Filière : Droit privé
Méthodologie de la dissertation juridique
Semestre 1
Pr. DANANE Hassan
Année universitaire: 2024/2025
L’objectif de ce module est de fournir aux étudiants
(es), à travers cet axe, les clés qui leur faciliteront la
maitrise de la méthode de la dissertation juridique.
Axe 1 : Méthodologie de la dissertation juridique
La dissertation est, au sein des facultés de droit, l’un des
exercices les plus anciens et les plus classiques. À travers lui,
l’enseignant cherche à évaluer non les connaissances de
l’étudiant mais sa capacité à comprendre, à penser et à
synthétiser le droit. Surtout, parce que, en droit, la forme
compte autant que le fond, l’enseignant cherche à mesurer
l’acceptation et la compréhension par l’étudiant de certains
canons en vigueur dans les facultés de droit.
L’objectif de la dissertation est, à partir d’un sujet donné,
d’isoler une problématique dans une introduction et d’y
répondre dans un plan et dans des développements
objectifs mais aussi personnels. Cet exercice fait appel à
certaines qualités qu’il faut cultiver : capacité d’analyser le
sujet, esprit de synthèse, capacité de communication des
connaissances, habileté de présentation et d’exposition de
celles-ci.
La dissertation comporte un titre, une introduction, un
développement et une conclusion.
I- Introduction de la dissertation juridique
L’introduction est centrale bien que située au début de l’œuvre. Elle occupe
entre un cinquième et un dixième de la totalité du devoir et est longue d’au
moins une page. Introduisant la dissertation, elle a pour fonction de présenter
le sujet, la problématique, ainsi que la méthode et l’angle d’approche retenus
par l’auteur. Surtout, elle doit inviter le lecteur à poursuivre la lecture plus avant
et, partant, s’avérer stimulante et dynamique. C’est pourquoi, surtout au
moment de rédiger l’introduction, il convient de s’attacher au style, au choix
des mots etc.
L’introduction est le moment d’expliquer de quoi on parle (quel est le sujet),
pourquoi on en parle (quel est l’intérêt du sujet) et comment on en parle
(quelles sont la méthode et la problématique retenues).
Elle se construit autour des points suivants :
L’accroche : Encore appelé chapeau introductif comportant une citation,
un mot d’esprit ou bien encore une référence à quelque évènement ou
phénomène extra-juridique et résumant brièvement le contenu de la
démonstration.
La définition des termes du sujet : Il s’agit d’une définition précise des
termes du sujet, même lorsqu’ils peuvent sembler aller de soi (le sens de «
loi » va-t-il vraiment de soi ?). Cette étape est indispensable et permet
d’éviter les contresens ou les hors sujet. Il s’agit d’apporter la définition
juridique des termes. Les définitions des termes doivent permettre de
mettre en avant les liens existants entre ceux-ci.
Le contexte historique: L’introduction re-situe le sujet (nécessairement
juridique) dans son contexte, le met en perspective avec ses dimensions et
implications non-juridiques (historiques, géographiques, économiques,
sociales…) ou juridiques (droit comparé, histoire du droit), étant entendu
que le corps de la dissertation ne porte fatalement que sur les dimensions
et implications juridiques du sujet (quoiqu’une approche interdisciplinaire
n’est pas entièrement proscrite, mais elle implique, le cas échéant, de
précisément l’expliquer au sein, justement, de l’introduction).
L’historique peut aussi permettre de mettre en exergue l’intérêt du sujet :
pourquoi ces évolutions ont-elles eu lieu ? Comment ont émergé les textes
ou la pratique actuelle ?
L’intérêt du sujet: Une fois le sujet bien délimité, il faut
montrer son intérêt. L’intérêt du sujet peut être purement
juridique ou politique, historique, d’actualité.
La problématique: Soit une assertion sous forme
interrogative (comportant explicitement un point
d’interrogation). Cette problématique doit elle-même être
précédée du questionnement y menant, donc de quelques
explications justifiant le choix de cette problématique. Par
suite, le plan et les intitulés doivent traduire très
directement la réponse à cette problématique.
L’annonce et la justification du plan: Il est préférable que cette
annonce soit contenue en une phrase, évoquant la première partie puis
rebondissant sur la seconde (ou inversement). En droit, le plan est
généralement organisé en deux parties, deux sous-parties
I.
A.
B.
II.
A.
B.
II- Le développement
• Les intitulés des parties et sous-parties doivent
donc être soignés : il faut éviter de faire des phrases
(avec un verbe conjugué) et d'utiliser des signes de
ponctuation (points de suspension,
d'interrogation). Ils doivent être, également,
suffisamment précis et reprendre les termes du
sujet. Ils ne doivent pas être trop généraux.
