courbures des surfaces de R3
Le but de cette partie est de décrire les propriétés locales de courbure des surfaces
plongées dans R3 . Nous supposons donc que d = 2 et m = 3 dans cette partie, et que M est
une sous-variété lisse orientée de dimension 2 (donc une surface) de R3 .
Comme nous n’allons effectuer qu’une étude locale, la restriction sur l’orientation n’est
pas contraignante : nous nous restreindrons à l’image d’un paramétrage local, et nous
supposerons que celui-ci préserve l’orientation. Rappelons aussi que la courbure de Gauss
K ∶ M → R, produit des deux courbures principales, ne dépend pas du choix local d’un
champ de vecteurs normaux unitaires lisse, car le choix opposé donne la même valeur. Nous
prendrons les champs de vecteurs normaux unitaires définis par les paramétrages locaux
préservant l’orientation.
Les images de surfaces sont légion sur la toile internet, et nous n’en donnons que
quelques exemples ci-dessous, essentiellement issus de Wikipedia.
Soit M une hypersurface lisse orientée de Rm . Nous allons mettre en œuvre ci-dessous,
dans le cas particulier m = 3, la méthodologie introduite dans la partie 8.2 pour calculer
les invariants géométriques de M .
316
(1) Trouver de « bons » paramétrages locaux φ ∶ W → M (préservant l’orientation)
de « bons » voisinages de tout point de M , qui rendront les calculs les plus
agréables possibles et reflèteront les éventuelles symétries de M (il est souvent
utile d’utiliser des arguments de symétrie pour simplifier, voire éviter, certains
calculs).
(2) Calculer une base de champs de vecteurs tangents (les ( ∂x
∂φ
○ φ−1 )1≤i≤m−1 étant
Méthodologie : Courbons l’échine !
i
∞
une base du C (φ(W ))-module des champs de vecteurs tangents sur φ(W )).
(3) Calculer la première forme fondamentale, par exemple par la matrice de Gram
de la base précédente.
(4) Calculer le champ de vecteurs normaux unitaires n ⃗ orienté (c’est-à-dire donné
par l’orientation de la variété et de l’espace ambiant), par exemple en prenant
le produit vectoriel (renormalisé) de la base précédente, et qui déterminera
donc l’application de Gauss de l’hypersurface orientée M de Rm .
(5) Calculer la seconde forme fondamentale de M , que ce soit en utilisant
(sans oublier de prendre le produit scalaire avec n ⃗ pour avoir la seconde
forme fondamentale « scalaire ») la différentielle seconde du paramétrage
d2 φφ−1 (x) (dφ−1 −1
x (v), dφx (w)) ou de manière équivalente sa matrice hessienne
2
(à valeurs vectorielles) ( ∂x∂i ∂x
φ
j
○ φ−1 )1≤i,j≤m−1 ou que ce soit en utilisant l’opé-
rateur de Weingarten − Tx n ⃗ , de matrice de taille (m − 1) × m donnée par
n○φ)
∂(⃗ −1
( ∂xi ○ φ )1≤i≤m−1 , en fonction de ce qui minimise les calculs.
(6) Enfin, calculer les invariants de courbure souhaités, dont courbures principales,
courbure de Gauss, courbure moyenne, points focaux (par la proposition 8.9),
etc.
∂φ 2 ∂φ ∂φ ∂φ 2
E(x, y) = ∥ (x, y)∥ , F (x, y) = ⟨ (x, y), (x, y) ⟩, et G(x, y) = ∥ (x, y)∥ .
∂x ∂x ∂y ∂y
E(x, y) F (x, y)
( ),
F (x, y) G(x, y)
de sorte que la forme quadratique associée à la forme bilinéaire symétrique Iφ(x,y) s’écrive,
pour tout v = X ∂φ
∂x (x, y) + Y ∂x (x, y) ∈ Tφ(x,y) M ,
∂φ
E(x, y) F (x, y) X
Iφ(x,y) (v, v) = (X Y ) ( )( )
F (x, y) G(x, y) Y
= X 2 E(x, y) + 2XY F (x, y) + Y 2 G(x, y) .
317
Pour tout borélien B contenu dans l’image φ(W ) de φ, nous définissons l’aire de B par
√ √
Aire(B) = ∫ det(Iφ(x,y) ) dx dy = ∫ det(gi,j (x, y))1≤i,j≤2 dx dy
φ (B)
−1 φ (B)
−1
√ ∂φ ∂φ
=∫ EG − F 2 dx dy = ∫ ∥ (x, y) ∧ (x, y)∥ dx dy ,
φ−1 (B) φ−1 (B) ∂x ∂y
qui est un élément de [0, +∞]. Par la formule de changement de variable des intégrales
pour la mesure de Lebesgue de R2 et par la formule (40), ceci ne dépend pas du para-
métrage local. Nous pouvons alors définir l’aire Aire(B) de tout borélien B d’une surface
lisse M ′ (orientable ou pas) de R3 , en écrivant B = ⊔i∈N Bi comme une réunion dénom-
brable de boréliens Bi deux à deux disjoints, chacun d’eux étant contenu dans l’image d’un
paramétrage local de M , en posant
Aire(B) = ∑ Aire(Bi ) .
i∈N
Par la σ-additivité de la measure de Lebesgue, ceci ne dépend pas du choix d’une telle
décomposition de B. L’application B ↦ Aire(B) est une mesure (positive, borélienne) finie
sur les compacts, sur l’espace localement compact M ′ , appelée la mesure d’aire de M ′ .
La première formule ci-dessus permet de définir une mesure, dite riemannienne, sur
toute variété riemannienne, nous renvoyons pour cela aux apprentissages de seconde année
(M2) de master (voir par exemple [Pau4, GaHL, Spi]).
de l’espace vectoriel Tφ(x,y) M définie par ce paramétrage local est donnée par
∂φ ∂f ∂φ ∂f
(x, y) = (1, 0, (x, y)) et (x, y) = (0, 1, (x, y)) .
∂x ∂x ∂y ∂y
Alors
∂f 2 ∂f ∂f ∂f 2
E(x, y) = 1+( (x, y)) , F (x, y) = (x, y) (x, y), et G(x, y) = 1+( (x, y)) .
∂x ∂x ∂y ∂y
(45)
En particulier, si B est un borélien de M = φ(W ), alors l’aire de B est
√
∂f 2 ∂f 2
Aire(B) = ∫ 1 + ( ) + ( ) dx dy . (46)
φ−1 (B) ∂x ∂y
R e3
∂φ
∂s
c(s)
g (s)
∂φ
∂θ
R e1
f (s)
R e2
c
Il est important de penser aux surfaces de révolution comme obtenues en faisant tourner
autour de son axe sa courbe méridienne, de la même manière qu’un artisan ou une artisane
ébéniste tourne son bois, ou qu’un artisan potier ou une artisane potière tourne son argile.
166. Cette hypothèse implique que la courbe c ne rencontre pas l’axe vertical R e3 , ce qui est nécessaire
comme le montre l’exemple du cône de révolution {(x, y, z) ∈ R3 ∶ x2 + y 2 − z 2 = 0} qui n’est pas une
sous-variété différentielle en (0, 0, 0).
319
Voici quelques dessins représentant des surfaces de révolution, essentiellement extraits
de Wikipedia.
Alors, pour tous les s ∈ I et θ ∈ R/2πZ, en n’indiquant pas les évaluations en (s, θ) des
dérivées partielles pour alléger les notations, nous avons
∂φ ∂φ
= f ′ (s) eiθ + g ′ (s)e3 et = if (s) eiθ , (47)
∂s ∂θ
de sorte que, puisque c est paramétrée par longueur d’arc,
∂φ ∂φ ∂φ ∂φ
E(s, θ) = ∥ ∥ = 1, F (s, θ) = ⟨ , ⟩ = 0, et G(s, θ) = ∥ ∥ = f (s)2 . (48)
∂s ∂s ∂θ ∂θ
Si B est un borélien de M , alors l’aire de B est
Comme la sphère S2 (privée de ses pôles Nord et Sud) est la surface de révolution d’axe
de révolution R e3 obtenue en prenant I = ] − π2 , π2 [, f ∶ s ↦ cos s et g ∶ s ↦ sin s, nous
retrouvons la formule bien connue
Aire(S2 ) = 4π .
320
Calcul de la seconde forme fondamentale dans un paramétrage local
Nous avons vu qu’un paramétrage local φ ∶ W → R3 de M définit une orientation de
son image dans la surface M , et le choix du champ de vecteurs normaux unitaires orienté
sur φ(W ) est alors l’application lisse ν⃗ = ν⃗φ ∶ W → R3 , à valeurs dans la sphère S2 , appelée
l’application de Gauss de φ, définie par
∂x (x, y) ∧ ∂y (x, y)
∂φ ∂φ
ν⃗ ∶ (x, y) ↦ .
∥ ∂φ
∂x (x, y) ∧ ∂y (x, y)∥
∂φ
⃗
La matrice de la seconde forme fondamentale (scalaire) IIφ(x,y) = IIνφ(x,y) dans la base
Bφ,(x,y) est alors
ℓ(x, y) m(x, y)
( ),
m(x, y) n(x, y)
où, en n’indiquant pas les évaluations en (x, y) pour raccourcir les formules, et en dérivant
par rapport à x ou à y les égalités ⟨ ∂φ ⃗ ⟩ = ⟨ ∂φ
∂x , ν ⃗ ⟩ = 0 afin d’obtenir les égalités de droite
∂y , ν
ci-dessous,
∂φ ∂φ ∂2φ ∂φ ∂ ν⃗
ℓ = IIφ(x,y) ( (x, y), (x, y)) = ⟨ 2 , ν⃗ ⟩ = −⟨ , ⟩,
∂x ∂x ∂x ∂x ∂x
∂φ ∂φ ∂2φ ∂φ ∂ ν⃗ ∂φ ∂ ν⃗
m = IIφ(x,y) ( (x, y), (x, y)) = ⟨ , ν⃗ ⟩ = −⟨ , ⟩ = −⟨ , ⟩,
∂x ∂y ∂x∂y ∂x ∂y ∂y ∂x
∂φ ∂φ ∂2φ ∂φ ∂ ν⃗
n = IIφ(x,y) ( (x, y), (x, y)) = ⟨ 2 , ν⃗ ⟩ = −⟨ , ⟩.
∂y ∂y ∂y ∂y ∂y
(50)
Notons qu’il est parfois plus rapide de calculer les dérivées partielles du champ de vecteurs
normaux que de calculer les dérivées partielles secondes du paramétrage local. Donc il
convient de choisir la formule la plus appropriée afin de calculer les quantités ℓ, m, n.
Remarquons que la base Bφ,(x,y) n’est pas forcément orthonormée. Rappelons que la
matrice de l’opérateur de Weingarten dans cette base Bφ,(x,y) , dont le déterminant et la
moitié de la trace donnent la courbure de Gauss et la courbure moyenne respectivement,
est égale au produit de l’inverse de la matrice dans la base Bφ,(x,y) de la première forme
fondamentale par la matrice dans la base Bφ,(x,y) de la seconde forme fondamentale. La
courbure de Gauss de M au point φ(x, y) est alors
−1
E F ℓ m ℓn − m2
K(φ(x, y)) = det ( ( ) ( )) = (51)
F G m n EG − F 2
321
Exemples. (1) Graphes. Soit φ ∶ (x, y) ↦ (x, y, z = f (x, y)) l’application graphe d’une
fonction lisse f ∶ W → R3 . Notons A ∶ W → ]0, +∞[ la fonction lisse
√
∂f 2 ∂f 2 √ ∂φ ∂φ
A = 1 + ( ) + ( ) = EG − F 2 = ∥ ∧ ∥
∂x ∂y ∂x ∂y
∂φ
∂x ∧ ∂φ
∂y 1 ∂f ∂f
ν⃗ = = (− , − , 1) .
∥ ∂x
∂φ
∧ ∂φ
∂y
∥ A ∂x ∂y
Donc
1 ∂2f ∂f 2 ∂ 2 f ∂f ∂f ∂ 2 f ∂f 2
H(φ(x, y)) = 3
( 2
(1 + ( ) ) − 2 + 2 (1 + ( ) ) ) . (54)
2 A ∂x ∂y ∂x∂y ∂x ∂y ∂y ∂x
∂φ
∧ ∂φ
ν⃗(s, θ) = ∂s ∂θ
= − g ′ (s) eiθ + f ′ (s) e3 . (55)
∥ ∂φ
∂s ∧ ∂φ
∂θ
∥
322
Par les formules (47) et (55), nous avons alors aisément
∂φ ∂ ν⃗ ∂φ ∂ ν⃗ ∂φ ∂ ν⃗
ℓ = −⟨ , ⟩ = κ(s), m = −⟨ , ⟩ = 0, et n = −⟨ , ⟩ = f (s) g ′ (s) . (56)
∂s ∂s ∂s ∂θ ∂θ ∂θ
En particulier, comme les matrices des première et seconde formes fondamentales sont
diagonales, nous avons immédiatement par les formules (48) et (56) que
−1
E F ℓ m 1 0 κ(s) 0 ⎛κ(s) 0 ⎞
( ) ( )=( )( )= g ′ (s) .
F G m n 0 f (s)−2 0 f (s)g ′ (s) ⎝ 0 f (s) ⎠
g ′ (s)
λ1 = κ(s) et λ2 = ,
f (s)
la courbure de Gauss est
g ′ (s)
K(φ(s, θ)) = κ(s) ,
f (s)
et la courbure moyenne est
1 g ′ (s)
H(φ(s, θ)) = ( κ(s) + ).
2 f (s)
1 g ′ (s) iθ f ′ (s)
φ(s, θ) + ν⃗(s, θ) = (f (s) − )e + (g(s) + )e3
λ1 κ(s) κ(s)
1 f (s) f ′ (s)
φ(s, θ) + ν⃗(s, θ) = (g(s) + )e3 .
λ2 g ′ (s)
Les points focaux donnés par la seconde courbure principale λ2 sont donc sur l’axe vertical,
et si la composante horizontale de la méridienne a un extrémum au temps s (c’est-à-dire
si f ′ (s) = 0), alors les deux points focaux sont dans le même plan horizontal que φ(s, θ).
Point elliptique. Si K(a0 ) > 0, alors la matrice Hess f(x0 ,y0 ) est de valeurs propres
non nulles de même signe, donc inversible, et (x0 , y0 ) est un point critique non dégénéré de
f , d’indice 0 ou 2. Le lemme de Morse 6.1 appliqué à la fonction f et à son point critique
(x0 , y0 ) nous dit qu’il existe donc ϵ = ±1 et des fonctions lisses u et v de (x, y), définies
sur un voisinage ouvert de (x0 , y0 ) dans R2 , telles que u(x0 , y0 ) = 0 et v(x0 , y0 ) = 0, et
(x, y) ↦ (u(x, y), v(x, y)) soit un C∞ -difféomorphisme entre deux voisinages ouverts de 0
dans R2 , de sorte que
f (x, y) = ϵ(u(x, y)2 + v(x, y)2 ) .
La seconde forme fondamentale en a0 est donc ou bien définie positive ou bien définie
négative. En particulier, M est, dans un voisinage assez petit de a0 , d’un seul côté de son
plan tangent Ta0 M en a0 . Par la proposition 8.9, la surface admet deux points focaux en
a0 (confondus si et seulement si a0 est un ombilic, voire ci-dessous), du même côté du plan
tangent Ta0 M qu’un voisinage assez petit de a0 dans M .
324
Point hyperbolique. Si K(a0 ) < 0, le lemme de Morse 6.1 appliqué à la fonction f
et à son point critique (x0 , y0 ) nous dit qu’il existe des fonctions lisses u et v de (x, y),
définies sur un voisinage ouvert de (x0 , y0 ) dans R2 , telles que u(x0 , y0 ) = 0 et v(x0 , y0 ) = 0,
et (x, y) ↦ (u(x, y), v(x, y)) soit un C∞ -difféomorphisme entre deux voisinages ouverts de
0 dans R2 , de sorte que
f (x, y) = u(x, y)2 − v(x, y)2 .
Nous dirons que la surface M est une selle de cheval au voisinage de a0 par rapport à son
plan tangent Ta0 M en a0 . Elle contient des points de part et d’autre de son plan tangent.
Par la proposition 8.9, la surface admet deux points focaux en a0 , de part et d’autre du
plan tangent Ta0 M .
comporte deux cercles de points à courbure de Gauss nulle (le long desquels exactement
une courbure principale s’annule), séparant deux demi-tores ouverts, l’un à courbure stric-
tement positive, l’autre à courbure strictement négative (voir le calcul ci-dessus de la
courbure de Gauss des surfaces de révolution).
Selle de singe
Exercice E.93. Montrer qu’une surface lisse M de R3 dont tout point est un ombilic est
une union dénombrable d’ouverts de sphères pour la distance euclidienne de R3 ou d’ouverts
de plans affines de R3 .
Exercice E.94. Soient a, b, c > 0. Calculer les courbures principales, les points focaux et
les ombilics de l’ellipsoïde
E = {(x, y, z) ∈ R3 ∶ ax2 + by 2 + cz 2 = 1}
326
C
S
(c(s), h(c(s)))
c
U c(s)
2
R
Soient donc c ∶ S1 → R2 une courbe de Jordan lisse (un C∞ -plongement plan du cercle
unité). Alors le théorème de Jordan (voir par exemple [Pau3] ou l’exercice E.88 (2)) dit
que R2∖ c(S1 ) admet exactement deux composantes connexes, une bornée que nous notons
U (dont l’adhérence U = U ∪ c(S1 ) est un disque plongé dans R2 , et en particulier une
sous-variété à bord), et une non bornée, dont le bord commun est c(S1 ). Nous supposons
qu’il existe h ∶ c(S1 ) → R une application lisse telle que C = {(c(s), h(c(s)) ∶ s ∈ S1 }, et
nous cherchons une fonction f ∈ C∞ (U ) à valeurs réelles telle que la surface
lisse à bord ait pour bord exactement C et minimise l’aire parmi toutes les surfaces de
bord C qui sont des graphes au-dessus de U .
Par la formule (46), il s’agit donc de minimiser
√
∂f 2 ∂f 2
A (f ) = ∫ 1 + ( ) + ( ) dx dy .
U ∂x ∂y
Pour tout t ∈ R et toute fonction g ∈ C∞
c (U ), le graphe de la fonction f + t g est encore
une surface lisse à bord, de bord égal à C. L’application t ↦ A (f + t g) est dérivable en
t = 0, par les théorèmes de dérivation des intégrales à paramètres sur le compact U . Si S
minimise l’aire à bord donné, alors A (f ) ≤ A (f + t g) pour tout t ∈ R, et donc
d
∣t=0 A (f + t g) = 0 .
dt
Cette équation s’écrit
∂f ∂g
∂x ∂x + ∂f ∂g
∂y ∂y
∫ √ dx dy = 0 .
U ∂f 2 ∂f 2
1 + ( ∂x ) + ( ∂y )
Puisque g est à support compact dans U et par intégration par partie, nous avons
∂f ∂f
∂ ∂ ∂y
∫ g( √ + √ ) dx dy = 0 .
∂x
U ∂x 2 2 ∂y 2 2
1 + ( ∂f
∂x
) + ( ∂f
∂y
) 1 + ( ∂f
∂x
) + ( ∂f
∂y
)
327
ou encore, avec les notations condensées usuelles,
∇f
div ( √ )=0.
1 + ∥∇f ∥2
Or, par les formules (54), la courbure moyenne H = H(x, y) de la surface S au point
(x, y, f (x, y)) vérifie
2 2
∂2f ∂ 2 f ∂f ∂f ∂2f
( ∂x2
(1 + ( ∂f
∂y ) ) − 2 ∂x∂y ∂x ∂y + ∂y 2
(1 + ( ∂f
∂x ) ))
2H = 2 2 3/2
. (57)
(1 + ( ∂f
∂x
) + ( ∂f
∂y
) )
Le second membre de cette formule est égal, par un calcul élémentaire, au premier membre
de la formule centrée précédente. Donc (comme montré dès 1776 par Meusnier) la surface
S, qui minimise l’aire de toutes les surfaces s’appuyant sur la courbe C et s’exprimant
comme graphe, vérifie l’équation
H =0.
Cette condition n’est qu’une condition nécessaire pour ce problème de minisation d’aire, 168
mais elle justifie la définition suivante.
Nous dirons qu’une surface lisse dans R3 est une surface minimale si sa courbure
moyenne est nulle. 169
Nous concluons cette partie en donnant des exemples de surfaces minimales, les dessins
étant extraits de Wikipedia. Nous renvoyons aussi à
https ://www.youtube.com/watch ?v=YdneSMKObls
Exemples. (1) (Plan) Tout ouvert non vide d’un plan affine de R3 , étant à courbures
principales nulles, donc de courbure moyenne nulle, est une surface minimale.
(2) (Caténoïde) Les caténoïdes (Euler, 1744) sont les images par les isométries de
3
R des surfaces de révolution d’axe R e3 et de méridiennes (non paramétrées par longueur
d’arc) c ∶ R → R e1 + R e3 définies par t ↦ f (t) e1 + t e3 où
1
f ∶t↦
cosh(at + b)
a
avec a, b ∈ R et a > 0. En bulle de savon, elles sont obtenues en plongeant deux cercles
parallèles dans un produit tensioactif et en perçant les éventuels disques horizontaux.
168. Similaire au fait que si une fonction f ∶ I → R définie sur un intervalle ouvert I vérifie f ′ (s0 ) = 0 en
un point s0 de I, alors f (s0 ) n’est pas forcément un minimum local de f , mais juste un extrémum local
de f .
169. Il vaudrait mieux dire surface extrémale, mais nous suivons l’usage commun.
328
Proposition 8.12. (Meunier, 1776) Les surfaces de révolution minimales M sont les
ouverts non vides, invariants par rotations autour de l’axe de révolution, des plans affines
épointés et des caténoïdes.
Démonstration. Nous pouvons supposer que l’axe de rotation de M est R e3 , et que sa
méridienne est un C∞ -plongement c ∶ I → R e1 + R e3 d’un intervalle ouvert I, défini par
s ↦ f (s) e1 + g(s) e3 , paramétré par longueur d’arc, avec f strictement positive.
Si la dérivée de g est nulle sur tout I, alors la fonction g est constante. À translation
verticale près, nous pouvons supposer qu’elle est nulle. La fonction f ∶ I → ]0, +∞[ est alors
un paramétrage par longueur d’arc d’un intervalle ouvert f (I) de R contenu dans ]0, +∞[,
et donc M est l’ouvert √
M = {(x, y, 0) ∶ x2 + y 2 ∈ f (I)}
du plan horizontal, invariant par rotation autour de l’axe vertical.
