Ressources Zoogénétiques Pour L'Alimentation Et L'Agriculture
Ressources Zoogénétiques Pour L'Alimentation Et L'Agriculture
L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE
RESSOURCES ZOOGÉNÉTIQUES POUR
C institutions, politiques et cadres légaux, activités de sélection organisées et
M programmes de conservation. Les besoins et les défis sont évalués dans le cadre des
Y éléments moteurs du changement au sein des systèmes de production de l’élevage.
CM
Des outils et des méthodes pour améliorer l’utilisation et le développement des
MY
ressources zoogénétiques sont explorés dans les sections sur l’état de l’art de
CY
la caractérisation, de l’amélioration génétique, de l’évaluation économique et de
la conservation.
CMY
Les éléments clés du Rapport sont présentés dans L’état des ressources
zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde – en bref. Les
versions anglaise, arabe, chinoise, espagnole, française et russe sont incluses dans le
DANS LE MONDE
CD-ROM annexe et également disponibles en version papier.
L’ÉTAT DES
par les pays de L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et
l’agriculture dans le monde a conduit à un processus de développement politique et RESSOURCES ZOOGÉNÉTIQUES POUR
à un Plan d’action mondial pour les ressources zoogénétiques qui, une fois adopté,
fournira un programme d’action pour la communauté internationale. L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE
DANS LE MONDE
COMMISSION DES
RESSOURCES GÉNÉTIQUES
POUR L'ALIMENTATION
ET L'AGRICULTURE
L’ÉTAT DES
RESSOURCES
ZOOGÉNÉTIQUES
POUR L’ALIMENTATION
ET L’AGRICULTURE
DANS LE MONDE
Rome, 2008
i
Les appellations employées dans ce produit d’information et la présentation des données
qui y figurent n’impliquent de la part de l’Organisation des Nations Unies pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO) aucune prise de position quant au statut juridique
ou au stade de développement des pays, territoires, villes ou zones ou de leurs autorités,
ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. La mention de sociétés déterminées
ou de produits de fabricants, qu’ils soient ou non brevetés, n’entraîne, de la part
de la FAO, aucune approbation ou recommandation desdits produits de préférence
à d’autres de nature analogue qui ne sont pas cités.
*4#/
Tous droits réservés. Les informations contenues dans ce produit d’information peuvent
être reproduites ou diffusées à des fins éducatives et non commerciales sans autorisation
préalable du détenteur des droits d’auteur à condition que la source des informations
soit clairement indiquée. Ces informations ne peuvent toutefois pas être reproduites
pour la revente ou d’autres fins commerciales sans l’autorisation écrite du détenteur des
droits d’auteur. Les demandes d’autorisation devront être adressées au:
Chef de la Sous-division des politiques et de l’appui en matière
de publications électroniques
Division de la communication, FAO
Viale delle Terme di Caracalla, 00153 Rome, Italie
ou, par courrier électronique, à:
copyright@[Link]
¥'"0
Citation: FAO. 2008. L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture
dans le monde, édité par Barbara Rischkowsky et Dafydd Pilling. Rome
ii
Avant-propos
L
a gestion raisonnée de la biodiversité de l’agriculture dans le monde devient un défi
toujours plus grand pour la communauté internationale. Le secteur de l’élevage en
particulier subit des changements dramatiques avec l’augmentation de la production à
grande échelle, en réponse à la demande croissante d’œufs, de lait et de viande. Il est crucial
de disposer d’une grande panoplie de ressources zoogénétiques pour adapter et développer
nos systèmes de productions agricoles. Le changement climatique et l’émergence de nouvelles
maladies animales renforcent le besoin de maintenir cette capacité d’adaptation. Pour des
centaines de millions de ménages ruraux pauvres, l’élevage reste un capital clé, couvrant
souvent de nombreux besoins, et permettant à la vie de s’installer dans les environnements
les plus rudes du globe. L’élevage fournit une contribution majeure à la sécurité de
l’alimentation et de la vie, et à l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement
des Nations Unies. Il sera toujours plus important dans les décennies à venir.
Malheureusement, la diversité génétique est menacée. Le nombre signalé de disparitions
de races est très préoccupant, mais il est encore plus inquiétant de constater que les ressources
génétiques non enregistrées sont perdues avant même que leurs caractéristiques n’aient
été étudiées et leur potentiel évalué. Des efforts importants pour comprendre, établir des
priorités et protéger les ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le
monde sont nécessaires. Des schémas d’utilisation durable doivent être établis. Les éleveurs
traditionnels – souvent pauvres et vivant dans des environnements marginaux – sont les
gardiens de la plus grande partie de notre diversité génétique animale. Nous ne devons pas
ignorer leur rôle ou négliger leurs besoins. Des arrangements équitables pour le partage des
biens sont nécessaires, et un large accès aux ressources génétiques doit être assuré. Un accord
cadre international pour la gestion de ces ressources est crucial.
Ce rapport est la première évaluation de l’état des ressources zoogénétiques dans le monde
et de leur évolution, ainsi que de l’état des capacités institutionnelles et technologiques
de gestion de ces ressources. Il fournit une base pour renouveler les efforts afin que les
engagements pour une meilleure gestion des ressources génétiques, pris dans le cadre
du Plan d’action du Sommet mondial de l’alimentation, soient respectés. C’est une étape
importante dans le travail de la Commission des ressources génétiques pour l’alimentation
et l’agriculture. Le soutien fourni par les gouvernements de par le monde, illustré par les 169
Rapports nationaux soumis à la FAO, a été particulièrement encourageant. Je suis également
grandement motivé par le fait que la contribution au processus de préparation de ce rapport
ait déjà permis de retenir l’attention sur le sujet et ait catalysé l’activité au niveau national
et régional. Cependant, de nombreux efforts doivent encore être réalisés. Le lancement de
L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde lors
de la Conférence technique internationale sur les ressources zoogénétiques d’Interlaken, en
Suisse, doit être un tremplin. Je voudrais saisir cette opportunité pour appeler la communauté
internationale à reconnaître que les ressources zoogénétiques font partie de notre héritage
commun et ont une trop grande valeur pour être négligées. L’engagement et la coopération
pour la gestion durable, le développement et la conservation de ces ressources doivent
rapidement être mis en place.
Jacques Diouf
FAO Directeur-Général
iii
Table des matières
Remerciements xxiii
Préface xxvii
Le processus préparatoire xxix
Résumé d’orientation xxxvii
Introduction 3
Section A: Origines et histoire de la diversité des animaux d’élevage 5
1 Introduction 5
2 Le processus de domestication des animaux d’élevage 6
3 Les ancêtres et les origines géographiques de nos animaux d’élevage 10
4 Distribution géographique des animaux domestiqués 16
5 Transformations des animaux d’élevage suite à la domestication 18
6 Conclusions 19
Références 20
v
Section C: Les flux des ressources zoogénétiques - suite
2.3 Troisième phase: de la moitié du XXe siècle à nos jours 56
3 Les cinq espèces principales 57
3.1 Bovins 59
3.2 Moutons 64
3.3 Chèvres 66
3.4 Porcs 69
3.5 Poules 71
3.6 Les autres espèces 73
4 Impacts des flux génétiques sur la diversité 73
4.1 Flux génétiques favorisant la diversité 74
4.2 Flux génétiques réduisant la diversité 75
4.3 Flux génétiques neutres pour la diversité 76
4.4 L’avenir 76
Références 77
vi
Section F: Risques de perte de diversité génétique des animaux
d’élevage 119
1 Introduction 119
2 Evolutions du secteur de l’élevage: aspects économiques, sociaux
et politiques 121
3 Catastrophes et situations d’urgence 128
4 Epidémies et mesures de contrôle des maladies 135
5 Conclusions 140
Références 141
Introduction 149
Section A: Moteurs évolutifs dans le secteur de l’élevage 151
1 Evolution de la demande 151
1.1 Pouvoir d’achat 153
1.2 Urbanisation 155
1.3 Goûts et préférences des consommateurs 155
2 Commerce et vente au détail 157
2.1 Les flux des animaux d’élevage et leurs produits 157
2.2 L’arrivée des grands détaillants et la coordination verticale dans
l’ensemble de la chaîne alimentaire 159
3 Changements dans le milieu naturel 160
4 Avancées technologiques 161
5 Environnement politique 162
vii
Section c: implications pour la diversité génétique à la suite
des changements du secteur de l’élevage 191
Références 193
Introduction 201
Section A: Institutions et acteurs impliqués 203
1 Introduction 203
2 Cadre analytique 203
2.1 Participation et origines des acteurs impliqués au niveau de pays 204
2.2 Evaluation des capacités institutionnelles au niveau de pays 204
2.3 Organisations et réseaux avec un rôle potentiel dans la collaboration
régionale et internationale 206
3 Acteurs impliqués, institutions, capacités et structures 206
3.1 Implication des acteurs dans le processus de préparation du Rapport
sur l’état des ressources zoogénétiques dans le monde, au niveau
de pays 206
3.2 Evaluations des capacités institutionnelles au niveau de pays
et régional 207
3.3 Organisations et réseaux ayant un rôle potentiel dans
la collaboration sous-régionale, régionale et internationale 214
4 Conclusions 219
Références 221
Annexe 222
viii
Section B: Programmes structurés de sélection - suite
6 Conclusions et priorités pour l’avenir 254
Références 255
Annexe 256
ix
Section E: Législation et réglementation 299
1 Cadres légaux internationaux – instruments principaux 299
1.1 Introduction 299
1.2 Cadres légaux pour la gestion de la biodiversité 299
1.3 Accès et partage des avantages 301
1.4 Cadres légaux pour le commerce international 303
1.5 Droits de propriété intellectuelle 304
1.6 Cadres légaux pour la biosécurité 305
1.7 Conclusions 309
Références 310
2 Questions légales émergentes 310
2.1 Brevets 310
2.2 Droits des éleveurs 317
3 Cadres réglementaires au niveau régional 318
3.1 Introduction 318
3.2 La législation de l’Union européenne: un exemple de cadre légal
régional complet 318
3.3 Conclusions 329
Législation citée 330
4 Législation et politiques nationales 334
4.1 Introduction 334
4.2 Méthodes 335
4.3 Mise en œuvre des lois et des programmes liés aux ressources
zoogénétiques 335
4.4 Analyse des Rapports nationaux 336
4.5 Conclusions 362
Références 364
Introduction 367
section a: concepts de base 369
1 Ressources zoogénétiques et races 369
2 Gestion des ressources zoogénétiques 371
3 Classification de l’état de danger 373
Références 376
x
Section B: Méthodes de caractérisation - suite
3.3 Caractérisation génétique moléculaire 386
3.4 Systèmes d’information 387
4 Conclusions 391
Références 391
xi
Section D: Méthodes d’amélioration génétique en vue d’une
utilisation durable - suite
6.1 Méthodes de surveillance des petites populations 460
6.2 Conservation par la sélection 461
7 Conclusions 462
Références 463
xii
Section F: Méthodes de conservation - suite
7.4 Choix du matériel génétique 509
7.5 Sécurité des banques de gènes 509
8 Stratégies d’allocation des ressources dans le domaine de
la conservation 511
8.1 Méthodes d’établissement des priorités 511
8.2 Stratégies d’optimisation pour la planification des programmes
de conservation 512
9 Conclusions 516
Références 519
Introduction 531
Section A: Connaissance de la diversité génétique animale:
concepts, méthodes et technologies 533
xiii
Annexes (dans le CD-ROM)
Rapports nationaux
Rapports des organisations internationales
Rapports sous-régionaux
Etudes thématiques
Liste des races documentées dans la Banque de données mondiale pour les ressources
zoogénétiques
Liste des races en danger
Liste des auteurs, des relecteurs et de leurs affiliations
xiv
cadres
1 Le processus de domestication 6
2 Caractérisation moléculaire – un outil pour comprendre les origines et la diversité
des animaux d’élevage 9
3 L’histoire de l’élevage en Afrique 15
4 Les nouveautés par rapport à la Liste mondiale d’alerte pour la diversité des
animaux domestiques 26
5 Glossaire: populations, races, régions 27
6 Glossaire: classification de l’état de danger 39
7 Les flux génétiques résultant de la colonisation 55
8 Les bovins Nélore 63
9 Modification continue des gènes – le mouton Dorper 67
10 Les porcs hybrides 70
11 L’industrie de sélection des poules 73
12 Liens linguistiques entre bétail et richesse 94
13 L’histoire des bovins Hungarian Grey – changements d’usage dans le temps 99
14 Résistance génétique à la peste porcine africaine 113
15 Le renne de la Mongolie est menacé 122
16 Distorsions politiques qui influencent l’érosion des ressources génétiques des
porcs au Viet Nam 124
17 Les races laitières appropriées aux petits éleveurs des tropiques 125
18 Guerre et réhabilitation en Bosnie-Herzégovine 131
19 Le concept de productivité 150
20 Utilisation durable du porc Iberian en Espagne – une histoire de succès 154
21 Surmonter les contraintes au développement de la petite industrie laitière
axée sur le marché 156
22 Faits et évolutions de l’émergente économie mondiale de l’alimentation 163
23 Suggestions en faveur du renforcement des structures nationales 218
24 Recherche et mise en valeur des races en Afrique 244
25 Elevage des moutons en Tunisie 245
26 Elevage des buffles en Inde 246
27 Elevage des chèvres en République de Corée 247
28 Elevage des canards au Viet Nam 247
29 Elevage des porcs en Hongrie 249
30 Elevage des chevaux – tradition et nouvelles exigences 249
31 Elevage des bovins à viande au Brésil 250
32 Elevage des lamas en Argentine 251
33 Influence des forces du marché sur l’élevage aux Etats-Unis d’Amérique 253
34 Elevage des moutons en Australie 253
35 Mali – rôle du gouvernement 266
36 Ethiopie – conservation in situ 271
37 Le Plan moutonnier du Maroc – zones de sélection attribuées pour soutenir
les races locales de moutons 273
38 Stratégies de conservation en Chine 275
xv
39 Danemark – opportunités de conservation in vivo 277
40 Brésil – mise en place d’une banque de gènes 279
41 Etats-Unis d’Amérique – priorités du programme de conservation 280
42 Australie – implication des différents acteurs 281
43 Impact des réglementations zoosanitaires internationales sur la gestion des
ressources zoogénétiques – la fièvre aphteuse 307
44 Le premier animal breveté 312
45 La Loi-modèle de l’Union africaine 319
46 Loi sur la gestion de l’environnement du Malawi 336
47 Loi sur les pâturages no 4342 (1998) de la Turquie 338
48 Loi sur la sélection des animaux d’élevage de la Slovénie (2002) 339
49 Politiques et stratégies du Mozambique en faveur du développement de l’élevage 340
50 Réglementation de la Slovénie sur la Conservation des ressources génétiques
des animaux d’élevage 343
51 Programme national sur les ressources zoogénétiques de l’Ouganda 345
52 Loi sur la sélection des animaux de l’Ukraine 345
53 Réglementation sur la protection des ressources zoogénétiques de la Turquie (2002) 345
54 Proclamation du Lesotho sur l’importation et l’exportation des animaux
d’élevage et des produits de l’élevage 346
55 Ordonnance sur les animaux de la Malaisie 347
56 Décret no 39 de la Hongrie 348
57 Réglementations du Botswana sur les maladies des animaux (sperme) 350
58 Programme d’incitations financières de Barbade 350
59 Loi sur l’élevage de l’Ouganda (2001) 352
60 Guatemala – décentralisation de l’enregistrement des animaux de race pure 353
61 Programme de la «révolution blanche» en Mongolie 354
62 La révolution blanche aux Philippines 355
63 Fédération de Russie – prescriptions vétérinaires et sanitaires no 13-8-01/1-8 (1999) 357
64 Inde – règles pour le transport 358
65 Afrique de l’Ouest – pasteurs transfrontaliers 358
66 La Loi du système vétérinaire national de la République islamique d’Iran (1971) 361
67 Définition de la race adoptée par la FAO 369
68 Descripteurs de l’environnement de production pour les ressources zoogénétiques 382
69 Systèmes d’information au plan mondial 388
70 ADN, ARN et protéines 394
71 Les nouvelles disciplines scientifiques à suffixe «–omique» 394
72 Evolutions récentes de la biologie moléculaire 395
73 Extraction et multiplication d’ADN et d’ARN 397
74 Marqueurs d’ADN habituellement utilisés 398
75 L’échantillonnage de matériel génétique 399
76 Cartographie des QTL 403
77 L’approche de la génomique des populations 406
78 Bases de données sur les molécules biologiques 408
79 Glossaire: marqueurs moléculaires 410
80 Changements de la taille des bovins à viande aux Etats-Unis 425
81 Problèmes de vêlage chez le bovin Blanc-Bleu Belge 434
xvi
82 Les croisements pour aborder les problèmes de consanguinité des bovins Holstein 435
83 Les bovins de race Pie rouge (NRF) de Norvège – sélection pour les caractères
fonctionnels 437
84 Gestion communautaire des moutons dans la région des Andes péruviennes 445
85 Amélioration génétique d’une race indigène d’animaux d’élevage –
les bovins Boran du Kenya 446
86 Programme de sélection des lamas à Ayopaya, en Bolivie 447
87 Critères de sélection des pasteurs – idées d’un membre de la communauté 449
88 Le zébu Bororo des WoDaaBe au Niger – sélection pour la fiabilité dans
un environnement extrême 451
89 Programmes communautaires de sélection pour les races locales de porcs au
Viet Nam du nord 453
90 Le coût de l’hétérosis 456
91 Plan villageois d’amélioration des volailles au Nigeria 456
92 Programme communautaire et participatif de croisement des chèvres laitières
dans le système à faible intensité d’intrants des petits exploitants des hauts-
plateaux de l’est du Kenya 457
93 Valeurs économiques 470
94 Glossaire: conservation 485
95 Moutons Red Maasai – menaces imminentes 486
96 Mouton Lleyn du pays de Galles – retour à meilleure fortune en accord avec
les demandes modernes 489
97 Prise de décision pour la conservation et l’utilisation – emploi des données sur
la diversité génétique 495
98 Analyse spatiale de la diversité génétique 496
99 Conservation in situ du mouton Norwegian Feral 501
100 Exemples de plans de primes au niveau national 502
101 Un indice de potentiel de développement économique pour cibler les
investissements en conservation in situ 503
102 Programme communautaire de conservation in situ – le cas de la Patagonie 504
103 Changements des systèmes de production conduisant au remplacement de
buffles locaux – le cas du Népal 505
104 Reconstitution de la race bovine indigène Red and White Friesian aux Pays-Bas 510
105 Reconstitution de la race bovine Enderby en Nouvelle-Zélande 511
106 Glossaire: aides à la prise de décision des objectifs 514
107 Allocation optimale des fonds pour la conservation – un exemple lié aux races
de bovins africains 515
108 La chambre-forte mondiale des semences de Svalbard: une collection internationale
de semences dans l’Arctique 518
xvii
Tableaux
xviii
36 Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes aux parasites
internes/vers 110
37 Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes au piétin 111
38 Races de bovins signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes à la leucose 111
39 Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes aux maladies aviaires 112
40 Impact des récentes épidémies 137
41 Exemples de races affectées par le foyer de fièvre aphteuse au Royaume-Uni
en 2001 138
42 Projections des évolutions dans la consommation de viande entre 2000 et 2050 152
43 Projections des évolutions dans la consommation de lait entre 2000 et 2050 153
44 Normes relatives au marché de l’élevage et conséquences pour les petits
producteurs 158
45 Evolution de la production de viande et de lait dans les pays développés et en
développement 167
46 Chiffres et production des systèmes d’élevage dans le monde – moyennes pour
2001-2003 169
47 Les pays en développement avec la production de viande et de lait la plus
élevée (2004) 169
48 Contribution de l’agriculture aux émissions de gaz à effet de serre et à d’autres
émissions 174
49 Nombre estimé de pasteurs dans les différentes régions géographiques 179
50 Terres à potentiel de production agricole non irriguée 185
51 Principales interactions entre agriculture et élevage dans les systèmes mixtes 185
52 Part de la production irriguée par rapport à la production agricole totale dans
les pays en développement 190
53 Sources d’informations (sections des Rapports nationaux) pour les évaluations
au niveau national 205
54 Evaluation des institutions – infrastructures, capacités et participation 208
55 Evaluation des institutions – recherche et connaissance 209
56 Evaluation des institutions – état du développement politique 210
57 Organisations et réseaux jouant, ou pouvant jouer, un rôle important dans
la gestion des ressources zoogénétiques au niveau régional/sous-régional 213
58 Evaluation des institutions au niveau de pays 225
59 Liste des organisations internationales et rapports concernant leurs activités 232
60 Pays accordant la priorité aux activités de sélection (par espèce) 235
61 Activités structurées de sélection pour les principales espèces d’animaux d’élevage 235
62 Stratégies et instruments utilisés dans la sélection des bovins 236
63 Formation, recherche et organisations de producteurs au sein des politiques
actuelles 238
64 Participation des acteurs au développement des ressources zoogénétiques 240
65 Nombre de pays signalant l’usage de l’insémination artificielle 242
66 Importance des espèces et des races localement adaptées par rapport aux races
exotiques au sein des politiques actuelles 242
67 Liste des pays sous-échantillons ayant fourni les informations aux tableaux
prédéfinis 256
68 Stratégies et instruments utilisés pour la sélection des moutons 257
xix
69 Stratégies et instruments utilisés pour la sélection des chèvres 257
70 Stratégies et instruments utilisés pour la sélection des porcs 258
71 Stratégies et instruments utilisés pour la sélection des poules 259
72 Pays indiquant des activités structurées de sélection pour les espèces mineures 259
73 Engagement des acteurs aux activités structurées de sélection 260
74 Engagement des acteurs aux activités structurées de sélection pour les moutons 260
75 Engagement des acteurs aux activités structurées de sélection pour les chèvres 261
76 Engagement des acteurs aux activités structurées de sélection pour les porcs 261
77 Nombre de pays avec des programmes de conservation 265
78 Activités de conservation au niveau mondial 269
79 Activités de conservation en Afrique 272
80 Activités de conservation en Asie 274
81 Activités de conservation en Europe et Caucase 277
82 Activités de conservation en Amérique latine et Caraïbes 278
83 Activités de conservation au Proche et Moyen-Orient 279
84 Activités de conservation en Amérique du Nord 280
85 Activités de conservation au Pacifique Sud-Ouest 281
86 Utilisation des biotechnologies, par région 287
87 Utilisation de biotechnologies, par espèce 288
88 Instruments visant à soutenir les systèmes de production de l’élevage 342
89 Instruments dans le domaine de la conservation 344
90 Instruments dans le domaine de l’amélioration génétique 346
91 Instruments des institutions actives dans le domaine de l’amélioration génétique 351
92 Instruments dans le domaine de l’établissement de normes 351
93 Instruments visant à promouvoir le commerce des produits de l’élevage 356
94 Réglementations sur les importations et les exportations de matériel génétique 356
95 Réglementations sur les mouvements des animaux d’élevage et les importations
et exportations d’animaux vivants et de produits de l’élevage 359
96 Réglementations dans le domaine de la santé animale 360
97 Informations sur les espèces de mammifères enregistrées dans la Banque de
données mondiale des ressources zoogénétiques 383
98 Informations sur les espèces aviaires enregistrées dans la Banque de données
mondiale des ressources zoogénétiques 384
99 Objectifs de sélection pour les ruminants 436
100 Objectifs de sélection pour les porcs 441
101 Objectifs de sélection pour les volailles 442
102 Vue d’ensemble des méthodologies d’évaluation 473
103 Avantages et coûts de la conservation selon différentes méthodologies d’évaluation
– le cas du porc Box Keken (Yucatan, Mexique) 476
104 Comparaisons des facteurs biologiques, opérationnels et institutionnels
influençant la conservation des ressources phytogénétiques et zoogénétiques 493
105 Etat actuel des techniques de cryoconservation par espèce 509
xx
Figures
xxi
36 Nombre de catastrophes par type et par an 129
37 Changements de la consommation de viande dans les pays en développement
et développés 151
38 Distribution des systèmes de production d’élevage 166
39 Comparaison entre la production de viande des ruminants et la production de
viande des monogastriques dans les pays en développement et développés 168
40 Changements dans la quantité des céréales utilisées comme aliments pour
les animaux (1992-1994 et 2020) 170
41 Changements de la taille des exploitations de porcs au Brésil (de 1985 à 1996) 172
42 Estimation des contributions des animaux d’élevage au phosphate total sur les
terres agricoles dans des zones ayant un bilan des masses de phosphate de plus
de 10 kg par hectare, dans les pays asiatiques sélectionnés (de 1998 à 2000) 175
43 Etat des institutions – comparaison régionale 212
44 Etat des institutions – comparaison sous-régionale pour l’Afrique 223
45 Etat des institutions – comparaison sous-régionale pour l’Asie 223
46 Etat des institutions – comparaison sous-régionale pour l’Amérique latine et
Caraïbes 224
47 Information nécessaire pour l’établissement des stratégies de gestion 380
48 Structure de l’industrie avicole 426
Remerciements
C
e rapport n’aurait pu être préparé sans l’aide de nombreuses personnes qui ont
généreusement offert leur temps, leur énergie et leurs connaissances. La FAO
profite de l’occasion pour les remercier de leurs contributions.
Les informations principales de L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation
et l’agriculture dans le monde ayant été fournies par les 169 gouvernements, qui ont
présenté les Rapports nationaux, le premier et le plus vif remerciement est donc adressé aux
gouvernements et à tous les intervenants de chaque pays qui ont pris part à la préparation
de ces rapports, en particulier aux Coordonnateurs nationaux pour la Gestion des ressources
zoogénétiques et aux Comités consultatifs nationaux. L’élaboration des matériaux pour
les ateliers de formation, la préparation et l’analyse des Rapports nationaux, les ateliers
de suivi et les différentes consultations internationales, régionales et nationales ont été
pris en charge par l’équipe suivante: Daniel Benitez-Ojeda, Harvey D. Blackburn, Arthur
da Silva Mariante, Mamadou Diop, M’Naouer Djemali, Anton Ellenbroek, Erling Fimland,
Salah Galal, Andreas Georgoudis, Peter Gulliver, Sipke-Joost Hiemstra, Yusup Ibragimov,
Jarmo Juga, Ali Kamali, Sergeij Kharitonov, Richard Laing, Birgitta Malmfors, Moketal Joel
Mamabolo, Peter Manueli, Elzbieta Martyniuk, Carlos Mezzadra, Rafael Morales, Ruben
Mosi, Siboniso Moyo, David R. Notter, Rafael Núñez-Domínguez, Dominique Planchenault,
Geoffrey Pollott, Adrien Raymond, Peter Saville, Hermann Schulte-Coerne, Louise
Setshwaelo, Paul Souvenir Zafindrajaona, David Steane, Arunas Svitojus, Lutfi Tahtacioglu,
Vijay Taneja, Frank Vigh-Larsen, Hans-Gerhard Wagner, Mateusz Wieczorek, Hongjie Yang
et Milan Zjalic. Un accord entre la FAO et l’AMZ (Association mondiale de zootechnie) a
permis d’aider les pays en voie de développement dans la préparation des rapports. Cette
importante contribution au processus de préparation des rapports n’aurait pas pu se faire
sans la coordination et le travail de Jean Boyazoglu et de ses collègues de l’AMZ.
L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
a été préparé et coordonné par Barbara Rischkowsky, avec l’assistance de Dafydd Pilling.
La préparation a été facilitée et soutenue par le Chef de service de la production animale,
Irene Hoffmann, et les spécialistes, actuels et précédents, du Groupe des ressources
zoogénétiques: Badi Besbes, David Boerma, Ricardo Cardellino, Mitsuhiro Inamura, Pal
Hajas, Keith Hammond, Manuel Luque Cuesta, Beate Scherf, Kim-Anh Tempelman et Olaf
Thieme. Le soutien administratif et le travail de secrétariat ont été fournis par Carmen
Hopmans et Kafia Fassi-Fihri. La finalisation, la présentation et l’impression ont été
contrôlées par Beate Scherf.
Les sections du Rapport ont été préparées et révisées par les experts ou les équipes
d’experts qui seront remerciés à chaque section, pour avoir offert leur temps, leur
énergie et leur expertise à l’écriture du Rapport ainsi qu’à sa révision et sa correction. Ces
remerciements seront également utiles aux lecteurs intéressés à identifier les «personnes
ressources» selon les thèmes. On peut également trouver une liste en ordre alphabétique
des auteurs et des réviseurs dans le CD-ROM annexe.
Les études de cas ont été préparées par: Camillus O. Ahuya, Tony Bennett, Ismaïl
Boujenane, Achilles Costales, Erling Fimland, Cary Fowler, John Gibson, Alexander Kahi,
John M. King, Saverio Krätli, Maria Rosa Lanari, Ute Lemke, Thomas Loquang, Manuel
Luque Cuesta, Paolo Ajmone Marsan, André Markemann, Marnie Mellencamp, Okeyo
Mwai, Kor Oldenbroek, John Bryn Owen, Vicente Rodríguez-Estévez, Hans Schiere,
Marianna Siegmund-Schulze, Henner Simianer, David Steane, Angelika Stemmer, Kim-Anh
Tempelman, Hongjie Yang et Anne Valle Zárate.
xxiii
Le matériel supplémentaire pour la préparation des cadres a été fourni par Brian Donahoe,
Morgan Keay, Juhani Mäki-Hokkonen, Kirk Olson et Dan Plumley.
La saisie des données dans la Banque de données mondiale a été effectuée par Ellen
Geerlings et Lucy Wigboldus. L’analyse de la Banque de données mondiale a été effectuée
par Mateusz Wieczorek, Alberto Montironi, Justyna Dybowska, Kerstin Zander et Beate
Scherf. Toutes les cartes (sauf autre spécification) ont été préparées par Thierry Lassueur
avec le soutien de Tim Robinson et de Pius Chilonda.
Les études thématiques ont été coordonnées par Beate Scherf et Irene Hoffmann et ont
été préparées par: Erika Alandia Robles, Simon Anderson, Kassahun Awgichew, Roswitha
Baumung, P.N. Bhat, Stephen Bishop, Kwame Boa-Amponsem, Ricardo Cardellino, Arthur
da Silva Mariante, Mart de Jong, Adam G. Drucker, Christian Gall, Michael Goe, Elisha
Gootwine, Douglas Gray, Claire Heffernan, Sipke-Joost Hiemstra, Sabine Homann, Christian
G. Hülsebusch, Le Thi Thanh Huyen, Antonella Ingrassia, Ute Lemke, Nils Louwaars, Daniele
Manzella, Jacobus Hendrik Maritz, Elzbieta Martyniuk, Marcus Mergenthaler, Klaus Meyn,
Giulietta Minozzi, H. Momm, Katinka Musavaya, David R. Notter, Kor Oldenbroek, Marta
Pardo Leal, Roswitha Roessler, Cornelia Schäfer, Kim-Anh Tempelman, Morton W. Tvedt et
Anne Valle Zárate.
Les fiches d’information régionales et sous-régionales présentes dans le CD-ROM annexe
ont été préparées par Marieke Reuver, Marion De Vries, Harvey Blackburn, Campbell
Davidson, Salah Galal, Ellen Geerlings et Sipke-Joost Hiemstra. Les priorités régionales et
sous-régionales ont été établies par Milan Zjalic et par les Coordonnateurs nationaux pour
la Gestion des ressources zoogénétiques de la région Europe et Caucase.
Le graphisme et la mise en page ont été faits par Omar Bobol et Daniela Scicchigno. La
traduction en français du document original anglais a été effectuée par Elena Mazza. Badi
Besbes, Pierre Gerber et Jean-Pierre Brillard ont participé à la relecture du texte traduit.
La préparation d’une liste de tous les intervenants par nom n’est pas chose facile et
l’on risque d’oublier quelqu’un. Nous présentons nos excuses à quiconque aurait fourni
de l’assistance et dont le nom a été, par inattention, oublié. Tous les auteurs du Rapport
sont responsables des erreurs ou omissions. Aucune personne particulière ayant porté une
contribution ne devrait être considérée responsable de ces défauts. A cet égard, la FAO
apprécierait d’éventuelles corrections.
xxiv
Partie / Section Auteurs Relecteurs
Législation et réglementation
Cadres légaux internationaux – principaux Dafydd Pilling puisant de l’étude Clive Stannard,
instruments législative de la Fao n° 89 Niels Louwaars
Cadres réglementaires au niveau régional Dafydd Pilling puisant de l’étude Sipke-Joost Hiemstra,
législative de la Fao n° 89 Danielle Manzella,
Hermann Schulte-Coerne,
Kai-Uwe Sprenger
Législation et politiques nationales Susette Biber-Klemm
avec Cari Rincker
xxv
Partie / Section Auteurs Relecteurs
xxvi
Préface
L
a biodiversité dans l’agriculture est le produit de milliers d’années d’activité au cours
desquelles l’homme a cherché à satisfaire ses besoins dans des conditions climatiques
et écologiques très différentes. Les animaux d’élevage ont représenté un élément
essentiel des systèmes de production agricole, particulièrement important dans des
environnements défavorables où les cultures sont difficiles sinon impossibles.
La capacité des écosystèmes agricoles pour maintenir, accroître leur productivité et
s’adapter aux circonstances changeantes revêt une importance vitale pour la sécurité
alimentaire de la population mondiale. Pour les éleveurs, la diversité zoogénétique
représente une ressource où puiser pour sélectionner les animaux et développer de
nouvelles races. De façon plus ample, les populations d’animaux d’élevage génétiquement
différents permettent à la société d’avoir une plus vaste gamme d’options pour satisfaire
les défis des années futures.
Depuis les années 60, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
(FAO) a offert son assistance aux pays afin de caractériser leurs ressources zoogénétiques pour
l’alimentation et l’agriculture et pour développer des stratégies de conservation. En 1990,
le Conseil de la FAO a recommandé l’élaboration d’un programme global pour la gestion
durable des ressources zoogénétiques au niveau mondial. Lors d’une réunion d’experts en
1992 et des sessions ultérieures des organes directeurs de la FAO, une nouvelle impulsion
a favorisé la création de la Stratégie mondiale pour la gestion des ressources génétiques
des animaux d’élevage, lancée en 1993. La Division de la production et de la santé animales
de la FAO a été désignée comme le Centre de coordination mondiale pour les ressources
zoogénétiques et a eu la responsabilité de coordonner les développements ultérieurs de
la Stratégie mondiale. En 1995, la vingt-huitième session de la Conférence de la FAO a pris
la décision d’élargir le mandat de la Commission des ressources phytogénétiques jusqu’à
couvrir tous les aspects de l’agrobiodiversité relatifs à l’alimentation et à l’agriculture; la
Commission, établie en 1983, a été le premier forum intergouvernemental permanent
en matière de ressources génétiques de l’agriculture. Le travail relatif aux ressources
zoogénétiques a été le premier élément de ce rôle élargi. La Commission a été renommée
Commission des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture (CRGAA).
L’agenda international
L’engagement de la FAO à sauvegarder la biodiversité de l’agriculture est cohérent avec la
présence de plus en plus importante de la biodiversité dans l’agenda de la communauté
internationale. Cette évolution est le résultat de la reconnaissance que les menaces qui
pèsent sur la biodiversité sont en hausse, qu’elles soient mesurées en termes d’extinction
des races, de destruction des écosystèmes et des habitats naturels ou de la perte de la
diversité génétique parmi les races utilisées dans l’agriculture. En 1992, la Conférence des
Nations Unies sur l’environnement et le développement (Sommet de la planète Terre) de
Rio de Janeiro a représenté un important point de repère. La Convention sur la diversité
biologique (CDB), signée à Rio par 150 gouvernements, engageait les nations du monde
entier à conserver leur biodiversité, à garantir son utilisation durable et à partager les
avantages provenant de son utilisation de façon équitable. En 1995, 188 pays faisaient
partie de la CDB. La Conférence des Parties de la CDB (l’organe directeur de la Convention)
a reconnu de façon spécifique la nature particulière de la biodiversité agricole et le besoin
de solutions spéciales dans ce secteur (voir, par exemple, la décision V/5, approuvée lors de
la cinquième réunion de la Conférence des Parties, en l’an 2000).
xxvii
L’Action 21, adoptée par 179 gouvernements lors du Sommet de la planète Terre de Rio
en 1992, est un plan d’action qui doit être entrepris au niveau mondial, national et local
par les gouvernements, par les organisations du système des Nations Unies et par les autres
acteurs impliqués afin d’aborder tous les aspects de l’impact humain sur l’environnement.
Le chapitre 14 de l’Action «Promotion d’un développement agricole et rural durable»
se concentre sur la question liée à l’accroissement de la production alimentaire et à
l’amélioration de la sécurité alimentaire de façon durable. Il inclut également les domaines
d’activités de la conservation et du développement des ressources zoogénétiques.
La menace sur la sécurité alimentaire que constitue la perte de la biodiversité a été
incluse dans le Plan d’action adopté au Sommet mondial de l’alimentation de Rome en
1996. A l’objectif 3.2(f) de la Déclaration de Rome, les gouvernements du monde entier
affirment qu’ils «encourageront la conservation et l’utilisation durable des ressources
zoogénétiques».
Les objectifs du Millénaire pour le développement, adoptés par les Nations Unies en
l’an 2000, représentent un autre énorme défi pour la communauté internationale. Les
effets négatifs de la perte de biodiversité observés sur les progrès visant à atteindre ces
objectifs sont une cause de soucis (PNUD, 2002)1. En plus de soutenir la sécurité alimentaire,
la diversité biologique est la base de nombreuses activités économiques et est cruciale pour
le fonctionnement des écosystèmes. La diminution de la biodiversité tend à être associée aux
chocs et aux fluctuations plus graves des écosystèmes et les pauvres sont normalement les
plus vulnérables à ces effets. De nombreuses populations pauvres dépendent étroitement des
ressources naturelles pour gagner leur vie et possèdent souvent une profonde connaissance
des plantes et des animaux qu’elles utilisent. Cette connaissance pourrait représenter une
source de revenu pour les pauvres, si elle conduisait à l’élaboration et à la commercialisation
de produits biologiques uniques. En réalité, les bénéfices de ces développements pour les
pauvres sont souvent limités, ce qui souligne le besoin non seulement de la conservation de
la biodiversité, mais également de cadres équitables pour son utilisation.
Dans le cadre international de la gestion et de la conservation de la diversité biologique,
le travail de la CRGAA se concentre sur les caractéristiques et les problèmes particuliers
associés à la gestion de l’agrobiodiversité et sur le besoin de trouver des solutions spécifiques
pour ce secteur.
1
PNUD. 2002. Building on hidden opportunities to achieve the Millenium Development Goals. Poverty reduction through
sustainable biodiversity use, par I. Koziell & C.I. McNeill. New York.
xxviii
Le processus préparatoire
E
n 1999, la CRGAA, lors de sa huitième session ordinaire, a accepté que la FAO
coordonne la préparation d’un rapport conduit par les pays sur L’état des ressources
zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde2. En 2004, le
Groupe de travail technique intergouvernemental (ITWG) sur les ressources zoogénétiques
pour l’alimentation et l’agriculture – un organe subsidiaire créé par la Commission afin
de s’occuper des questions liées à la conservation et à l’utilisation durable des ressources
zoogénétiques – a évalué les progrès dans la préparation de L’état des ressources
zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde et a approuvé les grandes
lignes directrices, incluant un Rapport sur les priorités stratégiques. La CRGAA a ensuite
approuvé ces grandes lignes lors de sa dixième session ordinaire. Les temps concordés pour
la préparation de L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture
dans le monde ont été ainsi répartis: un projet de rapport aurait été disponible pour la
révision de la part de la CRGAA lors de sa onzième session ordinaire en 2007, ensuite le
Rapport aurait été finalisé lors de la première Conférence technique internationale sur les
ressources zoogénétiques.
La première ébauche du Rapport a été préparée pour la quatrième session du Groupe de
travail technique intergouvernemental sur les ressources zoogénétiques, en décembre 2006.
Le Groupe de travail a demandé du temps supplémentaire pour réviser le Rapport. Il a
été décidé que les membres du Groupe de travail fourniraient des commentaires relatifs à
l’ébauche avant le 31 janvier 2007, pour faire en sorte que la FAO ait le temps d’apporter les
changements éventuellement nécessaires avant la présentation du Rapport à la CRGAA, lors
de sa onzième session ordinaire. Le Groupe de travail a, en outre, décidé que le processus
de révision devrait être ouvert à tous les pays membres de la Commission. La FAO a donc
invité tous les pays membres de la CRGAA à présenter leurs commentaires dans les délais
concordés.
Rapports nationaux
Afin de garantir un processus impulsé par les pays, au mois de mars 2001, la FAO a invité 188
pays à présenter des Rapports nationaux évaluant leurs ressources zoogénétiques. Les lignes
directrices, qui incluaient également une proposition de structure, pour la préparation
des Rapports nationaux ont été développées. Entre juillet 2001 et novembre 2004, des
ateliers régionaux de formation et de suivi ont été organisés. Les objectifs généraux des
Rapports nationaux étaient d’analyser et de signaler l’état des ressources zoogénétiques,
les conditions et les évolutions de ces ressources, et leur contribution actuelle et potentielle
à l’alimentation, à l’agriculture et au développement rural; d’évaluer l’état des capacités
2
Le terme «ressources zoogénétiques» utilisé dans tout le Rapport est une abréviation de ressources zoogénétiques
pour l’alimentation et l’agriculture et il exclut les poissons.
xxix
des pays à gérer les ressources zoogénétiques afin de déterminer les priorités pour un
renforcement des capacités à l’avenir; et d’identifier les priorités nationales dans le secteur
de la conservation et de l’utilisation durable des ressources zoogénétiques, et les exigences
relatives en matière de coopération internationale. Les premiers Rapports nationaux ont
été reçus au cours de la deuxième partie de 2002, tandis que la plupart ont été présentés
en 2003 et 2004. Le dernier Rapport national a été présenté en octobre 2005, pour un total
de 169 Rapports nationaux (tableaux 1 et 2).
Le fait que la présentation des Rapports nationaux se soit étalée au cours de plusieurs
années a signifié que, tandis que le processus préparatoire de l’état des ressources
zoogénétiques progressait, d’autres informations supplémentaires étaient disponibles
pour l’analyse. Pour cette raison, il faudrait noter que les derniers Rapports nationaux reçus
n’ont pas pu être inclus de façon complète dans le processus d’analyse et de préparation
du Rapport. La longueur du processus préparatoire signifie également que les informations
présentées dans l’état des ressources zoogénétiques dans le monde ne reflètent pas
forcément les dernières évolutions dans l’état des institutions et des capacités nationales.
Tableau 1
Aperçu régional des Rapports nationaux
Région3 RAPPORTS NATIONAUX
Présentés Total
Final Provisoire
Afrique 45 4 49
Amérique du Nord 2 0 2
Amérique latine et Caraïbes 21 9 30
Asie 22 4 26
Europe et Caucase 38 3 41
Pacifique Sud-Ouest 9 3 12
Proche et Moyen-Orient 6 3 9
Total 143 26 169
3
A noter que ces régions ne correspondent pas aux régions FAO ordinaires, voir ci-après pour de plus amples
explications.
xxx
Tableau 2
Rapports nationaux reçus
Région Pays
Afrique (49) Afrique du Sud, Algérie, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso,
Burundi, Cameroun, Cap-Vert, Comores, Congo, Côte d’Ivoire,
Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-
Bissau, Guinée équatoriale, Kenya, Lesotho, Madagascar, Malawi, Mali,
Maroc, Maurice, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Nigéria,
Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du
Congo, République-Unie de Tanzanie, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe,
Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Somalie, Swaziland, Tchad, Togo,
Tunisie, Zambie, Zimbabwe
Asie (26) Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Chine, Inde, Indonésie,
Iran (République islamique d’), Japon, Kazakhstan, Kirghizistan,
Malaisie, Maldives, Mongolie, Myanmar, Népal, Ouzbékistan,
Pakistan, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Philippines, République de
Corée, République démocratique populaire lao, Sri Lanka, Tadjikistan,
Turkménistan, Viet Nam
Europe et Caucase (41) Albanie, Allemagne, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Bélarus,
Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark,
Espagne, Estonie, ex-République yougoslave de Macédoine,
Fédération de Russie, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Hongrie,
Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Lituanie, Moldova, Pays-Bas,
Norvège, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Serbie
et Monténégro4, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine,
Royaume-Uni
Amérique latine et Caraïbes (30) Antigua-et-Barbuda, Argentine, Barbade, Bolivie, Brésil, Chili,
Colombie, Costa Rica, Cuba, Dominique, Equateur, El Salvador,
Grenade, Guatemala, Guyana, Haïti, Honduras, Jamaïque, Mexique,
Nicaragua, Panama, Paraguay, Pérou, République dominicaine, Saint-
Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Suriname, Trinité-et-Tobago, Uruguay,
Venezuela (République bolivarienne du)
Proche et Moyen-Orient (9) Égypte, Iraq, Jamahiriya arabe libyenne, Jordanie, Liban, Oman,
République arabe syrienne, Soudan, Yémen
Amérique du Nord (2) Canada, Etats-Unis d’Amérique
Pacifique Sud-Ouest (12) Australie, Fidji, Iles Cook, Iles Mariannes du Nord, Iles Salomon,
Kiribati, Nioué, Palaos, Samoa, Tonga, Tuvalu, Vanuatu
Rapports reçus avant le 31 décembre 2005. Tous les Rapports nationaux sont inclus dans le CD-ROM annexe au Rapport.
4
Depuis le mois de juin 2006, la Serbie et le Monténégro sont devenus des Etats indépendants. Dans L’état des
ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde toutefois, ils sont encore considérés comme
un seul pays, de même que dans le Rapport national présenté à la FAO.
xxxi
bases de données sur la documentation et l’information, la santé animale et humaine et
la sécurité alimentaire, ainsi que les opportunités et les propositions d’interaction avec
d’autres organisations et les agences des Nations Unies. Au mois de juin 2006, neuf
organisations avaient présenté leurs rapports (tableau 3). Les rapports reçus provenaient
de quatre organisations non gouvernementales internationales, de trois organisations
intergouvernementales et de deux organisations de recherche. Trois autres organisations
internationales ont communiqué à la FAO qu’elles n’étaient pas engagées dans des activités
liées aux ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture.
Tableau 3
Rapports des organisations internationales
Organisation Titre de la présentation Reçue
Centres GCRAI Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale Mai 2004
(Centres du GCRAI)
Rapport à la FAO pour L’état dans le monde et le projet de rapport
sur les priorités stratégiques pour les ressources génétiques des
animaux d’élevage Section 1: Description des instituts et des
programmes du GCRAI
Fondation Fondation SAVE (Sauvegarde pour l’agriculture des variétés Mai 2004
SAVE d’Europe)
Portrait sommaire Avril 2004
Pays du D8 Rapport sur les ressources zoogénétiques dans les pays du D8 – Juin 2004
Priorités stratégiques, et Rapports
Séminaire du D8 concernant la conservation des ressources
génétiques des animaux d’élevage. Le Caire, Egypte, 11-13 janvier Septembre 2004
2004
Séminaire du D8 concernant la conservation des ressources
génétiques des animaux d’élevage, Islamabad, Pakistan, 1-3 août
2002
Rapport sur l’atelier concernant la sécurité alimentaire dans les pays
du D8, Babolsar, République islamique de l’Iran, 16-20 octobre 2000
Rapport sur l’atelier concernant la sécurité alimentaire dans les pays
du D8, Islamad, Pakistan, 24–26 novembre 1999
LPP Ligue des peuples pasteurs Novembre 2004
Rapport sur les activités de la Ligue des peuples pasteurs
OIE Organisation mondiale de la santé animale (OIE) Novembre 2004
Communication orale à la Commission des ressources génétiques
pour l’alimentation et l’agriculture, dixième session (à utiliser pour
la suite en tant que apport de l’OIE en réponse à la demande de la
FAO AN21/47)
ACSAD Centre arabe pour l’étude des zones arides et des terres sèches Les Décembre 2004
activités du Centre arabe pour l’étude des zones arides et des terres
sèches concernant les ressources zoogénétiques
IAMZ Institut agronomique méditerranéen de Saragosse Janvier 2005
Rapport sur les activités de formation
FEZ Fédération européenne de zootechnie (FEZ) Février 2005
Rapport du Groupe de travail sur les ressources zoogénétiques
ISAG Société internationale de génétique animale Mars 2005
Rapport du Groupe consultatif ISAG/FAO sur la diversité
zoogénétique
Tous les rapports des organisations internationales sont inclus dans le CD-ROM annexe au Rapport.
xxxii
Etudes thématiques
En plus des Rapports nationaux et des rapports des organisations internationales, la FAO
a commandité d’autres études thématiques. Ces études avaient pour but de faciliter
la compréhension de thèmes spécifiques qui n’auraient pas été inclus dans les Rapports
nationaux, mais qui seraient pertinents pour la préparation de L’état des ressources
zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde. Entre 2002 et 2006,
12 études thématiques ont été préparées et sont incluses dans le CD-ROM annexe au
Rapport.
• Possibilités d’incorporer les éléments génétiques dans la gestion des maladies des
animaux d’élevage: questions politiques. Un exposé de synthèse sur le potentiel des
éléments génétiques dans la lutte contre les maladies, les opportunités techniques
et les avantages obtenus par l’incorporation de ces éléments dans la lutte efficace
contre les maladies5 (2002).
• Mesure de la diversité des animaux domestiques – un examen des récentes études
sur la diversité. Une enquête évaluant l’état actuel de la recherche dans le domaine
de la génétique moléculaire des races d’animaux domestiques, avec une attention
particulière en matière de caractérisation des ressources zoogénétiques6 (2004).
• L’économie de la conservation des ressources génétiques des animaux d’élevage
et l’utilisation durable: pourquoi est-elle importante et qu’avons-nous appris?
Une étude sur l’évaluation des ressources zoogénétiques résumant les approches
méthodologiques et les lacunes au niveau des connaissances7 (2004).
• Stratégies de conservation des ressources zoogénétiques. Une étude qui présente
les opportunités, les défis, les caractéristiques biologiques, les infrastructures
institutionnelles et les considérations opérationnelles influençant la gestion des
ressources phyto et zoogénétiques8 (2004).
• Les effets de l’environnement sur les ressources zoogénétiques. Une évaluation et
une synthèse des preuves disponibles sur un spectre de facteurs environnementaux
et leurs effets sur les ressources zoogénétiques, aux niveaux de l’animal et de la
population génétique9 (2004).
• Le cadre légal pour la gestion des ressources zoogénétiques. Une étude introductive
des cadres politiques et légaux pour la gestion des ressources zoogénétiques incluant
une enquête sur les pays des différentes régions du monde10 (2004, version révisée
imprimée en 2005).
• L’impact des catastrophes et des situations d’urgence sur les ressources
zoogénétiques. Une étude qui fournit une vue d’ensemble des catastrophes
potentielles et de l’impact possible sur les ressources zoogénétiques. Elle fournit
également une analyse des effets des interventions d’urgence et propose des lignes
directrices d’aide à la prise de décision pour la gestion des catastrophes11 (2006).
5
Etude de référence no 18
6
Groupe de travail sur les ressources zoogénétiques de la CRGAA-3/04 inf. 3
7
Etude de référence no 21
8
Etude de référence no 22
9
Etude de référence no 28
10
Etude de référence no 24
11
Etude de référence no 32
xxxiii
• L’état de développement des biotechnologies liées à la gestion des ressources
zoogénétiques et leur application potentielle dans les pays en voie de
développement. Une étude introductive des applications des biotechnologies et de
leur utilisation dans les pays en voie de développement, comprenant les informations
fournies par les Rapports nationaux12 (2006).
• Echange, utilisation et conservation des ressources zoogénétiques: options
politiques et réglementaires. Une étude expliquant la façon dont les pratiques
d’échange liées aux ressources zoogénétiques affectent les différents acteurs
impliqués dans le secteur de l’élevage (2006).
• Une approche stratégique pour la conservation et l’utilisation continue des
ressources génétiques des animaux d’élevage. Une étude qui souligne les schémas
de changement dans l’utilisation des ressources zoogénétiques et l’impact sur la
conservation. Elle résume les expériences actuelles et les capacités des mesures de
conservation alternatives, en considérant les besoins et les aspirations des différents
acteurs impliqués dont les moyens d’existence dépendent de la production animale13
(2006).
• Populations et animaux. Eleveurs traditionnels: les gardiens de la diversité des
animaux domestiques. Une documentation de 13 études de cas provenant du
monde entier expliquant les façons dont les communautés gèrent les ressources
zoogénétiques locales, démontrant la valeur des savoirs locaux dans la préservation
de l’équilibre entre les fermiers, les animaux et l’environnement14 (2007).
• Le flux génétique dans les ressources zoogénétiques. Une étude sur l’état,
l’impact et les évolutions. Une étude fournissant l’analyse de l’étendue et de la
direction des mouvements du matériel génétique des quatre principales espèces
d’animaux d’élevage: bovins, porcs, chèvres et moutons. Dans l’étude, on identifie
et sélectionne les facteurs déterminants, et l’on présente des exemples d’impacts sur
le développement économique, sur la réduction de la pauvreté et sur la biodiversité
dans les pays en voie de développement (2007).
Préparation du rapport
Sources d’information
Les sections de L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture
dans le monde ont exigé des approches différentes. Certaines sections ont été largement
fondées sur l’information fournie par les 148 Rapports nationaux disponibles à partir du
mois de juin 2005. D’autres sections ont puisé essentiellement dans la littérature au sens
large ou dans la connaissance des experts plutôt que dans les informations recueillies de
manière spécifique pour le Rapport. Les bases de données statistiques de la FAO, comme le
Système d’information sur la diversité des animaux domestiques (DAD-IS)15 et le FAOSTAT16,
ont également été utilisées. Des consultations régionales par courrier électronique,
organisées par la FAO à la fin de 2005 afin de réviser l’ébauche du rapport sur les priorités
12
Etude de référence no 33
13
Groupe de travail sur les ressources zoogénétiques de la CGRAA 4/06/Inf.6
14
Groupe de travail interdépartemental de la FAO sur la diversité biologique pour l’alimentation et l’agriculture.
15
[Link]
16
[Link]
xxxiv
stratégiques, ont fourni une source supplémentaire d’information, surtout en matière de
capacités institutionnelles.
La première partie décrit l’état de la biodiversité de l’agriculture dans le secteur de l’élevage.
Le chapitre se base sur différentes sources. La description de l’inventaire des ressources
zoogénétiques et de l’amplitude de l’érosion génétique se base sur les informations obtenues
de DAD-IS. Ce système d’information, lancé en 1996, permet aux Coordonnateurs nationaux
pour la gestion des ressources zoogénétiques de mettre à jour leur base de données nationale
par Internet. Les lignes directrices pour l’élaboration des Rapports nationaux encourageaient
les pays à soumettre les données et les informations relatives aux races directement dans
DAD-IS sans inclure les détails des races dans les Rapports nationaux. Cependant, ces derniers
contenaient une quantité considérable d’information relative aux races qui n’avait pas été
rapportée dans DAD-IS. Par conséquent, et afin d’assurer que l’analyse pour la préparation
de L’état des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
soit fondée sur les renseignements disponibles le plus à jour possible, la FAO a organisé
l’extraction des données des Rapports nationaux pour les intégrer dans DAD-IS. Ensuite,
la FAO a demandé aux Coordonnateurs nationaux de valider et de compléter leurs bases
de données nationales sur les races. Il a été également considéré souhaitable de faire en
sorte que l’analyse pour le Rapport soit fondée non seulement sur les populations raciales
nationales, mais aussi sur les races; c’est-à-dire que les populations de la même race dans
différents pays n’ont pas été considérées comme races distinctes. A cette fin, des liens ont
été créés dans la Banque de données mondiale entre les populations raciales des différents
pays, sur la base des informations concernant les noms, les origines et le développement, les
importations et leur localisation géographique. Les listes de toutes les populations raciales et
les liens proposés ont été envoyés aux Coordonnateurs nationaux pour examen. L’analyse des
données a été effectuée en janvier 2006 et, en ce moment-là, les données soumises par les 169
Rapports nationaux avaient déjà été saisies dans le système.
La section relative aux utilisations et aux valeurs des ressources zoogénétiques est
fondée sur FAOSTAT en ce qui concerne les statistiques relatives à la population et à la
production, et sur les Rapports nationaux pour ce qui est des renseignements plus qualitatifs
concernant les fonctions de l’élevage. La section sur la résistance génétique aux maladies
se base sur DAD-IS et sur la littérature scientifique au sens large. Des sources plus générales
ont été également utilisées pour décrire les origines et la domestication des ressources
zoogénétiques, le partage et l’échange des ressources et les menaces qui les concernent.
La deuxième partie décrit les évolutions du secteur de l’élevage et les implications pour les
ressources zoogénétiques et se base sur une vaste gamme de littérature et de statistiques.
La troisième partie couvre l’état des capacités humaines, des stratégies de sélection et
de conservation, des cadres légaux et de l’utilisation des biotechnologies. Cette partie du
Rapport se base principalement sur les informations des Rapports nationaux. Cependant, les
sections concernant les cadres légaux régionaux et internationaux et les questions légales
et politiques émergentes se basent sur des sources plus amples.
La quatrième partie sur l’état de l’art de la gestion des ressources zoogénétiques se base
en grande partie sur une littérature scientifique au sens large. Pour la préparation de la
section concernant l’état de l’art de la conservation des ressources zoogénétiques, la FAO
a organisé une réunion d’experts à Rome, au mois de juillet 2005. Les participants ont
discuté l’approche et ont distribué des tâches de rédaction. La première ébauche a été
révisée par tous les membres du groupe de rédaction en octobre 2005. En novembre 2005,
xxxv
l’atelier «Options et stratégies pour la conservation des ressources génétiques des animaux
d’élevage» a été organisé à Montpellier, en France. Les participants à cet atelier ont eu la
possibilité de revoir la version déjà révisée de la section concernant la conservation.
