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Les Débuts de La Congrégation Des Soeurs Grises de Saint-Hyacinthe, 1840-1865

Le document traite des débuts de la Congrégation des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe entre 1840 et 1865, en soulignant l'initiative de Messire Edouard Crevier pour répondre aux besoins des pauvres de sa paroisse. Il décrit le voyage des fondatrices de Montréal à Saint-Hyacinthe et leur accueil enthousiaste, ainsi que les défis rencontrés dans la mise en place de leur mission. La congrégation a connu une croissance et des fondations supplémentaires malgré les difficultés, avec un accent sur le dévouement des sœurs envers les malades et les nécessiteux.

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Les Débuts de La Congrégation Des Soeurs Grises de Saint-Hyacinthe, 1840-1865

Le document traite des débuts de la Congrégation des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe entre 1840 et 1865, en soulignant l'initiative de Messire Edouard Crevier pour répondre aux besoins des pauvres de sa paroisse. Il décrit le voyage des fondatrices de Montréal à Saint-Hyacinthe et leur accueil enthousiaste, ainsi que les défis rencontrés dans la mise en place de leur mission. La congrégation a connu une croissance et des fondations supplémentaires malgré les difficultés, avec un accent sur le dévouement des sœurs envers les malades et les nécessiteux.

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Sessions d'étude - Société canadienne d'histoire de l'Église catholique

Les débuts de la Congrégation des Soeurs Grises de


Saint-Hyacinthe, 1840-1865
Reine Ponton, s.c.s.h.

Volume 47, 1980

URI : [Link]
DOI : [Link]

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Éditeur(s)
Les Éditions Historia Ecclesiæ Catholicæ Canadensis Inc.

ISSN
0318-6172 (imprimé)
1927-7067 (numérique)

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Citer cet article


Ponton, R. (1980). Les débuts de la Congrégation des Soeurs Grises de
Saint-Hyacinthe, 1840-1865. Sessions d'étude - Société canadienne d'histoire de
l'Église catholique, 47, 55–61. [Link]

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[Link]
s.c.H.E.c, Sessions d'études, 47 (1980, pp. 55-61)

Les débuts de la Congrégation des Sceurs Grises


de Saint-Hyacinthe, 1840-1865 *

Pour bien situer dans le temps les débuts de la Communauté


des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe, il faut remonter à 1737,
alors qu'à Montréal, Marguerite d'Youville, devenue veuve à 28 ans,
après avoir payé les dettes léguées par son frivole mari, ayant assuré
l'éducation de ses deux fils, futurs prêtres, et se sentant appelée par
Dieu à une vocation de charité envers les pauvres, accepta la direction
de l'Hôpital Général de Montréal que les Frères Charon ne pouvaient
plus assumer. Ainsi se réalisait la prophétie de M. Louis Normant,
p.s.s., son confesseur : « Courage, ma fille, vous relèverez une maison
sur son déclin ».

Quand Mère d'Youville fut proclamée Bienheureuse, le 3 mai


1959, le Pape Jean XXIII la désignait comme la « Mère à la charité
universelle ». Elle avait un coeur ouvert à toutes les misères humaines,
et s'ingéniait à trouver moyen, par les industries les plus variées, à
porter secours à toutes les indigences. Sa maison accueillit non
seulement les pauvres, les malades, les vieillards, mais aussi les
enfants abandonnés et les jeunes filles à protéger. C'est de Louis XV
que sa congrégation naissante obtint, par l'entremise des Sulpiciens,
les lettres patentes reconnaissant son existence légale.

Marguerite d'Youville a longuement étudié Les saintes voies


de la Croix de l'abbé Henri-Marie BOUDON, et elle est convaincue
que la croix est un signe de bénédiction. Aussi les difficultés, les
contradictions, la maladie, le feu, les épreuves, tout contribue à sa
sanctification personnelle et fait grandir sa famille religieuse. Le
charisme de Mère d'Youville, héritage précieux, les Sœurs Grises y
participent et elles désirent que leur dévouement ne fasse défaut à
aucune nécessité. « Allez chez les Sœurs Grises, disait-on, elles ne
refusent jamais rien ».

