Assemblage des pièces
Analyse technologique des liaisons encastrement, glissière et pivot
1 Problèmatique générale lors du choix dans la réalisation d’une liaison
Les sollicitations s’exerçant sur les liaisons sont très différentes selon les mécanismes. Par exemple, les actions mécaniques se
différent par leur nature (radiale ou axiale) ou par leur intensité (de quelques Newtons à plusieurs milliers de daN…).
Les solutions technologiques retenues pour réaliser les liaisons des mécanismes sont donc nombreuses et d’une manière générale
issues d’un compromis performance – coût – maintenance.
A partir du contexte d’étude et du cahier des charges d’un mécanisme, vous devez être capable de :
- décrire ou choisir une solution technologique réalisant une liaison encastrement, une liaison glissière ou une liaison pivot,
- représenter une solution technologique avec ses conditions de fonctionnement : jeu éventuel, ajustement, étanchéité,
lubrification…
2 Analyse technologique de la liaison encastrement
2.1 Fonction principale d’une liaison encastrement
FP : Bloquer les mouvements relatifs entre deux pièces en supportant les actions mécaniques.
une liaison encastrement n’autorise aucun degrés de liberté entre les pièces.
Il existe de nombreuses solutions technologiques pour réaliser une liaison encastrement non démontable comme (voir Fanchon) : le
collage, le soudage, le rivetage, le frettage (assemblage par ajustement serré H7p6). Dans ce cours, nous étudierons plus en détail
les solutions technologiques classiques retenues pour réaliser une liaison encastrement démontable.
2.2 Fonctions techniques d’une liaison encastrement démontable
Les mises en position sont généralement réalisées par obstacle (appui plan, centrage, épaulement, clavette, cannelures…). Le
maintien en position peut être réalisé par obstacle (écrou + rondelle, anneaux élastiques, clavette…) ou par adhérence (vis de
serrage, emmanchement conique…).
Remarque : si la liaison encastrement doit réaliser une fonction d’étanchéité, le terme d’étanchéité statique est employé (les pièces
en liaison n’ont aucun mouvement relatif). Cette fonction est généralement assurée par l’utilisation de joints toriques
ou de joint plat (type joint papier).
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2.3 Familles de solutions technologiques réalisant une liaison encastrement démontable
liaison dite « à appui plan prépondérant et centrage court »
Vue détaillée d’une vis de maintien dans un trou
taraudé non débouchant : à connaitre par cœur !
La mise en position est réalisée par :
- un appui plan constituant la surface prépondérante de contact,
- une surface cylindrique réalisant un centrage court (L < Ø) ou un pion (pied de positionnement) assurant le positionnement
relatif des plans.
Remarque : pour les liaisons peu précises (capot de protection par exemple), aucun centrage n’est nécessaire entre les plans.
Le maintien en position et la transmission des actions mécaniques sont obtenus par adhérence à l’aide de vis de serrage + rondelles.
Ces vis de serrage, en nombre suffisant, assurent un effort presseur entre les deux plans bloquant par adhérence leur rotation
relative.
liaison dite « à emmanchement conique»
La mise en position est réalisée par une surface conique qui constitue la
surface prépondérante de contact.
Le maintien en position et la transmission des actions mécaniques sont
obtenus par adhérence. Par exemple, l’ensemble écrou de serrage + rondelle
assure l’effort presseur.
Dimensionnement :
Les dimensions de la surface conique et l’intensité de l’effort de
serrage sont déterminées par le couple CMAX que l’on désire
transmettre par l’intermédiaire de l’assemblage arbre/moyeu.
Pour une géométrie de contact donnée, de rayon extérieur RE, de rayon intérieur
RI et de demi angle au sommet α, pour un couple de matériau fixé de coefficient
de frottement μ et pour un effort presseur F (en N), le couple maximal
transmissible CMAX (en N.m) est donné par la relation :
2 RE3 RI3 Hypothèses :
CMAX . .F .