La cinquième partie analyse les besoins et les défis pour la gestion des ressources
zoogénétiques en reprenant les thèmes des autres parties du Rapport. Cette analyse
présente l’état actuel de l’érosion et des menaces concernant les ressources zoogénétiques
par rapport aux capacités actuelles de la gestion des ressources zoogénétiques et l’état de
la connaissance sur les méthodologies et leur application.
Figure 1
Attribution des pays aux régions et sous-régions dans le Rapport
xxxvi
Résumé d’orientation
xxxvii
en plus basée sur un nombre limité de races à haute production – celles qui génèrent le
plus de profit dans les systèmes de production industrielle. Le processus d’intensification
est le fruit de la demande croissante de produits d’origine animale et a été facilité par
l’aisance avec laquelle le matériel génétique, les technologies de production et les intrants
peuvent aujourd’hui être échangés de par le monde. L’intensification et l’industrialisation
ont contribué à accroître la production du secteur de l’élevage et à nourrir la population
humaine croissante. Cependant, des mesures politiques sont nécessaires pour minimiser
la perte potentielle des biens publics globaux matérialisés par la diversité des ressources
zoogénétiques.
Des menaces aiguës comme les principales maladies épidémiques et catastrophes
de différentes origines (sécheresses, inondations, conflits armés, etc.) sont également
préoccupantes – en particulier dans le cas de petites populations de races très localisées. Les
menaces de ce type ne peuvent pas être éliminées, mais leur impact peut être atténué. La
planification est essentielle dans ce contexte parce que les actions prises dans une situation
d’urgence sont généralement bien moins efficaces. Pour la réalisation de tels plans, et plus
généralement pour la gestion durable des ressources génétiques, il est essentiel de mieux
connaître les races qui possèdent les caractéristiques justifiant leur conservation prioritaire,
ainsi que leur distribution géographique et leur système de production.
Les politiques et les cadres légaux qui influencent le secteur de l’élevage ne sont pas
toujours favorables à l’utilisation durable des ressources zoogénétiques. Des financements
manifestes ou cachés des gouvernements ont souvent encouragé le développement de la
production à grande échelle aux dépens des systèmes de petits producteurs qui utilisent les
ressources génétiques locales. Les actions de développement et les stratégies de lutte contre
les maladies peuvent également constituer une menace pour la diversité génétique. Les
programmes de développement et de réhabilitation, consécutifs aux catastrophes, des
animaux d’élevage devraient évaluer leurs impacts potentiels sur la diversité génétique et
s’assurer que les races utilisées soient appropriées à l’environnement de production local et
aux besoins des bénéficiaires ciblés. Les programmes de contrôle des maladies mis en place
suite aux épizooties doivent comprendre des mesures pour protéger les races rares; une
révision de la législation peut être nécessaire.
Quand l’évolution des systèmes d’élevage menace l’utilisation courante de ressources
génétiques potentiellement intéressantes, ou pour se protéger contre des pertes
désastreuses soudaines, il faut mettre sur pied des mesures de conservation des races. Les
options de conservation in vivo ont recours à des fermes de conservation ou à des régions
protégées, et à des paiements ou à d’autres mesures de soutien destinées aux détenteurs de
races rares dans leurs environnements de production. La conservation in vitro du matériel
génétique dans l’azote liquide peut fournir un complément bénéfique aux approches in
vivo. Quand c’est faisable, encourager l’émergence de nouveaux schémas d’utilisation
durable doit être un objectif. En particulier dans les pays développés, des marchés de niche
pour les produits spécialisés et l’utilisation d’animaux pâturant pour la gestion de la nature
et du paysage sont de réelles opportunités. Des programmes d’amélioration génétique
bien planifiés seront souvent essentiels si les races locales doivent rester une option viable
pour leurs éleveurs.
La mise en place de stratégies appropriées pour les systèmes de production à faibles
intrants des régions en voie de développement est un grand défi. Les pasteurs et les petits
producteurs sont les gardiens de la plus grande partie de la diversité des animaux d’élevage
xxxviii
dans le monde. Leur capacité à continuer ce rôle peut nécessiter un soutien – par exemple
en assurant un accès suffisant aux terres de pâture. En même temps, il est essentiel que des
mesures de conservation ne limitent pas le développement de systèmes de production ou
de possibilités d’existence. Un petit nombre de programmes de conservation et de sélection,
basés sur la communauté, ont commencé à porter leurs fruits. Cette approche doit être
développée davantage.
La gestion efficace de la diversité génétique animale exige des ressources – y compris
du personnel qualifié et des équipements techniques adéquats. Des structures solides
(par exemple pour l’enregistrement des données et l’évaluation génétique) et une
grande implication des acteurs (particulièrement les sélectionneurs et les éleveurs) dans
la planification et la prise de décisions sont également essentiels. Cependant, à travers
la plupart des régions en voie de développement, ces pré-requis font défaut. Quarante-
huit pour cent des pays dans le monde ne rapportent aucun programme national de
conservation in vivo et 63 pour cent déclarent qu’ils n’ont aucun programme in vitro. De
manière similaire, des programmes structurés de sélection sont absents ou inefficaces dans
de nombreux pays.
A l’heure du changement rapide et de la privatisation accrue, une planification nationale
est nécessaire pour assurer une disponibilité à long terme du patrimoine commun. Les
politiques de développement dans le secteur de l’élevage devraient soutenir des objectifs
équitables pour les populations rurales, de manière à ce qu’elles soient capables de
construire, de manière durable, la capacité de production nécessaire pour améliorer leur
existence et fournir des biens et services demandés par la société. La gestion des ressources
zoogénétiques doit être équilibrée avec d’autres objectifs liés au développement du monde
rural et de l’agriculture. Une attention particulière doit être portée aux rôles, fonctions et
valeurs des races locales, et à la manière avec laquelle elles peuvent contribuer aux objectifs
de développement.
Les pays et régions du monde sont interdépendants face à l’utilisation des ressources
zoogénétiques, comme en témoignent les flux génétiques passés et la distribution actuelle
des animaux d’élevage. Dans le futur, les ressources génétiques, quelle que soit leur
provenance, pourraient être vitales pour les sélectionneurs et les éleveurs du monde entier.
Il est nécessaire que la communauté internationale accepte la responsabilité de la gestion de
ces ressources partagées. Un soutien aux pays en voie de développement et aux pays dont
l’économie est en transition, pour caractériser, conserver et utiliser leurs races d’élevage est
nécessaire. Un large accès aux ressources zoogénétiques – pour les fermiers, les bergers, les
sélectionneurs et les chercheurs – est essentiel pour l’utilisation durable et le développement.
La planification d’un large accès et du partage équitable des bénéfices issus de l’utilisation
des ressources zoogénétiques doit être mise en place à la fois au niveau international et
national. Il est important que les caractéristiques distinctes de la biodiversité de l’agriculture
– créée largement par l’intervention de l’homme et exigeant une gestion humaine active et
continue – soient prises en compte par de tels programmes. La coopération internationale,
ainsi que l’intégration plus efficace de la gestion des ressources zoogénétiques dans tous les
aspects du développement de l’élevage, aideront à assurer que la richesse mondiale de la
diversité des animaux d’élevage soit utilisée correctement, développée pour l’alimentation
et l’agriculture, et reste disponible pour les générations à venir.
xxxix
Partie 1
L’État de
la biodiversité de
l’agriculture dans
le secteur de
l’élevage
Partie 1
Introduction
1
La notion de la race est fondamentale pour la description de la diversité dans l’élevage (voir la partie 4 – section A
pour de plus amples détails sur la définition du terme «race»).
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Section A
Origines et histoire de
la diversité des animaux
d’élevage
1 Introduction
Figure 2
Carte archéologique des habitats agricoles et de l’extension des cultures néolithiques/formatives, et
datations approximatives au radiocarbone
Croissant fertile
11000 AP
5
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
circonstances évolutives. Comme il a été mis en régions, devint moins prévisible, plus chaud et/
évidence par de récentes études moléculaires, la ou plus saisonnier ont donné lieu à l’expansion
diversité observée au sein des populations et des des populations humaines. Ces développements
races indigènes est amplement supérieure à celle ont déclenché la montée de l’agriculture et
observée au sein des équivalents commerciaux. affecté la distribution et la densité des espèces
L’éclaircissement des origines et de la distribution sauvages chassées pour s’assurer la nourriture.
de la diversité des animaux d’élevage est essentiel Dans ces circonstances, le moteur principal de la
pour leur utilisation actuelle et leur conservation domestication des animaux aurait pu être le désir
à long terme (Hanotte et al., 2006). de s’assurer la disponibilité des aliments «préférés»
– et potentiellement le fait, réalisé plus tard,
que quelques espèces domestiquées auraient pu
2 Le processus de domestication des servir de soutien à l’agriculture (par ex. labourer
animaux d’élevage la terre à l’aide des bœufs ou des buffles) ou en
tant qu’animaux de somme (par ex. les lamas, les
Un nombre très limité d’espèces ont été dromadaires, les chameaux bactriens, les chevaux,
domestiquées avec succès. La domestication les ânes et même les bovins).
était un processus complexe et graduel qui Parmi les 148 espèces non carnivores d’un
changeait le comportement et les caractéristiques poids supérieur à 45 kg, seulement 15 ont été
morphologiques des animaux ancestraux domestiquées. Treize de ces espèces viennent
(cadre 1). Les circonstances et les pressions qui de l’Europe et de l’Asie, et deux sont originaires
ont déclenché la domestication des animaux de l’Amérique du Sud. De plus, seulement six
restent aléatoires et auraient pu varier selon la (bovins, moutons, chèvres, porcs, chevaux et ânes)
zone géographique et l’espèce. se sont répandues sur tous les continents, tandis
Les racines de la domestication des animaux sont que les neuf autres (dromadaires, chameaux
probablement liées à la tendance répandue des bactriens, lamas, alpagas, rennes, buffles
chasseurs-cueilleurs (vraisemblablement partagée domestiques, yaks, vaches de Bali et mithans)
par les premiers êtres humains) à apprivoiser ou sont importantes dans des régions plus délimitées
à gérer les animaux sauvages (Diamond, 2002). de la planète (adaptation de Diamond, 1999).
Toutefois, ce ne fut qu’à la fin de la période La proportion est même plus faible dans le cas
pléistocène que le processus de domestication des oiseaux dont seulement dix espèces (poules,
commença réellement. En ce moment, les canards domestiques, canards de Barbarie, oies
changements du climat qui, dans certaines domestiques, pintades, autruches, pigeons, cailles
Cadre 1
Le processus de domestication
Dans le Rapport, les animaux domestiqués sont reproduction en captivité; et reproduction sélective
considérés les espèces élevées en captivité et (modifié de Zeuner, 1963). Les archéologues et
modifiées par rapport à leurs ancêtres sauvages les généticiens des animaux utilisent des moyens
afin de les rendre plus utiles aux hommes qui différents pour éclaircir l’histoire de la domestication,
contrôlent leur reproduction (sélection), leurs soins comme l’étude des changements morphologiques des
(abri, protection contre les prédateurs) et leur dents, du crâne et des squelettes; et l’établissement
approvisionnement alimentaire (Diamond, 2002; des courbes démographiques concernant l’âge et le
Mignon-Grasteau, 2005). La domestication comprend sexe qui permettent d’identifier les schémas typiques
les étapes suivantes: association initiale par la de la domestication (Zeder et al., 2006).
sélection naturelle; stabulation; stabulation avec
6
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Tableau 4
Origines et domestication des espèces des animaux d’élevage
ADNmt
A.P.
Chèvres Bézoard
Porcs Sanglier
Sus scrofa domesticus Sus scrofa (16 sous-espèces) 6 6 ~ 9000 Europe, Proche et Moyen-Orient,
Chine
Sous-continent Indien, Asie du
Sud-Est
Chevaux Disparu
• suite
7
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 4 suite
Origines et domestication des espèces des animaux d’élevage
ADNmt
A.P.
Lamas
L. guanicoe guanicoe
L. guanicoe cacsiliensis
Alpagas
V. vicugna vicugna
V. vicugna mensalis
Dromadaires Disparu
Source: adaptation et mise à jour de Bruford et al. (2003); Hanotte et Jianlin (2005).
et dindes) sont actuellement domestiquées sur la poule de jungle, du croisement intensif avec
environ 10 000 espèces d’oiseaux (la liste exclut les équivalents domestiqués. Chez ces espèces,
les nombreux oiseaux domestiqués à des fins les animaux domestiques restent les seuls
ornementales et récréatives). répertoires d’une diversité maintenant largement
A l’exception du sanglier (Sus scrofa), les disparue des ancêtres sauvages (tableau 4).
ancêtres et les parents sauvages des principales C’est une différence majeure par rapport aux
espèces des animaux d’élevage ont disparu ou espèces végétales dont les ancêtres sauvages
sont hautement menacés à cause de la chasse, des sont généralement disponibles dans les centres
modifications à leurs habitats et, dans le cas de d’origine et représentent une importante source
8
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
de variation et de caractères adaptatifs pour les d’autres espèces de grands mammifères soient
futurs programmes de sélection. domestiquées, au moins dans un avenir proche,
Le petit nombre d’espèces animales domesti- comme il a été démontré par le peu de succès des
quées avec succès est amplement expliqué par les tentatives de domestication de nouvelles espèces
caractéristiques nécessaires (ou avantageuses) à la (par ex. les oryx, les zèbres, les buffles africains et
domestication, rarement toutes rencontrées chez les différentes espèces de cerfs) au cours du XXe
une seule espèce. Toutes les principales espèces siècle. Cependant, les prochaines années pour-
d’animaux d’élevage ont été domestiquées il y a raient voir un développement de l’élevage en
plusieurs milliers d’années. Il est peu probable que captivité d’espèces «non conventionnelles» et de
Cadre 2
Caractérisation moléculaire – un outil pour comprendre les origines et la diversité
des animaux d’élevage
Les principaux développements récents en matière de d’animaux d’élevage. Les listes recommandées,
génétique moléculaire ont fourni des outils nouveaux préparées par la FAO et la Société internationale
et puissants, appelés marqueurs moléculaires, de génétique animale (ISAG), des marqueurs de
pour évaluer les origines des espèces des animaux microsatellites autosomiques pour les études en
d’élevage et la distribution géographique de leur matière de diversité génétique sont disponibles à
diversité. l’adresse Internet [Link]
Les polymorphismes des protéines ont été les Les marqueurs génétiques fournissent différents
premiers marqueurs moléculaires utilisés dans niveaux d’informations sur la diversité génétique.
l’élevage. Un grand nombre d’études, surtout au cours Les loci des microsatellites autosomiques sont
des années 70, ont documenté la caractérisation habituellement utilisés pour déterminer les
du groupe sanguin et des systèmes d’allozymes. estimations sur la diversité et la différenciation des
Cependant, le niveau de polymorphisme des protéines populations, le calcul des distances génétiques,
est souvent faible et, par conséquent, l’applicabilité l’estimation des parentés et des mélanges génétiques
générale du typage des protéines dans les études sur entre populations. Les séquences d’ADN mitochondrial
la diversité est réduite. sont les marqueurs préférés pour les études
Les polymorphismes basés sur l’ADN sont concernant la domestication, car la ségrégation de
actuellement les marqueurs préférés pour les la lignée d’ADN mitochondrial dans une population
enquêtes moléculaires en matière de diversité d’élevage peut se manifester uniquement par
génétique. Les marqueurs d’ADN polymorphiques la domestication d’une femelle sauvage ou par
indiquant les différents modèles d’hérédité l’incorporation d’une femelle dans un troupeau
mendélienne peuvent s’étudier dans presque toutes domestique. De façon plus particulière, les séquences
les principales espèces d’animaux d’élevage. Ils d’ADN mitochondrial sont utilisées pour identifier
incluent normalement la boucle D et les séquences les progéniteurs sauvages putatifs, le nombre de
du cytochrome B dans l’ADN mitochondrial lignées maternelles et leurs origines géographiques.
(hérédité maternelle), les polymorphismes d’un Enfin, l’étude d’un polymorphisme à chromosome Y
seul nucléotide (SNP) spécifiques du chromosome Y diagnostiqué permet de détecter et de quantifier
et les microsatellites (hérédité paternelle) et les facilement et rapidement le mélange génétique
microsatellites autosomiques (hérédité biparentale). dépendant du père.
Les microsatellites autosomiques ont été isolés
en grande quantité dans la plupart des espèces Reproduction et adaptation de FAO (2005).
9
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
petite taille (parfois appelé «micro bétail») pro- 3 Les ancêtres et les origines
pres à la consommation humaine, qui pourraient géographiques de nos animaux
revêtir une plus grande importance, au moins au d’élevage
niveau local ou régional (BOSTID, 1991; Hanotte
et Mensah, 2002). Un des aspects les plus intéressants de
Les caractéristiques importantes ou essentielles l’intersection entre l’archéologie et la génétique
pour mettre en place une domestication efficace a été la documentation concernant les sites de
sont le comportement, tel que le manque domestication des animaux d’élevage (Zeder et
d’agressivité envers les humains; un instinct al., 2006), l’archéologie agissant en guise de guide
grégaire prononcé, comme les hiérarchies de pour la recherche génétique et la génétique
dominance qui poussent à «suivre le chef» fournissant le soutien à certaines théories
et permettent de remplacer le chef par un archéologiques controversées ou révélant la
homme; la tendance à ne pas paniquer en cas de possibilité de nouvelles origines géographiques
perturbations; la capacité de procréer en captivité; des espèces d’élevage et leur diversité. Plus
des caractères physiologiques, comme un régime particulièrement, il est à présent reconnu
alimentaire dont l’homme peut facilement que presque toutes les principales espèces
s’occuper (domestication des herbivores plutôt d’élevage sont le résultat de domestications
que des carnivores); un taux de croissance rapide; multiples dans différentes zones géographiques
des intervalles de vêlages relativement courts; et (tableau 4 et figure 3) et que souvent, après les
des grandes portées (Diamond, 2002). premières domestications, se sont produites des
Les ancêtres de la plupart des espèces introgressions génétiques entre parents sauvages
d’animaux d’élevage ont actuellement été et leurs descendants domestiques.
identifiés (tableau 4). Il est également connu Apparemment, les domestications indépen-
que plusieurs espèces et races domestiques dantes n’étaient forcément pas culturellement
actuelles proviennent de plus d’une population indépendantes. Certaines domestications indé-
ancestrale et que, dans certains cas, il y a eu un pendantes auraient pu représenter le mouvement
mélange ou une introgression entre des espèces de quelques animaux domestiqués vers une
qui ne se reproduisent pas habituellement entre nouvelle zone, les signatures génétiques des fon-
eux à l’état sauvage. Ces mélanges génétiques dateurs introduits ayant été ensuite submergées
(admixture) entre populations et ces hybridations par le recrutement d’animaux locaux sauvages
se sont probablement produits après les (Zeder et al., 2006). En revanche, les anciennes
premières domestications. Ils ont souvent été signatures des domestications locales auraient pu
liés aux migrations de l’homme, au commerce être cachées par l’arrivée plus récente d’animaux
ou simplement ont été le résultat du besoin provenant d’autres centres d’origine. Les infor-
des sociétés agricoles d’obtenir de nouveaux mations ostrogothiques des sites archéologiques
phénotypes comme, par exemple, le mélange et les études sur l’ADN d’anciens animaux sont
génétique entre les taurins et les zébus, la d’importants outils pour aborder ces questions.
présence d’un pool génique bovin chez les yaks La domestication semble avoir eu lieu dans
et les vaches de Bali, l’hybridation des porcs au moins 12 régions de la planète (figure 3). Il
d’Asie avec les races européennes, le croisement est intéressant de noter que tous les centres de
entre les dromadaires et les chameaux bactriens domestication ne sont pas étroitement associés à
et (comme il a été révélé par des récentes études l’habitat original de nos espèces domestiques (voir
génétiques) le mélange génétique intense entre figure 2). Si dans certains cas (par ex. le croissant
les deux camélidés domestiques de l’Amérique du fertile), les centres de domestication des cultures
Sud (lamas et alpagas) (Kadwell et al., 2001) et de l’élevage sont interconnectés, dans d’autres
cas, la domestication des cultures et des animaux
10
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 3
Principaux centres de domestication – relevant des renseignements archéologiques et de la génétique
moléculaire
7 12
3 5
8 9
1 6
4 11
10
2
1) dinde 2) cobaye, lama, alpaga, 3) porc, lapin 4) bovin, âne 5) bovin, porc, chèvre, mouton, chameau bactrien 6) bovin, poule, buffle
des rivières 7) cheval 8) yak, 9) porc, buffle des marais, poule 10) poule, porc, vache de Bali 11) dromadaire 12) renne.
11
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
étant utilisé pour la chasse et le gardienage. Où sauvage (l’urial, Ovis vignei; l’argali, O. ammon;
la domestication initiale s’est produite n’est pas et le mouflon eurasien, O. musinom/orientalis)
clair, mais plusieurs lignées maternelles ont été ont été considérés les ancêtres du mouton
découvertes chez les chiens modernes – indiquant domestique (Ryder, 1984) ou du moins avoir
de multiples introgressions de leur ancêtre sauvage, introgressé quelques races locales. Cependant,
le loup gris (Canis lupus) de l’ancien Monde. Les une étude génétique récente n’a indiqué aucune
chiens domestiques n’ont apparemment pas contribution de la part de l’urial ou de l’argali
été domestiqués de façon indépendante dans (Hiendleder et al., 1998). Ce résultat soutient
le Nouveau Monde, les lignées mitochondriales l’hypothèse selon laquelle le mouflon asiatique
identifiées jusqu’à présent dans les Amériques (O. orientalis), présent dans une vaste région
étant d’origine européenne (Wayne et al., 2006). s’étendant de la Turquie jusqu’au moins la
Les chèvres ont été domestiquées il y a au République islamique d’Iran, est le progéniteur
moins 10 000 ans dans les montagnes du Zagros unique des moutons domestiques. Le mouflon
du croissant fertile (Zeder et Hesse, 2000). Le européen (O. musinom) est actuellement
bézoard (Capra aegragus) a été probablement un considéré un descendant du mouton sauvage.
des premiers ancêtres de la chèvre domestique, Quatre lignées maternelles principales d’ADN
mais il est possible que d’autres espèces, comme mitochondrial ont été enregistrées chez les
C. falconeri, aient contribué au patrimoine moutons domestiques (Hiendleder et al.,
génétique des espèces domestiques. Actuellement, 1998; Pedrosa et al., 2005; Tapio et al., 2006),
cinq lignées maternelles mitochondriales distinctes dont une ou deux pourraient correspondre à
ont été identifiées chez les chèvres domestiques des domestications distinctes et les autres à
(Luikart et al., 2001; Sultana et al., 2003; Joshi une introgression sauvage successive. Jusqu’à
et al., 2004). Une de ces lignées est prédominante présent, aucune association claire n’a été décrite
du point de vue numérique et est présente entre ces lignées d’ADN mitochondrial et les
partout dans le monde, tandis qu’une deuxième variétés phénotypiques des moutons (par ex. le
lignée semble être d’origine contemporaine. Elles mouton à queue grasse, à queue fine et à fesses
reflètent probablement le processus primaire de grasses).
domestication des chèvres dans le croissant fertile, L’ancêtre du porc domestique est le sanglier (Sus
là où les informations archéologiques suggèrent scrofa). D’amples trouvailles zooarchéologiques
y avoir deux à trois zones de domestication (les indiquent que les porcs ont été domestiqués
montagnes Zagros, les montagnes Taurus, la il y a environ 9 000 ans, au Proche-Orient. Les
vallée du Jordan). Les autres lignées sont plus matériaux trouvés dans plusieurs sites en Anatolie
limitées dans leur distribution géographique et orientale montrent les changements graduels
pourraient correspondre à des domestications ou survenus dans la morphologie et les profils
à des introgressions supplémentaires dans d’autres démographiques des porcs au cours de plusieurs
régions, y compris la vallée de l’Hindou (Fernández milliers d’années, fournissant la preuve du
et al., 2006). processus de domestication et de ses conséquences
Les moutons ont été aussi probablement morphologiques. Les éléments archéologiques
domestiqués pour la première fois dans le et génétiques indiquent un deuxième centre de
croissant fertile, il y a environ entre 8 000 et 9 000 domestication important en Asie de l’Est (Chine)
ans. Les informations archéologiques semblent (Guiffra et al., 2000). Au moins 16 sous-espèces
indiquer deux emplacements indépendants distinctes de sanglier ont été décrites en Eurasie
de domestication des moutons en Turquie – la et en Afrique du Nord et, probablement sans
vallée supérieure de l’Euphrate, dans la région aucune surprise, une récente enquête sur la
orientale de la Turquie, et l’Anatolie centrale diversité de l’ADN mitochondrial parmi les porcs
(Peters et al., 1999). Trois espèces de mouton domestiques eurasiens et les sangliers a révélé un
12
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
cadre complexe de la domestication des porcs, a disparu. Deux espèces ont été considérées
comprenant au moins cinq ou six centres différents comme les ancêtres sauvages – le cheval tarpan (E.
dans l’aire de distribution géographique des ferus) et le cheval de Przewalski (E. przewalskii).
espèces sauvages (Larson et al., 2005). Le cheval de Przewalski, même si étroitement
La domestication des bovins a été documentée lié à l’ancêtre sauvage, n’est probablement pas
de façon particulièrement détaillée, et indique le progéniteur direct des espèces domestiques
clairement trois domestications initiales distinctes (Olsen et al., 2006; Vilà et al., 2006). Il est
pour trois sous-espèces d’aurochs distinctes (Bos difficile d’évaluer si les restes archéologiques
primigenius). Le B. primigenius primigenius, relèvent du cheval sauvage ou domestique.
domestiqué dans le croissant fertile il y a environ Des preuves substantielles repérées au nord du
8 000 ans, et le B. p. opisthonomous, il y a au Kazakhstan (culture Botai) soutiennent la thèse
moins 9 000 ans, dans la région nord-orientale du selon laquelle les chevaux ont été domestiqués
continent africain (Wendorf et Schild, 1994), sont dans cette région au cours de l’Age du cuivre
respectivement les ancêtres des bovins sans bosse entre 3700 et 3100 avant J.-C. (Olsen, 2006). Des
B. taurus du Proche-Orient et d’Afrique. On croit études moléculaires récentes indiquent que la
actuellement que les zébus à bosse (Bos indicus) diversité du cheval du côté maternel provient
ont été domestiqués plus tard, il y a environ 7 000 probablement de plusieurs populations dans
ou 8 000 ans, dans la vallée de l’Hindou de l’actuel différentes régions géographiques. Cependant,
Pakistan (Loftus et al., 1994; Bradley et al., 1996; les données à disposition ne sont pas concluantes
Bradley et Magee, 2006). Un quatrième centre pour trancher sur le fait qu’il y aurait eu une seule
de domestication a été récemment suggéré en domestication et une introgression successive ou
Asie de l’Est (Mannen et al., 2004), mais s’est-il des domestications indépendantes multiples (Vilà
produit de façon indépendante ou représente-t-il et al., 2001; Jansen et al., 2002).
l’introgression des aurochs locaux dans les bovins Contrairement au cheval, la domestication de
originaires du Proche-Orient? l’âne (Equus asinus) semble avoir suivi un processus
L’ancêtre du buffle domestique (Bubalus beaucoup plus simple. Les études sur l’ADN
bubalus) est sans doute le buffle asiatique mitochondrial ont confirmé l’origine africaine
sauvage. Deux types principaux ont été reconnus, de l’âne domestique et ont exclu l’âne sauvage
en se basant sur leurs phénotypes, leurs caryotypes asiatique comme possible progéniteur (Beja-
et les études récentes sur l’ADN mitochondrial Pereira et al., 2004). Deux lignées mitochondriales
(Tanaka et al., 1996): le buffle des rivières, dans suggèrent deux domestications. La première est
le sous-continent Indien, au Proche et Moyen- étroitement liée à l’âne sauvage de Nubie (E.
Orient, et en Europe de l’Est, et le buffle des asinus africanus), qui vit encore aujourd’hui à l’état
marais, en Chine et dans les pays de l’Asie du sauvage dans le Soudan nord-oriental, près de la
Sud-Est. Les deux types s’hybrident dans la région mer Rouge. La seconde montre des affinités avec
nord-orientale du sous-continent Indien. Ils ont l’âne sauvage de Somalie (E. asinus somaliensis).
été probablement domestiqués séparément. Les L’âne aurait donc une origine africaine, même si la
centres probables de domestication du buffle domestication dans une région voisine (péninsule
des rivières ont été la vallée de l’Hindou et/ou les arabe ou croissant fertile) ne peut pas être exclue.
vallées de l’Euphrate et du Tigre il y a environ 5 000 Les éléments archéologiques repérés en Egypte
ans, et le buffle des marais a été domestiqué en suggèrent un centre africain de domestication
Chine, il y a au moins 4 000 ans, avec l’émergence de l’âne et une date de domestication se plaçant
de la culture rizicole. entre 6 000 et 6 500 ans (Clutton-Brock, 1999).
Le débat sur les dates et sur les emplacements Le yak domestique (Poephagus grunniens)
de domestication du cheval (Equus caballus) est est endémique de l’Asie centrale et adapté aux
encore en cours. L’ancêtre du cheval domestique environnements froids et montagneux. L’élevage
13
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
des yaks est répandu dans les hauts-plateaux scandinaves grâce aux contacts de communautés
de l’Asie centrale et, grâce à son introduction, de pasteurs du nord de l’Eurasie. On croit que
l’occupation durable de toute l’année des régions l’élevage des rennes a été développé parmi
se trouvant aux plus grandes altitudes du plateau les Scandinaves vers 1600 après J.-C.. Le renne
de l’Himalaya a été possible. Il pourrait être lié sauvage est connu sous le nom de caribou en
à l’établissement des populations tibétaines- Amérique du Nord; il n’a jamais été domestiqué
birmanaises dans cette région. Actuellement, on dans ce continent (Clutton-Brock, 1999).
peut encore trouver des yaks sauvages (P. mutus) La domestication du chameau bactrien (Camelus
sur le Qinghai-plateau tibétain, mais ils pourraient bactrianus) aurait pu se produire dans la région
avoir été largement introgressés avec le yak qui est actuellement la République islamique
domestique marronnisé. Trois lignées d’ADN d’Iran ou, plus à l’est, dans le Kazakhstan du sud,
mitochondrial ont été identifiées. Cependant, la Mongolie du nord-ouest ou la Chine du nord
les distributions géographiques similaires de (Bulliet, 1975; Peters et von den Driesch, 1997). La
la diversité d’ADN mitochondrial suggèrent première preuve de domestication des chameaux
une domestication unique dans la partie bactriens provient du site de Sahr-i Sokta, dans la
orientale du Qinghai-plateau tibétain plutôt région centrale de la République islamique d’Iran,
que des domestications multiples (Qi, 2004; Guo où ont été découverts des os de chameaux, du
et al., 2006). Des études moléculaires indiquent fumier et des fibres datant d’environ 2600 avant
également que la diffusion de yaks domestiques J.-C. (Compagnoni et Tosi, 1978).
a suivi deux routes migratoires différentes en Des études génétiques récentes indiquent que
partant du centre de domestication: le yak a les populations de chameau sauvage (C. ferus) du
atteint le «Pamir Knot» suivant une route en désert de Gobi, qui ont hybridé avec succès avec
direction occidentale en passant par l’Himalaya et les espèces domestiques, ne sont probablement
les montagnes Kunlun; et a atteint la Mongolie pas les ancêtres maternels directs des chameaux
et ce qui est aujourd’hui la Fédération de Russie, domestiques ou sauvages (Jianlin, et al., 1999). A
suivant une route en direction nord en passant présent, l’ancêtre sauvage du dromadaire à une
par le sud du désert de Gobi et les montagnes de bosse (C. dromedarius) a disparu. La domestication
l’Altaï (Qi et al., en imprimerie). des espèces a probablement débuté il y a environ
De même que pour le yak, la domestication 5 000 ans, dans la partie sud-orientale de la
du renne (Rangifer tarandus) a permis aux péninsule arabe.
communautés pastorales de s’installer dans des L’origine des camélidés de l’Amérique du Sud est
habitats largement non adaptés à l’élevage. La à présent connue, le guanaco (Lama guanicoe) et
connaissance sur la domestication du renne est la vigogne (Vicugna vicugna) étant respectivement
très limitée. Le renne sauvage a probablement les espèces ancêtres du lama domestique (Lama
été la dernière espèce de mammifères à être glama) et de l’alpaga (Vicugna pacos) (Kadwell
domestiquée. Les éléments archéologiques les et al., 2001). Les éléments archéozoologiques
plus anciens de la domestication du renne ont suggèrent que les Andes péruviennes centrales
été découverts dans les montagnes de l’Altaï sont le centre d’origine de l’alpaga, il y a environ
en Sibérie et ont été datés à environ il y a 2 500 6 000/7 000 ans. Le lama a été probablement
ans; ils indiquent qu’à cette époque, on montait domestiqué au cours de la même période dans les
les rennes (Skjenneberg, 1984). Il n’existe Andes, autour du lac Titicaca. Des introgressions à
aucune information fiable sur les façons dont la grande échelle entre les deux espèces domestiques
domestication du renne a atteint l’Europe; elle ont été révélées (Wheeler et al., 2006) – un
aurait pu se développer de façon indépendante processus d’hybridation continue commencé
en Scandinavie ou être adoptée par les peuples probablement avec la conquête espagnole qui a
14
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Cadre 3
L’histoire de l’élevage en Afrique
L’histoire de l’élevage en Afrique a été jusqu’à on croit que les zébus étaient présents en petites
récemment controversée et peu comprise. Cependant, quantités dans la partie orientale du continent,
l’analyse des marqueurs génétiques des populations probablement il y a 2 000 ans déjà, après les premiers
d’animaux autochtones provenant de toutes les contacts avec le monde arabe ou grâce au commerce
régions du continent a révélé les événements maritime intercontinental. Après cette arrivée, la
principaux de l’histoire de l’élevage en Afrique première introgression des gènes de zébu a eu lieu
(figure 4). Les premiers bovins africains ont leur avec les bovins taurins d’Afrique. La vague principale
origine dans le continent probablement il y a environ d’introductions de zébus s’est probablement vérifiée
8 000 ans. Le ou les centres de domestication restent lors des établissements arabes le long de la côte
inconnus, mais les informations archéologiques orientale de l’Afrique, autour du VIIe siècle après
suggèrent qu’elle aurait pu se produire dans la partie J.-C. La plus importante diffusion interne de zébus a
nord-orientale du continent (Wendorf et Schild, probablement suivi le mouvement des pasteurs (par
1994). Ces premiers bovins africains étaient des Bos ex. Fulani à travers du Sahel) et a été certainement
taurus sans bosse. Au début, ils se sont diffusés vers accélérée par l’épidémie de peste bovine à la fin du
le nord et vers le sud aux limites des forêts pluviales XIXe siècle.
tropicales. A présent, les seuls descendants vivants de L’Afrique du Sud a été la dernière partie du
ces bovins sont les races tolérantes au trypanosome continent à avoir un système d’élevage pastoral
de l’Afrique de l’Ouest (par ex. les N’dama et les de bovins. Les données génétiques excluent un
Baoulé), les Kuri et la race Sheko de l’Ethiopie. mouvement d’animaux provenant de la partie
Toutes ces populations sont actuellement croisées occidentale du continent. Il semble que les troupeaux
de façon intensive avec les zébus (Bos indicus), et se soient dispersés vers le sud, en provenant de la
leur composition génétique unique est en train de région des Grands-Lacs qui, il y a 2 000 ans, était le
disparaître par des mélanges génétiques déséquilibrés site noyau des Bantous de l’est. Ces fermiers sont
entre populations. ensuite entrés en contact avec les chasseurs-cueilleurs
Les zébus sont arrivés en Afrique beaucoup plus San qui leur ont pris des animaux. Les influences
tard. La première preuve de la présence de bovins du centre de domestication du Proche-Orient sont
à bosse est fournie par les peintures d’un tombeau actuellement visibles dans les parties nord-est,
égyptien de la douzième dynastie du deuxième nord-ouest et sud du continent. Cette dernière est
millénaire avant J.-C. Ces animaux ont probablement probablement le résultat d’un établissement de
été portés en Egypte en nombre limité comme trésor fermiers européens dans cette région du continent.
de guerre et, par conséquent, ne sont pas associables
à leur présence postérieure en Afrique. Cependant, Adapté de Hanotte et al. (2002).
15
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
centre de domestication des espèces n’est pas les bovins, les moutons et les chèvres ont été
connu. Des fouilles archéologiques dans la région introduits en Europe et peuvent avoir entraîné la
nord-orientale de la Thaïlande (Non Nok Tha) domestication du sanglier. Le bétail domestiqué a
suggèrent que les deux espèces auraient pu être suivi deux voies principales distinctes vers l’Europe
domestiquées, il y a au moins 7 000 ans (Higham – la voie danubienne et la voie méditerranéenne
(1975) dans Felius, 1995). (Bogucki, 1996; Cymbron et al., 2005).
Les poules domestiques (Gallus domesticus) L’expansion des Bantous, commencée environ
descendent de la poule de jungle (Gallus gallus), 2000 ans avant J.-C., a été un événement fonda-
avec cinq sous-espèces progénitrices possibles. mental dans l’histoire de l’Afrique et a été pro-
Alors que les études moléculaires précédentes bablement responsable de l’adoption de l’éle-
suggéraient une origine domestique unique en vage (bovins, moutons et chèvres) par les popu-
Asie du Sud-Est (Thaïlande) (Fumihito et al., 1994; lations Khoisan de la région de l’Afrique australe
1996), au moins six lignées génétiques maternelles (Hanotte et al., 2002) (cadre 3). Les origines des
ont été identifiées (Liu et al., 2006), suggérant porcs et des poules autochtones du continent
ainsi plus d’un centre de domestication. Les africain restent toutefois largement non docu-
informations archéologiques indiquent un centre mentées.
de domestication des poules près de la vallée de La colonisation européenne de l’Amérique a
l’Hindou, il y a 5 000 ans, et un autre en Chine ramené des bovins, des moutons, des chèvres,
orientale il y a au moins 7 500 à 8 000 ans (West des porcs, des chevaux et des poules au Nouveau
et Zhou, 1988). Monde. Dans le cas des bovins, il existe une preuve
génétique de quelques ancêtres africains (Liron
et al., 2006), probablement un legs du commerce
4 Distribution géographique des des esclaves entre les deux continents.
animaux domestiqués En Asie, l’arrivée des animaux domestiques
dans l’archipel japonais a probablement suivi
Si le processus de domestication a été le point de l’établissement de fermiers d’origine coréenne
départ du développement de la diversité actuelle autour de 400 ans avant J.-C, mais des influences
des animaux, l’ultérieur diffusion et migration anciennes d’autres zones géographiques sont
des espèces domestiquées sur les cinq continents également possibles. Dans la région du Pacifique,
ont été également importantes. Ces processus les porcs et les poules se sont dispersés dans la
ont joué un rôle clé dans l’émergence de la Polynésie occidentale entre 900 et 700 ans avant
distribution géographique actuelle de la diversité J.-C. et la successive expansion polynésienne
des animaux d’élevage. Les facteurs principaux a conduit ces espèces jusqu’à Rapa Nui (île de
à la base de la première distribution des espèces Pâques) avant 900 ans après J.-C.
d’élevage ont été l’agriculture, le commerce et la Au-delà des migrations des hommes, les
conquête militaire. anciens réseaux du commerce par voie terrestre
Les mécanismes exacts de l’expansion ont joué un rôle important dans la distribution
agricole sont encore débattus. Le processus a géographique des espèces. La domestication
probablement été différent selon les régions des animaux a facilité un commerce terrestre
(Diamond et Bellwood, 2003). Il impliquait à grande échelle entre les civilisations, et les
certainement les mouvements des populations animaux étaient eux-mêmes souvent un produit
humaines et les échanges culturelles entre les du commerce. Les espèces principales d’animaux
populations – comme l’a montré l’adoption de utilisés comme bêtes de somme dans l’Ancien
l’agriculture par plusieurs sociétés de chasseurs- Monde étaient l’âne, le cheval, le dromadaire et le
cueilleurs. Les expansions agricoles importantes chameau bactrien et, en Amérique du Sud, le lama.
comprennent celle du Néolithique lorsque On croit que la domestication du cheval a facilité
16
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 4
Origines et voies de migration des bovins domestiques en Afrique
D Centre de
domestication
Bos taurus
(à longues cornes/
à courtes cornes)
6000-2500 av. J.-C.
Bos taurus
(Africain)
5000 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.
Bos indicus
(Zébu - première arrivée)
>2000 av. J.-C.
Bos indicus
(Zébu - deuxième arrivée)
>700 ap. J.-C.
l’expansion militaire des pasteurs nomades dans Arabe (Hanotte et al., 2002; Freeman et al., 2006).
la steppe eurasienne et la successive diffusion de De façon similaire, les informations archéologiques
cette espèce dans l’Ancien Monde. Les chameaux et génétiques suggèrent que le pastoralisme dans
bactriens étaient également partiellement le bassin méditerranéen a suivi non seulement des
utilisés dans la guerre (Clutton-Brock, 1999), et voies terrestres le long des côtes, mais également
les dromadaires ont joué un rôle important dans des voies maritimes (Zilhão, 2001; Beja-Pereira
l’expansion de la civilisation arabe. et al., 2006).
Il y a de plus en plus de preuves concernant On peut s’attendre à une perte de la diversité
l’importance des anciennes voies de commerce suite à la distribution géographique et aux
maritimes dans la distribution géographique des mouvements des populations d’animaux d’élevage
animaux. Par exemple, des études récentes de à partir de leurs centres d’origine. Cependant, les
génétique moléculaire chez les bovins ont révélé marqueurs moléculaires ont révélé un tableau plus
que les zébus ont été introduits en Afrique en complexe, où par exemple les mouvements ont
passant par l’océan Indien plutôt que par voie donné lieu à un accroissement de la diversité suite
terrestre par l’isthme de Suez ou la péninsule à des mélanges génétiques entre des populations
17
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
masse musculaire est l’hypertrophie musculaire pour faciliter l’identification des animaux, comme
observée chez certains bovins à viande européens chez les bovins Nguni des populations zoulous
et chez certaines races de moutons et de porcs. (Poland et al., 2003).
Chez les bovins, le caractère provient de la Il est important de comprendre que
mutation d’un seul gène, la myostatine (Grobet l’adaptation locale, la sélection humaine et/ou
et al., 1998); chez les moutons, du gène callipyge naturelle ne réduiront pas forcément la variation
(Cockett et al., 2005). génétique ou la diversité fonctionnelle d’une
L’accumulation de gras montre également des population d’animaux d’élevage. Par exemple,
changements survenus après la domestication. la sélection naturelle peut favoriser la diversité
Par exemple, la diminution de la prédation a d’adaptation des troupeaux détenus dans des
favorisé l’accumulation de gras chez les poules environnements en voie de changement (par ex.,
domestiques. Chez les mammifères domestiqués, le changement climatique). Une étude récente
la bosse du zébu et les queues des moutons à sur la diversité génétique des six protéines du lait
queue grasse et des moutons à fesses grasses les plus importantes chez les bovins a révélé une
sont des exemples impressionnants de la sélection diversité plus élevée dans une zone géographique
liée à l’accumulation de gras. Cette accumulation relativement limitée de l’Europe du Nord, la
exagérée peut être assez ancienne, puisque les pression à la sélection imposée par les premiers
moutons à queue grasse étaient déjà répandus pasteurs (qui buvaient du lait) étant l’explication
en Asie de l’Ouest 3000 ans avant J.-C. et les la plus probable (Beja-Pereira et al., 2003).
bovins à bosse trouvés sur les sceaux cylindriques
des anciennes civilisations de Mohenjo-Daro et
Harappa, dans la vallée de l’Hindou, datent de 6 Conclusions
2500 et 1500 ans avant J.-C. (Clutton-Brock 1999).
De grandes différences sont visibles dans les La compréhension des origines, de l’histoire
pelages de la plupart des espèces domestiques. et de l’évolution ultérieures de la diversité des
Par exemple, les races de moutons des régions ressources zoogénétiques est essentielle si l’on
alpines ont des pelages particulièrement épais, veut concevoir des stratégies durables pour leur
tandis que les races du Sahel africain ont très peu conservation et pour leur utilisation. La diversité
de laine. Ces changements sont probablement des animaux d’élevage provient des ancêtres
le résultat de mutations suivies d’une sélection sauvages et a été successivement façonnée par les
dirigée, peut-être déjà 6000 ans avant J.-C., processus de mutation, par la dérive génétique et
comme l’indique une statuette d’un mouton par la sélection humaine et naturelle. Une partie
laineux trouvée en République islamique d’Iran seulement de la diversité des espèces ancestrales
(Clutton-Brock, 1999). a survécu chez les descendants domestiques.
La couleur du pelage et du plumage a été Cependant, la diversité des animaux d’élevage
aussi sélectionnée par l’environnement, les domestiques a sans cesse évolué. Le remaniement
animaux à couleurs claires étant plus adaptés aux des gènes à chaque génération, la mutation et
environnements chauds et les animaux à couleurs le croisement ou le mélange de différents fonds
foncées aux environnements plus froids (Hall, génétiques ont offert de nouvelles possibilités à
2004). Les couleurs du pelage ont été également la sélection naturelle et humaine, ce qui a permis
influencées par la sélection culturelle. Les d’obtenir les énormes gains de rendement des
éleveurs des pays développés préfèrent souvent races commerciales et l’adaptation des animaux
l’uniformité dans la couleur de la robe mais, aux indigènes à des environnements très différents et
tropiques, la diversité des couleurs est préférée difficiles.
pour des raisons cérémoniales ou simplement
19
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Cependant, la diversité des animaux d’élevage Bradley, D.G., MacHugh, D.E., Cunningham, P. et
dans le monde est en diminution – avec une perte Loftus, R.T. 1996. Mitochondrial DNA diversity
rapide et incontrôlée de ressources génétiques and the origins of African and European cattle.
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
24
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Section B
La section suivante présente une vue d’ensemble sur les ressources zoogénétiques et les progrès
de la diversité et de l’état des ressources obtenus entre décembre 1999 et janvier 2006. Une
zoogénétiques. L’analyse est basée sur la description de la distribution régionale actuelle
Banque de données mondiale de la FAO pour des espèces et des races des animaux d’élevage
les ressources zoogénétiques pour l’alimentation est ensuite présentée et suivie par un aperçu de
et l’agriculture, celle-ci étant la seule source l’état de danger des races dans le monde. Enfin,
fournissant des informations au plan mondial. sont évaluées les évolutions de l’état de danger au
Elle représente une version actualisée (mais cours de cette période de six ans.
condensée) de la Liste mondiale d’alerte pour
la diversité des animaux domestiques2 (WWL–
DAD), dont l’édition précédente (la troisième) 2 Etat de l’établissement des
a été publiée en l’an 2000. Le cadre 4 résume les rapports
changements d’approche relatifs au processus
d’établissement de rapports et à l’analyse des Le nombre total des races enregistrées dans
données introduits dans la préparation de L’état des la Base de données mondiale a beaucoup
ressources zoogénétiques pour l’alimentation et augmenté depuis la publication de la WWL-
l’agriculture dans le monde. La section commence DAD:3 (tableau 5). Le nombre total d’entrées
par décrire l’état de l’établissement de rapports est passé de 6 379, au mois de décembre 1999,
2
à 14 017 au mois de janvier 2006. Cette hausse
FAO/PNUE 2000. Liste mondiale d’alerte pour la diversité des
animaux domestiques, 3ème édition, éditée par B.D. Scherf,
a été particulièrement marquée pour les
Rome. (disponible également à l’adresse Internet [Link] populations d’oiseaux, dont le nombre est passé
[Link]/dad-is). de 5 330 à 10 512. Presque toutes les populations
Tableau 5
Etat des informations enregistrées dans la Base de données mondiale pour les ressources zoogénétiques
*Aucune donnée enregistrée pour Andorre, bande de Gaza, Brunei Darussalam, Cisjordanie, Emirats arabes unis, Etats fédérés de
Micronésie, Iles Marshall, Liechtenstein, Monaco, Nauru, Qatar, Sahara occidental, Saint-Marin, Saint-Siège, Singapour, Timor-Leste.
25
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
raciales enregistrées (94 pour cent) sont des Si le nombre de races enregistrées a augmenté,
effectifs domestiqués, seulement 1 pour cent des le pourcentage de races dont les données sur la
populations marronnisées et moins de 1 pour cent population sont disponibles est passé de 77 à
des populations sauvages (aucune spécification 39 pour cent pour les oiseaux et de 63 à 43 pour
n’a été fournie pour les 4 pour cent restant). cent pour les mammifères (tableau 5 et figure 5).
Il faut également considérer la possibilité que les
Cadre 4
Les nouveautés par rapport à la Liste mondiale d’alerte pour la diversité
des animaux domestiques
En 1991, la FAO a organisé des enquêtes sur les races zoogénétiques (locales et importées). Le nombre
dans le monde pour établir un rapport sur les sept de races classifiées à tort en danger serait donc
principales races de mammifères domestiques (ânes, beaucoup augmenté. La nouvelle analyse cherche
buffles, bovins, chèvres, chevaux, porcs et moutons). à corriger cette erreur systématique en reliant
Des enquêtes supplémentaires ont été entamées les populations raciales nationales avec un pool
en 1993 afin d’inclure le yak, les six espèces de génique commun. Ce lien a été décidé sur la base des
camélidés et les 14 espèces principales d’oiseaux. connaissances des experts et a été ensuite revu par
Après la collecte des données sur les cerfs et les les Coordonnateurs nationaux. Il manque toutefois
lapins, ces espèces ont été incluses au sein de la encore une définition claire de ce qui constitue
troisième édition de la Liste mondiale d’alerte pour un pool génique commun. Les races reliées sont
la diversité des animaux domestiques (WWL-DAD:3) qualifiées comme races «transfrontalières» (cadre 5).
publiée en l’an 2000. Afin de produire un inventaire L’état de danger de ces races est estimé sur la base
plus exhaustif, en 2005, la FAO a entrepris l’extraction du nombre global d’animaux appartenant à la race
des données sur les races, présentées dans les en question.
169 Rapports nationaux, et l’entrée de ces données La méthode d’évaluation de la diversité raciale au
dans la Banque de données mondiale pour les niveau mondial et régional a été également adaptée:
ressources zoogénétiques. Il a été ensuite demandé au niveau régional, les races présentes dans plus d’un
aux Coordonnateurs nationaux de valider et de pays, mais uniquement dans la région du Rapport en
compléter leurs banques de données sur les races. question, sont maintenant comptées une seule fois
La WWL–DAD:3 (2000) a reçu des critiques pour dans la région, sans considérer le nombre possible
avoir surestimé le nombre des races classifiées de populations présentes au niveau national. Les
«en danger». Cette surestimation s’est produite races transfrontalières internationales, présentes dans
parce que l’état de danger a été attribué à chaque plusieurs régions, sont comptées une seule fois à
population raciale nationale en se basant sur la taille niveau mondial.
de la population dans le pays. Ainsi, dans le cas des Si l’on compare la WWL-DAD:3 et ce Rapport,
races présentes dans plus d’un pays, le classement il faut noter que la classification des régions a
risquait de ne pas refléter l’état de danger réel. Ce également été changée. Les régions Pacifique Sud-
problème avait déjà été identifié, mais à ce moment, Ouest et l’Asie sont ici considérées des régions
les rapports se concentraient principalement sur les séparées, tandis que «l’Asie et le Pacifique» était
races locales. Pour le processus préparatoire de L’état considérée une région unique dans la WWL-
des ressources zoogénétiques pour l’alimentation DAD:3. Il faut également noter que la classification
et l’agriculture dans le monde, les pays ont décidé régionale utilisée dans ce Rapport est différente des
de prendre en considération toutes leurs ressources classifications régionales habituelles de la FAO.
26
E tat des ressou rc es zoogéné t i ques
Cadre 5
Glossaire: populations, races, régions
Populations sauvages: elles représentent soit Races transfrontalières: races présentes dans plus
les parents sauvages des animaux d’élevage d’un pays. Elles sont ultérieurement classifiées en:
domestiqués, soit des populations sauvages – Races transfrontalières régionales: races
utilisées pour l’alimentation et l’agriculture, soit des transfrontalières présentes uniquement dans une
populations en cours de domestication. des sept régions du Rapport.
– Races transfrontalières internationales: races
Populations marronnisées: les animaux sont transfrontalières présentes dans plus d’une région.
considérés marronnisés si eux-mêmes ou leurs
ancêtres étaient domestiqués auparavant, mais vivent Régions du Rapport: pour L’état des ressources
à présent de façon indépendante de l’homme; par zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture
exemple, les dromadaires en Australie. dans le monde, sept régions ont été définies: Afrique,
Amérique du Nord, Amérique latine et Caraïbes, Asie,
Races locales: races présentes uniquement dans Europe et Caucase, Pacifique du Sud-Ouest et Proche
un pays. et Moyen-Orient.
Figure 5
Proportion de populations raciales nationales pour lesquelles les chiffres sur la population ont été signalés
Aviaires 75 276
Afrique
Mammifères 519 1 077
Amérique Aviaires 89 2
du Nord
Mammifères 200 126
Aviaires 20 112
Pacifique
Sud-Ouest
Mammifères 88 310
Aviaires 14 46
Proche et
Moyen-Orient
Mammifères 127 172
27
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
chiffres communiqués n’aient pas été récemment classifiées comme «souches» ou «lignées», ont
mis à jour. La différence considérable entre été exclues de l’analyse (dans le cas des espèces
le nombre de races entrées dans le système aviaires, une validation supplémentaire des
et le nombre de races dont les données sur experts nationaux et régionaux est nécessaire
la population sont disponibles est en partie pour relier les lignées et les souches aux races
expliquée par le fait que les informations les plus respectives). En outre, 209 populations raciales
récentes enregistrées dans la Base de données appartenant évidemment à la même race, mais
mondiale proviennent des Rapports nationaux. ayant été signalées deux fois par le même pays,
Ces rapports mentionnent souvent l’existence de ont été exclues. Après ces ajustements, 13 328
races, mais n’incluent pas les détails sur la taille populations raciales au total ont été incluses dans
des populations. l’analyse de l’état de la diversité et du danger.
Avant de pouvoir entreprendre l’analyse Un peu plus de la moitié des populations raciales
de l’état mondial de la diversité et du danger nationales enregistrées (6 792 entrées) sont
des races, quelques ajustements aux chiffres présentes dans plus d’un pays. Ces populations
bruts relatifs aux populations raciales ont été raciales ont été reliées et qualifiées de races
nécessaires. Quatre-cent-quatre-vingts entrées, «transfrontalières» (cadre 5). L’état de danger
Tableau 6
Distribution des espèces de mammifères, par région
Espèces de Afrique Amérique du Amérique Asie Europe et Pacifique Proche et
mammifères Nord latine et Caucase Sud-Ouest Moyen-
Caraïbes Orient
% de pays dans une région ayant signalé des informations sur les races de l’espèce
Bovin 98 100 94 96 100 77 75
Buffle 8 0 27 57 25 8 25
Yak 0 0 0 32 2 0 0
Chèvre 96 100 94 96 93 69 83
Mouton 92 100 91 86 100 31 100
Porc 70 100 91 82 91 92 8
Ane 38 50 39 46 36 8 50
Cheval 46 100 64 93 91 23 58
Chameau bactrien 0 0 0 25 5 0 0
Dromadaire 32 0 0 25 2 8 58
Alpaga 2 0 12 0 0 8 0
Lama 0 0 15 0 0 0 0
Guanaco 0 0 9 0 0 0 0
Vigogne 0 0 12 0 0 0 0
Cerf* 2 50 9 25 14 15 0
Lapin 38 0 48 39 39 0 8
Cobaye 8 0 15 0 0 0 0
Chien 2 0 0 7 5 0 0
Nuances: violet: ≥50% des pays; vert <50% et ≥10% des pays; jaune: ≤10% des pays; blanc; aucun pays.
*Les principales espèces de cerfs sous domestication sont le cerf élaphe (Cervus elaphus elaphus), le cerf Sika (C. nipon nipon), le wapiti
(C. elaphus canadensis), le sambar (C. unicolor unicolor), le cerf cochon (Axis porcinus), le daim (Dama dama), le cerf rusa ou de Java (C.
timorensis russa), le cerf axis ou chital (Axis axis), le renne/caribou (Rangifer tarandus), le chevrotin porte-musc (Moschus moschiferus),
le cerf de Père David (Elaphurus davidianus) et l’élan (Alces alces).
28
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Tableau 7
Distribution des espèces aviaires, par région
Espèces aviaires Afrique Amérique Amérique Asie Europe et Pacifique Proche et
du Nord latine et Caucase Sud-Ouest Moyen-
Caraïbes Orient
% de pays dans une région ayant signalé des informations sur les races de l’espèce
Poule 78 100 70 93 86 85 50
Canard (domestique) 32 0 33 61 50 46 17
Dinde 24 100 30 43 57 8 17
Oie (domestique) 16 50 21 39 61 8 17
Canard de Barbarie 16 0 18 39 20 62 17
Pintade 28 0 9 18 11 0 8
Perdrix 4 0 0 7 7 0 0
Faisan 0 0 6 7 9 0 0
Caille 2 50 6 39 14 0 0
Paon 0 0 3 0 0 0 0
Pigeon 10 0 6 21 9 15 17
Hirondelle 0 0 0 4 0 0 0
Autruche 12 0 0 11 7 8 0
Casoar 0 0 0 4 2 0 0
Emeu 2 0 3 4 2 8 0
Nandou 0 0 6 0 2 0 0
Nuances: violet: ≥50% des pays; vert <50% et ≥10% des pays; jaune: ≤10% des pays; blanc: aucun pays.
assigné à une race transfrontalière tient compte (chameau bactrien x dromadaire, et canard x
de toutes les populations signalées pour la race canard de Barbarie). Au plan mondial, cinq espèces
concernée. Les populations raciales présentes – bovins, moutons, poules, chèvres et porcs –
dans un seul pays sont définies races «locales». Les sont largement répandues et particulièrement
races transfrontalières peuvent être «régionales» nombreuses. Les trois premières sont les espèces
ou «internationales» selon l’étendue de leur domestiques les plus répandues dans le monde,
distribution (cadre 5). tandis que les deux dernières sont répandues de
façon moins homogène (figure 6, tableaux 6 et 7).
