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Cours de Cultures Fruitieres

Ce document traite des arbres fruitiers, abordant leur organographie, cycle ontogénétique et techniques de culture. Il présente des cultures de fruits d'importance économique primaire comme les agrumes et le manguier, ainsi que des fruits secondaires tels que le goyavier et le mangoustanier. Les arbres fruitiers sont essentiels pour la santé humaine et l'économie, offrant des bénéfices variés allant de la consommation directe à l'utilisation industrielle.

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Cours de Cultures Fruitieres

Ce document traite des arbres fruitiers, abordant leur organographie, cycle ontogénétique et techniques de culture. Il présente des cultures de fruits d'importance économique primaire comme les agrumes et le manguier, ainsi que des fruits secondaires tels que le goyavier et le mangoustanier. Les arbres fruitiers sont essentiels pour la santé humaine et l'économie, offrant des bénéfices variés allant de la consommation directe à l'utilisation industrielle.

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Prof. Dr Ir Mumba Djamba Antoine, Ph. D.

Cultures fruitières – 3ième graduat FSA, UPN&UNITSHU 1

DEUXIEME PARTIE : ARBRES FRUITIERS


Introduction
0.0. Généralités
0.1. Organographie des espèces fruitières
0.2. Cycle ontogénétique des espèces fruitières
0.3. Rythme annuel de la végétation chez les arbres fruitiers
0.4. Interventions techniques pour diriger la croissance et la fructification
0.5. Techniques de culture des arbres fruitiers
0.6. Création du verger
0.7. Systèmes de culture et d’entretien
CHAPITRE I : CULTURES A FRUITS D’IMPORTANCE ECONOMIQUE PRIMAIRE
1.1. Agrumes
1.2. Ananas
1.3. Avocatier
1.4. Bananier
1.5. Manguier
1.6. Papayer
1.7. Anacardier
CHAPITRE II : CULTURES A FRUITS D’IMPORTANCE ECONOMIQUE SECONDAIRE
2.1. Annones
2.2. Carambolier
2.3. Ensète
2.4. Goyavier
2.5. Groseillier du Cap
2.6. Mangoustanier
2.7. Passiflore
2.8. Safoutier

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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2
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DEUXIEME PARTIE : CULTURES FRUITIERES

INTRODUCTION
On cultive les arbres fruitiers pour leurs fruits. Ils sont riches en vitamines et en sucre. Les
adultes et les enfants doivent manger des fruits pour être en bonne santé. Dans les villes, on vend
facilement les fruits et à bon prix.
Les usines peuvent acheter les fruits pour faire des boissons, sirop, jus de fruits et alcool. On
peut aussi faire des gâteaux ou de la confiture.
Les arbres fruitiers sont utiles. Ils donnent de l’ombrage quand il fait chaud. Quand il y a
beaucoup d’arbres, il y a moins de vent et le climat est plus frais.
Les arbres fruitiers permettent de lutter contre le soleil et ainsi l’eau reste pendant longtemps
dans le sol. Le sol ne sèche pas alors vite et quand les feuilles tombent, elles pourrissent et rendent le
sol riche en humus.
Dans cette partie de notes du cours, nous allons présenter d’abord les généralités sur la culture
des arbres fruitiers. Nous étudierons ensuite la culture de quelques uns : agrumes, ananas, avocatier,
bananier, manguier, papayer, etc. comme plantes à fruits d’importance économique primaire puis
annones, carambolier, ensète, goyavier, groseillier du Cap, mangoustanier, mûrier, passiflore,
safoutier comme plantes à fruits d’importance économique secondaire.
0.0. GENERALITES

0.1. Organographie des espèces fruitières


Les espèces ligneuses sont formées de deux catégories d’organes : les organes épigés qui sont
les parties aériennes et les organes hypogés qui sont les parties souterraines.

0.1.1. Les organes hypogés :

Dans le cas des plantes greffées, les organes hypogés appartiennent au porte greffe et le
système radiculaire remplit les fonctions suivantes : - maintien de la plante au sol (fixation), -
absorption des matières nutritives, - accumulation des substances de réserves dans la masse racinaire.
Les substances de réserve rendent l’arbre capable de supporter les chocs dus par exemple à la
transplantation, permettent la cicatrisation rapide des blessures et une émission rapide de nouvelles
radicelles. Le développement des racines est en corrélation avec le développement de la partie
aérienne.
La répartition des racines dans le sol dépend de l’espèce et parfois de la variété. Certaines
espèces ont un enracinement profond ou pivotant, ex. manguier, anacardier et d’autres ont un
enracinement traçant, ex. les agrumes.
La connaissance de l’enracinement d’une espèce est très importante parce qu’elle nous donne
des renseignements pour l’application des engrais et aussi sur la préparation du sol (profondeur du
labour lors des sarclages). C’est ainsi que quand on fait un labour de 15 cm, on sectionne environ
10% des racines.
Les racines ont une origine embryonnaire pour celles qui proviennent des semences, tandis
que celles qui proviennent de la multiplication végétative (bouture, marcotte) ont une origine
endogène (différenciation des cellules). La morphologie au début de ces deux types d’enracinement
est différente. Les racines provenant des semences sont moins ramifiées que celles provenant des
boutures p.e. (superficielles) et plus tard les deux catégories auront la même physionomie.
Lors de la transplantation ou du repiquage, on supprime généralement une partie du pivot et
cela provoquera une ramification plus rapide et plus superficielle permettant ainsi une bonne nutrition
de la plante. Toutefois, la suppression du pivot de même que le labour réduit la vigueur de l’arbre.
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0.1.2. Les organes épigés :
Ils sont formés de deux parties : le tronc et la couronne et dans le cas des plantes greffées, ils
appartiennent au greffon.
Les organes épigés ont pour fonction : de permettre la circulation des substances nutritives
(sève élaborée et brute), d’assurer la photosynthèse, de soutenir les feuilles et les fruits, d’assurer
l’accumulation des réserves qui aideront ainsi la plante à supporter les périodes difficiles (exemple
sécheresse) ou à refaire les organes perdus lors de la taille ou de la transplantation.
Le tronc est la partie de la tige qui va du collet jusqu’à la première ramification, ainsi pour les
arbres greffés, il est formé par une partie du porte greffe et du greffon.
La couronne est le prolongement du tronc, les branches du squelette, les rameaux, les feuilles,
les fleurs et les fruits. Les branches du squelette s’appellent les branches du premier ordre ou
charpentières, elles sortent de l’axe du tronc. Il existe les branches de 2 e, 3e, etc. ordre suivant leur
emplacement dans la couronne.
Les coursonnes sont des jeunes ramifications non encore lignifiées issues d’un bourgeon
végétatif portant des feuilles. Lorsqu’elles deviennent lignifiées (perte des feuilles), elles se ramifient
et on les appelle des branches ou des rameaux.
Le gourmand est une coursonne issue d’un bourgeon dormant qui a une croissance excessive
(des entre-nœuds très longs et des nœuds très peu marqués) portant des bourgeons très peu
développés. L’apparition des gourmands sur un arbre indique sa vieillesse ou elle peut être
provoquée par un accident naturel (cassure des branches) ou par un accident technique (taille
exagérée). Généralement, son apparition n’est pas utile parce que les gourmands sont des
consommateurs ainsi que chaque fois qu’on observe leur apparition, il faut les sectionner au point
d’insertion quand ils sont encore jeunes.
Sur les branches ou rameaux, il y a apparition des rameaux à fleurs ou à fruits, ils sont aussi
appelés branches fruitières (branchiblastes). Ils sont reconnus à partir des caractéristiques suivantes :
petites dimensions, forment un angle presque droit au point d’insertion sur la plante-mère, portent les
bourgeons à fleurs, sont très riches en substances de réserve, faible résistance mécanique, durée de
leur vie très courte et est souvent de 2 à 5 ans, très rarement 10 à 12 ans.

0.2. Cycle ontogénétique des espèces fruitières


On distingue plusieurs périodes d’âge : jeunesse, maturité, vieillesse. Pour les espèces
fruitières, on considère 6 périodes parce qu’elles ont une durée de vie très lente car il y a des arbres
qui peuvent vivre 5 – 15 ans voir même 100 ans.
0. Période de semence
1. Période de la jeunesse
2. Période de commencement de la fructification
3. Période de grandes récoltes
4. Période de fin de production
5. Période de vieillesse

1. Période de semence :
Elle commence à la fécondation de l’ovule et prend fin à la germination. Pendant cette
période, il y a une grande plasticité de l’embryon, donc il y a beaucoup de possibilités d’adaptation à
des nouvelles conditions de vie, mais pour les espèces multipliées végétativement, cette période
n’existe pas. Certaines espèces arboricoles présentent des dormances (régions tempérées) et les
semences issues des arbres des pays tropicaux ne présentent pas de dormances, on conseille de les
mettre en place immédiatement après leur extraction des fruits.
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2. Période de la jeunesse ou période de croissance parfois juvénile
Elle débute à la germination pour les arbres issus des graines, à la croissance pour des
greffons pour les arbres issus du greffage et elle se termine à l’apparition des premiers fruits. Elle
peut aller de 1 à 12 ans suivant les espèces. Ex. papayer 1 à 2 ans, anacardier 3 à 4 ans, avocatier 5 à
7 ans, mangoustanier 10 à 12 ans.
Particularités des plantes issues du semis : grande plasticité, grande affinité au greffage,
grand pourcentage d’enracinement des boutures, prédominance de la croissance des organes épigés et
hypogés, formation du squelette (branches de 1er et 2e ordre), manifestation forte de la polarité,
apparition des rameaux florifères (branchiblastes) à la fin.
Pendant cette période, on conseille des techniques culturales visant à stimuler la formation du
squelette de l’arbre et à accélérer la mise en fruits. Ces effets sont obtenus par l’application de la
taille et par la conduite des branches. Il faut appliquer aussi des engrais, les traitements
phytosanitaires et assurer l’arrosage.
3. Période de commencement de fructification :
Elle commence à l’apparition des premiers fruits et se termine à la récolte maximum. Elle
peut durer de 6 à 10 ans suivant les espèces.
Particularités : - caractères plus ou moins fixés, cependant on peut encore influencer la
qualité du fruit : couleur, dimension, époque de maturation, - polarité assez forte, - accroissement du
nombre de rameaux à fleurs par rapport à la période de croissance, - formation des branches de 4e et
5e ordre, - un phénomène nouveau se manifeste au début de la fructification : le nombre de fruits est
réduit et les dimensions de ces fruits sont plus grandes que celles des fruits normaux, ce n’est
qu’après plusieurs années qu’il y aura accroissement du nombre de fruits et son volume deviendra
normal. La quantité des fruits est en rapport avec le nombre de rameaux du squelette.
Les techniques culturales doivent viser : - continuer la formation du squelette, - assurer la
formation des rameaux à fleurs, l’approvisionnement en eau et en nourriture en grande quantité par
rapport à la période de la jeunesse et - continuer les traitements phytosanitaires.
4. Période de grandes récoltes ou période de pleine production
Elle commence par l’apparition des grandes récoltes régulières, c’est la période la plus
importante du point de vue économique. Elle peut durer de 10 à 25 ans en fonction de l’espèce. Elle
prend fin quand la récolte baisse définitivement.
Particularités : - intensité de la croissance diminue continuellement, - plasticité réduite, -
coursonnes atteignent chaque année des dimensions de plus en plus petites (10 à 15 ans), - les
branchiblastes sont de petites dimensions mais moins nombreuses, - chez les arbres non taillés, un
phénomène nouveau de rajeunissement naturel qui consiste à l’apparition des gourmands au niveau
des arcures apparaît, - desséchement des anciennes branchiblastes à tendance centrifuge (avance
chaque année vers l’extérieur, - irrégularité de la récolte chez certains arbres (grandes récoltes sont
suivies de petites récoltes ce qui n’est pas bon du point de vue économique)
Il faut alors intervenir techniquement : en apportant régulièrement des engrais et de l’eau,
diriger la charge annuelle des fruits, procéder régulièrement à la taille d’éclaircissement surtout sur
les branches du squelette qui commencent à vieillir.
5. Période de fin de production
Elle commence par la tendance à la diminution continuelle de la récolte et se termine au
moment où les sommets des branches du squelette commencent à se dessécher. Le desséchement a
une tendance centripète.
Particularités : - La croissance du squelette s’arrête presque complètement, - le
rajeunissement naturel se manifeste par l’apparition des gourmands, la fructification devient presque
irrégulière et il y a même diminution des dimensions des fruits, la culture n’est plus économique.
Les techniques culturales consistent à assurer l’eau et la nourriture, - appliquer la taille de
rajeunissement du squelette et les traitements phytosanitaires car l’arbre devient plus sensible aux
maladies et aux insectes.
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6. Période de la vieillesse
Elle commence par le desséchement centripète des branches du squelette et se termine à la
mort de l’arbre.
Particularités : - manque total de croissance terminale, cessation de la fructification, -
desséchement centripète continue chaque année, il y a même desséchement des gourmands, -
formation des derniers gourmands vers le collet, - la plante finit par mourir.

0.3. Rythme annuel de la végétation chez les arbres fruitiers


Ces modifications sont en corrélation avec les conditions climatiques pendant une année et
suivant ces changements, on distingue des étapes de repos et des étapes de végétation active.

0.3.1. Etape de repos


Elle est provoquée par la sécheresse (pays tropicaux) et par le froid (pays tempérés). La
croissance et la photosynthèse diminuent et cessent. Les autres fonctions vitales continuent (cas de
respiration et transpiration). Il y a certains changements qualitatifs qui peuvent s’opérer dans l’arbre
(formation des bourgeons floraux). C’est pour cela qu’on dit que ce repos n’est pas absolu mais
relatif car il y a certaines fonctions qui continuent à s’accomplir.
Du point de vue biochimique, on remarque plusieurs changements dans l’arbre pendant cette
période :
1. Augmentation de l’azote protéique et de l’azote total.
2. Augmentation de l’amidon (cette augmentation ne s’installe par directement, il y a
augmentation jusqu’ à un maximum avant le repos, puis un rabaissement dû aux transformations par
hydrolyse de cet amidon en sucre simple, puis une certaine augmentation de nouveau atteignant un
maximum d’après repos. On a remarqué que le deuxième maximum est de 25 à 30% par rapport à
celui d’avant repos. Cette diminution est due à : - la poursuite de la respiration, - aux racines qui
consomment aussi une partie de ces substances parce qu’elles entrent en repos un peu plus tard que
les autres parties de la plante et aux bourgeons à fleurs qui commencent à se former (cela nécessite
une certaine quantité de substances nutritives). C’est le moment propice pour réaliser la
transplantation des espèces fruitières.

0.3.2. Etape de végétation active


Elle est plus longue et plus complexe que l’étape de repos. Pendant cette étape, tous les
organes passent par plusieurs phases phénologiques (changements qui se suivent).
a) Phénophases des organes végétatifs
Ce sont les différents changements qui surviennent aux branches pendant cette période de
végétation active. Ce phénophase se subdivise en 4 phases : le débourgeonnement, la phase de
croissance intense, la phase de croissance ralentie et la phase de maturation des tissus (aoûtement du
bois).
a.1.) Le débourgeonnement est le commencement de la végétation. En ce moment, la
croissance est encore lente et elle est basée surtout sur les substances de réserves d’après repos.
a.2.) La phase de croissance intense : elle est caractérisée par l’élongation rapide des
ramifications et par l’apparition de nouvelles feuilles. Pendant cette phase, il y a des besoins accrus
en eau et en azote. Il n’y a pas d’excédents, toutes les substances synthétisées sont utilisées pour la
croissance. Cette phase survient ensemble avec la floraison.
a.3.) La phase de croissance ralentie : elle est caractérisée par la réduction du rythme de
croissance et des excédents des substances nutritives qui se déposent sous forme de réserves et ces
dépôts commencent toujours par la partie basale ce qui entraîne la différence de couleurs. Pendant
cette période, l’arbre montre de grands besoins en phosphore et en potassium. Cette phase survient
ensemble avec la croissance des fruits.
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a.4.) La phase de maturation des tissus : elle débute quand les dépôts commencent à
s’effectuer. Ces dépôts sont très intenses pendant cette période et avancent de la partie basale vers le
sommet. Il y a aussi de grands besoins en potassium et en phosphore. Après la maturation des fruits,
l’arbre entre de nouveau en période de repos des organes végétatifs.

b) Phénophases des organes fructifères


Elles comprennent tous les changements survenus à la vie de l’arbre à partir de la
différenciation des bourgeons floraux jusqu’à la maturité des fruits. On distingue 4 phases : floraison
et nouaison, croissance et développement des fruits, maturation des fruits et formation des bourgeons
floraux. Ces phases se passent ensemble avec celles des organes végétatifs.
b.1.) Floraison et nouaison des fruits : elle commence par le gonflement des bourgeons
floraux et elle se termine au moment de la fécondation lorsque l’ovaire atteint le double de sa
dimension initiale (d’avant fécondation). Chez la plus part des espèces horticoles, cette phase se
passe ensemble avec la phase de croissance intense pour les organes végétatifs. Le déclenchement de
la floraison est dû à l’humidité, cependant, on a remarqué que très peu de fleurs se transforment en
fruits. Ex. agrumes : 1-5%. Comme la floraison s’accompagne avec une respiration très intense, on
aura besoin de grandes quantités de substances nutritives et la tombée des fleurs traduit le manque
des éléments nutritifs. Il est recommandé d’approvisionner l’arbre en azote et en hydrates de carbone
pendant cette période.
b.2.) Croissance et développement des fruits : elle commence lorsque l’ovaire atteint le
double de sa dimension initiale et elle se termine à la véraison (étape de la formation du fruit qui est
atteinte quand les fruits ont 95% de leur dimension normale. Pendant cette période, les fruits ont 85%
de la matière sèche par rapport aux fruits normaux et 70-75% de pigmentation). Pendant cette
période, il y a un certain nombre de phénomènes qui surviennent aux fruits : croissance et chute de
ces derniers.
b.2.1.) Croissance des fruits : elle est d’abord très rapide et ensuite elle diminue lors de la
formation des graines et s’arrête même ; après elle reprend jusqu’ à la maturité. Il faut cependant
signaler que les agrumes font exception à cette règle, elles ne montrent aucun arrêt de croissance
pendant la formation des graines. Cette croissance est accompagnée par une respiration intense. Du
point de vue biochimique, cette phase est prédominée par le processus de synthèse : 1. la
photosynthèse car le fruit est encore vert ce qui fait qu’il possède les pigments chlorophylliens ; 2. la
formation de l’amidon dans le fruit, 3. la formation des acides organiques, 4. la formation des acides
tannants et 5. la synthèse des substances pectiques. Le fruit est dur et a un goût aigre. La formation
des fruits est influencée par les substances azotées, le nombre de graines existantes dans les fruits et
la quantité des glucides provenant de la photosynthèse.
b.2.2.) Chute physiologique et chute prématurée des fruits :
La chute physiologique des fruits survient pendant la croissance de ces derniers. C’est la
conséquence d’abord 1. d’une certaine concurrence pour la nourriture. C’est ainsi qu’un certain
nombre de fruits vont finir par tomber. Ceux qui résistent sont bien situés sur la couronne et ils sont
issus des premières fleurs fécondées. Ils ont une grande vitalité c’est-à-dire un grand nombre de
graines ; et ensuite 2. des conditions climatiques, par exemple : une sécheresse ou une humidité très
accentuées. En bref, la chute physiologique est un autoréglage de l’arbre qui se fait en fonction des
éléments nutritifs et suivant les conditions du milieu.
La chute prématurée arrive souvent après la chute physiologique et elle survient souvent au
début de la véraison. Or à ce moment, les fruits sont déjà développés ce qui entraîne une perte
considérable du point de vue économique. Cette chute peut être attribuée à : - sécheresse trop
prononcée pendant la véraison, - maladies, - irrigation exagérée après une forte sécheresse, - manque
de nourriture. Pour réduire cette chute, on procède à l’irrigation et à la fertilisation des plantes ;
parfois à une pulvérisation des hormones (ex. NAN = acide alfa naphtyl acétique à des concentrations
très faibles environ 0,01%).
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b.3.) La maturation des fruits est dominée par les processus d’hydrolyse :
- l’amidon se transforme en sucres solubles (ce qui donne le goût doux aux fruits) ;
- la protopectine se transforme en acide pectinique et en pectine (élasticité des fruits) ;
- la diminution de l’acide organique et des substances tannantes qui se sont développées
(enlève le goût aigre aux fruits) ;
- la disparition des chlorophylles des fruits (pas de photosynthèse) ;
- la synthèse des vitamines et des substances aromatiques.
On distingue trois types de maturité : maturité physiologique, maturité de récolte et maturité
de consommation.
La maturité physiologique survient au moment où les graines sont mures et sont capables de
germer.
La maturité de récolte est le moment optimum pour la cueillette des fruits, il y a accumulation
d’un grand nombre de vitamines et de substances aromatiques.
La maturité de consommation arrive au moment où le fruit dispose du maximum des qualités
gustatives.
Pour la plus part des fruits tropicaux, les trois maturités arrivent presque au même moment.
Ex. ananas, orange exception faite pour l’avocat, la banane lesquels sont récoltés à la maturité de
récolte. Chez le faux arbre à pain, la maturité physiologique arrive avant la maturité de récolte.
Les fruits sont divisés en deux parties : fruits climactériques et fruits sans non climactériques.
Les fruits climactériques (banane, mangue, avocat, tomate, ananas) sont ceux qui renferment encore
beaucoup d’amidon à la récolte (ceux qui renferment encore beaucoup d’amidon à la récolte =
maturité de récolte arrive avant la maturité de consommation) et ce n’est qu’après celle-ci que
commence l’hydrolyse : banane, avocat. Les fruits non climactériques (agrumes, raisin, fraise) sont
ceux chez lesquels la maturité de récolte arrive avec la maturité de consommation. Les premiers sont
avantageux du point de vue exportation tandis que les fruits sans phase climatique voient leur
commerce s’assurer difficilement.
b.4.) La formation des bourgeons floraux : cette phase débute avant la récolte. Les bourgeons
floraux sont à l’origine des bourgeons végétatifs car ils subissent une certaine différenciation. Celle-
ci s’opère avant même le repos. La durée de ces transformations dépend de l’espèce, de la
pluviométrie et de la richesse en éléments nutritifs. D’après Chouard, pour avoir une bonne
différenciation, il faut que le rapport C/N soit compris entre 10 et 20 c’est-à-dire il faut avoir
beaucoup d’hydrates de carbone. D’après Ursunleco, si le rapport d’azote protéique sur l’azote total
est d’environ 70%, on aura une bonne différenciation. Il faut cependant noter qu’une croissance
excessive va à l’encontre de la bonne différenciation. Une grande récolte va aussi à l’encontre d’une
bonne différenciation parce qu’il y aura irrégularités des productions pendant la période de grandes
productions.

0.4. Interventions techniques pour diriger la croissance et la fructification


Les interventions techniques ont pour but de : - stimuler le développement des arbres ayant une
faible vigueur et – diminuer le développement de ceux qui ont une vigueur trop intense. Ces
interventions sont surtout conseillées pendant la jeunesse afin de tempérer la croissance exagérée et
de stimuler la fructification tandis que pendant la vieillesse on va chercher à stimuler la croissance.
Les interventions techniques sont de deux catégories : les interventions chirurgicales et les
interventions non chirurgicales. Les interventions chirurgicales sont celles qui provoquent des
blessures, des coupes (taille des branches, écussons, pincement et décortication annulaire).
La taille est une opération qui consiste à couper un rameau. Elle a pour conséquences : -
changement des rapports entre les parties aériennes et les parties souterraines, - changement des
positions des bourgeons sur une branche favorisant ainsi le départ des autres bourgeons ce qui va
entraîner d’abord – la stimulation de la croissance (on a enregistré une corrélation entre la sévérité de
la taille et la croissance) et ensuite – le retard sur la production (la taille retarde la fructification par
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ajournement de la phase de grandes productions. En général, la taille sera plus sévère quand l’arbre
est plus âgé.
Modalités de la réalisation de la taille : on distingue 2 types de taille : taille de
raccourcissement (diminution de la longueur) et taille de suppression (on enlève la branche entière).
La taille de raccourcissement est conseillée pendant la période de repos. On distingue une taille
longue et une taille courte ; elle est dite longue quand on coupe ¼ ou 1/3 de la branche tandis qu’une
taille courte coupe 2/3 ou ¾ d’une branche, donc une taille sévère. La taille courte sera déconseillée
parce qu’elle retarde trop la fructification. La taille longue par contre, a de très bons effets parce
qu’elle consiste à enlever surtout la portion herbacée avec ses feuilles jeunes et cela a pour effets : -
favoriser le départ de beaucoup d’épiblastes différentes (bourgeons à fleurs), - favoriser
l’accumulation de la matière nutritive ce qui entraîne une augmentation de la production. Il est à noter
que le bourgeon terminal a un effet inhibiteur sur les autres bourgeons.
La taille longue est conseillée pendant : - la croissance intense pour former le squelette de
l’arbre, - la croissance ralentie et cela a pour effet de favoriser la maturation des branches
(aoûtement) (car on arrête le plus vite la croissance ce qui entraîne l’économie des substances
nutritives).
La taille de suppression consiste à enlever toute une branche au point d’insertion. La coupe
doit être tangente presque et la suppression a pour effets : de stimuler la croissance générale de
l’arbre, - de favoriser l’entrée de la lumière et de l’air et d’éliminer une des branches qui régénère.
En résumé : pour la période de jeunesse, on va réaliser une taille qui permet la formation du
squelette solide et bien équilibré. Cette taille est appelée taille de formation. Pendant la maturité, on
conseille de réaliser une taille qui permet de diriger la fructification et la production, c’est la taille
d’entretien. En fin de production (vieillesse), on pratiquera la taille qui permet la formation des
nouveaux rameaux, c’est la taille de régénération.
Les interventions non chirurgicales consistent surtout à conduire les branches :
- la verticalisation : consiste à ramener une branche à la position presque verticale. C’est une
intervention qui est rarement utilisée parce qu’elle retarde la fructification.
- l’inclinaison des rameaux : ramène les rameaux en position presque horizontale ou même un
peu en dessous de cette position. Elle ralentit la croissance mais favorise la fructification.
- l’arcure des branches : consiste à courber une branche comme pour l’inclinaison. Elle ralentit
la croissance et favorise la fructification.
Généralement, la conduite des branches est rarement utilisée.

0.5. Techniques de culture des arbres fruitiers


Pour avoir des arbres fruitiers, on peut acheter les jeunes plants dans une pépinière ou dans
une station de recherche fruitière. On peut aussi les faire pousser soi-même à partir d’un ou plusieurs
arbres. Quand on fait pousser beaucoup de plants à partir de quelques arbres, c’est ce qu’on appelle la
multiplication. On multiplie les arbres de plusieurs façons : par semis, par boutures, par marcottes et
par greffes.
0.5.1. La multiplication par semis : multiplier la plante par semis voudrait dire semer les
graines de l’arbre que l’on veut avoir. Pour cela, il faut d’abord commencer par choisir les semences.
Il est très important de bien choisir les semences. On choisit les plus beaux fruits des arbres
qui produisent beaucoup. On prend les graines des fruits quand ils sont mûrs. On doit choisir les
semences des arbres forts et qui ne sont pas malades pour éviter les parasites et les maladies. Si vous
n’avez que des arbres malades, on peut prendre les semences de ces plantes à condition de les
tremper pendant cinq minutes dans un mélange d’insecticide et de fongicide. L’insecticide tue les
insectes et le fongicide soigne les plantes contre les maladies. Ensuite, on fait sécher les semences à
l’ombre.
Il vaut mieux semer d’abord les semences en pépinière comme pour les cultures maraîchères
car les jeunes plants demandent beaucoup d’entretien : sarclages, arrosages, traitements, ombrage,
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etc. Ces travaux sont plus facilement faits en pépinière que dans la plantation ou dans le verger (le
champ où on plante les arbres fruitiers).
Etablissement d’une pépinière
On choisit un sol riche en humus près de la maison pour des facilités de surveillance et
d’arrosage. On enlève toutes les pierres et les mauvaises herbes. Puis on bêche en mettant dans la
terre du compost ou du fumier. On fait par la suite des planches : des bandes de terre bien préparées.
On laisse un petit chemin de 50cm de large pour séparer les unes des autres pour permettre de
marcher ou de pousser la brouette. La longueur des planches peut être de 5m et 1,20m de large. On
tracera ensuite des sillons peu profonds sur les planches à laissant 25cm entre chaque sillon. On sème
ensuite les graines dans les sillons. On couvrira ensuite les graines avec de la terre fine. On ne fait pas
de sillons pour les grosses graines : manguiers, avocatiers, etc. On les sèmera à des distances plus
grandes. Le semis peut se faire aussi en sacs en plastique troués et quand on plante les arbres dans le
verger, ils gardent la même terre autour des racines.
0.5.2. La multiplication par boutures : Une bouture est un morceau de tige. Par exemple, le
manioc se multiplie par boutures. Il y a de fois quand une plante vient d’une graine, ses fruits ne sont
pas toujours bons, même si la graine vient d’un arbre bon. C’est parce que la fleur qui a donné le
fruit a peut-être été fécondée par le grain de pollen d’un arbre mauvais. La multiplication par bouture
est meilleure que la multiplication par semis parce qu’elle donne un jeune plant qui ressemble tout à
fait à la plante-mère. Elle a les mêmes qualités et les mêmes défauts que la plante-mère c’est-à-dire
celle qui a donné la bouture. Il est à noter qu’on ne peut pas multiplier tous les arbres de cette façon.
0.5.3. Le marcottage : Le marcottage est une multiplication d’une plante par marcottes. Il ne
réussit pas avec tous les arbres fruitiers. Il réussit avec le goyavier, le litchi. La marcotte est une
branche d’arbre sur laquelle on fait pousser ses racines dans la terre et ensuite on la sépare de l’arbre,
on la plante dans un sac, dans un panier ou dans une pépinière. Il y a plusieurs façons de faire le
marcottage : en archet, en butte et en l’air.
0.5.4. Le greffage : Le greffage consiste à mettre un morceau de branche ou de tige sur un
jeune plant. Le morceau de branche s’appelle greffon, le jeune plant s’appelle porte-greffe ou sujet.
Au cas où le greffage réussit, le greffon et le porte-greffe restent collés ensemble et forment une seule
plante. Le porte-greffe donne les racines de la nouvelle plante et le greffon donne les branches, les
feuilles et fruits. On pratique le greffage par exemple chez le manguier parce que si on met dans la
terre le noyau d’une grosse mangue, le nouveau manguier donne rarement des grosses mangues.
C’est parce que les fleurs du premier manguier ont peut-être été fécondées par le pollen d’un
manguier qui donne seulement des petites mangues. Si on greffe un jeune manguier avec le greffon
d’un arbre qui donne des grosses mangues, le nouveau manguier donne toujours des grosses
mangues, c’est pourquoi la multiplication par greffe est meilleure que la multiplication par semis. On
greffe les arbres qui ne peuvent pas être bouturés tels que le manguier et l’avocatier. Il est à noter que
les arbres greffés produisent rapidement et ils donnent des fruits deux ou trois ans après la plantation
or les arbres non greffés donnent des fruits après 5 ou 6 ans seulement. Il y a plusieurs façons de
pratiquer le greffage : par approche, en fente, en écusson, et en cheval. Quand le greffage réussit, on
fait le sevrage, c’est-à-dire on sépare le greffon de l’arbre qui l’a donné.
0.5.4.1. Production des porte-greffes
- Préparation du germoir : On demande de réaliser un très bon labour, - éviter de laisser les
débris végétaux sur le terrain ce qui pourra entraîner la pourriture des racines, - incorporer une grande
quantité de matière organique bien décomposée (fumier + compost). Cette opération se fait 1 ou 1,5
mois avant le semis. Pour le semis, on prépare une planche une planche de 1,20m à 1,50m de largeur,
de préférence il faut ombrager le germoir ; pendant la saison des pluies ou quand on a peu de lumière
qui entre, il faut enlever l’ombrage. Actuellement, on a tendance à utiliser des sachets, des pots ou
des paniers cela a pour avantage d’avoir moins de chocs lors de la transplantation. Le semis se fera
de préférence pas trop profondément suivant l’espèce. Il faut assurer de l’eau en abondance.
- Pépinière : Le repiquage survient quelques semaines après le semis et c’est en fonction de
l’espèce. Agrumes : 4 -24mois, papayer : quelques semaines. La préparation de la pépinière : - labour
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car les plantules restent pendant un temps long (50 – 70cm) ; - incorporation de beaucoup de
matières organiques ; - le choix du terrain pour la pépinière est très important, il faut que ce sol
permette la formation des mottes pendant l’arrachage, il faut alors un sol argileux 20-30% de limon ;
20-30% argile et 25-60% sable. Il faut éviter un sol trop argileux.
- Repiquage proprement dit : Il commence par – l’arrachage des plantules dans les germoirs
avec mottes en amenant toutes les racines puis on effectue un triage ; grouper les plantes suivant leur
dimension pour avoir une bonne uniformité dans la pépinière, éliminer les plantules malades ou
plantules à col de cygne (pas de croissance normale), aussi celles qui ne possèdent pas toutes les
caractéristiques de l’espèce ; - le toilettage ou déshabillage : consiste à réduire les parties aériennes
des plantules, on peut enlever les premières feuilles et sectionner les autres à moitié, on conseille
aussi de rabattre les plantules ayant plus de 30cm de long (tailler). Le toilettage de la partie
souterraine consiste à limiter la longueur du pivot soit à 18-40cm. On arrange ensuite les blessures
c’est-à-dire faire des coupes bien nettes pour faciliter la cicatrisation ce qui peut donner un bon
départ ; le pralinage : consiste à plonger le système radiculaire dans une boue assez épaisse
constituée par de l’argile et des bouses (fientes) des vaches (1/2 :1/2). Cette opération a pour
avantage : éviter la dessiccation des racines, - les excréments renferment certaines hormones qui
activent la cicatrisation des blessures et permet le développement des racines ; - la mise en place :
c’est enterrer la plantule jusqu’au niveau du collet. Il faut bien tasser autour de la plantule. On
conseille de très bien arroser après la plantation. Pour les agrumes, on veillera de temps à temps à
enlever les branches qui se forment pour préparer le greffage, avoir un tronc long. A un mois avant le
greffage, on demande de réaliser un pincement pour favoriser le grossissement du tronc ce qui
permet aux plantules d’atteindre plus vite le diamètre exigé pour le greffage. Pour les agrumes : 6-8
mois après le repiquage qu’on peut le réaliser.
0.5..4.2. Obtention des arbres greffés : Le greffage utilisé est celui en écusson. On attend deux
semaines si le greffon est toujours vert, on a réussit. Il faut intervenir de la manière suivante : couper
le porte-greffe à 15cm du point de greffage pour favoriser le départ du bourgeon greffé sous forme de
pousses, après on enlève les autres pousses qui se forment, on essayera d’orienter cette pousse, à
devenir droit (verticaliser) (la partie de 15cm s’appelle onglet ou chicot, elle donne l’orientation au
bourgeon).
0.5.4.3. Transplantation ou culture proprement dite : Elle peut se faire avec ou sans motte. –
Arrachage à racines nues : avantages : - réduction du poids et du volume à transplanter, - terre de la
pépinière non trop détruite, la couche arable reste sur place, - le travail d’arrachage est plus rapide et
plus facile ; inconvénients : plantule exposée au dessèchement, -la plus part des radicelles et poils
absorbants sont détruits, pour y pallier on conseille de faire le pralinage, bien effeuiller totalement,
rabattage des arbres jusqu’ à ¼, mettre vite en place, en cas de retard on recommande de mouiller les
plantules sous la terre d’habitude sous un ombrage où elles seront arrosées copieusement.
Arrachage avec motte : avantages : - meilleure conservation des radicelles et poils absorbants,
- bonne protection de la plantule contre le dessèchement, - on conseille d’arracher la plantule avec le
plus de motte possible. Cette méthode est la plus conseillée, si le transport des plantules se fait par
avion, on demande de bien emballer les mottes.

