A.
OUASSAS
CRISTALLOGRAPHIE GEOMETRIQUE
et
CRISTALLOCHIMIE I
SOMMAIRE :
CHAPITRES :
I : GENERALITES ET NOTIONS DE BASE
II : STRUCTURES METALLIQUES
III : STRUCTURES IONIQUES
IV : AUTRES TYPES DE STRUCTURES
Plateforme ecampus-fssm.uca.ac ou cmcp.uca.ma
Cours résumé de cristallographie – A. OUASSAS
CHAPITRE I : GENERALITES ET NOTIONS DE BASE
I.I. LES ETATS PHYSIQUES DE LA MATIERE
A – INTRODUCTION
La matière se présente sous trois formes principales : solide, liquide et gazeux. Les
caractéristiques différenciant ces trois états sont : la forme, le volume et la nature de la
liaison.
GAZ LIQUIDE SOLIDE
FORME Non définie Non définie Définie
VOLUME Variable Défini Défini
LIAISONS Faibles Moyennes Fortes
Quel que soit l’état considéré, la matière est constituée de particules (atomes, ions ou
molécules) reliées entre elles par des liaisons plus ou moins fortes.
Cristaux liquides : un état intermédiaire entre un liquide ordinaire et un solide cristallisé.
Quasi-cristaux : un état solide ordonné mais non périodique (quasi-périodique).
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B – L’ETAT SOLIDE
Ce cours s’intéresse à l’étude de l’état solide.
• Le solide est une substance dans laquelle les particules occupent des positions
fixes. Il est rigide et difficilement déformable.
• Il existe deux types de solides :
- Solide amorphe (= sans forme)
- Solide cristallisé ( ou cristallin)
- Le solide amorphe :
• Assemblage désordonné de particules,
• Forme quelconque du solide,
• Est isotrope : ses propriétés physiques restent constantes quelle que soit la
direction envisagée.
Exemples : verres, caoutchouc, matières plastiques, bois, cuir, …
- Le solide cristallisé (= le cristal) :
• Arrangement périodique, ordonné et infini des particules dans l’espace ( à
l’échelle microscopique= atomique).
• Les cristaux ont (à l’échelle macroscopique) des formes géométriques bien définies
appelées polyèdres.
• Les cristaux sont souvent anisotropes.
• C’est l’état normal du monde minéral.
Exemples : - Substances inorganiques, cristal de quartz SiO2 , sel de cuisine NaCl, …
- Objets fabriqués par l’homme : Cu, Fe, Ag, Au, …,
- Substances organiques solides : sucre, naphtalène, …
SiO2 cristallin SiO2 amorphe
(quartz) (verre de quartz)
Cristaux Cristaux
de pyrite FeS2 de fluorine CaF2
I.II. LE SOLIDE CRISTALLIN
A – INTRODUCTION
Ce sont des solides dont la structure microscopique est caractérisée par un arrangement (=
assemblage = empilement) ordonné et périodique des particules dans l’espace.
Le type de cristal est déterminé par la nature de la liaison qui assure la cohésion entre les
particules.
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On distingue quatre types de cristaux :
1 – Métalliques et alliages : Cu, Fe, Ag, CuAu, …
2 – Ioniques : CsCl, NaCl, ZnS, CaF2 ,…
3 – Covalents : C diamant, Si, SiC, …
4 – Moléculaires : glace, I2 , CO2 , …
L’étude de la forme des cristaux s’appelle : ‘’ LA CRISTALLOGRAPHIE ’’.
Pour étudier les cristaux, on doit connaître leur symétrie et leur périodicité.
B – CRISTALLOGRAPHIE GEOMETRIQUE
C’est la description du cristal en utilisant les lois de la géométrie.
1 – DEFINITIONS :
a – Le réseau ponctuel :
Soit l’ensemble (infini) des points ordonnés suivant :
• Cet ensemble est appelé réseau ponctuel (ou réseau de translation).
• Les points sont appelés nœuds.
• Il s’agit d’un réseau bidimensionnel.
