Rapport Riches - 2024
Rapport Riches - 2024
LES RICHES
EN FRANCE
Édition 2024
Rapport sur les
riches en France
Édition 2024
Merci
Ce rapport a été réalisé et publié grâce au soutien de plus de 900 personnes
qui ont contribué à son financement participatif. Nous les en remercions
chaleureusement.
Merci à Vivien Charbonnet de nous avoir autorisés à exploiter ses travaux
menés dans le cadre de sa recherche au sein de l'Université de Tours.
L'âge de la maturité
Ce troisième Rapport sur les riches en France est celui de la maturité. Il confirme l’intuition
que nous avions dès la première édition en 2020 : connaitre le haut de la pyramide des
revenus est tout aussi important que d’en décrire le bas. La question de savoir qui est riche
en France est désormais installée dans le paysage de l’information sur les revenus. Le
débat est lancé.
La nouvelle édition de notre rapport livre des données inédites sur le nombre et l’évolution
de la part des riches dans la population (voir page 45). Nous dévoilons aussi des éléments
jamais publiés sur les conditions de vie des riches, une classe qui vit dans des logements
confortables là où elle le décide, se déplace comme elle le souhaite, accède à une panoplie
de services et profite bien de ses loisirs (voir page 23 et suivantes). Au fil des éditions, une
image un peu plus précise de la situation du haut de la hiérarchie des revenus se dessine.
Notre état des lieux déplait à une partie des membres des classes aisées qui trouvent que
gagner 3 900 euros par mois, « ce n’est pas être riche ». Les critiques viennent autant de
la droite que de la gauche, camp dans lequel on assume encore moins le fait d’appartenir
au sommet de la hiérarchie sociale. Beaucoup voudraient s’en tenir à une poignée
d’ultra‑riches, une bonne affaire pour les classes aisées, ainsi réunies avec le prolétariat…
La vision élitiste de la richesse très largement partagée est une forme de protection pour
ceux qui vivent bien.
Il existe plusieurs raisons de réfuter l’existence d’un seuil de richesse (voir page 8). Nos
lecteurs connaissent l’importance que nous attachons à la qualité des indicateurs que
nous présentons et savent que nous en signalons les limites. L’une des critiques les plus
justifiées est liée à l’âge. Notre seuil de richesse en patrimoine ne le prend pas en compte,
alors que la fortune est un processus cumulatif dans le temps (voir page 67) : nous avons
sur ce point d’importants progrès à faire.
Notre rapport ne plait pas non plus à l’institution statistique. À l’occasion de la publication
de la précédente édition, sur son blog[1], l’Insee s’en est pris à l’Observatoire des inégalités
car nous critiquions le manque de données publiées sur le sujet (voir page 10). Ne lui
en déplaise, nous persistons : ces dernières demeurent « lacunaires », ce qui signifie
uniquement qu’elles restent, selon nous, incomplètes.
Ces lacunes ne nous empêchent pas de souligner les progrès réalisés ces dernières
décennies et de relayer le travail de qualité mené par le service public de la statistique
et ses chercheurs dont nous citons régulièrement les travaux, notamment tout au long
des pages de ce rapport. Plutôt que de se répandre en invectives, il serait intéressant de
débattre des vides à combler et de s'appuyer sur les travaux qui existent pourtant déjà
au niveau international sur le sujet (voir page 11). Il est incompréhensible que le Conseil
national de l’information statistique, l’organisme qui oriente le travail de l’Insee, ne se soit
même pas saisi de la question du seuil de richesse au vu de son importance et du débat
public qu'elle suscite.
Au fond, personne n’est dupe de l'embarras que notre travail produit chez les riches qui
préfèrent éviter qu’on se penche sur leur sort et font en sorte que l’on tourne le regard
uniquement vers les plus pauvres. Nous pensons au contraire que pour comprendre la
société, il faut observer les inégalités dans leur ensemble, pas au seul prisme de la misère.
En attendant, nous essayons de faire progresser la connaissance avec les moyens dont
nous disposons et grâce aux travaux de quelques chercheurs qui, sans forcément partager
nos analyses, estiment que le sujet vaut d’être mieux documenté. Sans oublier le soutien
de tous les citoyens qui pensent, comme nous, que contre les inégalités, l’information est
une arme ■
[1] « Faut-il fixer un seuil de richesse ? », Christel Colin et Jean-Luc Tavernier, Le blog de l'Insee, 1er juillet 2022.
Surtout, on est riche ou pauvre par rapport à une norme de niveau de vie dans la société.
Le seuil de pauvreté est déterminé à partir du niveau de vie médian[1], celui qui partage la
population en deux – autant gagne plus, autant gagne moins –, qui caractérise une sorte
de « Français du milieu ». Il nous semble pertinent d'appliquer cette même méthode pour le
seuil de richesse.
Nous avons ainsi décidé de le fixer au double du niveau de vie médian. Comme celui-ci
est de 1 930 euros par mois après impôts et prestations sociales pour une personne seule
(donnée Insee 2021), notre seuil de richesse vaut 3 860 euros. Cette méthode a été proposée
par l’économiste Tony Atkinson, elle est utilisée par l’OCDE et le gouvernement allemand
(voir page 11).
Comme pour la pauvreté et bien d’autres indicateurs[2], le choix est arbitraire et discutable. On
pourrait tout autant adopter un seuil de richesse équivalent à 1,8 fois le revenu médian (c'est
à ce niveau que l’Insee qualifie les ménages d’aisés) ou au triple de ce dernier. En utilisant
le double du niveau de vie médian, le pays compte 7 % de riches. 93 % de la population se
situe donc en dessous de ce niveau de revenus : nous pensons qu'il n'est pas injustifié d'être
qualifié de riche à ce niveau.
Une fois le seuil de richesse déterminé pour une personne, il faut le fixer selon différentes
configurations familiales. Nous utilisons le même système que l’Insee : le premier adulte
vaut une part, chaque personne du ménage de plus de quatorze ans 0,5 part et de moins de
quatorze ans, 0,3 part (voir page 40). Le seuil de richesse est donc, par exemple, de 3 860 x 1,5
part = 5 790 euros pour un couple, de 3 860 x 2,5 parts = 9 650 euros pour une famille avec
deux adolescents ■
[1] Le seuil de pauvreté représente une fraction du niveau de vie médian, le plus souvent fixée à 60 % de ce dernier,
mais l’Observatoire des inégalités utilise le plus souvent le seuil de 50 % qui nous semble davantage refléter une
situation de pauvreté.
[2] Par exemple, pour ne pas être considéré comme chômeur par l'Insee, il suffit d’avoir travaillé une heure dans la
semaine précédente. Pourquoi pas 2, 5 ou 10 heures ?
La critique sur l'âge est davantage justifiée en ce qui concerne la richesse en patrimoine.
La fortune est un processus d’accumulation dans le temps. Raisonner tous âges confondus
mélange des jeunes qui n’ont pas commencé à épargner et des personnes âgées dont certaines
ont accumulé des biens tout au long de leur vie. Nous disposons du niveau du patrimoine
médian par âge (voir page 67), et on sait que 70 % des personnes qui appartiennent aux 10 %
les plus fortunés ont plus de 50 ans (selon l’Insee en 2018). Nous manquons de données sur
le sujet, mais ce point mériterait clairement d’être amélioré.
Vivre avec des revenus de 4 000 euros par mois et un million d’euros de patrimoine ne signifie
pas la même chose que percevoir un tel revenu et avoir un million d’euros de dettes. C’est vrai.
Cette critique est souvent émise par ceux dont les revenus dépassent le seuil de richesse en
revenus mais qui disposent d’un faible patrimoine. Au nom de ce raisonnement, comment
doit-on considérer une partie de la population riche en revenus, mais non en patrimoine ?
Malgré tout, même sans patrimoine, peut-on avancer que l'on n’est pas riche quand on vit
avec davantage que 93 % de la population ? Hauts revenus et patrimoine élevé vont ensemble
dans l’immense majorité des cas : c’est le revenu qui, épargné, permet la constitution d’un
patrimoine au fil du temps. Rares sont les riches en patrimoine aux faibles revenus et vice
versa (voir page 36). Dans sa critique du seuil de richesse, l’économiste Guillaume Allègre
propose de construire un outil qui combine revenu et patrimoine[3], une initiative que l’on ne
peut qu’encourager.
Publier des données sur les riches serait une manière de les désigner à la vindicte populaire.
Quand on y réfléchit quelques instants, cet argument est assez étonnant. Contrairement à
ce que l'on indique souvent, les Français sont très généralement indifférents aux riches : ils
ne les aiment pas plus qu'ils ne les détestent (voir page 12). Surtout, si une personne riche
s'estime stigmatisée, ne serait-ce pas, au moins pour partie, qu'elle ne se sent pas légitime
à gagner ses importants revenus ? Sinon, en quoi le simple fait de qualifier une personne de
riche serait-il stigmatisant ?
La question n’est pas d’être riche mais de savoir si l’on mérite ou non de l’être. Notre rapport
ne fait que documenter la hiérarchie des revenus en France, en s’attachant ici au haut de
l’échelle bien moins souvent décrit que le bas. L’argument de la stigmatisation est surtout
une forme de pudeur destinée à rendre invisibles aux yeux des autres les avantages des
plus aisés.
[3] « Que les riches lèvent le doigt ! », Guillaume Allègre, OFCE Le Blog, 1er juillet 2022.
Il existe bien des nuances de riches (voir page 41) et il serait pertinent de fixer également un
seuil de l’ultra-richesse. Concentrer tous les regards sur les ultra-riches permet de mettre
en lumière les processus d’enrichissement délirants d’une poignée de milliardaires, mais a
aussi pour effet de cacher les niveaux de vie d’une large fraction de la population située en
haut de la hiérarchie sociale.
Conclusion : tout indicateur statistique a des limites et ne dit pas tout de la réalité sociale
qu’il prétend décrire. Il faut utiliser le seuil de richesse pour ce qu’il dit, et pour rien d’autre, en
ayant connaissance de ses limites. Ces dernières doivent-elles conduire à ne pas l’utiliser ?
Sauf à entendre d’autres arguments que les objections que nous avons déjà recensées, nous
ne le pensons pas. Ce qui est certain, c’est que les plus riches ont bien du mal avec le fait que
l'on s’intéresse à eux ■
Nous avons refusé d’alimenter la polémique à chaud, mais nous devons apporter quelques
réponses à nos lecteurs. En 30 ans, de larges progrès ont été réalisés par l’Insee dans la
connaissance des revenus, c’est certain. Mais cela n’empêche que les données qu'il publie
restent lacunaires, comme nous l’écrivions en 2022. Ce qui ne retire rien de la qualité du
travail réalisé : c’est un simple constat.
[4] « Faut-il fixer un seuil de richesse ? », Christel Colin et Jean-Luc Tavernier, Le blog de l’Insee, Insee, 1er juillet
2022.
Les données publiques ne prennent pas en compte une part importante des revenus
du patrimoine (voir page 46), comme l’indique lui-même l’Insee[5]. L’institut ne diffuse
pas d’éléments détaillés, ni réguliers, sur le sommet de la distribution des revenus qui
permettraient d’en mesurer l’évolution. L’Insee publiait autrefois un document annuel de
référence sur les revenus et le patrimoine des ménages. Sa dernière édition est parue en
2021[6]. De plus, les nombreuses ruptures de série rendent impossible le calcul de l'évolution
dans le temps de la plupart des données sur les revenus.
Le plus étonnant, c’est que l’Insee lui-même utilise un seuil de richesse fixé à 1,8 fois le niveau
de vie médian dans un nombre croissant de ses publications[12], mais emploie le mot « aisé »,
forme euphémisée du phénomène. La revue scientifique de l’Insee, de grand renom, publie
des articles qui utilisent notre seuil de richesse sans que ses responsables n’y trouvent à
redire[13].
