0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
16 vues14 pages

Sylvie Brunel

La crise de la dette des pays du Sud, révélée par l'interruption des paiements mexicains en 1982, a entraîné une décennie de stagnation économique et d'austérité, aggravant la situation des pays les plus pauvres. Bien que la confiance des bailleurs de fonds privés soit revenue, le problème de l'endettement persiste avec des besoins de financement toujours insatisfaits. Les mesures de restructuration de la dette, bien qu'elles aient restauré la confiance envers certains pays, n'ont pas résolu les déséquilibres fondamentaux et ont souvent conduit à des conséquences sociales désastreuses.

Transféré par

zobirnoureddine9443
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
16 vues14 pages

Sylvie Brunel

La crise de la dette des pays du Sud, révélée par l'interruption des paiements mexicains en 1982, a entraîné une décennie de stagnation économique et d'austérité, aggravant la situation des pays les plus pauvres. Bien que la confiance des bailleurs de fonds privés soit revenue, le problème de l'endettement persiste avec des besoins de financement toujours insatisfaits. Les mesures de restructuration de la dette, bien qu'elles aient restauré la confiance envers certains pays, n'ont pas résolu les déséquilibres fondamentaux et ont souvent conduit à des conséquences sociales désastreuses.

Transféré par

zobirnoureddine9443
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Chapitre IV

LA DETTE DES PAY S D U SUD:


UN PROBLÈME QUI RESTE ENTIER
Révélée par l'interruption brutale d u paiement de la
dette mexicaine en 1982, la crise de la dette a durement
affecté les pays du Tiers Monde. La fi n des financements
privés vers les PVD, mis à part les NPI d'Asie du Sud-Est,
et l'austérité budgétaire imposée par les plans d'ajuste-
ment structurel o n t caractérisé c e q u e l e s Latino-
Américains o n t appelé « l a décennie perdue du
développement » .
Pourtant, dix ans plus tard, la confiance des bailleurs
de fonds privés est revenue vers le Tiers Monde, ou du
moins vers un certain Tiers Monde qui ne l'est plus tout à
fait, vers lequel affluent les investissements directs e t de
nouveaux prêts bancaires. Faut-il en conclure que l a crise
d e l a dette e s t terminée ?
Non, car si les banques, elles, ne s'estiment plus mena-
cées par l'endettement d u Tiers Monde, si les réponses
diverses apportées par la communauté internationale font
que celle-ci ne ressent plus cet endettement comme une
menace mondiale, d'importants problèmes subsistent pour
le Sud: d'une part, les nombreux rééchelonnements effec-
tués n'ont pas résolu le problème d'un endettement toujours
croissant e t i l leur faudra bien u n jour faire face aux
échéances, d'autre part, les besoins de financement restent
énormes et insuffisamment satisfaits pour ceux qui en
auraient le plus besoin, les pays les plus pauvres. Pour
ceux-là, et notamment pour l'Afrique, la dette continue à
hypothéquer l'avenir.
LUUS
usquers
I. — Révélée par la crise
de paiement mexicaine de 1982,
la crise de l a dette fait entrer les PVD
dans l'ère de l a méfiance et des sanctions
1. L'origine de la dette réside dans la période d'« eupho-
rie des matières premières » qui naît juste après le premier
choc pétrolier. — Dans les années 1960, l'aide publique
apportée aux PVD, sous forme de dons et de prêts conces-
sionnels, a été importante, en application de la théorie du
big push (voir chap. I), mais le taux de croissance de ces
derniers, significatif, lui permettait de rembourser tout en
continuant de percevoir les financements jugés indispen-
sables à son développement.
Au début des années 1970, la machine s'emballe. - L'in-
convertibilité du dollar, décrétée par le président Nixon
en 1971, accentue l'essor de « capitaux flottants», les
eurodevises, qui peuvent être prêtées sans contrainte. A la
fin de l'année 1973, les prix du pétrole sont multipliés par
quatre. Les fortunes accumulées par les États de l'OPEP en
quelques mois, connues sous l e terme d e pétrodollars,
doivent être recyclées par les banquiers qui font le siège
des gouvernements des pays d u Sud. Ceux-ci vivent une
période faste, celle dite de l'euphorie des matières pre-
mières, e t dépensent sans compter. Parallèlement, pour
payer une facture énergétique devenue soudain beaucoup
plus onéreuse, les pays du Nord se lancent dans une poli-
tique de grands contrats à l'exportation. Tout est bon
pour vendre aux PVD.
