Furtivité B 2
Furtivité B 2
Le B2 Spirit n’a rien d’un avion ordinaire, sa forme futuriste et ses hautes performances font de lui un engin
unique et mystérieux. Cependant, ce concept d'avion furtif n’est pas innovateur puisqu’il se base sur certains
appareils qui ont vu le jour lors de la seconde guerre mondiale. Nous allons donc, à travers cet article, tout
d’abord présenter les avions qui ont amené à la création du B2, puis nous ferons une description de ce dernier
en étudiant en particulier les systèmes et principes lui permettant de réduire sa signature radar.
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Bref historique 400 km/h et monter jusqu'à 6000 mètres d'altitude. Les
C’est un certain John Knudsen Northrop qui fut à l’origine Américains voulurent pousser un projet de bombardiers à
de l’usine Northrop. Surnommé par la suite "Jack" Northrop, très long rayon d'action, afin d'être à même d’atteindre une
il a terminé ses études en 1913 avec un baccalauréat. Trois cible depuis des positions éloignées. Ainsi naquit le premier
ans plus tard (à vingt ans), il travailla comme mécanicien élément du projet, l’YB35 à quatre moteurs développant
automobile à Santa Barbara. Non loin de là, se trouvait un chacun trois milles chevaux.
atelier où l’on dessinait des plans d’hydravions. Le jeune
Northrop fut bien vite remarqué par le patron de l’atelier
d'hydravion et intégra rapidement l’équipe ou il fut rebaptisé
"ingénieur maison". C’est en 1927 que Jack concrétisa son
premier projet, le célèbre Lockheed Vega. Ce fut une
première mondiale: un monomoteur à aile haute non
haubanée. Cet avion pouvait emporter quatre passagers à
170 km/h sur une distance de 900 kilomètres. Ces
avantages firent de cet avion un des plus vendus de
l’époque. Par la suite, Northop fonda sa propre société.
Cet avion présentait d’importantes innovations, il était Cidessus, l'YB49 propulsé par huit réacteurs représente
construit en bois d’acajou et deux moteurs de 65 chevaux la première aile volante furtive.L'avion vol pour la
venaient propulser cette aile volante de douze mètres première fois en 1947. (SW)
d’envergure. L'appareil était "à géométrie variable", le N1M
pouvait ainsi voir l'inclinaison de ses ailes (cidessus en En 1979, l'US Air force décida de se munir d’un bombardier
position baissée) modifiées au sol. stratégique invisible aux radars. L’aile volante s'imposa
La guerre accéléra les recherches et les machines virent alors comme la solution la plus efficace et c’est ainsi que le
leurs lignes s’affiner, comme le N9M qui effectua une fameux projet du B2 Spirit prit naissance aux usines
centaine de vols en 1943. Cette machine pouvait atteindre Northrop. L’US Air Force fut autorisé à commander 131 B2,
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mais des restrictions budgétaires répétées ont ramené les Avec ses 52,43 m d’envergure, ses 21,03 m de longueur, sa
commandes à seulement 21 exemplaires. hauteur de 5,18 m pour une masse maximale de 170 550
Objet de nombreuses critiques tant techniques que kg, le B2 se révèle être un avion imposant. Ses quatre
politiques, le B2 est l’avion le plus coûteux jamais construit. réacteurs à double flux GE F118 de 13 610 kg le
Il revient au final à environ deux milliards de dollars pièce. propulsent à une vitesse maximale de 973 km/h et à une
altitude maximale de 15 200 m. [La vitesse maximale du
bombardier a été volontairement fixée à 973 km/h en effet,
un appareil supersonique offre une cible infrarouge plus
importante NDLR]
Chaque B2 porte un nom particulier: "Spirit" suivi d’un état
américain. Ils se retrouvent tous dans la même base de
Whiteman dans le Missouri. Ils ont été conçus pour rester
en service jusqu’en 2040 au moins, et plusieurs
programmes de modernisation ont déjà été lancés afin que
le B2 reste le numéro un des avions furtifs. [Il y a quelques
années, un programme visant à réduire le coût unitaire des
B2 à été lancé. Avec un coût unitaire de 2 milliards de
Rarissime photographie d'une chaîne de montage des B2. dollars, le B2 reste un appareil extremement cher à
(Northrop) produire pour une USAF soumise aux coupes budgétaire.
