Critique Historique
Critique Historique
« Ce n’est pas pour nous débarrasser d’elle que nous étudions l’histoire, mais pour sauver du néant
tout le passé qui s’y noierait sans elle, c’est pour faire que ce qui, sans elle ne serait même pas du
passé, renaisse à l’existence dans cet unique présent hors duquel rien n’existe ».
Etienne Gilson
La critique historique n’est la philosophie de l’histoire, elle n’est pas non plus une épistémologie de
l’histoire, c’est-à-dire, elle n’est pas une théorie de la connaissance. Pendant des années on se posait
la question de ce que l’on connaissait, ça veut dire que l’homme voulait avoir de précision sur la
connaissance qu’il avait sur tel ou tel autre phénomène. La préoccupation était la connaissance, que
connait-il ? Qu’est- ce que je connais ? Que connaissons- nous par exemple dans le phénomène de la
vie après la mort. Actuellement, l’homme se pose la question de la manière dont il connait ce qu’il
connait. Comment je connais ce que je connais ? Autrement dit on veut connaitre le processus qui
nous a permis d’avoir les connaissances que nous prétendons détenir. On s’interroge sur la valeur de
la connaissance que l’on a, d’où la question comment je connais ce que je connais.
Cette préoccupation nous amène à nous interroger sur la valeur de la connaissance historique. C’est
dans ce sens qu’il faut comprendre ce cours de critique historique, un cours centré sur la
méthodologie qui conduit à la connaissance historique.
Qu’est-ce que l’histoire ? Pour répondre à cette question nous faisons appel à Marrou « l’histoire est
la connaissance du passé humain1 ». Cette définition simple renferme pourtant des notions
essentielles de ce qu’il faut entendre par histoire. Marrou fait le commentaire suivant de la
définition qu’il donne de l’histoire. Connaissance et non narration du passé humain, œuvre littéraire
visant à retracer ce passé humain, recherche ou étude du passé. Narration, œuvre littéraire, c’est
une opération qui existe dans la pensée de l’historien, c’est-à-dire quand un historien entreprend
une recherche, dans sa pensée se trouve déjà élaboré le récit, l’histoire qu’il va raconter. A ce niveau
il y a lieu de distinguer deux choses :
Ces deux opérations sont tout à fait distinctes. Sans la première opération on ne peut parler de la
deuxième, et cette dernière nous amène à la critique historique.
Marrou refuse les termes de recherche ou étude parce qu’il ne faut pas confondre la fin et les
moyens. Ce qui compte c’est le résultat atteint par la recherche, si on est convaincu qu’on aboutira à
aucun résultat on n’entreprendra aucune recherche. En parlant de connaissance on entend
connaissance valide, vraie. Ainsi, l’histoire s’oppose à ce qui est une représentation fausse, irréelle
1
Marrou H I, De la connaissance historique, Paris, Seuil, p.29
du passé, elle s’oppose au mythe, à des utopies, à des récits cosmogoniques, aux légendes, elle n’est
pas non plus un roman. L’histoire concerne le passé mais pas n’importe quel passé. C’est le passé
humain C’est-à-dire le comportement susceptible de compréhension directe, actions, pensées,
sentiments et aussi toutes les, œuvres de l’homme, les créations matérielles ou spirituelles de ses
sociétés et de ses civilisations, œuvres à travers desquelles nous atteignons leur créateur, en un mot
le passé de l’homme en tant qu’homme, de l’homme déjà devenu homme, par opposition au passé
biologique, celui du devenir de l’espèce humaine, qu’étudie non plus l’histoire mais la paléontologie
humaine, branche de la biologie
Léon –E- Halkin, dans son livre de critique historique dit qu’ « on appelle histoire à la fois la réalité
historique et la connaissance historique 2 ». Quant à Raymon Aron, « l’histoire au sens étroit est la
science du passé humain ; au sens large, elle étudie le devenir de la terre, du ciel et des espèces
aussi bien que de la civilisation. D’autre part au sens concret, le terme histoire désigne une certaine
réalité, au sens formel, la connaissance de cette réalité 3 ». Pour Aron, il n’y a donc pas de passé
objectif à l’état brut, l’histoire n’est pas le passé mais la connaissance que nous avons de ce passé.
Cette connaissance dépend du choix et de l’interprétation des évènements effectués par l’historien
selon son temps, son milieu, et sa mentalité. La signification du passé est ainsi constamment
réinterprétée grâce au renouvellement du présent. La définition de l’histoire est quelque chose de
relatif, l’histoire et la conception de l’histoire évoluent constamment. Le passé ne se présente pas à
l’historien comme une constante mais comme une grandeur variable. L’historien ne connait pas le
passé véritable mais l’image du passé dans l’esprit humain. L’esprit humain varie, car chaque
génération a d’autres idées que la génération précédente. Donc l’image du passé varie aussi.
L’enquête historique la, plus simple est influencée par la personne du chercheur aussi bien dans le
choix de sa matière que dans l’étude du sujet. Chaque époque, chaque groupe, chaque classe a son
image du passé. C’est ainsi qu’on déduit que chaque génération récrit l’histoire. Ainsi, toute étude
historique est influencée par trois sortes de subjectivité :
Quelle est le degré de vérité atteint par la méthode historique ? Disons que la vérité historique n’est
pas même que la vérité philosophique, établie par la métaphysique (vérité absolue, éternelle). Ce
n’est pas la vérité dite scientifique que l’on atteint dans les sciences de la nature et qui résulte
d’expériences innombrables et qu’on peut répéter. Ce n’est pas la vérité mathématique. C’est la
vérité historique. Cette vérité n’est pas absolue, elle est relative et contingente. Aron disait que
2
Léon-E-Halkin, Critique historique, Paris, Serge Fleury, 1982,
3
Salmon P, Histoire et Critique, Bruxelles, université de Bruxelles, 1990, P.19
« l’histoire est vraie pour ceux qui acceptent sa vérité, c’est-à-dire qui construisent les faits de la
même manière et qui se servent des mêmes concepts ».