Les nœuds du réseau sont déduits les uns des autres par des translations de type :
⃗ = 𝑢𝑎 + 𝑣𝑏⃗
𝑇
• ⃗ et ⃗𝒃 : vecteurs de base.
𝒂
• u et v : entiers positifs, négatifs ou nuls.
On peut parler d’un réseau :
• Monopériodique = monodimensionnel : ⃗ = 𝒖𝒂
𝑻 ⃗
- Le choix de l’origine est arbitraire (= quelconque) car on a un réseau infini et
périodique.
• Bipériodique = bidimensionnel (2D) : ⃗𝑻 = 𝒖𝒂 ⃗
⃗ + 𝒗𝒃
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- Le réseau peut être représenté par une infinité de parallélogrammes identiques disposés
parallèlement les uns aux autres et remplissant tout l’espace sans laisser de vide.
- Le réseau est décrit par trois paramètres a, b et l’angle entre ces deux vecteurs
Remarque : Les vecteurs de base a et b peuvent être définis d’une infinité de manière.
• Tripériodique = tridimensionnel (3D) : ⃗𝑻 = 𝒖𝒂 ⃗ + 𝒘𝒄
⃗ + 𝒗𝒃 ⃗
- Dans ce cas le réseau est décrit par une infinité de parallélépipèdes identiques.
- Les paramètres décrivant le réseau sont : a, b, c et et.
Chaque nœud est caractérisé par ses coordonnées uvw.
b – La maille :
C’est le parallélépipède construit sur 8 nœuds c’est-à-dire sur 3 vecteurs a, b, c issus d’un
même nœud et non coplanaires. On la définit par les longueurs des vecteurs a, b, c et les
angles entre ces vecteurs et .
• Le trièdre a, b, c est direct. • Par convention :
est l’angle entre b et c
a et c
a et b.
• On choisit souvent a, b et c de telle
sorte que la maille soit la plus petite
unité géométrique qui par des
translations engendre le réseau
(infini).
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Remarque :
Dans certains cas, on est obligé de choisir un groupement de plusieurs mailles pour décrire
la symétrie du réseau :
• cas du réseau hexagonal : maille triple au lieu de la pseudo-maille.
• cas du cubique à faces centrées (cfc) au lieu du rhomboèdre.
c – Le motif chimique :
C’est le plus petit groupe structural de particules qui permet d’engendrer par des
translations tout le cristal.
Par exemple, dans le ca d’un papier peint, le motif est l’objet répété périodiquement :
fleur, arbre , brique, …
Exemples :
- L’atome de Fe dans un cristal de fer,
- NaCl pour un cristal de chlorure de sodium,
- CaCO3 pour un cristal de calcite,
- C10H8 pour un cristal de naphtalène.
Remarque :
Lorsque la maille contient un seul motif, elle est dite primitive (ou simple). Dans le cas
contraire, elle est multiple : double, triple, quadruple, …
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Le réseau cristallin est alors décrit par des mailles.
Modèle compact Modèle éclaté (en perspective)
d – Multiplicité d’une maille :
Elle peut être déterminée de 2 manières :
1 - C’est le nombre de nœuds (= de motifs) que contient la maille.
• Cas d’un réseau bidimensionnel :
𝒏𝒔 𝒏𝒂
𝒎= + + 𝒏𝒊 . 𝟏
𝟒 𝟐
s : sommet ; a : arête ; i : intérieur
On montre que :
m =m =1 , m =2 et m =4.
1 2 3 4
On peut choisir une infinité
de mailles pour décrire ce
réseau.
La surface d’une maille est donnée par le produit vectoriel des deux vecteurs a et b :
⃗⃗⃗ ᴧ ⃗𝒃| = |𝒂
𝑺 = |𝒂 ⃗ |. 𝒔𝒊𝒏𝜸
⃗⃗⃗ |. |𝒃
La maille est un parallélogramme défini par trois paramètres a, b et .