21 appareils ont été produits et deux ce sont crashés.
Description du B2 NDLR]
Le Grumman Northrop B2 Spirit, plus communément
appelé B2, est l’un des avions les plus performants et les
plus chers au monde, c’est un véritable bijou technologique,
tant du point de vue de sa furtivité que du point de vue de
son aérodynamisme. Il assure le rôle de bombardier
stratégique à long rayon d’action avec une autonomie de 9
600 km et peut être ravitaillé en vol, ce qui lui permet alors
de voler sur 16 000 km (il est donc capable de se rendre en
n’importe quel point du globe à partir de sa base, au
Missouri).
Il a été conçu dans le but de s’infiltrer au travers des zones
ennemies afin de détruire des cibles bien précises, le tout
sans être détectable. Ce genre de tâche pourrait être Cidessus, un crash à 2 millirads de dollars. 23 Juillet
réalisée par d’autres bombardiers, mais cela demanderait 2008 le B2 n° 890127 Spirit of Kansas s'écrase suite à
une flotte beaucoup plus importante et les risques de pertes un problème technique. (USAF)
en vie humaine et matériels seraient beaucoup plus grands.
Le B2 surprend par sa forme insolite, résultant de
l’utilisation du concept d’aile volante qui permet d’emporter
une immense quantité de carburant tout en conservant un
excellent aérodynamisme. L’aile volante était à l’époque
incontrôlable et ce n’est que dans les années 70 que celle
ci fut maîtrisée, notamment grâce aux évolutions de
l’informatique qui permirent de développer des calculateurs
surpuissants. Ceuxci peuvent piloter des gouvernes qui
assurent la stabilité de l’appareil.
Le constructeur principal de l’avion est Northrop Grumman
mais d’autres constructeurs sont venus apporter leur pierre
à l’édifice. General Electric a fourni les réacteurs, Boeing et
Vought Aircraft Industries sont intervenus dans la réalisation Schéma de la production des différentes parties du B2 et
de base de l’aile et les radars ont été fournis par Hughes. de leurs constructeurs respectifs. (USAF)
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Techniques de réduction de la signature radar l'objet d'attention particulière. Il existe deux catégories de
RAM: l'une appelée absorbant résonnant et l'autre large
Pour rendre un avion furtif, il faut s'assurer que ce dernier bande. Les matériaux "résonnants" sont conçus pour
ne comporte pas de dièdres ou trièdres et pas de surface travailler à une fréquence déterminée tandis que les
perpendiculaire à la direction du radar (comme les pales du matériaux "large bande" sont prévus pour agir dans toute
réacteur par exemple ). Les contraintes qui en résultent ne une gamme de fréquence. La séparation entre ces deux
contribuent généralement pas à améliorer les performances concepts n'est toutefois pas formelle, en effet les matériaux
de l'appareil. En effet, performance et furtivité sont rarement résonnants peuvent aussi fonctionner sur des bandes de
en harmonie, il faut donc toujours trouver un compromis. fréquences très grandes par association entre eux.
Le B2 est loin d'être l'avion le plus rapide avec sa vitesse L'un des plus anciens et des plus simples écrans
de 973 km/h, mais il a l'avantage de présenter une SER absorbants est connu sous le nom d'écran de Salisbury ;
(Section Efficace Radar) minime, équivalente à un petit d'autres existent tel que les écrans à circuits analogiques et
oiseau. les RAM magnétiques.
Pour détruire une onde qui viendrait frapper le fuselage de
l'avion, il suffit de renvoyer une onde de même amplitude et Ecran de Salisbury
fréquence, mais en opposition de phase avec la première.