Les chèvres sont beaucoup moins nombreuses aux
3 Diversité des espèces Amériques et dans la région Europe et Caucase,
que dans les autres régions et, pour des raisons
Environ 40 des 50 000 espèces aviaires et de religieuses, les porcs sont notamment absents
mammifères connues ont été domestiquées. Le dans les pays musulmans.
système DAD-IS indique à présent les informations
sur les races de 18 espèces de mammifères
(tableau 6), de 16 espèces aviaires (tableau 7)
et de deux croisements fertiles interspécifiques
29
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 6
Distribution régionale des principales espèces d’animaux d’élevage en 2005
Espèces et populations
mondiales (en millions)
Bovins
1 345
Moutons
1 053
Chèvres
786
Porcs
960
Poules
16 696
Amérique Caraïbes Afrique du Nord et Europe et Proche et Asie centrale Pacifique Sud-Ouest
du Nord Amérique du Sud de l’Ouest Caucase Moyen-Orient Asie du Sud
Amérique centrale Afrique australe Asie de l’Est
Afrique de l’Est Asie du Sud-Est
30
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
31
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Mexique, le Brésil et les Etats-Unis d’Amérique. 3.3 Espèces à diffusion plus limitée
Les autres pays ayant plus d’un million de chevaux Certaines espèces de mammifères, comme les
sont l’Argentine, la Colombie, la Mongolie, la buffles, les yaks, les camélidés et les lapins,
Fédération de Russie, l’Ethiopie et le Kazakhstan. et certaines espèces aviaires, comme les oies
La contribution des races de chevaux au nombre domestiques et les dindes, ont une diffusion plus
total des races de mammifères dans le monde limitée et revêtent une importance particulière
(14 pour cent) est largement supérieure à leur dans une ou deux régions ou dans une zone
contribution en termes de nombres d’animaux. agroécologique spécifique.
Les ânes sont les animaux de transport Le buffle domestique est originairement un
des pauvres et des régions ne disposant pas animal asiatique – 98 pour cent du troupeau
d’un système de transport développé et, par mondial composé de 170 millions d’animaux se
conséquent, se trouvent surtout dans les régions trouvent dans cette région, principalement en
en développement de la planète. La plupart Inde, au Pakistan, en Chine et en Asie du Sud-Est.
des ânes se trouvent en Asie, en Afrique et en Il a été introduit en Europe du Sud et du Sud-
Amérique latine et Caraïbes. Ils sont également Est, ainsi qu’en Egypte, au Brésil, en Papouasie
présents au Proche et Moyen-Orient. Le pays avec Nouvelle-Guinée et en Australie. Les buffles
la population la plus nombreuse d’ânes est la sont actuellement présents dans 41 pays dans
Chine, où Mao Tsé-toung les a rendus populaires le monde. Les types plus importants de buffles
pour alléger le travail des femmes rurales. La sont le buffle des rivières (de l’Asie du Sud), un
diversité des races est considérée inférieure par important producteur de produits laitiers surtout
rapport aux autres espèces; les ânes représentent en Asie du Sud, et le buffle des marais (de l’Asie
seulement 3 pour cent des races de mammifères de l’Est), qui a joué un rôle important comme
enregistrées dans le monde. Cependant, les animal de trait dans la riziculture irriguée, en
ânes – et la recherche sur ces animaux – sont Asie du Sud-Est, jusqu’à l’introduction du «buffle
souvent pénalisés, et il est donc possible que de de fer» - le tracteur manuel. Les races de buffles
nombreuses races ne soient pas encore signalées. représentent 3 pour cent des races de mammifères
Le mode de diffusion des canards domestiques enregistrées dans le monde.
est encore moins homogène que celui des ânes. Le yak est endémique du plateau tibétain. Les
Leur histoire de domestication est longue; ils populations les plus nombreuses se trouvent en
étaient déjà présents dans l’Egypte antique, en Chine et en Mongolie et, à un niveau moindre,
Mésopotamie, en Chine et dans l’Empire romain. en Fédération de Russie, au Népal, au Bhoutan,
Cependant, la production se concentre de nos en Afghanistan, au Pakistan, au Kirghizistan et en
jours en Chine, où se trouve 70 pour cent de la Inde. Dans de nombreuses parties de l’Himalaya,
population de canards domestiques de la planète. les hybrides de yak et bovins sont extrêmement
D’autres producteurs importants sont le Viet importants. Les yaks ont également été introduits
Nam, l’Indonésie, l’Inde, la Thaïlande et d’autres au Caucase, en Amérique du Nord (3 000 animaux)
pays d’Asie du Sud-Est. Parmi les pays européens, et dans plusieurs pays d’Europe. Le nombre total
la France et l’Ukraine possèdent de nombreuses de races de yak enregistrées est exigu et reflète
populations de canards. Les races de canards (à la distribution géographique et agroécologique
l’exclusion du canard de Barbarie) représentent de l’espèce.
11 pour cent des races aviaires enregistrées dans Les dromadaires, et en particulier les chameaux
le monde. bactriens, ont également une distribution
géographique limitée et sont localisés dans les
zones agroécologiques arides. Par conséquent, leur
part de diversité raciale est relativement faible. Le
32
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
dromadaire, ou chameau à une bosse, joue un rôle l’Amérique centrale et, peu de temps après leur
important au Proche et Moyen-Orient, en Afrique découverte, les colonisateurs les ont amenées
et en Asie. En Asie, la population de chameaux est en Europe où plusieurs races distinctes ont été
en forte baisse, mais elle est stable en Afrique. En développées. L’Europe et Caucase est la région
Somalie, au Soudan, en Mauritanie et au Kenya ayant les populations les plus nombreuses de
se trouvent les populations les plus nombreuses dindes domestiques (43 pour cent), et l’Amérique
d’Afrique, tandis que l’Inde et le Pakistan ont du Nord possède plus d’un tiers de la population.
la plupart des chameaux d’Asie. Le chameau Les races d’oies et de dindes représentent 9 et
bactrien à deux bosses est largement localisé en 5 pour cent, respectivement, des races aviaires
Asie centrale et de l’Est, la Mongolie et la Chine dans le monde.
ayant les populations les plus nombreuses.
Quatre espèces de camélidés sont originaires de
l’Amérique du Sud: le lama et l’alpaga domestiqués 4 La diversité des races
et le guanaco et la vigogne sauvages. La grande
majorité de lamas se trouve au Pérou et en
Bolivie; quelques exemplaires sont présents dans 4.1 Vue d’ensemble
les jardins zoologiques et parmi les amateurs dans Sur les 7 616 races signalées, 6 536 sont locales et
d’autres pays. Les guanacos et les vigognes sont 1 080 sont transfrontalières. Parmi les races trans-
utilisés pour la production de fibres, de cuirs et de frontalières, 523 sont transfrontalières régionales,
viande. Le nombre total des races de camélidés présentes dans une seule région (1 413 entrées à
enregistrées est exigu par rapport aux espèces niveau national) et 557 sont transfrontalières in-
d’animaux d’élevage. Les espèces de l’Amérique ternationales, ayant une distribution plus étendue
du Sud sont surtout localisées dans une région et (5 379 entrées à niveau national). Au total, 690
à haute altitude. races sont classifiées comme disparues, dont neuf
La majorité des lapins d’élevage dans le sont transfrontalières. Dans le cadre de l’analyse
monde se trouve en Asie, la population la plus sur la diversité des races qui suit, les races dispa-
nombreuse étant en Chine. D’autres populations rues sont exclues.
nombreuses sont présentes dans plusieurs pays La figure 9 indique la part des races locales,
de l’Asie centrale et en République démocratique transfrontalières régionales et transfrontalières
populaire de Corée. En Europe et Caucase, la internationales parmi les races d’oiseaux et de
population de lapins la plus nombreuse se trouve mammifères dans le monde (à l’exclusion des races
en Italie. Les races de lapins représentent 5 pour disparues). Plus des deux tiers des races signalées
cent des races de mammifères enregistrées dans appartiennent aux espèces de mammifères. Les
le monde. Les cobayes sont importants seulement nombres des races transfrontalières régionales
dans la région Amérique latine et Caraïbes, et internationales sont assez semblables chez
particulièrement au Pérou et en Bolivie. les espèces de mammifères, tandis que parmi
Les oies et les dindes domestiques ont les espèces aviaires, les races transfrontalières
également une diffusion relativement limitée, internationales sont presque le double des races
qui s’explique par la tradition et les préférences transfrontalières régionales.
des consommateurs plutôt que par les conditions Dans toutes les régions de la planète, les races
agroécologiques. Presque 90 pour cent des oies de mammifères sont plus nombreuses que les races
domestiques dans le monde se trouvent en Chine. aviaires et, à l’exception de l’Europe et Caucase,
Plus de la moitié du reste se trouve dans les les mammifères représentent presque trois quarts
quatre pays suivants: Egypte, Roumanie, Pologne de toutes les races signalées. Cependant, la part
et Madagascar. Les dindes sont originaires de des trois catégories (locales, transfrontalières
33
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Planète
398 1 257
399
430
1 728
300 34
211
85 866
68
157
166
71
140
4 127
1 536 114 4
Espèces de mammifères
Races transfrontalières internationales
Races transfrontalières régionales
Races locales Proche et Moyen-Orient
Espèces de mammifères
43 55 Races transfrontalières internationales
Espèces aviaires
Races transfrontalières internationales Races transfrontalières régionales
16
Races transfrontalières régionales 4 Races locales
Races locales
Espèces aviaires
Races transfrontalières internationales
Races transfrontalières régionales
A noter que les races transfrontalières internationales sont comptées Races locales
une fois dans chaque région, si elles sont présentes, et par conséquent
sont comptées plus d’une fois. 194
34
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Tableau 8
Proportion de la taille des populations dans le monde (2005) et nombre de races locales et
transfrontalières régionales (janvier 2006) des principales espèces d’animaux d’élevage, par région
Bovin 14 19 8 3 28 14 32 26
Buffle 0 2 0 0 1 9 97 73
Chèvre 22 18 0 1 4 5 62 35
Mouton 16 12 1 3 7 4 36 25
Porc 2 9 8 3 8 12 62 41
Ane 27 14 0 3 20 15 38 28
Cheval 6 7 11 4 44 11 25 24
Chameau bactrien 40 47 0 0 0 0 20 24
et dromadaire
Poule 6 8 13 1 15 8 48 22
Canard et canard de Barbarie 1 9 1 0 2 11 90 38
Dinde 3 13 33 13 18 13 1 13
Oie 1 6 0 0 0 3 90 24
Cheval 13 48 1 4 0 2 55 633
Chameau bactrien et dromadaire 2 3 0 2 38 24 19 97
Camélidés de l’Amérique latine 0 0 0 0 0 0 6 13
Lapin 24 76 0 0 2 2 537 207
35
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
qu’en Europe et Caucause que de nombreuses région spécifique. Les régions Europe et Caucase
races aviaires transfrontalières régionales sont et Asie possèdent la part la plus élevée de races
présentes. appartenant à la plupart des espèces majeures
Dans l’évaluation de la diversité raciale d’animaux d’élevage dans le monde (tableau 8). La
maintenue dans les régions, les races seule exception est représentée par les chameaux,
transfrontalières internationales ont été exclues, dont la plupart des races se trouvent en Afrique.
car il n’est pas possible de les attribuer à une Pour ce qui est de la taille des populations, l’Asie
Tableau 9
Espèces de mammifères – races locales signalées
Espèce Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe et Pacifique Proche et Planète
du Nord et Caraïbes Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient
Les races disparues sont exclues. L’alpaga, le cerf, le chien, le dromadaire x chameau bactrien, le guanaco, le cobaye, le lama et
la vigogne ne sont pas indiqués.
Tableau 10
Espèces aviaires – races locales signalées
Espèce Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe et Pacifique Proche et Planète
du Nord et Caraïbes Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient
Les races disparues sont exclues. Le casoar, le canard x canard de Barbarie, l’émeu, la pintade, le nandou, le paon, la caille et
l’hirondelle ne sont pas indiqués.
36
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
est la région dominante pour la plupart des L’Asie présente également une part élevée de
espèces, sauf pour les chameaux (Afrique), les races pour plusieurs espèces, mais sa part de la
dindes (Europe et Caucase) et les chevaux (dont population totale est dans la majorité des cas
44 pour cent se trouvent en Amérique latine et encore plus élevée (à l’exception des dindes, des
Caraïbes). chameaux bactriens et des dromadaires).
Le tableau 8 montre que la part des races de
la région Europe et Caucase est beaucoup plus 4.2 Les races locales
élevée que la part de ses populations, pour Les tableaux 9 et 10 indiquent respectivement
la majorité des espèces. La dinde est la seule le nombre des races locales des espèces aviaires
exception: bien que la part des races de la région et de mammifères, dans chaque région de la
soit la plus élevée dans le monde pour cette planète. Pour la majorité des espèces d’animaux
espèce, la part de la population est presque la d’élevage, l’Europe et Caucase ou l’Asie sont
même. Le grand nombre de races de l’Europe et les régions ayant la plupart des races locales,
Caucase est en partie expliqué par le fait que de à l’exception du dromadaire, dont la majorité
nombreuses races sont considérées des entités des races se trouvent en Afrique et au Proche et
distinctes, même si elles sont génétiquement très Moyen-Orient.
proches. Ceci reflète également l’état plus avancé
de l’enregistrement et de la caractérisation 4.3 Les races transfrontalières
des races dans cette région par rapport, par régionales
exemple, à la plupart des régions de l’Afrique Pour plusieurs espèces, y compris les moutons, les
subsaharienne où les efforts sont limités par le chevaux, les porcs et toutes les espèces aviaires,
manque de ressources techniques et humaines. la région Europe et Caucase possède le nombre
Tableau 11
Espèces de mammifères – races transfrontalières régionales signalées
Espèce Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe et Pacifique Proche et Planète
du Nord et Caraïbes Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient
Bovin 35 3 8 19 28 0 0 93
Buffle 0 0 1 8 1 0 0 10
Chèvre 15 5 2 11 13 1 0 47
Mouton 27 6 2 13 79 3 4 134
Porc 2 1 3 2 17 0 0 25
Ane 4 0 1 3 2 0 0 10
Cheval 7 3 5 10 38 0 0 63
Dromadaire 2 0 0 1 0 0 0 3
Camélidés de 6 6
l’Amérique latine
Cerf 1 1 2
Lapin 3 0 1 0 32 0 0 36
Cobaye 1 1
37
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 12
Espèces aviaires – races transfrontalières régionales signalées
Espèce Afrique Amérique du Amérique latine et Asie Europe et Caucase Planète
Nord Caraïbes
Poule 6 1 1 2 45 55
Canard 0 0 0 2 12 14
Dinde 0 0 0 0 7 7
Oie 0 0 0 1 7 8
Caille 0 0 0 1 0 1
Total 6 1 1 6 71 85
Tableau 13 Tableau 14
Espèces de mammifères – races transfrontalières Espèces aviaires – races transfrontalières
internationales signalées internationales signalées
38
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Au total, 1 491 races (20 pour cent) sont classifiées suivis par les lapins (20 pour cent) et les porcs
comme étant «à risque» (cadre 6). La figure 11 (18 pour cent) sont toutefois les espèces avec les
indique que, pour les espèces de mammifères, proportions les plus élevées de races à risque. La
la proportion de races classifiées comme étant figure 12 indique également le grand nombre
à risque est globalement moins élevée (16 pour de races pour lesquelles les données sur l’état de
cent) que pour les espèces aviaires (30 pour danger ne sont pas disponibles. Le problème est
cent). Cependant, en termes absolus, le nombre particulièrement grave pour certaines espèces –
de races à risque est plus élevé pour les espèces 72 pour cent pour les lapins, 66 pour cent pour les
de mammifères (881 races) que pour les espèces cerfs, 59 pour cent pour les ânes et 58 pour cent
aviaires (610 races). pour les dromadaires. Ce manque de données
La figure 12 présente les données sur l’état de est une entrave sérieuse à l’établissement des
danger des espèces de mammifères. Les bovins priorités et à la planification des mesures de
sont les mammifères ayant le plus grand nombre conservation. Les bovins ont le plus grand nombre
de races en danger. Les chevaux (23 pour cent), de races (209) indiquées comme disparues. De
Cadre 6
Glossaire: classification de l’état de danger
disparue: une race est considérée comme disparue en danger: une race est classée en danger si le
lorsqu’il n’y a plus ni mâle reproducteur ni femelle nombre total de femelles reproductrices est supérieur
reproductrice. Toutefois, le matériel génétique aurait à 100 et inférieur ou égal à 1 000 ou si le nombre
pu être cryoconservé, ce qui permettrait la recréation total de mâles reproducteurs est inférieur ou égal à
de la race. En réalité, l’extinction peut être constatée 20, mais supérieur à cinq; ou si la taille globale de la
bien avant la perte du dernier animal ou matériel population est supérieure à 80 et inférieure à 100 et
génétique. croissante et si le pourcentage de femelles accouplées
en race pure est supérieur à 80 pour cent; ou si taille
critique: une race est classée comme critique si le totale de la population est supérieure à 1 000 et
nombre total de femelles reproductrices est inférieur inférieure ou égale à 1 200 et décroissante et si le
ou égal à 100 ou si le nombre total de mâles pourcentage de femelles accouplées en race pure est
reproducteurs est inférieur ou égal à cinq; ou si la inférieur à 80 pour cent et elle n’est pas attribuée à
taille globale de la population est inférieure ou égale aucune des catégories ci-dessus.
à 120 et décroissante et le pourcentage de femelles
accouplées en race pure est inférieur à 80 pour cent et en danger-maintenue: les populations en danger
n’est pas classifiée comme disparue. pour lesquelles des programmes de conservation
actifs sont en place ou les populations sont
critique-maintenue: les populations critiques pour maintenues par des compagnies commerciales ou des
lesquelles des programmes de conservation actifs instituts de recherche.
sont en place ou les populations sont maintenues
par des compagnies commerciales ou des instituts de race à risque: une race classifiée comme critique,
recherche. critique-maintenue, en danger et en danger-
maintenue.
39
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
40
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 12
Situation de risque des races de mammifères dans le monde en janvier 2006: en chiffres (tableau) et
en pourcentage (graphique), par espèce
Pourcentage
100
80
60
40
20
0
Alpaga Ane Bovin Buffle Cerf Chameau Cheval Chèvre Dromadaire Lama Lapin Mouton Porc Yak Total
bactrien
Situation de risque
inconnu 1 95 393 48 18 3 272 209 51 0 166 417 225 9 1 907
critique 0 10 49 3 1 2 52 22 2 0 37 40 37 0 255
critique- 0 2 26 0 0 0 10 5 0 0 0 5 11 0 59
maintenue
en danger 0 14 75 5 1 0 95 44 2 0 9 98 63 0 406
en danger-
0 1 60 3 0 0 24 13 0 0 1 36 22 0 160
maintenue
pas à risque 5 34 499 78 7 7 246 306 33 5 17 633 241 18 2 129
Total 6 162 1 311 137 27 12 786 618 88 5 232 1 409 739 27 5 559*
*Le nombre total des races est en fait plus élevé que le nombre indiqué, puisque les croisements entre le chameau bactrien et le dromadaire,
les guanacos, les vigognes, les cobayes et les chiens (pour lesquels 40 races sont indiquées) ne sont pas inclus.
– 16 pour cent de toutes les races signalées sont L’année d’extinction a été uniquement indiquée
disparues. Cependant, l’Amérique du Nord est pour 27 pour cent (188) des races disparues.
la région ayant la proportion la plus élevée de Quinze races sont disparues avant l’an 1900, 111
races disparues (25 pour cent) parmi ses races entre 1900 et 1999 et, au cours des six dernières
enregistrées. La prédominance de ces deux régions années, 62 autres races ont disparu (tableau 17).
pourrait s’expliquer par le plus haut niveau
d’enregistrement des races.
41
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 13
Situation de risque des races aviaires dans le monde en janvier 2006: en chiffres (tableau) et en
pourcentage (graphique), par espèce
Pourcentage
100
80
60
40
20
0
Autruche Caille Canard Canard Dinde Faisan Oie Perdrix Pigeon Pintade Poule Total
de Barbarie
Situation de risque
inconnu 8 25 96 14 41 10 65 9 32 32 493 825
critique-
0 0 5 1 1 0 4 0 0 0 9 20
maintenue
en danger-
0 0 2 0 0 1 10 0 0 0 42 55
maintenue
disparue 0 0 3 0 2 0 0 0 0 2 40 47
*Le nombre total des races est en fait plus élevé que le nombre indiqué, puisque les croisements entre canard et canard de Barbarie,
les casoars, les émeus, les nandous, les paons et les hirondelles (pour lesquelles 17 races sont indiquées) ne sont pas inclus.
42
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 14
Situation de risque des races de mammifères dans le monde en janvier 2006: en chiffres (tableau) et
en pourcentage (graphique), par région
Pourcentage
100
80
60
40
20
0
Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe Pacifique Proche et Races trans- Planète
du Nord et Caraïbes et Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient frontalières
internationales
Situation de risque
inconnu 384 79 304 469 459 80 107 58 1 940
critique 13 12 9 23 182 9 0 7 255
critique-
maintenue 0 0 4 4 51 0 0 0 59
*Les aurochs africains, qui vivaient une fois dans certaines parties de l’Afrique et du Proche et Moyen-Orient.
43
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 15
Situation de risque des races aviaires dans le monde en janvier 2006: en chiffres (tableau) et en
pourcentage (graphique), par région
Pourcentage
100
80
60
40
20
0
Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe Pacifique Proche et Races trans- Planète
du Nord et Caraïbes et Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient frontalières
internationales
Situation de risque
inconnu 113 1 120 214 305 23 33 26 835
critique 7 15 1 8 204 0 0 12 247
critique-
maintenue 0 0 2 6 12 0 0 19 39
44
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Tableau 15
Races de mammifères disparues
Espèce Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe et Pacifique Proche et Moyen- Planète
du Nord et Caraïbes Caucase Sud-Ouest Orient
Bovin 23 4 19 18 141 2 1 209
Chèvre 0 1 0 2 16 0 0 19
Mouton 5 13 0 11 148 2 1 180
Porc 0 23 2 13 101 1 0 140
Ane 1 0 0 0 4 0 1 6
Cheval 6 8 0 1 71 1 0 87
Lapin 0 0 0 0 0 0 2 2
Tableau 16 Tableau 17
Races aviaires disparues Année d’extinction
Espèce Afrique Amérique Asie Europe et Planète Année Nombre de %
du Nord Caucase races
45
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 16
Races locales, régionales et internationales en 1999 et 2006
Nombre de races
8 000
7 000
6 000
5 000
4 000
3000
2 000
1 000
0
1999 2006
46
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 17
Changements de la situation de risque des races transfrontalières entre 1999 et 2006
Nombre de races
1 200
1 000
800
600
400
200
0
1999 2006
47
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 19
Changements de la situation de risque des races transfrontalières entre 1999 et 2006
Situation de risque Nombre de races Situation de risque en 2006
en 1999 en 1999
à risque pas à risque disparue inconnu
Tableau 20
Situation de risque des races transfrontalières signalées après 1999
Situation de risque en 2006 Nombre total
à risque pas à risque disparue inconnu
Races locales (1999) reclassifiées comme races ayant un état de danger inconnu en 1999 ont été
transfrontalières (2006) attribuées à une catégorie de situation de risque
Si cette classification avait été disponible en connue en 2006.
1999, 276 races classifiées comme locales en
1999 auraient été reclassifiées comme races Races locales
transfrontalières. Quatre-vingt-sept de ces races Entre 1999 et 2006, 20 pour cent des races
étaient classifiées comme à risque en 1999, précédemment classifiées dans un état de danger
mais 39 (45 pour cent) ont été classifiées en inconnu ont été attribuées aux catégories de
2006 comme races transfrontalières pas à risque risque connu (tableau 22, figure 18), ce qui indique
(tableau 21). Ceci peut largement s’attribuer au l’amélioration de l’établissement des rapports. Le
fait que d’autres pays ont signalé la présence de tableau 22 montre également que la proportion
ces races. Le tableau 21 indique également que, de races passées de la catégorie à risque à celle
parmi ce groupe de races, la qualité des données pas à risque (7,4 pour cent) est de peu plus
s’est améliorée – 61 pour cent (34 sur 56) des races élevée que la proportion de races passées de la
Tableau 21
Changements de la situation de risque des races locales (1999) reclassifiées comme races
transfrontalières (2006)
Situation de risque Nombre de races Situation de risque en 2006
en 1999 en 1999
à risque pas à risque disparue inconnu
48
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 18
Changements de la situation de risque des races locales entre 1999 et 2006
Nombre de races
7 000
6 000
5 000
4 000
3 000
2 000
1 000
0
1999 2006
Tableau 22
Changements de la situation de risque des races locales entre 1999 et 2006
Situation de risque Nombre de races Situation de risque en 2006
en 1999 en 1999
à risque pas à risque disparue inconnu
49
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
races mentionnées dans les Rapports nationaux, représenter uniquement une petite population se
dont la plupart ne comprenaient pas de données trouvant dans le pays de façon temporaire. Il sera
sur la population. donc nécessaire d’élaborer une distinction plus
claire car cette classification a été très utile pour
identifier les modèles des échanges des ressources
7 Conclusions zoogénétiques et sera également utile pour
identifier les cas où la collaboration régionale
La couverture de la diversité raciale dans la dans la gestion des races est nécessaire.
Base de données mondiale a été ultérieurement Les deux groupes de races transfrontalières
améliorée entre 1999 et 2006. Cependant, les (régionales et internationales) doivent être
informations sur les races ne sont pas encore différenciés selon leur situation de risque. Les races
complètes. La situation de risque de plus d’un tiers ayant une distribution et un modèle d’échange
des races signalées est inconnue car les données réellement internationaux ne sont pas menacées
sur la population ne sont pas mentionnées. Par pour ce qui est de la taille de la population.
exemple, la taille de la population n’est pas Cependant, dans le cas des races comme l’Holstein
indiquée pour plus des deux tiers des populations Frisonne, la diminution de la diversité intraraciale
raciales des régions Afrique et Pacifique Sud- qui est à la base de programmes de sélection
Ouest. efficaces peut devenir un problème. Bien que les
La création d’une catégorie de nouvelles races races transfrontalières régionales se trouvent dans
transfrontalières (en reliant les populations plusieurs pays, certaines peuvent être détenues
raciales nationales ayant un pool génique par des groupes ethniques marginalisés et
commun) a corrigé les estimations irréelles de devenir ainsi menacées, tout comme les stratégies
l’état de danger de ces races que les calculs basés d’existence de leurs éleveurs.
uniquement sur les données de la population au La mesure de la diversité sur la base du nombre
niveau du pays avaient produites. L’attribution et la de races tend à surévaluer la diversité génétique
liaison des races se sont basées sur la connaissance dans la région Europe et Caucase, où une longue
des experts; il faudrait, à l’avenir, élaborer et tradition d’associations d’éleveurs a différencié des
appliquer des critères plus objectifs de jugement races qui, dans certains cas, sont très étroitement
de ce qui constitue un pool génique commun. La apparentées. Par conséquent, la contribution
différenciation des races transfrontalières entre de certaines races à la diversité génétique est
régionales ou internationales a été entreprise probablement très limitée. Il faudrait toutefois
de façon formalisée, selon la présence de la race constater que la plupart des études sur les races
dans une ou plus régions définies pour L’état des d’ornement des pays développés indiquent
ressources zoogénétique pour l’alimentation et leur contribution à la diversité et leurs grandes
l’agriculture dans le monde. Cependant, certaines potentialités de conservation. La représentation
races classifiées comme internationales (par ex. de la diversité est encore plus confondue avec
les races présentes le long de la frontière entre l’état avancé de l’établissement de rapports dans
les régions Afrique et Proche et Moyen-Orient) certaines régions, comme l’Europe et Caucase et
ont une diffusion plutôt limitée et devraient être l’Amérique du Nord, où la couverture presque
considérées comme des races transfrontalières totale des races existantes a été atteinte.
régionales. En outre, lors de cette première Pour l’identification des évolutions de
tentative de classement des races selon leur l’érosion génétique, les races locales fournissent
distribution, la taille de la population des races une indication plus claire que celle des races
transfrontalières dans leurs pays respectifs n’a pas transfrontalières (dont la situation est confuse
été prise en compte. Ceci signifie par exemple que, à cause du déplacement entre catégories et
dans certains pays, la présence d’une race peut le nombre plus élevé de populations raciales
50
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
51
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Section C
53
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
siècle. Au cours de cette période, les gènes se sont 2.1 Première phase: de la préhistoire
répandus à cause de la dispersion des animaux au XVIIIe siècle
domestiques au moyen d’une diffusion graduelle, Au cours des premières phases de l’élevage,
des migrations, des guerres, des explorations, de les animaux domestiqués se sont diffusés
la colonisation et du commerce. graduellement à partir de leurs centres de
Du XIXe à la moitié du XXe siècle. Au cours de cette domestication (voir section A). Un centre majeur
période, entre le début du XIXe siècle et la moitié de domestication était la région de l’Asie
environ du XXe siècle, les organisations d’éleveurs occidentale et de la Méditerranée orientale.
se sont établies dans le Nord. Ces organisations Au cours de la période appelée «révolution du
ont formalisé l’existence de nombreuses races, Néolithique», les quatre espèces principales de
enregistré leurs ascendances et leur performance mammifères – moutons, chèvres, bovins et porcs –
et amélioré les rendements. Les flux génétiques se ont été domestiquées pour la première fois dans
produisaient principalement entre les pays du Nord cette région. D’autres centres de domestication
(flux Nord-Nord) et du Nord vers le Sud. Les moteurs étaient l’Asie du Sud-Est (porcs, buffles des marais
de ce mouvement étaient les développements et probablement poules), la vallée de l’Indus
technologiques, la demande d’animaux à haut (poules et buffles des rivières), l’Afrique du
rendement et le début de la commercialisation des Nord (bovins et ânes) et les Andes en Amérique
animaux d’élevage dans le Nord. latine (lamas, alpagas et cobayes). A partir de
De la moitié du XXe siècle à nos jours. Au ces centres, les animaux se sont graduellement
cours de cette phase, les flux génétiques ont dispersés dans les pays voisins avec leurs éleveurs,
été accélérés par l’existence des compagnies lorsqu’ils migraient vers de nouvelles régions.
de sélection commerciales dans le Nord, les L’élevage s’est répandu plutôt rapidement dans
différences de production entre le Nord et le Sud tout l’ancien Monde, à l’exception de l’Afrique
et la mondialisation. Les avancées technologiques subsaharienne, où le mouvement a été beaucoup
permettent d’envoyer le sperme et les embryons à plus lent, probablement à cause des maladies
la place des animaux vivants. Plus récemment, il est endémiques (Clutton-Brock, 1999).
devenu possible de transférer des systèmes entiers La domestication et la dispersion ont accru
de production – et créer ainsi des environnements la variabilité dans chaque espèce. Puisque
contrôlés dans d’autres parties de la planète. En les animaux s’adaptaient à de nouveaux
outre, il est de plus en plus possible d’identifier et environnements et étaient sujets à différentes
d’isoler les gènes, ainsi l’attention est de plus en pressions de sélection, les populations ont
plus focalisée sur les gènes que sur les caractères développé de nouvelles caractéristiques. Même
ou les génotypes. Au plan international, de au début de l’ère historique, la sélection n’était
nouveaux cadres légaux règlent les mécanismes pas uniquement naturelle, mais elle était
d’échange du matériel génétique et les droits de influencée par les préférences culturelles. Ces
propriété intellectuelle commencent à s’exercer. processus ont permis le développement de
Ces évolutions sont en cours et affectent nombreuses races locales (Valle Zárate et al.,
différentes parties du monde à différents degrés. 2006). La guerre et le commerce étaient des
Par exemple, dans une grande partie de la moteurs importants pour la diffusion d’animaux,
planète, les reproducteurs sont encore échangés comme les chevaux et les chameaux, utilisés pour
sans aucun engagement des organisations de le transport des marchandises et l’équitation. Un
sélection, et encore moins des entreprises de approvisionnement adéquat de chevaux était
sélection spécialisées. Cependant, les modernes vital pour le pouvoir militaire et cette espèce a
approches de sélection sont de plus en plus dominé le commerce des ressources génétiques
utilisées dans le Sud, et favorisent la diffusion de pendant des siècles.
races et de systèmes de production spécialisés.
54
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
55
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
aux tropiques humides, les bovins indiens Ongole les importations de matériel génétique sont
et Gir ont été apportés au Brésil et les bovins différentes. Les pays comme la Chine et le Brésil
Sahiwal de l’Inde et du Pakistan ont été introduits sont en train de créer leurs propres systèmes de
au Kenya. production intensive et leurs programmes de
sélection. Les pays de l’Europe de l’Est doivent
2.3 Troisième phase: de la moitié du améliorer la performance du secteur laitier,
XXe siècle à nos jours tandis que les pays de la Méditerranée, du Proche
Depuis environ la moitié du XXe siècle, une et Moyen-Orient et de l’Afrique importent par
série d’avancées technologiques a rendu les flux tradition à cause des coûts élevés associés au
génétiques plus faciles. L’utilisation commerciale développement de leurs propres programmes de
du sperme a débuté au cours des années 60, celle sélection.
des embryons au cours des années 80 et celle des Organisation de la sélection. Le marché de la
embryons sexués au cours des années 90 (Valle génétique animale est hautement concurrentiel.
Zárate et al., 2006). Le flux génétique a été plus La demande se base sur une performance prouvée
lent dans les pays en développement et dans les – un fournisseur arrive à vendre le sperme d’un
régions éloignées car l’insémination artificielle taureau, uniquement s’il a engendré des veaux
(IA) y était absente. de race supérieure. L’organisation efficace des
Vers la fin du XXe siècle, le nombre croissant de entreprises de sélection est par conséquent
consommateurs appréciant et pouvant acheter la déterminante. Il faut du temps pour développer
viande, le lait, les fromages et les œufs – même dans des souches ou des hybrides de haute performance
des pays sans aucune tradition de consommation et seulement un petit nombre d’entreprises et de
de lait – a alimenté les flux génétiques vers pays jouent ainsi le rôle de chefs de file. Il est ainsi
le Sud. L’expansion suivante des systèmes de difficile pour les autres acteurs impliqués de les
production d’élevage intensive dans les pays en rejoindre. La sélection et les flux génétiques des
développement a été définie la «révolution de volailles et des porcs sont dominés par quelques
l’élevage». Les animaux monogastriques (porcs grandes entreprises actives depuis les années 60.
et poules) sont de plus en plus nombreux, parce La concentration de la sélection est également
qu’ils transforment efficacement les aliments en hausse dans le secteur des bovins. Pour les
en viande ou en œufs. Les petits ruminants, moutons, la production d’hybrides sur plusieurs
spécialement les moutons, perdent du terrain car étages est à présent moins répandue. Un exemple
les ressources pâturables et la demande en laine est représenté par la Awassi Joint Venture en
sont en diminution (FAO, 1999). Australie, créée pour fournir des moutons vivants
Différents facteurs influencent les flux de gènes à abattre au Moyen-Orient (Mathias et Mundy,
des animaux d’élevage à travers les frontières 2005). Dans de nombreuses régions du Sud, la
nationales, dont les suivants. sélection commerciale structurée à grande échelle
Demande de performance optimale. Les flux n’est pas encore répandue.
génétiques sont entraînés par le désir des Changements dans les préférences des
producteurs et des sélectionneurs d’obtenir des consommateurs. Le changement des préférences
génotypes ayant une performance optimale des consommateurs et les nouvelles demandes
dans un environnement de production donné influencent les flux génétiques. Par exemple, la
(Peters et Meyn, 2005). Des facteurs d’impulsion demande en viande biologique a conduit aux
et d’attraction y sont engagés. Les exportations importations de races à viande britanniques et
engendrent des profits qui contribuent à françaises en Allemagne. Selon certaines prévisions,
payer les activités de sélection et peuvent se la pression des associations en faveur du bien-être
réinvestir dans les programmes de sélection. Du animal va promouvoir l’élevage des porcs dans des
côté des receveurs, les raisons qui expliquent conditions plus extensives, y compris des systèmes
56
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
de plein air, ce qui demandera de nouvelles souches provenant de l’extérieur (Schäfer et Valle Zárate,
capables de vivre dans ces conditions (Willis, 1998). 2006; Alandia Robles et al., 2006; Musavaya et al.,
Le fléchissement de la demande en laine favorise 2006).
la diffusion du mouton à poils. Services écologiques. L’utilisation des animaux
Santé animale et normes d’hygiène. Des normes d’élevage pour la protection du paysage et la
rigoureuses d’hygiène et l’indemnité des maladies conservation de la biodiversité – notamment
permettent à un pays de participer plus facilement en Europe – a entraîné une demande de races
au marché du matériel génétique. L’Australie, par tolérantes au climat et à faible intensité d’intrants
exemple, est considérée indemne des maladies et pouvant vivre à l’extérieur, même au cours des
aucune restriction n’est imposée à l’exportation hivers plus durs.
de son matériel génétique. En même temps, pour Recherche de caractéristiques spécifiques.
maintenir cette indemnité, elle impose des normes L’intérêt scientifique pour certains caractères
sévères de quarantaine et préfère accepter des génétiques liés à la résistance aux maladies, à
transferts de sperme et d’embryons plutôt que la fertilité et à la qualité des produits, contribue
d’animaux vivants. Les pays en développement également aux flux génétiques, mais à un
sont défavorisés, car souvent ils ne peuvent pas niveau relativement faible. Les poules Fayoumi
satisfaire les normes requises. Par exemple, les d’Egypte, par exemple, ont été introduites aux
Philippines importent le matériel génétique du Etats-Unis d’Amérique, au cours des années 40,
buffle laitier de la Bulgarie plutôt que de l’Inde en raison de leur résistance aux maladies virales
– source plus proche et moins chère – parce que et, en 1996, l’université de Göttingen a importé
ce pays ne satisfait pas les normes sanitaires des embryons surgelés de mouton Dorper afin
internationales. d’étudier leur adaptabilité à la production de
Politiques gouvernementales. Les gouvernements viande en Allemagne (Mathias et Mundy, 2005);
subventionnent souvent les exportations de de même, les chèvres Boer ont été amenées à
ressources génétiques nationales pour aider l’université de Gissen (toujours en Allemagne).
les agriculteurs ou soutiennent l’importation
de gènes exotiques pour créer des systèmes de
production nationaux, souvent financés par 3 Les cinq espèces principales
l’aide bilatérale et internationale. Autrement,
les gouvernements limitent l’exportation de Au cours des deux derniers siècles, le nombre et
leurs ressources génétiques pour essayer de les l’échange de races et de matériel génétique des
monopoliser, comme les pays de l’Amérique animaux d’élevage ont beaucoup augmenté. Les
latine qui ont interdit l’exportation des camélidés. échanges Nord-Nord ont été les plus significatifs.
L’histoire toutefois montre qu’il est difficile de Les échanges Nord-Sud et Sud-Sud ont été plus
limiter la diffusion des ressources génétiques. Les limités, et les flux Sud-Nord ont été les moins
moutons Mérinos se sont répandus partout dans fréquents. Les mouvements et les échanges ont
le monde après la chute du monopole espagnol; été particulièrement intenses dans les secteurs des
la Turquie a été incapable de prévenir la diffusion bovins laitiers, des porcs et des poules (Mathias et
mondiale de ces chèvres Angora; et l’Afrique du Mundy, 2005; Valle Zárate et al., 2006).
Sud n’a pas pu prévenir le transfert des ressources Les races ont été développées ou améliorées très
génétiques de l’autruche à d’autres pays. L’histoire souvent hors de leurs régions d’origine et ensuite
se répète à présent dans le secteur commercial car exportées à des pays tiers, comme la vache laitière
les entreprises ne peuvent pas éviter les «fuites» Holstein Frisonne pied noir, la Brahman des Etats-
de gènes des premiers clients à toute l’industrie, Unis d’Amerique et la Nelore du Brésil.
malgré les dispositions contractuelles interdisant Environ 1 080 races d’animaux d’élevage de
la sélection en race pure avec des animaux toutes les espèces sont à présent enregistrées
57
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 19
Distribution des races transfrontalières
Nombre de pays
140
Holstein-Frisonne
120
Large White s Bovin
| Mouton
100 Duroc
v Chèvre
Landrace z Porc
Jersey b Poule
80
Saanen Races ayant
une origine Autres Races
du Sud races commerciales
60 ou étant (ancêtres
Rhode Island Red sélectionnées non divulgués)
par le Sud
Leghorn
40
Suffolk
20
0
1 11 21 31 41 51 61 71 81
Ordre hiérarchique des races
comme «transfrontalières» – c’est-à-dire qu’elles espèces principales. Il faut noter que la figure
sont présentes dans plus d’un pays (DAD-IS, indique la présence d’une race dans les pays et pas
2006). Quelque 70 pour cent appartiennent à cinq la taille de sa population. Dans certains pays, une
espèces – 205 races de bovins, 234 de moutons, race internationale peut être documentée, mais
87 de chèvres, 59 de porcs et 156 de volailles. Les avoir une population très limitée. Le graphique
échanges de ces cinq espèces sont abordés en détail montre toutes les races signalées dans cinq pays
ci-dessous. La description de leur distribution dans ou plus. Chaque point du graphique correspond à
le monde se trouve à la section B. une seule race; seulement les races principales de
La taille des populations d’aucune des autres chaque espèce sont mentionnées. Par exemple, la
espèces d’animaux d’élevage (buffle, yak, cheval, race la plus répandue de bovins laitiers, la Holstein
âne, chameau, lama, alpaga, renne, canard, Frisonne, se trouve dans 128 pays dans le monde.
oie et dinde) n’est aussi importante, mais ces
espèces sont toutefois cruciales pour la survie
de millions d’éleveurs pauvres dans les pays en
développement et pour la mise en valeur des
zones marginales.
La figure 19 montre le nombre de pays où se
trouvent les races d’animaux d’élevage des cinq
58
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
3.1 Bovins
Les gènes des bovins sont échangés sous forme du transport, les marchés pour les reproducteurs
d’animaux vivants (génisses, vaches enceintes et vivants sont au nombre de trois: Europe, Amérique
taureaux), de sperme et d’embryons. La plupart du Nord et Pacifique Sud-Ouest. Entre 1993
des nombreux animaux échangés chaque année et 2003, les 15 pays qui étaient alors membres de
sont destinés à l’engraissement et à l’abattage, l’Union européenne ont exporté plus de 150 000
plutôt qu’à la sélection. A cause des coûts élevés génisses par an. Environ la moitié est restée
Figure 20
Distribution des bovins Holstein Frisonne
Holstein (pied-noir)
Présent
Non signalé
Figure 21
Distribution des bovins Charolais
Charolais
Présent
Non signalé
59
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
dans l’Europe des Quinze; presque tout le reste Le commerce des embryons n’a pas atteint
est allé en Afrique du Nord, en Asie de l’Ouest et l’importance du commerce de sperme. Cependant,
en Europe de l’Est. En même temps, l’Europe des quelques embryons ont été parfois suffisants pour
Quinze importait environ 15 000 génisses par an créer une population de grande taille comme
de l’extérieur, presque toutes de l’Europe de l’Est et en France, lors de l’amélioration des bovins
de la Suisse, un petit nombre seulement provenant noirs et blancs à Holstein Frisonne, obtenue
du Canada et d’ailleurs. Les importations des principalement par l’importation de moins de
Etats-Unis d’Amérique étaient restreintes pour des 1 000 embryons des Etats-Unis d’Amérique
raisons de santé et de maladie. (Meyn 2005 – communication personnelle, citée
Le commerce de sperme est beaucoup plus dans Mergenthaler et al., 2006).
important que le commerce d’animaux vivants –
le sperme est plus facile à transporter et n’est pas Races de descendance européenne
sujet aux restrictions rigoureuses sur la santé et Huit des premières dix races principales et 49 des
la quarantaine. Selon Thibier et Wagner (2002), premières 82 races (celles distribuées à cinq pays
en 1998 presque 20 millions de doses de sperme ou plus – voir figure 19) descendent des races
ont été commercialisées mondialement, ce qui européennes. La race la plus répandue est de loin
équivalait à environ 8 pour cent du nombre total la Holstein Frisonne, raspportée au moins dans
des doses surgelées produites dans le monde. 128 pays et dans toutes les régions (figure 20). Elle
L’Amérique du Nord et l’Europe ont été les est suivie per la Jersey (race laitière, dans 82 pays),
principaux exportateurs et l’Amérique latine la la Simmental (race à double fin, dans 70 pays),
principale importatrice. L’Amérique du Nord a la Brown Swiss (à double fin, dans 68 pays) et
produit 70 pour cent des exportations mondiales la Charolais (race à viande, dans 64 pays – voir
de sperme et l’UE 26 pour cent, le reste provenant figure 21).
d’autres pays européens, de l’Australie, de la Presque toutes les races européennes les plus
Nouvelle-Zélande et de l’Afrique du Sud. En réussies ont pour origine l’Europe du Nord-Ouest,
2003, l’UE a fourni environ 3 millions de doses, notamment le Royaume-Uni (11 races parmi les
principalement aux autres pays d’Europe, à premières 47), la France (six races), la Suisse et les
l’Amérique latine, à l’Afrique du Nord et à Pays-Bas. Quelques races proviennent du Sud et de
l’Amérique du Nord. L’Asie (à l’exception du l’Est du continent. Nombreuses races réussies se
Commonwealth des Etats indépendants et la basent sur les races traditionnelles du Moyen-Age
Turquie) et l’Afrique subsaharienne ont reçu ou des périodes antérieures, souvent développées
seulement 5 pour cent du total (Eurostat, cité dans par des nobles, des riches ou des monastères. Elles
Mergenthaler et al., 2006). En 2003, les pays de ont été formalisées au XIXe siècle par la création
l’UE ont importé environ 6,8 millions de doses de des livres généalogiques et par des sociétés
sperme, principalement des autres pays de l’UE, de sélection. Ceci s’est produit premièrement
le reste venant surtout des Etats-Unis d’Amérique au Royaume-Uni et ensuite dans le continent
et du Canada. européen, aux Amériques et dans le reste du
En 1991, les trois quarts des exportations de monde anglophone (Valle Zárate et al., 2006).
sperme dans le monde provenaient d’une race, De nombreuses races importantes ont été
la Holstein Frisonne. D’autres races laitières développées sur les petites îles (Jersey, Guernsey)
représentaient 13 pour cent, les races à viande ou dans les régions montagneuses éloignées
environ 10 pour cent et les races tropicales, (Simmental, Brown Swiss, Aberdeen Angus,
principalement les Brahman, les Red Sindhi et les Piedmont, Galloway, Highland) – localités offrant
Sahiwal, environ 2 pour cent (Chupin et Thibier, un isolement par rapport aux autres races et (dans
1995, cité dans Mergenthaler et al., 2006). le cas des montagnes) le stress environnemental
60
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
61
Figure 22
62
Distribution des races de bovins transfrontalières d’origine de l’Amérique latine, de l’Afrique ou de l’Asie du Sud
Partie 1
Guinée-Bissau
Suriname
Créole
Puerto Rican
Indo-brasilian
Nelore
Origine Afrique
Bonsmara
N'dama
Anguilla
Saint Kitts et Nevis Antigua et Barbuda
Origine Asie du Sud Montserrat Guadeloupe
Gir Dominique
Martinique
Sahiwal Sainte Lucie
Saint Vincent et les Grenadines Barbados
Red Sindhi
Grenade
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
63
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
3.2 Moutons pays. Elles ont eu le plus grand succès dans les
Les moutons sont parmi les races domestiques zones tempérées de l’Amérique du Nord et du
les plus répandues. Ils sont multifonctionnels, Pacifique Sud-Ouest où elles ont été introduites
adaptables et aucune restriction religieuse ne pour la première fois lors des établissements des
s’applique à l’utilisation de leur viande (du moins Européens dans ces zones et les transferts ont
parmi les croyances dominantes). Les moutons continué jusqu’à présent. Le Canada est une zone
d’élevage sont principalement échangés comme relais des races européennes avant l’importation
animaux vivants. L’insémination artificielle a aux Etats-Unis d’Amérique, vraisemblablement à
moins de succès chez les moutons que chez les cause des règlements de ce pays visant à prévenir
bovins. Elle requiert des systèmes de production la propagation des maladies.
à haute injection de capitaux et est importante Les pays de l’Europe des Quinze sont des
uniquement lorsque l’utilisation du sperme frais exportateurs nets de moutons de race pure et
est pratique, comme dans le cas des programmes l’Espagne joue le premier rôle. Le Portugal, la
de sélection des moutons laitiers en France, en France et l’Allemagne exportent également
Italie et en Espagne (Schäfer et Valle Zárate, 2006). quelques moutons d’élevage (Schäfer et Valle
Quelques 59 races de moutons sont signalées dans Zárate, 2006). Les échanges ont principalement
cinq pays ou plus. Les races les plus répandues lieu entre les pays de l’Europe des Quinze,
sont la race Suffolk, Mérino et Texel, suivies par mais l’Europe de l’Est est une autre destination
Corriedale et Barbados Black Belly. importante.
L’Amérique du Nord, l’Australie et la Nouvelle-
Les races de descendance européenne Zélande possèdent des programmes efficaces de
Les races européennes de moutons sont les sélection de moutons. Trois races développées
plus répandues dans le monde, mais pas autant dans ces régions se sont largement répandues:
dominantes que les races européennes de bovins. la Corriedale, quatrième parmi les races les plus
Elles représentent cinq des dix premières races au répandues; la Katahdin (résultat d’un croisement
plan mondial et 35 des 59 races signalées dans dix entre les races africaines et européennes); et la
pays ou plus (figure 19). Les trois premières races Poll Dorset. Toutes ces races ont, au moins en
sont d’origine européenne: la Suffolk (une race à partie, des progéniteurs européens.
viande et à laine de l’Angleterre orientale, qui se Les races européennes ont été exportées dans
trouve dans 40 pays de toutes les régions), la Texel quelques pays dans le Sud, particulièrement la
(une race à viande des Pays-Bas, dans 29 pays) et la Mérino (race pure dans 11 pays en Afrique, six en
Mérino (une race à laine provenant de l’Espagne) Asie et cinq en Amérique latine et Caraïbes) et
(figure 23). La race Mérino serait probablement la la Suffolk (cinq pays en Afrique, quatre en Asie
première si l’on comptait toutes ses races dérivées et 12 en Amérique latine et Caraïbes). La région
– elle a été largement croisée et sélectionnée afin Amérique latine et Caraïbes a reçu plus de races
de produire une multitude de nouvelles races. européennes que d’autres pays en développement.
Huit des premières races d’origine européenne La Criollo, originaire des premières importations
proviennent des parties sud et est de l’Angleterre; européennes, est présente dans presque chaque
trois de la France, tandis que les autres proviennent pays d’Amérique latine et Caraïbes (figure 23).
de la Finlande, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de Les races européennes ont contribué à la
la Fédération de Russie et de l’Espagne. Comme création de nombreuses races parmi les 440 races
pour les bovins, plusieurs de ces races sont des (et meme plus) composées qui ont été développées
races locales traditionnelles formalisées en races au cours des trois ou quatre siècles passés de par le
au cours du XIXe siècle. Les races de moutons monde (Shrestha, 2005, cité dans Schäfer et Valle
européens se sont répandues dans de nombreux Zárate, 2006). Les races très répandues ayant des
64
Figure 23
Distribution des races de moutons transfrontalières
Moutons transfrontaliers
Criollo
Mérino
Romanov Rwanda
Suffolk
Karakul
Awassi
65
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Cadre 9
Modification continue des gènes – le mouton Dorper
L’histoire du mouton Dorper explique la nature Ces moutons étaient initialement connus comme les
complexe des flux génétiques et la recomposition moutons Portland, mais ils ont été ensuite améliorés
continue des caractères que les sélectionneurs par l’accouplement avec des animaux Southdown.
entreprennent en réponse aux changements du En 1995, les moutons Dorper ont été importés
marché. Le mouton Dorper a été créé au cours des en Allemagne où ils sont devenus populaires car la
années 30, en Afrique du Sud, par le croisement des tonte n’était pas à fort coefficient de main-d’œuvre
races Black Headed Persian et Dorset Horn. à un moment où le marché de la laine était en
La race Black Headed Persian en fait n’a rien à voir déclin. Les reproducteurs de la Dorper d’Australie
avec la Perse. Elle provient de quatre animaux qui, en sont actuellement exportés au Viet Nam et en Inde.
1868, ont été embarqués de Somalie dans un bateau De plus, la Dorper a été croisée avec la Damara, une
provenant de la Perse et ont atteint l’Afrique du Sud. race sud-africaine à queue grasse, ce qui a donné la
Un des quatre moutons est mort, mais les autres race Damper. Les béliers Damper sont croisés avec les
animaux ont créé le noyau de la population de Black femelles Mérinos pour produire des animaux à viande
Headed Persian, enregistrée en 1906 dans le livre en Australie, ensuite vendus au Moyen-Orient pour
généalogique de l’Afrique du Sud. l’abattage.
La race Dorset Horn est le résultat du croisement
entre races espagnoles et troupeaux anglais, au cours Source: Système d’information sur les ressources génétiques
des animaux domestiques (DAGRIS) [Link]
du XVIe siècle. Elle avait la caractéristique unique
org/ (2006).
de produire des agneaux tout au long de l’année.
Figure 24
Flux génétiques des moutons améliorés Awassi et Assaf d’Israël
Royaume-Uni
Espagne Albanie
Hongrie
Europe de l’Est et
Pays méditerranéens Bulgarie Asie centrale
Portugal Roumanie
Kirghizistan
Italie Ex Yougoslavie
Chypre Kazakhstan
Proche et
Israël Moyen-Orient
Ethiopie
Inde Nouvelle-
Zélande
Pays tropicaux Pacifique
Myanmar Sud-Ouest
Australie
Partie 1
68
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 25
Distribution des chèvres Saanen
Saanen
Présente
Non signalée
Figure 26
Distribution des chèvres Boer
Boer
Présente
Non signalée
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
70
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Figure 27
Distribution des porcs Large White
Large White
Présent
Non signalé
Races de l’Amérique du Nord parmi les 21 premières. Les porcs asiatiques ont
La race la plus répandue des Etats-Unis d’Amérique toutefois contribué à la création de la plupart
est la Duroc (93 pays, classifiée deuxième à niveau des principales races, car de nombreuses races
mondial). Les origines de cette race rouge restent européennes ont quelques ancêtres chinois.
inconnues, mais pourraient inclure des animaux
de la Guinée, en Afrique de l’Ouest, de l’Espagne, 3.5 Poules
du Portugal et du Royaume-Uni. Les autres races Les poules sont le plus vieux type de volailles.
des Etats-Unis d’Amérique, parmi les 21 premières, Cependant, les races les plus importantes ne se sont
sont la Hampshire (dans 54 pays, développée développées qu’au cours de la deuxième moitié du
vers 1800 au New Hampshire des troupeaux XIXe siècle, y compris la White Leghorn, la New
britanniques), la Poland China (13 pays, de Hampshire et la Plymouth Rock. La White Leghorn
différentes sources) et la Chester White (six pays, est basée sur des poules de campagne italiennes
de troupeaux britanniques). ayant atteint les Etats-Unis d’Amérique vers 1820,
où elles ont été sélectionnées pour la production
D’autres races d’oeufs. Elles ont été importées de nouveau en
La seule race se classifiant parmi les 21 premières Europe après la première guerre mondiale.
est la Pelon, une miniature de l’Amérique centrale Les races de poules sont subdivisées en
présente dans sept pays. Malgré l’énorme pondeuses (utilisées principalement pour la
quantité de porcs présents en Asie de l’Est (plus production d’oeufs), de chair (pour la viande),
de la moitié de la population mondiale), cette à double fin (viande et œufs), de combat
région ne possède aucune des races classifiées et d’ornement. Dans le Nord, les souches
71
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
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Partie 1
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
size (Rothschild et al., 1996); and in poultry, chèvres Saanen et les poules Rhode Island Red
the naked-neck gene affecting heat et Leghorn, se sont répandues partout dans le
tolerance and the dwarf gene affecting monde et ont souvent dépassé en nombre les
body size (Merat, 1990). races traditionnelles. Ce processus est largement
([chez les moutons, le] gène Inverdale, achevé en Europe et en Amérique du Nord,
affectant le taux d’ovulation (Piper et mais il se produit dans de nombreux pays en
Bindon, 1982; Davis et al., 1998) et le gène développement qui avaient, jusqu’à présent,
callipyge, pour la production de viande retenu un grand nombre de races indigènes. Il est
(Cockett et al., 1993); chez les bovins, difficile de quantifier cet effet, car les données
le gène de l’hypertrophie musculaire, nécessaires n’ont pas été établies et d’autres
pour la production de viande (Hanset facteurs ont également contribué à l’érosion
et Michaux, 1985a,b); chez les porcs, les de la diversité. Cependant, il n’est pas exagéré
gènes de sensibilité à l’halothane et RN de déclarer que le Sud sera le point focal de la
pour la qualité de la viande (Archibald perte de la diversité raciale au cours du XXIe siècle
et Imlah, 1985), et le locus du récepteur (Mathias et Mundy, 2005).