• Cas d’un réseau tridimensionnel :
𝒏𝒔 𝒏𝒂 𝒏𝒇
𝒎= + + + 𝒏𝒊 . 𝟏
𝟖 𝟒 𝟐
• Cas d’une maille hexagonale :
𝒏𝒔 𝒏𝒂 𝒏𝒃
𝒎= + + + 𝒏𝒊 . 𝟏
𝟔 𝟑 𝟐
s : sommet , a : arête , f : face , i : intérieur, b : base
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2 - La multiplicité est aussi le déterminant construit sur les vecteurs de base de la maille.
Une maille primitive a donc une multiplicité = 1.
Soit la maille primitive Mo construite sur les vecteurs de base a, b et c, de volume :
𝑽𝟎 = (𝒂 ⃗ ). 𝒄
⃗ ᴧ𝒃 ⃗
⃗⃗⃗1 , 𝑉
Soit une autre maille M quelconque, de volume V, construite sur les vecteurs 𝑉 ⃗⃗⃗2 𝑒𝑡 𝑉
⃗⃗⃗3
tels que :
⃗⃗⃗1 = 𝑚1 𝑎 + 𝑛1 𝑏⃗ + 𝑝1 𝑐
𝑉
⃗⃗⃗2 = 𝑚2 𝑎 + 𝑛2 𝑏⃗ + 𝑝2 𝑐
𝑉
⃗⃗⃗3 = 𝑚3 𝑎 + 𝑛3 𝑏⃗ + 𝑝3 𝑐
𝑉
⃗⃗⃗1 ᴧ ⃗⃗⃗⃗
On peut montrer que : 𝐕 = (V ⃗⃗⃗⃗3 = |∆|𝐕𝟎
V2 ). V
Ce qui correspond à : m=|∆|.m0
C – PROPRIETES DU RESEAU
• Un réseau est défini par 3 vecteurs de base a, b, c et 3 angles .
• Le choix de l’origine est arbitraire car le réseau est périodique. Elle est prise en
général sur un nœud.
1 – RANGEE RETICULAIRE :
Toute droite passant par deux nœuds est une rangée réticulaire (ou droite nodale). Elle
porte une infinité de nœuds. On se ramène à la rangée qui passe par l’origine et on la
définit par le vecteur :
⃗⃗ = 𝒖𝒂
𝑹 ⃗ + 𝒘𝒄
⃗ + 𝒗𝒃 ⃗
• u, v et w entiers premiers entre eux positifs, négatifs ou nuls.
• Elle est notée : [uvw].
• Si u, v, w < 0 , ils sont indiqués par une barre [u v w].
Comme les nœuds du réseau sont des points équivalents, à toute rangée correspond une
infinité de rangées parallèles qui passent par tous les nœuds du réseau. On parle alors
d’une famille de rangées réticulaires.
Exemples (2D) : par rapport à la référence choisie, on a les rangées [11], [12] et [13].
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Exemples (3D) :
2 – PLANS RETICULAIRES :
• Tout plan passant par trois nœuds non colinéaires du réseau est un plan réticulaire.
Il contient une infinité de nœuds.
• Une famille de plans réticulaires est un ensemble de plans parallèles et
équidistants qui passent par tous les nœuds du réseau. Elle est notée : (hkl). h, k et
l entiers > 0 , < 0 ou nuls dits indices de Miller (1839).
• Un plan est caractérisé par son équation :
hx + ky + lz = m
h, k, l entiers positifs négatifs ou nuls, premiers entre eux.
m entier tel que m >0 , < 0 ou = 0 .
Si m = 0, le plan passe par l’origine.
Si m = ± 1, le plan est le plus proche de l’origine.
Remarques :
• Un indice négatif est indiqué par une barre.
• Lorsqu’un plan ne coupe pas un axe, il lui est parallèle et l’indice lui correspondant
est nul.
• Les plans (𝒉𝒌𝒍) 𝑒𝑡 (𝒉 𝒌 𝒍) sont équivalents.
• Les rangées [𝒖𝒗𝒘] 𝑒𝑡 (𝒖 𝒗 𝒘) sont équivalentes.