Cette méthode de destruction constitue ce qui est appelé La technique "Salisbury" agit de la même manière que les
un système actif. systèmes antireflets omniprésents dans les systèmes
Pour cela, il est nécessaire de construire un fuselage optiques: lorsque l’énergie radar (en bleue sur le schéma)
possédant des réflecteurs aux dimensions adéquates, frappe un écran de Salisbury, une partie est immédiatement
créant ainsi un écho optimal pour l'anéantissement du réfléchie (en violet) et l’autre traverse la première couche
faisceau radar. Mais cette méthode ne fonctionne que pour pour ensuite venir frapper la seconde et être réfléchie (en
une seule fréquence et les dimensions des réflecteurs rouge).
devraient être grandes, il est donc nécessaire de trouver un
moyen plus réactif. Par exemple, des capteurs montés sur
le fuselage de l'appareil qui pourraient mesurer la
fréquence, la forme d'onde, la force et la direction du signal
devant être contrée, constituant ainsi ce que l'on appel un
brouilleur radar.
Les concepteurs du B2 ont mis au point un tel système
grâce à une avionique sophistiquée. L'avion est muni d'un
radar à synthèse d'ouverture (AN/APQ181 de Hughes)
comportant deux antennes à balayage électronique qui sont
noyées dans le fuselage ainsi que d'un détecteur Les deux faisceaux réfléchis doivent entrer en opposition de
d'émission radar (AN/APR50 de IBM Federals Systems) et phase de manière à ce que la quantité totale d’énergie
d'un système de contre mesure (ZSR63). Les renvoyée par le matériau soit faible, voire nulle si les deux
caractéristiques et les performances de ce dispositif sont faisceaux réfléchis sont de même intensité.
tenues secrètes par l'US Air Force, l'APR50 fonctionnerait Le matériau doit dès lors posséder deux propriétés: le
toutefois dans les bandes 500 MHz à 40 GHz. faisceau incident doit, pour moitié, être directement réfléchi,
L'utilisation de cette méthode d'annulation active se situe et pour autre moitié être réfléchi par la surface orange. De
plutôt dans le domaine des basses fréquences, où l'emploi plus, la distance entre les deux surfaces de réflexion doit
des absorbants et les possibilités de jouer sur les formes avoisiner un quart de la longueur d’onde du faisceau radar
géométriques deviennent plus difficiles. émis. Ce système ne sera donc optimal que pour une
longueur d’onde précise.
Absorption d'ondes On parle de "l’écran Salisbury" ou de RAM résonnant. Cet
écran se compose donc d’une fine épaisseur de matériau
Certains types de matériaux permettent d'absorber des résistant (en vert), occasionnant la première réflexion, d’un
ondes radars, on les désigne généralement sous le nom de diélectrique (en gris) valant un quart de la longueur d’onde
RAM (Radar Absorbent Materials). Ils sont largement du faisceau émis par le radar, et d’une surface métallique
utilisés par les avions furtifs et, sur le B2, recouvrent la (en orange). Le matériau diélectrique a la propriété de
quasitotalité du fuselage dont les parties sensibles font résister aux courants électriques tout en laissant librement
Ravitaillement en vol pour ce B2. Cette photographie
nous permet d'avoir quelques détails intéressant de la
structure avant de l'appareil. (USAF)
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Nous allons maintenant étudier l'influence qu'a la les entrées d'air et l'utilisation de matériaux absorbant
géométrie de l'avion sur sa SER. Les entrées d'airs et le radar.
système de propulsion sont connus pour leur haute
contribution dans la SER totale. C'est pourquoi nous
traiterons des techniques qu'utilise le B2 pour dissimuler le
moteur et pour augmenter la discrétion des entrées d'air.
Nous traiterons ensuite des solutions apportées aux détails,
souvent négligés, mais contribuant également à réduire la
SER de l'appareil.