Cet épisode est révélateur de la difficulté de traiter d’un sujet très sensible. L’audience répétée
de notre rapport sur les riches montre qu’il existe un intérêt certain pour la question et que
l’information manque. Il serait temps que le Conseil national de l’information statistique, qui
en théorie doit orienter le travail de l’institution statistique publique, se saisisse d’un concept
que l’Insee utilise déjà dans un petit nombre de ses études. En attendant, les citoyens ne
disposent que d’une vision partielle du phénomène, ce qui est pour le moins regrettable ■
[5] Voir « Le revenu des ménages selon la comptabilité nationale et selon l’Enquête Revenus Fiscaux et Sociaux
(ERFS) », Aliocha Accardo, Documents de travail n° F1905, Insee, septembre 2019.
[6] Revenus et patrimoine des ménages, édition 2021, Insee Références, Insee, 2021.
[7] « On the Identification of the "Middle Class" », Anthony Atkinson et Andrea Brandolini, Ecineq, working papers
series n° 217, 2011.
[8] « Inégalités singulières et plurielles : les évolutions de la courbe de répartition du revenu disponible »,
Louis Chauvel, Revue de l’OFCE n° 55, octobre 1995.
[9] « Lebenslagen in Deutschland. Der erste Armuts- und Reichtumsbericht der Bundesregierung »,
Bundesministerium für Arbeit und Soziales, 2001.
[10] « High Income and Affluence: Evidence form EU-Silc », Veti-Matti Törmälehto, in Monitoring Social Inclusion in
Europe, 2017 Edition, Eurostat, 2017.
[11] Under Pressure: The Squeezed Middle Class, OCDE, 2019.
[12] Comme par exemple dans : « La redistribution élargie, incluant l’ensemble des transferts monétaires et les
services publics, améliore le niveau de vie de 57 % des personnes », André Mathias, Jean-Marc Germain et Michaël
Sicsic, Insee Analyses n° 88, septembre 2023.
[13] « Une nouvelle nomenclature, la PCS ménage », Thomas Amossé et Joanie Cayouette-Remblière, Économie et
Statistique n° 532-33, Insee, 2022.
mérites. De l’envie 17
De la méfiance 16
Ces sondages n’ont pas beaucoup de valeur socio-
logique. Ils servent surtout aux médias à faire de De l’hostilité 5
[14] Voir « Pourquoi les Français détestent les riches », entretien avec Olivier Galland par Kévin Babeau, Le Point,
31 janvier 2023.
[15] « Le rapport des Français à l’argent », enquête Ifop, décembre 2022.
[16] « Baromètre de l’économie », Odoxa, enquête réalisée pour Agipi, le magazine Challenges et BFM-Business,
juillet 2023.
Les riches représentent 7,4 % de la population française. Leur part est en baisse de 1,5 point
par rapport à 2011, toujours selon nos estimations. Le nombre de riches a diminué en dix ans,
mais ils sont plus riches : la moitié d’entre eux ont un niveau de vie supérieur à 1,28 fois le
seuil de richesse en 2021, contre 1,26 fois en 2011.
La progression des revenus des riches est portée par le sommet de l’échelle des revenus. Le
1 % le plus riche captait 7,7 % de l’ensemble des revenus avant impôts au début des années
1980. Cette part atteint 12,7 % en 2022 selon le World Inequality Database.
La richesse en patrimoine
16,9 % des ménages disposent de plus de trois fois le patrimoine médian (hors endettement),
c’est-à-dire plus de 531 000 euros. Les 10 % les plus fortunés possèdent plus de 716 300 euros
selon l’Insee en 2021.
Les patrimoines grimpent très haut. Les millionnaires représentent 5 % des ménages. Le 1 %
du sommet possède au moins 2,2 millions d’euros par ménage. Quant à la famille de Bernard
Arnault, à la tête du groupe de luxe LVMH, ses 203 milliards d’euros correspondent à la valeur
de l’ensemble des logements de Marseille et de Nantes, selon nos estimations.
La concentration du patrimoine aux mains des plus fortunés augmente au détriment du reste
de la population. La part des 10 % les plus fortunés est passée de 41 % à 47 % de l’ensemble du
patrimoine des ménages entre 2010 et 2021, selon l’Insee.
Le poids des 500 plus grandes fortunes professionnelles a pratiquement décuplé en 20 ans.
Elles représentaient 124 milliards d’euros en 2003 et atteignent un montant total de 1 170 mil-
liards d’euros en 2023, selon le magazine Challenges. Les propriétaires des grands groupes
français ont accumulé d’immenses fortunes et un pouvoir économique gigantesque.
Les cadres les mieux rémunérés composent ainsi l’essentiel des personnes riches. Parmi les
salariés riches, 21 % sont des cadres de la fonction publique, 43 % des cadres supérieurs du
privé et 3 % des directeurs généraux ou adjoints d’entreprise.
La part de riches dans la population augmente avec l’âge. Elle passe de 1 % des ménages
avant 30 ans à 10 % parmi les 55-59 ans et atteint un sommet à 15 % entre 60 et 64 ans.
Les ressources des couples riches proviennent majoritairement des revenus des hommes.
Ces derniers sont deux fois plus nombreux que les femmes à occuper les postes offrant un
salaire situé dans les 10 % du haut de la hiérarchie, et sont même 3,4 fois plus présents que
les femmes dans le 1 % du sommet.
Les riches en revenus et les riches en patrimoine sont en grande partie les mêmes. Plus de
la moitié des ménages les plus aisés en termes de niveau de vie font aussi partie des 10 %
les plus fortunés et vice et versa, selon l’Insee en 2021. Parmi les 10 % des ménages dont la
fortune est la plus élevée, 79 % figurent parmi les 30 % les plus riches en revenus.
Neuilly-Paris-Annecy
Nous ne disposons pas du nombre de riches ou du taux de richesse détaillé par zone
géographique. Mais plusieurs indicateurs permettent de dessiner une carte de France des
riches, centrée sur la capitale et les Hauts-de-Seine en région parisienne, voire concentrée
dans quelques arrondissements de l’ouest parisien et au sein de la ville de Neuilly-sur-Seine
pour les plus riches des plus riches.
Mais la richesse prospère aussi dans quelques zones privilégiées de province. Il faut zoomer
à l’échelle des communes ou des quartiers pour découvrir les lieux de vie prisés des plus
aisés. Plusieurs communes proches de la frontière suisse, par exemple, abritent une frange
de population aussi riche que celle des arrondissements les plus cossus de Paris.
À Paris, il faut 6 000 euros par mois après impôts à une personne seule pour se situer dans
les 10 % les plus riches locaux. Ce seuil atteint 12 400 euros dans le 7e arrondissement et près
de 22 000 euros dans le quartier « Gros caillou », au pied de la tour Eiffel. En Haute-Savoie,
le seuil d’entrée dans les 10 % les plus riches est de 5 000 euros. Veyrier-du-Lac, commune
limitrophe d'Annecy, est en tête de notre classement des petites villes où les riches sont les
plus riches, avec plus de 10 000 euros par mois pour 10 % de ses habitants.
Le logement distingue
Pour vivre heureux, vivons cachés ? Notre dossier (voir page 22) lève un coin du voile sur
les conditions de vie des riches. Être riche permet de maitriser son temps et de se déplacer
beaucoup plus, par exemple. 40 % des ménages situés dans les 10 % les plus riches font
appel à des services domestiques. 97 % des Français qui gagnent plus de 2 500 euros par
mois partent en vacances. Dans une voiture de seconde classe du TGV, un voyageur sur
deux est cadre, une proportion cinq fois plus importante que leur part dans l'ensemble de la
population française.
Les conditions de logement distinguent nettement les personnes situées au-dessus du seuil
de richesse. Être riche permet tout d’abord d’être propriétaire de son logement. 87 % des
ménages riches sont dans ce cas, contre 58 % des autres ménages, selon les calculs de Vivien
Charbonnet de l’Université de Tours.
Partout où ils vivent, les ménages riches ont un logement plus grand que leurs voisins. Que ce
soit dans l’agglomération parisienne, dans une grande ville de province ou à la campagne, un
ménage riche dispose en moyenne d’environ 50 % de surface en plus que les autres ménages.
Les biens immobiliers des riches ne se limitent pas à leur résidence principale. Près des
deux tiers d’entre eux possèdent un autre bien, contre seulement 22 % des autres ménages.
Résidence secondaire, logement mis en location, pied-à-terre, terrain… : ces biens leur
procurent soit des revenus supplémentaires, soit des lieux où partir en vacances plus
souvent et inviter familles et relations.
Et depuis 2021 ?
Les données les plus récentes publiées sur les niveaux de vie en France portent sur l'année
2021. L’inflation a depuis rebattu les cartes et il est bien difficile de savoir comment ont
évolué le nombre de riches et leur part dans la population. En général, en période de hausse
des prix, les plus aisés sont bien plus à même de faire valoir leurs revendications pour éviter
de perdre du pouvoir d’achat.
Au cours des dernières années, les revenus du patrimoine ont progressé bien plus vite que
les prix : de 7 % en 2022 et de 16 % en 2023. Au grand profit des catégories les plus aisées ■
Après impôts. Source : calcul de l’Observatoire des Source : estimation de l’Observatoire des inégalités
inégalités d’après l’Insee – Donnée 2021 d’après l’Insee – Donnée 2021
5 millions
531 000 € de ménages,
C'est trois fois le soit 17 % de la
patrimoine brut population, se situent
médian. au-dessus du seuil de
Riche Médian richesse en patrimoine.
Source : estimation de l’Observatoire des inégalités
Source : Insee – Donnée 2021 d’après l’Insee – Donnée 2021
=
LVMH) est équivalente
à la valeur de tous
47 % du patrimoine
de l’ensemble des
Tous les logements de les logements de ménages.
Marseille et de Marseille et de Nantes.
Nantes
Source : estimation de l’Observatoire des inégalités
d’après le magazine Challenges – Donnée 2023 Source : Insee – Donnée 2021
L'échelle de la richesse
18
Patrimoine brut. L'endettement
- Rapport n'est
sur les riches en pas pris
France 2024 en compte.
- Observatoire des inégalités
Lecture : les 10 % les plus fortunés des ménages détiennent 47,1 %
du patrimoine brut total en 2021.
Chiffres-clés
Sources : Insee et calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours – Données 2020 pour les catégories sociales, 2019 pour
l'âge, 2022 pour le sexe, 2021 pour le patrimoine.
87 % 63 %
des ménages riches sont des ménages riches sont propriétaires
propriétaires de leur logement d’un autre bien immobilier, comme
contre 58 % des autres ménages. une résidence secondaire ou un
logement mis en location,
contre 22 % des autres ménages.
Source : calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours d’après l’Insee – Données 2019
50 % 69 % 47 %
de surface de surface de surface
supplémentaire dans supplémentaire dans supplémentaire
les petites villes. les grandes villes dans l’agglomération
hors Paris. parisienne.
Source : calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours d’après l’Insee – Données 2019
Côté salaires, la progression annuelle est de l’ordre de 4 % en 2022 et 2023 : globalement, les
fiches de paie suivent plus ou moins l’inflation, avec retard certes, et pas dans toutes les
entreprises. Le retour de la hausse des prix met en jeu des rapports de pouvoir : celui qui
s’en sort le mieux est celui qui est en position de force pour négocier. Les perdants sont en
général les moins qualifiés des petites entreprises en situation concurrentielle qui disposent
de peu de marges, notamment dans le domaine des services.
Les revenus du patrimoine progressent bien davantage. L’Insee table sur une hausse de 7,3 %
en 2022 et de 15,5 % en 2023, soit trois fois plus que la progression des revenus d’activité[1].
Dans une étude parue en décembre[2], l’institut estimait que les dividendes avaient augmenté
de 10 % en 2022 et d'autant en 2023. Mais ces revenus, versés aux propriétaires d’actions, ne
concernent qu’une petite fraction de la population : 96 % des dividendes sont attribués à 1 %
de l’ensemble des foyers fiscaux selon France Stratégie (donnée 2021)[3].
Pour bénéficier de revenus tirés d'un patrimoine, il faut pouvoir mettre de l’argent de côté
pour se constituer ce capital, ce qui est loin d’être le cas du commun des mortels. Les revenus
du patrimoine représentent 18 % des revenus des riches contre 4 % de ceux des autres
ménages, selon l’étude réalisée par Vivien Charbonnet de l’Université de Tours[4] (d’après les
données de l'Insee pour 2019).