La logique commerciale e t financière a pris le pas sur
celle de l'aide. — Dans u n contexte d'inflation mondiale,
les taux d'intérêts réels sont bas (inférieurs à 1%), ce qui
rend l'endettement «indolore», d'autant que la forte
croissance économique mondiale - nous sommes toujours
dans le contexte des «Trente Glorieuses» - permet de
masquer les déséquilibres par une véritable fuite en avant,
où les pays empruntent sans cesse plus pour couvrir des
76
-
dépenses en croissance vertigineuse. Entre 1976 et 1980,
la dette du Tiers Monde passe de 220 à 460 milhards de
dollars. Trois pays seulement, situés en Amérique latine,
le Mexique, l'Argentine et le Brésil, ont reçu à eux trois
40% des prêts bancaires accordés entre 1970 et 1980 !
2. La crise des paiements mexicaine révèle brutalement
l'imprudence des emprunteurs du Tiers Monde comme de
leurs créanciers.
En 1979, le deuxième choc pétrolier conduit à un nou-
veau doublement des prix du pétrole. — Les pays indus-
triels parviennent mal cette fois à surmonter le choc et,
pour lutter contre l'inflation, adoptent, États-Unis en
tête, des politiques de resserrement de la masse monétaire
et du crédit. Le président de la Réserve fédérale améri-
caine, Paul Volker, annonce une hausse des taux d'intérêt
réels qui passent dès lors à plus de 6 % .
Pour les PVD, l a conjoncture s e retourne: l a récession
des pays riches offre des débouchés rétrécis à leurs pro-
duits, limitant leurs recettes d'exportation. Le prix des
matières premières commence à baisser, puis s'effondre,
bientôt suivi par celui du pétrole. Parallèlement, il faut
toujours rembourser la dette, dont la charge devient d'au-
tant plus insupportable qu'elle a été contractée pour une
grande part à taux d'intérêt variable. Pour leurs nou-
veaux emprunts, les PVD doivent compter avec la concur-
rence des États-Unis, où les capitaux flottants s'investis-
sent désormais préférentiellement.
En août 1982, l a « bombe mexicaine » éclate. - Le
pays annonce qu'il suspend l e remboursement de sa
dette. Dans la communauté financière internationale, le
choc est d'autant plus grand qu'il émane d'un pays, le
Mexique,q u i bénéficiait jusque-là d ' u n e grande
confiance des bailleurs de fonds, un pays pétrolier, stable
politiquement, uni par des liens étroits avec les États-
Unis. Très vite, l'Argentine, le Brésil, le Pérou lui
emboîtent le pas, provoquant une véritable panique au
sein des banques.
77
usdutis
KICL
Les déséquilibres majeurs d e l'économie des pays
emprunteurs et l'imprudence des bailleurs de fonds appa-
raissent soudain flagrants. — A la fi n 1981, les banques
américaines ont engagé 192% de leur capital sur le Tiers
Monde, et même 300% pour les neuf plus importantes
d'entre elles! Elles détiennent deux tiers des créances sur
le continent de plus endetté, l'Amérique latine (44% de la
dette du Tiers Monde), pour lequel le service de la dette
absorbe la moitié des recettes d'exportation. Le risque de
faillites en chaîne se profile, menaçant tout le système
financier international.
En Afrique et en Amérique latine, on s'aperçoit que la
dette a été massivement utilisée pour des dépenses de
consommation o u des réalisations improductives (« élé-
phants blancs », constructions de prestige, gonflement de
la fonction publique...), quand les capitaux empruntés ne
sont pas purement et simplement partis dans des paradis
fiscaux, sur des comptes privés. Elle n'a pas permis, dans
ces deux continents, de jeter les bases d'un processus pro-
ductif qui permettrait de faire face aux échéances. Bien au
contraire, certaines des réalisations effectuées engendrent
des charges récurrentes impossibles à assumer, comme la
gigantesque Cellucam au Cameroun, une usine de pâte à
papier qui n'a jamais fonctionné pour cause de malfaçon
et de coût prohibitif du produit obtenu par rapport aux
cours mondiaux, mais qu'il faut bien payer.
Les ratios de la dette atteignent ou dépassent les seuils
jugés dangereux: de 1970 à 1984, la dette des PVD est pas-
sée de 100 à près de 900 milliards de dollars (en 1982, elle
est de 750 milliards de dollars), le ratio dette/PNB de 14 à
35%, le service de la dette de 9 à 20% des exportations,
les intérêts à payer de 0,5 à 2,8% du PNB.
3. Austérité financière et fin des flux privés vers le Tiers
Monde entraînent l'entrée e n récession de nombreux PVD
avec un coût social important. — La première conséquence
de l a crise d e l a dette e s t l e tarissement des financements
privés vers le Tiers Monde (sauf vers les NPI d'Asie du Sud-
78
Est, où, après une période de stabilisation et d'ajustement
des économies, ils reprennent de façon significative
dès 1984).