Supposons que la dérivée de g soit non nulle en un point x0 de I. Alors g est strictement
monotone sur un voisinage ouvert maximal I0 de t0 dans I. Nous verrons in fine que la
dérivée g ′ ne s’annule en fait en aucun point de I ∩ I0 , ce qui montrera que I = I0 et que
nous avons traité tous les cas. Après changement de variable (éventuellement renversant
l’orientation) à la source, nous pouvons donc supposer 170 que la courbe c est une appli-
cation t ↦ f (t) e1 + t e3 où f ∶ I → ]0, +∞[ est de classe C∞ . Les dérivées partielles de
l’application φ ∶ (t, θ) ↦ f (t) eiθ + t e3 (qui est un C∞ -plongement de I0 × R/2πZ dans R3 )
sont
∂φ ∂φ
= f ′ (t) eiθ + e3 et = if (t) eiθ .
∂t ∂θ
Donc les coefficients de la première forme fondamentale de M en φ(t, θ) sont
E = 1 + f ′ (t)2 , F = 0, et G = f (t)2 .
Le champ de vecteurs normaux unitaires associé à φ est, au point φ(t, θ) (la courbe c
n’étant plus paramétrée par longueur d’arc),
∧ − eiθ + f ′ (t) e3
∂φ ∂φ
ν⃗(t, θ) = ∂t ∂θ
= √ .
∥ ∂t
∂φ
∧ ∂φ
∂θ
∥ 1 + f ′ (t)2
∂ ν⃗
Les coefficients de la seconde forme fondamentale sont, outre m = −⟨ ∂φ ⟩
∂t , ∂θ = 0 ,
∂φ ∂ ν⃗ f ′′ (t) ∂φ ∂ ν⃗ f (t)
ℓ = −⟨ , ⟩ = −√ et n = −⟨ , ⟩= √ .
∂t ∂t 1 + f ′ (t)2 ∂θ ∂θ 1 + f ′ (t)2
Donc la courbure moyenne est
−1
1 E 0 ℓ 0 1 −f ′′ (t) 1
H= tr ( ) ( )= √ ( ′ (t)2
+ ).
2 0 G 0 n ′
2 1 + f (t) 2 1 + f f (t)
329
À changement de variable à la source près, nous pouvons supposer que 0 ∈ I. Par unicité,
l’unique solution de cette équation différentielle de valeurs initiales f (0) = f0 ∈ ]0, +∞[ et
f ′ (0) = f0′ ∈ R est
1
f ∶ t ↦ cosh(at + b)
a
cosh(argsinh f ′ )
où b = argsinh f0′ et a = f0
0
.
Notons que le reparamétrage s ↦ t(s) rendant la méridienne c paramétrée par longueur
2
d’arc vérifie (f˙(t(s)) ṫ(s)) + ṫ(s)2 = 1, donc ṫ(s) = cosh(a1t(s)+b) , qui n’admet pas de limite
nulle en temps fini. Ainsi la dérivée de la composante verticale de la méridienne paramétrée
par longueur d’arc ne s’annule en aucun point de I. ◻
(3) (Hélicoïde) Les hélicoïdes (Euler, 1744) sont, à isométrie près de R3 , les surfaces
paramétrées
M = {(u cos(av), u sin(av), v) ∶ u, v ∈ R} ,
où a ∈ R∖{0}. L’hélicoïde est dextre si a > 0 et sénestre si a < 0. Un calcul montre que les
hélicoïdes sont bien des surfaces minimales.
(4) (Surface de Scherk) La surface de Scherk (1834) est la surface connexe lisse M
de R3 d’équation
π π 2
M = { (x, y, z) ∈ ] − , [ × R ∶ ez cos x = cos y } .
2 2
Il est élémentaire de vérifier que l’application (x, y, z) ↦ ez cos x − cos y est une submersion
sur ] − π2 , π2 [ 2 × R, donc M est bien une surface, qui s’écrit comme le graphe de la fonction
f ∶ (x, y) ↦ ln cos cos y sur ]− 2 , 2 [ . La surface de Scherk admet une droite verticale asymptote
x π π 2
en chacun des coins du carré ] − π2 , π2 [ 2 . Un petit calcul utilisant la formule (57) montre
que sa courbure moyenne est nulle. Une bonne approximation consiste à tremper dans un
liquide tensioactif le contour de la figure de droite suivante, voir
330
contour pour bulle à savon
disque de Scherk quintuplet de surfaces de Scherk (presque) de Scherk
recollées par demi-tour le long
de droites verticales
u3 v3
M = {(x = u − + uv 2 , y = v − + vu2 , z = u2 − v 2 ) ∶ u, v ∈ R} .
3 3
Voir aussi
Exercice E.95. Montrer que la surface d’Enneper est en effet une surface immergée lisse
minimale.
(6) (Surface de Costa) La surface de Costa est une surface minimale plongée dans
3
R homéomorphe au tore privé de trois points.
331
8.6 Géodésiques
Nous allons étudier dans cette partie les propriétés des courbes lisses tracées sur les
surfaces lisses plongées dans R3 . Nous fixons une surface M lisse connexe dans l’espace
euclidien orienté usuel R3 . Nous donnons quelques définitions avant d’énoncé le résultat
principal de cette partie.
Pour tout intervalle I de R, nous dirons qu’une courbe c ∶ I → M de classe C1 par
morceaux tracée sur M est paramétrée proportionnellement à la longueur d’arc si la norme
∥ ċ ∥ de son vecteur vitesse est constante. Par exemple, toute courbe constante est paramé-
trée proportionnellement à la longueur d’arc. Toute courbe non constante est paramétrée
proportionnellement à la longueur d’arc si et seulement si elle admet un reparamétrage par
longueur d’arc par homothétie à la source.
Rappelons que la longueur d’une courbe c ∶ I → M de classe C1 par morceaux tracée
sur M est
long(c) = ∫ ∥ ċ(t) ∥ dt .
I
Par le théorème de changement de variable de la mesure de Lebesgue de R et le théorème de
dérivation des fonctions composées, la longueur d’une courbe est invariante par changement
de variable de classe C1 à la source : si ϕ ∶ J → I est un C1 -difféomorphisme, alors
La distance riemannienne sur M est la fonction d ∶ M × M → [0, +∞[ définie, pour tous
les x, y ∈ M , en demandant que d(x, y) soit la borne inférieure des longueurs des courbes
c ∶ [a, b] → M de classe C1 par morceaux tracées sur M allant de x = c(a) à y = c(b).
Lemme 8.13. La distance riemannienne d est une distance sur M , induisant la topologie
de M .
Démonstration. Comme M est connexe, il existe au moins un chemin lisse tracé sur
M entre deux points quelconques de M , donc l’application d est bien définie. Comme une
longueur est positive ou nulle, l’application d est à valeurs positives ou nulles, et d(x, y) = 0
si x = y, en prenant un chemin constant de x à y, défini sur [0, 1] par exemple.
Comme la concaténation de deux chemins (concaténables) de classe C1 par morceaux
est encore de classe C1 par morceaux, et comme la longueur des chemins de classe C1 par
morceaux est additive par concaténation et invariante par parcours dans le sens inverse,
l’application d est symétrique et vérifie l’inégalité triangulaire. Si x ≠ y, alors tout chemin
de x à y de classe C1 par morceaux et tracé sur M est de longueur supérieure ou égale à
la distance euclidienne entre x et y, qui est strictement positive. Donc d vérifie l’axiome
de séparation des distances.
Toute suite (xi )i∈N dans M qui converge dans M vers x ∈ M (pour la topologie de
M induite par la distance de R3 ) converge aussi pour la distance riemannienne, car en
travaillant dans un paramétrage local, il est élémentaire de trouver des courbes de classe
C1 de xi à x dont la longueur tend vers 0 quand i → +∞. Comme la distance riemannienne
de M est supérieure ou égale à la restriction à M de la distance euclidienne de R3 , ceci
montre que les topologies induites par ces deux distances sont les mêmes. ◻
Nous dirons qu’une courbe c ∶ I → M de classe C1 par morceaux tracée sur M minimise
localement la distance si pour tout t0 ∈ I, il existe ϵ > 0 tel que pour tous les temps s < t
332
dans I ∩ ]t0 − ϵ, t0 + ϵ[ , nous avons d(c(s), c(t)) = long(c∣[s,t] ), c’est-à-dire si la restriction
c∣[s,t] réalise la borne inférieure des longueurs des chemins C1 par morceaux tracés sur M
allant de c(s) à c(t).
Nous définissons l’énergie de c comme
En(c) = ∫ ∥ ċ(t) ∥2 dt .
I
Contrairement à la longueur, l’énergie d’une courbe n’est en général pas invariante par
changement de variable de classe C1 à la source. Parcourir très doucement une courbe puis
accélérer brutalement vers la fin n’est pas un procédé le plus économe en énergie. 171
Une courbe c ∶ I → M de classe C1 par morceaux tracée sur M minimise localement
l’énergie si pour tout t0 ∈ I, il existe ϵ > 0 tel que pour tous les temps s < t dans I ∩ ]t0 −
ϵ, t0 + ϵ[ , la restriction c∣[s,t] réalise la borne inférieure des énergies des chemins C1 par
morceaux tracés sur M allant de c(s) à c(t).
Soient k, r ∈ N ∪ {∞} avec k ≤ r et c ∶ I → M une courbe de classe Cr tracée sur M .
Un champs de vecteurs tangents à M le long de c de classe Ck est une application
X ∶ I → T M de classe Ck telle que pour tout t ∈ I le vecteur X(t) soit tangent à M en
c(t), c’est-à-dire
∀ t ∈ I, X(t) ∈ Tc(t) M .
Par exemple, si Y ∶ M → T M est un champ de vecteurs lisse sur M , alors Y définit un
champ X ∶ I → T M de classe Cr de vecteurs tangents à M le long de c par précomposition,
en posant X(t) = Y (c(t)) pour tout t ∈ I. Un autre exemple est donné par les vecteurs
vitesses de c : si r ≥ 1, alors l’application ċ de I dans T M définie par t ↦ ċ(t) = ds
d
∣s=t c(s)
r−1
est un champ de vecteurs tangents à M le long de c de classe C . Par partition de l’unité,
au voisinage de tout temps t tel que ċ(t) ≠ 0, tout champ de vecteurs tangents à M le long
de c se prolonge en un champ de vecteurs lisse sur M .
Soit X un champ de vecteurs tangents à M le long de c, de classe C1 . Pour tout x ∈ M ,
∥
notons πx ∶ R3 → Tx M la projection orthogonale de R3 sur Tx M . Remarquons qu’il n’y
a pas de raison en général pour que le vecteur vitesse Ẋ(t) à l’instant t de la courbe
X ∶ I → R3 soit encore tangent à M . La dérivée covariante de X le long de c, notée ∇ċ X,
est le champ de vecteurs tangents à M le long de c défini par
∥
∇ċ X ∶ t ↦ πc(t) (Ẋ(t)) .
Le résultat suivant, pour lequel nous renvoyons par exemple à [Pau4], justifie en parti-
culier la notation ∇ċ X.
Proposition 8.14. Pour tout x ∈ M , pour toute courbe lisse c tracée sur M , définie sur
un voisinage ouvert de 0 dans R et telle que c(0) = x, et pour tout champ de vecteurs lisse
X sur M le long de c, le vecteur tangent ∇ċ X(0) à M en x ne dépend que du vecteur
tangent ċ(0) de c au temps t = 0, et est linéaire en ċ(0). ◻
333
Expression en paramétrage local de la dérivée covariante. Soit φ ∶ W → R3 un
paramétrage local de M . Notons (e1 , e2 ) la base canonique de R2 et (x1 , x2 ) les coordonnées
dans W . Pour tous les a ∈ W et i, j ∈ {1, 2}, l’application ci ∶ t ↦ φ(a + tei ) est une
courbe lisse tracée sur M (définie sur un intervalle ouvert assez petit contenant 0), et
l’application Xj ∶ t ↦ ∂x
∂φ
j
(a + tei ) est un champ de vecteurs tangents à M le long de
ci . Puisque Bφ,a = ( ∂x∂φ
1
(a), ∂x
∂φ
2
(a)) est une base de l’espace tangent Tφ(a) M , le vecteur
tangent ∇ċi Xj (0) en φ(a) s’écrit comme combinaison linéaire des éléments de cette base :
pour k ∈ {1, 2}, il existe Γkij (φ(a)) ∈ R tels que
2
∂φ
∇ċi Xj (0) = ∑ Γkij (φ(a)) (a) .
k=1 ∂xk
Les fonctions Γkij ∶ φ(W ) → R sont lisses et sont appelées les symboles de Christoffel du
paramétrage local φ.
Rappelons que ( ∂x ∂φ
1
○ φ−1 , ∂x
∂φ
2
○ φ−1 ) est une base du C∞ (φ(W ))-module libre des
champs de vecteurs tangents lisses sur φ(W ). Soit c une courbe lisse définie sur un
intervalle ouvert de R contenant 0 telle que c(0) = x, et soient λ1 , λ2 ∈ R tels que
ċ(0) = λ1 ∂x
∂φ
1
(φ−1 (x)) + λ2 ∂x
∂φ
2
(φ−1 (x)). Soient
∂φ ∂φ
Y = f1 ○ φ−1 + f2 ○ φ−1
∂x1 ∂x2
∇ċ ċ = 0 .
Si la courbe c vérifie l’une des propriétés ci-dessus, nous dirons que c est une géodésique
de M . Nous verrons dans la démonstration qu’elle est alors de classe C∞ , et que pour tous
334
les x0 ∈ M et v0 ∈ Tx0 M , il existe une et une seule géodésique maximale 172 c ∶ I → M telle
que 0 ∈ I, c(0) = x0 et ċ(0) = v0 . En particulier, c est paramétrée par longueur d’arc si
et seulement si le vecteur v0 est unitaire. Nous reparamètrerons souvent les géodésiques
non constantes par homothétie à la source afin qu’elles soient paramétrées exactement par
longueur d’arc (c’est-à-dire à vecteurs vitesses unitaires).
Démonstration. L’équivalence des assertions (3), (4) et (5) découle des définitions de la
courbure géodésique et de la dérivée covariante.
Toute courbe de classe C1 par morceaux qui n’est pas de classe C1 admet une courbe
de classe C1 entre les mêmes extrémités de longueur et d’énergie strictement plus petite,
par racourcissement des angles. Nous pouvons donc supposer que les applications c dans
les assertions (1) et (2) sont de classe C1 .
Montrons l’équivalence entre les assertions (1) et (2) . La longueur d’une courbe ne
dépend pas de son paramétrage par le théorème de changement de variable (voir la formule
(58)). Pour tous les x, y ∈ M , nous avons en particulier
long(c)2 ≤ En(c) ,
ℓ = long(c) ≤ d(x, y) + ϵ .
Notons
1 t
ϕ∶t↦ ∫ (∥ ċ(s) ∥ + ϵ) ds .
ℓ+ϵ 0
∥ ċ(t) ∥+ϵ
Alors ϕ est de classe C1 , de dérivée ϕ′ (t) = ℓ+ϵ > 0 et vérifie ϕ(0) = 0 et ϕ(1) = 1. Donc
ϕ est un C1 -difféomorphisme de [0, 1] dans [0, 1], dont l’inverse a pour dérivée
1 ℓ+ϵ
(ϕ−1 )′ (t) = = .
ϕ′ −1 −1
○ ϕ (t) ∥ ċ(ϕ (t)) ∥ + ϵ
Donc ̃c = c ○ ϕ−1 est une courbe de classe C1 tracée sur M , de même longueur que c
(par invariance de la longueur par reparamétrage) et de mêmes extrémités que c. Par le
théorème de dérivation des fonctions composées, nous avons
1 1 ∥ ċ(ϕ−1 (t)) ∥2
c) = ∫
En(̃ ∥̃
c˙(s) ∥2 ds = (ℓ + ϵ)2 ∫ ds ≤ (ℓ + ϵ)2
0 0 (∥ ċ(ϕ−1 (t)) ∥ + ϵ)2
≤ (d(x, y) + 2ϵ) . 2
˙
172. c’est-à-dire que pour toute géodésique d ∶ J → M telle que 0 ∈ J, d(0) = x0 et d(0) = v0 , nous avons
J ⊂ I et d = c ∣J
335
En faisant tendre ϵ vers 0, nous obtenons donc l’inégalité cherchée
L’étape essentielle pour montrer que l’assertion (2) implique l’assertion (3) est la ré-
solution d’un problème variationel par ses équations d’Euler-Lagrange, que nous allons
considérer dans un cas élémentaire adapté à notre situation (voir par exemple [ET, DaL,
GF, Str, Eva] pour des développements). Soit f ∶ U1 ×⋅ ⋅ ⋅×Up → U0 une application de classe
C1 où Ui est un ouvert de Rni pour tout i ∈ J0, pK. Pour tous les k ∈ J1, pK et x ∈ U1 ×⋅ ⋅ ⋅×Up ,
nous noterons dk fx ∶ Rnk → Rn0 la k-ème différentielle partielle de f en x, définie par
d
v ↦ dk fx (v) = ∣t=0 f (x + t(0, . . . , 0, v, 0, . . . 0)) ,
dt
où (0, . . . , 0, v, 0, . . . 0) est l’élément du produit Rn1 × ⋅ ⋅ ⋅ × Rnp dont la k-ème composante
est égale à v et les autres composantes sont nulles. Rappelons que (Rn )∗ est le dual de
l’espace vectoriel réel de dimension finie Rn , c’est-à-dire l’espace vectoriel réel des formes
linéaires sur Rn .
Lemme 8.16. Soient n ∈ N∖{0}, W un ouvert de Rn et x0 , x1 deux points de W . Soit
J ∈ C1 ([0, 1] × W × Rn , R). Si Ω = {c ∈ C1 ([0, 1], W ) ∶ c(0) = x0 , c(1) = x1 }, et si c est un
minimum local 173 de la fonctionnelle J ∶ Ω → R définie par
1
J ∶c↦∫ J(t, c(t), ċ(t)) dt ,
0
alors l’application de [0, 1] dans (Rn )∗ définie par t ↦ d3 J(t,c(t),ċ(t)) est de classe C1 et c
vérifie les équations d’Euler-Lagrange
d
d3 J(t,c(t),ċ(t)) = d2 J(t,c(t),ċ(t)) .
dt
Démonstration. Soient c ∈ Ω et h ∈ C1 ([0, 1], Rn ) telle que h(0) = h(1) = 0. Alors par
compacité de [0, 1], si ∣s∣ est assez petit, nous avons c+s h ∈ Ω et c+s h converge vers c quand
s → 0 pour la topologie C1 . Par le théorème de dérivabilité des intégrales à paramètres
sur le compact [0, 1], l’application s ↦ J (c + s h) est de classe C1 au voisinage de s = 0,
et admet un mimimum en s = 0 si c est un minimum local de la fonctionnelle J . Donc
ds ∣s=0 J (c + s h) = 0.
d
3
en utilisant la distance euclidienne sur R . Ces deux bornes inférieures sont des minima.
336
Lemme 8.17. (Lemme de Du Bois-Reymond) Soient u, v ∈ C0 ([0, 1], R) telles que
pour toute application f ∈ C1 ([0, 1], R) telle que f (0) = f (1) = 0, nous ayons
1
∫ (u(t) f (t) + v(t) f ′ (t)) dt = 0 . (59)
0
qui vérifie f (0) = 0 et f (1) = 0 par la définition de la constante κ. Par intégration par
partie, nous avons, puisque f est nulle en 0 et 1,
1 1
∫ u(t) f (t) dt = − ∫ U (t) f ′ (t) dt .
0 0
Montrons maintenant que l’assertion (2) implique l’assertion (3). Le problème étant
local, fixons un paramétrage local φ ∶ W → R3 de M , et écrivons les courbes γ de classe C1
dans φ(W ) entre deux points y0 et y1 de φ(W ) comme γ = φ ○ c où c ∶ [0, 1] → W est une
courbe de classe C1 dans W entre c(0) = φ−1 (y0 ) et c(1) = φ−1 (y1 ), de sorte que
γ̇ = dφc (ċ) .
Posons J ∶ [0, 1] × W × R2 → R l’application définie par (t, u, v) ↦ ∥ dφu (v) ∥2 , de sorte que
la fonctionnelle d’énergie est
1 1 1
En(γ) = ∫ ∥ γ̇(t) ∥2 dt = ∫ ∥ dφc(t) (ċ(t)) ∥2 dt = ∫ J(t, c(t), ċ(t)) dt .
0 0 0
Nous allons minimiser cette fonctionnelle en la courbe c de classe C1 , avec des conditions
au bord c(0) = φ−1 (y0 ) et c(1) = φ−1 (y1 ), en utilisant le lemme 8.16. Par le théorème de
différentiation des fonctions composées, et puisque la différentielle d’une application linéaire
est elle-même, la différentielle par rapport à la troisième variable de la fonctionnelle J, prise
au point (t, u, v) ∈ [0, 1] × W × R2 , est la forme linéaire de R2 dans R définie par
Donc d2 J(t,c(t),ċ(t)) ∶ h ↦ 2 ⟨ γ̇(t), d2 φc(t) (h, ċ(t))⟩ pour tout t ∈ [0, 1]. Ainsi l’équation
d’Euler-Lagrange
d
d3 J(t,c(t),ċ(t)) = d2 J(t,c(t),ċ(t))
dt
obtenue par le lemme 8.16, qui est une égalité entre applications linéaires, s’écrit (en
utilisant la symétrie de la différentielle seconde, donnée par le lemme de Schwarz)
Comme l’image de l’application linéaire dφc(t) est l’espace tangent Tc(t) M par la propo-
sition 4.12, ceci dit exactement que l’accélération de γ doit être normale à la surface M .
Nous avons bien démontré que l’assertion (2) implique l’assertion (3).
Lemme 8.18. Si c ∶ I → M est de classe C2 et d’accélération normale à M , alors c est
paramétrée proportionnellement à la longueur d’arc et de classe C∞ . Pour tous les x ∈ M
et v ∈ Tx M , il existe une et une seule géodésique c définie sur un intervalle ouvert maximal
contenant 0 telle que c(0) = x et ċ(0) = v.
Démonstration. La dérivée de l’application t ↦ ∥ ċ(t)∥2 , qui est t ↦ 2 ⟨ c̈(t), ċ(t)⟩, est
nulle puisque l’accélération c̈(t) est orthogonale au vecteur tangent ċ(t). Donc l’application
t ↦ ∥ ċ(t)∥2 est constante, et c est paramétrée proportionnellement à la longueur d’arc.
La condition d’accélération normale à la surface s’écrit, tant que c reste dans l’image
d’un paramétrage local φ, comme le système d’équations différentielles du second ordre
∂φ −1
⟨ c̈(t), (φ (c(t)) ⟩ = 0
∂x
∂φ −1
⟨ c̈(t), (φ (c(t))) ⟩ = 0 .