Idéalement, il doit y avoir un certain parallélisme
dans les intitulés.
Le plan doit être thématique, c'est-à-dire articulé
autour de deux grandes idées qui seront l'objet
des deux parties. Il existe néanmoins des plans
classiques (plans-types), qui se justifient parfois,
(mais pas toujours!) en fonction du sujet :
I. Théorie / II. Pratique ;
I. Apports / II. Limites ;
I. Principe / II. Exception(s) ;
I. Avant / II. Après ;
Ces plans-types peuvent être utilisés dans de
nombreuses dissertations. Le reproche qu'on leur fait
en général est leur caractère bien souvent trop
descriptif. Toutefois, ils sont bien simples permettant
une présentation claire d'un sujet.
Chapeaux et transitions
• Le chapeau : le chapeau est un petit paragraphe servant à annoncer les sous-
parties qui suivent. On le place donc sous les titres destinés à être subdivisés. Il
doit donc reprendre l'idée de votre titre en la développant rapidement et
annoncer les subdivisions à suivre. Il ne s'agit pas d'une simple exigence formelle.
Le chapeau est là pour guider le lecteur dans la démonstration.
• La transition : La transition consiste en une ou plusieurs phrases faisant le lien
entre deux parties ou sous- parties. En général, on réserve les transitions pour les
grandes articulations. Elle n'est pas une simple phrase artificielle. Tout comme le
chapeau, elle sert au lecteur à savoir où vous en êtes dans votre démonstration.
Elle fait, également, apparaître la nature du lien qui lie vos parties (rapport
d'opposition, de complémentarité etc), au moyen de conjonctions de
coordination(« mais »; « en revanche
» ; « en outre » etc).
III- Conclusion
La conclusion n'est pas obligatoire dans les
exercices. En principe, la démonstration que vous
réalisez se suffit à elle-même. Tout au plus, si cela se
justifie seulement, il est possible de terminer la copie
par quelques phrases d'ouverture qui visent à mettre
la thématique en perspective avec sa probable
évolution.
Pour des exemples de dissertations commentés, nous vous
invitons à consulter les ressources suivantes :
Berger, Richard, Diane Déry et Jean-Pierre Dufresne, L’épreuve de
français : pour réussir sa dissertation critique, 2e éd, Montréal, Groupe
Beauchemin, 2005 aux pp 185-187.
Collège François-Xavier Garneau, L’Indispensable : Guide de
rédaction des travaux, 2012 aux pp 64 et s, en ligne (pdf) :
<[Link]/wpcontent/uploads/2015/06/lindispen
sable_aut2012_securise.pdf>.
Bibliographie à titre indicatif
• Berger, Richard, Diane Déry et Jean-Pierre Dufresne, L’épreuve de français : pour
réussir sa dissertation critique, 2e éd, Montréal, Groupe Beauchemin, 2005.
• Bergeron, Serge, La dissertation critique : comment la rédiger, la corriger et en
améliorer le style, Sainte-Foy, Le Griffon d’argile, 2002.
• Cours Autodidactiques de Français Écrit (CAFÉ), « Dissertation, mémoire, thèse »
(1998), en ligne : La Clé des procédés littéraires <[Link]/genres/n-
[Link]>.
• Collège François-Xavier Garneau, L’Indispensable : Guide de rédaction des travaux,
2012 aux pp 51-66, en ligne (pdf) :
<[Link]/wpcontent/uploads/2015/06/lindispensable_aut2012_securi
[Link]>.
• Crépeau, Paul-André et Jean Roy, La dissertation juridique, 2e éd, Montréal, Université
de Montréal, Faculté de droit, 1968.
• Damette, Éliane et Françoise Dargirolle, Méthode de français juridique, 2e éd, Paris,
Dalloz, 2017.
• Fournier, Georges-Vincent, La dissertation, Montréal, CEC, 1998.
Gardner, Daniel et Dominique Goubau, Guide de la dissertation juridique,
Québec, Faculté de droit, Université Laval, 2018, en ligne (pdf):
<[Link]/sites/[Link]/files/[Link]>.
Goubeaux, Gilles et Philippe Bihr, Les épreuves écrites en droit civil :
conseils et modèles, 12e éd, Paris, LGDJ Lextenso, 2013.
Gridel, Jean-Pierre, La dissertation, le cas pratique et la consultation en droit
privé. Méthodes, illustrations, 4e éd, Paris, Dalloz, 1996.
Grua, François et Nicolas Gayrol, Méthode des études de droit. Conseils
pour le cas pratique, le commentaire, la dissertation et la note de synthèse, 4e
éd, Paris, Dalloz, 2017