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Radc N°2 Tap Ekelle

La Revue Africaine de Droit Constitutionnel (RADC) est une publication électronique dédiée à l'analyse du droit constitutionnel en Afrique, favorisant le dialogue entre chercheurs et praticiens. Elle accepte des articles inédits sur divers aspects du droit constitutionnel et suit un processus d'évaluation rigoureux pour la publication. La revue est dirigée par un comité de rédaction et un comité scientifique composé d'experts en droit, et elle publie en français et en anglais.
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Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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Radc N°2 Tap Ekelle

La Revue Africaine de Droit Constitutionnel (RADC) est une publication électronique dédiée à l'analyse du droit constitutionnel en Afrique, favorisant le dialogue entre chercheurs et praticiens. Elle accepte des articles inédits sur divers aspects du droit constitutionnel et suit un processus d'évaluation rigoureux pour la publication. La revue est dirigée par un comité de rédaction et un comité scientifique composé d'experts en droit, et elle publie en français et en anglais.
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Numéro 2, Juin 2025

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–REVUE AFRICAINE DE DROIT CONSTITUTIONNEL N°2 JUIN 2025


Numéro 2, Juin 2025
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REVUE AFRICAINE DE DROIT CONSTITUTIONNEL N°2 JUIN 2025


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I- Présentation de la Revue

La Revue Africaine de Droit Constitutionnel (RADC) est une revue électronique qui se propose de
promouvoir un discours et une approche africanistes sur le droit constitutionnel et d’analyser la dynamique
et les systèmes constitutionnels africains. Elle ambitionne ainsi constituer un espace de dialogue entre
chercheurs et praticiens sur le droit constitutionnel en Afrique. Elle pourra néanmoins publier les recherches
ayant pour objet, d’autres espaces géographiques (Amérique, Asie, Europe).

La Revue Africaine de Droit Constitutionnel s’inscrit dans une démarche qui combine à la fois,
l’approche institutionnelle et l’analyse jurisprudentielle du droit constitutionnel. Il est ainsi question de
prioriser non seulement les études qui mettent en perspective, l’œuvre jurisprudentielle du juge
constitutionnel en Afrique, mais également, celles qui appréhendent le Droit constitutionnel comme un
droit politique et accordent une importance particulière aux pratiques constitutionnelles.

La Revue n’accepte que des articles inédits et originaux dans les différentes branches du droit
constitutionnel (Droit constitutionnel normatif, Droit constitutionnel institutionnel, Droit constitutionnel
substantiel, Droit constitutionnel démotique et droit constitutionnel international). Elle fonctionne sur la
base d’une logique qui combine les appels à contributions et la proposition spontanée d’articles et a pour
cible, le monde universitaire, les praticiens et les organes politiques et constitutionnels.

La Revue comprend les rubriques suivantes :

 Éditorial : rédigé par le directeur de publication ;


 Doctrines : qui regroupe des articles de fond et d’envergure doctrinale ;
 Chronique constitutionnelle : qui se focalise sur l’actualité constitutionnelle et
jurisprudentielle africaine ;
 Recension d’ouvrages et articles : il s’agit d’une sélection d’articles et d’ouvrages présentés
dans la Revue et portant sur le droit constitutionnel en Afrique ;
 Chronique des Thèses.
La Revue a pour langue de travail et de publication le français et l’anglais. Un résumé de l’article
sera fourni dans l’une et l’autre langue. Il est attendu des auteurs qu’ils assurent la qualité linguistique de leur
travail. Une qualité linguistique insuffisante fera obstacle à la publication. Elle suivra un rythme de
publication semestriel, rythme qui devrait permettre de garantir la pérennité de la Revue, comme la régularité
de sa publication.

REVUE AFRICAINE DE DROIT CONSTITUTIONNEL N°2 JUIN 2025


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II- Organes de la Revue

La Revue Africaine de Droit Constitutionnel est composée de deux organes : le comité de


rédaction et le comité scientifique.

A- Comité de rédaction :

 Directeur de publication : Alain Franklin ONDOUA, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur
titulaire, Université de Yaoundé II,
 Rédacteur en Chef : Jean Mermoz BIKORO, Agrégé des Facultés de Droit, Maître de Conférences à
l’Université de Yaoundé II,
 Secrétaire de la Rédaction : Dr Floriane Marie-Ange BITSACK, Université de Yaoundé II,
 Membres du Comité de rédaction : Dr Alain Ghislain EWANE BITEG, Dr Stéphane
MOUGNOL A MOUGNOL, Dr Jean Marie Noël NDZINA NOAH, Dr Ulrich BITE’E,
Dr Éric SIMO, Thierry Olivier TAMA AYINDA, Dr Michard Bériot EKELLE NGONDI.

B- Comité Scientifique :

Un comité scientifique composé d’universitaires à la réputation établie :


 Président du comité scientifique : Pr Alain Franklin ONDOUA, Agrégé des Facultés de Droit,
Professeur titulaire à l’Université de Yaoundé II ;
 Vice-président du comité scientifique : Pr Marcelin NGUELE ABADA, Agrégé des Facultés de Droit,
Professeur titulaire à l’Université de Yaoundé II ;
 Membres du comité scientifique :
 Pr Luc SINDJOUN, Agrégé de Science politique, Professeur titulaire à l’Université de Yaoundé II ;
 Pr Babacar KANTE, Agrégé des Facultés de Droit, UFR des Sciences juridiques et politiques de l’Université
Gaston BERGER de Saint-Louis ;
 Pr Djedjro Francisco MELEDJE, Agrégé des Facultés de Droit, Doyen honoraire de l’UFR Droit de
l’Université Félix HOUPHOUËT-BOIGNY d’Abidjan ;
 Pr Alioune SALL, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université Cheick Anta DIOP de
Dakar ;
 Pr Ismaila Madior FALL, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université Cheick Anta
DIOP de Dakar ;
 Pr Gérard Martin PEKASSA NDAM, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université
de Yaoundé II ;
 Pr Alain Didier OLINGA, Professeur titulaire à l’Université de Yaoundé II ;

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 Pr Bernard Raymond GUIMDO DONGMO, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à
l’Université de Yaoundé II ;
 Pr Magloire ONDOA, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université de Yaoundé II ;
 Pr Guillaume TUSSEAU, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à Sciences Po Paris (École de
droit) ;
 Pr Fabrice HOURQUEBIE, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur Titulaire à l’Université de
Bordeaux ;
 Pr Julien JEANNENEY, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur à l’Université Strasbourg ;
 Pr Komla Dodzi KOKOROKO, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur Titulaire à l’Université de
Lomé ;
 Pr Adama Mawulé KPODAR, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur Titulaire à l’Université de Lomé ;
 Pr Seni Mahamadou OUEDRAOGO, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université
Thomas SANKARA de Ouagadougou ;
 Pr Oumarou NAREY, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université Abdou
MOUMOUNI de Niamey ;
 Pr Jean Louis ATANGANA AMOUGOU, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à
l’Université de Yaoundé II ;
 Pr Patrick Edgard ABANE ENGOLO, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université
de Yaoundé II ;
 Pr Delphine Emmanuel ADOUKI, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université
Marien N’GOUABI de Brazzaville ;
 Pr Ibrahim SALAMI, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur Titulaire à l’Université Abomey-Calavi ;
 Pr Abdoulaye SOMA, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université Thomas
SANKARA de Ouagadougou ;
 Pr Robert MBALLA OWONA, Agrégé des Facultés de Droit, Professeur titulaire à l’Université de
Douala ;
 Pr Alexis ESSONO OVONO, Agrégé des Facultés de Droit, Maître de Conférences à l’Université Omar
BONGO ;
 Stéphane BOLLE, Professeur à l’Université Paul-VALERY – Montpellier III.

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III- Consignes éditoriales

La publication d’un article à la Revue Africaine de Droit Constitutionnel est conditionnée par son
acceptation suite à un processus d’évaluation rigoureux. Le manuscrit est remis à deux instructeurs et le
Secrétariat communique aux auteurs, les observations formulées par lesdits instructeurs. Dans le cas où la
proposition d’article est validée par le comité scientifique avec des révisions, l’auteur dispose d’un délai
impératif indiqué par le Secrétariat de rédaction sous peine de voir la publication de l’article repoussée au
numéro suivant.
Dans un délai maximal de deux mois à compter de la réception du texte, une réponse est adressée
à l’auteur par le secrétariat de rédaction. Trois hypothèses sont envisageables :
 L’acceptation de la proposition d’article en l’état assortie de précisions quant au numéro de
la Revue dans lequel il sera publié ;
 L’acceptation de l’article sous réserve de modifications : il s’agit plus précisément des
réserves émises par les instructeurs et, éventuellement, par le comité de rédaction ;
 Le refus du texte avec communication des motifs à l’auteur.
Les articles devront contenir : le Titre, le nom, la qualité et l’institution d’attache de l’auteur ainsi
que la problématique soulevée et le plan subséquent ;
La taille des articles doit être de 35 pages au maximum en incluant le résumé en français et en anglais
de dix lignes maximums avec 06 mots-clés ;
Les articles sont présentés sous le format Word, interligne 1,5, Police d’écriture Times News
Roman, taille de police 12 ;
Les notes de bas de page sont en continu : Time News Roman, taille de police 10, interligne simple ;
Les caractères des majuscules doivent être systématiquement accentués. Exemple : État,
RÉVISION.
Les références bibliographiques doivent être citées comme suit :
 Pour les ouvrages, mémoires et Thèses : Nom (s) de l’auteur, prénom (s) de l’auteur entre
parenthèses, titre et sous-titre en italiques, lieu et maison d’édition, année de publication,
numéro de page référencée.
 Pour les articles : Nom (s) de l’auteur, prénom (s) de l’auteur entre parenthèses, titre de
l’article entre guillemets, titre de la Revue en italique, numéro du volume, page.
 Le texte doit être subdivisé suivant le système décimal. Exemple : I. A. 1. 2. B. 1. 2. II. A.
1. 2. B. 1. 2.
 Les citations ne doivent pas dépasser trois lignes à l’exception des législations et de la
jurisprudence constitutionnelle.

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N.B.

 Les propositions de soumission sont envoyées aux adresses : aondoua@[Link],


bikorojeanmermoz@[Link] et radc6067@[Link]
 Le non-respect des consignes ci-dessus entraîne le rejet systématique de la proposition de
publication.
 Les articles publiés dans la Revue Africaine de Droit Constitutionnel sont la propriété de la Revue,
toute reproduction intégrale ou partielle est soumise à l’autorisation expresse du Comité de
rédaction.

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SOMMAIRE

Aubrey Sidney ADOUA-MBONGO Avons-nous encore besoin du Droit Constitutionnel ?


.……………………………………………………………………………………………….………....1

Arsène-Joël ADELOUI et Errol TONI les engagements internationaux dans l’office des juridictions
constitutionnelles ouest-africaines francophones ………………………………………….…..………31

Serge François SOBZE et Luc Adolphe NJOM Le juge constitutionnel Africain à l’épreuve des
questions d’autochtonie et de gouvernance locale ……...…………………….….…………...………..60

AKONO ONGBA SEDENA La collaboration des pouvoirs et la nouvelle gouvernance financière


publique en Afrique francophone sub-saharienne ……………..………………………………..……...85

Bertrand EDOUA BILONGO Le juge constitutionnel pédagogue et censeur en Afrique subsaharienne


francophone …………….………..………….………….…………………………………...………..112

Thierry Olivier TAMA AYINDA La pénalisation de la vie politique en Afrique noire francophone :
contribution à l’étude du Droit constitutionnel pénal …………..……..………………………….…..145

Alia DIABY L’impartialité du juge constitutionnel en Afrique noire francophone ….……………….178

Franck Landry OWONA NDOUGUESSA La liberté de religion dans le constitutionnalisme des Etats
d’Afrique noire francophone : le cas du Cameroun et du Sénégal ……………………….……….…..211

Arsène Chinois ELLA NTOU’OU Le contentieux référendaire dans les Etats d’Afrique noire
francophone …………….……………….………………….………….………………..……..……..240

Téphy-Lewis EDZODZOMO NKOUMOU La normativité constitutionnelle en période de transition en


Afrique subsaharienne. Etude comparative à partir des cas du Burkina Faso, du Gabon et du Mali
…………………………..……………….………….……………..………………………………....277

Aubran Donadoni NTOLO NZEKO La démocratie à l’épreuve du droit spontané dans les Etats
d’Afrique noire francophone …………….…...…………….………….……………..………..……..303

Michard Bériot EKELLE NGONDI L’empêchement temporaire du Chef de l’Etat et la continuité de la


fonction présidentielle : regard sur un angle mort du constitutionnalisme camerounais
………….………………………….………….………….………………………………..…..……..338

Colin ANANG NJUATE La consultation présidentielle dans les Etats d'Afrique noire francophone :
étude des cas du Cameroun, du Niger, du Sénégal et du Bénin
………….……………………………………………..…….……….………….…………..………..372

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L’EMPECHEMENT TEMPORAIRE DU CHEF DE L’ETAT ET LA CONTINUITE DE


LA FONCTION PRESIDENTIELLE : REGARD SUR UN ANGLE MORT DU
CONSTITUTIONNALISME CAMEROUNAIS.

Par
Michard Bériot EKELLE NGONDI
Magistrat
Docteur/Ph.D en Droit Public ;
Membre de l’Association française de droit constitutionnel ;
Chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Constitutionnelles, Administratives et
Financières (CERCAF), Université de Yaoundé II Soa

Résumé
La normativité des constitutions en Afrique noire francophone est fragilisée par les
silences, contresens et angles morts qui rendent difficile d’application une part essentielle du
champ constitutionnel. Le texte de la constitution du 18 janvier 1996 fait écho à ce paradigme
par son extrême laconisme dans l’encadrement de l’empêchement temporaire du président de
la république, qui porte manifestement un coup de boutoir à la continuité de l’Etat. Sous ce
rapport, il s’évince que l’économie générale de la suppléance du chef de l’Etat telle
qu’organisée par le législateur constitutionnel, expose à des incidents de conjoncture
susceptibles d’occasionner la discontinuité de la fonction présidentielle au gré des incertitudes,
lacunes, et imprécisions qui l’ont dévoyée. Un tel dévoiement, appelle nécessairement à un
aggiornamento, à une réécriture de la Constitution, en vue de restaurer l’encadrement de
l’empêchement temporaire sur l’échiquier de la norme fondamentale comme un adjuvant de la
continuité de la fonction présidentielle et de l’Etat.