* Sur le même sujet, on pourra aussi lire, dans le Rapport 1941-42 du


9 e congrès annuel de la SCHEC également tenu à Saint-Hyacinthe, la commu-
nication de M m e Emilie PALARDY DUPRAS, « Mère d'Youville et l'épanouisse-
ment de son œuvre à Saint-Hyacinthe », pp. 131-137.

— 55 —
Comment vont-elles, en 1840, répondre à la demande pressante
de Messire Edouard Crevier, grand vicaire du district de Saint-
Hyacinthe, qui s'afflige du triste sort des pauvres de sa paroisse ?
Sans doute apprécie-t-il grandement le zèle des « Dames de Charité »,
réunies en association depuis 1828, mais il sait que des mères de
familles ne peuvent négliger leurs devoirs domestiques, et il souhaite
assurer un service permanent auprès des malades et des pauvres.
Il se met à l'œuvre sans tarder. Voici ce que raconte, en 1888, Mgr
Alexandre Taché, archevêque de Saint-Boniface : « En recueillant
mes souvenirs d'enfant, je me souviens qu'un jour de l'automne de
1838, mes compagnons de collège et moi, nous fûmes surpris de
voir que l'on transportait des pierres et autres matériaux tout près
de la cour où nous prenions nos récréations. La curiosité ne fut pas
lente à s'enquérir : quel édifice allait s'élever là ? et qui viendrait
y loger ? Nous apprîmes que le digne Curé de Saint-Hyacinthe,
désirant ouvrir un asile aux malheureux de sa paroisse, allait leur
construire une maison qui s'appellerait l'Hôtel-Dieu ] ». À cette
entreprise, Messire Crevier consacrait une somme de 60.000 francs,
héritage reçu d'une tante récemment décédée.

Un événement marqua le début de son entreprise. « Les maté-


riaux destinés à la construction de son hôpital sont préparés à St-Pie,
paroisse à proximité, et transportés à Saint-Hyacinthe en radeaux,
sur la rivière Yamaska. Or, un jour, on vient dire à Messire Crevier
que les radeaux se brisent et que le bois se disperse au loin, emporté
par les flots. Pour toute réponse, Messire Crevier se retire et se
met en prière. Que se passa-t-il entre le Ciel et lui ? Nul ne fut initié
à ce secret ; mais ce qui est parfaitement connu, c'est que ce bois
entraîné avec violence dans les rapides s'arrêta tout à coup pour
se réunir dans une petite anse non loin de l'endroit où il devait être
employé ».

Désormais bien assuré que le Seigneur veut le voir poursuivre


son entreprise, Messire Crevier presse les travaux, et dès que son
hospice, « modeste construction en bois à deux étages », est achevé,
« il vient en offrir la direction aux Sœurs Grises avec la dotation de
terrain et des rentes pour subvenir à la pension de douze pauvres 2 ».
Muni de l'approbation de M-r Ignace Bourget, devenu évêque de
Montréal à la mort de M"r Jean-Jacques Lartigue, Messire Crevier
parle aux Soeurs Grises de Montréal de ses pauvres, de ses malades.
1
L'Hôpital Général de Montréal, tome II, p. 145.
2 Ibid., p. 146.

— 56 —
et aussi des privations, du travail et de la souffrance qui seront le
lot des fondatrices. Une pareille requête surprend d'autant plus qu'en
1840, les hospitalières n'exerçaient leur dévouement qu'envers les
pauvres et les malades vivant à l'Hôpital ; elles ne sortaient que pour
de pressantes nécessités et encore, « en voitures fermées ». Les troubles
de '37 étaient dans toutes les mémoires et la prudence s'imposait.

En ce temps-là, ouvrir une maison à Saint-Hyacinthe était une


véritable aventure, un peu comme, de nos jours, accepter une fonda-
tion en Haïti, au Brésil ou en Afrique. La supérieure, Mère Beaubien,
parla du projet à ses sœurs — elles étaient alors une trentaine à
Montréal — assurant que quatre sœurs iraient à Saint-Hyacinthe,
mais on n'y enverrait que des volontaires. La première à s'offrir
pour cette mission fut sœur Michel-Archange Thuot, jadis maîtresse
des novices, devenue assistante de la supérieure, à qui s'adjoignirent
trois jeunes sœurs formées par elle à la vie religieuse : sœurs Hono-
rine Pinsonnault, Tharsile Guyon et Emilie Jauron. Les préparatifs
de cette fondation, une première, se firent avec diligence et enthou-
siasme ; alors comme aujourd'hui « aller en mission » vous auréolait
prématurément d'une espèce de nimbe lumineux !

