Forum Multi-Acteurs
sur la Gouvernance de l’Aide:
L’Aide publique au Développement
au Mali
Présenté par Monsieur Mamadou DEMBELE.
SOMMAIRE
I- Introduction:
II- Le concept d’aide publique au
développement
III- Evolution de l’APD : les chiffres-clés
IV- Evolution de la gouvernance de l’APD
V- Principaux défis et Conclusion
I. Introduction
Le Mali fête cette année les 50 ans de son indépendance,
bonne occasion pour évaluer l’aide dont il a bénéficié au cours
de ces années
En 1960, le Mali disposait de moins de 15 ingénieurs de
conception, de quelques centaines de de Km de routes
bitumées, le taux de scolarisation était inférieur à 10% et
l’espérance de vie tournait autour de 45 ans.
Depuis 1960, les progrès sont considérables. Mais quelle a
été la contribution de l’aide à ces avancées ? Rôle sans doute
majeur mais difficile à déterminer précisément.
La forme, le volume et la provenance de l’aide ont varié en
fonction notamment :
- des orientations économiques du pays (économie de type
socialiste de 60 à 68),
- de la capacité des gouvernements à déterminer des priorités de
développement,
- de la force de négociation des gouvernements,
- de l’environnement politique et économique international.
II. Le concept
d’Aide Publique
au Développement
II. L’Aide Publique au Développement
L’Aide au Développement, peut être défini comme un
soutien d’un Etat ou d’une organisation émanant d’un ou
de plusieurs Etats, à un autre Etat ou à ses
démembrements, afin de lui ou de leur permettre de
réaliser une activité de développement.
Autrement dit, c’est le nature du donneur (Etat et ses
démembrements, institutions internationales ou
organismes privés) qui détermine si l’aide est publique ou
privé.
Le concept d’Aide
L’aide est un soutien, une assistance, un secours
apporté par un individu ou une institution à un autre
individu ou institution.
L’octroi d’une aide suppose en général que certaines
conditions soient remplies par le bénéficiaire à la
satisfaction du donneur: volonté et disponibilité de part
et d’autre, objectif identifié par le receveur et non le
donneur, apport minimum du bénéficiaire, etc.
En d’autres termes, une aide n’est en général pas
gratuite.
Ce constat vaut également pour l’Aide publique au
Les intérêts liés à l’aide
L’aide que les Etats riches et les Organisations
internationales octroient aux pays en
développement est généralement soumise à des
conditions. Celles-ci peuvent servir les intérêts des
pays bénéficiaires mais aussi des donneurs.
En effet, l’aide au développement est parfois
attribuée en fonction des intérêts économiques,
commerciales et géopolitiques des donneurs.
Dans ces conditions, l’aide peut-elle contribuer au
développement des pays bénéficiaires ?
Si oui, à quelles conditions ?
Les déterminants de l’aide
3 caractéristiques majeures de l’aide pour les pays
bénéficiaires : son volume, sa forme et sa provenance.
Chacune de ces caractéristiques est déterminée par de
multiples facteurs.
Le volume de l’aide accordée par les PTF est surtout
influencé par plusieurs facteurs, dont:
o Le niveau de développement des pays bénéficiaires
(dans un souci de d’équité, plus un pays pauvre, plus
l’aide par habitant est élevée)
o La vulnérabilité du pays aux chocs externes (plus les
recettes d’un pays sont susceptibles de fluctuer en
fonction de chocs externes, plus l’aide est élevée).
o La qualité de la gouvernance (mieux un pays gère
l’aide, plus les volumes sont élevés)
Les déterminants de l’aide
La provenance de l’aide est déterminée
essentiellement par le contexte géo politique et géo
stratégique de l’heure d’une part et d’autre part, par
l’orientation politique du pays bénéficiaire.
La forme de l’aide est généralement fonction de la
volonté du donneur à laquelle il faut ajouter depuis un
certain temps la qualité de la gestion des finances
publiques et la capacité du gouvernement à définir
des politiques sectorielles claires :
o Si les finances publiques sont bien gérées, les PTF sont
incités à verser des aides budgétaires dans le budget
général de l’Etat.
o Si le gouvernement a défini des politiques sectorielles
claires, les PTF peuvent être incités à verser des aides
budgétaires sectorielles.
o Si ces conditions ne sont pas remplies, les PTF ont
tendance à privilégier l’aide-projet.
Aide-budgétaire et Aide projet
Aide budgétaire et Aide projet ont chacune des
avantages et des inconvénients.