Mots-clés : Empêchement temporaire, Suppléance, Président de la république,


constitutionnalisme, Continuité de la fonction présidentielle, Vacance, Intérim

Abstract:
The normativity of constitutions in French-speaking black Africa is weakened by the
silences, contradictions and blind spots that make it difficult to apply an essential part of the
constitutional field. The text of the constitution of 18 January 1996 echoes this trend through
its extreme laconism in the framework of the temporary impediment of the president of the
republic, which clearly undermines the continuity of the state. In this respect, it is clear that the
constitutional arrangements for deputising for the Head of State expose him to incidents likely
to cause the presidential office to be discontinued as a result of the uncertainties, gaps and
imprecisions that have led to it going astray. Such misuse necessarily calls for an
aggiornamento, a constitutional rewrite, with a view to restoring temporary impediment to the
chessboard of the fundamental norm as an adjunct to the continuity of the State and the
presidential function.
Keywords: Temporary impediment, Substitution, President of the Republic,
constitutionalism, Continuity of the presidential function, Vacancy, Interim.

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L’évolution constitutionnelle des pays africains de succession française symbolisée par


le nouveau constitutionnalisme africain, s’est accompagnée d’un mouvement bivalent de
dépersonnalisation-institutionnalisation du pouvoir politique avec en ligne de mire la
permanence et la continuité dans le fonctionnement des institutions1. L’idée force qui a sous-
tendue cette dynamique constitutionnelle, est celle d’aller par-delà les contingences
personnelles des individus qui incarnent les pouvoirs constitués afin d’assurer de façon
constante la satisfaction de l’intérêt général et partant, la continuité de l’Etat. De manière
sibylline, l’autre dessein visé est celui de garantir que les mécanismes de dévolution provisoire
ou définitive du pouvoir politique, respectent l’économie générale du pacte constitutionnel2.
Deux exigences fondamentales régissent dès lors cette institutionnalisation du pouvoir
politique : l’exigence de continuité fonctionnelle et l’exigence de continuité structurelle 3. La
première se situe dans l’ordre positif. Elle requiert que les mécanismes de remplacement ou de
suppléance du président de la république soient aussi simples et efficaces que possible, de sorte
que le vide ouvert à la tête de l’Etat n’affecte ni la fonction exécutive ni le pouvoir dans leur
permanence. La seconde qui ressortit de l’ordre normatif, commande que les mécanismes de
dévolution du pouvoir présentent un degré minimal de compatibilité aux principes généraux du
système constitutionnel dans lequel ils s’insèrent. Ces deux impératifs d’efficacité pratique et
de cohérence juridique ont été intégrés par les constituants africains dans le cadre de
l’aménagement de la fonction présidentielle au moyen de deux procédures constitutionnelles
dont l’une est consécutive au constat de l’incapacité absolue ou de l’empêchement définitif4
(Intérim)5 et l’autre consécutive au constat de l’incapacité relative ou de l’empêchement
temporaire (Suppléance)6.

1
Ba (B.), « L’évolution constitutionnelle des pays africains de succession française », Annales Africaines,
Nouvelle série, Volume 2, Décembre 2020, N°13, pp 1-59
2
Juillard (P.), « La continuité du pouvoir exécutif », Mélanges offerts à Georges BURDEAU, Revue Le Pouvoir,
LGDJ, 1977, pp 158-177
3
Ibid., P.160
4
On fera ici une remarque terminologique. L’incapacité résulte davantage des causes endogènes (dégradation de
la santé physique ou affaiblissement des facultés intellectuelles) qui placent celui qui en est victime dans
l’impossibilité d’assumer sa charge. L’empêchement pour sa part semble résulter de causes exogènes qui
contrarient l’exercice de la fonction.
5
L’intérim renvoie à un vide organique. Il s’agit d’un mécanisme juridique destiné à résorber les problèmes de
discontinuité dans l’action administrative et politique. A la différence de la suppléance qui doit être prévue et
organisée par un texte qui désigne l’autorité chargée de l’assurer, l’intérim s’exerce sans texte (voir Conseil d’Etat,
ass, 22 Octobre 1971, Fontaine, R.626). En droit constitutionnel, l’intérimaire est l’autorité ou l’organe chargé de
remplacer le titulaire qui ne reviendra plus à son poste suite à un empêchement au caractère définitif et irréversible.
6
L’empêchement temporaire du président de la république autorise le recours à un procédé qui techniquement
s’appelle la suppléance. La suppléance permet en cas de doute sur la disponibilité du président, d’assurer la
continuité de l’Etat en procédant au remplacement provisoire de celui-ci jusqu’à son retour à son poste.
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Ces deux signes constitutionnels destinés à maintenir la continuité de la fonction


présidentielle sont omniprésents dans le concert des constitutions républicaines en Afrique
noire, qui dans leur quasi-totalité procèdent à des démarches comparables. Elles distinguent
chacune mutatis mutandis deux régimes de l’empêchement du président de la république à
savoir : l’empêchement temporaire et l’empêchement définitif. C’est notamment l’objet de
article 46 de la nouvelle constitution gabonaise qui dispose que « En cas d’empêchement
temporaire du Président de la République dûment constaté par la Cour Constitutionnelle, sur
saisine des Présidents des deux Chambres du Parlement ou du Vice-Président du
Gouvernement, le Vice-Président de la République exerce provisoirement les fonctions de
Président de la République […] En cas de vacance de la Présidence de la République pour
quelque cause que ce soit ou d’empêchement définitif de son titulaire, constatés par la Cour
Constitutionnelle saisie soit par le Bureau de l’ Assemblée Nationale statuant à la majorité des
deux tiers (2/3) de ses membres, soit à l’initiative du Vice-Président du Gouvernement après
convocation du Conseil des Ministres statuant à la majorité simple de ses membres, les
fonctions de Président de la République, à l’exception de celles prévues aux articles 66,
67,68,69,70,71,72,73,145 et 156 sont provisoirement exercées par le Président du Sénat, et, si
celui-ci est empêché à son tour, par le Premier Vice-Président du Sénat ». Symétriquement, les
articles 81 et 83 de la constitution Centrafricaine du 30 aout 2023 énoncent que « En cas de
démission, destitution, d’empêchement définitif ou de décès du président de la république, le
vice-président assure l’intérim jusqu’à l’élection du nouveau président de la république […]
Le vice-président supplée le président de la république lorsque celui-ci est hors du territoire
national ».
Dans le même sillage que les constituants gabonais et centrafricains, nombre de
constituants en Afrique noire francophone, en vue d’assurer la continuité de l’Etat, consacrent
et distinguent l’empêchement temporaire et l’empêchement définitif du chef de l’Etat, même si
l’on peut souligner de-ci de-là quelques particularismes lexicaux7. Mais comme souvent, la
situation en contexte camerounais ne ressemble à aucune autre.
En effet, l’ipséité du droit constitutionnel camerounais sur la question de
l’empêchement du Président de la République laisse poindre une dénivellation dans l’approche

7
Ces particularismes procèdent en réalité d’erreurs lexicales commises par les constituants. Ces derniers utilisent
indistinctement l’intérim et la suppléance pour renvoyer tantôt à la même réalité tantôt inversement. C’est le cas
des constituants béninois et sénégalais. Le constituant béninois de 1990 commet une erreur terminologique en
désignant comme intérim une réalité constitutionnelle qui correspond plutôt à la suppléance (voir article 50 de la
Loi n°90-32 du 11 Décembre 1990 portant constitution de la république du Benin). Pour sa part, le constituant
sénégalais commet l’erreur inverse en désignant la réalité constitutionnelle qu’est l’intérim par le terme suppléance
et inversement (voir les articles 39 et 40 de la loi n°2001-003 du 22 janvier 2001 portant constitution du Sénégal).
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de ses deux composantes. Tandis que l’empêchement définitif (la vacance présidentielle) est
sublimé au moyen d’un article kilométrique et suffisamment loquace8, l’empêchement
temporaire (la suppléance) est relégué à un article laconique, au vocabulaire peu rigoureux et à
l’efficacité relative quant à la résolution de la question de l’empêchement momentané du
président de la république. Cet article a la teneur suivante : « en cas d’empêchement temporaire,
le président de la république charge le premier ministre ou, en cas d’empêchement de celui-ci
un autre membre du gouvernement, d’assurer certaines de ses fonctions, dans le cadre d’une
délégation expresse »9. A la lecture cursive et autonomiste de cette disposition, il en ressort que
la suppléance résultant de l’empêchement temporaire du président de la république ne peut
jouer sans une délégation expresse, ce qui suppose que le président doit être en mesure (état de
conscience) de la donner10. À priori simple dans son principe, cette règle est cependant malaisée
dans son application.
En réalité, cette suppléance délégative centrée autour de la volonté exprimée du
président de la république, présente le péché originel de l’inefficacité face à un cas de figure
pourtant envisageable : qu’adviendrait-il de la continuité au sommet de l’Etat si le président de
la république, empêché temporairement pour une raison médicale (Accident Vasculaire et
Cérébral, coma) ne serait pas en mesure d’exprimer sa volonté délégante afin de désigner un
suppléant ? La réponse n’est pas évidente.
Ce diagnostic constitue sans doute un bon prétexte pour aborder la question de
l’empêchement temporaire du chef de l’état et la continuité de la fonction présidentielle au
Cameroun. Une telle étude qui juxtapose des aspects constitutionnels et politiques est davantage
digne d’intérêt dans un contexte où la durée du mandat présidentiel renouvelable indéfiniment,
l’âge relativement avancé du président de la république et de la plupart des candidats à l’élection
présidentielle à venir, ne rendent pas plus improbable l’hypothèse d’un empêchement
temporaire du président de la république.

a- L’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau Président de la
République, par le Président du Sénat. Et si ce dernier est, à son tour empêché, par son suppléant suivant l’ordre
de préséance du Sénat. b- Le Président de la République par intérim - le Président du Sénat ou son suppléant - ne
peut modifier ni la Constitution, ni la composition du Gouvernement. Il ne peut recourir au référendum. Il ne peut
être candidat à l’élection organisée pour la Présidence de la République. c- Toutefois, en cas de nécessité liée à
l’organisation de l’élection présidentielle, le Président de la République par intérim peut, après consultation du
Conseil Constitutionnel, modifier la composition du Gouvernement ».
9
Voir l’article 10 alinéa 3 de la constitution
10
Ngango Youmbi (E.M), « En attendant le conseil constitutionnel [Godot] : de la distinction entre « empêchement
temporaire » et « empêchement définitif » du président de la république », Droit et politique en Afrique, Revue
africaine de la recherche juridique et politique, n°2, Vol 1, Octobre 2024, pp 1-12 ;
REVUE AFRICAINE DE DROIT CONSTITUTIONNEL N°2 JUIN 2025
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Le concept d’empêchement impose une hygiène notionnelle rigoureuse, propitiatoire à


son intelligibilité. Ontologiquement, l’empêchement suppose l’idée de l’intervention d’un
facteur de gêne, d’une entrave ou encore d’un obstacle à la réalisation d’une chose, à l’exercice
d’une fonction11. Le lexique des termes juridiques pour sa part appréhende l’empêchement
comme « un Obstacle à l’accomplissement d’une mission 12». En droit constitutionnel, la notion
d’empêchement a été systématisée par Jean-Marie Auby et désigne selon le Doyen « tout motif
qui met provisoirement ou définitivement le titulaire d’une compétence dans l’impossibilité
d’exercer celle-ci13». Suivant le dictionnaire constitutionnel, l’empêchement est « un obstacle
à l’exercice d’un mandat, d’une fonction ou d’un droit14 ». Dans ce cas, si la conséquence de
l’empêchement est non pas le vide normatif, mais le vide organique, sa cause pour sa part est
un fait temporaire ou permanent qui rend impossible la poursuite d’un mandat ou d’une
fonction.
Envisagé de manière permanente, l’empêchement du président de la république [qui
est le chef de l’Etat]15 dans le constitutionnalisme camerounais révèle une constante et une
variable. La constante est que le décès et la démission ne figurent pas au rang de causes de
l’empêchement définitif du président de la république. Il s’agit là d’une déduction logique tirée
de l’application du principe général de droit « ubi lex non distinguit nec nos distinguere
debemus » qui signifie littéralement que « là où la loi n’a pas distingué, nous non plus ne
devons pas distinguer ». À rebours, ce principe général de droit emporte que là où la loi a pris
le soin de distinguer, il faut logiquement tenir compte de la distinction. En l’espèce, le
législateur constitutionnel camerounais du 18 janvier 1996, distingue l’empêchement définitif
du président de la république de son décès ainsi que de sa démission. Ladite distinction apparaît
à la lecture de l’alinéa 4 de l’article 6 de la constitution qui dispose : « En cas de vacance du
président de la république pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif
constaté par le Conseil Constitutionnel…16».
Pour la variable, elle tient de l’absence d’un contenu fixe de l’empêchement définitif et
qui est tributaire de l’intervention tant de la constitution que de la conscience humaine dans sa
détermination. Seulement et fort à propos, la théorie constitutionnelle enrichie par le droit