∂y
Comme les fonctions sont de classe C∞ , le théorème de Cauchy-Lipschitz donne l’exis-
tence, l’unicité à conditions initiales d’ordres 0 et 1 données, et la régularité des solutions
maximales c de ce système. ◻
Nous renvoyons par exemple à [Pau4] pour la démonstration que l’assertion (3) implique
l’assertion (2). ◻
Exemples. (1) (Géodésiques du plan) L’accélération d’une courbe tracée sur un plan
affine P appartient au plan vectoriel P⃗ associé à P , et doit être normale au plan vectoriel
338
P⃗ (égal à Tx P pour tout x ∈ P ) si la courbe est une géodésique de P . Donc les géodésiques
de P sont les courbes de P d’accélération nulle. Les géodésiques non constantes d’un plan
affine sont par conséquent les arcs de droites paramétrés de manière affine par un intervalle
ouvert I contenant un temps t0 , de la forme
c ∶ t ↦ a(t − t0 )v + b
Proposition 8.19. Les géodésiques non constante de S2 sont les arcs de grands cercles de
S2 paramétrés proportionnellement à la longueur d’arc. ◻
Ce résultat explique pourquoi les avions ne suivent pas des parallèles (à latitude
constante) pour aller d’un point à un autre de la terre.
s’écrivent donc (en utilisant encore les égalités f˙2 + ġ 2 = 1 et par dérivation f¨ f˙ + g̈ ġ = 0,
ainsi que f > 0)
s̈(t) − f (s(t)) f˙(s(t)) θ̇(t)2 = 0
2 θ̇(t) ṡ(t) f˙(s(t)) + θ̈(t) f (s(t)) = 0 .
La deuxième équation, qui s’écrit aussi dtd
( θ̇(t) f (s(t))2 ) = 0, dit qu’il existe une constante
J0 ∈ R (le moment cinétique) telle que θ̇(t) f (s(t))2 = J0 . L’équation ṡ(t)2 +f (s(t))2 θ̇(t)2 =
J02
1 s’écrit alors ṡ(t)2 + f (s(t))2
= 1. La fonction t ↦ s(t) vérifie donc l’équation différentielle
J02
ṡ(t)2 = 1 − .
f (s(t))2
Si J0 = 0, alors l’application t ↦ θ(t) est égale à une constante θ0 , et (t) = ±t + s0 où s0 ∈ R
est une constante d’intégration. Donc γ est un reparamétrage isométrique de l’image par
la rotation d’angle θ0 autour de l’axe R e3 de la courbe méridienne c. Réciproquement,
la courbe méridienne c et ses images par rotation autour de l’axe R e3 sont donc des
géodésiques. 174
Si J0 ≠ 0, alors l’application t ↦ θ(t) est strictement monotone. En reparamétrant la
courbe γ par θ (ce qui lui fait certes perdre le fait qu’elle est paramétrée proportionnelle-
ment par longueur d’arc), nous obtenons donc
ds
ds 2 2 f (s)2 − J02
( ) = ( dθ
dt
) = f (s)2 .
dθ dt
J02
Notons qu’en particulier ∣J0 ∣ ≤ mins f (s). Cette équation est certes à variable séparable,
mais n’a pas de solution explicite en général. Voir le théorème de Clairaut pour une ca-
ractérisation. Par exemple, le dessin ci-dessous indique que les géodésiques maximales ni
verticales ni horizontales sur la poire de Tannery (1892)
√
M = {(x, y, z) ∈ R3 ∶ 16a2 (x2 + y 2 ) = z 2 (2a2 − z 2 ), 0 < z < 2 a } ,
où a > 0, sont périodiques de longueur 2πa, en forme de 8.
174. Un autre argument consiste à voir que si une courbe lisse entre deux points d’un méridien n’est pas
l’arc de méridien entre ces deux points, on pourrait la racourcir strictement en utilisant une symétrie par
rapport à un plan vertical et en raccourcissant les angles.
340
Notons que les parallèles critiques (les cercles d’équation s = s0 , intersections de la
surface de révolution avec les plans horizontaux affines passant par (f (s0 ), 0, g(s0 )) pour
tout s0 dans le domaine de définition de la méridienne tels que f˙(s0 ) = 0, par exemple
lorsque f a un minimum local) sont aussi des géodésiques, voir le dessin de gauche ci-
dessous.
géodésiques circulaires
géodésiques du cylindre
Exemple. Sur un cylindre, les géodésiques non constantes sont les arcs de droites di-
rectrices, les arcs de cercles perpendiculaires aux droites directrices et les arcs d’hélices
circulaires tracées sur le cylindre (toutes paramétrées proportionnellement à la longueur
d’arc).
En effet, nous pouvons à isométrie près supposer que l’axe du cylindre est l’axe vertical
R e3 , et que la méridienne est une courbe c ∶ s ↦ f (s) e1 + g(s) e3 paramétrée par longueur
d’arc, définie sur un intervalle I. Alors la fonction f est constante, égale au rayon R du
cylindre, donc g est de la forme s ↦ εs + a0 où ε = ±1 et a0 ∈ R. Pour tout s ∈ I, la fonction
f a un point critique en s, donc tous les arcs de cercles paramétrés proportionellement à
la longueur d’arc θ ↦ R eiλθ+θ0 , où λ ≠ 0 et θ0 sont des constantes, sont des géodésiques.
Supposons à translation à la source près que 0 ∈ I. Si γ est la géodésique maximale de
données initiales γ(0) et γ̇(0) telle que la vitesse initiale γ̇(s0 ) ne soit ni horizontale ni
verticale (en particulier non nulle), alors par ce qui précède, nous avons
341
Ce caractère géodésique (et le fait que la nature est fainéante et cherche à économiser
son énergie afin d’atteindre ses objectifs ...) explique pourquoi les plantes grimpantes,
comme le haricot, le liseron ou le houblon (voir les photos en fin de partie 8.1.2) s’enroulent
en des hélices circulaires le long de tuteurs.
Exercice E.96. Soient S une surface lisse dans R3 et dS la distance riemannienne sur S.
Pour tous les x ∈ S et ϵ > 0, notons S(x, ϵ) = {y ∈ S ∶ dS (x, y) = ϵ} la sphère de centre x
et de rayon ϵ dans S pour la distance riemannienne. Montrer que si ϵ > 0 est assez petit,
alors S(x, ϵ) est un cercle lisse de R3 de longueur euclidienne vérifiant
π
ℓ(S(x, ϵ)) = 2π ϵ − K(x) ϵ3 + o(ϵ3 ) .
3
Cette formule permet d’exprimer la courbure de Gauss (qui est un invariant de nature
2
C ) en fonction uniquement de la distance riemannienne (qui est un invariant de nature
C0 ).
Théorème 8.20. (Formule de Gauss-Bonnet) Soit M une surface compacte lisse plon-
gée dans R3 , de courbure de Gauss K = KM ∶ M → R, de caractéristique d’Euler χ(M ) et
de mesure d’aire AireM . Alors
Ce résultat admet de nombreuses variations et extensions. Notons qu’il lie une quan-
tité topologique (et même homotopique), la caractéristique d’Euler χ(M ) à une quantité
géométrique, la courbure de Gauss KM , qui est intrinsèque à la géométrie de la surface,
comme expliqué dans la partie suivante.
Théorème 8.21. (Théorème de Gauss) Soit M une surface lisse plongée dans R3 ,
et φ ∶ W → M un paramétrage local. Alors la courbure de Gauss s’exprime en fonction
des coefficients E, F, G de la première forme fondamentale et de ses dérivées partielles
342
premières et secondes, par la formule
1 ∂E ∂G ∂F ∂G ∂G 2
K= (E( −2 +( ) )
4(EG − F )
2 ∂y ∂y ∂x ∂y ∂x
∂E ∂G ∂E ∂F ∂E 2
+ G( −2 +( ) )
∂x ∂x ∂x ∂y ∂y
∂E ∂G ∂E ∂G ∂E ∂F ∂F ∂F ∂F ∂G
+ F( − −2 +4 −2 )
∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂x ∂x
∂2E ∂2F ∂2G
− 2(EG − F 2 )( 2 − 2 + )) .
∂y ∂x ∂y ∂x2
long(ψ ○ c) = long(c) .
Lorsque M et M ′ sont connexes, 175 puisque la distance riemannienne est définie comme
la borne inférieure de longueurs de chemins C1 par morceaux entre les deux points, une
isométrie riemannienne ψ préserve les distances riemaniennes dM de M et dM ′ de M ′ :
La réciproque, que nous ne démontrons pas dans ces notes, est vraie.
Proposition 8.22. SiM et M ′ sont connexes, une bijection ψ ∶ M → M ′ qui est une
isométrie pour les distances riemanniennes de M et de M ′ est une isométrie riemannienne.
Nous dirons que les surfaces lisses M et M ′ sont isométriques s’il existe une isométrie
riemannienne de M dans M ′ . La relation « être isométrique à » est une relation d’équiva-
lence sur l’ensemble des surfaces lisses de R3 .
Il découle du théorème de Gauss 8.21 que si ψ ∶ M → M ′ est une isométrie riemannienne,
alors
∀ x ∈ M, KM ′ (ψ(x)) = KM (x) .
En particulier, un ouvert non vide de la sphère S2 , à courbure de Gauss constante 1, n’est
pas isométrique à un ouvert non vide du plan horizontal R2 , à courbure de Gauss constante
175. Cette condition est juste là pour assurer que la distance riemannienne soit bien définie.
343
0. Ce fait explique la difficulté d’avoir de bonnes cartes géographiques (à grandes échelles,
pour les cartes IGN au 1: 25 000-ème, pas de souci !), et en particulier pourquoi une carte
de la terre pertinente au niveau de l’équateur est très distordue quand on s’approche des
pôles.
Exercice E.98. Soient S une surface lisse dans R3 de courbure de Gauss strictement
positive et I un intervalle de R contenant 0 dans son intérieur. Soit c ∶ I → S une courbe
lisse dans R3 tracée sur S, paramétrée par longueur d’arc et birégulière. Soit κ la courbure
de la courbe c au temps s = 0 et λ1 , λ2 les courbures principales de S en c(0). Montrer que
κ ≥ min{∣λ1 ∣, ∣λ2 ∣} .
Comme K(s) = ∥τ̇ (s)∥ = ∥c̈(s)∥ ≠ 0 puisque la courbe est birégulière, ceci est équivalent à
⟨ν(s), v⟩ = 0. Comme la torsion ne s’annule pas sur J, ceci est équivalent, par la troisième
équation de Frenet (31) au fait que
⟨β̇(s), v⟩ = T (s)⟨ν(s), v⟩ = 0 .
Comme J est connexe, et par dérivation, ceci équivaut au fait qu’il existe une constante
C2 ∈ [−1, 1] telle que pour tout s ∈ J, nous ayons ⟨β(s), v⟩ = C2 , c’est-à-dire ses vecteurs
binormaux font un angle constant avec une direction donnée. Donc les trois conditions
de l’énoncé de l’exercice E.91 sont équivalentes, du moins sur l’intervalle J. De plus, la
direction v est alors uniquement définie.
Si ces trois conditions sont satisfaites, comme ⟨ν̇(s), v⟩ = 0 en dérivant la relation
⟨ν(s), v⟩ = 0, en prenant le produit scalaire avec v de la deuxième équation de Frenet (31)
ν̇(s) = −K(s) τ (s) − T (s) β(s), nous avons
345
Notons que comme K ne s’annule pas sur I, ceci implique que si C2 = 0, alors C1 = 0, et
donc que les vecteurs τ (s), ν(s), β(s) sont tous les trois orthogonaux au vecteur non nul v,
T (s)
ce qui n’est pas possible puisqu’ils forment une base orthonormée de R3 . Donc K(s) = − C C2
1
1 bt
⃗∶t↦ √
n ( − 1, − √ )
1+ b2 t2 a(1 − bt2 )
a(1−bt2 )
est un champ de vecteurs normaux unitaires lisse le long de c. La seconde forme fonda-
mentale IIn⃗ de E dans la direction de n
⃗ est donc l’application bilinéaire sur Tc(t) E = Rċ(t)
définie par
⃗
∀ u; v ∈ R, IInc(t) (u ċ(t), v ċ(t)) = λ1 uv
où la (première et seule) courbure principale en c(t) est
b
⃗ (t)⟩ = √
K = λ1 = ⟨c̈(t), n √ .
b2 t2
a(1 − bt2 )3/2 1+ a(1−bt2 )
d’équations
∂ ν⃗ ∂φ
− =λ
∂x ∂x
∂ ν⃗ ∂φ
− =λ .
∂y ∂y
donc que les différentielles partielles de λ sont nulles, donc par connexité de W que λ est
constante.
Si λ est nulle, alors le vecteur normal ν est constant, donc les plans vectoriels Tφ(x,y) M
le long de la surface φ(W ) sont constants, et, par connexité, la surface φ(W ) est contenue
dans le plan affine φ(x0 , y0 ) + Tφ(x0 ,y0 ) M pour tout (x0 , y0 ) ∈ W fixé.
Si λ est non nulle, alors la fonction φ + λ1 ν⃗, dont les dérivées partielles sont nulles, est
constante sur l’ouvert connexe W . Notons c sa valeur. Donc ∥φ(x, y) − c∥ = λ1 est constant
et φ(W ) est contenue dans la sphère de centre c et de rayon λ1 .
Dans les deux cas ci-dessus, par le théorème d’invariance du domaine, la surface φ(W )
est un ouvert du plan affine ou de la sphère qui la contient. Par connexité, il en est de
même de M .
définie sur un voisinage ouvert W assez petit de (y0 , z0 ) dans R2 , est alors un paramétrage
lisse de E au voisinage de (x0 , y0 , z0 ). Pour tout (y, z) ∈ W , en omettant les évaluations
des dérivées partielles en (y, z), nous avons
∂φ by
=(− √ , 1, 0) = (−byx−1 , 1, 0)
∂y 1 − by 2 − cz 2
∂φ cz
=(− √ , 0, 1) = (−czx−1 , 0, 1) .
∂z 1 − by 2 − cz 2
347
E F
La matrice ( ) de la première forme fondamentale de S en φ(y, z) dans la base
F G
Bφ,(x,y) = ( ∂φ ∂φ
)
∂y , ∂z est donc donnée par
∂φ 2 ∂φ ∂φ ∂φ 2
E=∥ ∥ = 1 + b2 y 2 x−2 , F =⟨ , ⟩ = bcyzx−2 , G=∥ ∥ = 1 + c2 z 2 x−2 .
∂y ∂y ∂z ∂z
Nous avons
∂2φ (1 − by 2 − cz 2 ) + by 2
= ( − b , 0, 0) = (−b(x2 + by 2 )x−3 , 0, 0) ,
∂y 2 (1 − by 2 − cz 2 )3/2
∂2φ (1 − by 2 − cz 2 ) + cz 2
= ( − c , 0, 0) = (−c(x2 + cz 2 )x−3 , 0, 0)
∂z 2 (1 − by 2 − cz 2 )3/2
et
∂2φ bcyz
=(− , 0, 0) = (−bcyzx−3 , 0, 0) .
∂y∂z (1 − by 2 − cz 2 )3/2
De plus,
∂φ
∧ ∂φ
1
(1, byx−1 , czx−1 )
∂x ∂y
ν⃗ ∶ φ(x, y) ↦ =√
∥ ∂x
∂φ
∧ ∂φ
∂y
∥ 1 + b2 y 2 x−2 + c2 z 2 x−2
1
=√ (x, by, cz)
x2 + b2 y 2 + c2 z 2
est un champ de vecteurs normaux unitaires lisse sur φ(U ) (qu’il était aussi possible de
retrouver, modulo son signe, par une dérivation de l’équation x2 + by 2 + cz 2 = 1 de E). La
seconde forme fondamentale IIν⃗ de E dans la direction de ν⃗ est donc l’application bilinéaire
ℓ m
sur Tc(t) E de matrice ( ) dans la base Bφ,(x,y) où, par les formules (50), nous avons
m n
Posons α = − x2 (x2 +b2 y12 +c2 z 2 )3/2 et β = − (x2 +b2 y21+c2 z 2 )3/2 . La matrice de l’opérateur de Wein-
garten en φ(y, z) dans la base Bφ,(x,y) est donc
−1
E F ℓ m 1 G −F ℓ m
( ) ( )= ( )( )
F G m n EG − F 2 −F E m n
x2 + c2 z 2 −bcyz b(x2 + by 2 ) bcyz
= α( 2 2) ( )
−bcyz x +b y
2
bcyz c(x2 + cz 2 )
b(1 − cz 2 + c2 z 2 ) bcyz(1 − c)
=β( ).
bcyz(1 − b) c(1 − by 2 + b2 y 2 )
348
Supposons dans ce qui suit que z0 = 0, de sorte que x20 = 1−by02 . Les courbures principales
de E en φ(y0 , 0) sont les valeurs propres de la matrice ci-dessus, qui est alors diagonale.
Elles sont alors
λ1 = βb et λ2 = βc(1 − by02 + b2 y02 ) .
Le point φ(y0 , 0) est alors un ombilic de E si et seulement si nous avons λ1 = λ2 , c’est-à-dire
b(c − 1)
1 − by02 = . (61)
c(b − 1)
Si > 0, alors par symétrie, l’ellipsoïde E admet exactement quatre ombilics sur le plan
c−1
b−1 √ √
b(c−1)
horizontal, qui sont ( ± c(b−1) , ± bc(b−1)
b−c
, 0). Si c = 1, alors par continuité, l’ellipsoïde
E admet exactement deux ombilics sur le plan horizontal, qui sont (0, ± √1 , 0). Enfin, si
b
c−1
b−1 < 0, alors 1 − by02 est strictement négatif, donc ne peut pas être le carré de x0 . Par
conséquent, l’ellipsoïde E n’admet pas d’ombilic sur le plan horizontal.
Notons que λ1 ≠ 0 et λ2 = βc(x20 + b2 y02 ) ≠ 0. Par la proposition 8.9 et par symétrie et
continuité, les points focaux des points (x0 , y0 , 0) de E sont donc
1 1 1
(x0 , y0 , 0) + ν⃗(φ(y0 , 0)) = (x0 (1 + ), y0 (1 + 2 2 2 2 ), 0)
λ1 b(x20 + b2 y02 )2 (x0 + b y0 )
1 1 1
(x0 , y0 , 0) + ν⃗(φ(y0 , 0)) = (x0 (1 + ), y0 (1 + 2 2 2 3 ), 0) .
λ2 c(x0 + b y0 )
2 2 2 3 (x0 + b y0 )
u3 v3
(u, v) ↦ (u − + uv 2 , v − + vu2 , u2 − v 2 )
3 3
est polynomiale donc de classe C∞ . Sa matrice jacobienne en tout point (u, v) de R2 est
⎛1 − u + v
2 2
2uv ⎞
Jφ(u,v) = ⎜ 2uv 1 − v 2 + u2 ⎟. La matrice extraite des deux premières lignes est de
⎝ 2u −2v ⎠
déterminant 1 − (u + v ) , qui est inversible si u2 + v 2 ≠ 1. Si u2 + v 2 = 1, en ajoutant u fois
2 2 2
349
⎛2 0⎞
obtenons la matrice ⎜ 0 2 ⎟. Donc le noyau de dφ(u,v) est nul, et φ est une immersion
⎝2u 2v ⎠
2
en tout point de R .
La norme au carré du premier vecteur colonne de Jφ(u,v) , le produit scalaire de ses deux
vecteurs colonnes et la norme au carré de son second vecteur colonne sont respectivement
(en échangeant u et v pour éviter le dernier calcul)
E = (1 − u2 + v 2 )2 + 4u2 v 2 + 4u2 = (1 + u2 + v 2 )2 , F = 0, G = (1 + u2 + v 2 )2 .
Notons que
∂ ν⃗ −2 −2 ∂φ
= (1 − u2 + v 2 , 2uv, 2u) =
∂u (1 + u2 + v 2 )2 (1 + u2 + v 2 )2 ∂u
et
∂ ν⃗ 2 2 ∂φ
= (2uv, 1 + u2 − v 2 , −2v) = .
∂v (1 + u2 + v 2 )2 (1 + u2 + v 2 )2 ∂v
La matrice de la seconde forme fondamentale en φ(u, v) dans la base B = ( ∂φ ∂φ
)
∂u , ∂v est
ℓ m
donc ( ), où
m n
∂φ ∂ ν⃗
ℓ=−⟨ , ⟩ = −2
∂u ∂u
∂φ ∂ n ⃗
m = −⟨ , ⟩=0,
∂v ∂u
et
∂φ ∂ n ⃗
n = −⟨ , ⟩=2,
∂v ∂v
Par définition, les courbures principales λ1 , λ2 de M au point φ(u, v) sont les valeurs
−1 ℓ
E F ℓ m 0
propres de la matrice ( ) ( ) = ( E n ) donc, à permutation près,
F G m n 0 G
−2 2
λ1 = et λ2 = .
(1 + u2 + v 2 )2 (1 + u2 + v 2 )2
⃗ (c(s))⟩ = 0 .
⟨ċ(s), n
Correction de l’exercice E.98. Comme les courbures principales sont bien définies à
l’ordre près, nous pouvons supposer que ∣λ1 ∣ ≥ ∣λ2 ∣. Fixons un champ de vecteurs normaux
unitaires n⃗ sur un voisinage de x = c(0), le résultat ne dépendant pas de ce choix. Soient e1
et e2 des vecteurs propres orthornormés de l’opérateur de Weingarten Lnx⃗ associés respec-
tivement aux valeurs propres λ1 et λ2 , de sorte que la matrice de Lnx⃗ dans la base (e1 , e2 )
λ 0
de Tx S soit égale à ( 1 ). Puisque le vecteur v = ċ(0) ∈ Tx S = R e1 + R e2 est unitaire,
0 λ2
il existe θ′ ∈ R tel que v = cos θ′ e1 + sin θ′ e2 . Alors, avec les notations de l’exercice E.97 et
par sa conclusion, nous avons
351
A Annexe : rappels de topologie générale
Les références pour cet appendice sont [Bou2, Dug, Dix, Pau2]. Nous supposons con-
nues, essentiellement pour des exemples, les notions d’espaces vectoriels normés et d’espaces
métriques. Les démonstrations qui ne sont pas données ci-dessous sont les mêmes que dans
le cas particulier des espaces métriques, ou sont laissées en exercice.
A.1 Généralités
Un espace topologique est un ensemble X muni d’un ensemble O de parties de X tel
que
(1) toute intersection finie d’éléments de O appartient à O,
(2) toute union d’éléments de O appartient à O.
Par abus, nous notons souvent X le couple (X, O). Par convention, une intersection
vide de parties d’un ensemble E est égal à E, et une union vide de parties de E est égale à
la partie vide. Donc ∅ et X appartiennent à O. Les éléments de O sont appelés les ouverts
de X, et O une topologie sur l’ensemble X. Les complémentaires de ces ouverts s’appellent
les fermés de la topologie O. Toute union finie de fermés est fermée, toute intersection de
fermés est fermée, ∅ et X sont fermés. Étant donné un ensemble de parties d’un ensemble
352
E, stable par intersections et par unions finies, l’ensemble des complémentaires de ces
parties est une topologie sur E.
Une bijection f ∶ X → Y entre deux espaces topologiques est un homéomorphisme
si l’image réciproque par f de la topologie de Y est la topologie de X. Deux espaces
topologiques X et Y sont homéomorphes s’il existe un homéomorphisme de X dans Y .