La critique historique est une technique qui permet à l’historien d’avoir une connaissance
scientifique du passé humain. C’est une méthodologie pour écrire l’histoire scientifiquement. Elle est
donc un ensemble des règles à suivre pour établir à partir des témoignages les faits humains passés.
Pourquoi étudier la critique historique ? La critique n’intéresse pas que les historiens, tout homme a
besoin de la critique historique. Nous vivons dans un monde où les informations de toutes sortes
sont publiées chaque minute, on a besoin de la critique pour faire le tri, retenir les informations
vraies, crédibles. Que ce soit pour l’étude d’une langue où l’analyse d’un texte il faut avoir au moins
quelques rudiments de critique historique.
La critique historique aide à former le jugement, à nuancer les points de vue, à porter des
appréciations équilibrées, à peser le pour et le contre. La critique historique est donc importante
dans la vie de chaque jour pour pouvoir démêler le vrai du faux.
L’histoire se base sur les faits, elle n’est pas une invention sortie de l’imagination de l’historien.
Qu’appelle-t-on un fait historique ? Un fait historique peut être un fait matériel, simple ou brut. Il
peut aussi être un événement de grande ampleur et de longue durée comme la crise de 1929 ou un
phénomène comme le capitalisme. Il peut aussi être un phénomène d’opinion c’est-à-dire la
croyance qui s’est formée autour de ce fait.
Le fait historique .laisse une trace qu’on appelle le document. Sans trace les faits historiques sont
méconnaissables et perdent leur caractère historique. Marrou dit que « à mesure que la curiosité de
l’historien s’étendait à bien d’autres formes de l’activité humaine, la notion même de document
s’est élargie, parallèlement, jusqu’à englober toutes sortes de données, présentement accessibles,
dans lesquelles une analyse toujours plus ingénieuse parvenait à déceler une trace intelligible du
passé. Quant à Lucien Febre, il a écrit « l’histoire se fait avec des documents écrits sans doute.
Quand il en a. Mais elle peut se faire, elle doit se faire avec tout ce que l’ingéniosité de l’historien
peut lui permettre d’utiliser…Donc avec des mots. Des signes. Des paysages et des tuiles. Des formes
des champs et des mauvaises herbes. Des éclipses de lune et des colliers d’attelage. Des expertises
de pierre par les géologues et des analyses d’épées en métal par des chimistes. Concluons avec
Marrou en disant qu’un document historique est toute trace, tout indice de la présence, de l’activité,
de la mentalité de l’homme d’autrefois. Le plus souvent ce sont des documents écrits, mais on
trouve aussi d’autres types des documents. Si c’est monument ou un objet on dira qu’il s’agit d’un
document archéologique et on parlera d’un document historique s’il s’agit d’un document écrit ou
oral. Le document est un intermédiaire entre l’historien et le fait historique excepté le fait dont il a
lui-même été témoin.
CHAPITRE 1
L A D O C U M E N T A T I O N OU L’H E U R I S T I Q U
E
La première tâche de l’historien est de rechercher tous les documents qui peuvent lui fournir des
informations sur le sujet qu’il a choisi de traiter. Ce travail de recherche de documentation s’appelle
l’heuristique, mot qui vient du grec eurisko qui veut dire je découvre, je cherche. Cette étape est très
importante car sans documentation, il n’y a pas de recherche, il n’y a pas de connaissance du passé.
Donc la recherche de la documentation revêt une grande importance pour un historien, cette étape
doit être conduite avec tout le sérieux possible si on veut aboutir à un résultat qui a une certaine
valeur.
Ce sont les restes laissés par les contemporains mais qui n’ont pas
été faits, ou construits, ou fabriqués dans l’intention de nous
renseigner sur la vie passée de l’homme. Ces objets ont été faits par
l’homme pour se servir avec dans sa vie mais pas pour laisser des
témoignages. Dans les sources objectives on distingue :
Ces restes sont : les édifices, les maisons, les bâtiments, les
œuvres d’art, les armes, les couteaux, les tombes, les casseroles,
les chaises… Il y a de nombreux objets matériels qui ont servi à
l’homme du passé mais tous ces objets l’homme du passé ne les a
pas faits pour que l’homme du présent puisse connaitre
comment il vivait, non, ces objets n’avaient qu’un seul but servir
l’homme qui les a fabriqué. C’est pourquoi ce sont des sources
objectives, elles n’ont pas été faites dans l’intention de laisser
une trace, d’informer. Ce sont des objets usuels qui ont servi
l’homme. Les restes matériels sont le plus souvent découverts
grâce aux fouilles archéologiques.
b) Les restes intellectuels et moraux
Dans cette catégorie on trouve la langue, les dialectes, le folklore, les coutumes, les mœurs, les
cérémonies, les rites, les fêtes…Ces restes sont aussi des éléments importants dans la connaissance
de l’histoire.
On trouve dans cette catégorie les écrits de la vie quotidienne : lettres écrites à des connaissances,
les comptes, les inventaires, les testaments, les lois, les procès-verbaux des réunions,
correspondances administratives…
Ces sources au contraire des sources objectives ne nous mettent pas directement en contact avec le
passé. Ce sont des sources qui proviennent des intermédiaires qui les ont faites avec l’intention
d’informer sur le passé de l’homme. Ces sources subjectives sont également appelées des traditions
par opposition aux restes. Généralement on distingue trois sortes des traditions :
a) La tradition écrite
Dans cette catégorie nous avons les chroniques, les annales, les mémoires, les pamphlets, les
journaux, les périodiques…Ces divers documents sont écrits par leurs auteurs dans le but d’informer
sur le passé.