• Pour toute famille de plans, il y a toujours un plan qui passe par l’origine.
h, k et l sont les indices de Miller du plan de la famille le plus proche de celui qui passe par
l’origine. Ce plan coupe l’axe :
- ox en p=a/h
- oy en q=b/k
- oz en r=c/l
La distance qui sépare deux plans consécutifs de la même famille est appelée distance
réticulaire (ou inter-réticulaire) notée 𝒅𝒉𝒌𝒍 .
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Pour déterminer les indices de Miller, d’un plan réticulaire :
• On considère les intersections du plan avec les axes,
• On prend leurs inverses.
Exemple :
Soit le plan P qui coupe les axes en : a/2, b, c/3.
Axes a b c
Intersections p=1/2 q=1 r=1/3
Inverses h=2 k=1 l= 3
(h k l) = (2 1 3)
Autres exemples :
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I.III – LA SYMETRIE DANS LES SOLIDES CRISTALLINS
A – INTRODUCTION
Le classement des solides cristallins se fait grâce à leurs propriétés de symétrie qui
constituent la base essentielle de leur étude systématique.
• On appelle figure symétrique, une figure susceptible de coïncider avec elle-même à
la suite d’une transformation appelée opération de symétrie.
• L’opérateur permettant cette transformation est appelé élément de symétrie.
• Cette opération de symétrie peut être simple ou composée.
B - OPERATIONS ET ELEMENTS DE SYMETRIE SIMPLES
OPERATION DE SYMETRIE ELEMENT DE SYMETRIE
INVERSION Centre d’inversion ou Centre de symétrie : i ou 1
ROTATION Axe de rotation ou Axe de symétrie : Cn, An ou n
REFLEXION Plan de symétrie ou Miroir : m ou 2
1 - L’INVERSION :
On dit qu’une figure possède un centre d’inversion i si à tout point de cette figure
correspond un point symétrique par rapport à ce centre.
Exemples :
2 – LA ROTATION
2 – LA ROTATION :
On dit qu’une figure possède un axe de rotation direct d’ordre n (noté Cn, An ou encore n),
2𝜋
si une rotation de ramène cette figure en coïncidence avec elle-même.
𝑛
Un cristal ne peut avoir que les types d’axes suivants :
Axe (n) Rotation Symbole
2𝜋
unaire (1) = 2𝜋 C1 (A1 ou 1)
1
2𝜋
binaire (2) = 𝜋 C2 (A2 ou 2)
2
2𝜋
ternaire (3) C3 (A3 ou 3)
3
2𝜋 𝜋
quaternaire (4) = C4 (A4 ou 4)
4 2
2𝜋 𝜋
sénaire (6) = C6 (A6 ou 6)
6 3
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Exemples :
Remarque : Etant donné le caractère périodique des solides cristallins, le nombre d'axes
de rotation est limité à cinq : C1, C2, C3, C4 et C6.
Les autres axes, C5, C7, C8, … ne peuvent pas exister car on ne peut pas superposer, par
exemple pou C5, des pentagones de façon périodique sans laisser de vide.
3 - LA REFLEXION :
On a une réflexion si la moitié d’une figure est l’image de l’autre moitié par rapport à un
miroir appelé plan de symétrie noté ou m.
Exemples :
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C - SYSTEMES CRISTALLINS ET RESEAUX DE BRAVAIS
A DEUX DIMENSIONS :
Nous prenons une origine et deux vecteurs non colinéaires pour définir un repère. Les deux
vecteurs a et b sont caractérisés en particulier par leurs longueurs a et b et par l’angle
entre leurs directions.
Selon les différentes possibilités pour ces trois paramètres a, b et , on distingue quatre
systèmes cristallins :
Système Oblique Rectangle Carré Hexagonal
Paramètres a≠b, ≠90° a≠b, =90° a=b, =90° a=b, =120°
Mode P P, I P P
Identifier les six réseaux ci-dessous. Sont-ils carré, oblique ou hexagonal ? Utiliser
les interstices.
Construire les mailles.
Identifier le nombre de voisins de chaque atome dans chaque cas et le nombre
d’atomes engendrant le vide.
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a : hexagonal , b : carré , c : oblique.
