CHAP 2 - Les Modèles de Concurrence
CHAP 2 - Les Modèles de Concurrence
Le prix d’équilibre, i.e. 𝑃𝐶 , et la quantité d’équilibre, i.e. 𝑄𝐶 , qui se sont établis dans la figure
1.5 du chapitre 1 sont la conséquence d’un certain nombre d’hypothèses concernant les
offreurs, les demandeurs, le produit et les coûts. Ce sont les hypothèses du modèle la
concurrence parfaite qui, comme déjà avancé, maximisent le bien-être social tout en assurant
une allocation efficiente des ressources. Dans la réalité économique, comme nous allons
Pr
l’exposer dans ce chapitre, peu de marchés sont en concordance avec ce modèle qui ne peut,
dans les meilleurs des cas, que servir d’approximation pour un certain nombre de secteurs
.F
économiques. Pour rendre compte de cette divergence entre le modèle et les données
ar
empiriques, dans un premier temps, deux postulats sont relâchés pour déboucher sur le modèle
de la sélection compétitive. Ce dernier, en effet, incorpore dans l’analyse un certain nombre de
id
faits stylisés faisant rapprocher la théorie de la réalité de certaines branches économiques. Dans
EC
un deuxième temps, une autre hypothèse du modèle initial est relâchée donnant lieur à un
troisième modèle, en l’occurrence le modèle de concurrence monopolistique. Ce dernier est
H
plus apte à expliquer la réalité d’un grand spectre de certaines autres branches économiques.
C
1. La concurrence parfaite
H
AR
51
d’équilibre sur le marché, est insignifiante. A ce prix, il peut vendre autant qu’il veut, dans la
limité de sa capacité de production, sans que sa 𝑀𝑅 ne soit affectée. Celle-ci reste constante au
niveau de 𝑀𝑅 = 𝑃𝐶 , d’où la demande individuelle à laquelle il fait face est une droite
horizontale d’équation 𝑃 = 𝑃𝐶 . Une action dans le sens de l’augmentation des prix fait qu’il ne
vendra rien. Une action dans le sens de la baisse du prix n’a aucun sens puisqu’il peut vendre
autant qu’il veut à 𝑃 = 𝑃𝐶 , et que de toutes les manières, cette action n’aura aucun effet sur ses
concurrents. Le raisonnement est similaire si l’on se place du point de vue du demandeur.
Le postulat d’homogénéité du produit stipule que tous les offreurs produisent le même bien que
nous ne puissions pas distinguer par la qualité, l’emballage, l’enseigne, etc. Lorsque combiné
avec le postulat d’atomicité, l’homogénéité du produit implique que la concurrence se fait
uniquement par les coûts. Les entreprises ayant des fonctions de coûts moins élevées pourront
Pr
vendre des quantités plus élevées que les entreprises ayant des fonctions de coûts plus élevées.
.F
Mieux encore, en supposant la divisibilité du produit, on peut calculer l’optimum par le recours
au calcul différentiel.
ar
id
Les offreurs et les demandeurs sont aussi censés savoir avec précision le prix établi sur le
marché, c’est le postulat de l’information parfaite. Sans ce postulat, l’offreur qui n’a pas d’idée
EC
précise sur le prix d’équilibre peut en fixer un qui lui est supérieur et ne vendra rien par
conséquent. De même, un consommateur mal informé peut payer un prix supérieur au prix
H
Toutes les entreprises actives sur le marché sont supposées avoir accès à toutes les technologies
AR
disponibles, pouvant ainsi choisir les plus efficientes d’entre elles. Si ce postulat d’égal accès
est combiné aux postulats d’atomicité et d’homogénéité, cela implique que toutes les entreprises
FI
auront la même fonction des coûts, i.e. étant rationnelles, elles choisiront toutes les technologies
les plus effcicientes qui minimisent les coûts au niveau le plus bas possible. Dans ces conditions,
toutes les entreprises vendront la même quantité, i.e. qui maximise leur profit ou de manière
équivalente qui minimise leur perte, et seront donc de la même taille. Si 𝑃 > min 𝐴𝐶(𝑞), ces
𝑞
entreprises réaliseront des profits, alors que si 𝑃 < min 𝐴𝐶(𝑞), elles réaliseront des pertes.
𝑞
C’est qui se passe à SR quand leur nombre, i.e. 𝑁, est supposé fixe.