« Être homéomorphe à » est une relation d’équivalence sur tout ensemble d’espaces topo-
logiques. Une propriété P sur la collection des espaces topologiques est dite invariante par
homéomorphismes si tout espace topologique homéomorphe à un espace topologique ayant
la propriété P admet aussi la propriété P .
Exemple 1 : Si X est un ensemble, alors O = {∅, X} est une topologie sur X, appelée
la topologie grossière de X. L’espace (X, O) est alors dit grossier. L’ensemble P(X) de
toutes les parties de X est une topologie sur X, appelée la topologie discrète de X. L’espace
topologique (X, P(X)) est alors dit discret. « Être grossier » et « être discret » sont des
propriétés invariantes par homéomorphismes.
Exemple 2 : Si (X, d) est un espace métrique, en notant B(x, r) la boule ouverte de
centre x ∈ X et de rayon r > 0, alors l’ensemble des parties U de X telles que
∀ x ∈ U, ∃ r > 0, B(x, r) ⊂ U
est une topologie sur X, appelée la topologie induite par la distance d. Sauf mention
contraire, tout espace métrique sera muni de la topologie induite par sa distance.
( ⋃ Ai ) ∩ ( ⋃ Bj ) = ⋃ (Ai ∩ Bj ). ◻ (62)
i∈I j∈J i∈I,j∈J
Une base d’ouverts d’un espace topologique (X, O) est une partie B de O telle que tout
ouvert de X soit une union d’éléments de B. Par exemple, l’ensemble des intersections
finies d’éléments d’une prébase de O est une base d’ouverts de O. Si (X, d) est un espace
métrique, alors {B(x, n+1
1
) ∶ x ∈ X, n ∈ N} est une base d’ouverts de la topologie de (X, d).
Un espace topologique (X, O) est à base dénombrable s’il admet une base d’ouverts
dénombrable.
Proposition A.1. (Critère pour qu’une prébase soit une base) Soit X un ensemble.
Soit B une partie de P(X) telle que ⋃ B = X et
∀ U, V ∈ B, ∀ x ∈ U ∩ V, ∃ W ∈ B, x ∈ W ⊂ U ∩ V. (63)
Un système fondamental de voisinages d’un point x d’un espace topologique X est une
partie P de V (x) (ou par extension une famille de parties de V (x)) telle que tout voisinage
de x contienne un élément de P. Par exemple, pour toute suite de réels strictement positifs
(rn )n∈N tendant vers 0, si (X, d) est un espace métrique, alors {B(x, rn ) ∶ n ∈ N} est un
système fondamental de voisinages de x ∈ X.
Si f ∶ X → Y est un homéomorphisme et x ∈ X, alors f (V (x)) = V (f (x)), et l’image
par f d’un système fondamental de voisinages de x est un système fondamental de voisi-
nages de f (x).
354
○
— A est ouvert si et seulement si A = A ;
— A est fermé si et seulement si A = A ;
○ ○ ○
̂
— A ∩ B = A ∩ B, A∪B = A∪B;
○ ○ ○
̂
— A∪B ⊂ A ∪ B, A∩B ⊂ A∩B;
○ ○
— X∖ A = X ∖A, X∖ A = X ̂ ∖A ;
— l’intérieur de A est la réunion des ouverts contenus dans A, c’est le plus grand ouvert
contenu dans A ;
— l’adhérence de A est l’intersection des fermés contenant A, c’est le plus petit fermé
contenant A ;
— si f ∶ X → Y est une application continue et A′ une partie de Y , alors
○ ○
f ( A ) ⊂ f (A) et f −1
( A ) ⊂ f̂
′ −1 (A′ ) .
A.1.4 Séparation
Un espace topologique est séparé si deux points distincts de X admettent des voisinages
disjoints. La propriété « être séparé » est invariante par homéomorphismes. Dans un espace
séparé, les singletons sont fermés. Un espace discret est séparé. Un espace grossier est séparé
si et seulement s’il ne contient qu’au plus un point.
Un espace topologique est métrisable si sa topologie est induite par une distance. La
propriété « être métrisable » est invariante par homéomorphismes. Tout espace vectoriel
réel ou complexe normé est métrisable (et en fait muni de la distance induite par sa norme).
Proposition A.2. Tout espace topologique métrisable est séparé.
A.1.6 Connexité
Un espace topologique X est connexe si l’une des propriétés équivalentes suivantes est
vérifiée.
(1) Les seules parties ouvertes et fermées de X sont ∅ et X.
(2) Il n’existe pas de partition de X en deux ouverts non vides.
(3) Il n’existe pas de partition de X en deux fermés non vides.
(4) Toute application continue de X à valeurs dans un espace discret est constante.
(5) Toute application continue de X à valeurs dans l’espace discret {0, 1} est constante.
Une partie A d’un espace topologique X est dite connexe si le sous-espace topologique
A (voir la partie A.2.3 pour une définition) est connexe. Par exemple, les convexes de
(l’espace vectoriel normé usuel) Rn sont connexes. Une composante connexe d’un espace
topologique X est une partie connexe maximale (pour l’inclusion) de X. Un espace topo-
logique X est localement connexe si tout point de X admet un système fondamental de
voisinages connexes.
L’image d’un espace connexe par une application continue est connexe. Pour toute
partie connexe C d’un espace topologique X, si C ⊂ D ⊂ C, alors D est connexe. 176 Si
176. Ce résultat est parfois appelé le théorème de l’arbre et de l’écorce.
356
A est une partie connexe non vide de X, la réunion de toutes les parties connexes de X
contenant A est la composante connexe de X contenant A. Une composante connexe est
fermée, et deux composantes connexes sont disjointes. Dans un espace localement connexe,
les composantes connexes sont ouvertes et fermées.
Un espace topologique X est connexe par arcs si pour tous les x et y dans X, il existe
une application continue f ∶ [0, 1] → X telle que f (0) = x et f (1) = y. Une partie A
d’un espace topologique X est dite connexe par arcs si le sous-espace topologique A (voir
la partie A.2.3 pour une définition) est connexe par arcs. Par exemple, les convexes de
Rn sont connexes par arcs. Une composante connexe par arcs d’un espace topologique X
est une partie connexe par arcs maximale (pour l’inclusion) de X. Un espace topologique
X est localement connexe par arcs si tout point de X admet un système fondamental de
voisinages connexes par arcs.
Un espace topologique connexe par arcs est connexe. L’image d’un espace topologique
connexe par arcs par une application continue est connexe par arcs. Si un espace topolo-
gique X est réunion d’une famille (Ai )i∈I de parties connexes par arcs dont l’intersection
⋂i∈I Ai est non vide, alors X est connexe par arcs. Dans un espace topologique X locale-
ment connexe par arcs, les composantes connexes par arcs C sont ouvertes. 177 Un espace
topologique X connexe et localement connexe par arcs est connexe par arcs. 178 Dans un
espace topologique localement connexe par arcs, les composantes connexes et les compo-
santes connexes par arcs coïncident.
Par exemple, l’adhérence dans R2 du graphe de la fonction x ↦ sin x1 , définie sur
] 0, +∞[, est connexe, mais ni connexe par arcs, ni localement connexe (voir dessin juste
avant la partie A.4).
357
est la topologie engendrée par {fi−1 (Ui ) ∶ i ∈ I, Ui ouvert de Yi }. C’est la topologie sur
X la moins fine rendant continue les applications fi pour tout i ∈ I. Si Z est un espace
topologique et si g ∶ Z → X est une application, alors g est continue si et seulement si
chacune des applications fi ○ g est continue. Si Bi est une base d’ouverts de Yi pour tout
i ∈ I, alors l’ensemble des intersections finies d’éléments de {fi−1 (Ui ) ∶ i ∈ I, Ui ∈ Bi }
est une base d’ouverts de X. Si x ∈ X et Vi est un système fondamental de voisinages
de fi (x) dans Yi pour tout i ∈ I, alors l’ensemble des intersections finies d’éléments de
{fi−1 (Vi ) ∶ i ∈ I, Vi ∈ Vi } est un système fondamental de voisinages de x dans X.
Exercice E.A.102. Soient X un espace topologique et (Ai )i∈I une famille de parties de
X. Nous supposons vérifiée au moins l’une des deux conditions suivantes :
○
— (Ai )i∈I est un recouvrement (voir la définition dans la partie A.4.1) de X ;
— (Ai )i∈I est un recouvrement fermé de X localement fini (c’est-à-dire, pour tout x dans
X, il existe un voisinage V de x tel que {i ∈ I ∶ V ∩ Ai ≠ ∅} soit fini).
Montrer qu’une partie B de X est fermée (resp. ouverte) si et seulement si la partie Ai ∩ B
est fermée (resp. ouverte) dans Ai .
358
A.2.4 Topologie produit
Soient (Xi )i∈I une famille d’espaces topologiques et
X = ∏ Xi = {(xi )i∈I ∈ (⋃ Xi )I ∶ ∀ i ∈ I, xi ∈ Xi }
i∈I i∈I
pour J une partie finie de I et Uj un ouvert de Xj pour tout j dans J. Par exemple, si
n ∈ N∖{0} et X = X1 × X2 × ... × Xn , alors un ouvert élémentaire de X est une partie de la
forme U1 × U2 × ... × Un avec Ui un ouvert de Xi .
Les propriétés suivantes découlent des propriétés des topologies initiales, ou sont laissées
en exercice.
● Les projections pri sont continues, et la topologie produit est la topologie la moins fine
rendant continue les projections pri .
● L’ensemble des ouverts élémentaires de X est une base de la topologie produit de X.
● Si a = (ai )i∈I ∈ X, si Vi est un système fondamental de voisinages de ai dans Xi pour
tout i dans I, alors l’ensemble des parties de X de la forme
∏ Yα → ∏ Xi
α∈A i∈I
définie par (yα )α∈A ↦ (xi )i∈I si yα = (xi )i∈Iα , est un homéomorphisme.
● (Commutativité de la topologie produit) Si σ ∶ I → I est une bijection, alors l’application
∏i∈I Xi → ∏i∈I Xσ(i) , définie par (xi )i∈I ↦ (xσ(i) )i∈I , est un homéomorphisme.
● Si Ai est une partie de Xi , alors
∏ Ai = ∏ Ai .
i∈I i∈I
359
● Si Ai est une partie de Xi pour tout i dans I, alors la partie produit ∏i∈I Ai est fermée
dans X si et seulement si la partie Ai est fermée dans Xi pour tout i dans I.
ϕ ∶ {0, 1}N → C
∞
2xi
(xi )i∈N ↦ ∑ i+1
i=0 3
π ∶ X → X/R = Y
la projection canonique, qui à x ∈ X associe sa classe d’équivalence R(x), que nous noterons
souvent [x] s’il n’y a pas d’ambiguité. Rappelons la propriété universelle des quotients :
pour tout ensemble Z et pour toute application f ∶ X → Z constante sur chaque classe
d’équivalence de R, il existe une et une seule application f ′ ∶ X/R → Z telle que le
diagramme
f
X Ð→ Z
π ↓ ↗f ′
X/R
commute.
Si X est un espace topologique, la topologie finale sur Y = X/R définie par (la famille
réduite à un élément) π est appelée la topologie quotient. Sauf mention contraire, tout
ensemble quotient sera muni de la topologie quotient.
Les propriétés suivantes découlent de celles des topologies finales :
● une partie U de Y est ouverte si et seulement si π −1 (U ) est ouvert dans X ;
● une partie F de Y est fermée si et seulement si π −1 (F ) est fermé dans X ;
● la projection canonique π est continue, et la topologie quotient est la topologie la plus
fine sur Y rendant continue π ;
● pour tout espace topologique Z, une application f ∶ Y → Z est continue si et seulement
si f ○ π ∶ X → Z est continue.
Proposition A.4. L’espace topologique quotient Y est séparé si et seulement si pour tous
les x et y dans X n’appartenant pas à la même classe d’équivalence, il existe deux ouverts
U et V saturés disjoints contenant x et y respectivement.
x R y ⇐⇒ x − y ∈ Zn .
Notons Tn ou Rn /Zn l’espace topologique quotient Rn /R, que nous appelons le tore de
dimension n. Soit π ∶ Rn → Tn la projection canonique. Identifions de manière usuelle R2
avec C par l’application (x, y) ↦ x + iy. L’application
ϕ∶ Rn Ð→ (S1 )n
(t1 , ..., tn ) ↦ (e 2πit1
, ..., e2πitn )
ϕ∶ Tn Ð→ (S1 )n
[(t1 , ..., tn )] ↦ (e 2πit1
, ..., e2πitn ) .
Cette bijection est continue, car ϕ ○π = ϕ l’est. L’espace quotient Tn est séparé par l’exercice
E.A.107 (2). Il découle de la remarque suivant la démonstration du théorème A.23 que ϕ
est un homéomorphisme.
363
Soient X un ensemble, et ∼ ⊂ X × X une relation sur X (nous notons souvent x ∼ y
au lieu de (x, y) ∈ ∼). Nous appelons relation d’équivalence engendrée par ∼ l’intersection
de toutes les relations d’équivalence contenant ∼. C’est la plus petite (pour l’inclusion)
relation d’équivalence contenant ∼. Nous pouvons montrer facilement que c’est la relation
d’équivalence R définie par x R y si et seulement s’il existe n ∈ N et x0 , x1 , ..., xn dans X
tels que x0 = x, xn = y et, pour tout i = 1, ..., n,
Exemple (1). Soit X un espace topologique. Le cône sur X est l’espace topologique
quotient
CX = (X × [0, 1])/R
où R est la relation d’équivalence engendrée par (x, 1) ∼ (x′ , 1) pour tous les x et x′ dans
X.
1
0
X
X X × [0, 1] CX
Nous pouvons vérifier que l’application x ↦ [(x, 0)] de X dans CX est un homéomorphisme
sur son image, permettant d’identifier X avec une partie de CX, et que si f ∶ X → Y est une
application continue, alors l’application Cf ∶ CX → CY définie par [(x, t)] ↦ [(f (x), t)]
364
est continue. L’image de X ×{1} dans CX est réduite à un point, appelé le sommet du cône
CX. Si f ∶ X → Y et g ∶ Y → Z sont des applications continues, alors C(g ○f ) = (Cg)○(Cf )
et C(idX ) = idCX .
Exemple (2). Soit X un espace topologique. La suspension de X est l’espace topologique
quotient
SX = (X × [−1, 1])/R
où R est la relation d’équivalence engendrée par (x, 1) ∼ (x′ , 1) et (x, −1) ∼ (x′ , −1) pour
tous les x et x′ dans X.
1
X X
−1
X × [−1, 1] SX
Les images de X × {+1} et X × {−1} dans SX sont réduites à un point, appelés les pôles
nord et sud de la suspension SX. Nous pouvons vérifier que l’application x ↦ [(x, 0)]
de X dans SX est un homéomorphisme sur son image, permettant d’identifier X avec
une partie de SX, et que si f ∶ X → Y est une application continue, alors l’application
Sf ∶ SX → SY définie par [(x, t)] ↦ [(f (x), t)] est continue. Si f ∶ X → Y et g ∶ Y → Z
sont des applications continues, alors S(g ○ f ) = (Sg) ○ (Sf ) et S(idX ) = idSX .
Exemple (3). Soient X un espace topologique et A une partie de X. L’écrasement de A
dans X, noté X/⟨A⟩, est l’espace topologique quotient X/R où R est la relation d’équi-
valence engendrée par x ∼ x′ pour tous les x et x′ dans A.
X
X/⟨A⟩
A
⋁(Xi , xi ) = ( ∐ Xi )/R
i∈I i∈I
où R est la relation d’équivalence engendrée par xi ∼ xj pour tous les i et j dans I, muni
du point base égal à la classe d’équivalence commune des xi pour i ∈ I.
365
Pour tout i ∈ I, nous identifions à partir de dorénavant Xi avec son image dans
⋁i∈I (Xi , xi ) par cet homéomorphisme.
Démonstration. Soit i ∈ I. Notons π ∶ ∐j∈I Xj → ⋁j∈I (Xj , xj ) la projection canonique.
L’application f = π∣Xi ∶ Xi → ⋁i∈I (Xi , xi ) est continue comme restriction d’une application
continue (et puisque la restriction à Xi de la topologie somme disjointe de ∐j∈I Xj est la
topologie originelle de Xi ). Elle est clairement injective, car deux points distincts de Xi ne
sont pas équivalents par R, et d’image π(Xi ). Montrons que l’inverse g = f −1 ∶ π(Xi ) → Xi
est continue. Soit F un fermé de Xi .
Si xi ∉ F , alors F est un fermé de ∐j∈I Xj par la définition de la topologie somme dis-
jointe, qui est saturé par la relation d’équivalence R. Donc par la définition de la topologie
quotient, g −1 (F ) = π(F ) est un fermé de ⋁i∈I (Xi , xi ), contenu dans π(Xi ), donc un fermé
de π(Xi ).
Supposons maintenant que xi ∈ F , alors par la définition de la topologie somme dis-
jointe, la partie F ′ = F ⊔ ⊔j∈I∖{i} Xj est un fermé de ∐j∈I Xj saturé par la relation d’équiva-
lence R. Donc π(F ′ ) est un fermé de ⋁i∈I (Xi , xi ) par la définition de la topologie quotient.
Par conséquent, g −1 (F ) = π(F ) = π(F ′ ) ∩ π(Xi ) est un fermé de π(F ′ ) par la définition
de la topologie induite sur une partie. ◻
Nous appelons bouquet de sphères de dimension n (ou bouquet de cercles si n = 1) une
somme pointée de copies de la sphère de dimension n (pointée en (1, 0, ..., 0)).
X∪f Y = (X ∐ Y )/R
X
A X ∪f Y
f
366
Nous pouvons vérifier que si A est un fermé (resp. ouvert) dans X, et si nous notons
π ∶ (X ∐ Y ) → X ∪f Y la projection canonique, alors l’application π∣Y ∶ Y → X ∪f Y est
un homéomorphisme sur son image, qui est fermée (resp. ouverte). De même, si A est un
fermé dans X, l’application π∣X∖A ∶ X∖A → X ∪f Y est un homéomorphisme sur son image,
qui est ouverte dans X ∪f Y . Nous pouvons vérifier que si A est non vide, et si X et Y
sont connexes (resp. connexes par arcs), alors X ∪f Y l’est aussi. Si u ∶ X → Z et v ∶ Y → Z
sont deux applications continues, telles que u(x) = v(f (x)) pour tout x dans A, il existe
une unique application continue w ∶ X ∪f Y → Z telle que w ○ π∣X = u et w ○ π∣Y = v. Si A
est non vide et si Y est réduit à un point ∗, alors l’inclusion de X dans X ∐{∗} induit un
homéomorphisme
X/⟨A⟩ ≃ X ∪f {∗} .
Exercice E.A.112. Vérifier les affirmations des cinq exemples ci-dessus.
Exercice E.A.113. Pour tout i ∈ S1 , soit Ri une copie de [0, +∞[. Sur la somme disjointe
X = ∐i∈S1 Ri , nous notons R la relation d’équivalence engendrée par 0 ∈ Ri ∼ 0 ∈ Rj pour
tous les i et j dans S1 . Montrer que l’espace topologique quotient X/R est homéomorphe à
l’ensemble R2 muni de la topologie faible définie par la famille des rayons vectoriels fermés
de R2 .
∀ A ⊂ E, (A ≠ ∅) ⇒ (∃ x ∈ A, ∀ y ∈ A, x ⪯ y) .
Un ensemble muni d’un bon ordre est un ensemble bien ordonné (par définition, ceci im-
plique qu’il est totalement ordonné).
Par exemple, l’ensemble N muni de son ordre usuel est bien ordonné. Par exemple, si
E et F sont deux ensembles totalement ordonnés (resp. bien ordonnés), alors l’ensemble
produit E × F muni de l’ordre lexicographique
]x, y[ = {z ∈ E ∶ x ≺ z ≺ y}
pour les x et y dans E (l’ensemble de ces parties vérifie le critère pratique (63)). Cette
topologie est séparée.
Exercice E.A.114. Montrer que l’ensemble ordonné des ordinaux inférieurs ou égaux à
un ordinal donné, muni de la topologie de l’ordre, est compact.
A.3.1 Limites
Nous dirons que f (x) admet une limite quand x tend vers a dans A s’il existe ℓ ∈ Y tel
que pour tout voisinage V de ℓ, il existe un voisinage U de a tel que
f (U ∩ A) ⊂ V .
368
Si X = R, si A = N et si a = +∞, une application f ∶ A → Y est une suite (xn )n∈N à valeurs
dans Y , et nous notons ℓ = lim xn ou xn Ð→ ℓ si f admet ℓ pour limite en +∞. Bien sûr,
+∞ n→+∞
ℓ = lim xn ⇐⇒ ∀ V ∈ V (ℓ), ∃ N ∈ N, ∀ n ≥ N, xn ∈ V .
+∞
La proposition suivante dit que l’on ne change pas la définition d’une limite en deman-
dant aux voisinages U et V de la définition de rester dans des systèmes fondamentaux de
voisinages prescrits de a et ℓ.
f (x) Ð→ ℓ ⇐⇒ ∀ V ′ ∈ W , ∃ U ′ ∈ U f (U ′ ∩ A) ⊂ V ′ .
x→a, x∈A
Nous pouvons caractériser la continuité par les limites. Soient X et Y deux espaces to-
pologiques, f ∶ X → Y une application et x0 ∈ X. Alors f est continue en x0 si et seulement
si lim f existe et vaut f (x0 ).
x0
Proposition A.7. Si Y est séparé, si f (x) admet une limite quand x tend vers a dans A,
alors cette limite est unique.
Proposition A.8. Si f (x) admet pour limite ℓ quand x tend vers a dans A, alors ℓ ∈ f (A).
369
Démonstration. Pour tout voisinage V de ℓ, soit U un voisinage de a tel que f (U ∩A) ⊂ V .
Comme a ∈ A, l’ensemble U ∩ A est non vide, donc f (A) ∩ V , qui contient f (U ∩ A), est
aussi non vide. ◻
Proposition A.9. (Composition des limites) Soient X, Y, Z trois espaces topologiques,
A une partie de X, B une partie de Y , f ∶ A → Y et g ∶ B → Z deux applications telles que
f (A) ⊂ B, et a ∈ A. Si f (x) Ð→ b et si g(y) Ð→ ℓ, alors g ○ f (x) Ð→ ℓ.
x→a, x∈A y→b, y∈B x→a, x∈A
g ○ f (x) Ð→ g(y0 ). ◻
x→x0
Exercice E.A.115. Soient (Xi )i∈I une famille d’espaces topologiques, Y un espace topo-
logique, A une partie de Y et a ∈ A.