Système de propulsion
Le B2 est équipé de 4 réacteurs General Electric F118Ge Photographie d'une entrée d'air. La cloison de séparation
100 dépourvus de postcombustion, chacun de 78.47 kN de ainsi que la forme en "S" sont ici bien visible. (USAF)
poussée. Le F118 est dérivé du F101 actuellement utilisé
sur le bombardier B1. Alors que le F118 utilise plus de Position des moteurs
carburant à vitesse subsonique, il nécessite moins d'air que
le F101. Le choix de moteurs sans post combustion n'est Les réacteurs sont probablement les organes les plus
pas anodin, en effet ceuxci sont plus petits, ce qui permet révélateurs de la présence d'un avion, tant sur plan
de réduire leur espace alloué sous le fuselage mais infrarouge que radar. Le B2 étant un bombardier de haute
également de diminuer la signature infrarouge de l'appareil. altitude, il sera surtout observé par le bas, c'est pourquoi les
Ces réacteurs sont regroupés deux à deux, côte à côte. Il y organes de propulsions sont positionnés sur le haut du
a deux prises d'air avec au centre de chacune une cloison fuselage. Toutefois, l'alimentation en air devient difficile à
séparant les flux destinés à chaque turboréacteur. hauts angles d'incidences (c'estàdire au décollage et à
Plusieurs paramètres sont à prendre en considération pour l'atterrissage), phases au cours desquelles le pilote doit
le système de propulsion, à savoir la position des moteurs, pouvoir disposer d'un maximum de poussée. Cette forte
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Fixation d'une bombe sur le système rotatif d'un B2 du 509th Bomb Wing. Pour
assurer la furtivité de l'armement, celuici est intégré dans deux soutes à bombes
dont les panneaux d'ouverture ont été étudiés pour ne pas révéler la position de
l'appareil au moment du largage. (USAF)
dans leur ensemble à la signature radar de l’appareil. d’altitude en survolant la mer ce phénomène peut
Chaque détail a son importance et c’est ainsi que le B2 apparaître et s’accompagner d’une condensation locale
n’utilise aucun rivet mais les composés devant être (l’atmosphère étant humide), ce qui permet de visualiser
assemblés sont soudés ou collés. Les panneaux du l’onde de choc sous la forme de nuage. Le nuage est dû au
fuselage sont assemblés via de la ferrite, utilisée comme phénomène appelé "singularité de PrandtlGlauert", pour
lien électrique. laquelle une baisse soudaine de la pression de l’air se
produit. Le pilote doit donc toujours rester vigilant et ne pas
La flèche des ailes utiliser les moteurs à pleine puissance dans toutes les
situations.
Le bord d’attaque de l’avion peut également être un
réflecteur d’ondes pour un faisceau incident arrivant face à
l’appareil. Les ondes réfléchies présentent un angle par
rapport aux ondes incidentes égal à deux fois l’angle de
flèche des ailes. Il est donc intéressant d’augmenter cet
angle de flèche afin de diminuer la quantité d’énergie radar
renvoyée vers la source émettrice comme nous le montre le
schéma cidessous. Le B2 utilise un bord d’attaque avec
un angle de flèche de 55°, suffisant pour rediriger Malgré cela, une aile munie d’une flèche vers l’arrière
significativement l’énergie radar dans une direction éloignée présente des désavantages. Ainsi, pour une même vitesse
de la source d’émission. Cependant, l’objectif principal de la de vol et une même surface, une aile avec une flèche
flèche est d’origine aérodynamique. Le B2 volant à une arrière produira une portance moins importante que pour
vitesse haut subsonique (c’estàdire légèrement inférieur à une aile droite. Cela explique l’imposante envergure du B2
la vitesse du son), cet angle de flèche est requis pour éviter qui, pour être performant, doit pouvoir emporter de lourds
une vitesse supersonique locale, notamment au niveau de armements ainsi qu’un volume de kérosène important, ce
l’extrados, qui provoquerait des ondes de chocs, fatales à la qui tend à augmenter significativement son poids et donc la
furtivité du B2. Cependant, lorsque l’avion diminue portance doit être d’autant plus grande.
