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ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE
UNIVERSITE DU GRAND BANDUNDU
DOMAINE DE SCIENCE DE L’HOMME ET DE LA SOCIETE
FACULTE DE PHILOSOPHIE
B.P 8631 KINSHASA I
KALONDA
LA DOUBLE VALEUR DE LA
VERITE : la valeur épistémique
et la valeur pratique
Travail présenté dans le cadre du
cours de SEMINAIRE DE
LOGIQUE
Par : Eleuthère SINDANI KABILA
L2 PHILOSOPHIE
ANNEE ACADEMIQUE 2024-2025
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THEME : LA DOUBLE VALEUR DE LA VERITE
Les faits qui se produisent, les actes ou les actions que
nous posons ont des valeurs que nos jugements leurs attribuent. Quel
rapport existe-il alors entre les faits et les valeurs ? S’agit-il d’une
distinction de base entre les faits et les valeurs ou d’une dichotomie ? Et
leur vérité es-t-elle une valeur épistémique, pratique ou à la fois
épistémique et pratique ?
Pour répondre à ces questions, nous subdivisons notre
travail en deux points :
La distinction basique entre fait et valeur ;
La double valeur de la vérité : la valeur épistémique et la valeur
pratique.
1. LA DISTINCTION BASIQUE ENTRE LES FAITS ET LES VALEURS
Certains auteurs, soutiennent qu’il y a une dichotomie
ou une opposition radicale entre faits et valeurs. Et pourtant comme le dit
GIOVANNI TUZET, il s’agit d’une distinction de base entre les faits et les
valeurs, dans la mesure où les hommes peuvent être en désaccord sur les
valeurs et s’accorder sur les valeurs de ces faits. Il peut y avoir un accord
sur les faits tout en ayant un désaccord sur les valeurs de ces faits.
Prenons l’exemple suivant : « un accord des principes a
été signé entre les rebelles du M23 et la RDC sur un cessez-le feu »
Tous, les rebelles du M23 comme la RDC s’accordent
qu’il y ait un cessez-le feu. Mais tout en s’accordant sur le cessez-le feu, la
valeur de ce protocole d’accord est diversement appréciée. En effet, pour les
rebelles du M23 qui trouvent leurs intérêts dans cette guerre, pour
continuer à piller les minerais de la RDC, peuvent apprécier ce protocole
d’accord comme un mal et la RDC qui a perdu tant de vies humaines et ses
richesses, juge ce protocole comme un bien.
Cet exemple nous montre qu’il y a une distinction
basique entre les faits : « un protocole d’accord signé » et les valeurs : ce
même contenu propositionnel, ce même fait, est apprécié pour les uns
comme un bien et pour les autres comme un mal. Ainsi, tout en s’accordant
sur le fait, les hommes peuvent être en désaccord sur les valeurs de ces
faits.
Examinant en profondeur cette question de la
distinction basique entre les faits et les valeurs, à partir de la crique de
HILARY PUTNAM qui, pour rejeter la dichotomie entre les faits et les
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valeurs, s’appuie sur la thèse de la continuité entre les moyens et fins de
notre vie, soutenant ainsi, { la suite de DEWEY, qu’il y a des faits qui ont une
valeur instrumentale relativement à nos fins que certaines fins constituant
des moyens pour satisfaire d’autres fins et que les moyens contraignent le
choix de nos fins, GIOVANNI parvient { démontrer qu’il y a une distinction
basique entre les faits et valeurs.
Pour GIOVANNI, ce rejet de la dichotomie entre faits et
valeurs, par PUTNAM, ne peut logiquement découler de la thèse de la
continuité entre moyens et fins que si la dichotomie consiste { dire qu’il n’y
a aucune relation entre faits et valeurs. Ce qui serait aussi, à son avis,
exagéré et incorrecte. GIOVANNI se demande si de cette continuité entre
moyens et fins, PUTNAM veut aboutir à conclure une certaine
interpénétration des faits et de valeurs. Et si tel est le cas, comment faut-il
comprendre le terme « interpénétration » ? S’agit-il d’une interconnexion
entre les faits et les valeurs ? PUTNAM ne pouvait –il pas dire simplement
qu’entre les moyens et les fins il y a des relations de détermination mutuelle
sans en arriver { soutenir qu’entre les faits et les valeurs il y a une
« interpénétration » ?
Selon GIOVANNI, PUTNAM ne précise pas l’origine
intellectuelle de « interpénétration » qui est une notion qu’on trouve en
sciences sociales, en Biologie où l’on parle d’interpénétration entre
organisme et milieu, et en chimie où les combinaisons d’éléments
chimiques peuvent être entendues comme des interpénétrations.
La notion de l’interpénétration est donc indéterminée,
même s’il faut tenter philosophiquement de rendre plus substantielle cette
notion suggérée par PUTNAM, pour entreprendre un effort d’élucidation de
la dynamique par laquelle un fait est interpénétré par une valeur ou une
valeur interpénétrée par un fait, cet effort s’avère impossible. La notion
d’interpénétration signifierait impossibilité de ne rien expliquer, ni
d’éclaircir la distinction entre fait et valeur.
Et, c’est dans un autre ouvrage (1), consacré { cette
question de la dichotomie entre faits et valeurs que PUTNAM reconnaitra
que la distinction basique entre faits et valeurs n’est qu’une distinction
conceptuelle entre faits et valeurs. Il se rend finalement compte que
l’interpénétration ou l’enchevêtrement ruine l’idée même de la distinction
basique entre les jugements de valeurs et les énoncés factuels.