11
Dictionnaire Larousse, édition 2016, p.142
12
Guinchard (S.) et Debard (Th.), Lexique des termes juridiques, Dalloz, 2017-2018, p.867
13
Auby (J-M), « L’intérim », RDP, 1966, pp 864-883
14
De Villiers (M.) et Le Divellec (A.), Dictionnaire du droit constitutionnel, 7e édition, Paris, Sirey, 2009, p.144
15
En effet, l’article 5 alinéa 1 de la constitution identifie le Président de la République comme le « le chef de
l’Etat ». Il y a donc en droit camerounais, une confusion terminologique et organique entre ces deux réalités
constitutionnelles.
16
Voir l’article 6 alinéa 4 de la constitution.
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constitutionnel comparé a pu donner une substance à la notion de l’empêchement définitif dont


les causes pourraient alors être constituées de : l’incapacité physique grave du président de la
république, sa destitution suite à une condamnation par la Haute cour de justice pour haute
trahison, son incapacité psychique ou mentale grave ou encore l’abandon de fonction sans
démission17.
Envisagée de manière temporaire, l’empêchement du Président de la république dans le
constitutionnalisme camerounais renvoie l’image d’un angle mort, d’une zone sans visibilité
claire et franche en dépit d’une consécration constitutionnelle constante dans le temps. A la
vérité, le constituant a toujours prévu un dispositif qui encadre l’empêchement temporaire du
président de la république. Avant 1984, c’est le premier ministre ou un autre membre du
gouvernement qui pouvait être désigné par le chef de l’Etat à l’effet d’exercer ses fonctions en
cas d’empêchement temporaire18. A ce propos, l’article 7 de la constitution de la république
unie du Cameroun du 2 juin 1972 disposait que : « en cas d’empêchement temporaire, le
président de la république peut désigner un des membres du gouvernement pour exercer ses
fonctions dans le cadre d’une délégation de pouvoir ». Après 1984 et la disparition du poste de
premier ministre, la suppléance du Président de la république, chef de l’Etat et chef du
gouvernement devait être assurée par un ministre de son choix le cas échéant19. Avec le retour
en grâce du poste de premier ministre, ce dernier redevient le suppléant désigné du chef de
l’Etat, qui ne peut lui substituer un autre membre du gouvernement qu’en cas d’empêchement
de celui-ci20.
Malgré sa consécration constitutionnelle, le contenu de l’empêchement temporaire
demeure insaisissable. Cette insaisissabilité met en porte-à-faux la garantie de la continuité de
l’Etat et partant, celle de la fonction présidentielle. La continuité de l’Etat est mentionnée
expressis verbis à l’article 5 alinéa 2 de la constitution qui énonce que le Président de la
république est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la
permanence et de la continuité de l’Etat. Elle postule que l’Etat doit continuer à assurer l’ordre
public et à offrir ses services à sa population quelques soient les circonstances 21. Pour cela,

17
Lire à ce propos, Sobze Serge François « la suppléance du président de la république en Afrique francophone
», Revue de la recherche juridique-Droit prospectif, n°2, 2019, pp 850-885 ; Ngango Youmbi (E.M), « En attendant
le conseil constitutionnel [Godot] : de la distinction entre « empêchement temporaire » et « empêchement définitif
» du président de la république », Droit et politique en Afrique, Revue africaine de la recherche juridique et
politique, n°2, Vol 1, Octobre 2024, pp 1-12 ; Lire aussi Abane Engolo P-E « l’empêchement définitif du président
de la république en droit camerounais», Revue Africaine de Droit Public, n°1, 2012, pp 183-204 ;
18
Voir notamment l’article 21 de la constitution du 4 mars 1960
19
Voir l’article 7 de la loi n°84-01 du 4 février 1984 modifiant la constitution du 2 juin 1972
20
Voir l’article 10 alinéa 3 de la constitution du 18 janvier 1996
21
Truchet (D.), Droit administratif, 5e Édition, PUF, Paris, 2013, P. 359
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l’Etat ne doit pas s’arrêter, ni lui-même ni dans ses institutions, ni dans ses compétences, afin
d’assurer de façon constante la satisfaction de l’intérêt général. Ce principe général de droit
constitutionnel implique ipso facto la continuité fonctionnelle de l’institution présidentielle.
Système de compétences définies par la constitution, la fonction présidentielle est
conférée au chef de l’Etat, personne physique placée à la tête de cette institution pour une durée
en principe limitée. Sa permanence est un corollaire de la continuité et de l’identité de l’Etat22.
Elle vise à garantir la pérennité de la gestion des affaires du pays. Pour cela, la fonction
présidentielle doit fonctionner sans interruption ni à-coups qui seraient notamment tributaires
des contingences personnelles. Si l’individu qui représente l’organe présidentiel et en accomplit
l’activité peut être défaillant le cas échéant, la permanence de l’activité et de l’organe
présidentiel doit être garantie. En l’occurrence, il faut garantir que les mécanismes
constitutionnels prémunissent le fonctionnement des pouvoirs publics contre tout vide
institutionnel au sommet de l’Etat. Et même s’il est illusoire d’imaginer la constitution comme
une circulaire explicative devant aller aussi loin que possible dans le détail, il faut néanmoins
reconnaitre qu’en tant que source principale du droit constitutionnel, il revient à la constitution
de prévoir, d’anticiper les différentes situations qui peuvent affecter le fonctionnement du
pouvoir et partant, l’évitement d’une crise de la discontinuité organique et fonctionnelle des
pouvoirs constitués.
En la matière, l’actualité constitutionnelle récente est d’ailleurs révélatrice de l’urgence
de l’analyse de la question de l’empêchement temporaire du président de la république sous le
prisme du phénomène constitutionnel en mouvement au Cameroun23. Le séjour relativement
prolongé du président de la république à l’étranger24 a fait couler beaucoup d’encres et d’octets.
Il a notamment donné lieu à un storytelling médiatique sans précédent qui a été marqué par
l’émergence d’une construction imaginaire selon laquelle, l’ouverture de la vacance
présidentielle doit être déclarée après 45 jours d’absence du président de la république y
compris pour des raisons de santé. L’on est d’ailleurs monté d’un cran dans la polémique suite
aux affirmations de certains exégètes bénévoles de la constitution selon lesquelles il existerait
un « vide juridique » à propos de la vacance présidentielle. Minoré, relégué, l’empêchement
temporaire n’a que très rarement été invité au débat des constitutionnalistes alors même que le

22
Juillard P., « La continuité du pouvoir exécutif », opcit, p.158
23
Par « phénomène constitutionnel en mouvement au Cameroun », il faut entendre le « constitutionnalisme
camerounais » Lire à propos de la définition du « constitutionnalisme », Kamto (M.), Pouvoir et droit en Afrique
Noire : Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les États d’Afrique Noire francophone, Paris, LGDJ,
Collection Bibliothèque africaine et malgache, tome 43, 1987, p. 43.
24
Ladite absence a été comptabilisée à 49 jours
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séjour sanitaire du président de la république à l’étranger eut été une parfaite occurrence
d’exhibition.
Pour autant, la dynamique constitutionnelle du Cameroun orientée vers la
démocratisation et l’institutionnalisation du pouvoir, laisse poindre jusqu’ici une certaine
maturité de l’écriture constitutionnelle sur fond de prédictibilité de la norme constitutionnelle.
Seulement, quoique méritoire, cette avancée du constitutionnalisme camerounais ne parvient
pas à expurger les lacunes et reflux constitutionnels qui se révèlent à l’aune de l’exerçabilité du
droit. C’est dans cette perspective qu’il convient de poser la question suivante : quel regard
appréciatif peut-on résolument jeter sur l’empêchement temporaire du chef de l’État en
rapport avec la continuité de la fonction présidentielle ? Cette interrogation qui pourrait
revêtir une importance politique est de nature purement juridique. Elle invite à l’évaluation de
la qualité de la norme constitutionnelle25 et son aptitude à réaliser sans préjudice, l’objectif de
la continuité de l’État.
La mobilisation des éléments de méthodologie du positivisme26dans sa dimension
pragmatique27permet de dresser le constat d’une réalité au moins duale : en l’état du
constitutionnalisme camerounais, l’aménagement de l’empêchement temporaire du chef de
l’État constitue un frein potentiel à la continuité de la fonction présidentielle. D’où qu’il faut
l’envisager comme une solution constitutionnelle à la discontinuité de cette fonction.
Autrement dit, le constat de la préhension constitutionnelle de l’empêchement temporaire du
chef de l’État comme facteur de discontinuité de la fonction présidentielle(I), nécessite
inéluctablement son appréhension comme vecteur de continuité de ladite fonction (II).

I. LA PREHENSION DE L’EMPECHEMENT TEMPORAIRE DU CHEF DE


L’ETAT COMME VECTEUR DE DISCONTINUITE DE LA FONCTION
PRESIDENTIELLE

La préhension constitutionnelle de l’empêchement temporaire du Président de la


république en droit camerounais est marquée du sceau du laconisme et de la subjectivation.
Dans sa configuration, le législateur constitutionnel fait la part belle au Président de la
république qu’il met au centre de la procédure par l’octroi d’un pouvoir quasi-discrétionnaire
en la matière. Aux termes de la constitution, c’est le chef de l’Etat qui confie personnellement

25
Abane Engolo (P. E.), « La notion de qualité du droit », RADSP, vol. 1, n° 1, jan-juin 2013, pp. 87-110.
26
Champeil-Desplats (V.), Méthodologies du droit et des sciences du droit, Paris, Dalloz, Coll. Méthodes du droit,
2014, P.9
27
Oppetit (B.), Philosophie du droit, Paris, Dalloz, 1999, P.57
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certaines de ses fonctions au Premier Ministre ou à un autre membre du gouvernement. Mais


davantage, il définit lui-même le cadre desdites fonctions et surtout détermine lui-même les
situations de son empêchement temporaire. A priori, cette ingénierie constitutionnelle pourrait
trouver son fondement d’une part dans la peur des reversements politiques suscitée par le goût
du pouvoir du suppléant qui voudrait devenir un « calife à la place du calife ». Et d’autre part,
la volonté de garantir au président en fonction, la sécurité et la stabilité politique nécessaire à
un exercice paisible de son mandat.
Qu’à cela ne tienne, la noblesse que l’on pourrait prêter à cette ambition
constitutionnelle se révèle à la vérité une source d’incertitudes et de lacunes qu’il convient
d’objectiver. En effet, il subsiste des incertitudes sur le déclenchement de l’empêchement
temporaire du président de la république (A) ainsi que des lacunes quant à son
aboutissement(B).
A. Les incertitudes sur le déclenchement de l’empêchement
temporaire
Telle que pratiquée dans le constitutionnalisme camerounais, la technique de
l’empêchement temporaire présente des zones d’incertitude dans son déclenchement et qui
portent un coup de boutoir à son efficacité. En l’espèce, il subsiste une indétermination des faits
générateurs (1) ainsi qu’une imprécision procédurale (2) qui sont rédhibitoires dans la
perspective d’une garantie de la continuité de la fonction présidentielle.

1) L’indétermination des faits générateurs


La réalité de l’empêchement temporaire du président de la république est délicate à
cerner dans le constitutionnalisme camerounais. En cause, l’absence de détermination par le
constituant, des faits générateurs à l’origine du déclenchement de cette procédure
constitutionnelle. Seulement, et fort à propos, la constatation de l’empêchement temporaire (à
l’instar de celle de la vacance présidentielle fixée à l’article 6 alinéa 4) est tributaire de la
détermination par l’autorité constitutionnellement habilitée, d’un « évènement » ou d’une
situation matérielle préalablement identifiée par le texte de la constitution comme déclencheur
de la procédure de l’empêchement temporaire du président de la république. A ce propos, il
convient de relever qu’en la matière, le législateur constitutionnel camerounais a manifestement
fait preuve sinon d’une omission oublieuse volontaire, au moins de désinvolture, en énonçant
tout juste l’empêchement temporaire du président et en se gardant d’en déterminer les causes.
A titre comparé, une telle absence lacunaire a d’ailleurs conduit le juge constitutionnel
gabonais, suite à l’hospitalisation du président Ali Bongo Ondimba après un AVC, à réécrire

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l’article 13 de la constitution afin de « compléter »28 les dispositions relatives à l’indisponibilité


temporaire du président de la république29.
D’une façon générale, aucune liste exhaustive de causes susceptibles de donner lieu à
un empêchement temporaire n’a jamais été établie. Les constituants en la matière font preuve
de beaucoup de circonspection. Ils se gardent en effet d’intervenir dans ce domaine, compte
tenu des critères subjectifs de la situation en cause. Même dans la constitution de la Ve
république, longtemps prise en modèle par les premiers constituants des pays d’Afrique noire
francophone, les motifs de déclenchement de l’empêchement temporaire demeurent flous30.
Toutefois, un essai de systématisation des motifs de déclenchement de l’empêchement
temporaire du président de la république peut être réalisé à la lumière du droit comparé et de la
doctrine constitutionnelle. Sous ce rapport, l’on a pu dégager des faits générateurs tantôt situés
tantôt en situation, en fonction que ceux-ci font l’objet d’une application constante par les
constitutions étrangères ou qu’ils sont révélés par les constructions logiques de la doctrine
constitutionnelle.
S’agissant des faits générateurs situés, à raison de leur application constante par les
constitutions étrangères, l’on identifie d’entrée l’absence du territoire du président de la
république. Ainsi, dès lors que le président de la république quitte le territoire national et se
retrouve en territoire étranger, il y a déclenchement de la procédure de l’empêchement
temporaire. L’on retrouve cette conception dans la constitution centrafricaine qui dispose que
« le vice-président supplée le président de la république lorsque celui-ci est hors du
territoire 31». Pareillement, la constitution béninoise du 10 décembre 1990 (dans sa version
initiale) énonce que « En cas d'absence du territoire, de maladie et de congé du-président de
la République, son intérim est assuré par un membre du Gouvernement qu'il aura désigné et
dans la limite des pouvoirs qu'il lui aura délégués 32». Bien que d’application constante, cette
posture des constituants béninois et centrafricain est sujette à caution. A l’observation, compte