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Les surfaces verticales présentes sur la plupart des avions La technique de blending vise principalement l’amélioration
contribuent de manière importante à leurs signatures de la jonction entre le fuselage et l’aile. En effet, un angle
radars. Deux gouvernes formant un angle de 90° droit est présent à cet endroit, réfléchissant donc
provoquent une double réflexion des ondes radars, en les idéalement le faisceau radar vers la source d’émission. Le
renvoyant vers la source émettrice. "blending" est une solution simple (et peu coûteuse)
Le B2 est une aile volante qui ne présente donc aucun consistant à redessiner l’emplanture de l’aile en supprimant
empennage vertical. C’est un avion présentant une allure cet angle droit, comme indiqué sur la figure suivante.
plate, le rendant peu maniable. Les dernières technologies Notons que cette technique a également l’avantage de
en matière d’électronique ont permis de réaliser un tel créer des zones supplémentaires disponibles dans le
projet. En manipulant les seules gouvernes présentes sur fuselage par exemple pour le carburant et l’avionique.
les bords de fuite de l’avion, il est possible de piloter
entièrement l’appareil. Seules des surfaces courbes sont
visibles sur le dessus de l’avion. Cellesci présentent un
rayon de courbure relativement grand, mais comme elles
sont noyées avec le reste du fuselage, elles ne contribuent
que faiblement à la SER du bombardier.
Les projets d’amélioration du B2
Construction en dent de scie
Cet avion furtif est réputé pour être un avion mystérieux et
Le bord de fuite d’une aile volante est reconnu pour sa beaucoup de bruits courent disant qu’il pourrait utiliser
haute contribution à la SER totale de l’appareil, offrant un certaines technologies inédites. Cependant, aucune
très grand bord propice à la réflexion radar. Les information officielle ne circule et il est donc difficile de faire
concepteurs du B2 ont donc dû imaginer un profil le point. Outre les améliorations relatives au revêtement
géométrique capable de dévier les ondes radar venant antiradar, à l’armement, etc., il n’y a que peu de sources
frapper l’arrière de l’appareil: les dents de scie. qui se recoupent au sujet des nouvelles technologies
Pour comprendre ce phénomène, nous nous reportons à utilisées. Toutefois, nous allons décrire celle qui semble la
l’écran de Salisbury et à la définition de l’impédance plus réalisable, à savoir l’utilisation de la
intrinsèque Z que nous avons vu un peu plus haut. magnétohydrodynamique.
La construction en dents de scie permet en effet le passage
graduel d’un Z = 377 Ω (l’air) à un Z = 0 Ω (le métal Evolution du revêtement
structurel de l'avion), formant ainsi un absorbant radar.
On trouvera une découpe en zigzag non seulement sur Le B2 Spirit a longtemps souffert d’un problème de grande
toute les parties de l'appareil faisant office de bord d'attaque ampleur: la maintenance de son revêtement exige
ou de bord de fuite mais aussi sur toutes zone faisant office beaucoup de travail au sol, et implique l’utilisation fréquente
de raccord entre deux matériaux de natures différentes (ou de bande et de calfeutrant. La furtivité étant la seule vraie
de même nature, comme pour toutes les trappes de défense du bombardier, le piloter avec un revêtement mal
l'appareil, train d’atterrissage, entrées d’air, etc.). entretenu n’est pas une option. C’est dans l’optique de
réduire le temps d’attente au sol que l’US Air Force entreprit
(en avril 2006) un nouveau programme de maintenance,
dont la fabrication accélérée de RAM.