œstrogénique affectant la taille de la • Au Viet Nam, le pourcentage de truies
portée (Rothschild et al., 1996); et chez indigènes est passé de 72 pour cent de
les volailles, le gène cou nu, affectant la population totale, en 1994, à seulement
la tolérance à la chaleur et le gène de 26 pour cent, en 2002. Parmi ses 14 races
nanisme affectant la taille physique locales, cinq sont vulnérables, deux sont
(Merat, 1990))». dans une situation critique et trois sont
Les marqueurs génétiques affectant les en voie d’extinction (Huyen et al., 2006).
caractères désirables rendent possible la sélection • Au Kenya, l’introduction de la race de
des porteurs du caractère concerné et l’utilisation mouton Dorper est la cause de la disparition
de ces animaux pour la sélection des programmes presque totale du mouton de race pure Red
d’introgression assistée par marqueurs. Les Maasai (voir cadre 95, partie 4 – section F).
expériences des quelques programmes existants Dilution et disparition des races locales. Le
indiquent que la méthode pourrait porter croisement indiscriminé avec les races importées
des avantages économiques dans les pays en a souvent été la raison de la dilution des races
développement. Cependant, l’utilisation de cette locales, sans que ceci produise des gains significatifs
biotechnologie devrait se décider au cas par pour la production ou les autres caractéristiques
cas et aura du succès seulement si l’on dispose désirables. En Inde, par exemple, le gouvernement
d’un programme de sélection valable et d’un a soutenu le croisement avec la Holstein Frisonne,
enregistrement de données intensif (FAO, 2007). la Danish Red, la Jersey et la Brown Swiss pendant
de nombreuses décennies. Ceci a produit la
4.2 Flux génétiques réduisant dilution des races locales, mais souvent n’a pas
la diversité eu un effet positif pour la production. En Inde, la
Remplacement des races locales. Le flux hausse de la production laitière peut largement
génétique réduit la diversité lorsque les races à être attribuée à la plus ample utilisation des
haute performance et les systèmes de production buffles dans le secteur laitier (Mathias et Mundy,
intensive remplacent les races et les systèmes de 2005). La promotion indiscriminée du croisement
production locaux. Depuis la moitié du XXe siècle, des races exotiques peut provoquer la disparition
un nombre limité de races à haute performance, totale des races locales. L’amélioration des races
généralement de descendance européenne et bovines Bos indicus avec les races Bos taurus du
incluant les bovins Holstein Frisonne et Jersey, Nord a souvent des effets négatifs sur la fertilité.
les porcs Large White, Duroc et Landrace, les
75
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
4.3 Flux génétiques neutres pour avantages. Ce système requiert en fait des
la diversité négociations bilatérales à niveau gouvernemental
Souvent, le flux de races et de gènes n’a pas eu pour déterminer les détails des dispositions
d’effets durables sur la biodiversité locale dans de partage des avantages chaque fois que les
le pays destinataire. De nombreux efforts visant reproducteurs se déplacent au-delà des frontières
à introduire des races dans un nouveau pays nationales. Ceci augmentera probablement
ont échoué comme dans le cas des importations la paperasserie, et rendra plus difficile, ou
de races européennes aux tropiques humides – même dans certains cas impossible, l’échange
beaucoup d’argent a été dépensé pour transporter de matériel génétique. L’expérience (encore
les animaux partout dans le monde, sans qu’ils limitée) des ressources phytogénétiques a montré
puissent s’adapter aux nouveaux milieux de vie. que les avantages de ces régimes vont plus aux
gouvernements qu’aux fermiers.
4.4 L’avenir Avec la mise en place de ce genre de concept,
La façon dont les flux génétiques affecteront la les gouvernements devraient autoriser tous les
diversité à l’avenir dépendra en premier lieu des transferts de matériel génétique traversant les
cadres politiques et légaux qui sont à présent frontières nationales et établir les conditions
en voie de développement. Dans le cadre de mêmes de ces transferts. Ceci pourrait réduire
la «révolution de l’élevage», probablement le la capacité de créer de nouvelles races et nuire
transfert des systèmes de sélection des porcs et aux affaires des sélectionneurs et aux économies
des bovins continuera et augmentera même dans agricoles. Par crainte du piratage biologique, les
les pays du Sud en voie rapide de développement. pays pourraient hésiter à octroyer un accès official
L’élimination des races locales est ainsi destinée à leurs ressources génétiques.
à s’accélérer dans de nombreux pays en L’utilisation plus élargie des réglementations
développement, à moins que des dispositions sur les droits de propriété intellectuelle (DPI)
spéciales ne soient mises en place pour leur peut également limiter l’échange des ressources
conservation in situ, en fournissant aux éleveurs zoogénétiques. Les secrets industriels et
le soutien approprié. commerciaux et les contrats de licence sont déjà
Cependant, les pays sont de plus en plus la règle dans la sélection des volailles et des porcs,
préoccupés des effets des importations ce qui laisse le contrôle des gènes à un secteur
indiscriminées sur leurs races indigènes. Par privé concentré. L’utilisation du système des
exemple, le Japon a récemment annoncé brevets pour gagner le contrôle sur les processus
l’intention de protéger ses races de bovins Wagyu, de sélection peut ultérieurement concentrer
en accordant des «indications géographiques» l’élevage à un nombre restreint d’acteurs.
(similaires aux marques) pour les produits de ces
animaux de race pure. Pendant plusieurs années,
les gouvernements des pays en développement
ont accordé leur préférence aux races exotiques,
tandis qu’à présent une inversion de tendance
est en place, avec des appels visant à interdire
aux producteurs l’utilisation des races exotiques
(qui pourraient avoir des impacts négatifs sur
l’existence de ceux qui auraient des bénéfices de
ces races).
Les dangers qui menacent le libre échange des
ressources génétiques reposent sur l’adoption
répandue du concept d’accès et partage des
76
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Références
77
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
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78
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Section D
Cette section présente une vue d’ensemble de intérieur brut (PIB) est plus élevée dans les régions
l’importance des ressources zoogénétiques pour en développement, la proportion la plus élevée
l’agriculture dans le monde, leur contribution ayant été enregistrée en Afrique (figure 29).
aux moyens d’existence des fermiers et des Dans le secteur agricole, la contribution de
bergers, et leur importance sociale et culturelle. l’élevage varie également selon les régions,
Le premier chapitre explique l’importance de des proportions relativement plus élevées se
la production de l’élevage dans les différentes retrouvant dans les régions développées (et
régions de la planète en matière de rendement dans la région Pacifique Sud-Ouest, dominée
économique, d’utilisation de la terre et d’emploi. par l’Australie et la Nouvelle-Zélande). Il est
Les différences régionales relatives à l’importance toutefois intéressant de constater les évolutions
des animaux d’élevage (en général et par espèce) historiques relatives à la contribution de l’élevage
sont examinées en fournissant des données sur par rapport au produit intérieur brut agricole.
les schémas de leur distribution ou «densité». Comme la figure 28 l’indique, l’évolution dans les
Cette partie est suivie par un chapitre sur la régions développées indique une légère baisse au
production d’aliments, fibres, cuirs et peaux. cours des 30 dernières années. Inversement, dans
D’autres utilisations des animaux d’élevage, la plupart des régions en développement (Asie,
comme l’approvisionnement en intrants pour Amérique latine et Caraïbes, et Proche et Moyen-
la production végétale, le transport, les rôles Orient), l’élevage a acquis plus d’importance. La
social et culturel et la fourniture de services seule exception est représentée par la région
environnementaux, sont ensuite prises en Afrique, où la contribution de la production
considération – ces informations se sont de l’élevage a diminué, après avoir atteint son
largement inspirées des Rapports nationaux. maximum au cours des années 80.
La dernière partie est consacrée à l’importance Les chiffres bruts de la contribution de la
particulière des animaux d’élevage pour les production d’élevage à l’économie ne fournissent
moyens d’existence des pauvres. pas le tableau complet de son importance socio-
économique. Dans de nombreuses parties de la
planète, l’élevage est un élément important pour
2 Contribution aux économies l’existence d’un grand nombre de personnes et
nationales apporte une contribution supérieure à celle des
produits marchands pris en considération dans
Les animaux d’élevage contribuent de façon les statistiques économiques. Les données sur le
significative à la production alimentaire et à nombre total d’éleveurs ne sont pas disponibles
l’économie de toutes les régions. L’importance au niveau mondial ou régional. Les chiffres sont
relative de l’agriculture par rapport au produit disponibles au niveau de la communauté, du
79
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
district ou du pays mais, vues les lacunes des qu’au moins 70 pour cent de la population rurale
données à plus grande échelle, il est difficile détient des animaux d’élevage (Arya et al., 2002)
d’obtenir des estimations précises – voir Thornton et, dans l’état d’Assam, ce chiffre atteint presque
et al. (2002) pour des renseignements sur la 90 pour cent (Sarkar, 2001).
cartographie de l’élevage et de la pauvreté Le système agricole et les types d’animaux détenus
dans les pays en développement. Le calcul de sont inévitablement influencés par la quantité des
la proportion de la population employée dans terres agricoles disponibles par rapport à la taille de la
l’agriculture, tel qu’indiqué au tableau 24, est un main-d’œuvre agricole, qui est à son tour fortement
moyen qui permet d’évaluer l’importance relative conditionnée par le degré d’industrialisation et de
de l’agriculture en tant qu’activité d’existence dans développement économique. Comme indiqué au
les différentes régions de la planète. En Afrique et tableau 24, les différences entre les régions, en ce
en Asie, la plupart des populations continuent de qui concerne les terres attribuées par personne dans
gagner leur vie grâce à l’agriculture. Les moyens le secteur de l’agriculture, sont considérables – l’Asie
d’existence de la plupart de ces populations étant la région où la terre est la plus insuffisante. Le
dépendent de façon différente des animaux contraste le plus frappant par rapport à l’Asie est
d’élevage. En Inde, par exemple, il a été estimé représenté par l’Australie – un pays industrialisé où
Figure 28
Contribution de l’agriculture et de l’élevage au PIB total, par région
Pourcentage
20
18
Agriculture
16
Elevage
14
12
10
0
Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe Pacifique Proche
du Nord et Caraïbes et Caucase Sud-Ouest et Moyen-Orient
Source: Banque mondiale, chiffres pour 2001, contribution proportionnelle de l’agriculture et de l’élevage basée sur le dollar
international actuel ($ int.)4.
4
Le dollar international ($ int.) est une valeur qui corrige les disparités du pouvoir d’achat entre les économies nationales. Les facteurs
de conversion utilisés pour atteindre la parité du pouvoir d’achat (PPA) considèrent les différences des prix relatifs des marchandises et des
services – en particulier nationaux – et, par conséquent, fournissent une meilleure mesure globale de la valeur réelle des extrants produits.
80
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 29
Contribution de l’élevage au PIB agricole
Pourcentage
1974
80
1984
1994
60 2004
40
20
0
Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe Pacifique Proche
du Nord et Caraïbes et Caucase Sud-Ouest et Moyen-Orient
Source: FAOSTAT.
Tableau 24
Main-d’œuvre employée dans l’agriculture et surface cultivée par travailleur agricole
Proportion de main-d’œuvre Surface agricole par personne
employée dans l’agriculture économiquement active en
(%) agriculture (ha)
Afrique 59 5,1
Amérique du Nord 2 143,4
Amérique latine et Caraïbes 19 18,0
Asie 56 1,4
Europe et Caucase 11 11,8
Pacifique Sud-Ouest 8 456,2
- Pacifique Sud-Ouest, Australie et Nouvelle-Zélande exclues 44 2,6
- Australie et Nouvelle-Zélande 5 761,0
Proche et Moyen-Orient 30 16,2
Planète 42 3,8
Source: FAOSTAT – chiffres pour 2002.
les conditions climatiques expliquent la faible densité région est l’Amérique du Nord où le processus de
de population rurale. Ce pays avec, en mesure concentration, qui a eu lieu dans le secteur agricole
moindre, la Nouvelle-Zélande fait du Pacifique au cours des dernières années, a créé des niveaux
Sud-Ouest la région avec la plus vaste étendue d’emploi très faibles dans le secteur agricole.
de terres par travailleur agricole. La deuxième
81
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 30
Pourcentage de pâturages permanents sur le total des terres agricoles
Pourcentage
100
80
60
40
20
0
Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe Pacifique Proche
du Nord et Caraïbes et Caucase Sud-Ouest et Moyen-Orient
82
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
des autres régions est plus variée. En Europe par rapport à l’Asie centrale et à la Chine. L’Afrique
et Caucase, les pays les plus occidentaux ont et les pays du Proche et Moyen-Orient présentent
généralement les valeurs les plus élevées. Les généralement des densités limitées, à l’exception
pays d’Afrique et d’Asie montrent également de l’Egypte. En Europe et Caucase, les densités
beaucoup d’écarts, un grand nombre d’animaux sont élevées dans les régions occidentales, mais
par personne se trouvant dans des pays comme le faibles dans les parties orientales de la région, en
Mali, la Mauritanie, la République centrafricaine, particulier pour la Fédération de Russie. La région
le Soudan, le Tchad et la Mongolie. Amérique latine et Caraïbes montre également
Les chiffres totaux d’unités de bétail par des variations considérables entre les différents
hectare reflètent en grande partie les schémas pays. La carte ne révèle évidemment pas la grande
d’utilisation des terres et la productivité des diversité de la distribution des animaux d’élevage
terres de pâture mais, au niveau national, ils à l’intérieur des pays. La densité peut varier selon
sont également influencés par l’accroissement la zone agroécologique et, dans de nombreux
de systèmes de production intensifs et hors-sol pays, les populations d’animaux d’élevage sont
et par l’importation d’aliments pour les animaux. plus concentrées près des centres urbains. Les
La plupart des régions montrent des variations densités élevées d’animaux d’élevage posent
considérables entre les différents pays (figure 32). souvent des problèmes pour l’environnement
Dans la région Asie, le Japon, la plupart de l’Asie et pour la base des ressources naturelles (voir
du Sud et de nombreux pays de l’Asie du Sud-Est partie 2, pour de plus amples informations).
présentent des densités d’animaux plus élevées
Figure 31
Densité des animaux d’élevage par rapport à la population humaine
Unité de bétail
par 100 personnes,
en 2004
<8
8 - 14
14 - 17
17 - 24
24 - 30
30 - 45
> 45
83
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 32
Densité des animaux d’élevage par kilomètre carré de terres agricoles
L’importance des différentes espèces d’animaux de chèvres par personne est particulièrement
d’élevage dans les régions est loin d’être égale, car faible en Amérique du Nord. L’âne est une autre
elle dépend de plusieurs facteurs agroécologiques, espèce qui revêt une énorme importance pour
socio-économiques, religieux et culturels. les habitants des régions moins développées;
Quelques espèces se trouvent uniquement dans les proportions les plus élevées d’animaux par
une région, tandis que d’autres se trouvent personne se trouvent de nouveau au Proche et
partout dans le monde (voir section B: 3 pour des Moyen-Orient, même si l’Afrique, l’Amérique
renseignements sur la diversité des espèces). latine et les Caraïbes suivent de près. Le schéma
Les bovins et les moutons se trouvent dans change pour les chevaux. L’Amérique du Nord,
toutes les régions de la planète, mais la région le Pacifique Sud-Ouest et l’Europe et Caucase
Pacifique Sud-Ouest dépasse de loin toutes ont plus de chevaux par personne que la plupart
les autres en nombre d’animaux par personne des régions en développement – dans les pays
(tableau 25). L’Australie et la Nouvelle-Zélande développés, les chevaux sont largement utilisés
dominent, grâce à leurs vastes étendues de pour des activités de loisirs. Cependant, la région
pâturages et à la faible densité de population Amérique latine et Caraïbes possède la plus
humaine. Pour les chèvres, le tableau 25 indique grande quantité de chevaux. Pour les porcs, les
leur importance au Proche et Moyen-Orient. Cette régions développées de l’Amérique du Nord et de
espèce a généralement une grande importance l’Europe et Caucase (où la production des animaux
dans les régions en développement – le nombre monogastriques est dominée par les systèmes hors-
84
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Tableau 25
Nombre d’animaux par espèce/1000 habitants
Ane 14 0 14 4 2 0 23
Autres camélidés 0 0 12 0 0 0 0
Autres rongeurs 0 0 30 0 0 0 0
Buffle 0 0 2 46 1 0 18
Canard 9 24 29 260 82 32 46
Chameau 7 0 0 1 0 0 22
Cheval 5 17 44 4 8 14 1
Mulet 1 0 12 1 0 0 0
Oie 4 1 1 72 23 3 46
Tableau 26
Nombre d’animaux par espèce/1000 hectares de terres agricoles
Espèce Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe et Pacifique Proche et
du Nord et Caraïbes Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient
Ane 11 0 10 11 2 0 13
Autres camélidés 0 0 8 0 0 0 0
Autres rongeurs 0 0 21 0 0 0 0
Buffle 0 0 2 121 1 0 10
Chameau 5 0 0 2 0 0 12
Cheval 4 12 31 10 13 1 0
Mulet 1 0 8 3 1 0 0
Oie 3 1 0 191 35 0 25
Source: FAOSTAT – chiffres relatifs à la production en 2004, chiffres relatifs à l’utilisation des terres en 2002.
85
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
sol) ont les densités les plus élevées par habitant, des espèces monogastriques, la production hors-
tandis que parmi les régions en développement, sol est de plus en plus significative dans plusieurs
l’Asie montre les densités les plus élevées. D’autres zones de l’Asie. Les densités plus élevées de bovins
espèces de mammifères, comme les buffles et les et de chevaux se trouvent en Amérique latine et
camélidés, ont des distributions plus restreintes Caraïbes.
et se trouvent seulement dans quelques régions.
L’Amérique du Nord a le nombre le plus élevé de
poules par habitant, suivie par l’Amérique latine 4 Production alimentaire
et Caraïbes et par le Pacifique Sud-Ouest.
Du point de vue des animaux par hectare En ce qui concerne la valeur économique globale
de terres agricoles (tableau 26), le modèle de de la production alimentaire, l’Asie est la région
distribution des espèces est plutôt différent. chef de file, ce qui reflète sa grande population
Pour les bovins, par exemple, la région Pacifique d’animaux d’élevage. Cependant, lorsque
Sud-Ouest possède le nombre le plus faible par l’on considère l’importance de l’élevage pour
hectare – tandis qu’elle a le plus grand nombre l’économie et l’approvisionnement alimentaire,
de bovins par personne. Les parcours arides et il est utile d’examiner les niveaux de production
semi-arides de l’Australie sont vastes, mais la par rapport à la population humaine de la région
densité de bétail est faible. L’Europe et Caucase (tableau 27). Pour ce qui est du lait et de la
est la région ayant la densité de moutons la plus viande par personne, la production la plus élevée
élevée, tandis que pour les chèvres, les volailles et se trouve dans la région Pacifique Sud-Ouest.
les porcs, l’Asie a le plus grand nombre d’animaux Grâce aux contributions de l’Australie et de la
par hectare de terres agricoles. Pour ce qui est Nouvelle-Zélande, la région indique des niveaux
Tableau 27
Production alimentaire d’origine animale (kilo par personne par an)
Viande de volailles 3 58 29 7 17 34 9
Viande de chameau 0 0 0 0 0 0 1
Lait de bufflonne 0 0 0 20 0 0 13
Lait de chèvre 1 0 1 2 3 0 8
Lait de brebis 1 0 0 0 5 0 7
Lait de chamelle 0 0 0 0 0 0 1
Oeufs 2 17 10 10 13 8 4
86
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Figure 33
Exportations nettes - viande
Viande
Exportations nettes en 2003
[en millions de dollars]
< -52.0
-52.0 à -18.0
-18.0 à -6.5
-6.5 à -1.3
-1.3 à 0.0
> 0.0 à 20.0
20.0 à 600.0
> 600.0
Données non disponibles
Source: FAOSTAT.
Figure 34
Exportations nettes – équivalent lait
Equivalent lait
Exportations nettes en 2003
[en millions de dollars]
< -100
-100 à -20
-20 à -8
-8 à -2
-2 à 0
> 0 à 35
35 à 250
> 250
Source: FAOSTAT.
87
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Figure 35
Exportations nettes – œufs
Œufs (volailles)
Source: FAOSTAT.
de production très élevés pour la viande ovine et production considérable de viande. Le secteur
bovine, et pour le lait de vache. En dehors de la de l’élevage de cette région produit un peu plus
région Pacifique Sud-Ouest, la production de lait de viande que l’Europe et Caucase, bien que la
la plus élevée par personne se trouve dans les pays situation soit inversée pour la viande des petits
développés de l’Europe et Caucase et en Amérique ruminants. L’Amérique du Nord et l’Europe et
du Nord; la région Amérique latine et Caraïbes a Caucase sont les régions principales pour la
des niveaux de production considérablement plus production d’œufs par personne, suivies par l’Asie
élevés que les autres régions en développement. La et l’Amérique latine et Caraïbes.
contribution à la production de lait des bufflonnes Dans de nombreux pays, les produits de
est très importante dans la région Asie et assez l’élevage, en plus de pourvoir la consommation
importante au Proche et Moyen-Orient. Cette au niveau national, sont d’importants produits
région possède également les plus hauts niveaux d’exportation. Le commerce de produits issus de
de production par habitant de lait de brebis et l’élevage est en hausse, mais il doit répondre à
de chèvre. La production de lait de chamelle n’est plusieurs contraintes – associées particulièrement
significative à l’échelle régionale qu’au Proche à la santé animale. Les pays se distinguent entre
et Moyen-Orient et même dans cette région, les exportateurs nets ou importateurs nets de
niveaux de production sont relativement faibles produits particuliers d’origine animale. Les figures
par rapport aux autres espèces. L’Amérique du 33, 34 et 35 indiquent respectivement l’état des
Nord suit la région Pacifique Sud-Ouest dans la exportations ou des importations des pays pour
production de viande, mais elle est la première la viande, le lait et les œufs.
pour la viande de porc et de volailles. La région Le Brésil et les pays méridionaux de l’Amérique
Amérique latine et Caraïbes a également une du Sud sont des exportateurs nets de viande, tout
88
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
comme les pays de l’Amérique du Nord; l’Australie comme au Lesotho et en Uruguay. Dans ce pays,
et la Nouvelle-Zélande; un certain nombre de l’industrie de la laine a été une source majeure
pays africains (en particulier le Botswana et la d’emploi, avec 14 pour cent de la main-d’œuvre
Namibie); la Chine, l’Inde et plusieurs autres pays embauchée dans cette industrie (RN Uruguay,
asiatiques; et de nombreux pays européens. Pour 2003). De nombreuses races de moutons ont
ce qui est du lait, les exportateurs nets de longue été développées pour la laine. La race Mérino à
date comme l’Argentine, l’Australie et la Nouvelle- laine fine s’est répandue de l’Espagne à toutes
Zélande ont été récemment rejoints pas de les régions de la planète; et dans de nombreux
nouveaux pays exportateurs, comme la Colombie, pays, certaines races indigènes sont connues
l’Inde et le Kirghizistan. Les exportateurs nets pour les qualités particulières de leur laine.
d’œufs se trouvent dans toutes les régions de En Inde, par exemple, les moutons Chokla et
la planète. En Asie, par exemple, les principaux Pattanwadi sont populaires pour leur laine à
exportateurs nets sont la Chine, l’Inde, la Malaisie tapis de bonne qualité, la race Magra produit
et la République islamique d’Iran. L’exportateur une laine satinée et la race Chanthangi une
net le plus important de la région Afrique est laine fine (RN Inde, 2004).
l’Afrique du Sud, mais d’autres pays exportateurs Les chèvres sont également des importants
nets sont l’Ethiopie, la Zambie et le Zimbabwe. producteurs de fibres. Le poil fin provient des
En Amérique latine et Caraïbes, la Colombie et le races comme la Cashmere et l’Angora. Le poil
Pérou sont devenus des exportateurs nets d’œufs grossier est également un sous-produit significatif
au cours des dernières années, tout comme de l’élevage des chèvres. La production de poils de
l’Egypte au Proche et Moyen-Orient. chèvres se concentre dans la région Asie, mais la
production est également importante en Europe
et Caucase. Les fibres des camélidés de l’Amérique
5 Production de fibres, peaux, cuirs latine sont de plus en plus recherchées dans les
et fourrures marchés internationaux par leurs qualités uniques
et fournissent des intrants pour la production
Les fibres, peaux, cuirs et fourrures des animaux artisanale locale. Les lapins Angora fournissent
d’élevage sont également des produits importants. également des poils fins; la Chine en est de loin
Bien qu’au cours des dernières années, l’industrie le plus grand producteur. Les poils sont un sous-
mondiale des moutons ait changé l’orientation produit de la production de chameaux. Le sous-
de la production de la laine au profit de la viande, poil doux des chameaux bactriens représente une
la laine est encore un produit important dans source de fibres fines; la Chine en est, de nouveau,
plusieurs pays. La production de laine la plus élevée le producteur principal. Le sous-poil du yak est de
(tableau 28) se trouve dans la région Pacifique très haute qualité; il est utilisé dans les ménages
Sud-Ouest. La Chine, la République islamique et vendu à petite échelle par les bergers. Il est
d’Iran, le Royaume-Uni et d’autres pays avec devenu un sous-produit de plus en plus important
des populations considérables de moutons en Chine, car l’industrie des textiles a commencé
sont également d’importants producteurs de à utiliser les fibres de yak (FAO, 2003a). Les poils
laine, mais cette production est secondaire par grossiers du yak sont utilisés de différentes
rapport à la viande ou le lait. La demande en manières, par exemple, dans la fabrication de
laine reste élevée en Chine qui est le plus grand cordages. Pour les espèces aviaires, les plumes
importateur de laine (utilisée particulièrement sont un sous-produit important, utilisé à niveau
pour la production de textiles et de vêtements industriel dans la manufacture d’articles de literie
pour l’exportation). Dans un certain nombre de ou dans le petit artisanat.
pays, la laine est par tradition le plus important Les cuirs des bovins et les peaux des moutons et
produit du secteur de production des moutons – des chèvres sont produits dans toutes les régions
89
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 28
Production de fibres, peaux et cuirs (en milliers de tonnes par an)
Produits Afrique Amérique Amérique latine Asie Europe et Pacifique Proche et
du Nord et Caraïbes Caucase Sud-Ouest Moyen-Orient
Cuirs de bovin, frais 515,5 1 157,7 1 809,0 2 576,7 1 377,8 304,1 119,7
Peaux de chèvre, fraîches 112,2 0,01 23,2 727,9 30,6 5,4 64,9
Peaux de mouton, fraîches 0,05 <0,01 0,03 0,03 0,06 <0,01 0,01
de la planète, tandis que d’autres produits, tel D’autres sous-produits des animaux d’élevage
les cuirs de buffles, ont des caractéristiques plus sont les cornes, les sabots et les os – utilisés au
régionales. L’Asie est la région avec la plus grande niveau artisanal pour la production de différents
production de cuirs de bovins et de peaux de articles décoratifs, outils et biens ménagers, et
chèvres, tandis que l’Europe et Caucase produit dans la production de la colle et de la gélatine. Les
la plupart des peaux de moutons (tableau 28). Les farines animales étaient une source importante
cuirs et les peaux fournissent la matière première de protéines fourragères pour la production
pour les industries locales, souvent artisanales, d’animaux d’élevage avant les flambées
de cuir et de tannage mais, dans un certain épidémiques d’encéphalopathie spongiforme
nombre de pays, ils sont également des produits bovine.
d’exportation importants. Au niveau de la
production de subsistance, les peaux sont utilisées
pour fabriquer les vêtements, les tapis et d’autres 6 Apports agricoles, transports et
articles ménagers. Dans la plupart des cas, les cuirs carburants
et les peaux sont des sous-produits des animaux
d’élevage, sauf pour le mouton Karakul dont les Dans les pays en développement, la force
peaux des agneaux sont le produit principal. Cette de traction des animaux fournit une forte
race est élevée dans plusieurs pays asiatiques, mais contribution aux cultures. La traction animale est
s’est également répandue dans d’autres parties par tradition très importante en Asie (tableau 29)
de la planète, comme en Australie, au Botswana et relativement non importante en Afrique
et aux Etats-Unis d’Amérique. D’autres races subsaharienne, à cause des sols lourds et de la
populaires pour la qualité de leurs peaux sont présence de la mouche tsé-tsé. Cependant, la
la chèvre Jining Grey de la Chine réputée pour traction animale revêt une grande importance
la couleur et les motifs des peaux du chevreau, dans d’autres pays de l’Afrique: en Gambie, par
la Chèvre Rousse de Maradi au Niger, la chèvre exemple, 73,4 pour cent des champs sont cultivés
Mubende de l’Ouganda et la chèvre Black Bengal en utilisant la force animale (RN Gambie, 2003).
du Bangladesh (RN Bangladesh, 2004; RN Chine, En Amérique latine et Caraïbes, et au Proche
2003; RN Niger, 2003; RN Ouganda, 2004). et Moyen-Orient, la traction animale revêt une
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
(2004), par exemple, constate que l’utilisation de des chevaux dans les systèmes de production
cette espèce pour la traction a augmenté parmi extensive de bovins.
les petits producteurs, particulièremtn dans les Dans les parties orientales de la région Europe
zones plus sèches du pays. et Caucase, quelques petits fermiers utilisent
Les buffles sont également d’importants encore les chevaux comme force de traction. En
animaux de trait, surtout en Asie, et sont fait, dans certaines zones, suite à la fragmentation
particulièrement adaptés pour travailler dans des exploitations agricoles, le nombre de chevaux
des environnements marécageux. Dans les zones de trait a augmenté au cours des dernières
semi-arides de l’Afrique, de l’Asie et du Proche années (RN Roumanie, 2003). Cependant, le
et Moyen-Orient, les chameaux sont utilisés Rapport national de la Lettonie (2003) indique
pour labourer les champs, pour aller chercher que la sélection des chevaux pour la traction a été
l’eau et pour le transport. Les yaks sont des de plus en plus remplacée par la sélection pour
importantes bêtes de somme dans les hauts la production de viande. Dans ces circonstances,
massifs montagneux de l’Asie, où les moutons et la motivation utile pour conserver les caractères
les chèvres sont aussi parfois utilisés à cet effet. Le génétiques relatifs à la traction est faible. Le
Rapport national du Népal (2004), par exemple, Rapport national de l’Albanie (2002) signale que
mentionne le transport parmi les fonctions des la race locale de buffles, auparavant utilisée pour
races de chèvres Chyangra et Sinhal et du mouton la traction dans les zones marécageuses, risque
Baruwal, qui peut porter sur son dos des poids l’extinction suite aux mesures de mise en valeur
allant jusqu’à 13 kg. En Chine, les races locales des terres incultes. Les chevaux et les ânes sont
de chevaux, comme la Yuta, la Merak Saktenta encore utilisés comme bêtes de somme dans
et la Boeta, sont citées pour leurs capacités dans certaines zones de la région Europe et Caucase. Le
les rudes sentiers montagneux. Cependant, la cheval Bosnian Mountain, par exemple, s’utilise
croissante popularité des mulets a entraîné le encore pour transporter le bois de feu dans les
déclin de nombreuses races de chevaux chinois, montagnes (RN Bosnie-Herzégovine, 2003).
menacées également par le croisement excessif L’approvisionnement en fumier agricole est
avec la race exotique Haflinger (RN Chine, 2003). une autre fonction importante des animaux
En Amérique latine et Caraïbes, les chevaux, les d’élevage. L’importance du fumier a diminué
ânes, les mulets et les bovins fournissent la force dans de nombreuses régions de la planète suite
de traction pour les cultures et sont utilisés pour le à l’utilisation accrue des engrais inorganiques.
transport des produits agricoles. Les buffles sont Cependant, le Rapport national du Sri Lanka
utilisés également pour la traction dans certains (2003) signale une utilisation plus élevée de
pays de la région (RN Brésil, 2003; RN Costa Rica, fumier comme engrais et la vente de ce produit
2004; RN Cuba, 2003). Les Rapports nationaux aux fermiers qui n’ont pas leurs propres animaux.
de l’Equateur et du Pérou citent l’utilisation Dans certaines zones d’Afrique, la pression
des lamas pour le transport à haute altitude. démographique et les effets qui en dérivent sur la
L’efficacité du cheval Criollo pour le transport et fertilité des sols exigent une meilleure intégration
la traction à haute altitude est indiquée dans le entre les cultures et l’élevage, y compris une
Rapport national de la République bolivarienne majeure utilisation de fumier, particulièrement si
du Venezuela (2004). Le Rapport national du les engrais inorganiques sont difficiles à trouver
Pérou (2004) signale que parmi les bovins Criollo (RN Burundi, 2003; RN Rwanda, 2004). Dans
se trouvent différents «écotypes» spécialisés dans d’autres zones, l’élevage et les cultures s’intègrent
de fonctions différentes et que le type Ancash est par le pâturage des animaux des pasteurs sur les
un animal de trait. Les Rapports nationaux de la champs des fermiers après la récolte – les terres
République bolivarienne du Venezuela (2004) et de culture bénéficient ainsi du fumier et les
du Brésil (2003) mentionnent le rôle important animaux se nourrissent avec les résidus de récolte
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(RN Cameroun, 2003). Dans certaines zones relatives à l’épargne, à l’assurance et à la gestion
périurbaines, le fumier provenant des entreprises des risques revêtent une importance énorme.
d’élevage de porcs et de volailles favorise le Dans de nombreuses régions de la planète, et en
développement des cultures maraîchères (RN particulier pour les populations les plus pauvres,
Côte d’Ivoire, 2003; RN République démocratique les institutions responsables de fournir ces services
du Congo, 2005). Le Rapport national de la sont largement inaccessibles. En revanche, ces
Malaisie (2003) mentionne les systèmes intégrant fonctions ont une importance négligeable dans
la pisciculture et l’élevage de bovins, de buffles et les régions industrialisées, comme l’Amérique
de canards. L’importance du fumier en tant que du Nord et les zones occidentales de l’Europe et
source d’engrais n’est pas limitée aux régions en Caucase.
développement. Il représente encore un apport Les fonctions d’épargne et d’assurance sont
important en Europe et Caucase (RN Bélarus, largement mises en lumière dans les Rapports
2003; RN Hongrie, 2003; RN Roumanie, 2003; RN nationaux. L’élevage offre la possibilité de
Serbie et Monténégro, 2003; RN Slovénie, 2003) diversifier les moyens d’existence et permet aux
et est un élément clé des systèmes de production ménages de gérer les fluctuations des revenus
biologique qui sont de plus en plus populaires provenant de la main-d’œuvre salariée ou des
dans les pays développés. cultures, qui sont parfois affectés par un mauvais
Les tourtes de fumier séché sont largement état de santé ou par le chômage, les sécheresses
utilisées dans les régions en développement de la ou les ravageurs. La production de nombreux
planète, particulièrement si le bois de feu est en petits fermiers et bergers est largement une
pénurie (RN Ethiopie, 2004). Le fumier est aussi production de subsistance. Cependant, ils ont de
utilisé dans la production de biogaz (RN Barbade, temps en temps besoin d’espèces pour couvrir
2005; RN Jamaïque, 2005), brûlé pour éloigner des dépenses et la vente des animaux est souvent
les insectes (RN Soudan, 2005) et utilisé comme un moyen de faire face à ces besoins. Les biens
matériel de construction (RN Ethiopie, 2004). et les services dont ils peuvent avoir besoin
incluent aussi les articles ménagers, comme le
savon, le sel et l’essence, les frais scolaires, les
7 D’autres utilisations et valeurs matériaux de construction, les apports agricoles,
les dépenses sanitaires, les impôts et les dépenses
S’il est difficile de quantifier clairement la valeur liées aux mariages, aux funérailles et à d’autres
des animaux d’élevage comme source d’apports manifestations culturelles et cérémonies (RN
agricoles, il est encore plus difficile d’évaluer les Madagascar, 2003; RN Mozambique, 2004; RN
bénéfices intangibles fournis par les animaux Niger, 2003; RN Sao Tomé-et-Principe, 2003; RN
en relation aux biens, aux assurances, aux Sénégal, 2003; RN Togo, 2003). Les races locales
fonctions sociales et culturelles et aux services sont adaptées à cette utilisation comme forme
environnementaux. Par conséquent, ces fonctions d’épargne, car leur robustesse réduit le risque de
sont décrites ci-après en utilisant les exemples décès par maladie ou par manque de nourriture.
présentés par les Rapports nationaux. D’un autre point de vue, les animaux d’élevage
peuvent être considérés comme un moyen
7.1 Epargne et gestion des risques d’accumulation de capital. Le Rapport national
Si les animaux d’élevage fournissent souvent du Mali (2002) indique que les grands troupeaux
aux propriétaires un approvisionnement régulier proviennent souvent de la capitalisation de
de produits qui se consomment ou se vendent l’excédent des cultures. Cependant, l’utilisation
pour obtenir un revenu en espèces, pour de des animaux d’élevage comme épargne ou
nombreux éleveurs, les fonctions des animaux investissement n’est toujours pas limitée aux
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Cadre 12
Liens linguistiques entre bétail et richesse
L’importance du rôle des animaux d’élevage en tant en tchèque et en slovaque, mais elle a disparu en
que forme de richesse est soulignée par le fait que, polonais. Le changement de signification entre
dans de nombreuses langues, des liens étymologiques possession et animaux d’élevage est typique de
se repèrent entre les mots utilisés pour le bétail et les nombreuses langues slaves.
mots utilisés pour la richesse, le capital, l’argent ou Da (gallois) signifie richesse ou biens, bon ou bonté,
l’épargne. ainsi que bétail ou animaux d’élevage (da byw). Dans
Cho-Chiku (japonais: épargner de l’argent) est la même langue, cyfalaf le mot indiquant le capital est
composé de deux caractères dont le premier Cho lié au mot alaf – qui signifie un troupeau de bétail.
signifie épargne. Le deuxième mot est également Vee (néerlandais), Vieh (allemand) qui signifient
utilisé pour les animaux d’élevage bien que le animaux d’élevage sont liés au mot fee (anglais:
caractère soit (seulement en partie) différent, Chiku. honoraires) et ont origine de fehu (vieux saxon) qui
L’étymologie chinoise est très semblable. signifie animaux d’élevage et richesse ou argent,
Råjåkåyå en javanais est littéralement roi riche, mais comparable à fia (vieux frison), faihu (gothique), fe
il signifie richesse et bétail. (norvégien) et fä (suédois).
Ente signifie bétail en Lunyomkole (une langue Cattle est lié à capital en passant par caput (latin:
bantoue de l’Ouganda), et sente signifie argent dans tête, nombre par ex. d’animaux); le mot chattel
la même langue. semble en être un intermédiaire.
Mikne (hébraïque) signifie vaches, chèvres, Ganado (espagnol: animaux d’élevage) est lié au mot
chameaux, etc. Ce mot est composé de la racine kne ganar (espagnol: gagner, vaincre, acquérir).
ou kana, qui signifie acheter, et d’un affixe mi qui Pecunia (latin: richesse, argent) est lié au mot pecu
transforme la racine en nom. (animaux d’élevage) et est également utilisé dans le
Byoto (polonais) signifie bétail et a pour origine une mot espagnol pour élevage (pecuaria).
racine slave byd_o qui se réfère aux définitions de
«être, se tenir debout, vivre, la maison, possession». Fourni par Hans Schiere.
Voir également Schiere (1995).
Cette acception de la racine est encore valable
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cours des cérémonies et des fêtes. Le Rapport un yak peut également être libéré dans la nature
national des Iles Cook (2005) indique que en signe d’apaisement envers les dieux locaux
plus d’animaux sont abattus pour les activités (RN Bhoutan, 2002). Dans certaines parties de
culturelles, religieuses, récréatives ou sociales que l’Indonésie, l’abattage d’un buffle avant le début
pour le commerce. de la construction d’un édifice est une pratique
Les fonctions des animaux d’élevage dans la vie traditionnelle (RN Indonésie, 2003). Des races
religieuse et culturelle sont très variées et, dans spécifiques, comme les buffles Kalang et Spotted,
le présent document, il est uniquement possible sont populaires pour leurs utilisations lors des
de présenter quelques exemples de la diversité rituels traditionnels (ibid.). En Inde, les institutions
mentionnée dans les Rapports nationaux. En religieuses, comme les Gaushalas, contribuent à la
Guinée-Bissau, par exemple, les petits ruminants conservation des races indigènes (RN Inde, 2005).
sont importants pour la préparation de la Dans les zones rurales du Pérou, les bovins, les
nourriture pour les invités à des événements chevaux et les ânes jouent un rôle important lors
comme les funérailles, les baptêmes, les de festivals culturels, comme la Yawar Fiesta et le
anniversaires, les mariages et les fêtes religieuses Jalapato (RN Pérou, 2004). Le Rapport national de
(RN Guinée-Bissau, 2002). De façon semblable, Vanuatu (2004) décrit la pratique traditionnelle
le Rapport national du Burundi (2003) décrit de la sélection des porcs pour accroître l’incidence
l’importance des moutons lors des cérémonies du pseudohermaphrodisme ou «Narave» chez
organisées pour célébrer la naissance de jumeaux. les mâles. Les porcs intersexués ont été, à un
Le Rapport national du Nigeria (2004) indique moment donné, extrêmement importants pour la
que les bovins Muturu et les béliers jouent un culture locale, et la sélection à cette fin est encore
rôle important à l’occasion des festivals pour pratiquée à une échelle très limitée (ibid.).
la distribution de titres et des autorités, tandis Les sous-produits de l’élevage sont également
que dans le nord du pays, les chameaux sont importants pour la vie culturelle. Les peaux et les
des animaux de cérémonie et transportent les cornes des moutons, des chèvres et des bovins
tambours et d’autres insignes lors des cortèges du ainsi que les plumes des volailles ont différents
jour de Sallah. Les animaux avec des couleurs ou rôles lors des cérémonies religieuses et en tant que
d’autres caractéristiques spécifiques sont souvent cadeaux (RN Togo, 2003). De façon semblable, au
choisis pour des fonctions culturelles particulières. Cameroun, les plumes des pintades sont utilisées
Par exemple, au Tchad, les poules noires ou pour la production d’objets artistiques et de
blanches sont utilisées à l’occasion de cérémonies cérémonie (RN Cameroun, 2003).
religieuses (RN Tchad, 2004) et, au Zimbabwe, L’échange d’animaux a traditionnellement
les bovins noirs Mashona et les bovins rouges et joué un rôle important pour le maintien des
blancs Nguni sont choisis pour les cérémonies (RN liens sociaux dans de nombreuses sociétés. Le
Zimbabwe, 2004). Rapport national du Congo (2003) souligne que
Le Rapport national du Bangladesh (2004) les emprunts et les dons d’animaux d’élevage, les
signale qu’un grand nombre de chèvres et héritages et le transfert d’animaux au moment
de bovins sont sacrifiés lors du festival Eid-ul- des mariages sont utiles pour garder des réseaux
Azha. Le Rapport national du Sri Lanka (2003) d’obligation et de dépendance à l’intérieur
mentionne que les bovins et les buffles choisis d’une famille et des groupes sociaux, et peuvent
pour l’abattage sont souvent libérés en signe également représenter une relation hiérarchique
d’apaisement pour faciliter la guérison d’amis entre différentes couches sociales. De façon
ou parents. Dans certaines zones du Bhoutan, le semblable, le Rapport national du Cameroun
premier yak né au début de l’année est sacrifié (2003) mentionne le rôle des races bovines
et, dans d’autres zones, les crânes de yak sont Ankole et Zébus au moment des engagements
couverts d’inscriptions de prières bouddhistes; traditionnels associés au mariage. Dans certaines
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
zones de la Malaisie, les buffles sont utilisés en ces occasions, les races indigènes et les races
tant que dot (RN Malaisie, 2003). Le Rapport exotiques sont indifféremment utilisées (ibid.).
national des Philippines (2003) signale également En Lettonie, les œufs blancs sont recherchés
l’utilisation des buffles en tant que «cadeau de à Pâques pour les teindre, les oies rôties sont
mariage». traditionnellement préparées comme nourriture
Les pratiques de guérison traditionnelles à Martinmass et les coqs rôtis à Noël (RN Lettonie,
impliquent parfois les animaux d’élevage. 2003). En Roumanie, plusieurs populations rurales
Le Rapport national de l’Ouganda (2004) engraissent les porcs pour les consommer à Noël
mentionne la croyance selon laquelle le lait (RN Roumanie, 2003).
de chèvre soigne la rougeole. Au Zimbabwe, Cependant, les mœurs rurales, tout comme les
certaines communautés donnent aux enfants activités artisanales traditionnelles et les pratiques
du lait d’âne, étant considéré comme ayant des agricoles, ont souvent perdu leur fonction dans
bénéfices thérapeutiques (RN Zimbabwe, 2004). la vie de tous les jours et sont considérées des
Les cérémonies traditionnelles et les pratiques produits du «patrimoine» à vendre aux touristes
de guérison influencent d’une certaine manière ou aux excursionnistes. Dans les zones rurales,
le choix des races ou des variétés d’animaux il est souvent nécessaire de trouver de nouvelles
d’élevage. Le Rapport national du Mozambique activités rémunératrices et de diversifier les
(2004), par exemple, décrit un type de poules aux moyens d’existence, et les potentialités des races
plumes frisées qui est très populaire parmi les traditionnelles d’animaux d’élevage pour attirer
guérisseurs traditionnels et a, par conséquent, les visiteurs sont largement reconnues. D’une part,
un prix plus élevé que celui des poules normales. les races traditionnelles ou rares peuvent être
En Ouganda, les moutons noirs et blancs sont élevées dans des centres d’attraction spécifiques,
très prisés par les guérisseurs traditionnels (RN comme les parcs animaliers ou les musées ruraux;
Ouganda, 2004). Au Pérou, les cobayes, en d’autre part, elles peuvent représenter un élément
particulier ceux qui ont le manteau noir, sont du «paysage culturel» qui attire les touristes dans
utilisés dans la médecine traditionnelle (RN Pérou, une zone spécifique. Le Rapport national du Japon
2004). Le Rapport national de la République de (2003) mentionne des institutions, comme le Musée
Corée (2004) indique que les chèvres indigènes, les du bétail de Maesawa, qui sensibilisent le public sur
poules Yeonsan Ogol, et d’autres espèces comme l’histoire de l’élevage. Le Rapport national de Serbie
le cerf, sont élevées pour fournir des produits à et Monténégro (2002) signale la réintroduction de
utiliser dans la médecine traditionnelle. Certaines races indigènes près des stations thermales et des
races particulières de poules sont également monastères pour améliorer le paysage pour les
choisies à des fins médicales au Viet Nam (races touristes. Cependant, ces développements ne sont
Ac et Tre) et en Chine (Silkies) (RN Chine, 2003; pas limités aux pays industrialisés et aux régions
RN Viet Nam, 2005). Le Rapport national du Sri plus développées. Le Rapport national du Népal
Lanka (2003) mentionne que certains produits (2004) mentionne, par exemple, les potentialités de
d’origine animale comme le ghee, le lait caillé, le l’écotourisme et des parcs animaliers et le Rapport
petit lait, le fumier et l’urine sont utilisés pour les national de la Chine (2003) indique la fonction des
traitements indigènes et ayurvédiques. chevaux dans l’industrie du tourisme. De même, en
Dans de nombreux pays industrialisés, les Amérique du Sud, les camélidés sont détenus en
animaux et les produits de l’élevage continuent tant qu’attraction dans les parcs et dans les sites
de jouer une importante fonction culturelle. Au touristiques (RN Pérou, 2004).
Japon, par exemple, de nombreux événements Dans de nombreux pays, les fonctions culturelles
religieux traditionnels impliquent des animaux de l’élevage ne sont pas seulement mises en
domestiques vivants (RN Japon, 2003) mais, à valeur pour leur importance dans la génération de
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revenus, mais sont aussi considérées un élément Plusieurs autres espèces sont également
du «patrimoine national». En République de détenues à des fins sportives. Sur l’île de Madura
Corée, par exemple, le cheval Jeju et la poule en Indonésie, par exemple, la race locale de
Yeonsan Ogol (célèbre pour la couleur noire bovins est utilisée pour les courses et la danse
de son bec, de ses griffes, de sa peau et de ses (RN Indonésie, 2003). Les Rapports nationaux
organes intérieurs) ont été déclarés monuments des Philippines (2003) et de la Malaisie (2003)
nationaux (RN République de Corée, 2004). Au mentionnent les courses de buffles. Le Rapport
Japon, plusieurs variétés de poules ainsi que national du Sri Lanka (2003) indique que
les bovins Mishima et le cheval Misaki ont été les bovins sont utilisés dans les courses avec
désignés «trésors nationaux» et sont inclus dans les chariots et, en ces occasions, les races locales
programmes spéciaux de conservation (RN Japon, sont admirées pour leurs capacités (ibid.). Les
2003). Des sentiments similaires sont exprimés canards aussi sont parfois utilisés pour la course
dans de nombreux Rapports nationaux de la (RN Indonésie, 2003). Au Bhoutan, les danses de
région Europe et Caucase. Le Rapport national yak ont une importance culturelle très élevée (RN
de la Hongrie (2003), par exemple, indique que la Bhoutan, 2002). Au Viet Nam, les coqs (de combat)
conservation des ressources zoogénétiques est liée Ho et Choi sont utilisés pour les spectacles lors
à la préservation d’autres aspects de la culture du des festivals religieux (RN Viet Nam, 2005). Le
pays – de l’architecture et des vêtements jusqu’à la Rapport national de l’Indonésie (2003) mentionne
gastronomie et les chansons populaires. également les combats de coqs en tant qu’activité
Dans toutes les régions de la planète, les culturelle, ainsi que la sélection de la race Garut
animaux d’élevage sont utilisés dans différentes comme mouton de combat. De façon semblable,
activités sportives et de spectacle. Au Proche et les combats de taureaux sont très populaires dans
Moyen-Orient, par exemple, le cheval revêt une de nombreux pays (RN Pérou, 2004).
grande importance culturelle et l’enthousiasme L’élevage peut représenter une activité de
lors de la sélection et des courses des chevaux est loisirs en soi, particulièrement dans les régions
considérable (RN République islamique d’Iran, développées, comme l’Europe et Caucase. Selon
2004; RN Jordanie, 2003; RN Kirghizistan, 2004). Les le Rapport national du Danemark (2003) «beef
chevaux sont également utilisés pour l’équitation cattle, horses, sheep, goats, rabbits, ducks, geese,
et sont présents dans différents spectacles, turkeys, ostriches and deer are mainly kept by part-
festivals, cirques et expositions (RN République time, leisure-time and hobby breeders (les bovins
islamique d’Iran, 2004; RN Tunisie, 2003). Les à viande, les chevaux, les moutons, les chèvres,
chevaux sont largement utilisés pour les activités les lapins, les canards, les oies, les dindes, les
sportives également dans la région Europe et autruches et les cerfs sont principalement détenus
Caucase. Le Rapport national de l’Irlande (2003), par des éleveurs à temps partiel, comme activité
par exemple, mentionne des activités comme de loisirs et par des amateurs)». La contribution
les courses au clocher, le saut d’obstacles et les de ces éleveurs à la conservation des races moins
concours. Les courses de trot attelé et de trot rentables est importante, car ils sont moins
monté sont populaires dans certaines zones de influencés par des motivations commerciales.
l’Europe (RN Norvège, 2003; RN Slovénie, 2003). Au Royaume-Uni, la conservation des races de
Dans certains cas, les fonctions sportives sont chevaux et de poneys dépend en grande partie
considérées un moyen pour soutenir l’utilisation des activités d’amateurs enthousiastes, éleveurs à
des races menacées. Par exemple, le Rapport temps partiel (RN Royaume-Uni, 2002). Les espèces
national de la République de Corée (2004) signale de petite taille, comme les lapins et surtout
qu’un hippodrome a été construit pour les courses les volailles, sont souvent populaires parmi les
de la race protégée Jeju. amateurs. Par exemple, le Rapport national de la
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
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Turquie (2004) signale que les races indigènes de Les consommateurs aisés, qui cherchent à
volailles Denizli et Gerze sont très réputées parmi avoir des régimes alimentaires variés et de
ce groupe d’éleveurs. Des motivations similaires qualité, représentent de plus en plus une
sont valables également ailleurs dans le monde – source de demande en produits de niche. La
le Rapport national du Sri Lanka indique que les vente aux touristes est également importante
canards, les dindes et les pintades sont élevés à dans le marché de produits alimentaires locaux
des fins de loisirs et le Rapport du Pakistan (2003) particuliers. L’importance des races locales dans
mentionne que les paons et les perdrix sont la satisfaction de cette demande est largement
détenus en tant qu’animaux de compagnie. reconnue, particulièrement dans la région Europe
Dans certaines régions, les préférences de et Caucase. Cependant, dans de nombreux pays,
longue date pour des races particulières influen- les populations des races d’animaux d’élevage
cent les actions des petits fermiers traditionnels. qui peuvent satisfaire les demandes des marchés
Le Rapport national de la Roumanie (2003), par de niche sont encore en diminution. Au Népal,
exemple, indique que les préférences des paysans par exemple, le porc Bampudke, célèbre pour sa
ont favorisé la conservation d’un certain nom- viande excellente, a presque disparu (RN Népal,
bre de races et de variétés de moutons, comme 2004). De même, le fromage de yak est très
la Tsurcana, la Blackhead Ruda et la Corkscrew populaire au Népal, mais les populations de yak
Walachian. continuent de diminuer (ibid.).
Les produits alimentaires spécifiques de
nombreux pays ont également une importance 7.3 Services de protection de
culturelle, comme la viande de mouton de la race l’environnement
Dhamari et le fromage des chèvres Taez Red au Les animaux d’élevage peuvent contribuer
Yémen (RN Yémen, 2002). Les consommateurs de de façon positive au paysage et à la gestion
la Malaisie considèrent que le goût de la viande du de l’environnement. Cette fonction est
poulet Kampong est meilleur que celui des races particulièrement reconnue dans les régions
commerciales (RN Malaisie, 2003). Le Rapport développées, comme l’Europe et Caucase. Les
national des Philippines (2003) constate que les animaux de pâturage, comme les bovins, les
consommateurs préfèrent les races indigènes de chevaux et les petits ruminants, jouent un rôle
porcs qui se vendent à un prix élevé au marché important dans la maintenance et la régénération
spécialisé pour le porc rôti ou «lechon». Quelques des pâtures et des landes. Le Rapport national
exemples pour la région Europe et Caucase sont: en de Serbie et Monténégro (2003), par exemple,
Albanie, la préférence des consommateurs pour la constate que la biodiversité des pâturages est
viande et le fromage produits traditionnellement en danger à cause de l’absence de pacage dans
par les races locales de mouton et de chèvre, les zones montagneuses dépeuplées. Le Rapport
comme la Dukati; à Chypre, la demande en fromage national de la Slovénie (2003) indique que les
halloumi de qualité, qui a favorisé l’accroissement petits ruminants peuvent être utilisés pour
du nombre des chèvres indigènes et croisées nettoyer les zones ayant trop d’arbustes et ainsi
présentes dans les zones accidentées; et en Croatie, facilement inflammables. Les ânes pâturants
l’utilisation de deux races locales menacées de jouent un rôle semblable dans la gestion du
porcs, la Black Slavonian et la Turopolje, dans paysage et la prévention des incendies (RN
la mise en place de programmes de croisement Croatie, 2003). Le Rapport national du Royaume-
visant à fournir de produits traditionnels de haute Uni (2002) constate le rôle du poney New Forest
qualité, comme les saucisses et le jambon au goût pour le nettoyage des broussailles.
de paprika (RN Albanie, 2003; RN Croatie, 2003; RN Dans d’autres régions, les systèmes de
Chypre, 2003). production des pasteurs nomades produisent de
98
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
façon efficace et durable des aliments dans des 2002). Dans les plantations d’arbres de culture,
terres où les ressources en pâturage sont faibles et surtout en Asie, le bétail joue un rôle important
fluctuantes (RN Mali, 2002). Le Rapport national dans le contrôle des herbes et des arbustes et
de la Côte d’Ivoire (2003) constate que l’utilisation dans la récolte des noix de coco. En Malaisie, par
des animaux d’élevage dans la production agricole exemple, la race de bovins Kedah-Kelantan est
réduit le besoin d’herbicides. De plus, l’utilisation adaptée pour leur utilisation dans les plantations
du fumier comme engrais accroît la diversité de la d’arbres de culture (RN Malaisie, 2003). Bien que
microfaune et de la microflore des sols (RN Mali, la croissance soit lente, cette race est robuste et
Cadre 13
L’histoire des bovins Hungarian Grey – changements d’usage dans le temps
L’origine génétique des bovins Hungarian Grey n’est En 1931, la création de l’Association nationale
pas claire. Les ancêtres auraient pu arriver de l’Asie des sélectionneurs de bovins Grey Hungarian a
ou des zones méditerranéennes et une contribution favorisé les activités de sélection. Cependant, la
génétique des aurochs sauvages a été suggérée. seconde guerre mondiale a interrompu tous ces
Le caractère de la race s’est développé lentement, engagements et de nombreux troupeaux ont été
sous l’élevage des sélectionneurs hongrois du bassin détruits. Au cours de la période d’après-guerre, cette
des Carpates. Entre le XIVe et le XVIIe siècle, les race a perdu beaucoup de ses effectifs à cause des
animaux ont été exportés à très grande échelle et des faibles niveaux de production laitière. Les politiques
troupeaux sur pied couvraient plusieurs centaines de officielles favorisaient le croisement avec les bovins
kilomètres, jusqu’à Nuremberg, Strasbourg ou Venise. Soviet Kostroma. Au début des années 60, les seuls
La demande de l’aspect «marque» garantissant troupeaux ayant survécus se trouvaient dans trois
la qualité de la viande hongroise s’est fortement fermes d’Etat et le troupeau total était composé de
développée. Les acheteurs contemporains ont six taureaux et de 160 vaches. Cependant, environ
apprécié ces animaux à longues cornes, ayant une en cette période, l’idée de préserver les races rares
bonne conformité, un caractère robuste et sain et une a pris pied en Hongrie et le Répertoire des fermes
excellente qualité de viande. d’Etat a permis la création de deux autres troupeaux.