28
Décision n°2019/CC du 14 Novembre 2018 relative à la requête du premier ministre tendant à l’interprétation
des dispositions des articles 13 et 16 de la constitution.
29
En l’absence du président Ali Bongo Ondimba, hospitalisé le 24 octobre 2018 à l’hôpital King Faisal de Riyad
à la suite d’un AVC, le Conseil Constitutionnel a procédé à la réécriture d’un alinéa à l’article 13 de la Constitution
concernant l’empêchement du président de la République à exercer ses fonctions. Jugeant que l’article 13 comporte
« une lacune qu’il convient de combler », l’alinéa ajouté précise que cette disposition s’applique « en cas
d’indisponibilité temporaire du président du la République pour quelque cause que ce soit, certaines fonctions (…)
peuvent être exercées, selon le cas, soit par le vice-président de la République, soit par le Premier ministre, sur
autorisation spéciale de la Cour constitutionnelle ».
30
Meyer-Heine (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république :
les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », Petites affiches, n°90, 1995, pp 1-9
31
Voir article 83 alinéa 2 de la constitution du 30 Aout 2023.
32
Voir article 50 alinéa 4 de la constitution du 10 décembre 1990.
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tenu du développement des moyens de transport et de télécommunication, le président de la


république même hors du territoire peut rester en relation constante avec son pays 33. Il a la
possibilité de présider « en distanciel » à tout moment un conseil des ministres qu’il aurait
décidé de convoquer. Il n’est donc plus justifié de déclencher systématiquement la procédure
de l’empêchement temporaire pour cause d’absence du territoire du chef de l’Etat34.
Dans le même ordre des idées, il apparait inopportun de déclencher la procédure
d’empêchement temporaire du président de la république en cas d’absence du territoire pour
cause de voyages officiels35. En sa qualité de représentant de l’Etat dans tous les actes de la vie
publique et de chef de la diplomatie36, il est amené à exercer la fonction présidentielle en dehors
du territoire national. Toutefois, dans le cas d’un voyage officiel, la fin de l’objet du voyage
justifie le retour du président37. En cas de non-retour et après épuisement d’un « délai
raisonnable de route » à lui attribué, ce dernier peut être considéré comme temporairement
empêché. Cette hypothèse est également envisagée en ce qui concerne les voyages privés et les
congés du président de la république. En effet, en tant qu’autorité administrative38, le président
de la république a le droit pour un moment de prendre des congés tout comme il peut effectuer
des séjours privés à l’étranger pour des motifs personnels. Dans un cas comme dans un autre,
il y a supposition du caractère provisoire et bref de la période d’absence39. En outre, l’objet de
l’absence du chef de l’Etat est détachable de l’exercice international de la fonction
présidentielle. Traditionnellement, le président de la république délègue certaines de ses
fonctions à un membre du gouvernement. C’est donc à bon droit que ces circonstances peuvent
déclencher l’empêchement temporaire du président de la république40.
Les cas de maladies ou incapacité physique voire intellectuelle peuvent également
causer l’empêchement temporaire du président de la république. Dans certains cas, ils peuvent
d’ailleurs déclencher son empêchement définitif41. Et même s’il n’est pas toujours aisé de

33
Meyer-Heine (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république :
les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », opcit, p.2
34
Idem
35
Ils désignent les déplacements effectués dans le cadre de fonctions officielles (Visites d’Etat)
36
Voir article 8 alinéa 1 de la constitution.
37
Kenfack Temfack (E.), « la vacance de la présidence de la république en droit constitutionnel camerounais »,
AFRILEX, Novembre 2018, p.22
38
Ondo Ebang (M.W.), Le Président de la République, autorité administrative en droit camerounais, Thèse de
Doctorat, Université de Yaoundé II Soa, 2018, 409p
39
Abane Engolo (P-E.) « L’empêchement définitif du président de la république en droit camerounais », opcit,
p.202
40
Ardant (P.), Institutions politiques et droit constitutionnel, 19e Ed. LGDJ, Paris 2007, p.459
41
L’empêchement définitif lié à la santé du président de la république est constitué lorsque ce dernier se retrouve
affecté d’une atteinte grave et incurable qui le prive de la jouissance de toutes ses facultés intellectuelles ou qui le
rend indisponible à exercer sa fonction ou incapable à continuer à diriger.
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diagnostiquer une maladie ou de prévoir son évolution, il est nécessaire pour le constituant de
déterminer un seuil de gravité au-delà duquel le chef de l’Etat en exercice mériterait d’être
momentanément remplacé. D’emblée, les cas de maladies bénignes méritent d’être écartées
dans la mesure où le critère devant permettre d’envisager l’incapacité est celui de l’atteinte
substantielle à la faculté d’assumer ses fonctions42. En l’espèce, les critères objectifs et
subjectifs semblent pouvoir y contribuer. Le critère objectif n’entraine pas d’appréciation
personnelle. Il s’agit de l’indisponibilité physique qui consisterait en une immobilisation dans
une maison de santé ou sur un lit d’hospitalisation. Pour leur part, les critères subjectifs sont
plus difficiles à établir car ils mêlent passions partisanes et arrières pensées politiques. Ils
concernent l’état mental du président de la république et le caractère réversible de la maladie.
Il s’agit d’une part des capacités d’appréciation, de décision et de concentration qui sont
indispensables à l’exercice de la fonction présidentielle43. D’autre part, il s’agit du caractère
grave et réversible de l’incapacité physique ou intellectuelle qui frappe le chef de l’Etat. Les
maux concernés sont ceux qui durent et qui sont curables. Le soin de leur appréciation est
généralement réservé à un « collège de médecins » désigné ou agrée par la Cour
constitutionnelle44. Au Cameroun, la mise sur pieds de ce type d’organe n’est pas expressément
prévue par la constitution. Néanmoins, l’on peut conjecturer que le Conseil constitutionnel,
organe régulateur du fonctionnement des institutions45 n’hésiterait pas à recourir à une telle
institution le cas échéant pour fonder sa religion sur une telle question.
S’agissant des faits générateurs en situation, à raison de leur découverte par la doctrine
constitutionnelle, l’on a pu identifier l’absence, la captivité et la mise en accusation du président
de la république.
Envisagée au sens civiliste comme la situation d’une personne qui « a cessé de paraitre
au lieu de son domicile ou de sa résidence sans que l’on ait eu de nouvelles 46», l’absence du
président de la république peut déclencher l’empêchement temporaire d’exercer sa fonction.
Certes, il n’y a pas de connaissance exacte sur le lieu où il se trouve, il n’y a non plus
d’inquiétude sur l’existence physique du chef de l’Etat dans la mesure où ce dernier n’a pas été
exposé à un évènement particulier susceptible de faire présumer son décès. Ainsi, dans l’optique
de privilégier la continuité de l’Etat, l’hypothèse de l’empêchement temporaire sera retenue tant

42
Abane Engolo P-E « l’empêchement définitif du président de la république en droit camerounais », opcit, p.187
43
Meyer-Heine (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république :
les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », opcit. P.3
44
C’est notamment le cas du Congo où un collège de médecins a été désigné par la Cour constitutionnelle pour
examiner le président Sassou Nguesso soupçonné d’être malade.
45
Voir article 46 de la constitution.
46
Voir article 112 et suivants du code civil
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que les délais de l’absence sont brefs et que les circonstances ne prêtent pas à équivoque47.
Seuls les circonstances et le prolongement de l’absence peuvent conduire au basculement de
l’empêchement temporaire vers un empêchement définitif.
Pour sa part, la captivité est définie comme l’état d’une personne privée de sa liberté à
raison de faits qui peuvent être légaux ou illégaux. Jadis, l’éventualité d’une prise d’otage ou
d’un enlèvement d’un chef d’Etat faisait sourire. Mais la montée du terrorisme international a
rendu cette hypothèse plus plausible. Le président de la république chinoise, le Maréchal
Tchang Kai Chek, fut enlevé par les rebelles communistes en 1936. Plus récemment, le
président nigérien Mohamed Bazoum a été « enlevé et séquestré » par des mutins de garde
présidentielle. Du fait de son enlèvement, le président est un temps indisponible à assurer ses
fonctions. C’est la raison pour laquelle la doctrine constitutionnelle n’a pas hésité à considérer
la captivité comme une cause de l’empêchement temporaire du président de la république48.
L’incapacité politique du président de la république tirée de sa mise en accusation
devant une « haute cour » peut également déclencher son empêchement temporaire49. Bien que
présumé innocent dans le cadre de cette procédure, la tradition républicaine et la préservation
de l’image du chef de l’Etat conduirait celui-ci à se mettre temporairement en retrait de
l’exercice de ses fonctions. En droit constitutionnel camerounais, aucune procédure n’a précisé
si le chef de l’Etat était ou non en mesure d’exercer ses fonctions pendant le temps qui s’écoule
entre sa mise en accusation devant la haute cour de justice et son jugement 50. Mais
vraisemblablement, le chef de l’Etat conserverait ses fonctions. La tendance est toutefois
différente en Allemagne où l’article 61 alinéa 2 de la loi fondamentale énonce que « par mesure
provisoire après la mise en accusation, le tribunal constitutionnel peut déclarer que le président
de la république fédérale est empêché d’exercer ses fonctions ». Les pouvoirs sont alors exercés
temporairement par le président du Bundestag. Aux Etats-Unis, la mise en accusation du
président de la république dans le cadre de la procédure de « l’impeachment » ne justifie pas
automatiquement son empêchement temporaire. Celui-ci est fonction de la majorité au
congrès51.

47
Guglielmi (G.J), « Malaise dans la constitution : l’empêchement du président de la république », in
[Link] Consulté le 15 septembre 2019
48
Richir(I.), Le président de la république et le conseil constitutionnel, PUF, 1998, p.144
49
Meyer-Heine(A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république :
les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », opcit. P.3
50
Voir l’article 53 de la constitution.
51
Le président Andrew JOHNSON, en 1968, garda l’intégralité de ses pouvoirs et gouverna sans que ses fonctions
ne soient contestées alors qu’il était sous le coup d’une procédure d’impeachment.
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2) L’imprécision procédurale

La procédure constitutionnelle de l’empêchement temporaire du président de la


république se présente sous la forme d’une succession de formalités dont les faits générateurs
ne constituent que la rampe de lancement. Par-delà le déclenchement, sa complétude est
subordonnée à la définition et au respect de formalismes procéduraux préalablement définis par
le texte de la constitution à savoir : l’organe détenteur du droit d’action, celui investi de la
compétence de constater l’empêchement temporaire, les délais de réponses, la nature ainsi que
le processus mécanique de constatation effective de l’empêchement. A titre comparé, ces
différentes étapes sont rigoureusement définies par la constitution52 et le code électoral53 en ce
qui concerne la procédure de constatation de l’empêchement définitif du président de la
république54. Dans le cadre de l’aménagement de l’empêchement temporaire, la constitution et
les textes infra-constitutionnels brillent plutôt par le silence et l’ostracisme.
Primo, l’autorité constitutionnellement habilitée à introduire une demande de constat de
l’empêchement temporaire du président de la république n’est pas clairement identifiée. Dans
le cadre de la procédure de l’empêchement définitif, la loi électorale attribue cette compétence
au président de l’Assemblée nationale aux termes de l’article 145 alinéa 2 dont la teneur
renseigne que l’empêchement définitif du président de la république est constaté par le Conseil
Constitutionnel « saisi à cet effet par le président de l’Assemblée Nationale, dans les conditions
fixées par voie règlementaire ». En droit français, c’est au Gouvernement que le constituant
attribue de manière exclusive ce droit de saisine55. En droit camerounais, l’on peut conjecturer
en application de la méthode de raisonnement symétrique (qui a le mérite de la logique), que le
président de l’Assemblée nationale pourrait logiquement être investi de ce droit d’action par le
biais d’une requête datée et signée. Pareillement, eu égard à la dimension subjective de
l’appréciation de l’état de santé du président de la république, ce dernier pourrait lui-même être
habilité dans certains cas, à saisir l’autorité constitutionnellement désignée, afin de constater
son empêchement momentané56. Il est en effet le meilleur juge de l’apparition ou de la
disparation de l’incapacité dont il fait l’objet57. Dans le même ordre des idées, le Conseil

52
Voir article 6 alinéa 4 de la constitution
53
Voir article 145 alinéa 2 de la loi n°2012/001 du 19 Avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée
par la loi n°2012/017 du 21 décembre 2012
54
Il faut cependant relever qu’il manque encore une dernière pièce du Puzzle à savoir l’intervention d’un acte
réglementaire fixant les conditions de saisine du conseil constitutionnel par le président de l’Assemblée nationale
en cas d’empêchement définitif pouvant donner lieu à la vacance.
55
Voir l’article 7 de la constitution du 4 Octobre 1958 en vigueur
56
Certes le Président de la république n’est pas un citoyen ordinaire, mais il a droit, comme tout citoyen, à ce que
son intimité médicale ne soit divulguée qu’avec son consentement.
57
Juillard P., « La continuité du pouvoir exécutif », opcit, p.164
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constitutionnel, organe régulateur du fonctionnement des institutions, peut s’auto-saisir en


application de l’article 46 de la constitution à l’effet de constater l’empêchement temporaire du
chef de l’Etat frappé d’une maladie l’empêchant d’exprimer consciemment sa volonté58.
Secundo, la forme et la nature de l’acte de saisine aux fins de constat de l’empêchement
temporaire du président de la république échappent également à la précision du législateur
constitutionnel. Pourtant, plus un acte est important, plus les formes et la procédure doivent être
solennelles. S’agissant de la forme de l’acte de saisine, si le texte de la constitution reste
silencieux à propos, la lecture de la loi portant organisation et fonctionnement du Conseil
constitutionnel permet de déduire qu’il s’agit d’une requête datée et signée par le requérant 59.
Elle doit viser les dispositions constitutionnelles pertinentes et être motivée c’est-à-dire exposer
les circonstances qui conduisent à constater l’empêchement temporaire du président de la
république.
À propos de la nature de l’acte soumis dans le but de constater l’empêchement
temporaire du chef de l’Etat, aucun texte même infraconstitutionnel ne se prononce sur sa
qualification juridique. Seulement et fort à propos, puisqu’il s’agit d’un acte qui concerne les
rapports entre les pouvoirs constitués, l’acte de saisine en cause est selon toute vraisemblance
un acte de gouvernement,60 insusceptible de tout recours juridictionnel à l’instar des décisions
du Conseil constitutionnel.
Tertio, l’imprécision constitutionnelle de la procédure de l’empêchement temporaire du
président de la république se révèle également à travers l’absence de détermination de l’autorité
constatatrice. En effet, dans son laconisme, l’article 10 alinéa 3 de la constitution élude la
question de l’autorité à qui échoit le constat par décision, de l’empêchement momentané du
chef de l’Etat. A la vérité, il convient de relever que dans la tradition constitutionnelle, cette
compétence incombe par habitude au Conseil constitutionnel ou à l’organe qui en tient lieu. En
effet, la juridiction constitutionnelle joue un rôle fondamental dans la procédure de
l’empêchement ou encore de la vacance présidentielle61. Dans le constitutionnalisme français,
le Conseil constitutionnel dispose de la compétence pleine et entière pour statuer à la majorité