0.6. Création du verger


Un verger est champ d’arbres fruitiers. Pour le créer, il faut commencer par :
1. Choix du terrain : on conseille un terrain satisfaisant aux exigences de la culture et de
préférence, un terrain plat, mais il y a de fois où l’on peut utiliser des terrains en pente.
2. Choix de la variété : on choisit une variété adaptée aux conditions de culture. On conseille
aussi les variétés à haut rendement et celles donnant des fruits de qualité supérieure.
3. Aménagement du terrain : tracer les chemins d’exploitation – déterminer les parcelles
rectangulaires de préférence : 300 à 600m de long contre 200 à 300m de large ce qui donne de 6 à
16ha. Si on se trouve sur un terrain en pente, on doit prendre des mesures anti-érosives, d’abord
comme première mesure : - mettre en place avec une grande densité. L’aménagement se fait de la
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manière suivante : pente de 3-14-18% : il y a 2 méthodes de travail : - formation des digues ou –
aménagement des canaux pour diminuer l’érosion. Pente de plus de 14 à 18% jusqu’ à 30% : on
conseille de faire d’abord des terrasses individuelles au lieu des terrasses continues.
4. Préparation du terrain : défrichement, défoncement (labour de 50 à 70cm).
5. Choix de la densité et du dispositif de plantation : les écartements varient d’abord suivant
les espèces (papayer 3 x 3m, oranger 6 x 6m), ensuite suivant la vigueur de la variété considérée,
vigueur du porte-greffe, climat, suivant la richesse du sol, du système de culture (pure ou
intercalaire). On a plusieurs types de dispositifs : - en rectangle ou en carré, ils réduisent l’érosion, -
en triangle équilatéral : un bon exploit du terrain, - en triangle isocèle : est très efficace contre
l’érosion et est souvent utilisé sur terrains en pente.
6. Creusement des trous de plantation (trouaison) : on conseille des dimensions de 60 x 60cm,
la profondeur varie suivant le développement de la plante. Le moment de la plantation est surtout au
commencement de la saison de pluies. Si on tient à la réaliser en saison sèche, il faut prévoir de
l’ombrage et des arrosages.

0.7. Systèmes de culture et d’entretien

0.7.1. Systèmes de culture


Il existe deux systèmes de culture : culture pure et culture mixte.
0.7.1.1. Culture pure : elle consiste à planter une seule espèce d’arbres fruitiers sur un terrain.
Ce système donne une grande fructification et des fruits de haute qualité. On y distingue 3 variantes :
système de culture pure classique, système de culture avec haies fruitiers et verger pâturage.
- Système de culture pure classique : est le plus répandu et le plus utilisé. On met en place les
arbres avec les écartements recommandés. On se réfère au système d’entretien de la culture.
- Système de culture avec des haies fruitiers : n’est pas très répandu. Il commence à prendre
beaucoup d’ampleur il y a un certain temps. On utilise des densités très élevées 4 à 5 fois celle de la
normale. Entre les lignes, on aura des écartements normaux et sur la ligne, ils forment presque des
haies. L’entretien se fait globalement et la récolte est souvent mécanisée. Ce système donne des
rendements très élevés mais la durée de la culture est réduite. Comme avantages, ce système donne
de grandes récoltes avec la possibilité de mécanisation.
- Verger pâturage : c’est encore au niveau expérimental. Ce système a été inventé en 1965. Il
utilise des densités encore plus élevées que celles utilisées même dans les pépinières. Dans ce
système, quand le greffon atteint 15 à 20cm de longueur, on pulvérise avec les substances chimiques
qui retardent la croissance. On a fait des essais avec des pommiers : en première année, il y a eu
apparition des fleurs ; la deuxième année, on a appliqué encore le produit pour éviter la formation de
beaucoup de branches pendant la formation des fruits, après on passe avec les machines et on coupe
tout (récolte mécanisée). Cela donne des rendements élevés. On procède à la fertilisation, puis il y a
des pousses, on applique les produits qui retardent la croissance et ainsi de suite.
0.7.1.2. Culture mixte : Les arbres sont plantés à des écartements un peu grands que les
écartements normaux et on sème d’autres cultures entre les lignes. On conseille de cultiver les
légumineuses ou les cultures vivrières. Ici, on essaie d’avoir très vite de l’argent qu’on a perdu.
Toutefois, il y a risque de briser les racines des arbres fruitiers et l’entretien de ces derniers ne se fait
pas convenablement.

0.7.2. Entretien des cultures et travaux du sol


Il existe plusieurs systèmes d’entretien et de travail du sol : sol nu travaillé, enherbement
permanent, sol nu travaillé plus engrais vert, système de cultures intercalaires, paillage permanent et
la non culture ou sol nu non travaillé.
1. Sol nu travaillé : consiste à maintenir le verger sans végétation. On enlève toutes les
mauvaises herbes et on entretien le sol avec des charrues. Avantages : - une bonne conservation de
l’eau du sol, - amélioration du régime en air ce qui favorise l’activité des microorganismes aérobies, -
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nitrification est favorisée. Désavantages : - une grande partie des racines est coupée, - la structure
du sol devient très mauvaise perdant ainsi la matière organique, - pour les terrains en pente, on
favorise l’érosion, - il peut y avoir création de semelle de labour, - on obtient généralement des fruits
non colorés parce que la nitrification est rapide (il y a beaucoup d’azote). Ce système est conseillé
dans les régions à faible précipitation et terrains à plat. On conseille de faire le plus superficiellement
possible les travaux du sol.
2. Enherbement permanent : consiste à ce que le sol soit couvert d’une végétation naturelle ou
artificielle (ex. caféier). Avantages : - enrichissement du sol en matières organiques provenant des
herbes qui meurent, - protection contre l’érosion, - formation d’une bonne structure du sol par suite
de la matière organique, - les fruits sont en général bien colorés. Désavantages : concurrence entre les
herbes et les autres arbres en ce qui concerne l’eau et les matières nutritives, - aération du sol est plus
faible, - les racines des arbres ont tendance à se retrouver à la surface du sol, - la nitrification est plus
lente par rapport à la première méthode. Cette méthode est recommandée dans les régions à grande
pluviosité et sur les terrains en pente. Il faut y apporter quelques améliorations : - rabattre de temps à
temps ces herbes surtout pendant la petite saison sèche, - labourer le sol autour de l’arbre, - sarcler
toutes les mauvaises herbes, déraciner soit pendant toutes les trois années.
3. Sol nu travaillé plus engrais vert : on laisse le sol nu comme au point 1 (sol nu travaillé), on
va le travailler par la suite, puis semer les engrais verts à croissance rapide entre les lignes. Au début
de la floraison des engrais verts, on les enfouit. Généralement, on a remarqué que la méthode donne
des très bons résultats mais elle est assez coûteuse. Ce système est recommandé dans les régions où
il y a alternance entre saison de pluie et saison sèche. Dans ce cas, la culture des engrais verts se fait
pendant la saison de pluie et l’enfouissement pendant la saison sèche.
Système de cultures intercalaires : c’est comme au point 3 (sol nu travaillé plus engrais verts).
Au lieu de cultiver les engrais verts, on cultive les légumes ou d’autres plantes. Avantage :
récupération plus rapide de l’investissement. Désavantage : concurrence en matières nutritives avec
les arbres.
5. Paillage permanent : le sol est d’abord travaillé puis recouvert avec une couche de mulch.
Ce paillage peut être constitué par la sciure de bois, du café ou d’autres herbes. On conseille une
couche de 10 à 15cm. Avantages : - grande quantité de matière organique, - il n’ y a pas tassement du
sol assez constant, - il n’ y a pas présence de mauvaises herbes, - température du sol assez constante,
grande quantité d’humidité. Désavantages : méthode assez coûteuse surtout dans une région où il n’ y
a pas beaucoup de végétation, - difficulté pour amener toute cette masse, - les racines se forment trop
superficiellement ce qui entraîne un renouvellement du paillage.
6. Sol nu non travaillé : Avantages : - évite la modification de la structure du sol, le sarclage se
fait par des herbicides pour détruire les mauvaises herbes et – diminue le coût d’exploitation.
Désavantages : - favorise l’érosion, - accumulation des herbicides avec le temps pouvant nuire à la
santé des arbres.

0.7.3. Choix des méthodes d’entretien ou des systèmes de culture


Le système d’entretien peut varier au cours du développement de l’arbre. C’est ainsi que
pour :
a) des vergers jeunes, on va adopter les méthodes suivantes :
- En régions très pluvieuses : système de cultures intercalaires ; quand on est sur terrain
en pente, on va utiliser la méthode d’enherbement permanent mais seulement sur les interlignes.
- En régions peu pluvieuses : sol nu travaillé avec engrais verts.
b) des vergers en période de fructification,
- En régions très pluvieuses : sol nu travaillé plus engrais verts, en pente on utilisera le
système d’enherbement permanent.
- En régions peu pluvieuses : système de paillage ou sol nu travaillé ou sol nu non travaillé.
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0.7.4. Fertilisation :
Les besoins des arbres en substances minérales varient en fonction de l’âge. Pendant la
jeunesse, les besoins sont peu réduits par rapport à la période de maturité. Les besoins d’un arbre en
matières nutritives varient aussi pendant le cycle annuel (période de repos et période de croissance).
Il existe deux méthodes d’application des engrais : - méthode sur tout terrain et – méthode
d’engrais donné d’une manière localisée.
Méthode sur tout terrain : c’est la méthode du sol nu non travaillé. Généralement, cette
méthode est très peu utilisée parce qu’en arboriculture on utilise des grands écartements.
Méthode d’engrais donné d’une manière localisée : il existe 4 variantes :
1. En cercle : on fait la projection de la couronne et on place les engrais légèrement enfouis à
l’intérieur du cercle projeté par la couronne. C’est dans cette zone qu’on trouve beaucoup de racines,
donc un profit maximum d’éléments nutritifs. Cette méthode est utilisée sur terrains plats tout comme
sur terrains en pente.
2. En fossés circulaires : on creuse des fossés circulaires autour de l’arbre qu’on remplit de la
matière organique plus engrais. Toutefois, cette méthode détruit trop de racines. Comme avantages, il
y aura beaucoup de petites ramifications qui exploiteront rapidement la matière organique.
3. En fossés en carrés : comme en 2, au lieu de creuser des cercles, on creuse des carrés. Cette
méthode est facilement mécanisable.
4. Méthode en trous : elle est surtout appliquée dans les régions en pente. Il y a moins de
risque d’érosion.
Les deux premières variantes (en cercle et en fossé) sont les plus utilisées.
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CHAPITRE I : CULTURES A FRUITS D’IMPORTANCE ECONOMIQUE PRIMAIRE


1.1. Agrumes
1.1.1. Origine
Le Sud-est asiatique (bordure sud-est de l’Himalaya, l’Assam, le nord de la Birmanie) est
principalement le centre d’origine des agrumes. L’hybridation naturelle, étant très fréquente dans ce
groupe, a favorisé l’apparition de certaines espèces dans des sites différents. Le bergamotier (C.
aurantium spp. bergamia) qui serait un hybride du bigaradier (C. aurantium) et du limettier acide (C.
aurantifolia) est connu depuis du 18ième siècle dans le sud de l’Italie pour son huile. Le clémentinier a
vu le jour en Algérie suite à une hybridation du mandarinier commun (C. reticulata) avec un
bigaradier. Le tangor (C. reticulata var. ortanique), est un hybride naturel du mandarinier et de
l’oranger (C. sinensis), est probablement originaire de la Jamaïque. De nombreux mandarinier et
oranger ont également été crées pour la plupart en Floride et en Californie. Le pomelo ou grapefruit,
C. paradise, provient d’une mutation de bourgeon ou d’une hybridation du pamplemoussier (C.
grandis) dont les graines auraient été introduites des Indes orientales dans les Caraïbes vers 1650. Le
pomelo a été reconnu dans les Antilles au 18ième siècle et il s’est répandu ensuite en Floride, en
Californie et au Texas.
Il semble que les agrumes ont été diffusés au Moyen-Orient, puis dans les pays
méditerranéens par les voies commerciales dès l’antiquité. Les inventions arabes à partir du 7ième
siècle en Afrique du Nord et en Afrique orientale contribuèrent à assurer la propagation. Les croisées
les trouvèrent en Palestine et en Sicile, où on cultivait vers l’an 1.000. Les commerçants génois et les
Portugais jouèrent également un rôle primordial dans la diffusion tout autour de la Méditerranée.
C’est à partir du bassin méditerranéen que les agrumes se sont répandus dans le monde. Les
Portugais introduisirent l’oranger en Guinée d’où il se répandit largement dans la région du Fouta-
Djalon. Les premiers orangers furent introduits en Afrique du Sud en 1654 en provenance de Sainte-
Hélène. En Haïti, ils ont été importés en 1493 par Christophe Colomb avant qu’ils ne soient introduits
par les Espagnols en 1565.
Exception faite pour les mandariniers, les agrumes se sont répandus dans presque toutes les
régions tropicales et subtropicales à la fin du 16ième siècle. Leur implantation en Australie remonte
seulement à 1788. L’extension du mandarinier qui bien que très anciennement connu et cultivé en
Extrême-Orient, ne se réalisa qu’à partir du début du 19ième siècle.

1.1.2. Description
Le mot agrumes est un nom collectif désignant les seules espèces utilitaires du genre Citrus L.
et de deux genres voisins (Fortunella Swing. et Poncirus Raf.) appartenant à la sous tribu des
Citrinae, à la sous-famille des Aurantioideae et à la famille des Rutaceae. Il s’applique aussi bien aux
arbres qu’à leurs fruits. Les trois genres possèdent tous le même nombre de chromosomes (2n = 18).
La hauteur atteinte par l’arbuste ou l’arbre est de 5 à 15 m. Ils sont pourvus d’épines longues et dures
sur les semenceaux et les gourmands. Les rameaux fructifères sont soit dépourvus d’épines soit
pourvus de petites épines à l’aisselle des feuilles. Le tronc est habituellement unique et cylindrique.
En l’absence de taille de formation, les jeunes plants se ramifient abondamment et présentent un
aspect buissonnant plus ou moins sphérique ou conique. A cause de la dominance marquée du
bourgeon terminal sur les bourgeons axillaires, le développement de rameaux très vigoureux ou
gourmands est caractéristique des agrumes. La frondaison est dense en raison d’une ramification
abondante à chaque poussée végétative, à l’exception des citronniers (C. limon Burn. F.) et des
cédratiers (C. medica L.).
Le type racinaire des agrumes est pivotant. Les arbres semés en place possèdent un seul pivot ;
ceux en culture, plusieurs fois transplantés, en présentent plusieurs. Le réseau secondaire ne se
développe que dans la partie supérieure entre 0,15 et 0,80 m de la surface du sol.
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Les feuilles sont généralement persistantes (sauf chez P. trifoliata Raf. à feuilles caduques et
ses hybrides à feuilles semi persistantes). Celles du genre Citrus sont simples et habituellement
minces, avec un pétiole plus ou moins ailé. Le genre Poncirus est caractérisé par la présence de
feuilles à trois folioles palmées.
Les fleurs sont solitaires ou en grappes. Elles se forment sur la pousse apparaissant
immédiatement après le repos végétatif. Les fleurs sont généralement blanches et sont plus ou moins
teintées de pourpre chez certaines espèces (C. aurantifolia Swing. et C. limon Burn. F.). Chaque fleur
se compose d’un calice formé de 3 à 5 sépales soudés, d’une corolle composée le plus souvent de 5
pétales libres, d’un verticille de 20 à 30 étamines soudées par leurs filaments en paquets de 3 ou 4 et
d’un pistil reposant sur un disque nectarifère.
Les fleurs sont hermaphrodites et présentent le phénomène de protandrie. La pollinisation peut
être directe, indirecte ou croisée. Dans ce dernier cas, le grain de pollen peut provenir d’un arbre
appartenant à une variété ou une espèce différente. L’autopollinisation entre arbres du même clone
existe également.
Deux périodes de floraison principales existent en zone tropicale. La première se situe après la
période fraîche. Il s’agit d’une floraison naturelle que l’on peut accentuer artificiellement par la
pratique du stress hydrique. La seconde, et la plus importante, s’observe peu après la reprise de la
saison des pluies.
Le fruit des agrumes s’appelle hespéride. C’est une baie pluriloculaire. Il présente une
structure particulière, inconnue chez les autres plantes. Il est oblong à sphérique, de couleur verdâtre
à orangé. L’écorce (le zeste) est constituée d’une partie colorée, la flavédo, et d’une masse
blanchâtre à texture spongieuse, l’albédo. Le flavédo contient des glandes à huiles essentielles. Le
caractère distinctif réside dans la structure très singulière de l’endocarpe. Celui-ci, issu de la
transformation de l’ovaire, se compose de 5 à 18 carpelles (quartiers ou segments) remplis de
vésicules contenant du jus et d’un nombre de graines variables.
Les graines (ou pépins) se trouvent dans la partie centrale du fruit et sont formées à partir de
deux rangs d’ovules placés sur les cotés de l’angle formé par les cloisons (septa) des carpelles. Leur
forme et leur nombre sont des caractéristiques variétales. Les graines ne contiennent pas de
l’endosperme, les cotylédons sont blancs, sauf chez le mandarinier qui a les cotylédons verts.
Exception faite pour le pamplemoussier (C. grandis) et du cédratier (C. medica L.), les
agrumes produisent des graines polyembryonnées. Cette caractéristique s’avère très intéressante pour
la multiplication. Un seul embryon est issu de la fécondation et a donc une constitution génétique
provenant par moitié de chacun des parents. Les autres embryons (généralement 5 à 6) proviennent
de la multiplication des cellules du nucelle (tissu nutritif dans l’ovule) et reproduisent exactement les
caractères de la plante mère. Une graine polyembryonnée produit donc plusieurs tiges, la tige
provenant de l’embryon sexué étant la moins vigoureuse.

1.1.3. Classification
Chez les agrumes, l’interfertilité est largement répandue. C’est ce qui a occasionné de
nombreux croisements intervariétaux et intergénériques. Ces croisements naturels au cours de
l’évolution expliquent les difficultés rencontrées au niveau de la systématique des agrumes.
Les agrumes ayant un intérêt alimentaire :
L’oranger : C. sinensis (L.) Osbeck, est l’espèce du genre Citrus la plus cultivée. Il demande
un repos végétatif ou une baisse de la température nocturne pour colorer ses fruits. Dans les
conditions tropicales de plaine, les fruits présentent généralement les caractéristiques suivantes : peau
adhérente de couleur jaune verdâtre, pulpe juteuse et douce, septa relativement épaisse. Les variétés
cultivées sont innombrables. On les rattache à trois groupes selon les caractéristiques des fruits :
oranges navel, oranges blondes et oranges sanguines. Les oranges navel ou ombilic résultent d’une
formation des carpelles additionnels se développant à l’extrémité de l’axe centrale dans l’ovaire. Ces
fruits se différencient également par la texture croquante de leur pulpe, la facilité de séparation des
quartiers, la bonne qualité gustative et la présence de peu ou pas de pépins. Ce groupe est peu adapté
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aux régions tropicales chaudes et continentales. Les fruits présentent une tendance au
grossissement rapide. La variété Washington appartient à ce groupe.
Le groupe des oranges blondes : à part les oranges communes multipliées par semis direct, il
contient des variétés vigoureuses, productives, à fruits de petits à moyens calibres renfermant le plus
souvent des pépins. Les variétés conseillées sont Hamelin (vigoureux et très productif, fruits à peau
lisse), Valencia Late (grande facilité d’adaptation, très bonne pollinisatrice, tardive), Marss Early
(bon comportement en zone sèche) et Pineapple (très juteuse, très peu spermé).
Les oranges sanguines contiennent les pigments anthocyaniques responsables de la coloration
de l’épiderme et de la pulpe. Ces pigments n’apparaissent que sous certaines conditions climatiques.
Ce groupe est très peu conseillé en zone tropicale.
Le citronnier : Citrus limon (L.) Burm. f. porte les fleurs teintées de pourpre et groupées en
bouquets. Les jeunes pousses végétatives sont violacées. Le citron, de forme ovale, est terminé par un
mamelon à maturité. La peau est adhérente aux quartiers, colorée en jaune à maturité et pourvue de
nombreuses glandes oléifères. Elle est rugueuse et plus épaisse que celle de la lime. La pulpe est
acide, de texture fine, riche en acide citrique. Le fruit contient généralement peu de graines. Le
citronnier est l’espèce de Citrus le plus sensible à la gommose. La variété la plus connue est Eureka.
Le pomelo : les feuilles du pomelo ou grapefruit, C. paradis Macfad. ont des pétioles plus
étroitement ailés et glabres que ceux du pamplemoussier, C. grandis (L.) Osbeck, qui a les pétioles et
les rameaux pubescents. Les fruits sont produits en grappes. Comparés à ceux du pamplemoussier, les
fruits du pomelo ont la taille inférieure, l’écorce plus fine et la pulpe plus tendre et juteuse. Les
pépins à cotylédons blancs sont polyembryonnés tandis qu’ils sont monoembryonnés chez le
pamplemoussier. Le pomelo est l’espèce la mieux adaptée aux régions arides et chaudes. Il y a des
variétés à chair jaune (Marsh), à chair rose (Red Blush) et à chair rouge (Star Ruby).
Le limettier : C. aurantifolia Swing., a des petits fruits et est caractérisé par la production de
fruits petits à moyens, à peau lisse, très mince et adhérente. La pulpe juteuse, très acide de couleur
verdâtre présente un arome parfumé caractéristique. La production locale est habituellement
concentrée sur le limettier mexicain. Ce limettier, à fruits ronds ou ovales, de petite taille, possède de
nombreux pépins, est multiplié par semis et cultivé franc pied. Il présente une grande sensibilité à la
virose appelée triteza. Ses fruits furent utilisés anciennement comme remède au scorbut (carence en
vitamine C) pour les grandes traversées.
Le mandarinier : La mandarine (C. reticulata Blanco) est très appréciée par les
consommateurs en raison de sa saveur particulière et de la faible adhérence de sa peau. Elle trouve
une place de choix sur le marché local dans les régions tropicales. La variété Ponkan est une variété
distincte de la mandarine qui est utilisée actuellement et dont les fruits ont la peau non adhérente. La
mandarine commune est caractérisée par un aplatissement aux deux pôles, une peau fine et non
adhérente et une pulpe juteuse et tendre. Cette espèce a perdu beaucoup de son importance en raison
de l’abondance de ses pépins. Elle est cependant encore régulièrement multipliée dans les pépinières
tropicales.
Le clémentinier est caractérisé par un port en boule, un feuillage dense et une bonne précocité
de ses fruits. Les feuilles sont pétiolées avec un pétiole court. L’absence de pépins, la peau d’un
orange rougeâtre, brillante et facilement pelable, le jus abondant et parfumé rendent les clémentines
très attractives. La culture du clémentinier demande beaucoup de soins. Il doit être cultivé en masse
homogène pour ne pas déprécier son fruit car la fécondation croisée engendre la formation de pépins.
C’est un arbre exigeant du point de vue fertilité et présentant une mise à fruit difficile. Sa production
reste plus favorable en zone côtière à moindres amplitudes thermiques.
On rencontre des mandariniers non hybrides qui comportent un certain nombre de variétés :
Murcott, Dancy, Ponkan, Carvalhal et King of Siam.
Le tangelo (C. reticulata x C. paradis) et le tangor (C. sinensis x C. reticulata) sont des
mandariniers hybrides naturels ou crées aux Etats-Unis. Les variétés de tangelo qui se rapprochent
des mandariniers présentent un intérêt commercial. Celles qui sont plus connues sont Orlando et
Minneola. Ces variétés sont auto-incompatibles comme le clémentinier.
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Le cédratier : C. medica L. est un arbre ou arbuste caractérisé par de grandes feuilles
ovales de couleur vert clair, pourvues de pétioles courts et sans ailes. Les fruits, aux formes bizarres,
verruqueux, pèsent en moyenne 1 kg. Ils ont un albédo très épais et charnu qui adhère aux quartiers.
Les pépins sont monoembryonnés. Le cédratier est le seul Citrus sp. qui peut être multiplié par
bouturage.
Les kumquats : Fortunella spp., sont des arbustes buissonnants, de 3 à 4 m de hauteur. Les
fleurs solitaires sont blanches et odorantes. Les fruits sont de petite taille, à 3 à 6 locules, à peau et
albédo tendres et comestibles. L’arbuste est très résistant au froid mais il produit également en climat
tropical. Il y a deux espèces de kumquat à fruits ronds, F. japonica (Thunb) Swing, et le kumquat à
fruits ovoïdes, F. margarita (Lour.) Swing. La variété Marumi appartient à la première espèce tandis
que la variété Nagami adhère à la deuxième.
Les agrumes ayant un intérêt comme porte-greffe : L’utilisation de porte-greffe s’est
généralisée en agrumiculture vers le milieu du 19ième siècle suite aux dégâts occasionnés par la
gommose sur les agrumes francs pied. Ces porte-greffes sont généralement des variétés sauvages, peu
intéressantes sur le plan alimentaire.
Les qualités essentielles d’un bon porte-greffe pour les agrumes peuvent être résumées
comme suit : bonne résistance à la gommose et aux principales maladies cryptogamiques, adaptation
à une gamme aussi large que possible de sols, association greffon/porte-greffe tolérante aux viroses
(surtout le tristeza), une multiplication et un élevage faciles en pépinière, un effet favorable du porte-
greffe sur le greffon (mise à fruit, productivité, qualité et calibre du fruit). Aucune espèce d’agrumes
ne combine toutes ces qualités.
Parmi les agrumes ayant un intérêt comme porte-greffe, on peut citer : le bigaradier (C.
aurantium L.), C. macrophylla W., C.volkameriana Pasq., Mandarinier Cléopâtre, Poncirus trifoliata
Raf., Hybrides de P. trifoliata et C. sinensis, Citrumello 4475, Rough lemon, limettier Rangpur,
oranger de semis. Les trois derniers porte-greffes sont tolérants à la tristeza et ont une bonne
productivité mais ils ne sont pas conseillés comme porte-greffe en raison de leur sensibilité à la
gommose.

1.1.4. Aire de culture


La production mondiale d’agrumes était estimée à 85 millions de tonnes en 1988 dont 8,3
millions en Afrique (Pauly et al., 1988). L’aire de culture actuelle est très vaste mais est étendue
sensiblement hors des limites de la zone d’origine sous des conditions différentes de climat.
Actuellement, elle se situe en grande partie dans les régions subtropicales à climat méditerranéen.
Plus de 50% d’agrumes cultivés le sont sous un climat aride or le territoire d’origine connaît les
pluies de moisson d’été qui dépassent souvent 1.200 mm par an.
L’agrumiculture prend également de l’extension en Afrique tropicale et en Amérique centrale,
aux Antilles, aux Philippines et en Indonésie. Les pays les plus importants en Afrique tropicale sont :
Nigeria, Afrique du Sud, Guinée, R.D.C., Zimbabwe, Madagascar, Sierre Leone, Angola, Swaziland,
Kenya, Tanzanie, Soudan, Sénégal et Mozambique. Une certaine production se trouve également
concentrée au niveau des villages et des circuits commerciaux qui sont organisés à partir de celle-ci.

1.1.5. Exigences écologiques


Le climat : Les agrumes peuvent supporter des températures comprises entre – 4 et 52° C
sans subir de dégâts. La seule limitation à la diffusion des agrumes est le facteur climatique, plus
précisément les températures basses qui ont pour effet principal de provoquer le repos végétatif.
Pendant la végétation, l’optimum de croissance se manifeste entre 20 et 30° C et l’activité végétative
est pratiquement arrêtée à 36° C.
Les agrumes en zone tropicale ne présentent habituellement pas une coloration jaune orangé
de la peau, mais plutôt jaune pâle avec des zones plus ou moins importantes de vert. La coloration
jaune orangé provient de la disparition progressive de la chlorophylle au profit de pigments colorés.
Ceci se produit quand le climat est caractérisé par des écarts importants entre les températures
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journalières et nocturnes. Les pomelos font cependant exception à cette règle. Leur coloration
résulte d’une pigmentation différente et est favorisée par des températures élevées. L’oranger et le
mandarinier exigent une saison fraîche avec des températures moyennes inférieures à 13° C pendant
15 jours à 3 semaines pour que les fruits atteignent toutes leurs qualités organoleptiques et coloration.
Il en résulte que la qualité des fruits produits en zone tropicale est différente de celle des mêmes fruits
produits en climat subtropical.
Les écarts entre la pleine floraison et le début de maturité des fruits dépendent de la
température. Cet écart est de 7 à 7,5 mois pour les zones subtropicales et de 6 à 6,5 mois pour les
zones équatoriales. L’ensoleillement doit être d’au moins 2.500 heures par an, mais les agrumes
supportent très bien des insolations de plus longue durée (jusqu’ à 3.500 heures).
Les agrumes ne supportent pas les vents surtout ceux qui sont chauds et secs car ils peuvent
endommager les feuilles et les fruits.
Les agrumes exigent, en moyenne 1.200 mm de pluies par an régulièrement répartie mais se
montrent peu sensible à la sécheresse de l’air. Malgré leurs besoins en eau, l’adaptation au aux
climats secs est bonne. Il suffit de maintenir le sol de 60 à 70% de sa capacité de rétention d’eau.
Le sol : Les agrumes peuvent être cultivés dans les sols pouvant varier dans des proportions
relativement importantes (de sols sableux aux sols lourds). L’élément primordial constitue le drainage
associé à la perméabilité et à l’aération. Les sols doivent avoir une profondeur utile d’au moins 1,5
mètre. On peut cultiver les agrumes à des pH très variables de 5 à 8. Ils sont cependant sensibles aux
carences minérales (Fe, Zn, Mn). L’eau d’irrigation ne doit pas contenir des éléments les plus nocifs
tels que les chlorures, le sodium, le magnésium et le bore.

1.1.6. Culture
Multiplication : Les agrumes ne se multiplient pas par semis direct pour des raisons
suivantes : impossibilité de multiplier par semis les variétés aspermes, descendance hétérogène des
variétés monœmbryonnées, sensibilité à la gommose. La production des plants greffés d’agrumes
dans des conditions tropicales peut se réaliser sur une période de 12 mois. En tenant compte de
certaines contraintes, une organisation adaptée permet de suivre un calendrier où chaque opération
culturale est impérativement liée à l’époque bien précise. La partie qui traite de la conservation des
graines, du germoir ou carré de semis, du carré de repiquage ou pépinière de greffage et du greffage
sera vue dans les T.P.
Aménagement du terrain : * La préparation du terrain est une opération qui s’avère très
importante en zones tropicales mais dans les régions de savane on se borne à faire enlever les
quelques épineux et arbustes isolés qui pourraient exister. – On doit veiller à détruire les souches pour
éviter le risque de développement de pourriture des racines. La faible couverture restante sera
retournée dans le sol par un labour ou par défaut par un simple hersage. – Dans les sols sableux, on
ne doit pas envisager un défoncement préalable de la parcelle. Le tassement dans ce type de sol
n’offre jamais un obstacle à la pénétration des racines sauf si des concrétions latéritiques existent à de
faibles profondeurs.
* La disponibilité en eau : La disponibilité en eau et les moyens d’exhaure doivent être
déterminés dès le départ afin de pouvoir estimer la superficie à planter. On établit cette détermination
de l’importance des installations hydrauliques par rapport aux besoins de la période de pointe.
Plusieurs méthodes d’irrigation existent, mais le type soudanien est le plus couramment utilisé en
zones tropicales. Ici, l’eau est amenée au pied de chaque arbre au moyen des tuyaux flexibles
déplacés manuellement et reliés à une motopompe aspirant directement dans un puits ou un bassin de
retenue. On irrigue autour de l’arbre sur une surface réduite sans que l’eau ne touche le tronc. Dans
les régions où les ressources en eau sont faibles, les sols sensibles à l’érosion ou en pente, on recourt
à l’irrigation par aspersion. Ce système est à proscrire quand on dispose d’eaux salées ou limoneuses.
Les particules déposées sur les feuilles provoquent des brûlures parfois graves. L’irrigation à la
goutte à goutte est très économique au niveau de la main d’œuvre et du volume d’eau utilisée, ce
système est toutefois à proscrire si l’on craint des eaux très chargées en particules ou ferrugineuses.
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* Le brise-vent : Les agrumes se montrent plus sensibles à l’action des vents de tous les
arbres fruitiers. L’orientation des agrumes commande le dispositif de brise-vent et l’orientation des
plantations. Le dispositif de brise-vent devrait être installé plusieurs années avant la plantation. Les
espèces à choisir devront tenir compte de la disponibilité et des conditions locales (Prosopis sp.),
Eucalyptus sp., Filao sp., Leucena sp., bougainvillier). On peut également y préconiser la plantation
d’espèces fruitières plus rustiques (anacardier, C. aurantifolia, manguier). Les lignes de brise-vent
principales seront orientées perpendiculairement aux vents dominants et espacées d’environ 100 m
(l’effet de brise-vent se répercute sur 15 à 20 fois sa hauteur). Il faut calculer la distance entre le
brise-vent par rapport à la ligne d’arbres la plus proche pour éviter toute concurrence au niveau
racinaire et permettre aux véhicules et instruments agricoles de tourner aisément. On conseille un
minimum de 8 m.
Etablissement de la plantation : * Densité : On ne peut pas établir les densités de plantation
de manière stricte. Elles dépendent de plusieurs facteurs dont la variété, les possibilités d’irrigation, le
climat, le sol, sans oublier le type de porte-greffe qui peut influencer la vigueur du plant. – D’une
manière générale, les citronniers et les pomelos seront plantés à des écartements supérieurs à ceux
des orangers. Les mandariniers se satisfont de densités plus élevées. On doit envisager des densités
extrêmes de 110 arbres/ha (9 x 10m) pour les pomelos à 238 arbres/ha (6 x 7m) pour les
clémentiniers. – La répartition des différentes espèces et variétés doit également tenir compte de la
direction des vents dominants : dans les zones les plus exposées : on plantera des pomelos puis des
citronniers et limettiers. – Le dispositif de plantation est aussi au choix. On peut choisir entre le
dispositif en carré (culture manuelle) ou en rectangle (culture mécanisée). Ce dernier dispositif
facilite le déplacement des engins agricoles. Le dispositif en quinconce dans lequel sont décalés
d’une demi-longueur sur la ligne est apprécié en culture manuelle en raison d’une disposition
favorable des arbres au niveau de leur croissance.
* Trouaison : La réalisation du piquetage se fera par quadrillage à partir de deux bases
perpendiculaires et non pas par reports successifs de la distance de plantation. – Le but de la
trouaison est de faciliter l’enracinement de l’arbre en profondeur. Elle se réalise manuellement en
creusant des trous de 80 cm de côté et de profondeur. Le point de plantation repéré par piquetage doit
se trouver au centre du trou. – La trouaison se fait généralement quelques mois avant la plantation. Le
trou est ensuite comblé après lui avoir incorporé des engrais de fond et des amendements destinés à
améliorer la qualité physique de l’environnement immédiat des racines. On recommande des apports
minimums suivants : 50 à 70 kg de fumier ou compost, 4 kg de phosphate tricalcique et 2 kg de
sulfate (ou mieux du patent kali, un engrais contenant de la potasse et du magnésium). On y ajoutera
un nématicide (p.e. ethoprophos). – Au cas où il ne pleut pas pendant la préparation de la trouaison, il
est conseillé d’arroser les trous après rebouchage pour réduire les poches d’air et éviter ainsi à la tige
de s’enfoncer par suite du tassement.
* Plantation : Les plants peuvent être en général transplantés dans le verger 12 à 15 mois
après le semis du porte-greffe. En conditions tropicales, l’arrachage du plant doit être effectué en
motte pour éviter la dessiccation trop rapide résultant des températures excessives. – La meilleure
époque de plantation en climat tropical se situe un mois avant la saison des pluies. La plante peut
ainsi profiter d’un cycle optimal de croissance durant sa première année de développement.
L’ancrage du système racinaire sera ainsi réalisé dès le début de la saison des pluies et le plant
bénéficiera d’un environnement climatique ainsi que d’un milieu nutritif attractif. En suivant cette
recommandation, le planteur peut avancer d’une année sa première récolte. En régions équatoriales,
le problème saisonnier est plus négligeable. – L’orientation des vents dominants détermine celle des
lignes de plantation. Le plus grand couloir doit être orienté dans le sens des vents dominats afin de
diminuer l’effet dépressif sur les arbres et l’existence de tourbillons dans les parcelles.
* Brise-vent : Si on n’a pas prévu des brise-vent avant la plantation, il faut assurer au moment
de la plantation une protection individuelle de chaque arbre en recourant à des abris temporaires.
Ceux-ci peuvent consister en panneaux d’herbes sèches de la savane. Ceux-ci seront accolés par deux
à environ un mètre du point de plantation dans la direction des vents dominants. Ils peuvent assurer
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une protection durant les deux premières années de plantation pour favoriser une croissance
régulière des branches charpentières.
Entretien : * Cultures intercalaires : La tenue de la trésorerie cumulée d’une exploitation
agrumicole reste habituellement négative durant les dix premières années. Il en découle donc une
incapacité financière à pouvoir gérer pareille entreprise sauf si l’on recourt exclusivement à des fonds
propres. C’est pourquoi, l’intervention d’un crédit bancaire dans ce secteur ne pourra recevoir
suffisamment de garanties sans la complémentarité avec d’autres cultures. – Une association avec le
maraîchage ou une autre culture fruitière à cycle court (papayer, ananas, bananier) peut être réalisée
durant les quatre premières années de plantation. Cette association permet également d’obtenir une
trésorerie positive, hors amortissement, dès la première année de plantation. – Lorsque la plantation
entame sa période de production, généralement à partir de la 4ième année, on peut pratiquer le semis
de légumineuses de couverture (Pueraria javanica, Flemingia rhodocarpa).
* Irrigation :
En milieu tropical, l’état de dormance des agrumes ne peut être obtenu que par une période de
sécheresse prolongée. Les agrumes locaux cultivés sans irrigation se mettent à fleurir peu après les
premières pluies (comme le manguier pour lequel la floraison n’intervient qu’après quelques mois de
saison sèche). En culture intensive irriguée, selon l’époque de fructification désirée, l’arrêt des
irrigations pourra être réalisé plus ou moins tôt. Généralement, la floraison se déroulera un mois après
la reprise des irrigations. La pratique d’un stress hydrique artificiel peut s’avérer une solution
intéressante pour l’étalement de la floraison et par conséquent de la récolte. –A part la disponibilité
en eau, la qualité de l’eau utilisée est très importante pour une bonne croissance des cultures. Cette
qualité dépend des sels qui y sont dissouts. L’évaluation de celle-ci se fonde sur la détermination des
quatre critères suivants : la salinité totale, la teneur en bore, la teneur en sodium et la teneur en
bicarbonate. Pour les agrumes, on a défini un certain nombre de seuils critiques. Les limites suivantes
ont été adoptées : bore < 0,5mg/l, (Na x 100)/Na + Mg + Ca) < 60méq/l. Si les analyses décèlent des
valeurs légèrement supérieures à ces seuils : augmentation des doses d’irrigation pour favoriser le
lessivage des sols, emploi d’engrais et d’amandements calcaires. Les sols à texture sableuse peuvent
supporter un taux plus élevé de sodium échangeable avant que leur état physique ne se détériore. Il en
est de même pour les sols ayant une bonne teneur en matières organiques.
* Taille : Les agrumes n’ont pas une nécessité absolue de taille. Ils possèdent une faculté
naturelle de mise à fruit. De plus, leur floraison apparaît sur le bois de l’année même, c’est-à-dire sur
les repousses émises à la reprise de la végétation. La taille tend cependant à maintenir une forme
harmonieuse afin que les fruits aient une meilleure exposition aux rayons solaires et une cueillette
plus facile. – On peut appliquer la taille de formation et la taille d’entretien. (Cfr. T.P.)
Fertilisation : La fumure améliore la culture et le poids des fruits. Ce phénomène est
particulièrement marqué au niveau de certains éléments mineurs. L’épandage des engrais est limité à
la frondaison et se réalise manuellement. – Les éléments les plus importants exportés par les fruits
sont le potassium (plus de 40%), l’azote (20 à 25%) et le calcium (environ 20%). La fumure
d’entretien est basée sur un apport de sulfate de potasse (50g au m2), de superphosphate de chaux (50
à 60g au m2) et de sulfate de potasse (50g au m2). L’azote est particulièrement important au moment
de la floraison. Les apports seront fractionnés en trois périodes : 50% avant la floraison, 25% après
celle-ci et 25% pendant les mois les plus chauds pour éviter le risque de lessivage dans les climats à
saison humide marquée. Les carences en azote se manifesteront par le jaunissement et le
dépérissement de l’arbre. Si c’est la potasse, il se produit des anomalies dans la coloration des feuilles
qui se dessèchent à leur extrémité et les fruits éclatent parfois avant maturité. – Lors de la formation
des fruits, il est recommandé d’incorporer un engrais facilement assimilable, tel le nitrate de potasse
en dilution dans l’eau (330g/100 l). Une pulvérisation foliaire à base d’urée (46% N) peut être
réalisée au début de nouaison à une concentration de 0,5% (0,9kg d’urée/100 l d’eau). – Des apports
complémentaires de fumier, au minimum tous les deux ans (50kg pour arbre adulte), remédient aux
éventuelles carences. – Après la carence en azote, c’est la déficience en élément mineur zinc qui se
rencontre le plus fréquemment en citriculture. Elle se manifeste par une chlorose internervaire
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laissant voir les nervures de façon très apparente. Cette carence se rencontre surtout dans des sols
sableux et des sols alcalins. Elle est corrigée par des pulvérisations foliaires de sulfate de zinc (30 à
35g/10 l d’eau). Une carence en magnésium est neutralisée par l’application de patent kali (30% K2O,
10% de MgO, 42% SO3) en fumure d’entretien ou par des pulvérisations foliaires de nitrate de
magnésium (120g/10 l d’eau).
Travaux d’entretien : Les travaux d’entretien seront pratiqués très superficiellement parce
que le système racinaire utile des agrumes est proche de la surface du sol. Les herbes autour des
arbres seront sarclées à la main. – En régions tropicales humides où les problèmes de ressources en
eau se posent avec acuité, l’enherbement permanent du sol avec des légumineuses de couverture est à
conseiller. Les sarclages seront plus fréquents et plus soignés durant l’année qui suit le semis de la
plante de couverture de façon à permettre à la légumineuse de se développer aux dépens de plantes
adventices. Le rabattage, au début de la saison sèche de Pueraria se fait manuellement en
l’empêchant notamment de grimper aux arbres. En agrumiculture intensive, on utilise des herbicides
par exemple, le bromacil, le diuron, le simazine, le glyphosate pour éliminer les mauvaises herbes
annuelles et pérennes surtout sur la ligne de plantation. Pour éviter un effet toxique potentiel sur les
arbres (à système racinaire superficiel), on ne les applique pas dans de jeunes vergers.
Récolte : Le début de la récolte surviendra, à partir de la floraison, dans un délais de 5 à 6
mois pour le citronnier, 6 à 7 mois pour les orangers et mandariniers, et 7 mois pour les pomelos. –
En associant les différentes variétés, la récolte d’un verger d’agrumes doux peut être étalée sur une
période de 200 jours. En complément des agrumes doux, la production peut être complétée par le
limettier local, non greffé, et par le limettier de Tahiti, greffé. Dans ces conditions, l’installation d’un
verger d’agrumes offre les possibilités, sous les conditions de climat tropical, d’assurer la période de
récolte tout au long des 12 mois de l’année.