Dès lors, seuls des financements publics sévèrement
conditionnés permettent aux pays endettés de faire face à
leurs échéances. — Les institutions financières internatio-
nales, FMI et Banque mondiale, font une apparition en
force dans les économies des PVD (voir plus loin). Eux
seuls ont le pouvoir d'ouvrir à nouveau la porte du crédit
international, mais ils subordonnent l'octroi de nouveaux
prêts à l'engagement d'un programme de réformes drasti-
ques visant à comprimer les dépenses publiques et à réta-
blir l'équilibre budgétaire. Obéissant à une ferme convic-
tion dans l e s vertus d u libre-échange e t d e l a loi d u
marché, les plans d'ajustement structurel ont d'abord
pour effet d'accentuer la récession des économies endet-
tées, avec des conséquences sociales lourdes à assumer
pour des gouvernements qui paient alors chèrement le
prix de leurs gaspillages et de leurs dépenses incontrôlées :
«émeutes de la faim», provoquées par le mécontente-
ment populaire face au licenciement massif des fonction-
naires et au renchérissement des denrées de base, renver-
sement de régimes qui ne peuvent plus compter sur une
logique clientéliste pour assurer leur pérennité. Ainsi,
paradoxalement, l a « décennie perdue d u développe-
ment» en Amérique latine est aussi celle de la démocrati-
sation. Entre 1982 et 1990, toutes les dictatures d'Amé-
rique latine cèdent p e u à p e u l a place à des
gouvernements élus au suffrage universel. Ceux-ci ne per-
mettent pas pour autant une meilleure redistribution de la
terre e t des richesses.
L'Amérique latine e t l'Afrique vivent l a « décennie
perdue du développement ». — Le nombre des pauvres
augmente durant l a période. Pour l'Amérique latine
comme pour l'Afrique, le piB réel par habitant diminue :
de 7,1% dans le premier continent, de 7,5% dans le
second. En Argentine, la rémunération réelle par employé
79
V U L C M I E L LOUS u s a g e r s
diminue de 25% entre 1980 e t 1989, au Mexique, de
24%. Les budgets d'éducation et de santé, durement tou-
chés par l'austérité budgétaire, s'effondrent. Sous la pres-
sion des ONG et de l'Unicef, la Banque mondiale est ame-
née à prendre e n compte l a « dimension sociale de
l'ajustement » en finançant des programmes à destination
des plus pauvres.
En Afrique, l'ajustement structurel n'apporte pas les
résultats escomptés et les pays s'enlisent dans une rigueur
budgétaire toujours plus forte, qui asphyxie les économies
sans leur donner les moyens de la reprise, sauf pour les pays
du continent qui reçoivent une aide massive (Ghana) ou
ont misé sur des stratégies dynamiques d'industrialisation
e t d'exportation (Maurice). I l faut l a conjonction du
redressement d u prix des matières premières à partir
de 1994, d'une pluviosité exceptionnelle qui dope les
récoltes et la dévaluation du franc CFA en janvier 1994 pour
que l'Afrique renoue avec des taux de croissance positifs.
I I . - L e s mesures d e traitement
d e l a d e t t e o n t réussi à restaurer l a confiance
envers une partie d u Tiers Monde
1. La croyance en une illiquidité temporaire explique que
les premières mesures face à l a dette aient été prises au
« coup par coup». — Au début de la crise de la dette, les
banques, persuadées d'une illiquidité temporaire des PVD,
refusent d'envisager d e s mesures globales. D'autant
qu'une grande partie de ces derniers continuent à payer
scrupuleusement leurs dettes (Algérie, Indonésie, Corée
du Sud...): 52 pays débiteurs sur 132, représentant 36%
de l a dette d u Tiers Monde, ne connaissent pas de pro-
blèmes de paiement. Au cas par cas, les dettes sont parfois
restructurées, c'est-à-dire soit rééchelonnées (rallonge-
ment des échéances de remboursement, ce qui diminue
immédiatement le service d e l a dette mais augmente au
total son montant, selon la méthode dite du chasse-neige),
soit refinancées (apport de nouveaux crédits pour payer la
80
dette), mais l'annulation est hors de question car ce serait
pénaliser les «bons élèves» et donner une prime aux
mauvais payeurs. Les banques refusent aussi d'admettre
qu'elles ont commis des erreurs d'appréciation.
C'est donc en ordre dispersé et au coup par coup que
des réponses individuelles sont apportées à l'endettement
des différents pays: échange de créances contre des parts
de sociétés privatisées (debt equity swaps), troc d e la
dette contre des produits du pays, voire des terres (en
Amazonie, au Brésil), ou contre des actions de dévelop-
pement ou d e protection d e l'environnement (swaps
verts)... U n marché secondaire d e s créances fait son
apparition, dans lequel les banques se débarrassent des
créances les plus douteuses (celles d o n t o n redoute
qu'elles ne soient jamais remboursées), avec une décote
d'autant plus importante que l e « risque-pays» est plus
grand.