A TROIS DIMENSIONS :
Les réseaux sont décrits par les paramètres a, b, c ainsi que les angles et . En
combinant ces paramètres, on peut montrer qu’il existe sept systèmes correspondant à
sept polyèdres fondamentaux de symétrie différentes et qui sont rassemblés dans le
tableau suivant :
On obtient donc 7 systèmes cristallins chacun avec une forme de maille spécifique. Mais
dans un espace 3D pour chacune de ces formes peut-on trouver des mailles avec plusieurs
nœuds du réseau, c’est-à-dire des mailles multiples, et comment choisir quand il y a
plusieurs solutions ?
Le choix est guidé par les critères suivants :
• La symétrie maximale de la maille,
• Le volume minimal de la maille.
Pour répondre à ces questions, il suffit de prendre une maille parmi les 7 et d’ajouter des
nœuds qui doivent respecter la symétrie de la maille qui doit être compatible avec le
réseau existant. Cette étude permet de définir les réseaux de Bravais.
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Ainsi, les mailles de ces 7 systèmes peuvent être :
• primitives P : nœuds aux sommets (1 seul motif).
• multiples I, C (A ou B) et F (plus d’un motif).
Les lettres P, I, A, B, C et F désignent les modes de réseaux.
Nous dénombrons ainsi 14 réseaux de Bravais : 7 primitifs et 7 multiples.
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Remarques :
Si un mode n’existe pas, il est décrit par un autre mode du même système ou d’un
système de symétrie inférieure.
Par exemple pour le système cubique :
Le mode cubique C n’existe pas car il est incompatible avec la symétrie du système
cubique et il est décrit par le mode quadratique P.
Cubique C Quadratique P.
Distance réticulaire :
Pour chaque système cristallin, il existe une relation entre les paramètres (a, b, c ; )
de la maille et la distance réticulaire dhkl d’une famille de plans (hkl).
Dans le cas des systèmes cubique, quadratique et orthorhombique elle prend la forme
suivante :
1
Système orthorhombique : 𝑑ℎ𝑘𝑙 = 2 2 2
√ℎ2 +𝑘2 + 𝑙 2
𝑎 𝑏 𝑐
1
Système quadratique : 𝑑ℎ𝑘𝑙 = 2 2 𝑙2
√ℎ +𝑘 + 2
𝑎2 𝑐
𝑎
Système cubique : 𝑑ℎ𝑘𝑙 =
√ℎ2 +𝑘 2 +𝑙 2
I.IV - LE RESEAU RECIPROQUE
A - DEFINITION
Contrairement au réseau direct (RD), le réseau réciproque (RR) est un concept purement
géométrique et n’a pas de signification physique. Il est introduit par Ewald, pour faciliter
les calculs concernant le réseau direct et l’interprétation des spectres de diffraction des
rayons X par les cristaux. Il est défini par les paramètres suivant :
𝑎⃗*, 𝑏⃗⃗*, 𝑐⃗* et ***
tels que :
𝑎⃗*.𝑎⃗ = 1 𝑏⃗⃗*.𝑏⃗⃗ = 1 𝑐⃗*.𝑐⃗⃗⃗= 1
𝑎⃗*.𝑏⃗⃗ = 0 𝑏⃗⃗*.𝑎⃗ = 0 𝑐⃗*.𝑎
⃗⃗⃗⃗= 0
𝑎⃗*.𝑐⃗ = 0 𝑏⃗⃗*.𝑐⃗ = 0 𝑐⃗*.𝑏⃗⃗= 0
D’après les relations précédentes, on peut déduire que :
• 𝑎⃗* doit être perpendiculaire à 𝑏⃗⃗ et ⃗⃗⃗,
𝑐 ce qui implique :
⃗⃗ ᴧ 𝒄 ⃗⃗ ᴧ 𝒄 𝟏
⃗⃗*= 𝜶(𝒃
𝒂 ⃗⃗) 𝒂
⃗⃗*𝒂
⃗⃗ = 𝜶(𝒃 ⃗⃗). 𝒂
⃗⃗ 1 = 𝜶.V 𝜶 = , V est le volume de la maille du
𝑽
réseau direct construite sur les vecteurs de base 𝑎⃗, 𝑏⃗⃗, 𝑐⃗.