b) La tradition orale
Ce sont des renseignements, des informations et des narrations recueillies auprès d’un témoin
originel le plus souvent inconnu et transmis oralement. La tradition orale peut aussi provenir de
l’imagination populaire, on peut ajouter ou retrancher, des chansons peuvent être faites pour louer
par exemple un chef. Les traditions orales sont presque l’unique source pour l’écriture de l’histoire
des pays africains surtout au sud du Sahara. Les traditions orales servent dans ces pays à conserver
la tradition, fixer les règles de succession des chefs, les rites, les faits glorieux du clan ou de la
royauté. Tout ceci débouche sur une histoire officielle. Il y a des pays ou l’histoire de la dynastie au
pouvoir est l’histoire du pays car le passé royal est celui de la nation. On trouve cette conception
chez les bushoong (kuba), au Rwanda, au Burundi, chez les Ashanti. Dans les Etats centralisés on
trouvait des castes des gens attitrés à la cour chargés de garder les traditions. Au Rwanda il y avait
trois castes à la cour : - les généalogistes, abacurabwenge qui avaient pour role retenir les listes des
rois et des reines mères. – les mémorialistes, abatekerezi s’occupaient des événements les plus
importants des différents règnes.- Les abasizi les panégyriques des rois. On trouvait une quatrième
catégorie les abiiru, qui étaient chargés des secrets dynastiques et des tambours royaux. Les
fonctionnaires ayant presque les mêmes fonctions se retrouvaient au Burundi, au Buganda, au
Bunyoro, et chez les Kuba il y avait un fonctionnaire à la cour chargé de la conservation de la
tradition. Tous ses fonctionnaires attachés aux différentes cours royales sont exercent des activités
officielles, donc ils ne peuvent en aucun cas donner des informations nuisibles aux dynasties
régnantes, c’est pourquoi les informations doivent être acceptées après recoupement avec d’autres
sources. Il faut rechercher toutes les versions possibles de la tradition orale, les confronter afin de
se rapprocher le plus de la vérité. Les devises, les chants qui n’ont pas de but historique sont des
sources objectives.
C) La tradition représentée
Ce sont des scènes historiques dessinées, peintes, gravées, des portraits, des tableaux, des cartes,
des plans…
On entend par source dérivée, des études faites par ceux qui ont employé totalement ou
partiellement les sources d’un sujet quelconque. Un ouvrage historique est une source quand il est
indispensable pour connaitre certains faits du passé.
Avant de terminer avec les sources disons un mot sur les travaux. On désigne par travaux, des
ouvrages de synthèse, ouvrages qui étudient un sujet quelconque et constituent déjà à proprement
parler un travail d’historien. Ils ne constituent plus les témoignages de première main. Dans
l’intention de l’auteur, ils sont destinés à la postérité et à la publicité.
Nous avons montré l’importance du document pour un historien. Avant d’entreprendre une étude
historique, l’historien se pose deux questions : 1. Quels sont les documents disponibles en rapport
avec le sujet. 2. Où peut- on trouver ces documents ? La bibliographie donne des renseignements
utiles sur les travaux, les sources et les ouvrages qui ont été publiés. On distingue les bibliographies
systématiques et les bibliographies courantes. Les bibliographies systématiques sont des
bibliographies faites jusqu’à une certaine date, ou jusqu’à la date de publication de l’ouvrage.
Exemple, Pirene H, Bibliographie de l’histoire de la Belgique, Bruxelles, 3 éd, 1931. Quant aux
bibliographies courantes dites aussi périodiques, La bibliographie courante parait à intervalles
réguliers et signale les sources nouvelles ou nouve les [Link] repérées.
Les bibliothèques sont des endroits où sont conservés les documents publiés ou édités. A part les
documents édités nous avons les documents non édités ou documents d’archives. Ces documents
sont de plusieurs sortes et concerne aussi bien l’administration que la vie quotidienne d’un chacun. Il
s’agit des correspondances administratives des ministères, des rapports des différents services, des
discours, des lettres, des testaments, des registres des églises, des statistiques des entreprises…Ces
documents sont très importants et constituent des bases données essentielles pour un historien.
-connaitre l’écriture du document : l’historien doit connaitre l’écriture dans laquelle le document est
rédigé pour mieux le comprendre et l’interpréter. Si on ne sait pas lire et comprendre l’écriture du
document ; comment peut-on comprendre le fait historique ? Il y a des écritures propres à une
région ou à une province ou même à une époque, la connaissance de l’écriture est donc
indispensable.
-l’objet du document : il faut aussi comprendre l’objet, le contenu du document. S’il s’agit d’un
document juridique, économique, financier, militaire, philosophique, scientifique, on doit
absolument connaitre un peu de droit, d’économie, de finance, de philosophie, de vie militaire et de
science pour le comprendre et l’interpréter. On doit connaitre le droit pour entamer une histoire du
droit, la vie et l’art militaire pour faire une étude de la guerre, de la sociologie pour étudier l’histoire
d’une société. L’idéal pour un historien serait donc selon Marrou de « tout savoir, tout ce qui a été
senti, pensé, accompli par tous les hommes du passé, saisir cette complexité sans ignorer, ni briser
les relations internes, délicates, multiples, enchevêtrés, qui relient, dans le réel, ces manifestations
de l’activité humaine et dont la connaissance lui confère une intelligibilité »
Nous terminerons en paraphrasant Marrou que « le grand historien est celui qui sait le mieux poser
les problèmes qui sont solubles et qui sait le mieux élaborer un programme pratique de recherches
permettant de trouver les documents les plus nombreux, les plus surs, les plus révélateurs ». Il s’agit
donc de se documenter avec tous les moyens dont on peut disposer.
Chapitre 2
L E S S C I E N C E S A U X I L I A I R E S D E L’ H I S T O I R E
Le terme auxiliaire prête souvent à confusion, mais il faut cependant le comprendre dans un cadre
strictement historique. Normalement aucune science ne peut etre auxiliaire d’une autre science.
Mais il y a des sciences qui soit sont complémentaires, soit elles utilisent les autres sciences pour
faire valoir leurs préoccupations. C’est dans ces conditions qu’on parlera des sciences auxiliaitres de
l’histoire. La liste exhaustive des sciences auxiliaires est difficile à élaborer car elles sont
nombreuses. Nous nous limiterons dans ce cours à citer quelques-unes qui semblent importantes
pour un historien dans l’étude du document historique.
Au sens large toute science devient auxiliaire de l’histoire, ceci dans la mesure où elle permet à
l’historien de comprendre les activités passées de l’homme. Un historien de la philosophie doit
connaitre les grands courants philosophiques, un historien démographe doit avoir les notions de la
démographie et de la géographie humaine, un historien économiste doit absolument avoir des
notions d’économie. L’histoire est une discipline exigeante. L’historien doit avoir une vaste culture
générale celle-ci influencera les résultats de ses recherches.