Au début du XVIIIe siècle, une nouvelle période L’attachement patriotique à la race et la provision de
dans l’histoire des races a commencé, car les petites, mais permanentes, subventions de l’Etat ont
populations urbaines se sont élargies et avaient favorisé la croissance de la population. En 2002, les
besoin d’approvisionnements en produits agricoles. vaches étaient 4 263.
La demande étant particulièrement centrée sur les Les fonctions de cette race sont à présent le
céréales, l’élevage extensif a diminué. Au cours de cette pâturage de conservation dans les parcs nationaux, la
période, la fonction de la race est passée à la production sélection d’amateurs et l’attrait touristique. Par rapport
de bœufs de travail dont les fabriques de sucre tchèques à la production de viande, le but des sélectionneurs
ont apprécié les mouvements rapides, les besoins et de l’Association des sélectionneurs de bovins Grey
alimentaires simples et la longévité exceptionnelle. Hungarian est d’organiser la transformation de la
Suite à la première guerre mondiale et à l’introduction viande et de développer des produits de haute valeur,
des tracteurs, de nombreuses exploitations se sont comme les saucisses.
débarassées de leurs Hungarian Grey.
Pour de plus amples renseignements, voir: Hungarian Grey
Workshop (2000); Bodó (2005).
99
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
100
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
aliments, il est possible d’améliorer la contribution pour les pauvres, réduisant leur vulnérabilité face
des animaux d’élevage dans l’utilisation productive aux fluctuations des revenus des autres activités,
des sous-produits d’autres activités (ibid.). et fournissant une source d’argent liquide utile à
couvrir les dépenses. Pour les ménages pouvant aller
au-delà de la simple subsistance, l’élargissement de
8 Fonctions des animaux d’élevage leurs activités d’élevage et l’implication dans une
en faveur des pauvres production axée sur le marché représentent une
voie à suivre pour obtenir des revenus plus élevés et
Comme il a été décrit aux chapitres précédents, des meilleures existences. De plus, l’accumulation
les animaux d’élevage jouent des rôles et ont de capital sous forme d’élevage peut, avec le temps,
des fonctions différents et peuvent contribuer permettre de se lancer dans de nouvelles activités
de plusieurs façons au bien-être des éleveurs. rémunératrices. Les trois stratégies ont été appelées
Les couches les plus nanties de la population ont «ancrage», «valorisation» et «émancipation»
accès à des moyens alternatifs pour satisfaire ces (tableau 30) (Dorward et al., 2004).
besoins (services financiers, transports à moteur, Outre le rôle financier et les intrants physiques
etc.). Les biens et les services de ce genre sont qu’ils fournissent aux existences des pauvres,
souvent inabordables ou inaccessibles pour les les animaux d’élevage ont également une
pauvres. Par conséquent, les animaux d’élevage, importante fonction sociale. La possession des
en tant que biens ayant des fonctions différentes, animaux permet la participation à la vie sociale
sont souvent très importants pour les multiples et culturelle de la communauté; leur échange en
aspects des stratégies d’existence des pauvres. tant que cadeaux ou emprunts peut représenter
De plus, ils leur permettent de bénéficier de un moyen de renforcement des réseaux sociaux
ressources qui ne pourraient autrement pas être auxquels on peut faire appel en cas de besoin
utilisées de façon productive, comme les résidus (FAO, 2002; FIDA, 2004; Riethmuller, 2003).
des récoltes, les déchets alimentaires et les terres Un certain nombre de Rapports nationaux
de pacage communes. Il est difficile d’avoir à reconnaissent la possible fonction des animaux
disposition des données précises sur le nombre d’élevage dans la lutte contre la pauvreté. Il est
d’éleveurs pauvres dans le monde (et les façons constaté que certaines classes d’animaux d’élevage
de définir la «pauvreté» et les «éleveurs» sont sont plus associées aux pauvres que d’autres. Le
évidemment nombreuses), mais des estimations Rapport national du Botswana (2003), par exemple,
récentes suggèrent un chiffre d’environ 550 à indique que les chèvres sont distribuées de façon
600 millions (Thornton et al., 2002; FIDA, 2004). plus égale que les bovins parmi les ménages
La consommation de subsistance des produits ruraux du pays. Dans certains pays, toutefois, les
faits maison, comme le lait, les oeufs ou la viande, bovins et les buffles sont également importants
apportent une contribution très importante à la pour l’existence des pauvres – le Rapport national
nutrition des ménages pauvres (par exemple, en du Bangladesh (2004) indique que 62,5 pour
fournissant les vitamines et les micronutriments cent des grands ruminants du pays sont élevés
essentiels). Le fumier et la traction animale sont par les petits fermiers et les fermiers sans terre.
des intrants cruciaux pour de nombreux fermiers De nombreux Rapports nationaux mentionnent
pauvres travaillant dans les systèmes agricoles les grandes potentialités des races d’animaux
mixtes, qui devraient autrement investir dans des d’élevage indigènes pour l’amélioration des
solutions alternatives plus coûteuses. Les fonctions moyens d’existence des pauvres. Les Rapports
d’épargne et de gestion des risques signalées plus nationaux de la République démocratique
haut revêtent souvent une grande importance populaire de Lao (2005) et de l’Indonésie (2003),
101
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
102
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
viande de porc a poussé les hommes à s’engager à certaines fonctions ou conditions de production.
dans l’élevage de cette espèce. Il est nécessaire de collecter des données plus
Malgré le fait que les femmes contribuent de complètes et de les diffuser par les systèmes
façon importante à la production des animaux d’informations à disposition.
d’élevage, comme l’indique le Rapport national Les fonctions multiples des animaux d’élevage et
du Niger (2003), les activités de formation et de leurs multiples combinaisons exigent une diversité
vulgarisation sont souvent concentrées sur les au sein de leurs populations – en incluant les races
hommes. Les politiques visant à promouvoir le spécialisées et multifonctionnelles. Cependant, la
rôle des femmes dans l’élevage comprennent prise de décision dans le domaine de la gestion des
l’élaboration des technologies pertinentes, comme ressources zoogénétiques est souvent caractérisée par
les dispositifs à faible coefficient de main-d’œuvre un manque d’attention vers les fonctions multiples,
(RN Nigeria, 2004), la formation, l’organisation surtout en relation aux produits non commercialisés
et l’octroi de crédit (RN Guinée, 2003; RN Mali, et aux avantages difficiles à quantifier. Dans ces
2002). Les faibles niveaux d’alphabétisation sont circonstances, la valeur des races multifonctionnelles
toutefois considérés un obstacle à la promotion risque d’être sous-estimée et le tableau acquis de la
du rôle des femmes dans l’élevage (RN Guinée, contribution, des animaux d’élevage au bien-être de
2003). l’homme n’est que partiel.
9 Conclusions Références
103
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
FAO. 2002. Improved animal health and poverty Sarkar, A.B. 2001. Strategies for development of
reduction for rural livelihoods. Animal Production animal husbandry in Assam. Dans B.C. Barah,
and Health Paper, No. 153. Rome. ed. Prioritisation of strategies for agricultural
development in Northeastern India. Proceedings
FAO. 2003a. The yak. second edition revised and 9, pp. 29–33. New Delhi. National Center for
enlarged by G. Wiener, H. Jianlin, et L. Ruijun. Agricultural Economics and Policy Research (ICAR).
Bangkok. FAO Regional Office for Asia and the
Pacific. Schiere, J.B. 1995. Cattle, straw and system control.
Amsterdam. Koninklijk Institute voor de Tropen.
FAO. 2003b. World agriculture towards 2015/2030. An
FAO perspective, édité par J. Bruinsma. Londres. Thornton, P.K., Kruska, R.L., Henninger, N.,
Earthscan. Kristjanson, P.M., Reid, R.S., Atieno, F.,
Odero, A.N. et Ndegwa, T. 2002. Mapping
FAOSTAT. (disponible à l’adresse Internet [Link] poverty and livestock in the developing world.
[Link]/). Nairobi. International Livestock Research Institute.
(également disponible à l’adresse Internet [Link].
FIDA. 2004. Livestock services and the poor. A global [Link]/InfoServ/Webpub/fulldocs/mappingPLDW/
initiative. Collecting, coordinating and sharing [Link]).
information. Rome. Fonds international pour le
développement agricole.
104
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Section E
Ressources zoogénétiques et
résistance aux maladies
1 Introduction
Partout dans le monde, les maladies des animaux capacité d’un hôte à résister à l’infection. D’autre
d’élevage affectent de façon négative la produc- part, la «tolérance», c’est-à-dire que lorsque
tion animale. Les éleveurs et les autres acteurs l’hôte est infecté par le pathogène, il ne subit que
engagés dans la sauvegarde de la santé animale de faibles effets négatifs. Cette distinction peut
utilisent différentes approches pour réduire les être importante. Par exemple, si l’objectif est
effets négatifs des maladies. En ce qui concerne la prévention de la propagation d’une maladie
les troupeaux, il est possible d’utiliser la chimio- à d’autres populations (comme dans le cas de
thérapie, la vaccination, le contrôle des vecteurs zoonoses), la résistance à la maladie est plus
et les méthodes appropriées de lutte contre les nécessaire de la tolérance.
maladies. Cependant, la durabilité de ces straté- La gestion des ressources génétiques pour
gies de contrôle a souvent des limites. Ces limites améliorer la résistance ou la tolérance des
incluent l’impact de ces traitements chimiques sur populations d’animaux d’élevage offre un
l’environnement et sur la sécurité sanitaire des outil supplémentaire dans la lutte contre les
aliments; le coût et l’accessibilité des traitements maladies. Un certain nombre d’avantages liés à
pour les éleveurs les plus pauvres; et l’évolution l’incorporation d’éléments génétiques dans les
de la résistance des parasites aux traitements, stratégies de lutte contre les maladies ont été
comme la résistance des parasites nématodes aux reconnus (FAO, 1999) et comprennent:
médicaments anthelminthiques; des bactéries aux • la permanence du changement génétique
antibiotiques; aux médicaments antiprotozoaires une fois établi;
comme ceux qui sont utilisés dans le traitement • la cohérence des effets;
de la trypanosomiase; l’évolution de la résistance • l’absence de besoin d’intrants achetés une
des virus aux vaccins pour des maladies comme la fois l’effet établi;
maladie de Marek; et la résistance aux acaricides • l’efficacité prolongée des autres méthodes,
chez les tiques. Pour les antibiotiques, les résidus grâce à la plus faible pression pour
à l’intérieur de la chaîne alimentaire et les impli- l’émergence de résistance;
cations pour la santé humaine liées à l’émergence • la possibilité d’effets plus larges (accroître la
de micro-organismes résistants sont également résistance à plus d’une maladie);
inquiétants (BOA, 1999). • la possibilité d’avoir un impact mineur dans
Pour de nombreuses maladies des animaux l’évolution de macro-parasites, comme les
d’élevage, des preuves sont disponibles sur une helminthes, par rapport à l’utilisant d’autres
variation génétique compatible à la sensibilité stratégies comme la chimiothérapie ou les
des animaux hôtes. Deux phénomènes distincts vaccinations; et
sont à considérer dans la gestion génétique des • la diversité accrue des stratégies de gestion
maladies. D’une part, la «résistance» qui est la des maladies.
105
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 31
Etudes sélectionnées indiquant la différence raciale dans la résistance ou la tolérance à des maladies
spécifiques
Maladie/ Race (s) Par rapport à la Conditions Résultats Référence
Parasite montrant une race d’expérimentation
plus grande
résistance
Trypanosoma congolense Mouton Djallonke Croisement entre Infection artificielle Niveau de parasitémie inférieur, Goosens et al.
Djallonke et période d’incubation plus longue et (1999)
Sahelian réaction immunitaire plus élevée par
rapport aux croisements, mais les
croisements étaient encore plus lourds
et avaient une croissance plus rapide
Tiques (Amblyomma Bovin N’dama Croisement N’dama Conditions sur le Moins de tiques Mattioli et al.
variegatum; Hyalomma et Zébu terrain en Gambie (1993)
spp.)
Tiques (différentes Bovin N’dama Zébu Troupeaux villageois Moins de tiques Claxton et Leperre
espèces) en Gambie (1991)
Theileria annulata Bovin Sahiwal Holstein Frisonne Infection artificielle Symptômes cliniques moins graves Glass et al. (2005)
Anaplasma marginale; Bovin N’dama Zébu Gobra Conditions sur le Prévalence sérologique inférieure par Mattioli et al.
tiques (différentes terrain en Gambie rapport à A. marginale; moins de tiques (1995)
espèces)
Haemonchus contortus Bovin N’dama Zébu Troupeaux villageois Moins de vers de l’abomasum, COF* Claxton et Leperre
en Gambie inférieur. (1991)
Haemonchus contortus Mouton Red Dorper Agneaux dans les Les agneaux montraient un COF Baker (1998)
Masaai champs des zones inférieur pour H. contortus, HCT**
côtières subhumides supérieur, mortalité inférieure par
du Kenya rapport aux agneaux Dorper. Estimés
de 2 à 3 fois plus productifs que les
troupeaux Dorper dans ces conditions.
Haemonchus contortus Chèvre Small East Galla Les petits montraient un COF inférieur Baker (1998)
African pour H. contortus, HCT supérieur,
mortalité inférieure par rapport aux
petits Galla. Présumés de 2 à 3 fois
plus productifs que les troupeaux Galla
dans ces conditions.
Haemonchus contortus Mouton Santa Ines Ile-de-France, Agneaux en pâtures COF inférieur, HCT supérieur, comptage Amarante et al.
Suffolk dans l’Etat de São des vers inférieur (2004)
Paulo Brésil
Fasciola gigantica Mouton Indonesian Mérino Infection artificielle Nombre inférieur de douves récupérées Hansen et al.
Thin Tailed dans le foie; différences dans la (1999)
réaction immunitaire
Fasciola gigantica Mouton Indonesian St Croix Infection artificielle Moins de parasites récupérés dans Roberts et al.
Thin Tailed le foie (1997)
Sarcocystis miescheriana Porc Piétrain Infection artificielle Moins gravement affectés quant aux Reiner et al.
Meishan indicateurs cliniques, sérologiques, (2002)
hématologiques et parasitologiques
Ascaridia galli Poule Lohman Danish Landrace Infection artificielle Charge de vers et élimination des œufs Permin et Ranvig
Brown inférieurs (2001)
Piétin Croisement mouton Awassi de race pure Foyer infectieux Prévalence inférieure Shimshony (1989)
Frisonne Est et naturel en Israël
Awassi
Piétin Mouton Romney Peppin Merino, Transmission naturelle Lésions moins graves, guérison plus Emery et al. (1984)
Marsh, Dorset Saxon Merino sur les pâturages rapide
Horn, Border irrigués en Australie
Leicester
Virus de la maladie Poules Mandarah Gimmazah, Sinah, Infection artificielle Taux de mortalité inférieur par rapport Hassan et al.
de Newcastle, bursite Dandrawi (races aux autres races (2004)
infectieuse aviaire locales égyptiennes)
* COF = comptage des œufs dans les fèces;
**HCT = hématocrite
106
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Différentes approches à la gestion génétique des gènes sous-jacents à la résistance est une
des maladies peuvent se choisir, selon la nature ressource importante utile pour combattre les
du problème et les ressources disponibles. Ces effets d’éventuelles évolutions de pathogènes à
stratégies incluent le choix de la race appropriée l’avenir.
à l’environnement de production; le croisement
pour l’introduction de gènes dans des races
autrement adaptées aux fins requises; et la 2 Races résistantes ou tolérantes
sélection pour la reproduction des individus aux maladies
ayant de hauts niveaux de résistance ou de
tolérance à la maladie. Cette dernière approche Il a été souvent constaté que les races les
est favorisée, si les marqueurs moléculaires plus résistantes sont les races indigènes des
génétiques associés aux caractères souhaités ont environnements où les maladies se propagent le
été identifiés. plus. Lorsque les pays entrent les données sur les
Le point de départ de toutes ces stratégies races des animaux d’élevage dans le système DAD-IS
est la diversité génétique des populations des de la FAO, ils peuvent indiquer les caractéristiques
animaux d’élevage. Si les ressources génétiques ou les valeurs les plus intéressantes – y compris la
sont érodées, des moyens potentiellement résistance aux maladies. Dans la plupart des cas,
importants à disposition pour combattre les ces déclarations sur des races spécifiques n’ont
maladies peuvent se perdre. De plus, certaines pas été ciblées par des recherches scientifiques.
études de simulation ont prouvé que les Cependant, la littérature scientifique relative à la
populations différentes par rapport au nombre résistance ou à la tolérance aux maladies parmi
de génotypes distincts qui garantissent la les races d’animaux d’élevage fournit des preuves
résistance à la maladie, sont moins sensibles pour de nombreuses maladies (voir exemples
aux épidémies catastrophiques (Springbett au tableau 31). Les informations disponibles
et al., 2003). La maintenance de la diversité dans DAD-IS sur la résistance ou la tolérance
Tableau 32
Races de mammifères signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes à des maladies ou
des parasites spécifiques
Trypanosomiase 17 4 4
107
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
de certaines races sont ci-après abordées avec (FAO, 2005). Les races trypanotolérantes incluent
une attention particulière pour les maladies les bovins N’dama et West African Shorthorn,
qui offrent également des preuves scientifiques et les moutons et les chèvres Djallonké. Malgré
d’une composante génétique à la sensibilité. leur plus petite taille, des études ont montré que
Le tableau 32 présente une vue d’ensemble des ces races sont plus productives que les animaux
entrées dans DAD-IS sur la résistance aux maladies sensibles à la maladie, dans des conditions de
chez les races de mammifères et les tableaux 33 à risque modéré à élevé d’infection de la mouche
39 montrent les races signalées comme résistantes tsé-tsé (Agyemang et al., 1997). Le tableau 33
ou tolérantes à des maladies ou à des types de indique les races signalées dans DAD-IS comme
maladies spécifiques. résistantes ou tolérantes à la trypanosomiase.
108
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Tableau 34
Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes à la charge en tiques
Bovins
Afrique australe 8 Nguni (2), Angoni, Sul Do Save, Pedi, Bonsmara, Shangaan, Kashibi, Tswana
Asie du Sud-Est 4 Pesisir, Limousin, Javanese Zebu, Thai
Europe et Caucase 1 Zebu of Azerbaijan
Amérique du Sud 1 Romosinuano
Pacifique Sud-Ouest 3 Australian Friesian Sahiwal, Australian Milking Zebu, Australian Sahiwal
Moutons
Afrique australe 2 Nguni (3), Landim
Buffles
Asie du Sud-Est 1 Thai
Cerfs
Asie du Sud-Est 1 Sambar
Les chiffres entre parenthèses représentent le nombre de pays (si plus d’un) ayant fait rapport.
A noter que peuvent exister d’autres races, pour lesquelles les preuves de résistance ou de tolérance à la maladie sont disponibles, mais elles
n’ont pas été signalées dans DAD-IS.
Tableau 35
Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes aux maladies transmises par les tiques
Bovins
Afrique du Nord et de l’Ouest Maladies transmises par les 2 Baoulé, Ghana Shorthorn
tiques (non spécifiées)
Afrique australe Maladies transmises par les 1 Angoni (2)
tiques (non spécifiées)
Europe et Caucase Anaplasmose 2 Cinisara, Modicana,
Afrique du Nord et de l’Ouest Piroplasmose 2 N’dama, Noire Pie de Meknès
Europe et Caucase Piroplasmose 1 Modicana
Europe et Caucase* Péricardite exudative infectieuse 1 Créole (également dermatophilose)
(cowdriose)
Moutons
Afrique australe Péricardite exudative infectieuse 1 Damara (2)
(cowdriose)
Chevaux
Europe et Caucase Piroplasmose 1 Pottok
Les chiffres entre parenthèses représentent le nombre de pays (si plus d’un) ayant fait rapport.
A noter que peuvent exister d’autres races, pour lesquelles les preuves de résistance ou de tolérance à la maladie sont disponibles, mais
elles n’ont pas été signalées dans DAD-IS.
*Guadeloupe, Martinique.
109
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 36
Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes aux parasites internes/vers
Espèce/sous-région Nombre Nom de la race le plus commun
de races
Bovins
Afrique australe 1 Madagascar Zebu
Afrique du Sud-Est 1 Javanese Zebu
Chèvres
Proche et Moyen-Orient 1 Yei goat
Moutons
Afrique australe 2 Madgascar, Kumumawa
Asie du Sud-Est 3 Garut, Malin, Priangan
Europe et Caucase 1* Churra Lebrijana (fascioliasis)
Amérique latine et Caraïbes 3 Criollo (8), Criollo Mora, Morada Nova
Proche et Moyen-Orient 1 Rahmani
Buffles
Asie du Sud-Est 3* Papua New Guinea Buffalo, Kerbau-Kalang (fasciolose), Kerbau Indonesia (fasciolose)
Porcs
Asie du Sud-Est 1 South China
Cerfs
Asie du Sud-Est 1 Sambar
Chevaux
Asie du Sud-Est 2 Kuda Padi , Bajau
Les chiffres entre parenthèses représentent le nombre de pays (si plus d’un) ayant fait rapport.
A noter que peuvent exister d’autres races, pour lesquelles les preuves de résistance ou de tolérance à la maladie sont disponibles, mais
elles n’ont pas été signalées dans DAD-IS.
*Les chiffres comprennent les races signalées résistantes à la fasciolose.
110
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Tableau 39
Races signalées dans DAD-IS comme résistantes ou tolérantes aux maladies aviaires
Volailles
Afrique du Nord et de l’Ouest Maladie de Newcastle 1 Poule De Benna
Afrique australe Maladie de Newcastle 1 Nkhuku
Asie du Sud-Est Maladie de Newcastle 1 Coq bankiva
Amérique centrale Maladie de Newcastle 1 Gallina criolla o de rancho
Asie du Sud-Est Maladie de Marek 1 Ayam Kampong
Europe et Caucase Maladie de Marek 4 Borky 117, Scots Dumpy, Hrvatica, Bohemian Fowl
Canard (domestique)
Afrique du Nord et de l’Ouest Maladie de Newcastle 2 Canard local de Moulkou et Bongor, Canard locale de
Gredaya et Massakory
Pintade
Afrique du Nord et de l’Ouest Maladie de Newcastle 2 Numida Meleagris Galeata Pallas, Djaoulés
Canard de Barbarie
Afrique du Nord et de l’Ouest Maladie de Newcastle 1 Canard de Barbarie de Karal et Massakory
Dinde
Afrique du Nord et de l’Ouest Maladie de Newcastle 1 Beldi marocaine
A noter que peuvent exister d’autres races, pour lesquelles les preuves de résistance ou de tolérance à la maladie sont disponibles, mais
elles n’ont pas été signalées dans DAD-IS.
a montré que les poules Mandarah (une race à 3 Possibilités de sélection intraraciale
double fin développée par le croisement) étaient pour la résistance aux maladies
moins sensibles aux deux maladies que les autres
races – taux de mortalité beaucoup plus faible L’élevage de sélection, qui vise à obtenir des
suite à l’infection artificielle (Hassan et al., 2004). avantages de la variation intraraciale pour
Des preuves sur la résistance génétique à la la résistance aux maladies, est une stratégie
maladie de Marek sont également disponibles. importante de contrôle de nombreuses maladies.
Lakshmanan et al. (1996), par exemple, signalent Pour les maladies endémiques, toujours présentes
qu’une étude sur les poules Fayoumi et White dans les systèmes de production pertinents (par
Leghorn a indiqué que les premières étaient plus ex. mammite, helminthiase), la sélection basée
résistantes au développement de tumeurs (voir sur la réponse phénotypique aux risques des
ci-dessous pour de plus amples renseignements maladies est possible. Dans le cas des mammites,
sur la sélection pour la résistance à la maladie de le comptage des cellules somatiques dans le
Marek). Le tableau 39 indique les races aviaires lait (indicateur d’attaque bactérienne) ou les
signalées dans DAD-IS comme résistantes ou cas cliniques de la maladie peuvent être utilisés
tolérantes aux maladies aviaires spécifiques. en tant qu’indicateurs de la sensibilité. Ces
indicateurs sont des enregistrements de routine
chez les troupeaux laitiers, et leurs variations
ont une large composante génétique (Rupp
112
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Cadre 14
Résistance génétique à la peste porcine africaine
La peste porcine africaine (PPA) est une grave menace Les études moléculaires et celles qui sont basées
pour l’industrie mondiale des porcs. La PPA est une sur la génomique ont identifié les cibles cellulaires
maladie hautement contagieuse qui provoque la clés des protéines du virus de la PPA, essentiels
mort rapide par hémorragie des porcs domestiques. pour la réplication virale ou pour l’évasion du
Aucun vaccin n’est disponible et les seules stratégies virus des mécanismes de défense immunitaire.
efficaces de contrôle sont la stricte régulation des L’analyse comparative des séquences d’ADN de
mouvements des animaux et de leurs produits et ces gènes chez les espèces de porcs ayant des
l’identification, l’abattage et l’élimination rapides des sensibilités variables peut indiquer les mutations
animaux infectés. Des approches alternatives sont (polyphormismes d’un seul nucléotide - SNP)
extrêmement nécessaires. associées à la variation génétique dans la résistance.
Contrairement à la maladie grave observée chez L’analyse du transcriptome des macrophages infectés
les porcs domestiques, l’infection du virus de la peste par le virus de PPA en utilisant des puces à ADN
porcine africaine n’a aucun effet clinique chez les fournira de nouveaux gènes candidats, réglés de façon
porcs indigèes sauvages africains, le phacochère différentielle lors de l’infection. Ces gènes candidats
commun (Phacochoerus africanus) et les espèces peuvent s’utiliser pour l’élaboration d’essais des
de porcs sauvages (Potamochoerus spp.). Une telle marqueurs d’ADN pour la sélection d’animaux ayant
résistance génétique naturelle spécifique à l’espèce une sensibilité réduite à la maladie.
a une grande valeur pour l’étude des mécanismes La conservation des races résistantes est
moléculaires relatifs à la pathogenèse de cette fondamentale pour améliorer la résistance génétique
maladie. au virus de la PPA. Les animaux, les tissus et l’ADN
La sélection pour la résistance génétique à la PPA sont des ressources clés pour les chercheurs.
a été entreprise en croisant des porcs domestiques Bien que la sélection pour une résistance plus
avec les espèces résistantes. Malgré des preuves élevée au virus de la PPA soit possible, de nombreux
épisodiques qui suggèrent sa faisabilité, le croisement facteurs doivent être pris en considération avant
a eu un succès limité. En revanche, il est probablement d’entreprendre un tel programme. Il faut considérer
possible de sélectionner la résistance à la PPA en que les porcs résistants qui ne peuvent pas être
choisissant les porcs domestiques ayant survécu au infectés par le virus de la PPA sont difficiles
virus. Environ 5 à 10 pour cent des porcs domestiques à atteindre. Il est plus probable que les porcs
survivent à l’infection de PPA. Malheureusement, les exprimeront un phénotype «tolérant» aux effets
animaux ayant survécus sont habituellement éliminés cliniques du virus de la PPA. Si les porcs tolérants
par les mesures d’éradication suivant une poussée de n’expriment pas les symptômes cliniques de la
la maladie. Ce genre d’approche peut favoriser l’étude maladie, ils peuvent toutefois s’infecter et propager
sur la nature de la résistance génétique et obtenir le virus de la PPA dans l’environnement. Ces porcs
des animaux fondateurs pour des familles ressources peuvent ainsi représenter une menace pour les
à utiliser pour confirmer et quantifier la variation porcs sensibles de la zone ou nuire aux stratégies de
génétique dans la résistance ou la tolérance au virus contrôle.
de la PPA et pour identifier les marqueurs génétiques
associés ou les loci à effets quantitatifs. Fourni par Marnie Mellencamp.
113
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
et Boichard, 2003). L’existence d’une relation allèles B spécifiques au sein du complexe majeur
antagoniste entre la valeur génétique pour les d’histocompatibilité (CMH) (Bacon, 1987), a été
caractères de production et la sensibilité à la utilisée de nombreuses années pour faciliter la
maladie a poussé l’intérêt vers la sélection pour lutte contre la maladie de Marek. Récemment,
la résistance (ibid.). Par conséquent, de nombreux les chercheurs ont également identifié un
programmes de sélection des bovins laitiers certain nombre de loci à effets quantitatifs (QTL)
incluent parmi les objectifs la résistance à la associés à la résistance à cette maladie (Vallejo
mammite. et al., 1998; Yonash et al., 1999; Cheng, 2005).
La résistance des parasites aux médicaments D’autres maladies pour lesquelles les marqueurs
anthelminthiques est un problème majeur pour pour la résistance ont été identifiés incluent la
le secteur de l’élevage dans de nombreuses dermatophilose des bovins (Maillard et al., 2003),
régions de la planète, notamment dans la la diarrhée causée par le E. coli chez les porcs
production des petits ruminants. Les stratégies (Edfors et Wallgren, 2000) et la tremblante chez
de contrôle, fondées presque exclusivemet les moutons (Hunter et al., 1996).
sur l’usage fréquent des médicaments contre
les vers, sont de plus en plus considérées non
durables vue l’émergence de parasites résistants 4 Conclusions
à plusieurs médicaments (Kaplan, 2004). Le
besoin de méthodes de contrôle alternatives est Il est évident que les éléments génétiques
souligné par le fait qu’aucune nouvelle classe doivent être inclus dans les stratégies de
majeure de médicaments anthelminthiques a été contrôle des maladies, notamment à la lumière
lancée depuis environ 25 ans et il semble difficile de la durabilité limitée de nombreuses autres
de prévoir pour l’immédiat l’émergence de méthodes. Des preuves documentées sur la
nouveaux candidats (ibid.). L’intérêt croît pour les variation intra et interraciale en matière de
programmes de lutte intégrée contre les parasites, sensibilité à de nombreuses maladies importantes
dont la sélection pour la résistance génétique sont disponibles et, dans un certain nombre de
est une composante. La sélection des moutons cas, cet élément a été inclus dans les programmes
sur la base du COF a été considérée comme un de sélection. Cependant, la recherche sur la
moyen efficace de réduction du traitement génétique de la résistance et de la tolérance aux
avec les médicaments anthelminthiques et de la maladies des animaux d’élevage est plutôt limitée
contamination des pâturages par les œufs des pour ce qui est des maladies, des races et des
parasites nématodes (Woolaston, 1992; Morris espèces étudiées. Si les races disparaissent avant
et al., 2000; Woolaston et Windon, 2001; Bishop l’identification de leurs qualités de résistance aux
et al., 2004). maladies, les ressources génétiques qui pourraient
Les maladies épidémiques requièrent des largement contribuer à l’amélioration de la santé
approches alternatives. Il est nécessaire d’élaborer et de la productivité animales seront perdues à
des techniques de sélection basées sur les allèles jamais.
marqueurs associés à une plus grande résistance
aux maladies (Bishop et Woolliams, 2004). Pour
la maladie de Marek (une maladie virale des
poules), l’utilisation des vaccins a apparemment
accru la virulence de la maladie. La sélection pour
la résistance sera ainsi de plus en plus importante
dans les systèmes de production des volailles.
La sélection pour la résistance, basée sur les
114
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
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117
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Section F
La diversité génétique est potentiellement races, le croisement avec des races exotiques
menacée par plusieurs facteurs, dont les effets ou avec d’autres races indigènes, les conflits, la
peuvent se ressentir de différentes manières – perte des habitats, la maladie, la négligence et le
l’érosion des systèmes de production dont les manque de programmes de sélection durables.
ressources zoogénétiques forment une partie; la Iñiguez (2005) considère le déplacement suite
destruction physique des populations d’animaux à l’arrivée d’autres races et les croisements
d’élevage; ou la mise en place de réponses qui indiscriminés comme des menaces pour les races
sont en soi des menaces. Les moteurs de l’érosion de petits ruminants en Asie de l’Ouest et en
génétique sont aussi différents selon l’étendue Afrique du Nord. Ces exemples montrent que les
des interventions politiques pouvant les influencer menaces pour les ressources génétiques peuvent
ou, s’ils ne peuvent se prévenir, selon les mesures se classifier de façon différente mais, pour les
pouvant se mettre en place pour diminuer leurs thématiques abordées ci-après, trois catégories
effets sur la diversité des ressources zoogénétiques. ont été retenues: les évolutions dans le secteur de
Les auteurs se trouvent largement d’accord sur les l’élevage; les catastrophes et les urgences; et les
évolutions et les facteurs généraux qui menacent épidémies de maladies animales et les mesures de
les ressources zoogénétiques. Par exemple, Rege contrôle.
et Gibson (2003) considèrent l’utilisation de Les aspects économiques, sociaux,
matériel génétique exotique, les changements démographiques et politiques sont des moteurs
des systèmes de production et des préférences des changements du secteur de l’élevage. Les
des producteurs poussés par des facteurs socio- évolutions incluent les changements quantitatifs
économiques, et les catastrophes (sécheresse, et qualitatifs de la demande en produits et en
famine, épidémies, troubles civils/conflits) comme services de l’élevage; les changements dans
les principales causes de l’érosion génétique. la disponibilité des ressources naturelles, des
Tisdell (2003) mentionne les interventions en intrants externes ou de la main-d’œuvre; les
faveur du développement, la spécialisation changements du commerce au niveau national
(mise en évidence d’un seul caractère productif), et international; et les changements dans
l’introgression génétique, l’élaboration des l’environnement politique qui, directement ou
technologies et des biotechnologies, l’instabilité indirectement, affectent la nature des systèmes
politique et les catastrophes naturelles. Les de production de l’élevage (voir partie 2 pour de
analyses des menaces spécifiques auxquelles sont plus amples renseignements sur les évolutions
confrontées certaines races d’animaux d’élevage dans les systèmes de production des animaux
et les raisons ayant causé par le passé l’extinction d’élevage). Outre aux menaces associées à ces
sont toutefois assez rares. Pour les races menacées évolutions générales qui affectent le secteur
des bovins en Afrique, Rege (1999) mentionne, dans sa totalité, les politiques et les méthodes
parmi les menaces, le remplacement par d’autres inadéquates dans le domaine plus spécifique de
119
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
la gestion des ressources zoogénétiques peuvent etc. – que comme intervention rapide à une
avoir des graves conséquences pour la diversité urgence. Cependant, dans certains cas (par ex. la
génétique. tremblante), les efforts rigoureux visant à éliminer
Plusieurs aspects différencient les catastrophes ces maladies sont une menace pour la diversité
et les urgences des évolutions plus «graduelles». des ressources zoogénétiques.
Premièrement, les catastrophes et les urgences Ce genre de cadre de classification implique
impliquent un événement ou un ensemble inévitablement une certaine simplification
d’événements spécifique dont la survenue est d’une situation complexe. Différents moteurs
relativement imprévisible, au moins par rapport vont interagir. Par exemple, une population
à l’intensité de l’impact et aux zones affectées. raciale peut uniquement être vulnérable à
Par conséquent, la prévision de leurs effets sur les une catastrophe aiguë, si ses nombres et son
ressources zoogénétiques représente un défi assez étendue sont réduits à cause des changements
différent (et même plus difficile). Deuxièmement, graduels des systèmes de production dans
les catastrophes et les urgences sont de par lesquels elle est détenue. Des approches
leur nature des événements indésirables, qui politiques et de gestion inadéquates peuvent
entraînent des interventions visées à atténuer les se vérifier dans des conditions «normales», mais
impacts humanitaires, économiques et sociaux. elles sont particulièrement graves et nuisibles
Ces interventions sont souvent organisées dans les répercussions qui suivent une urgence.
précipitamment, ont des objectifs à court terme Pareillement, les catastrophes et les urgences
et rarement se concentrent de façon spécifique peuvent détruire les infrastructures et les
sur les ressources zoogénétiques. Troisièmement, ressources humaines et techniques nécessaires
dans un cadre caractérisé par des catastrophes à mettre en œuvre ou à élaborer des approches
et des urgences, il faut prendre en considération de gestion adéquates. De plus, la délimitation
la possibilité que des populations de ressources entre les situations d’urgence chronique d’une
zoogénétiques de valeur soient effacées en très part et les effets négatifs d’évolutions continues
peu de temps. Les catastrophes et les urgences ou diffuses d’autre part, n’est pas toujours claire.
qui peuvent affecter les ressources zoogénétiques De façon semblable, il peut y avoir des moteurs
incluent les catastrophes naturelles (par ex. ouragans «d’un niveau plus élevé» opérant par le biais de
ou tsunamis) et celles provoquées par l’homme (par plus d’un des mécanismes indiqués plus haut.
ex. les guerres) (Goe et Stranzinger, 2002). Par exemple, le changement climatique peut
Les maladies épidémiques des animaux accroître la fréquence des catastrophes naturelles
d’élevage partagent les caractéristiques suivantes et influencer graduellement la distribution et
avec les catastrophes et les urgences: elles sont les caractéristiques des systèmes de production
relativement imprévisibles; peuvent ravager les (FAO, 2006a).
populations d’animaux d’élevage en très peu de Vu l’imprévisibilité et la complexité des
temps; et entraînent des interventions du genre maintes forces menaçant la diversité génétique
«en cas d’urgence» (la nature et la focalisation des animaux d’élevage, l’évaluation de leur
spécifiques de l’intervention sont toutefois importance relative et, par conséquent,
différentes de celles mises en œuvre lors des autres l’identification des priorités visant à les atténuer
urgences). Les campagnes d’éradication en cas représentent un défi de taille. Les impacts sont
de maladies endémiques rentrent moins dans ce probablement affectés par l’échelle spatiale de
schéma, car elles sont plus entraînées par différents la menace; la vitesse à laquelle elle se présente;
facteurs – développement technologique, pour les menaces périodiques, la fréquence
questions liées à la commercialisation et au avec laquelle elles se produisent; l’intensité
commerce, inquiétudes liées à la santé humaine, avec laquelle elles frappent les populations; et
120
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
121
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Cadre 15
Le renne de la Mongolie est menacé
Au cours de milliers d’années, le renne a représenté La consanguinité semble être une autre cause du
la base des moyens d’existence et de la culture déclin du renne, car la vulnérabilité aux maladies
des peuples nomades de la taïga et des toundras comme la brucellose est accrue. En 1962, et de
d’Eurasie. Le peuple Tsataan, ou Dukha, de la nouveau vers la fin des années 80, le gouvernement
Mongolie, par exemple, dépend de ces animaux de la Mongolie a apporté des rennes de la Sibérie
pour le transport – le renne est monté et utilisé pour repeupler les troupeaux. Ce genre d’afflux ne
comme bête de somme et comme aliment – surtout s’était pas produit depuis la fin de l’ère soviétique.
le lait. Lors de l’abattage d’un animal, la viande, les Les propositions visant à renouveler les importations
peaux et virtuellement chaque partie de son corps de rennes ou de sperme de renne de la Sibérie ou
sont utilisées. Comme pour de nombreux peuples d’autres pays plus lointains, comme la Scandinavie
nomades, différents facteurs menacent le mode de vie ou le Canada, ont provoqué quelques débats. Les
traditionnel des Dhuka – y compris la diminution du arguments en faveur indiquaient que le croisement
nombre des rennes au cours des dernières années. pouvait restaurer les caractères bénéfiques qui
Plusieurs menaces visant les troupeaux ont été s’étaient perdus avec le temps, comme la résistance
identifiées. La population sauvage de la région est en aux maladies, la production laitière élevée et les
baisse à cause de la chasse commerciale. En l’absence dimensions considérables du corps et des bois.
de gibier sauvage, les éleveurs doivent abattre D’autres ont par contre déclaré que l’introduction
un pourcentage de leurs animaux trop important. de matériel génétique exotique aurait pu être
D’autres développements économiques, comme les inadéquate, car les rennes locaux avaient été
activités minières, représentent une menace, car les sélectionnés selon les exigences locales, spécialement
zones de pâturage sont détruites ou les schémas de pour «l’équitation» et le transport des marchandises.
migration interrompus. La diminution de la mobilité, Les études moléculaires ont indiqué que les
les éleveurs choisissant de rester près des villes pour troupeaux des Dukha ne sont pas plus consanguins
profiter des services d’instruction et de l’accès aux que d’autres nombreuses populations de rennes.
biens de consommation, affecte de façon négative Différents scientifiques des ONG et les autorités
la nutrition des rennes, puisqu’ils ne peuvent pas du gouvernement de la Mongolie se sont engagés
accéder aux zones de pâturage éloignées, riches en dans des recherches pour explorer en profondeur les
lichens. La connaissance traditionnelle relative à la meilleures approches à utiliser dans la gestion des
sélection et à l’élevage s’est probablement perdue ressources génétiques des rennes. Des efforts sont
au cours de la période du collectivisme et, par également entrepris pour évaluer les besoins en santé
conséquent, les nouveaux éleveurs du secteur privé animale des Dukha et pour leur fournir une meilleure
connaissent moins la gestion des rennes que leurs assistance vétérinaire.
prédécesseurs. En même temps, les problèmes liés à
la santé des rennes sont exacerbés par le déclin des Les conseils sur la préparation du texte pour ce cadre ont été
fournis par Brian Donahoe, Morgan Keay, Kirk Olson et Dan
services vétérinaires gouvernementaux et les mesures
Plumley. Pour de plus amples renseignements, voir: Donahoe
de contrôle des prédateurs. et Plumley (2001 et 2003); Haag (2004); Owen (2004);
Matalon (2004).
122
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
internationales (Tisdell, 2003), ce qui favorise localités plus éloignées (inaccessibles) sont moins
également ce qu’on appelle «l’effet de dominance affectées par les menaces liées aux demandes du
de Swanson». Ce terme décrit une situation dans marché. Cependant, les systèmes de production
laquelle les choix effectués au sein des sociétés qui de ces régions, qui abritent souvent des ressources
se sont développées plus tôt affectent les schémas génétiques spécifiquement adaptées, font face à
de développement d’ailleurs. Face au besoin d’un d’autres menaces. La dégradation de la base des
accroissement rapide de la production, le choix ressources naturelles, exacerbée par la pression
des races transfrontalières, déjà sujettes à de croissante de la population et l’absence de
nombreuses années d’améliorations génétiques méthodes et de stratégies adéquates en matière
intenses et dont le matériel génétique est de gestion des pâturages ou de fertilité des sols,
facilement disponible, est probablement un peut menacer la durabilité (FAO, 1996). L’absence
choix plus intéressant pour les producteurs de droits d’accès aux pâturages et aux sources
d’animaux d’élevage et pour les décideurs des d’eau est de plus en plus une menace pour
pays en développement, même si la mise en les stratégies d’élevage des pasteurs (Köhler-
valeur des races locales pourrait à long terme Rollefson, 2005). Le changement climatique
créer des animaux mieux adaptés (ibid.). En fait, représente aussi une menace potentielle. La
un processus semblable peut réduire la diversité diminution prévue des précipitations dans les
intraraciale chez les races transfrontalières à principales régions semi-arides de l’Afrique peut
haut rendement, comme l’indique l’utilisation affecter de façon négative l’existence des pasteurs
très répandue du patrimoine génétique nord- (Hiemstra et al., 2006). Outre les problèmes relatifs
américain chez les bovins Holstein Frisonne aux ressources naturelles, les contraintes liées à
européens. la production (par ex. maladies endémiques), au
Le commerce international étant en hausse, commerce, à la disponibilité des intrants externes
la nature de la production de l’élevage et le et au manque des infrastructures et des services
choix des races peuvent être influencés par des nécessaires à l’amélioration des races peuvent
facteurs comme les tendances du marché des pays entraîner une baisse de la viabilité économique
importateurs, une plus grande concurrence des de ces systèmes de production. La migration vers
produits importés, les fluctuations des prix des les zones urbaines à la recherche d’un emploi
intrants importés et les restrictions commerciales peut produire la perte de la main-d’œuvre et
associées aux mesures zoosanitaries. Les petits de la connaissance traditionnelle associées aux
éleveurs auront souvent des difficultés à réagir animaux d’élevage (Daniel, 2000; Farooquee
aux défis et aux possibilités résultant de ces et al., 2004). Les effets de ces contraintes sur
développements et pourraient, par conséquent, les ressources zoogénétiques sont à double
être perdants par rapport aux producteurs tranchant: si d’une part, elles font obstacle à
industriels (FAO, 2006). Les cadres légaux pour le la durabilité économique, d’autre part elles
commerce international des animaux d’élevage favorisent l’élevage des races indigènes car elles
et des produits de l’élevage sont présentés en sont les seules à prospérer dans des conditions
plus grand détail à la partie 3 – section E. difficiles de production.
La portée des menaces entraînées par la Il faut également constater que certains
demande à la diversité génétique des animaux changements, apparemment moindres et
d’élevage varie selon les localités et est plus innocents, aux pratiques de production peuvent
importante quand l’accès aux marchés est plus conduire au déclin des races ou des souches
facile. Ici, l’accroissement de la demande et la adaptées à des systèmes spécifiques. Dýrmundsson
concurrence sont largement responsables de la (2002) signale qu’en Islande, l’augmentation
transformation ou de la marginalisation/déclin de la production de foin et d’ensilage vers la
des systèmes de production traditionnels. Les moitié du XXe siècle a entraîné la diminution de
123
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Cadre 16
Distorsions politiques qui influencent l’érosion des ressources génétiques
des porcs au Viet Nam
Au Viet Nam, les races de porcs sont environ 25 – porcs pour l’exportation. Ces mesures ont inclus
15 races locales et 10 exotiques. Ces dernières sont des incitations préférentielles aux investissements
importées pour «améliorer», par les croisements, la du Fonds de soutien à l’exportation; des emprunts
performance des races locales. Le nombre de porcs du Fonds d’assistance au développement jusqu’à
estimés au Viet Nam est de 21,5 millions, dont environ hauteur de 90 pour cent de la valeur du capital
28 pour cent des races locales, 16 pour cent des races d’investissement, dans le cadre de projets impliquant
importées et 56 pour cent des croisements. Parmi les le développement de la production de porcs pour
races locales, trois sont considérées techniquement l’exportation; et des incitations de 280 VND (Viet
disparues, quatre sont classifiées comme critiques- Nam Dong) (0,02 dollar EU) pour l’équivalent d’un
en déclin, deux sont en danger-en déclin et quatre dollar d’exportation de porcs en lactation et de
sont vulnérables-en déclin (RN Viet Nam, 2003). En 900 VND (0,06 dollar EU) pour l’équivalent d’un dollar
1994, les races locales représentaient environ 72 pour d’exportation de viande de porcs (ACI, ASPS, 2002a,b).
cent de la population de truies au nord du Viet Nam. Une étude récente (Drucker et al., 2006), fondée
En 1997, ce niveau avait baissé à 45 pour cent. La sur une étude de cas dans la province de Son La
diminution des races locales dépend des forces du et sur des entretiens avec des informateurs clés au
marché et des politiques gouvernementales qui niveau des gouvernements local et national, a évalué
détournent la rentabilité relative de la production la portée des subventions gouvernementales pour
utilisant des races locales ou exotiques. les races de porcs «de haute qualité». Le niveau des
Le gouvernement reconnaît l’importance de subventions totales a été estimé à environ 31 dollars
maintenir les races locales pour la conservation par truie par an (VND460 000 par truie par an).
de la diversité génétique et le matériel nécessaire Onze types de subventions ont été identifiées: plus
aux programmes de croisements. Un appui et de la moitié (54 pour cent) étaient des subventions
du crédit sont fournis aux stations de sélection, directes en faveur de l’élevage de troupeaux de
aux organisations et aux individus qui élèvent sélection. D’autres sources importantes incluaient
les races locales (ACI/ASPS, 2002). Cependant, le des subventions directes du prix d’achat des
niveau de soutien pour les races locales est faible troupeaux de sélection (provenant de dons nationaux
par rapport aux incitations visant les éleveurs et provinciaux) (17 pour cent); des emprunts
de races exotiques axés sur les exportations. subventionnés en faveur de l’achat des porcs et des
Le programme de sélection du Ministère de infrastructures de la ferme (16 pour cent); et des
l’agriculture et du développement rural vise à garantir services d’insémination artificielle subventionnés
l’approvisionnement de races de bonne qualité (9 pour cent). La subvention par truie par an a été
utilisées pour la production nationale et pour les estimée entre 19 et 70 pour cent de la marge brute.
exportations. A cette fin, deux fermes de sélection
d’Etat reçoivent des subventions pour préparer les Fourni par Achilles Costales, AGAL (PPLPI) FAO.
Pour de plus amples renseignements, voir: ACI/ASPS. (2002);
races exotiques et les croisements à vendre aux
Drucker et al. (2006).
producteurs commerciaux de porcs (Drucker et al.,
2006). Un certain nombre de décrets divulgués
par le Ministère favorisent également l’élevage de
124
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Cadre 17
Les races laitières appropriées aux petits éleveurs des tropiques
Au Kenya, le développement de petits producteurs 460 jours. Le résultat d’une faible reproduction
laitiers favorise l’utilisation des bovins laitiers était la réduction des ventes des animaux de
exotiques. Une étude récente indique que ces réforme et l’impossibilité d’élever une génisse de
animaux ont un potentiel de production de lait remplacement au cours de la vie productive de
supérieur à ce que les climats tropicaux et les la vache (réduite ainsi à moins de quatre ans à
ressources en aliments peuvent soutenir. cause du stress et de la sous-alimentation). Ceci
Les modèles d’équilibre nutritionnel et énergétique avait comme résultat un coût total élevé par litre
chez les Frisonnes et leurs croisements avec les et la diminution de la taille du troupeau. Le déficit
zébus dans les unités à stabulation permanente énergétique subi par les Frisonnes à haut rendement
montrent que les productions journalières de lait explique pourquoi leur production laitière annuelle
supérieures à 18 litres ne peuvent pas être soutenues moyenne dans les unités à stabulation permanente
par la densité d’énergie des aliments disponibles. des petits éleveurs n’est que de 1 500 litres dans
L’amélioration de la qualité des aliments donnerait les hauts-plateaux et de 1 000 litres sur la côte, et
une production journalière supérieure à 22 litres, le taux de remplacement est d’une génisse élevée
mais créerait une chaleur supérieure à la possibilité pour les deux vaches quittant le troupeau.
de dispersion de la vache, même dans les frais Les productions de lait annuelles de ces Frisonnes
hauts-plateaux. Par conséquent, l’appétit de la vache ne sont pas plus élevées que celles des vaches
baisserait et elle puiserait sur ses réserves d’énergie laitières Boran, Nandi et Jiddu sous gestion améliorée
pour soutenir des productions plus élevées. Dans il y a 50 ans et leur fécondité et longévité sont
les zones côtières, la nutrition est plus faible et les considérablement plus faibles. Selon l’étude, la
vaches, produisant seulement 11 litres par jour, performance des vaches indigènes a été illustrée
subissent un stress continu et modéré au cours de par un croisement de Zébu. Sa production de lait
la saison chaude. Afin d’éviter ces effets adverses, annuelle de 1 570 litres, provenant d’une production
la production journalière ne devrait pas dépasser 20 journalière maximale de 11 litres, avait des coûts
litres dans les hauts-plateaux et 14 litres dans la zone directs élevés, mais ceux-ci étaient contrecarrés par la
côtière, ce qui porterait à une production maximale naissance de deux veaux femelles à un intervalle de
par an de 4 500 et 3 000 litres, respectivement. 317 jours, ce qui portait au coût total par litre le plus
Les effets négatifs résultant du dépassement faible. Cet exemple démontre que, dans un système
de ces limites n’étaient pas clairs au début de la à faibles intrants, la productivité des vaches devrait
lactation, lorsqu’une vache ayant une production être redéfinie selon l’utilisation efficace d’intrants
journalière, par exemple, de 35 litres avait le coût faibles, la prolongation de la vie du troupeau et le
direct le plus faible et fournissait du lait en quantité nombre de veaux, et une attention moindre devrait
suffisante pour la vente, la consommation du ménage être accordée à la production journalière maximale.
et le remboursement de la main-d’œuvre familiale.
Cependant, la diminution abrupte de la lactation a Fourni par John Michael King.
Pour de plus amples renseignements, voir: King et al. (2006).
révélé le déficit énergétique, qui entraînait également
la stérilité et portait l’intervalle entre vêlages à
125
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
la population de souche «mouton leader» aux les emprunts en faveur des investissements de
caractéristiques uniques et qui jouait une fonction capitaux, le subventionnement des intrants,
importante pendant les pâtures d’hiver. comme les aliments pour animaux importés,
Les arguments présentés ci-dessus ont indiqué la prestation de services d’élevage gratuits ou
que l’accroissement de la demande et la plus subventionnés (comme l’insémination artificielle)
grande mondialisation ont contribué à favoriser et les prix de soutien pour les produits d’origine
l’industrialisation des systèmes de production et animale (Drucker et al., 2006).
l’utilisation d’une gamme restreinte de ressources De façon plus générale, la prise de conscience de
génétiques hautement productives. Si ce processus l’importance de la conservation et de l’utilisation
représente une menace pour la diversité des durable des ressources zoogénétiques est souvent
ressources zoogénétiques, il a également apporté limitée au niveau politique (voir partie 3 –
une grande contribution à l’approvisionnement section A). Cette faiblesse concourt au manque de
alimentaire d’origine animale vis-à-vis d’une caractérisation adéquate des races locales et de
demande en croissance rapide. On peut donc considération pour les ressources zoogénétiques
argumenter que la diminution de la diversité des dans le cadre de toutes les décisions politiques.
ressources zoogénétiques n’est pas un problème De plus, l’investissement du secteur public dans la
grave. Cette perspective accorde évidemment mise en valeur des ressources zoogénétiques est en
peu d’importance aux avantages futurs potentiels baisse. L’attention est dirigée de plus en plus à la
qui pourraient se perdre si une plus vaste gamme biotechnologie et de moins en moins aux activités
de diversité génétique n’était pas maintenue. holistiques d’amélioration raciale qui impliquent
Cependant, même dans une perspective à court la conception de programmes de sélection,
terme, il est possible d’identifier un certain l’établissement de schémas d’enregistrement
nombre de facteurs qui pourraient empêcher le des animaux et leur appui, l’essai de ressources
choix d’une race en faveur de races exotiques zoogénétiques alternatives et l’implication
à haut rendement. Ces facteurs incluent: les des fermiers locaux et des races traditionnelles
carences des informations – un manque de (FAO, 2004c). Le développement des ressources
connaissance concernant la performance relative zoogénétiques est ainsi laissé au secteur commercial,
d’une race exotique par rapport à une race locale qui se concentre principalement sur les races
amène à un choix inadéquat en faveur de la race transfrontalières internationales (surtout des zones
exotique; les dysfonctionnements du marché – la tempérées). Il est aussi préoccupant de constater
présence de coûts ou avantages externes associés que si la recherche du secteur public concentre
à l’élevage d’une race particulière ou la pratique tous ses efforts sur les biotechnologies coûteuses,
d’une forme particulière de production d’élevage ceci peut réduire la disponibilité des ressources
(par ex. les dommages environnementaux destinées à la recherche des aspects généraux de la
associés aux systèmes de production industriels); gestion des ressources zoogénétiques.
et les distorsions politiques favorisant l’allocation Au plan international, les cadres réglementaires
de ressources inefficaces au secteur de l’élevage pour les ressources zoogénétiques en matière
(FAO, 2002). d’échange et d’accès et de partage des avantages
Les subventions manifestes ou cachées ont ont été développés plus lentement par rapport
souvent favorisé le développement des systèmes aux développements du secteur des végétaux
industriels aux dépens des petits producteurs. (voir partie 3 – section E.1 pour de plus amples
Dans certains pays, les décisions politiques sur le renseignements sur les principaux cadres légaux
secteur de l’élevage sont fortement motivées par internationaux pour les ressources zoogénétiques).
le désir d’accroître les exportations des produits Les options politiques sont toutefois de plus en plus
d’origine animale (voir cadre 16). Ces subventions discutées (Hiemstra et al., 2006). Il est clairement
ont de formes différentes, comme les dons et possible que des développements dans ce secteur
126
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
aient un impact sur l’utilisation de ressources do in terms of their survival and growth
génétiques particulières ou affectent la durabilité rates in communal production system. The
de systèmes de production particuliers, mais les importation of semen and live bulls has
preuves concrètes des façons par lesquelles les resulted in uncontrolled cross breeding of
changements des cadres réglementaires peuvent beef cattle and as a result the indigenous
accroître ou diminuer les menaces pour la diversité Tswana cattle are under threat.
des ressources zoogénétiques sont encore rares. (La section de la sélection animale du
La menace, mentionnée plus haut, liée aux Département de la santé et de la production
croisements indiscriminés peut également animales favorise l’importation de sperme
s’exacerber par les mesures politiques. La sécurité de bovins pour les fermiers qui utilisent
alimentaire au niveau national est un facteur l’insémination artificielle. Le sperme est
hautement motivant pour les politiques en faveur également subventionné pour aider les
de la mise en valeur des animaux d’élevage dans fermiers à améliorer le matériel génétique
les pays en développement. Le désir d’atteindre des races à croissance rapide. Il n’existe
un progrès rapide a favorisé l’utilisation aucune surveillance sur les façons de se
du matériel génétique des races exotiques comporter de la progéniture des taureaux
hautement productives. Les politiques en faveur de l’IA en ce qui concerne les taux de survie
de l’utilisation de l’insémination artificielle et de croissance au sein du système de
augmentent le taux de diffusion du matériel production communal. L’importation de
génétique exotique. Un facteur exacerbant peut sperme et de taureaux vivants a déterminé
être la promotion de matériel génétique exotique des croisements non contrôlés de bovins à
de la part des entreprises de sélection des pays viande et les bovins locaux Tswana sont ainsi
développés; dans certains cas, il est soutenu menacés.)»
par les agences de développement cherchant Comme il est indiqué ci-dessus, les moyens
à promouvoir l’utilisation de leurs produits d’existence des pasteurs des zones semi-arides
nationaux (Rege et Gibson, 2003). En l’absence sont de plus en plus dérangés et ceci menace à
de mesures visant à garantir une utilisation du son tour leurs races d’animaux d’élevage. Ces
matériel génétique exotique bien planifiée, les problèmes sont souvent exacerbés par les mesures
impacts sur les races locales peuvent être graves. politiques. L’accès aux sources de pâturage est une
De plus, le croisement indiscriminé avec des question clé. La production agricole, les parcs de
animaux non adaptés à l’environnement local faune sauvage et l’extraction de minéraux sont
peut désavouer l’effet souhaité d’accroissement souvent prioritaires dans les prises de décisions
de la production et laisser les petits producteurs politiques sur l’utilisation des terres (FAO, 2001a).
dans une position plus vulnérable (par exemple, Ces développements font souvent obstacle
par rapport aux problèmes de santé animale). Le aux stratégies traditionnelles de pâturage qui
problème est décrit de façon succincte dans le permettaient aux pasteurs d’utiliser de façon
Rapport national du Botwana (2003): efficace la végétation des parcours. Les systèmes
«The Animal Breeding Section of the inadéquats de mise en valeur des eaux peuvent
DAHP [Department of Animal Health and également avoir des effets négatifs. La nature
Production] facilitates the importation of mobile de l’élevage traditionnel des pasteurs ne
cattle semen for farmers that do AI. The facilite pas les relations avec l’Etat; les activités
semen is also subsidized to help farmers de développement se sont concentrées sur la
afford improve genetic materials of fast promotion de moyens d’existence sédentaires, et
growing breeds. There is no monitoring les pasteurs sont rarement représentés au niveau
in terms of how the progeny of AI bulls politique ou desservis par les services d’élevage.