Banquiers comme emprunteurs tentent de trouver des
solutions acceptables pour l e s u n s comme pour les
autres, dans une sorte d'« équilibre de la terreur finan-
cière», sorte de jeu subtil qui fait alterner menaces des
pays de non-remboursement, ce qui entraînerait la fail-
lite des banques les plus exposées, menaces des banques
de priver définitivement le mauvais payeur des finance-
ments internationaux indispensables à s a survie, pro-
messes de remboursement, même partiel, contre l'octroi
des nouveaux crédits nécessaires pour assurer le service
de l a dette.
La dette du Tiers Monde ne cesse de gonfler d'année en
année, dépassant 1 000 milliards de dollars en 1985, 1 300
en 1990, 1500 en 1992, tandis que les pays d u Tiers
Monde dénoncent le fait que les transferts nets de capi-
taux se fassent désormais d u Sud vers l e Nord, e t non
plus l'inverse, accusant les pays riches de les acculer à la
faillite et à la misère. E n 1988, le service de la dette atteint
son apogée : 161 milliards de dollars. Les transferts nets
du Sud vers le Nord, négatifs depuis 1993, atteignent cette
année-là u n record : 30 milliards de dollars.
81
rrertoususagers
2. La prise de conscience d'une insolvabilité durable per-
met de déboucher sur l'adoption de solutions globales.
1987-1988 est une date charnière. — Pendant les cinq
premières années de l a crise de la dette, les banques
avaient refusé d e constituer des provisions sur leurs
créances, car cela aurait été admettre que la dette avait
peu de chances d'être payée. En mai 1987, la Citicorp
américaine décide de provisionner 50% de l'encours de
ses créances latino-américaines. Son exemple est rapide-
ment suivi, puis généralisé, par les banques d u monde
entier. La communauté financière internationale admet
ainsi que de nombreux PVD sont insolvables, ce qui l'in-
cite à rechercher des mécanismes de règlement global.
Les premières réductions de la dette publique sont évo-
quées par le G7 à Toronto en 1988, où les pays riches pro-
posent d'alléger d'un tiers la dette des pays les plus pau-
vres et les plus endettés. Lorsqu'il se réunit pour examiner
la restructuration de la dette d'un pays, le club de Paris,
qui regroupe les créanciers publics des PVD, détenant
environ la moitié de l a dette globale, accepte désormais
de procéder à des annulations de dette, notamment à
l'égard des PMA: si seulement 0,6 milliard de dollars de
dette ont été effacés en 1989, les annulations atteignent
3 milliards e n 1 9 9 0 , 4 e n 1 9 9 1 . M a i s l'essentiel des
mesures e s t p r i s a u niveau bilatéral: à partir d e 1990, le
Canada, suivi par la France, les États-Unis et les autres
pays riches, annulent la dette des pays africains les plus
pauvres, une dette résultant en général de l'aide publique.
L e Tiers Monde est entré dans l'ère des accords.
La dette bancaire fait à son tour l'objet d'un accord-cadre
global à partir de mars 1989 : le Plan Brady (alors secrétaire
américain au Trésor), dit encore « programme de réduction
volontaire de la dette » permet aux pays à revenu intermé-
diaire de racheter les prêts en cours avec une décote, ou de
les échanger contre des titres qui diminuent la dette ou son
service. L'originalité du Plan Brady tient au fait qu'il réduit
le risque subi par les banques grâce à une garantie accordée
par le Trésor américain en échange de l'allégement de dette
82
consenti : si, au bout de la période de rééchelonnement
(trente ans), au cours de laquelle il n'a payé que les intérêts
de sa dette, le pays se révèle incapable de rembourser le
capital, la banque est sûre d'être payée quand même, grâce
à des titres émis par le Trésor américain. En 1993, 100 mil-
liards de dettes avaient pu être restructurées, concernant
sept pays: le Mexique, premier à en avoir bénéficié, l'Ar-
gentine, le Costa Rica, le Nigeria, les Philippines, l'Uru-
guay et le Venezuela. Le « Club de Londres », qui regroupe
les créanciers privés, accepte désormais d'évoquer des allé-
gements de la dette bancaire.