(1) Soit X un ensemble muni de la topologie initiale définie par une famille d’applications
(fi ∶ X → Xi )i∈I . Soit f ∶ B → X une application avec A ⊂ B ⊂ Y . Montrer que
f (x) Ð→ ℓ si et seulement si fi ○ f (x) Ð→ fi (ℓ) pour tout i dans I.
x→a, x∈A x→a, x∈A
(2) Soient X = ∏i∈I Xi , muni de ses projections canoniques pri ∶ (xi )i∈I ↦ xi , et f ∶ Y → X
une application, de i-ème composante fi . En déduire que f (x) Ð→ (ℓi )i∈I si et
x→a, x∈A
Exemple 2. Si (xn )n∈N est une suite dans X, si x ∈ X, alors x est valeur d’adhérence de
(xn )n∈N si et seulement si
∀ V ∈ V (x), ∀ N ∈ N, ∃ n ≥ N xn ∈ V .
370
En particulier, toute limite d’une sous-suite est valeur d’adhérence de (xn )n∈N . Si X est
un espace métrique (il suffit que tout point de X admette un système fondamental dénom-
brable de voisinages), alors x est valeur d’adhérence de la suite si et seulement si x est
limite d’une sous-suite.
Proposition A.11.
(1) Pour tout système fondamental U de voisinages de a (par exemple U = V (a)), l’en-
semble des valeurs d’adhérence de f en a dans A est égal à
⋂ f (U ∩ A) .
U ∈U
(2) Si f admet pour limite ℓ en a dans A, alors ℓ est une valeur d’adhérence de f en a
dans A. Si de plus Y est séparé, cette valeur d’adhérence est unique.
Démonstration. (1) Soit ℓ ∈ Y . Alors
ℓ ∈ ⋂ f (U ∩ A) ⇐⇒ ∀ U ∈ U , ℓ ∈ f (U ∩ A) ⇐⇒
U ∈U
1
Exemple. Si X = R, A = ]0, +∞[ , a = 0 ∈ A et si
f ∶ A → R est l’application x ↦ sin x1 , alors l’ensemble
des valeurs d’adhérence de f en 0 est [−1, 1].
−1
A.4 Compacité
A.4.1 Espace compact
Si X est un ensemble, une famille (Ai )i∈I de parties de X est un recouvrement de X
(ou recouvre X) si ⋃i∈I Ai = X. Un sous-recouvrement est une sous-famille (Aj )j∈J (avec
J ⊂ I) qui recouvre encore X. Si X est un espace topologique, un recouvrement (Ai )i∈I est
dit ouvert ou fermé si tous les Ai le sont.
371
Définition A.12. Un espace topologique X est dit compact s’il est séparé et si tout recou-
vrement ouvert de X admet un sous-recouvrement fini.
Voir par exemple [Pau2] pour des conditions équivalentes dans le cas des espaces mé-
trisables, dont la plus importante est : « toute suite admet une sous-suite convergente ».
Exemple. Un espace discret est compact si et seulement s’il est fini, car la famille de ses
singletons est un recouvrement ouvert.
Par passage au complémentaire, il est immédiat qu’un espace topologique séparé X
est compact si et seulement si toute famille de fermés de X d’intersection vide admet une
sous-famille finie d’intersection vide.
Soient X un espace topologique et A une partie de X. Comme les ouverts du sous-
espace topologique A sont les traces sur A des ouverts de X, les assertions suivantes sont
équivalentes :
● le sous-espace topologique A est compact.
● le sous-espace topologique A est séparé, et tout recouvrement de A par des ouverts de
X admet un sous-recouvrement fini.
Nous dirons alors que A est une partie compacte de X.
Proposition A.13.
(1) Si X est un espace topologique séparé, si A est une partie compacte de X, alors A est
fermée dans X.
(2) Un sous-espace fermé d’un espace compact est compact.
(3) Si X est un espace topologique séparé, alors une réunion finie de parties compactes
K1 , . . . , Kn de X est un compact.
Démonstration. (1) Montrons que X∖A est ouvert. Soit x ∈ X∖A. Comme X est séparé,
pour tout y dans A, il existe Uy et Vy deux ouverts disjoints de X avec x ∈ Uy et y ∈ Vy .
En particulier, (Vy )y∈A est un recouvrement de A par des ouverts de X. Par compacité de
A, il existe y1 , . . . , yn dans A tels que A ⊂ Vy1 ∪ ⋅ ⋅ ⋅ ∪ Vyn . Alors U = ⋂ni=1 Uyi est un ouvert
de X, tel que U ∩ A = ∅ et x ∈ U . Donc X ∖A est ouvert.
(2) Nous avons déjà démontré qu’un sous-espace d’un espace séparé est séparé. Soit A
un fermé d’un espace compact X. Soit (Fi )i∈I une famille de fermés de A, d’intersection
vide. Puisque A est fermé, Fi est aussi fermé dans X, donc par compacité de X, il existe
une sous-famille finie d’intersection vide.
(3) Comme tout sous-espace d’un espace séparé est séparé, ceci découle du fait que la
réunion pour i ∈ {1, . . . , n} de recouvrement ouverts finis de Ki est un recouvrement ouvert
fini de K1 ∪ ⋅ ⋅ ⋅ ∪ Kn . ◻
Cette assertion (3) est surtout là pour montrer qu’il ne faut pas oublier l’hypothèse de
séparation sur X. Par exemple, l’espace topologique grossier {0, 1} est la réunion de deux
parties compactes {0} et {1}, mais n’est pas compact.
Exercice E.A.116. Soit X un espace topologique séparé. Montrer que deux compacts
disjoints de X ont des voisinages disjoints.
372
A.4.2 Compacité et valeurs d’adhérence
Soient X et Y deux espaces topologiques, A une partie de X, a ∈ A et f ∶ B → Y une
application avec A ⊂ B ⊂ X.
Proposition A.14. Si Y est compact, alors f admet au moins une valeur d’adhérence en
a. De plus, si f admet une unique valeur d’adhérence ℓ en a, alors f admet ℓ pour limite
en a.
Corollaire A.15. Dans un espace topologique compact, toute suite admet au moins une
valeur d’adhérence. Si elle est unique, alors la suite converge vers elle. ◻
∀y∈F y≺x.
∀ x, y ∈ F x ≺ y ou y ≺ x .
L’ensemble E muni de ≺ est dit inductif si toute partie totalement ordonnée admet un
majorant.
Théorème A.16. (Théorème de Zorn) Tout ensemble ordonné inductif non vide pos-
sède un élément maximal. ◻
Ce théorème est admis (voir par exemple [Kri]), il est équivalent à l’axiome du choix.
373
Lemme A.17. Soit X un espace topologique. Un mauvais recouvrement de X est un
recouvrement n’admettant pas de sous-recouvrement fini. Soit A une prébase d’ouverts de
X. Si X admet un mauvais recouvrement ouvert, alors il admet un mauvais recouvrement
par des éléments de A .
Démonstration. Soit M l’ensemble supposé non vide des mauvais recouvrements ouverts
de X, partiellement ordonné par l’inclusion. Montrons qu’il est inductif. Soit (Uα )α∈A
une famille totalement ordonnée d’éléments de M . Soit U = ⋃α∈A Uα . Alors U est un
majorant des Uα . C’est un mauvais recouvrement ouvert de X, sinon il contiendrait un
sous-recouvrement fini {V1 , ..., Vn } ; si Vi ∈ Uαi et si β ∈ A vérifie Uαi ⊂ Uβ pour tout i,
alors Uβ aurait un sous-recouvrement ouvert fini, contradiction.
Par le théorème de Zorn, soit U ∗ un élément maximal de M . En particulier, pour tout
ouvert V ∉ U ∗ , le recouvrement U ∗ ∪ {V } n’est pas mauvais, donc il existe U1 , ..., Un dans
U ∗ tels que {V, U1 , ..., Un } recouvre X.
Démonstration. Soient U1 , ..., Un , U1′ , ..., Un′ ′ des éléments de U ∗ tels que {V, U1 , ..., Un }
et {V ′ , U1′ , ..., Un′ ′ } recouvrent X. Alors {V ∩ V ′ , U1 , . . . , Un , U1′ , . . . , Un′ ′ } recouvre X, et
comme U ∗ est mauvais, V ∩ V ′ ∉ U ∗ . ◻
Théorème A.20. (Théorème de Tychonov) Tout produit d’espaces compacts est com-
pact.
Démonstration. Nous avons déjà vu qu’un produit d’espaces séparés est séparé (pro-
position A.3). Soit X = ∏i∈I Xi un produit d’espaces compacts. Par les propriétés de la
topologie produit, A = {pr−1 j (V ) ∶ j ∈ I, V ouvert de Xj } est une prébase d’ouverts de
X. Supposons par l’absurde que X ne soit pas compact. Par le lemme technique A.17,
il existe un mauvais recouvrement U de X par des éléments de A . Pour j ∈ I, soit
Aj l’ensemble des ouverts V de Xj tels que pr−1 j (V ) ∈ U . Si par l’absurde Aj recou-
vrait Xj , par compacité de Xj , il existerait V1 , ..., Vn dans Aj recouvrant Xj . Mais alors
pr−1 −1 −1
j (V1 ) ∪ ⋅ ⋅ ⋅ ∪ prj (Vn ) = prj (Xj ) = X, ce qui contredirait le fait que U est mauvais.
Soit donc xj dans Xj tel que xj ∉ ⋃ Aj . Nous posons x = (xj )j∈I . Comme U recouvre X, il
existe j ∈ I et V ouvert de Xj tel que x ∈ pr−1 j (V ) ∈ U . Ceci contredit le fait que xj ∉ ⋃ Aj .
◻
374
● localement compact s’il est séparé et si tout point de X admet un voisinage compact. 179
● σ-compact s’il est séparé et union dénombrable de compacts,
● dénombrable à l’infini s’il est séparé et s’il existe une suite (dite exhaustive) de compacts
(Ki )i∈N de réunion X tels que Ki soit contenu dans l’intérieur de Ki+1 ,
● paracompact s’il est séparé et si tout recouvrement ouvert admet un recouvrement
ouvert localement fini plus fin.
Attention à ne pas confondre la séparation (c’est-à-dire le fait d’être séparé) et la séparabi-
lité (c’est-à-dire le fait d’être séparable, voir l’exercice E.A.124). La séparation est cruciale
pour montrer qu’un sous-espace compact d’un espace topologique séparé est fermé, ainsi
que pour montrer qu’une application continue bijective d’un espace compact dans un es-
pace séparé est un homéomorphisme, voir ci-dessous. Certains ouvrages, surtout de langue
anglaise, omettent, à tort, l’hypothèse de séparation dans la définition de la compacité,
locale compacité, σ-compacité, dénombrabilité à l’infini, paracompacité.
Exemples.
(1) Tout espace discret est localement compact.
(2) Tout espace compact est localement compact.
(3) (Théorème de Riesz) Un espace vectoriel normé est localement compact si et seulement
s’il est de dimension finie. En particulier, R est localement compact (mais pas compact).
(4) Un sous-espace fermé d’un espace localement compact est localement compact.
(5) Un produit fini d’espaces localement compacts est localement compact.
(6) L’espace RN n’est pas localement compact, car si V est un voisinage compact de
l’élément x = (xi )i∈N ∈ RN , alors V contient un voisinage élémentaire de la forme
]x0 − ϵ, x0 + ϵ[ × ⋅ ⋅ ⋅ × ]xn − ϵ, xn + ϵ[×R × R × R × ... . Alors prn+1 (V ) = R qui est non
compact, ce qui contredit la continuité de prn+1 .
Proposition A.21. Un espace topologique séparé X est localement compact si et seulement
si tout point de X admet un système fondamental de voisinages compacts.
Démonstration. Soient x ∈ X et F un voisinage compact de x. Pour tout ouvert U tel
que x ∈ U ⊂ F , il suffit de montrer qu’il existe un voisinage W de x fermé, contenu dans U
donc dans F , et par conséquent compact.
Comme X est séparé, si y ≠ x, soient V et V ′ des voisinages de x et y respectivement
tels que V ∩ V ′ = ∅. Alors y ∉ V , donc ⋂V ∈V (x) V = {x}. Par conséquent, nous avons
(X ∖U ) ∩ ⋂V ∈V (x) V = ∅. Par compacité de F , il existe des voisinages V1 , . . . , Vn de x tels
que (X ∖U ) ∩ V1 ∩ ⋅ ⋅ ⋅ ∩ Vn ∩ F = ∅. Alors W = V1 ∩ ⋅ ⋅ ⋅ ∩ Vn ∩ F est un voisinage fermé de x
contenu dans U . ◻
Corollaire A.22. Tout ouvert d’un espace localement compact est localement compact. En
particulier, si X est localement compact et x ∈ X, alors X ∖{x} est un espace localement
compact. ◻
Exercice E.A.117. (Compactifié d’Alexandrov) Soient X un espace localement com-
̂ = X ∪ {∞}.
pact, ∞ un ensemble n’appartenant pas à X et X
179. Voir la proposition A.21 pour la “vraie” définition d’espace localement compact, disant qu’il s’agit
vraiment (hormis la condition de séparation) d’une propriété locale, analogue aux propriétés d’être locale-
ment connexe, localement connexe par arcs, etc.
375
(1) Montrer que l’ensemble des parties de X ̂ de la forme U , avec U ouvert de X, ou
(X ∖K) ∪ {∞}, avec K compact de X, est une topologie sur X. ̂ (L’espace X,̂ muni de
cette topologie, est appelé le compactifié d’Alexandrov de X et ∞ son point à l’infini.)
(2) Montrer que la topologie induite sur X par celle de X ̂ est la topologie usuelle de X, et
que X est un ouvert dense de X ̂ si X n’est pas compact.
(3) Montrer que X ̂ est compact.
(4) (Extension) Montrer que si Y est un espace localement compact, et si f ∶ X → Y
est une application continue propre (voir la partie A.4.5 pour une définition), alors
l’application f̂ ∶ X
̂ → Ŷ définie par f̂ ∣X = f et f̂(∞) = ∞ est continue.
(5) (Unicité) Si Y est un espace topologique compact et s’il existe y ∈ Y et ϕ ∶ X → Y
un homéomorphisme sur son image tels que ϕ(X) = Y ∖{y}, montrer que l’application
̂∶ X
ϕ ̂ → Y définie par x ↦ ϕ(x) si x ∈ X et ∞ ↦ y, est un homéomorphisme.
(6) (Fonctorialité) Montrer que si Y est un espace localement compact, et si f ∶ X → Y est
un homéomorphisme, alors l’application f̂ ∶ X ̂ → Ŷ définie par f̂ ∣X = f et f̂(∞) = ∞
est un homéomorphisme.
(7) Montrer que si X est compact, alors X ̂ est homéomorphe à X ∐ {∞}, muni de la
topologie somme disjointe.
(8) Montrer que le compactifié d’Alexandrov
de Rn est homéomorphe à Sn . (Nous regar-
dons Rn contenu dans Rn+1 comme l’hy- N
perplan des n premières coordonnées. Si Sn
x
N est le pôle nord de Sn , on utilisera la
propriété (5) d’unicité, en montrant que π ( x)
la projection stéréographique de pôle nord
Rn
π ∶ Sn ∖{N } → Rn , qui à x associe le point
d’intersection avec Rn de la droite passant
par N et x, est un homéomorphisme.)
(9) (Fonctions nulles à l’infini) Soient Cb (X) l’espace de Banach complexe des fonctions
continues bornées sur X muni de la norme uniforme ∥f ∥ = supx∈X ∣f (x)∣, et Cc (X) le
sous-espace vectoriel des fonctions continues à support compact sur X. Soit f ∶ X → C
une fonction continue, montrer que les trois conditions suivantes sont équivalentes.
(a) La fonction f est nulle à l’infini, c’est-à-dire pour tout ϵ > 0, il existe un compact
K dans X tel que pour tout x ∈ X ∖K, nous ayons ∣f (x)∣ < ϵ.
(b) La fonction f appartient à l’adhérence de Cc (X) dans Cb (X).
(c) La fonction f s’étend continûment (de manière unique) en une application continue
g∶X ̂ → C telle que g(∞) = 0.
376
Démonstration. (1) D’abord, le sous-espace f (X) est séparé car Y l’est. Pour tout recou-
vrement ouvert (Ui )i∈I de f (X), la famille (f −1 (Ui ))i∈I est un recouvrement ouvert de X,
donc admet un sous-recouvrement fini (f −1 (Uj ))j∈J . D’où f (X) ⊂ ⋃j∈J Uj . Par conséquent,
f (X) est compact.
(2) Il suffit de montrer que f −1 est continue, c’est-à-dire que f est fermée. Si F est un
fermé de X, alors F est compact dans X, donc f (F ) est compact dans Y par (1), donc
fermé dans Y car Y est séparé, par la proposition A.13 (1). ◻
Du résultat précédent, il découle que l’application ϕ ∶ Tn = Rn /Zn → (S1 )n , définie par
[(t1 , ..., tn )] ↦ (e2πit1 , ..., e2πitn ), qui est continue, bijective, de but séparé, de source com-
pacte (car séparée par l’exercice E.A.107 (2) et image du compact [0, 1]n par la projection
canonique π ∶ Rn → Rn /Zn qui est continue), est un homéomorphisme.
Proposition A.24. Si f est propre, alors l’image réciproque par f de tout compact de Y
est un compact de X. Si Y est localement compact, et si l’image réciproque par f de tout
compact de Y est un compact de X, alors f est propre.
Démonstration. Si f est propre, soit K un compact de Y et (Fi )i∈I une famille de fermés
de f −1 (K), d’intersection vide. Supposons par l’absurde que CJ = ⋂j∈J Fj ≠ ∅ pour toute
partie finie J de I. Alors f (CJ ) est un fermé de Y , donc de K. Pour toute famille finie
(Jα )α∈A de parties finies de I, nous avons
⋂ f (CJα ) ⊃ f ( ⋂ Fj ) ≠ ∅ .
α∈A j∈⋃α∈A Jα
Comme K est compact, il existe au moins un point y dans l’intersection des ensembles
f (CJ ) pour toutes les parties finies J dans I. Pour toute partie finie J dans I, nous avons
donc
f −1 (y) ∩ ⋂ Fj = f −1 (y) ∩ CJ ≠ ∅ .
j∈J
Puisque f (y) est compact, nous avons donc f −1 (y) ∩ ⋂i∈I Fi ≠ ∅, ce qui contredit le fait
−1
377
Exemple. Soient E et F deux espaces vectoriels normés de dimension finie, et f ∶ E → F
une application continue. Alors f est propre si et seulement si pour toute suite (xi )i∈N
dans E telle que ∥xi ∥ Ð→ + ∞, nous avons ∥f (xi )∥ Ð→ + ∞. Ceci découle du fait que les
i→∞ i→∞
compacts de E et F sont leurs fermés bornés.
Proposition A.25. Soient X et Y deux espaces séparés, et f ∶ X → Y une application
continue. Si f est bijective et propre, alors f est un homéomorphisme.
Démonstration. Si f est propre, elle est fermée, donc f −1 est continue. (Voici aussi,
lorsque X, Y sont localement compacts, ce qui est le cas dans la plupart des applications,
une démonstration utilisant la caractérisation des applications propres entre espaces topo-
logiques localement compacts. Il suffit de montrer que f −1 est continue en tout point y de
Y . Soit V un voisinage compact de y. Alors U = f −1 (V ) est un voisinage de f −1 (y) car f
est continue, qui est compact car f est propre. Donc f∣U ∶ U → V est une bijection continue
entre espaces compacts, donc un homéomorphisme par le théorème A.23. Comme U et V
sont des voisinages de f −1 (y) et y respectivement, ceci implique que f −1 est continue en
y.) ◻
Remarque. L’application identité de l’espace X = {0, 1} muni de la topologie discrète
dans l’espace Y = {0, 1} muni de la topologie grossière est une bijection continue telle que
l’image réciproque par f de tout compact de Y soit un compact de X (car toute partie de
X est compacte et les seuls compacts de Y sont ∅, {0} et {1}). Mais f n’est pas propre
(car pas fermée), et n’est pas un homéomorphisme. L’hypothèse de locale compacité de Y
est importante pour la seconde assertion de la proposition A.24.
● Soient X un espace topologique normal et ∼ une relation d’équivalence sur X telle que
la projection canonique π ∶ X → X/∼ soit fermée. Montrer que X/∼ est normal (donc
séparé).
● Soient X un espace topologique compact et ∼ une relation d’équivalence sur X telle
que la projection canonique π ∶ X → X/∼ soit fermée. Montrer que X/∼ est compact.
● Montrer que l’espace topologique somme disjointe d’une famille d’espaces topologiques
normaux est normal.
● Soient X un espace topologique compact et ∼ une relation d’équivalence fermée (en
tant que partie de X × X). Montrer que X/∼ est compact.
● Soient X et Y deux espaces topologiques normaux, A un fermé de X et f ∶ A → Y une
application continue. Montrer que l’espace topologique recollement X ∪f Y est normal
(donc séparé). En déduire que l’espace topologique d’écrasement X/⟨A⟩ est normal. Si
X et Y sont compacts, montrer que X ∪f Y est compact.
● Montrer que si X est un espace topologique séparé (respectivement normal), alors son
cône CX et sa suspension SX sont aussi séparés (respectivement normal).
Exercice E.A.121. Pour n dans √ N, nous notons ∥ ⋅ ∥ la norme euclidienne standard sur
Rn (telle que ∥(x1 , . . . , xn )∥ = x21 + ⋅ ⋅ ⋅ + x2n ). Soit Bn = {x ∈ Rn ∶ ∥x∥ ≤ 1} la boule unité
(fermée) de Rn et Sn = {x ∈ Rn+1 ∶ ∥x∥ = 1} la sphère de dimension n. Identifions Cn
avec R2n par (z1 , . . . , zn ) ↦ (Re z1 , . . . , Re zn , Im z1 , . . . , Im zn ). Identifions Rn avec un
sous-espace de Rn+1 par (x1 , . . . , xn ) ↦ (x1 , . . . , xn , 0).
379
(1) Sur Rn+1 ∖{0}, considérons la relation d’équivalence x ∼1 λx pour tous les éléments x
dans Rn+1 ∖{0} et λ dans R∖{0}. Sur Sn , considérons la relation d’équivalence x ∼2 ±x
pour tout x dans Sn . Sur Bn , considérons la relation d’équivalence ∼3 engendrée par
x ∼ −x pour tout x dans Sn−1 = ∂Bn . Montrer que l’inclusion √ Sn n↪ R ∖ {0} et
n+1
(5) Si f ∶ Sn−1 → Pn−1 (R) (ces deux espaces sont vides si n = 0) est la projection canonique
(x1 , ... , xn ) ↦ [x1 ∶ ... ∶ xn ], montrer que l’application
induit un homéomorphisme
Exercice E.A.124. Un espace topologique est séparable s’il admet une partie dénombrable
dense.
● Montrer qu’un espace topologique métrisable compact est séparable et à base dénom-
brable.
● Si X est un espace topologique séparable, montrer que tout ouvert de X N est union
dénombrable d’ouverts élémentaires.
● Si X est un espace topologique, est-ce que tout ouvert de X N est union dénombrable
d’ouverts élémentaires ?