1.1.7. Maladies et ravageurs


Maladies :
Maladies cryptogamiques : - Fonte de semis : causée par les champignons Phytophtora spp.
,Fusarium spp et Rhizoctonia solani. Ces champignons peuvent attaquer seuls ou en association les
graines en germination et les plantules qui flétrissent et y meurent. La lutte préventive consiste en des
mesures culturales (sol aéré et bien drainé) ainsi qu’un traitement fongicide de semence (thirame,
captane) et une désinfection du sol avant le semis, par exemple du métam-sodium qui est également
un nématicide. - Gommose : provoquée par Phytophtora spp. et se manifeste par une pourriture des
racines, la desquamation de l’écorce au niveau du collet et du tronc et par une exsudation de gomme
aux sites infectés. La lutte curative consiste en un nettoyage et une désinfection des plaies à l’aide de
métalaxyl ou produit cuprique. En prévention, il est recommandé d’assurer un bon drainage, de ne
pas planter trop profond, d’irriguer en doubles cuvettes pour que le tronc reste sec, de ne pas
endommager l’écorce lors de l’entretien et de choisir des porte-greffes peu sensibles comme l’oranger
pour le citronnier et P. trifoliata et C. volkameriana pour les autres espèces. – Cercosporiose : causée
par Pseudocercospora angolensis, attaque la plupart de Citrus spp. mais les citronniers sont moins
sensibles. La maladie est caractérisée par des taches brunes entourées d’un halo jaune sur les feuilles
et les fruits atteints et ceux fortement atteints tombent et les fruits sont inconsommables. La lutte
consiste en des pulvérisations de fongicides tels que les dithiocarbamates, les benzimidazoles et le
chlorothalonil, dès le stade de la nouaison. – Anthracnose : est due Colletotrichum gloeosporioides
et est caractérisée par des taches nécrotiques sur les feuilles et sur l’extrémité des jeunes pousses qui
peuvent mourir ensuite ainsi que par des lésions brunes sur les fruits. La maladie est souvent associée
un affaiblissement général de l’arbre et des piqûres d’insectes sur les fruits. En pépinière, les jeunes
plantes sont parfois fortement attaquées. - Gale : la gale des agrumes est une maladie verruqueuse des
rameaux, des feuilles et des fruits. Elle est causée par Sphaceloma fawcettii (télémorphe Elsinoe
fawcettii) occasionnant de protubérances liégeuses plates de couleur brunâtre. Les feuilles et les fruits
attaqués se déforment. On recommande les mêmes fongicides que pour lutter contre l’anthracnose. –
Fumagine : saprophyte qui pousse sur le miellat excrété par les pucerons, les aleurodes et certaines
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cochenilles. Les feuilles et les fruits sont recouverts d’une pellicule noire d’où le nom fumagine.
Cette couche interfère dans l’activité photosynthétique de l’arbre. Le contrôle des insectes assure une
disparition graduelle de la fumagine. – Moisissures : elles sont vertes ou bleues et dues Penicillium
spp. qui envahissent les fruits mûrs blessés. Afin d’éviter ces pourritures, il faut récolter dès que les
fruits atteignent la maturité et éviter de les blesser.
Viroses : Beaucoup de virus s’attaquent aux agrumes et causent des dégâts graves de par le
monde. Elles sont transmises par la propagation végétative ou par les pucerons. – Triteza : est la plus
importante maladie virale qui a entraîné la mort de millions d’arbres (greffés sur orange amer) en
Amérique du Sud dans les années 1930. Les symptômes varient avec les variétés et les conditions
culturales. Les feuilles jaunissent, les rendements diminuent, les rameaux et ensuite l’arbre entier
meurent. La lutte consiste en l’utilisation du matériel certifié sain et une combinaison greffon/porte-
greffe tolérante la maladie. A l’exception du citronnier, toutes les espèces greffées sur bigaradier
sont sensibles. On les greffe de préférence sur C. volkameriana et sur le citrange Carrizo. _ Les autres
viroses d’agrumes sont : la psorose, l’exocortis et la xyloporose. Elles sont caractérisées par la
desquamation, des craquelures ou des fentes de l’écorce du tronc et des branches charpentières et un
jaunissement et recroquevillement des feuilles suivi du dépérissement de l’arbre. Seule l’utilisation
du matériel certifié non infecté et un choix de porte-greffe résistant peuvent prévenir ces maladies. –
Le greening : est dû une bactérie du phloème et est une maladie des agrumes se manifestant en
régions d’altitude moyenne. Elle est transmise par le vecteur Trioza erytreae (Psyllidae). Il n’y a pas
de porte-greffe résistant. Les feuilles des arbres infectés deviennent chlorotiques comme déficient en
zinc. Les fruits sont amers et déformés et ne se colorent pas uniformément. La production décline
progressivement. La lutte consiste en l’utilisation de matériel de greffage certifié sain, la désinfection
des outils de la taille, la protection des arbres contre le psylle l’aide d’organophosphorés et
l’éradication des arbres atteints.
Ravageurs :
Insectes : Plusieurs insectes parasitent les agrumes. – Les cochenilles : occasionnent des
dégâts importants. Les plus communes sont : Aonidiella aurantii (Diaspididae), Coccus hesperidum
(Coccidae) et Ferrisia virgata (Pseudococcidae). Elles s’alimentent de la sève engendrant une
réduction de vigueur de l’arbre. La lutte chimique consiste en pulvérisant haut volume des huiles
minérales additionnées d’un insecticide organophosphoré. Les cochenilles surtout celles qui
produisent du miellat sont protégées contre leurs ennemis naturels par les fourmis qui se nourrissent
de celui-ci. La lutte biologique implique donc d’interdire aux fourmis l’accès aux arbres par un
épandage d’une poudre insecticide atour du pied ou même en colorant les troncs d’une peinture
réfléchissante. – Mouche des fruits : causée par Ceratitis capitata (Diptera), pond ses œufs en
dessous de la peau des fruits mûrissant et les larves (asticots) se nourrissent de la pulpe. L’installation
des pièges phéromones permet de traiter partir d’un seuil de tolérance (25 mouches attrapées dans
un délais d’une semaine) avec du mélange d’hydrolysat de protéines (attractif) mélangé au fenthion,
malathion ou diméthoate. En lutte classique, on pulvérise intervalles de 10 14 jours dès le début de
la coloration jaune des fruits. Les fruits tombés sont ramassés et enfouis ou détruits. – Ver rose : est
une chenille (Cryptophlebia leucotreta, Lepidoptera) qui ressemble au ver de coloration rosée avec
une tête brune, contrairement à la larve de C. capitata qui est entièrement blanche. Le corps du ver
rose peut atteindre jusqu’ 15mm de longueur. Après l’éclosion, la larve pénètre dans les fruits et y
creuse une galerie au centre. Les fruits atteints pourrissent et tombent. L’installation de pièges
phéromones, permet de suivre la dynamique de la population et permet ainsi de traiter aux moments
propices avec un pyréthrinoïde approprié. Une récolte sanitaire précoce des fruits piqués ainsi que le
ramassage des fruits tombés sont recommandés. – Chenille défoliatrice : Papilio demodocus
(Lepidoptera), peut causer de graves dégâts au niveau de la pépinière. Son aspect varie avec l’âge.
Elle est semblable à une déjection d’oiseau à l’état jeune. Elle devient verte avec des taches brunes à
l’état adulte. L’utilisation de pyréthrinoïdes permet de limiter l’extension de ce ravageur, mais il est
plutôt recommandé de les ramasser à la main et des les écraser. – Psylle : les larves du psylle, Trioza
erytreae (Psyllidae), s’alimentent de la sève et se fixent à la face inférieure des jeunes feuilles où de
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petites cavités se forment qui correspondent à des protubérances à la face supérieure. Les feuilles
s’enroulent ensuite. Ce psylle est le vecteur d’une bactérie endocellulaire responsable du grenning qui
infecte déjà les plantules en pépinière. Un traitement insecticide à base d’organophosphorés est
efficace pour contrôler ce ravageur. – Pucerons : Ils vivent en colonies abondantes sur les jeunes
pousses. Les pucerons Aphis spp. et Toxoptera spp. affaiblissent la plante et causent une déformation,
un gaufrage ou un recroquevillement des jeunes feuilles. Comme les cochenilles, ils excrètent du
miellat et entraînent la formation de fumagine. L’élongation du rameau peut être arrêtée et les fleurs
attaquées avortent et tombent. La lutte chimique consiste à l’utilisation du pyrimicarbe ou du
methomyl. – Aleurides : la mouche blanche ou aleurode des agrumes est un petit moucheron d’un
millimètre de long et couvert d’une fine pellicule de poudre blanche. En Afrique de l’Ouest, c’est
l’espèce Aleurothrixux floccosus (Aleyroidae) qui infeste les vergers d’agrumes. Les larves prélèvent
de la sève à la face inférieure des feuilles et produisent de grandes quantités de miellat. Si le contrôle
biologique naturel est insuffisant et les populations deviennent trop importantes, un traitement à
l’aide d’organophosphorés sera nécessaire. L’aleurode noir, Aleurocanthus woglumi, cause des dégâts
similaires en Afrique tropicale. – Criquets et sauterelles : occasionnent des plages de défoliation
importante à la cime des arbres en période de migration.
Acariens : L’acarien du fruit des agrumes, Phyllocoptruta oleivora (Eriophydidae),
s’alimente surtout sur les fruits où ses piqûres causent la mort des cellules superficielles de
l’épiderme qui s’écaillent ensuite, donnant un aspect brun rouille aux fruits. Polyphagotarsonemus
latus (Tarsonemidae) peut engendrer des symptômes similaires sur les fruits et sur les jeunes feuilles
et peut occasionner des déformations des plantules en pépinière. L’acaricide dicofol, appliqué sur les
jeunes fruits et les jeunes feuilles est efficace contre ces ravageurs.
Nématodes : Les racines des agrumes peuvent être infestées par plusieurs espèces de
nématodes retardant ainsi la croissance et réduisant la vigueur des arbres. Ce sont notamment :
Meloidogyne spp., Tylenchulus spp., Radopholus spp., Pratylenchus spp. et Xiphinema spp. Le
problème se pose surtout au niveau de la production des plantes en pépinière où le sol serait
désinfecté à l’aide de nématicides avant le semis (métam-sodium, dichloro-1, 3 propène). Dans le
verger, les nématicides sont rarement utilisés en Afrique tropicale.

1.1.8. Plantes parasites


Les agrumes comme tous les autres arbres fruitiers peuvent être envahis par des plantes
parasites, notamment Loranthus sp. Les graines de ce parasite végétal sont transportées généralement
par les oiseaux. Elles germent sur une branche et le parasite croît au détriment de la sève de l’arbre
hôte. En général, il est recommandé de scier la branche hôte et de recouvrir la plaie d’une substance
protectrice.

1.1.9. Rendement
On peut escompter un potentiel moyen de 30t/ha pour un verger en régime de croisière toutes
variétés d’agrumes confondues. Les rendements sont supérieurs à 200 kg/arbre pour les variétés de
pomelo et de tangelo.

1.1.10. Amélioration et variétés


Chez les agrumes, l’hybridation naturelle se réalise très fréquemment. Ainsi, les programmes
de sélection et d’amélioration se sont confrontés au caractère fortement hétérogène favorisant une
forte hétérogénéité de la descendance. La fréquence de la polyembryonie permet aux embryons
nucellaires, non hybrides, de se développer plus rapidement au détriment des embryons sexués. Les
mutations naturelles de bourgeon augmentent également les problèmes de sélection.
On a obtenu peu d’embryons artificiels de valeur commerciale, à l’exception des citranges
comme porte-greffe, les tangelos comme fruits à jus et certaines mandarines telles Wilking, Kara et
Kinow.
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On importe du matériel végétal (greffons) en Afrique tropicale à intervalles réguliers
essentiellement de la Californie ou de la Corse. Après greffage, les arbres mères servent comme
source de greffons dans les pépinières de l’Etat d’où sont diffusés la plupart des agrumes.

1.1.11. Composition
La teneur en jus à maturité, exprimée en pourcentage du poids oscille entre 30 à 45% pour les
oranges et les mandarines, 30 à 40% pour les pomelos, 25 à 35% pour les citrons et 35 à 45% pour les
limes.

L’acidité du jus est due principalement à l’acide citrique. Les glucides sont les composants les
plus importants du jus. Ils représentent les ¾ des éléments dissouts dans les jus d’oranges et moins de
2/5 dans ceux des citrons et des limes. Les protéines ne figurent qu’en quantités très faibles dans le
fruit (<1g/100g) et leur décomposition s’accompagne généralement d’une saveur désagréable et d’un
brunissement prononcé. La vitamine C est présente dans le jus (30 à 40mg/100g) mais surtout au
niveau de l’écorce (130mg/100g). Les sels minéraux ne représentent guère plus de 0,4% du poids
total du fruit (surtout Ca et P).
On trouve des huiles essentielles dans différents organes de la plante : feuilles, différentes
pièces florales et écorce des fruits. Cette huile est renfermée dans de poches incluses dans les tissus
subépidermiques.

1.1.12. Usage
Les oranges et les mandarines sont consommés en Afrique tropicale sous forme de concentrée
de fruits frais. Les limes et les citrons sont transformés en jus pour être utilisés au niveau culinaire.
L’industrie du jus accompagnée des différents processus de transformation constitue un débouchée en
extension constante. La confiture, la confiserie et les concentrées offrent d’autres sources d’utilisation
des jus. L’industrie des jus d’agrumes a pris un essor spectaculaire dans le monde dans les trente
dernières années.
Le bigaradier offre un intérêt particulier en raison de la présence d’huiles essentielles dans le
flavédo (petit grain) et dans les fleurs (néroli). Cela lui procure des débouchées dans l’industrie des
parfums et des liqueurs (Cointreau, Caraçao).
On peut, au niveau des sous-produits, extraire l’huile de pépins, l’industrie chimique
(extraction de pectines, d’acide citrique) et les aliments du bétail. La consommation de l’Union
européenne était de 4 millions de tonnes en 2001 (Parfonry, 2001), essentiellement en provenance de
pays européens (Espagne, Italie, Grèce), du Maroc, de Turquie, d’Israël, des U.S.A. et de l’Afrique
du Sud.

Citronnier
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Oranger
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Limettier (arbre à citrons verts


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Pamplemoussier

Cueillette des mandarines

Mandarinier
.
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1.2. Ananas (Ananas comosus (L.) Merr.)

1.2.1. Origine
Le genre Ananas est originaire de l’Amérique du Sud. L’espèce cultivée s’appelle Ananas
comosus, qui serait issue de deux complexes d’espèces, localisés l’un dans la zone englobant
l’extrémité sud-est du Brésil, l’est du Paraguay et le nord de l’Argentine. L’autre dans celle couvrant
le nord du Pérou, l’est de la Colombie, le sud du Venezuela et le nord du Brésil. L’ananas était déjà
largement distribué dans toute l’Amérique tropicale et les îles Caraïbes lors de la découverte de
l’Amérique. L’introduction de l’ananas en Asie et en Afrique tropicale s’est faite dès les 16ieme et
17ieme siècles.

1.2.2. Description
Le genre Ananas appartient à la famille des Bromeliaceae. Il comporte huit espèces : A.
monstrosus, A. ananassoides, A. nanus, A. paraguazensis, A. lucidus, A. bracteatus, A. fritzmuelleri
et A. comosus. Cette derniere comprend de nombreux cultivars dont la plupart sont diploides (2n =
50). L’ananas cultivé est une monocotylédone herbacée pérenne autostérile qui à l’état adulte atteint
70 à 120cm de haut et s’inscrit dans le volume d’une toupie de 130 à 150cm de diamètre.
La tige de l’ananas s’appelle communément souche, est courte, en forme de massue, de 25 à
30cm de long, et à entre-nœuds rapprochés. Elle contient des réserves en amidon et des fibres
constituées par les vaisseaux interconnectés.
Les feuilles de forme variable suivant l’âge, au nombre de 70 à 80, sont disposées en rosette.
Les feuilles adultes ont une forme de gouttière qui permet à la plante de recueillir à sa base les pluies
et les pulvérisations d’engrais. Elles possèdent des tissus aquifères permettant le stockage de l’eau et,
la face inférieure, des excroissances appelées trichones. Ceux-ci, selon leur position, jouent un rôle
dans l’absorption de l’eau et des éléments nutritifs dissouts.
Les racines de l’ananas sont adventives et de deux types : souterraines et aériennes. Les
premières sont très superficielles et très fragiles. Le sol trop compact entrave leur développement et
les excès d’eau provoquent leur asphyxie. Les racines aériennes prennent naissance à la base des
feuilles et s’enroulent autour de la tige. Elles jouent un rôle important dans l’absorption des engrais.
Le pédoncule ou hampe fructifère est un simple prolongement de la tige ; il porte le fruit.
L’inflorescence terminale se présente sous forme d’un épi dense, composé de 100 à 200 fleurs
sessiles. La fleur est de type trimère, comprend, outre la bractée sous-jacente :3 sépales, 6 étamines
en 2 verticilles et un pistil tricarpellaire à ovaire infère. Les fleurs sont autostériles chez la plupart des
cultivars, mais par pollinisation croisée il peut y avoir fécondation et formation de graines.
Le fruit est un syncarpe formé par la coalescence des fruits individuels appelés yeux. La chair
du fruit résulte du développement des tissus de la base de la bractée, des sépales et de l’ovaire de
chaque fleur, tandis que l’axe de l’inflorescence forme le cœur. Le fruit est surmonté d’un organe
feuillu appelé couronne ou plumet, utilisable pour la multiplication.
Les rejets sont de plusieurs types. La bulbille (slip), 0 à 10 par plant, prend naissance sur le
pédoncule sous la base du fruit. Le cayeu ou rejet de tige (sucker), 0 à 3 par plant, se développe à
partir d’un bourgeon axillaire sur la tige ; le cayeu de base (ground sucker) prend naissance sur la
partie souterraine de la tige. Le hapa, de dimension intermédiaire entre le cayeu et la bulbille, apparaît
au point de jonction du pédoncule et de la tige. La croissance de la bulbille et de la couronne s’arrête
à la maturité du fruit tandis que les autres rejets continuent à croître. L’ananas est une plante de jour
court, mais en culture la floraison est le plus souvent contrôlée par l’application de substances
florigènes.
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1.2.3. Groupes de cultivars
Il y a cinq groupes de cultivars commerciaux : Cayenne, Spanish, Queen, Pernambuco et
Perolera. – Cayenne est essentiellement représenté par Cayenne Lisse à feuilles inermes, à
l’exception de l’extrémité, est actuellement le cultivar le plus important. Il est cultivé dans toute l’aire
de culture de l’ananas, principalement pour la conserverie, la consommation locale et l’exportation en
frais. Les fruits sont lourds (en moyenne 1,5 à 2,5kg) et ont une forme cylindrique, avec des oeils
larges et plats. La couleur du fruit à maturité est jaune orange. La chair est jaune pâle, plus ou moins
translucide, non fibreuse. La saveur du fruit, sucrée et acide, est très appréciée. Cayenne Lisse est très
sensible aux attaques de nématodes et au wilt (flétrissement viral). – Le cultivar Red Spanish est
cultivé dans les régions des Caraïbes et au Mexique, principalement pour l’exportation en frais. Le
fruit est jaune rougeâtre à maturité. – Le cultivar Singapore Spanish est cultivé en Malaisie pour la
conserverie. Les cultivars du groupe Spanish sont tolérants au wilt et moins sensibles aux nématodes.
– Queen est cultivé en Afrique du Sud, en Australie et à la Réunion, surtout pour l’exportation en
frais et la consommation locale. Les cultivars de ce groupe, de même que ceux des groupes suivants,
sont peu sensibles au wilt. Les feuilles de Queen se terminent par une épine aiguë. – Pernambuco est
cultivé au Brésil et au Venezuela pour approvisionner les marchés locaux. - Perolera appelé aussi
Mordilona est cultivé en Colombie, Equateur, Pérou pour la consommation locale et l’exportation en
frais.

1.2.4. Aire de culture


La culture de l’ananas est actuellement étendue à toutes les régions tropicales et subtropicales
du monde de basse et moyenne altitude. Des cultures importantes existent en Thaïlande, aux
Philippines, en Chine, à Hawaï, au Mexique et au Brésil. L’ananas est aussi très cultivé à Taiwan, au
Vietnam, en Indonésie, en Malaisie, au Bangladesh, en Australie et en Equateur. – En Afrique
subsaharienne, il est à présent cultivé en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Kenya, en Afrique du Sud, en
R.D.C., en Guinée et dans une moindre mesure à Madagascar, en Tanzanie, au Cameroun et en
Angola.

1.2.5. Exigences écologiques


Les conditions climatiques optimales pour la culture de l’ananas sont définies par une
température moyenne de 24° à 27° C et des précipitations de 1.200 à 1.500mm par an. En dessous de
20° C, la croissance est réduite et la chair du fruit montre une plus grande acidité. La culture a besoin
de la pleine insolation pour obtenir un rendement optimal.
L’ananas est de nature une plante xérophytique qui supporte bien des périodes prolongées de
sécheresse grâce à une transpiration réduite permise par la fixation nocturne du gaz carbonique, les
stomates étant fermés pendant la journée (photosynthèse suivant le métabolisme acide crassulacéen,
CAM). Il a en outre, la capacité de stocker l’eau dans les tissus foliaires et de profiter des moindres
pluies et de la rosée. Une mauvaise répartition des pluies rend cependant l’irrigation nécessaire pour
obtenir de bons rendements.
Pédologiquement, ce sont l’acidité et la texture du sol qui sont importantes. Le pH optimum
se situe entre 4,5 et 5,5. Du point de vue texture, l’ananas s’accommode le mieux de sols légers, sablo
argileux ou argilo sableux, meubles, bien aérés et très filtrants. Il ne tolère pas les sols compactés ou
imperméables.

1.2.6. Culture
Systèmes de culture : Lorsque l’ananas est cultivé pour la conserverie ou pour l’exportation
en frais, la production est intensive et on utilise beaucoup d’intrants. Elle a lieu alors en plantation à
grande échelle pour assurer un approvisionnement constant. Ce système intensif vise à obtenir un
rendement maximum à l’unité de temps d’occupation du terrain et à valoriser tous les produits de la
culture. Généralement plusieurs récoltes sont effectuées sur le même pied, à l’exception de la culture
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pour l’exportation en frais où l’on ne récolte qu’une fois sur le même plant. On peut récolter
plusieurs fois sur le même pied si la culture est faite en petite échelle et la culture peut rester sur place
pendant 4 ans ou plus. L’intervention du planteur se limitera alors à la préparation sommaire du
terrain, à la mise en terre de matériel végétal varié, à des sarclages de façon superficielle contre les
adventices et à la récolte. – On peut pratiquer une rotation avec l’ananas comme la canne à sucre, le
bananier, le soja ou les légumineuses de couverture Crotolaria usaramoensis (syn. Flemingia
congoesta) qui peuvent servir d’engrais vert et contribuer à réduire les populations de nématodes. –
L’ananas est cultivé en intercalaire du palmier à huile, du cocotier, du caféier et de plusieurs plantes
fruitières dont le papayer. On rencontre en intercalaire de l’ananas, l’arachide, le riz, le piment et
diverses espèces de légumes.
*Système cultural : Le cycle cultural de l’ananas se décompose en trois stades coexistant sur
une même plantation. Pendant le stade dit de végétatif la plante ne génère que des feuilles. Il s’étend
de la plantation au traitement d’induction florale (TIF). Sa durée est variable suivant les conditions
écologiques et le type de rejet utilisé ; il est de 6 à 7 mois en Côte d’Ivoire et de 12 mois en Guinée. –
Au stade dit de production se développe le fruit, il débute avec le TIF et se termine par la cueillette du
fruit. Sa durée est relativement constante de 5,5 mois. Pendant ce stade, le plant utilise les réserves,
accumulées dans la tige au cours de la phase végétative, pour produire le fruit. – Un stade de
production de rejets termine le cycle cultural ; sa durée est très variable, souvent comprise entre 12 et
24 mois. Pendant ce stade le plant d’ananas émet jusqu’ à 2 nouveaux rejets qui serviront de matériel
de multiplication pour une nouvelle population.
* Préparation du sol : C’est une étape importante de la culture de l’ananas et elle doit être
réalisée avec un grand soin. On effectue en général un labour profond croisé, en prenant garde de ne
pas remonter en surface l’horizon B souvent stérile. La finition superficielle du sol est assurée par 1
ou 2 passages d’un pulvérisateur à disques suivi d’un billonnage, surtout en terrain peu drainant. – En
zone sèche, on peut faire usage des sacs en polyéthylène de couleur noire de 0,03 ou 0,04mm
d’épaisseur. Cette pratique permet d’économiser l’eau dans les stades jeunes des plantations, de
diminuer la lixiviation des produits incorporés au sol avant la plantation et de diminuer le
développement des adventices. Le film en polyéthylène doit être posé avec les côtés enterrés. – Avant
la préparation du sol, on recourt de plus en plus aux herbicides non sélectifs comme le bromacil,
l’aminotriazole, le dalapon et le glyphosate pour détruire les cypéracées et les graminées pérennes.
* Dispositif de plantation et densité : En Côte d’Ivoire, on a adopté pour l’ananas destiné à
l’exportation en frais des densités de 55.000 à 67.000 plants à l’ha. Les plants sont disposés en
quinconce en double ou triple ligne jumelée, distantes entre elles de 30 à 40cm, formant ainsi une
rangée ou billon. La distance séparant les plants sur les lignes varie de 25 à 30cm. Les rangées sont
séparées par des chemins de 80 à 90cm de largeur.
* Choix et préparation du matériel végétal de plantation : L’ananas est multiplié
végétativement par rejets. On utilise le plus souvent des cayeux de tige, des cayeux de base et des
bulbilles. La qualité des rejets est essentielle pour la réussite de la culture. Les cayeux sont d’abord
triés par catégorie de poids, de 300 à 600g afin d’obtenir des parcelles homogènes. Le poids idéal des
rejets à mettre en terre est compris entre 400 et 500g. – Après prélèvement, les rejets très résistants à
la dessiccation, sont retournés sur les pieds mères pour exposer leur base au soleil et faciliter la
cicatrisation de la blessure et prévenir les risques de maladie. Trois à quatre jours avant la mise en
terre, les rejets seront parés. Le parage consiste à débarrasser le rejet des vieilles feuilles en forme
d’écailles situées à sa base et à mettre ainsi nues les ébauches radiculaires d’où naîtront les premières
racines du plant. Les rejets sont ensuite trempés dans une solution insecticide (diazinon) pour détruire
les cochenilles se logeant entre les feuilles.
* Fertilisation : Les besoins en éléments minéraux de l’ananas sont relativement élevés et sa
culture sur des sols généralement pauvres rend l’emploi des engrais chimiques indispensables. Deux
éléments sont importants : l’azote qui détermine le poids du fruit et la potasse qui influence
directement sa qualité. En Côte d’Ivoire, pour une production de fruits frais destinés l’exportation,
les besoins de la plante, définis par l’Institut de Recherches sur les Fruits et Agrumes (CIRAD-
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IRFA), s’élèvent à un apport par plant de 4g de N, 1 à 2g de P2O5, 10g de K2O et 2 à 3g de MgO,
la rapport K2O/N doit être compris entre 2 et 2,5 pour une production de fruits frais destinés à
l’exportation, mais peut pour une production industrielle (tranches, jus) avoisiner l’unité. – La
fertilisation commence par une fumure de fond composée d’engrais peu solubles comme les engrais
phosphatés ou calco-magnésiens là où il s’avère nécessaire. Cette fumure, apportée au moment de la
préparation du sol, couvrira les besoins de la plante en phosphore et magnésium et apportera une
certaine quantité de calcium. Lorsqu’une couverture en polyéthylène des billons est prévue, on peut
ajouter des engrais solubles azotés et potassiques à concurrence d’un quart des besoins. – La fumure
en cours de végétation vise à satisfaire les besoins en azote et potasse de la plante. Elle consiste en
apports solides localisés au pied du plant ou à l’aisselle des feuilles de base et d’apports d’engrais
sous forme de pulvérisation. Les engrais généralement employés sont l’urée et le sulfate de potasse. –
La fréquence d’apport des engrais est variable suivant les régions, mais la règle de base consiste en
un fractionnement maximum des doses apportées avec une augmentation à l’approche du TIF. – Les
carences éventuelles en fer sont traitées par pulvérisation d’une solution de chélate ou de sulfate
ferreux additionnée d’acide citrique.
* Lutte contre les adventices : Il est impératif de lutter contre les adventices dans toute
culture d’ananas. En cours de végétation, on effectue un sarclage manuel superficiel souvent
complété par des traitements herbicides à base de bromacil et de diuron limités aux chemins.
* Traitement de l’induction florale (TIF) : L’ananas fleurit en période de jour court et frais.
Ce sont des floraisons naturelles. En culture commerciale, on provoque chez l’ananas une induction
florale artificielle de façon à réduire l’étalement de la récolte sur une même parcelle et surtout
orienter la production sur une période de vente déterminée. – Les principaux agents florigènes sont
l’éthylène, produit naturellement, et l’acétylène et l’acide naphtylacétique. L’éthylène est appliqué
soit en solution dans l’eau soit sous forme d’éthéphon qui produit de l’éthylène après exposition à
l’air. – En Afrique de l’Ouest, le TIF est réalisé en pulvérisant une solution saturée en éthylène
obtenue en faisant barboter de l’éthylène sous pression dans de l’eau, ou en versant dans la rosette du
plant un liquide saturé d’acétylène obtenu par réaction chimique de carbure de calcium. Le TIF est
généralement réalisé la nuit (pour profiter de l’ouverture des stomates) ; il doit être répété deux fois à
3 à 4 jours d’intervalle. L’éthéphon est plus facile à appliquer mais son efficacité est inférieure à celle
des hydrocarbures.
* Récolte : - La récolte du premier fruit : Avant la récolte, des interventions sont possibles
sur le fruit. Pour l’exportation en frais, les couronnes doivent être réduites pour rendre le produit
attrayant et pour diminuer son poids.- Le point de coupe est déterminé par des critères de coloration
externe et de maturité réelle du fruit tout en tenant compte de sa destination et des contraintes
économiques. Malgré l’induction florale artificielle, la maturation des fruits d’une même parcelle
n’est pas homogène. La récolte peut alors être regroupée pour en réduire le coût en provoquant la
synchronisation de la coloration des fruits par un traitement l’éthéphon effectué peu de temps avant
le point de coupe. – Dans le cadre d’une production destinée à la conserverie (fabrication de tranches
ou de jus) la récolte ne fait pas l’objet de soins particuliers. Par contre, pour l’exportation de fruits
frais, les opérations de récolte et de conditionnement doivent être assurées avec le plus grand soin.
Les standards de maturité et de coloration sont bien définis pour l’ananas et doivent être
impérativement respectés. – Il fait appel au froid (8° C et une humidité proche de la saturation) pour
freiner la maturation lors du stockage et du transport des fruits par navire.
- La seconde récolte : Après la première récolte, les cayeux poursuivent leur développement
sur le plant mère et sont capables de donner un fruit 12 à 18 mois plus tard. – Une seconde récolte
permet de rentabiliser globalement l’exploitation. Elle n’est pas pratiquée dans le cas d’une
production destinée à l’exportation en frais. – Les interventions effectuées après la première récolte
visent à améliorer l’homogénéité de la culture. Elles portent sur le contrôle des adventices, des
nématodes et des symphyles et sur la sélection des cayeux par suppression des plus précoces et des
plus mal placés. Des doses moindres d’engrais pourront être apportées et le rapport K2O/N sera
diminué.
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1.2.7. Maladies et ravageurs
Maladies : - Phytophtora spp. provoquent la pourriture de la tige, de la base des feuilles et
des racines. Les champignons sont présents dans le sol et pénètrent par la base des jeunes feuilles. La
maladie est fréquente dans les sols à pH élevé (>5,5 à 6) et lors de l’induction florale pratiquée au
carbure. Les pertes peuvent être importantes chez les jeunes plants. La plantation dans un sol bien
drainé et sur billon peut réduire l’infection. L’application du fongicide systémique fosetyl par
trempage des rejets avant plantation et par application foliaire à intervalle de 3 à 6 mois lors de la
croissance est recommandée comme mesure de lutte ; le captafol est utilisé également dans ce but. –
Chalara paradoxa (syn. Thielaviopsis paradoxa, télémorphe Ceratocystis paradoxa) est un
champignon de blessure qui provoque la pourriture molle des fruits et la pourriture noire des rejets.
L’infection des fruits a lieu au moment de la récolte et de l’emballage par les spores disséminées par
le vent à partir des débris pourris d’ananas en champ ou sur le site de conditionnement. La lutte
comprend un ensemble de mesures : manipulation précautionnée des fruits évitant chocs et
meurtrissures, hygiène du hangar de conditionnement, désinfection des pédoncules moins de 5 heures
après la coupe du fruit au moyen des fongicides triadiméfone ou imidazole, acheminement rapide à
8° C pour le transport. Par mesure de précaution, la base des rejets prélevés pour la multiplication
doit être asséchée par exposition au soleil. Les fruits et les rejets sont parfois trempés dans le
triadiméfone. – Penicillium funiculosum, souvent en association avec Fusarium spp, s’attaque
sporadiquement et saisonnièrement aux fruits provoquant la maladie des taches noires. Elle affecte
généralement un œil voire les yeux voisins et déprécie fortement les fruits destinés à l’exportation en
frais. Il n’existe aucun moyen de lutte actuellement.
Ravageurs : - Insectes : - La cochenille farineuse, Dysmicoccus brevipes, produit une toxine
et est le vecteur de la maladie virale du wilt, caractérisée par un flétrissement rapide du plant. Le
rendement et la production de rejets diminuent fortement. La lutte comprend la destruction par
enfouissement ou brûlage, lors de la préparation du sol, du matériel végétal de la culture précédente
et des traitements insecticides contre les cochenilles et les fourmis qui leur sont associées dans les
parcelles de production de rejets ainsi qu’en cours de croissance végétative. – Le symphyles sont de
petits mille pattes blancs vivant dans le sol. L’espèce Hansseniella ivorensis, par les dégâts qu’elle
cause aux racines pendant les périodes d’émission radiculaire, entraîne une moins bonne absorption
de l’eau et des sels minéraux qui peut conduire au dépérissement du plant. En cas de pullulation, des
insecticides en granulés (fonofos, ethoprophos) sont utilisés. – D’autres ennemis du système racinaire
sont les vers blancs (entre autres les larves de Heteronychus spp.).
Nématodes : Les nématodes Pratylenchus brachyurus et Meloidogyne spp. causent des
sévères baisses de rendement (allant jusqu’à 50%). La lutte consiste à maintenir les racines saines le
plus longtemps possible par un traitement nématicide approprié du sol effectué avant la plantation,
suivi d’un ou de deux traitements de rappel pendant la culture. Les rejets peuvent être trempés avant
la plantation dans un nématicide (par exemple carbofuran, phénamiphos). La rotation avec des
légumineuses est préconisée.