Enfin, pour les pays les plus pauvres, la Banque mon-
diale a créé, toujours en 1989, un fonds de désendettement
afin de permettre le rachat de leur dette bancaire avec une
forte décote. Les rachats sont financés sur les ressources
propres de l'IDA ou grâce à des dons ou des prêts assortis de
conditions libérales accordées par les donneurs. Le Niger et
le Mozambique en 1991, le Guyana en 1992, l'Ouganda et
la Bolivie en 1993 en ont déjà bénéficié.
Le marché secondaire des créances des pays lourdement
endettés, embryonnaire a u début de l a crise de l a dette, a
pris désormais une ampleur quasi institutionnelle : de 2 mil-
liards de dollars de créances échangées en 1984, o n est
passé à 120 milliards e n 1992. Les pays sont classés en
fonction d e l a c o t e d e l e u r s créances. P o u r nombre
d'entre eux, o n voit aujourd'hui s'apprécier des titres
jugés de faible valeur il y a encore quelques années: les
titres mexicains, qui se vendaient à 35% de leur valeur
faciale en 1985, trouvaient preneurs à 70% en 1993, le
Brésil est passé de 30 à 65% de 1991 à 1993. Par ailleurs,
les échanges de dette (swaps) continuent de plus belle. Le
traitement de l a dette, qui associe procédures globales et
solutions au cas par cas, semble avoir réussi.
[Link] 1992, dix ans après le choc de 1982, la crise de la
dette peut être considérée comme surmontée... par les ban-
ques. — Bien que la dette du Tiers Monde continue de s'ac-
croître (1 714 milliards de dollars en 1994), elle ne menace
83
NoLe:Prettoususagers
plus le système financier international. Les plus gros débi-
teurs ont pour la plupart signé des plans de rééchelonne-
ment et le ratio du service de l a dette par rapport aux
exportations est passé sous la barre fatidique des 20%.
L'augmentation de la dette du Sud provient désormais de
l'afflux des capitaux privés vers certains pays, les plus « pro-
metteurs » : ces capitaux ont repris à partir de 1992, aug-
mentant de 50 % par rapport à 1991 pour atteindre 90 mil-
liards de dollars, dépassant pour la première fois depuis la
crise de la dette les apports publics. Preuve de la confiance
revenue, les flux nets de capitaux vers les PVD, publics et
privés, ont atteint le niveau record de 177 milliards de dol-
lars en 1993 contre 159 en 1992. A partir de 1992, les
transferts financiers nets se font à nouveau d u Nord vers le
Sud. En 1995, la part des apports privés atteint 170 milliards
de dollars, représentant 75 % des ressources apportées au sud
contre 35 % en 1985 ! Et la tendance s'accentue : pour 1996,
leur montant dépasse 230 milliards de dollards !
Les paiements au titre du service de la dette ont baissé
par rapport au pic de 1988 et sont revenus à 148 milliards
d e dollars e n 1993 grâce à l a baisse des taux d'intérêts
réels, les remises et réaménagements de dettes de plus en
plus nombreux. Grâce a u x provisions réalisées, à la
garantie de l a puissance publique e t à l a pratique des
rachats de dette, les banques ne considèrent plus les PVD
comme un risque majeur.
La dette apparaît donc comme une tempête qui aura
secoué le système financier international pendant dix ans
et semble aujourd'hui résolue. Durablement et pour tout
le monde ? C'est moins sûr.
I I I . — L e traitement de l a dette
a parachevé l'éclatement du Sud
et laisse entiers de graves problèmes
Pourtant, il faut se garder de penser que le problème
est résolu. D'abord parce que la confiance est revenue de
manière sélective, au profit des NPI d'Asie surtout et
84
d'Amérique latine, mais a laissé de côté une Afrique dont
les problèmes apparaissent plus aigus que jamais. Ensuite
parce que l'Amérique latine continue à présenter des dys-
fonctionnements inquiétants alors que l'endettement
croissant de l'Asie n'est pas sans rappeler une certaine
fuite en avant qui conduisit naguère à la crise de 1982.
