Introduction
Dans une conférence donnée en 1991 à la Sorbonne, Gilles Cohen-Tannoudji s’est
penché sur l’unification des interactions fondamentales, un des grands objectifs
de la physique théorique. Il retrace l’évolution des théories physiques qui
cherchent à intégrer les différentes forces de la nature dans un cadre commun.
L’auteur introduit le concept des trois infinis, une manière de classer les objets et
phénomènes en fonction de leur échelle :
1. L’infiniment petit, qui regroupe les particules élémentaires.
2. L’infiniment grand, relatif à l’Univers et à la cosmologie.
3. L’infiniment complexe, concernant les systèmes aux multiples interactions,
comme ceux que l’on trouve en biologie et en physique des matériaux.
En physique théorique, l’objectif est d’intégrer les quatre interactions
fondamentales dans une seule théorie cohérente :
La gravitation
L’électromagnétisme
L’interaction nucléaire forte
L’interaction nucléaire faible
L’exposé analyse les progrès réalisés dans cette quête et les défis encore à
surmonter.
1. Forces Fondamentales
1.1 L’évolution historique des interactions
Deux forces ont été identifiées très tôt dans l’histoire des sciences :
La gravitation, formulée par Newton puis approfondie par Einstein avec la
relativité générale.
L’électromagnétisme, décrit par Maxwell et relié à la relativité restreinte
d’Einstein.
Au XXe siècle, deux nouvelles interactions sont découvertes dans le domaine des
noyaux atomiques :
L’interaction forte, qui maintient la cohésion des protons et des neutrons
au sein du noyau.
L’interaction faible, qui intervient dans certains types de désintégrations
radioactives.
1.2 L’électrodynamique quantique (QED) : Une première unification
L’unification des forces a débuté avec l’électromagnétisme. La QED
(électrodynamique quantique) décrit l’interaction entre la lumière et la matière
via l’échange de photons. Cette approche repose sur l’idée que les forces
fondamentales s’expliquent par des échanges de particules intermédiaires.
1.3 La chromodynamique quantique (QCD) et la force nucléaire forte
Dans les années 1970, la découverte des quarks a révélé que les protons et les
neutrons étaient constitués de particules encore plus fondamentales. Ces quarks
sont liés par des particules médiatrices appelées gluons, qui véhiculent
l’interaction forte. La QCD (chromodynamique quantique) est une généralisation
de la QED où la charge électrique est remplacée par une charge de couleur.
1.4 L’unification électrofaible
Dans les années 1960, les physiciens Salam, Glashow et Weinberg démontrent
que l’interaction électromagnétique et l’interaction faible sont en réalité deux
facettes d’une même force : l’interaction électrofaible. Cette avancée a été
possible grâce au mécanisme de Higgs, qui explique comment certaines
particules acquièrent leur masse.
2. Théorie Unifiée des Forces
Après l’unification électrofaible, les physiciens ont cherché à inclure l’interaction
forte et la gravitation dans un cadre théorique global.
2.1 L’unification électronucléaire
Les théories de grande unification (GUTs) tentent de fusionner les interactions
forte, faible et électromagnétique. Un modèle proposé, le SU(5), suggère que le
proton pourrait être instable et se désintégrer. Toutefois, les expériences menées
pour observer ce phénomène n’ont pas encore confirmé cette hypothèse,
mettant en doute ce modèle.
2.2 La gravitation quantique et ses défis
Contrairement aux autres forces, la gravitation est décrite par la relativité
générale et non par une théorie quantique. Cela pose des difficultés lorsqu’on
tente de l’intégrer aux autres interactions.
Les problèmes principaux sont :
Les équations actuelles génèrent des divergences infinies, impossibles à
normaliser.
Le graviton, la particule supposée médier la gravité, reste hypothétique et n’a
jamais été détecté.
3. La Théorie des Cordes et la Supersymétrie
Face aux limites des modèles existants, les physiciens ont développé la théorie
des cordes, une approche qui remplace les particules élémentaires par des
cordes en vibration.
3.1 La supersymétrie : un principe clé
La supersymétrie postule que chaque particule du modèle standard possède un
partenaire supersymétrique. Cette hypothèse pourrait résoudre plusieurs
problèmes, notamment en expliquant l’origine de la matière noire.
3.2 Les supercordes et la gravitation quantique
Les théories des supercordes sont les premières à offrir une intégration naturelle
de la gravité dans un cadre quantique. Elles suggèrent que notre univers possède
des dimensions supplémentaires au-delà des trois dimensions spatiales et du
temps.
4. Perspectives pour le Futur
4.1 Nouvelles avancées expérimentales
Les accélérateurs de particules comme le LHC du CERN poursuivent l’exploration
des hautes énergies pour tester ces théories. La découverte du boson de Higgs en
2012 a validé une partie du modèle standard, mais les superparticules et les
cordes restent encore à prouver expérimentalement.
4.2 Les limites du modèle standard
Bien que le modèle standard ait été l’une des théories les plus précises jamais
établies, il présente plusieurs lacunes :
Il n’explique pas la matière noire et l’énergie noire, qui constituent 95 % du
contenu de l’Univers.
Il ne décrit pas la gravité dans un cadre quantique.
Il repose sur plusieurs paramètres ajustés empiriquement, sans explication
théorique sous-jacente
Conclusion
L’unification des interactions fondamentales reste un défi scientifique majeur.
Bien que la QED, la QCD et l’interaction électrofaible aient été intégrées avec
succès, la gravitation demeure une énigme.
Les théories des cordes et la supersymétrie offrent des pistes prometteuses, mais
manquent encore de confirmation expérimentale. Le futur de la physique passe
par une meilleure compréhension de la gravité quantique, qui pourrait mener à
une théorie du tout, expliquant toutes les forces de la nature sous un même
cadre.
La quête d’unification n’est pas seulement un défi scientifique, mais une
exploration profonde des lois fondamentales de l’Univers.