58
La fonction de régulation du Conseil constitutionnel permet dans des circonstances exceptionnelles où la
continuité de l’Etat est en cause, de s’auto-saisir. Lire à propos Aba’a Oyono (J-C), « Un tryptique de posture en
oscillation dans le débat contentieux de droit public », Droit et Services, Mélanges en l’honneur du professeur
Etienne Charles LEKENE DONFACK, Etude africaines, L’Harmattan , 2024, pp 69-89
59
Voir l’article 55 de de la Loi n°2004/004 du 21 Avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil
constitutionnel
60
Voir la jurisprudence de la cour suprême en 2008 sur la requête du SDF affaire nomination membre du conseil
électoral d’ELECAM joseph Owona
61
Blacher (P.), « les pouvoirs discrétionnaires du chef de l’Etat, sources de la présidentialisation du régime », opcit.
P.5
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absolue de ses membres sur le constat de l’empêchement temporaire du président de la


république62. A cet effet, trois réponses seulement sont possibles : l’empêchement temporaire
est constitué, il n’y a pas empêchement temporaire, l’empêchement est de caractère définitif.
En la matière, il convient de relever que le silence de l’article 10 précité de la constitution
contraste avec la consistance de l’article 6 alinéa 4 qui désigne expressis verbis le Conseil
constitutionnel comme organe constatateur de la vacance présidentielle au Cameroun. C’est
donc sur cette base constitutionnelle, que l’on peut subodorer de manière symétrique qu’il
reviendrait le cas échéant au Conseil constitutionnel statuant à la majorité des deux tiers de ses
membres63, de constater l’empêchement temporaire du chef de l’Etat.
Quarto, l’imperfection procédurale est également tributaire de l’absence de
détermination rigoureuse du délai de réponse du conseil constitutionnel saisi en matière de
constat de l’empêchement temporaire du président de la république. En effet, si aux termes de
la constitution, le Conseil constitutionnel dans tous les cas de saisine, est tenue de répondre
dans un délai de 15 jours ou exceptionnellement dans un délai de 8 jours à la demande du
président de la république64, force est reconnaître la longueur de ce délai au regard de l’urgence
et des conséquences juridique et politique de l’acte attendu. En telle situation de crise, toute
attente peut se révéler préjudiciable à l’intérêt supérieur de l’Etat. L’absence de précision des
délais de réponse peut donc raisonnablement surprendre. Il conviendrait par voie de
conséquence, de déterminer un délai raisonnable qui permettrait au Conseil Constitutionnel de
se prononcer en toute connaissance de cause afin d’assurer la continuité de l’Etat.
Le cas échéant, la décision du Conseil constitutionnel de constat de l’empêchement
temporaire du président de la république aboutit à l’ouverture de la suppléance à la tête de l’Etat.
Contrairement à l’intérim présidentiel, la suppléance est travaillée par des lacunes et
insuffisances qui agrègent la thèse de la discontinuité de la fonction présidentielle.

62
Voir l’article 7 alinéa 4 de la constitution en vigueur
63
L’article 38 de de la Loi n°2004/004 du 21 Avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil
constitutionnel dispose à cet effet que « Le conseil constitutionnel, saisi par le président de l’Assemblée Nationale,
après avis conforme du bureau, dans le cas prévu à l’article 6 alinéa 4 de la constitution, constate la vacance du
président de la république. Il statue alors à la majorité des deux tiers de ses membres ».
64
Voir article 49 de la constitution
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B. Les lacunes quant à l’aboutissement de l’empêchement temporaire : la


suppléance.

Le constat de l’empêchement temporaire du président de la république autorise le


recours à un procédé qui techniquement s’appelle la suppléance. Dans l’écriture
constitutionnelle camerounaise, le constituant ne mentionne pas expressément la notion de
suppléance. Sa réalité matérielle peut néanmoins être déduite logiquement du constat de
« l’empêchement temporaire » du président de la République prévu à l’article 10 alinéa 3 de la
constitution. A la vérité, cette esquive terminologique du constituant est symptomatique d’un
encadrement constitutionnel lapidaire (1) réservé à la suppléance présidentielle et l’option pour
un glissement vers la délégation permanente de signature (2).

1) Un encadrement constitutionnel lapidaire

« En cas d’empêchement temporaire, le Président de la République charge le Premier


Ministre ou, en cas d’empêchement de celui-ci un autre membre du Gouvernement, d’assurer
certaines de ses fonctions, dans le cas d’une délégation expresse »65. Au travers de cette
disposition succincte, le législateur constitutionnel entend épuiser la question de la suppléance
présidentielle. Seulement, s’il faut lui reconnaitre le mérite d’avoir investi l’organe habilité à
suppléer le président de la république en cas d’empêchement temporaire, il subsiste toujours
des imprécisions quant à l’étendue des pouvoirs du suppléant ainsi que la durée et la cessation
de la suppléance.
Si dans le cadre de la vacance présidentielle, la mission de l’intérimaire est de gérer la
transition politique qui s’achèvera par l’entrée en fonction d’un nouveau président de la
république, la donne est totalement différente en ce qui concerne la mission constitutionnelle
du suppléant. Traditionnellement, les textes des constitutions républicaines énoncent qu’en cas
d’incapacité momentanée, le suppléant « fait office » de président jusqu’à la cessation de
l’incapacité66. Mieux, il accomplit des « actes conservatoires »67 ou « expédition des affaires
courantes »68 ou encore « les attributions présidentielles courantes »69. A la vérité, la
suppléance fait donc passer les manettes du pays à une autre autorité qui est toutefois soumise

65
Voir l’article 10 alinéa 3 de la Constitution
66
Juillard (P.), « La continuité du pouvoir exécutif », opcit, p.162
67
Gicquel (J.), Essai sur la pratique de la Ve république. Bilan d’un septennat, LGDJ, 1968, p.535
68
Conseil d’Etat, Assemblée, 4 Avril 1952, Syndicat régional des quotidiens d’Algérie
69
Sobze (S-F) « la suppléance du président de la république en Afrique francophone », opcit, p. 871
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à certaines limitations70. A ce propos, le choix du constituant camerounais porte


(historiquement)) sur le Premier Ministre71 voire un autre membre du gouvernement en cas
d’empêchement de celui-ci. Il s’agit d’un choix atypique par rapport à la tendance générale, et
conséquent eu égard au dessein principalement administratif que l’on accorde à la mission du
suppléant. En effet, plusieurs constitutions étrangères confèrent plutôt ce rôle de suppléance à
une autorité politique en l’occurrence le président du Senat ou encore le Vice-président de la
république72.
Telle qu’implémentée en droit camerounais, la suppléance du président de la république
prend la forme d’une délégation expresse actionnée par le chef de l’Etat. In concreto, il s’agit
d’une « délégation-suppléance » ou « suppléance-délégative » qui fait cohabiter tour à tour les
mécanismes de la suppléance qui de principe jouent en cas d’empêchement momentané du
titulaire de la fonction et ceux de la délégation qui peuvent être mis en œuvre en l’absence de
tout empêchement du président. Mieux, le constituant subordonne l’exercice de la suppléance
à la satisfaction de deux conditions successives que sont l’existence d’un fait générateur de
l’empêchement temporaire du président et la signature d’un acte de délégation au bénéfice du
suppléant. La jonction de ces deux mécanismes a pour conséquence que les pouvoirs du
suppléant ne sont pas fixés à l’avance par la constitution. Leur étendue est laissée à l’entière
discrétion du président de la république73. Autrement dit, le suppléant n’exerce que les
attributions présidentielles courantes que le président veut qu’il exerce. Cette démarche diffère
fondamentalement des pratiques étrangères en la matière où les textes des constitutions
déterminent initialement la consistance des pouvoirs du suppléant. Suivant l’article 7 de la
constitution française, le président de Sénat qui supplée le président de la république en cas
d’empêchement, exerce les mêmes fonctions que celui-ci à l’exception de celles prévues aux
articles 11 et 12 (le recours eu référendum et la dissolution de l’Assemblée nationale)74.
Symétriquement, le constituant gabonais du 19 décembre 2024 prévoie qu’en cas
d’empêchement temporaire, le vice-président exerce provisoirement les fonctions du président

70
Ngango Youmbi (E.M), « En attendant le conseil constitutionnel [Godot] : de la distinction entre « empêchement
temporaire » et « empêchement définitif » du président de la république », opcit, p.4
71
Abiabag (I.), « Réflexion sur la déconcentration de l’exécutif camerounais après les révisions constitutionnelles
des 9 juin 1975 et 29 juin 1979 », Revue Internationale Droit et Jurisprudence Africaines, n°2, Juillet-septembre
1980, pp 21-27
72
C’est notamment le cas de la France, de Madagascar, du Gabon, de la République Centrafricaine, des Etats-Unis
d’Amérique du nord,
73
Abada Nguele (M.), « De l’empêchement du président de la république au Cameroun », African journal of
inernational and comparative law, vol 7, 1995, pp 380-399
74
Voir article 7 alinéa 4 de la constitution
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de la république à l’exception des pouvoirs et prérogatives prévus aux articles 54,55,57, 58…Et
tutti quanti75.
Aussi, par précaution, l’empêchement temporaire du président de la république se
conjugue invariablement avec la notion de délai et mieux encore, de délai impératif. Son
intervention permet d’assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et d’éviter que
par une série de communiqués médicaux, l’on entretienne l’opinion publique dans l’espoir vain
d’une guérison illusoire76. Si la constitution camerounaise n’a pas mentionné de délai maximum
de la suppléance présidentielle, préférant s’en remettre au bon sens des dirigeants politiques
sans les enserrer dans un cadre rigide, plusieurs constituant étrangers optent pour le choix de la
limitation de la suppléance. La constitution malgache abonde dans ce cens lorsqu’elle dispose
que « l’empêchement temporaire ne peut dépasser une période de six mois, à l’issue de laquelle
la Haute Cour Constitutionnelle […] peut se prononcer sur la transformation de
l’empêchement temporaire en empêchement définitif »77. Dans le même sillage, le constituant
gabonais affirme que « l’empêchement temporaire ne peut excéder quarante-cinq (45) jours.
Passé ce délai, l’empêchement devient définitif78 ».
Hormis cette absence de limitation de la suppléance présidentielle dans le temps, la
constitution camerounaise se distingue également par son imprédictibilité touchant à la
procédure de cessation de la suppléance. En effet, ni les hypothèses de cessation ni l’autorité
constatatrice de la cessation ne sont expressément prévues. A ce propos, l’on pourrait avancer
s’agissant du constat de la cessation de la suppléance, que le principe juridique classique du
parallélisme des formes trouve application en l’espèce. Ainsi, le Conseil constitutionnel qui
constate l’empêchement temporaire du président de la république serait logiquement l’autorité
compétente pour en constater la cessation. Par ailleurs, il est possible de déterminer trois (03)
hypothèses d’achèvement de la suppléance. Primo, le président de la république meurt ou
démissionne (il y a ouverture de la vacance présidentielle). Secundo, la cause de l’empêchement
temporaire apparait incurable ou irrémédiable (l’empêchement temporaire se transforme en
empêchement définitif). Tertio, la cause de l’empêchement temporaire disparait (le président
de la république retrouve ses fonctions)79.

75
Voir article 46 de la Constitution
76
Meyer-Heine (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république :
les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », opcit, p.7
77
Voir article 51 de la constitution du 17 novembre 2010
78
Voir article 46 de la constitution du 19 décembre 2024
79
Meyer-Heine (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république :
les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », opcit, p.7
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2) Le glissement de la suppléance vers la délégation permanente de


signature

Telle que consacrée par le texte de la constitution, la technique de la suppléance du chef


de l’Etat, configurée sur fonds d’imprécisions, d’incertitudes et de lacunes, semble être
neutralisée dans ses effets. L’esprit de la constitution parait donner une nette préférence à la
technique de la délégation permanente de signature qui touche moins aux dynamiques de la
succession constitutionnelle du président de la république et est ainsi plus protectrice de son
mandat. L’on note ainsi une substitution de la « délégation-suppléance » à la « délégation-
déconcentration ». Mieux, il y a comme un glissement de la suppléance du chef de l’Etat par le
Premier Ministre en faveur de la délégation permanente de signature du président de la
république au bénéfice du Secrétaire Générale à la Présidence de la République.
En effet, la technique de la délégation permanente de signature du Président de la
république en droit camerounais s’entend d’une modalité d’inflexion à la règle de la
compétence présidentielle. Elle confère intuitu personae la compétence au délégataire d’agir au
nom du Président de la République, en édictant au nom et pour le compte de celui-ci des actes
règlementaires qui ressortissent normalement de la compétence présidentielle, afin d’éviter un
engorgement de ladite institution, mais à l’exception des actes dont seul le Président de la
République peut connaitre et sanctionner80. Elle jouit d’une antériorité historique dans la
pratique du pouvoir présidentiel et le fonctionnement de l’Etat au Cameroun81. Son opportunité
défendable82 ainsi que sa légalité indiscutable83 ne sont désormais plus sujet à caution. En outre,
elle présente l’avantage de l’efficacité administrative, de la flexibilité opérationnelle et garantie
l’absence d’interruption dans le fonctionnement du pouvoir présidentiel84.
Sous ce rapport, il convient de relever que dans le constitutionnalisme camerounais, le
président de la république bénéficie d’une grande sollicitude de la part des constituants qui
cristallisent en sa personne l’essentiel du pouvoir85. Il dispose d’un arsenal impressionnant de