- Aide budgétaire :
◦ Avantage : meilleur contrôle des autorités nationales sur
l’allocation et la mise en œuvre de l’aide.
◦ Inconvénient : pas de transfert de compétences et risques
de détournement.
- Aide projet :
◦ Avantage : transfert de compétences
◦ Inconvénients : risque que l’appui aux institutions
nationales devienne une substitution (souvent les PTF
veulent tout gérer par eux-mêmes).
Les formes de l’aide
La nature de l’Aide
Elle est généralement de trois formes:
- Aide matérielle: construction d’infrastructures,
fourniture d’équipements, de vivres…
- Aide immatérielle: appui-conseil, assistance
technique, formations, bourses d’études…
- Aide financière: octroi de financements sous
forme de don, de subvention ou de prêt à des
conditions meilleures que celles du marché
(prêt dit « concessionnel » ).
III.
Evolution de l’aide :
les chiffres-clés
Evolution du volume de l’aide
à prix courants (1960-2009)
Série1; 2006; 558
Série1; 2004; 371
Série1; 1989; 312
Série1; 1999; 300
Série1; 1994; 285
Série1; 1984; 251
Série1; 1979; 131
Série1; 1974; 56
Série1; 1964; 11
Série1; 1969; 10
- l’Aide a considérablement augmenté de 1960 à 2009 : 10 millions
de dollars/an environ dans les années 1960 contre 558 millions en
2007.
- Apparemment, l’aide aurait presque doublé depuis le début des
années 2000 (300 millions en 2000 contre 558 millions en 2007).
Evolution du volume de l’aide
à prix constants (1960-2009)
Série1; 1984; 730
Série1; 2007; 531
Série1; 1989; 510
Série1; 1999; 489
Série1; 2004; 447
Série1; 1994; 368
Série1; 1979; 310
Série1; 1974; 208
Série1; 1964;Série1;
83 1969; 68
Série1; 1960; 12
Si on tient compte de l’inflation, l’aide est réellement
bien plus élevée que dans les années 1960.
Toutefois, la hausse depuis le début des années
2000 est moins prononcée et des niveaux d’aide élevé
avaient déjà été entre 1985 et 1990.
Evolution de l’APD versée au Mali
en dollars par habitant à prix constants
(1960–2008)
Série1; 1988; 71
Série1; 1992; 40 Série1; 2007; 42
Série1; 2000; 34
Série1; 1973; 5 Série1; 1985; 6
Série1; 1961; 1
• Hausse spectaculaire : 1 $ d’aide par habitant en 1960 contre 42 $ en
2008.
• Niveaux élevés atteints entre 1985 et 1990 : 55 à 70$ par habitant.
• Depuis 1990, le niveau est relativement stable : entre 35 et 50 $ par
habitant chaque année.
IV.
Evolution de la gouvernance
de l’Aide au Développement
accordée au Mali
de 1960 à 2009
La gouvernance de l’aide
Réfléchir sur la gouvernance de l’aide implique de
se poser les questions suivantes :
Qui définit les objectifs de développement ? Ces
objectifs doivent-ils être déterminés lors de
sommets internationaux pour l’ensemble des pays
en développement ? Ou doivent-ils être définis à
l’échelle nationale ?
Quels sont les acteurs qui sont impliqués dans
l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des
politiques de développement financés par l’aide ?
Des conditionnalités doivent-elles être mises en
place ? Par qui doivent-elles être déterminées ?
Années 1960:
Les débuts de l’aide
Aide reçue par le Mali fortement déterminée par
l’histoire coloniale (France) et les orientations
socialistes du pays (URSS, République Populaire de
Chine, pays d’Europe de l’Est). URSS apporte à elle
seule environ 30% de l’aide.
Presque pas de conditionnalités liées à des reformes
à mettre en œuvre. D’une manière générale,
beaucoup plus de souplesse qu’aujourd’hui. Par
exemple, vis-à-vis des pays socialistes, à l’échéance
des prêts, les impayés faisaient toujours l’objet de
négociation et ne constituaient pratiquement pas un
obstacle à l’octroi d’autres prêts.
Rôle de la société civile pratiquement nul dans la
conception de politiques et stratégies de
développement.
Années 1960:
Les débuts de l’aide
- Aides des pays socialistes : elles
portaient surtout sur des équipements
de production qui, technologiquement,
n’étaient pas compétitifs.
- Aide des pays occidentaux et des
organisations internationales : Il
s’agissait essentiellement d’aides
projets qui se caractérisaient
notamment par leur manque
d’appropriation.