1. Les difficultés financières de l'Afrique continuent
d'hypothéquer le développement de ce continent en dépit
de succès récents. — Malgré les multiples annulations et
allégements d o n t elle a bénéficié e t continue de
bénéficier, l'Afrique noire accumule les arriérés de paie-
ments: en 1995, elle aurait dû rembourser 9 milliards de
dollars à ses créanciers bilatéraux et n'a versé que moins
de 2 milliards. Même l a Banque mondiale reconnaît à
demi-mot q u e l'ajustement structurel n ' a pas pour
l'instant entraîné les résultats escomptés dans certains
pays, que l a tentation croît d'abandonner à leur triste
sort. Les apports d e ressources a u x pays l e s plus
démunis ont baissé en termes réels, car ils ne peuvent
compter que sur l'aide pour leurs financements exté-
rieurs, une aide que les donateurs internationaux sont de
plus en plus réticents à octroyer. Les populations afri-
caines paient très cher les dérapages financiers de leurs
gouvernements. Mais si la dette menace l'Afrique, l'Afrique ne menace
pas le système financier international car les montants en
jeu sont faibles (12% de la dette d u Tiers Monde) et la
même priorité et les mêmes facilités ne sont pas données
au règlement de l a situation africaine que celles que les
créanciers avaient en son temps accordées à l'Amérique
latine. Résultat : si les pays les plus pauvres ont bénéficié
d'annulations significatives de leur dette publique, si les
échéances ont été revues à la baisse pour les pays à revenu
intermédiaire, le stock global de la dette continue de s'ac-
croître pour l'ensemble d u continent, ce qui, en l'absence
d'une véritable coopération, le condamne à maintenir une
croissance d'autant plus fragile qu'elle dépend d'une
85
INOLe:Prettoususaaers
conjoncture internationale changeante. Rappelons que la
France est le seul pays développé à maintenir aujourd'hui
un volume d'aide publique et de prêts importants à desti-
nation d u continent noir.
2. La situation de l'Amérique latine reste précaire. - La
« deuxième crise mexicaine» d e 1994 (après celle
de 1982), liée à la dévaluation du peso, a rappelé combien
l'attrait d o n t bénéficiait l'Amérique latine auprès des
investisseurs pouvait rapidement s e retourner: une
grande partie des capitaux privés attribués à ce continent
se sont révélés en effet extrêmement volatils, prêts à court
terme des banques, achats d'obligations d'Etat, place-
ments spéculatifs. Sans l'exceptionnel plan de sauvetage
mexicain mis en place par le FMI et les États-Unis (et au
prix pour le Mexique d'une renonciation partielle à sa
souveraineté sur ses ressources pétrolières), le pays aurait
connu u n e terrible banqueroute qui aurait de nouveau
ébranlé tout l e système financier international. Consé-
quence de c e soutien extérieur intéressé mais massif, la
dette mexicaine a augmenté dix fois plus vite e n 1994
qu'en 1993, devenant l a première d u monde: 125 mil-
liards d e dollars!
L'Amérique latine présente de nombreux déséquilibres
internes qui conduisent à s'interroger sur la durabilité de
l a croissance e t d e l a confiance restaurées: u n e tendance
chronique à l'hyperinflation, l a tendance des capitaux
privés à s'investir dans des secteurs peu productifs (spé-
culation immobilière, jeu sur les taux de change, etc.) :
beaucoup de dépenses ont été faites dans les services, un
secteur peu exportateur, alors que le service de la dette,
qui a certes décru, reste proche de 30% des exporta-
tions. Enfin, l'ampleur des inégalités sociales handicape
l a croissance, parce que les pays sont condamnés à
exporter faute d e pouvoir s'appuyer s u r des bases
internes. La réforme agraire reste à faire et l'analphabé-
tisme important. Le libéralisme à outrance a entraîné
l'explosion d u narco-trafic e t d e l a criminalité. Avec
86
environ 1000 $ par habitant, la dette latino-américaine
reste la plus élevée du monde, quatre fois plus élevée que
celle de l'Asie.
3. L'endettement croissant de l'Asie n'est-il pas aussi
imprudent que la fuite en avant des années 1970-1980? —
C'est en fait un nombre relativement faible de PVD, Chine,
Indonésie, Inde en tête, c'est-à-dire de vastes pays pau-
vres mais en forte croissance et prometteurs, et des pays
plus avancés comme la Corée du Sud, Taiwan et Hong-
kong qui ont concentré les nouveaux apports de capitaux
privés vers le sud. Depuis 1987, le taux de croissance de la
dette asiatique est double d e celui d e l'ensemble d e s PVD.
Comme la dette de l'Asie est de plus en plus une dette
commerciale privée, ce continent est maintenant celui où
l'encours de la dette est le plus élevé, devant l'Amérique
latine (en raison des multiples restructurations dont a
bénéficié ce dernier continent): environ 600 milliards de
dollars contre environ 500. La dette asiatique représente
désormais 41% du total mondial. L a Chine, avec
111 milliards de dollars en 1993, un montant qui a doublé
depuis 1991, arrive juste derrière le Mexique pour le total
de l'endettement, suivie de l'Indonésie (100 milliards).
Tant que les exportations asiatiques progressent au
même rythme, l e service d e l a dette asiatique (qui
dépasse 5 0 milliards d e dollars) p e u t ê t r e aisément
assuré. Mais l'endettement croissant d e l'Asie n e rap-
pelle-t-il p a s l a période q u i a précédé l'explosion d e la
crise de la dette alors que la Chine en premier chef, mais
aussi l'Inde et l'Indonésie présentent de multiples fac-
teurs d'instabilité internes?