Le jour vint, 6 mai 1840, où les fondatrices quittèrent l'Hôpital


Général de Montréal pour venir à Saint-Hyacinthe. Ce ne fut pas un
« au revoir » mais un adieu qu'elles dirent à leur Supérieure et à
leurs sœurs, puisque la maison de Saint-Hyacinthe ne devait pas
être dépendante de celle de Montréal, mais autonome, comme la
plupart des monastères du temps. Cette décision, longuement pesée
çt mûrie, devait marquer aussi les fondations subséquentes : celle de
la Rivière Rouge en 1844, celle d'Ottawa en 1845 et celle de Québec
en 1849.

Voici en quels termes le Père André Guay, O.M.I., raconte


l'arrivée à Saint-Hyacinthe :
. . . on arrive enfin à Saint-Hyacinthe. Que vient faire ici cet
« enfin », surprenant, inattendu? C'est qu'en 1840, Saint-Hya-
cinthe était bien loin, si loin qu'il fallait s'y rendre par bateau.
Par bateau ! Regardez une vieille carte de la région ; entre
Montréal et la « Terre promise » aux quatre « missionnaires
de la tendresse », aucune route, pas même un sentier. Rien, rien
du tout. Voilà ! Restait le beau et toujours serviable Saint-
Laurent. C'est pourquoi l'on s'embarque pour Saint-Hyacinthe.
Le « Queen » est là, qui attend les voyageurs au quai Victoria,
prêt à transporter missionnaires et bagages, mais jusqu'à Ber-

— 57 —
thier seulement, première étape. À Berthier, le « Saint-Louis »
prend la relève et, via le Richelieu, l'on remonte jusqu'à
Saint-Charles, deuxième étape ! Assez de bateau ! Maintenant,
en voiture ! Douze milles jusqu'à Saint-Hyacinthe par des
routes impraticables. Que c'est donc loin Saint-Hyacinthe ! Il
faut vraiment vouloir y aller.

Si on y arrive fourbu, du moins est-on accueilli avec


enthousiasme, comme doivent être accueillies de vraies mission-
naires de la tendresse précieux cadeau du ciel à la ville nais-
sante. Messire Crevier sait bien faire les choses. À la rencontre
des arrivants à Saint-Charles, il a pris soin d'envoyer sept voi-
tures. Vous lisez bien : sept voitures pour quatre personnes.
Eh oui ! les Fondatrices ne sont pas parties « aléges » comme
l'on disait. Trois futures postulantes se sont jointes à elles — ça
promet ! — et deux filles de service. Enfin, un domestique,
promotion masculine évidemment . . . Puis du bagage, don de
l'Hôpital Général et des bienfaiteurs de Montréal. Bref, des
missionnaires bien équipées.

À Saint-Hyacinthe, on a eu soin de poster des guetteurs


pour scruter l'horizon. Tout à coup, un cri retentit : « Les
voilà, les Sœurs Grises, les voilà ! » Saint-Hyacinthe y va im-
médiatement de ses quatre cloches à toute volée. Les élèves
du couvent forment une haie le long de la route, les collégiens
se groupent dans la cour du collège, voisin de l'Hôtel-Dieu.
Et du haut de la tour du même collège, la fanfare exécute ses
plus beaux morceaux. Puis, bien sûr, Messire Crevier est là,
entouré des notables de la ville. « Nous l'avons enfin, notre
Hôtel-Dieu au complet ! » C'est vrai. Mais il manque les mala-
des. Demain matin . . .