Depuis cette date, les revenus du patrimoine sont beaucoup moins imposés[5] : les plus riches
bénéficient à plein de la hausse de ce type de revenus. Côté imposition toujours, cerise sur le
gâteau, depuis le 1er janvier 2024, la taxe d’habitation a été totalement supprimée, même pour
les plus hauts revenus, ce qui améliore leur situation déjà privilégiée.
On ne connaitra vraiment la situation des revenus de 2024 qu’en 2026 avec la publication des
données de l’Insee sur les inégalités de niveaux de vie. Mais il y a fort à parier que les riches,
et notamment leur frange supérieure, auront largement tiré leur épingle du jeu ■
Au fil de nos rapports, en rassemblant des données de sources diverses, nous entrevoyons les
modes de vie des riches. Le voile se lève partiellement : nous publions dans ce document les
résultats inédits de la recherche réalisée par Vivien Charbonnet de l’Université de Tours[1], qui
font progresser la connaissance.
Être riche permet de bien se loger, le pilier principal de la qualité de vie. Cela permet de choisir
son lieu de vie, son quartier et son environnement quand la grande majorité doit rechercher
un logement social ou s’éloigner des centres-villes pour disposer d’un minimum d’espace.
Être riche donne la possibilité d’habiter dans des quartiers où les prix de l’immobilier sont
extrêmement élevés, quitte à réduire son train de vie pour demeurer avec ses semblables
(voir page 28). Ajoutons que 87 % des ménages riches sont propriétaires (voir page 29). Une
protection non négligeable par rapport aux aléas de la location, qui permet aussi d’investir
dans la pierre et de se constituer un patrimoine.
Selon le travail de Vivien Charbonnet, les ménages riches disposent dans leur logement de
37 m2 de plus que les autres en moyenne (voir page 27). Presque partout, à Paris comme
en province, leurs surfaces d'habitation sont 50 % plus importantes que les autres ménages.
S’ils sont loin de tous loger dans des palaces ou des lofts immenses, les riches ont de quoi
vivre de manière différente, par exemple la possibilité de s’isoler ou de recevoir chez eux. Ou
de disposer d'un confort complémentaire, un bureau, une place de parking, une terrasse, ou
encore un jardin. La qualité de leur logement est souvent bien meilleure : 7 % de ceux dont le
niveau de vie est supérieur à 2 500 euros par mois se plaignent du froid en hiver dans leur
habitation, contre 28 % de ceux qui ont moins de 1 000 euros, selon l’Ademe[2] (données 2023).
Deux tiers des riches ne se contentent pas d'une résidence principale mais disposent d’au
moins un autre bien immobilier (voir page 31) : une résidence secondaire, un logement à louer
ou un autre bien tel qu'un parking, un terrain, etc. Selon le recensement de l’Insee, on compte
ainsi 3,6 millions de résidences secondaires ou logements occasionnels[3], qui représentent
environ 10 % de l'ensemble des logements en France.
[1] Les conditions de la richesse : sociodémographie des ménages aisés, 2022, ainsi que Richesse et conditions de
vie, 2023, mémoires de recherche de sociologie, Vivien Charbonnet, Université de Tours. Vivien Charbonnet est par
ailleurs directeur du développement de l’Observatoire des inégalités.
[2] « Baromètre sobriétés et modes de vie », Ademe, mars 2024.
[3] Logement utilisé pour des raisons professionnelles, comme un pied‑à‑terre près du lieu de travail occupé une
partie de la semaine par exemple.
Être riche donne aussi la possibilité de consommer des produits auxquels les autres n’ont
pas accès. La voiture de luxe est l’un des attributs des riches : 7 % des immatriculations de
véhicules neufs sont classées dans la catégorie « modèle supérieur-luxe[4] » en 2021, selon le
Comité français des constructeurs automobiles. Plus généralement, un niveau de vie élevé
permet d’accéder à tout un univers de biens de qualité, de l’électroménager aux vêtements,
en passant par l’alimentation.
Un revenu élevé favorise aussi l'accès à des services. Par exemple, s’offrir le travail de
personnes à domicile, ce qui constitue un puissant marqueur social. Selon une étude du
ministère de l’Économie, 40 % des ménages situés dans les 10 % les plus aisés ont recours aux
services à la personne, contre 6 % des 10 % aux revenus les plus faibles[5]. Et encore, pour les
plus modestes, le chiffre comprend des personnes âgées aux faibles revenus qui disposent
d’une aide à domicile prise en charge au moins en partie par la collectivité.
Les services domestiques – financés en partie par l'octroi d'une réduction de l'impôt sur
le revenu – permettent de se débarrasser des tâches ingrates, comme le nettoyage, et de
consacrer ce temps libéré à d'autres activités plus valorisées. Au-delà du fait d’acheter le
temps de travail des moins bien lotis, les riches maitrisent ainsi mieux leur temps libre[6].
Un niveau de vie élevé donne aussi la maitrise de l’espace, le pouvoir de se déplacer facilement
et rapidement, dans des conditions plus confortables, notamment pour aller loin[7]. Avoir un
véhicule de qualité et récent est une première condition. Pour ce qui est des déplacements en
train, les cadres supérieurs (hors retraités), qui représentent 10 % de la population, forment
48 % des voyageurs en seconde classe du TGV classique et 51 % en première classe, selon
des données 2019 de l’Autorité de régulation des transports[8]. 11 % de la population prend
l’avion de manière régulière (au moins deux fois par an) d’après un sondage de la Fondation
Jean‑Jaurès, mais c’est le cas de 31 % des personnes de catégorie « aisée » qui vivent avec
plus de 2 500 euros par mois pour une personne seule[9].
Enfin, être riche permet d’accéder à un espace bien plus large de loisirs. Par le biais d’une
résidence secondaire où l'on peut se ressourcer, mais aussi accueillir des proches ou d'autres
relations. On peut aussi se dépayser, par exemple en partant à la montagne l’hiver : moins de
10 % des Français sont concernés, mais les cadres supérieurs sont deux fois plus souvent dans
ce cas[10]. Plus globalement, seulement 3 % des personnes qui vivent avec plus de 2 500 euros
par mois ne sont pas parties en vacances en 2023 selon l’Ademe, contre 46 % de celles qui
ont moins de 1 000 euros. Côté hébergement, les quatre et cinq étoiles, accessibles aux plus
aisés, représentent près d’un quart des nuits d’hôtel (donnée Insee 2023), soit près de 4 % du
total des nuitées touristiques.
[4] Une catégorie qui correspond, par exemple, à une Citroën DS9, à une Renault Talisman ou à une BMW série 3.
[5] « Les services à la personne : un marché confronté à des défis majeurs d’ici 2030 », Les Thémas de la DGE n° 15,
ministère de l’Économie, novembre 2023.
[6] Voir « Les maitres du temps prospèrent grâce aux flexibles », Louis Maurin, Observatoire des inégalités,
24 mai 2018.
[7] Concernant la mobilité du quotidien, être riche peut aussi permettre de moins se déplacer, en optant pour un lieu
de vie à proximité des services : commerces, écoles, santé, équipements culturels ou de loisirs, etc.
[8] « Enquête 2019 auprès des voyageurs en trains à grande vitesse », Autorité de régulation des transports,
juillet 2020.
[9] « Les Français, les voyages et l’avion », Sondage Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, juin 2022. Au passage :
2 500 euros mensuels est un montant nettement inférieur à notre seuil de richesse.
[10] « Les sports d’hiver, une pratique de privilégiés », Observatoire des inégalités, 7 février 2024.
Pour prolonger notre voyage au pays des riches, il faudrait disposer des données détaillées
des professionnels du marketing qui réalisent des études de marché, non accessibles au
grand public. La recherche en France se désintéresse de ce sujet. Il faut aussi multiplier les
dimensions : croiser par exemple le niveau de diplôme et le revenu pour mesurer l’effet de
ce double capital économique et culturel. Ainsi, 16 % des cadres supérieurs ont assisté à un
concert de musique classique dans l’année et 29 % à un concert de jazz selon l’enquête 2018
du ministère de la Culture, contre respectivement 6 % et 11 % de la population. Ces pratiques
culturelles, très subventionnées, proposent des tarifs d’entrée équivalents, voire inférieurs,
aux concerts fréquentés par les milieux plus modestes. C’est moins le revenu qui est en jeu
dans ce domaine que la maitrise des codes culturels, le milieu social dans lequel on vit et
notamment les habitudes prises dans l’enfance.
Pour mieux décrire le monde des riches, il faudrait enfin pouvoir aborder les relations
sociales. Disposer d’un réseau d’amis et de relations familiales constitue aussi une forme
de richesse, un « capital social », même si dans ce domaine les instruments de mesure
sont délicats à manier. Les milieux favorisés ont un réseau d’amis plus large, un constat qui
ne s'explique pas seulement par leur niveau de revenus certes, mais les moyens financiers
jouent tout de même en la matière : seul 1 % des 20 % les plus favorisés indiquait ne pas
avoir les moyens de recevoir des amis, contre 29 % des 20 % aux plus bas revenus, selon
l’Insee (données 2019). Entretenir un cercle amical a l’apparence du désintéressement
mais produit des intérêts sous la forme de coups de pouce et de renvois d’ascenseur, qu’il
s’agisse de trouver un stage, un emploi ou un lieu de vacances, par exemple ■
Les revenus des riches leur permettent d’accéder à des logements plus grands : deux
tiers d’entre eux vivent dans des logements de plus de 100 m2, selon les calculs de Vivien
Charbonnet de l’Université de Tours[11]. C’est le cas de seulement à peine plus d’un tiers des
ménages moins aisés. Près d’un tiers des riches vivent dans un logement de plus de 150 m2,
contre seulement 8 % du reste de la population. En moyenne, un ménage aisé dispose
de 37 m2 de plus que les autres. C’est, à titre de comparaison, quasiment autant que la
surface moyenne dont bénéficie une personne pauvre en France.
Commune rurale 85 59 26 45
Agglomération de 10 000 à
83 55 28 50
moins de 50 000 habitants
Agglomération de 50 000 à
75 49 26 52
moins de 200 000 habitants
Agglomération de Paris 54 37 17 47
Lecture : les ménages situés au-dessus du seuil de richesse vivant dans une commune rurale disposent d'un logement de 85 m2 par
personne en moyenne, soit une surface de 45 % de plus que les autres ménages de communes rurales.
Source : calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours d’après l’Insee (enquête SRCV) – Données 2019
C’est la maison – et la maison spacieuse[12] – qui monopolise les faveurs des ménages aisés :
hors région parisienne, quasiment la moitié d’entre eux habitent ce type de logement,
quand c’est le cas de seulement 21 % des autres ménages. En région parisienne, densité de
l’habitat oblige, les ménages aisés se rabattent sur des maisons moins grandes ou sur des
appartements. Le fait que 11 % des ménages aisés habitent tout de même un appartement
exigu en région parisienne peut étonner. Il ne faut cependant pas oublier que cette
définition, surtout appliquée à Paris intra-muros, est relativement large. Elle inclut les
logements dont la surface par habitant monte jusqu’à 25 m2, soit, dans le cas d’un couple
avec un enfant en bas âge, un appartement de 75 m2, ce qui, en plein centre de Paris,
représente tout de même une situation enviable pour la grande majorité des Parisiens ■
Répartition des ménages selon le type Répartition des ménages selon le type
de logement et le niveau de richesse de logement et le niveau de richesse
en région parisienne hors région parisienne
Unité : % Unité : %
Ménages Autres Ménages Autres
riches ménages riches ménages
Appartement exigu 11 32 Appartement exigu 1 7
Appartement moyen 29 24 Appartement moyen 5 12
Appartement spacieux 27 20 Appartement spacieux 15 15
Maison exigüe 4 10 Maison exigüe 8 18
Maison moyenne 15 10 Maison moyenne 23 27
Maison spacieuse 15 4 Maison spacieuse 48 21
Ensemble 100 100 Ensemble 100 100
Lecture : en région parisienne, 11 % des ménages situés Lecture : hors région parisienne, 48 % des ménages situés
au-dessus du seuil de richesse vivent dans un appartement au-dessus du seuil de richesse vivent dans une maison spa-
exigu, contre 32 % des autres ménages. cieuse, contre 21 % des autres ménages.