La production des matériaux RAM est passée de 26 à 12
semaines et les périodes de test ont été optimisées,
permettant d’épargner encore plusieurs jours
d’immobilisation du B2. Des matériaux pareils avaient été
précédemment produits en quantité modeste par de petits
La magnétohydrodynamique (MHD) est un domaine très Sur la partie supérieure de l’appareil, là où se situerait le
vaste de la physique qui concerne l’interaction entre un système MHD, principalement localisé à l’entrée d’air des
champ électromagnétique et un fluide conducteur de réacteurs et en sortie de tuyère, la bulle de vapeur est
l’électricité. Ainsi, on conçoit aisément que, suivant le type fortement lumineuse. En effet, l’air peuplé de micro
d’interaction, on puisse trouver la MHD liée aux problèmes gouttelettes de vapeur d’eau est conducteur d’électricité. La
apparemment disjoints de la couronne solaire, de la décharge électrique a dès lors tendance à s’étendre dans
magnétosphère, de la conversion d’énergie fossile en toute cette région. De toute évidence cette bulle de vapeur
énergie électrique, de la fusion thermonucléaire de la émet de la lumière, due à la désexcitation radiative des
propulsion ou encore aux techniques industrielles de la molécules du gaz, ces dernières étant excitées par les
métallurgie. Cependant, la MHD est plus connue pour son collisions qu’elles subissent avec les électrons libres
application à la conversion d’énergie fossile en énergie constituant la décharge. Cette luminosité est très atténuée,
électrique. voire inexistante sur le dessous de l’appareil.
La notion de conversion MHD remonte à Faraday qui, en Pour créer un plasma autour du B2, il faudrait appliquer une
plaçant des électrodes dans une rivière d’eau saumâtre, différence de potentiel importante entre deux points du B2.
convenablement orientée par rapport au champ magnétique Lors de la montée en tension d’un tel dispositif, les
terrestre, recueillit un faible courant induit. Le remplacement quelques ions H3O+ et OH présents (en quantité infime:
de l’eau saumâtre par un gaz conducteur à très grande 107 g.L1 dans une eau liquide et pure) vont migrer vers
vitesse dans un champ magnétique intense a transformé leurs pôles respectifs. Cette condition est loin d’être
rapidement l’idée de Faraday en générateur électrique dans suffisante pour créer un plasma, d’autant plus que l’avion se
lequel les pièces tournantes étaient remplacées par un déplace à la vitesse du son. Il faudrait donc augmenter la
fluide conducteur et pour lequel les prévisions théoriques différence de potentiel pour générer des ions
de rendement étaient très élevées (≈ 60 %). supplémentaires, par hydrolyse, à moins d’ioniser l’air, ce
Selon un grand nombre de sources et selon certaines qui serait encore plus difficile. Le seuil de claquage
révélations du livre de JeanPierre Petit, l’injection d’une (brusque production d’ions) sera plus facilement atteint en
très haute tension sur le bord d’attaque du B2 ioniserait raison de la présence de la vapeur d’eau, et un éclair se
l’air qui, en s’écoulant, entourerait l’avion entier d’un produira. La différence de potentiel sera alors
"cocon" de plasma absorbant les ondes radar. Outre ponctuellement nulle, et il faudra recommencer plusieurs
l’intérêt de ce système pour la furtivité, des études montrent fois l’opération, à cadence élevée, pour parvenir à l’effet
qu’il peut réduire sensiblement la résistance de l’air à attendu, celui d’un plasma.
l’avancement de l’avion et l’onde de choc à vitesse Rappelons que lorsque le seuil d’ionisation de l’hydrogène
supersonique. Ajoutons que l’ionisation de l’air permet aussi (E0 = 13,6 eV), tout comme celui de l’oxygène (E0 = 12,06
d’utiliser un système MHD, nécessaire en outre pour eV), est atteint, une lumière de couleur verte est émise.
générer l’électricité. L’azote ionisé (E0 = 15,6 eV), quant à lui, émet une couleur
Une courte séquence d’un film de promotion diffusé sur le rouge. Si seule la vapeur d’eau est ionisée, la couleur du
site officiel de la firme Northrop Grumman, montre que, plasma résultante sera verte. Si l’air est ionisé, il y aura un
juste après l’apparition d’une "bulle" de condensation mélange de couleur verte et rouge (ce qui donne du jaune
caractéristique d’un passage à vitesse transsonique orange), or comme l’atmosphère est composée à 78 %
(proche de la vitesse du son, et limite officielle de vitesse du d’azote et à 21 % d’oxygène, la couleur résultante sera
B2) dans une atmosphère très humide, le capot des plutôt orange foncé proche du rouge.