A LR, si les entreprises actives sur le marché réalisent des profits positifs, d’autres entreprises
sont attirées sur le marché, i.e. 𝑁 augmente. Si, par contre, elles subissent des pertes, certains
d’entre elles déjà sur le marché vont quitter ce dernier. Il est aussi supposé que l’accès et la
52
sortie se font sans coûts, c’est le postulat de la libre entrée – libre sortie. Ce postulat implique
qu’à LR, le nombre d’entreprises actives sur le marché est constant, i.e. 𝑁 = 𝑁 ∗ , au niveau où
le prix est égal au MC minimum, i.e. 𝑃 = min 𝐴𝐶(𝑞). A ce niveau, le profit des entreprises
𝑞
actives sur le marché est nul, i.e. elles ne réalisent pas de profit ni ne subissent de perte. Il faut
noter que le profit entendu ici est le profit surnaturel dépassant celui réalisé sur d’autres
marchés. Le profit naturel nul serait alors celui où la rémunération du capital est égale à sa
productivité marginale égalisée à travers tous les marchés, i.e. c’est une sorte de profit
économique dont la rémunération du capital est prise en compte parmi les charges dans le calcul
du résultat contrairement au profit comptable qui ne la prend pas en compte.
La caractérisation essentielle du SR est que le nombre d’entreprises active sur le marché, i.e. N,
.F
reste constant. Les trois premiers postulats présentés ci-dessus impliquent qu’un prix unique
s’impose à elles toutes. Du fait de leur grand nombre et leur petite taille, i.e. le postulat
ar
offerte sur le marché. De l’autre côté, de point de vue des nombreux demandeurs, aussi de petite
taille, les produits de toutes les entreprises sont parfaitement substituables, i.e. le postulat de
EC
l’homogénéité du produit. Par conséquent, toute entreprise qui essaie d’augmenter le prix ne
H
vendra aucune unité puisque les consommateurs bien informés, i.e. le postulat de l’information
C
parfaite, se dirigeront vers les produits des entreprises n’ayant pas augmenté le prix. Une autre
H
hypothèse est implicitement émise ici, en l’occurrence l’absence des coûts de transactions, i.e.
AR
le demandeur qui décide de changer de produit de celui d’une entreprise à celui d’une autre
n’encourt aucun coût supplémentaire.
FI
Les entreprises sont alors dites preneuses de prix ou price-takers. Mais, d’où prennent-elles ce
prix ? Elles le prennent des interactions entre les actions simultanées des demandeurs et des
offreurs qui ont lieu sur le marché dans son ensemble. Les graphique (a) de la figure 2.1
montre que la courbe de l’offre totale, i.e. 𝑆(𝑄), et la courbe de la demande totale, i.e. 𝐷(𝑄),
s’intersectent au point d’équilibre, i.e. (𝑄 ∗ , 𝑃∗ ), au niveau duquel les deux sont égalisées, i.e.
𝑆(𝑄 ∗ ) = 𝐷(𝑃∗ ). Une fois établi, ce prix d’équilibre s’impose à toutes les entreprises actives sur
le marché. Le graphique (b) montre la demande individuelle adressée une entreprise typique
d’entre elles, i.e. 𝑑(𝑞): 𝑃 = 𝑃∗ 1, qui se présente comme une ligne horizontale signifiant que
1
Les lettres minuscules sont réservées à la notation qui concerne l’entreprises, alors que les lettres majuscules
sont utilisées pour la notation qui concerne le marché.
53
l’entreprise peut vendre autant qu’elle veut sans que le prix baisse. La demande totale du
marché, i.e. 𝐷(𝑄), est l’agrégation horizontale des demandes individuelles des entreprises, i.e.
𝑑(𝑞). Autrement dit, il faut transformer les fonctions inverses de demande en fonctions de
demande, i.e. exprimer 𝑞 en fonction de 𝑃 et non l’inverse, avant de procéder à l’agrégation.
Après quoi, on procède à l’opération inverse, i.e. exprimer 𝑃 en termes de 𝑄 = ∑ 𝑞 pour
retrouver la fonction inverse de demande2. La même procédure est adoptée pour passer des
courbes d’offres individuelles à la courbe d’offre du marché.
𝑃 𝑃
Pr
𝑆(𝑄)
.F
𝑀𝑅(𝑞) = 𝑃 ∗
ar
𝑃∗
𝑑(𝑞)
id
𝑃𝐶
𝑚𝑖𝑛𝐴𝐶(𝑞) < 𝐴𝐶(𝑞 ∗ )
𝐷(𝑄)
𝑄 𝑞
EC
𝑄∗ 𝑞𝐶 𝑞∗
A l’instar de toutes les entreprises actives sur le marché, une entreprise individuelle typique
AR
maximise son profit total, défini par la différence entre sa recette totale et son coût total, et qui
est fonction de la quantité vendue, i.e.