Source : calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours d’après l’Insee (enquête SRCV) – Données 2019
[12] Les logements spacieux sont définis comme ceux qui appartiennent au quart supérieur (plus de 75 m2 par personne
pour une maison et plus de 55 m2 pour un appartement). Les logements exigus sont ceux qui figurent dans le quart des
plus petites surfaces (moins de 33 m2 par personne pour les maisons, moins de 25 m2 pour les appartements).
87 % des ménages riches possèdent leur logement, contre 58 % des autres ménages. 13 %
seulement des riches sont locataires, contre 42 % du reste de la population.
Parmi les propriétaires dont les revenus sont situés au-dessus du seuil de richesse, 34 %
sont des accédants à la propriété (ils remboursent un emprunt pour l’achat de leur résidence
principale), une situation moins fréquente que chez les autres propriétaires qui comptent
39 % d’accédants. Les ménages riches sont en moyenne plus âgés : il est donc probable
qu’une plus large partie d’entre eux ait terminé de rembourser leur emprunt.
En réalité, les propriétaires riches de moins de 46 ans ont davantage recours au crédit : 93 %
d’entre eux sont accédants à la propriété, contre 88 % des autres propriétaires de cet âge.
Probablement parce qu’ils peuvent plus facilement emprunter grâce à leurs revenus, à un
apport plus important et à de meilleures conditions d’emploi. Les ménages riches sont plus
nombreux à être propriétaires et ils le sont aussi plus tôt, ce qui leur permet de prendre un
temps d’avance dans la constitution d’un capital ■
Ces données vont à rebours des commentaires selon lesquels le cout du logement réduirait
la portée du seuil de richesse, et qui suggèrent qu’il faudrait en tenir compte plutôt que du
seul revenu disponible (voir page 8). Les ménages aisés sont en large majorité proprié-
taires et, quand ils ne le sont pas,
Part du revenu consacrée au logement selon le
ils dépensent en loyer une part
niveau de richesse et le statut d'occupation
de leur revenu beaucoup moins
Unité : %
importante que les autres. Cela
alors qu’ils occupent de meilleurs
Ménages riches Autres ménages logements : plus grands, plus sou-
Part du revenu consacrée au loyer par un ménage locataire vent des maisons individuelles,
dans un environnement plus serein
Moins de 15 % 61 18
(voir page 27). Les ménages ai-
Moins d'un quart 96 59 sés bénéficient de conditions de
vie largement plus favorables tout
Mois d'un tiers 100 79
en ayant à y consacrer beaucoup
Part du revenu consacrée au loyer par un ménage accédant à
la propriété
moins de ressources en pourcen-
tage de leurs revenus que le reste
Moins de 15 % 41 23
de la population. Et ce, quel que
Moins d'un quart 84 68 soit le lieu de résidence – qu’ils
ont toute latitude pour choisir ■
Mois d'un tiers 93 89
[13] Le remboursement d’un emprunt n’est pas comparable à un loyer : il s’agit d’un investissement. Pour mesurer au
sens strict le cout du logement des accédant à la propriété, il faudrait restreindre leurs dépenses aux seuls intérêts et
à l’assurance de leur crédit.
Parmi les riches qui possèdent un autre bien que leur résidence principale, la moitié sont
propriétaires d’au moins un logement dit « de rapport », c'est-à-dire d'un bien qu’ils mettent
en location. La constitution de ce patrimoine immobilier est le premier pas d'une stratégie
d’accumulation : les revenus qui en sont issus permettent de faire grossir la fortune qui, à son
tour, procure des revenus… Les revenus fonciers représentent en moyenne 9 % du revenu brut
des ménages aisés, soit 11 400 euros en 2019 selon l’auteur de ces travaux. Ce pourcentage
peut paraitre accessoire mais la somme l’est beaucoup moins : elle représente quasiment
1 000 euros par mois en moyenne, soit 70 % de ce que touche une personne au smic.
- Autre logement
310 13 1 393 5
(non mis en location)
Lecture : 20 % des ménages situés au-dessus du seuil de richesse possèdent une résidence secondaire, contre 5 % des autres
ménages.
Source : calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours d’après l’Insee (enquête SRCV) – Données 2019
Percevoir des revenus substantiels de différentes sources, ce n’est pas seulement gagner
plus pour accumuler, c’est aussi anticiper les aléas de l’existence, sécuriser son avenir en
cas de coup dur. C’est particulièrement concret dans le cas d’un logement mis en location
qui peut être récupéré facilement au profit d’un enfant qui quitte le foyer par exemple. Il
faudrait ajouter à ces logements de rapport les biens classés dans la catégorie « autre bien »,
également gérés dans un objectif de rentabilité : une place de parking, une parcelle agricole,
des bois et forêts, etc., autant de biens qui augmentent sensiblement le niveau de vie des
ménages aisés tout en amortissant un trou d’air professionnel éventuel.
Enfin, la majeure partie du reste du patrimoine immobilier des ménages aisés est mise au
service direct de l’amélioration de leurs conditions de vie. 20 % d’entre eux possèdent au
moins une résidence secondaire, une proportion quatre fois plus importante par rapport aux
autres ménages. Un avantage qui permet de se mettre au vert tout en accueillant sa famille
ou des amis, d’entretenir des réseaux de sociabilité pendant ses congés sans les aléas d’une
location, ni en payer le prix. On pourrait également ajouter les autres biens non loués qui
diversifient les loisirs ou facilitent le quotidien : place de parking privative en ville, domaine
de chasse, etc. ■
les données 2020 de l'Insee[15], soit trois fois plus Artisans, commerçants et
13,8
chefs d'entreprise
en moyenne que l'ensemble des actifs. Arrivent
ensuite les indépendants (agriculteurs, artisans, Cadres supérieurs 25,5
Une autre méthode permet de mieux appréhender la répartition des actifs riches, en
considérant le type d’emploi occupé : 23 % sont des indépendants, comme le montrent les
calculs réalisés par Vivien Charbonnet de l’Université de Tours[16] d'après des données 2019
de l'Insee. Parmi les salariés riches, deux tiers sont des cadres supérieurs ou directeurs :
46 % du privé et 21 % du public. Le tiers restant est composé principalement d’employés
(12 %), d’agents de maitrise et de représentants commerciaux du privé (7 %) et de
fonctionnaires de niveau intermédiaire (5 %).
La France qui vit bien est très loin de se résumer aux PDG des grandes entreprises. Il s’agit
plus généralement, que ce soit dans le public ou le privé, de catégories qui décident, qui
donnent les ordres, qui orientent les stratégies et les politiques publiques. Pas uniquement
bien sûr : une petite partie des couches moyennes, voire populaires, arrive à se hisser
au‑dessus du seuil de richesse. Il s’agit de personnes qui occupent les postes les plus
qualifiés en fin de carrière et dans des secteurs très rémunérateurs, de ceux qui disposent
de revenus complémentaires, issus par exemple d’un patrimoine familial, ou encore de
conjoints de cadres et de chefs d’entreprise très bien rémunérés.
Ces groupes sociaux aisés sont aussi ceux dont le niveau de vie leur ouvre les portes de la
société de consommation. De plus, ils donnent des ordres dans leur vie professionnelle et
profitent aussi dans leur vie personnelle du travail des catégories populaires, notamment
de ceux qui travaillent dans les services comme le commerce, l’hôtellerie-restauration ou
le ménage ■
Ouvrier qualifié 1 2
Technicien 4 4
Lecture : 25 % des cadres supérieurs du privé se situent au-dessus du seuil de richesse. Ils représentent 43 % des salariés riches.
Source : calculs de Vivien Charbonnet de l’Université de Tours d’après l’Insee (enquête SRCV) – Données 2019
Une étude de l’Insee sur les différents types de ménage le montre clairement[17] : plus le
niveau de revenus augmente, plus le patrimoine est élevé. Les ménages inactifs, au
sein desquels aucun des membres n’a d’emploi[18], ont un niveau de vie mensuel moyen
de 1 200 euros pour l’équivalent d’une personne seule et un patrimoine net médian de
4 800 euros (endettement déduit). Les ménages de cadres ont un niveau de vie moyen
équivalent à 3 000 euros par mois pour une personne seule et disposent d'un patrimoine
de 390 000 euros. Entre les deux, les ménages de type « employés », par exemple, ont
un niveau de vie mensuel de 1 900 euros en moyenne et un patrimoine de 130 000 euros.
Un type de ménage se distingue tout de même, les « petits indépendants » (agriculteurs,
artisans et commerçants) : ils ont un revenu plutôt modeste, 1 500 euros mensuels, un
peu en dessous des ménages ouvriers, mais un patrimoine bien plus élevé, 260 000 euros
contre 100 000 euros pour les ouvriers. Pour une raison simple : dans leur patrimoine, il y a
souvent leur outil professionnel (locaux, machines, etc.).
Notre tableau le montre : plus on gagne tous les mois, plus on a de patrimoine. Le
patrimoine est un stock alimenté par le flux des revenus. À partir d’un certain niveau de
vie, les ménages gagnent davantage que ce qu’ils dépensent, et épargnent : souvent,
ils commencent par un compte épargne (livret A), puis achètent un bien immobilier, et
ensuite se lancent dans des stratégies financières plus complexes. Ce patrimoine rapporte
des revenus. Il est ensuite transmis, ce qui permet aux enfants de devenir riches à leur tour.
Le milieu social du ménage prend en compte les professions des deux membres quand il s’agit d’un couple. *Endettement déduit.
Lecture : les ouvriers disposent d’un niveau de vie mensuel moyen de 1 592 euros pour une personne seule et d’un patrimoine net
médian de 103 000 euros par ménage.
Source : Insee – Données 2019 pour les revenus, 2018 pour le patrimoine
[17] « Les inégalités économiques entre ménages selon le groupe socioprofessionnel », Thomas Amossé, in France,
portrait social. Édition 2023, Insee Références, novembre 2023. Dans cette étude, la catégorie socioprofessionnelle
du ménage prend en compte la profession des deux membres quand il s’agit d’un couple.
[18] Les retraités sont considérés dans leur ancienne profession.
Qu’est-ce qui compte le plus dans la richesse ? Vaut-il mieux avoir un niveau de vie élevé
qui permet de bien se loger, avoir un mode de vie confortable, etc., ou avoir de l’argent
de côté sur des comptes ? Les deux sans doute. Mais il faut garder en tête que les euros
placés sur des comptes ou dans l’immobilier de rapport (un studio à louer par exemple)
ne procurent pas grand-chose de concret[19] en soi à celui qui les détient. Ce n’est que
lorsque les revenus qu’ils rapportent sont dépensés qu’ils deviennent matériellement utiles
pour celui qui les détient. Avec une nuance qui n’est pas mince : le capital placé apporte
une forme d’assurance sur la vie, une sécurité, d’autant plus importante en période
d’incertitudes ■
[19] Le cas du logement est très différent : posséder son logement peut apporter un confort très concret.
[20] Nous ne disposons pas des données permettant de donner la part des personnes situées au-dessus du seuil de
richesse. Nous ne pouvons donc pas dire exactement quelle part de riches en revenus l’est aussi en patrimoine.
En bref, prendre en compte ou non le patrimoine ne modifie pas beaucoup nos analyses.
Mais il est vrai que l’accumulation de patrimoine est un processus qui prend du temps (voir
page 67) et rares sont les jeunes qui disposent d’une grande fortune dès leur entrée dans
la vie active.
Un indicateur composé des deux dimensions ne remplacerait pas la validité de deux seuils
de richesse séparés, l’un en revenus, l’autre en patrimoine. En fait, si certaines personnes
très bien rémunérées mettent en avant le patrimoine plus élevé de plus fortunés qu’eux,
c’est une manière pour une partie des hauts revenus qui ont peu épargné de tenter
d'échapper à la qualification de « riches » ■
35 à 39 ans 8
La première raison à cela tient au fait que les salaires
40 à 44 ans 6
augmentent en général avec l’ancienneté. Il n’existe
quasiment pas d’emplois qui permettent à de jeunes 45 à 49 ans 7
cadres supérieurs de se situer en début de carrière 50 à 54 ans 9
au-dessus du seuil de richesse, c’est-à-dire à un sa-
55 à 59 ans 10
laire de plus de 3 900 euros par mois après impôts.