Après avoir réuni les documents dont il a besoin, l’historien passe à la phase de la critique historique
proprement dite.
Chapitre 3
L A C R I T I Q U E E X T E R N E OU D’A U T H E N T I C I T E
3.1 Notion
Le but de la critique des sources ou des documents est de permettre à l’historien de n’utiliser que
des données sures, et d’autre part de déterminer la portée de ces documents : que peuvent-ils
apporter aux chercheurs, quelles données pouvons-nous espérer y trouver ? Pour tester la sureté de
ses sources, l’historien les soumet à un contrôle portant sur la forme : critique externe ou
d’authenticité. Cette critique est aussi appelée la critique la critique du document. La critique
externe s’occupe de l’aspect extérieur du document, d’où l’appellation de critique externe, on ne
s’occupe pas encore du contenu à ce stade même si parfois on doit prendre connaissance du
contenu pour chercher certains éléments de la critique externe. Dans cette partie de la critique, on
a l’habitude de distinguer la critique d’authenticité et la critique de provenance. En critique externe,
l’historien se pose la question : les sources sont-elles authentiques ?
La critique d’authenticité examine si les indications que donne le document de lui-même sont bien
conformes à la vérité, s’il n’y a pas eu d’erreur ou de mensonge. Elle a pour but l’établissement de la
« carte d’identité du document ». L’authenticité confère une valeur probante à un document. Pour
un historien un document est authentique s’il n’usurpe pas son identité. Sinon il s’agit d’un faux,
d’où l’importance de la fiche d’identité, qui permet de se rendre compte si le document est un vrai.
La vérification de l’authenticité d’un document implique la vérification de sa provenance.
Quant à la critique de provenance, elle permet de découvrir l’identité d’un document. On entend
par identité d’un document tout ce qui concerne son origine, l’époque de sa rédaction, l’endroit, le
milieu c’est-à-dire les conditions dans lesquelles le document a été rédigé. La forme du document,
son histoire c’est-à-dire comment avons-nous eu ce document ?
Un document peut avoir plusieurs auteurs. Pensez à certaines directives ministérielles, plusieurs
directions ou services ont participé activement à leurs conceptions. Mais c’est le ministre qui les
signe officiellement, il en devient le responsable. Il faut distinguer l’auteur matériel(le scribe, le
dactylographe…) de l’auteur intellectuel, c’est-à-dire celui qui a conçu et rédigé le document.
Lorsqu’ il a écrit le document de sa propre main on, parle d’autographe. L’autel officiel est distinct de
deux autres : c’est lui qui prend la responsabilité du document sans pour autant le rédiger ou l’écrire
lui-même (cfr l’exemple du ministre). En général beaucoup de documents sont signés, on trouve le
nom de l’auteur, dans ce cas on doit lire le texte car on peut trouver parfois des éléments qui
permettent d’avoir une idée sur l’auteur. Si le document est anonyme on cherche à connaitre les
raisons, et s’il y a fraude il y a lieu de chercher de même les raisons de celle-ci. Parfois il arrive qu’on
trouve à la place du nom de sobriquet, pseudonyme, ou des initiales, il y a lieu de chercher à
identifier le véritable auteur qui cache derrière et connaitre les motifs qui le poussent à cacher son
identité. Pour la tradition orale la tâche est compliquée, mais il est recommandé de vérifier si
l’origine avouée est vraisemblable et cette origine doit être contrôlée par d’autres traditions.
2 La date du document
Il ne suffit pas que la date soit indiquée sur le document, il faut qu’on soit capable de la lire, de la
traduire. L’historien peut ne pas parvenir à dater le document avec précision, il est recommandé
qu’il puisse au moins préciser l’époque de la rédaction du document. Ainsi, pour le faire il tentera de
déterminer le terminus a quo et le terminus ad quem. Si l’auteur a utilisé du papier ou de l’encre, ou
encore un alphabet dont on sait que ça n’a pas été utilisé avant une certaine, on conclura que le
document après la date de l’apparition de l’écriture ou du papier, il s’agit dub terminus a quo. Aussi
l’auteur peut dans son document parlé d’un évènement connu qui a eu lieu dans le passé, on
conclura logiquement que le document a été écrit après le déroulement de cet évènement, il s’agit
du terminus a quo. Au contraire, si l’auteur dans son document il parle d’un évènement qui doit
avoir lieu mais qui n’a pas encore eu lieu il s’agit du terminus ad quem. Ou si l’historien utilise une
technique abandonnée après telle date, il s’agit de terminus ad quem. La date indiquée peut ne pas
correspondre à la date réelle à laquelle le document a été établi, il y a des documents postdatés ou
antidatés. Des documents peuvent être faussement datés en vue de dissimuler une irrégularité.
La connaissance du lieu et même du milieu dans lequel un document a été rédigé est très
importante pour un historien, car elle permet de déterminer sa valeur comme source historique.
Cette connaissance servira aussi lors de la critique historique.
S’il s’agit des documents officiels on s’appuiera sur la diplomatique. Les documents officiels
respectent des règles précises. Il y a des formules consacrées à cet effet. Les ordonnances
présidentielles en RDC suivent des règles et des formules établies ; elles diffèrent de celles du régime
de Mobutu par exemple. Les intitulés, la forme, les formules…distinguent les documents officiels
d’autres documents.
5 L’histoire du document ou comment sommes- nous entré en possession du document ?
Chaque document a un endroit où il est censé être conservé et à cet endroit qu’on doit le trouver.
On trouve les documents dans les bibliothèques, dans les dépôts d’archives, dans les administrations
des différents ministères, des sociétés commerciales…Si on trouve un document dans un endroit où
il ne devait pas être, on doit s’interroger afin de connaitre comment s’est-il retrouvé à cet endroit.
Ceci pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une supercherie. Dans le cas de la tradition orale on vérifiera
pour se rendre compte si elle n’est pas le fruit de plusieurs sources réunies, pour cela on vérifiera
son degré de cohérence interne.