Exercice E.A.125. Un espace topologique est dit totalement discontinu si tout point
admet un système fondamental de voisinages à la fois ouverts et fermés. Montrer que tout
espace topologique métrisable, compact, totalement discontinu, sans point isolé, non vide
est homéomorphe à l’espace triadique de Cantor (voir l’exercice E.A.103). Montrer que tout
espace topologique métrisable, compact, sans point isolé, non vide contient un sous-espace
homéomorphe à l’espace triadique de Cantor.
Exercice E.A.126. Soit E un ensemble, si {0, 1} est muni de la topologie discrète, montrer
que {0, 1}E est un espace compact totalement discontinu sans point isolé. Montrer que
{0, 1}E est séparable si et seulement si E est (fini ou) dénombrable.
Exercice E.A.127. Soit A une partie d’un espace topologique X. Montrer que A est
une partie localement fermée (c’est-à-dire telle que tout point de A admette un voisinage
U dans X tel que A ∩ U soit fermé dans U ) si et seulement si A est ouverte dans son
adhérence, et si et seulement si A est l’intersection d’un ouvert et d’un fermé.
381
f ∶ X/R → X ′ . Soient x et y deux éléments distincts de X/R. Par l’injectivité de f , nous
avons f (x) ≠ f (y). Puisque Y ′ est séparé, il existe deux ouverts U ′ et V ′ de X ′ disjoints
−1
contenant f (x) et f (y) respectivement. Puisque f est continue, les parties f (U ′ ) et
−1
f (V ′ ) de X/R sont des ouverts disjoints contenant x et y respectivement.
Solution de l’exercice E.A.108. Soient x ∈ X un point dont la classe d’équivalence C
est dense dans X, et y ∈ X ∖C (qui existe si Card(X/R) ≥ 2). Pour tout ouvert saturé U
contenant y (donc non vide), l’intersection de C et de U est non vide par densité. Donc
il n’existe pas d’ouverts saturés disjoints contenant respectivement x et y, ce qui par la
proposition A.4 montre que X/R n’est pas séparé.
Supposons que toutes les classes d’équivalences de R soient denses. Soit U un ouvert
non vide de X/R. Alors π −1 (U ) est un ouvert non vide saturé de X. Il rencontre la classe
de tout élement de X par densité, donc la contient par saturation. Donc π −1 (U ) = X et
U = X/R. Ceci montre que la topologie quotient sur X/R est la topologie grossière.
Solution de l’exercice E.A.109. Notons πA ∶ A → A/RA la projection canonique.
Notons f ∶ A/RA → X/R l’application induite par passage au quotient de l’inclusion de
A dans X, qui est en effet injective et continue par les propriétés de passage au quotient.
Montrons que l’application f ∶ A/RA → f (A/RA ) est ouverte sous les hypothèses des
assertions (1) et (2), et fermée sous les hypothèses des assertions (3) et (4), ce qui montre
que f est un homéomorphisme, ce qui était demandé.
−1
(1) Soit U un ouvert de A/RA . Puisque πA (U ) est un ouvert saturé de A, il existe un
−1
ouvert saturé V de X tel que πA (A) = A ∩ V . Si x ∈ π(A) ∩ π(V ), si y ∈ A est tel que
π(y) = x, comme π(y) = x ∈ π(V ), nous avons y ∈ π −1 (π(V )) = V car V est saturé. Donc
y ∈ A ∩ V et π(A) ∩ π(V ) ⊂ π(A ∩ V ). L’autre inclusion étant immédiate, nous avons
−1
f (U ) = π(πA (U )) = π(A ∩ V ) = π(A) ∩ π(V ) = f (A/RA ) ∩ π(V ) .
Or π(V ) est ouvert car V est un ouvert saturé, donc f (U ) est un ouvert du sous-espace
topologique f (A/RA ), ce qui conclut.
−1
(2) Soit U un ouvert de A/RA . Puisque πA (U ) est un ouvert du sous-espace topologique
−1
A, il existe un ouvert V de X tel que πA (A) = A ∩ V . Puisque A est ouvert, A ∩ V est
ouvert, et puisque π est continue, π(A ∩ V ) est un ouvert. Par conséquent,
−1
f (U ) = π(πA (U )) = π(A ∩ V )
est un ouvert de X/R contenu dans f (A/RA ), donc un ouvert du sous-espace topologique
f (A/RA ), ce qui conclut.
(3) Soit F un fermé de A/RA . La même démonstration que ci-dessus en remplaçant
ouvert par fermé montre que f (F ) est un fermé du sous-espace topologique f (A/RA ), ce
qui conclut.
−1 −1
(4) Soit F un fermé de A/RA . Alors πA (F ) est un fermé de A, donc f (F ) = π(πA (F ))
est un fermé de X/R contenu dans f (A/RA ), donc un fermé du sous-espace topologique
f (A/RA ), ce qui conclut.
Sous les hypothèses de la question finale, si A = [0, 1[ , alors RA est la relation d’équi-
valence triviale {(x, y) ∈ A × A ∶ x = y}, donc A/RA est homéomorphe à A, donc à un
382
intervalle. L’application continue injective f est aussi surjective, mais n’est pas un homé-
morphisme car le cercle R/Z n’est pas homéomorphe à un intervalle (par exemple parce
que le premier n’est pas contractile alors que le second l’est, voir la partie 1). Par contre si
A = [0, 1], alors l’application f étant une bijection continue entre les deux espaces compacts
A/RA (séparé par l’exercice E.A.109 (2)) et R/Z est un homéomorphisme par le théorème
A.23 (2).
Solution de l’exercice E.A.110. (1) L’isomorphisme linéaire permutant les coordonnées
0 1
horizontale et verticale, dont la matrice ( ) dans la base canonique est inversible sur
1 0
Z, passe au quotient en un homéomorphisme du tore. Nous pouvons donc supposer que la
pente de D est finie, et que D pour équation y = αx + c où α est la pente, et c ∈ R est une
constante.
Deux points (x, αx + c) et (x′ , αx′ + c) de D sont distincts et ont la même image par
π si et seulement si x ≠ x′ et s’il existe p, q ∈ Z tels que x′ = x + p et αx′ + c = αx + c + q.
Ceci implique que p ≠ 0 et que la pente α = pq est rationnelle. En particulier, si α est
irrationnelle, alors π∣D ∶ D → π(D) est une bijection continue.
Supposons que α = q′
p′ soit rationnel, avec p′ et q ′ premiers entre eux. Par le théorème
q′ r′
de Bézout, il existe r′ , s′ ∈ Z tels que la matrice entière A = ( ′ ′ ) soit de déterminant 1,
p s
donc inversible sur Z, donc induit un homéomorphisme de T2 . Comme A envoie la droite
vectorielle horizontale sur la droite vectorielle d’équation y = αx et comme les transla-
tions sur le tore sont aussi des homéomorphismes, nous pouvons supposer que D est l’axe
horizontal des coordonnées. L’application de R dans R2 définie par x ↦ (x, 0) induit par
passage au quotient une bijection continue de R/Z dans π(D), qui est un homéomorphisme
car R/Z est compact et T2 est séparé. Nous appellerons cercles horizontaux les translatés
de π(D) dans T2 .
Si α est irrationnel, alors Zα+Z est dense dans R, donc D +Z2 est dense dans R2 , et par
la continuité de π, l’image π(D) est dense dans le tore T2 . Si π∣D était un homéomorphisme
sur son image, alors π(D) serait aussi fermée, donc égale à T2 . Ceci n’est pas vérifié (par
exemple car π −1 (π(D)) = D + Z2 n’est pas tout R2 , car de mesure de Lebesgue nulle).
(2) Si α est irrationnel, alors les classes d’équivalences de ∼ sont les images par π des
droites affines parallèles à D, donc sont denses. Par l’exercice E.A.108, ceci montre que la
topologie quotient de T2 /∼ est la topologie grossière.
Si α est rationnel, comme ci-dessus, on se ramène au cas où D est la droite vectorielle
horizontale. Alors l’application de R dans R2 définie par y ↦ (0, y) induit par passage
au quotient une bijection continue h′ de R/Z dans T2 /∼. Ce quotient est séparé par la
proposition A.4, car deux cercles horizontaux distincts de T2 ont des voisinages saturés
par cercles horizontaux disjoints. De nouveau par la compacité de R/Z, l’application h′ est
un homéomorphisme.
Solution de l’exercice E.A.111. Soient n, n′ ∈ N. Notons I et I ′ deux ensembles, et
rappelons que dire qu’ils ont le même cardinal signifie qu’ils sont en bijection. Notons B
et B ′ des bouquets de Card I et Card I ′ sphères de dimension n et n′ respectivement. Le
résultat est immédiat si n ou n′ est nul, car un bouquet de Card I sphères de dimension 0
est un ensemble discret de cardinal 1 + Card I. Il est immédiat par le rappel initial que si
n = n′ et Card I = Card I ′ , alors B et B ′ sont homéomorphes. Notons que si n ≠ n′ , alors Sn
383
′
et Sn′ ne sont pas homéomorphes, car alors sinon Rn et Rn (obtenus à homéomorphisme
près en enlevant un point de Sn et Sn′ par compactification d’Alexandrov, voir l’exercice
E.A.117 (8)) le seraient. Or si n ≠ n′ , le théorème d’invariance du domaine de Brouwer
(voir le théorème 4.1) dit qu’un ouvert non vide de Rn n’est pas homéomorphe à un ouvert
′
non vide de Rn .
Supposons donc que n, n′ ≥ 1, par symétrie que Card I ≥ 2 et qu’il existe un homéomor-
phisme f ∶ B → B ′ . Puisque f envoie au moins un point qui n’est pas le point base de B
sur un point qui n’est pas le point base de B ′ par cardinalité, puisqu’un homéomorphisme
est en particulier un homéomorphisme local, nous avons donc n = n′ par le théorème d’in-
variance du domaine de Brouwer, et f envoie le point base de B sur le point base de B ′ .
Puisque qu’un bouquet de Card I sphères de dimension n privé de son point base possède
Card I composantes connexes, nous avons donc Card I = Card I ′ .
Solution de l’exercice E.A.112. Soient X et Y deux espaces topologiques, A une partie
de X, f ∶ A → Y une application continue et π ∶ (X ∐ Y ) → X ∪f Y la projection canonique.
Par la définition de la relation d’équivalence R définissant le quotient X ∪f Y , la classe
d’équivalence d’un point x ∈ X est [x] = {x} si x ∉ A et [x] = {f −1 (f (x))} ∐{f (x} si x ∈ A.
La classe d’équivalence d’un y ∈ Y est [y] = f −1 (y) ∐{y} (et en particulier [y] = {y} si
y ∉ f (A)). Donc les restrictions de π à X∖A et à Y sont injectives, donc bijectives sur leurs
images. Elles sont continues comme restrictions d’application continue.
Supposons A fermé. Montrons d’abord que l’application π∣Y est fermée, donc un ho-
méomorphisme sur son image. Soit F un fermé de Y . Alors son saturé par R est RF =
f −1 (F ) ∐ F , et f −1 (F ) est fermé dans A donc dans X, car A est fermé. Donc RF est
fermé dans X ∐ Y , et son image par π est aussi fermée, car π −1 (π(F )) = RF . Donc π∣Y
est fermée. L’argument analogue en remplaçant fermés par ouverts montre que si A est
ouvert, alors l’application π∣Y est ouverte, donc un homéomorphisme sur son image.
Montrons maintenant que si A est un fermé de X, alors l’application π∣X∖A est ouverte,
donc un homéomorphisme sur son image. Soit U un ouvert de X ∖A. Alors comme A est
fermé, U est un ouvert de X, et comme il est saturé par R, son image par π est ouverte,
donc π∣X∖A (U ) = π(U ) est ouverte. La même démonstration en échangeant ouverts et
fermés montre que si A est un ouvert de X, alors l’application π∣X∖A est fermée, donc un
homéomorphisme sur son image.
Supposons A non vide, et fixons x0 ∈ A. Si X et Y sont connexes, si g est une application
continue de X ∪f Y dans l’espace discret {0, 1}, alors π ○ g ∶ (X ∐ Y ) → {0, 1} est continue,
donc constante sur X et sur Y , donc constante car puisque x0 ∈ A, le point x0 ∈ X est
dans la même classe pour R que f (x0 ) ∈ Y . Donc X ∪f Y est connexe. De même, si X et
Y sont connexes par arcs, alors d’une part π(X) et π(Y ) sont connexes par arcs car π est
continue. D’autre part, pour tous les x ∈ X et y ∈ Y , si α est un chemin dans X de x à x0
et β un chemin dans Y de f (x0 ) à y, alors les applications π ○ α et π ○ β sont des chemins
dans X ∪f Y qui sont concaténables car x0 R f (x0 ). La concaténation de π ○ α et π ○ β est
alors un chemin d’origine π(x) et d’extrémité π(y). Ceci montre que X ∪f Y est connexe
par arcs.
Si u ∶ X → Z et v ∶ Y → Z sont deux applications continues, telles que u(x) = v(f (x))
pour tout x dans A, alors l’application w ∶ (X ∐ Y ) → Z définie par w∣X = u et w∣Y = v, qui
est continue et constante sur chaque classe, passe au quotient en une application continue
w ∶ X ∪f Y → Z telle que w ○ π∣X = u et w ○ π∣Y = v. L’unicité est immédiate.
Si Y est réduit à un point ∗, alors f est l’application constante de A dans Y et A ∐{∗}
384
est une classe d’équivalence pour R. Donc l’inclusion de X dans X ∐{∗} induit par passage
au quotient une application ϕ continue injective, et surjective car A est non vide, de X/⟨A⟩
dans X ∪f {∗}. Réciproquement, l’application de X ∐{∗} dans X/⟨A⟩ valant la projection
canonique sur X et envoyant ∗ sur la classe A de X/⟨A⟩ est continue. Elle passe au quotient
en une application continue de X ∪f {∗} dans X/⟨A⟩, qui est l’inverse de ϕ.
Solution de l’exercice E.A.117. (1) La partie vide de X ̂ est un ouvert de X, donc de
̂ La partie X
X. ̂ de X̂ est le complémentaire du compact vide de X, donc est un ouvert de
̂
X.
Montrons que la topologie putative de X ̂ est stable par intersection finie. L’intersection
de deux ouverts de X est un ouvert de X, donc un ouvert de X. ̂ Comme la réunion de deux
compacts d’un espace séparé est compact (voir la proposition A.13 (3)), l’intersection des
complémentaires de deux compacts de X est le complémentaire d’un compact de X, donc
̂ Si U est un ouvert de X et K un compact de X, alors puisqu’un compact
est un ouvert de X.
̂
d’un espace séparé est fermé (voir la proposition A.13 (1)), la partie U ∩(X∖K) = U ∩(X∖K)
est un ouvert de X, donc est un ouvert de X. ̂
Montrons que la topologie putative de X ̂ est stable par union quelconque. Soit (Ui )i∈I
une famille d’ouverts de X et (Kj )j∈J une famille de compacts de X. Alors U = ⋃i∈I Ui est
un ouvert de X et si J est vide, alors
̂ ∖Kj ) = U
⋃ Ui ∪ ⋃ ( X
i∈I j∈J
̂
est un ouvert de X.
(2) La topologie induite sur X est l’ensemble des traces U ∩ X sur X des ouverts U
̂ Pour tout ouvert U de X, nous avons U ∩ X = U qui est ouvert dans X. Pour tout
de X.
compact K de X, nous avons (X ̂ ∖K) ∩ X = X ∖K. Le résultat découle donc du fait qu’un
compact de X est un fermé de X par la proposition A.13 (1), donc de complémentaire
dans X ouvert.
Puisque X est un ouvert de X, la partie X est un ouvert de X.̂ Si U est un voisinage
ouvert de ∞ dans X,̂ alors il existe un compact K de X tel que U = X ̂ ∖K, et comme
X ≠ K, l’ouvert U rencontre X. Ceci montre que X est dense dans X.̂
(3) Montrons que X ̂ est séparé. Si x, y ∈ X sont distincts, puisque X est séparé, il existe
des ouverts de X, donc de X,̂ disjoints et contenant respectivement x et y. Si x ∈ X, soit V
un voisinage compact de x dans X, qui existe car X est localement compact. Alors X ̂ ∖V
○
et V sont des voisinages ouverts disjoints dans X ̂ de respectivement ∞ et x. Ceci montre
le résultat.
Soit U = (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de X. ̂ Puisque ∞ appartient à X, ̂ il existe
̂
i0 ∈ I et K un compact de X tel que Ui0 = X∖K. Puisque (Ui ∩ X)i∈I est un recouvrement
ouvert de K par l’assertion (2) et par l’équivalence qui précède la proposition A.13, il
385
existe donc une partie finie J de I tel que (Ui ∩ X)i∈J recouvre K. Alors (Ui )i∈J∪{i0 } est
un sous-recouvrement fini de U . Donc X ̂ est compact.
(4) Puisque f̂ ∣X = f et par l’assertion (2) pour X et pour Y , il est immédiat que
l’application f̂ est continue en tout point de X.
Soit V un voisinage ouvert de ∞ dans Ŷ . Alors il existe un compact K de Y tel
que V = Ŷ ∖ K. Puisque f est propre, la partie f −1 (K) est un compact de X, et donc
U =X ̂ ∖f −1 (K) est un ouvert de X.̂ Puisque
f̂(U ) = f̂(X
̂ ∖f −1 (K)) ⊂ Ŷ ∖K = V ,
donc g(x) ∈ U , puis g(K) ⊂ U , c’est-à-dire g ∈ O(K, U ). Par conséquent, l’ouvert O(K, U )
de la topologie compacte-ouverte est un ouvert pour la topologie de la convergence uni-
forme.
Réciproquement, soient f ∈ C (X, Y ) et ϵ > 0. Puisque f est continue sur un compact
à valeurs dans un espace métrique, elle est uniformément continue. Donc pour tout x ∈ X,
il existe un voisinage compact Kx de x dans X tel que pour tous les y, z ∈ Kx , nous ayons
d(f (y), f (z)) < 2ϵ . Puisque X est compact, il existe une partie finie F de X telle que les
387
voisinages compacts Ku pour u ∈ F recouvrent X. Maintenant, pour tout h appartenant à
W = ⋂u∈F O(Ku , B(f (u), 2ϵ )), qui est un voisinage ouvert de f pour la topologie compacte-
ouverte, montrons que d(h, f ) < ϵ, ce qui montre que Bd (f, ϵ) contient W , ce qui conclut la
démonstration. En effet, pour tout x ∈ X, soit u ∈ F tel que x ∈ Ku . Alors h(x) ∈ B(f (u), 2ϵ )
puisque h ∈ W , donc
ϵ ϵ
d(h(x), f (x)) ≤ d(h(x), f (u)) + d(f (u), f (x)) < + =ϵ,
2 2
ce qui montre le résultat, puisque supx∈X d(h(x), f (x)) = maxx∈X d(h(x), f (x)) par la
compacité de X et par continuité.
Solution de l’exercice E.A.119. ● Si X est séparé, alors pour tout (x, y) ∈ (X ×X)∖∆,
soient U et V des voisinages ouverts disjoints de x et de y respectivement. Alors U × V
est un voisinage ouvert de (x, y) contenu dans (X × X) ∖ ∆. Donc ∆ est fermé car de
complémentaire ouvert, comme voisinage de chacun de ses points.
Réciproquement, si ∆ est fermé, alors (X × X)∖∆ est ouvert. Pour tous les x, y ∈ X
tels que x ≠ y, nous avons (x, y) ∈ (X × X)∖∆. Par définition de la topologie produit, il
existe donc des ouverts U et V de X tels que (x, y) ⊂ (U × V ) ⊂ ((X × X)∖∆). Donc U et
V sont des voisinages ouverts disjoints de x et y respectivement.
● La partie {x ∈ X ∶ f (x) = g(x)} est fermée comme image réciproque par l’application
continue x ↦ (f (x), g(x)) de la diagonale ∆ de Y × Y , qui est fermée car Y est séparé, par
le point précédent.
● La dernière assertion découle du fait qu’une partie dense et fermée d’un espace
topologique est égale à tout cet espace topologique.
388
B Annexe : rappels de théorie des groupes
B.1 Action de groupes
Soient G un groupe (d’élément neutre e) et E un ensemble.
Une action (à gauche) de G sur E est une application de G×E dans E notée (g, x) ↦ gx
telle que, pour tous les x ∈ E et g, h ∈ G, nous ayons
(1) ex = x,
(2) g(hx) = (gh)x.
Ainsi pour tout g ∈ G, l’application x ↦ gx est une bijection de E dans E, appelée l’action
de g sur E, d’inverse x ↦ g −1 x. Pour simplifier, nous noterons encore g l’application x ↦ gx
lorsque l’action est sous-entendue. Nous dirons qu’un groupe G agit sur E si E est muni
d’une action de G sur E.
Il est parfois plus naturel (voir par exemple la partie 2.7) d’utiliser une action à droite
de G sur E, c’est-à-dire une application de E × G dans E notée (x, g) ↦ xg telle que, pour
tous les x ∈ E et g, h ∈ G, nous ayons
(1) xe = x,
(2) x(gh) = (xg)h.
Si une application (x, g) ↦ xg est une action à droite, alors l’application (g, x) ↦ xg −1
est une action (à gauche), donc nous nous contenterons d’étudier les actions (à gauche).
Si E et E ′ sont deux ensembles munis d’une action (respectivement d’une action
à droite) d’un même groupe G, une application f ∶ E → E ′ est dite équivariante, ou
G-équivariante lorsqu’il convient de préciser le groupe (les deux actions étant sous-entendues),
si
∀ x ∈ E, ∀ g ∈ G, f (gx) = gf (x) (respectivement f (xg) = f (x)g ) .
Soit G un groupe agissant (à gauche) sur un ensemble E. La relation
x R y ⇔ (∃ g ∈ G, y = gx)
est une relation d’équivalence. La classe d’équivalence d’un point x de E est appelée l’orbite
de ce point par l’action de G, et notée Gx. L’ensemble des classes d’équivalence est noté
G/E, et appelé l’espace des orbites de G dans E. L’espace des orbites pour une action à
droite de G sur E est noté E/G.
Soit A une partie de E. Pour tout g ∈ G, nous notons gA = {gx ∶ x ∈ A} l’image de A
par l’action de g.
Nous dirons qu’un élément g ∈ G préserve A si gA ⊂ A. Nous dirons qu’un sous-groupe
H de G préserve (ou laisse invariant) A si h préserve A pour tout h ∈ H, ou, de manière
équivalente car H contient les inverses de ses éléments, si hA = A pour tout h ∈ H.
Le stabilisateur de A est le sous-groupe de G constitué des éléments g ∈ G tels que
gA = A. Le stabilisateur point par point (ou fixateur) de A est le sous-groupe de G constitué
des éléments g ∈ G tels que gx = x pour tout x ∈ A. Notons que le fixateur de A est un
sous-groupe distingué du stabilisateur de A. Le stabilisateur d’un point x (c’est-à-dire du
singleton {x}) de E est égal à son fixateur, et noté
Gx = {g ∈ G ∶ gx = x} .
389
Remarquons que
Ggx = g Gx g −1 ∶ (64)
le stabilisateur de l’image de x par g est le conjugué par g du stabilisateur de x.