⃗⃗ ᴧ ⃗𝒄⃗)
(𝒃
⃗⃗*=
Ce qui donne : 𝒂
𝑽
• 𝑎⃗*.𝑎⃗ est positif 𝑎⃗* et 𝑎⃗ sont du même côté par rapport au plan (b, c).
De la même façon, on a pour b et c :
⃗⃗ ᴧ ⃗𝒃⃗)
• ⃗𝒃⃗*= (𝒄⃗⃗ ᴧ 𝒂⃗⃗) 𝒆𝒕 ⃗𝒄⃗*=
(𝒂
𝑽 𝑽
• 𝑏⃗⃗*.𝑏⃗⃗ est positif 𝑏⃗⃗* et 𝑏⃗⃗ sont du même côté par rapport au plan (a, c).
𝑐⃗*.𝑐⃗ est positif 𝑐⃗* et 𝑐⃗ sont du même côté par rapport au plan (a, b).
Compte tenu des définitions précédentes, le réseau réciproque du réseau réciproque est le
réseau direct. En effet :
⃗⃗ ᴧ ⃗𝒄⃗)ᴧ (𝒄
(𝒃 ⃗⃗ ᴧ 𝒄
⃗⃗ ᴧ ⃗𝒂⃗) [((𝒃 ⃗⃗).⃗⃗⃗⃗).𝒄 ⃗⃗ ᴧ ⃗𝒄⃗).⃗⃗⃗).𝒂
𝒂 ⃗⃗ − ((𝒃 𝒄 ⃗⃗]
⃗⃗*ᴧ ⃗𝒃⃗*) =
(𝒂 =
𝑽𝟐 𝑽𝟐
⃗⃗ᴧ (𝑽
en utilisant l’identité suivante : 𝑈 ⃗⃗ ᴧ 𝑾 ⃗⃗. 𝑾
⃗⃗⃗⃗) = ( 𝑈 ⃗⃗⃗⃗). 𝑽 ⃗⃗. 𝑽
⃗⃗ − ( 𝑈 ⃗⃗). 𝑾
⃗⃗⃗⃗
⃗⃗*) = [(𝑽. ⃗𝒄⃗ −(𝑽 𝒂⃗⃗*.⃗⃗⃗).
⃗⃗*ᴧ 𝒃
(𝒂
𝒄 𝒂 ⃗⃗]
=
⃗⃗
𝑽. 𝒄
=
⃗⃗
𝒄
𝑽𝟐 𝑽𝟐 𝑽
⃗⃗.𝒄
𝒄 ⃗⃗* 𝟏
⃗⃗*ᴧ ⃗𝒃⃗*). 𝒄
(𝒂 ⃗⃗* = 𝑽∗ = = V.V*=1.
𝑽 𝑽
⃗⃗* ᴧ ⃗𝒄⃗∗)
(𝒃 ⃗⃗* ᴧ ⃗𝒂⃗∗)
(𝒄 ⃗⃗* ᴧ ⃗𝒃⃗∗)
(𝒂
⃗⃗ =
𝒂 ; ⃗𝒃⃗ = ; ⃗𝒄⃗ =
𝑽∗ ∗ 𝑽 𝑽∗
Quelle que soit la symétrie d’un réseau cristallin, un plan du réseau réciproque est donc
toujours perpendiculaire à un axe cristallographique.
B - PROPRIETES DU RR
Bien qu’il n’ait pas d’existence physique, le RR possède des rangées et des plans
réticulaires comme pour le RD.
Deux propriétés sont intéressantes :
Toute rangée [hkl]* du RR est perpendiculaire à une famille de plans du RD
qui portent les mêmes indices (hkl).
Soit un plan (hkl) :
Pour qu'un vecteur soit perpendiculaire à un plan, il suffit qu'il soit perpendiculaire à deux
vecteurs non parallèles de ce plan. C’est-à-dire que si on montre que 𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙 ∗
est
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ et à 𝐻𝐿
perpendiculaire à 𝐻𝐾 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗, alors il est perpendiculaire au plan (hkl).