Le niveau de vie s’élève au fil de la carrière et permet 60 à 64 ans 15
Le taux de richesse selon l’âge permet néanmoins de mieux appréhender qui sont les
personnes riches. Chez les plus jeunes, disposer d'au moins 3 900 euros mensuels est
inhabituel. Chez les 60-64 ans, c’est assez rare, mais pas exceptionnel : plus d'un ménage
de cette tranche d'âge sur sept est dans ce cas ■
Pour aller plus loin dans la connaissance des revenus selon le sexe, il faut donc entrer
dans le détail de la source des revenus de chaque membre du couple. Seuls les revenus
du travail, les retraites, les revenus d’activité des non-salariés et les indemnités chômage
peuvent être individualisés. Les revenus du capital, eux, sont considérés par l’Insee
comme communs au foyer fiscal, quand bien même la propriété dudit capital ne serait pas
également partagée.
[1] L’idée avait germé il y a plus de vingt ans dans les colonnes du magazine Alternatives Économiques : « Qui
est riche en France ? », Louis Maurin, Alternatives Économiques, n° 153, novembre 1997.
[1] Le niveau de vie tient compte de l’ensemble des revenus, auxquels on ajoute les prestations sociales et on retire
l’impôt sur le revenu.
[2] La moitié de la population gagne moins, l’autre davantage.
On estime donc que le niveau de vie d’un couple sans enfant est équivalent à 1,5 fois (1 part
+ 0,5 part) celui d’un célibataire. Le revenu d’un couple avec deux enfants de plus de 14 ans
est comparable à 2,5 fois (1 + 0,5 + 0,5 + 0,5) celui d’une personne seule. Si le seuil de richesse
pour une personne seule vaut 3 860 euros, un couple (1,5 part) est donc riche s'il gagne plus
de 5 790 euros (3 860 x 1,5) ■
Les classes moyennes se situent entre 1 530 et 2 787 euros par mois pour une personne seule,
après impôts et prestations sociales. Le niveau de vie médian est de 1 930 euros, proche du
salaire moyen des ouvriers à temps plein.
Les catégories aisées démarrent avec des revenus mensuels de 2 787 euros, toujours pour
une personne seule, soit le seuil d’entrée des niveaux de vie les 20 % les plus élevés. Au-delà
du seuil de richesse de 3 860 euros, on trouve environ 7 % de la population (voir page 45).
Mais l’échelle des niveaux de vie grimpe bien plus haut, et concerne de moins en moins de
personnes. À partir de 4 417 euros par mois, on entre parmi les 5 % les plus riches. Ensuite,
il faut au moins percevoir 7 180 euros pour appartenir au 1 % du sommet (donnée Insee 2018,
dernière année disponible). Environ 630 000 personnes se situent au-dessus de ce seuil, et
parfois très au-delà. Toujours en 2018, 0,1 % de la population (soit une personne sur 1 000)
gagnait plus de 17 500 euros par mois et 0,01 % (soit une personne sur 10 000) avait un niveau
de vie mensuel supérieur à 55 000 euros selon l’Insee. Des niveaux tellement élevés qu’on ne
peut pas les représenter sur notre échelle ■
Ordres de grandeur
Les niveaux de vie, les seuils de pauvreté et de richesse considèrent des revenus après
impôts et prestations sociales, pour une personne seule. Les montants du smic net et du
RSA, en revanche, sont exprimés avant impôts et prestations sociales. En toute rigueur,
pour pouvoir vraiment comparer ces montants aux niveaux de vie, il faudrait y ajouter en
particulier les allocations logement, qui complètent souvent ces revenus. Notre échelle ne
prétend que présenter les principaux points de repère des revenus en France et donner des
ordres de grandeur.
[4] Nous avons recalculé les données d'évolution de l'Insee pour tenir compte de plusieurs changements
méthodologiques destinés à intégrer l'ensemble des sources de revenus.
Les trois seuils que nous présentons répondent à des logiques différentes. Le seuil des 10 %
les plus riches représente une limite qui sépare deux univers : les 90 % aux revenus infé-
rieurs et les 10 % les plus aisés. Ce seuil a progressé très nettement de 1996 à 2011, avec une
parenthèse entre 2003 et 2004. Il a baissé ensuite jusqu’en 2014, pour reprendre sa marche
vers le haut. L’évolution est la même pour le niveau de vie minimum des 5 % (qui sépare donc
les 95 % aux revenus les plus faibles des 5 % les plus aisés), mais sa progression est plus forte
depuis 2014. Au-dessus de ces
seuils, il est possible que le niveau Évolutionde dedifférents
différents seuils
Article (3465) Recalculer cette page Relecture tempora
Évolution seuils de
de vie du 1 % aux revenus les plus derevenus
revenus élevés
élevés
élevés s’envole sans que les plan-
5 000
chers de revenus des 10 % et des
5 % du haut ne bougent. Malheu- 4 500
reusement, l’Insee ne publie pas de
Unité : euros
séries de données qui permettent 4 000
de le savoir.
3 500
Mais il s’agit d’une moyenne, qui est tirée vers le haut par quelques réponses avec des
montants très élevés. La valeur médiane observée dans cette étude est plus pertinente : la
moitié des Français situent l'entrée dans la richesse à 5 000 euros maximum, l'autre moitié
donne un montant supérieur. Une fois les impôts retirés à ce montant, ce chiffre équivaut
à peu près à 4 000 euros, soit un niveau de revenu similaire au seuil de richesse défini par
l’Observatoire des inégalités.
Autre question : qui se sent riche ? L’Insee a enquêté auprès de plusieurs dizaines de milliers
de ménages âgés de 25 à 65 ans en 2017. À la question « Finalement, comment pourriez-vous
qualifier votre niveau de vie actuel ? », 7 % répondent « élevé » et 1 % « très élevé ». Au total,
8 % des personnes interrogées se disent donc riches, un taux très proche de celui que nous
établissons avec notre seuil de richesse (voir page 45). La part de personnes qui jugent que
leur revenu est élevé ou très élevé est la plus forte chez les couples sans enfant (11 %) et la
plus faible chez les familles monoparentales (3 %) ■
Très élevé 1 0 1 1 1
Élevé 5 3 10 9 7
Moyennement élevé 41 28 55 51 46
Moyennement faible 30 37 26 29 30
Faible 15 22 7 8 12
Très faible 8 10 1 3 5
française. 4 500
« gilets jaunes », les classes moyennes ont gagné en niveau de vie, ce qui a mécaniquement
relevé le seuil de richesse calculé à partir du niveau de vie médian. On compte donc moins
de riches sans que cela n’indique une dégradation des revenus des personnes aisées. Les
données de 2020, collectées dans un contexte de crise sanitaire, restent fragiles. Nos esti-
mations pour 2021 retrouvent les valeurs d’avant-crise, soit un niveau semblable à 2019. Il
est difficile d’évaluer les évolutions plus récentes, mais la suppression de la taxe d’habita-
tion avantage les plus aisés en 2022 et les revenus du patrimoine sont en forte hausse (voir
page 21) ■
[1] « Le revenu des ménages selon la comptabilité nationale et selon l’Enquête Revenus Fiscaux et Sociaux
(ERFS) », Aliocha Accardo, Document de travail n° F1905, Insee, octobre 2019.
L’intensité de la richesse était égale ou supérieure à 1,26 entre 2010 et 2013, puis elle a dimi-
nué à 1,24 en 2014, avant de se stabiliser. L’année 2018 marque un nouveau pic à 1,26 sous l’ef-
fet de la baisse de la fiscalité des
revenus financiers qui a stimulé le Évolution dedel'intensité
Évolution l'intensité de delala
Article (3465) richesse
Recalculer
richesse
cette page Relecture temporaire
Il y a 25 ans, les 10 % les plus riches percevaient la même masse de revenus que l’ensemble
Salaires
des 40 % les plus pauvres, alors que ces derniers étaient quatre fois plus nombreux. C’est ce
que mesure le « ratio de Palma »,
un indicateur d’inégalité de reve- Évolution
Évolutiondu du ratio dePalma
Palma
Article (3465)
ratio de
Recalculer cette page Relecture temporair
sé significativement ensuite et
l'indicateur a atteint un sommet
0,9
à 1,11 en 2011. Entre 2013 et 2017,
le ratio est redescendu autour de
1,02. Il remonte aujourd'hui à 1,09, 0,8
un niveau qui situe l’année 2021 2000 2005 2010 2015 2020
parmi les plus inégalitaires en ma-
Ratio de
Rapport entre la part des revenus perçue parPalma
les 10 % les plus aisés et celle
tière de revenus depuis le début des 40 % les plus pauvres. Revenus après impôts et prestations sociales.
des années 2000 ■ Lecture : en 2021, les 10 % les plus aisés perçoivent une masse de revenus
Rapport entre
1,09 fois plus la part des
importante que revenus
l'ensembleperçue
des 40par
% lesles 10modestes,
plus % les plusalors
aisés
et
quecelle des 40 %
ces derniers lesquatre
sont plus pauvres. RevenusSource
fois plus nombreux. après impôts
: Insee et
prestations sociales.
Lecture : en 2021, les 10 % les plus aisés perçoivent une masse de
revenus 1,09 fois plus importante que l'ensemble des 40 % les plus
modestes, alors que ces derniers sont quatre fois plus nombreux.
Au début des années 1980 démarre une nouvelle période : la part du revenu global en faveur
des plus riches repart à la hausse, de 30 % en 1979 à 33 % en 1989. Elle s’est maintenue à ce
niveau pendant quinze ans. La crise de 2008 a affecté les revenus financiers des plus riches.
Depuis, leur part dans le revenu global évolue en dents de scie, sous l’effet notamment de
l’instabilité des marchés financiers. Selon les estimations du WID, l’indicateur atteint 35 %
en 2021 et 2022, les deux dernières années disponibles : les plus riches ont retrouvé le même
niveau qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.
[6] Les données mentionnées dans cet article se réfèrent aux estimations de revenus du World Inequality Database.
Les revenus des individus sont établis en divisant le revenu du ménage par le nombre d’adultes de plus de vingt ans,
sans tenir compte des enfants à charge.
Ces données reflètent la répartition de la richesse en France. Elles posent toutefois deux
problèmes : d’une part, elles ne tiennent pas compte de la présence ou non d’enfants à charge
au sein des ménages. Par ailleurs, l’impôt sur le revenu n’est pas déduit : après impôts, la
part des riches est moindre. On ne sait malheureusement pas dire réellement quelle est
l’évolution de la part du niveau de vie (le revenu disponible après impôts par personne)
perçue par les plus riches sur une aussi longue période de 40 ans. L’Insee, en effet, ne publie
de données que depuis 1996 pour les 10 % des revenus supérieurs et ne diffuse pas de série
longue pour la part du 1 % le plus riche ■
cente : seuls 2,2 % des 10 % les plus 10 % les plus riches en 2019 58,2
riches de 2003 se retrouvent parmi
Ensemble 100
les 10 % les plus pauvres en 2019.
Dans ce tableau, nous observons ce que sont devenus les 10 % les plus
Globalement, c’est toute la mobi- riches de 2003 treize ans plus tard. On mesure, en 2019, leur répartition
lité sur l’échelle des revenus qui selon le niveau de vie. Lecture : 58,2 % des personnes situées dans les 10 %
les plus riches en 2003 appartiennent aux 10 % les plus riches en 2019.
fonctionne à vitesse réduite. Source : Insee
[7] « Peu de mobilité dans l’échelle des revenus entre 2003 et 2019 », Tristan Loisel et Michael Sicsic, Insee Analyses
n° 82, avril 2023.