Après avoir effectué la critique du document, afin de se rendre compte si le document qu’il a entre
les mains et dont il va exploiter les données est un vrai et non un faux document, l’historien
aboutira a l’un des résultats ci-après :
Le document est considéré être pour un historien, un document original s’il s’agit du document écrit
par l’auteur indiqué, ou s’il s’agit du document de base. Il est un document authentique, une fois
corrigée les erreurs de détail et effectuées certaines hypothèses concernant les passages qui
manquent ou qui ne sont plus lisibles, tout en signalant qu’il s’agit bien de correction ou
d’hypothèses, le document est classé en attendant la critique interne. Notons que pour les périodes
anciennes antiquité, moyen âge, les originaux sont rares.
En histoire on parlera d’un faux si un document n’est pas l’original mais veut se faire passer comme
tel. L’original est perdu, introuvable et une copie veut alors se faire passer pour l’original, à ce
moment on parle d’un faux. On distingue deux catégories des faux : le faux matériel et le faux
formel. Le faux matériel tente de se faire passer pour un original disparu, abimé ou inaccessible,
mais sans l’intention de la part de l’auteur du faux de dénaturer le contenu du document. L’auteur
du faux ne cherche pas à tromper au niveau du contenu. Ill cherche à rétablir la vérité, soit que le
document original ait disparu, soit qu’il ait été détruit. Il s’agit d’un faux, car il y a désir de fraude.
Celle-ci ne se situe pas au niveau du contenu mais au niveau de la nature du document. Il tente de se
faire passer pour un original alors qu’il s’agit d’un document forgé, c’est un faux quel que soit son
degré de ressemblance avec le document qu’il est censé représenter.
Le faux formel, tout comme le faux matériel tente de se faire passer comme l’original alors qu’il ne
l’est pas. Il existe cependant une différence essentielle entre ces deux types des faux : dans le cas du
faux formel, le document n’a pas d’antécédent, il ne remplace pas un autre document quelconque, il
est forgé de toutes pièces. Ou bien tout en se basant sur un original, il le déforme si bien qu’il s’agit
en fait d’n nouveau document. En bref, la différence entre le faux matériel et le faux formel se
trouve dans l’intention de l’auteur du document. Dans le faux matériel, il trompe sur le fait qu’il veut
faire passer un document pour un original qu’il n’est pas alors que le contenu reflète la réalité. Dans
le cas d’un faux formel, l’auteur trompe volontairement sur la question de l’originalité et sur celle du
contenu. La tradition orale serait considérée comme fausse, la tradition qui serait créée de toutes
pièces afin de justifier un trône, une occupation territoriale, et « mise en forme » c’est-à-dire
codifiée dans le style et les formules qui lui permettent de passer pour authentique.
On examinera attentivement les motifs qui ont conduit à la réalisation d’un faux ou à la simple
possibilité d’un faux. Le fait qu’un document soit faux ne lui enlève rien de son intérêt. Le contenu
est devenu suspect, cependant il intéresse pour plusieurs raisons. Il est intéressant de connaitre la
motivation de la rédaction d’un faux.
La copie est un document qui est tiré de l’original. Si la copie est parfaitement conforme à l’original,
elle en tiendra lieu, mais il faut bien signaler qu’il s’agit bien d’une copie. On doit toujours se
rappeler que la copie peut ne pas être conforme à l’original. L’historien doit s’il est en présence
d’une copie, appliquer la critique de restitution. Celle-ci a pour objectif, chercher à se rapprocher le
plus possible du document original. Pour se faire deux se présentent devant l’historien : on peut
avoir une seule copie du document original ou on peut avoir plusieurs copies du document original.
L’historien se posera la question de savoir si le document qu’il a est bel et bien un document
original. Si la réponse est non, le document peut être une copie du document original, ou tout
simplement une copie de copie, le document peut aussi être un faux fabriqué quelque temps après
l’original ou inventé de toutes pièces. Pour restituer le texte original il faut étudier la transmission
du texte. En général on distingue deux cas pour la critique de restitution :
Lorsqu’on possède une seule copie d’un document et qu’on n’a pas l’original, on procède à
l’emendatio c’est-à-dire on fait le nettoyage du texte. Celui-ci consiste aux corrections des fautes, ou
éventuellement en complétant les lacunes trouvées dans la copie qu’on a sous les yeux. Toute cette
opération a pour but de chercher à se rapprocher le plus possible du document de l’auteur mais
qu’on n’a pas. L’historien doit toutefois signaler toutes les corrections qu’il apporte au texte. Il n’est
pas facile de donner une liste complète de toutes les fautes ou lacunes que l’historien peut
rencontrer dans un document. Cependant on distingue :
Copier est un travail fatiguant et fastidieux, le copiste s’endort ou perd tout perd toute lucidité ou
esprit critique. La fatigue aidant, il commet beaucoup de fautes. Elles peuvent provenir soit d’un
oubli d’un mot, d’une mauvaise lecture d’une phrase dans le texte original mais qu’on recopie mal
dans la copie, soit aussi de l’altération de quelques mots. Ce genre d’erreurs sont des erreurs dites
accidentelles ou matérielles qui sont dues au hasard, ou à la négligence ou encore à la distraction.
Le copiste peut avoir mal compris un texte et le corrige en croyant que la correction qu’il a apporté
au texte de l’auteur est ce qu’il fallait faire. Mais cette correction qu’il apporte peut complètement
changer le sens du texte de l’auteur. Toutefois on retiendra que le copiste n’a pas l’intention de
tromper, il corrige un texte qui lui parait incompréhensible.
On parlera d’un faux document si l’ensemble du document constitue une « faute volontaire » ou
une « erreur volontaire ». Celui qui commet l’erreur volontaire ajoute volontairement des idées qui
ne sont pas celles de l’auteur du document, il sait en conscience que il déforme la pensée de
l’auteur, il trompe en ajoutant ou en supprimant certains passages de l’auteur du document. Dans ce
cas on parle d’interpolation. C’est l’insertion dans le document des mots ou des phrases qui
n’étaient pas dans le texte original.