- géo. parfaites,
3 sin RE2 RI2 - à la limite de l’adhérence,
- pression uniforme.
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liaison dite « à centrage long »
La mise en position est réalisée par :
- une surface cylindrique réalisant un centrage long (L > 1.5 Ø) et constituant la surface prépondérante de contact,
- un appui plan (épaulement) bloquant la translation,
- un appui plan (clavette montée serrée dans l’arbre ou cannelures) bloquant la rotation.
Le maintien en position est réalisé par obstacle (écrou + rondelle ou anneau élastique).
La clavette participe à la transmission des actions mécaniques (dimensionnement en fonction du couple à transmettre).
Dimensionnement de la clavette : critère de matage
Les dimensions de la clavette sont déterminées par le couple que l’on désire transmettre
par l’intermédiaire de la liaison. Pour un diamètre donné Ø de l’arbre, la section de la
clavette (largeur b, hauteur h) est fixée. Il reste à déterminer sa longueur L par un critère
au matage (pression maximale admissible : padm) selon la formule :
Hypothèses :
2.CMAX
pMAX padm padm - géo. parfaites,
.Su - clavette encastrée dans l’arbre,
- pression uniforme.
où :
- CMAX est le couple maximal en N.m que doit transmettre la clavette,
- Su la surface utile de la clavette ( Su L hutile ) avec hutile h / 2 ,
- padm est la pression maximale admissible dont la valeur dépend des conditions de sollicitations de l’assemblage (voir tableau).
Remarque : si le résultat du critère de matage donne L 1,75 , la clavette sera remplacée par des cannelures.
Le dimensionnement des cannelures suit également le critère de matage.
Vis d’arrêt
Dans certains cas de liaison soumise à de faibles Goupille
charges, une vis d’arrêt ou une goupille peut assurer
les arrêts en rotation et en translation et la
transmission des actions mécaniques.
Pour la vis d’arrêt, le maintien en position et la
transmission des actions mécaniques se fait par
adhérence en bout de vis (dépend de l’effort de
serrage de la vis et du coefficient de frottement).
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Dimensionnement de la goupille : critère au cisaillement
Le diamètre Ø de la goupille est déterminé par l’effort FMAX que l’on désire transmettre
par l’intermédiaire de la liaison.
Hypothèse :
Le critère au cisaillement s’écrit : - géo. parfaites,
4. FMAX n - montage serré de la goupille.
Rpg Rpg
.2
où
- τ est la contrainte de cisaillement en MPa,
- Rpg est la limite élastique au glissement en MPa. Pour les aciers : Rpg ≈ 0,7. Re,
- n est le nombre de surfaces cisaillées.
2.4 Exercice d’application sur les liaisons encastrement démontable
1- Etudier les liaisons suivantes du mécanisme d’inverseur de marche en précisant les éléments réalisant la mise en position, ceux
réalisant le maintien en position et la solution retenue pour supporter/transmettre les actions mécaniques :
Arbre moteur 25 / Joint d’accouplement 16 Joint d’accouplement 16 / Arbre d’entrée 6
Flasque 1 / Pignon 14 Pignon 21 / Arbre intermédiaire 19
Roue dentée 10 / Arbre intermédiaire 19 Boîtier 9 / Carter principal 3
Roue dentée 11 / Arbre de sortie 12 Axe de commande 22 / Fourchette 24
2- Trouver une liaison encastrement à appui plan prépondérant sans centrage.
3- Vérifier que la clavette de l’arbre de sortie est bien dimensionnée (prendre p adm = 60 MPa). Rappel : Csortie = 30 daN.m.
4- Déterminer les rapports de réduction pour les deux cas de marche. Vérifier que le mécanisme est bien un inverseur de marche.
5- Déterminer l’effort presseur maximal qu’il est nécessaire de fournir par l’intermédiaire de la fourchette 24 pour pouvoir
transmettre le couple par l’intermédiaire du baladeur bi-conique 13 (contact acier/élastomère : 0.3 ).