En matière d’inégalités de revenus, le sentiment que l’avenir sera meilleur joue un rôle
central dans l’appréciation qu’on peut se faire de la société. Appartenir aux catégories les
plus modestes et avoir des espoirs de progression sur l'échelle des revenus n’est pas du
tout la même chose que de n’avoir aucune perspective en la matière. Il faut être prudent en
ce qui concerne les comparaisons internationales, mais l’Insee note tout de même que, en
France, « l’inertie est plus élevée que celle observée aux États-Unis, pays avec lequel une
comparaison de la mobilité sur deux décennies est possible »[8].
Quels sont les facteurs qui font qu’une grande partie des riches – comme des pauvres – le
restent ? L’étude de l'Insee souligne le poids de l’école et du système de formation profession-
nelle : en France, le diplôme initial joue un rôle plus fort qu’ailleurs dans la carrière[9]. L’accès
à la formation continue est particulièrement inégalitaire[10]. Les professions sont réparties en
catégories, avec des statuts différents à l'instar du statut de cadre dans le privé ou des caté-
gories d’emploi (A, B et C) dans la fonction publique, qui sont autant de barrières à franchir
pour progresser dans la société. Enfin, l’Insee note aussi l’importance du cout de la mobilité
géographique : la France a favorisé l’accès à la propriété, ce qui rend plus complexe tout
changement professionnel pour ceux qui ont investi dans leur résidence principale.
Les tensions que vit la société française résultent notamment d’une hypocrisie. D’un côté,
toutes les majorités politiques soulignent l’importance de faire progresser l’égalité des
chances, de réduire le poids des différents déterminants sur le destin des personnes, qu'il
s'agisse de l’origine migratoire, du genre ou du milieu social, pour que chacun puisse faire
valoir ses « talents ». De l’autre, très peu est fait pour réduire les inégalités de parcours, en
particulier à l’école : les milieux favorisés pèsent de tout leur poids pour y maintenir leurs
privilèges ■
[8] En revanche, selon une autre étude, ce n’est pas vrai en termes d’inégalités entre parents et enfants : les
enfants de familles aisées aux États-Unis deviennent plus souvent aisés qu’en France. Voir « Mesurer la mobilité
intergénérationnelle et l’inégalité des chances à partir du revenu. Une opportunité pour (ré)évaluer le lien entre
éducation et destin individuel », Clément Dherbécourt, in Éducation & formations 2023/1 (N° 105), ministère de
l’Éducation nationale, 2023.
[9] Voir Les sociétés et leur école. Emprise du diplôme et cohésion sociale, François Dubet, Marie Duru-Bellat et
Antoine Vérétout, Seuil, 2010.
[10] Voir « Les inégalités d’accès à la formation professionnelle », Observatoire des inégalités, 3 mai 2019.
Chez nos voisins italiens, il faut disposer de 600 euros de moins qu’en France pour appartenir
au club du 1 % le plus riche, et respectivement de 1 600 et 1 800 euros de moins en Espagne
et en Suède. Dans les pays les plus pauvres, la Roumanie et la Slovaquie, les seuils d'entrée
parmi le 1 % le plus riche sont de 2 500 et 1 800 euros, soit des niveaux de revenus près de trois
ou quatre fois plus faibles qu’en France.
Pour appartenir aux 5 % les plus riches, il faut gagner au minimum 3 800 euros par mois en
France. Notre pays se situe ainsi en sixième position en Europe, un classement peu différent
de celui des seuils d’entrée dans le 1 % le plus riche. La Suisse arrive toujours en tête, avec
5 200 euros minimum, et l’Allemagne ensuite avec 4 600 euros. Les 5 % des Italiens les plus
riches se situent 200 euros en dessous des Français, et les Suédois à 500 euros de moins.
En fin de peloton, en Hongrie et Roumanie, on appartient aux 5 % les plus aisés à partir de
1 700 euros par mois, et en Slovaquie avec au moins 1 400 euros.
En France, les riches gagnent plus que dans de très nombreux pays. Parmi les quatre grands
d’Europe (Allemagne, Espagne, France, Italie), seuls nos voisins d’outre-Rhin riches sont plus
riches que les riches Français[12]. Il ne s’agit pas seulement d’une poignée d’individus qui
vivent de rentes financières et placent leur argent dans les paradis fiscaux. Par leurs salaires
et leurs primes, les cadres dirigeants du privé et les hauts fonctionnaires hexagonaux, en
activité ou à la retraite, surclassent les riches européens.
[11] Moyenne 2019-2021, après impôts. Ces données sont calculées en « parité de pouvoir d’achat » : on tient
compte des différences de prix entre les pays.
[12] Le Royaume-Uni ne fournit plus de données à Eurostat depuis sa sortie de l'Union européenne. Il ne figure donc
plus dans ce classement, mais les dernières données publiées par Eurostat le situaient assez nettement en dessous
du niveau français.
La thèse d’une fuite des riches hors de France sous l’effet de la pression fiscale ne tient pas. Si
c’était le cas, notre pays se situerait bien plus bas dans ce classement. Et encore, ces chiffres
sont mesurés après impôts : la redistribution a déjà opéré. Comme cette redistribution est
assez développée en France, cela signifie qu’avant impôts, les riches français sont bien plus
riches. Ils bénéficient en outre de services publics gratuits, ce qui relève leur niveau de vie
réel, contrairement à d’autres pays où, par exemple, une part importante de la scolarité des
enfants ou de la santé est payante ■
Après impôts pour une personne seule. *La conversion en parité de pouvoir d’achat tient compte des écarts du cout de la vie d’un
pays à l’autre pour permettre les comparaisons.
Lecture : en Allemagne, les 5 % les plus riches gagnent plus de 4 628 euros et le 1 % le plus riche gagne plus de 7 432 euros par mois.
Source : Eurostat – Moyenne 2019-2021
Au-delà, les rémunérations s’envolent. 5 % des salariés gagnent plus de 5 400 euros par mois,
le club du 1 % le mieux payé perçoit plus de 10 000 euros. On entre alors dans une autre di-
mension. Selon les données 2021 de l'Insee, il faut bénéficier d'un salaire mensuel d'au moins
25 000 euros pour appartenir au millième (0,1 %) le mieux rémunéré. Mille salariés disposent
même d'une paie de plus de 102 000 euros… par mois ■
Les 10 % 4 162
7 000
Les 5 % 5 400
6 000
Le 1 % 9 973
5 000
Le 0,1 % 25 253
4 000
91
92
93
94
95
96
97
98
99
ns
Pour les très hauts salaires, le processus s’est enclenché presque une décennie auparavant,
dès le début des années 2000. On le saisit en observant la part du 1 % le mieux payé dans la
masse globale des salaires. Elle avait diminué de 8,4 % en 1967 à 6,8 % en 1980. À partir de la
fin des années 1990, elle a recommencé à augmenter pour revenir à 7,6 % en 2019 selon l’Insee
(dernière année disponible).
[13] Tous les salaires indiqués dans ce chapitre sont exprimés en équivalent temps plein.
[14] Une fois l’inflation prise en compte.
20 000
15 000
2000 2005 2010 2015 2020
Un cran en dessous, on trouve les pilotes d’avion et les cadres des marchés financiers
(9 300 euros par mois en moyenne), les avocats (8 000 euros), les chirurgiens-dentistes
(7 000 euros) et les médecins avec 6 100 euros par mois environ. Attention, ces données ne
portent que sur les salariés. Certaines de ces professions s’exercent de manière libérale avec
des revenus très supérieurs (voir page 60). Il s’agit de moyennes qui comprennent donc aussi
de très jeunes salariés moins bien rémunérés que leurs ainés ■
Avocats 8 009
Chirurgiens-dentistes 7 024
Cadres commerciaux des petites et moyennes entreprises (hors commerces de détail) 4 950
Les avocats, les professions médicales et les artistes salariés du privé représentent 5 % du 1 %
le mieux payé. Les sportifs de haut niveau ne forment que 1 % de ce club le mieux rémunéré :
la voie du football professionnel, par exemple, qui fait rêver tant de jeunes pour accéder aux
plus hauts salaires, ne concerne en fait que très peu de personnes. Parmi les 1 000 salariés
français les mieux rémunérés, on trouve environ 120 sportifs et autant de traders ou de
cadres du secteur bancaire. Les patrons salariés d’entreprise sont deux fois plus nombreux
dans cette catégorie ■
Métiers des salariés les mieux payés selon leur niveau de rémunération
Unité : %
Part parmi les Part parmi le 1 % Part parmi les Part dans
10 % des salariés des salariés le 1 000 salariés les l'ensemble des
les mieux payés mieux payé mieux payés salariés
Chefs d'entreprise 6 15 23 2
Autres 15 5 1 77
En grimpant sur l’échelle des salaires, les femmes ne représentent que 23 % des salariés
situés parmi le 1 % le mieux payé de l’ensemble des salariés. À ce niveau de salaire, on compte
3,4 fois plus d’hommes que de femmes. Au sommet de la pyramide, l’hégémonie masculine
est spectaculaire : les hommes occupent 82 % du millième des postes les mieux payés. Les
salaires composent l’essentiel des revenus, c’est pourquoi le monde des riches est bien plus
souvent masculin que féminin (voir page 38).
[1] « Caractéristiques des personnes en emploi exerçant une profession de dirigeant ou professionnel de
haut niveau selon le sexe, données annuelles 2022 », Insee, août 2023.
%
…
%
mation et de la fonction publiques.
de
96
97
98
99
91
92
93
94
95
ns
Patrimoine
10 700 euros. Une grande partie de Salaire minimum
du 1 % le mieux
Salaire moyen
du 1 % le mieux
ces hauts salaires sont constitués
payé payé
de médecins et de directeurs d’hô-
pitaux. Ces derniers représentent Fonction publique d’État 6 709 8 477
La rémunération d’un grand patron comprend généralement, en plus d’un salaire fixe, des
primes, des avantages en nature, des jetons de présence[17] et des actions gratuites que
son entreprise lui verse au titre de ses fonctions. En revanche, les données présentées ici
ne prennent pas en compte les revenus qu’un PDG tire de son patrimoine (par exemple
les dividendes[18] des actions qu’il détient dans l’entreprise qu’il dirige ou de ses autres
placements personnels). Ses revenus réels sont donc supérieurs mais, par contre, ces
données ne prennent pas en compte les impôts qu’il paie.
Classement établi parmi les 120 plus grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris.
*Rémunération annuelle : salaire fixe, variable et/ou exceptionnel, stock-options, actions gratuites.
**Smic net annuel 2022 (15 629 euros).
Lecture : Bernard Charlès a reçu 33 millions d’euros de rémunération au titre de l'année 2022 de la part de son entreprise, Dassault
Systèmes, soit 2 111 années de salaire d'un smicard.
Source : Proxinvest – Données 2022
[15] À la différence des sociétés détenues entièrement par leurs dirigeants-propriétaires, les grandes entreprises
sont généralement cotées en Bourse, ce qui signifie qu’une partie de leurs actions peuvent être achetées ou vendues
sur le marché boursier.
[16] Proxinvest est un cabinet privé spécialisé dans le conseil aux actionnaires. Voir le « Rapport sur la rémunération
des dirigeants au titre de l’année 2022 », Proxinvest, novembre 2023.
[17] Les jetons de présence désignent les rémunérations versées aux présidents et aux membres des conseils
d’administration à chaque fois qu’ils assistent aux réunions de ces instances.
[18] Part des bénéfices attribuée aux actionnaires d'une entreprise.
La rémunération moyenne des PDG des 120 plus grandes entreprises françaises cotées à la
Bourse de Paris est de 4,2 millions d’euros pour l'année 2022. Un montant en légère baisse
par rapport à l’année 2021 − année de tous les records −, mais nettement supérieur à leur
rémunération perçue avant la crise sanitaire.
À l’échelle des 40 plus grandes entreprises du pays, la rémunération des grands patrons
hexagonaux est comparable à celle de leurs voisins européens : 6,7 millions d’euros
en moyenne pour les patrons du CAC 40[19] français, environ sept millions d’euros au
Royaume‑Uni[20] et cinq millions pour les 40 plus grandes entreprises allemandes, toujours
en 2022. Mais les premiers grands patrons du classement français surpassent largement
leurs voisins européens dont les rémunérations culminent à 18 millions d'euros pour le
patron du laboratoire pharmaceutique britannique AstraZeneca et à neuf millions d’euros
outre-Rhin, pour le PDG de la Deutsche Bank.