Demain matin ! Quand même on est missionnaire de la


tendresse, après un tel voyage on est brisé. Peu importe. On
n'est pas venu à Saint-Hyacinthe pour se reposer, « on est des
Sœurs Grises». Messire Crevier s'amène donc sans tarder,
mandement de Monseigneur Bourget à la main, document qui
établit juridiquement et spirituellement dans l'Église une nou-
velle communauté. Et puisqu'il faut agir méthodiquement, il
s'agit de trouver une supérieure. On en aura grand besoin.
Nomination par l'autorité ? Non pas, élections. Sans cabale
aucune, Sœur Thuot devient Mère Thuot, élue première supé-
rieure de l'Hôtel-Dieu ; puis Sœur Guyon assistante, Sœur Pin-
sonnault maîtresse des novices — elles viennent vite, vite —
Sœur Jauron : aucun titre .. . mais beaucoup d'ouvrage. « Elle
aura soin des pauvres, des malades et de bien d'autres choses »,
annonce Messire le Curé. On verra à ce qu'elle ne manque

— 58 —
pas d'ouvrage, en tout cas. Le bon Curé ne se doute pas de
ce qui attend pauvre Sœur Jauron, la benjamine des mission-
naires 3.
Après avoir travaillé avec un courage puisé dans la foi et un
ardent amour du Seigneur, Mère Thuot fut atteinte par la paralysie
en 1845 et mourait en 1850, dix ans seulement après la fondation.
Mère Pinsonnault lui succéda à la tête de la jeune congrégation. Elle
sut lui préparer des recrues de choix pour l'avenir, et profita du
progrès amené par l'érection du chemin de fer entre Saint-Hyacinthe
et Longueuil pour renouer avec la maison de Montréal des relations
plus fréquentes, fort utiles au petit Institut qui a besoin de lumière
et d'appui. On songe sérieusement, à cette époque, à réunir en une
même famille religieuse les Sœurs Grises dispersées par les récentes
fondations. Mais la tentative d'union se révèle irréalisable. Devant
l'échec de ce projet, la Supérieure de Montréal offre à celles des
« anciennes » qui le désirent de retourner à leur maison d'origine.
À Saint-Hyacinthe, Sœur Guyon d'abord, puis Mère Pinsonnault
répondent à cette invitation. Mère Jauron, la plus jeune des fonda-
trices, décide de rester, acceptant à l'avance toutes les épreuves qui
ne manqueront pas de frapper une œuvre d'à peine quinze ans. C'était
en 1854. La nouvelle Supérieure doit assumer les travaux de recons-
truction de l'Hôtel-Dieu qui tombe en ruines et est reconnu nettement
trop exigu pour les 15 religieuses professes et pour les pauvres qui
réclament soin et assistance.

Au milieu de toute cette activité, Mère Jauron aura la joie de


présider à la fondation de deux maisons dépendantes de l'Hôtcl-Dicu :
celle de Sorel en 1862 et l'Ouvroir Ste-Geneviève, à Saint-Hyacinthe
même en 1 864. Sur la demande de Messire Crevier, devenu curé de
Marieville en 1852, Mère Jauron négocie et prépare la fondation
de l'Hospice Ste-Croix. Cette maison s'ouvre en 1865, année du
jubilé d'argent de la congrégation. Au moment de la bénédiction
d'ouverture, Mère Jauron n'exerce plus l'autorité ; elle a déjà
commencé un apostolat de la souffrance qui durera vingt ans. Nous
la considérons comme notre seconde fondatrice : sa courageuse
résolution de demeurer à Saint-Hyacinthe assura la survie de la
fondation en territoire mascoutain.

À l'imitation de Marguerite d'Youville, Mère Thuot et Mère


Jauron ont donné à la communauté une si forte impulsion que les
3
P. André GUAY, Missionnaires de la tendresse, Saint-Hyacinthe, L'Ac-
cueil, 1980, pp. 23-26.

— 59 —
Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe, après 140 ans d'existence, conti-
nuent de servir, avec des moyens limités sans doute — on connaît la
situation qui règne dans le domaine hospitalier et celui de l'édu-
cation — mais la flamme de la charité brille toujours dans leur ciel.
Je ne vous en citerai qu'une preuve.