80
Danjouma (A.), La délégation permanente de signature par le président de la république, Mémoire de Master,
Université de Yaoundé II soa, 2024, p.28
81
A ce propos, tous les Présidents de la République ayant eu à se succéder au sommet de l’Etat ont recouru à cette
pratique. Lire à cet effet le Décret n°73/328 du 25 juin 1973 accordant délégation permanente de signature à
monsieur Paul Biya, secrétaire général de la Présidence de la République. Lire également le Décret n °75/533 du
17 juillet 1975 accordant délégation permanente de signature à monsieur Eboua Samuel Secrétaire Général de la
Présidence de la République.
82
Elle permet de déconcentrer un pouvoir présidentiel suffisamment large et assurer de ce fait la continuité de la
fonction et de l’Etat
83
Voir notamment l’article 10 alinéa 2 de la constitution et le Décret n°2011/412 du 09 décembre 2011 portant
réorganisation de la Présidence de la République en son article 3 alinéa 2
84
Danjouma (A.), opcit, p. 31
85
Gicquel (J.), « Le présidentialisme Négro-africain, l’exemple du Cameroun », Mélanges en l’honneur de
Georges Burdeau, Revue Le Pouvoir, LGDJ, 1977, pp 701-725
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prérogatives et jouit d’une forte concentration à la fois opérationnelle et décisionnelle86. Sous


ce considérant, la délégation permanente de signature revêt alors les habits propres d’un
authentique remède face à la quasi-impossibilité pour le chef de l’Etat, d’exercer simultanément
ses prérogatives immenses. Ainsi, dans sa mission constitutionnelle de garantie de la continuité
de l’Etat, le président de la république a recours au mécanisme de la délégation permanente de
signature afin de pallier à cet embarras structurel. Pour y parvenir, il donne priorité aux affaires
régaliennes (qui de par leur nature ne font en principe l’objet d’aucune délégation) et délègue
de manière permanente les affaires courantes tout en se réservant la possibilité d’y intervenir le
cas échéant87.
Seulement, s’il faut reconnaitre à cette pratique le mérite d’être protectrice du mandat
du chef de l’Etat et celui d’une participation à l’efficacité de la fonction présidentielle par la
déconcentration du pouvoir, il ne faut toutefois pas en inférer qu’elle est une source de
bouleversement de l’organisation constitutionnelle des pouvoirs. En effet, le Premier Ministre,
organe constitutionnel et bénéficiaire privilégié des délégations de pouvoirs du Président de la
République à la lecture de la constitution88, est relégué en la matière au bénéfice du Secrétaire
General à la Présidence de la République qui voit ainsi sa fonction être sublimée. En effet, dans
le cadre de l’exercice de la délégation permanente de signature du président de la république,
celui bénéficie de nombres de prérogatives qui le propulsent au-devant de la scène
administrative et font de lui un acteur central du fonctionnement de l’Etat, au grand dam de
l’organe primo-ministériel.
Il suit de ce qui précède, que la configuration de l’empêchement temporaire du Président
de la république est un adjuvant potentiel à la discontinuité de la fonction présidentielle. Ce
constat de bon aloi, conduit nécessairement à envisager un changement de paradigme en
l’envisageant plutôt comme une solution constitutionnelle à la continuité de ladite fonction.

II. L’APPREHENSION DE L’EMPECHEMENT TEMPORAIRE DU CHEF


DE L’ÉTAT COMME FACTEUR DE CONTINUITE DE LA FONCTION
PRESIDENTIELLE

Le cycle évolutif permanent dans lequel s’inscrit le constitutionnalisme africain, saisit


désormais la réalité de l’empêchement temporaire du chef de l’Etat comme une solution
constitutionnelle visant à éviter tout vide institutionnel au sommet de l’Etat et assurer la

86
Idem
87
Danjouma (A.), La délégation permanente de signature par le président de la république, opcit, p.42
88
Voir article 10 alinéa 2 de la constitution
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continuité fonctionnelle de l’institution présidentielle. L’inéluctable appréhension de


l’empêchement temporaire du chef de l’Etat comme facteur de la continuité de la fonction
présidentielle se justifie au regard des ressorts indentifiables d’une crise de la continuité des
pouvoirs constitués (A) qui militent en faveur du recours à des renforts institutionnels visant à
ériger l’empêchement temporaire en une rampe de lancement de la permanence de la fonction
présidentielle (B).

A. Les ressorts identifiables d’une crise de la continuité des pouvoirs


constitués

Avec le renouveau constitutionnel caractérisé par l’adhésion des états africains à l’idée
démocratique, le défi est désormais celui de l’institutionnalisation du pourvoir et de la stabilité
des institutions. Sous ce rapport, l’adhésion à l’idée de démocratie est sous-tendue par un
aménagement minutieux de l’organisation et du fonctionnement des pouvoirs publics
constitutionnels afin d’assurer leur pérennité et leur permettre de remplir efficacement leur rôle
dans la conduite de l’activité gouvernementale.
A ce propos, l’un des points d’achoppement dans le constitutionnalisme camerounais,
c’est le dérèglement observable au niveau de l’organisation et du fonctionnement des pouvoirs
publics constitutionnels. En effet, l’analyse du fonctionnement des pouvoirs conduit au constat
du basculement dans l’organisation constitutionnelle des pouvoirs tiré d’une remise en cause
de la hiérarchie au sein des pouvoirs institués (1). Qui plus est, en l’absence d’une régulation
institutionnelle efficace, l’affaiblissement progressif des organes desdits pouvoirs
constitutionnels (2) laisse poindre une crise inéluctable de la continuité des pouvoirs
constitutionnels.

1) Le dérèglement dans l’organisation constitutionnelle des pouvoirs

L’idée de dérèglement dans l’organisation des principaux pouvoirs constitutionnels


renvoie à la perturbation substantielle qui affecte la structuration et le fonctionnement normal
des pouvoirs. Mieux, elle correspond à une remise en cause de l’aménagement structurel et
fonctionnel desdits pouvoir par la déstructuration-restructuration des rôles des principaux
organes des pouvoirs institués par la constitution.
Au sein de l’architecture du pouvoir Exécutif, cette idée prend corps à travers le
bouleversement de la hiérarchie organique avec la mise en lumière du Secrétaire Général à la
Présidence de la République. Dans le cadre de l’exercice pouvoir législatif, cette représentation
s’illustre par le biais de la querelle de préséance institutionnelle entre les deux chambres du
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parlement et entre leurs instances faîtières respectives. L’on aboutit ainsi, à un basculement de
l’organisation constitutionnelle des pouvoirs au gré d’une crise de gouvernance au sein de
l’exécutif et d’une crise de préséance au sein du législatif.
Dans le constitutionnalisme camerounais, la distribution formelle du pouvoir exécutif
met en scène un président de la république, figure centrale des institutions89et un gouvernement
constitué d’un premier ministre et de ministres regroupés sous l’autorité présidentielle qui leur
dispense orientations, instructions et dispose de leur carrière90. Il suit de cette configuration,
que le président de la république réunit en sa personne l’essentiel du pouvoir exécutif. Il dispose
à ce titre de la concentration tout à la fois opérationnelle et décisionnelle91. A côté de lui, le
premier ministre fait office d’homme-lige92, de nain politique et administratif93, édulcorant par-
là la dyarchie proclamée au sein de l’exécutif.
Dans sa sphère d’action qui déborde largement celle de l’exécutif, le président de la
république bénéficie de la présence à ses côtés d’un certain nombre de collaborateurs, afin que
l’exercice de ses fonctions demeure compatible avec les possibilités humaines. C’est donc au
gré de la nécessité et de l’efficacité de la fonction présidentielle, que le Secrétaire Général à la
Présidence de la République (SGPR) se retrouve propulsé en front office de l’action de
l’exécutif au bénéfice de décrets portant réorganisation de la présidence de la république94et
accordant délégation permanente de signature95 qui loin d’en faire un simple délégataire
agissant en lieu et place du chef de l’Etat, l’érige en principal récipiendaire de certaines
compétences dévolues constitutionnellement au président de la république. Sous ce rapport, le
SGPR reçoit les directives relatives à la définition de la politique de la nation ainsi que,
l’habilitation présidentielle d’assurer la liaison entre le pouvoir exécutif et les différentes
institutions républicaines, de suivre l’exécution des instructions et décisions prises par le
président de la république, de signer des actes de nomination aux emplois civils, de contrôler
l’exécution des programmes d’action gouvernementale approuvés par le chef de l’Etat et
impartis aux départements ministériels et organismes publics96. Sous ce postulat, tout porte à
croire que prenant à contrepieds la volonté du législateur constitutionnel, le dessein inavoué du

89
Gicquel (J.), « Le présidentialisme Négro-africain, l’exemple du Cameroun », opcit, p.704
90
Voir le titre II de la constitution
91
Owona (J), « La réforme politique et constitutionnelle de la république du Cameroun », Revue juridique et
politique, indépendance et coopération, 1975, p.486 et suivant
92
Gicquel (J.), opcit, p.707
93
Gohin (O.), Institutions administratives, LGDJ, 4eme édition, 2002, 618p
94
Décret N°2011/412 du 09 décembre 2011 portant réorganisation de la Présidence de la République
95
Décret No2019/043 du 5 février 2019 accordant délégation permanente de signature à Ngoh Ngoh Ferdinand,
Secrétaire Général de la Présidence de la République
96
Voir la circulaire du 5 juin 1998 relative à l’organisation du travail gouvernemental
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Président de la république est d’élever le SGPR au rang de deuxième personnalité de pouvoir


exécutif et de pouvoir de ce fait opérer un meilleur contrôle de l’action gouvernementale dans
l’office de ses services97. A l’aune de la pratique du pouvoir exécutif, ce dessein se confirme
par l’aura dont jouit désormais le SGPR qui au gré des actes d’administration quotidien, des
« hautes instructions » et « prescriptions » du chef de l’Etat répercutées aux membres du
gouvernement et des autres organismes publics, est aujourd’hui à l’image d’un véritable « calife
à la place du calife », « d’un président en pointillé ». Cette envergure acquise par la volonté du
Président de la république est à l’origine du basculement significatif de la nomenclature du
pouvoir exécutif au grand dam du Premier ministre, désormais relégué dans la hiérarchie des
organes du pouvoir exécutif par un organe, qui plus est, dénué d’une investiture
constitutionnelle.
Inéluctablement, cette prééminence acquise par le SGPR et nourrie par une
surexposition administrative et politique, emporte ipso facto la relégation du Premier ministre
dans la hiérarchie organique du pouvoir exécutif et la distribution formelle de l’autorité. Elle
est à l’origine d’une crise de gouvernance au sein de l’exécutif dont le pendant dans la branche
législative du pouvoir est le conflit de préséance opposant les deux chambres parlementaires.
Lorsqu’on analyse la configuration de l’institution parlementaire dans le
constitutionnalisme camerounais moderne, deux constats de bon aloi se dégagent
irrésistiblement. Primo, l’option constitutionnelle pour le bicamérisme qui se traduit par la mise
en place de deux assemblées dont une Assemblée nationale représentant la collectivité nationale
et un Sénat qui représente les collectivités territoriales décentralisées 98. Secundo, l’institution
d’un bicamérisme fondamentalement inégalitaire au bénéfice de l’Assemblée nationale99. En
effet, si dans sa conception le Senat mord dans le champ opératoire constitutionnel classique de
l’Assemblée nationale et participe de manière égalitaire au travail parlementaire, il ne faut
toutefois pas en inférer qu’au gré de la légitimité uniforme de la chambre basse, elle détient des
compétences exclusives tant en matière de contrôle de l’action gouvernementale qu’en matière
de confection des lois100. Toutefois, cette toute puissance de l’Assemblée nationale dans cadre
du travail parlementaire est contrebalancée par le rôle constitutionnel dédié au Sénat dans le

97
Danjouma (A.), La délégation permanente de signature par le président de la république, opcit, p.81
98
Voir le titre III de la constitution
99
Efoua Mbozo’o (S.), Le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale, éditions Clé, 2014, p.73
100
Le Sénat est une assemblée à la légitimité disparate et pour cela, n’est pas habilité par le constituant à mettre
en jeu la responsabilité du Gouvernement nommé par l’élu de la nation tout entière. Pareillement, en cas de réunion
d’une commission mixte paritaire par le président de la république et si celui-ci ne parvient pas à obtenir l’adoption
du texte par l’une et l’autre chambre, le président de la république peut demander à la seule Assemblée nationale
de statuer définitivement.
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cadre de la transition au sommet de l’Etat. En effet, en cas de vacance de la présidence de la


république, l’intérim présidentiel est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau
président de la république, par le président du Sénat ou par son suppléant suivant l’ordre de
préséance, si ce dernier est à son tour empêché101.
A l’observation, ce rôle constitutionnel prééminent attribué à l’organe sénatorial en
période de transition et qui a le mérité de redorer le blason d’une institution dont l’opportunité
reste sujette à caution, est à l’origine d’une querelle de préséance entre les deux chambres
parlementaires. A la vérité, jusqu’à la mise en place effective de la chambre haute du parlement
en 2013, l’Assemblée nationale, plus veille des institutions politiques du Cameroun, exerçait
jusque-là la plénitude du pouvoir législatif et jouissait de l’ensemble des prérogatives reconnues
au parlement102. De là, « L’immixtion » dans son champ opératoire constitutionnel d’une
assemblée à la légitimité disparate, lui ravissant au passage son rôle d’acteur prédominant de la
transition politique est à l’origine d’une crise de préséance institutionnelle. L’argument décisif
évoqué au poncif du postulat défendu par l’Assemblée nationale est celui de la gestion de la
transition politique par une autorité à la légitimité étriquée parce que non issue du suffrage
populaire103. L’hypothèse vraisemblable d’un président de la république par intérim dont la
légitimité repose non pas sur le suffrage populaire mais plutôt sur un décret présidentiel, est
alors redoutée par les députés. En tant que chambre du peuple, de la nation, l’Assemblée
nationale revendique à juste titre l’exercice de l’intérim du président de la république en cas de
vacance. Cette querelle de préséance sur fond de légitimité est notamment à l’origine de
nombreuses frictions mettant aux prises les deux chambres dans le cadre du travail
parlementaire.
À l’analyse, tant dans la branche exécutive que dans celle législative du pouvoir, les
différentes crises ou querelles d’autorité et de légitimité identifiées de-ci de-là sont favorisées
par l’absence de régulation institutionnelle. Les différentes autorités investies
constitutionnellement du pourvoir de réguler le fonctionnement des institutions brillent par leur
mutisme. Il y a donc à redouter un vide institutionnel au sommet de l’Etat qui serait de nature
à amplifier ces différentes crises et querelles.