Revisitant la question de la dichotomie fait et
valeur, GOVANNI en vient à établir deux distinctions :
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Différence entre les valeurs qui guident la recherche empirique et
animent la méthodologie des sciences ;
Les valeurs qui de terminent un jugement.
Certes, la recherche en science ou l’enquête est guidée
par les valeurs et la connaissance à laquelle on aboutit implique des valeurs. Ce
qui ne veut certainement pas dire que le contenu de tout jugement soit
déterminé par des valeurs. Un exemple donné ici par PUTNAM peut être
illustratif : « L’eau est H20 » ou « Le sel est Na cl » ce jugement représente un
fait empiriquement connaissable, mais qui n’implique aucune valeur en elle-
même. On peut bien comprendre que la connaissance de ce fait a été rendue
possible par une recherche ou une méthodologie guidée par des valeurs telles
que la cohérence, la vraisemblance, la simplicité… qui sont utilisées dans
l’évaluation des hypothèses scientifiques. Le contenu de ce jugement est donc
factuel et non évaluatif.
Faits cet autre exemple :
«Vlad l’empereur était un monarque exceptionnellement cruel ». Ici, le
jugement c’est un contenu en partie évaluatif.
De ces deux exemples, on peut établir les distinctions
fondamentales suivantes :
La distinction entre valeur da la méthodologie (exemple 1) et valeurs du
contenu
La distinction entre les concepts éthiques épais (cruels) et les autres
concepts, non éthiques ou les concepts éthiques non épais.
On peut conclure que tout jugement empirique est guidé par des
valeurs méthodologiques cognitives (cohérence logique, vraisemblance…). Mais
les valeurs du contenu n’affectent que certains jugements. Dans l’exemple (2)
le jugement est évaluatif tandis que celui de l’exemple (1) ne l’est pas.
Venons-en maintenant à la question de la valeur de la vérité
2) la double valeur de la vérité : la valeur épistémique et la valeur pratique
La vérité a-t-elle seulement une valeur épistémique ? C’est ce que
soutiennent certains auteurs, comme PUTNAM. Mais pour GIOVANNI, la
valeur à non seulement une valeur épistémique, mais aussi une valeur
pratique. C’est cette thèse de la double valeur, épistémique et pratique, de la
vérité que GIOVANNI soutient, à la suite du philosophe pragmatiste FRANK
RAMSEY.
En effet, il n’y a pas d’incompatibilité entre la valeur épistémique
et valeur pratique de la vérité, dans la mesure où la valeur épistémique de la
connaissance permet son succès pratique. Il y a un lien étroit entre vérité et
utilité. GIOVANNI s’appuie sur un principe de RAMSEY selon lequel les
conditions de vérité d’une croyance sont identiques aux conditions du succès
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d’une action basée sur cette croyance (2). Les connaissances recherchées et
acquises par l’homme doivent servir à la vie et au bien-être de l’homme.
Il n’y a pas de connaissance qui ne soit vraie ; la
connaissance est une vérité. Quant à la valeur de cette vérité, examinant
Le principe de RAMSEY selon lequel les conditions de vérité d’une croyance
sont identiques aux conditions de succès d’une action basée sur cette
croyance, soutenu par Pascal Engel qui affirme que les conditions de vérité des
croyances sont les conditions invariantes du monde objectif qui garantissent le
succès des actions effectuées sur base de ces croyances, GIOVANNI trouve là
une hésitation de Pascal ENGEL à attribuer une valeur pratique à la vérité,
considérant que cette valeur est subordonnée à sa valeur épistémique,
cherchant de toutes manières à maintenir la distinction entre les raisons
épistémiques et les raisons pratiques.
Partant d’un exemple simple, GIOVANNI montre que la
croyance vraie n’est ni une condition suffisante, ni une condition nécessaire du
succès pratique. Il prend l’exemple de deux personnes qui veulent se
rencontrer à un endroit précis ; elles connaissent le chemin et prennent
rendez-vous. Mais, au milieu du trajet, l’une d’elles est Kid nappée par les
coupeurs de route. Dans ce cas, malgré la vérité de leur croyance, leur action
échoue.
Le principe de RAMSEY, soutenu par Pascal ENGEL,
présente ainsi les difficultés qu’il faut chercher à surmonter. Ainsi, revisitant ce
principe, GIOVANNI préfère qu’on dise qu’avoir des croyances vraies (justifiés)
maximise les chances de succès ou les augmente par rapport à d’autres cas
dans lequel le même but peut être poursuivi mais en s’appuyant sur des
croyances fausses. De manière générale, il faut dire que la vérité de croyances
qui la guident est une meilleure explication de son succès que leur fausseté.
C’est pourquoi, GIOVANNI conclut que toute vérité à une valeur épistémique et
une valeur pratique, puis qu’il y’a de cas où la vérité est inadéquate,
dangereuse ou douloureuse. Dans ce cas, précise-t-il, il convient d’estimer si le
coût pratique de la vérité dépasse son bénéfice. De cette manière, il n’y aura
plus à douter de la valeur de la vérité.
Pour conclure, disons qu’il y a une distinction basique entre
faits et valeurs. Et, la vérité des faits à une double valeur, à la fois épistémique
et pratique.