Lorsqu’on possède plusieurs copies d’un même original, on procède à la critique de restitution
proprement dite. Quand on possède deux ou plusieurs copies d’un document, on compare les textes
et on établit les variantes des copies. On essaie de reconstituer l’archétype, ceci permet de dresser
le stemma codicum c’est-à-dire le tableau généalogique des copies conservées. En effet, C.V.
Langlois écrit : « on part, part d’un postulat incontestable, savoir : toutes les copies qui contiennent,
aux mêmes endroits, les mêmes fautes, ont été faites les unes sur les autres ou dérivent d’une copie
où ces fautes existaient. Il n’est pas croyable, en effet, que plusieurs copistes aient commis, en
reproduisant chacun de son côté l’archétype exempt de fautes, exactement les mêmes erreurs :
l’identité des erreurs atteste une communauté d’origine. On éliminera sans scrupule tous les
exemplaires dérivés d’une copie qui a été conservée… Cela fait, on est plus en présence qu des
copies indépendantes… Pour classer les copies dérivées en familles dont chacune représente, avec
plus ou moins de pureté, la même tradition, on recourt encore à la méthode de la comparaison des
fautes. Elle permet ordinairement de dresser sans trop de peine un tableau généalogique complet
des exemplaires conservés, qui met très clairement en relief leur importance relative… Quand l’arbre
généalogique des exemplaires est dressé, on compare, pour restituer le texte de l’archétype, les
traditions indépendantes. S’accordent elles à donner un texte satisfaisant, pas de difficultés.
Diffèrent- elles, on décide. S’accordent-elles par hasard à donner un texte défectueux, on recourt,
comme si l’on avait qu’une seule copie, à l’emendatio conjectural ».
Prenons un exemple concret en guise d’illustrer ce qui vient d’etre dit. Un chercheur possède six
manuscrits d’un document original qui est longtemps perdu.
En cinq copies les variantes sont analogues, seule la sixième diffère. En étudiant A, A1, A2, A3, A4 on
constate que A1, A2, A3, et A4 dérivent de A. On est donc en présence de deux copies
indépendantes A et B. Il s’agit de déterminer laquelle est la meilleure, qui correspond le mieux au
document original perdu.
Enfin de compte la critique externe pose la question de savoir si le texte est intégralement de
l’auteur. Celui-ci peut avoir copie d’un autre ou il peut avoir emprunté des expressions et des
phrases. Il s’agit donc de déterminer l’originalité du texte. L’enquête ne porte pas sur la matière,
mais exclusivement sur la forme, les phrases, les expressions.
Parfois deux sources se ressemblent fortement, mais il est difficile de dire quelle est la source
originale et laquelle est copiée. Quand la matière correspond très bien, ce n’est pas une preuve
qu’une source dérive de l’autre. Deux auteurs peuvent exposer les mêmes évènements, les mêmes
faits, les mêmes idées. Mais quand ils emploient les mêmes mots, les mêmes phrases, les mêmes
expressions, l’un a copié l’autre. L’identité de la forme seule donne la certitude absolue.
En général la source la plus vieille est la source originale, la plus jeune est la source dérivée. Pour les
sources anonymes et non datées, il faut se contenter de la présomption, car les dates ne sont pas
connues avec exactitude.
CHAPITRE 4
LA CRITIQUE INTERNE
OU
4.1 Introduction
Critique d’interprétation
Ces restes sont des témoins muets qu’il faut interpréter exactement. Cette interprétation est parfois
difficile et délicate. Il arrive qu’on peut recourir à la préhistoire, à l’anthropologie, à la sociologie…
pour bien comprendre certains documents. Une mauvaise compréhension de la pensée de l’auteur
engendre une fausse interprétation et dénature ainsi le témoignage.
Des vieux usages, des fêtes, des cérémonies mortuaires, … Tout ceci est parfois mal interprété. Il faut
comprendre le sens de chaque cérémonie, les chansons et les gestes afin de mieux les interpréter.
Chaque cérémonie ne doit pas etre détachée du milieu qui l’a produit.
[Link] tradition orale
Une connaissance approfondie de la langue est indispensable pour comprendre ce que la tradition
veut dire. Il faut aussi une connaissance approfondie de la société dont le témoignage est un
produit. Chaque témoignage de la tradition orale possède une structure. Cette structure doit etre
étudiée par l’historien parce qu’elle lui permet de retrouver certaines données.
Dans l’interprétation des sources écrites on envisage d’abord ce que l’auteur a dit, et ensuite ce qu’il
a voulu dire.
Comment l’auteur a-t-il connu le fait qu’il relate ? Directement ou indirectement ? Par constatation
personnelle et directe ou par oui dire ? Qui a été l’intermédiaire dans certains cas ? Quelles ont été
les sources de notre auteur ? On se posera la question de connaitre si l’auteur du témoignage a été
réellement témoin des faits qu’il raconte c’est-à-dire est-il un témoin oculaire ou un témoin
immédiat, a-t-il prit connaissance lui- même des faits qu’il rapporte ?
La constatation doit etre directe. Elle doit etre complète c’est-à-dire porté sur le fait entier et non
seulement sur un de ses aspects. Le témoignage ne vaut que pour l’aspect qui a été réellement
observé. Dans un texte il faut distinguer ce qui est une constatation des commentaires de l’auteur.
Ces appréciations ou commentaires de l’auteur sont intéressants à plusieurs points de vue mais
doivent être séparés de la description des faits. Dans le témoignage il faut distinguer nettement ce
que l’auteur a vu et vécu, et ses estimations ou appréciations. Si l’auteur n’est pas un témoin direct il
faut rechercher la source de ses renseignements. S’il y a plusieurs intermédiaires entre la source
première et le document, les chances d’erreurs sont grandes. Ce qui est raconté, est changé, modifié
plusieurs fois. Dans les traditions orales il faut rechercher la qualité de l’information du premier
témoin et la continuité ou la discontinuité de la chaine transmettrice.