Années 1970 :
Les premières conditionnalités
Réduction du montant de l’aide octroyée par
les pays communistes et augmentation du
volume de l’aide des pays occidentaux.
1971 : la catégorie des Pays les Moins
avancés est créée, permet à ces pays
d’obtenir différents avantages mais les
empêche désormais de se financer sur les
marchés financiers.
L’aide est de plus en plus liée.
Les conditionnalités commencent à être
exigées.
Années 1980 et 1990 :
la rigueur imposée par les plans d’ajustements
structurels
Conditionnalités se renforcent, sous l’impulsion du
FMI et de la Banque mondiale.
Ces institutions n’accordent une aide que si les pays
bénéficiaires mettent en place des Programmes
d’ajustements structurels (PAS) et s’ils s’engagent à
ne pas s’endetter sur les marchés financiers.
Ces conditionnalités visent avant tout l’équilibre des
finances publiques et la soutenabilité de la dette. Pour
atteindre cet objectif, il est demandé au Gvt de réduire
les dépenses publiques et de réformer les entreprises
publiques (restructuration, privatisation, liquidation).
Fin des années1990:
l’échec des politiques imposées de l’extérieur
Bien que le Gouvernement ait mis en œuvre les politiques
préconisées par ces organisations, l’économie malienne a vu
sa situation se dégrader :
- déséquilibre persistant des finances publiques et des
comptes extérieurs;
- accumulation d’impayés au niveau du trésor et retard
persistant dans le paiement des salaires (entre 3 et 4 mois);
- baisse notoire de la production industrielle du fait de la
mise en œuvre d’un programme de privatisation mal adapté.
Surtout, les populations ont directement pâti de la baisse des
dépenses sociales.
Le fait que ces plans soient imposés de l’extérieur rendait
l’échec probable.
Fin des années1990 et début des années 2000
:
la lutte contre la pauvreté devient une priorité
Début des années 2000, l’accent est mis sur la
réduction de la pauvreté avec la définition des
objectifs du Millénaire.
Le raisonnement sous-jacent est que les pays en
développement sont pris dans une trappe à pauvreté
dont seule l’aide pourra les sortir. L’aide doit être
considérablement augmentée à l’horizon 2015.
Au Mali, un Cadre Stratégique de lutte contre la
pauvreté (CSLP) est élaboré en 2000-2001 pour
atteindre les OMD. Equilibre des finances publiques
et la soutenabilité de la dette restent des objectifs
majeurs.
En 2006, le Mali bénéficie d’ailleurs d’importantes
remises de dettes, notamment dans le cadre de
Les années 2000 :
l’importance de la croissance
En 2006, un nouveau programme de développement
est élaboré : il s’agit d’un Cadre pour la Croissance et
la Réduction de la Pauvreté (CSCRP).
L’Introduction de la notion de « croissance » dénote
une prise de conscience de l’importance de la
mobilisation des ressources internes, étant entendu
que la Lutte contre la pauvreté ne peut pas être
financée seulement par l’aide.
Le CSLP 2002-2006 et le CSCRP 2007-2011 ont été
définis par les autorités nationales, de manière
participative (la société civile a pris part à la conception
de ces programmes, notamment au travers de
concertations régionales).
Le leadership national sur la définition et le
financement des politiques de développement est
La dépendance vis-à-vis de
l’aide
Prise de conscience de la nécessité de mieux
mobiliser les ressources internes mais le Mali
reste encore très dépendant de l’aide
extérieure.
En 2009, l’aide a représenté près de 10% du
PIB, ce qui équivalait à 45% du budget de
l’Etat.
La dépendance vis-à-vis de l’APD en matière
d’investissements est nette: depuis 2007, les
investissements publics ont été financés par
l’aide à 60%.
Les débats actuels :
l’efficacité de l’aide en question
Les PTF, les pays bénéficiaires et la société civile ont
constaté que la gestion de l’aide était souvent peu
efficace :
• l’aide est peu coordonnée entre PTF ;
• L’aide n’est pas toujours alignée sur les stratégies
nationales des pays bénéficiaires ;
• l’aide est peu prévisible ;
•l’aide est souvent « liée » (l’octroi de l’aide est lié à
l’approvisionnement en marchandises auprès
d’entreprises du PTF donateur et/ou recrutement
d’experts de ce PTF) ;
•La gestion de l’aide prend énormément de temps aux
institutions nationales alors que les ressources humaines
sont rares (car conditionnalités et procédures sont
lourdes) ;
Les efforts pour renforcer l’efficacité de
*l’aide
Le thème de l’Efficacité de l’Aide a émergé dans les
années 2000:
- Conférence de Monterrey de 2002,
- Déclaration de Rome 2003,
- Déclaration de Paris 2005,
- Forum d’Accra 2008.