réacteurs s’illumine pendant une fraction de seconde Remarquons que cela implique beaucoup de contraintes
(images en haut de la colonne de droite). mais certaines applications utilisant la MHD ont déjà vu le
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principe de furtivité s’en trouve donc totalement contrarié. base de données comprenant les signatures radars des
Plusieurs conférences ont fait le point sur les avancées en avions courants. Par ailleurs, les spécialistes français de
matière de radars passifs et il apparaît que la plupart des l’Onera alliés à Thalès tablent sur des systèmes de radars
produits sont encore à l’état de prototypes ou de projets passifs aéroportés dès 2010. Un avion "muet" utiliserait par
pilotes. Cependant, le "VeraE", de l’entreprise tchèque Era, exemple les émetteurs radio et télé de la zone survolée
est déjà au stade commercial, tout comme le "Silent pour détecter les avions ennemis.
Sentry", proposé par Lockheed Martin depuis 1998 et "Mesures et contremesures sont l’essence de la
utilisant la bande FM. Sa version 3, présentée en mai 2002, planification militaire", a rappelé John Pike de
est notamment proposée pour la détection d’avions aux GlobalSecurity.org, un groupe de politique de défense. "Des
frontières, la surveillance côtière ou pour les tours de avions impossibles à abattre durant la Première guerre
contrôle des petits aéroports civils. mondiale n’auraient été que des jouets durant la Seconde
Les Anglais de Roke Manor Research, filiale du géant de guerre mondiale. Des avions presque invincibles durant la
l’électronique Siemens AG, associés à l’équipementier guerre du Vietnam sont aujourd’hui de simples cibles. Les
militaire BAE Systems, continuent quant à eux à développer qualités furtives d’avions tels que le B2 sont efficaces pour
leur "Celldar", basé sur l’exploitation des antennes relais de quelques temps encore, mais elles vont inévitablement
téléphonie portable. Roke Manor pensait utiliser ce système décliner avec le temps".
pour surveiller le trafic routier ; pourtant, c’est bien dans le
cadre militaire qu’il est utilisé. Conclusion
Le GSM et même l’UMTS intéressent également une
équipe de l’université de Nanyang, à Singapour, et les Au terme de cet article, nous pouvons dire que la
Allemands de FGANFHR. Pourtant, la faible puissance des conception d’un avion furtif n’est pas simple, elle résulte
émetteurs laisse perplexes beaucoup de spécialistes. Ils ne d’un compromis entre les différents impératifs de la mission
seraient utiles que sur de faibles distances, alors que les assignée à l’appareil. Du fait de la course entre
systèmes basés sur les signaux radio sont capables de technologies et contremesures, qui s’est tout de même
détecter des cibles jusqu’à 100 km de distance, et pour les ralentie depuis la fin de la guerre froide, l’avion peut souffrir
émetteurs télévision jusqu’à 250 km. Ces derniers de la furtivité.
systèmes de détection sont efficaces mais peu précis (on En effet, la manœuvrabilité et la stabilité de l’appareil sont
parle d’une centaine de mètres), excepté quand plusieurs souvent mises à mal par les formes imposées par la
sources émettrices peuvent être utilisées en même temps. furtivité: sans ses commandes de vol électriques, le B2
La généralisation de la radio numérique (DAB) et surtout de aurait été impossible à piloter. Opérationnellement, il
la télévision numérique (DVB) sont à cet effet attendu avec nécessite une maintenance très contraignante et des
impatience. Les premiers résultats de radars passifs installations qui lui sont propres en raison notamment des
s’appuyant sur ces technologies montrent une nette matériaux utilisés. A l’origine, la couche de matériau
amélioration de la localisation des cibles. absorbant des B2 supportait mal le soleil et l’humidité.
Autre avancée notable: la capacité d’identification. Aaron Finalement, sans sa capacité furtive, ce bijou technologique
Lanterman, chercheur au Georgia Institute of Technology, a n’est plus qu’un simple avion très coûteux, à l’emport et aux
ainsi montré que l’on pouvait coupler un radar passif à une capacités aériennes réduites, et à la vitesse limitée.