127
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Un autre aspect des politiques, abordé au événements sur le secteur de l’élevage a reçu
chapitre suivant, pouvant avoir un impact majeur une attention relativement faible. Des données
sur les ressources zoogénétiques est représenté précises sont fondamentales pour l’identification
par les mesures de secours et de réhabilitation des évolutions relatives aux impacts des
mises en place en réponse aux catastrophes et aux catastrophes et pour déterminer la priorité des
situations d’urgence. stratégies de réduction des risques (IFRCS, 2005).
Des données utiles sur les catastrophes sont de
plus en plus disponibles, mais la couverture du
3 Catastrophes et situations secteur de l’élevage reste plutôt limitée. Les
d’urgence5 sources de données publiquement disponibles
incluent la Base de données sur les catastrophes
Les catastrophes, comme les sécheresses, les d’urgence (EM-DAT), gérée par le Centre pour la
inondations, les ouragans, les tsunamis, les recherche sur l’épidémiologie des catastrophes
tremblements de terre, la guerre et les troubles (CRED), basé à Bruxelles ([Link]
civils, ont des impacts désastreux sur la vie et et DesInventar, une base de données gérée par
les moyens d’existence des populations dans le une coalition d’acteurs non gouvernementaux
monde. De plus, la fréquence de nombreux types comprenant 16 pays en Amérique latine et
de catastrophes est en hausse. Les catastrophes Caraïbes ([Link] Il est
hydrométéorologiques et géophysiques sont intéressant de noter que DesInventar inclut les
devenues respectivement de 68 pour cent et chiffres des décès d’animaux d’élevage en cas de
62 pour cent plus fréquents au cours de la catastrophe. Cependant, seul un nombre limité
décennie 1994-2003 (IFRCS, 2004). Le nombre de pays sont couverts et la forte dépendance
de personnes affectées démontre également des médias mine la fiabilité des détails sur les
une tendance à la hausse au cours de la même pertes. Les chiffres sur les pertes des animaux
période, avec une moyenne de 213 millions de d’élevage par race sont encore plus difficiles à
personnes par an affectées par les catastrophes au obtenir. Il est par conséquent rarement possible
cours des cinq premiers ans de la décennie et une d’évaluer en détail les impacts de catastrophes
moyenne de 303 millions de personnes par an, au spécifiques sur les ressources zoogénétiques. Il est
cours des cinq autres. Au cours de ces dix années, également difficile d’estimer la portée générale
la sécheresse et la famine ont été les catastrophes des catastrophes et des situations d’urgence en
«naturelles» les plus graves, provoquant au moins tant que menace pour la diversité des ressources
275 000 décès parmi les hommes (ibid.). Ensuite, zoogénétiques au plan mondial.
au mois de décembre 2004, le tsunami de l’océan La littérature à disposition sur les catastrophes
Indien, qui a tué plus de 100 000 personnes, a et les situations d’urgence est remplie d’une
démontré le potentiel de destruction massive variété de termes concurrents: catastrophes
des catastrophes géophysiques. A la figure 36 naturelles, dangers géophysiques, dangers
est indiquée la fréquence des différents types de climatiques, situation d’urgence complexe,
catastrophes au cours de 30 dernières années. situation d’urgence politique complexe, crise,
Malgré la vaste littérature mise à disposition etc. (Oxfam, 1995; OPS, 2000; Von Braun et al.,
sur les catastrophes, les situations d’urgence 2002; Shaluf et al., 2003). Il existe toutefois une
et les interventions de secours, l’impact de tels distinction entre les catastrophes et les états
d’urgence qu’elles provoquent.
5 Les catastrophes ont été historiquement
Pour de plus amples renseignements sur l’impact des catastrophes
et des situations d’urgence sur les ressources zoogénétiques, voir classifiées en deux genres: naturelles ou
FAO (2006c). engendrées par l’homme (ADB, 2005; Duffield,
128
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
1994). Dans le cadre de cette typologie, les deux est que les catastrophes ne sont pas séparées des
formes de catastrophes ont été largement conçues conditions dans lesquelles elles ont pris naissance.
comme des événements distincts et modérés. Par exemple, les impacts d’une catastrophe
Cette division a été récemment considérée trop seront souvent plus graves si elle se produit dans
rigide. Les événements naturels et ceux qui sont un environnement caractérisé par une grande
engendrés par les hommes peuvent avoir des pauvreté, par la dégradation de l’environnement
impacts connexes. Par exemple, la sécheresse et/ou par des structures institutionnelles faibles.
grave des parcours des pasteurs souvent crée des Contrairement aux «catastrophes», qui
situations d’instabilité et de troubles sociaux. sont définies par l’événement même, le terme
Les crises provoquées par les hommes peuvent «situations d’urgence» décrit les impacts sociaux
s’exacerber par les phénomènes naturels. Par et fait référence au besoin d’une intervention
exemple, les troubles civils et l’interruption externe. Par cette définition, il est clair qu’une
conséquente des stratégies de contrôle des évaluation des effets des situations d’urgence
maladies peuvent créer les conditions favorables sur les ressources zoogénétiques doit considérer
aux épidémies des animaux d’élevage. De plus, non seulement l’impact physique immédiat sur les
des événements primaires peuvent provoquer populations d’animaux d’élevage, mais également
des dangers secondaires, comme les incendies et la façon dont les changements sociaux provoqués
la pollution. Une autre considération importante par la situation d’urgence peuvent affecter la
Figure 36
Nombre de catastrophes par type et par an
180
160
140
120
100
80
60
40
20
0
1970 1972 1974 1976 1978 1980 1982 1984 1986 1988 1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004
Source: EM-DAT: la base de données internationale sur les catastrophes OFDA/CRED – [Link] – Université Catholique
de Louvain, Bruxelles, Belgique. Les critères d’inclusion d’une catastrophe dans la base de données EM-DAT sont: dix personnes ou plus
décédées, 100 personnes ou plus affectées, appel d’assistance internationale OU déclaration d’état d’urgence.
129
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
production des animaux d’élevage et, encore, les initial sur les ressources zoogénétique dans ces
effets des interventions mises en place en réponse conditions peut être inférieur par rapport à une
à la situation d’urgence. Surtout les interventions situation d’urgence aiguë, simplement à cause
qui prévoient l’approvisionnement d’animaux à des nombres inférieurs d’animaux impliqués.
un ménage ou à une communauté par des agents Cependant, les effets à long terme ne devraient
externes – un processus appelé «repeuplement» pas être sous-estimés. L’introduction d’un nombre
(Heffernan et al., 2004) – doivent être évaluées relativement limité d’animaux exotiques peut
avec attention. Dans ce cadre, il est utile de avoir un effet considérable sur la composition
faire une distinction entre situations d’urgence génétique de la population à plus long terme,
«aiguës» et «chroniques». Dans les chapitres surtout s’ils sont favorisés par les éleveurs. En
suivants, l’importance de la distinction fait outre, les impacts secondaires des situations
référence à l’intensité des impacts. Par exemple, d’urgence chroniques, comme les changements
à la suite d’une situation d’urgence aiguë, les dans la main-d’œuvre du secteur de l’élevage, ont
activités de repeuplement sont habituellement à également des implications pour les ressources
grande échelle et, pour ce qui est des dynamiques zoogénétiques et doivent ainsi être pris en
relatives à la population, l’afflux de matériel considération. Le VIH/SIDA, par exemple, peut
génétique nouveau dans les populations provoquer la perte de la main-d’œuvre familiale.
d’animaux d’élevage peut se considérer comme La nature et l’ampleur de l’impact de la maladie
un événement unique et modéré, se produisant sur les pratiques de gestion et de sélection dans
au cours d’une période limitée. Les activités de les pays ayant des taux d’incidence élevés ne sont
repeuplement après la guerre des Balkans des pas toutefois encore comprises en profondeur
années 90 se sont concentrées sur une période (FAO, 2005b; FAO, 2005c).
de trois ans (cadre 18). De façon semblable, La première question à se poser par rapport
après le super-cyclone qui a frappé les zones aux impacts sur les ressources zoogénétiques est
côtières d’Orissa, en Inde, en 1999, les activités de relative à l’ampleur à laquelle les populations
repeuplement à grande échelle se sont terminées raciales sont affectées par les différents types
au bout de quelques années. Les impacts à court de catastrophes et de situations d’urgence.
terme de ces événements aigus sur les ressources Dans le cadre du secteur agricole en général,
zoogénétiques sont ainsi élevés. Les effets à plus les catastrophes géologiques naturelles ont une
long terme dépendent largement de la capacité importance moindre par rapport à celles qui sont
de survie des animaux introduits dans le nouvel créées par les événements climatiques adverses
environnement et des stratégies de sélection (ECLAC, 2000). Cependant, dans le cas des
suivies par les fermiers (si les animaux repeuplés animaux d’élevage, il ne faut pas sous-évaluer les
sont choisis de préférence pour la sélection). potentialités d’élimination d’un grand nombre
En revanche, la réponse aux situations d’animaux qui ont des événements géologiques
d’urgence chroniques (comme l’effet du VIH/SIDA tels les tremblements de terre, les éruptions des
ou d’une faible sécheresse intermittente) est volcans et les tsunamis.
habituellement plus sporadique, à petite échelle Il faudrait également savoir si les chiffres
et a une durée plus longue. Par exemple, les bruts sur la mortalité des animaux d’élevage
activités de repeuplement parmi les fermiers de peuvent se différencier de quelque façon utile à
subsistance sont souvent conçues pour «faire un l’évaluation des impacts potentiels sur la diversité
cadeau», c’est-à-dire transférer un cheptel jeune des ressources zoogénétiques. Les preuves
à de nouveaux bénéficiaires (Heffernan et al., relatives à des impacts différentiels sur des races
2004). Certains projets de ce genre ont eu une ou types d’animaux divers sont rares. Les données
durée de 10 ans ou plus. Par conséquent, l’impact quantitatives sur les impacts des catastrophes
130
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
Cadre 18
Guerre et réhabilitation en Bosnie-Herzégovine
En Bosnie-Herzégovine, le secteur de l’élevage a été été également importé. Des emprunts souples du
sérieusement affecté au cours de la guerre entre gouvernement étaient destinés aux fermiers qui
1992 et 1995. Les bovins sont estimés avoir subi une avaient perdu plus de 50 pour cent de leurs biens
baisse de 60 pour cent, les moutons de 75 pour cent, productifs et possédaient des terres suffisantes pour
les porcs de 90 pour cent, les volailles de 68 pour élever les animaux. Initialement, la politique prévoyait
cent et les chevaux de 65 pour cent. Un troupeau de fournir une vache par famille, mais les unités plus
reproducteur de bovins Busa de race pure a été axées sur le commerce, avec trois à cinq vaches, ont
détruit aux alentours de Sarajevo, ainsi que le livre été ensuite préférées. Les races importées avaient
généalogique et d’autres documents. Le programme évidemment le potentiel d’augmenter la production
de sélection et de conservation du cheval Bosnian de lait et de viande, cependant, dans certains cas,
Mountain a été gravement perturbé. De plus, un les ressources insuffisantes en aliments, les faibles
certain nombre de troupeaux de moutons Sjenicka de pratiques de gestion et le manque de services de
race pure ont été complètement détruits. santé animale et la collecte du lait ont limité le succès
En 1996, un programme de trois ans pour la des projets de repeuplement.
réhabilitation du secteur de la production animale Au cours des années d’après guerre, de
a été adopté. Il prévoyait l’importation de 60 000 nombreuses organisations se sont engagées dans la
vaches de haute qualité, de 100 000 moutons et distribution d’animaux en Bosnie-Herzégovine et les
de 20 000 chèvres. Au cours de la première année importations du secteur privé ont également cherché
du programme (1997), environ 10 000 génisses ont à satisfaire la demande. L’ampleur globale de ces
été importées, dont 6 500 financées par le Fonds importations et les races impliquées ne sont pas bien
international pour le développement agricole (FIDA) enregistrées. Il est toutefois clair que la guerre et la
et coordonnées par l’Unité de mise en œuvre du réhabilitation suivante ont provoqué des changements
projet de Ministère fédéral de l’agriculture. Les autres considérables dans la composition de la population
provenaient de donations de gouvernements et d’animaux d’élevage au cours des dernières années.
organisations humanitaires différents. Les génisses La population de bovins Busa, par exemple, estimée
étaient originaires de la Hongrie, de l’Autriche, de supérieure à 80 000 en 1991, est passée en 2003 à
l’Allemagne et des Pays-Bas et 75 pour cent étaient moins de 100 animaux.
des Simmental, 10 pour cent Holstein Frisonne,
10 pour cent Montafona (Alpine Brown) et 5 pour Pour de plus amples renseignements, voir: RN Bosnie-
Herzégovine (2003); FAO (2006c); SVABH. (2003).
cent Oberinntal (Grey Tyrolean). Le sperme avait
au niveau de la race sont, probablement sans effets. Au-delà de ces différences potentielles en
surprise, très difficiles à obtenir. Il est possible de matière de sensibilité, la taille et la diffusion des
penser que les différentes pratiques de gestion populations raciales sont des facteurs à prendre
exposent les animaux de façon différentielle aux en considération. Les petites populations et
risques (FAO, 2006a; RamaKumar, 2000) ou que, particulièrement celles qui sont concentrées à
pour certains types de situations d’urgence, les l’intérieur d’une zone géographique limitée
animaux adaptés de façon spécifique ont des semblent les plus menacées. En outre, si les petites
capacités de survie plus élevées, mais il est difficile populations se trouvent dans une zone souvent
d’arriver à des conclusions sur la portée de tels affectée par les catastrophes, le risque est majeur.
131
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
La FAO (2006a), par exemple, constate qu’au en développement ont généralement comme
Yucatan, au Mexique, où de nombreux porcs but de sauver des vies humaines, tandis que les
de basse-cour ont été perdus lors de l’ouragan équipes médicales pour les animaux sont limitées
Isodara de 2001, se trouve la race menacée aux pays plus riches. En revanche, les activités de
de porcs Box Keken. Si pour les épidémies de réhabilitation comprennent généralement des
maladie, des preuves d’impacts adverses sur les activités liées aux animaux d’élevage – surtout
petites populations raciales sont disponibles, il est le repeuplement. Par conséquent, cette phase a
difficile de repérer des données comparables pour souvent eu l’impact potentiel le plus considérable
d’autres types de catastrophes. Les informations sur les ressources zoogénétiques.
sur la distribution géographique des races étant En l’absence d’interventions externes, la reprise
limitées pour une grande partie de la planète, du secteur de l’élevage est un processus lent, la
l’évaluation de l’ampleur de ces risques et la restauration des troupeaux pouvant s’achever au
décision d’assumer quelque mesure que soit pour cours de plusieurs années. Lorsque le repeuplement
les atténuer sont problématiques. est mis en place par des agents extérieurs, comme
Lorsqu’il s’agit des interventions en cas les donateurs et les ONG, la reprise de l’économie
d’urgence, la sauvegarde des ressources de l’élevage s’accélère rapidement. Si les fermiers
zoogénétiques est rarement une priorité. ne peuvent généralement pas acquérir des
Cependant, des décisions éclairées de la part des animaux provenant de l’extérieur, les agents
opérateurs de l’élevage engagés dans ce genre externes peuvent le faire et en fait, ils le font.
d’action peuvent probablement atténuer de façon Les économies d’élevage locales détruites par la
considérable les effets négatifs sur les ressources catastrophe peuvent ainsi avoir une reprise rapide.
zoogénétiques, sans perturber les objectifs Cependant, la conséquence accidentelle peut être
humanitaires. Il est par conséquent important représentée par des changements irréversibles à
que les impacts potentiels de ces actions sur la grande échelle de la composition génétique des
diversité raciale soient explorés. populations locales d’animaux d’élevage.
Les actions visant à atténuer les effets des La question de la diversité des ressources
catastrophes sont généralement composées de zoogénétiques n’a pas été largement débattue
plusieurs phases. Avant une situation d’urgence, dans la littérature sur le repeuplement. Il est
les stratégies de préparation et de gestion des toutefois souvent évoqué que les effets sont
risques peuvent se mettre en place. Pendant et moindres par rapport à la taille globale de la
immédiatement après l’événement, les points population locale d’animaux d’élevage, car les
focaux sont la prestation de secours aux victimes animaux utilisés pour le repeuplement sont
et l’évaluation des dommages et/ou des pertes de achetés localement (Kelly, 1993; Oxby, 1994;
vie. A l’étape suivante, les se concentrent sur la Toulmin, 1994). Si les animaux ont une provenance
restauration et la reconstruction des infrastructures locale, alors l’impact sur la composition génétique
et des économies endommagées. Par le passé, les de la population d’animaux d’élevage est limité.
activités de préparation et de gestion des risques Cependant, il n’est absolument pas clair si ceci
étaient souvent conçues pour le secteur agricole est toujours le cas. Les projets de repeuplement
au sens large, avec quelques recommandations requièrent de nombreuses femelles en période
spécifiques pour les animaux d’élevage. Des reproductive, qui ne sont pas souvent disponibles
efforts pour redresser cette défaillance ont été dans une situation d’après catastrophe (Heffernan
récemment entrepris par différents organismes et Rushton, 1998). Par exemple, Hogg (1985) en
internationaux (FAO, 2004b; Oxfam, 2005). décrivant un projet de repeuplement au nord du
Cependant, l’influence de ce travail sur les Kenya, constate qu’il était impossible de remplir
politiques n’est pas claire. En outre, les activités de les quotas du projet en utilisant uniquement
réponse à une situation d’urgence dans les pays les sources locales et il a fallu s’adresser aux
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
longue période, comme les sécheresses ou les un engagement de plusieurs années de la part
maladies épidémiques (voir chapitre suivant) et de l’organisme donateur pour que le programme
si le temps est suffisant pour mettre en œuvre de soutien soit viable pour les bénéficiaires. Les
les mesures de conservation au cours de la décideurs doivent premièrement considérer
situation d’urgence. Deuxièmement, une gamme la fonction des animaux d’élevage dans le
de stratégies d’atténuation des risques peut être système de production concerné. Suite à une
entreprise, comme la création et le soutien de situation d’urgence aiguë, il n’est généralement
banques de fourrage dans les zones frappées par pas recommandé de lancer un projet de
des problèmes climatiques, comme la sécheresse repeuplement qui change l’orientation de la
ou des neiges importantes – voir, par exemple, le production des éleveurs impliqués. Après une
Rapport national de la Mongolie (2004). Une autre catastrophe, par exemple, l’introduction de races
activité clé est la caractérisation des ressources laitières parmi des ménages qui n’étaient pas
génétiques dans les zones potentiellement auparavant engagés dans la production laitière
affectées. Dans de nombreux pays, les ressources n’aura probablement aucun succès. La plupart
zoogénétiques rares ou prioritaires n’ont des intrants nécessaires à soutenir ce changement
pas été suffisamment identifiées – la prise de ne sont pas disponibles après une catastrophe.
décisions éclairées lors de la situation d’urgence Par conséquent, l’objectif du repeuplement
et au cours de toute activité de repeuplement dans une situation d’urgence aiguë devrait
successive étant ainsi difficile. Enfin, des mesures être la restauration des niveaux de production
préventives peuvent être entreprises pour établir précédents plutôt que le changement net du
des programmes de conservation ex situ et faire système de production ou des moyens d’existence
en sorte que du matériel génétique des races des ménages affectés. Ceci devrait se faire en
locales soit ainsi maintenu en dehors des zones utilisant des races appropriées à l’environnement
affectées par la situation d’urgence. local et aux niveaux existants de gestion. Le
Lors d’une situation d’urgence, les opérations manque d’adaptation des animaux repeuplés aux
de sauvetage génétique sont indiquées, si des conditions de production prépondérantes crée
ressources zoogénétiques rares sont affectées et si probablement des problèmes considérables à de
la menace aux animaux survécus à la catastrophe nombreux ménages ciblés par le repeupelement
initiale est continue. Dans de nombreux pays, ces (Etienne, 2004).
opérations sont toutefois presque impossibles En revanche, dans une situation d’urgence
à mettre en place du point de vue logistique. chronique, la marge à disposition pour un
L’approche la plus faisable est probablement changement des fonctions des animaux d’élevage
la collecte de matériel génétique pour la est plus large. En fait, différents projets de
cryoconservation. L’action est efficace seulement si repeuplement introduisant la production laitière
des renseignements précis sur les caractéristiques pour soutenir les moyens d’existence locaux ont
des animaux affectés et sur l’ampleur de la réussi (HPI, 2002). Cependant, l’insuffisance de
menace sont disponibles. En l’absence de ces la main-d’œuvre et de l’accès aux intrants peut
renseignements, la collecte de matériel génétique encore représenter une limitation importante. Par
pour la conservation est encore faisable, mais conséquent, le choix des ressources génétiques
les mesures mises en place sont moins ciblées appropriées à ce genre de projets demande
et considérées comme une tentative de dernier une soigneuse considération des contraintes
recours pour réduire l’impact de la situation et des potentialités de l’environnement local
d’urgence sur les ressources zoogénétiques. de production. De plus, il faut comprendre les
Les opérations visant à repeupler les troupeaux perceptions des fermiers sur la race et/ou l’espèce
après une catastrophe requièrent problablement à utiliser. Cette compréhension est importante
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
non seulement pour le succès du projet en un impact dévastateur en termes de décès des
matière de moyens d’existence, mais également animaux dans les zones affectées. Les maladies
pour l’impact du repeuplement sur les ressources qui menacent l’économie de l’élevage favorisent
zoogénétiques, car elles seront affectées par les la mise en place de tentatives concertées de
stratégies de sélection des fermiers (FAO, 2006c). contrôle, pouvant inclure des programmes
Une autre question à considérer dans une d’abattage à grande échelle, ou d’autres
situation d’urgence aiguë est la quantification mesures, comme la surveillance, la vaccination
des pertes des animaux d’élevage. Les estimations et le contrôle des mouvements des animaux. Les
des pertes après les catastrophes sont souvent maladies concernées sont, dans la plupart des cas,
extrapolées des enquêtes entreprises sur le terrain les maladies transfrontières dont les poussées
et la fiabilité des chiffres est souvent incertaine. ont des conséquences graves pour le commerce
Une estimation précise des pertes permet de international. Les menaces pour la santé humaine
déterminer le repeuplement nécessaire. L’ampleur déclenchées par les zoonoses, particulièrement à
des pertes détermine en outre si les animaux l’échelle internationale, poussent également la
peuvent être repérés localement, ou s’il faut les mise en place de mesures rigoureuses de contrôle
chercher chez d’autres populations nationales ou des maladies. Au cours des dernières années,
même internationales. Il est également important l’émergence de nombreuses épidémies de
d’identifier une population de référence par maladies animales ayant des effets dévastateurs,
rapport à laquelle mesurer les changements futurs particulièrement la grippe aviaire hautement
dans la population. Dans la zone potentielle du pathogène (HPAI), a concentré l’attention sur le
projet, il faut donc classifier les races existantes besoin d’améliorer le contrôle et la prévention
et identifier toute race à risque avant le des maladies transfrontières (FAO/OIE, 2004).
repeuplement. Ces arguments doivent toutefois La menace potentielle des épidémies pour les
s’équilibrer avec les demandes pressantes sur le ressources zoogénétiques est représentée par les
temps et les ressources qui prévalent dans une décès des animaux à cause de la maladie ou des
situation d’urgence aiguë. Les informations ne politiques d’abattage. Les effets des maladies
seront jamais absolument précises et les méthodes peuvent autrement être moins directs. Les races
moins formelles pour évaluer les pertes seront d’animaux d’élevage sont souvent adaptées pour
parfois les plus appropriées. fournir une gamme spécifique de produits ou
de services dans le cadre d’un environnement
de production particulier. Si les conditions
4 Epidémies et mesures de contrôle changent – par exemple, à cause de l’émergence
des maladies de problèmes de santé animale ou des charges
imposées par les mesures de contrôle des maladies
Partout dans le monde et dans tous les – les pratiques existantes peuvent être adaptées,
systèmes de production, les maladies animales remplacées ou abandonnées et les races associées
entraînent la mortalité et à la réduction de sont ainsi menacées. En plus des effets immédiats
la productivité des animaux domestiques, des maladies sur la productivité des animaux
requièrent des dépenses pour la prévention et d’élevage, d’autres coûts ou restrictions relatifs
le contrôle, limitent les objectifs des éleveurs, au contrôle des maladies peuvent provenir
le développement économique et menacent des exigences du commerce ou de l’hygiène
la santé humaine. Les contraintes de la santé alimentaire. Bien que le présent chapitre soit
animale influencent en grande partie la prise de principalement concentré sur la menace de
décision relative à l’élevage et à l’utilisation des l’érosion génétique résultante des maladies
ressources génétiques. Certaines épidémies ont animales, il faut toutefois reconnaître que,
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
dans de nombreuses circonstances, la présence génétiques sont souvent difficiles à établir, car
des maladies limite l’introduction d’animaux les informations sur les races spécifiques ne sont
exotiques potentiellement sensibles aux maladies pas disponibles. Dans des conditions générales
et garantit ainsi l’utilisation continue des races égales, l’impact est probablement plus grave si
adaptées localement. une grande proportion de la population animale
Au cours des dernières années, de nombreuses décède. Pour donner quelques indications sur
épidémies graves ont entraîné le décès ou l’impact relatif des différentes épidémies, le
l’abattage préventif de millions d’animaux. En tableau 40 présente les chiffres des décès et des
Thaïlande, la poussée de grippe aviaire hautement animaux abattus en tant que proportion de la
pathogène en 2003/2004 a causé la perte d’environ population animale nationale, pour l’espèce et
30 millions d’oiseaux (Ministère de l’agriculture l’année en question, en plus des chiffres bruts
et des coopératives, 2005). Entre janvier et juin sur la mortalité. Les foyers récents les plus graves
2004, 18 millions de poules indigènes ont été quant aux nombres de décès par rapport à la
tuées en essayant de contrôler la maladie, un taille des populations nationales pour les espèces
chiffre qui représente environ 29 pour cent de la affectées sont indiqués.
population de poules locales du pays (ibid.). En L’impact sur les ressources génétiques n’est
2003/2004, environ 43 millions d’oiseaux ont été pas uniquement quantifiable par le nombre
détruits au Viet Nam, et 16 millions en Indonésie – des animaux décédés. Le risque d’érosion est
représentant environ 17 pour cent et 6 pour cent probablement plus élevé si les races rares sont
des populations nationales respectives (Rushton confinées aux zones gravement affectées par un
et al., 2005). foyer de maladie ou si une maladie affecte de façon
En 1997, un foyer de peste porcine classique disproportionnée les systèmes de production des
(PPC) aux Pays-Bas a provoqué l’abattage de ressources génétiques rares ou adaptées de façon
presque 7 millions de porcs (OIE, 2005). Au spécifique. L’ampleur de l’impact des épidémies
Royaume-Uni, l’épidémie de fièvre aphteuse (FA) sur les ressources génétiques est probablement
en 2001 a causé l’abattage d’environ 6,5 millions de aussi influencée par la nature des politiques de
moutons, de bovins et de porcs (Anderson, 2002). repeuplement mises en place après le foyer (voir
En 1997, le foyer de peste porcine africaine (PPA) section précédente).
au Bénin a causé le décès de 376 000 porcs et L’étendue selon laquelle les maladies ont
19 000 autres ont été abattus pour des raisons affecté les ressources zoogénétiques est souvent
de contrôle de la maladie (OIE, 2005) – ceci difficile à évaluer de façon satisfaisante, à
dans un pays où la population totale des porcs cause du manque de données différentiant ou
était seulement de 470 000 animaux (FAOSTAT). caractérisant les animaux frappés. Par exemple,
D’autres épidémies récentes, ayant entraîné de dans le Ngamiland, au Botswana, plus de 340 000
hauts niveaux de mortalité, sont les suivantes: en bovins non caractérisés ont été abattus en 1995
1997, le foyer de péripneumonie contagieuse des à cause d’un foyer de PPCB (RN Botswana, 2003).
bovins (PPCB) en Angola; en 1998, les foyers de Cependant, dans certains cas, des preuves
PPC en République dominicaine, et en 2001/2002, confirment que la mortalité à cause de la maladie,
à Cuba; l’épidémie de PPA dans de nombreux les programmes d’abattage et/ou les programmes
pays africains, comme à Madagascar, en 1998 et successifs de repeuplement ont eu un impact
au Togo, en 2001; et les foyers de FA en Irlande et négatif sur des ressources génétiques spécifiques.
aux Pays-Bas, en 2001 et en République de Corée, Le Rapport national du Japon (2003) mentionne
en 2002 (OIE, 2005). Le tableau 40 montre l’impact qu’en l’an 2000, environ les deux tiers de la
des principales épidémies récentes de maladies, population de la race rare de bovins Kuchinoshima,
pour ce qui est des décès et des animaux abattus. sur l’île de Kuchinoshima, sont décédés à cause
Malheureusement, les effets sur les ressources d’une épidémie. En Zambie, les populations de
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
bovins, surtout la race indigène Tonga, ont été races rares. Les programmes d’abattage mis
gravement affectées par la «corridor disease» en place en 2001, au moment de l’épidémie de
(une maladie transmise par les tiques) au cours fièvre aphteuse au Royaume-Uni, ont menacé
des dix dernières années, le nombre de bovins de les populations raciales confinées dans les zones
la Southern Province ayant été réduit de 30 pour affectées par la maladie. Les populations frappées
cent (Lungu, 2003). Les détails de l’impact des comprenaient des races menacées, comme le
maladies sur les ressources génétiques sont mouton Whitefaced Wooldand et les bovins
habituellement mieux enregistrés dans des Whitebred Shorthorn (voir tableau 41). De façon
pays, comme le Royaume-Uni, où sont présentes semblable, au cours du foyer de fièvre aphteuse
des ONG qui s’occupent de la conservation des aux Pays-Bas, les troupeaux de races rares, comme
Tableau 40
Impact des récentes épidémies
Sources: OIE (2005) pour les chiffres relatifs à la mortalité; FAOSTAT pour les chiffres relatifs à la population.
*Rushton et al. (2005) – nombre d’animaux abattus uniquement, aucun chiffre pour les décès causés par la maladie.
** FAO (2005d) – les chiffres incluent les animaux abattus et les décès causés par la maladie.
***Anderson (2002) – les chiffres excluent les agneaux nouveaux-nés et les veaux abattus avec les mères, pour lesquels des chiffres
précis ne sont pas disponibles (ibid.), ainsi le nombre réel des animaux abattus aurait dû être plus élevé.
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l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
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L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
d’encéphalite japonaise chez les humains. Un 2003, la Directive de l’UE a inclus des exceptions
exemple opposé des façons dont les maladies aux règlements relatifs à l’abattage immédiat
influencent la nature des systèmes de production des animaux infectés pour des sites, comme les
et, par conséquent, l’utilisation des ressources laboratoires, les jardins zoologiques, les parcs de
génétiques est l’augmentation des populations de faune sauvage ou d’autres zones clôturées, ayant
races de moutons d’usage général au Royaume- été identifiés à l’avance comme sites spécifiques
Uni, résultant de l’accroissement des troupeaux d’un noyau de sélection indispensable à la survie
autonomes suite à l’épidémie de FA en 2001 (RN d’une race (UE, 2003b). Lors de l’épidémie de 2001
Royaume-Uni, 2002). au Royaume-Uni, des mesures ont été introduites
Les ressources génétiques sont également pour permettre aux propriétaires de troupeaux
menacées par les tentatives d’éradication des de moutons ou de chèvres rares de demander
maladies qui ont une dimension génétique. Par l’exemption (si des mesures de biosécurité
exemple, les règlements de l’Union européenne avaient été mises en place) aux programmes
(UE, 2003a) relatifs à l’éradication de la tremblante d’abattage qui affectaient les animaux dans les
ont créé des préoccupations pour les races rares exploitations situées à moins de 3 km d’un site
ne possédant pas ou ayant une fréquence faible d’infection (MAFF, 2001). Pour ce qui concerne
de génotypes résistants. Ayant été présente chez la grippe aviaire en Asie, la protection du
les troupeaux européens depuis au moins 250 ans, matériel génétique de valeur est considérée
la tremblante est plutôt différente des épidémies une justification acceptable pour la vaccination
aiguës décrites dans ce chapitre. Cependant, à préventive contre la grippe aviaire hautement
cause des préoccupations pour la santé humaine, pathogène des populations de volailles (FAO,
la motivation qui pousse à agir rapidement est 2004a). Dans le cas des programmes de contrôle
considérable et vise à introduire des mesures de la tremblante, une recherche approfondie est
rigoureuses de contrôle. La participation aux à présent mise en œuvre pour évaluer les impacts
programmes de sélection sera obligatoire pour sur des races rares spécifiques et trouver des
tous les troupeaux de «haute valeur génétique». stratégies de conservation appropriées lors des
Au Royaume-Uni, par exemple, les règlements tentatives d’éradication de la maladie (Townsend
seront applicables à «tous les troupeaux de race et al., 2005).
pure et, de plus, à tout troupeau produisant Un certain nombre de mesures de précaution
et commercialisant des béliers sélectionnés visant à minimiser les risques pour les ressources
localement» (DEFRA, 2005). L’abattage ou la génétiques de valeur en cas d’épidémie ont été
castration des béliers et des agneaux mâles promues. Par exemple, la possibilité que des
ayant des allèles VRQ sensibles à la tremblante populations de races rares disparaissent à cause
sera obligatoire. L’élimination immédiate de ces d’une épidémie est considérée une justification
génotypes peut présenter des problèmes pour la valable pour la mise en place de programmes de
conservation d’un certain nombre de races rares cryoconservation. D’autres mesures préventives
de moutons britanniques (Townsend et al., 2005). pourraient inclure: l’établissement de sites
Bien que le tableau soit loin d’être complet, conservant d’importantes ressources génétiques
dans de nombreux cas, les mesures de contrôle, dans plus d’une localité et, de préférence, dans
plutôt que la maladie même, représentent les les régions à faible densité d’animaux d’élevage;
menaces les plus graves pour la diversité des l’isolement des races rares des autres animaux,
ressources zoogénétiques. Suite aux récentes si les exploitations ont des races multiples; et la
épidémies graves, le besoin de gérer les conflits mise à jour des listes pour les sites détenant des
potentiels entre les objectifs vétérinaires et ceux races rares (RN Allemagne, 2003).
de la conservation a été reconnu. Par exemple, en
139
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 1
Il est important de noter que toutes ces mesures caractéristiques des ressources zoogénétiques; de
dépendent en grande partie de la disponibilité leur distribution géographique et par système de
d’informations exactes sur les caractéristiques et la production; des fonctions relatives aux moyens
situation de risque des races menacées et, surtout, d’existence de leurs éleveurs; et des manières
sur leur distribution par zone géographique et/ou dont les changements des pratiques de gestion et
par système de production à l’intérieur des pays les évolutions générales du secteur de l’élevage
frappés. Ceci, de nouveau, souligne le besoin affectent leur utilisation. Ainsi, les menaces
d’une caractérisation efficace des ressources émergentes ne sont souvent pas identifiées ou
zoogénétiques pour atteindre les objectifs de leur importance n’est pas suffisamment évaluée.
conservation. Un autre aspect à souligner est Il est généralement difficile de quantifier
le besoin d’une planification avancée de toute l’impact des épidémies sur la diversité des
action de conservation à mettre en œuvre dans ressources zoogénétiques – les données sur la
le cas d’une épizootie des animaux d’élevage. Il mortalité sont rarement subdivisées par race. Il est
est beaucoup plus difficile de chercher à formuler toutefois clair que de grands nombres d’animaux
et mettre en œuvre des interventions une fois le peuvent se perdre et que souvent l’abattage,
foyer déclenché. plutôt que la maladie, cause la plupart des décès.
Les risques pour les ressources zoogénétiques n’ont
reçu que récemment une certaine considération
5 Conclusions dans la planification des mesures de contrôle des
maladies et sont, en général, encore largement
Les nombreux facteurs sous-jacents qui menacent ignorés. En 2001, l’épidémie de FA a montré que,
les ressources zoogénétiques ne sont pas faciles même dans les pays européens ayant une forte
à gérer. Le changement est une caractéristique tradition d’activités de conservation des races,
inévitable des systèmes de production d’élevage les décisions prises pour protéger les ressources
et les évènements «catastrophiques» ne seront zoogénétiques étaient circonstancielles et que
jamais complètement évitables ou même prévi- plusieurs races rares ont été races menacées par la
sibles. De plus, il n’est ni possible ni souhaitable campagne d’abattage. Le contrôle des maladies
que la conservation des ressources génétiques en est souvent géré à l’intérieur de cadres légaux qui
soi ait la priorité sur d’autres objectifs, comme la réduisent la flexibilité des mesures de réponse aux
sécurité alimentaire, les interventions humanitai- situations d’urgence et la possibilité de considérer
res aux catastrophes ou le contrôle des maladies les risques pour les ressources zoogénétiques.
animales graves. Cependant, un certain nombre En Europe, quelques progrès ont été atteints
de mesures peuvent être mises en place pour dans la gestion de cette question (voir partie 3 –
atténuer les effets de ces forces menaçantes. Trop section E.3), mais les possibilités de conflit entre
souvent, toutefois, les menaces aux ressources les objectifs de santé animale et de conservation
zoogénétiques et la contribution potentielle des des races sont encore considérables. La mise en
races locales à des objectifs de développement de place de plans efficaces est toutefois de nouveau
plus grande envergure sont négligées au niveau freinée par le manque d’informations sur les races
politique. Ceci se traduit souvent par la mise en à privilégier et les façons de les atteindre.
place de politiques favorisant une plus grande L’impact des catastrophes et des situations
utilisation d’un nombre limité de ressources d’urgence sur les ressources zoogénétiques n’est
zoogénétiques et qui n’adoptent pas de mesures pas non plus documenté de façon satisfaisante.
utiles pour protéger les races menacées. Immédiatement après une catastrophe, la récolte
Dans de nombreux cas, un des problèmes des données sur les pertes et la protection des
principaux est la connaissance insuffisante des ressources zoogénétiques locales ne sera jamais
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144
L’é tat de l a b i od i versi té de l’ag r icultu re da ns le sec teu r de l’éle vage
145
Partie 2
Évolutions du
secteur de l’élevage
Partie 2
Introduction
Dans le cadre de l’agriculture préindustrielle, les races des animaux d’élevage devaient
s’adapter aux environnements locaux, remplissaient des fonctions multiples et étaient
ainsi très différentes. Cependant, à cause de la demande croissante en produits d’origine
animale, le secteur de l’élevage s’est rapidement orienté vers des systèmes intensifs et
spécialisés dans lesquels l’environnement de production est contrôlé et les caractères de
production sont les critères clés pour la sélection des espèces et des races. La demande
du secteur industrialisé en ressources zoogénétiques a été satisfaite par un nombre
limité de races à haut rendement, ce qui a fait diminuer la diversité génétique intra et
interraciale.
Malgré l’importance économique et la croissance rapide des systèmes de production
intensifs, le secteur de l’élevage dans le monde continue de se caractériser par un degré
élevé de diversité. Les systèmes de production intensifs et industriels ont contribué à
satisfaire la plupart de la demande croissante en produits alimentaires d’origine animale.
Cependant, l’élevage est aussi un élément important des moyens d’existence de nombreux
petits producteurs et l’amélioration de l’existence des éleveurs plus pauvres reste encore
un objectif important. Atteindre les objectifs relatifs à la sécurité alimentaire et aux
moyens d’existence, tout en préservant les ressources naturelles comme l’eau, la fertilité
des sols et la biodiversité, et s’attaquant aux problèmes comme l’émission de gaz à effet
de serre, représentent des défis de taille. Ces défis requièrent un examen critique des
choix et des utilisations actuels des ressources zoogénétiques, qui ne sont pas toujours
optimaux pour les conditions de production et dont les carences d’information entravent
l’émergence de stratégies de gestion rationnelle.
Cette section examine les moteurs du changement dans le secteur de l’élevage et les
évolutions correspondantes dans les systèmes de production. Elle introduit également
certaines des interactions les plus significatives entre l’élevage et l’environnement.
Enfin, elle met en lumière les implications relatives à l’utilisation des ressources
zoogénétiques.
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Cadre19
Le concept de productivité
Lorsque les valeurs relatives de races ou de systèmes et al., 1997), 23 pour cent de la production de
de production particuliers sont abordées, l’utilisation bovins dans les systèmes d’exploitation mixtes des
du terme «productivité» peut être trompeur, s’il régions montagneuses de l’Indonésie (Ifar, 1996)
n’est pas défini avec attention. Une distinction doit et 11 pour cent de la petite production de chèvres
se faire entre la haute productivité et les niveaux laitières des hauts-plateaux orientaux de l’Ethiopie
élevés de production ou rendement. A vrai dire, la (Ayalew et al., 2002). Le fumier est un autre produit
«productivité» ou «l’efficacité» est la mesure du important des systèmes d’exploitation mixtes qui
rendement obtenu par unité d’intrants. Par exemple, n’a pas été souvent pris en considération dans les
elle peut se définir comme le rapport entre le calculs des avantages globaux dérivés des animaux
rendement d’un produit, comme le lait, et les coûts d’élevage. L’étude sur l’Ethiopie a indiqué que la
monétaires relatifs. Les animaux alimentés par les production de fumier représentait 39 pour cent des
résidus de récolte, comme les pailles, produisent avantages bruts dérivés de l’élevage des chèvres
peu mais, si leur production est peu coûteuse, leur dans ce système (ibid.). L’importance de la production
productivité ainsi définie n’est pas forcément faible. de fumier est également mise en évidence par les
Une perspective élargie des coûts de production constatations d’Abegaz (2005) qui montrent que
peut produire des résultats très différents par rapport chez les communautés des hauts-plateaux du nord de
aux estimations de productivité. Par exemple, si les l’Ethiopie utilisant l’exploitation mixte, les effluents et
coûts environnementaux sont pris en compte, alors la la force de traction des animaux sont les principaux
productivité des animaux à haut rendement, élevés objectifs de la production et expliquent les densités
dans les systèmes industriels de production, peut être élevées d’animaux d’élevage observées.
en fait moins impressionnante de ce qu’elle paraît. Il est important de souligner que, non seulement
Une considération plus générale sur les dans les sociétés tropicales et/ou plus défavorisées,
rendements de la production d’élevage est également les animaux d’élevage possèdent des valeurs et des
pertinente. Certaines fonctions des animaux d’élevage coûts multiples. Les arguments sur la productivité
souvent ignorées incluent le rôle qu’ils jouent dans la sont également valables dans les sociétés plus nanties
fourniture de financements et d’assurances, un rôle (Van De Ven, 1996; Schiere et al., 2006a). Le fait qu’ils
particulièrement important pour les éleveurs qui ne soient ignorés est la raison même des problèmes liés à
peuvent pas accéder à ces services d’autres façons. la protection de l’environnement souvent rencontrés.
Plusieurs tentatives ont été effectuées pour quantifier Ceci souligne encore le besoin d’évaluer la valeur de
la valeur des fonctions de financement et d’assurance la biodiversité de façon plus globale et non seulement
et les inclure dans les calculs des avantages nets par rapport au rendement potentiel de lait ou de
de la production d’élevage. Par exemple, certaines viande.
études ont indiqué que ces fonctions représentent
81 pour cent des avantages nets de la production des Fourni par Hans Schiere.
chèvres à viande au Nigeria du sud-ouest (Bosman
150
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Section A
Moteurs évolutifs
dans le secteur de l’élevage
1 Evolution de la demande
Figure 37
Changements de la consommation de viande dans les pays en développement et développés
kg/personne/an
100
en développement
développés
80
60
40
20
0
1980 1990 2000 2015 2030
Sources: les chiffres pour 1980, 1990 et 2000 proviennent de FAOSTAT; les chiffres pour 2015 et 2030 de la FAO (2002a).
151
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
de la viande et du lait à 2,4 pour cent et 2,5 pour dans les pays développés, le pourcentage
cent par an, respectivement, dans les pays en comparable est 81 pour cent. Les projections
développement; tandis que les taux de croissance pour la consommation de volailles dans les pays
pour le monde entier seront de 1,7 pour cent en développement prévoient une croissance
pour la viande et de 1,4 pour cent pour le lait. La de 3,4 pour cent par an jusqu’en 2030, de la
croissance de la consommation par habitant est viande de bœuf de 2,2 pour cent et de la viande
toutefois plus faible, particulièrement en Afrique ovine de 2,1 pour cent. Les projections pour la
subsaharienne, au Proche et Moyen-Orient et dans consommation de volailles dans le monde entier
les régions où la consommation est déjà élevée, prévoient une croissance de 2,5 pour cent par an
comme les pays développés ou l’Amérique latine jusqu’en 2030, et pour les autres viandes de 1,7
(particulièrement pour la viande). A l’exception pour cent ou moins. Les taux de croissance ont
de l’Afrique, les projections de la consommation été particulièrement élevés en Chine, en Inde et
par habitant prévoient une croissance à un rythme au Brésil et la grande taille et la vigueur de ces
plus lent après 2030, les consommateurs ayant pays font présager qu’ils continueront d’accroître
atteint des régimes alimentaires plus équilibrés. leur dominance sur les marchés mondiaux des
Ceci par contre peut réduire l’accroissement de la produits de l’élevage. L’accroissement élevé de
production: au cours de la période entre 2030 et la consommation est répandu partout dans le
2050, la production de viande et de lait dans les monde en développement, mais il est important
pays en développement devrait se situer à 1,3 pour de considérer les différences, entre régions
cent et 1,4 pour cent par an, respectivement. et entre pays, de l’étendue de la «révolution
Dans les pays en développement, 70 pour cent de l’élevage». Par exemple, en Afrique
de la consommation additionnelle de viande est subsaharienne, les niveaux de consommation
représentée par la viande de porcs et de volailles; pour la viande, le lait et les œufs sont restés
Tableau 42
Projections des évolutions dans la consommation de viande entre 2000 et 2050
[en milliers de [% par an] [% par an] [kg par an] [% par an] [% par an]
tonnes par an]
152
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Tableau 43
Projections des évolutions dans la consommation de lait entre 2000 et 2050
stables au cours des dix dernières années (FAO, 1.1 Pouvoir d’achat
2006f). En outre, les évolutions de la demande en Parmi les différents moteurs évolutifs de la
produits spécifiques varient largement selon les production animale, les auteurs partagent leurs
différentes parties des régions en développement, opinions et considèrent le pouvoir d’achat le
la Chine étant la première pour la consommation moteur ayant le plus d’influence (Delgado et
de viande, presque doublant la consommation al., 1999; Zhou et al., 2003). La consommation
totale – l’augmentation est en fait plus marquée de produits d’origine animale augmente avec
pour la consommation de volailles et de porcs. le pouvoir d’achat. Cependant, l’effet de
En Inde et dans les autres pays de l’Asie du Sud, l’augmentation des revenus sur l’alimentation
l’accroissement de la consommation totale de lait est le plus important parmi les populations à
sera important. revenu faible et moyen (Delgado et al. 2002).
Les justifications selon lesquelles les populations Cette observation est vraie au niveau individuel
choisissent leurs aliments sont complexes: les et national (Devine, 2003). La consommation
objectifs sont multiples et les décisions sont par habitant des produits alimentaires d’origine
influencées par les capacités et les préférences animale est, par conséquent, plus importante
des individus et des sociétés. Les préférences pour les groupes à revenu élevé et plus dynamique
pour les aliments changent également de façon pour les groupes à revenu faible et moyen dans
rapide. Le rythme des changements, qualitatifs et des conditions à forte croissance économique. Il
quantitatifs, de régimes accélère lorsque les pays est évident que ces groupes ne sont pas distribués
deviennent plus riches et les populations plus de façon uniforme dans le monde – les premiers
urbanisées. se concentrent dans les pays de l’OCDE, tandis
que les derniers se trouvent principalement dans
les économies à croissance rapide, comme l’Asie
du Sud-Est, les provinces côtières de la Chine,
153
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Cadre 20
Utilisation durable du porc Iberian en Espagne – une histoire de succès
Le porc Iberian était une fois la race la plus détenue Les innovations technologiques ont également
en Espagne. Sa rusticité, ses capacités d’alimentation, été introduites dans les systèmes de production
la capacité à supporter des périodes sans beaucoup traditionnels, comme l’amélioration de la qualité des
d’aliments, et sa tolérance aux températures pâtures et l’utilisation plus efficace des résidus de
extrêmes, font de ce porc l’animal idéal pour la récolte. De nombreuses études ont été entreprises
production extensive des conditions locales. L’élevage pour approfondir les connaissances sur la nutrition, la
traditionnel des porcs contribue à la conservation manipulation, le comportement, la morphologie, les
de la dehesa, un écosystème de pâturages boisés caractéristiques génétiques et la qualité de la viande
reconnu par l’UE comme habitat naturel d’intérêt de cette race.
communautaire, et dont une partie a été déclarée En 2002, les truies étaient environ 193 000. La
réserve de la biosphère par l’UNESCO. L’élevage du plupart de cette hausse de la population avait eu lieu
porc Iberian a eu longtemps une grande importance dans des conditions de production plus intensives,
économique et sociale pour cette région. en dehors des milieux de vie traditionnels de la race.
Cependant, à partir des années 60, l’introduction Cependant, 16,3 pour cent de la population est encore
à grande échelle des races exotiques a contribué à élevée dans un système de production extensif.
la diminution de nombreuses races espagnoles, y
compris le porc Iberian. Les systèmes traditionnels de Fourni par Manuel Luque Cuesta et Vicente Rodríguez
Estévez.
production des porcs ont subi un déclin à cause des
faibles niveaux de rendement et des problèmes liés au
contrôle des maladies. En 1982, les truies de la race
Iberian étaient seulement environ 66 000.
Depuis lors, une infrastructure de
commercialisation très réussie a été développée. Elle
s’est concentrée sur la qualité de la viande provenant
des porcs engraissés dans le système traditionnel
où les animaux sont libres de fourrager en herbe
et glands sans aucun aliment supplémentaire. Les
produits possèdent une quantité élevée d’acides gras
insaturés et une qualité alimentaire excellente. La
viande est très recherchée: les porcs engraissés dans
ce système traditionnel ont des prix jusqu’à 160 pour
cent plus élevés que les prix des animaux élevés
de façon conventionnelle et les jambons secs entre
350 et 500 pour cent en plus. En fait, la contrainte
principale à une augmentation supplémentaire de la Photo: Vicente Rodríguez-Estévez.
production n’est pas le manque de demande, mais
l’étendue limitée de l’habitat traditionnel de la race.
154
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
155
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Cadre 21
Surmonter les contraintes au développement de la petite industrie laitière axée
sur le marché
La demande en lait des pays en développement artificielle); et d’accès aux technologies de production
devrait augmenter de 25 pour cent d’ici 2025 et de transformation. Parfois, évidemment, les coûts
(Delgado et al., 1999). La mobilisation du secteur de la production laitière et les conditions inadéquates
de la petite industrie laitière pour accroître la des infrastructures font en sorte que cette industrie
production pourrait apporter des avantages, comme soit non compétitive pour les petits producteurs.
l’accroissement des revenus et de la sécurité Cependant, un certain nombre de facteurs favorables
alimentaire des petits producteurs. Le manque d’un aux perspectives de développement de la petite
revenu régulier est un problème majeur pour les industrie laitière peuvent s’identifier.
ménages pauvres. La culture et la production de L’approche de l’Entreprise laitière axée sur le
viande ne rapportent que de recettes cycliques. Au marché (MODE – Market Oriented Dairy Enterprise)
contraire, l’industrie laitière, même à une très petite a été suggérée comme modèle de développement.
échelle, peut produire un revenu modeste, mais Les groupes laitiers ou de producteurs sont les points
régulier. d’entrée fondamentaux et les développements
Une des difficultés rencontrées au développement devraient se baser sur les risques et s’axer
de la petite industrie laitière est représentée par la progressivement sur le marché, au fur et à mesure
concurrence des importations en croissance rapide que les membres des groupes arrivent à prendre
aux pays en développement, augmentée de 43 pour des décisions éclairées. Cette approche se compose
cent entre 1998 et 2001 et estimée ensuite encore de trois étapes: 1) création et opérationnalité des
en croissance. Cependant, certaines évolutions du groupes; 2) enregistrement d’un faible niveau
marché sont favorables aux producteurs locaux. En d’activités produisant des recettes limitées; et 3)
Inde, le National Dairy Development Board (Conseil adoption de l’approche axée sur le marché. D’autres
national pour le développement de l’industrie considérations importantes sont l’importance des
laitière) a récemment rapporté un accroissement de marchés locaux, qui sont souvent ignorés tandis que
la production en réponse à la demande du marché le potentiel d’exportation est surestimé; le besoin d’un
en produits indigènes de lait fermenté, passée de développement institutionnel approprié à garantir
26 623 tonnes en 1999/2000 à 65 118 tonnes en que les systèmes de récolte, de transformation et de
2003/2004, et un accroissement de la production commercialisation du lait n’excluent pas les petits
de paneer, passée de 2 008 tonnes en 1999/2000 à producteurs; et un environnement politique capable
4 496 tonnes en 2003/2004 (NDDB, 2005). de relier le développement laitier aux politiques
L’accès des petits producteurs au secteur laitier nationales de développement de l’élevage.
est souvent limité par plusieurs carences: de capital
à investir dans les animaux, les aliments et les Fourni par Tony Bennett.
équipements; d’eau et d’énergie; de connaissance Pour de plus amples renseignements sur l’approche MODE,
voir: FAO (2006e).
sur l’élevage laitier et les exigences du marché;
d’accès aux services de soutien (santé et insémination
des facteurs de marché et de goût, mais également des produits certifiés, comme la viande, le lait ou
par les préoccupations liées aux questions de santé, les œufs biologiques ou d’animaux élevés en liberté
d’environnement, d’éthique, de bien-être animal (Krystallis et Arvanitoyannis, 2006). Les campagnes
et de développement. Ces consommateurs tendent de promotion gouvernementales sont également
à réduire ou même arrêter la consommation de des moteurs potentiels de changement dans les
certains produits d’origine animale ou à opter pour schémas de consommation (Morrison et al., 2003).
156
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
157
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Tableau 44
Normes relatives au marché de l’élevage et conséquences pour les petits producteurs
Facteurs positifs Facteurs négatifs
Normes de procédure
Traitement UHT du lait exigé par les pouvoir Méthodes clairement précisées. Coûts administratifs des inspections.
publics. L’investissement en matériel et la formation
peuvent être des facteurs d’exclusion pour les
petits éleveurs.
Application du système d’analyse des Méthodes clairement précisées. Probablement neutre pour les petits producteurs
risques aux points critiques dans l’abattoir,
exigée par les importateurs et les
supermarchés.
Produits biologiques, normes établies par Prix supérieur. Réalisable à petite échelle. Organismes de certification, plus difficilement
les organismes de certification. Favorable aux systèmes à forte intensité de réalisable dans les pays en développement. Coûts
main-d’œuvre. élevés de certification. Difficile à réaliser par les
petits éleveurs non organisés.
Normes d’exécution
Teneur en salmonelle dans la viande, avec Normes habituellement établies en fonction des
pénalités financières en cas de production critères des consommateurs des pays développés.
non conforme. Aucune méthode garantie pour répondre aux
normes exigées. Le coût des tests peut être
inabordable, à moins de subventions publiques.