101
Voir l’article 6 de la constitution
102
Olinga (A-D), La constitution de la république du Cameroun, 2e édition revue et corrigée, 2013, Presses de
l’UCAC, p.83
103
Il convient de souligner à cet effet, que depuis la mise en place du Sénat au Cameroun, son président figure au
rang des sénateurs nommés par le président de la république.
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2) L’affaiblissement des organes des pouvoirs constitués

Le nouveau constitutionnalisme des états d’Afrique noire francophone dans sa visée


évolutionniste, ne se contente plus d’encadrer le pouvoir et d’énoncer les droits et libertés des
citoyens. Il s’intéresse de plus en plus aux problématiques touchant à la santé, à la condition
physique des gouvernants et partant, à la performance en droit constitutionnel104. Seulement, la
captation constitutionnelle et l’exaltation de ces problématiques ne s’opère pas avec la même
ampleur dans tous les espaces. En droit constitutionnel camerounais, ces objets constitutionnels
pourtant convenablement envisageables, demeurent insuffisamment aménagés105. En rapport
avec la présente étude, l’affaiblissement des principaux organes constitutionnels, acteurs
décisifs de la transition politique, a trait à leur condition physique avec pour point
d’achoppement l’âge et la santé.
Relativement à l’affaiblissement des principaux organes constitutionnels au gré de leurs
âges, il convient de souligner in limine litis que l’on retrouve dans la constitution des
dispositions relatives à l’acquisition de la majorité électorale106ainsi qu’à l’accès à certaines
fonctions électives107. Seulement, le constituant élude la question de l’âge limite d’accès aux
fonctions politiques. Pour autant, si l’âge peut constituer un critère de sagesse108, il reste que le
pilotage de l’Etat nécessite une vigueur certaine dont seules les personnes d’une certaine
tranche d’âge sont dépositaires. L’idée véhiculée est celle que les organes qui pilotent les
institutions constitutionnelles soient présents et à mesure de jouer efficacement leurs rôles109.
Ce constat de bon sens tarde cependant à se vérifier en Afrique noire francophone. A titre
illustratif, la moyenne d’âge des organes des pouvoirs constitués engagés dans le processus de
de l’empêchement du président de la république en droit camerounais est de quatre-vingt-huit
(88) années110. L’affaiblissement ainsi constaté des organes constitutionnels du fait de
l’écoulement du temps indique également la banalisation de leur performance.

104
Ondoua (A-F) et Bikoro (J-M), « Chronique de droit public des pays de l’espace africain francophone », Revue
de droit public, Mars 2024, pp 201-205.
105
Bikoro (J-M), « Réflexions sur un tabou du constitutionnalisme en Afrique : la santé du président de la
république », Afrilex, 2020, pp1-32
106
Voir article 2 alinéa 3 de la constitution
107
Voir les articles 6 alinéa 5 et 20 alinéa 3 de la constitution
108
Awouma (J-M), « le mythe de l’âge, symbole de sagesse dans la société et la littérature africaine », Revue
internationale des sciences humaines, 1972, pp 63-82
109
Juillard (P.), « La continuité du pouvoir exécutif », opcit, p.159
110
Selon le Journal « Jeune Afrique » dans un article publié le 15 novembre 2024, l’âge des principaux gouvernants
du Cameroun est présenté ainsi qu’il suit : président de la république (92 ans), Président du Sénat (90 ans),
Président de l’Assemblée nationale (85 ans), Président du Conseil constitutionnel (85 ans).
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En effet, dès lors que la performance est consacrée en matière constitutionnelle, la


question de l’âge des organes constitutionnels ne devrait plus être banalisée ou reléguée. La
constitution béninoise du 11 décembre 1990 constitue un exemple topique en la matière
lorsqu’elle dispose que « nul ne peut être candidat aux fonctions de président de la république
s’il (…) n’est âgé de 40 ans au moins et de 70 ans au plus à la date de sa candidature »111. En
revanche, il faut bien reconnaitre qu’il s’agit là non d’un cas d’école, mais d’un cas isolé. La
tendance dominante sur le continent est celle de la banalisation constitutionnelle à la fois de
l’âge mais également de la santé des organes des pouvoirs constitués.
S’agissant de la santé des organes constitutionnels, le constat qui se dégage est celui de
« l’hypocrisie constitutionnelle » de la loi fondamentale. Lorsque le législateur constitutionnel
ne garde pas le silence comme en matière de détermination des conditions d’éligibilité à la
présidence de la république, il y renvoie de manière sibylline en matière d’exercice du pouvoir
et notamment, dans l’identification des causes de l’empêchement de l’institution
présidentielle112. En la matière, le tabou reste entretenu à la fois par le constituant et par le juge
constitutionnel qui s’abstiennent de se saisir de la santé des organes constitutionnels. Les cas
de dégradation de la santé du président de la république, des présidents des chambres
parlementaires, du président de Conseil constitutionnel sont limités à un traitement médiatique
sans incidence sur l’interruption de l’exercice du pouvoir.
Pour autant, il convient de relever la décrispation progressive des constituants en
Afrique noire francophone sur la question de la santé des gouvernants. Plusieurs textes
constitutionnels font allusion à la santé des organes constitutionnels, même si elles ne visent
que les candidats aux fonctions électives. A titre d’illustration, la nouvelle constitution
gabonaise du 19 décembre 2024 dispose que tout candidat à l’élection présidentielle doit « jouir
d’un état complet de bien-être physique et mental dûment constaté par un collège médical qui
prête serment devant la cour constitutionnelle113 ». Dans un style scriptural analogue, les
constitutions congolaises du 06 novembre 2015 et tchadienne du 29 décembre 2023 évoquent
chacune au rang des conditions d’éligibilité à la présidence de la république « la jouissance
d’une bonne santé physique et mentale 114».
Cette démarche évolutionniste illustre la volonté constituante de n’admettre aux
fonctions étatiques les plus importantes que des personnes dont le bon état de santé est avéré.

111
Lire l’article 44 de la constitution du 11 décembre 1990 révisé.
112
Bikoro (J-M), « Réflexions sur un tabou du constitutionnalisme en Afrique : la santé du président de la
république », opcit, p.1
113
Voir article 43 de ladite constitution
114
Voir article 66 de la constitution congolaise et 68 de la constitution tchadienne.
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Seulement, elle ne concerne que l’accès auxdites fonctions et ne vise pas expressément la
condition physique des organes constitués déjà en fonction. Le silence des textes
constitutionnels est absolu quant à la dégradation de l’état de santé des organes des pouvoirs
constitués en cours d’exercice. Qu’il s’agisse du président de la république, des présidents des
chambres parlementaires ou encore des juges constitutionnels, aucune mesure n’est envisagée
en cas de détérioration de leur état de santé115. En conséquence, il arrive régulièrement que le
président de la république et les autres organes constitués soient indisponibles du fait de leur
santé et que les solutions constitutionnelles ne soient pas envisagées malgré le prolongement
de leur mauvais état de santé116.
En rapport avec la question de la continuité de la fonction présidentielle, il est de bon
aloi de relever que la dégradation de la santé du président de la république et l’absence de
solution constitutionnelle clairement envisagée et applicable, est source de discontinuité de la
fonction et partant, de paralysie de l’état. Pis encore, le dérèglement dans l’organisation
constitutionnelle des pouvoir conjugué à l’absence de régulation institutionnelle, constituent
des ressorts identifiés d’une crise de la continuité des pouvoirs publics qui appelle
irrésistiblement des aménagements constitutionnels.

B. Les renforts envisageables pour assurer la continuité de la fonction


présidentielle

L’amphigourisme qui caractérise la configuration constitutionnelle de la suppléance du


Président de la république apparaît comme un frein potentiel au continuisme dans l’exercice de
la fonction présidentielle et de la permanence de l’Etat. En effet, les incertitudes, lacunes et
imprécisions occasionnées par l’extrême laconisme de la norme constitutionnelle régissant
l’empêchement temporaire du chef de l’Etat exposent à une discontinuité dans l’exercice du
pouvoir présidentiel qui est de nature à fragiliser la stabilité de l’ensemble du système
institutionnel. De là, il apparaît quasi-rédhibitoire de renvoyer aux calendes grecques
l’indispensable aggiornamento des règles de la suppléance à la présidence de la république afin
d’éviter le vide institutionnel au sommet de l’Etat et d’assurer la continuité du service public et
du fonctionnement régulier des institutions. La remédiation à cet état de fait passe par
l’enracinement des règles de la suppléance aux principes démocratiques et au respect de l’état

115
Donfack Sockeng (L.), « Droit constitutionnel et crises en Afrique », SOLON, n°5, Vol 3, 2011, p.79
116
Sobze(S-F), « La suppléance du président de la République en Afrique francophone », opcit, p.857
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de droit. Toutes considérations qui invitent, sans forcer le trait, à opter pour une reconfiguration
du pouvoir exécutif (1) et la rationalisation des règles de la suppléance (2).

1) La reconfiguration du pouvoir Exécutif

Dans la quasi-totalité des aires constitutionnelles en Afrique noire francophone,


l’évolution actuelle des régimes politiques se caractérise par l’extension de la fonction
exécutive et par le renforcement du pouvoir exécutif117. Seulement, cette réorganisation de la
distribution des compétences politiques est allée de pair avec l’exaltation de la figure du
président et la relégation institutionnelle du premier ministre118. Ce schéma d’école sur lequel
s’aligne le système politique camerounais avec ses particularismes, requiert une réécriture
constitutionnelle en vue de pallier efficacement à l’empêchement temporaire du président de la
république et de garantir la stabilité structurelle et fonctionnelle de l’Etat. Ainsi posé, le
problème de la continuité de la fonction présidentielle se résout au sein de l’exécutif de manière
plus détaillée par une reconsidération du rôle de l’organe primo-ministériel ou encore par la
transformation de la dyarchie exécutive en triarchie exécutive, par l’institution d’un vice-
président de la république.
Si la Constitution du 18 janvier 1996 s’est chargée de bien régler la question du partage
des pouvoirs entre le Président de la République, qui demeure la clé de voûte du pouvoir
exécutif, et le Premier ministre ; ce dernier a en revanche du mal à exister politiquement,
s’exprimant beaucoup plus dans le rôle administratif que lui reconnaît la Constitution119. Le
Premier ministre apparaît davantage ici comme l’instrument de la tentative de rationalisation
de la nature présidentielle du régime politique camerounais120. Ce dernier éprouve beaucoup de
difficultés à trouver sa place sur l’échiquier institutionnel en tant que second acteur du
bicéphalisme du pouvoir exécutif121. Son rôle politique marginal fait écho à la thèse de la
volonté de décongestion du pouvoir présidentiel, et non à celle de démembrement réel de
l’exécutif à l’origine de son institutionnalisation. En témoigne, son rôle facultatif et

117
Juillard (P.), « La continuité du pouvoir exécutif », opcit, p.166
118
BA (B.), « L’évolution constitutionnelle des pays africains de succession française », opcit, p.11
119
Ekelle Ngondi (M-B), La responsabilité des pouvoirs constitués en droit constitutionnel camerounais, Thèse
de Doctorat, Université de Douala, 2021, p.231
120
Si à l’origine la fonction de Premier ministre ne se concevait que dans le cadre du régime parlementaire,
l’évolution des régimes politiques africains a démontré qu’il peut se concevoir également en dehors du régime
parlementaire. Lire à ce propos Gonidec (P-F.), « Esquisse d’une typologie des régimes politiques africains »,
Pouvoirs, n°25, 1983, pp. 65-77
121
Ngwe (L.), « Le premier ministre dans les mutations politiques des Etats d'Afrique francophone. Retour sur
des expériences de formalisation d'un rôle et d'un ordre politiques », Africa Spectrum, n°6, 2006, pp. 7-34
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insuffisamment distingué dans la continuité de la fonction présidentielle en cas d’empêchement


temporaire et même en dehors.

Hors des cas d’empêchement temporaire du Président de la république, la constitution


dispose122 que ce dernier « …Peut déléguer certains de ses pouvoirs au premier ministre, aux
autres membres du Gouvernement et à certains hauts responsables de l’administration de
l’Etat, dans le cadre de leurs attributions respectives ». Par-là, il en ressort qu’en vue d’assurer
la suppléance délégative du président de la république et la continuité de la fonction
présidentielle en dehors de la situation d’empêchement temporaire, le Premier ministre
bénéficie de manière facultative, non prééminente et à égale dignité des autres membres du
gouvernement et hauts responsables de l’administration de l’Etat, d’une délégation de pouvoir
du chef de l’Etat. Pis encore, dans le cadre des délégations de signature du Président de la
république qui visent à assurer la permanence de la fonction, la place du Premier ministre est
davantage esseulée par la préférence donnée au Secrétaire Général à la présidence de la
république comme bénéficiaire de prédilection de ladite délégation.
En cas d’empêchement temporaire, le texte de la constitution prévoie que « le président
de la république charge le premier ministre ou, en cas d’empêchement de celui-ci un autre
membre du Gouvernement, d’assurer certaines de ses fonctions dans le cadre d’une délégation
expresse 123». La lecture autonomiste de cette disposition laisse poindre une primauté accordée
par le législateur constitutionnel au Premier ministre dans l’exercice de la suppléance du chef
de l’Etat en cas d’empêchement momentané. Seulement, au regard de la singularité de la
fonction suprême de l’Etat, l’on se serait attendu en conformité avec la logique bicéphaliste,
que l’absence du chef de l’exécutif mette automatiquement en orbite et de manière exclusive,
son numéro deux. Mieux, il eut été davantage conséquent que le constituant opta pour
l’exclusivité de l’exercice de la suppléance présidentielle par le Premier ministre à défaut d’une
simple primauté. A ce propos, il convient de souligner à titre comparé qu’en la matière, les
constituions centrafricaine124, gabonaise125, tchadienne126 ont chacune opté pour l’exclusivité
de l’exercice de la suppléance à la présidence de la république respectivement par le Vice-
président et le Premier ministre.