Document:
La Banque mondiale et le FMI,
chefs d'orchestre de « la crise de la dette»
A partir de la crise de paiement mexicaine de 1982, qui
marque le point de départ de ce qu'on va appeler très vite
87
INOLe P r e t t o u s
C
« la crise de la dette », le FMI et la Banque mondiale sont
appelés à intervenir massivement dans les économies des
PVD : un accord avec eux, FMI d'abord, Banque mondiale
ensuite, devient le préalable indispensable à l'octroi de
nouveaux prêts, tant de l a part des institutions finan-
cières, à la fois multilatérales mais aussi souvent bilaté-
rales, que des banques privées, car u n tel accord est
subordonné à l'engagement par le pays d'un programme
de réformes internes sévères, visant à restaurer les condi-
tions de l a croissance, donc le retour de la confiance inter-
nationale.
Ces deux institutions o n t été créées dans l e cadre des
accords d e Bretton Woods, e n 1944 pour l e Fonds
monétaire international, e n 1945 pour l a Banque
internationale pour la reconstruction e t l e développe-
ment. Toutes deux ont leur siège à Washington, aux
États-Unis.
Le FMI, qui comptait en 1994 155 pays membres et
employait environ 1 600 personnes, est le garant de l'or-
thodoxie financière e t monétaire internationale: après
guerre, son rôle était de contribuer au bon fonctionne-
ment d u système monétaire international basé sur des
parités de change presque fixes et sur l'étalon-or. Le FMI
accordait des prêts à court terme aux États en cas de
déséquilibres temporaires d e leurs balances des paie-
ments. Aujourd'hui, l e Fonds commande l'accès a u crédit
international à long terme pour les pays rencontrant des
difficultés financières, provoquées par des contraintes
externes o u à des problèmes d e gestion interne, en
concluant avec eux des accords de bonne gestion e t en
leur accordant des prêts.
Ses ressources sont constituées par une souscription,
appelée quote-part, que chaque pays membre verse au
capital d u Fonds. Son montant dépend du poids écono-
mique d u pays, défini par l e piB e t l e volume de son
commerce extérieur. L e volume des prêts que peut
accorder le FMI est donc limité par son capital, ce qui a
motivé s o n augmentation à plusieurs reprises
88
depuis 1959. Des ressources additionnelles lui ont été
aussi apportées depuis 1961 par des concours financiers
apportés par certains Etats. Plus un pays souhaite
emprunter au Fonds (au-delà de sa première tranche de
tirage définie par le montant de sa quote-part), plus la
conditionnalité des prêts devient rigoureuse.
La Banque internationale pour la reconstruction et le
développement a été créée pour permettre la reconstruc-
tion d e l'Europe e n y finançant des investissements
productifs. Depuis la fin des années 1950, elle concentre
son activité sur les PVD, en y finançant des projets de
développement, à la fois par l'octroi de prêts à long terme
et par une assistance technique. Elle comprend 180 pays
membres en 1996 (ayant forcément adhéré préalablement
au FMI) e t emploie environ 7000 personnes. Ses res-
sources sont composées du capital que chaque membre
souscrit en fonction de son poids économique.
En 1956, elle crée une première filiale, la Société finan-
cière internationale (SFI), dont le but est de financer des
entreprises privées qui peuvent atteindre la rentabilité.
En 1960, une seconde filiale, l'Agence internationale de
développement (AID), apparaît. Sa création est motivée
par la nécessité d'aider l'Asie, et notamment l'Inde, à sor-
tir de sa pauvreté et de ses difficultés alimentaires. Finan-
cée par des dons effectués par une trentaine d e pays
industriels et pétroliers, l'AID est chargée d'octroyer des
prêts à très long terme (quarante ans) et à très faible taux
d'intérêt aux pays les plus pauvres (79 en 1995, au PNB
par habitant inférieur à 900 $). C e qu'on appelle la
Banque mondiale inclut donc la BIRD et ses filiales, la sFI
et l'AID notamment.
Depuis 1985, l a Banque mondiale est devenue le princi-
pal organisme d e prêts a u Tiers Monde. Elle engage
chaque année plus de 20 milliards de dollars dans une
cinquantaine de pays. En 1993, plus de 1800 projets,
représentant 370 milliards de dollars d'investissement (de
la part de la Banque, des agences d'aide et des PVD eux-
mêmes) étaient en cours de réalisation.