FI
2
Mathématiquement, la somme de fonctions individuelles de demande horizontales ne peut en aucun cas
donner une fonction de demande totale qui soit descendante. En fait, la fonction de demande individuelle n’est
qu’approximativement horizontale dont l’équation peut être écrite comme 𝑞 = 𝑎 − 𝜀𝑃 pour 𝑎 et 𝜀 → 0 deux
∑𝑎 1
constantes positives. En opérant la sommation des 𝑞, nous avons ∑ 𝑞 = ∑ 𝑎 − 𝑃 ∑ 𝜀 ⇔ 𝑃 = ∑𝜀
− ∑ 𝑞. Si l’on
∑𝜀
∑𝑎 1
pose 𝐴 = ∑𝜀
; 𝐵 = ∑ ; 𝑄 = ∑ 𝑞, nous avons alors 𝑃 = 𝐴 − 𝐵𝑄 qui est clairement une fonction de demande
𝜀
1
totale descendante du moment où 𝐵 = ∑ étant l’inverse de la somme des termes « négligeables » ne peut être
𝜀
considéré « négligeable ».
54
𝑑𝜋(𝑞) 𝑑𝐶(𝑞) 𝑑𝐶(𝑞)
= 0 ⇒ 𝑃∗ − =0 ⇒ 𝑃∗ =
𝑑𝑞 𝑑𝑞 𝑑𝑞
⇒ 𝑃∗ = 𝑀𝐶(𝑞 ∗ ) (2.2)
La quantité optimale à produire pour l’entreprise compétitive typique, i.e. 𝑞 ∗ , est celle au niveau
de laquelle son coût marginal égalise le prix de vente imposé par le marché. Si elle décide de
produire une unité de plus de cette quantité, le coût qu’elle encourra sera supérieur à la recette
qu’elle en encaissera. Cela constitue pour elle une perte nette sur cette dernière unité produite.
Si, au contraire, elle décide de réduire cette quantité par une unité, la recette qu’elle aurait
sacrifiée sera supérieure au coût qu’elle aurait pu économiser. Cela constitue un manque à
gagner pour cette entreprise.
Pr
𝑑𝑀𝐶(𝑞)
id
⇒ >0 (2.3)
𝑑𝑞
EC
L’inégalité (2.3) implique que l’on ne s’intéresse qu’à la partie croissante du coût marginal. Le
graphique (b) de la figure 2.1 montre, en effet, que la condition de premier ordre de
H
correspond à la partie ascendante du MC, alors qu’au niveau de l’autre point, le MC est
AR
descendant.
FI
La courbe d’offre totale, i.e. 𝑆(𝑄), est dérivée de cette condition de premier ordre. Chaque fois
que le prix d’équilibre change, chaque entreprise typique adopte sa production de manière à ce
que la condition 𝑀𝐶(𝑞) = 𝑃 soit respectée. En résolvant pour les 𝑞 de chaque entreprise, et
puis en faisant leur somme, nous obtenons la fonction de l’offre totale qu’on peut inverser pour
avoir la fonction inverse de l’offre. Pour illustrer cela par un exemple numérique, supposons
que 80 entreprises sont actives sur le marché dont MC de chacune est linéaire et donné par
𝑀𝐶(𝑞) = 4𝑞 + 8 (2.4)
Etant donné un prix d’équilibre, i.e. 𝑃, établit sur le marché, la condition de premier ordre de
maximisation de profit pour chaque entreprise typique implique que
55
𝑀𝐶(𝑞) = 𝑃 ⇒ 4𝑞 + 8 = 𝑃
1
⇒𝑞= 𝑃−2 (2.4)
4
En agrégeant les fonctions d’offre individuelles de toutes les 80 entreprises actives sur le
marché, nous obtenons la fonction d’offre totale du marché, i.e.