Une action d’un groupe G sur un ensemble E est dite transitive si pour tous les x, y
dans E, il existe un élément g de G tel que y = g x.
Une action d’un groupe G sur un ensemble X est dite libre si le stabilisateur Gx de
chaque point x de X est trivial (c’est-à-dire vaut {e} où e est l’identité de G). Ceci équivaut
à demander que
∀ x ∈ X, ∀ g, g ′ ∈ G, gx = g ′ x ⇒ g = g ′ ,
ou encore que
∀ x ∈ X, ∀ g ∈ G, gx = x ⇒ g = e .
A × B Ð→ A
(a, b) ↦ ab−1 .
est bien définie, est appelée le passage au quotient de l’application f . Si f est surjectif,
alors f est surjective. Si B est distingué dans A et B ′ distingué dans A′ , alors f est un
morphisme de groupes entre les groupes quotients A/B et A′ /B ′ .
L’action par translations à gauche de A sur lui-même induit une action de A sur A/B,
encore appelée l’action par translations à gauche de A sur l’espace des classes à droites
A/B :
A × A/B Ð→ A/B
(g, g ′ B) ↦ gg ′ B .
390
B.2 Groupes libres
Soit S un ensemble. Un mot 180 sur S est une suite finie d’éléments de S × {±1}. Nous
noterons e la suite vide, appelée le mot vide, et pour tous les n ∈ N, s1 , . . . , sn ∈ S et
ϵ1 , . . . , ϵn ∈ {±1}, nous noterons sϵ11 . . . sϵnn la suite finie ((s1 , ϵ1 ), . . . , (sn , ϵn )) (par conven-
tion, ce mot est le mot vide si n = 0). Nous dirons que n est la longueur du mot w = sϵ11 . . . sϵnn ,
et nous la noterons ℓ(w). Un mot sϵ11 . . . sϵnn est réduit si pour tout i ∈ J1, n − 1K, nous avons
ϵi = ϵi+1 dès que si = si+1 , ou autrement dit, s’il ne contient pas de sous-mot sϵi i sϵi+1 i+1
tel que
si = si+1 et ϵi = −ϵi+1 . Par exemple, tout mot de longueur au plus 1 est réduit.
La concaténation avec réduction est la loi de composition interne L ∶ E × E → E sur
l’ensemble E des mots réduits sur S définie, par récurrence sur la longueur des mots, par
Proposition B.2. L’ensemble des mots réduits sur S, muni de la loi de concaténation
avec réduction, est un groupe, noté L(S) et appelé le groupe libre sur S. L’application
i ∶ S → L(S) définie par s ↦ s+1 est injective. Le couple (L(S), i) vérifie la propriété
universelle suivante :
pour tout couple (G, j) où G est un groupe et j ∶ S → G est une applica-
tion, il existe un unique morphisme de groupes f ∶ L(S) → G tel que le
diagramme suivant commute :
i
S Ð→ L(S)
j ↘ ↓f
G.
Nous identifions S avec son image dans L(S) par i. Si G est un groupe muni d’une
application j de S dans G, nous appellerons morphisme canonique associé à (G, j) le
morphisme de groupes f ∶ L(S) → G donné par la propriété universelle ci-dessus. Si j(S)
engendre G, alors le morphisme canonique f est surjectif.
Démonstration. Notons L = L(S) l’ensemble des mots réduits sur S, muni de la loi de
concaténation avec réduction. Il est immédiat que la suite vide est élément neutre (à droite
et à gauche) de L, et que l’inverse (à droite et à gauche) du mot sϵ11 . . . sϵnn est le mot
−ϵ1
s−ϵ
n . . . s1 . L’associativité de la loi de concaténation avec réduction est par contre plus
n
délicate à montrer. Une manière qui évite une discussion de cas qui apparaît naturellement
lors de la concaténation avec réduction de trois éléments, avec les deux choix possibles de
parenthésages, est la suivante.
Soit Ẽ l’ensemble des mots sur S. La concaténation des suites
((sϵ11 ... sϵnn ), (tη11 ... tηmm )) ↦ sϵ11 ... , sϵnn tη11 ... tηmm
180. au sens des groupes : dans les monoïdes, la définition est différente
391
est une loi de composition interne clairement associative sur E, ̃ ayant le mot vide comme
élément neutre à gauche et à droite. Soit R la plus petite relation d’équivalence compa-
tible 181 avec cette loi de composition et mettant en relation sϵ s−ϵ et le mot vide ∅ pour
tous les s ∈ S et ϵ ∈ {±1}.
Il est élémentaire de vérifier que cette loi de composition induit une loi de groupe sur
̃
l’ensemble quotient E/R, d’élément neutre e la classe d’équivalence du mot vide, l’inverse
−ϵ1
de la classe du mot s1 ... sϵnn étant la classe du mot s−ϵ
ϵ1
n ... s1 . Montrons le résultat suivant.
n
longueur est ℓ(w) − 2. Tout mot équivalent à w de longueur minimale est donc réduit. Il
suffit donc de montrer que tout mot est équivalent à un unique mot de longueur minimale.
Si deux mots w0 , w1 sont équivalents pour R, alors par définition de R, nous pouvons
passer de l’un à l’autre par un nombre fini de transformations de la forme w → w′ ou son
inverse w′ → w comme ci-dessus. Par récurrence sur le nombre de transformations, il est
élémentaire de montrer que si w0 est réduit, alors w0 est une sous-suite de la suite w1 , donc
ℓ(w1 ) ≥ ℓ(w0 ). ◻
Reprenons la démonstration de la proposition B.2. L’injectivité de i est immédiate. Soit
(G, j) un groupe muni d’une application j ∶ S → G. Notons f ∶ L → G l’application
Exercice E.B.128. Si S et S ′ sont deux ensembles, montrer que L(S) et L(S ′ ) sont
isomorphes si et seulement si S et S ′ ont même cardinal.
̃ si x R y et x′ R y ′ , alors xx′ R yy ′
181. c’est-à-dire vérifiant la propriété que pour tous les x, x′ , y, y ′ ∈ E,
′ ′
où zz désigne la concaténation des mots z, z ∈ E ̃
392
B.3 Graphe de Cayley
Soient G un groupe et A une partie de G.
Le sous-groupe de G engendré par A, noté ⟨A⟩, est l’intersection de tous les sous-groupes
de G contenant A. C’est le plus petit sous-groupe de G contenant A. Il est égal à l’ensemble
des éléments de G de la forme
aϵ11 aϵ22 . . . aϵnn
avec n ∈ N, ϵi = ±1, et ai ∈ A, en convenant que c’est l’élément neutre e de G si n = 0
Nous dirons que A est une partie génératrice de G (ou que A engendre G) si ⟨A⟩ = G.
Si A est une partie génératrice d’un groupe G, si f ∶ G → H est un morphisme de groupes
surjectif, alors f (A) est une partie génératrice de H.
Un groupe est dit de type fini s’il admet une partie génératrice finie.
Le sous-groupe distingué de G engendré par A, noté ⟨⟨A⟩⟩, est l’intersection de tous les
sous-groupes distingués de G contenant A. C’est le plus petit sous-groupe distingué de G
contenant A. Il est égal à l’ensemble des éléments de G de la forme
Soit G un groupe muni d’une partie génératrice S telle que e ∉ S. Le graphe de Cayley 182
(à droite) de (G, S) (ou graphe de Cayley de G lorsque la partie génératrice S est sous-
entendue) est le graphe 183 X = Cay(G, S) d’ensemble des sommets V X = G, d’ensemble
des arêtes
EX = {(g, h, s) ∈ G × G × (S ∪ S −1 ) ∶ gs = h} ,
tel que pour toute arête e = (g, h, s) ∈ EX, son origine soit le sommet o(e) = g, son
extrémité soit le sommet t(e) = h, et son arête opposée soit l’arête e = (h, g, s−1 ). Nous
avons exclu l’élément neutre dans S afin que l’application e ↦ e soit une involution sans
point fixe, car si (g, h, s) = (h, g, s−1 ), alors g = h = gs donc s = e.
393
Exemples. (1) Si G est le groupe Z/nZ muni de la partie génératrice S = {1} (en notant
encore par abus k ∈ Z/nZ la classe de k ∈ Z modulo nZ), alors (la réalisation topologique
de) son graphe de Cayley est un cercle. Si G est un groupe et si S = G∖{e}, alors son
graphe de Cayley est le graphe complet d’ensemble de sommets G.
2 1 2 1
3 0 3 0
4 5 4 5
Cay(Z/6Z, {1}) Cay(Z/6Z, {1, 2, 3, 4, 5})
(2) Si G est le groupe Z muni de la partie génératrice S = {1}, alors (la réalisation
topologique de) son graphe de Cayley est une droite. Si G est le groupe Z × Z muni de la
partie génératrice S = {(1, 0), (0, 1)}, alors (la réalisation topologique de) son graphe de
Cayley est la grille carrée de R2 .
−3 −2 −1 0 1 2 3
Cay(Z, {1})
−3 −2 −1 0 1 2 3
(3, 2)
(0, 1)
(0, −1)
(3) Si S est un ensemble et si L = L(S) est le groupe libre sur S, alors le graphe de
Cayley de (L, S) est un arbre, par la définition du groupe libre. L’ensemble L(S) des mots
réduits sur S ∪ S −1 s’identifie à l’ensemble des chemins d’arêtes sans aller-retour d’origine
e dans le graphe Cay(L(S), S).
394
b2
ba−1 ba
b ab2
aba−1
a−1 b ab aba
a2 b
−2 −1 2
a a a
e a a3
a2 b−1
−1 −1
a b
b−1
Remarque. Si S n’a pas d’élément d’ordre 2, il est immédiat de vérifier que le couple
formé de l’action par translations à gauche de G sur V X = G, ainsi que de l’action de G
sur EX définie par (g ′ , (g, h, s)) ↦ (g ′ g, g ′ h, s), est une action à gauche 184 de G sur son
graphe de Cayley X = Cay(L(S), S). Le fait que l’action de G sur X soit sans inversion
d’arête découle du fait que s’il existe g ′ , g, h ∈ G et s ∈ S tels que g ′ (g, h, s) = (h, g, s−1 ),
alors s = s−1 , donc s serait un élément d’ordre 2.
Démonstration. Le caractère libre découle du fait que l’action par translations à gauche
de G sur lui-même est libre, et du fait que l’action de G sur X soit sans inversion d’arête
par la remarque précédente et par l’hypothèse sur S, donc aucun sommet ni milieu d’arête
n’est fixé par un élément non trivial de G.
Par construction, toute arête du graphe X = Cay(G, S) appartient à l’orbite d’une arête
d’origine e. Les arêtes d’origine e sont en bijection avec les éléments de S ∪ S −1 . Puisque
G agit transitivement sur les sommets de Cay(G, S), l’espace topologique quotient G/∣X∣,
qui est la réalisation topologique du graphe quotient (celui-ci existe, voir la remarque
précédente) de Cay(G, S) par G, est donc un bouquet de cercles, dont l’ensemble des
cercles est en bijection avec S ∪ S −1 .
Montrons que la projection canonique p de ∣X∣ sur G/∣X∣ est un revêtement. En effet,
la préimage par p d’une arête ouverte du bouquet (qui est un ouvert de G/∣X∣) est la
réunion disjointe des arêtes ouvertes (qui sont des ouverts de ∣X∣) dans une orbite par G.
La préimage par p du complémentaire des milieux des arêtes de G/∣X∣ (qui est un ouvert de
G/∣X∣) est la réunion disjointe, pour tout sommet x ∈ V X, de la réunion (qui est un ouvert
184. c’est la raison pour laquelle nous considérons les graphes de Cayley à droite
395
de ∣X∣) de {x} et des moitiés d’arêtes ouvertes d’origine x. La projection canonique p induit
un homéomorphisme de chaque élément de ces réunions disjointes sur leur image dans le
bouquet de cercles. Par la proposition 2.1, puisque l’espace ∣X∣ est connexe et comme le
graphe topologique G/∣X∣ = ∣G/X∣ est localement connexe et séparé, l’application continue
p ∶ ∣X∣ → G/∣X∣ est donc un revêtement.
L’assertion finale découle alors de la proposition 2.37, car l’application g ↦ {x ↦ gs}
est un morphisme de groupes de G dans Aut(p), bijectif puisque l’action de G sur les
sommets de X est libre et transitive. ◻
est une présentation de W . Nous renvoyons par exemple à [Bou1, Har1, Hum] pour
une démonstration de cette affirmation et pour des compléments, en particulier pour
la classification à isomorphisme près des groupes de Coxeter finis.
185. Il n’est pas demandé qu’elle soit injective.
186. Voir la définition d’un morphisme canonique donnée par la propriété universelle des groupes libres
dans le commentaire suivant la proposition B.2.
187. Attention, toutes les présentations d’un groupe de présentation finie ne sont pas forcément finies.
Par exemple, le groupe trivial admet comme présentation ⟨S ∣ R⟩ où S = {x} et R = {xn ∶ n ∈ N}.
396
Exercice E.B.129.
(1) Montrer que pour tout m ∈ N∖{0, 1, 2}, le groupe diédral D2m d’ordre 2m (le sous-
groupe des isométries de R2 préservant un polygone régulier à m côtés) est un groupe
de Coxeter, qui admet comme présentation ⟨a, b ∣ a2 = b2 = (ab)m = 1⟩.
(2) Montrer que le groupe diédral infini D∞ (le sous-groupe des isométries de R engen-
dré par la translation de longueur 1 et la symétrie en l’origine t ↦ −t) admet pour
présentation ⟨a, b ∣ a2 = 1, aba = b−1 ⟩.
(3) Montrer que pour tout n ∈ N∖{0, 1}, le groupe symétrique Sn+1 d’ordre (n + 1)! (le
groupe des permutations d’un ensemble de cardinal n + 1) est un groupe de Coxeter,
qui admet comme présentation
⎧
⎪ σ2 = 1 si i ∈ J1, nK
⎪
⎪ i
⟨σ1 , . . . , σn ∣ ⎨ σi σi+1 σi = σi+1 σi σi+1 si i ∈ J1, n − 1K ⟩.
⎪
⎪
⎪ (σ
⎩ i j σ ) 2
= 1 si i, j ∈ J1, nK et ∣ i − j ∣ > 1
(4) Montrer (voir aussi l’exercice E.39 et [Ser]) que le groupe PSL2 (Z) = SL2 (Z)/{± id}
admet comme présentation ⟨a, b ∣ a2 = b3 = 1⟩.
Tout groupe G admet au moins une 188 présentation : si S est une partie génératrice
de G (par exemple S = G), soit R le noyau du morphisme canonique L(S) → G. Alors
⟨⟨R⟩⟩ = R et (S, R) est une présentation de G.
Un groupe de type fini étant dénombrable, il existe des groupes qui ne sont pas de type
fini (le groupe additif R par exemple). Si S est dénombrable infini, alors L(S) n’est pas
de type fini. Il existe des groupes de type fini qui ne sont pas de présentation finie. En
effet, il existe une infinité non dénombrable de classes d’isomorphisme de groupes de type
fini (voir par exemple [Har2, page 69]). Comme l’ensemble des classes d’isomorphisme de
groupes de présentation finie est dénombrable, il existe une infinité non dénombrable de
classes d’isomorphisme de groupes de type fini qui ne sont pas de présentation finie.
n
Exemple. Soit wn = 22 + 1 le n-ème nombre de Fermat. Un groupe dont une présentation
est
⟨a, b ∣ [awn −2 b a2−wn , b] = 1, ∀ n ∈ N⟩
n’est pas de présentation finie. Un groupe dont une présentation est
n’est pas de présentation finie. (Ces affirmations ne sont pas immédiates, voir par exemple
[Har2].)
397
sont les groupes abéliens libres Z(S) et Z(S ) (des suites presque nulles à valeurs dans
′
Z, indexées par respectivement S et S ′ ). Si les groupes abéliens libres Z(S) et Z(S ) sont
′
isomorphes, alors les espaces vectoriels (Z/2Z)(S) et (Z/2Z)(S ) sur le corps Z/2Z sont
′
isomorphes. Comme ces deux espaces vectoriels admettent une base de cardinal égal au
cardinal de S et de S ′ respectivement, ceci montre que S et de S ′ ont même cardinal.
Exercice E.B.129. (1) Notons s la réflexion orthogonale par rapport à la droite D
passant par le barycentre O d’un polygone régulier à m côtés P et un sommet v de P .
Notons t la réflexion orthogonale par rapport à la droite D′ passant par le barycentre O
et le milieu d’une arête de P de sommet v.
D
D′ D′
v s
t
t
π
m
π
O O m v D
s
P∗ P∗
P
P
m pair m impair
Il est élémentaire de vérifier que le groupe D2m est d’ordre 2m, qu’il est engendré par
les éléments s et t, que ceux-ci sont des involutions, c’est-à-dire vérifient les relations
s2 = t2 = id, et que la composition s ○ t est la rotation de centre O et d’angle 2π m , donc
̃
vérifie (s ○ t) = id. Notons D2m le groupe de présentation ⟨a, b ∣ a = b = (ab) = 1⟩ et
m 2 2 m
S = {a, b}. Notons Θ ̃ ∶ L(S) → D2m le morphisme canonique du groupe libre L(S) dans le
groupe D2m , défini par l’application a ↦ s et b ↦ t de S dans D2m . Ce morphisme Θ ̃ est
surjectif, car {s, t} est une partie génératrice de D2m . Puisque s et t vérifient les mêmes
relations de la présentation ci-dessus que a et b, le morphisme Θ ̃ passe au quotient en un
̃
morphisme de groupes surjectif Θ ∶ D2m → D2m .
Par les relations de D̃ 2m , tout élément de D
̃ 2m peut s’écrire comme un produit ababab...
de longueur ℓ ∈ J0, mK (donc l’élément neutre si ℓ = 0, terminant par b si ℓ est pair et par
a si ℓ est impair), ou un produit bababa... de longueur ℓ′ ∈ J1, m − 1K (donc terminant
par a si ℓ′ est pair et par b si ℓ′ est impair). Toujours par les relations, deux tels mots
sont distincts. Donc D ̃ 2m est aussi de cardinal (m + 1) + (m − 1) = 2m. Par conséquent,
l’application surjective Θ entre deux ensembles de même cardinal est bijective, donc est
un isomorphisme de groupes.
(2) Poser a ∶ t ↦ −t et b ∶ t ↦ t + 1 et montrer que le morphisme canonique du groupe
libre L({a, b}) dans le groupe D∞ , défini par l’application a ↦ a et b ↦ b de S dans D2m
induit par passage au quotient un isomorphisme de groupes du groupe de présentation
⟨a, b ∣ a2 = 1, aba = b−1 ⟩ dans le groupe diédral infini D∞ .
(3) Pour tout i ∈ J1, nK, notons σ i la transposition (i i + 1) de l’ensemble {1, . . . , n + 1}.
Il est élémentaire de vérifier que les transpositions σ 1 , . . . , σ n vérifient les relations
398
● σ i2 = 1 pour tout i ∈ J1, nK,
● σ i σ i+1 σ i = σ i+1 σ i σ i+1 pour tout i ∈ J1, n − 1K et
● (σ i σ j )2 = 1 pour tous les i, j ∈ J1, nK tels que ∣ i − j ∣ > 1.
Notons S ̃ n+1 le groupe de présentation donnée dans l’énoncé de la question (3) et S l’en-
semble {σ1 , . . . , σn }. Notons Θ ̃ ∶ L(S) → Sn+1 le morphisme canonique du groupe libre
L(S) dans le groupe Sn+1 , défini par l’application de S dans Sn+1 donnée par σi ↦ σ i
pour tout i ∈ J1, nK. Ce morphisme Θ ̃ est surjectif, car {σ 1 , . . . , σ n } est une partie généra-
trice de Sn+1 . Puisque σ 1 , . . . , σ n vérifient les mêmes relations de la présentation de S ̃ n+1
̃
que σ1 , . . . , σn , le morphisme Θ passe au quotient en un morphisme de groupes surjec-
tif Θ ∶ S̃ n+1 → Sn+1 . Nous renvoyons par exemple à [Har1] pour une démonstration de
l’injectivité de Θ.
399
C Annexe : rappels de calcul différentiel
Nous renvoyons par exemple à [Ave, Car, Die2, Pau2] pour des démonstrations et
commentaires des résultats de cette partie.
Soient E et F deux espaces de Banach réels, U et V deux ouverts de E et F respecti-
vement, f ∶ U → V une application de classe C1 et x un point de U .
Nous notons dfx ∶ E → F (ou aussi f ′ (x) ∶ E → F ) la différentielle de f en x, qui est
l’unique application linéaire continue vérifiant, pour tout v ∈ E,
d
dfx (v) = ∣t=0 f (x + tv) .
dt
Nous notons rg fx le rang de l’application linéaire dfx , c’est-à-dire (en n’utilisant qu’une
seule notation pour toutes les dimensions infinies)
appelé le rang de f en x. C’est aussi le rang de la matrice de dfx dans des bases quelconques
de E et F lorsque ceux-ci sont de dimension finie. Si F = Rq , et si f1 , . . . , fq sont les
composantes de f , alors le rang de f en x est le rang du système 189 de formes linéaires
(d(f1 )x , . . . , d(fq )x ) dans l’espace vectoriel dual E ∗ de E. Si E = Rp , alors le rang de f en
x est le rang du système 190 de vecteurs ( ∂x ∂f
1
(x), . . . , ∂x
∂f
p
(x)) de F . Si E = Rp , F = Rq et
les bases sont les bases canoniques, la matrice de dfx , qui est, avec i l’indice de ligne et j
l’indice de colonne,
∂fi
Jfx = ( ) ∈ Mq,p (R) ,
∂xj 1≤i≤q
1≤j≤p
rg fx ≤ min{dim E, dim F } .
Nous dirons qu’un point x ∈ U est un point critique de f si dfx = 0 ou, de manière
équivalente, si le rang de f en x est nul. Si E = Rp et F = Rq , ceci équivaut à demander
que la matrice jacobienne de f en x soit nulle.
Nous dirons que f est une immersion en x si la différentielle dfx ∶ E → F de f en x est
injective. Si E est de dimension finie, ceci équivaut à dire que rg fx = dim E. Nous dirons
que f est une immersion si f est une immersion en tout point de U .
189. c’est-à-dire la dimension de l’espace vectoriel engendré
190. voir la note de bas de page précédente
400
Nous dirons que f est une submersion en x si la différentielle dfx ∶ E → F de f en x est
surjective. Si F est de dimension finie, ceci équivaut à dire que rg fx = dim F . Nous dirons
que f est une submersion si f est une submersion en tout point de U .
Si E et F sont de dimension finie, nous dirons que f est une application de rang constant
au voisinage de x (nous dirons aussi une subimmersion en x) si la différentielle dfy ∶ E → F
est de rang constant pour tout y dans un voisinage de x dans U . Par exemple, par la
semi-continuité du rang, une immersion ou submersion en x est une application de rang
constant au voisinage de x.