122
Il s’agit de l’alinéa 2 de l’article 10 de la constitution.
123
Voir l’alinéa 3 de l’article de l’article 10 de la constitution
124
Voir l’article 83 alinéa 2 de la constitution du 30 Aout 2023
125
Voir l’article 46 de la constitution du 19 décembre 2024
126
Voir l’article 81 de la constitution de 29 décembre 2024
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Ainsi, il apparaît donc que là où il faut la primauté, le constituant camerounais choisit


manifestement l’égalité et à où il faut l’exclusivité, il opte pour la primauté. Il suit de là, que
dans le cadre de la suppléance du Président de la république, le Premier ministre apparait
logiquement devant les autres membres du gouvernement comme un simple primus inter pares.
Face à ce constat, son rôle constitutionnel en la matière doit être reconsidéré en vue de l’ériger
comme le suppléant automatique et exclusif du Président de la république en cas
d’empêchement temporaire. A défaut, l’option d’un retour vers le futur avec la réinstauration
du poste de Vice-président de la république pourrait être actionnée.
L’institution d’un Vice-président de la république rappelle à la technique du dauphinat
constitutionnel qui consiste à instaurer dans le texte de la constitution, un transfert du pouvoir
présidentiel en dehors de toute élection127. Il s’agit d’une technique successorale caractéristique
du régime présidentiel des Etats-Unis au sein duquel l’incapacité du président, qu’elle soit
momentanée ou définitive entraine dans tous les cas son remplacement par le vice-président128.
En Afrique, le dauphinat constitutionnel a été quelque peu dévoyé dans la mesure où il a
davantage permis à des chefs d’Etats historiques, de fabriquer de leur vivant un successeur
socialisé dans les valeurs du régime et apte à prendre en charge la continuité de l’œuvre du père
fondateur129. Le droit constitutionnel camerounais a déjà expérimenté cette technique à deux
reprises notamment dans la constitution du 1er octobre 1961130 ainsi que dans celle révisée du
29 juin 1979131 avec respectivement la désignation du vice-président de la république fédérale
et du premier ministre comme successeurs constitutionnels du président de la république.
En l’état du constitutionnalisme camerounais, la réinstauration du poste de Vice-
président de la république dans le cadre de la suppléance du chef de l’Etat doit être compatible
aux principes généraux du système constitutionnel. En effet, par rapport à la pratique du vice-
président successeur constitutionnel expérimentée jusqu’ici, la nouvelle orientation à donner au
dauphinat constitutionnel institue un Vice-président suppléant constitutionnel du chef de l’Etat
avec la charge d’assurer la continuité au sommet de l’Etat en cas d’empêchement temporaire
du Président de la république. Nommé par le Président de la république, celui-ci bénéficierait
en outre tantôt de pouvoirs propres tantôt de pouvoirs délégués dans la perspective d’une
déconcentration des pouvoirs massifs du chef de l’Etat. Quoi qu’il en soit, la reconfiguration

127
Moubitang (E.), « la succession constitutionnelle du président de la république : entre l’intérim et le
dauphinat », Revue libre de droit, 2019, pp 14-50
128
Juillard (P.), « La continuité du pouvoir exécutif », opcit, p.162
129
El Hadj Mbodj, La succession du chef de l’Etat en droit constitutionnel africain : analyse juridique et impact
politique, Thèse de Doctorat en droit public, Université Cheikh ANTA DIOP, 1991, p.82
130
Voir l’article 8 de ladite loi constitutionnelle
131
Voir l’article 7(nouveau) de la constitution révisée du 29 juin 1979
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du pouvoir exécutif dans la perspective de maintien de continuité de la fonction présidentielle,


se conjugue également avec la rationalisation des règles de la suppléance.

2) La rationalisation des règles de la suppléance

Telle que déclinée par l’alinéa 3 de l’article 10 de la constitution, la procédure de


l’empêchement temporaire du président de la république est travaillée par des imprécisions,
incertitudes, imperfections et laconismes qui brouillent sa compréhension et rendent difficile
son activation. En l’état, elle appelle irrésistiblement à un effort de rationalisation au gré de la
clarification des causes, de la fixation des délais, de l’identification des acteurs et de la précision
de leurs différents rôles.
La clarification des causes de l’empêchement temporaire du président de la république,
à l’instar de la vacance à la présidence de la république, revient à élucider les cas d’ouverture
ou évènements susceptibles de déclencher la succession momentanée du président de la
république à la tête de l’état en cas d’indisponibilité. Cette clarification présente l’avantage de
dissiper l’amphigourisme autour de la continuité de la fonction présidentielle et améliore
inéluctablement la qualité de la norme constitutionnelle132. Sous ce rapport, sur la base de
l’observance des constitutions étrangères et des constructions logiques de la doctrine
constitutionnelle, l’on a pu envisager que les voyages privés et les congés du président de la
république, l’ajournement du retour du chef de l’Etat après l’épuisement de l’objet d’un voyage
officiel et le dépassement des délais de route, les cas de maladies ou incapacité physique et
intellectuelle occasionnant une indisponibilité physique qui occasionneraient une
immobilisation dans une maison de santé ou sur un lit d’hospitalisation. En outre, l’absence133,
la captivité ou encore la mise en accusation du président de la république devant la Haute Cour
de Justice, sont également des évènements susceptibles de déclencher la procédure
constitutionnelle de l’empêchement temporaire du Président de la république.
La fixation des délais en matière d’empêchement temporaire du président de la
république participe également de sa rationalisation. D’emblée, il apparait opportun de fixer un
délai de réponse à la déclaration d’empêchement en vue d’assurer la continuité politique de
l’Etat. En effet, le suppléant ne peut valablement intervenir qu’après la constatation formelle
de l’empêchement, or toute attente, surtout en cas de situation de crise, peut-être préjudiciable

132
Abane Engolo (P.E.), « La notion de qualité du droit », opcit, p.98
133
Il s’agit de l’absence au sens du droit civil qui s’entend comme la situation d’une personne dont on ne sait si
elle est vivante ou morte du fait qu’elle a cessé de paraître au lieu de son domicile ou de sa résidence et qu’elle ne
donne plus de ses nouvelles.
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à l’intérêt supérieur de l’Etat. Dans ce contexte, le délai de huit (08) jours fixé par la constitution
au Conseil constitutionnel pour statuer en cas d’urgence pourrait être raccourci à trois (03) jours
134
à l’instar de celui dans lequel il est tenu de statuer sur l’inéligibilité des candidats à l’élection
présidentielle135.
Ensuite, le « temporaire » n’ayant pas vocation à se prolonger indéfiniment, il doit
exister un laps de temps maximal au-delà duquel il devient « définitif »136. Le constituant se
doit ainsi de fixer une durée au bout de laquelle l’empêchement temporaire se meut en
empêchement définitif et ouvre la voie à la vacance présidentielle. Le législateur constitutionnel
gabonais s’inscrit dans cette démarche, lorsqu’il énonce que « l’empêchement temporaire ne
peut excéder quarante-cinq (45) jours. Passé ce délai, l’empêchement devient définitif »137.
Dans le même sillage, la constitution malgache de 2010 dispose que « L'empêchement
temporaire ne peut dépasser une période de trois mois, à l'issue de laquelle la Haute Cour
Constitutionnelle……peut se prononcer sur la transformation de l'empêchement temporaire en
empêchement définitif »138. A l’instar de ses pairs, le législateur constitutionnel national se
devrait alors de limiter dans le temps, la durée de l’empêchement temporaire du chef de l’Etat.
Mieux encore, il pourrait prévoir les circonstances de sa cessation à savoir : la disparition de la
cause de l’empêchement139, l’apparition du caractère incurable ou irrémédiable de la maladie
ou incapacité qui frappe le chef de l’Etat140 ou encore la mort ou démission de ce dernier. Enfin,
dans un cas comme dans un autre, ces circonstances doivent être constatées par des organes
constitutionnellement désignés.
In fine, le texte de la constitution n’est pas rigoureux s’agissant de la détermination des
organes habilités tant à déclencher qu’à constater l’empêchement temporaire du Président de la
république. Cette lacune rédhibitoire dans la garantie de la continuité de l’Etat se comble
logiquement par l’investiture constitutionnelle desdits organes. A propos du déclenchement de
la procédure, la compétence y relative pourrait être attribuée au président de l’Assemblée
nationale comme dans le cadre de la vacance à la présidence de la république. Par le biais d’une
requête datée, motivée et exposant les circonstances qui conduisent à constater l’empêchement

134
Voir l’article 49 de la constitution
135
Voir l’article 118 alinéa 2 de la Loi n°2012/001 du 19 Avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée
par la Loi n°2012/017 du 21 décembre 2012
136
Meyer-Heine (A.), « La procédure d’empêchement temporaire du chef de l’Etat sous la cinquième république
: les imprécisions de l’article 7 de la Constitution », opcit. P.6
137
Voir l’article 46 de la constitution du 19 décembre 2024
138
Voir l’article 51 de la constitution malgache du 11 décembre 2010
139
La cause de l’empêchement peut disparaître à la suite de la guérison, de la libération du président retenu en
captivité ou encore après sa mise hors cause par la haute cour de justice.
140
L’empêchement temporaire se transforme ipso facto en empêchement définitif après le constat par de
l’irréversibilité de l’incapacité ou de la maladie du chef de l’Etat.
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temporaire du Président de la république, celui pourrait mettre en branle la procédure de la


suppléance du chef de l’Etat. A côté de lui, le Conseil constitutionnel, organe régulateur du
fonctionnement des institutions, peut également s’auto-saisir en application de l’article 46 de la
constitution à l’effet de constater l’empêchement temporaire du Président de la république,
notamment en cas de crise141.
A propos de la constatation de l’empêchement temporaire du président de la république,
le Conseil constitutionnel apparaît logiquement au regard de la tradition constitutionnelle,
comme l’organe constitué dont la composition et les attributions prédisposent à l’exercice de
cette compétence. Il est notamment l’organe désigné par le législateur constitutionnel pour
constater la vacance présidentielle142. A titre comparé, les constituant français du 4 octobre
1958 et gabonais du 19 décembre 2024, désignent expressément le Conseil constitutionnel
comme l’organe chargé du constat de l’empêchement temporaire du chef de l’Etat. Le juge
constitutionnel pourrait raisonnablement être assisté dans cette tâche par un « Conseil médical »
composé de médecins désignés par les bureaux des deux chambres du parlement et qui prêtent
serment devant le Conseil Constitutionnel.

Conclusion

Dans sa volonté manifeste de protéger le pouvoir du chef de l’Etat, le législateur


constitutionnel a organisé une véritable conspiration du laconisme autour de l’empêchement
temporaire du Président de la république. Solution simple dans son principe, elle apparaît
cependant malaisée à l’autel de la garantie de la continuité de l’Etat et de la fonction
présidentielle. Pour être efficace, le système constitutionnel doit éliminer les incertitudes
relevées ici et concevoir des règles claires afin d’éviter tout vide institutionnel au sommet de
l’Etat.

141
Lire à ce propos, Aba’a Oyono Jean Calvin, « Un tryptique de posture en oscillation dans le débat contentieux
de droit public », Mélanges en l’honneur du professeur Etienne Charles Lekene Donfack, Volume 1, L’Harmattan
, 2024, pp 69-89
142
Voir l’article 6 alinéa 4 de la Constitution.
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NOTE SUR LES CONTRIBUTEURS

Aubrey Sidney ADOUA-MBONGO Franck Landry OWONA NDOUGUESSA


Agrégé des facultés de Droit Ph. D en Droit Public
Maître de Conférences à l’Université Marien Ngouabi Chargé de Cours à Université de Yaoundé II
(Cameroun)
Arsène-Joël ADELOUI
Agrégé des Facultés de Droit Arsène Chinois ELLA NTOU’OU
Directeur de l’EDSJPA / Université d’Abomey-Calavi Ph.D en Droit Public
(Bénin) Chargé de Cours à l’Université de Yaoundé II
& (Cameroun)
Errol TONI
Habilité à diriger des recherches (HDR) en Droit Téphy-Lewis EDZODZOMO NKOUMOU
Université Paris-Saclay (France) Docteur en Droit Public
Assistant à l’Université Omar Bongo
Serge François SOBZE
Agrégé des Facultés de Droit Aubran Donadoni NTOLO NZEKO
Maitre de Conférences à l’Université de Douala Docteur Ph.D en Droit Public
& Chargé de cours à l’Université de Douala (Cameroun)
Luc Adolphe NJOM
Doctorant en Droit Public/ Université de Douala Michard Bériot EKELLE NGONDI
Magistrat
AKONO ONGBA SEDENA Docteur/Ph.D en Droit Public ;
Agrégé des Facultés de Droit Membre de l’Association française de droit
Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé-II constitutionnel ;
akonoongbasedena@[Link] Chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches
Constitutionnelles, Administratives et Financières
Bertrand EDOUA BILONGO (CERCAF), Université de Yaoundé II Soa
Maitre-Assistant CAMES
Chargé de cours à Université de Yaoundé II Colin ANANG NJUATE
Docteur/Ph.D en Droit Public
Thierry Olivier TAMA AYINDA Chargé de cours à la Faculté des Sciences Juridiques et
Maitre-Assistant CAMES Politiques de l’Université de Bamenda (Cameroun)
Université de Yaoundé II (Cameroun)
Jean Calvin ABA’A OYONO
Alia DIABY Maitre de Conférences à Université de Yaoundé II
Maitre-Assistant CAMES, UGLC-SC
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REVUE AFRICAINE DE DROIT CONSTITUTIONNEL N°2 JUIN 2025

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