6- Pour exercer cet effort, l’opérateur agit sur l’axe de commande 22. Le couple qu’il doit fournir sur cet axe est C = 18 N.m.
Vérifier la tenue des goupilles réalisant la liaison encastrement entre l’axe de commande 22 et la fourchette 24. Les goupilles
seront considérées pleines et en acier (prendre Re = 400 MPa).
3 Analyse technologique de la liaison glissière
3.1 Fonction principale d’une liaison glissière
FP : réaliser le guidage en translation entre deux pièces en supportant les actions mécaniques.
une liaison glissière autorise un degrés de liberté de translation entre les pièces selon une seule direction.
3.2 Fonctions
techniques d’une
liaison glissière
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Rem : afin de limiter les pertes, il est nécessaire de prévoir un jeu fonctionnel (ajustement glissant), une lubrification (graisse
ou huile selon les vitesses de translation) et l’étanchéité associée.
Le terme d’étanchéité dynamique est employé (dynamique car les pièces en liaison possèdent un mouvement relatif). Cette fonction
est généralement assurée par l’utilisation de joints toriques (faible vitesse) ou de joints racleurs ou joint 4 lobes (grande vitesse).
3.3 Familles de solutions technologiques réalisant une liaison glissière
liaison dite « par contact direct » ou « par éléments roulants »
remplacement du contact
frottant par un contact roulant
pertes diminuées.
Système à recirculation de
billes à 6 rangées KUS
La liaison est réalisée par deux appuis plan de normales concourantes constituant les surfaces prépondérantes de contact (queue
d’aronde) ou par des composants du commerce de type guide à bille ou guide par rail.
Rails à billes Rails et cages à
et à rouleaux aiguilles
Schneeberger INA
liaison dite « par centrage long et arrêt en rotation »
La mise en position est réalisée par une surface cylindrique réalisant un centrage long (L > 1.5 Ø) et constituant la surface
prépondérante de contact.
Le maintien en position et la transmission des actions mécaniques sont obtenues par obstacle bloquant la rotation (vis radiale ou
clavette ou cannelures selon l’intensité des actions mécaniques).
Dimensionnement : la clavette ou les cannelures (N clavettes) sont dimensionnées au matage (voir liaison encastrement).
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4 Analyse technologique de la liaison pivot
4.1 Fonction principale d’une liaison pivot
FP : réaliser le guidage en rotation entre deux pièces en supportant les actions mécaniques.
une liaison pivot autorise un degrés de liberté de rotation entre les pièces selon un seul axe.
4.2 Fonctions techniques d’une liaison pivot
Remarques :
- afin de limiter les pertes, il est nécessaire de prévoir un jeu fonctionnel (ajustement glissant), une lubrification
(graisse ou huile selon les vitesses de rotation) et l’étanchéité associée.
- le terme d’étanchéité dynamique est employé (dynamique car les pièces en liaison possèdent un mouvement relatif). Cette
fonction est généralement assurée par l’utilisation de joints toriques (faible vitesse) ou de joints à lèvres ou joints V-ring
(grande vitesse).
4.3 Familles de solutions technologiques réalisant une liaison pivot
liaison dite « à contact direct »
ajustement glissant
H7g6
La mise en position est réalisée par :
- une surface cylindrique réalisant un centrage long (L > 1.5 Ø) et constituant la surface prépondérante de contact,
- un appui plan (épaulement) bloquant la translation.
Le maintien en position est réalisé par obstacle (anneau élastique).
Remarque : le centrage long est souvent remplacé par deux centrages courts (L < Ø).
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liaison réalisée par l’intermédiaire de coussinets
Ajustements donnés à titre d’exemple. Si
donnés, suivre les recommandations fabricant
Le contact direct précédent est remplacé par un contact avec coussinet, avec ou sans collerette, afin de diminuer les pertes par
frottement.