Normes associées
Conditions exigées auprès des agriculteurs Prix supérieur. Appui partiel sous forme Risque de perte totale du marché si la production
sous contrat en termes de calendrier et de d’investissements et de flux de trésorerie. Peut n’est pas conforme à la qualité requise. Tous les
qualité des produits. être soutenu pour surmonter les risques (par producteurs ne répondent pas aux critères définis.
ex. repeuplement après foyers de grippe aviaire Effets sociaux négatifs en cas de production non
hautement pathogène). Appui technique. conforme à la qualité.
convenues par les organismes internationaux Les marchés globaux peuvent accroître le revenu
(comme l’Organisation mondiale de la santé national et créer des emplois. Pour les producteurs
animale – OIE – et le Codex Alimentarius), les et les commerçants, les marchés intérieurs en
détaillants peuvent imposer des prescriptions développement offrent la flexibilité et différentes
techniques. Celles-ci peuvent inclure des demandes options d’existence. Les marchés globaux sont
pour les découpes particulières de viande, la taille toutefois exclusifs. Seuls certains producteurs
et le poids des carcasses, la maigreur de la viande, satisfont les prescriptions nécessaires pour y avoir
les niveaux de gras dans le lait, la couleur des accès et les petits producteurs trouvent difficile
œufs ou l’étiquetage, avec des renseignements d’acquérir la connaissance de ces prescriptions ou
particuliers ou dans des langues spécifiques, d’entreprendre les investissements nécessaires.
ainsi que des demandes pour la production Par exemple, de nombreux produits alimentaires
biologique ou des normes rigoureuses de bien- africains ne satisfont pas les normes alimentaires
être animal. Dans les marchés interconnectés, internationales de sécurité et de qualité. Ceci
les marchés de faible valeur peuvent adopter les empêche les tentatives du continent d’accroître
normes du marché de plus grande valeur, même si le commerce agricole au niveau intrarégional
généralement elles seront suivies de façon moins et international et les possibilités d’améliorer le
rigoureuse. bien-être économique de nombreux fermiers (De
Haen, 2005).
158
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
2.2 L’arrivée des grands détaillants traditionnels des marchés nationaux pour gagner
et la coordination verticale dans des parts du marché, ils doivent offrir des prix
l’ensemble de la chaîne alimentaire compétitifs. Ils ne peuvent conserver ou élargir
La pénétration rapide des supermarchés dans leurs parts du marché qu’en réduisant les coûts.
les pays en développement est un phénomène En même temps, ils doivent entrer en concurrence
relativement récent. Il revêt une certaine pour assurer le niveau de qualité conforme à la
importance depuis seulement cinq à dix ans demande de leur marché principal. Le concept
et s’est développé à taux différents dans les de «qualité» du point de vue du producteur
différentes régions des pays en développement. est complexe, et ses attributs évoluent avec le
Reardon et Timmer (2005) décrivent la diffusion temps. Sa définition varie selon les stratégies
des supermarchés dans les pays en développement des fournisseurs, d’une part, et les influences
en trois vagues successives. La première, au début culturelles d’autre part. Elle englobe la sécurité
des années 90, a couvert une partie de l’Amérique sanitaire des aliments, la nutrition et d’autres
latine et de l’Asie de l’Est (à l’exception de la notions liées à la différentiation commerciale
Chine), l’Europe centrale et du Nord, et l’Afrique des produits (Farina et al., 2005), ainsi que des
du Sud, les supermarchés représentant en caractéristiques liées aux modes de production
moyenne seulement 5 à 10 pour cent des ventes (par ex. des produits de niche). Les grands
agroalimentaires au détail, au cours de cette détaillants doivent compter sur leurs fournisseurs
période. La deuxième vague de la diffusion des (producteurs) pour s’approvisionner de manière
supermarchés s’est produite au milieu des années fiable en produits agricoles, aussi bien en termes
90, dans certaines parties de l’Amérique centrale de quantité que de qualité.
et du Mexique, l’Asie du Sud-Est et l’Europe Les procédures de passation des marchés
centre-sud, la part de supermarchés dans les des filières verticalement intégrées, contrôlées
ventes alimentaires totales au détail atteignant par les grands détaillants, s’orientent vers des
environ 30 à 50 pour cent juste après l’an 2000. systèmes centralisés d’achat, comme les grossistes
La troisième vague qui a vu le grand essor des spécialisés dans une catégorie de produits ou
supermarchés n’est commencée qu’à la fin des dédiés à la filière de commercialisation. Les
années 90. Les pays intéressés étaient la Chine, grandes chaînes des supermarchés utilisent des
l’Inde, la Fédération de Russie et certains pays systèmes de fournisseurs préférés pour choisir les
de l’Amérique centrale et du Sud, de l’Asie du producteurs satisfaisant les normes relatives à la
Sud-Est et de l’Afrique. Vers la moitié des années qualité et à l’hygiène alimentaire et réduire les
2000, la part des supermarchés dans les ventes coûts de transaction.
alimentaires au détail avait déjà atteint 10 à Les accords contractuels des producteurs qui
20 pour cent dans les pays inclus dans la troisième rentrent dans une chaîne intégrée peuvent
vague. changer (par ex. devenant des fermiers sous
L’entrée des sociétés transnationales contrat spécifique), ce qui peut accroître,
dans le secteur agroalimentaire des pays en d’une part, les niveaux d’assistance et les prix
développement, notamment dans les secteurs de des produits de qualité et, d’autre part, les
la vente au détail et de la transformation, a modifié risques, si les contrats ne sont pas honorés ou le
les pratiques d’achat des produits agroalimentaires détaillant ferme. Ceci est particulièrement vrai
aux fournisseurs, de transformation en produits si le fermier doit se spécialiser pour satisfaire les
différenciés et de distribution aux consommateurs. exigences de quantité, d’hygiène alimentaire
Ces nouveaux groupes de distribution et grandes et de qualité (tableau 44). Les petits éleveurs
surfaces de vente au détail devant rivaliser entre utilisent d’habitude la diversité des entreprises
eux, ainsi qu’avec les fournisseurs et les grossistes pour se défendre contre les risques et font des
159
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
investissements relativement limités dans plusieurs à cause de la dégradation des ressources, souvent
entreprises Ceci est plus difficile, s’ils doivent aggravée par les pratiques agricoles existantes.
investir davantage dans une entreprise pour Les sociétés devront faire face à de nouveaux
satisfaire les besoins des détaillants. Les marchés risques et de nouvelles pressions. La sécurité
globaux, et leurs exigences plus rigoureuses en alimentaire ne sera probablement pas menacée
matière de sécurité sanitaire des aliments et de au niveau mondial, mais certaines régions se
qualité, sont habituellement plus risqués, car tout confronteront à des pénuries alimentaires et à la
un marché peut s’écrouler à cause d’une maladie faim. Les ressources en eau seront affectées par le
ou de la découverte d’un problème de qualité. Les changement des précipitations et de l’évaporation
petits producteurs et les petits commerçants ont de l’eau dans le monde. Les infrastructures
un champ d’action et des capacités limités pour se physiques seront endommagées, particulièrement
protéger contre les pertes. à cause de l’augmentation du niveau des mers
et par des événements climatiques extrêmes.
Les populations pauvres et défavorisées sont les
3 Changements dans le milieu plus vulnérables aux conséquences négatives du
naturel changement climatique.
Un réchauffement de plus de 2,5 °C pourrait
L’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire2 réduire les ressources alimentaires mondiales
conclut que la dégradation des écosystèmes et pousser à la hausse les prix des aliments.
pourrait s’empirer de façon significative au cours Certaines régions agricoles seront menacées par
de la première moitié de ce siècle et devenir le changement climatique, tandis que d’autres
un obstacle aux objectifs du Millénaire pour le pourraient en tirer des avantages. L’impact sur la
développement. Les changements climatiques productivité vivrière variera de façon considérable.
récents, en particulier les températures régionales Le secteur de l’élevage sera également affecté.
plus élevées, ont déjà affecté la biodiversité et Les produits d’élevage seront plus coûteux si
les écosystèmes, particulièrement dans les terres les perturbations agricoles font augmenter
arides comme le Sahel africain. Les changements les prix des céréales. Les systèmes intensifs
climatiques planétaires auront probablement un d’élevage devraient s’adapter plus facilement au
impact significatif sur l’environnement mondial. changement climatique des systèmes agricoles.
Généralement, plus les changements sont En revanche, les systèmes agropastoraux
rapides, plus le risque d’effets négatifs est élevé. pourraient éprouver quelques difficultés car les
Le niveau moyen des mers devrait passer de 9 à animaux d’élevage dépendent en grande mesure
88 cm, d’ici 2100, provoquant des inondations de la productivité et de la qualité des pâtures
dans les basses terres, et d’autres dommages. qui, d’après les prévisions, vont diminuer et
Les zones climatiques pourraient se déplacer devenir plus erratiques. Les systèmes extensifs
vers les pôles et verticalement – affectant les sont également plus sensibles aux changements
forêts, les déserts, les parcours et d’autres dans la gravité et la propagation des maladies et
écosystèmes. De nombreux habitats subiront un des parasites des animaux. Par conséquent, les
déclin ou deviendront fragmentés, et certaines effets négatifs du changement climatique sur les
espèces pourraient disparaître (IPCC, 2001). systèmes extensifs des terres arides devraient être
Le changement climatique se produit dans un considérables.
environnement naturel ayant déjà subi des stress L’efficacité de l’adaptation au changement
climatique dépendra en grande mesure des
2
dotations régionales en ressources (IPCC, 2001).
[Link]
Ceci a des implications significatives pour les
160
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
impacts dans les pays en développement ainsi entre 1980 et 2004. En termes réels (dollar EU
qu’entre pays plus ou moins développés. Les pays constant), les prix internationaux des céréales ont
développés s’adapteront probablement de façon diminué de la moitié depuis 1961. L’augmentation
plus efficace au changement climatique des pays des approvisionnements à des prix en baisse a été
en développement et des pays en transition, surtout possible par l’intensification des zones
surtout dans les zones tropicales et sous-tropicales. cultivées existantes et, à un niveau moindre, par
Le changement climatique aura probablement leur expansion dans certaines régions (au plan
ses effets les plus néfastes dans les régions où les mondial, les superficies récoltées de céréales
ressources disponibles sont les plus pauvres et les ont baissé de 5,2 pour cent au cours de la même
capacités des fermiers à réagir et à s’adapter sont période).
les plus limitées (ibid.).
Génétique et biotechnologies de
la reproduction
4 Avancées technologiques De nouvelles biotechnologies, associées à de plus
grandes capacités en sciences informatiques,
Les développements technologiques représentent favorisent des avancées rapides en génétique,
un autre moteur évolutif. Les avancées du transport particulièrement dans les secteurs commerciaux
et de la communication ont favorisé l’expansion des porcs et des volailles où les ressources
des marchés globaux et ont favorisé la diffusion zoogénétiques sont façonnées pour atteindre un
de systèmes de production qui détiennent les taux de conversion élevé. Les biotechnologies de
animaux loin des sources d’aliments. Les avancées la reproduction, comme l’insémination artificielle
technologiques ont également permis d’accroître (IA) et le transfert d’embryons (TE), facilitent
le contrôle sur les environnements de production énormément la diffusion de matériel génétique.
dans lesquels les animaux sont détenus, par Ces technologies sont largement utilisées dans
exemple les améliorations de la technologie du le monde développé et, à un niveau moindre,
bâtiment et des systèmes de refroidissement, dans les pays en développement. Les avancées
même si les progrès relatifs à la sélection et à la de la génétique moléculaire ont donné naissance
nutrition ont joué le rôle le plus déterminant. à de nouvelles techniques de sélection animale,
comme la sélection basée sur les gènes (surtout
Aliments pour animaux contre les maladies et les troubles génétiques)
Les avancées des technologies des aliments et la sélection assistée par marqueurs et
artificiels, qui prévoient la préparation de l’introgression des gènes. Des technologies plus
rations «presque idéales» pour les besoins récentes, comme le clonage, la transgénèse et
nutritionnels des porcs, des volailles et des le transfert de matériel somatique, pourraient
vaches laitières aux différentes étapes de leurs avoir des impacts significatifs à l’avenir. En ce qui
cycles de vie/de production, ont eu un effet concerne la mise en place des biotechnologies, les
important sur la production de l’élevage. En plus bases scientifiques, politiques, économiques et
des développements technologiques, la baisse institutionnelles visant à fournir les sauvegardes
des prix des céréales, une évolution permanente adéquates et à assurer les bénéfices potentiels,
depuis les années 50, a été un des facteurs ne sont pas encore en place dans la plupart des
favorisant les changements dans les pratiques pays. La question principale n’est pas de savoir
d’alimentation de l’élevage. La production a ce qui est techniquement possible, mais où et
répondu à la demande croissante au cours de cette comment les biosciences et la biotechnologie
période. L’approvisionnement total de céréales peuvent contribuer à développer une agriculture
est augmenté de 46 pour cent au cours de 24 ans, plus durable.
161
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
5 Environnement politique
Les politiques publiques peuvent être considérées moteurs évolutifs, tandis que les politiques en
comme des forces supplémentaires aux moteurs préparation font partie de la réponse publique
évolutifs décrits ci-dessus et influencent les aux changements. Ce sous-chapitre résume les
changements dans le secteur pour atteindre un politiques générales ayant affecté le secteur de
ensemble d’objectifs sociétaux. Les politiques l’élevage.
sont conçues et ajustées en tenant compte de Les politiques favorables au changement
l’état des marchés, des technologies et des institutionnel et technologique ont leurs origines
ressources naturelles disponibles (les moteurs au niveau national et local et non seulement des
décrits plus haut) et de l’état actuel du secteur. gouvernements. D’autres parties prenantes, dont
L’expérience confirme, tant dans les pays les associations de producteurs, les organismes
développés que dans les pays en développement, de développement et les organisations non
qu’une politique de laisser-faire qui consiste gouvernementales, sont souvent amenées à
seulement à rester en retrait sans intervenir dans jouer un rôle important dans le renforcement
le jeu des forces du marché n’est pas une solution des institutions et la promotion des technologies
viable3. En l’absence de politiques efficaces, susceptibles d’améliorer la productivité, le respect
de nombreux coûts cachés liés à la production des normes ou l’accès au marché pour les petits
animale – dégradation de l’environnement, producteurs.
défaillances des moyens d’existence des éleveurs Les responsables politiques ont généralement
traditionnels pauvres et menaces pour la santé utilisé trois instruments clés pour influencer le
publique animale et humaine – sont parfois changement: les prix, les institutions et le progrès
supportés par les gouvernements et les citoyens. technologique. Les objectifs de protection
Il est important que l’attention des décideurs de l’environnement peuvent être atteints en
ne soit pas exclusivement concentrée sur le utilisant une combinaison de mesures, comme les
rôle de la production à grande échelle. Certains réglementations, le soutien public à l’expansion
systèmes continuent d’être peu affectés par les et à la recherche, et les mesures d’incitation ou
évolutions vers l’industrialisation. Ces systèmes les impôts, pour que les prix reflètent les coûts
ne représentent pas le gros de la croissance réels et la conformité aux normes soit respectée.
de la production, mais ils affectent les moyens En l’absence d’interventions politiques et d’autres
d’existence de nombreuses populations mesures, les intrants, comme la terre et l’eau,
et impliquent toute une série d’objectifs sont souvent trop faibles et les prix des produits
économiques et de pratiques de production. de l’élevage n’arrivent souvent pas à exprimer les
Ils sont principalement orientés vers la coûts des dommages causés à l’environnement.
consommation des ménages, les marchés locaux, Les principaux cadres réglementaires et
les marchés de niche ou la prestation de services politiques ayant influencé le secteur incluent:
pour la protection de l’environnement. • les réglementations du marché, de
Les politiques sont des moteurs évolutifs des l’investissement étranger direct, des
changements dans le secteur de l’élevage tout droits de propriété (y compris la propriété
en étant des réponses à ces mêmes changements. intellectuelle) et les réglementations
Les politiques existantes et appliquées sont des sur le crédit qui forment le «climat
3
Les paragraphes suivants de la présente section sont pris des
d’investissement» d’un pays;
Politiques d’élevage de la FAO Faire face à la «Révolution de • les cadres institutionnels et réglementaires
l’élevage» – l’importance des politiques d’élevage. relatifs à la propriété et à l’accès aux
[Link]
ressources en terre et en eau;
162
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
163
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Cadre 22 suite
Faits et évolutions de l’émergente économie mondiale de l’alimentation
Changements dans la composition des produits. Transitions des modes d’alimentation. Le rythme
Entre 1997 et 2015, la production de blé et de riz dans des changements qualitatifs et quantitatifs des modes
les pays en développement augmentera de façon d’alimentation accélère lorsque les pays deviennent
modeste (de 28 et 21 pour cent, respectivement). plus riches et les populations sont de plus en plus
Cependant, des augmentations significatives sont urbanisées, avec un passage vers un régime plus
prévues pour les céréales secondaires (45 pour cent), énergétique dans les pays en développement et une
les huiles végétales et les oléagineux (61 pour cent), la forte hausse de la contribution aux apports en calories
viande de bœuf et de veau (47 pour cent), la viande de des produits de l’élevage (viande, lait et œufs), des
mouton et d’agneau (51 pour cent), la viande de porc huiles végétales et, à un niveau moindre, du sucre.
(41 pour cent), la viande de poule (88 pour cent) et le Dans les pays en développement, la consommation
lait et les produits laitiers (58 pour cent) (FAO, 2002a). moyenne de viande par habitant est passée de 11 kg
Croissance de la production, basée par an à la moitié des années 70 à environ 26 kg en
principalement sur la croissance du rendement. 2003, et les produits des cultures oléagineuses sont
Environ 70 pour cent de la croissance de la production passés de 5,3 kg à 9,9 kg. L’accroissement des apports
dépendra des améliorations du rendement, 20 pour en graisse saturée de source animale, une plus grande
cent de l’expansion de la mise en culture des terres quantité de sucre dans les produits alimentaires, des
et le reste de l’augmentation du taux d’exploitation. apports inférieurs d’hydrate de carbone complexe
Néanmoins, les projections de la FAO indiquent que et de fibres, et de fruits et légumes ont été indiqués
les terres arables dans les pays en développement comme responsables de la plus grande incidence des
augmenteront de presque 13 pour cent (120 maladies non transmissibles (par ex. les maladies
millions d’hectares) et les prélèvements en eau cardiovasculaires et le diabète).
pour l’irrigation de 14 pour cent d’ici 2030. Un pays Structure du marché. Les systèmes agroalimentaires
en développement sur cinq devra faire face à une passent d’une industrie dominée par les exploitations
insuffisance d’eau (FAO 2002a). familiales et les petites entreprises relativement
Augmentation du déficit commercial agricole. indépendantes à une industrie composée de
Dans les pays en développement, les excédents du grandes entreprises plus fermement axées sur les
commerce agricole sont en diminution et, d’ici 2030, chaînes de production et de distribution. La vente
représenteront un déficit d’environ 31 milliards alimentaire au détail est de plus en plus fondée sur
de dollars EU, associé à une hausse rapide des les demandes des consommateurs, concentrée sur les
importations de céréales et de produits de l’élevage services et globale dans la propriété; parallèlement,
et une baisse des excédents pour les huiles végétales les secteurs des approvisionnements en intrants et
et le sucre. de la transformation des produits sont de plus en
plus consolidés, concentrés et intégrés. Les preuves
Urbanisation. Virtuellement toute la croissance
tangibles de cette tendance sont l’augmentation
démographique attendue de la planète entre 2000
des supermarchés et les changements dans les
et 2030 sera concentrée dans les zones urbaines
approvisionnements en vivres dans les zones urbaines
(UN Habitat, 2001). Au taux actuel d’urbanisation, la
de nombreuses régions de la planète, particulièrement
population urbaine sera égale à la population rurale
en Amérique latine (voir Reardon et Berdegué, 2002).
en 2007 et la dépassera à partir de ce moment.
164
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Section B
La réponse
du secteur de l’élevage
Le secteur de l’élevage réagit aux moteurs les politiques de développement. Même si les
évolutifs abordés plus haut par une série de circonstances externes sont similaires, les options
changements, qui sont décrits ci-dessous par de développement des fermes/des ménages
système de production. Tout en assistant à une individuels varient selon les avoirs et les capacités
évolution répandue vers l’industrialisation du et les motivations futures des individus. L’analyse
secteur, l’importance des moteurs et le rythme des de tous ces aspects et des façons dont les stratégies
développements spécifiques sont différents entre de développement spécifiques sont influencées
pays et régions. En outre, la voie du développement va au-delà de la portée de cette section. Par
d’un système de production donné est influencée conséquent, une simple réflexion générale des
par l’interaction de nombreux facteurs, externes et réponses à ces moteurs est présentée au niveau
internes au système. des systèmes de production d’élevage.
Il existe cinq stratégies d’exploitations ou Le regroupement des unités de production
d’exploitations familiales agricoles que les éleveurs d’élevage sur la base de caractéristiques
peuvent adopter en réponse au changement des partagées est un moyen de comprendre les
conditions: éléments communs au sein de la variété générale.
• l’expansion de la taille de l’exploitation ou Les méthodes de classement des systèmes de
du troupeau; production de l’élevage varient selon le but de
• la diversification de la production ou de la classification, l’échelle et la disponibilité des
la transformation; données pertinentes. Un critère important est la
• l’intensification des programmes de dépendance de la base des ressources naturelles et
production existants; les liens qui sont entretenus avec ces ressources. Ce
• l’accroissement du revenu, agricole et non critère conduit à une distinction initiale entre les
agricole, en dehors de l’exploitation; ou systèmes basés sur les terres et les systèmes hors-
• la sortie du secteur agricole au sein d’un sol (Ruthenberg, 1980; Jahnke, 1982; FAO, 1996a).
système spécifique d’exploitation (FAO, Le terme «hors-sol» décrit les systèmes dans
2001a). lesquels les aliments pour les animaux d’élevage
Le choix de stratégie ou de combinaison de ne proviennent ni de la ferme ni des pâturages,
stratégies effectué par les éleveurs, par le passé mais sont achetés, ou obtenus d’autres façons, de
ou à l’avenir, dépend des circonstances dans sources externes. Les systèmes basés sur les terres
lesquelles ils cherchent à gagner leur vie. Ces sont souvent ultérieurement classifiés, selon
circonstances varient selon l’environnement l’utilisation des terres, en systèmes basés sur le
agroécologique, les conditions socio- pâturage et systèmes basés sur les cultures. Cette
économiques, l’état des infrastructures et des distinction est étroitement liée à l’importance
services, les pratiques culturelles et religieuses, économique relative des animaux d’élevage au
l’environnement politique et institutionnel et sein du système. Dans ces catégories, d’autres
165
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Figure 38
Distribution des systèmes de production d’élevage
166
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
systèmes d’agriculture mixtes par le fait que 90 exigences des ressources zoogénétiques. Dans
pour cent de la valeur totale de la production les systèmes hors-sol, les systèmes de production
provient des activités d’élevage, et moins de 10 industriels sont distingués des systèmes hors-sol
pour cent de la matière sèche utilisée pour les à petite échelle périurbains/urbains et ruraux4.
aliments des animaux est acquise des résidus de Parmi les systèmes mixtes, les caractéristiques
récolte ou des chaumes. Au sein des systèmes des systèmes mixtes irrigués sont décrites dans
exclusivement d’élevage, la distinction entre les un chapitre à part. S’il est jugé pertinent, les
systèmes de production hors-sol et les systèmes différences entre les trois zones agroécologiques,
basés sur le pâturage se base sur le fait que les selon la définition ci-dessus, sont soulignées
premiers ont un taux de charge supérieur à dix pour les systèmes basés sur les terres. L’impact
unités de bétail (UGB) par hectare de terres sur l’environnement des différents systèmes
agricoles et acquièrent de l’exploitation moins est abordé pour comprendre les implications
de 10 pour cent de la matière sèche utilisée pour potentielles pour la durabilité à plus long terme.
les aliments des animaux. Le système mixte est Les impacts négatifs sur l’environnement peuvent
ultérieurement différencié en systèmes mixtes se considérer comme des moteurs internes à plus
non irrigués et systèmes mixtes irrigués. Dans les long terme, car ils renforcent ou affaiblissent les
systèmes mixtes irrigués, plus de 10 pour cent de dynamiques des systèmes.
la valeur de la production non liée à l’élevage
provient des terres irriguées. Les systèmes basés
sur les terres (les systèmes basés sur le pâturage
et les systèmes mixtes) sont en outre définis sur la
base de la zone agroécologique (aride/semi-aride,
humide/sub-humide et tempérée/haut-plateau
tropical). La figure 38 montre la distribution des
trois principaux systèmes de production basés sur 4
Cette distinction ne suit pas la classification de la FAO (1996a)
les terres et les zones ayant une concentration selon laquelle les systèmes d’élevage de monogastriques et
élevée de production hors-sol. ruminants sont différenciés au sein des systèmes de production
Les chapitres suivants présentent les trois d’élevage hors-sol. Il faudrait également noter que certains petits
éleveurs périurbains et urbains sont en fait des fermiers mixtes, car
principaux systèmes de production – hors-sol,
ils cultivent des cultures et plus de 10 pour cent de la valeur totale
basés sur le pâturage et mixtes, en se concentrant de leur production provient des activités d’exploitation non liées
sur les caractéristiques, les évolutions et les à l’élevage.
Tableau 45
Evolution de la production de viande et de lait dans les pays développés et en développement
Production Pays en développement Pays développés
1970 1980 1990 2000 2002 1970 1980 1990 2000 2002
Source: FAOSTAT.
167
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
1 Systèmes de production
industriels hors-sol
Figure 39
Comparaison entre la production de viande des ruminants et la production de viande des
monogastriques dans les pays en développement et développés
Millions de tonnes
200
175
Ruminants
150
Monogastriques
125
100
75
50
25
0
1988 1998 2015 2030 1988 1998 2015 2030
168
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Tableau 46
Chiffres et production des systèmes d’élevage dans le monde – moyennes pour 2001-2003
Dans le pays éprouvant un développement éco- avantages considérables des économies d’échelle
nomique et des changements démographiques ra- et des avancées technologiques de l’élevage, de
pides, les nouveaux marchés de produits d’origine la transformation alimentaire et du transport. Le
animale se manifestent. L’approvisionnement des développement de la production de volailles est
chaînes alimentaires verticalement intégrées et particulièrement «discontinu», c’est-à-dire que les
des grands détaillants doit satisfaire des normes petits éleveurs de volailles ne peuvent graduelle-
de qualité et de sécurité sanitaire des aliments. ment agrandir ni intensifier leur production grâce
Les demandes de ces marchés émergents favori- à une croissance endogène. Il arrive plutôt que
sent la production industrielle qui peut tirer des des investisseurs, n’ayant souvent jamais eu de
Tableau 47
Les pays en développement avec la production de viande et de lait la plus élevée (2004)
Groupe de pays/Pays Viande Lait Viande Lait
[millions de tonnes] [%]
169
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
contact avec la production animale, interviennent développement jouant un rôle de chef de file
dès que les marchés urbains, les infrastructures et dans leurs régions respectives, mais ayant des
les services de transport se développent. Ces in- structures économiques et des secteurs de l’élevage
vestisseurs établissent des unités à grande échelle différents – apportent les contributions les plus
de type industriel, intégrées aux méthodes de importantes à l’évolution vers l’industrialisation.
transformation et de commercialisation moder- Ces trois pays fournissent à présent presque deux
nes (FAO, 2006f). tiers de la production totale de viande des pays
L’émergence d’une production d’élevage en développement et plus de la moitié de la
industrielle dépend de la disponibilité d’un production de lait (tableau 47). Ils représentent
marché de produits d’origine animale et de la aussi presque les trois quarts de la croissance de
disponibilité, à un coût relativement faible, des la production pour ces deux groupes de produits
intrants nécessaires, surtout les aliments pour dans les pays en développement (FAO, 2006f).
animaux. Un environnement politique favorable, Les systèmes industrialisés hors-sol de ces pays
incluant par exemple des investissements publics contribuent principalement à la production de
dans le secteur de l’élevage, la libéralisation viande de volailles et de porcs, tandis que la
du commerce et l’imposition de normes plus production de viande de bœuf, de mouton et la
rigoureuses de sécurité sanitaire des aliments, production laitière se concentrent surtout dans
concourt à la vitesse de ce développement. La les systèmes de production basés sur le pâturage
Chine, l’Inde et le Brésil – trois grands pays en et mixtes.
Figure 40
Changements dans la quantité des céréales utilisées comme aliments pour les animaux (1992-1994
et 2020)
Millions de tonnes
1 000
1992-94
800 2001-03
2020
600
400
200
0
Pays développés Pays en développement Chine Planète
Sources: FAOSTAT pour les chiffres relatifs à 1992-1994 et 2001-2003; et FAO (2002a) pour les chiffres relatifs à 2020.
170
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
171
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Figure 41
Changements de la taille des exploitations de porcs au Brésil (de 1985 à 1996)
Part
50
1985
40
1996
30
20
10
0
<10 10-19 20-49 50-99 100-199 >200
172
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
élevées dans les secteurs après récolte (par ex. détenir les animaux plus loin des marchés. La
abattoir, usine laitière). La production de volailles production de l’élevage s’éloigne donc des centres
est le secteur le plus facilement mécanisé et urbains, poussé par des facteurs comme les prix
est industrielle même dans les pays les moins moins élevés de la terre et de la main-d’œuvre,
développés. Dans le secteur des porcs en Asie, les l’accès plus simple aux aliments pour les animaux,
potentialités pour des économies d’échelle sont les normes moins rigoureuses de protection de
plus élevées dans la production des porcs finis que l’environnement, les incitations fiscales et les
dans la production de porcelets (Poapongsakorn problèmes moindres liés aux maladies.
et al., 2003). La production laitière continue d’être
dominée par la production familiale à cause des 1.2 Questions environnementales
besoins élevés en main-d’œuvre, habituellement Les systèmes industriels à grande échelle peuvent
satisfaits par l’utilisation de la main-d’œuvre générer d’importants impacts sur l’environnement,
familiale payée en dessous du salaire minimum. notamment si le développement se produit
Cependant, l’expansion de la petite production de façon très rapide, en l’absence d’un cadre
au-delà du niveau de semi-subsistance est limitée réglementaire approprié. Malgré l’existence,
par un certain nombre d’obstacles, le manque de abordée dans l’analyse ci-après, de nombreux
concurrence et les facteurs de risque. problèmes liés à ce genre d’exploitation, la
production industrielle peut présenter certains
Concentration géographique avantages du point de vue de l’environnement.
La distribution géographique de la production de Les méthodes de production intensives, par
l’élevage a le même schéma dans la plupart des exemple, peuvent être fort efficaces, notamment
pays en développement. La production d’élevage en augmentant le taux de conversion alimentaire
se base habituellement sur les ressources en (FAO, 2005a). Les éleveurs commerciaux
aliments localement disponibles, particulièrement favoriseront probablement l’utilisation efficace
sur celles qui ont une valeur limitée ou aucune des ressources payées. Cependant, cette
valeur, comme les pâturages naturels et les résidus potentialité à promouvoir une production
de récolte. La distribution des ruminants peut intensive plus propice pour l’environnement est
s’expliquer par la disponibilité de ces ressources, freinée par la fixation inadéquate des prix des
tandis que la distribution des porcs et des volailles ressources naturelles.
est étroitement liée à celle de l’homme, à cause Le découplage entre la production agricole
de leur fonction de convertisseurs de déchets. et d’élevage à cause de la concentration
Quand l’urbanisation et la croissance géographique des animaux dans des zones
économique donnent naissance à une demande ne disposant que de peu, voire aucune terre
«massive» en produits alimentaires d’origine agricole peut avoir un impact considérable sur
animale, dans une première étape, les opérateurs l’environnement – principalement par le biais
à grande échelle s’installent près des villes. Les d’une gestion inadéquate du fumier et des
produits de l’élevage sont hautement périssables eaux usées (Naylor et al., 2005). La surcharge
et leur conservation sans réfrigération et en nutriments peut se produire de différentes
transformation pose des problèmes de santé sources, incluant la fertilisation excessive des
publique. Les animaux sont élevés près des centres cultures, l’alimentation excessive des lagunes
de la demande pour réduire les coûts de transport. de traitement et des étangs de pisciculture et
La production des animaux d’élevage est ainsi l’élimination inadéquate des déchets agricoles
physiquement séparée de la production des ou industriels. Pour la production d’élevage,
ressources en aliments. Ensuite, les infrastructures les surcharges en nutriments se produisent
et la technologie se développent assez pour principalement lorsque les éléments nutritifs du
173
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
fumier ne sont pas éliminés ou recyclés de façon (FAO, 1996b). La volatilisation de l’ammoniac
adéquate, ce qui est souvent le cas près des peut provoquer l’acidification et l’eutrophisation
centres urbains (figure 42). de l’environnement local et endommager les
Une application surabondante de fumier aux écosystèmes fragiles, comme les forêts. Le peroxide
champs peut provoquer des infiltrations de nitrates d’azote, un gaz à effet de serre particulièrement
et de phosphates dans les cours d’eau. Une charge actif, est également produit par le fumier (17 pour
excessive en nutriments des cours d’eau entraîne le cent des émissions globales sont estimées provenir
phénomène appelé eutrophisation – l’accumulation de l’élevage, incluant le fumier appliqué aux terres
de croissance des algues qui enlève l’oxygène aux agricoles) (tableau 48). Un autre problème associé
autres formes de vie aquatique. Dans certaines à l’épandage du fumier émané de la production
régions de la planète, les écosystèmes fragiles, d’élevage industrielle est la contamination des
réserves importantes de la biodiversité, comme les pâturages et des terres à culture par les métaux
zones humides, les forêts littorales de palétuviers lourds, pouvant causer des problèmes de santé
et les récifs coralliens, sont menacés. Dans la mer s’ils s’introduisent dans la chaîne alimentaire. Le
de Chine méridionale, la pollution provoquée par cuivre et le zinc sont des nutriments ajoutés aux
la production d’élevage a été identifiée comme concentrés alimentaires, tandis que le cadmium
la cause principale des efflorescences algales est un polluant des aliments pour les animaux. La
massives, y compris celle qui a eu lieu en 1998 gestion inappropriée du fumier conduit également
et a tué plus de 80 pour cent des poissons sur à la pollution des ressources en sols et en eau par
une superficie de 100 km2 d’eaux côtières (FAO, les pathogènes (ibid.).
2005a). Les systèmes de production industriels La production d’élevage industrielle contribue
doivent souvent stocker le fumier. A ce stade, la également à la production de gaz à effet de
perte d’azote se manifeste principalement sous serre (dans ce cas, dioxyde de carbone) par le
forme d’ammoniac émis de la surface du fumier transport, qui demande les combustibles fossiles,
Tableau 48
Contribution de l’agriculture aux émissions de gaz à effet de serre et à d’autres émissions
174
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Figure 42
Estimation des contributions des animaux d’élevage au phosphate total sur les terres agricoles
dans des zones ayant un bilan des masses de phosphate de plus de 10 kg par hectare, dans les pays
asiatiques sélectionnés (de 1998 à 2000)
Pourcentage
0 à 20
21 à 40
41 à 60
61 à 80
81 à 100
Kilomètres
Aucune
surcharge
0 500 1 000 2 000
des aliments sur les grandes distances. Dans le cas et d’engrais. L’expansion des terres utilisées pour la
du méthane, toutefois, les émissions provenant de production agricole peut menacer la biodiversité.
la digestion des ruminants sont plus importantes Dans certaines régions de l’Amérique latine, par
si l’énergie alimentaire fournie est sous forme de exemple, des grandes étendues de forêt pluviale
fourrage de faible qualité. Ainsi, la production sont détruites pour la production d’aliments pour
industrielle, par l’utilisation accrue d’aliments animaux (surtout le soja). L’accroissement de la
concentrés, et les races qui sont des convertisseurs demande a accru les exportations d’aliments de
plus efficaces d’aliments, présentent des avantages pays comme le Brésil vers d’autres pays où la terre
par rapport à la quantité de méthane produite en est moins abondante (FAO, 2006g).
fonction du rendement des produits de l’élevage. Une autre caractéristique des unités de
Les effets sur l’environnement de la production production industrielle est la concentration
d’aliments pour animaux doivent également être d’un grand nombre d’animaux dans des espaces
pris en considération. Trente-trois pour cent des confinés. Ces conditions sont idéales pour la
terres arables sont utilisées pour la production des transmission des maladies, à moins que des mesures
aliments pour les animaux, surtout les concentrés préventives ne soient prises. Les unités industrielles
alimentaires (FAO, 2006c). Cette production fait utilisent un nombre élevé de médicaments
souvent usage de quantités élevées de pesticides vétérinaires qui peuvent s’introduire, par un
175
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
usage inapproprié, dans la chaîne alimentaire Les éleveurs des systèmes hors-sol des régions
et avoir des effets nocifs sur la santé humaine. rurales dépendent souvent en grande mesure
Pareillement, les normes d’hygiène des grandes des emplois non agricoles, fréquemment sous
unités d’élevage exigent l’utilisation poussée forme de travail occasionnel. Les aliments pour
de produits de nettoyage chimiques et d’autres les animaux d’élevage proviennent de sources
intrants, comme les fongicides, qui sont une autre différentes, comme la conversion des déchets, le
source de pollution pour les environnements pâturage dans les zones marginales, l’utilisation
contigus si leur utilisation est inadéquate. des déchets alimentaires et des sous-produits,
l’alimentation à l’auge (coupe et transport du
fourrage) et l’achat. Par rapport aux propriétaires
2 Systèmes hors-sol à petite échelle fonciers voisins, les éleveurs hors-sol des régions
rurales font face à des problèmes plus sérieux
d’approvisionnement en aliments pour leurs
2.1 Vue d’ensemble animaux. Les objectifs de production sont
Du point de vue économique, la contribution également différents, vu la capacité moindre à
à la production alimentaire des systèmes hors- utiliser certains produits comme le fumier et la
sol à petite échelle est certainement bien moins traction animale. En général, les petits fermiers
significative que celle des systèmes industrialisés. sans terres des régions rurales détiennent des
En fait, leur contribution n’a jamais été évaluée races locales ou des races croisées répandues
à l’échelle mondiale. Dans de nombreux pays dans la région. Cependant, s’ils s’engagent dans
pauvres et riches, le petit élevage périurbain et des activités commerciales, ils peuvent détenir les
urbain est cependant découvert ou redécouvert races à plus haut rendement.
par les responsables et les opérateurs de la La caractéristique la plus particulière des
recherche et du développement. Les enquêtes systèmes de production urbains est la proximité
réalisées dans certaines villes de l’Afrique, de d’un grand nombre de consommateurs, ce qui
l’Asie et de l’Amérique latine ont étonnamment réduit les transports des produits périssables.
constaté la présence de nombreux éleveurs Justement pour cette raison, et les avantages qui
urbains, y compris des citadins de condition en découlent, l’élevage à l’intérieur et autour
sociale plus aisée (Waters-Bayer, 1996; FAO des villes se pratique depuis les temps anciens.
2001b). En général, ni les revenus économiques Les raisons à la base de l’élevage urbain sont
fournis par l’élevage urbain à leurs responsables, différentes et incluent: les revenus obtenus
ni leur contribution à la sécurité alimentaire au par la vente; le plaisir d’avoir des animaux
sens plus large ne sont bien connus. Ces carences et la possibilité de continuer à pratiquer une
de connaissance sont même plus importantes activité d’élevage traditionnelle; l’accumulation
pour la production d’élevage hors-sol des zones de capital représentée par les animaux, sous
rurales. forme d’assurances ou moyen de financement
Les petits éleveurs des systèmes hors-sol ne de projets futurs; les compléments alimentaires
possèdent aucune terre à culture et aucun provenant du lait, des œufs ou de la viande «faits
accès aux grandes zones de pâturages collectifs. maison»; et la possibilité d’utiliser les ressources
Souvent pauvres, ces éleveurs se trouvent dans les disponibles, comme les déchets alimentaires.
zones urbaines et périurbaines et dans les régions Les animaux peuvent également fournir des
rurales dominées par les systèmes d’agriculture intrants, comme le fumier et la traction animale,
mixtes, particulièrement là où la densité de la utiles à la production de cultures dans la ville.
population est élevée ou la distribution des Cependant, l’environnement urbain présente
propriétés foncières est irrégulière. aux éleveurs un certain nombre de contraintes.
176
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Particulièrement, dans le cas des grands animaux, augmentent vers le centre de la ville, car les
l’espace limité représente un problème, tout concentrations d’animaux et de personnes sont
comme la possibilité de se procurer des aliments élevées, les possibilités d’utiliser les terres incultes
pour animaux en quantité suffisante à un prix pour le pacage sont faibles et la distance des
abordable. Les systèmes de production urbains terres agricoles ou des pâturages environnants
ont également des connexions multiples avec est considérable (Schiere et al., 2006b).
les zones rurales voisines, qu’il s’agisse de Comme dans les environnements urbains,
l’approvisionnement en aliments, de la vente des certains éleveurs des systèmes hors-sol des
animaux ou des traditions et des connaissances zones rurales se confrontent aux problèmes
liées à l’élevage. Les parents ou les gardiens payés de santé parce que les animaux sont détenus
des régions rurales peuvent s’occuper d’une près (ou à l’intérieur) des habitations et l’accès
partie des troupeaux de propriété des citadins. aux intrants vétérinaires est limité. Grâce à la
Les animaux, comme les vaches ou les bufflonnes proximité des terres agricoles, l’élimination du
laitières, peuvent se transférer aux zones rurales fumier est probablement un problème moindre.
au cours des phases improductives de leur cycle En fait, le fumier peut être un produit à vendre.
de rendement pour profiter des aliments moins L’accroissement de l’élevage peut mettre de la
coûteux (Schiere et al., 2006b). Le type de races pression sur les zones marginales de pâturage
d’élevage détenues dans ces systèmes dépend des utilisées par les éleveurs des systèmes hors-sol et
espèces, des produits commercialisés et des liens contribuer à la dégradation de ces ressources, bien
entre les zones rurales et urbaines. que les zones impliquées soient, par définition,
limitées.
2.2 Questions environnementales
La production de l’élevage à petite échelle dans 2.3 Evolutions
les zones urbaines ou périurbaines se confronte La petite production hors-sol offre en général des
à quelques problèmes environnementaux des options relativement limitées de développement.
systèmes industrialisés (par ex. les problèmes Cependant, les populations pauvres des zones
d’élimination des déchets et la contamination des urbaines sont encore en hausse à cause de la
sources d’eau). Le niveau des problèmes peut être migration permanente des zones rurales vers
aussi important que pour les opérations à grande les villes à la recherche d’un travail. Puisque les
échelle, si un grand nombre de petites unités opportunités d’emploi sont souvent limitées et
de production se concentrent dans une zone incertaines, les personnes engagés dans l’élevage
limitée. De plus, les réglementations relatives au ou l’agriculture urbains à petite échelle auront
contrôle de l’environnement et les infrastructures tendance à augmenter. Les liens étroits entre
de gestion des déchets peuvent être faibles. Une les zones rurales et les zones urbaines sont
autre caractéristique de ces systèmes est que les importants pour surmonter les contraintes liées
hommes et les animaux vivent à proximité, ce qui à la pénurie des aliments pour les animaux et se
est un risque pour la diffusion de zoonoses comme servir des avantages comparatifs de chacune des
la grippe aviaire. Les problèmes sont souvent deux zones. Les services vétérinaires et autres
exacerbés par les faibles normes de contrôle de pour les éleveurs défavorisés des zones urbaines
la santé animale et par l’absence de compétences sont généralement de faible qualité et, dans de
de gestion adaptées à l’environnement urbain. nombreuses villes, les activités de l’élevage sont
L’élevage peut également occasionner des en conflit avec la loi. L’accès aux marchés formels
nuisances comme le bruit, la saleté, le bouchage peut être limité par des questions de qualité ou
des systèmes d’épuration des eaux d’égouts, d’hygiène. Il existe toutefois une plus grande
l’encombrement de la circulation et les dommages reconnaissance de l’importance de la petite
aux propriétés. Les problèmes de l’élevage urbain production urbaine et du besoin de développer
177
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
des politiques appropriées pour minimiser les d’amélioration génétique, produisent une part
effets nocifs et soutenir les moyens d’existence considérable du lait fourni aux usines. Cependant,
des éleveurs. les éleveurs des systèmes hors-sol se confrontent
L’accroissement de la demande en produits à des contraintes graves s’ils veulent accroître le
d’origine animale semble offrir la possibilité aux rendement de leurs troupeaux, surtout en ce qui
éleveurs des zones périurbaines et urbaines à plus concerne l’approvisionnement en aliments pour
petite échelle d’intensifier la production. L’Inde, les animaux.
par exemple, a intégré avec succès les petits
éleveurs sans terres de buffles et de bovins dans
les systèmes de récolte du lait autour des centres 3 Systèmes basés sur le pâturage
urbains. D’autres exemples d’intensification en
dehors des systèmes industriels à grande échelle
se trouvent dans la production de volailles. 3.1 Vue d’ensemble
Par exemple, au Burkina Faso, en République Les systèmes basés sur le pâturage sont largement
Démocratique Populaire de Lao, au Myanmar présents dans les zones inappropriées ou
et au Cambodge, la production de viande de marginales pour les cultures, à cause de pluies
volailles est augmentée de 169 pour cent, 84 insuffisantes, du froid, de l’aspérité du terrain, ou
pour cent, 1530 pour cent et 106 pour cent, de la dégradation subie par les sols. Les systèmes
respectivement, au cours de la période entre 1984 basés sur le pâturage se trouvent dans les régions
et 2004, ce qui correspond à 17 000, 8 000, 153 000 tempérées, subhumides et humides, mais sont
et 17 000 tonnes, respectivement (FAOSTAT). particulièrement nombreux dans les zones
Cette croissance a eu lieu dans des systèmes à arides et semi-arides. Les races détenues dans ces
petite échelle intensifiés des zones périurbaines systèmes doivent s’adapter à l’environnement et
par l’utilisation d’aliments pour les animaux, de aux objectifs et pratiques de gestion des éleveurs.
pratiques génétiques et de gestion améliorés. Les environnements difficiles impliquent souvent
Il est toutefois probable qu’une intensification la faiblesse des moyens d’existence, et les pratiques
de ce genre soit transitoire. Dès que le volume de gestion de l’élevage doivent s’adapter pour
de la demande est assez élevé et concentré surmonter les climats difficiles et la disponibilité
pour des économies d’échelle considérables, limitée ou erratique des ressources en aliments
l’accroissement d’échelle se produit par l’arrivée pour les animaux.
des grandes entreprises, une tendance à présent Un tiers des petits ruminants de la planète,
constatée au Cambodge. presque un tiers de la population de bovins et 22
Dans les régions rurales déjà densément pour cent des vaches laitières se trouvent dans
peuplées de l’Asie, la population continue les systèmes basés sur le pâturage (tableau 46).
d’augmenter tandis que les zones de terres utilisées Ces animaux représentent 25 pour cent de la
pour l’agriculture ne peuvent pas s’étendre. Si production mondiale de viande de bœuf et de
les options alternatives d’existence en dehors de veau, 12 pour cent de la production totale de
l’agriculture sont limitées, l’élevage continuera lait et 32 pour cent de viande de mouton et de
probablement d’être une activité importante chèvre. La production des petits ruminants est
pour les populations pauvres sans terre des zones proportionnelle aux animaux, tandis que, pour
rurales. Si les marchés sont accessibles, des activités les bovins, la production est inférieure à celles
plus axées sur le commerce, comme l’industrie d’autres systèmes.
laitière, peuvent s’engager. Ceci s’est produit Les systèmes basés sur le pâturage des régions
avec les coopératives laitières en Inde, où les arides et semi-arides incluent les systèmes
éleveurs ruraux sans terre de buffles ou de bovins, pastoraux de l’Afrique subsaharienne, de l’Afrique
qui souvent participent aussi aux programmes du Nord, du Proche et Moyen-Orient et de l’Asie
178
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
du Sud (tableau 49) et les systèmes de type ranch ou humides, particulièrement en Amérique du
des zones plus arides de l’Australie, des Etats-Unis Sud, mais également en Australie et, à un niveau
d’Amérique et de certaines parties de l’Afrique moindre, en Afrique. La production extensive de
australe. Les exploitations de type ranch sont bovins, surtout de bovins à viande, est l’activité
caractérisées par la propriété privée des pâtures la plus fréquente, mais le pâturage extensif de
(ranch individuel, organisation commerciale ou buffles est pratiqué dans les zones très humides
dans certains cas, des groupements de ranch). La et les moutons à laine sont détenus dans les zones
production est axée sur le marché – habituellement subtropicales de l’Amérique du Sud, de l’Australie
composée de bovins qui sont vendus pour et de l’Afrique du Sud (FAO, 1996a). Le système
l’engraissage dans d’autres systèmes. Les moutons se concentre généralement dans les zones où la
et les chèvres sont détenus pour les fibres ou les production agricole est limitée pour des raisons
peaux dans les zones subtropicales. Inversement, biophysiques ou par le manque d’accès aux
l’élevage pastoral traditionnel est une activité marchés.
largement de subsistance basée sur l’élevage de Dans les systèmes basés sur le pâturage des zones
bovins, de chameaux et/ou de petits ruminants. tempérées, des animaux hautement sélectionnés et
La production de lait pour la consommation des différentes technologies sont utilisés pour obtenir
ménages tout au long de l’année est un objectif. le maximum de la production. Les races des pays
Un autre objectif est la production d’animaux tempérés sont également adaptées à de nombreux
vivants pour la vente, qui sera probablement de hauts-plateaux tropicaux. Cependant, dans le cas de
plus en plus importante vue la croissance de la la production de subsistance ou de l’élevage à très
demande en produits de l’élevage. La mobilité hautes altitudes, les races et les espèces adaptées
des troupeaux favorise l’utilisation efficace des localement sont importantes. Dans les Andes de
ressources en aliments pour les animaux, dont la l’Amérique du Sud, par exemple, les espèces de
disponibilité est tributaire de régimes imprévisibles camélidés adaptées aux hautes altitudes revêtent
de pluies, les institutions indigènes sont par une grande importance, tout comme le yak pour
tradition, responsables de la réglementation de les moyens d’existence des populations locales des
l’accès aux ressources en pâturage et en eau. massifs montagneux d’Asie.
Les systèmes basés sur le pâturage se trouvent
également dans certaines régions subhumides
Tableau 49
Nombre estimé de pasteurs dans les différentes régions géographiques
Afrique subsaharienne 50 12 8
Asie de l’Est 20 3 2
Total 120
179
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
180
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
production d’élevage continue d’être un moteur voudraient contrôler ne sont pas toujours les
important de la déforestation. Il est estimé qu’en plus appétissantes pour les animaux d’élevage.
Amérique centrale et dans la zone tropicale de L’utilisation des habitudes alimentaires
l’Amérique du Sud, 24 millions d’hectares de différenciées d’espèces et races diverses peut
terres, qui étaient des forêts en l’an 2000, seront surmonter ce problème. Dans ce cadre, les races
utilisées pour les pâturages d’ici 2010, ce qui qui ne sont pas économiquement viables dans
signifie que les deux tiers des terres déboisées dans la production conventionnelle peuvent jouer
ces régions se transformeront en pâture (ibid.). une fonction potentiellement importante.
D’autres mesures politiques sont nécessaires Ces races sont souvent adaptées à brouter et
pour ralentir l’expansion des frontières agricoles à paître une végétation de faible qualité et
et promouvoir une utilisation plus durable des peuvent se développer dans des conditions
terres déjà pâturées. Des technologies (associant environnementales difficiles et des niveaux
la gestion améliorée des pâturages, la génétique, faibles d’intervention. Les sites de conservation
la santé animale, etc.) doivent être élaborées et sont différents et souvent aménagés pour
promues pour permettre aux éleveurs d’utiliser fournir plusieurs habitats pour les animaux
de façon productive leurs terres de pâturages. et les plantes sauvages. Les exigences des
L’intérêt pour la production sylvopastorale et pâturages peuvent donc être très spécifiques et
les programmes fournissant aux fermiers des les avantages optimisés, si les caractéristiques
paiements pour la mise en place de services pour des races sont étroitement adaptées à ces
la protection des écosystèmes, comme la fixation exigences. Un développement intéressant à cet
du carbone, la conservation de la biodiversité égard est le Grazing Animals Project5 (projet
et l’aménagement des bassins versants est en pour les animaux de pâturage) du Royaume-Uni
augmentation (FAO, 2006b). qui fournit des informations spécifiques sur les
Les effets des pâturages inadéquats peuvent préférences de pâturage des races et sur d’autres
également être préoccupants dans les pays caractéristiques raciales pour le pâturage de
des zones tempérées – par exemple dans les conservation, comme la rusticité, les exigences
habitats buissonnants et dans les forêts claires. d’élevage, les interactions avec le public et les
Cependant, les pâturages aménagés sont de qualités marchandes.
plus en plus considérés un outil important pour
la conservation. Au Royaume-Uni, par exemple, 3.3 Evolutions
le pâturage est utilisé pour promouvoir la Comme il a été indiqué au sous-chapitre
biodiversité des habitats des prairies, des landes précédent, la durabilité de nombreux systèmes
et des zones humides riches en espèces (Harris, basés sur le pâturage est menacée par la pression
2002). Certaines espèces végétales s’épanouissent sur les ressources naturelles et par l’interruption
sous la pression du pâturage, d’autres ne survivent ou l’abandon des pratiques adaptées de gestion
pas dans ces habitats, tandis que d’autres peuvent traditionnelles. En même temps, de grandes
se développer de façon adéquate si l’on évite le populations dépendantes de la production
pâturage au cours des périodes de croissance. Il de subsistance continuent de vivre grâce aux
est ainsi possible d’utiliser les pâturages aménagés moyens fournis par les parcours. Généralement,
pour contrôler la distribution des plantes, en la productivité des pâturages est nettement
accord avec les objectifs de conservation. Le inférieure à celle des terres arables, bien que des
piétinement et la déjection affectent également estimations détaillées soient difficiles à produire.
la végétation et doivent être pris en considération Un certain nombre d’aspects expliquent cette
pour la conservation. Malheureusement, les
5
[Link]
plantes que les responsables de la conservation
181
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
182
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
est également un problème pour les éleveurs de ont des effets considérables sur l’utilisation des
certaines zones des Andes (voir cadre 102, partie 4 ressources zoogénétiques.
– section: F: 6). Après avoir résumé les tendances vers
Les politiques en faveur de la sédentarisation, la disparition des systèmes de production
la réglementation des taux de charge ou le d’élevage mobile traditionnels, certains facteurs
développement d’exploitations individuelles compensateurs doivent être signalés. Il a été de
du type ranch jouent également un rôle plus en plus reconnu que
important (FAO, 1996b). En Afrique surtout, «pastoralists remain a resource, a system
l’établissement de réserves, motivé par des of producing meat and milk cheaply in
objectifs de conservation et les avantages land that is otherwise hard to exploit
économiques potentiels provenant du tourisme, (FAO, 2001c). (les pasteurs sont encore
exclut les pasteurs de leurs terres de pâturage une ressource, un système peu coûteux de
traditionnelles (FAO, 2001c). La scolarisation et les production de viande et de lait dans des
emplois alternatifs (qui impliquent la migration terres autrement difficiles à exploiter) (FAO,
vers les zones urbaines) limitent la main-d’œuvre 2001c).»
pouvant s’occuper des troupeaux et favorisent Il est également reconnu que les politiques
l’évolution vers la sédentarisation (ibid.). de développement appropriées aux parcours
Si l’importance des différents moteurs évolutifs sont nécessaires si l’on veut que ces systèmes
varie d’un endroit à l’autre, l’évolution générale survivent ou s’épanouissent (ibid.). Ainsi,
indique qu’un nombre croissant de personnes dans de nombreuses régions éloignées, les
essaient de gagner leur vie des terres de pâturages perspectives de sources alternatives de revenu
plus restreintes et souvent moins aménagées. S’ils sont limitées et l’élevage représentera encore
subissent de fortes pressions, les bergers doivent pour les populations locales une de rares options
abandonner les moyens d’existence pastoraux. Des de gagner sa vie (FAO, 2003). L’expansion de la
changements dans l’utilisation des races ou des production agricole n’est pas toujours durable
espèces sont possibles, car les éleveurs s’adaptent à long terme, surtout si la mise en valeur des
aux circonstances difficiles. Par exemple, les eaux a été inadéquate et le retour vers l’élevage
ressources en pâtures s’épuisant, les éleveurs pastoral est possible (FAO, 2001c). L’Asie centrale
s’adaptent et délaissent les bovins en faveur des est une des régions qui témoignent de certains
petits ruminants ou des chameaux. Les évolutions retours récents aux systèmes de pâturage plus
vers une différenciation sociale sont également traditionnels, à la suite du déclin de l’agriculture
répandues – selon les différentes capacités de collective et des infrastructures établies au cours
réaction aux bouleversements des systèmes de l’ère soviétique (ibid.).
pastoraux et à profiter des développements Les systèmes d’exploitation extensive de type
politiques et technologiques. Il est possible que, ranch de la région Amérique latine et Caraïbes
d’une part, les propriétaires d’animaux d’élevage assistent également à des changements. Les
à grande échelle souvent absents et, d’autre part, subventions qui ont favorisé l’expansion de
les populations totalement démunies de plus en l’élevage extensif (souvent aux dépens des forêts
plus sédentarisées autour des villes ne puissent pluviales) ont été largement abandonnées (FAO,
ou ne veuillent plus continuer la vie pastorale 2006b). La demande urbaine en cultures de base
traditionnelle. Les races d’animaux d’élevage des et l’amélioration des infrastructures routières
zones pastorales étant non seulement adaptées facilitent l’expansion des systèmes d’agriculture
à l’environnement naturel, mais également mixtes dans les zones de pâturage (FAO, 1996a).
développées pour satisfaire les besoins et les En même temps, un nombre croissant de mesures
préférences des éleveurs locaux, ces changements incitatives est en place pour promouvoir la
183
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
conservation des ressources naturelles et les localement sont menacées par la faible rentabilité
services environnementaux (FAO, 2006b). L’intérêt de l’élevage dans les zones éloignées, les races à
croissant porté aux systèmes sylvopastoraux est le rendement plus faible sont souvent favorisées pour
résultat de ces développements (ibid.). des fonctions alternatives, comme le pâturage de
Au cours des prochaines années, les systèmes conservation, la production de produits spéciaux
de pâturage risquent d’être également affectés ou la protection des paysages ruraux attrayants
par le changement des températures et de la pour les touristes.
pluviométrie associés au changement climatique.