1.2.8. Rendement
Les rendements sont très variables en fonction de la destination de la production. Ils sont plus
faibles dans les plantations où l’ananas est destiné à l’exportation en frais ; ils vont de 40 à plus de 75
tonnes à l’hectare. En seconde récolte, le rendement diminue dans le cas du Cayenne Lisse.

1.2.9. Amélioration
Les cultivars d’ananas constituent des populations hétérogènes dont on a d’abord cherché à
éliminer les mutants défavorables les plus apparents, puis dans une deuxième étape à constituer des
clones avec des plants choisis pour leurs caractéristiques utiles.
Le programme d’amélioration vise à créer des nouvelles variétés présentant des fruits de
meilleure qualité du point de vue présentation, texture et qualité gustative et montrant une meilleure
rusticité et une plus grande résistance aux maladies et ravageurs. On utilise l’hybridation entre
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variétés de l’espèce A. comosus présentant des caractères complémentaires et le croisement avec
d’autres espèces du genre Ananas.
On est parvenu à maîtriser la culture in vitro à partir des bourgeons prélevés sur l’apex de la
couronne. Cette technique permet l’obtention de vitroplants et de variants.

1.2.10. Composition
La partie comestible du fruit comprend environ 85% d’eau et est riche en sucres (12 à 15%) et
en potassium ; elle contient de nombreuses vitamines, surtout A et B. L’ananas en conserve est
additionné de sirop et sa richesse en sucres est plus élevée (22%). Le fruit frais contient un mélange
d’enzymes protéolytiques appelé broméline dont l’activité est semblable à celle de la papaïne.

1.2.11. Usage
L’ananas est destiné à la consommation en fruits frais localement et dans les pays tempérés où
il est importé. – La plus grande partie de la production est cependant mise en conserve dans les pays
producteurs, sous forme de tranches ou de dés, ou usinée pour produire de la compote, du jus et du
concentrée. Les déchets des transformations donnent après pressure des tourteaux et du jus de presse
(2ième jus). Les tourteaux peuvent être utilisés comme engrais vert et dans l’alimentation du bétail. Le
2ième jus permet de produire du sirop, du sucre, de l’alcool, du vinaigre, des citrates et de la
broméline.- D’une façon plus marginale, on produit aussi à partir du fruit des produits semi confits et
du vinaigre d’ananas. – La partie végétative de l’ananas constitue un bon fourrage pour le bétail,
consommée en frais ou en ensilage. A partir des tiges, qui en sont la source principale, on extrait la
broméline. – Les feuilles contiennent une fibre très résistante, utilisée aux Philippines et à Taiwan
pour la confection de vêtements et de cordages. Son extraction à partir des variétés exploitées pour le
fruit n’est cependant pas rentable.
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1.3. Avocatier (Persea americana Mill.)


1.3.1. Origine
La poire d’avocat est une ressource alimentaire connue depuis longtemps, des indigènes
d’Amérique centrale et latine. C’est durant la conquête espagnole que différentes sortes d’avocatiers
poussaient dans la nature ou semi cultivés au Mexique, en Amérique centrale et dans les régions
tropicales, subtropicales et montagneuses d’Amérique latine.
L’introduction de l’avocatier en Jamaïque s’est faite vers le milieu du 17ième siècle, d’où il
s’est répandu sur l’ensemble des Antilles. Il a été introduit dans le sud de l’Espagne en 1601 et a
probablement atteint le continent africain à la fin du 19ième siècle. L’avocatier était déjà présent au
début du 20ième siècle en R.D.C., d’où des noyaux ont été introduits au Ruanda en 1934.
Les premiers avocatiers ont été plantés au 19ième siècle en Floride et en Californie.
L’introduction en 1911 en Californie d’un avocatier mexicain de qualité supérieure, nommée Fuerte,
marqua le début de la production commerciale d’avocats, non seulement aux U.S.A. mais aussi dans
l’Espagne et le Chili. – Actuellement, l’avocatier est cultivé dans presque tous les pays tropicaux et
subtropicaux, y compris en Afrique tropicale.

1.3.2. Description
L’avocatier, Persea americana Mill. (2n = 24), synonyme P. gratissima Gaertn., appartient à
la famille des Lauraceae et est cultivé pour ses fruits comestibles. Il y a trois races écologiques de P.
americana : mexicaine. antillaise et guatémaltèque.
Les avocatiers de race mexicaine ont des feuilles très parfumées et produisent de petits fruits
(50 à 250g) dont la peau est mince comme de la papaye. Chaque fruit renferme un noyau de grande
dimension. Les fruits sont riches en huile et mûrissent en 6 mois quand les conditions sont idéales. La
race mexicaine résiste mieux au froid que les autres races et sert souvent de porte-greffe rustique pour
les variétés cultivées.
Les avocatiers de race antillaise très répandus de l’Amérique centrale aux Antilles, ont de
grands fruits (pouvant peser 1kg) à peau coriace d’épaisseur moyenne. Les fruits mûrissent en 6 à 7
mois. Ils contiennent peu d’huile. La race antillaise craint le froid et convient mieux aux régions
chaudes. Les arbres tolèrent en une certaine mesure les sols salins.
Les avocatiers de race guatémaltèque sont issus des hautes terres d’Amérique centrale. Leurs
fruits sont de tailles différentes. Ils sont portés sur de longs pédoncules et leur peau épaisse, dure et
souvent verruqueuse. Les fruits mûrissent en 12 à 15 mois et ont une teneur en huile moyenne. La
race guatémaltèque est moins résistante au froid que la race mexicaine.
On rencontre des hybrides entre les trois races, mais seuls les hybrides guatémaltèque x
antillais et guatémaltèque x mexicain présentent un intérêt commercial.
Les feuilles de l’avocatier sont persistantes et son enracinement est superficiel. La tige peut
atteindre une hauteur de 6 à 20m. Sa cime au feuillage dense est ovoïde ou sphérique. Les feuilles
coriaces ovoïde -oblongue sont groupées à l’extrémité de petites branches.
Les inflorescences axillaires (panicules) se développent à l’extrémité des branches. Elles
portent de nombreuses fleurs bisexuées odorantes à calice jaunâtre, mais sans corolle ; les pédoncules
et les pédicelles sont vert jaunâtre.
Les fruits sont de grandes baies charnues, piriformes, à un seul noyau, longs de 7 à 20cm et
larges de 7 à 10cm. Leur peau est vert foncée, vert pale a un goût de noix. Les noyaux sont de tailles
différentes, généralement sphériques et pourvus de deux téguments adhérents, deux cotylédons blancs
ou roses et d’un petit embryon. Le pouvoir germinatif du noyau extrait du fruit est de quelques
semaines. Les arbres de semis portent des fruits à partir de 7 à 10 ans d’âge ; les arbres greffés
produisent plus tôt. De nombreux cultivars ont une production bisannuelle.
La floraison s’étend généralement sur 2 ou 3 mois, mais peut être prolongée si les conditions
sont favorables. Les fleurs de l’avocatier sont bisexuées, mais présentent un caractère dichogame
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particulier (les anthères et les stigmates mûrissent à différents moments, empêchant
l’autopollinisation). Les fleurs de chaque arbre sont du même sexe aux mêmes heures de la journée et
passent à l’autre sexe selon un rythme précis. Les cultivars à stigmates réceptifs le matin
appartiennent au groupe A, ceux à pollen mur le matin au groupe B. Les fleurs du groupe A se
ferment en milieu de journée (jour 1), s’ouvrent à nouveau l’après-midi du lendemain (jour 2) comme
fleurs mâles et se referment le soir du même jour. Les fleurs du groupe B s’ouvrent dans l’après-midi
du jour 1 comme fleurs femelles, se referment le soir, s’ouvrent à nouveau le lendemain matin (jour
2) comme fleurs mâles et se referment le même jour en milieu de journée.
Ce rythme peut être perturbé par les conditions atmosphériques (variation de la durée
d’ensoleillement, écarts de température soudains) et par la composition génétique du cultivar. Il est
moins net par temps couvert et frais que par temps chaud et ensoleillé. Des chevauchements peuvent
se produire sur un même arbre et entraîner une autopollinisation partielle, sans autostérilité. Pour
obtenir de bonnes conditions de fécondation, il faut planter en intercalaire des variétés appartenant
aux deux groupes.
L’avocatier fleurit généralement une fois par an. Une seconde floraison peut cependant se
produire si les conditions climatiques sont défavorables. Au Ruanda et dans d’autres régions
d’Afrique centrale, l’avocatier fleurit deux ou trois fois par an.

1.3.3. Aire de culture


Les principaux producteurs d’avocat sont : le Mexique, les USA, la République Dominicaine,
le Brésil, l’Indonésie, l’Haïti, le Venezuela, la Colombie et l’Afrique du Sud. Plus de 75% de la
production mondiale vient de l’Amérique du Nord, Amérique centrale et Amérique du Sud.
La production d’avocat africain est essentiellement destinée aux marchés locaux. Tous les
pays au sud du Sahara connaissent probablement une production d’avocats, mais la majeure partie de
la production connue vient de la R.D.C., du Cameroun et du Congo Brazzaville.

1.3.4. Exigences écologiques


L’avocatier doit être considéré comme une plante semi tropicale (race mexicaine),
subtropicale (race guatémaltèque) et tropicale (race antillaise). En Afrique centrale, l’avocatier peut
être cultivé du niveau de la mer jusqu’ à une altitude de 2.000m. Les fruits mûrissent en 9 à 12 mois.
La température optimale est de 25° C.
L’avocatier demande une pluviosité bien repartie de 1.200 mm/an. De fortes pluies durant la
floraison peuvent limiter la pollinisation. Les types antillais et leurs hybrides tolèrent une pluviosité
de plus de 2.500 mm/an.
L’avocatier se plait sur la plupart des sols profonds (> 1m), fertiles, bien drainés, neutres ou
légèrement acides (pH 5 à 6,5). Un sol qui convient au bananier convient généralement aussi à la
culture de l’avocatier. Sur un sol mal drainé, les arbres succombent souvent au pourridié des racines
de l’avocatier. On s’abstiendra de planter des avocatiers quand la nappe phréatique se trouve à une
profondeur de moins de 2m. Les vents violents peuvent endommager les avocatiers, de sorte que
l’installation de brise-vent est recommandée.

1.3.5. Culture
* Multiplication :
L’avocatier peut être multiplié par semis, greffage ou écussonnage. La multiplication par
semis n’est pas recommandée, mais elle est très courante dans la culture à petite échelle pratiquée en
Afrique tropicale. – La qualité de l’arbre de semis est souvent médiocre à cause de la pollinisation
croisée entraînant la production des fruits de qualité et de dimension inégales, la chair peut être
fibreuse et les noyaux sont assez grands. Les arbres commencent à produire très tard et les
rendements sont irréguliers. On produit les plants en pépinière ou directement en pleine terre. Les
noyaux sont plantés dans la planche de semis (terre désinfectée), la pointe dirigée vers le haut mais
non recouverte de terre. La germination a lieu en un ou deux mois. Le repiquage se fait quand ils ont
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atteint 1 à 2cm, il faut repiquer les plantules dans des polybags en prenant soin de ne pas détacher
la pousse du noyau, la racine pivotante est coupée à une longueur de 5cm. Quand la plantule mesure
15 à 20cm, elles sont transplantées en pleine terre (sol profond et fertile), à un espacement de 12 x
15m. Le polybag est coupé dans ou à proximité du trou de plantation ; la plantule est plantée avec la
motte et sans toucher aux racines. En cas de semis direct en pleine terre, 2 à 3 noyaux sont plantés par
poquet et on gardera la plante la plus vigoureuse. – La multiplication végétative est habituellement la
plus effectuée avec des porte-greffe de race mexicaine. Seuls les greffons de race antillaise sont
incompatibles avec la race mexicaine. Des porte-greffes de race antillaise sont moins souvent utilisés,
mais peuvent être utiles en cas de problèmes de salinité. Les porte-greffes sont produits dans des
pépinières à partir de semences saines. Après germination, les plantules sont repiquées dans de
polybags de 40 x 20cm afin de permettre aux racines de bien se développer durant 6 à 8 mois ou
plus, avant de les transplanter en pleine terre. Lorsque les plantes ont atteint une hauteur de 20 à
30cm, elles sont greffées de côté à une hauteur de 10 à 15cm au-dessus du sol. Le greffon est une
pousse terminale de 6 à 8cm de long d’une variété sélectionnée. Les arbres peuvent être transplantés
lorsqu’ils mesurent de 1 à 1,3m. En pépinière et après transplantation, les arbres sont entretenus
comme d’autres fruitiers greffés, p.e. les agrumes. On peut tailler d’anciens arbres de semis à une
hauteur de 50 à 60cm au-dessus du sol et greffer un recrû sélectionné. La multiplication par
écussonnage n’est pas courante en Afrique.
* Transplantation :
Pour transplanter dans le verger, on doit tenir compte des contraintes posées par la
pollinisation croisée, l’entretien, l’irrigation et d’autres aspects des pratiques culturales. En Afrique
tropicale, les arbres greffés sont semés à des espacements de 6 x 8m, 8 x 10m, 8 x 8m ou 10 x 12m
selon la variété et la nature du sol. Les trois premiers espacements sont recommandés pour les
espèces ayant un port fastigié, comme les cultivars Lula et Taylor. Ils conviennent également pour
des cultivars au port étalé et bas aux sols pauvres. Les espacements plus grands sont recommandés
pour les cultivars au port étalé (p.e. Waldin, Booth 7 et Booth 8) sur des sols riches et profonds.
Quand on ne connaît pas les cultivars, on peut les planter avec des espacements de 6 x 6m ou 6 x 13m
et les éclaircir plus tard. – Les trous de plantation auront une profondeur de 1m et un diamètre de 1m
au moins. On remplit les trous de terre arable si aucun compost ou fumure organique n’est disponible
pour assurer la fertilité nécessaire. Les plantes doivent être arrosées et éventuellement paillées.
* Entretien :
La fertilisation, l’irrigation et l’entretien sont semblables à ce qui se fait pour les agrumes. Les
avocatiers doivent être rarement élagués, sauf en pépinière et au stade juvénile durant la formation de
l’arbre. Il faut couper les branches et ramilles mortes des arbres vieux avant la floraison, ainsi que les
branches qui touchent le sol.
* Récolte :
Il s’écoule 7 à 10 mois entre la floraison et la fructification. Les décortications annulaires
quand les arbres atteignent 5 ans peuvent accélérer la production de fruits des arbres de semis. Les
arbres greffés commencent à porter des fruits 3 à 4 ans après leur transplantation. – L’aspect extérieur
de l’avocat ne permet pas de savoir s’il est prêt à être cueilli. Les fruits récoltés prématurément se
ratatinent et perdent leur saveur. Les fruits trop avancés par contre sont de bonne qualité au moment
de la récolte, mais risquent d’être abîmés par les manipulations lors du transport et de la mise en
vente. Il faut cueillir quelques fruits au début de la période de mûrissement prévue et les observer.
S’ils ne se ratatinent et ne se détériorent pas, on peut conclure que tous les fruits de dimensions
semblables peuvent être cueillis. Le moment de cueillir les fruits destinés à l’exportation est
déterminé par le poids spécifique et la teneur en huile du fruit. Les fruits ne peuvent pas être
arrachés ; leur pédoncule doit être coupé.

1.3.6. Maladies et ravageurs


Maladies : - L’anthracnose causée par le champignon Colletotrichum gloeosporioides, est
une des principales maladies de l’avocatier en Afrique tropicale. Elle affecte le feuillage, les fleurs et
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peut causer des pertes considérables après la récolte. Elle fait apparaître des taches brunes sur les
feuilles et brun foncé sur les fruits. Lorsque les fruits mûrissent, l’infection s’étend à la pulpe. Des
pulvérisations de benomyl, fongicides cupriques ou triadiméfone peuvent empêcher la maladie. Après
récolte, des immersions dans du thiabendazole ou benomyl donnent de bons résultats. On constate
des différences entre variétés quant à leur sensibilité à la maladie. - La pseudocercosporiose, connue
également sous le nom de tache noire ou cercosporiose, est une maladie cryptogamique causée par
Pseudocercospora purpurea. Elle est favorisée par un temps chaud et pluvieux. Le cultivar Fuerte y
est particulièrement sensible en Afrique du Sud et d’importantes pertes de rendement ont été
signalées. Des pulvérisations de benomyl ou de fongicides cupriques dès la formation des bourgeons
floraux permettent de maîtriser la maladie. - Sphaceloma perseae est responsable de la tavelure de
l’avocat dans les climats tropicaux humides. Des taches en relief de formes irrégulières se
développent sur le jeune feuillage et surtout sur les fruits. Le cultivar Lula y est particulièrement
sensible. Des pulvérisations de benomyl ou de fongicides cupriques peuvent limiter les dégâts. Les
infections sont parfois associées aux dégâts causés par Helopeltis spp. – Les algues Cephaleuros spp.
contaminent les feuilles et les jeunes branches se recouvrent d’une couche grisâtre d’algues et les
branches fortement contaminées peuvent dépérir. Des applications de fongicides cupriques
permettent de maîtriser la maladie. – Le pourridié causé par le champignon Phytophtora cinnamomi
est une maladie très répandue. Cette maladie transmise par le sol affecte le chevelu racinaire de
l’avocatier et de bon nombre d’autres plantes. Le plus souvent, l’arbre contaminé décline
progressivement, dépérit et meurt. L’humidité du sol est le principal facteur d’environnement qui
influence le cours de la maladie. La lutte culturale contre cette maladie consiste en une bonne hygiène
de la pépinière (semences saines, sol désinfecté, terrain bien drainé) et la transplantation sur des sols
bien drainés ou des buttes. Des porte-greffes résistants sont disponibles aux USA. La lutte chimique
est basée sur le fosetyl qui peut être appliquée sur les feuilles ou sur le sol. On peut également
l’utiliser sous forme de peinture sur le tronc ou par injection dans le tronc. L’application de metalaxyl
sur le sol est également efficace. – Différents Phytophtora spp. peuvent être responsables d’autres
pourridiés et chancres du collet. Armillaria mellea peut également affecter l’avocatier et occasionner
un pourridié.
Ravageurs : - Peu d’insectes ravageurs s’attaquent à l’avocatier. Les plus courants sont : le
ver rose (Cryptophlebia leucotreta, Tortricidae), certaines cochenilles et araignées rouges. – Les
larves de C. leucotreta se nourrissent de la pulpe et endommagent ainsi les fruits. Les fruits infestés
peuvent tomber. Les méthodes de lutte contre le faux ver rose appliquées sur les agrumes donnent
également des résultats sur les avocatiers. Elles consistent à cueillir, à détruire les fruits infestés et à
pulvériser des insecticides organophosphorés. – La cochenille dictyosperme, Chrysomphalus
dityospermi, et la cochenille piriforme, Protopulvinaria pyriformis, peuvent infester les jeunes
pousses et feuilles et défeuiller l’arbre. La lutte contre ces cochenilles consiste à pulvériser des
émulsions d’insecticides organophosphorés dans de l’huile. – Helopeltis spp. (Miradae, Heteroptera)
peut causer un développement anormal des fruits, car il perce les cellules épidermiques des fruits en
formant des cicatrices saillantes et liégeuses. – Les araignées rouges (Tetranychidae) s’attaquent
parfois au feuillage des avocatiers durant la saison sèche.

1.3.7. Rendement
La production de l’avocatier est variable et dépend des caractéristiques de son
environnement, des méthodes culturales et des variétés. Elle peut varier de 25 à 90 kg/arbres/an. Des
avocatiers à rendements élevés et bien soignés peuvent produire jusqu’ à 200 kg/arbre/an.

1.3.8. Amélioration et variétés


Les critères de sélection des avocatiers en Afrique tropicale : adaptation, rendement, port de
fruit annuel, résistance au froid aux chaleurs extrêmes, longueur des périodes de floraison et
fructification, résistance aux maladies et aux ravageurs, dimension et couleur des fruits, odeur et goût
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de la pulpe, absence de fibres dans la pulpe (les fibres noircissent lors du mûrissement), adhérence
du noyau, tolérance au transport.
Hass, Lula et Taylor sont des cultivars du groupe A. Hass est un cultivar guatémaltèque à haut
rendement, mais modérément vigoureux. Ses fruits mauves foncés de 150 à 300 g ont une forme
ovale et une peau rugueuse. La qualité de la pulpe est excellente. Lula est un hybride mexicain x
guatémaltèque à haut rendement et très vigoureux. Ses fruits sont verts et piriformes, pèsent environ
300g et ont un grand noyau adhèrent, Taylor est un cultivar guatémaltèque de haute taille. Il produit
de petits fruits à pulpe jaune pale ayant une bonne saveur.
Pollock, Fuerte, Booth 7 et Booth 8 appartiennent au groupe B. Pollock est un cultivar
antillais qui produit de grands fruits à pulpe jaune. Fuerte est un hybride naturel mexicain x
guatémaltèque à haut rendement et port étalé. Ses fruits verts sont piriformes, ont une peau mince et
pèsent de 200 à 350g. La pulpe est d’excellente qualité. Booth 7 et Booth 8 sont deux hybrides
guatémaltèque x antillais, très vigoureux, mais tendant à ne produire que tous les deux ans. Leurs
fruits ovoïdaux contiennent une pulpe de qualité moyenne.
Les fruits des arbres de semis au Ruanda peuvent rivaliser avec ceux produits par des variétés
greffées bien que leurs noyaux soient trop grands et non adhérents.
Les principaux travaux de recherche sur l’avocatier sont menés en Afrique du Sud, en
Australie, en Espagne, aux USA (Californie, Floride), en Israël et au Mexique.

1.3.9. Composition
La pulpe de l’avocat contient de 5 à 22% d’huile d’une composition semblable à celle de
l’huile d’olive. Elle contient en outre 65% à 80% d’eau, 1% d’hydrates de carbone, 1 à 4% de
protéines, des vitamines A, B et E et approximativement 935 kJ/100g (225 kcal/100 g).

1.3.10. Usage
Les fruits de l’avocatier ont une grande valeur nutritive. En Afrique tropicale, ils sont surtout
destinés à l’autoconsommation et au marché local, mais les exportations vers l’Europe se
développent. La pulpe est mangée crue dans des salades ou préparée avec du jus de citron, du sel et
du poivre. Elle n’est que rarement cuite.
En Amérique centrale, l’avocat est également un produit alimentaire important. La
consommation annuelle mexicaine est estimée à 6kg par personne.
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1.4. Bananier (Musa L.)


1.4.1. Origine
Le genre Musa est originaire de l’Asie du Sud-est (aire géographique entre l’Inde, la
Papouasie -Nouvelle Guinée et les Iles du Pacifique). Dans cette région du monde, on trouve les
espèces sauvages de Musa acuminata et de Musa balbisiana. – Il n’existe pas de variétés sauvages de
bananiers en Afrique (sauf dans des collections). La grande diversité de bananiers rencontrés en
Afrique découle donc de mutations somatiques ou de variations somaclonales (changements
spontanés se produisant selon une fréquence très faible sur le terrain) survenues en Afrique et en
Asie. L’existence de nombreux cultivars de bananiers d’altitude en Afrique de l’Est (nommés ci-
après bananiers d’altitude) et de plantains laisse supposer qu’ils sont cultivés depuis très longtemps
en Afrique.
A ce jour, on a identifié 119 cultivars de plantain en Afrique occidentale et centrale et plus de
70 cultivars de bananier d’altitude en Afrique de l’est, de sorte que ces régions peuvent être
considérées comme les centres secondaires de variation de ces groupes de bananiers. Seuls quelques
cultivars de plantain et de bananier se présentent en Asie du Sud-est et en Amérique latine.
On pense que le bananier fut introduit en Afrique il y a 1.500 à 3.000 ans de part la grande
variabilité des plantains et bananiers d’altitude qu’on y trouve. Il serait apparu pour la première fois
en Afrique de l’Est près de Zanzibar (Tanzanie). Il n’est pas exclu qu’il ait atteint le continent
africain par Madagascar. Depuis l’Afrique de l’Est, le bananier s’est propagé vers l’Ouest à travers
les régions forestières avec les migrations bantoues. Les Portugais semblent avoir joué un rôle dans la
diffusion du bananier en Afrique de l’Ouest. – Les Portugais et les Espagnols ont introduit quelques
cultivars de bananiers au Nouveau Monde après la découverte des Amériques.

1.4.2. Classification
Les bananiers sont des plantes monocotylédones de la famille des Musaceae de l’ordre des
Zingiberales. Botaniquement, ils s’apparentent aux Cannaceae (genre Canna), Lowiaceae (genre
Orchidantha), Marantaceae (genre Marantha), Stralitziaceae (genres Strelitzia, Ravenala),
Heliconiaceae (genre Heliconia), Costaceae (genre Costus) et les Zingiberaceae (genres Zingiber,
Alpinia, Curcuma, Hedychium). Les deux genres de Musaceae (Musa et Ensete) sont cultivés en
Afrique. Les bananiers sont cultivés dans toute l’Afrique, mais l’ensète (également nommé faux
bananier) est surtout cultivé sur les hautes terres d’Ethiopie.
Le genre Musa comprend cinq sections : Australimusa (n=10), Callimusa (n =9 ou 10),
Rodochlamys (n=11), Eumusa (n=11) et Ingentimusa (n=14). Tous les bananiers cultivés en Afrique
appartiennent à la section Eumusa. Par ordre d’importance décroissante, il s’agit de bananes
d’altitude à cuire (Matooke) et à bière (génome AAA), de plantains (AAB), de bananiers de dessert
(AAA, AAB, AB et AA) et de bananes à cuire (ABB). La configuration du génome se rapporte aux
espèces sauvages M. acuminata Colla et M. balbisiana Colla, respectivement à l’origine des génomes
A et B. Musa acuminata (AA) et Musa balbisiana (BB) sont deux diploïdes à nombre
chromosomique de base n=11. Le nombre de lettres de la configuration du génome indique le degré
de ploïdie. La plupart de bananiers africains sont triploïdes, sauf quelques cultivars produisant des
bananes de dessert comme le Kamaramasenge (AB), la Figue sucrée (AA), le Paka (AA) et le
Sikuzani (AA).
Les noms des cultivars africains sont généralement des noms régionaux et donc souvent
synonymes. Les plantains sont habituellement classés sur base des caractéristiques du régime parvenu
à maturité. Les cultivars Ntanga, french Sombre, french Clair, Obino, L’Ewai, Kipanje, Msisa,
Bosua, Litete et Apem sont des plantains french très connus ; les cultivars Agbagba, Ebang, Libanga,
Ukom, Kaamenko, Msusu et Apantu sont des plantains faux corne. Parmi les cultivars produisant des
bananes de dessert, il y a le Pome (ou Prata), l’Ibota (également connu sous les noms de Km 5 et
Yangambi) et les cultivars du groupe Cavendish (Poyo, Giant et Dwarf Cavendish) qui produisent les
bananes exportées en Europe.
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1.4.3. Description
Le bananier est une plante herbacée géante, vivace, qui atteint une hauteur de 1,5 à 6m en
Afrique. Le bananier adulte, ou plante mère, se compose d’un cormus avec des racines et rejets, un
pseudo tronc pourvu de feuilles et un régime de fruits.
Cormus : C’est la partie souterraine du bananier. Sa forme est ronde mais dépend aussi du
cultivar. Il porte un méristème apical ou point végétatif au sommet d’où se développent les feuilles
vers le haut et le tissu de la tige vers le bas. Bien que souterrain, le cormus constitue la vraie tige de la
plante. Le méristème apical reste enfoui au niveau du sol durant la croissance végétative, mais monte
rapidement après l’initiation florale. Les nouvelles feuilles se développent au centre à partir du
méristème en repoussant les feuilles plus anciennes vers l’extérieur. Celles-ci meurent ensuite se
désintègrent en exposant les nœuds et entre-nœuds (apparents sur les cormus déracinés). Les bases
des feuilles n’étant pas gonflées, les cormus ne sont pas assimilés aux bulbes. Les racines prennent
naissance en groupe de 3 ou 4 entre une zone externe appelée cortex et la partie interne le cylindrique
central.
Les bourgeons latéraux deviennent des rejets, qui constituent les branches du tronc principal.
Comme ces rejets deviennent de nouvelles plantes à fruit, le bananier peut être considéré comme une
plante vivace. On sélectionne un rejet pour succéder à la plante mère. – Le développement d’un rejet
connaît différents stades. Un œil est un méristème apparu récemment sur le cormus. Cet œil gonfle et
prend l’aspect d’un cône, le bourgeon, en développant des ébauches foliaires, c’est-à-dire des feuilles
pratiquement sans limbe. Un œilleton est un grand bourgeon vert qui vient d’émerger à la surface du
sol. Un rejet de 50 à 150cm de haut à feuilles lancéolées est un rejet baïonnette. Un rejet de plus de
100cm de hauteur et à grandes feuilles est appelé rejet sevré. Un rejet chou est un petit rejet à grandes
feuilles mais à cormus réduit du fait d’une mauvaise liaison souterraine avec la plante mère. – Le
cormus des rejets se développe généralement à quelques centimètres du cormus principal. Un
bananier qui porte des fruits est entouré de petites plantes et de rejets. Cet ensemble végétatif est
nommé touffe. Comme le développement horizontal racinaire du bananier est faible, sa partie
souterraine ne peut pas être qualifiée de rhizome.
Pseudo tronc et feuilles : Le pseudo tronc est porté par le cormus. Une feuille se compose de
trois parties : une gaine foliaire ou pétiole élargi, un pétiole et un limbe. Les gaines foliaires des
feuilles successives s’enroulent les unes dans les autres et constituent ainsi une structure compacte
cylindrique, nommée pseudo tronc. Le vrai tronc (cormus) se trouve sous le méristème apical dans le
sol. Le pseudo tronc des bananiers d’altitude et des bananiers à fruits de dessert est vert à vert foncé
avec des taches noires très marquées ; celui des bananiers plantains est vert jaunâtre avec de petites
taches noir brunâtre.
Les nouvelles feuilles naissent au centre du sommet du pseudo tronc, lequel s’allonge de 1cm
par jour. Chaque nouvelle feuille repousse les feuilles plus anciennes de côté et le pseudo tronc,
formé par les gaines foliaires qui chevauchent, grossit. – Une nouvelle feuille se forme tous les 7 à 10
jours. Quand les conditions de croissance ne sont pas optimales, le rythme d’émission des feuilles
peut être ralenti. La plupart de bananiers africains produisent entre 35 à 40 feuilles. Le bananier
commence à fleurir quand il porte environ 15 feuilles. Chez les bananiers de petite taille, la floraison
commence à moins de 32 feuilles, chez ceux de taille géante à plus de 40 feuilles et ceux de taille
moyenne de 32 à 40 feuilles. – La longueur des feuilles peut atteindre 3 mètres environ et la largeur
1m environ. Chaque feuille est plus grande que celle qui la précède, excepté les dix dernières feuilles
qui deviennent progressivement moins longues, mais proportionnellement plus larges. Lors de
l’initiation florale, l’intérieur du pseudo tronc renferme encore 11 feuilles. La dernière feuille
produite avant l’émergence du régime est nommée feuille bractée. – Un pulvinar jaunâtre en forme de
bande est visible sur les moitiés gauche et droite du limbe, à proximité de la nervure centrale. Les
pulvinars ont une fonction essentielle dans le mouvement des moitiés du limbe. Ils permettent à la
feuille d’adapter son orientation en fonction des besoins de l’évapotranspiration. – Les stomates sont
plus nombreux sur la face inférieure que sur la face supérieure de la feuille et il y en a plus au milieu
de la feuille qu’à sa base. La densité des stomates est plus grande chez les diploïdes et plus faible
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chez les tétraploïdes. Les triploïdes se situent entre les diploïdes et les tétraploïdes. – Les grandes
taches rouges sur les feuilles de jeunes plantes sont causées par une forte teneur en anthocyanine. – Il
existe des cultivars nains de bananier plantain, de bananier d’altitude et de bananier à fruit de dessert.
Ils émettent le même nombre de feuilles que le bananier de taille normale mais leur pseudo tronc croît
lentement, ce qui leur donne une apparence plus robuste.
Régime : Le régime se développe à partir de l’inflorescence naissant au méristème apical du
cormus après l’initiation florale. L’inflorescence reste donc dans le pseudo tronc au niveau du sol
pendant deux mois environ, mais elle monte rapidement dans le pseudo tronc dès la sortie des 2 à 4
dernières feuilles. Elle émerge au sommet du pseudo tronc après le déploiement de la dernière
feuille ; c’est la jetée.
L’inflorescence comprend un pédoncule (axe ou rachis) portant les fleurs sur des
protubérances (glomérules, coussinets ou coursonnes), disposées selon 3 spirales parallèles. La partie
du pédoncule qui reste à l’intérieur du pseudo tronc et fait la liaison avec le cormus est molle ; la
partie externe devient dure et se retourne vers le bas sous le poids de l’inflorescence quand elle est
exposée.
Les fleurs sont disposées en deux rangées par glomérule, sauf sur les plantains french, faux
corn et vrai corn, qui n’ont qu’une rangée de fleurs par glomérule. Chaque glomérule porte 10 à 20
fleurs. Toutes les fleurs sont supportées par des bractées, qui sont des feuilles rudimentaires
encerclant partiellement le pédoncule. – Les fleurs sont pourvues de tépales composés (feuilles
florales non clairement différenciées en pétale ou sépale) comportant trois grands lobes et deux lobes
plus petits et un tépale libre. Ils forment le périanthe (ensemble des feuilles florales) et entourent cinq
étamines et un stigmate trilobé. Les périanthes des plantains sont jaune orange ; ceux des autres
bananiers sont blancs. – Une fleur femelle est presque toujours stérile. Son ovaire bien développé est
beaucoup plus grand que le périanthe et porte un grand style et des étamines non fonctionnelles
(staminodes). Le style et les staminodes tombent en laissant une cicatrice brune noire sur l’extrémité
du fruit. L’ovaire se développe sans fécondation (développement parthénocarpique) et forme un fruit
comestible ou doigt. Le fruit est triloculaire et la pulpe se développe à partir de la peau vers
l’intérieur. Les ovules se dessèchent et forment de petits points foncés dans la pulpe. Le fruit
s’allonge principalement durant le premier mois après l’anthèse, mais il continue à grossir jusqu’ à la
récolte. Les fruits d’un même glomérule constituent une main. – le bourgeon mâle de couleur rouge
mauve croît continuellement en formant des fleurs mâles à partir d’un méristème couvert de
nombreuses bractées. Ces fleurs ont un petit ovaire, nettement plus court que le périanthe. Le petit
style et les longues étamines sont non fonctionnels. – Les fleurs hermaphrodites se comportent
différemment : chez la plupart de bananiers d’altitude et de bananiers à fruits de dessert, elles
tombent, tandis que chez les plantains faux corne, french, et chez les cultivars nains, elles persistent.
Le développement du fruit prend 2 à 6 mois. Il dépend des conditions écologiques
(développement lent en altitude du fait des baisses températures), du cultivar (les régimes comptant
plusieurs mains et plusieurs doigts par main mûrissent plus lentement que les régimes portant peu de
fruits) et du degré de ploïdie (les régimes de diploïdes mûrissent plus rapidement que les régimes de
triploïdes). Les bananes d’altitude et la plupart de bananes de dessert mûres sont parfaitement rondes,
contrairement aux bananes plantains, bananes de dessert Pome et bananes à cuire ABB qui sont
anguleuses (caractéristique héritée de M. balbisiana). Les fruits bien mûrs des bananiers d’altitude et
des bananiers à fruits de dessert ont une pelure terne jaunâtre et leur pulpe est orange jaunâtre. Les
bananes à cuire et les bananes de dessert Pome sont jaunâtres avec des taches noires et leur pulpe est
blanche.