Il ne suffit pas d’être témoin oculaire. Aussi faudra-t-il avoir des qualités pour témoigner et pour que
votre témoignage soit pris au sérieux. On doit comprendre et connaitre les faits qu’on raconte. Un
témoin peut mal interpréter une scène parce qu’il ne connait pas les règles du jeu. Prenons le cac
d’un spectateur d’un match de football qui ne connait rien des lois qui régissent ce sport, son
témoignage ne peut être valable pour juger une situation litigieuse lors d’une rencontre. Une
certaine compétence technique est nécessaire pour bien témoigner concernant certains faits. On
doit se demander si le témoin est bien apte à bien voir les choses ou s’il est capable de bien les
comprendre. Il faut distinguer entre les faits simples et les faits compliqués. Par exemple, il est facile
d’établir la date d’un décès que de témoigner si le peuple était heureux sous le règne d’un tel roi.
Un témoin peut avoir la compétence nécessaire pour comprendre les faits dont il a été témoin. Mais
doit-on pour autant être sur qu’il a réellement raconté exactement les événements qu’il a vu ? A-t-il
exactement noté ce qu’il a senti ? Ce qu’il a vu ? Ce qu’il a entendu ? le fait a-t-il été noté avec
exactitude ? Avec précision ? D’abord il faut tenir compte de l’erreur involontaire et de
l’inexactitude. Observer un fait, le comprendre et le noter ou le raconter sont trois opérations
distinctes. On cherche à découvrir comment l’auteur a mis pae écrit son observation, comment s’est
effectué le passage entre l’événement et son insertion dans une tradition orale ?
Meme si le témoin consigne immédiatement par écrit ses observations d’importantes lacunes ou
déformations peuvent intervenir. Il faudra aussi se renseigner concernant l’exactitude sur le
caractère de celui dont on étudie le témoignage. On cherchera à connaitre son degré de précision.
La critique d’exactitude s’applique surtout au témoignage du témoin oculaire compétent pour
établir le degré de précision de son récit. Les gens qui racontent le témoignage par ouï-dire ne
doivent pas être contrôlés de la même façon que les témoins qui ont vécu les faits dont ils racontent,
puisqu’on sait que leurs témoignages sont indirects et donc qu’ils sont forcément moins précis.
Par cette critique on veut établir si l’auteur n’a pas déformé intentionnellement les faits, s’il n’a pas
menti, s’il n’a pas l’intention manifeste de tromper. Cette critique ne peut être confondue avec la
critique d’authenticité. Celle-ci s’occupe de l’origine du document et de son identité, tandis que la
critique de sincérité s’intéresse au contenu du document.
4.7 Le contrôle
Après avoir soumis votre document aux critiques de compétence, d’exactitude et de sincérité, il faut
contrôler les renseignements à l’aide d’autres sources. Le moyen le plus sûr pour constater la vérité
d’un fait et pour en déterminer le caractère, est la comparaison des diverses sources qui rapporte le
fait. On distingue le contrôle direct du contrôle indirect. Le contrôle direct est le contrôle par une
autre source, qui a connu la première et qui la confirme ou l’infirme, le contredit. Par contrôle
indirect on entend le cas où, sans avoir connu l’existence d’autres témoignages, une ou plusieurs
sources ont confirmé ou infirmé la teneur d’une ou de plusieurs autres sources.
Le contrôle direct existe si l’auteur du document (témoignage) a connu un autre témoignage. Si les
deux témoignages fournis par les deux auteurs offrent les mêmes garanties de crédibilité, on peut
étudier trois hypothèses :
-2. Il se peut que le second témoin corrige le premier dans des détails.
-3. Il arrive aussi que le deuxième témoignage contredit le premier : dans ce cas il faut déterminer
lequel de deux témoignages est exact, et lequel est erroné.
Le contrôle indirect, c’est le contrôle qu’on peut exercer normalement. Il s’agit des témoignages
indépendants, d’auteurs qui ne connaissent pas les textes des autres témoins. On sait que les
témoins sont indépendants par l’application de la critique externe. La concordance des témoignages
indépendants forme la preuve décisive de la certitude des faits. Dans le contrôle indirect où les
témoignages sont indépendants, l’historien lui-même doit comparer tous les récits, alors que dans le
contrôle direct ce travail était partiellement tout au moins par d’autres témoins. En général, le
contrôle prouve que plus on a des sources indépendantes plus la vérité historique qu’on établit sera
proche de la vérité proprement dite.
A la fin des opérations de la critique interne, on obtient les résultats suivants : certains documents
sont écartés parce que sans valeur aucune, d’autres documents sont conservés par l’historien parce
que de bonne valeur et d’autres aussi de valeur incertaine sont conservés. Les documents éprouvés
ou qui ont une valeur certaine sont utilisés par l’historien pour la synthèse ou la construction
historique.
Dans le domaine des traditions orales, la critique interne s’occupe surtout de la manière, de la
fidélité de la transmission et du texte exact de cette transmission, avec l’étude de la forme littéraire
et du genre littéraire, de la fonction et du but du témoignage. Ces éléments permettent d’établir la
crédibilité de chaque tradition. Une tradition peut être estimée crédible s’il n’y a aucune raison de
douter de sa véridicité, après application de la critique.
CHAPITRE5
LA SYNTHESE HISTORIQUE
5.1 Introduction
Après avoir rassemblé la documentation, l’avoir étudiée et évidement critiquée selon les règles, il va
falloir passer à une étape très importante, celle de rédiger les résultats de l’enquête. Ce travail de
rédaction s’appelle la synthèse historique. Dans cette partie nous analyserons successivement : le
groupement des faits, l’interprétation des faits par le raisonnement et leur place dans le récit,
l’explication des faits, la notion des causes, l’individuel et le collectif en histoire, l’attitude de
l’historien à l’égard des faits qu’il rapporte.
Le groupement des faits dépend du genre de l’étude qu’on a à entreprendre. Dans une biographie
on suit l’ordre chronologique, pour étudier le personnage, son milieu et son époque, de sa naissance
à sa mort. Par contre, quand on étudie l’histoire d’une institution, on ne suivra pas strictement
l’ordre chronologique. On fera plusieurs chapitres selon la matière à traiter, selon la compétence de
l’institution.
Dans l’histoire d’une époque on évite actuellement de séparer complètement les facteurs
économiques, sociaux, politiques, religieux et artistiques. Longtemps on les a traité séparément :
d’abord la vie économique, puis la vie sociale… Actuellement on les décrits par époque pour montrer
dans chaque époque l’influence réciproque de tous les facteurs, qui agissent en même temps et
qu’on ne désire plus séparer artificiellement.