89
Face à l a crise d e l a dette, l a Banque mondiale e t le
Fonds ont été amenés à intervenir de plus en plus fréquem-
ment dans les finances des PVD, principalement par le biais
des programmes d'ajustement structurel. Mais leur mode
d'action est différent. Les programmes d u FMI consistent
essentiellement e n un retour à l'équilibre de la balance
des paiements « par le bas», c'est-à-dire par la compres-
sion des importations et de l a demande interne, le FMI
recherchant à tout prix l'équilibre des finances publiques
d u pays à court terme. Il s'appuie sur les ressources
disponibles pour octroyer ses prêts, d'une durée maxi-
mum de trois ans. Ses programmes instituent la rigueur
financière et l'austérité budgétaire, avec une forte réduc-
tion des dépenses publiques, ce qui a souvent un effet
récessif sur l'économie des pays les plus faiblement
industrialisés.
L a Banque mondiale, a u contraire, agit « par le
haut», c'est-à-dire par la relance des exportations. Elle
vise à restructurer l'offre pour mobiliser l'épargne
publique, notamment en agissant sur toute la partie du
secteur public qu'elle juge hypertrophiée ou improduc-
tive. La Banque octroie ses prêts non à partir de l'exis-
tant, mais en fixant des objectifs en termes de croissance
e t d e ressources. E l l e pénètre d o n c beaucoup plus
complètement dans l e fonctionnement même d u pays,
s'arrogeant u n droit de regard sur des secteurs extrême-
ment variés, mais son champ d'action e t les conditions
de ses prêts sont beaucoup moins restrictifs que ceux du
FMI. C'est ce qui fait fréquemment dire que le FMI fonc-
tionne en fait comme une banque, et l a Banque comme
u n fonds.
L e FMI e t l a Banque mondiale sont des créanciers
prioritaires: aucun État ne peut décider de suspendre le
remboursement des prêts que les institutions de Bretton
Woods lui ont octroyés, sous peine de se voir mis immé-
diatement a u ban de l a communauté internationale, avec
l'arrêt d e t o u s l e s financements extérieurs. Mais la
contrepartie du statut spécial des deux institutions, qui
90
fait notamment de la Banque un emprunteur particulier
sur le marché des capitaux, c'est que le montant des
prêts qu'ils octroient est limité par le montant de leurs
ressources. En 1986 le FMI a créé la Facilité d'ajustement structu-
rel, et, en 1988, la Facilité d'ajustement structurel ren-
forcée (FAS et FASR), où les deux institutions collaborent
étroitement pour accorder des financements préférentiels
(prêts à très long terme et à taux d'intérêt très faible)
aux pays pauvres dans le cadre de programmes écono-
miques triennaux. Mais l'existence du FASR est régulière-
ment compromise par l a réticence des grandes puis-
sances à reconduire leurs contributions. I l a fallu la
pression de ses deux principaux contributeurs, le Japon
et la France, et l'appui financier de 24 PVD, dont le
Chili, l'Inde, le Bangla Desh, l'Égypte et le Mexique,
pour y parvenir en 1994.
Le FMI et l a Banque mondiale ont donc une position
doublement ambiguë: i l s s e trouvent chargés de
résoudre ensemble l a crise d e l a dette des PVD, t o u t en
ayant deux fonctions contradictoires, d'une part veiller
au respect de l'orthodoxie financière tout e n favorisant
l e développement d e s PVD - est-ce compatible? -,
d'autre part assurer le respect par les PVD de leurs enga-
gements financiers t o u t étant eux-mêmes créanciers d e
ces derniers, avec, qui plus est, des ressources trop fai-
bles par rapport à l'ampleur des besoins à satisfaire.
Si l e FMI parvient, notamment grâce a u succès de
l'opération d e sauvetage a u Mexique e n 1995, à
convaincre les pays riches de la nécessité de renforcer les
moyens dont il dispose (il a été décidé fi n 1996 de multi-
plier par deux ses réserves mobilisables, en portant de
17 à 3 4 milliards d e dollars les Droits d e Tirage spé-
ciaux des nouveaux adhérents), l a Banque mondiale en
revanche c o n n a î t a u j o u r d ' h u i u n e g r a v e c r i s e d e
confiance. La reconduction des fonds de l'AID est de plus
en plus difficile à obtenir et le nouveau président de la
Banque, James Wolfensohn, nommé en 1995, reconnais-
91
Note:
Prettousderc
sait e n septembre 1996, lors d e l'Assemblée générale
annuelle de la Banque et du Fonds, que 35% des pro-
jets de la Banque « n'étaient pas satisfaisants» pour per-
mettre le développement.
B I B L I O G R A P H I E I N D I C AT I V E
La dette des Tiers Mondes, Marc Raffinot, La Découverte, « Repères »,
1993.
our les chiffres exacts et actualisés chaque année de la dette: Worl
e b t Tables, B a n q u e mondiale, publications d e l'OCD
92

Vous aimerez peut-être aussi