𝑏⃗⃗ 𝑎⃗
𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
∗
. ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝐻𝐾 = (ℎ𝒂 ⃗⃗* + 𝑙𝒄
⃗⃗* + 𝑘𝒃 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ + ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
⃗⃗*). (𝐻𝑂 ⃗⃗* + 𝑙𝒄
⃗⃗* + 𝑘𝒃
𝑂𝐾 ) = (ℎ𝒂 ⃗⃗*). ( − ) = 1 − 1 = 0.
𝑘 ℎ
𝑐⃗ 𝑏⃗⃗
𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
∗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ = (ℎ𝒂
. 𝐾𝐿 ⃗⃗* + 𝑙𝒄
⃗⃗* + 𝑘𝒃 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ + 𝑂𝐿
⃗⃗*). (𝐾𝑂 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗) = (ℎ𝒂 ⃗⃗* + 𝑙𝒄
⃗⃗* + 𝑘𝒃 ⃗⃗*). ( − ) = 1 − 1 = 0.
𝑙 𝑘
Donc, la rangée [hkl]* du RR est perpendiculaire au plan (hkl) du RD.
Le module du vecteur période ⃗𝑹 ⃗⃗∗𝒉𝒌𝒍 = 𝒉𝒂 ⃗⃗* + 𝒌𝒃⃗⃗* + 𝒍𝒄
⃗⃗* du réseau réciproque est
l’inverse de la distance inter-réticulaire 𝒅𝒉𝒌𝒍 :
𝟏
⃗⃗⃗∗𝐡𝐤𝐥 | =
|𝐑
𝐝𝐡𝐤𝐥
• ⃗⃗⃗⃗⃗⃗| = dhkl
La distance réticulaire n’est autre que le module du vecteur |𝑂𝑃
• ⃗⃗⃗⃗⃗⃗ et 𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
Les vecteurs 𝑂𝑃 ∗
sont perpendiculaires au plan (hkl), ils sont donc
colinéaires.
• On peut considérer OP comme la projection de ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
𝑂𝐻 sur 𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
∗
:
⃗⃗⃗⃗⃗⃗|=|𝑂𝐻
|𝑂𝑃 ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ |. 𝑐𝑜𝑠∅ avec ∅ = (𝑂𝐻
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ , 𝑂𝑃
⃗⃗⃗⃗⃗⃗ ).
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ |. 𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
|𝑂𝐻 ∗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ |. |𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
= |𝑂𝐻 ∗
|. 𝑐𝑜𝑠∅ = |𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
∗ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗| = |𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
|. |𝑂𝑃 ∗
|. dhkl
𝑎⃗⃗ ⃗⃗* + 𝑙𝒄
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗ |. 𝑅⃗⃗ℎ𝑘𝑙
|𝑂𝐻 ∗
⃗⃗* + 𝑘𝒃
= ℎ . (ℎ𝒂 ⃗⃗*) = 𝑎⃗*.𝑎⃗ = 1
⃗⃗⃗∗𝐡𝐤𝐥 |. 𝐝𝐡𝐤𝐥 = 𝟏
|𝐑 ⃗⃗⃗∗𝐡𝐤𝐥 | = 𝟏
|𝐑
𝐝 𝐡𝐤𝐥
I.V. La RADIOCRISTALLOGRAPHIE
A - HISTORIQUE
1895 : Découverte des rayons X par Röntgen (1er prix Nobel de physique en 1901).
1912 : Naissance de la cristallographie avec l’expérience de Von Laue qui démontra
l’existence des réseaux cristallins et de leur symétrie, et par la suite, confirma la
nature électromagnétique des rayons X (Prix Nobel de physique en 1914).
1913 : Naissance de la radiocristallographie suite à la découverte de la loi de Bragg
(Prix Nobel de physique en 1915).
Les rayons X sont des ondes électromagnétiques classées dans l'échelle des longueurs
d'onde entre les radiations ultraviolettes et les rayons . le domaine de longueur d’onde
des RX se situe autour de l’angström (Å) (1 Å =10-10 m).