L’historien décide du plan qu’il va adopter. Il pose des questions qu’il essaie de résoudre avec la
documentation réunie. Il y a une exigence capitale : il ne suffit pas que les documents existent, il faut
encore s’en rendre maitre. La personnalité de l’historien intervient, ses qualités d’esprit, sa
formation technique, son ingéniosité, sa culture. L’historien trace donc les cadres dans lesquels il
décrit et explique les faits.
Dans le groupement des faits il faut citer deux cadres importants : la chronologie, la suite des faits
par leur date, et la géographie, qui permet de localiser les faits dans l’espace. La chronologie est un
élément important, essentiel même, de l’histoire. Le premier devoir de l’historien est d’établir
l’ordre exact dans lequel les faits se sont passés.
5.3 L’interprétation
La sélection des faits suivie d’un bon regroupement n’implique pas la réussite d’une bonne synthèse
valable. C’est au moment où la synthèse s’élabore que se découvrent également les lacunes de la
documentation. Après avoir classé les faits dans les cadres, il faut les relier par un récit. On le fait par
une série de raisonnements. Le raisonnement est évidement aussi indispensable dans la critique
analytique que dans la critique synthétique. Le raisonnement est nécessaire dans la synthèse parce
que on ne connait pas tous les documents, parce qu’on ne les a pas trouvé, ou parce que certains
documents sont perdus : il faut donc suppléer à l’absence des documents par des hypothèses. Les
raisonnements les plus employés sont : le raisonnement par analogie, le raisonnement e silencio ou
l’argument du silence et le raisonnement direct.
Dans le raisonnement par analogie on conclut de l’existence d’un fait à l’existence d’un autre fait,
non fourni par les documents. Dans ce cas on commence souvent par une hypothèse, pour expliquer
un fait. Cette hypothèse provoque une nouvelle enquête et peut conduire à la certitude. On emploit
aussi l’induction analytique. C’est un raisonnement dans lequel on part de la certitude d’un cas
particulier, par analogie partielle ou complète, ou par ressemblance, et on conclut dans d’autres cas
qu’une même cause ou une cause similaire existe.
On se base sur le silence de certains auteurs qui auraient dû connaitre un fait et qui l’auraient décrit.
Cet argument du silence n’a pas grande valeur. On ne peut l’appliquer que dans des cas bien définis :
1. Raisonnement a priori : le père de Smedt, tient le raisonnement suivant : saint Louis, roi de
France, a toujours été très soumis au pape. Il n’est donc certainement pas l’auteur de la
pragmatique sanction de 1268, qui infirme le droit de l’église.
2. Le raisonnement a posteriori : il est beaucoup plus sûr que le raisonnement a priori. De
l’existence d’une série des faits particuliers on déduit un fait général.
L’érudition pure et le récit chronologique ne suffisent pas. Il faut essayer d’expliquer le passé. Dans
cette explication on arrive à la notion des causes. La notion de cause diffère chez les philosophes, les
savants des sciences de la nature et les savants des sciences sociales ou humaines. Il faut distinguer
la cause et l’occasion. Le meurtre de sarajevo, c’est-à-dire 28 juin 1914 est une occasion qiu sera
exploitée par l’Autriche en 1914 contre la Serbie. Il faut aussi distinguer la cause lointaine de la cause
immédiate. La cause lointaine est l’ensemble des conditions d’ordre général qui rendent un certain
événement possible, probable et parfois inévitable. En d’autres termes, les causes lointaines créent
les conditions optimales grâce auxquelles un événement a pas mal de chance de se produire. La
cause immédiate est l’événement qui arrivant au bon moment, détermine un effet décisif. Les
causes prochaines sont celles qui conduiront inévitablement tôt ou tard au déclenchement d’un
événement donné.
L’historien étudie le comportement des hommes, leurs œuvres, leurs créations matérielles et
spirituelles, leurs pensées, leurs sensibilités, tout le passé humain. Les faits historiques sont des
actes humains, et qui dit actes humains pense immédiatement à la volonté humaine, individuelle. La
volonté humaine est le moteur de l’acte. Ceci est vrai pour des actes purement individuels. Mais
l’homme vit en société et presque tous ou beaucoup d’actes qui intéressent l’historien sont des
actes collectifs. Le premier type d’ actes c’est-à-dire individuels suppose au départ que l’histoire est
en ordre principal le fait de quelques personnalités qui transcendent le reste de l’humanité. En face
de cette conception, nous avons l’histoire des grands courants, des mouvements de pensée, de
l’évolution des structures sociales et politiques insiste moins sur les individus, elle prétend aller plus
en profondeur dans l’étude des mécanismes et des profondeurs qui commandent l’évolution.
Le premier historien qui s’est occupé d’une manière systématique du problème de hasard en
histoire est Polybe. Il cherche les causes des événements. Il distingue les causes lointaines, les causes
prochaines et les prétextes. Il y a aussi la chance ou le hasard. L’histoire est une sélection des
événements. Les faits choisis par l’historien ont une signification historique. L’historien les prend
parce qu’il sait les classer dans son cadre d’explication rationnelle et d’interprétation. Le hasard
tantôt n’est que cause occasionnelle, qui libère les forces et déclenche les événements, tantôt est
cause effective qui détermine les événements.
La liberté existe en histoire dans la mesure où l’on admet que l’homme, qui est à la fois l’acteur et le
rapporteur de l’histoire, possède lui-même une certaine liberté.
L’historien doit être absolument sincère. Il doit dire toute la vérité rien que la vérité. Il doit exposer
la vérité complète et ne rien taire de la vérité. L’historien doit être impartial : il ne peut prendre
parti. Il doit établir les faits d’une manière impassible, scientifique. Après avoir établi les faits il faut
les interpréter là aussi l’objectivité la plus complète est recommandée. La plupart d’historiens font
des efforts méritoires pour éviter les partis pris et atteindre à l’objectivité dans leurs ouvrages.
L’objectivité de l’historien est possible, elle peut aller de pair avec la sympathie pour le sujet traité.
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE