Ijsar 1807
Ijsar 1807
Research Article
CAUSES ET CONSÉQUENCES DE L’INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNELLE DES
MÉNAGES AU BURUNDI : APPROCHE QUALITATIVE
*Mugisha Alain Désiré and Nguendo Yongsi H. Blaise
Institut de Formation et de Recherches Démographiques (IFORD) Université de Yaoundé II au Cameroun
Received 19th August 2023; Accepted 25th September 2023; Published online 23rd October 2023
Abstract
Contexte de l’étude : Malgré les efforts déployés par le gouvernement burundais pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la
réduction de ce problème reste un défi majeur au Burundi, oùla détérioration de la situation alimentaire reste pré[Link] de l'étude :
Cette étude vise à identifier les causes et les conséquences de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Burundi.Méthodes :L’étude s’appuie sur
la revue interdisciplinaire et critique de la littérature disponible sur le thème d’une part, et d’autre part sur une enquête qualitative, dont la
technique d’analyse du contenu a permis la construction de la réalité sociale sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Résultats :Les principaux
déterminants de l’Insécurité Alimentaire et Nutritionnelle sont entre autres,l’infertilité des sols, la faible utilisation des intrants agricoles, la
vulnérabilité aux aléas climatiques, l’insuffisante maîtrise de l’eau, la forte pression démographique, la faiblesse des investissements privés,
l’absence de formation et d’organisations professionnelles. Ainsi, la déperdition scolaire, les tensions sociales, la pauvreté, la mauvaise santé
mentale et la malnutrition sont les principales conséquences identifié[Link] :Les causes sont d’ordre structurel et institutionnel alors que
les conséquences sont à la fois économiques, sociales, sanitaires et psychologiques.
Keywords: Insécurité alimentaire et Nutritionnelle, Approche qualitative, analyse du contenu, Burundi.
agricoles, récoltes produites, consommation familiale et sélectionner dans la masse des données, c’est-à-dire dans les
commercialisation suscite encore de nombreuses investigations cahiers et les données transcrites, les informations les plus
(Janin P, 2006).Par ailleurs, Il a été constaté au Niger, que importantes, celles qui vont être utilisées pour la rédaction, en
certaines personnes disposaient de suffisamment de nourriture, fonction des items qui apparaissent, et de les classer sous une
mais souffraient de sérieux problèmes de malnutrition, avec forme qui permet de les retrouver facilement. Ensuite, Les
des conséquences de long terme, voire irréversibles, sur leur codages des cahiers originaux permettront de rassembler et
santé et leurs capacités physiques et intellectuelles (Bricas et d’organiser les données. Enfin des codages centraux
Aspe, 2013). Dans le but d’approfondir les analyses, nous permettront d’identifier les grands thèmes présents dans les
avons jugé bon de compléter les données quantitatives par les données et des codages sélectifs seront dégagés. Pendant cette
données qualitatives pour répondre efficacement aux besoins étape, les éléments du corpus (thématiques) qui sont identifiés
du pays en données fiables et actualisées pour planifier, suivre sont classés sous une catégorie et reçoivent le même code. La
et évaluer les programmes de développement du pays. Le codification et la catégorisation permettent de conceptualiser et
choix des méthodes qualitatives est lié à la nature des de théoriser l’analyse en fonction des approches théoriques que
problématiques abordées et vise à compléter les insuffisances nous avons identifiées. Les résultats de l’analyse des données
des données quantitatives et identifier les déterminants qualitatives ont permis la construction de la réalité sociale sur
complé[Link] déterminant de l’insécurité alimentaire et la SAN à partir des significations qui rejaillissent de
nutritionnelle est défini comme « tout ce qui l’influence, c’est- l’exploitation (lecture) du corpus.
à-dire des facteurs de risque ou de protection que l’on peut
associer statistiquement à l’IAN » (A. Bédard, 2005). Les RESULTATS ET COMMENTAIRES
déterminants de l'insécurité alimentaire et nutritionnelle sont
nombreux et multidimensionnels et peuvent être classés selon Causes de l’Insécurité Alimentaire et Nutritionnelle
qu’ils font référence à l’individu, au ménage ou à la
collectivité (Blanchet et Sanou, 2016). Les déterminants L’insécurité alimentaire et nutritionnelle au Burundi découle
collectifs sont ceux liés aux facteurs environnementaux de de nombreuses causes présentées dans la figure 1.
nature économique, physique, politique et socioculturelle au
sein des collectivités (déterminants intermédiaires) et, plus Ces causes sont détaillées ainsi qui suit :
globalement ou politiques, de la société (déterminants
structurels). Les facteurs liés aux ménages influencent les 1. Faiblesse des procédés de transformation et deconservation
ressources et les opportunités permettant aux ménages : Au Burundi, le secteur horticole a un grand potentiel qui
d’accéder à des aliments sains en quantité suffisante. Les pourrait permettre son développement et contribuer à
déterminants individuels sont liés à des changements l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à la
individuels (acquisition de connaissances et de compétences, création des richesses. L’horticulture comprend différentes
modification de pratiques ou de comportements) (Endale, catégories d’espèces : espèces fruitières, espèces maraîchères,
Mengesha, Atinafu et Adane, 2014).Cette étude a pour intérêt champignons, fleurs, condiments, plantes à huiles essentielles
de lutter contre les niveaux élevés d'insécurité alimentaire. et plantes médicinales. Le secteur horticole burundais fait face
à plusieurs défis comme soulever par les participants de cette
METHODOLOGIE étude. A part le problème d’accès limité aux intrants et aux
sources de financement dans tout le secteur agricole, plusieurs
Les données ont été collectée auprès d’un échantillon composé problèmes spécifiques du secteur horticole ont été cités. Il
de 63 entretiens avec les informateurs clés dont 9 entretiens au s’agit principalement des problèmes liés à la conservation et à
niveau central (ministères et organismes clés), 54 entretiens au leur transformation. La conservation, la transformation et la
niveau provincial en raison de trois personnes ressources par commercialisation des produits horticoles sont autant de
province (Directeur provincial de la santé, Directeur provincial contraintes qui bloquent les agriculteurs de ce secteur a déclaré
de l’environnement, de l’agriculture et de l’élevage, le un chargé de suivi Evaluation du PAM. Selon lui, cette
conseillé principal du gouverneur chargé du développement situation désavantage les petits producteurs qui espèrent vivre
communautaire) ainsi que 20 FGD avec 8 participants par de leurs [Link],un représentant d’une coopérative
FGD constitué par un chef collinaire, un moniteur agricole, un communautaire de la province Kayanza nous fait savoir que à
représentant d’une association et/ou coopérative cause de ce problème, les producteurs de légumes et de fruits
communautaire, un représentant des jeunes, un leadeur travaillaient à perte car, la clientèle n’arrive qu’à compte-
religieux, un agent de santé communautaire, un professionnel gouttes alors que les fruits ne sont pas conservables. « Sans
de santé et, un professionnel de l’éducation. Le taux de acheteurs, une fois nos légumes atteint la maturité et nos fruits
couverture dans les entretiens avec les personnes ressources est mûrs, ils s’abîment assez rapidement », se désole-il. Les
de 55,5% au niveau central et 75,9% au niveau provincial. participants de ce FGD indiquent qu’ils ont de réels problèmes
Pour les FCD, un taux de couverture de 100% avec un taux de pour écouler leurs productions et subvenir aux autres besoins.
participation variant entre 62,5% et 100% a été atteint. Pour « Si on ne trouve pas un acheteur dans l’urgence, on est obligé
analyser les données qualitatives, nous utilisons la technique de les vendre à un prix dérisoire et une certaine quantité est
d’analyse du contenu. Les entretiens enregistrés ont carrément jetée dans la nature ». Et d’ajouter que le seul choix
étéretranscrits après leur réalisation pour constituer le corpus qui leur reste est celui de les vendre à un vil prix avant qu’ils
d’analyse ou la base de données, et l’analyse de chaque ne soient mûrs et pourris.
entretien a été fait en trois temps. Premièrement, la lecture, la
relecture du corpus pour pouvoir procéder au marquage des Selon le DPEAE de Kayanza, les rares unités de
passages les plus intéressants, l’inventaire et le classement des transformation des fruits en jus ou encore en confiture peinent
données sous des formes permettant de les retrouver aussi à absorber toute la production. Par conséquent, les invendus
facilement que possible en tant que de besoin. Il s’agit de s’accumulent sur le marché et finissent par pourrir. La
production et le commerce des produits horticoles restent
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rudimentaires et surtout informels. Les rares différentes unités personnes ressources au niveau des provinces qu’une bonne
de transformation agroalimentaire sont industrielles, semi- partie de la population peine à adhérer dans les coopératives
industrielles ou artisanales souvent sans capitaux ni agricoles pour faciliter l’encadrement. Pourtant selon ces
équipements adéquats. Selon le Secrétaire Permanant du administratifs la coopérative agricole est une dynamique
PMSAN, les investisseurs Burundais s’aventurent dans ce économique et sociale. Pourun autre participant, AN, c’est
secteur souvent faibles ressources et compétences a précisé SB regrettable que la population tarde à changer de comportement
C. Le Directeur provincial de la santé de Gitega, la capitale et accepter de mettre ensemble leurs terres agricoles pour
politique, estiment que l’horticulture qui englobe un large faciliter le modèle d’accompagnement qui veut avant tout
éventail de cultures incluant une large gamme de fruits et appuyer les ménages à accéder aux facteurs de production
légumes, les plantes ornementales, les plantes condimentaires comme les semences ou plants fruitiers sains et de qualité, les
et épices apporte une réponse au défi nutritionnel burundais. animaux pour le fumier et la formation technique pour pouvoir
C’est le secteur de l’agriculture qui est le mieux placé pour développer une exploitation familiale intégrée.
contribuer à la réduction de la malnutrition et à l’amélioration
de la santé des populations de manière durable, 4. Défi de la recherche dans le secteur agricole :
malheureusement ce secteur est peu exploité regrette-il. D’aprèslereprésentant de l’IRRI la recherche agronomique est
D’après ND, la solution au problème de surproduction des défis non négligeable dans la promotion secteur agricole au
fruits serait évidemment de les transformer en jus, en Burundi. Pour lui, il est indispensable de faire des études
confitures ou en d’autres produits. Cette transformation pédologiques et tenir compte des caractéristiques des sols dans
consiste à modifier leur état physique, généralement de solide à le but de la régionalisation des cultures. « Par exemple dans
liquide (des fruits aux boissons), mais aussi de solide à solide une région comme Mugamba qui produit beaucoup de pommes
(des fruits aux confitures). Outre la transformation des fruits en de terre, ça serait une erreur de prendre un grand champ et de
jus, nous pouvons également faire le traitement des déchets l’emblaver avec des colocases ou une région comme Kirundo
issus des fruits. Ces déchets sont de deux types : Les déchets qui produit beaucoup de haricot, ça ne serait pas malin
solides (épluchures, peaux, graines, noyaux et autres matières d’amener la culture du blé là-bas, car vous n’allez pas produire
solides étrangères) et les déchets liquides (jus et liquide de ». La régionalisation des cultures augmente la production.
lavage et de traitement). D’un autre côté, le paysan ne devrait pas manger un seul type
d’aliment. Il doit manger des aliments variés. Ainsi, pour la
2. Le stockage des récoltes serait-il un avantage pour les spécification régionale, il faut s’assurer que les agriculteurs qui
agriculteurs : A part la transformation du maïs en farine, un n’ont pas produit un tel aliment l’importent d’une autre région.
représentant de la coopérative à Kirundo pense aussi que la Une régionalisation des cultures sans la possibilité de
conservation des récoltes de leurs membres pourra éviter le transférer les produits d’une région à une autre causerait un
gaspillage. Le chef collinaire dans le FGD organisé dans la problème. Elle doit être suivie par la facilité dans le transfert
province Bubanza, principale province productrice du riz des produits alimentaires. Il a déclaré que l’Université du
précise que l’absence ou la faible adhésion au le stockage des Burundi (U.B) doit collaborer avec les différents acteurs pour
récoltes sont à l’origine des gaspillages des récoltes pendant la promouvoir le développement du secteur agricole. Des
haute saison mais aussi la conséquence des rupture d’union et recherches ont doivent être menées sur la qualité du sol, les
de conflits entre couples car les hommes ont tendance à pratiques agricoles, la multiplication des semences et les
chercher d’autres femmes. L’absence des stocks pour la insectes comestibles. Les résultats de ces recherches sont mis à
conservation des récoltés a été aussi évoqué dans les FGD des contribution par les producteurs pour améliorer la sécurité
province Bururi, Rutana, Mwaro, Karusi et Ruyigi comme un alimentaire.
facteur de gaspillage des récoltes ou de vente des récoltes à bas
prix provocant l’IAN des ménages. Les participants de ces 5. Les techniques agricoles qui restent traditionnelles : Les
FGD affirment que les stocks pourront résoudre plusieurs communautés rurales ont du mal à intégrer certaines pratiques
problèmes et assurer de ne pas dépenser encore de l’argent agricoles modernes pour diverses raisons. Selon les Directeurs
pour les futures saisons culturales. Le DPEAE de la province provinciaux de l’agriculture, de l’environnement et de
Bubanza a affirmé que les stocks là où ils sont, ont permis aux l’élevage (Bururi, Kayanza, Ngozi, Kirundo, Mwaro et Ruyigi)
membres de mieux maîtriser la variation des prix proposés par l’absence ou l’insuffisance des techniciens formés combinés
les marchés et tirer le meilleur profit de la vente de la par le manque des moyens logistiques sont autant de défis qui
production et aux coopératives de disposer de la matière hantent le secteur agricole local. A cela s’ajoute selon toujours
première pour les unités de transformation. Pour lui, Conserver ces derniers les contraintes socioéconomiques liés à
la récolte des grains dans les silos est une méthode moderne l’inaccessibilité à des crédits nécessaires suite manque de
qui permet de garantir la qualité de la conservation au garanti et des taux d’intérêt élevé pour les agriculteurs. Selon
maximum. Cette pratique est d’une grande importance qui les participants de tous les FGD, le problème lié au manque
pourrait inspirer les politiques actuelles en matière des semences sélectionnées et des fertilisants (retard dans la
d’agriculture et de conservation des récoltes. Les enquêtés ont livraison des engrais chimiques et des semences sélectionnées)
déclarés que pendant la récolte, s’il y avait beaucoup de récolte est le principal défi rencontré est qui est à la persistance de
de maïs, de haricot, de sorgho etc., une partie importante se l’IAN. Dans les milieux ruraux, on a des variétés qui sont très
dirige directement sur le marché à un prix dérisoire, pour nous peu productives et qui ont été cultivées pendant longtemps. En
protéger, il nous faut des stocks publics pour conserver les outre, il y a des maladies qui attaquent les cultures et comme
excédents de récolte ». Il affirme que la technique des silos est on ne trouve pas des produits phytosanitaires, ces maladies
un moyen moderne et sûr de conserver qui demande de viennent limiter la production, déclarent ces [Link]
technicité et dont l’entretien doivent être suivi à la loupe. NDM, ingénieur agronome du DPEAE de Kirundo, les
agriculteurs ne veulent pas adopter la modernisation agricole
3. Faible adhésion des producteurs en coopératives pour ce qui affecte la production agricole et par conséquent
faciliter l’encadrement : Il ressort des entretiens avec les l’[Link] les agriculteurs adoptent tardivement ces
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pratiques combien efficaces pour accroître la productivité ancestrales. Ces dernières procurent de faibles rendements
s’interroge-il ? Il tente de donner une explication à ce agricoles. De surcroît, plusieurs programmes et projets se
phénomène. « De par mon expérience dans le secteur agricole, concentrent sur ce volet pour améliorer la sécurité alimentaire
il existe bel et bien des moniteurs agricoles à l’échelle et la nutrition. Pour lui, la terre est un substrat qui doit être
nationale malgré son insuffisance. De plus, il y a des utilisé dans le cadre de la production agricole. Or, la plupart
ingénieurs agronomes qui occupent des fonctions dans les des régions font face à l’exiguïté des terres arables. Au lieu
services d’accompagnement des producteurs » affirme-t-il. Il d’optimiser le rendement sur son petit lopin de terre le paysan
propose plutôt une analyse systémique pour identifier les préfère faire recours aux pratiques ancestrales pour avoir de
facteurs qui font que la situation reste inchangée sur le terrain. quoi mettre sous la dent.
Pour lui, les principales causes de cette situation sont surtout la
mentalité des communautés paysannes et le pouvoir d’achat 8. Des maladies des plantes qui menacent les cultures : Les
très faible des paysans. Ce sont essentiellement les deux chenilles légionnaires d’automne ne cessent de ravager les
facteurs auxquels s’ajoutent le manque de ressources et de champs de maïs et réduit considérablement la production de
matériel pour intégrer les pratiques agricoles modernes. maïs a déclaré le DPEAE Bujumbura. Les participants du FCD
organisé à Kabezi de la province de Bujumbura rural font
savoir qu’ils vont abandonner cette culture si rien n’est fait
6. Dégradation du sol et changement climatique: Les dans l’immédiat pour éradiquer les chenilles légionnaires
discussions en FGD montrent que la variabilité de la d’automne qui ravagent du jour au jour les champs de maïs. Ils
pluviométrie, longue saison sèche conduisant à la sécheresse, indiquent que depuis que ces chenilles s’observent dans cette
fortes pluies, grêles, inondation, glissement de terrain et la région, la production de maïs a chuté sensiblement. Un des
dégradation du sol par l’érosion suite à la consommation responsables de la coopérative Sangwe fait savoir que « sur un
excessive du bois comme énergie domestique sont des hectare et demi, on pouvait récolter 3 tonnes de maïs,
principales sources de la faible production agricole et par néanmoins, depuis qu’il s’observe l’invasion des chenilles
conséquent de l’IAN. Selon JM SA, enseignant de l’Université légionnaires dans cette localité, on y récolte moins d’une
du Burundi, les principales causes de la déforestation au tonne, la perte est énorme au regard du coût de production. Et
Burundi sont entre autres l’installation des cultures et les feux de préciser que si rien n’est fait pour en finir avec cet insecte
de brousse suite à la pression démographique du pays qui ne ravageur, tous les agriculteurs de maïs seront obligés
cesse pas de s’alourdir d’où, il est d’autant plus difficile de d’abandonner cette culture ». Le Directeur Provincial de
trouver le bois pour la cuisson des aliments au Burundi plus l’Agriculture de l’Environnement et de l’élevage à Bujumbura
que dans d’autres régions d’Afrique. Par ailleurs, la rural indique que la production de maïs dans sa localité a
consommation excessive des combustibles, le dégagement des régressé à cause des chenilles légionnaires d’automne même
fumées nocives, la destruction du couvert végétal à grande s’il ne précise pas à quel niveau. Les enquêtés demandent la
échelle, une contribution non négligeable aux émissions de mise en place d’un produit phytosanitaire capable de les mettre
CO2, etc. sont entre autres les facteurs contribuant au hors d’état de nuire. Le flétrissement bactérien du bananier est
changement climatique, déclarent LNAH enseignant une autre maladie bactérienne dévastatrice qui menace la
d’université. Il est évident qu’il y a un impact négatif de production de bananes au Burundi. Comme indique le
l’érosion sur la fertilité du sol. « La dégradation des terres à Directeur Provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et
l’Est du pays est évaluée à 4 tonnes par ha et par an. Au centre de l’Elevage (BPEAE) de Muyinga, « Présente dans le pays
du pays, elle est évaluée à 8 tonnes par ha et par an. La depuis 2010, le flétrissement continue à menacer la sécurité
situation est catastrophique dans la région naturelle des Mirwa alimentaire des ménages ruraux vulnérables pour lesquels la
où la perte en terre meuble s’élève à 100 tonnes par ha et par banane est une source majeure d’alimentation et de revenu des
an », a alerté I ND. Cet environnementaliste prévient que si on ménages de la province ». Il affecte toutes les variétés de
n’y prend pas garde, dans moins de trente ans, il n’y aura plus bananier et il n’y a pas de remède connu ou une variété de
de sol meuble dans cette région. Le sol meuble est assimilable bananier qui résiste à cette maladie poursuit-il. Le directeur en
aux produits non renouvelables, argumente-t-il. En moyenne, charge des statistiques du MINEAGRIE fait savoir que les
au niveau mondial, pour former un centimètre de sol, il faut à principales maladies des plantes qui sont à l’origine de la faible
peu près 178 ans. Ce qui signifie que pour former un disponibilité alimentaire conduisant à l’insécurité alimentaire
millimètre de sol, il faut à peu près 18 ans. I ND appelle tout sont : les maladies bactériennes telles que le flétrissement du
un chacun à sauvegarder ce bien commun difficilement bananier et la bactériose de la pomme de terre, les maladies
renouvelable. Ruttan estime que la dégradation du sol et virales (mosaïque et striure du manioc, mosaïques du haricot et
l’érosion sont vues comme de vraies menaces à la croissance de la pomme de terre et la maladie des bandes du maïs), les
soutenable de la production agricole dans les pays développés maladies fongiques (mildiou de la pomme de terre,
et en développement. l’anthracnose du haricot, fonte des semis /pourritures racinaires
du haricot).
7. Pression démographique et exiguïté des exploitations
agricoles : Rapporté par tous les participants des FGD, la 9. Faible aménagement des marais et de l’irrigation : Les
pression démographique et exiguïté des terres cultivables participants des FGD des provinces Bururi, Kayanza, Mwaro,
constituent des facteurs limitants de la productivité agricole. Muramvya, Cankuzo, Makamba, Rutana, et Ruyigi déplorent
Les conséquences de la pression démographiques sur que leurs marais ne sont pas aménagés et qu’ils sont plus
l’agriculture sont liées non seulement à la faible superficie des touchés par l’IAN au moment où dans les localités qui ont eu
exploitations agricoles mais aussi aux conflits fonciers selon la chance d’avoir les projets d’aménagement des marais les
les enquê[Link] secrétaire permanent de la plateforme problèmes d’IAN sont atténués. Ils espèrent que les
multisectorielle de sécurité alimentaire et de nutrition affirme responsables administratifs viendront à leur secours pour
que « la plupart des agriculteurs burundais exploitent de petits aménager les marais et que la production doublera et leurs
lopins de terre. Ils font recours à des techniques culturales conditions de vie s’amélioreront. Un ancien moniteur agricole
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en commune Buhiga de la province Karusi affirme que dans population vit de l’exploitation agricole des parcelles non bâtit,
les marais aménagés « La production n’était pas suffisante l’avancée urbaine, dévoreuse d’espaces cultivables pour ces
avant l’aménagement et la faim était une réalité. Il y avait des agriculteurs augmente le risque de l’IAN de cette population
parties dans ces marais où on ne pouvait pas avoir qui n’a d’autre ressource que cette agriculture poursuit le chef
suffisamment d’eau pour l’irrigation. Avec le projet de quartier. L’interdiction de la pratique de l’élevage du gros
d’aménagement, ils ont construit des barrages, tracer des ou du petit bétail en zone urbaine est aussi la cause de l’IAN
canaux d’irrigation et réhabiliter des constructions qui de certains ménages urbains alors que le bétail peut améliorer
existaient déjà, ils ont érigé d’autre constructions nécessaires la sécurité alimentaire grâce à la consommation des produits et
pour que l’irrigation soit possible et facile dans toutes les partie des sous-produits d’élevage. D’après le ND L, enseignant
et les problèmes de famine sont complètement résolu ».Selon d’université, « la fluctuation des prix des produits alimentaires
le DPEAE de Kirundo, dans les communes où les marais sont est tributaire de l’absence de structure de commercialisation de
aménagés (communes de Busoni et Gitobe), les ménages sont notre pays. Aucune institution qui s’occupe spécialement de la
moins exposés aux risques d’IAN comparativement aux commercialisation des produits agricoles à l’exception de
communes dont les marais ne sont pas aménagés. Pour certains produits de certaines industries agroalimentaire fixé
lui,l’aménagement des marais dans la province Kirundo aidera par le ministère ayant le commerce dans ces attributions et qui
la population à augmenter la production du riz qui fait partie ne sont par ailleurs respecté par les détaillants. L’intégration
des aliments de base », « Cela améliorera la vie de la entre les filières qu’on devrait observer en aval n’existe pas
population. Avec l’augmentation de la production, on aura encore et ce manque des structures de soutien est une
suffisamment de quoi à manger et à vendre » a indiqué le caractéristique de presque toutes les filières agricoles au
DPAE de [Link] les estimations de l’un des Burundi. Il se peut donc que nos milieux soient caractérisés par
responsables du MINEAGRIE, le potentiel pour l'irrigation au un dysfonctionnement total du marché. Cet état de choses rend
Burundi est évalué à 185 000 ha, qui se décompose en 75 000 les ménages vulnérables face aux menaces des produits
ha d'irrigation en maîtrise totale et partielle principalement importés. Les principales faiblesses des marchés résident dans
dans les grandes plaines de l'Imbo et la dépression du Mosso, les fortes fluctuations des prix qui constituent une source
20 000 ha d'irrigation en maîtrise totale et partielle sur de plus majeure de risque pour les producteurs ».
petites surfaces au pied des collines, 60 000 ha de marais déjà
cultivés et 30 000 ha de marais qui étaient encore disponibles 11. Facteurs institutionnels :S’inspirant de la logique que
en 2022. « La mise en valeur des marais est la priorité en l’organisation institutionnelle à travers la mise en œuvre des
matière d'irrigation au Burundi et la mise en culture des 30 000 programmes et projets de développement constitue un moyen
ha de marais et de bas-fonds non encore cultivés devrait être sûr de maintenir et de renforcer la sécurité alimentaire et
réalisée dans un futur proche vu l'importance de la population nutritionnelle des ménages et des individus, force est de
rurale pour trouver des solutions à la faim et à la pauvreté dans constater plusieurs contraintes institutionnelles affectant
notre pays en surmontant les effets du changement climatique négativement la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Environ
», fait savoir le directeur général de la planification de 90% des entretiens avec les DPEAE et MDPS évoque des
l’aménagement du territoire, de l’irrigation et de la protection difficultés institutionnelles et organisationnelle. BA P C,
du patrimoine foncier au ministère en charge de DPEAE de Rutana nous a fait savoir qu’ils ont des difficultés
l’[Link] lui, le gouvernement du Burundi est financières pour soutenir les services d’appui à la production
déterminé à développer l’agriculture, à travers l’irrigation, agricole (moniteurs agricole), des problèmes de supervision,
pour mettre fin à la pauvreté et à l’IAN dans le pays. Ainsi, faible implication du secteur privé et d’ajouter l’absence ou
souligne-t-il, le programme PADI vient appuyer le programme l’insuffisance des partenaires au développement. Il estime que
du gouvernement du Burundi visant à augmenter la production l’impact des partenaires au développement est trop faible à la
afin que chaque bouche ait à manger et chaque poche de suite d’une faible couverture des interventions. « Imaginer une
l’argent. Il rappelle que l’agriculture est un secteur primordial ONG qui se donne la mission de contribuer à l’augmentation
dans la vie nationale : « environs 90 % de la population de la production de la province Rutana et les interventions de
burundaise vit de l’agriculture. Ce secteur donne l’emploi à 84 cette dernière se limitent sur une ou deux collines d’une
% ». Cependant, ajoute-t-il, l’agriculture n’est pas encore commune ». NDA,l, enseignant dans la Faculté des Sciences
suffisamment développée suite à différentes raisons Economiques et Administratives de l’Université du Burundi,
notamment les changements climatiques : Pour lui, l’irrigation nous a déclaré que « le chevauchement et omissions de
est l’une des solutions pour faire face aux problèmes liés au certaines missions des ONG couplé avec l’incohérences de
changement climatique afin de pouvoir récolter pendant les texte réglementaire, la faible organisation des acteurs de
trois saisons culturales y compris la saison sèche afin de faire chaines de valeurs et la faible coordination des interventions
face à l’IAN qui menace la population burundaise. constitue un facteur d’échec des politiques agricoles ce qui
affecte la production agricole et par conséquent l’IAN ». Selon
10. Augmentation des prix des produits agricoles et absence de Pr Dr C S, Secrétaire Exécutif Permanent de la Plateforme
structure de commercialisation : Les résultats des FGD Multisectorielle de Sécurité Alimentaire et de Nutrition
organisés dans les zones urbaines prouvent que l’augmentation (SEP/PMSAN), « L’absence d’une bonne coordination de la
des prix des produits alimentaires est à l’origine de l’IAN. Nutrition et la Sécurité Alimentaire à l’échelle nationale est à
Monsieur NF chef de quartier de NYABUGETE-RUZIBA l’origine des échecs des politiques de lutte contre l’IAN. Des
dans le sud de la capitale économique du Burundi, précise structures organisationnelles doivent être mise en place car ce
que : en zone rurale, la plus grande partie de l’alimentation sont des outils puissants qui permettent de savoir qui fait
est autoconsommée alors qu’en zone urbaine les Quoi ? Où et Comment ? Avec Combien ? C’est une
consommateurs sont presque entièrement tributaires du possibilité d’assurer une bonne coordination multisectorielle et
marché. L’augmentation des prix des produits alimentaires multi acteurs et pour orienter les partenaires et connaitre les
comporte de forts risques de l’IAN des ménages urbains. Dans gaps en termes d’appui au renforcement de la nutrition ».
ce quartier périphérique, où une importante partie de la
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mic Research, Vo
ol. 04, Issue 10, pp.6375-6381,
pp Occtober, 2023
Cette relation entre la déperdition scolaire et l’IAN des BÉDARD, 2005. Exploration du phénomène d’insécurité
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avec les personnes ressources. Québec. Québec, Département des sciences des aliments et
de nutrition, Faculté des sciences de l’agriculture et de
Conclusion l’alimentation, Université Laval, 106 p.
Bignon A., T, 2021.Sécurité alimentaire dans les pays en
Les résultats des analyses qualitatives montrent que les développement et émergents : Une analyse des effets des
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sont notamment le manque de fertilité des sols, la faible 167p.