1.4.4. Aire de culture


D’après Swennen et Vuylsteke (2001), la production mondiale de bananes s’élève à 74
millions de tonnes par an. Les bananes occupent la quatrième position dans la liste des importantes
denrées alimentaires après le riz, le blé et le lait. Environ 25 millions de tonnes (soit 34% de la
production annuelle mondiale) sont produits en Afrique.
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Différents types de bananiers sont cultivés dans diverses écorégions d’Afrique. Les
bananiers d’altitude sont surtout cultivés dans les régions d’altitude de l’Afrique de l’Ouest
(Ouganda, Rwanda, Burundi, Est de la R.D.C., Nord de la Tanzanie et Ouest du Kenya) près des
villages et dans des champs permanents.
Les plantains sont produits dans des jardins familiaux ou associés à d’autres cultures
vivrières, dans des systèmes de cultures itinérantes. Ils prédominent sur les basses terres des tropiques
humides en R.D.C., au Congo Brazzaville, au Gabon, au Cameroun, au Nigeria, au Ghana, en Côte
d’Ivoire, en Guinée et au Liberia. La Côte d’Ivoire et le Cameroun exportent d’importantes quantités
de bananes de dessert vers l’Europe.

1.4.5. Exigences écologiques


Les bananiers à fruits de dessert et les plantains se développent lentement en altitude ; ils se
plaisent sur les basses terres. Les bananiers produisant des bananes à cuire et à bière préfèrent par
contre les altitudes entre 1.200 et 1.800m au-dessus du niveau de la mer en Afrique de l’Est. Les
bananiers tolèrent un peu d’ombre. Les intensités lumineuses optimales ne sont pas connues.
Climat : Les bananiers sont généralement cultivés entre 19° et 33° C. Toutefois, si l’apport
d’eau est suffisant, les températures supérieures n’empêchent pas leur culture. La croissance
cependant s’arrête au-delà de 38° C. La température idéale pour la fructification est supérieure à 22°
C environ à celle de la formation des feuilles. Une température trop basse ralentit l’émission des
feuilles et allonge le cycle de croissance. La croissance est nulle en dessous de 14° C et le
refroidissement endommage les fruits. Les bananiers pourrissent lorsqu’ exposés à moins de 0° C.
Les bananiers à fruits de dessert et plantains sont cultivés dans un environnement humide à
hygrométrie élevée de 60 à 100%. Les bananiers requièrent 25 à 70mm d’eau par semaine (soit 1.300
à 3.600mm par an) en fonction du taux d’évapotranspiration. Une humidité du sol variant de 80 à
100% de la capacité au champ est requise. Ceci correspond à une pluviosité minimale de 100mm par
mois. Le sol doit être bien drainé, car une inondation de plus de 24 heures entraîne des pertes
importantes. Les bananiers à fruits de dessert et plantains résistent aisément à une saison sèche d’une
durée de moins de 3 mois. Dans les climats secs (pluviosité inférieure à 250mm), p.e. en Somalie, les
bananiers sont irrigués.
Les plantes stressées par de basses températures et par une pluviosité inadéquate deviennent
chlorotiques. Les nouvelles feuilles émergent mal dans des conditions ; ces symptômes se nomment
respectivement rosette et engorgement.
Les feuilles des bananiers sont souvent déchirées par le vent le long des nervures. Les vents
violents, spécialement ceux qui soufflent alors de la transition entre saison sèche et saison des pluies
peuvent entraîner des pertes considérables (plantes cassées ou abattues).
Les sols profonds, limoneux et bien drainés conviennent le mieux pour la culture du bananier.
Les éléments N, P, K, Ca et Mg sont indispensables pour atteindre un bon niveau de développement
et une production élevée. Le pH peut varier de 4 à 8. Les bananes de dessert destinées à l’exportation
sont produites sur des sols alluviaux et très salins (Somalie), sols volcaniques (Cameroun) et sols
tourbeux ou volcaniques (Côte d’Ivoire).

1.4.6. Culture
La culture des bananiers à fruits de dessert pour l’exportation est très différente de celle des
bananiers d’altitude et des bananiers plantains pour la consommation locale.
Système de culture : La plus grande partie de la production de bananes en Afrique est réalisée
par de petits exploitants agricoles qui les produisent, par ordre d’importance, en cultures de case, en
cultures associées et culture pure.
Les bananiers se développent bien dans des jardins familiaux, car les sols y sont fertiles et
riches en matières organiques grâce à d’abondants déversements d’ordures et de fumier. Ces jardins
sont assez grands (1 à 2ha) en Afrique de l’Est. On y trouve surtout des bananes d’altitude, des
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bananes à cuire et à bière. Des touffes, chacune ayant un rejet, sont associées à des caféiers,
haricots, sorgho et autres cultures vivrières.
L’aspect des champs de bananiers d’Afrique de l’est diffère de celui des champs d’Afrique de
l’Ouest. Sur les hautes terres de l’Afrique de l’Est, les bananiers constituent la culture principale. Ils
sont cultivés dans des champs de 2 à 5ha contigus à d’autres champs de bananiers. Les limites entre
les différentes exploitations ne sont apparentes, de sorte que l’ensemble des champs donne
l’impression de constituer une grande plantation. En Afrique de l’Ouest, où la culture du bananier ne
revêt pas la même importance, la plantation des bananiers est moins dense. Les bananiers y sont
associés à un grand nombre d’autres plantes vivrières (manioc, maïs, igname, tomate, canne à sucre,
papayer) dans des champs de 1 à 2ha. Les plantains sont également cultivés comme plante d’ombrage
pour de jeunes caféiers et cacaoyers. Dans les plantations de palmier à huile et d’hévéa, ils sont
plantés afin que les investissements élevés engendrent plus rapidement des revenus. Les plantes
d’ombrage sont éliminées 2 à 3 ans après leur plantation.
Rotation : Une plantation de bananiers pour l’exportation est exploitée pendant 7 à 10 années
environ. La production commence alors à baisser, la densité des plantes diminue, les maladies
s’étendent et les ravageurs deviennent plus nombreux, de sorte que la plantation est abandonnée. Les
plantes sont coupées ; les bases des pseudo troncs et les cormus sont traités avec des herbicides (p.e.
paraquat) pour empêcher la repousse. La terre est mise en jachère pendant trois ans au moins. On
laisse libre cours à la végétation naturelle ou on plante une légumineuse ou de l’herbe à éléphant
(Pinnesetum purpureum). Contrairement aux jardins familiaux, les champs de plantains plus éloignés
des villages ne maintiennent une bonne productivité que pendant 2 à 3 ans.
Préparation du sol : La production des bananes destinées à l’exportation demande des terrains
fertiles (plus particulièrement des sols alluviaux ou organiques) proches des ports de mer et de
préférence faciles d’accès, plats et bien drainés. Les adventices ou les plantes de couverture sont
détruits chimiquement et/ou mécaniquement. Les terrains sont labourés et hersés et des canaux de
drainage sont creusés.
Matériel de plantation : Les plantations pour l’exportation sont établies en plantant des rejets
sevrés et des rejets baïonnettes, dont le cormus est pellé et le pseudo tronc coupé à quelques
centimètres au-dessus du cormus, de manière à ramener la taille du rejet à 25cm environ. Cette
pratique contribue à la lutte phytosanitaire ; elle détruit la population de nématodes et permet
d’écarter les rejets infestés par les charançons (dont la présence est signalée par des galeries noir brun
dans les cormus pellés). Avant leur plantation, les rejets ainsi préparés sont plongés dans de l’eau
chaude (50° à 55° C) pendant 20 minutes environ ou dans un mélange aqueux de nématicide et
d’insecticide. Ce traitement réduit la population de nématodes et d’insectes. En cas de manque de bon
matériel de plantation, des grands cormus sont coupés en 3 à 5 parts. Chaque part de cormus peut
donner naissance à une nouvelle plante. Les rejets sont plantés dans la semaine qui suit leur
préparation. Pour les bananiers plantains et d’altitude ces précautions ne sont pas prises (pas de
sélection des rejets et de mesures phytosanitaires, rejets non préparés, plantés avec leurs racines ou
avec motte de terre), c’est ainsi qu’on assiste à des champs rapidement infestés par les nématodes et
charançons. Les plantations pour l’exportation sont des peuplements d’un seul cultivar.
Plantation : Pour l’exportation, on plante des rejets de qualité supérieure, fraîchement
préparés et désinfectés, au début de la saison de pluie, soit dans des sillons, soit dans des trous de
plantation selon un espacement de 2 x 2m ou 3 x 3m. Les trous de plantation mesurent 30 x 30 x
30cm ; les sillons sont profonds de 0,5m environ. L’engrais et le mélange nématicide - insecticide
sont appliqués dans le fond du trou ou du sillon. La couche superficielle est ajoutée ensuite et le rejet
planté. Le trou est ensuite fermé avec ce qui reste de la terre. Le rejet préparé est entièrement
recouvert de terre. – La manière de planter les bananiers plantains et les bananiers s’altitude dépend
du système de production appliquée. Dans les champs, ils sont plantés dans des trous de différentes
dimensions. La profondeur des trous (varie de peu profond à très profond) dépend des habitudes. Il
arrive que l’on applique du fumier dans les trous. La densité de plantation n’est pas uniforme parce
que les agriculteurs plantent souvent plus de rejets à proximité d’un arbre renversé ou aux endroits
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présentant de grandes quantités de cendres. Les espacements de plantation varient de 3 x 3m à 6 x
6m. Dans les cultures de case, les trous sont de préférence faits dans des fosses d’ordures, creusées à
l’origine pour extraire l’argile employée dans la construction des habitations. Les bananiers d’altitude
sont plantés soit verticalement, soit selon une certaine inclinaison.
Entretien : Les bananiers à fruits destinés à l’exportation sont abondamment fertilisés. Les
quantités d’engrais appliquées sont fonction de la qualité du sol et des conditions climatiques et
peuvent atteindre des taux de 600kg de N, 320kg de P et 600kg de K/ha. L’application d’azote et de
potassium est fractionnée (6 à 10 applications/an) pour éviter le lessivage. L’engrais est appliqué dans
un cercle de 50 à 100cm de diamètre autour de la touffe et n’est pas enfoui dans le sol pour ne pas
endommager le système racinaire superficiel. Le désherbage est effectué avec des herbicides de post-
levée comme la paraquat (action par contact) ou le glyphosate (action systémique). Des herbicides de
contact sont appliqués tous les deux mois environ, mais cet intervalle est plus court durant la phase
d’établissement de la plantation. A partir de 4 mois après la plantation, quand les pseudo troncs ont
atteint une grosseur suffisante, les bananiers tolèrent un certain contact avec les herbicides. Un
nématicide granulé est appliqué autour de la plante principale tous les 3 à 6 mois. On coupe
généralement tous les rejets, sauf un seul, pour qu’ils ne concurrencent pas la plante principale. On
applique rarement les engrais minéraux dans la culture des bananiers plantains et des bananiers
d’altitude. Une productivité élevée est maintenue par l’application massive de fumure organique, le
paillage et les cultures itinérantes. Les besoins d’une plante peuvent atteindre 10kg de matière
organique sèche ou 5kg de fumier de poule ou de vache par an. En pratique, la fertilisation est faite
avec ce qui est disponible à proximité des champs et en fonction de la main d’œuvre disponible. Dans
les champs, il est rare d’utiliser des herbicides ; les mauvaises herbes y sont généralement coupées.
Le paillage et les cultures intercalaires sont deux autres moyens de lutter contre les mauvaises herbes.
Dans les cultures de case, les mauvaises herbes poussent difficilement étant donné la grande diversité
de bananiers d’altitude.
Le bananier plie sous le poids du régime lorsqu’il porte des fruits. Le bananier n’étant pas une
plante ligneuse, il casse facilement lorsqu’il est exposé à des vents violents ou stressé par la
sécheresse. C’est pourquoi, il est courant dans les bananeraies d’exportation de soutenir
l’inflorescence par une perche en bois ou un bambou étayant le pédoncule. Cela s’appelle l’étayage.
Le haubanage consiste à lier deux plantes adjacentes pour qu’elles se supportent mutuellement, et est
également pratiqué. Les bananiers plantains et les bananiers d’altitude ne sont habituellement pas
étayés, bien que cela leur soit favorable. – Les régimes d’exportation sont couverts par un film en
polyéthylène pour les protéger et accélérer leur croissance.
Récolte : Au moment de la récolte, on fait une entaille à la machette dans le pseudo tronc à
mi-hauteur afin de le forcer à fléchir sous le poids du régime. On peut alors facilement couper celui-
ci au sommet du pseudo tronc sans risque de l’endommager. – Dans les grandes plantations, les
régimes de meilleure qualité réservés à l’exportation sont portés à dos d’homme vers un transporteur
aérien à câble alimentant une station fruitière. Les régimes pour la consommation locale sont laissés
entre les rangées. Ensuite, on procède à un éclaircissage rigoureux des rejets afin de ne conserver que
les meilleurs (pour produire une culture de rejet). – Arrivés aux stations fruitières, les régimes sont
divisés en mains, lavés, plongés dans une solution fongicide (thiabendazole ou benomyl), enveloppés
de polyéthylène et emballés dans des cartons de 18kg vers l’Europe qui peut prendre 1 à 2 semaines.
Les fruits sont refroidis pour rester verts jusqu’ à leur arrivée et réduire les pertes après récolte durant
le transport. La récolte a donc lieu avant que les fruits ne soient complètement remplis et aient
commencé à mûrir. C’est pourquoi, les fruits ont encore toujours des angles proéminents après
mûrissement artificiel.
Les bananes plantains et d’altitude sont destinées à la consommation locale. On les laisse
mûrir dans les champs aussi longtemps que nécessaire selon le mode de consommation prévu. Les
régimes sont généralement récoltés quand 1 à 2 doigts viennent de virer au jaune (plantain) ou de se
fissurer tout en restant verts (bananes d’altitude). Lorsque les bananes arrivent à ce stade, elles
peuvent être conservées 1 à 2 semaines avant leur consommation. Les régimes sont ainsi enveloppés
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dans des feuilles de bananier pour le transport et ne sont généralement pas divisés en mains. Les
bananes à cuire peuvent être récoltées non mûres. Les bananes à bière doivent mûrir avant la
production de la bière.
Les pseudo troncs des bananiers plantains sont rarement coupés après la récolte ; on les laisse
se désintégrer sur place. Les bananiers d’altitude sont par contre entièrement coupés et servent de
paillage afin de recycler rapidement les matières nutritives et combattre les mauvaises herbes. – Dans
les champs de bananiers d’altitude, on laisse un rejet par touffe après récolte de la plante-mère ; les
champs de plantains ne sont pas éclaircis.
Mûrissement : Les bananes de dessert sont transportées vers l’Europe dans des bateaux
spéciaux dans lesquels elles sont conservées à une température de 15° C environ. Après leur arrivée
en Europe, les bananes peuvent être stockées pendant un mois ou plus. Le mûrissement est activé par
l’éthylène afin d’obtenir des fruits d’un jaune uniforme et brillant. – Les plantains ne sont pas mûris
artificiellement. Il arrive que leur mûrissement soit activé accidentellement par une manipulation
brutale lors de la récolte et du transport. Le mûrissement des régimes est également accéléré
lorsqu’ils sont exposés au soleil, empilés aux points de collecte ou de vente le long des routes. – On
ne laisse jamais mûrir les bananes vertes à cuire ; elles sont récoltées non mûres et cuites dans cet
état.
Le mûrissement traditionnel de bananes à bière requiert une attention particulière. Pour
obtenir une quantité de bière suffisante, il faut récolter plusieurs régimes. Ces régimes sont
généralement à différents stades de mûrissement. Ils sont exposés à la fumée d’un feu afin d’accélérer
le mûrissement. Après quelques jours, les fruits sont mûrs et trop mûrs sont pelés et écrasés. On y
ajoute de l’eau et des graines de sorgho moulues et on laisse fermenter le mélange pendant 2 à 3
jours. Le liquide est ensuite filtré sur des herbes grossières. Le filtrat est une bière ou vin prêt à la
consommation. Il peut être distillé pour obtenir une boisson alcoolisée plus forte.

1.4.7. Maladies et ravageurs


Maladies : - Maladies cryptogamiques : Exception faite de la cercosporiose jaune du
bananier (Sigatoka jaune) qui ne touche que les bananiers à fruits de dessert, ce sont les mêmes
maladies et ravageurs que l’on rencontre sur tous les types de bananiers. La sensibilité des bananiers
plantains, bananiers à fruits de dessert et bananiers d’altitude peut néanmoins être différente.
- Les maladies de Sigatoka ou cercosporiose : se manifestent par des taches foliaires jaunes
(Sigatoka jaune), taches noires (Sigatoka noire) et raies foliaires noires (maladie de raies noires).
Sigatoka jaune est causée par Pseudocercospora musae (télémorphe Mycosphaerella musicola) et
Sigatoka noire par Paracercospora fijiensis (télémorphe Mycosphaerella fijiensis). Il semble
actuellement que Sigatoka noire et la maladie des raies noires soient les mêmes. – Sigatoka jaune est
apparue pour la première fois à Java et dans la vallée de Sigatoka (d’où le nom de maladie de
Sigatoka) aux îles Fidji, respectivement en 1902 et en 1913 et s’est propagée depuis vers toutes les
régions de culture du bananier dans le monde. La maladie des taches et des raies foliaire noires est
plus virulente. Quand elle a été constatée aux îles Fidji, elle a reçu le nom de Sigatoka noire. Elle
s’est introduite en Afrique au début des années 1970 et menace actuellement la production bananière
dans le monde entier.
Dans les plantations pour l’exportation, les maladies de Sigatoka sont combattues par 5 à 15
applications de fongicides (benzimidazoles et triazoles) en fonction des prévisions du temps et de
l’évolution des symptômes. Les fongicides sont pulvérisés par avion ou par pulvérisateur à dos. Les
petits exploitants ne traitent que rarement les bananiers plantains et les bananiers d’altitude.
- La maladie de Panama ou fusariose : est transmise par le sol et est causée par Fusarium
oxysporum f. sp. cubense. Les exsudats des racines de bananier stimulent la germination des
chlamydospores (spores de conservation) de cet agent pathogène. Le mycélium s’introduit dans les
racines et le système vasculaire. Les cultivars résistants activent un mécanisme de défense par lequel
des thylles (sorte d’occlusion vasculaire) empêchent l’invasion systémique des vaisseaux. La
contamination d’un bananier sensible entraîne très rapidement un jaunissement des feuilles. Ce
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jaunissement est suivi par un sévère flétrissement des feuilles (même en saison de pluie). Les
feuilles se désintègrent et la plante meurt. Des décolorations vasculaires peuvent être constatées sur
une coupe transversale du pseudo tronc ou du cormus. L’agent pathogène est propagé par le matériel
de plantation, des personnes et de l’eau contaminée et peut rester en dormance dans le sol durant des
nombreuses années. – Cette maladie est apparue pour la première fois à Cuba et au Panama, d’où le
nom de maladie de Panama. C’est la plus destructrice des maladies susceptibles d’affecter les
bananiers à fruits de dessert commerciaux. Etant donné qu’aucun traitement fongicide ne peut traiter
la fusariose, la lutte contre cette maladie consiste à utiliser un matériel de plantation sain, veiller à
l’hygiène de la culture, migrer vers de nouveaux terrains et remplacer les cultivars sensibles par des
cultivars résistants.
- Maladies cryptogamiques mineures : Les taches foliaires causées par Cordana musae sont
de grandes taches coalescentes brun jaunâtre entourées d’un halo chlorotique. Cette maladie se
manifeste surtout sur les bords des feuilles des plantains. La cladosporiose des feuilles, causée par
Cladosporium musae, peut être sévère sur les bananiers d’altitude. – La maladie du bout de cigare
(causée par Trachysphaera fructigena et Verticillium theobromae) et la maladie de la ponctuation
(causée par Pyricularia grisea) affectent les bananes de consommation locale avant la récolte. La
maladie du bout de cigare est limitée à l’extrémité du fruit. A la fin de la saison sèche, celui-ci peut
ressembler au bout grisâtre d’un cigare. La maladie de la ponctuation cause de petits caractères ronds
dans la peau, qui ne s’étendent pas dans la pulpe du fruit. – La pourriture du cormus : est causée par
Armillaria mellea. Ce champignon survit dans les sols forestiers et peut envahir les racines, le cormus
et le pseudo tronc des bananiers plantés peu de temps après le défrichement. (On n’a pas traité dans
cette partie les maladies après la récolte touchant les bananes de dessert exportées).
- Les maladies virales : Brunchy top : est une des plus graves maladies car la plante
contaminée ne produit pas de fruits. Elle est causée par au moins un virus contenant de l’ADN simple
brin. Il semble aussi qu’un virus ARN double brin de type lutéovirus soit également impliqué. Le
virus est transmis par son vecteur, le puceron Pentalonia nugronervosa. La maladie est limitée
jusqu’à présent que dans un petit nombre de régions en Afrique. On ignore pourquoi elle est confinée
dans certaines régions du Gabon, du Congo Brazzaville, de la R.D.C., du Rwanda et de l’Egypte. –
Mosaïque à tirets : est une maladie nommée également chlorose infectieuse ou pourriture du cœur et
est causée par le virus ARN simple brin de la mosaïque du concombre, le cucumber mosaic
Cucumovirus (CMV). Ce virus a une très large gamme d’hôtes. Une mosaïque ou des stries
chlorotiques (continues ou discontinues) apparaissent entre la nervure centrale et les bords des
feuilles infectées. Les plantes contaminées doivent être éliminées. Les plantains semblent être plus
sensibles que les cultivars Cavendish de bananiers à fruits de dessert. – Stries du bananier : c’est une
maladie identifiée récemment causée par le virus des stries de bananier (groupe de Badnavirus), un
virus ADN double brin. Elle se manifeste dans un premier stade par des stries jaunâtres sur les
feuilles. Ces stries virent progressivement au noir et deviennent nécrotiques et entraînent la mort de la
feuille. Les symptômes sont inégalement repartis sur l’ensemble de la plante. Le virus est transmis
par les cochenilles farineuses (Pseudococcidae). La perte de rendement peut être négligeable, mais
aussi très élevées (90%).
Ravageurs : - Insectes : Le charançon du bananier, Cosmopolites sordidus est le seul insecte
qui cause des dégâts significatifs aux bananiers en Afrique. Le coléoptère adulte noir brun mesure
environ 1cm. C’est un insecte nocturne qui vole rarement. La femelle pond ses œufs sur le cormus et
à la base du pseudo tronc. Les larves blanchâtres creusent des galeries dans le cormus,
endommageant parfois le méristème et tuent ainsi la plante. On estime que 50% de tous les bananiers
sont infestés en Afrique de l’Ouest et 100% en Afrique de l’Est. Les plantains et les bananiers
d’altitude sont plus sensibles que les bananiers à fruits de dessert. Pour combattre cet insecte, il faut
utiliser des plantes in vitro (matériel de plantation sain), traiter les rejets à l’eau chaude (même
traitement que pour combattre les nématodes) et immerger les rejets dans un insecticide (carbofuran,
isophenphos ou autres produits appropriés) sont appliqués 2 à 4 fois par an autour de la plante. Dans
les petits champs, on parvient à combattre quelque peu la prolifération des charançons en associant la
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culture des bananiers à celle de caféiers et en fendant les pseudo troncs après la récolte. Les pseudo
troncs fendus dessèchent rapidement et sont de la sorte moins propices à servir de lieu de
reproduction. Des tranches de pseudo tronc placées au sol servent à piéger les coléoptères adultes qui
s’y réfugient durant la journée. Ces pièges doivent être inspectés tous les jours et remplacés après 1 à
2 semaines. La lutte biologique contre le charançon de la banane n’est pas encore mise eu point.
- Nématodes : ce sont des vers minuscules qui seuls ou associés à des champignons
(Cylindrocladium sp., Fusarium sp. et Rhizoctonia sp.) endommagent les racines des bananiers.
L’absorption d’eau et d’éléments nutritifs peut être réduite dans des proportions considérables. Les
plantes infestées se développent lentement et se renversent facilement sous le poids du régime. En
Afrique, la perte de rendement peut varier de 20 à 80%. Les nématodes les plus destructeurs sont les
endoparasites migrateurs Radopholus similis (nématode foreur de racines), Pratylenchus coffea et P.
goodeyi (nématodes radicicoles) et Helicotylenchus multicintus (nématode spiral). Tous sont à
l’origine de lésions brun foncée ou rouges sur les racines. Les plantes infestées forment des régimes
de petite taille et leurs feuilles sont petites et peu nombreuses. Les nématodes sont facilement
propagés par du matériel de plantation infecté. Seules les grandes plantations commerciales sont
traitées avec des nématicides (généralement des granulés, de composés tels que phenamiphos,
isazofos, aldicarbe et cadusaphos). Etant donné l’accoutumance microbienne, l’application répétée de
nématicides identiques ou semblables doit être évitée. Dans le but de ne pas infester de nouveaux
terrains, l’utilisation des plantules in vitro exempte de nématodes est encouragée. Celles-ci
deviennent de plus en plus courantes en Afrique. L’étendue des populations de nématodes dans le sol
et sur le matériel de plantation peut être maintenue sous un seuil bien déterminé par la rotation des
cultures et les différentes mesures phytosanitaires décrites ci-dessus.

1.4.8. Rendement
Les rendements sont fonction de types d’exploitation agricole. Les plantations produisant
pour l’exportation visent à produire le plus au moment où l’on s’attend à des prix élevés. Cette
production contrôlée est rendue possible par une bonne planification du programme de replantation
ou d’éclaircissage des rejets. Le rendement de ces plantations varie de 30 à 60t/ha. – Les petits
exploitants désirent pouvoir récolter des bananes tout au long de l’année. Dans ce but, ils laissent soit
tous les rejets pousser, soit ils procèdent à des plantations répétées. Les rejets étant généralement de
dimensions différentes, ils ne fleurissent pas ensemble et les récoltes sont étalées sur l’année. Etant
donné la concurrence entre les rejets, les régimes sont plus petits. Les rendements varient de 4 à
20t/ha selon que les bananiers sont cultivés dans des jardins familiaux (rendement plus élevé) ou dans
des champs (rendement plus faible). La fertilité du sol, les densités de plantation, la composition
variétale et les cultures associées influencent également les rendements.

1.4.9. Amélioration et variétés


Toutes les maladies du bananier, exceptées les maladies virales, peuvent être combattues par
des pesticides. On estime toutefois que le développement et la distribution de cultivars offrant une
meilleure résistance constituent cependant un moyen de lutte approprié.
Contrairement à l’Amérique latine, l’hybridation du bananier est très récente en Afrique. Ce
n’est qu’à la fin des années 50 qu’on a mis un programme de sélection de plantains s’étendant sur six
ans. De nouveaux programmes n’ont été lancés qu’en 1987 à l’IITA (International Institute of
Tropical Agriculture, Nigeria) et en 1991 au CRBP (Centre Regional des Bananiers et Plantains,
Cameroun). Un autre programme a été lancé en 1994 en Ouganda par l’IITA. L’IITA a produit entre
1987 et 1990 plusieurs plantains hybrides résistants à la Sigatoka noire (tropical Musa plantain
hybrids ou TMPx) et en a mis 14 à la disposition pour effectuer des test.
Pour faire face à la grande diversité et à l’urgence des besoins en Afrique, l’INIBAP
(International Network for Improvement of Bananas and Plantains, France) a testé plusieurs hybrides
venant des programmes de sélection du FHIA (Fundacion Hondurena de Investigation Agricola,
Honduras) à l’IITA, au CRBP et à l’IRAZ (Institut de Recherche Agronomique et Zootechnique de la
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Comunaute Economique des Pays des Grands Lacs, Ruanda, Burundi, R.D.C.). Les hybrides
FHIA-01, FHIA-02 et FHIA-03 ont été sélectionnés comme candidats pour une reproduction
massale.
L’amélioration génétique des bananiers bénéficie de recherches biotechnologiques fortes
poussées, menées à la KULeuven. Les barrières de stérilité du bananier ont été contournées par la
manipulation de cellules régénératrices en suspension et de protoplasmes pour produire de nouvelles
plantes.

1.4.10. Composition
La composition des bananes est semblable à celle des pommes de terre. Les bananes
contiennent plus de potassium que d’autres espèces végétales. Elles contiennent 1% environ de 20%.
Les plantains parfaitement mûrs contiennent beaucoup plus d’amidon que les bananes de dessert.
L’inverse vaut pour la teneur en hydrates de carbone. La valeur énergétique des bananes est élevée
(435 kJ ou 104 kcal/100g). Elles sont riches en acide ascorbique ou vitamine C et vitamine B6. Les
plantains sont riches en vitamine A.

1.4.11. Usage
Les habitants des hautes terres d’Afrique de l’Est consomment 250kg de bananes par
personne et par année. Nulle part au monde la consommation n’est aussi élevée. Cela montre
l’importance de la banane comme aliment de base dans ces régions. En Europe, par contre, la
consommation moyenne n’atteint que 10kg environ par personne et par année. En Afrique de l’Ouest,
les plantains et les bananes de dessert représentent jusqu’ à 25% de la consommation d’hydrates de
carbone de 60.000.000 personnes.
Les fruits sont mangés mûrs et non mûrs. Les bananes à cuire vertes sont bouillies, pelées et
mangées telles quelles ou écrasées et mélangées à des épices, du poisson ou d’autres aliments. Les
plantains jaunes non pelées peuvent être grillés. On peut aussi les peler et les couper en tranches que
l’on frit dans l’huile de palme. Les bananes à cuire et les plantains trop mûrs sont mangés crus. Les
bananes de dessert qui ont atteint le stade de mûrissement où elles sont jaunes, sont molles et douces
et peuvent se manger fraîches. En cas de famine, les bananes de dessert vertes sont bouillies et
mangées. Les bananes à bière servent principalement à produire des boissons alcoolisées.
Contrairement aux Asiatiques, les Africains ne mangent apparemment pas les boutons de la
fleur mâle en tant que légume. Les gaines foliaires des anciens pseudo troncs sont déchirées pour
former des rubans utilisés en tant que cordes. Des linges confectionnées avec des cordes et retenues
par le front servent à porter des paniers sur le dos. Des feuilles coupées servent de parapluies. Les
feuilles de bananiers sont souvent employées pour envelopper les aliments. Dans certaines régions,
les feuilles servent parfois de nourriture pour les porcs et le bétail.
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1.5. Manguier (Mangifera indica L.)

1.5.1. Origine
Le manguier est un des arbres fruitiers les plus anciennement cultivés. Il tire probablement
son origine de l’Inde ou de l’Archipel malais. Le manguier serait cultivé aux Indes depuis au moins
4.000 ans et sa culture serait propagée en Afrique à partir du 10ième siècle par les Arabes jusqu’à
atteindre la cuvette centrale de la R.D.C. La présence du manguier en Afrique de l’Ouest date du
10ième siècle par l’intermédiaire des Portugais et des Hollandais.

1.5.2. Description
Le manguier, Mangifera indica (2n = 40), appartient, avec d’autres espèces de Mangifera
principalement celles présentées en Asie du Sud-est et en Malaisie, à la famille des Anacardiaceae.
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C’est un arbre, à racine pivotante, qui peut atteindre 15 à 20m de hauteur et un diamètre du tronc
de 1,50m. – Le tronc du manguier est couvert d’une écorce rugueuse de couleur gris brunâtre. Sa
couronne est compacte, plus ou moins sphérique. Les sujets francs de pied (semis direct) non greffés
ont un volume plus grand et une forme plus élancée que les plants greffés, généralement plus trapus
et à cime arrondie. – Le système racinaire est pivotant pouvant descendre jusqu’ à 6m de profondeur.
On remarque aussi la présence de quelques racines prenant naissance à la base du tronc.
L’enracinement superficiel est moins important que celui observé pour les agrumes. – Les feuilles
sont entières, glabres, ovoïdes - lancéolées à ovales ou elliptiques et mesurent de 15 à 40cm de long.
Elles sont de couleur brun rouge lorsqu’elles commencent à se développer et deviennent ensuite vert
foncé. Le renouvellement du feuillage s’opère après trois ans. – Le développement de la partie
aérienne est assez différent des autres espèces fruitières. Elle est caractérisée par une croissance
rythmique très nette. Chaque poussée végétative est suivie d’une période de dormance et cela
plusieurs fois par an. Ces poussées sont en outre irrégulières et n’affectent qu’une partie de l’arbre ou
une branche seulement. Le débourrement du bourgeon terminal survient peu après une période de
repos. – Au niveau de la première unité de morphogenèse succédant à la germination, les feuilles
assimilatrices succèdent directement aux cotylédons de la graine sans formation de feuilles
rudimentaires (cataphylles).- Au moment de la floraison, la manguier se couvre de nombreuses
panicules pyramidales de fleurs rouges ou rosées. Ces panicules contiennent plus de 1.000 fleurs
blanchâtres ou jaune rougeâtre et sont formées d’un mélange de fleurs hermaphrodites et mâles en
proportions estimées variables suivant les variétés. Les grains de pollen de couleur bleutée sont plus
ou moins agglomérés entre eux et nécessitent pour leur déplacement une pollinisation par les insectes
plutôt que par le vent. Le pourcentage de fleurs fécondées et développant un fruit jusqu’à maturité est
faible (0,1%). – Quand les rameaux ont accumulé des réserves suffisantes, le bourgeon apical se
transforme en bourgeon floral. Celui-ci n’est généralement initié que sur des pousses âgées d’un an.
C’est ce qui explique que les années de fructification abondantes sont habituellement suivies d’une
diminution de poussées végétatives provoquant une réduction de la floraison l’année suivante. – Le
fruit est une drupe dissymétrique plus ou moins latéralement aplatie suivant les variétés. Le poids du
fruit peut atteindre 2kg. Ses dimensions varient suivant les variétés. Il mesure en moyenne de 8 à
20cm sur 7 à 12cm. La peau (épicarpe) est assez mince sur les variétés cultivées. Du jaune au rouge
violacé, la couleur de celle-ci conditionne son intérêt commercial. La pulpe (mésocarpe) est de
couleur jaune ou orange abricot et présente chez les mangues de bonne qualité une chair assez sucrée,
très légèrement acidulée. Les mangues de semis (mangos) sont en général plus fibreuses avec un goût
prononcé de térébenthine. Le noyau (endocarpe) est aplati sur les bords et est de forme ovale ou
réniforme. A l’intérieur du noyau, on trouve l’amande constituée par une graine entourée de deux
enveloppes minces, lisses et papyracées. Cette graine peut être monoembryonnée (un embryon sexué)
ou polyembryonnée (un embryon sexué et plusieurs embryons nucellaires).