* A travers ces conférences et déclarations, engagement
collectif des PTF et des pays bénéficiaires à améliorer
l’efficacité de l’aide.
* Mais efficacité de l’aide définie en termes de procédures
plutôt que de bénéfices pour les populations.
Les efforts pour renforcer
l’efficacité de l’aide au Mali
Au Mali, beaucoup d’efforts pour renforcer l’efficacité
de l’aide :
- Participation aux enquêtes de suivi de la
Déclaration de Paris (2006 et 2008) ;
- Organisation des PTF sur la base d’une Troïka ;
- Mise en place de groupes thématiques des PTF
avec un chef de file pour chaque groupe ;
- Adoption d’un Plan d’Action National Efficacité
de l’Aide 2007-2009 par le Gouvernement en
2007;
- Adoption par les PTF d’une Stratégie commune
d’Assistance-Pays (SCAP), en 2009 (assortie
d’un plan d’actions).
La SCAP est ambitieuse : elle « découle d’une
volonté politique des Partenaires Techniques et
Les efforts pour améliorer
l’Efficacité de l’Aide au Mali
Pour un suivi efficace de la mise en œuvre des
réformes, le gouvernement et les PTF ont
respectivement mis en place le Secrétariat à
l’Harmonisation de l’Aide (SHA) et le Pool Technique
des PTF.
Des cadres de concertations réguliers entre PTF et
Gouvernement ont été mis en place. Il s’agit de:
◦ La revue annuelle du Cadre Stratégique pour la
Croissance et la Réduction de la Pauvreté (1 fois/
an),
◦ la Revue budgétaire conjointe (1 fois/an),
◦ les Commissions mixtes Gouvernement-PTF (3
Les efforts pour améliorer
l’Efficacité de l’Aide au Mali
Même si beaucoup reste à faire, des progrès
concrets ont été réalisés par rapport aux
décennies précédentes :
◦ L’aide est davantage alignée sur les priorités
nationales.
◦ Les PTF sont mieux coordonnés
◦ Les conditionnalités sont plus souples qu’auparavant.
Exemple, les conditions de décaissement des aides
budgétaires globales sont validées d’un commun
accord par les deux parties.
◦ La société civile et le secteur privé sont de plus en
plus impliqués dans tous les débats relatifs à l’aide.
Cependant, il est difficile d’affirmer si ces
efforts ont contribué à faire reculer la
V.
Principaux défis pour améliorer
la gouvernance de l’aide et
conclusion
Principaux Défis pour améliorer
la gouvernance de l’aide
Gérer l’aide de manière de plus en plus rigoureuse en
maintenant le cap sur les priorités du CSCRP.
Convaincre les PTF dits « non traditionnels » de
participer aux mécanismes de coordination existants.
Davantage impliquer la société civile et le secteur privé
dans l’élaboration et le suivi des politiques de
développement.
S’engager sur des conditionnalités réalistes et qui sont
alignées sur les priorités définies par les autorités
nationales.
Convaincre les PTF recourir davantage à l’aide
budgétaire en améliorant la qualité de la gestion des
finances publiques.
Elaborer les projets en fonction des intérêts de la
population malienne et non en fonction d’individus ou
de groupes d’individus (qu’ils soient du côté des PTF ou
des institutions maliennes).
Conclusion
Si les bénéfices de l’aide pour le Mali sont multiples, ils ne lui ont
toujours pas permis de sortir de cette politique de la main tendue
et la pauvreté est toujours là.
Aussi, faut-il rappeler qu’aucun pays n’a fondé son
développement sur l’aide : ni les pays émergents actuels (Chine,
Vietnam, Brésil…), ni les pays de l’Est, ni les pays arabes, encore
moins les pays occidentaux,
Tous ces pays sont parvenus à mieux mobiliser leurs ressources
internes et se financer davantage sur les marchés, grâce à une
gestion rigoureuse des finances publiques et à la mise en œuvre
de politiques de développement cohérentes et ambitieuses.
Si le Mali parvient à faire de même, il pourra aspirer à devenir un
pays émergent d’ici 20 ans. Cette ambition est légitime compte
tenu des ressources du pays (terres irrigables, ressources
minières, cheptel…). C’est aux Maliens d’exploiter au mieux ces
ressources.
Pour y parvenir, il faudra un leadership national fort sur lequel
Fin
Je vous remercie de votre aimable attention.