Les rémunérations des dirigeants de très grandes entreprises atteignent des sommets aux
États-Unis : neuf patrons ont touché plus de 50 millions de dollars chacun en 2022, c’est‑à‑dire
un peu plus de 47 millions d’euros. Sundar Pichai, PDG d’Alphabet Inc., la société-mère de
Google, a ainsi perçu 226 millions de dollars, soit environ 210 millions d’euros.
Ces rémunérations résultent en partie d’un effet de cooptation : elles sont décidées par les
membres des conseils d’administration[21] qui disposent eux-mêmes de revenus très élevés.
Contrairement aux salariés de base, les dirigeants de ces grandes entreprises disposent
de contrats qui les protègent : s’ils sont remerciés, par exemple pour mauvaise gestion, ils
bénéficient d’indemnités de départ énormes ■
[19] L’indice qui synthétise les cours des actions de 40 très grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris.
[20] Il ne s’agit pas des 40 plus grandes entreprises du Royaume-Uni mais de la moyenne des 40 rémunérations les
plus élevées dans les entreprises.
[21] Le conseil d’administration (CA) d'une grande entreprise est désigné par les actionnaires. C’est lui qui nomme le
directeur général ou le PDG, si celui-ci préside également le CA.
Enfin, le ministère des Affaires sociales ausculte régulièrement la population française sur le
sujet. À la question « À partir de quel montant de patrimoine (financier et immobilier) diriez-
vous d’une personne vivant seule qu’elle est riche ? », un quart des Français fixent un seuil
inférieur à 250 000 euros en 2022, et la moitié donne une réponse inférieure à 500 000 euros,
ce qui est très proche de notre seuil de fortune (le triple du patrimoine médian). Le dernier
quart place la barre au-dessus d’un million d’euros ■
[1] Nous utilisons un rendement net après impôt de 2 %, ce qui est relativement faible. Nous surestimons donc le
montant de ce patrimoine de rapport.
[2] Contrairement aux autres seuils de fortune calculés en termes de patrimoine brut, le seuil d’imposition de
l’IFI s’applique au patrimoine net, c’est-à-dire après déduction des emprunts et d’un abattement de 30 % sur la
résidence principale.
Raisonner toutes générations confondues constitue une limite importante dans le calcul
d’un seuil de richesse en patrimoine : on mélange des générations qui débutent dans la
vie et d’autres qui ont eu des décennies pour accumuler des biens et hériter (ou pas). Ce
constat devrait nous conduire
à utiliser un seuil de fortune
Patrimoine médian et seuil de fortune selon l'âge
pour un âge donné. Ainsi, notre
Unité : euros
seuil de richesse en patrimoine
net passerait de 374 000 euros Seuil de
Patrimoine net
richesse en
pour l’ensemble des ménages à médian
patrimoine
643 000 euros pour les 60-69 ans
Moins de 30 ans 15 800 47 400
et à 47 000 euros pour les moins
De 30 à 39 ans 49 400 148 200
de 30 ans. Ces informations sont
De 40 à 49 ans 110 800 332 400
intéressantes. Malheureusement,
De 50 à 59 ans 178 500 535 500
l’Insee ne diffuse que très peu
De 60 à 69 ans 214 300 642 900
de données sur les inégalités de
70 ans ou plus 209 900 629 700
patrimoine à l’intérieur de chaque
tranche d’âge. On ne sait pas dire, Ensemble 124 800 374 400
par exemple, combien de ménages Patrimoine net (endettement déduit). Âge de la personne de référence du
se situent au-dessus de ces seuils, ménage.
Lecture : le patrimoine net médian des ménages dont la personne de
ni quelle masse du patrimoine de référence a moins de 30 ans est de 15 800 euros. Le seuil de richesse en
l’ensemble des ménages détient patrimoine se situe à 47 400 euros pour cette tranche d’âge.
Source : Insee – Données 2021
chaque classe d’âge ■
[3] Dans cet article, nous utilisons le patrimoine net (emprunts déduits), parce qu’il tient compte du fait que
l’endettement est plus important pour les jeunes que pour les plus âgés.
Ces données ne portent que sur le patrimoine professionnel : il s’agit des actions que ces per-
sonnes possèdent dans des entreprises qu’elles ont créées, achetées ou dont elles ont hérité.
Pour Bernard Arnault et sa famille par exemple, il s’agit uniquement de la valeur de leurs
actions du groupe de luxe LVMH.
Leur fortune personnelle, placée
Les 10 plus grandes fortunes professionnelles en
dans l’immobilier ou des œuvres France
d’art par exemple, n’est pas prise
Patrimoine
en compte. Patrimoine équivalent
professionnel à la valeur
Société
en milliards de tous les
Pour les personnes à la tête de d´euros logements de
la ville de...
ces immenses fortunes, l’utilité
matérielle du bien détenu (profi- Bernard Arnault LVMH 203,0
Marseille +
Nantes
ter d’une belle maison, d’un avion
Hermès
privé, etc.) ne compte plus vrai- Famille Hermès
international
137,8 Lyon
ment : elles peuvent acheter tout
Alain et Gérard
Chanel 100,0 Nice
ce qu’elles veulent, mais elles ont Wertheimer
déjà tout. Ces patrimoines servent Françoise
L´Oréal 77,2 Bordeaux
Bettencourt-Meyers
autre chose : des stratégies de
pouvoir, de distinction sociale, Rodolphe Saadé CMA CGM 39,0 Annecy
20 1T54
20 1T64
20 1T74
20 1T84
20 2T14
20 1T94
20 2T04
2T24
20 1T4
2009
211
2102
2103
2104
2105
2106
2107
2108
2201
2109
2202
220
20
75 000
que possédait la moitié de la popu-
lation. En 2023, c’est 32 fois.
50 000
25 000
0
2020 T4
2020 T4
2020T4
20201T4
20201T4
20 01T4
20 01T4
20 01T4
20 1 4
20 01T84
20 01T94
20 2T04
20 2T14
2T24
1009
1110
1211
13 2
214 3
215 4
216 5
2107T6
218 7
219
2201
2202
220
69
fortunés possèdent en moyenne 79 760 euros.
Rapport sur les riches en France 2024 - Observatoire des inégalités -
Source : Banque centrale européenne – © Observatoire des
inégalités
02 ◌ Patrimoine
Si le patrimoine des plus fortunés augmente plus vite que la moyenne, c’est que celui-ci
n’est pas composé de la même façon. Il comprend notamment davantage de placements
financiers et une proportion moins grande de biens immobiliers. Au cours des quinze
dernières années, les prix de l’immobilier ont augmenté moins rapidement qu’auparavant,
tandis que le patrimoine financier ne connaissait pas la crise. Ainsi, par exemple, le krach
boursier de 2020 lié à la crise sanitaire a été bien vite effacé par une remontée du cours des
actions majoritairement détenues par les plus fortunés ■
De 80 % à 90 % : 18 %
La concentration du patrimoine
augmente. En 2010, les 10 % les Patrimoine
Lecture : les
brut. 10 % les plus
L'endettement fortunés
n'est pas prisdes ménages disposent de 47 % du
en compte.
plus fortunés détenaient 41 % de Lecture : les 10 % les
patrimoine plusdes
total fortunés des ménages
ménages. Source disposent
: calculs dede
47l'Observatoire
% du patrimoinedes
total des ménages.
inégalités d'après l'Insee –des
Données 2021
l’ensemble du patrimoine brut des inégalités
Source : calculs de l'Observatoire inégalités d'après l'Insee – Données 2021 – © Observatoire des
40
35
2010 2012 2014 2016 2018 2020
Part des
Lecture : les 10 % les plus fortunés 10ménages
des % les plus fortunés 47,1 % du
détiennent
patrimoine brut total des ménages en 2021.
Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après l'Insee
Patrimoine brut. L'endettement n'est pas pris en compte.
Lecture : les 10 % les plus fortunés des ménages détiennent 47,1 %
du patrimoine brut total en 2021.
Depuis 20 ans, les courbes se stabilisent. Les crises boursières de 2002 et 2008 ont mis un
coup d’arrêt à l’envolée des plus gros patrimoines. Par la suite, la part détenue par les 10 % les
plus fortunés a gagné un point en dix ans (entre 2012 et 2022), toujours sous l’influence du 1 %
le plus fortuné. Une progression très ralentie par rapport à l’envolée de la fin des années 1990.
Certes, la part du gâteau détenue par les plus fortunés est d'un niveau inférieur à ce qu’elle
était au sortir de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, le dixième le plus fortuné pos-
sédait les trois quarts du patrimoine des ménages et le 1 % plus d’un tiers. Mais depuis
quatre décennies, les inégalités de
Évolution de la part des Article plus
(3465) fortunés
Recalculer cette page fortune
Relecture s’accroissent en France.
temporaire
Évolution de la part des plus fortunés
dans l’ensemble du patrimoine des Et les plus fortunés pèsent pour
dans l’ensemble du patrimoine des
ménages
ménages
que cette tendance se poursuive.
Ils ont ainsi obtenu en 2017 des
80
baisses considérables de l’impo-
sition sur le patrimoine : la sup-
60 pression de l’ISF, remplacé par
l'IFI qui ne prend en compte que
le patrimoine immobilier, et une
Unité : %
40
[5] Ces données sont établies par adulte, en divisant par deux le patrimoine du couple et en déduisant ses dettes.
Mais les départements où les riches ont le niveau de vie le plus élevé se situent aussi en
province. La proximité de la Suisse notamment fait bénéficier à une partie de la population
frontalière de salaires très élevés. La Haute-Savoie se classe ainsi en troisième position de
ce classement avec un niveau de vie minimum de 5 000 euros par mois pour entrer parmi les
10 % les plus riches. Dans l’Ain et le Haut-Rhin, il faut au moins 3 900 euros.
Au total, la France compte six départements, dont quatre en région parisienne, où le seuil
d’entrée dans les 10 % les plus aisés dépasse notre seuil de richesse fixé au double du niveau
de vie médian (3 860 euros). Cela signifie que plus de 10 % de leur population est riche selon
notre définition. D'autres départements du bassin parisien et des territoires qui englobent
les grandes métropoles (Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux, Toulouse) se situent à un niveau
intermédiaire : on y entre dans les 10 % les plus riches Les dix départements où le
avec un niveau de vie situé entre 3 300 euros et niveau de vie minimum des
3 850 euros par mois après impôts pour une personne 10 % les plus riches est le plus
élevé
seule. En bas de tableau, on trouve des départements
Unité : euros
plus ruraux. Il suffit par exemple de disposer de
2 800 euros dans la Creuse ou dans l’Indre pour se Paris 5 968
l’on vit. Parce que les prix de l’immobilier varient d’un Haut-Rhin 3 853
Ces 20 territoires concentrent la richesse. C’est la France des classes les plus aisées, des
dirigeants des grandes entreprises, des médias, de la politique. En comparaison, tout en bas
du classement de l'ensemble de ces grandes villes (c'est-à-dire là où les riches sont les moins
riches), le seuil d’entrée dans les 10 % les plus aisés se situe autour de seulement 2 200 euros
par mois dans des communes comme Grigny (Essonne), La Courneuve (Seine-Saint-Denis)
ou le 3e arrondissement de Marseille. Les riches les plus riches des trois premières villes de
notre top 20 gagnent au moins 8 000 euros supplémentaires chaque mois par rapport aux
riches des trois dernières villes de ce classement de plus de 470 grandes villes.
