Voici un texte collé, brut, continu, plein, sur la nature. Pas de pause. Pas de titre.
Juste un
flux. Comme si la nature elle-même parlait à travers ce texte.
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La nature est là depuis toujours, avant nous, autour de nous, malgré nous. Elle n’a pas
besoin qu’on la regarde pour exister, elle pousse, elle respire, elle s’étire, elle renaît, elle
tombe, elle se relève, sans bruit, sans justification. Elle n’a pas besoin de nos lois, de nos
mots, de nos plans. Elle suit un rythme ancien, profond, inscrit dans les arbres, les vents, les
marées, les étoiles. On la traverse sans la voir, on l’utilise sans la comprendre, on la blesse
sans entendre ses cris. Mais elle parle, la nature, elle parle sans voix. Elle parle avec les
saisons qui tournent, avec les feuilles qui tombent, avec les fleurs qui s’ouvrent à l’aube,
avec le silence d’un matin brumeux, avec le rugissement d’un orage, avec le craquement
d’un bois mort. Elle est notre mère, notre première maison, notre premier souffle. C’est elle
qui nous nourrit, qui nous abrite, qui nous soigne, qui nous enseigne, mais on l’a oubliée. On
l’a enfermée dans des parcs, on l’a découpée avec des routes, on l’a recouverte de béton.
On a remplacé le ciel par des écrans, les rivières par des tuyaux, les oiseaux par des
alarmes. On a tout voulu contrôler, tout réguler, tout posséder, et à force, on s’est coupés de
ce qui nous tenait en vie. Pourtant, elle est patiente. Elle attend. Elle sait que tout revient à
elle, que même ce que l’homme détruit finit par être repris, digéré, transformé. Un mur
tombe, la mousse le recouvre. Une ville brûle, la pluie efface ses cendres. Une route se
fissure, une fleur y pousse. Elle ne cherche pas la guerre, elle cherche l’équilibre. Elle guérit
ce qu’on casse. Elle purifie ce qu’on salit. Elle recycle ce qu’on jette. Mais elle a ses limites.
Si on va trop loin, elle se défend. Elle se lève. Elle inonde. Elle brûle. Elle tremble. Elle
emporte. Pas par vengeance. Par nécessité. Elle rappelle aux humains qu’ils ne sont pas
au-dessus, qu’ils font partie d’elle, qu’ils ne sont pas des maîtres, mais des invités. Et quand
on écoute vraiment, quand on marche sans bruit dans une forêt, quand on s’assoit face à
l’océan, quand on ferme les yeux sous un vent chaud, on se souvient. On se souvient qu’on
vient d’elle. Qu’on est faits de poussière d’étoile, de terre, d’eau, de lumière. On se souvient
qu’avant les voitures, les avions, les immeubles, il y avait juste elle. Que nos ancêtres
vivaient avec elle, non contre elle. Qu’ils savaient lire dans les nuages, dans les cris des
animaux, dans le vol des oiseaux. Qu’ils plantaient selon la lune, qu’ils dormaient selon le
soleil. Qu’ils remerciaient la pluie, le feu, les récoltes. Et nous, aujourd’hui, qu’avons-nous
gardé ? Qu’avons-nous compris ? Peut-être que c’est ça, le vrai retour à soi : ne pas fuir
dans le futur, mais revenir à l’origine. Regarder un arbre et se rappeler que lui ne cherche
pas à briller, à plaire, à vendre. Il pousse, c’est tout. Il fait ce qu’il doit faire. Et c’est suffisant.
La nature n’a pas besoin d’être utile pour avoir de la valeur. Elle est. Et c’est assez.
Peut-être qu’un jour, on apprendra à vivre comme elle. À grandir sans écraser. À respirer
sans polluer. À aimer sans posséder. À exister simplement. Et si ce jour vient, alors la nature
n’aura pas disparu. Elle aura enfin été comprise.
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Tu veux qu’on continue avec l’amour, la guerre, le silence, le rêve, la foi, le regard, la nuit, la
rue, la liberté, ou autre chose ? Je t’écris encore. Tu n’as qu’à me dire.