Soit k un élément de (N∖{0}) ∪ {∞}. Nous dirons qu’une application f ∶ U → V de
classe Ck est un Ck -difféomorphisme (ou difféomorphisme lorsque k est sous-entendu, par
exemple k = ∞, ce qui sera souvent le cas dans les exercices) si f est bijective et si son
inverse est de classe Ck . Nous dirons aussi que f est de classe C0 si elle est continue, et
que f est un C0 -difféomorphisme si f est un homéomorphisme.
Théorème C.1. (Théorème d’inversion locale) Soient E et F deux espaces de Banach
réels, U un ouvert de E, k un élément de (N∖{0}) ∪ {∞} et f ∶ U → F une application de
classe Ck . Si, en un point x de U , la différentielle dfx ∶ E → F est bijective, alors il existe
un voisinage ouvert V de x contenu dans U et un voisinage ouvert W de f (x), tels que
f (V ) = W et l’application f ∣V ∶ V → W soit un C k -difféomorphisme.
Notons que si E et F ont la même dimension finie (par exemple E = F = Rn muni de
n’importe quelle norme, où n ∈ N), alors nous pouvons bien entendu remplacer « bijective »
par « injective » dans ce résultat. Le corollaire suivant est une application immédiate.
Corollaire C.2. Soient k ∈ (N∖{0}) ∪ {∞} et n ∈ N. Une application bijective f entre
deux ouverts de Rn , différentiable de classe Ck , dont le jacobien ne s’annule pas, est un
Ck -difféomorphisme entre ces ouverts.
Démonstration. Il suffit de montrer que la bijection inverse est aussi de classe Ck . Or
être de classe Ck est une propriété locale, donc le théorème d’inversion locale conclut. ◻
Le résultat suivant est essentiellement équivalent au théorème C.1 (voir l’exercice
E.C.135).
Théorème C.3. (Théorème des fonctions implicites) Soient E, F et G trois espaces
de Banach réels, U un ouvert de E × F , k un élément de (N∖{0}) ∪ {∞}, et f ∶ U → G
une application de classe Ck . Si, en un point (a, b) de U tel que f (a, b) = 0, la différentielle
partielle par rapport à la seconde variable 191 ∂2 f(a,b) ∶ F → G est bijective, alors il existe un
voisinage ouvert V de a dans E, un voisinage ouvert W de b dans F tels que V × W ⊂ U ,
et une application g ∶ V → W de classe C k telle que g(a) = b et telle que l’assertion
(x, y) ∈ V × W et f (x, y) = 0
401
De plus, nous avons
−1
dga = −(∂2 f(a,b) ) (∂1 f(a,b) ) . (66)
Comme précédemment, si F et G ont la même dimension finie (par exemple F = G = Rn
muni de n’importe quelle norme, où n ∈ N), alors nous pouvons remplacer « bijective » par
« surjective » dans cet énoncé.
Il est légitime de soupçonner que le théorème d’inversion locale
C.1 pourrait être utile par exemple lorsqu’il s’agit d’un problème
de déformation locale ou de bon choix de paramétrage local. Il est
légitime de soupçonner que le théorème des fonctions implicites C.3
Méthodologie : pourrait être utile par exemple lorsque le problème à résoudre se
présente sous forme d’équation(s) à résoudre avec des paramètres,
ou d’étude de fonctions définies de manière implicite.
TIL-TFI Dans les deux cas, l’étape cruciale est de chercher une bonne
fonction auxiliaire à laquelle appliquer le théorème d’inversion
locale C.1 ou le théorème des fonctions implicites C.3, et qui sera
adaptée à la résolution du problème. Voir les exercices E.C.130 et
E.C.131 pour des exemples de mise en place de cette méthodologie.
(x1 , . . . , xp ) ↦ (x1 , . . . , xp , 0, . . . , 0) Rp
0
p n
de R dans R , Rn
(x1 , . . . , xn ) ↦ (x1 , . . . , xq )
Rn−q
de Rn dans Rq , et
(x1 , . . . , xp ) ↦ (x1 , . . . , xr , 0, . . . , 0) 0
ψ ○ f (x1 , . . . , xp ) = (x1 , . . . , xp , 0, . . . , 0) . ◻
402
Par « au voisinage de 0 », nous entendons « il existe un voisinage U ′ de 0 contenu dans
U tel que pour tout (x1 , . . . , xp ) ∈ U ′ ». En faisant agir des translations au but et à la
source, nous obtenons que si U est un ouvert de Rp , si x0 ∈ U et si f ∶ U → Rn est une
application de classe Ck , qui est une immersion en x0 (ce qui implique que p ≤ n), alors
il existe un Ck -difféomorphisme local ψ de Rn en f (x0 ) tel que ψ(f (x0 )) = 0 et, pour
tout x dans un voisinage assez petit de x0 , en identifiant Rn et Rp × Rn−p , nous ayons
ψ ○ f (x) = (x − x0 , 0).
f ○ φ (x1 , . . . , xn ) = (x1 , . . . , xq ) . ◻
Pour tout espace de Banach réel F ′ , notons L (E, F ′ ) l’espace de Banach des applica-
∥u(x)∥
tions linéaires continues de E dans F ′ muni de la norme d’opérateur ∥u∥ = supx∈E∖{0} ∥x∥ .
Supposons que f soit de classe C2 , c’est-à-dire que l’application df ∶ U → L (E, F ) définie
par x ↦ dfx soit de classe C1 . Pour tout x ∈ U , nous noterons
d2 fx = d(df )x ,
u ↦ {(x, y) ↦ u(x)(y)} ,
d2 (g ○ f )x (X, Y ) = d2 gf (x) (dfx (X), dfx (Y )) + dgf (x) (d2 fx (X, Y )) . (67)
∂2h
Hess hz = ( (z)) .
∂zi ∂zj 1≤i,j≤p
∂ 2 (g ○ f ) ∂ ∂(g ○ f ) ∂ ∂g ∂fℓ
∀ i, j ∈ J1, mK, = ( )= ( ∑ ○f )
∂xi ∂xj ∂xi ∂xj ∂xi 1≤ℓ≤n ∂yℓ ∂xj
∂2g ∂fk ∂fℓ ∂g ∂ 2 fℓ
= ∑ ○f + ∑ ○f .
1≤k,ℓ≤n ∂yk ∂yℓ ∂xi ∂xj 1≤ℓ≤n ∂yℓ ∂xi ∂xj
Si de plus x ∈ U et ∂y
∂g
ℓ
(f (x)) = 0 pour 1 ≤ ℓ ≤ n (c’est-à-dire si f (x) est un point critique
de g), alors le système d’égalités ci-dessus évalué en x se simplifie pour donner
Hessx (g ○ f ) = t
(Jfx ) (Hessf (x) g) (Jfx ) . (68)
Le lecteur prendra bien garde que cette formule n’est pas vraie sans l’hypothèse que f (x)
est un point critique de g.
404
Exercice E.C.132. Soient n, m ∈ N∖{0} et f une application de classe C1 d’un ouvert
V non vide de Rn dans Rm , injective. Montrer que n ≤ m et que l’application linéaire dfx
est injective pour tout x appartenant à un ouvert dense de V . L’application dfx est-elle
nécessairement injective pour tout x ∈ V ?
Exercice E.C.136. Démontrer les corollaires C.4, C.5, C.6 à partir des théorèmes C.1 et
C.3.
(2) Soit X = SLn (R) = {A ∈ Mn (R) ∶ det(A) = 1}. Montrer que, pour tout A ∈ X, il existe
un voisinage ouvert V de A dans Mn (R), un voisinage ouvert U de 0 dans Rn −1 et
2
lim ∣f (x)∣ = +∞ .
∥x∥→+∞
Supposons que f admette (au moins) deux minima stricts (distincts) a et b. Le but de
l’exercice est de montrer que f possède un troisième point critique.
(1) Montrer que le résultat est évident si n = 1, ou si n ≥ 2 et lim∥x∥→+∞ f (x) = −∞.
Dans la suite, nous supposerons donc n ≥ 2 et lim∥x∥→+∞ f (x) = +∞. Nous supposons
que f n’admet pas d’autre point critique et nous voulons aboutir à une contradiction.
(2) Pour tout m dans R, soit Km la réunion des compacts connexes contenant a et b sur
lesquels f est majorée par m. Montrer que Km est fermé. Montrer qu’il existe M dans
R tel que KM ≠ ∅ et Km = ∅ pour tout m < M .
405
(3) Montrer en utilisant le théorème des fonctions implicites que l’intérieur de KM est
connexe.
(4) Conclure.
∞
(ad M )k
exp(−M ) d expM = ∑ (−1)k .
k=0 (k + 1)!
(3) Montrer que d expM ∶ Mn (R) → Mn (R) est inversible si et seulement si ad M n’a pas
de valeur propre complexe de la forme 2ikπ avec k ∈ Z∖{0}.
(4) Notons sln (R) le sous-espace vectoriel des matrices de trace nulle de Mn (R), et so(n)
le sous-espace vectoriel des matrices antisymétriques de Mn (R). Montrer que l’appli-
cation exponentielle envoie sln (R) dans SLn (R) et so(n) dans SO(n).
(5) Montrer que exp ∶ so(n) → SO(n) est surjective, mais que exp ∶ sl2 (R) → SL2 (R) ne
l’est pas (on pourra vérifier qu’une matrice dans l’image de l’exponentielle est de trace
au moins −2).
(6) Montrer que l’exponentielle est un C∞ -difféomorphisme entre l’espace vectoriel des
matrices symétriques réelles et l’ouvert dans cet espace formé des matrices symétriques
réelles définies positives.
matrice jacobienne de f en (0, 0) est de rang 2, donc inversible. Par le théorème d’inversion
locale C.1, il existe un voisinage ouvert U de 0 et un Cr -difféomorphisme 193 ψ ∶ U → R2 tel
que ψ ○ f (t, s) = (t, s) pour (t, s) assez proche de 0. Par conséquent ψ ○ c(t) = ψ ○ f (t, 0) =
(t, 0) pour tout t assez proche de t0 = 0.
193. Nous pouvons toujours supposer que son image est R2 tout entier, quitte à prendre une restriction
du Cr -difféomorphisme ψ fourni par le théorème d’inversion locale de sorte que son image soit un ouvert
difféomorphe à R2 , et à post-composer ψ par un difféomorphisme sur R2 .
406
Correction de l’exercice E.C.131 Il est légitime d’envisager d’utiliser le théorème des
fonctions implicites C.3, car trouver des racines de polynômes qui varient est fondamenta-
lement un problème de résolution d’équations à paramètre.
Considérons l’application auxiliaire f ∶ Cn [X] × C → C définie par f (P, z) ↦ P (z),
appelée la fonction d’évaluation des polynômes. Elle est lisse, car polynomiale en les co-
efficients de P et la variable z. Nous avons f (P0 , z0 ) = 0 car z0 est une racine de P0 . La
seconde différentielle partielle ∂2 f(P0 ,z0 ) , qui est l’application linéaire de C dans C définie
par h ↦ P0′ (z0 )h, est inversible car z0 est une racine simple de P0 donc P0′ (z0 ) ≠ 0. Par le
théorème des fonctions implicites C.3, il existe un voisinage ouvert V ′ de P0 dans Cn [X],
un voisinage ouvert V ′′ de z0 dans C et une application lisse g ∶ V ′ → V ′′ telle que pour
tout (P, z) ∈ V ′ × V ′′ , nous avons P (z) = 0 si et seulement si z = g(P ). Donc g(P ) est
l’unique racine de P dans V ′′ .
Puisque la fonction f est linéaire en la première variable, sa différentielle partielle en
la première variable est ∂1 f(P0 ,z0 ) ∶ H ↦ H(z0 ). Par la formule de Taylor de g et la formule
(66), nous avons donc
(P − P0 )(z0 )
g(P ) = g(P0 ) + dgP0 (P − P0 ) + o(P − P0 ) = z0 − + o(P − P0 )
P0′ (z0 )
P (z0 )
= z0 − + o(P − P0 ) .
P0′ (z0 )
408
concaténation, 10 différentielle, 215
cône, 121, 364 partielle, 336, 401
connexe, 356 seconde, 403
contractile, 8 dimension, 129, 134
localement, 9 discriminant, 161
coordonnées distance
homogènes, 155 uniforme, 379
sphériques, 160 distance riemannienne, 332
courbe, 129, 134, 152 domaine, 152
de Fermat, 241 décomposition en pantalons, 280
de Peano, 180 dérivation, 224
elliptique, 161 de Lie, 224
gauche, 290
bi-régulière, 293 écrasement, 365
intégrale, 221 énergie, 333
maximale, 221 engendrer, 393
paramétrée par longueur d’arc, 186, 290 ensemble
plane, 290 bien ordonné, 367
régulière, 289 ordonné, 367
tracée sur une sous-variété, 140 isomorphe, 367
courbe fermée simple totalement ordonné, 367
séparante, 278 triadique de Cantor, 360
courbe fermée simple entrelac, 200
essentielle, 278 celtique, 200
courbe fermée simple, 278 de Hopf, 201
préservant l’orientation, 278 isotopes, 200
renversant l’orientation, 278 trivial, 200
courbure, 290, 293 équation
de Gauss, 307 d’Euler-Lagrange, 336
géodésique, 333 de Frenet, 291
moyenne, 307 de Ricatti, 248
principales, 306 équivalence d’homotopie, 9
CPn , 380 espace
critère pour base d’ouverts, 353 des feuilles, 132
crochet de Lie, 240 des orbites, 389
cube, 183 euclidien standard, 147
CW-complexe fini, 230 hermitien standard, 147
C (X, Y ), 378 lenticulaire, 41
cycle, 49 normal, 302
cylindre, 18 projectif
complexe, 380
décomposition cellulaire, 229 réel, 155, 380
décomposition polaire, 36 pseudo-euclidien standard, 148
degré, 19, 194, 197 total, 31
degré, 73 vectoriel
demi-espace, 183 orienté, 189
dénombrable à l’infini, 375 topologique, 8
dense, 354 espace topologique, 352
diagramme à base dénombrable, 353
d’entrelac, 200 σ-compact, 375
de noeud, 199 compact, 372
difféomorphisme, 138, 153, 183, 401 connexe, 356
local, 138, 402 par arcs, 357
409
contractile, 8 connexe, 49
dénombrable à l’infini, 375 de Cayley, 393
discret, 353 localement fini, 49
grossier, 353 orienté, 49
homéomorphes, 353 quotient, 49
localement topologique, 50
compact, 375 groupe
connexe, 356 de Baumslag-Solitar, 111
connexe par arcs, 357 de Coxeter, 396
métrisable, 355 de Galois, 59
normal, 379 de Heisenberg, 240
paracompact, 375 de Poincaré, 12
semilocalement simplement connexe, 60 de présentation finie, 396
séparé, 355 des rotations, 147
simplement connexe, 9 discret, 35
séparable, 381 diédral, 88, 109, 124
totalement discontinu, 381 infini, 109
extrémité, 49 fondamental, 12
libre, 392
famille inductive, 94 sur S, 391
fermé, 352 linéaire, 35
fermée, 356 modulaire, 97
fibre, 31 orthogonal, 35, 147
fibré spécial linéaire, 35
des endomorphismes, 308 spécial linéaire, 147
normal, 241 spécial orthogonal, 35, 147
tangent, 142 spécial unitaire, 35, 148
fixateur, 389 symplectique, 161
flot local, 220 topologique, 35
complet, 221 unitaire, 35, 147
maximal, 221 Gx , 389
fonction
de hauteur, 207 hélice, 302
de Morse, 213 circulaire, 298
forme fondamentale dextre, 299
première, 304 senestre, 299
seconde, 306, 310 homéomorphisme, 353
directionnelle, 306 local, 33
scalaire, 311 homotope, 8, 12
troisième, 311 relativement, 8
forme hessienne, 209 C∞ -homotopes, 194
forme normale, 98 homotopie, 8, 10
formule relative, 8, 10
de Meusnier, 344 C∞ -homotopie, 194
formule d’additivité hypersurface, 134
de la caractéristique d’Euler, 271 de niveau, 159
frontière, 354 hélicoïde, 330
410
invariante par homéomorphismes, 353 niveau, 207
isolé, 358 critique, 207
isomorphe, 32, 35, 138, 367 régulier, 207
isomorphisme noeud, 199
de revêtements, 32 nombre d’enlacement, 199
de CW-complexes, 230 non dégénéré, 209, 210
de dualité, 227 normal, 379
de groupes topologiques, 35 normalisateur, 55
isométrie riemannienne, 343 nulle part dense, 354
isotope, 195
isotopie, 195, 258 ombilic, 324
plate au bord, 258 opérateur
de Weingarten, 311
jacobien, 400 opérateur de Weingarten, 308, 310
orbite, 389
lacet, 12 ordinal, 367
homotopes, 12 dénombrable, 367
lemme ordre, 367
de Du Bois-Reymond, 337 bon, 367
de Morse, 211 lexicographique, 367
limite, 368 total, 367
à droite, 368 orientable, 190
à gauche, 368 orientation, 49, 189, 190
en +∞, 368 canonique, 189
en −∞, 368 par la direction sortante, 190
inductive, 94 produit, 189, 191
localement origine, 49
compact, 375 ouvert, 352
contractile, 9 élémentaire, 359
fermée, 135, 381 ouverte, 356
longue droite, 132
longueur, 290, 391 pantalon, 266, 280
paracompact, 375
majorant, 373 paramétrage
matrice de Hopf, 160
hessienne, 209, 404 paramétrage local, 134, 184
jacobienne, 400 orienté, 190
maximal, 373 partie
méplat, 324 connexe, 356
mesure d’aire, 318 par arcs, 357
mesure nulle, 179 partie compacte, 372
métrisable, 355 partie génératrice, 393
moins fine, 357 standard, 392
morphisme partition de l’unité, 129
canonique, 94–96, 391 subordonnée, 130
de revêtements, 32 passage au quotient, 390
composé, 32 peigne, 17
identité, 32 π0 X, 46
de CW-complexes, 230 π1 (X, x), 12
de groupes topologiques, 35 plan osculateur, 293
mot, 391 plongement, 139
réduit, 98, 391 de Veronese, 162
vide, 391 plus fine, 357
méridienne, 319
411
Pn (C), 380 par déformation, 9
Pn (R), 380 rétraction, 9
point forte par déformation, 9
base, 12 par déformation, 9
critique, 178, 400 radiale, 10
non dégénéré, 210 revêtement, 31
de croisement, 174, 199 à n feuillets, 33
de rebroussement, 172 associé, 64
elliptique, 323 connexe, 64
focal, 303 d’orientation, 193
hyperbolique, 323 fini, 33
parabolique, 324 galoisien, 59
selle, 273 trivial, 32
à l’infini, 376 universel, 60
pôle Riesz, 375
Nord, 154, 365 RPn , 380
Sud, 154, 365 ruban de Möbius, 18
prébase, 353 âme, 18
présentation de groupe, 396 résultant, 172
préserver
l’orientation, 189, 190 saturé, 362
une partie, 389 section, 42
produit segment initial, 368
amalgamé, 96 selle de cheval, 211, 325
libre, 96, 97 semi-continue inférieurement, 400
vectoriel, 203 semilocalement simplement connexe, 60
projection séparabilité, 375
stéréographique, 154 séparation, 375
projection canonique, 142, 215 séparé, 355
projection stéréographique, 376 simplement connexe, 9
propre, 377 Sn , 379
propriété universelle, 94, 95, 391 somme
amalgamée, 95, 97
R, 354 disjointe, 361
rang, 400 pointée, 365
d’un groupe libre, 392 somme connexe, 264
rayon de courbure, 291, 294 sommet, 49, 50, 121, 230, 365
principal, 307 sous-espace
réalisation topologique, 49 affine tangent, 142
recollement, 366 topologique, 358
de cellules, 229 vectoriel tangent, 142
recouvrement, 371 sous-groupe
fermé, 371 engendré par, 393
localement fini, 358 distingué, 393
mauvais, 374 sous-niveau, 207
ouvert, 371 sous-recouvrement, 371
relation d’équivalence engendrée, 364 sous-variété, 134
relevé, 42 à bord, 184
relèvement, 42, 73 immergée, 146
reparamétrage, 290 lisse, 134
repère de Frenet, 290, 293 produit, 144
rétracte, 9 topologique, 136
fort par déformation, 9 sphère, 145, 379
412
n-squelette, 230 du point fixe, 188
stabilisateur, 389 du redressement, 225
point par point, 389 Tn , 363
subdivision barycentrique, 50 topologie, 352
subimmersion, 138, 401 C∞ , 216
submersion, 33, 138, 153, 401 C1 , 336
suite exhaustive, 375 compacte-ouverte, 378
support, 129, 222 de l’ordre, 368
surface, 129, 134, 152 de la convergence uniforme, 379
chapeau croisé, 156 discrète, 353
d’Enneper, 331 engendrée, 353
de Boy, 156 faible (définie par des sous-espaces), 361
de Costa, 331 finale, 360
de révolution, 160, 319 grossière, 353
de Scherk, 330 induite, 358
découpée, 279 induite par une distance, 353
isométriques, 343 initiale, 357
minimale, 328 moins fine, 357
suspension, 365 plus fine, 357
symbole de Christoffel, 334 produit, 359
système fondamental de voisinages, 354 quotient, 362
système de Coxeter, 396 somme disjointe, 361
séparable, 381 tore, 145, 363
de révolution, 146
théorème torsion, 293
d’invariance du domaine, 127 totalement discontinu, 381
d’inversion locale, 401 totalement ordonnée, 373
de Borsuk-Ulam, 20, 198 transitive, 390
de Brouwer, 127, 188 translation
de dérivation des fonctions composées, 143 à droite, 35
de forme normale à gauche, 35
des applications de rang constant, 403 transverse, 199, 213, 214
des applications de rang constant, 138 en un point, 214
des immersions, 138, 402 trivialisation locale, 31
des submersions, 138, 403 Tychonov, 374
de Gauss, 342 type d’homotopie, 9
de Gauss-Bonnet, 342
de Jordan, 279 V (x), 354
de l’arbre et de l’écorce, 356 valeur
de Lancret, 302 critique, 178
de peignage des sphères, 196 d’adhérence, 370
de Poincaré-Hopf, 249 régulière, 178
de Puiseux, 298 variété, 128
de reconnaissance des sphères, 237 de Stiefel, 161
de Riesz, 375 différentielle, 152
de Riesz-Fréchet, 307 lisse, 152
de Sard, 180 orientable, 190
de Schreier, 51 orientée, 190
de Tychonov, 374 produit, 191
de van Kampen, 100 quotient, 157
de Whitney, 158 topologique, 9, 128
de Zorn, 373 non paracompacte, 131
des fonctions implicites, 401 non séparée, 131
413
vecteur
normal, 302
tangent, 140
voisinage
d’un point, 354
d’une partie, 354
distingué, 31
tubulaire, 260
Zorn, 373
414
Références
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Frédéric Paulin
Laboratoire de mathématique d’Orsay, UMR 8628 CNRS
Université Paris-Saclay, 91405 ORSAY Cedex, FRANCE
courriel : [email protected]
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