Remarque :
On distingue les RX durs (faibles longueurs d’onde) des RX mous (longueurs d’onde
élevées). Les premiers de plus grande énergie sont pénétrants et utilisés en radiographie.
Les seconds réservés à l’étude des cristaux.
RADIOGRAPHIE D’UNE MAIN :
Les rayons X sont surtout connus du grand public pour
l'imagerie médicale : radiographie et tomographie (scanner).
Cependant, outre le fait qu'ils traversent facilement la
matière, les rayons X ont d'autres propriétés intéressantes, ils
interagissent de manière particulière avec la matière. Ceci
permet de faire de l'analyse chimique.
B - PRODUCTION DES RAYONS X
Les rayons X sont produits dans une enceinte fermée, dans laquelle existe un vide très
poussé et où un faisceau d'électrons, accélérés par un champ électrique, est intercepté par
une cible métallique appelée anticathode.
Les tubes de rayons X modernes sont inspirés du montage de Coolidge datant de 1917.
CIRCUIT DE CHAUFFAGE FENETRE EN Be ANTICATHODE
e RX
REFROIDISSEMENT
FILAMENT EN W
CIRCUIT DE HAUTE TENSION
DIAGRAMME DE POUDRE SUR FILM :
EXEMPLE DE DIFFRACTOGRAMME :
Intensité (%)
(1.540562 Å)
(30.74,100.0) Î[15°,30°]
100
B = 1.0 Ų o 2
90
C:\... Chlorures\CsCl.cel
Sum
80
70
60
50
40
(54.65,32.4)
30
20 (44.03,16.7) (49.55,15.9)
(37.88,11.8)
10
2(°)
0
30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60
C - LOI DE BRAGG
Soit d la différence de marche entre le faisceau incident et le faisceau réfléchi :
d= KJ + JH or KJ = JH = dhklsin
d= 2dhklsin
Il y’a diffraction constructive si : d=2dhklsin=n Relation de Bragg
n : entier > 0 = ordre de diffraction.
En cristallographie, on prend n=1 (raies du 1er ordre).
2dhklsin=
Remarques :
• Une réflexion (hkl) ne peut être observée que si le plan réticulaire correspondant
fait avec le rayon incident monochromatique un angle de Bragg bien précis.
• L’angle de Bragg q n’est pas l’angle d’incidence de l’optique, mais son
complément.
• En cristallographie pratique, on ne parle plus d’ordre de diffraction, on utilise la
relation de Bragg sous la forme :
2(dhkl/n)sin = 2dh’k’l’sin = avec h’ =nh, k’=nk, l’=nl
On parlera de la réflexion (420), au lieu de parler de la réflexion d’ordre 2 sur le plan
(210).
D – TECHNIQUE DE DIFFRACTION DES RX
Parmi les méthodes expérimentales permettant de vérifier la loi de Bragg, nous citerons la
méthode des poudres. Celle-ci consiste à soumettre le composé en poudre à un faisceau de
rayons X monochromatique et à recueillir le diagramme de diffraction qu’il émet. De la
valeur de l’angle θ de chaque raie, on déduit la distance réticulaire de la famille de plans
(hkl) correspondante.
IDENTIFICATION DES CRISTAUX
L'identification des substances cristallisées se fait par comparaison des diffractogrammes
expérimentaux avec une base de données où sont répertoriées des caractéristiques
cristallographiques d'un grand nombre de composés.
On constitue ainsi des bases de données, et le diagramme mesuré sur le produit inconnu
est comparé de manière informatique à toutes les fiches de la base de données. La base de
données la plus complète à l'heure actuelle (2004) est la Powder diffraction file (PDF) de
l'ICDD (ex-JCPDS : Joint committee on powder diffraction standards, ex- comité E4 de
l'ASTM), avec plus de 150 000 fiches (dont cependant de nombreuses redondances).
EXEMPLE DE FICHE J.C.P.D.S. OBTENUE POUR LE RUTILE (TIO2)