Paris 7 arrondissement
e
12 423 Veyrier-du-Lac (Haute-Savoie) 10 039
Paris 8e arrondissement 10 866 Divonne-les-Bains (Ain) 9 105
Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) 10 734 Collonges-sous-Salève (Haute-Savoie) 9 081
Paris 6e arrondissement 10 529 Archamps (Haute-Savoie) 8 950
Paris 16e arrondissement 9 933 Prévessin-Moëns (Ain) 8 528
Paris 9e arrondissement 7 349 Le Vésinet (Yvelines) 8 435
Paris 17 arrondissement
e
7 243 Saint-Didier-au-Mont-d’Or (Rhône) 8 320
Paris 3e arrondissement 7 220 Échenevex (Ain) 8 213
Paris 4e arrondissement 7 104 Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (Rhône) 8 207
Paris 5e arrondissement 7 066 Messery (Haute-Savoie) 8 171
Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) 7 019 Beaumont (Haute-Savoie) 8 167
Saint-Mandé (Val-de-Marne) 6 682 Paris 1er arrondissement 7 869
Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) 6 365 Vaucresson (Hauts-de-Seine) 7 855
Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) 6 183 Veigy-Foncenex (Haute-Savoie) 7 847
Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) 6 097 Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines) 7 648
Maisons-Laffitte (Yvelines) 6 014 Feucherolles (Yvelines) 7 462
Sèvres (Hauts-de-Seine) 5 961 Crozet (Ain) 7 461
Paris 15e arrondissement 5 858 Chens-sur-Léman (Haute-Savoie) 7 396
Lyon 6e arrondissement (Rhône) 5 700 Thoiry (Ain) 7 323
Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) 5 621 Ségny (Ain) 7 252
Villes et arrondissements de plus de 20 000 habitants. Après Villes et arrondissements de moins de 20 000 habitants.
impôts pour une personne seule. Après impôts pour une personne seule.
Lecture : les 10 % les plus riches des habitants du 7e arrondis- Lecture : les 10 % les plus riches des habitants de Veyrier-
sement de Paris ont un niveau de vie d’au moins 12 423 euros du‑Lac en Haute-Savoie ont un niveau de vie mensuel d’au
par mois. moins 10 039 euros.
Source : Insee – Données 2021 Source : Insee – Données 2021
Les communes plus petites où vivent les plus riches sont des banlieues cossues de grandes
villes. On y trouve par exemple Le Vésinet, près de Paris, ou encore Saint-Cyr‑au‑Mont-d’Or
dans la métropole de Lyon. Ces territoires de moins de 20 000 habitants sont composés de
communes plus éloignées du centre des métropoles que dans notre premier classement,
hormis le 1er arrondissement parisien classé parmi les petits territoires avec ses
15 600 habitants ■
Notre méthode
Nos classements prennent en compte les communes pour lesquelles le niveau de vie minimum
des 10 % des habitants les plus riches a été publié par l’Insee pour l’année 2021. Nous avons
séparé ces territoires de plus de 20 000 habitants de ceux de moins de 20 000 habitants.
Pour Paris, Marseille et Lyon, nous avons retenu un découpage par arrondissement parce que
chacun abrite souvent la population d’une ville de grande taille.
Il est probable qu’en découpant par exemple Bordeaux ou Nice en arrondissements, une partie
de leurs quartiers apparaitraient dans notre liste. Notre découpage entre plus et moins de
20 000 habitants est arbitraire : de ce fait, le 1er arrondissement de Paris se retrouve parmi les
petits territoires. Enfin, les données ne sont pas disponibles pour les très petites communes
(de moins de 2 000 habitants).
Beaux quartiers
Quels sont les quartiers où la richesse est la plus concentrée ? Pour le savoir, il faut explorer
ce que l’Insee appelle les « ilots regroupés pour l'information statistique (Iris) » qui désignent
des ensembles d'environ 2 000 habitants. Nous ne disposons pas des pourcentages
d'habitants dont le niveau de vie est supérieur à notre seuil de richesse. Cependant, l’Insee
diffuse le niveau de vie qu’il faut atteindre pour figurer parmi les 10 % les plus riches en 2020.
Ce sont ces données que nous utilisons ici.
Paris et sa région arrivant très loin devant en matière de revenus élevés, nous avons choisi
de créer trois classements différents selon que les quartiers où vivent les riches se trouvent
à Paris, en Île-de-France ou en province. Nous avons ainsi établi le « top 20 » des quartiers où
vivent les plus riches des riches pour chacun de ces territoires.
Paris en tête
Parmi les 20 premiers quartiers parisiens où résident les Français les plus riches, dix sont
situés dans le 7e arrondissement. Le seuil d’entrée parmi les 10 % les plus riches se situe pour
les quartiers de la capitale de notre classement dans une fourchette qui varie de 13 300 euros
par mois dans celui de « Porte Dauphine 7 » dans le 16e arrondissement à 22 000 euros dans
celui de « Gros Caillou 6 » dans le 7e arrondissement. Ce dernier est suivi par celui de « Gros
Caillou 11 », toujours dans le 7e arrondissement, avec des revenus minimums de 16 800 euros
par mois pour les 10 % les plus riches.
Neuilly-sur-Seine, l’hyper-riche
En Île-de-France (hors Paris), les habitants aux revenus les plus élevés se concentrent dans
le département des Hauts-de-Seine, et même dans une seule de ses villes. Seize quartiers
de Neuilly-sur-Seine figurent ainsi parmi notre classement des 20 quartiers de la région
parisienne où vivent les plus aisés.
Ce zoom sur les quartiers fait apparaitre deux choses. D’une part, il révèle des niveaux de vie
extraordinaires dans certains territoires, sinon cachés derrière les moyennes communales.
Il existe de véritables ilots de richesse. D’autre part, si certains de ces territoires sont
regroupés entre eux, à l’écart des autres quartiers (comme dans la banlieue ouest de Paris),
c’est loin d’être une règle : cette extrême richesse côtoie parfois la plus grande pauvreté ■
Paris 7e
4 417 3,4
Paris 1er
589 2,8
Paris 5e
1 782 2,5
Villes ou arrondissements de plus de 20 000 habitants comprenant au moins 50 redevables de l’impôt sur la fortune immobilière.
Lecture : le patrimoine immobilier moyen des grandes fortunes soumises à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) est de 3,4 millions
d’euros dans le 7e arrondissement de Paris.
Source : Direction générale des Finances publiques – Données 2022
[2] Ces chiffres ne portent que sur les villes qui comprennent plus de 50 foyers soumis à l'impôt sur la fortune
immobilière (IFI). Sont redevables de cet impôt les personnes détenant un patrimoine immobilier d'au moins
1,3 million d’euros, déduction faite de leurs emprunts immobiliers et d’un abattement de 30 % sur leur résidence
principale.
Dans notre classement des 20 communes et arrondissements où vivent les plus grandes
fortunes soumises à l'IFI, le patrimoine immobilier moyen détenu par ces dernières se
situe entre 2,5 millions d’euros dans le 17e arrondissement de Paris et 3,4 millions d’euros
dans le 7e arrondissement de la capitale, classé en première position de notre classement.
Logique : le prix au mètre carré moyen des logements y est de près de 14 000 euros[3] : un
studio de 20 m2 dans ce quartier coute environ 280 000 euros, soit plus d’une fois et demie
le patrimoine brut médian des Français (177 000 euros en 2021 selon l'Insee). En deuxième
position se place de manière plus surprenante une ville de Guadeloupe : Le Gosier. Avec des
grandes fortunes dont le patrimoine immobilier moyen est de 3,3 millions d’euros, elle se
positionne devant Beauvais (Oise). Attention, dans ces deux dernières communes, le nombre
de redevables de l'IFI est faible : on y compte seulement une soixantaine de ménages dans
ce cas, contre 4 400 dans le 7e arrondissement de Paris. Quelques richissimes propriétaires
font monter la moyenne des grosses fortunes qui résident dans ces villes. Il est possible que
d’autres communes abritent des fortunes tout aussi grandes, mais ces villes n’apparaissent
pas dans notre classement parce qu’elles comptent moins de 20 000 habitants ou moins de
50 ménages imposés à l’IFI.
Sans surprise, les 20 territoires qui comptent dans leur population le plus de ces
contribuables fortunés sont tous situés en Île-de-France. C’est dans le 7e arrondissement
de Paris qu’ils sont les plus nombreux : 18,6 % des ménages fiscaux sont concernés, soit près
d’un ménage sur cinq. Suivent ensuite les 6e, 8e et 16e arrondissements parisiens, ainsi que
Neuilly‑sur‑Seine, où l’on dénombre de 13 % à 17 % de redevables de l'IFI. Au passage, c’est
dans le 16e arrondissement de Paris que l’on observe le nombre le plus élevé de ces redevables
(9 670 ménages). Le 15e arrondissement parisien, avec 3,2 % de contribuables assujettis à l’IFI,
ferme la marche. Il abrite 3 600 fortunes immobilières à lui seul.
[3] Prix au mètre carré moyen en février 2024 selon le site [Link].
Beauvais, qui est en troisième position de notre classement des villes où vivent les plus
grandes fortunes soumises à l'IFI, n’apparait pas ici car les très riches propriétaires y
sont peu nombreux : seulement trois redevables pour 1 000 ménages (0,3 %)[4]. Idem pour
toutes les villes de province. La carte de la densité des fortunes en France recoupe celle
des arrondissements cossus de Paris et des banlieues franciliennes les plus aisées
(Neuilly‑sur‑Seine, Nogent-sur‑Marne ou Saint-Mandé). Ces territoires dessinent une
géographie de la propriété immobilière très haut de gamme, de villas et d'appartements
luxueux. Ils coïncident logiquement avec les territoires où les revenus sont les plus élevés
(voir page 75) pour deux raisons : d’une part, le prix de l’immobilier y est considérable et,
d’autre part, ces hauts niveaux de revenus permettent d’accumuler dans le temps un
patrimoine immobilier très important ■
Paris 6e
17,2 2 899
Paris 8e
13,3 2 344
Paris 5e
7,2 1 782
Paris 1er
7,0 589
Paris 9e
4,9 1 403
Paris 2e
3,4 385
Villes ou arrondissements de plus de 20 000 habitants comprenant au moins 50 redevables de l’impôt sur la fortune immobilière.
Lecture : dans le 7e arrondissement de Paris, 18,6 % des ménages sont assujettis à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).
Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après la Direction générale des Finances publiques – Données 2022
[4] Pour Le Gosier (Guadeloupe), le calcul n’a pas pu être effectué faute de données sur le nombre de ménages
fiscaux.
Insee, « Les inégalités économiques entre ménages selon le groupe socioprofessionnel », Thomas
Amossé, in France, portrait social. Édition 2023, Insee Références, novembre 2023.
Insee, « En 2021, les inégalités et la pauvreté augmentent », Valérie Albouy et al., Insee Première
n° 1973, novembre 2023.
Insee, « Les salaires dans le secteur privé en 2022 », Fanny Godet et Joan Sanchez Gonzalez, Insee
Première n° 1971, novembre 2023.
Insee, « Peu de mobilité dans l’échelle des revenus entre 2003 et 2019 », Tristan Loisel et Michael
Sicsic, Insee Analyses n° 82, avril 2023.
Cabinet Proxinvest, « Rapport sur la rémunération des dirigeants au titre de l’année 2022 »,
novembre 2023.
Sources de données
Banque centrale européenne, portail de données « Distributional wealth accounts – DWA ».
Insee, « Structure et distribution des revenus, inégalité des niveaux de vie en 2021 », dispositif
Fichier localisé social et fiscal (Filosofi), janvier 2024.
Insee, « Revenus, pauvreté et niveau de vie en 2020 (Iris) », dispositif Fichier localisé social et
fiscal (Filosofi), mars 2023.
Ministère de l’Économie, « L’impôt sur la fortune immobilière en 2022 », DGFIP Statistiques n° 15,
avril 2023.
et aussi sur
Face aux crises, le modèle social français est l’un des plus pro-
RAPPORT SUR
tecteurs. Pour autant, la pauvreté ne recule plus. Le chômage
LA PAUVRETÉ
Cet ouvrage rassemble les principales données sur la pauvre-
té. Il dresse un état des lieux complet et repère les principales
évolutions. Il propose aussi un portrait statistique des per-
EN FRANCE
ciales. Dans cette troisième édition, nous complétons le dia-
gnostic par un dossier complet consacré à la grande pauvreté.
La misère persiste et place des centaines de milliers de per-
sonnes dans des conditions de vie indignes.
Le principe est simple : on joue au célèbre jeu de société, mais avec les
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sont plus ou moins favorisés dans le déroulement du jeu en fonction de
leur catégorie sociale, de leur sexe, de leur âge, de leur handicap et de
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