1.5.3. Aire de culture


On cultive le manguier dans toute la zone intertropicale du monde, où il est cultivé pour la
qualité de son fruit et comme arbre d’ombrage et d’ornement. – La limite nord de sa culture en
Afrique comprend le Sénégal, le sud du Mali, le Burkina Faso, le sud du Niger, du Tchad et du
Soudan, avec une zone de culture en Egypte. En R.D.C., il existait dans le Bas Congo et dans l’est
avant l’arrivée des Belges ; on le trouvait dans les anciennes postes arabes du Maniema et du
Burundi. C’est sous le manguier que se seraient rencontrés Stanley et Livingstone, à Ujiji le 10
novembre 1871. Le manguier était planté dans les villages, puis par les administrateurs comme arbre
d’avenue ou d’ombrage et il s’est disséminé un peu partout dans la brousse. – Il est cultivé pour
l’exportation en Afrique du Sud, en Israël, aux Canaries et dans quelques pays d’Afrique
subsaharienne (principalement la Côte d’Ivoire et le Mali).
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1.5.4. Exigences écologiques
Climat : C’est un arbre fruitier de climat tropical caractérisé par une alternance très nette de
la saison sèche et humide. En régions équatoriales, le manguier pousse vigoureusement mais n’y
fructifie pas, malgré une floraison abondante. La fructification y est défectueuse en raison des pluies
abondantes et du degré hygrométrique élevé. Il commence à produire convenablement à partir de 2°
de latitude nord ou sud. – Quand les températures ne sont pas en dessous de 2° à 4° C et ne s’élèvent
pas au-dessus de 40° C le manguier se comporte bien. La température optimale se situe entre 17° et
23° C. Le zéro physiologique de croissance se situe vers 11° et 12° C. La coulure des fleurs (chute) se
produit lorsque les températures descendent en dessous de 15° C. Le manguier peut végéter en
Afrique à partir de 1.200 mm. – La répartition des pluies est plus importante que la quantité annuelle
tombée. A priori, on ne peut envisager des cultures commerciales, sans irrigation, lorsque la moyenne
annuelle des pluies est inférieure à 700mm.- Le repos végétatif est indispensable pour induire la
floraison. Celui-ci est fourni par une période sèche de 2 à 3 mois. Après la floraison, si les réserves
en eau sont insuffisantes, la chute des jeunes fruits est plus abondante et ceux qui subsistent
grossissent mal. – Il est à noter qu’une pluie pendant la floraison peut détruire tout espoir de récolte.
Les brouillards, les fortes rosées, les périodes nuageuses sont également défavorables au moment de
la floraison et de la nouaison. – La manguier résiste bien aux vents grâce à son pivot puissant. Un
important déséquilibre hydrique est causé par des vents secs desséchants qui brûlent les feuilles. Des
embruns (pluie fine soulevée par le vent au-dessus des vagues) salés peuvent également causer des
brûlures aux feuilles des arbres situés à proximité de la mer. Les vents ont aussi une action néfaste sur
l’activité des insectes pollinisateurs. – Les manguiers préfèrent des sols profonds, assez légers ou de
structure moyenne, mais ils poussent également dans des endroits très variés. Ils se comportent
parfaitement dans des sols ferralitiques rouges à condition que la carapace ne soit pas trop
superficielle. La nappe souterraine ne doit ni remonter au-dessus de 2,50m en saison de pluie ni
descendre en dessous de 6m. – Le pH doit être compris entre 5,5 et 7,5. Le manguier est sensible aux
excès de sels. On voit apparaître de chlorose, de brûlures du bord et un enroulement des feuilles
quand les concentrations sont très élevées en sels.

1.5.5. Culture
Multiplication : Le manguier se multiplie par semis ou par greffage. Seules les variétés
polyembryonnées peuvent être multipliées par semis. Pour le greffage, on choisira de préférence des
variétés polyembryonnées comme porte-greffe.
a) Semis : Les graines du manguier sont qualifiées de non dormantes, c’est-à-dire qu’elles
sont, dès la récolte, morphologiquement et physiologiquement mûres. – Les noyaux sont prélevés sur
des fruits murs. Ils doivent être semés le plus tôt possible car leur faculté germinative est courte. Les
graines possèdent une grande teneur en eau et ne supportent pas une dessiccation importante.
L’optimum thermique de germination se situe entre 30° et 35° C. Le stockage des graines au-delà
d’un mois est difficile même en milieu humide. Dès que les racines s’allongent de quelques
centimètres, on transfère les plantules à une température assez basse, ce qui assure des conditions
idéales de conservation de plusieurs mois. – Dans le cas de semis direct en germoir, une meilleure
germination est obtenue en décortiquant le noyau pour extraire l’amande. La levée s’opère
normalement en 2 ou 3 semaines après le semis, tandis que les noyaux non décortiqués germent
seulement après 6 à 8 semaines. Pour les graines polyembryonnées, plus les embryons sont gros, plus
ils germent rapidement et plus les jeunes plants obtenus sont vigoureux. – Les semis sont faits en
germoir enrichi avec du compost ou du fumier. Les amandes sont placées en lignes, l’une après
l’autre, debout dans le substrat. Les embryons, étant généralement localisés à l’extrémité de la
courbure intérieure (zone micropylaire), le semis se réalisera en positionnant la partie bombée de
l’amande au-dessus. – Quand les plants ont une hauteur comprise entre 10 à 15cm (environ 6
semaines après le semis), on peut procéder au repiquage en pépinière. Celui-ci se réalise de
préférence en sachets perforés en polyéthylène noir opaque (hauteur 28cm, diamètre 30cm, épaisseur
100µm). Les sachets sont disposés dans les lignes jumelées dans des tranchées. Ils sont distants de
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20cm sur la ligne. La distance entre les axes de chaque double ligne est de 90 à 100cm (60.000
plants/ha). – En conditions idéales, la durée de formation d’un plant greffé en pépinière est de l’ordre
de 14 à 16 mois.
b) Greffage : La greffe la plus courante est la greffe en placage de côté avec ou sans languette.
La préparation de la greffe présente beaucoup d’importance pour la réussite. – Beaucoup d’échecs de
greffage semblent provenir du mauvais stade du bourgeon terminal du greffon (pas assez gonflé ou au
contraire assez trop avancé). Il semble également qu’une relation puisse exister entre le moment du
greffage et le stade de développement de l’unité de morphogenèse du porte-greffe. Il conviendrait
d’éviter le greffage pendant la phase de poussée foliaire (correspondant la formation de feuilles
assimilatrices) en raison de l’obtention d’une moindre activité de réserves de l’amande. Il est
déconseillé également de greffer pendant la période des pluies. – La soudure et le démarrage du
greffon sont optimaux lorsque la greffe est pratiquée 3 semaines environ après la levée du porte-
greffe.
Plantation :
La meilleure période de plantation se situe dès que les pluies sont correctement établies. Un
dispositif de 10 x 10m est préconisé pour les variétés greffées. La plantation se fait par quadrillage à
partir de 2 bases perpendiculaires. – Les trous de plantation (80 x 80 x 80cm) seront remplis des
quantités approximatives suivantes : 5 à 10kg de fumier ou compost, 5kg de terre noire, 1kg de
phosphate tricalcique et 0,5kg de sulfate de potasse. Ils seront rebouchés immédiatement en
mélangeant les différents composants et seront irrigués plusieurs fois pour tasser le mélange. La
confection d’une butte de plantation est à préconiser. – La plantation se fera 1 à 2 mois après la
trouaison. On arrosera tous les 3 à 4 jours durant les six premiers mois puis toutes les semaines jusqu’
à un an après la transplantation tout en tenant compte des pluies. – Les écartements dans les vergers
de manguiers étant assez grands, une bonne partie du verger n’est pas utilisée au cours des premières
années. On peut rentabiliser les frais d’installation de la plantation soit par la plantation dans les
interlignes d’une autre espèce fruitière entrant rapidement en production (papayer, bananier,
goyavier), soit par la plantation de cultures vivrières ou maraîchères en interligne. Dans ce cas, il
faudra disposer d’eau en quantités suffisantes pour couvrir les besoins de ces cultures intercalaires.
Fertilisation :
Pour prospérer, le manguier demande un équilibre NPK de type 4-1-4-. La fertilisation sera
traitée en fonction du stade de croissance de l’arbre et de la richesse du sol en éléments nutritifs. –
Dans les jeunes plantations de manguiers greffés (jusqu’à 2 ans), on préconise par arbre un mélange
de 5 à 10kg de fumier ou compost, 1.350g de superphosphate et 450g de sulfate de potasse qui sera
appliqué en deux fois. Avant la pleine production (jusqu’à 5 ans), la composition du mélange sera
augmentée annuellement de 375g pour chacun des deux engrais minéraux. – En pleine production (à
partir de 6 ans), le nombre d’application sera porté à 3, défini en fonction des critères climatiques ou
phénologiques. La dose globale pouvant être préconisée par arbre devra respecter l’équilibre suivant :
1.000 à 1.400g d’azote (N), 250 à 350g de phosphore (P2O5) et 1.400g de potasse (K2O). Les
doses les plus élevées seront réservées aux plantations de plus de 12 ans d’âge. La première
application sera réalisée au début de la saison de pluie afin de restituer rapidement les éléments et
favoriser la poussée végétative. La seconde application aura lieu juste avant la floraison, soit
généralement 2 à 3 mois après la fin de la saison de pluie en Afrique soudano - guinéenne. Une
troisième application sera effectuée au moment de la nouaison soit environ 5 à 8 semaines après la
floraison. – L’engrais est appliqué autour du tronc, à 30cm de celui-ci sur une couronne de 50cm de
large dans le cas d’un arbre d’un an. Ce rayon passera à 1,75m pour les arbres de 4 à 6 ans et entre 2
à 3 m pour les arbres de plus de 12 ans. L’application de l’engrais devra déborder de la frondaison,
de même que les irrigations, pour permettre au système racinaire de se développer correctement.
Irrigation :
L’arrosage se fait à un intervalle de 1 à 2 semaines, en fonction du sol, pendant les 5
premières années du verger et 2 à 3 semaines pour les arbres au-delà de cet âge. La confection d’une
double cuvette favorise la répartition de l’eau dans les zones de croissance radiculaire. Du point de
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vue de la qualité de l’eau, la teneur maximale de l’eau en sels ne doit pas dépasser 300mg par litre.
– Pour les arbres en production, il est nécessaire de respecter un repos végétatif pour obtenir la
différenciation des bourgeons floraux.
Amélioration de la floraison :
Le mécanisme de la floraison du manguier est mal connu. L’alternance de production est liée
de près à la floraison, au même titre que la productivité annuelle. En vue de hâter cette floraison, on
pratique la fumigation dans certains pays (Philippines, Indonésie et Afrique du Sud), au moyen
d’herbes mouillées et d’immondices brûlant durant deux à trois semaines au pied de l’arbre. Des
applications de substances florifères à base de KNO3 ont donné certains résultats en expérimentation
en Côte d’Ivoire. La conduite en palissage (6 x 5m) augmenterait la précocité de mise en fruit de
même qu’un stress hydrique plus ou moins prolongé après la fin de la saison de pluie. Des pratiques
culturales bien adaptées avec en particulier des apports d’azote dès que les panicules florales
apparaissent ainsi que des irrigations sont recommandées. L’effet des ces techniques est cependant
fort variable en fonction des variétés et du stade d’application.
Taille :
La plupart du temps, on n’a pas à intervenir pour la taille de formation. Cet arbre a une
tendance nette de se former sans intervention de l’homme. Il faut éviter cependant de laisser démarrer
plusieurs charpentières au même point sur le tronc. La taille d’entretien se réduit à la coupe des
branches basses et des gourmands naissant sur le porte-greffe. Des interventions trop importantes
provoquent des excès de sève conduisant à des poussées végétatives erratiques. Il n’y a pas de taille
de production.
Récolte :
La meilleure qualité du fruit est obtenue au stade complet de maturité. Le fruit, laissé jusqu’à
ce stade sur l’arbre, acquiert le parfum et le goût caractéristique de la mangue. Ce stade est atteint
lorsque aucun écoulement de sève n’est observé au point d’abscission du pédoncule de la panicule
florale.
Surgreffage :
La grande majorité des vergers existant est constituée d’arbres de semis donnant des fruits à
chair fibreuse. De plus, ces arbres produisent généralement sur une période assez courte,
occasionnant une surproduction importante. Pour améliorer la qualité de la production, sans perdre le
résultat de l’investissement du verger, on peut reconvertir les manguiers par rabattage des tiges et de
greffage plutôt que de pousser intensivement à la plantation de nouveaux vergers en partant des
plants greffés de pépinière. Cette technique peut être conseillée seulement dans des vergers pas trop
âgés. Par le surgreffage, on peut aboutir à un meilleur étalement de la production dans un verger
(choix de plusieurs variétés de précocité différente), sans augmenter la superficie plantée.

1.5.6. Maladies et ravageurs


Maladies :
a) Maladies cryptogamiques : - L’anthracnose : causée par Colletotrichum gloeosporioides
est la maladie la plus grave et le plus répandue. Elle pose de graves problèmes au niveau de la qualité
à l’exportation et elle se caractérise par des nécroses brunes ou noires sur les feuilles, les jeunes
pousses, les fleurs et sur les fruits. L’utilisation des variétés résistantes est à préconiser ainsi que des
traitements à base de dithiocarbamates ou de benzimidazoles. Les parties atteintes doivent être
taillées et brûlées. – Le blanc ou l’oïdium provoquée par Oidium mangiferae se développe plus
spécifiquement dans les zones où la période de floraison coïncide avec un climat de saison sèche
chaud à humidité relative élevée (R.D.C., Zambie, Afrique du Sud). Le champignon attaque les
boutons floraux, les jeunes fruits et les jeunes feuilles en provoquant la nécrose des tissus. Des
pulvérisations à base de soufre, de préférence combinées à un traitement contre l’anthracnose, sont à
préconiser. – La cercosporiose causée par Cercospora mangiferae provoque sur les feuilles des
tâches rondes de couleur rougeâtre entourées d’un halo vert jaunâtre. La maladie commence sur les
fruits par de petites tâches de soie qui vont en s’agrandissant. Les traitements contre l’anthracnose
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sont également efficaces contre la cercosporiose. – La fonte de semis (Fusarium spp., Rhizoctonia
solani) survient assez fréquemment en germoir. Elle est caractérisée par des brunissements à la base
des jeunes plants suivis par le desséchement des parties aériennes. Les méthodes de lutte préventive
consiste à la désinfection des planches de semis et le choix d’un terrain bien drainé sont à appliquer. –
Le scab du manguier (Spaceloma mangiferae) produit des tâches subéreuses sur les feuilles et
l’apparition de filament (Marasmius scandens) le long des branches et sur les feuilles en milieu
humide ou ombragé et sont des maladies moins fréquentes.
b) Maladies bactériennes : - La bactériose causée par Pseudomonas campestrix pv.
mangiferae indicae se manifeste sur les feuilles par de petites tâches noires anguleuses entourées
d’un halo jaunâtre ; les tâches évoluent en nécrose sur les fruits par lesquelles sort un exsudat brun
foncé.
c) Maladies physiologiques : On peut observer des brûlures sur les feuilles, soit de
l’extrémité apicale, soit de la bordure du limbe et peuvent avoir plusieurs causes : alimentation en eau
insuffisante, vents chauds et secs, trop forte teneur en sels du sol ou des eaux d’irrigation et embruns
marins. – L’accident physiologique marqué par une surmaturation de la pulpe du fruit près de l’apex
(l’autre extrémité restant normale) qui se transforme en masse spongieuse est connu sous le nom de
soft nose. Cet accident serait en relation avec des apports trop importants d’azote en sols sableux.
Ravageurs :
a) Insectes : Les cochenilles de différentes familles attaquent toutes les parties de l’arbre en
s’alimentant de la sève. Elles sont présentes sur les feuilles en saison sèche ou sur les fruits pendant la
période de maturation. En Afrique de l’Est et en Afrique australe, on rencontre surtout l’Ivy scale,
Aspidiutus hederae (Diaspinae), une cochenille blanche. Des applications d’organophosphorés
additionnés d’une huile minérale sont à préconiser. – La mouche des fruits (Ceratitis cosyra) ainsi
que la mouche méditerranéenne (C. capitata) pondent en perçant l’épicarpe du fruit et provoquent la
chute prématurée des fruits. Une lutte chimique effectuée dans les vergers infestés dès que les fruits
approchent de la maturité, est constituée d’appâts réalisés à base de fruits écrasés et
d’organophosphorés, additionnés d’hydrolysat de protéines peut être préconisée sur une partie du
verger ou sur les parties basses de l’arbre. Le ramassage et la destruction des fruits tombés servent
également à lutter contre ce ravageur. – On peut également mentionner comme ravageur potentiel le
charançon des noyaux (Sternochetus mangiferae) dont les larves rongent le noyau sans affecter la
pulpe.
b) Acariens : Les acariens blancs de petites tailles (0,1mm) (Polyphagotarsonemus latus),
visibles à la loupe, provoquent des symptômes sur les jeunes feuilles. Celles-ci se gondolent et se
gaufrent ; les dégâts ne sont visibles que bien après l’apparition du ravageur. Un acaricide spécifique
utilisé à forte pression dès le début de la saison sèche est la méthode la plus appropriée.

1.5.7. Rendement
Les rendements varient considérablement. Le manguier est très sujet au phénomène
d’alternance plus particulièrement en cultures extensives. On peut se baser sur une moyenne de 20 à
30 t/ha pour les variétés productrices et en cultures intensives. En cultures extensives, sans irrigation
d’appoint, la variation des rendements peut d’échelonner entre 5 et 15 t/ha.

1.5.8. Amélioration et variétés


La distinction des différentes variétés est basée principalement sur les caractères du fruit avec
quelques indications complémentaires sur l’arbre, les feuilles, les panicules florales. – Dans toute
l’Afrique tropicale, on trouve habituellement des variétés polyembryonnées fort différentes d’une
région à l’autre et qui possèdent la plupart du temps un nom spécifique dans le langage local. Rien
que pour la R.D.C., un inventaire réalisé à l’époque coloniale répertoriait une cinquantaine de
variétés. On trouve des différentes collections en Afrique de l’Ouest (Kaedi en Mauritanie, Mamako
au Mali, Korhogo en Côte d’Ivoire, Saint-Louis au Sénégal et Kindia en Guinée) et ont été installées
le plus souvent par l’Institut de Recherche sur les Fruits et Agrumes (IRFA-CIRAD) pendant les
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années 1960. Elles ont permis d’entamer un processus d’amélioration des vergers locaux et
d’exportation. Ces collections qui constituent les seules banques de gènes disponibles au niveau de
l’Afrique subsaharienne, contiennent quasi exclusivement des variétés floridiennes.
L’orientation de la consommation évolue lentement vers les variétés greffées et en particulier
vers les variétés floridiennes généralement monœmbryonnées. Au niveau commercial, plusieurs
qualités sont exigées : bonne production régulière, coloration attractive, bonne qualité, bonne qualité
gustative du fruit (absence de fibres).
Pour l’exportation vers l’Europe, ce sont les fruits surtout les fruits compris entre 270 et 400g,
avec une bonne aptitude au transport et au stockage et une résistance élevée à l’anthracnose qui se
commercialisent facilement.
Kent, Sensation et Zill sont des variétés de mangue de Floride renommées pour l’absence de
fibres. La variété Tommy Atkins est également appréciée du fait de sa résistance à l’anthracnose et de
la présence d’une coloration rouge brillant sur la peau. Zill et Kent supportent bien le transport. Keitt
est une variété tardive appréciée dans les vergers en Afrique soudano - guinéenne car elle permet une
commercialisation en dehors de la production des cultivars locaux. La variété Amélie du Cameroun
de type précoce est très résistante au transport a connu un essor important dans les années 1970 en
vue de démarrer un programme d’exportation en Afrique de l »Ouest (Mali). On peut également
trouver en plantation, sur des surfaces limitées, des variétés telles que Haden, Ruby et Irwin.

1.5.9. Composition
La composition chimique et minérale des différentes variétés est fortement variable. Ainsi, la
teneur en vitamine C des mangos de Côte d’Ivoire est largement supérieure à celle des variétés
greffées. La mangue est également riche en vitamine A. La composition du fruit est la suivante pour
100g : 12 à 15g de sucre, 0,6g de protéines, 0,1g de lipides, 80 à 85g d’eau, 208 à 262 kJ(50 à 63
kcal), 10 à 20mg de vitamine C, 0,3 à 0,8mg de sodium, 10 à 15mg de calcium, 12 à 16mg de
phosphore, 0,3 à 1mg de fer, 10 à 20mg de potassium, 10 à 17mg de magnésium.

1.5.10. Usage
La mangue est classée parmi les meilleurs fruits des tropiques, surtout lorsqu’elle provient des
variétés améliorées. En Afrique, elle est surtout consommée fraîche au moment où elle se détache
facilement de son pédoncule.
Le marché mondial de la mangue est en pleine expansion. Les perspectives en long terme
semblent être très favorables pour ce fruit. Les importations des mangues dans les pays de l’Union
Européenne ont considérablement augmenté depuis 1981 passant de 8.000 t à plus de 30.000 t tendant
à mettre ce fruit tropical parmi les plus pisés au niveau des consommateurs européens.
Malheureusement, la part du marché africain diminue d’année en année sur le marché communautaire
au profit d’origines sud américaines. Sous forme de produits transformés, elle est utilisée soit verte en
compote mais surtout pour la fabrication de condiments appréciés dans les pays anglophones
(chutneys et pickles), soit mûre pour les desserts, les sorbets et les boissons. La congélation permet de
conserver l’arôme de la mangue fraîche contrairement à la cuisson.
Les abeilles sont fortement attirées par les fleurs. Le bois a relativement peu d’importance et
s’emploie seulement en cas de battage. Dans le médecine populaire, il est fait un large usage des
différentes parties de l’arbre.
Comme plante ornementale, près des habitations, il présente l’inconvénient d’attirer les
mouches au moment de la fructification.
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1.6. Papayer (Carica papaya L.)

1.6.1. Origine
Le papayer est originaire de l’Amérique du Sud et centrale, notamment du Mexique. Le nom
lui-même serait d’origine caraïbe. On ignore ses ancêtres sauvages. Mais sa culture est très ancienne
en Amérique tropicale. Sa diffusion fut très rapide à l’époque des voyages des grandes découvertes
au 16ième siècle, et cet arbre fruitier est devenu cosmopolite de toutes les régions tropicales et
subtropicales de la terre.
L’introduction du papayer en Afrique serait faite sur la côte est et à Madagascar dès l’époque
précolombienne par la route du Pacifique. Au 17ième siècle, on le mentionne dans les pays de
l’Afrique de l’Est, où les Arabes ont certainement joué un rôle dans sa dispersion. D’après certains
documents, il serait apparu sur la côte occidentale des le 15ième siècle, apporté par des navigateurs
portugais en Guinée. Plus certainement, sa diffusion dans les pays de la côte atlantique a été faite de
trafiquants d’esclaves et de marchands au 17ième siècle. A l’intérieur des terres, son expansion a suivi
les routes des explorateurs.

1.6.2. Description
Le genre Carica appartient à la famille des Caricaceae et comprend plusieurs espèces
sauvages et cultivées. Le papayer commun est l’espèce Carcica papaya (2n = 18). C’est un arbre
généralement non ramifié, dont le tronc charnu et creux peu lignifié atteint de 3 à 10 mètres de
hauteur. Il se termine par une couronne de grandes feuilles à sept lobes, eux-mêmes découpés,
portées par des pétioles creux aussi longs que le diamètre des feuilles (30 à 80cm). Le tronc est
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fortement marqué par les cicatrices foliaires. L’arbre se caractérise par un enracinement pivotant
principal et un système racinaire secondaire superficiel.
Le papayer tend naturellement à la dioécie. Les fleurs des pieds mâles sont jaunes crème et
apparaissent sur de longues panicules ramifiées à l’aisselle des feuilles ; elles ne fructifient
normalement pas. Il existe parfois des fleurs hermaphrodites. Les fleurs des pieds femelles, plus
grandes mais courtement pétiolées, naissent isolées ou par groupe de deux à trois sur la partie
supérieure du tronc, à l’aisselle des feuilles aussi. La pollinisation croisée est réalisée par les insectes,
et, dans une moindre mesure par le vent et des oiseaux.
La floraison débute environ 5 mois après le semis, et est continue, sauf en cas de saison sèche,
ce qui peut amener une suspension consécutive de la production.
Les fruits ont la peau lisse et n’ont peu ou pas de côtes. Ils sont de forme arrondie, ovoïde ou
piriforme, de couleur verte à jaunâtre, puis jaune orange à maturité. La section de la baie, dénommée
papaye, montre une cavité centrale tapissée de nombreuses petites graines noires ovoïdes, fortement
sillonnées, de 3 à 6mm, entourées de mucilage, l’arille. La chair non fibreuse est juteuse, de couleur
jaune orangé à rouge, parfumée, épaisse de 2 à 3cm, plus ou moins sucrée et à saveur agréable. Le
fruit pèse de quelques centaines de grammes à plusieurs kg et est très apprécié. Il existe de
nombreuses variétés de papayer, différant entre elles par la forme et la dimension du fruit, la couleur
et la qualité de la chair.
Le tronc, les feuilles, les fleurs et les fruits contiennent un jus blanchâtre qui s’écoule à la
moindre égratignure, le latex. Il est beaucoup plus abondant dans la zone sous-cutanée du fruit, d’où
l’on peut l’extraire. L’extrait sec du latex est appelé papaïne.

1.6.3. Aire de culture


La production organisée de fruits et la sélection du papayer a débuté dans les Iles de Hawaï
mais l’Afrique demeure le plus grand producteur de la papaïne. – Le papayer est très répandu dans
tous les pays d’Afrique tropicale et, en moindre mesure, en Afrique du Sud. On le rencontre surtout
en cultures jardinières en dehors des régions d’altitude (<1.000m) et autour des agglomérations. Des
plantations organisées sont apparues dans quelques pays pour satisfaire à la demande du
consommateur des villes ou pour produire des fruits d’exportation, comme en Côte d’Ivoire, au
Kenya, au Zimbabwe, au Ghana, au Togo et en Afrique du Sud. Les plantations destinées à la
production du latex se trouvent principalement en R.D.C., et, à petite échelle, en Ouganda, au Kenya
et en Tanzanie.

1.6.4. Exigences écologiques


Climat : Le papayer est une plante héliophile exigeant un climat chaud avec un optimum
compris entre 26° et 30° C. En dessous de 10° C, la croissance s’arrête, de plus, l’arbre craint le gel.
D’autre part, il est extrêmement sensible à la grêle : en cas d’averse, les feuilles sont littéralement
déchiquetées, le bourgeon terminal et les fleurs sont hachées et les fruits sont endommagés,
invendables, et perdent du latex. – Le papayer est également exigeant en ce qui concerne les
précipitations qui doivent être abondantes et bien reparties. Il lui faut de 1.500 à 2.000mm de pluie
par an, quoiqu’il pousse bien dans des régions ayant une pluviosité inférieure mais bénéficiant d’une
humidité relative élevée. Si la pluviosité est supérieure, le sol doit être bien drainé, car le papayer
craint l’excès d’eau, et tout particulièrement l’eau stagnante. On peut le cultiver sous irrigation en
apportant de 100 à 150mm d’eau par mois. Dans des régions de désert, il s’accommode bien au
système goutte à goutte ; il faut cependant prendre garde à ce que les fruits ne soient pas brûlés par le
soleil. – De par son pseudo tronc cassant et sa masse foliaire abondante, le papayer est la proie de
vents forts. De plus, le vent peut causer des dommages aux fruits par abrasion, de sorte que des brise-
vent sont nécessaires dans des régions exposées.
Sol : Le papayer pousse dans tout type de sol, mais préfère un sol léger, pH 6 à 7, humifère,
meuble, aéré et bien drainé. Un sol sablo limoneux est idéal ; les sols lourds ne sont pas conseillés. Il
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pousse même sur des sols rocailleux. – Si le terrain est sableux ou trop léger, il n’est pas
recommandé de replanter du papayer au même endroit consécutivement.

1.6.5. Culture
Semis : La multiplication se fait généralement par semis, mais elle peut également se faire par
boutures ou greffages ; ces deux dernières méthodes ne sont pas utilisées en culture, le semis étant
beaucoup plus pratiqué. – Les graines seront recueillies de la partie centrale des fruits sélectionnés et
seront mises à sécher à l’ombre, fréquemment remuées, ou peuvent être utilisées fraîches telles
quelles. Dans des bonnes conditions de conservation, le pouvoir germinatif se maintient environ un
an ; au-delà, le taux de levée baisse très fortement. – Les villageois peuvent faire un semis en place
s’il ils disposent des semences en suffisance, à raison d’au moins 5 graines par poquet, en début de
saison des pluies. – Si l’on plante des semences sélectionnées, il est de loin préférable de semer deux
graines en petits sachets de polyéthylène perforés de 20 x10cm ou autre récipient adéquat. Ceux-ci
sont remplis d’un mélange de terre, sable de rivière et de terre de forêt (ou de terreau ou de compost)
en parts égales, qui devait en principe être stérilisé avant usage. Les sachets seront rangés dans une
ombre légère et arrosés en fonction du climat, mais sans excès. Un autre système utilisé pour des
grandes quantités de semis consiste en des plaques de polystyrène moulés d’alvéoles coniques de 5 à
7cm de profondeur et remplies d’un type de substrat, dans lesquelles sont semées les graines. – La
germination a lieu au bout de 15 à 20 jours. Lorsque les plantules auront atteint 20 à 40cm, elles
seront prêtes à être mises en place. – On peut aussi semer en germoir, en lignes continues, espacées
de 20cm, dans un sol sableux et léger. Après un mois, les plantules peuvent être repiquées en
pépinière à 0,30 x 0,30m ou en sachets de polyéthylène, 3 plants à la fois. Mais cette méthode est plus
laborieuse et le taux de reprise est plus bas. –La multiplication des végétaux par culture de tissus,
encore appelée culture in vitro, est couramment utilisée pour le papayer notamment aux Etats-Unis
d’Amérique et en Inde. L’avantage réside dans l’obtention d’un grand nombre de sujets identiques,
appelés clones, à partir d’une seule souche ou plante mère préalablement choisie pour ses caractères
recherchés, donc source d’une grande homogénéité dans toute la culture ou la production. A
l’inverse, si les clones sont médiocres ou susceptibles à une maladie déterminée, c’est toute la
plantation qui subira les conséquences, aussi de façon homogène.
Plantation : On peut adopter un écartement en fonction de la structure de la variété. Pour le
papayer commun, qui est généralement de grande taille, on peut adopter un écartement de 2 à 3 x 3m
soit 1.500 à 1.100 plants à l’ha. Pour une variété du genre Solo, un espacement de 2 x 2m, soit 2.500
plants à l’ha, sera suffisant. S’il s’agit d’une culture pour la production du latex, on adoptera un
écartement de 2,5 x 2,5m, soit 1.600 plants à l’ha. – Dans le cas de culture intercalaire initiale
d’arbres fruitiers permanents, l’écartement sera un multiple de celui de la culture principale, sans
toutefois être inférieur à 2,5m ; on peut aussi planter en doubles lignes espacées de 1,5m et 2,5m dans
la ligne.- La dimension du trou permettra de disposer la motte et les plantules, débarrassées du sachet,
sans les abîmer. Si l’on veut assurer un bon départ aux plantes dans un sol médiocre, il y a lieu de
creuser un trou de 0,50 x 0,50 x 0,50m, d’y verser une bonne pelletée de compost ou engrais
organique, qui devra être mélangée de terre avant de mettre les plantules en place.
Entretien : Il consiste à la destruction des mauvaises herbes, soit par sarclage à la houe en
prenant soin de ne pas blesser les racines, soit par désherbage chimique (mais en aucun cas avec une
dérivée de la famille de l’acide phénoxyacétique comme le 2,4-D). On peut profiter de la période
juvénile pour planter une culture associée à cycle court, telle des haricots, ou à vocation de
couverture du sol, comme la patate douce, mais uniquement au centre des lignes. Une fois le dôme de
feuilles renfermé, les adventices deviennent très clairsemées et l’entretien est très léger. – Si la
culture a débuté par un semis en place ou des graines d’origine non contrôlée, il est nécessaire de
procéder à un démariage des poquets à 3 poquets après 2 mois, et dans tous les cas, à un plant femelle
ou hermaphrodite vigoureux après 5 à 6 mois à la floraison. Si les plants sont issus de graines tout
venant ou de pollinisation libre, il y a lieu de laisser un plant mâle par cinquantaine de plants
femelles. – Le papayer est une plante exigeante et épuisante qui se révèle très sensible à l’influence
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des engrais, surtout organiques. Un apport annuel de 50kg de bon compost par arbre assure une
production élevée. En agriculture assistée, la fertilisation sera basée sur une analyse des éléments
nutritifs existants, foliaire et du sol, pour trouver la formule appropriée en fonction des éléments
exportés. Les engrais azotés contribuent au développement foliaire, les engrais phosphatés à la
vigueur de la plante et les engrais potassiques donnent plus de consistance et de saveur aux fruits et
facilitent la transformation de l’amidon en sucre. La papayer est très sensible à une carence en bore,
celle-ci se manifeste par un fruit déformé et grumeleux et un jaunissement et un rabougrissement de
l’arbre.
Récolte :
a) Fruits : La production débute à 8 à 10 mois après le semis initial et s’étend sur toute
l’année dans des conditions favorables de sol et de climat. Une saison sèche ou froide fait avorter les
fleurs provoquant ainsi un arrêt de la fructification en rapport avec la longueur de la saison. Quoique
le papayer puisse vivre pendant vingt ans, sa production n’est intéressante que pendant les trois à
quatre premières années, voire deux. Le rendement décline après la deuxième année. – Les fruits
doivent être cueillis à la main gantée avant maturité, plus ou moins avancée selon qu’il s’agisse de
marchés proches dans les pays, ou lointains, destinés à l’exportation, le plus souvent par avion. Un
grand soin doit être apporté à ce dernier produit, afin qu’il ne souffre point du transport et qu’il puisse
passer les phases de conservation, mûrissement et commercialisation dans les meilleures conditions
possibles.
b) Latex : La production de latex débute 7 à 9 mois après le semis. Elle est fortement
influencée par le climat et se tarit en saison sèche. On compte une période économique de deux ans
après quoi la production baisse et les arbres deviennent trop hauts. Il existe plusieurs méthodes de
récolte du latex appelée saignée. En pratique, la meilleure est celle qui a été développée en R.D.C.,
qui était jusqu’en 1992 le premier producteur mondial. – Le latex frais n’a pas de débouchées en lui-
même, il doit obligatoirement être séché ou traité industriellement et à bref délai pour préserver
l’activité enzymatique. – Après la saignée, il est très important de nettoyer soigneusement à grande
eau et de faire sécher les outils car le moindre reste de latex du jour commencera à pourrir et
contaminera la récolte du lendemain.