La semaine dernière, j'étais à Berlin, New Hampshire, où rad-


ministration de l'ancien Hôpital Saint-Louis — maintenant Andros-
coggin Valley Hospital depuis 1971 —célébrait le 75 e anniversaire
de cette institution, donc, de l'arrivée des Sœurs Grises à Berlin.
Toutes les sœurs qui ont œuvré dans cette maison étaient invitées à
une fête du souvenir. L'Amicale de l'École des Infirmières avait
préparé une rencontre vraiment chaleureuse. J'ai entendu fuser de
toutes parts les exclamations joyeuses des anciennes qui se retrou-
vaient après bien des années et d'autres qui cherchaient sœur une telle,
sœur une telle. Il y eut des discours, de beaux gestes de reconnais-
sance, mais le moment le plus émouvant fut sans contredit le rappel
d'un événement qui fit la manchette des journaux en 1963.

Vers 7 heures 30, un matin de décembre, une jeune femme de


28 ans était amenée à l'hôpital à la suite d'un accident de la route.
La religieuse infirmière, surveillante de nuit, se rendit compte que
la mort avait déjà fait son œuvre, mais son expérience de 20 ans
en obstétrique lui fit découvrir que la femme était enceinte et sur
le point d'accoucher. Le médecin, alerté immédiatement, constata que
le bébé était vivant et pratiqua une césarienne. La petite fille, Cécile,
vit le jour trente minutes après la mort de sa mère. Il va sans dire
qu'un lien étroit l'unit à la religieuse qui lui a sauvé la vie. Étudiante
actuellement au Collège Rivier, à Hudson, la jeune fille est venue
rendre témoignage à sa « seconde mère » et elle a déclaré que « la
vie est merveilleuse ! » Que dire alors quand ce sont des âmes qui
renaissent à l'amitié de Dieu, touchées par le dévouement discret
d'une religieuse !

Au cours de cet entretien, j'ai évoqué trop rapidement le sou-


venir des Dames de Charité. J'y reviens pour célébrer la cordiale
fraternité qui règne depuis 140 ans entre les Dames de Charité et les
Sœurs Grises. Elles font cause commune au service des pauvres.
Le soir du 7 mai 1840, après les fatigues du voyage et les émotions
d'un accueil trop enthousiaste, les fondatrices sont heureuses de se
trouver seules dans leur Hôtel-Dieu et de s'y installer pour la nuit.
Elles devront d'abord refaire leurs forces, car le premier souper pris

— 60 —
dans leur nouvelle demeure les attend, préparé et servi par les soins
de la seigneuresse, Mnu* Jean Dessaulles. C'est là le premier anneau
d'une longue chaîne de bienfaits, de délicates prévenances. Si le bazar
fut, dans la région de Saint-Hyacinthe, un événement annuel où l'on
accourait de partout, et cela de 1846 à 1956, ce fut grâce au zèle des
Dames de Charité. Elles le préparaient tout au cours de l'année.
Aussi étaient-elles justement fières du succès couronnant leur travail
et procurant aux pauvres un peu de bien-être. De nos jours encore,
les Dames Auxiliaires poursuivent à l'Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe
les généreuses traditions de leurs devancières et s'ingénient à souligner
les grandes fêtes en apportant plaisirs et sourires à tous les chers
malades de cette institution. C'est que « l'amour ne passera jamais ».

On me reprochera sans doute d'avoir à peine nommé Mgr


Bourget. Et pourtant, nous lui devons notre mission d'Eglise, une
mission nette et précise. En vrai pasteur des âmes, il considérait
comme un devoir d'être « le père des pauvres et des orphelins, l'œil
de l'aveugle, le pied du boiteux » ; il le dit si bien dans le mandement
d'érection de la communauté des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe.
Mais un évêque ne pouvant tout accomplir lui-même doit déléguer
certaines de ses responsabilités. Pour un ministère de tendresse auprès
des membres souffrants du Christ, où trouver mieux que des femmes
au cœur libre d'attaches humaines même légitimes, qui se vouent
corps et âme au mieux-être de tous ceux qui sont blessés par le
deuil, l'âge, la maladie ?

C'est là la véritable vocation de toute Sœur Grise : être cons-


tamment à l'écoute des autres pour leur porter secours de façon
efficace. Tout cela dans la foi en Celui qui dira, lors du jugement
dernier : « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est
à moi que vous l'avez fait » (Mt. 25,40).

Sœur Reine PONTON, s.c.s.h.,


Maison Généralice,
Saint-Hyacinthe.

— 61 —

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