Les matériaux de ces paliers (bronze, étain, PTFE ou téflon) présentent de bonnes qualités frottantes avec l’acier. Les coussinets
peuvent être utilisés à sec ou avec lubrification selon les applications.
Montage : le coussinet est monté serré dans l’alésage (de type H7s6) et glissant sur l’arbre (de type H8f7)
Un coussinet particulier : le coussinet autolubrifiant
Le coussinet autolubrifiant est un coussinet fabriqué par frittage (compactage de poudres métalliques dans un moule sous haute
pression et sous haute température). La porosité obtenue permet de contenir au sein du matériau un certain volume d’huile (20 à
30%) qui est délivré lors de la rotation de l’arbre (film hydrodynamique) et réabsorbé à chaque arrêt.
Dimensionnement d’un coussinet :
1 - vitesse relative de glissement V entre l’arbre et le coussinet
V .R VMAX avec la vitesse de rotation de l’arbre (en rad/s) et R le rayon de l’arbre.
Ce paramètre est important. La limite préconisée par le fabricant VMAX ne doit pas être dépassée.
2 - pression diamétrale F
Ce modèle suffit pour la plupart des applications à faible vitesse de glissement
3
( V 10 m / s ), il consiste à déterminer la pression moyenne qui s’exerce
sur la surface projetée du coussinet.
S p L int
Hypothèse :
- géo. parfaites,
F - pression uniforme.
p pMAX
Sp
La pression déterminée ne doit pas dépasser la pression admissible pMAX
donnée par le fabricant.
3 - critère p.V
Respecter la vitesse limite VMAX d’une part et la pression admissible pMAX d’autre part peut être insuffisant. Il peut exister des
combinaisons de vitesse et de pression pour lesquelles le coussinet s’échauffe de manière critique.
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La plupart des fabricants proposent donc des
limites sous forme d’abaques ou de graphiques
liés au critère p.V (pression vitesse).
limite limite du critère
I : zone d’utilisation,
II : zone quasi-statique, critère p.V utilisable
avec restriction,
III : zone d’application possible avec une bonne
lubrification, consulter le fournisseur.
limite
liaison réalisée par l’intermédiaire de paliers hydrodynamiques
Les paliers hydrodynamiques ressemblent aux coussinets. La principale différence est qu’il n’y a jamais contact entre l’arbre et le
palier en fonctionnement normal. Un film d’huile (régime hydrodynamique) sépare en permanence les deux surfaces respectives.
Les performances (vitesse de rotation, durée de vie) de la liaison pivot réalisée sont meilleures.
Il est nécessaire de prévoir des canaux
canal d’arrivée
d’arrivée, des rainures de lubrification
et l’étanchéité associée.
liaison réalisée par l’intermédiaire de roulements
Les contacts glissants précédents (direct ou avec coussinets) sont remplacés par un contact roulant afin de diminuer les pertes par
frottement. Le prochain cours détaille la réalisation d’une liaison pivot par l’intermédiaire de roulements.
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4.4 Exercice d’application sur les liaisons pivot avec coussinets
7- Pour le mécanisme d’inverseur de marche, préciser le matériau des coussinets 4.
8- Comment sont réalisées la lubrification et l’étanchéité au niveau des coussinets ? Et l’étanchéité du mécanisme ?
9- La valeur maximale de la charge radiale supportée par chacun des coussinets est de 280 daN. En déduire la valeur de la
pression diamétrale en MPa.
10- En déduire la valeur admissible de la vitesse de glissement au niveau des coussinets 4. En déduire la valeur maximale de la
vitesse de rotation relative de l’arbre 6 par rapport au flasque 1.
11- Déterminer les valeurs de jeu ou de serrage relatives aux ajustements des montages des coussinets 4 et du baladeur bi-
conique 13 sur l’arbre d’entrée 6.
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