1.6.6. Production de papaïne


Il est déconseillé de sécher artificiellement le latex tel quel au soleil car on obtiendra un
produit coloré par (oxydation) de mauvaise qualité et de peu d’activité. – On utilise le système de
four à air chaud (≤ 55° C) pour obtenir une papaïne blanchâtre granuleuse brune (crude), dénommée
P3, de qualité médiocre à bonne en fonction du séchage. Si l’on traite grossièrement le latex avant de
le sécher, par un battage et une filtration grossière, on obtient un jus opaque qui donnera une papaïne
crème dite en paillettes (flakes), dénommée P2, de qualité moyenne à bonne. La première usine
proprement dite de traitement de papaïne au monde a été construite en R.D.C. Le procédé consistait
en une fluidisation du latex, trois filtrations dont la dernière stérilisante et un séchage par atomisation.
Ce procédé permit d’obtenir une papaïne raffinée en poudre (refined), dénommée P1, blanc crème
avec une granulométrie et une qualité beaucoup plus homogènes que les précédentes. Si l’on raffine
mieux encore, et si l’on lyophilise au lieu d’atomiser, on obtient alors une papaïne de qualité
supérieure (pure refined), dénommée P0, sous forme de petits cristaux (actuellement non
commercial).

1.6.7. Maladies et ravageurs


Maladies :
Maladies cryptogamiques : Au moment de la levée, on peut observer la fonte de semis qui est
courante. Elle est causée par divers champignons du sol dont Rhizoctonia solani, Pythium spp. La
maladie est favorisée par une température et une humidité élevées. Elle est prévenue par une
désinfection du substrat (par chaleur humide ou chimique) et/ou une application de fongicide avant et
après la levée, un traitement de semences (captane, thirame) et le contrôle de l’eau. – Plusieurs
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champignons du sol, souvent en association, causent la pourriture du collet et des racines,
notamment Phytophtora spp., Pythium spp. et Fusarium spp. La base du tronc pourrit et les arbres
tombent facilement. L’excès de pluie est néfaste. On fera des applications de dithiocarbamates ou
fongicides spécifiques à la base du tronc en lutte préventive et on éliminera du champ toutes les
parties attaquées. Il y a des variétés tolérantes. C’est pour prévenir cette infestation qu’il est
recommandé de ne pas replanter le papayer sur le même terrain. – La pourriture du fruit est
principalement causée par Colletotrichum papayae qui provoque l’anthracnose des fruits mûrissants.
La lutte consiste en des pulvérisations préventives de maconzèbe et/ou de fongicides systémiques
appropriés, p.e. les benzimidazoles. Le traitement des fruits à l’eau chaude (49° C pendant 20
minutes) immédiatement après la récolte donne de bons résultats pour la protection pendant le
transport et la conservation. – Le blanc est la principale maladie foliaire causée par Oïdium caricae et
par Ovulariopsis papayae. Des pulvérisations de soufre sont efficaces. – D’autres champignons
rencontrés sur les feuilles et les fruits du papayer sont notamment Ascochyta sp., Phoma sp., et
Botryodiplodia sp.
Maladies virales : Le papayer est très sensible aux viroses de par le monde. En Afrique,
l’occurrence des viroses est régionale, mais l’identification laisse encore beaucoup à désirer. – Le
virus des taches annulaires du papayer (papaya ringspot Potyvirus) se manifeste par la présence des
taches circulaires vert clair à centre vert foncé sur les fruits, avec des symptômes variables proches de
la mosaïque sur les feuilles. Il est non persistant, transmis mécaniquement et par les pucerons, dont
les principaux sont Aphis gossypii et Myzus persicae. – La mosaïque des feuilles causée par plusieurs
virus, entre autres le papaya mosaic Potexvirus, PapMV. Le premier symptôme principal est
l’apparition de macules décolorées ou chlorosées plus ou moins intenses sur le limbe des feuilles. Par
la suite, les feuilles se déforment, le bourgeon terminal cesse de se développer et jaunit et la couronne
s’atrophie progressivement. Des taches huileuses allongées et étroites apparaissent dans un stade
précoce sur les pétioles et la partie tendre du tronc. Ces virus se transmettent par piqûre ou par
contact ; les insectes vecteurs, les mêmes que pour le PRSV, restent virulents pendant quelques
heures après avoir piqué un arbre atteint. – On peut citer le brunchy top, le mycoplasme transmis par
la cicadelle Empoasca papayae. – Les virus ne sont pas transmis par la graine. La plupart des virus
attaquant le papayer se retrouvent sur les cucurbitacées. Les dommages sont variables et peuvent aller
jusqu’ à compromettre toute la récolte. Les mesures de lutte contre les viroses consistent en un
contrôle chimique des vecteurs et l’élimination des plantes hôtes.
Ravageurs :
Insectes et acariens : Le papayer est attaqué par plusieurs espèces d’insectes et d’acariens.
Les plus nuisibles sont les pucerons, vecteurs des virus. Les acariens s’abritent en dessous des feuilles
et y causent des lésions, parfois semblables à des symptômes de virus. Selon les régions, la mouche
des fruits (Ceratitis capitata) peut aussi être un ennemi sérieux. D’autres parasites du feuillage sont
les cicadelles, aleurodes et thrips. Les fruits et les feuilles sont occasionnellement attaqués par
certains lépidoptères, coccides et coléoptères.
Nématodes : Le papayer est très susceptible aux nématodes à galles, Meloidogyne spp. Le
nématode réniforme, Rotylenchulus sp. a été également observé. Les nématodes peuvent causer des
dommages appréciables, qui se remarquent principalement par un ralentissement de la croissance, un
jaunissement général et une forte baisse de la production ; une forte attaque en pépinière peut tuer les
jeunes plants. La lutte consiste à adopter une rotation culturale incluant des plantes résistantes ou des
plantes pièges de couverture comme la légumineuse Crotalaria sp. L’usage de nématicides pratiqué
avec soin donne de bons résultats.
Autres ravageurs : Dans certaines régions en bordure de forêt, les singes peuvent causer de
sérieux ravages en cassant les feuilles et griffant les fruits. Dans d’autres, des oiseaux volant en
bandes peuvent mettre à mal une récolte.
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1.6.8. Rendement
La pleine production du papayer commun fournit un minimum de 15t/ha/an de fruits
commerciaux, qui pourrait monter à 40t/ha/na en cultures soignées ; le potentiel peut aller jusqu’ à
80t/ha/an pour certaines variétés en culture intensive. Un rendement moyen de 40t/ha/an représente
de 8 à 12 fruits de 2 à 3 kg/arbre et par an. – La variété Solo peut donner jusqu’ à 40t/ha en première
année et entre 20 et 30t/ha les deux années suivantes, soit entre 70 et 130 fruits par an et par arbre.-
Les rendements réels et publiés pour le latex sont très variables. En R.D.C., on obtient dans de
bonnes conditions 5t/ha/an de latex, ce qui donne 1 tonne de papaïne brute.

1.6.9. Amélioration et variétés


Les types courants du papayer en Afrique tropicale ont été dérivés des variétés introduites des
pays d’origine et producteurs comme souvent leur nom l’indique : Colombo, Cuba, Saigon, Red
Panama, Floride. Dans les régions de grande concentration, il existe des écotypes, comme p.e. le
Maliyahapa en R.D.C., enrichis sporadiquement par l’une ou l’autre introduction et refondus grâce à
leur caractère dioïque. La Côte d’Ivoire a testé et multiplié des lignées d’origine Solo pour la
diffusion dans le pays. L’International Institute of Tropical Agriculture (IITA) à Ibadan, Nigeria
conserve une collection de quelques centaines d’accessions de papayer.
Les critères d’amélioration du papayer sont : fructification précoce et vigoureuse ; résistance
aux insectes et maladies ; absence ou expression minimale de la carpeloïdie pour les types
hermaphrodites ; uniformité de la taille, de la forme et de la maturité des fruits ; pulpe ferme et
épaisse ; faible cavité centrale sans graines ; goût agréable et bonne conservation ; taux élevé de
sucre ; couleur acceptable de la chair ; bonne résistance au transport.
Le semis des graines provenant des fruits quelconques donnera 50% de plants mâles et 50%
de plants femelles, ce qui indique un démariage conséquent à la floraison. Lorsque des plantes à
fleurs bisexuées (hermaphrodites) sont autofécondées, leur descendance est de 67% de pieds
bisexuées et de 33% de pieds femelles. Lorsque des plantes à fleurs femelles sont fécondées par du
pollen de plantes à fleurs bisexuées, leur descendance est de 50% de pieds bisexués et de 50% de
pieds femelles.
La variété Solo, ainsi que d’autres développées à Hawaï, s’est imposée également en Afrique
comme variété destinée à l’exportation ; c’est la seule à faire l’objet d’un commerce international.
Les fruits, issus de fleurs hermaphrodites et femelles, sont de dimension réduite, 300 à 500g en
moyenne, lisses et très réguliers, pratiquement aspermes en culture pure, de bonne conservation au
transport. La chair est rouge, très sucrée et fort appréciée. Mais cette variété dégénère facilement par
croisement spontané avec le papayer commun.
Il est à noter que plusieurs espèces cultivées et sauvages de Carica peuvent se révéler très
utiles pour l’amélioration du papayer commun ou présenter des qualités dignes d’attention. On peut
citer C. pubescens, C. stipulata et C. cauliflora qui sont résistants au PRSV et au PapMV ; C.
quercifolia, C. chrysopetala et C. candamarcensis (papayer de montagne) avec une résistance aux
basses températures ; C. pentagona à grands fruits, résistant au froid et au PRSV ; C. candidans qui
est résistant au PRSV et C. monoica avec une tolérance au brunchy top.
Les techniques de biotechnologie en amélioration du papayer n’ont pas encore produit de
résultats tangibles. Le sauvetage d’embryons suite à des croisements interspécifiques n’a pas encore
donné de plantes viables. La fusion de protoplasmes et l’hybridation somatique ont été tentées
également en Allemagne. En utilisant l’embryogenèse somatique, on espère pouvoir produire des
semences synthétiques, technique qui permettra la multiplication clonale à grande échelle de plantes
élites exceptionnelles ou d’hybrides particuliers.

1.6.10. Composition
La pulpe du fruit bien mûr contient : 88 à 90% d’eau, 10,4 à 1,4,4% de solides totaux, 0,43 à
1,32% de protéines, 0,10 à 0,26% de lipides, 8,4 à 14% de sucres, 0,58 à 2,68% de la cellulose, 0,51
1,22% de cendres, 0,60% d’acide. Elle est riche en vitamine A et contient aussi la vitamine C et PP.
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Le latex contient de la papaïne et de la chymopapaïne, deux enzymes protéolytiques ou
protéases. Ces enzymes ont le pouvoir de découper les longues chaînes protéiques des matières
vivantes en chaînes plus courtes ou peptides.

1.6.11. Usage
Le fruit mûr est consommé frais partout pour son goût, sa teneur en vitamines et ses propriétés
digestives. Il peut aussi être préparé en salade de fruits, en compote, en confiture, en purée, en jus et
incorporé à différentes préparations. La papaye, grâce à sa chair non fibreuse, fournit d’excellents
fruits confits qui peuvent être colorés et aromatisés. Elle peut être séchée et découpée en petits cubes,
vendus purs ou en mélange avec des fruits secs.
Le fruit est industrialisé facilement et sert à la préparation de jus de fruit en mélange, de
nectars, de purée comme ingrédient de ketchup, de fruits confits ; les tourteaux sont utilisés dans
l’alimentation du bétail. Au Kenya, on fabrique du vin de papaye.
Les graines, la sève et les fleurs ont des propriétés vermifuges. Les racines peuvent être
préparées en légumes comme succédanée de la scorsonère. Les jeunes feuilles sont consommées
comme légume dans certains plats en Asie, de même que le fruit vert râpé en salade. L’emploi de
feuilles pour attendrir la viande (par l’action de la papaïne) en l’y emballant une nuit est connu depuis
longtemps. Le même effet est obtenu en cuisant la viande coriace avec de la papaïne cueillie avant
maturité et découpée en morceaux. Les feuilles contiennent aussi un alcaloïde appelé carpaïne,
recommandé comme succédanée de la digitaline.
Comme beaucoup de fruits, la papaye contient également de la pectine, environ 10% de son
poids sec. Celle-ci est utilisée dans des préparations alimentaires, notamment dans les confitures et
gelées.
La papaïne, à l’instar de la pectine, a la propriété de dissoudre et de digérer les matières
protéiques ; il suffit de plonger la viande fraîche dure dans la papaïne pendant quelques minutes pour
l’amollir. Les peptones préparées par la digestion de viande au moyen de la papaïne ont des
débouchées importants dans l’alimentation de régime. On s’en sert aussi dans les laboratoires
bactériologiques et biochimiques pour la préparation de milieux de culture. L’industrie de la brasserie
utilise pratiquement 75% de la papaïne commercialisée. La bière est clarifiée par solubilisation des
protéines du malt. L’industrie de la viande est le second utilisateur en volume de la papaïne. On
obtient l’attendrissement de la viande par injection dans une veine pré ou post mortem d’une solution
de papaïne. En pharmacie, la papaïne est utilisée dans des préparations destinées au traitement des
insuffisances gastriques et duodénales, pour la dyspepsie et divers autres remèdes. Ses propriétés
antiseptiques servent au nettoyage des plaies et favorisent la cicatrisation, de même que pour le
nettoyage des lentilles de contact. La chymopapaïne dissout les cartilages et est utilisée dans le
traitement des hernies discales. Dans l’industrie textile, on adoucît la laine et la soie par la papaïne.
En tannerie, on l’utilise dans certains types de tannage des peaux. L’industrie de caoutchouc
l’emploie au vieillissement artificiel du latex destiné au moulage. Elle intervient aussi dans la
confection de gomme à mâcher de qualité. La peptonisation des tourteaux d’arachides et autres
conduit à la préparation de produits très divers, tels que les adhésifs, des peintures à l’eau et des
matières plastiques. La papaïne est utilisée dans la préparation de farine de poisson et d’hydrolysat
protéique soluble à partir de sous-produits.
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1.7. Anacardier (Anacardium occidentale) (avocat rouge, mbuma ya liboto : swahili).

1.7.1. Origine
L’anacardier est originaire de l’Amérique tropicale. Il fut rapidement répandu dans toutes les
autres régions tropicales, surtout dans celles occupées par les Espagnols et les Portugais dès le
XVIième siècle C’est ainsi qu’on le trouve sous une forme spontanée dans les régions côtières de
l’Afrique orientale. Il est également devenu très commun en Inde et en Malaisie.

1.7.2. Description
L’anacardier est un arbre d’une douzaine de mètres de hauteur. Les feuilles sont alternes,
simples, oblongues, glabres et coriaces. Elles mesurent 7 à 18cm de long sur 5 à 12cm de large et
sont portées par un pétiole de 2cm environ, épaissi à la base. L’inflorescence, en panicule terminale,
porte de nombreuses fleurs, mâles ou hermaphrodites, qui sont odoriférantes. Le fruit est un akène,
l’amande cajou, de 2 à 3 cm de longueur environ, de couleur gris brun, portée au bout du pédoncule
épaissi (pomme cajou). Celui-ci est comestible, parfumé et de goût sucré.

1.7.3. Ecologie
L’anacardier se plait dans les pays chauds ; il supporte mal le froid et mêmes les écarts
importants de température. On le trouve dans les régions basses mais, dans des conditions de forte
chaleur, on peut le cultiver jusqu’à 800m. La pluviosité minimale semble se situer à 1.000mm
environ ; toutefois des régimes beaucoup plus copieux ne lui sont pas défavorables. La saison
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pluvieuse doit être d’au moins cinq mois. L’anacardier aime les sols légers sans eau stagnante. Il
est d’autant plus productif que le sol est riche et humifère.

1.7.4. Culture
La multiplication se fait par semis de noix bien saines, à raison de trois semences par poquet
disposées à intervalles de 10 x 5m en quinconce. En conditions très favorables, la taille des arbres
créera une éclaircie d’un arbre sur deux pour permettre le dispositif 10 x 10m. On peut également
semer en sacs de polyéthylène et mettre ceux-ci en place. Le semis, dans les deux cas, doit être
ombragé jusque vers l’âge de six mois. La germination survient vers la troisième ou la quatrième
semaine. Entre les lignes de plantation, on peut cultiver l’arachide, le manioc ou une plante de
couverture pour protéger le sol contre l’érosion. L’arbre commence à produire vers l’âge de cinq ans.
Sa production croit jusqu’ à l’âge de 25 à 30 ans, selon la fertilité du sol ou la fertilisation apportée, et
fournit à ce moment-là environ 1.750kg de noix. L’anacardier peut vivre très vieux.

1.7.5. Maladies et ravageurs


On ne connaît que peu de maladies ayant une action significative sur le comportement et la
production. Les feuilles sont toutefois attaquées par le Cercospora anacadrii. Il y provoque
l’apparition de macules qui peuvent confluer si elles sont nombreuses. Cercospora apparaît souvent
sur les feuilles âgées mais ne provoque pas de dommages appréciables. D’autre part, Oïdium
anacardii peut entraîner une chute plus ou moins générale des feuilles. Ces attaques sont le plus
souvent saisonnières et limitées à certaines régions où le climat n’est pas favorable à l’anacardier. Par
contre, les prédateurs sont assez nombreux. Ce sont des chenilles qui mangent les feuilles, d’autres
qui les enroulent. Des cochenilles piquent les feuilles et sucent la sève. Des mammifères, singes ou
rats peuvent également réduire la récolte.

1.7.6. Usage
La pulpe de la pomme cajou est juteuse et convient pour la préparation d’un jus de fruit
agréable et riche en vitamine C.
L’amande cajou, extraite de la noix, est très prisée pour la chocolaterie, crèmes diverses et
comme composant de friandises pour cocktail. Elle contient une matière grasse dont on peut préparer
du beurre d’anacarde. La coque, très dure, renferme une huile vésicante (baume de cajou) mais elle
est également utilisée pour l’imperméabilisation. Par distillation, l’huile fournit des produits de base
pour la fabrication de revêtements spéciaux, d’isolats, etc.
On produit les noix de cajou en grande quantité en Afrique centrale. Jusqu’il y a peu
d’années, les noix étaient uniquement traitées aux Indes pour en extraire les amandes. Actuellement,
des installations industrielles ont été établies en Afrique.
La préparation comporte : a) le rapide grillage des noix dans du baume de cajou ; b) le
concassage et décorticage ; c) le séchage à ± 80° C, jusqu’à ce que la teneur en eau ne dépasse plus 5
à 6% ; d) Le mondage et e) le triage.

1.7.7. Composition
La composition de l’amande est approximativement la suivante : eau 5 à 6%, lipides 45 à
47%, glucides 25%, protides 20% et cendres 2,5 à 3%.
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CHAPITRE II : CULTURES A FRUITS D’IMPORTANCE ECONOMIQUE SECONDAIRE

2.1. Annones (Annona sp.)

2.1.1. Origine, description et variétés


Les annones appartiennent à la famille des Annonacées ; ce sont de petits arbres originaires
de l’Amérique méridionale et centrale. Leur taille varie de 4 à 7m, leurs feuilles sont alternes,
simples, ovales ou lancéolées. Les fleurs globuleuses sont blanc jaunâtre ou verdâtre. Les fruits sont
formés de carpelles soudés enveloppant une pulpe comestible crémeuse dans laquelle sont noyées des
graines noires ; ils sont ovales, globuleux ou coniques, suivant les espèces.
Les Annona ont très largement été diffusés dans toutes les régions tropicales du monde. Elles
ont été introduites en R.D.C. depuis de longues années. Quatre variétés principales d’annones
intéressent le R.D.C. Ce sont :
a) Le cachimantier ou cœur de bœuf (Annona reticulata L.) (mustacafero). Il est originaire de
l’Amérique tropicale. Il atteint de 5 à 7m. Son tronc est ramifié très bas et possède une écorce brune
et rugueuse. Les feuilles sont pubescentes et légèrement rougeâtre au-dessous. Le fruit est
cordiforme, d’où son nom ; il pèse jusqu’à 1kg. La peau est vert sombre ou rougeâtre, lisse, mais
divisée en aréoles pentagonales. Les graines de couleur brune et du volume d’un haricot, baignent
dans une pulpe blanche ou rosée, de saveur et de parfum agréables.
Annona reticulata aime les terres fraîches, de bonne qualité, dans les régions basses et
chaudes. La multiplication se fait généralement par graines. Le semis se fait en pépinière. A l’âge
d’un an, on procède à la mise en place à des distances de 3,50m en tous sens. La première
fructification se situe vers la troisième année.
On ne consomme que la pulpe du fruit après avoir été débarrassée de la peau et des graines.
Elle fermente rapidement et il convient de la manger peu de temps après sa préparation.
b) Le corossolier (Annona muricata L) (mulo : swahili). Il est originaire de l’Amérique
tropicale et atteint 5 à 6m de hauteur. Ses feuilles sont assez grandes, luisantes, vert foncé au dessus,
glabres et vert plus pâle en dessous. Le fruit, corossol ou cachiman épineux, est ovoïde ou cordiforme
et peut atteindre le poids de 1,500g. La peau qui entoure la pulpe blanche est de couleur verte, sa
surface est couverte de pointes arquées qui noircissent à la maturité.
Cette espèce aime les terres sablonneuses, profondes et un climat pluvieux et chaud. Quant à
sa culture, elle est la même que celle du cœur bœuf. Les délais de transplantation et de fructification
seuls diffèrent. Les graines sont semées en pépinière ; la mise en place des plants se fait à quatre
mois, à des intervalles de 3,5 x 3,5m. Les premiers fruits apparaissent dès le début de la deuxième
année. La consommation est la même que celle du cœur bœuf.
c) La pomme cannelle ou corossolier écailleux (Annona squamosa L.). Elle est originaire de
l’Amérique équatoriale. Elle est de taille moins grande que les deux premières essences d’Annona ;
l’arbre atteint environ 4m. Ses feuilles lancéolées sont glabres mais parfois pubescentes quand elles
sont jeunes. Le fruit est une baie généralement sphérique, quelquefois ovale ou conique, de 5 à 10cm
de diamètre, jaune verdâtre, à surface écailleuse. La pulpe, blanche et sucrée, contient des graines
noir brillant.
Le corossolier épineux aime les climats chauds et secs et une altitude inférieure à 500m. Il
aime un sol perméable, bien drainé. La première fructification a lieu vers la quatrième année. La
propagation s’effectue suivant la méthode appliquée pour le cœur de bœuf. On peut également utiliser
la greffe. La fructification est abondante. Les fruits s’ouvrant à maturité complète, il faut les cueillir
à temps. Les graines fraîches ont des propriétés insecticides.
d) Le chérimolier (Annona cherimolia Mill.). Il est originaire de l’Equateur et du Pérou où il
est nommé « chirimoya ». Il ne dépasse pas les dimensions de l’essence précédente. Son tronc est
rond et rugueux. Les feuilles sont glabres au-dessus, pubescentes à la face inférieure ; elles sont très
aromatiques. Le fruit, chérimole ou gustard apple, est une baie de la grosseur d’une orange, dont
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l’enveloppe, de couleur verte, passe au brun noirâtre à la maturité et présente une surface bosselée
et ferme.
C’est une plante subtropicale dont la culture ne réussit guère aux basses altitudes. Elle se
pratique le mieux entre 900 et 2.000m dans les régions élevées du Mexique, des Antilles, de la
Colombie, du Venezuela. Elle est populaire dans l’Ile Madère. Le chérimolier est également cultivé
dans le sud de l’Espagne, principalement dans les parties basses de la région de Malaga. C’est-à-dire
qu’elle préfère les régions à climats tempérés, avec saison sèche. Elle prospère dans toutes les terres
moyennes, surtout dans les sols sablonneux, riches en humus. Sa culture est semblable à celle des
orangers.
La reproduction du chérimolier se fait par semis et on le plante en verger, à 8 ou 9m
d’écartement. La multiplication peut également se faire par greffe sur Annona reticulata ou A.
squamosa, plantées à des distances de 6 ou 7m. Greffe en écusson ou en fente sur sujet de deux ans
au moyen de greffons bien aoûtés. Des hybrides entre les Annona cherimolia et A. squamosa ont été
obtenus. Certains produisent de très beaux fruits et il est désirable que les recherches à ce sujet se
poursuivent car un marché important semble ouvert à ce fruit.
La production commence à 3 ou 4 ans après la mise en place. On récolte 10 à 12 fruits par
arbre. Ils contiennent une pulpe blanche, crémeuse, d’une saveur très agréable, et de nombreuses
graines brunes ovales.

2.1.2. Maladies et ennemis


Les annones ne connaissent que peu de maladies causant de réels dégâts. On signale le
Corticium salmonocolor sur les rameaux, la fumagine de feuilles, diverses rouilles et un champignon
radiculaire, l’Helicobasidium purpureum. D’autre part, les borers du tronc et des branches constituent
un fléau sérieux pour ces cultures. On peut lutter par voie chimique.

2.2. Carambolier (Averrhoa carambola L.) (Ekandji : otetela, pakapaka ; tshatsho : swahili,
mutoto : tshiluba)
Le carambolier est originaire d’Indonésie, où il pousse à l’état sauvage. Il est classé dans la
famille des Averrhocaea (avant dans les Oxalidaceae), dont fait aussi partie le bilimbi (A. bilibi L., à
fruits plus petits et plus acides que ceux de A. carambola).
On rencontre actuellement le carambolier dans toute la zone intertropicale aux basse et
moyenne altitudes. C’est un arbuste très décoratif, d’une hauteur moyenne de 5m mais pouvant
atteindre 12m. Les feuilles alternes sont vert foncé, un peu brillantes, composées et imparipennées.
Les fleurs sont roses et rouges ; elles éclosent en grappes sur les branches ou sur le tronc. Le
carambolier fleurit pendant toute l’année. Les fruits sont des baies ovoïdes de 7 à 12cm de long,
normalement à 5 côtes saillantes, dont la section est une étoile (d’où le nom anglais star fruit) ; ils
sont de couleur jaune d’or, à la pulpe juteuse et acidulée. Quelques rares graines plate brunes
allongées de 1cm sont disposées sur l’axe carpellaire.
On multiplie le carambolier par marcotte, par greffage et par semis en pépinière. On récolte
les premiers fruits deux à trois ans après la transplantation qui se fait aux écartements de 7 à 8m.
On ne connaît, comme maladie, que Cercospora averrhoi qui se développe sur les feuilles et
provoque leur chute. En cas d’attaque importante, on traite à l’aide d’un fongicide cuprique, d’un
dithiocarbamate ou d’un produit systémique comme le benomyl.
Au niveau de l’amélioration variétale, on a obtenu des variétés plus douces et plus sucrées,
qui ont perdu leur goût et de leur astringence (acide oxalique). Grâce à ce produit, on peut utiliser les
fruits verts pour décaper des métaux. La pulpe des fruits est d’une saveur acide agréable et fraîche,
légèrement fibreuse. Le contenu en vitamine C est comparable à celui des agrumes (35 à 40
mg/100g). On consomme les fruits de préférence frais ; ils sont idéaux pour incorporer dans les
macédoines de fruits ou en décoration alimentaire. Ils peuvent entrer dans la préparation de confitures
et de pâtisserie, sans compter les jus et les sorbets. On en trouve régulièrement dans le rayon fruits
dans des grands magasins en Europe.
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2.3. Ensète (Ensete ventricosum (Wew.) Cheesman) (Mangomba ya bazungu : Swahili)

2.3.1. Origine
L’Ensete est un genre végétal ancien. Il est originaire du Sud asiatique. Il présente sa plus
grande diversité génétique dans les régions Assam Myanmar, d’où il s’est répandu vers l’Afrique. Le
genre Ensete, dont l’étude a été négligée par le monde scientifique, comprendrait huit espèces. Une
espèce prédomine en Afrique, une autre en Asie et deux espèces n’ont qu’une dispersion restreinte.
En Afrique, Ensete ventricosum est cultivée au Cameroun dans l’Ouest à l’Ethiopie dans l’Est et au
Transvaal (Afrique du Sud) dans le Sud. On le nomme ensat sur les hautes terres d’Ethiopie. En Asie,
E. glaucum est présent du nord-est de l’Inde à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, en passant par le
Myanmar, la Thaïlande, le sud de la Chine, les Philippines et Java.

2.3.2. Description
Le genre Ensete et le genre Musa (bananier) appartiennent tous deux à la famille des
Musaceae. E. ventricosum (2n = 18) est extrêmement variable, mais permet de démontrer une
différenciation en sous-espèces.
C’est une grande monocotylédone fibreuse et dendroïdes, très ressemblante au bananier et
parfois appelée « faux bananier ». La taille de l’ensète varie de 4 à 13m. Ses feuilles sont d’un vert
vif, dressées, pourvues d’une nervure médiane rouge proéminente (qui est le plus souvent verte chez
Musa), longues de 4 à 6m et large de 60 à 90cm. Le bas du faux tronc est gonflé. Il est formé de bases
de feuilles succulentes en disposition spiralée. Le système racinaire de l’ensète est peu profond et
s’étend sur 2 à 3m autour de la plante. Les rejets n’apparaissent qu’après la floraison.
L’inflorescence est un épi massif, suspendu, d’une longueur de 2 à 3m. Les fleurs sont
hermaphrodites orange et n’ont qu’un seul pétale. Elles sont protégées par une grande bractée mauve
foncé, qui ne tombe pas après flétrissement. Le pollen gluant est produit par cinq étamines. Les fruits
sont coriaces et longs de 9cm environ et font penser à des bananes rondes, ils ne sont pas comestibles.
Ils contiennent une fine couche de pulpe orange et de nombreuses graines dures, noir, brunâtre, de
2cm de diamètre.
L’ensète est un exemple typique d’herbe monocarpique : la plante meurt après la formation
des fruits. Il n’est pas cultivé pour ses fruits (car ils contiennent des graines dures et peu de pulpe),
mais pour la partie basale gonflée de son pseudo tronc et son cormus qui sont comestibles. Il arrive
que le pédoncule de l’inflorescence soit mangé. Les parties récoltées sont réduites en pulpe et
fermentées avant la consommation.
La récolte peut avoir lieu toute l’année durant, mais également elle a lieu juste avant la
floraison, soit entre 3 et 9 ans après la plantation. La longueur de ce délai dépend de l’altitude, du
système de production, du nombre de transplantations, du sol et des précipitations.

2.3.3. Aire de culture


L’ensète n’est cultivé à grande échelle au monde qu’en Ethiopie. Les principaux centres de
production sont : Sud-ouest (province Kefa, Illubabor, Gamo Gofa, Welega, Sidamo), nord-ouest du
Bale et sud-ouest du Shewa. Traditionnellement, cette plante est cultivée à proximité des habitations.
Une exploitation agricole se compose de quelques têtes de bétail laitier, de 0,25 à 1 ha de culture
d’ensète et d’une surface pour cultiver le caféier, des céréales et des légumes. En Ethiopie, les
cultures d’ensète occupent une surface estimée à 130.000ha.

2.3.4. Exigences écologiques


La plante aime les régions tropicales tempérées. L’ensète requiert une température variant de
18 à 28° C, une humidité relative de 60 à 80% et des précipitations annuelles de 1.000 à 1.500mm.
Ce sont des conditions qui sont remplies dans la ceinture de culture de l’ensète (ensete belt)
éthiopienne à des altitudes de 1.700 à 2.450m. L’ensète supporte le gel pendant de courtes périodes et
résiste à de longues périodes de sécheresse.
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L’ensète est généralement cultivé sur de sols d’origine volcanique, tels que sols rouges
(Nitosols, Luvisols) et sols noirs (Phaeozems), profonds et bien drainés, à pH compris entre 5,6 et
7,3. Les terres de culture d’ensète sont généralement labourées et enrichies de matières organiques
jusqu’à une profondeur de 60cm. La plante semble mieux tolérer les sols humides que le bananier
(Musa), car il survit dans les régions marécageuses d’Ouganda et du nord de la Tanzanie, là où le
bananier meurt. De plus, l’ensète semble aisément concurrencer les adventices en quoi il se montre
nettement supérieur aux autres Musaceae.

2.3.5. Culture
L’ensète peut être cultivé par semis, mais les agriculteurs préfèrent la reproduction végétative.
Pour mettre en route la formation de rejets, ils sortent la plante mère de terre et coupent le pseudo
tronc à environ 25cm au-dessus du cormus. Pour éliminer la dormance apicale et permettre le
développement de pousses latérales ou rejets sur le cormus, le méristème apical est excisé au couteau.
Le cormus est alors généralement fendu longitudinalement en deux ou quatre parts égales que l’on
enfouit ensuite dans la bouse de vache à une profondeur de 20cm sous la surface du sol. Les rejets
émergent 4 à 6 semaines plus tard. Chaque plante peut en produire de 40 à 200 dans l’espace de
quelques mois.
Après avoir atteint la taille de 75cm environ, soit 5 semaines environ après émergence, les
rejets sont séparés du cormus et transplantés dans une pépinière où ils restent un an. Après, ils sont
repiqués selon un espacement serré (25 x 25cm) sur un petit terrain exempt de mauvaises herbes. Ils
sont ensuite transplantés quelques fois encore parce qu’ils grandissent. De cette manière, le peu de
surface disponible par agriculteur (0,25 à 1ha par famille de six personnes) est exploité de façon
optimale. L’espacement final de la culture est de 3 x 3m, ce qui semble suffisant pour les petites
variétés mais non pour les grandes.
Après la première transplantation, on intercale des cultures vivrières (légumes, maïs, haricot)
et des cultures de rente (khat, caféier) entre les ensètes durant deux années. Toute culture intercalaire
devient impossible du fait de la voûte de feuillage dense formée par les ensètes. L’entretien se réduit
à enlever les anciennes feuilles de la plante et à pallier la plantation.
La culture permanente de l’ensète est étroitement liée à l’élevage. Les bouses ramassées dans
les enclos où les animaux sont tenus la nuit sont épandues dans les plantations d’ensète pour enrichir
le sol de matières organiques. La réaction des différents clones d’ensète (plantes uniformes
multipliées végétativement) aux engrais minéraux n’est pas connue. Il est en effet inhabituel d’utiliser
les engrais dans les plantations d’ensète.

2.3.6. Maladies et ravageurs


Les maladies des bananiers n’ont pas été constatées sur l’ensète. Un flétrissement bactérien,
transmis par le sol et causé par Xanthomonas camprestrix pv. musacearun, peut cependant lui être
fatal. Le rôle du bananier en tant que plante hôte dans les régions où l’on cultive aussi bien l’ensète
doit être clarifié. La maladie qui commence dans les racines peut s’attaquer à l’ensète dans n’importe
quel stade de développement de ce dernier. Le premier symptôme est le flétrissement de la jeune
feuille centrale. Les feuilles plus anciennes jaunissent progressivement et se fanent. La plante meurt
quand le cormus est contaminé. La maladie peut être maîtrisée en appliquant avec rigueur différentes
mesures : désinfection des outils, enlèvement des plantes infectées et restrictions en matière de
distribution des drageons. Le rôle du nématode radicicole Pratylenchus goodeyi dans l’étiologie du
flétrissement bactérien demeure mal connu.
On ne connaît pas encore d’insectes et ravageurs constituant une menace grave pour l’ensète
et sa sensibilité aux différents nématodes doit être examinée.
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2.3.7. Rendement
Le production, exprimée en poids obtenus après transformation, dépend fortement du clone.
Dans des conditions expérimentales avec une densité de 1.600 plantes/ha, des rendements de 5.200
kg/ha ou 33 kg/plante ont été réalisés.

2.3.8. Amélioration et variétés


On vient récemment d’établir un programme d’amélioration de l’ensète lancé en Ethiopie. On
a rassemblé environ 200 accessions par le Institute of Agricultural Research et sont étudiées au Areka
Research Institute dans le sud-ouest du Shewa.

2.3.9. Composition
Les pseudo troncs coupés contiennent 90 à 95% d’eau. La matière sèche est composée de
3,5% de protéine brute, 12,7% de fibre brute et de 64,2% de matière organique. La teneur en amidon
est de 57,5%.
Kotcho, le produit obtenu de l’ensète, se compose essentiellement d’hydrates de carbone
(45%). La teneur en protéine étant faible, une alimentation à base d’ensète doit être complétée par un
autre aliment.