Il est évidemment difficile de prévoir avec
précision les impacts du changement climatique 4 Systèmes d’agriculture mixtes
sur la production d’élevage. Cependant, les
changements dans la longueur de la période
végétative déplaceront probablement les 4.1 Vue d’ensemble
frontières des zones adaptées à l’agriculture. En Les systèmes mixtes de production agricole
Afrique subsaharienne, Thornton et al. (2002) et d’élevage dominent la production des
prévoient que les zones d’agriculture mixte plus petits exploitants dans toutes les régions en
adaptées à la production pastorale d’ici 2050 développement, particulièrement dans les
incluront les zones à travers le Sahel et le Soudan, tropiques subhumides et humides, mais également
et l’Angola du sud et le Zimbabwe central ainsi dans les zones semi-arides, montagneuses
que les zones de transition vers les hauteurs et tempérées. L’utilisation des terres pour
moins élevées de l’Ethiopie. En revanche, l’agriculture mixte est tributaire de la production
certaines régions pastorales, surtout au Kenya, agricole pluviale (tableau 50) ou, si la quantité
en République Unie de Tanzanie et en Ethiopie, et la distribution des précipitations empêchent
devraient s’adapter à l’agriculture mixte. la production pluviale, de la possibilité d’utiliser
Cependant, les terres de l’Afrique subsaharienne l’irrigation.
ayant un climat favorable à la production La plupart des ruminants dans le monde
agricole devraient globalement diminuer (ibid.). sont détenus dans les systèmes mixtes: 68 pour
Les régions centrales de l’Asie et de l’Amérique cent des bovins, 66 pour cent des moutons et
du Nord, où les systèmes basés sur le pâturage des chèvres et 100 pour cent des buffles. Ceci
revêtent une grande importance, devraient se traduit en 68 pour cent de la production de
être sérieusement affectées par le changement viande de bœuf et de veau, 100 pour cent de la
climatique (Phillips, 2002). Les sécheresses seront production de viande de buffle, 67 pour cent de la
probablement plus fréquentes et plus graves, production de viande de mouton et de chèvre et
augmentant ainsi les pressions sur les systèmes de 88 pour cent de la production de lait. Les systèmes
production des terres arides (FAO, 2001c). mixtes produisent également 57 pour cent de la
Dans les zones tempérées des pays développés, production de viande de porc, 31 pour cent de la
les fonctions des systèmes de pâturage sont production de viande de volailles et 49 pour cent
également en voie de changement. Les exigences de la production d’œufs (tableau 46).
sont de plus en plus liées à la fourniture de services De nombreux systèmes mixtes des pays
environnementaux et l’importance relative de la en développement sont caractérisés par des
production animale en soi est souvent en baisse niveaux relativement faibles d’intrants externes,
(FAO, 1996a). Les préoccupations politiques sont les produits d’une composante du système
également liées aux emplois des zones rurales étant utilisés comme intrants pour les autres
reculées, relativement pauvres. Si, dans certains (tableau 51). Les résidus de récolte sont une source
cas, les races des animaux d’élevage adaptées d’aliments pour les animaux, tandis que le fumier
184
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Tableau 50
Terres à potentiel de production agricole non irriguée
Tableau 51
Principales interactions entre agriculture et élevage dans les systèmes mixtes
Les cultures fournissent une gamme de résidus et de sous-produits Les grands ruminants fournissent l’énergie pour des opérations comme
utilisables par les ruminants et les non ruminants. la préparation du terrain et les pratiques de conservation des sols.
La terre à culture laissée en jachère ou en jachère améliorée (prairie Les ruminants et les non ruminants produisent le fumier pour le
assolée) et la culture de couverture sous les arbres pérennes fournissent maintien et l’amélioration de la fertilité des sols. Dans de nombreux
le pâturage pour les ruminants. systèmes agricoles, il s’agit de la seule source de nutriments pour les
cultures. Le fumier peut s’appliquer au terrain ou, comme en Asie du
Sud-Est, dans l’eau utilisée pour arroser les légumes dont les résidus
sont utilisés par les non ruminants.
Les systèmes agricoles, comme les cultures en bandes, fournissent La vente des produits d’origine animale et la location des animaux de
le fourrage pour les ruminants. trait fournissent les espèces nécessaires à acheter les engrais et les
pesticides utilisés dans la production agricole.
Les animaux broutant la végétation sous les arbres contrôlent les
herbes et réduisent l’utilisation des herbicides dans les systèmes
agricoles.
Les animaux favorisent l’introduction des fourrages améliorés dans
les systèmes agricoles en tant que stratégies de conservation des sols.
Les fourrages herbacés sont semés sous couverture dans les cultures
annuelles et pérennes et les arbres et arbustes font fonction de haies
dans les systèmes agricoles basés sur l’agroforesterie.
185
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
contribue à la fertilité des sols (Savadogo, 2000) Dans ces environnements, la fonction dominante
et les animaux de trait fournissent souvent une est de nouveau la fourniture d’intrants pour la
source d’énergie. Les animaux d’élevage offrent production agricole.
le moyen d’intensifier les systèmes de production Dans les environnements plus secs, la
agricole grâce à des exigences limitées en main- production agricole est de plus en plus difficile
d’œuvre ou en intrants coûteux. Le cycle des et à risque. Les animaux d’élevage sont de plus
nutriments et l’utilisation limitée de ressources en plus importants dans l’agriculture pour les
non renouvelables ont un impact relativement produits à vendre ou la consommation des
positif sur l’environnement. ménages et diversifient les moyens d’existence
Un grand nombre de populations pauvres contre le risque de mauvaise récolte. A cause de
dans le monde vivent des systèmes traditionnels la disponibilité limitée de résidus de récolte, les
d’agriculture mixtes (Thornton et al. 2002). Pour terres de pâturage acquièrent de l’importance
les ménages pauvres, les animaux d’élevage en tant que source d’aliments pour les animaux.
favorisent la diversification des activités relatives La traction animale est de nouveau répandue et
aux moyens d’existence, sont un bien qui peut se les animaux d’élevage améliorent la productivité
vendre en cas de besoin, et fournissent différents des terres à culture, en transférant les nutriments
produits utilisés pour la consommation domestique des parcours dans le fumier. Les combustibles,
et facilitent la production agricole selon les sous forme de tourte de fumier, sont un produit
contributions mentionnées ci-dessus. Les intrants important de l’élevage, surtout si le bois de feu
achetés pour l’assistance vétérinaire, les aliments est difficile à trouver à cause de la déforestation.
pour les animaux et la stabulation sont limités. Dans ces conditions, les systèmes agropastoraux
Il existe toutefois une grande diversité entre qui prévoient la migration des animaux loin
les systèmes d’agriculture mixtes de la planète. des terres de culture lors de certaines périodes
Dans les zones tempérées des pays développés, de l’année, sont prévalents (Devendra et al.,
les pratiques de production plus intensive avec un 2005). Dans certaines régions, la production
emploi plus élevé d’intrants externes et de races agropastorale est un système traditionnel présent
à haut rendement sont émergentes. Les objectifs depuis longtemps. Cependant, les systèmes
de production se concentrent largement sur un agropastoraux se produisent dans d’autres cas
seul produit. L’alimentation des animaux pendant lorsque les bergers ou les fermiers sédentaires
les périodes froides de l’année présente quelques adaptent leurs activités d’existence aux
difficultés et, vues les demandes considérables circonstances changeantes (ibid.).
en produits de l’élevage et la disponibilité
d’animaux à haut rendement, les terres agricoles 4.2 Questions environnementales
sont souvent employées pour la production de Si les systèmes d’agriculture mixtes sont gérés de
fourrages à conserver pour l’alimentation d’hiver façon appropriée, ils sont considérés relativement
(FAO, 1996a). En revanche, dans les systèmes bénins pour l’environnement. L’utilisation des
mixtes des régions montagneuses tropicales, les animaux de traction à la place des cultures
animaux d’élevage ont des fonctions multiples, la mécanisées, et l’utilisation limitée d’intrants
prestation de services de soutien pour les récoltes externes réduisent l’usage des combustibles
étant très significative (Abegaz, 2005). fossiles. Les déchets des récoltes et de la
Les zones humides et subhumides des tropiques production animale sont recyclés par le biais des
sont des environnements exigeants pour la autres composantes du système. La fertilité des
production d’élevage. En plus des températures terres à culture se maintient et les nutriments
et de l’humidité élevées, les difficultés créées par n’atteignent pas les écosystèmes où ils pourraient
les maladies des animaux sont souvent graves. agir en tant que polluants. Par rapport à la
186
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
biodiversité, les systèmes d’agriculture mixtes des entraînent d’autres pertes de fertilité et l’érosion
petits producteurs favorisent souvent une plus des sols. A défaut de sources de revenu suffisantes
grande diversité d’arbres et d’oiseaux des systèmes au soutien des pratiques de conservation et au
basés sur le pâturage. L’addition de fumier aux maintien de la fertilité des sols, un cycle négatif,
sols accroît également la diversité de la microflore appelé «involution» du système agricole, peut
des sols et de la faune. D’autre part, la pression s’ensuivre (FAO, 1998).
du pâturage intensif sur les zones adjacentes aux
terres de culture peut réduire la biodiversité. Le 4.3 Evolutions
développement des cultures produit également La demande en produits de l’élevage et la
la fragmentation des habitats naturels. disponibilité et les coûts des intrants sont parmi
Les systèmes d’agriculture mixtes durables les facteurs qui influencent le développement
sont souvent menacés – ce qui entraîne des des systèmes d’agriculture mixtes. La croissance
préoccupations plus graves sur l’environnement. économique des pays développés a entraîné
Le système est affecté par les changements des hauts niveaux de demande en viande et
de la demande et par les interactions avec les produits laitiers et a mis à disposition une vaste
ressources naturelles dont dépend la production gamme d’intrants qui augmentent le rendement
de l’élevage. La question clé est souvent de la production d’élevage. Ceci a produit une
l’équilibre en nutriments (FAO, 1996b). D’une évolution des systèmes d’agriculture mixtes des
part, les niveaux élevés de la demande en produits zones tempérées, particulièrement en Europe
d’élevage peuvent dépasser la capacité productive et en Amérique du Nord, vers une agriculture
de l’agriculture mixte traditionnelle, et déplacer plus mécanisée et à plus grande échelle, qui
les activités vers la production spécialisée. Les utilise plus d’aliments concentrés, de produits
engrais artificiels vont remplacer le fumier, les vétérinaires et de stabulations. La production
tracteurs remplacent l’énergie animale et les d’élevage se spécialise dans un produit unique,
variétés de cultures à haut rendement produisent comme la viande ou le lait. De plus, il existe une
moins de résidus utiles pour l’alimentation des tendance vers la séparation entre la production
animaux. La production agricole et d’élevage se agricole et animale, les animaux monogastriques
séparent de plus en plus. Dans ces circonstances, étant de plus en plus concentrés dans les systèmes
le cycle des nutriments entre les cultures et les hors-sol. Dans ce cadre, les races traditionnelles,
animaux devient problématique et les surplus adaptées aux conditions difficiles ou à des
de nutriments peuvent atteindre les écosystèmes fins multiples, perdent en popularité et sont
voisins. menacées d’extinction. Cependant, certains
En revanche, dans les zones plus isolées, les aspects indiquent que l’agriculture mixte
systèmes d’agriculture mixtes peuvent entraîner dans des conditions riches en ressources est
la diminution de la fertilité. Avec la hausse encore importante. Aux Pays-Bas, par exemple,
de densité de la population, le coefficient de l’agriculture mixte a été «redécouverte» pour
pâturage par rapport aux terres de culture baisse, mieux recycler les nutriments (Bos, 2002; Van
diminuant ainsi la disponibilité de nutriments des Keulen et Schiere, 2005). Dans d’autres régions,
pâturages. Les rendements agricoles diminuent, comme les plaines centrales des Etats-Unis
ce qui entraîne une plus grande expansion des d’Amérique, l’élevage dans les systèmes agricoles
cultures et une plus grande concurrence pour est un moyen d’atténuer les risques (Schiere et al.,
l’accès à la terre. L’utilisation des animaux de trait 2004).
peut faciliter l’expansion des cultures, aggravant Comme il a été décrit plus haut, la hausse de la
ainsi les problèmes. Les animaux plus nombreux demande en produits de l’élevage est localement
broutant une zone plus limitée de pâturage très rapide. La pression exercée pour satisfaire cette
187
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
demande favorise l’accroissement des systèmes décrit ci-dessus, ces développements peuvent
hors-sol aux dépens des systèmes d’agriculture créer une plus grande dépendance des intrants
mixtes traditionnels. Dans les zones à croissance achetés, y compris les concentrés sous forme de
économique rapide, la création d’opportunités grains ou de sous-produits agroindustriels. Dans
d’emploi alternatifs facilite également l’abandon ces circonstances, le système mixte évolue vers la
des formes traditionnelles agricoles à fort production sans terre.
coefficient de main-d’œuvre. Dans de nombreux La plus grande disponibilité d’alternatives
pays en développement, la demande croissante aptes à remplacer les fonctions traditionnelles
en produits laitiers a favorisé le développement des animaux d’élevage au sein des systèmes
d’un secteur laitier de petits producteurs axés d’agriculture mixtes a des implications
sur les marchés, particulièrement urbains. Ces significatives pour la diversité des ressources
systèmes requièrent plus d’intrants externes des zoogénétiques. La mécanisation agricole est en
systèmes d’agriculture mixtes traditionnels et expansion et, dans de nombreux pays, diminue
impliquent souvent l’utilisation de races exotiques l’importance des animaux de trait, ce qui affecte
ou d’animaux croisés. les races de bovins et réduit la fonction des
Cependant, dans les zones où l’accès aux espèces élevées pour la traction, comme les
marchés en expansion est limité, notamment dans chevaux et les ânes. Différents facteurs limitent
certaines régions de l’Afrique subsaharienne, les cette évolution, comme les prix des combustibles,
impacts associés à la «révolution de l’élevage» et l’affaiblissement de la fonction des animaux de
sont beaucoup moins marqués. En l’absence de trait est loin d’être universel. La traction animale
demandes du marché en produits de l’élevage, les est de plus en plus importante dans certaines
zones éloignées se confrontent souvent à un accès régions de l’Afrique où elle était auparavant
limité aux intrants et aux services. De plus, le besoin limitée à cause des sols lourds et la présence
des fonctions multiples des animaux d’élevage est de la mouche tsé-tsé. L’usage des engrais
encore élevé et limite le développement d’une inorganiques réduit également l’importance des
production plus commercialisée. animaux d’élevage en tant que source de fumier.
En plus des déplacements de la demande, D’autres fonctions des animaux d’élevage,
les pressions sur les ressources favorisent les comme l’épargne et le transport, deviennent
changements des systèmes d’agriculture mixtes. moins importantes si les alternatives, comme les
Cette pression donne lieu à des changements services financiers et les véhicules à moteur, sont
des pratiques de gestion des aliments pour les largement disponibles.
animaux et des relations entre production agricole Comme il a été décrit pour les évolutions des
et d’élevage. La croissance démographique, systèmes basés sur le pâturage, le changement
dans les régions où les opportunités d’emploi climatique produira probablement des variations
alternatif sont moindres, facilite l’expansion dans la distribution des systèmes d’agriculture
des terres à culture et la diminution des terres mixtes. Le changement climatique et les
de pâturage collectives. Les restrictions sur la changements y associés de diffusion des ravageurs
disponibilité des pâtures impliquent souvent une et des maladies peuvent également changer
plus grande dépendance des résidus de récolte les systèmes de production mixtes et entraîner
en tant qu’aliments pour les animaux. A cause des variations dans les types de cultures et les
de la diminution de la taille des exploitations animaux détenus.
agricoles, les animaux d’élevage sont de plus en
plus confinés et l’utilisation de sources d’aliments
externes, comme le fourrage coupé et transporté,
est en hausse. Avec l’accroissement de la demande
188
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Bien que l’impact immédiat de l’irrigation nourris par la conversion des déchets de la ferme
concerne directement la composante agricole du et des aliments supplémentaires (FAO, 2001a) et
système, pour plusieurs raisons les conditions de facilitent ainsi l’utilisant des déchets alimentaires
la production d’élevage sont aussi différentes de et des sous-produits agricoles. Les canards en
celles des zones non irriguées. L’irrigation réduit pâturage libre sont élevés sur les champs de
la variation du rendement agricole et prolonge la paddy où ils s’alimentent avec le riz, les insectes
saison de la campagne agricole dans les régions et d’autres invertébrés.
où la période de croissance serait limitée par le Dans les zones arides/semi-arides, les récoltes
manque de précipitations. L’utilisation des terres sont possibles au cours de toute l’année grâce
et l’économie de la production agricole en sont à l’irrigation. Dans certaines zones arides (par
affectées. Par consequent, les intrants (surtout les exemple en Israël), les vaches laitières détenues en
aliments pour les animaux) disponibles pour la gestion intensive dans les systèmes mixtes irrigués
production animale et les fonctions des animaux ont un rendement très élevé (FAO, 1996a). Ailleurs,
d’élevage du système de production sont affectés, notamment en Inde, les systèmes mixtes irrigués
ce qui peut avoir un effet propulseur pour tous les (souvent dans les zones semi-arides) soutiennent
aspects de la production, y compris la gestion des de nombreux petits producteurs laitiers axés sur
ressources zoogénétiques. le marché, qui détiennent des buffles ou des
Les systèmes d’agriculture mixtes irrigués ne vaches croisées. Les demandes nutritionnelles
sont pas répandus dans les zones tempérées ou sont élevées dans ces systèmes et les aliments
dans les zones montagneuses tropicales, mais pour animaux de qualité sont souvent difficiles
se trouvent dans les pays de la Méditerranée à trouver. La production de fourrage irrigué
et dans certaines régions tempérées de l’Asie est devenue par conséquent de plus en plus
de l’Est (FAO, 1996a). La production rizicole importante. L’irrigation réduisant la variabilité
irriguée est répandue dans les régions agricoles de la production agricole, le rôle amortisseur des
à forte densité de population de l’Asie humide/ animaux d’élevage en cas de mauvaise récolte
subhumide. La force de traction revêt une est jugé moins important par les petits fermiers
importance particulière dans ces systèmes, car (Shah, 2005). Dans les zones dominées par la
il est nécessaire de préparer rapidement les production irriguée à grande échelle des cultures
terres pour le cycle agricole suivant. En Asie du de rapport (par ex. dans les régions du Proche
Sud-Est et de l’Est, le buffle des marais (Bubalus et Moyen-Orient) des populations considérables
bubalus carabanesis) est traditionnellement un de bovins, de buffles et de petits ruminants sont
animal de trait, mais sa fonction est de plus en également détenues (FAO, 2001a).
plus menacée par la mécanisation. Les pâturages De nombreux systèmes irrigués mixtes
limités de chaumes font en sorte que les buffles et présentent des problèmes spécifiques liés à
les bovins se nourrissent avec du fourrage coupé l’environnement – par exemple, l’engorgement
et transporté, surtout de la paille. La contribution ou la salinisation des sols, les effets de la
des résidus de récolte en tant que source de construction de barrages et les problèmes
fourrage est toutefois menacée par l’utilisation associés à l’élimination des eaux excédentaires
de cultures concentrées sur la production de contaminées par les nutriments en excès ou les
grains aux dépens de la paille, comme les variétés pesticides (FAO, 1997). Les champs de paddy sont
de riz à haut rendement largement utilisées dans également une source d’émissions de méthane
ces systèmes. Les porcs et les volailles sont souvent (FAO, 1996a). Cependant, ces problèmes ne sont
189
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Tableau 52
Part de la production irriguée par rapport à la production agricole totale dans les pays
en développement
Part en 1997-1999 21 29 40 39 59
Part en 2030 22 32 47 44 64
Part d’incrément 33 47 57 75 73
1997-1999–2030
pas liés de façon spécifique aux composantes élevées. Cependant, la durabilité d’un système à
d’élevage du système. irrigation plus étendue est menacée par un usage
Dans les pays en développement, l’agriculture inapproprié des ressources en eau. Comme il a été
irriguée, représentant environ un cinquième des décrit plus haut, les effets sur l’environnement
terres arables, produit aujourd’hui 40 pour cent sont négatifs si l’irrigation n’est pas gérée avec
de toute la production agricole et presque 60 pour attention. De plus, l’utilisation de l’eau a plus que
cent de la production de céréales (tableau 52). Les doublé le taux de croissance démographique au
projections pour la production agricole jusqu’à cours du dernier siècle et les carences chroniques
2030 suggèrent une importance croissante en eau affectent de nombreuses régions de la
de l’agriculture irriguée. Elle représentera planète, y compris une grande partie du Proche
probablement un tiers de la hausse projetée des et Moyen-Orient, le Mexique, le Pakistan et des
terres arables et plus de 70 pour cent de la hausse zones de l’Inde et de la Chine (UN Water, 2006).
projetée pour la production céréalière. Les carences en eau affectent premièrement
Dans les systèmes rizicoles à forte densité de l’agriculture irriguée. Il est de plus en plus reconnu
population de l’Asie, l’expansion des terres utilisées que la surexploitation de la nappe phréatique
pour les cultures irriguées est limitée. La taille des pratiquée dans de nombreux pays affecte sa
exploitations diminue et même la production durabilité à long terme (ibid.). Les conflits à cause
rizicole intensifiée est souvent insuffisante à de l’eau sont possibles au niveau local et entre
garantir les moyens d’existence provenant de les pays, si les rivières traversent les frontières
la terre (FAO, 2001a). Dans ces circonstances, la internationales.
diversification axée sur des activités, comme la
pisciculture ou la production d’élevage intensive,
représente la seule alternative aux emplois en
dehors de la ferme ou à la migration vers les zones
urbaines (ibid.). Les systèmes intégrés, comme les
systèmes de production de riz, de légumes, de
porcs, de canards, de poissons de la Thaïlande
(Devendra et al., 2005) peuvent offrir un champ
d’application pour le processus d’intensification.
Dans d’autres régions de la planète, les
possibilités d’expansion de l’irrigation sont plus
190
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
Section C
Implications pour
la diversité génétique à la suite des
changements du secteur de l’élevage
Dans les systèmes de production d’élevage basés L’industrialisation de la production d’élevage la
sur la terre, les espèces et les races d’animaux plus avancée se trouve dans les secteurs des porcs
d’élevage ont été sélectionnées selon une gamme et des volailles. Surtout en Europe, en Amérique
très ample de critères, incluant les caractères du Nord et en Australie, la production des porcs
adaptatifs à différents défis environnementaux. est hautement industrialisée et un nombre
Avec l’élimination des stress liés à l’environnement, restreint d’entreprises de sélection transnationales
les systèmes industriels se concentrent sur une dominent les chaînes de production. Le secteur des
gamme plus étroite de critères de sélection. volailles, par contre, est le plus industrialisé parmi
Les systèmes industriels sont caractérisés par la toutes les formes de production d’élevage et la
standardisation de la production et le degré élevé production à grande échelle est répandue dans de
de contrôle sur les conditions de production. De nombreux pays en développement. La production
plus, ces systèmes sont hautement spécialisés: laitière est également de plus en plus dépendante
ils optimisent les paramètres de production par d’un nombre limité de races. L’évolution la plus
rapport à un produit unique ou un nombre réduit avancée se trouve dans les pays développés. Dans la
de produits. Les besoins génétiques des animaux plupart des régions en développement, le secteur
des systèmes industriels sont ainsi caractérisés laitier est dominé par les petits producteurs, mais
par: dans les zones périurbaines les races exotiques ou
• une demande inférieure d’espèces et de les animaux croisés sont de plus en plus utilisés
races adaptées aux environnements locaux; pour approvisionner les marchés urbains en
• une demande inférieure de résistance ou expansion. Outre la demande, ces changements
tolérance aux maladies, car les animaux sont également favorisés par la disponibilité de
sont élevés dans des systèmes fermés et les services de santé animale et d’autres services et
fermiers font une utilisation intensive de technologies, qui facilitent l’élevage d’animaux
produits vétérinaires; moins adaptés aux conditions de production
• une demande supérieure d’efficacité et, locales. Les systèmes industriels et les entreprises
surtout, de coefficient de conversion des de sélection du secteur privé disposent des
aliments pour les animaux afin d’optimiser ressources suffisantes à développer des races
les avantages par place animale (dans selon leurs exigences. Ils ont développé des races
les systèmes industriels, les aliments hautement spécialisées qui leur permettent de
représentent habituellement entre 60 et maximiser la productivité selon les exigences des
80 pour cent des coûts de production); et consommateurs et des coûts des ressources. Par
• une demande supérieure de caractères conséquent, une érosion substantielle des races
qualitatifs issus des consommateurs s’est déjà produite dans les pays développés où la
et des exigences techniques liées à la production d’élevage est industrialisée depuis 30
standardisation, à la taille, à la teneur en ou 40 ans (voir partie 1 – section B).
graisse, à la couleur, au parfum, etc.
191
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
Cependant, à moyen ou à long terme, les critères de ces problèmes. De plus, en présence de la
de sélection des races dans les systèmes industriels croissance démographique et du changement
devront probablement être révisés. A présent, la climatique, les systèmes de production mixtes
production industrielle est caractérisée par les et basés sur le pâturage à petite échelle se
prix faibles des intrants (par ex. grains, énergie confrontent aux pressions sur les ressources,
et eau); par des politiques d’environnement et de qui menacent les ressources zoogénétiques y
santé publique localement déficitaires; et, dans associées. Par exemple, les carences des ressources
les pays en développement, par un faible niveau en aliments pour les animaux peuvent favoriser
d’attention publique sur les conditions d’élevage le changement vers l’élevage de moutons et de
des animaux. Le contexte économique change dès chèvres à la place des grands ruminants, ou à
que les politiques publiques sont mises en place l’utilisation des ânes à la place des taureaux pour
pour ajuster le prix des ressources et refléter ainsi la force de traction. Pour assurer la durabilité
leur coût social, et que les consommateurs sont des systèmes, leur efficacité doit être améliorée,
plus intéressés aux aspects agroécologiques et de surtout par rapport à l’utilisation des ressources
bien-être des animaux. en terres et en eaux. De plus, des efforts seront
Parallèlement au développement des systèmes nécessaires pour relancer la production de
industriels, les systèmes de production extensive produits de l’élevage commercialisables en tant
ou semi-extensive continuent d’être présents, que source de revenu qui, à son tour, facilite les
surtout si la croissance économique est faible investissements pour améliorer la productivité et
ou les ressources et les services de soutien la durabilité des systèmes (par ex. les mesures de
nécessaires à l’industrialisation sont absents. conservation des sols).
Ces conditions sont typiques des régions avec S’il faut accéder à des marchés plus étendus, la
des environnements difficiles (par ex. les terres production de viande et de lait devra satisfaire les
arides, les zones montagneuses ou froides) ou normes de qualité exigées des consommateurs. Le
des zones rurales mal connectées aux centres défi à affronter est représenté par la possibilité
de la demande. Dans ces circonstances, les d’atteindre ces objectifs tout en améliorant
systèmes de production continuent de fournir les caractères de productivité et en gardant
une vaste gamme de produits et services aux la multifonctionnalité et l’adaptation aux
communautés locales et les animaux d’élevage environnements locaux. Dans ce cadre, la diversité
sont souvent à fins multiples (voir partie 1 – génétique des animaux d’élevage locaux sera
section D). L’élevage est souvent étroitement probablement une ressource clé. La performance
lié aux modes traditionnels de vie et de culture, individuelle des animaux doit être évaluée selon
particulièrement dans les systèmes pastoraux. des critères comme la production au cours de la
Ainsi, les systèmes de production extensive ou vie (par ex. nombre de descendants par femelle),
semi-extensive ont des exigences spécifiques en les recettes économiques obtenues des troupeaux
ressources zoogénétiques. Ils dépendent des races (par rapport à la performance individuelle) et
locales ou, dans certains cas, des croisements ou l’efficacité biologique (rendement/intrants). En
des races mixtes avec du matériel génétique des bref, les recommandations sur le développement
races locales. de la race auront peu de valeur, si elles ne prennent
Malgré leur adaptation à l’environnement pas en considération l’environnement spécifique
de production, les ressources zoogénétiques dans lequel les animaux devraient vivre. Cet
associées aux systèmes d’agriculture basés sur environnement spécifique est une combinaison
le pâturage ou mixtes font face à des graves de climat, disponibilité de ressources en aliments
menaces. Les politiques de développement de pour les animaux et maladies d’une part, et le
l’élevage inappropriées sont souvent la raison contrôle de la gestion de ces conditions d’autre
192
E volut i ons du sec teu r de l’éle vage
193
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 2
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197
Partie 3
L’État des capacités
dans la gestion
des ressources
zoogénétiques
Partie 3
Introduction
Cette partie du Rapport analyse les aptitudes des pays dans la gestion des ressources
zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, et se base sur les informations
fournies par les Rapports nationaux. L’analyse met en lumière les différences régionales
et reconnaît les faiblesses spécifiques, fournissant ainsi l’identification des priorités
stratégiques. L’approche analytique varie de section en section, selon la nature et
les détails des informations fournies dans les Rapports nationaux. Il est important de
souligner que l’analyse présentée ici se base sur les Rapports nationaux reçus par la FAO
entre 2002 et 2005 (la plupart étant soumis en 2003 et 2004) et, par conséquent, le cadre
de l’état des capacités en 2007 peut être incomplet.
La première section présente une analyse de l’état des capacités de l’homme et des
institutions dans la gestion des ressources zoogénétiques. Les sections suivantes décrivent
l’état des programmes structurés de sélection, les programmes de conservation et
l’utilisation des biotechnologies moléculaires et reproductives. La dernière section analyse
les cadres réglementaires qui affectent les ressources zoogénétiques. Les cadres légaux
des pays doivent être considérés dans le contexte international et régional. Pour cette
raison, l’analyse des mesures législatives et politiques nationales est précédée par une
vue d’ensemble des instruments juridiques internationaux pertinents et par une analyse
de la législation au niveau régional (surtout pour ce qui concerne l’Union européenne).
En raison de l’attention croissante attribuée aux brevets dans les débats politiques sur la
gestion des ressources zoogénétiques, cette question a été introduite séparément.
L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
Section A
Institutions et
acteurs impliqués
1 Introduction
203
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 3
Au niveau de pays, les facteurs suivants ont été consultatifs nationaux et sur les acteurs impliqués
pris en considération: dans la préparation du Rapport national ou sur les
• L’implication des acteurs dans la préparation activités relatives aux ressources zoogénétiques),
du Rapport national et dans le domaine des renseignements supplémentaires sur les
des ressources zoogénétiques, leur histoire acteurs impliqués et leurs origines ont été obtenus
et leur appartenance à un groupe défini. par le biais du système d’information DAD-IS
Les catégories suivantes ont été utilisées de la FAO et d’une recherche additionnelle sur
pour classer les appartenances aux Internet.
groupes: organisation gouvernementale;
association de fermiers/bergers; 2.2 Evaluation des capacités
organisation d’intérêt (conservation); institutionnelles au niveau de
entreprise privée/publique; recherche/ pays
sciences; organisation de développement; L’évaluation des institutions s’est entièrement
donateurs; association de sélection; service basée sur les informations fournies par les Rapports
de vulgarisation; organisation/association nationaux. Les Directives pour l’élaboration des
d’insémination; organisation internationale Rapports nationaux suggéraient de préparer
(gouvernementale); organisation un chapitre sur les «Capacités du pays dans la
internationale (non gouvernementale). gestion des ressources génétiques». Cette section
• L’évaluation des institutions – y compris a été conçue pour y inclure les infrastructures
les thématiques suivantes: infrastructures/ institutionnelles et les ressources humaines. Pour
capacités de la gestion des ressources faciliter la préparation de rapports cohérents, un
zoogénétiques; participation des acteurs certain nombre de tableaux prédéfinis a été fourni:
impliqués au niveau local; connaissances • Tableau 4.6 – pour les détails sur le rôle des
(locales) des ressources zoogénétiques; acteurs impliqués (gouvernement national,
niveau de sensibilisation dans la gestion gouvernement local/régional, entreprises
des ressources zoogénétiques; lois et privées, organisations de recherche, ONG)
programmes existants ou proposés; et dans la mise en œuvre des instruments de
degré de mise en œuvre des politiques de développement en faveur des ressources
développement en faveur des ressources zoogénétiques (définition des objectifs
zoogénétiques. de sélection, identification des animaux,
Les organisations et les réseaux ont été enregistrement, insémination artificielle,
identifiés au niveau sous-régional, régional et évaluation génétique);
international. • Tableau 4.7 – pour les détails sur
l’implication des différents acteurs dans
2.1 Participation et origines des acteurs les thématiques de développement
impliqués au niveau de pays des ressources zoogénétiques (cadre
Aux fins de l’analyse, la participation des acteurs légal, amélioration raciale/génétique,
impliqués au niveau local dans le processus de infrastructures, ressources humaines et
préparation du Rapport a été considérée une organisations de producteurs);
preuve de l’existence d’une relation établie • Tableau 4.8 – pour les détails sur les
entre les acteurs et les institutions nationales préférences des différents acteurs impliqués
officiellement responsables de la gestion des par rapport aux différents types de
ressources zoogénétiques. Outre aux informations ressources zoogénétiques (races adaptées
fournies par les Rapports nationaux (par example, localement, races importées de la même
sur l’appartenance et la composition des Comités région, races exotiques importées);
204
L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
Tableau 53
Sources d’informations (sections des Rapports nationaux) pour les évaluations au niveau national
Domaine Partie I: Partie II: Partie III: Etat Partie IV: Partie V: Partie VI: Annexe:
thématique Vue Changements des ressources Identification Coopération Modalité de Tableaux
d’ensemble des nationales, des priorités internationale préparation prédéfinis
demandes, évaluation nationales du Rapport sur
des des exigences national l’implication,
politiques, futures de les priorités,
des renforcement etc. des
programmes des capacités acteurs
impliqués
Infrastructures/ • • • • • •
capacités
Participation des • • • •
acteurs impliqués
au niveau local/
régional
Recherche • • •
Connaissance • • •
Prise de • • • • •
conscience
Lois, programmes • • • • •
politiques
Degré de mise en • • • •
œuvre
• Tableau 4.9 – pour les détails sur les besoins le niveau des activités/des capacités du pays en
prioritaires (connaissance, formation, question. Les pays ont été notés 0 (zéro), + (faible),
ressources financières, organisations de ++ (moyen) or +++ (élevé). Les notes de chaque
sélection) nécessaires à l’utilisation des thème ont été distribuées de façon subjective,
technologies (enregistrement, évaluation selon des critères comme les descriptions des
génétique, insémination artificielle/transfert Rapports nationaux sur l’état des capacités, les
embryonnaire, techniques moléculaires). informations tabulaires (si disponibles) et les
Les renseignements fournis par ces tableaux besoins prioritaires enregistrés (voir détails aux
(lorsqu’ils étaient disponibles) ont été utilisés notes du tableau 53 à l’annexe). La part des pays
pour l’analyse présentée ci-dessous. Cependant, ayant reçus 0, +, et ++/+++ dans les évaluations
seulement 38 pour cent des pays ont utilisé les des institutions est présentée pour chaque sous-
tableaux. Pour cette raison, un cadre analytique région.
comprenant les renseignements des autres sections Les scores individuels des pays pour chaque
des Rapports nationaux a été élaboré. Les niveaux domaine thématique de l’évaluation des
de détail des Rapports étaient très différents et institutions ont été englobés pour caractériser
ont posé quelques problèmes pour l’analyse la situation sous-régionale/régionale. Le score
quantitative. Les sections des Rapports nationaux maximal (atteint si tous les pays de la sous-région
utilisées en tant que sources d’information pour ou de la région sont notés «+++» pour la catégorie
chaque thématique évaluée sont présentées au en question) est égal à 1 (ou 100 pour cent) et le
tableau 53. score minimal (si tous les pays de la sous-région
Pour chaque thème de l’évaluation des ou de la région sont cotés «0» pour la catégorie
institutions, des scores ont été assignés selon en question) est égal à 0. Les scores moyens des
205
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 3
régions pour ce qui concerne les évaluations des 3 Acteurs impliqués, institutions,
institutions sont indiqués à la figure 43 (les scores capacités et structures
des sous-régions sont indiqués aux tableaux
de l’annexe de cette section). Les différents
thèmes ont été organisés sur une échelle qui 3.1 Implication des acteurs dans
inclut les capacités de base/organisationnelles le processus de préparation du
jusqu’aux capacités stratégiques dans la gestion Rapport sur l’état des ressources
des ressources zoogénétiques. Par exemple, les zoogénétiques dans le monde,
scores faibles dans l’évaluation des infrastructures au niveau de pays
indiquent le besoin d’entreprendre des actions au Les résultats présentés dans ce sous-chapitre
niveau de base/organisationnel tandis qu’un score indiquent l’étendue des relations entre les
élevé dans la mise en œuvre des programmes institutions, officiellement désignées au niveau
juridiques et politiques indique la présence de pays pour suivre la gestion des ressources
d’activités au niveau stratégique. Cette agrégation zoogénétiques, et les différents acteurs impliqués
facilite l’identification des faiblesses spécifiques dans ce domaine. La participation des acteurs
des sous-régions ou des régions par rapport aux dans le processus de préparation de L’état des
capacités institutionnelles. La comparaison avec ressources zoogénétiques pour l’agriculture et
les évaluations de pays consent l’identification l’alimentation dans le monde est considérée une
des pays pouvant jouer le rôle de chef de file dans preuve de cet engagement. Pour la préparation des
les régions ou sous-régions respectives. Rapports nationaux, les pays ont été encouragés
à interpeller tous les acteurs – gouvernementaux
2.3 Organisations et réseaux avec un et non gouvernementaux (par ex. associations
rôle potentiel dans la collaboration d’éleveurs) ainsi que le secteur commercial. Outre
régionale et internationale la désignation d’un Coordonnateur national
La plupart des Rapports nationaux incluaient des (CN), l’établissement d’une structure de soutien,
informations sur la coopération. Une recherche comme le Comité consultatif national (CCN),
supplémentaire sur Internet a été utilisée pour représentant tous les acteurs a été recommandé
obtenir d’autres renseignements sur les acteurs et mis en œuvre dans la plupart des pays.
impliqués et leur histoire, au niveau sous-régional, Les variations entre les pays, relatives aux
régional et international. Les rapports des schémas de participation des différents groupes
organisations internationales (gouvernementales d’acteurs, ont été faibles. Les sujets émanant
et non gouvernementales), reçus dans le cadre du du milieu gouvernemental ou scientifique ont
processus préparatoire de L’état des ressources été le plus souvent engagés. Les institutions
zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture des Systèmes nationaux de recherche agricole
dans le monde, et les informations obtenues (NARS) ont joué un rôle majeur dans le processus
par le biais des consultations par messagerie et ont été activement engagées dans presque
électronique organisées par la FAO à la fin de 2005, tous les CCN et les processus de préparation des
ont été également utilisés en tant que sources Rapports. L’institution hôte du CN a été, pour
d’information supplémentaires pour l’analyse des 44 pour cent des pays, un institut national de
structures institutionnelles et l’identification des recherche. Cependant, de nombreux Rapports
acteurs et des réseaux impliqués. nationaux font état du faible engagement de
ces institutions dans les études sur les ressources
zoogénétiques et l’intérêt dans ce domaine est
souvent limité à quelques départements isolés,
manquant de moyens financiers adéquats. De
206
L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
plus, si les institutions scientifiques s’intéressent au niveau local, on s’attendait à une participation
aux ressources zoogénétiques, le travail est considérable des acteurs non gouvernementaux
souvent plutôt limité et se concentre sur les races comme les organisations de sélection ou le secteur
à haut rendement ou sur des questions techniques privé en général, dans les processus politiques sur
avancées. les ressources zoogénétiques. Cependant, ceci n’a
Les ONG (dans la plupart des cas des associations pas été confirmé dans la plupart des Rapports
de sélectionneurs) ont participé aux CCN dans 37 nationaux analysés. Ces organisations peuvent
pour cent des pays. L’engagement des ONG a été compenser les structures étatiques faibles
plus important en Amérique du Sud et en Europe (comme dans de nombreux pays de l’Afrique et
de l’Ouest, conformément au grand nombre de de l’ancienne Union soviétique) et assumer les
ces organisations actives dans ces régions. Dans rôles clés dans des activités comme l’inventaire et
d’autres régions et pays, les conditions utiles la conservation in situ. Les Rapports nationaux de
pour l’implication de ces acteurs ont été moins la République tchèque (2003), de l’Espagne (2004)
favorables. Dans certains cas, les fermiers ou les et de l’Allemagne (2003), par exemple, font
bergers étaient membres individuels des CCN, mais référence au rôle des «neo-rurales» ou «amateurs»
les informations sur leur milieu organisationnel dans la gestion des ressources zoogénétiques.
n’étaient pas disponibles. Une forte capacité au plan local (par example,
Le secteur commercial a été rarement impliqué. attribution et suivi des responsabilités au niveau
Il se dégage des Rapports nationaux que les des acteurs locaux et intégration des organisations
opérateurs commerciaux sont hautement actifs locales dans la sphère politique nationale) peut se
dans l’utilisation des ressources zoogénétiques trouver principalement en Europe de l’Ouest et
et sont souvent organisés, même au plan du Nord et, à un niveau moindre, en Amérique
international – notamment dans les secteurs des centrale et du Sud. Les Rapports des pays en
volailles et des porcs. Cependant, de nombreux transition soulignent le besoin d’une plus grande
Rapports nationaux de toutes les régions intégration du secteur privé pour profiter des
indiquent que leur engagement aux programmes potentialités mentionnées ci-dessus, grâce
nationaux en faveur de la conservation des auxquelles les faiblesses du secteur étatique dans
ressources zoogénétiques est difficile, car leurs les domaines de l’inventaire et de la surveillance
intérêts sont limités aux programmes de sélection pourraient être compensées. Cependant, dans de
des races utilisées dans la production commerciale. nombreux pays, des infrastructures sont actives
L’Asie centrale et les zones orientales de la région sous forme de structures gouvernementales,
Europe et Caucase ont été les seules exceptions à comme les services de vulgarisation atteignant
ce modèle. Dans ces régions, les acteurs du secteur le niveau local. Ces infrastructures et ces
commercial ont été plus souvent engagés dans les capacités peuvent améliorer les inventaires et la
CCN, peut-être à cause de l’état de transition de surveillance et accroître l’intégration et le soutien
nombreux pays – la récente privatisation implique des activités liées aux ressources zoogénétiques
des liens encore plus solides entre les acteurs au niveau local. Certains Rapports nationaux
gouvernementaux et presque commerciaux. soulignent que les infrastructures de haut niveau
technique existent, mais elles ne sont pas utilisées
3.2 Evaluations des capacités par manque de personnel qualifié, à cause de
institutionnelles au niveau de difficultés financières ou de crises politiques – voir,
pays et régional par exemple, les Rapports nationaux des pays de
l’ancienne Union soviétique et de Cuba (2003).
Participation, infrastructures et capacités Le tableau 54, basé sur l’analyse des Rapports
Puisque l’utilisation et la conservation in situ des nationaux, montre l’état des infrastructures et de la
ressources zoogénétiques ont habituellement lieu participation au niveau des pays. Particulièrement
207
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 3
Tableau 54
Evaluation des institutions – infrastructures, capacités et participation
208
L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
Tableau 55
Evaluation des institutions – recherche et connaissance
chiffre avait encore baissé. Dans certains pays, ex. vétérinaires) et ont dû se rendre à l’étranger
même le CN n’est plus en service. La raison de pour avoir une éducation plus approfondie ou une
cette situation s’explique souvent par la carence spécialisation sur les ressources zoogénétiques.
de ressources, fréquemment occasionnée par le Les départements universitaires qui s’occupent
manque de prise de conscience sur ce sujet. des animaux d’élevage offrent rarement une
formation spécialisée sur la gestion des ressources
Recherche et connaissance zoogénétiques.
Dans de nombreux pays, les capacités sont absentes Même dans les pays où les technologies
non seulement du point de vue organisationnel, avancées sont disponibles, la recherche reste
mais également au niveau technique et éducatif. souvent isolée ou éloignée des besoins locaux et
Le renforcement des capacités est considéré une de la connaissance autochtone. La recherche ne
priorité dans la plupart des Rapports nationaux. dispose pas non plus de liens étroits au niveau
Les institutions nationales de recherche dans le politique, où il faudrait une prise de conscience
secteur de l’élevage sont généralement présentes plus nette pour engendrer un soutien réel à la
dans de nombreux pays, mais la spécialisation gestion des ressources zoogénétiques (y compris
sur l’utilisation et la conservation des ressources en termes financiers). L’état et l’accessibilité à
zoogénétiques est très faible. En fait, un grand la connaissance sur la valeur et l’utilisation des
nombre de sujets qui travaillent dans ce domaine ressources zoogénétiques sont souvent considérés
ont été formés dans d’autres spécialisations (par très faibles.
209
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 3
Tableau 56
Evaluation des institutions – état du développement politique
Afrique
Afrique australe 11 36 55 9 55 36 9 55 46 0
210
L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
considèrent le degré de prise de conscience très des thématiques spécifiques qui requièrent un
faible. Ceci se reflète dans l’état des politiques et soutien supplémentaire dans chaque région.
des programmes et dans leur degré de mise en Comme la figure l’indique, seulement en
œuvre. Bien que la prise de conscience parmi les Amérique du Nord, en Europe et Caucase et,
acteurs impliqués soit en hausse, cette tendance dans une certaine mesure, en Amérique latine
a rarement progressé jusqu’au niveau politique, et Caraïbes, il existe des bases solides pour une
comme le faible nombre de politiques mises en action stratégique. Surtout en Amérique du Nord
œuvre à ce jour l’indique. Pour la plupart des et en Europe de l’Ouest, beaucoup d’actions
lois promulguées dans le domaine de la santé ont déjà été entreprises pour ce qui concerne la
animale, très peu concernent les programmes ou formulation et la mise en œuvre de politiques
les politiques de sélection pour la conservation (pour plus de détails sur la législation de
des ressources zoogénétiques. l’Union européenne (UE), voir section E: 3.2). En
Les structures institutionnelles et revanche, en Afrique, au Proche et Moyen-Orient
organisationnelles étant encore faiblement et au Pacifique Sud-Ouest, les faiblesses sont
développées dans de nombreuses régions, le évidentes non seulement au niveau stratégique,
renforcement des capacités au niveau national et mais également au niveau basique, opérationnel
régional dépendra de l’engagement et des réseaux et organisationnel. La prise de conscience sur
personnels d’individus ou de départements la valeur des ressources zoogénétiques et de la
isolés. En outre, si l’on veut accroître la prise diversité biologique en général est largement
de conscience au niveau politique, il faudra exprimée dans de nombreux Rapports de
absolument souligner le besoin d’un équilibre l’Amérique latine et Caraïbes, qui soulignent
approprié entre les demandes immédiates pour également le caractère régional de ces ressources.
de races à haut rendement et la conservation des Cependant, beaucoup reste à faire dans ces pays
ressources génétiques. De nombreux Rapports comme l’indiquent les scores de 0,38 et 0,27 que
nationaux, ainsi que les résultats des consultations la région a atteints respectivement pour l’état des
régionales organisées par messagerie électronique, lois et des programmes et l’état de leur mise en
indiquent les difficultés que les acteurs impliqués œuvre.
doivent affronter pour surmonter leur isolement Il faudrait également constater quelques
et communiquer les arguments en faveur de différences dans les régions. En Europe et Caucase,
la conservation à la sphère politique, car ces de nombreux pays de la zone orientale de la région
arguments ont une perspective à long terme. sont relativement faibles au niveau stratégique et
Le besoin d’aide internationale pour surmonter également au niveau basique, organisationnel et
les obstacles structurels ou financiers au niveau opérationnel. Les sous-régions de l’Asie sont aussi
national a été souvent exprimé. assez hétérogènes, l’Asie de l’Est ayant les scores
plus élevés que ceux des autres sous-régions
Agrégation régionale des évaluations asiatiques tous thèmes confondus. Les Rapports
institutionnelles nationaux de la sous-région de l’Afrique de l’Est
La figure 43 présente une comparaison régionale indiquent que la prise de conscience sur le sujet
de l’état des institutions dans la gestion des est en hausse, ce qui devrait fournir une base
ressources zoogénétiques. Les scores des pays pour des futures actions au niveau stratégique.
sont regroupés au niveau régional (figure 43) et La comparaison de la situation des pays
sous-régional (figures 44, 45 et 46 de l’annexe) (tableau 58 de l’annexe) avec les moyennes des
pour identifier les régions et les sous-régions régions et des sous-régions permet d’identifier
ayant des conditions plus ou moins favorables. les pays pouvant jouer le rôle de facilitateurs au
Les figures facilitent également l’identification niveau régional et sous-régional. Ces suggestions,
211
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 3
Figure 43
Etat des institutions – comparaison régionale
0.9
0.8
0.7
0.6
Scores (agrégés)
0.5
0.4
0.3
0.2
0.1
IInfrastructures/ Participation Recherche Connaissance Prise Programmes Degré de mise
capacités au niveau local/ de conscience politiques en œuvre
régional sur le sujet et légaux
tirées des Rapports nationaux préparés sur une capacités de laboratoire pour la sous-région de
période de plusieurs années (le premier a été l’Afrique australe. De même, certains pays de
reçu à la FAO en 2002), doivent être considérées l’Afrique du Nord ont les potentialités pour assister
avec attention, car les circonstances ont la recherche sur les ressources zoogénétiques dans
probablement changé et de nouvelles possibilités les pays de l’Afrique de l’Ouest. Le Japon a joué
ou de nouvelles contraintes peuvent avoir pris le rôle de chef de file en finançant un projet de
naissance. Cependant, il est évident que certains coopération en Asie.
pays se trouvent dans une position favorable
pour jouer le rôle de facilitateurs. Par exemple,
l’Australie s’est offerte, au cours des consultations
par messagerie électronique, de soutenir la mise
en œuvre de réseaux de coopération régionale.
L’Afrique du Sud et le Malawi ont offert leurs
212
L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
Tableau 57
Organisations et réseaux jouant, ou pouvant jouer, un rôle important dans la gestion des ressources
zoogénétiques au niveau régional/sous-régional
Réseaux/Organisations
Région Nom Description
Afrique ILRI (Institut international de recherches sur Recherche et formation; centre GCRAI
l’élevage)
Afrique australe SADC (Communauté du développement de Communauté de développement, partie prenante d’un projet PNUD/FAO
l’Afrique australe) sur la gestion des ressources zoogénétiques
SACCAR (Centre de coordination de la Réseau de recherche et de formation agricole, actif au niveau politique
recherche agronomique pour l’Afrique
australe)
Afrique de l’Est ASARECA (Association pour le renforcement Réseau de recherche agricole
de la recherche agricole en Afrique orientale
et centrale)
IGAD (Autorité intergouvernementale sur le Coopération régionale pour le développement global, initialement appelée
développement) Autorité intergouvernementale sur la sécheresse et le développement
(IGADD)
Afrique du Nord et de IRD (Institut de recherche pour le Projets de recherche et programmes scientifiques sur les relations entre
l’Ouest développement, ex-OSTROM) l’homme et l’environnement aux tropiques
CIRDES (Centre international de recherche- Centre de recherche régional, se concentrant sur la recherche
développement sur l’élevage en zone épidémiologique et l’application des nouvelles biotechnologies
subhumide)
CIRAD (Centre de coopération internationale Institut de recherche français pour la recherche agricole, actif dans les pays
en recherche agronomique pour le en développement et les départements français d’outre-mer
développement)
ICARDA (Centre international de recherches Recherche et formation, centre GCRAI
agricoles dans les régions sèches)
ACSAD (Centre arabe pour l’étude des zones Centre de recherche et de développement agricoles dans le cadre de la
arides et des terres sèches) Ligue des Etats arabes
Amérique latine et IICA (Institut interaméricain de coopération Coopération régionale pour le développement rural
Caraïbes pour l’agriculture)
ILRI, CIAT (Centre international d’agriculture Recherche et formation, centres GCRAI
tropicale)
ALPA (Association de l’Amérique latine pour la Organisation professionnelle
production animale)
FIRC (Fédération internationale des races Fédération hispano-américaine des races créoles
créoles) ou Fédération hispano-américaine des
races autochtones et créoles
CYTED (Red XII-H: réseau hispano-américain) Réseau pour les ressources zoogénétiques, recherche et formation
Amérique centrale
Amérique du Sud
Caraïbes CARDI (Institut de recherche et développement Institut sous-régional de recherche et développement agricoles
agricoles des Caraïbes)
• suite
213
l’État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde
Partie 3
Tableau 57 suite
Organisations et réseaux jouant, ou pouvant jouer, un rôle important dans la gestion des ressources
zoogénétiques au niveau régional/sous-régional
Réseaux/Organisations
Région Nom Description
Asie
Asie centrale
Asie de l’Est
Asie du Sud ASACR (Association sud-asiatique de Plate-forme de coopération sous-régionale favorisant la croissance
coopération régionale) économique, le progrès social et le développement culturel
Asie du Sud-Est ANASE (Association des nations de l’Asie du Plate-forme de coopération sous-régionale favorisant la croissance
Sud-Est) économique, le progrès social et le développement culturel
ARCBC (Centre régional de l’ANASE pour la Centre d’échange des connaissances, une organisation
conservation de la biodiversité) intergouvernementale de l’ANASE
ILRI Recherche et formation, centre GCRAI
Asie/Amérique du ATCWG (Groupe de travail de coopération Forum d’échange d’informations entre les experts techniques et
Nord/Pacifique Sud- technique pour l’agriculture) scientifiques, par example sur la biotechnologie, la conservation des
Ouest ressources génétiques, la gestion des ravageurs et l’agriculture durable
Partie de l’APEC (Coopération économique
Asie-Pacifique)
Europe et Caucase EAAP (Association européenne pour la Organisation pour la production animale
production animale)
DAGENE (Alliance danubienne pour la ONG active dans le domaine de la conservation des ressources
conservation génétique dans les espèces zoogénétiques
animales)
Nordic Genebank Banque de gènes
SAVE (Sauvegarde des variétés agricoles en Organisation de référence pour les ONG, active dans la conservation de la
Europe) biodiversité en agriculture
Pacifique Sud-Ouest SPC (Secrétariat de la Communauté du Coopération régionale pour le développement
Pacifique)
Proche et Moyen- ACSAD (Centre arabe pour l’étude des zones Centre de recherche et de développement agricole dans le cadre de la
Orient arides et des terres sèches) Ligue des Etats arabes
OADA (Organisation arabe pour le Développement, recherche, formation et rapports sur l’alimentation et
développement agricole) l’agriculture dans les Etats arabes
ICARDA Recherche et formation, centre GCRAI
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L’é tat des c a pac i tés da ns l a gest i on des ressou rc es zoogéné t i ques
de cette sous-région par le collapse des s’agit le plus souvent de réseaux économiques1.
structures suite à la chute de l’Union soviétique Ces organisations fournissent une plate-forme
(voir, par exemple, le Rapport national du pour la création de réseaux dans le domaine des
Kirghizistan, 2003). Les réseaux concentrés sur ressources zoogénétiques.
les ressources zoogénétiques existent également Il faudrait également constater que la croissance
dans les sous-régions Afrique de l’Est et Afrique de la prise de conscience sur la valeur des
australe et entre les pays de cette sous-région. ressources zoogénétiques provient du processus
Cependant, aucun réseau n’est mentionné pour de mondialisation, du commerce international
l’Afrique du Nord et de l’Ouest, qui est une sous- des animaux et des produits d’origine animale,
région hétérogène avec une longue histoire et des accords internationaux de commerce (voir,
de conflits. En Amérique du Sud et centrale, il par exemple RN Cuba, 2003; RN Inde, 2004; RN
existe un réseau de base qui englobe également Malaisie, 2003; RN Suisse, 2002; RN Tonga, 2005;
l’Espagne. Les deux pays de l’Amérique du Nord et RN Zambie, 2003). Ces développements,
mentionnent la coopération avec l’Amérique comme l’indiquent les Rapports nationaux, ont
latine et Caraïbes, mais aucun réseau spécifique motivé la création des réseaux liés à la production
n’est indiqué. animale, mais ils n’ont pas encore mis en place des
La base commune de nombreux réseaux est actions concrètes spécifiques pour les ressources
représentée par la recherche, dont une partie est zoogénétiques.
la recherche sur les ressources zoogénétiques. Un autre point à souligner est le degré différent
L’accent sur la recherche se traduit par les des activités au sein des rares réseaux existants. Les
rares propositions concrètes présentées dans Rapports nationaux ne fournissent pas beaucoup
les Rapports nationaux pour des réseaux d’indications sur le rôle des différents réseaux
internationaux. Si ces propositions sont exposées et organisations dans la gestion des ressources
(par ex. RN Argentine, 2003; RN Uruguay, 2003; zoogénétiques ou leurs actions concrètes. De
RN Japon, 2003), elles sont principalement liées plus,