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transformation des produits bruts, l’accès limité au crédit et la Burundi, INSBU, Bujumbura, 162 p.
forte pression démographique, la faiblesse des investissements Blanchet et Sanou, 2016.Sécurité et insécurité alimentaire chez
privés et l’absence de formation et d’organisations les Québécois : une analyse de la situation en lien avec
professionnelles, la recrudescence des maladies des plantes et leurs habitudes alimentaires. Institut national de santé
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les denrées stockées, La transformation et la conservation Bocoum, Dury et Egg, [Link] « paradoxe » de Sikasso (Mali)
laissent à désirer, faible encadrement suite à la dispersion des : pourquoi « produire plus » ne suffit-il pas pour bien
producteurs, faible adhésion aux coopératives pour faciliter nourrir les enfants des familles d’agriculteurs ? Cahiers
l’encadrement, les techniques agricoles qui reste Agricultures, 21(5), 324-336.
traditionnelles, niveau très faible d’aménagement des marais et Endale et al., 2014. Food Insecurity in Farta District,
irrigation, l’augmentation des prix des produits agricoles et Northwest Ethiopia: a community based cross–sectional
absence de structure de commercialisation, le gouvernance study. BMC Research Notes, 7(1), 130.
institutionnelle déterminants indirect de l’IAN, la Ines SEBAI, 2018. Sécurité alimentaire et diversité
commercialisation des produits alimentaire avant la récolte et alimentaire des ménages en Haïti, Université de Moreal, PP
le habitudes alimentaires et techniques culinaires. Ainsi, la 9-32
déperdition scolaire, les tensions sociales, la pauvreté, la Jean Baptiste GAFARASI, 2019. Production agricole et
mauvaise santé mentale et la malnutrition sont les principales malnutrition: Le paradoxe de Musanze au
conséquences identifiées. Ainsi, au regard de ces résultats nos Jean Joël AMBAGNA, 2018. L’utilisation des enquêtes des
recommandations adressées au Gouvernement sont entre autres conditions de vie des ménages pour l’analyse de la
:renforcer les structures produisant les fertilisants et les consommation alimentaire et de la sous-alimentation :
médicaments des maladies des plantes ; mener des politiques illustration des données Camerounaises.
de la gestion de l’eau pour permettre les activités agricoles Janin P. et Fofiri Nzossié E.-J., [Link]
pendant la saison sèche ; promouvoir les investissements alimentaire : entre ressources et pouvoirs, Revue
privés dans le secteur de l’agriculture ; promouvoir la internationale des études du développement, n° 237, mars
transformation des produits agricoles périssables ; mettre un 2019, Editions de la Sorbonne, Paris, p8
place un système d’encadrement des agriculteurs ; renforcer les Janin P, 2016. La « résilience pour la sécurité alimentaire » au
autres activités hors agricoles génératrices des revenus ; Burkina Faso: entre dires, labellisation et (re-)
poursuivre les et renforcer les activités d’aménagement des positionnements d’acteurs, Université Lille 1, p15
marais ; sensibiliser sur les techniques culinaires et les Janin P, 2006. La lutte contre l’insécurité alimentaire au Sahel
habitudes alimentaires ;construire les hangars de stockage de la : permanence des questionnements et évolution des
production approches. Cahiers Agricultures, 19 (3), 177–184
Ousmane OUEDRAOGO, 2020. Evaluation des profils de
Remerciements consommation alimentaire et statut nutritionnel des
populations de la Région du Centre-Ouest du Burkina Faso,
Notre profonde gratitude à la Communauté Est-Africaine pour Université Joseph Ki-ZERBO, 292 p.
les moyens financiers mis à notre disposition, et aux enquêtés Régine N., B., L., 2021., Construction sociale de la sécurité
pour ces informations dans la réalisation de cette étude. alimentaire et dynamique de la solidarité dans les ménages
de Kinshasa Essai d’analyse socio-anthropologique. Thèse
REFERENCES de doctorat. Sociologie (Université de Kinshasa). 267p
Sécou Omar Diedhiou 2020.,Agriculture et sécurité alimentaire
Abekhti Abdelkader, 2017. Evolution du concept de la sécurité urbaine à Ziguinchor (Sénégal) Thèse présentée et
alimentaire et l’importance de l’intégration du bien-être du soutenue, 2020 Unité de recherche : UMR CNRS 6590
citoyen dans les systèmes alimentaires. See discussions, ESOLiège)
stats, and author profiles for this publication at: Régine N., B., L., 2021., Construction sociale de la sécurité
[Link] . pdf (Consulté le 29 aout alimentaire et dynamique de la solidarité dans les ménages
2021) de Kinshasa Essai d’analyse socio-anthropologique. Thèse
Angélique Neema Ciza et al, 2021. Impact des activités non de doctorat. Sociologie (Université de Kinshasa). 267p
agricoles sur la sécurité alimentaire au Sud-Kivu Sécou Omar Diedhiou 2020.,Agriculture et sécurité alimentaire
montagneux. 20p urbaine à Ziguinchor (Sénégal) Thèse présentée et
soutenue, 2020 Unité de recherche : UMR CNRS 6590
ESOLiège)
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