2.3.10. Usage
Pendant la récolte, le pseudo tronc et les autres parties comestibles de l’ensète sont coupés,
tranchés et réduits en pulpe. Celle-ci est mise à fermenter dans des fosses tapissées et couvertes de
feuilles d’ensète. On laisse la pulpe fermenter de quelques mois ou plusieurs années. L’ensilage
obtenu est broyé pour en faire une farine que l’on cuit dans l’huile ou frit dans la beurre avec du
piment fort. Le produit obtenu ressemble à une crêpe ; il s’appelle kotcho en langue amharique. Il est
mangé avec des feuilles de choux ou du hachis. Les cormus contenant peu de fibres sont
particulièrement appréciés pour le kotcho d’excellente qualité qu’ils fournissent.
Les tranches de certains cormus ne sont pas fermentées mais consommées comme légume
bouilli.
En Ethiopie, une famille moyenne cultive de 200 à 400 plantes et consomme de 10 à 20
plantes par personne La consommation quotidienne de kotcho dans les régions de culture de l’ensète
est de 0,4 à 0,7 kg/personne (de 860 à 1.400 kcal environ). On estime que l’ensète constitue une part
importante de l’alimentation de 8 à 10 millions de personnes. L’ensète est également une réserve
alimentaire stratégique. Il peut être récolté à n’importe quel moment de l’année et convient
particulièrement bien pour faire face aux fréquentes périodes de pénurie de vivres. Il survit également
à de longues périodes de sécheresse.
L’inflorescence est consommée comme condiment au Malawi et le bourgeon (fleur mâle)
comme légume bouilli dans de nombreuses régions de l’Asie du Sud-Est.
Dans l’agriculture mixte éthiopienne, les feuilles d’ensète servent de fourrage pour le bétail en
saison sèche. L’ensète constitue également une excellente couverture du sol de sorte qu’il est planté
pour la protection du sol dans les endroits sujets à érosion. Les feuilles d’ensète servent également
pour couvrir les toits. Les fibres fabriquées avec les pseudo troncs et les feuilles sont utilisées
comme matériau d’emballage et cordage.
L’ensète occupe une place importante dans la médecine traditionnelle. Différentes parties de
la plante entrent en ligne de compte pour soigner différentes infections. Dans certaines régions
d’Ouganda, la sève de la plante est réputée stimuler la production du lait maternel. La tribu des
Changa (région de Kilimandjaro) se sert de l’endosperme farineux des graines dans des actes de
divination et de présage. Les prédictions sont basées sur la manière dont se disperse la poudre
soufflée dans la main. Les graines percées servent de perles pour confectionner des colliers portés
lors des cérémonies.
L’ensète est vendu comme plante ornementale en Europe.
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2.4. Goyavier (Psidium guajava L.) (Mapela ; futuna = kikongo)

2.4.1. Origine
Le goyavier tire son nom du mot indien guyaba, sous lequel on le désigne à Saint Dominique.
Il existe à l’état sauvage et à l’état cultivé au Mexique, dans toutes les Antilles, le Guatemala, le
Venezuela, les Guyanes, le Pérou et le Brésil oriental.
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2.4.2. Description
Le goyavier appartient au genre Psidium, de la famille des Myrataceae, à laquelle appartient
également Eucalyptus spp., produisant surtout du bois d’œuvre, et Syzigium aromaticum (L.) Merr. €
Perr., le clou de girofle, une plante à épices.
Dans le genre Psidium, il y a quatre espèces à fruits comestibles dont P. guajava est la plus
importante dans les régions tropicales. P. cattleyanum Sabine, le goyavier fraise, originaire du Brésil,
a des fruits plus petits que P. guajava et est plus résistant au froid ; sa distribution est très limitée en
Afrique tropicale.
P. guajava est un arbrisseau buissonnant ou un petit arbre au tronc tortueux de 3 à 10m de
hauteur. Il a l’écorce lisse se détachant en grandes plaques. Les feuilles de 5 à 15cm x 2 à 8cm sont
opposées et persistantes et courtement pétiolées. Elles sont elliptiques, ovales ou lancéolées, finement
pubescentes à la face inférieure, glabres ou très légèrement duveteuses à la face supérieure et à
nervures secondaires très apparentes ; le limbe est marqué de petites ponctuations glanduleuses. Les
fleurs hermaphrodites sont solitaires ou groupées par 2 ou 3 à l’aisselle des feuilles. Elles sont de
couleur blanc rosé et ont un parfum agréable. La pollinisation croisée est entomophile. Le fruit est
une baie, la goyave, surmontée du calice persistant. Suivant les variétés, le fruit peut être rond, ovoïde
ou piriforme, de 3 à 10cm de longueur, généralement jaune, à chair variant du blanc au rose foncé et
au rouge saumon. Il renferme un grand nombre de petites graines dures réniformes. La goyave mûrit
environ 100 jours après la floraison. Sous les climats pluvieux, l’arbre donne deux récoltes ; par
contre, il n’en produit qu’une seule sous les climats à saisons plus différenciées.
Les feuilles et les fruits du goyavier fraise sont plus petits que ceux du goyavier commun. Ses
fruits ont un diamètre de 1 à 2cm et comme la goyave ordinaire, ils portent à leur extrémité le calice
desséché. Ils sont recouverts d’un péricarpe rouge pourpre et contiennent une chair blanchâtre
d’abord acidulée, mais qui, à maturité complète, a une saveur caractéristique de fraise.

2.4.3. Aire de culture


En dehors des ses régions citées plus haut, le goyavier s’est répandu un peu partout sous les
tropiques. Il se propage avec une telle rapidité et croit si vigoureusement qu’en moins de cinquante
ans, il a envahi certaines îles de l’Océanie et s’y est développé au point d’être considéré comme
nuisible dans les régions d’élevage.
Sa culture s’est généralisée dans tout le continent africain, et notamment en R.D.C., où on le
rencontre partout.

2.4.4. Exigences écologiques


Le goyavier s’adapte à tous les climats chauds et modérément humides. Il résiste cependant à
des températures assez froides pendant de courtes périodes, mais ne supporte pas le gel. Les
températures moyennes à trop basses dépriment sa production.
Le goyavier fraise s’adapte très facilement à des conditions de température forte différente et
peut être cultivé en altitude, là où le goyavier ordinaire ne résiste plus aux températures inférieures à
0° C.
Le goyavier prospère dans presque tous les sols et tolère des pH de sol de 4,5 à 8,2.
Cependant, pour obtenir de bons rendements, l’arbre a besoin de sols profonds, fertiles, à humidité
adéquate.

2.4.5. Culture
La multiplication du goyavier se fait par semis et par bouture, plus rarement par rejet de
racines. Si l’on procède par semis, les graines sont semées à 20cm en tous sens. Quand les plants ont
six à huit feuilles, ils sont mis en place à 6 ou 8m d’intervalle. Cependant, pour fixer les mutations
intéressantes qui apparaissent dans les cultures, il faut recourir à la reproduction par la greffe, par
placage sous écorce ou d’autres méthodes valables. Malheureusement, le goyavier se prête assez mal
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à ces pratiques, la greffe étant assez délicate à effectuer. Le marcottage des racines, plus long,
réussit mieux. Il suffit de déterrer partiellement une racine de la grosseur d’un crayon et de la dresser
hors du sol en l’attachant à un tuteur. Cette racine émet des bourgeons, et l’année suivante, on sépare
la marcotte du pied mère.
Un goyavier issu d’une graine ou de marcotte commence à fructifier au bout de 3 à 4 ans et
peut donner une abondante récolte pendant 20 à 40 ans. On ne le soumet pas à la taille, mais on le
maintient bas par pincement des branches. Entre les arbres, il y a lieu de maintenir une culture de
couverture protégeant à la fois le sol et le système racinaire très superficiel.

2.4.6. Maladies et ravageurs


Maladies : Le goyavier est relativement résistant aux maladies en Afrique tropicale.
L’anthracnose des fruits causée par Colletotrichum psidii, est observée régulièrement. Pestalotioopsis
psidii est un champignon qui cause de taches angulaires sur les feuilles, souvent associé aux dégâts
dus à l’insecte Helopeltis sp. L’algue Cephaleuros viriscens est un parasite commun des feuilles.
Ravageurs : Helopeltis sp. (Miridae, Heteroptera), qui se nourrit sur les nouvelles pousses,
peut causer un dépérissement de celle-ci ; cet insecte peut aussi piquer les jeunes fruits sur lesquels se
développe une gale brune aux endroits d’attaque. Plusieurs espèces de cochenilles infestent les
feuilles et les rameaux, ne causant cependant que des infestations légères. La mouche des fruits,
Ceratitis capitata, et le ver rose, Cryptophlebia leucotreta, sont des parasites des fruits mûrissants ;
les larves se nourrissent de la pulpe et les infestations entraînent une pourriture des fruits.

2.4.7. Rendement
Un arbre adulte produit annuellement en moyenne 20 à 25kg de fruits. Aux USA, la sélection
du goyavier a permis d’obtenir des fruits de grande qualité. Au Niger, on cultive les variétés
Suprême, Pink Indian, Acid Speer. La production mondiale est estimée à un million de tonnes de
fruits.

2.4.8. Composition
La goyave contient pour 100g de matière comestible : 80g d’eau, 1,0g de protéines, 0,4g de
lipides, 13g d’hydrates de carbone et 5,5g de fibres. Sa teneur en vitamine C est 5 fois plus élevée
que celle de l’orange. Elle est également riche en vitamine A, a une teneur qui est comparable à celle
de l’avocat et respectivement 2 et 7 fois plus élevée que celles de la banane et de l’orange.
2.4.9. Usage
La goyave est consommée comme fruit frais, mais elle est également mangée cuite. Elle
convient fort bien pour la préparation de marmelade, de gelées et de sirop ; des fruits pelés et évidées,
cuits dans un léger sirop de sucre, on peut s’y méprendre à la saveur de poires d’Europe. On
confectionne couramment des pâtes de fruit et de la confiture. Consommé vert, le fruit est astringent
et constitue un remède contre la dysenterie ; l’infusion de feuilles a les mêmes propriétés. L’écorce
est riche en tanin et son bois dur se prête à la sculpture.
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2.5. Groseillier du Cap (Physalis peruviana L.) (Matoûbou : swahili)


Le groseillier du Cap, encore appelé « coqueret du Pérou », car il en est originaire comme la
plupart des Solanaceae, est un petit buisson semi- étalé qui apparente fort à la tomate (à ne pas
confondre avec la « lanterne du Japon » à enveloppe rouge, Physalis alkekenge, uniquement
ornementale).
C’est une plante vivace qui est généralement cultivée comme plante annuelle ; on la trouve
dans beaucoup de jardins. Hors de sa région d’origine en Amérique latine, on la cultive en Inde, en
Australie et en Afrique tropicale, surtout en Afrique orientale et australe à latitude moyenne.
La culture en est assistée. On sème les graines en pépinière et on repique à 10cm en tous sens
dès que les plantes ont développé 2 ou 3 feuilles, et on plante à l’écartement de 0,8 à 1m trois
semaines après. On les laisse développer leur architecture naturelle, ou on les attache à des tuteurs
comme les tomates et à des fils de soutien pour faciliter la récolte. On peut également multiplier la
plante par boutures.
Les fruits sont des baies jaunes sphériques tirant sur l’orange à maturité, de 1 à 2cm de
diamètre. Elles sont enfermées dans une membrane gonflée verte, qui est le calice élargi ; ce dernier
se dessèche à maturité, mais protège aussi le fruit. La chair non fibreuse a un parfum agréable et une
saveur sucrée très légèrement acidulée ; elle renferme de nombreuses petites graines de couleur brun
clair. Les fruits, riches en pro-vitamine A, sont consommés frais et donnent d’excellents confitures ou
de garnitures de tartes.
Les fruits se laissent exporter facilement et sont actuellement vendus en Europe pendant toute
l’année
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2.6. Mangoustanier (Garcinia mangostana L.)

2.6.1. Origine
Le mangoustanier est originaire de l’Asie du Sud-Est. Il ne prospère pas facilement en dehors
de son milieu d’origine. Toutefois, le genre Garcinia compte plus de 200 espèces différentes
répandues sous les tropiques, en Afrique, en Asie et en Océanie, dont les fruits sont aussi
comestibles, sans atteindre la finesse du mangoustan.

2.6.2. Description

Le mangoustanier et les autres espèces du genre Garcinia appartiennent à la famille des


Guttiferae, à laquelle appartient aussi Memea americana (abricotier d’Amérique, mamey apple),
cultivé dans les Caraïbes et bon nombre d’espèces natives d’Afrique. Le mangoustanier atteint 10 à
15m de hauteur. Du latex jaune est présent dans toutes ses branches. Il possède une ou quelques
longues racines pivotantes et peu de latérales. C’est un arbre toujours vert, aux feuilles entières,
elliptiques lancéolées, opposées. Les jeunes feuilles sont rougeâtres et deviennent vert sombre plus
tard.
Garcinia mangostana est une plante dioïque dont les fleurs incomplètes et fonctionnellement
femelles, de couleur jaune à bord rougeâtre, naissent au bout des branches. Les fruits sont des baies
parthénocarpiques (produits sans pollinisation), sont réunis par grappes de 2 à 6 et mesurent de 4 à
7cm de diamètre. La pelure du fruit, ou péricarpe, est très épaisse, brun violet, riche en tanins.
L’intérieur contient une pulpe blanche légère divisée en 3 à 8 segments contenant 0 à 3 graines, de
saveur très délicate. Les graines sont formées de tissu nucellaire (graines apomictiques).

2.6.3. Aire de culture


On cultive le mangoustanier en Indonésie et en Malaisie. Outre ces deux pays, on rencontre
quelques plantations dans le Sud de l’Inde, au Vietnam, en Australie et dans les différents pays des
Caraïbes et d’Amérique tropicale où cette espèce a été acclimatée. A Hawaï, on en rencontre aussi
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quelques spécimens. On pourrait certainement le cultiver dans des régions écologiques similaires à
son centre d’origine et des essais dans ce but ont été conduits entre autres en Côte d’Ivoire et dans le
Bas Congo (M’Vuazi).

2.6.4. Exigences écologiques


Le mangoustanier exige un climat chaud et aux environs de 2.000mm de pluie et ne pousse
guère au-delà de 1.000m d’altitude, ni en dessous de 5° C. Il requiert un sol toujours humide sans
toutefois être saturé, donc bien drainé, la nappe phréatique se situant vers 1,80m. Le sol doit être de
préférence limoneux, riche en humus, bien drainé ; les terrains alluvionnaires conviennent bien grâce
à la proximité de la nappe phréatique et à la composante sableuse. Les terrains lourds sont à
déconseiller. L’ombrage est nécessaire, surtout dans le jeune âge. Des nouvelles variétés ont été
créées, qui sont sans doute plus tolérantes vis-à-vis du milieu.

2.6.5. Culture
La multiplication de la plante est communément faite par les graines. Le bouturage est
difficile. Le greffage est possible, à condition de disposer de porte-greffes compatibles ; cela
permettrait d’élargir son aire de culture. Les graines perdent rapidement leur pouvoir germinatif,
après quelques jours. Elles sont semées rapidement dans des paniers et à cause de la croissance lente
de l’arbre, les plantules y restent pendant 2 à 3 années.
Quand les plants ont 6 paires de feuilles, ils sont mis en place et ombragés. L’écartement est
fonction de la taille de l’arbre adulte ; il ne peut être inférieur à 5m, on conseille de 7 à 10m. La
fertilisation dépend de la richesse du sol ; un bon paillage est recommandé. L’interligne peut être
cultivé par d’autres cultures, car l’arbre ne commence à fructifier qu’à partir de 8 à 10 ans. Il produit
de 500 à 2.000 fruits par an.
On a signalé la présence de quelques symptômes de maladie sans identifier précisément les
agents les causant : la verticilliose et les nématodes ont été mentionnés.

2.6.6. Composition
Pour 100g de matière comestible, le mangoustan contient 80g d’eau, 0,7g de protéines, 0,8g
de matières grasses, 18,6g de glucides et 1,3g de fibres.

Mangoustan
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2.7. Passiflore (Passiflora edulis Sims)

2.7.1. Origine
La passiflore, ou fruit de la passion, ou maracuja, est une plante grimpante originaire du
Brésil. Elle a été distribuée dans les régions tropicales pendant le 19ième siècle. Sur le continent
africain, elle fut d’abord introduite en Afrique du Sud, et, de là, elle a été distribuée vers l’Afrique de
l’Est.

2.7.2. Description
P. edulis Sims (2n = 18) appartient à la famille des Passifloraceae et est pratiquement la seule
espèce dans le genre Passiflora dont les fruits ont une valeur commerciale. Une vingtaine d’autres
espèces produisent également des fruits comestibles, mais sauf pour P. quadrangularis L. Elles ne
sont traditionnellement pas présentes en Afrique tropicale ; les meilleures connues sont P. laurifolia
L. (pomme de liane), P. mollissima (HH.B.K.) Bailey (maracuja banane) et P. ligularis (grenadille).
P. quadragularis, aussi connu sous le nom de barbadine ou grenadille géante, n’est cultivé que pour
la consommation des producteurs eux-mêmes en Afrique. Quelques espèces de Passiflora sont
cultivées comme plantes ornementales. A noter que le vocable « grenadille » est inapproprié ; il
désigne le fruit de P. ligularis et il dérive de l’appellation espagnole « granadilla », qui désigne
essentiellement ce fruit dans ses pays d’origine.
La passiflore est une plante volubile, sarmenteuse, dont les tiges garnies de vrilles atteignent
15cm de longueur. C’est une plante pluriannuelle qui produit des fruits pendant 5 à 6 ans, voire 10
ans. Les feuilles souvent ovales et entières dans le jeune âge des plants, deviennent plus tard
profondément palmatilobées. Elles ont le bord denté.
Chez la barbadine (P. quadrangularis), la tige est ailée et quadrangulaire, et les feuilles plus
claires à bord entier sont alternes, ovales et mesurent 10 à 25cm x 8 à 15cm.
Les fleurs solitaires, bisexuées et auto-incompatibles, ont un diamètre de 6 à 10cm et offrent
une corolle blanche, la base des pièces florales étant vert jaunâtre. La pollinisation croisée est
entomophile. Les fleurs de la barbadine sont plus grandes, de 10 à 12cm et sont entièrement de
couleur pourpre.
Le fruit de P. edulis est une baie sphérique à ovoïde, de 4 à 10cm de longueur, pourpre ou
jaune à maturité suivant le type. Son péricarpe assez coriace facilite sa conservation ; il devient
rugueux et ridé au fur et à mesure que les fruits sèchent après la récolte. L’intérieur du fruit ne
comporte qu’une couche mince de chair (mésocarpe et endocarpe), entourant les nombreuses graines,
petites et aplaties, chacune entourée d’un arille pulpeux. La pulpe jaunâtre très parfumée est la partie
comestible.
La baie de barbadine est plus grande. Oblongue, de 20 à 30cm de longueur et 10 à 15cm
d’épaisseur, et de couleur vert jaunâtre. La chair a une épaisseur de 3 à 4cm ; elle est juteuse mais n’a
pas beaucoup de saveur. L’arille pulpeux est blanchâtre, mou, translucide et très parfumé.
Les racines de la barbadine sont généralement considérées comme vénéneuses.
Il existe deux variétés botaniques de la passiflore, P. edulis var edulis produit des fruits
pourpres sphériques de 4 à 6cm de diamètre. Cette variété, qui donne les fruits les plus appréciés,
peut être cultivée jusqu’à 1.500 à 2.000m d’altitude ; en général, elle produit 2 récoltes par an. Plus
bas, sa productivité et sa vigueur sont moindres. P. edulis var flavicarpa donne des fruits ovoïdes
jaunes assez acides, de 5 à 6cm de diamètre, et est adapté aux régions plus chaudes et plus basses. Il
produit une récolte par an, qui peut durer selon le climat. On utilise ses fruits spécialement pour la
production de jus et dérivés. Moins bons que ceux de la variété pourpre, ils sont cependant agréables
à consommer frais à pleine maturité.

2.7.3. Aire de culture


Les espèces de passiflores à fruits comestibles sont cultivées dans toutes les zones des
tropiques. En Afrique, on cultive P. edulis var edulis en plantations assez importantes au Kenya, au
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Rwanda, en Tanzanie et Côte d’Ivoire, tandis que P. edulis var flavicarpa est plus commun en
Angola, au Congo Brazzaville et en R.D.C. ; on en rencontre aussi dans d’autres pays. La barbadine
se rencontre fréquemment en R.D.C. dans les jardins de la région centrale du Kongo Central.

2.7.4. Exigences écologiques


La passiflore ou maracuja du Brésil, croit bien dans les pays tropicaux où les précipitations ne
sont pas trop abondantes ; une moyenne annuelle de 900 à 1.500mm d’eau lui convient le mieux. La
barbadine préfère un climat équatorial, chaud et humide.
Les sols les plus divers permettent à la passiflore et à la barbadine de se développer, à condition
qu’ils ne soient pas trop compacts ou mal drainés ; elles sont tolérantes à la salinité.

2.7.5. Culture
La passiflore se multiplie par semis, mais aussi par voie végétative, bouturage ou greffage.
Les graines doivent provenir des meilleurs fruits sous différents critères : aspect, développement et
santé de la plante, sa résistance aux maladies, son type de fleur, sa fructification et sa production, la
qualité, la forme, le poids des fruits, l’épaisseur du péricarpe, rapport pulpe/fruit, qualité du jus.
On extrait la pulpe des fruits sélectionnés en lavant et la frottant à grande eau dans une
passoire suffisamment fine pour retenir les graines. Celles-ci sont alors séchées à l’ombre et triées, ne
gardant que les plus belles et les plus foncées. Il est conseillé de les traiter avec un fongicide en
poudre.
On sème en germoirs ombragés, ou directement dans des petits paniers de fabrication locale
tressés ou en gaine de feuilles de bananier ; on peut aussi employer des sachets de polyéthylène. Le
substrat peut simplement être de la terre légère et fertile, mélangée avec du sable idéalement
stérilisés.
Une semaine après la germination, on éclaircit de 4 à 6 plantes semées par pot à une plante
vigoureuse. La transplantation au champ dans un sol bien préparé a lieu de 35 à 45 jours après, quand
les plantes ont atteint une hauteur de ± 30cm, en tout cas avant l’apparition des premières vrilles. La
trouaison est de 30 x 30 x 30cm.
Il est important de tuteurer car le tuteurage est en relation avec la densité. L’écartement est de
4 à 5m entre les lignes et de 3 à 4m dans la ligne. Les espaliers sont composés de pieds placés tous les
3 à 4m, les lignes ayant ainsi une hauteur de 1,8 à 2m et une longueur maximum de 60 à 8-0m ; elles
doivent être orientées de préférence nord-sud, et si possible selon les courbes de niveau. On y tend 2
fils de fer galvanisés numéros 10 ou 12, le premier au sommet des piquets, le second à 1,30m du sol,
l’ensemble solidement étançonné, de manière à résister au poids des plantes et à la force du vent.
Dans des endroits exposés, il peut être nécessaire de planter des brise-vent. Une variante consiste à
rajouter au faîte de ce système une barre transversale de 80cm également tendue de fil à ses
extrémités, ce qui donne un espalier en forme de T. On peut aussi étendre en treillage des fils de fer
s’entrecroisant à angle droit à chaque mètre, à une hauteur de 1,80m à 2m du sol, les poteaux espacés
de 5 à 6m, de façon à former une voûte continue de feuillage lorsque les plantes l’auront recouvert. Il
est possible de faire pousser le maracuja sur des supports naturels, arbres, clôtures, murs, mais dans
ce cas une culture n’est pas envisageable.
Il faut appliquer, après la plantation et de préférence au début de la saison des pluies une taille
de formation et une taille de production. La première consiste à conduire la plante vers le fil supérieur
grâce à un tuteur individuel. A hauteur du fil inférieur, on épince le bourgeon terminal et les
bourgeons latéraux. On garde 3 des nouvelles pousses dont deux sont conduites latéralement à gauche
et à droite, et la troisième vers le fil supérieur, où elle sera de nouveau étêtée. Les pousses
subséquentes sont dirigées latéralement et limitées aux piquets ; les rejets retombants sont taillés à 1m
du sol. Si on les laisse envahir le sol, la récolte devient impossible au pied de la palissade.
La pollinisation croisée est essentielle pour une bonne fécondation, étant donné le caractère
autostérile des fleurs et leur courte période d’ouverture (quelques heures). A noter que les fleurs de
maracuja pourpre s’ouvrent le matin et se ferment le soir. Généralement, la pollinisation croisée
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naturelle pour la variété pourpre est satisfaisante. On favorise la pollinisation en protégeant les
insectes pollinisateurs : abeille commune, abeilles sauvages, guêpes et surtout bourdons du genre
Xylocopa ; pour cette dernière espèce, on peut même disposer des troncs d’arbres morts dans et
autour de la culture pour lui procurer des abris, comme pour les ruches. Pour les mêmes raisons, les
traitements phytosanitaires doivent être effectués le matin ou à l’après-midi, selon l’espèce cultivée,
quand les fleurs ne sont pas encore ouvertes et n’attirent pas les insectes, et d’autres part, la pluie
contrarie la pollinisation. Cependant, si l’on constate une faible nouaison et une chute importante de
fleurs, il faut recourir à la pollinisation artificielle.
La fertilisation de la passiflore, comme celle de toute autre culture, dépend de la richesse du
sol et des exigences de la plante. La fumure organique est toujours recommandée. Une dose d’engrais
chimique en harmonie avec le sol peut être apportée deux mois avant la floraison et renouvelée
annuellement. L’entretien consiste à éliminer les mauvaises herbes le long des lignes ; entre les
lignes, on pratique un léger sarclage ou hersage, ou un rabattement périodique de la végétation de
couverture. On peut suppléer au manque d’eau par irrigation, celle-ci devant diminuer à la floraison ;
le système goutte à goutte permet un contrôle et une économie en eau.

2.7.6. Maladies et ravageurs


Passiflora edulis var. edulis, la variété à fruits pourpres, est sensible au flétrissement
vasculaire dû au Fusarium oxysporum (Fusarium wilt). On peut prévenir cette maladie par greffage
de var. edulis sur var. flavicarpa, qui est résistante à cette maladie. Alternaria passiflorae et Septoria
passiflorae sont des champignons causant des taches nécrotiques sur le feuillage en saison des pluies.
La passiflore est sensible à une virose dont les symptômes s’expriment par une lignification des tiges,
une décoloration des feuilles et une malformation des fruits.
Les acariens attaquent la passiflore surtout en saison sèche. Les ravageurs importants sont les
rongeurs et certains oiseaux qui se nourrissent des fruits mûrissants. Elle est aussi sensible aux
nématodes, qui ont été observés au Kenya et en Afrique du Sud.

2.7.7. Rendement
La passiflore commence à produire vers 8 à 10 mois après le semis, et est rentable jusque vers
5 ans, si la culture est saine. La plante produit deux fois par an dans les régions à climat bimodal ;
sinon, annuellement, plus ou moins continu, avec des pics en fonction du climat. Les fruits mûrs
tombent sur le sol, où ils sont ramassés au moins deux à trois fois par semaine. Les rendements
dépendent beaucoup des pratiques culturales, de la variété et du climat. Une récolte moyenne est de
15 t/ha, ce rendement pouvant être double ou supérieur en cultures très soignées.

2.7.8. Composition
La passiflore contient pour 100grammes de matière comestible : 75g d’eau, 2,g de protéines,
2,0g de lipides, 16g d’hydrates de carbone et 3,5g de fibres. La teneur en vitamine C (20mg/100g) est
deux fois moins que celle de l’orange.
2.7.9. Usage
La pulpe, débarrassée de ses graines, est utilisée pour préparer des jus qui sont conservés sous
forme de concentrée, liquide ou surgelée. Ces jus interviennent de plus en plus dans la confection de
crèmes glacées, de sorbets et de boissons rafraîchissantes.
Les fruits pourpres, en provenance de différents pays africains, sont vendus dans plusieurs
magasins en Europe ; c’est l’arille juteux et aromatique qui est consommé avec ou sans séparation de
la graine.
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2.8. Safoutier (Dacryodes edulis H.J. Lam.) (Somo, timu : swahili)


Le safoutier est une essence fruitière spontanée en Afrique centrale, de l’ouest et du centre. Il
appartient à la famille des Burseraceae. Isolé, il se présente sous la forme d’un arbre de 8 à 12m de
haut ; il a un peu le port touffu du manguier. En forêt, il peut s’élever jusqu’à 25m de haut. Les fruits
nommés « Nsafu » en R.D.C., sont des drupes oblongues ressemblant assez bien à des prunes. Leurs
dimensions fluctuent très fort d’une variété à l’autre ; leur longueur varie de 4 à 5cm à 8 à 9cm et leur
largeur de 2 à 3cm à 4 à 5cm. A maturité, la plupart des variétés virent au violet foncé ; quelques-
unes deviennent jaune tachetée de mauve.
Le safoutier très réfractaire à la reproduction végétative, doit se reproduire par la graine. On
enterre celle-ci à 2,5cm de profondeur, en ayant soin de diriger la pointe de la radicule vers le bas. La
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plantation doit être réalisée en sacs de polyéthylène, la plantation à racines nues étant à proscrire
car le safoutier reprend difficilement. Par ailleurs, les plantules développent rapidement une très
longue racine pivotante et, lorsqu’une partie de celle-ci est sectionnée, la plantule meurt.
Le « Nsafu » est un fruit très apprécié. Il est consommé cuit sous la cendre ou à l’eau et
assaisonnée de sucre ou de sel.
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TABLE DES MATIERES

DEUXIEME PARTIE : CULTURES FRUITIERES ....................................................................................3


INTRODUCTION ............................................................................................................................................3
0.0. GENERALITES ........................................................................................................................................3
0.1. Organographie des espèces fruitières ............................................................................................ 3
0.1.1. Les organes hypogés : ................................................................................................................ 3
0.1.2. Les organes épigés : ................................................................................................................... 4
0.2. Cycle ontogénétique des espèces fruitières ................................................................................... 4
0.3. Rythme annuel de la végétation chez les arbres fruitiers .............................................................. 6
0.3.1. Etape de repos ............................................................................................................................ 6
0.3.2. Etape de végétation active .......................................................................................................... 6
0.4. Interventions techniques pour diriger la croissance et la fructification......................................... 8
0.5. Techniques de culture des arbres fruitiers ..................................................................................... 9
0.6. Création du verger ....................................................................................................................... 11
0.7. Systèmes de culture et d’entretien ............................................................................................... 12
0.7.1. Systèmes de culture .................................................................................................................. 12
0.7.2. Entretien des cultures et travaux du sol .................................................................................... 12
0.7.3. Choix des méthodes d’entretien ou des systèmes de culture.................................................... 13
0.7.4. Fertilisation :............................................................................................................................. 14
CHAPITRE I : CULTURES A FRUITS D’IMPORTANCE ECONOMIQUE PRIMAIRE ..................15
1.1. Agrumes ...................................................................................................................................... 15
1.1.1. Origine ...................................................................................................................................... 15
1.1.2. Description ............................................................................................................................... 15
1.1.3. Classification ............................................................................................................................ 16
1.1.4. Aire de culture .......................................................................................................................... 18
1.1.5. Exigences écologiques ............................................................................................................. 18
1.1.5. Culture ...................................................................................................................................... 19
1.1.6. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 22
1.1.7. Plantes parasites ....................................................................................................................... 24
1.1.8. Rendement ................................................................................................................................ 24
1.1.9. Amélioration et variétés ........................................................................................................... 24
1.1.10. Composition ........................................................................................................................... 25
1.1.11. Usage ...................................................................................................................................... 25
1.2. Ananas (Ananas comosus (L.) Merr.) ......................................................................................... 27
1.2.1. Origine ...................................................................................................................................... 31
1.2.2. Description ............................................................................................................................... 31
1.2.3. Groupes de cultivars ................................................................................................................. 32
1.2.4. Aire de culture .......................................................................................................................... 32
1.2.5. Exigences écologiques ............................................................................................................. 32
1.2.6. Culture ...................................................................................................................................... 32
1.2.7. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 35
1.2.8. Rendement ................................................................................................................................ 35
1.2.9. Amélioration ............................................................................................................................. 35
1.2.10. Composition ........................................................................................................................... 36
1.2.11. Usage ...................................................................................................................................... 36
1.3. Avocatier (Persea americana Mill.) ........................................................................................... 37
1.3.1. Origine ...................................................................................................................................... 37
1.3.2. Description ............................................................................................................................... 37
1.3.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 38
1.3.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 38
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1.3.5. Culture ...................................................................................................................................... 38
1.3.6. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 39
1.3.7. Rendement ................................................................................................................................ 40
1.3.8. Amélioration et variétés ........................................................................................................... 40
1.3.9. Composition ............................................................................................................................. 41
1.3.10. Usage ...................................................................................................................................... 41
1.4. Bananier (Musa L.)...................................................................................................................... 43
1.4.1. Origine ...................................................................................................................................... 43
1.4.2. Classification ............................................................................................................................ 43
1.4.3. Description ............................................................................................................................... 44
1.4.4. Aire de culture .......................................................................................................................... 45
1.4.5. Exigences écologiques ............................................................................................................. 46
1.4.6. Culture ...................................................................................................................................... 46
1.4.7. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 49
1.4.8. Rendement ................................................................................................................................ 51
1.4.9. Amélioration et variétés ........................................................................................................... 51
1.4.10. Composition ........................................................................................................................... 52
1.4.11. Usage ...................................................................................................................................... 52
1.5. Manguier (Mangifera indica L.) ................................................................................................. 55
1.5.1. Origine ...................................................................................................................................... 55
1.5.2. Description ............................................................................................................................... 55
1.5.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 56
1.5.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 57
1.5.5. Culture ...................................................................................................................................... 57
1.5.6. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 59
1.5.7. Rendement ................................................................................................................................ 60
1.5.8. Amélioration et variétés ........................................................................................................... 60
1.5.9. Composition ............................................................................................................................. 61
1.5.10. Usage ...................................................................................................................................... 61
1.6. Papayer (Carica papaya L.) ........................................................................................................ 62
1.6.1. Origine ...................................................................................................................................... 62
1.6.2. Description ............................................................................................................................... 62
1.6.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 63
1.6.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 63
1.6.5. Culture ...................................................................................................................................... 64
1.6.6. Production de papaïne .............................................................................................................. 65
1.6.7. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 65
1.6.8. Rendement ................................................................................................................................ 67
1.6.9. Amélioration et variétés ........................................................................................................... 67
1.6.10. Composition ........................................................................................................................... 67
1.6.11. Usage ...................................................................................................................................... 68
1.7. Anacardier (Anacardium occidentale) ........................................................................................ 69
1.7.1. Origine ...................................................................................................................................... 69
1.7.2. Description ............................................................................................................................... 69
1.7.3. Ecologie .................................................................................................................................... 69
1.7.4. Culture ...................................................................................................................................... 70
1.7.5. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 70
1.7.6. Usage ........................................................................................................................................ 70
1.7.7. Composition ............................................................................................................................. 70
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CHAPITRE II : CULTURES A FRUITS D’IMPORTANCE ECONOMIQUE SECONDAIRE ...................72
2.1. Annones (Annona sp.) ................................................................................................................. 72
2.1.1. Origine, description et variétés ................................................................................................. 72
2.1.2. Maladies et ennemis ................................................................................................................. 73
2.2. Carambolier (Averrhoa carambola L.) ....................................................................................... 73
2.3. Ensète (Ensete ventricosum (Wew.) Cheesman) ......................................................................... 75
2.3.1. Origine ...................................................................................................................................... 75
2.3.2. Description ............................................................................................................................... 75
2.3.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 75
2.3.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 75
2.3.5. Culture ...................................................................................................................................... 76
2.3.6. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 76
2.3.7. Rendement ................................................................................................................................ 77
2.3.8. Amélioration et variétés ........................................................................................................... 77
2.3.9. Composition ............................................................................................................................. 77
2.3.10. Usage ...................................................................................................................................... 77
2.4. Goyavier (Psidium guajava L.) ................................................................................................... 78
2.4.1. Origine ...................................................................................................................................... 78
2.4.2. Description ............................................................................................................................... 79
2.4.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 79
2.4.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 79
2.4.5. Culture ...................................................................................................................................... 79
2.4.6. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 80
2.4.7. Rendement ................................................................................................................................ 80
2.4.8. Composition ............................................................................................................................. 80
2.5. Groseillier du Cap (Physalis peruviana L.)................................................................................. 81
2.6. Mangoustanier (Garcinia mangostana L.) .................................................................................. 82
2.6.1. Origine ...................................................................................................................................... 82
2.6.2. Description ............................................................................................................................... 82
2.6.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 82
2.6.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 83
2.6.5. Culture ...................................................................................................................................... 83
2.6.6. Composition ............................................................................................................................. 83
2.7. Passiflore (Passiflora edulis Sims).............................................................................................. 83
2.7.1. Origine ...................................................................................................................................... 84
2.7.2. Description ............................................................................................................................... 84
2.7.3. Aire de culture .......................................................................................................................... 84
2.7.4. Exigences écologiques ............................................................................................................. 85
2.7.5. Culture ...................................................................................................................................... 85
2.7.6. Maladies et ravageurs ............................................................................................................... 86
2.7.7. Rendement ................................................................................................................................ 86
2.7.8. Composition ............................................................................................................................. 86
2.8. Safoutier (Dacryodes edulis H.J. Lam.) ...................................................................................... 87

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