1
𝑄 𝑆 = 80𝑞 = 80 ( 𝑃 − 2 ) ⇒ 𝑄 𝑆 = 20𝑃 − 160
4
⇒ 𝑃 = 0.05𝑄 𝑆 + 8 (2.5)
L’équation (2.5) donne la fonction inverse de l’offre totale sur ce marché. En accordant une
valeur à 𝑃, on en déduit la valeur correspondante pour 𝑄 𝑆 . En répétant cette opération plusieurs
Pr
fois, nous obtenons un semble de points qui, s’ils sont liés, donnent lieu à la courbe de l’offre
.F
totale sur le marché. La courbe de la demande totale du marché peut être dérivée de manière
similaire à partir des conditions de maximisation de l’utilité par les consommateurs.
ar
Du point de vue résultat réalisé par chaque entreprise typique tel que décrit le graphique (b)
id
de la figure 2.1, il s’agit d’un surprofit, i.e. 𝜋(𝑞 ∗ ) = (𝑃∗ − 𝐴𝐶(𝑞 ∗ ))𝑞 ∗ dans la mesure où nous
EC
y avons 𝑃∗ > 𝐴𝐶(𝑞 ∗ ). Dans la situation inverse, i.e. 𝑃 ∗ < 𝐴𝐶(𝑞 ∗ ), elle encourra une perte de
même envergure. Ces deux situations ne sont tenables qu’à SR puisqu’à LR, la première se
H
traduira par une entrée de nouvelles entreprises sur le marché et la seconde par une sortie
C
d’entreprises déjà installées. L’équilibre à LR aura lieu quand chaque entreprise aura un profit
H
nul où le prix établi sur le marché sera désigné de concurrentiel, i.e. 𝑃𝐶 et où chaque entreprise
AR
𝑃∗ = 𝑃𝐶 = 𝐴𝐶(𝑞𝐶 ) = 𝑚𝑖𝑛𝐴𝐶(𝑞)
⇒ 𝜋(𝑞𝐶 ) = 0 (2.6)
La principale caractérisation du LR est que le nombre d’entreprises actives sur le marché peut
changer selon le résultat réalisé par celles déjà installées. Si elles font des profits positifs,
d’autres entreprises externes au marché les rejoindront faisant en sorte que leur nombre
augmente. Si elles subissent des pertes, certaines d’entre elles quitteront faisant en sorte que
leur nombre baisse. Par conséquent, à l’équilibre de LR, le profit de chacune des entreprises est
56
nul au niveau du prix 𝑃𝐶 égalant le minimum de coût moyen où chacune produit une quantité
correspondante 𝑞𝐶 , i.e.
Cela a été déjà discuté dans le dernier paragraphe de la section précédente et illustré par les
graphiques de la figure 2.1. Il s’agissait pourtant d’une analyse statique comparative, i.e. elle
compare les conditions d’équilibre entre deux situations sans se soucier de ce qui se passe entre-
temps. Les graphiques de la figure 2.2 fournissent une analyse dynamique qui prend en compte
la situation intermédiaire lorsqu’on passe d’une situation où les entreprises réalisent un surprofit
à une situation où leur profit est nul.
Initialement, le graphique (a) montre que lorsque la fonction de demande totale est représentée
par 𝐷1 , le prix d’équilibre qui s’établit sur le marché est 𝑃𝐶 . Ce dernier s’impose à toutes les
entreprises actives sur ledit marché qui le prennent donc comme une donnée. Le graphique (b)
montre la condition de premier ordre de maximisation de profit, i.e. 𝑀𝐶(𝑞𝐶 ) = 𝑃𝐶 , pour une
entreprise typique d’entre elles où elle produit la quantité 𝑞𝐶 . A ce niveau, elle n’a aucune
incitation à modifier le niveau de sa production. Une unité de plus que 𝑞𝐶 implique un coût
supérieur à 𝑃𝐶 , et une unité de moins que 𝑞𝐶 implique un sacrifice de recette, i.e. 𝑃𝐶 , supérieur
au coût qu’elle aurait encouru à cet effet. En agrégeant les 𝑞𝐶 de toutes les entreprises, nous
obtenons l’offre totale du marché montrée par le graphique (a), i.e. 𝑄𝐶 = ∑ 𝑞𝐶 .
57
Si cette opération est refaite pour chaque niveau de prix, nous obtenons la courbe de l’offre des
𝑁 entreprises actives sur ce marché, i.e. 𝑆1. D’autre part, étant donné qu’à ce niveau de
production, 𝑃𝐶 passe aussi par le minimum du coût moyen, i.e. 𝑃𝐶 = 𝐴𝐶(𝑞𝐶 ), cette entreprise
typique, à l’instar de toutes les autres, ne réalise aucun profit.
Supposons, pour le moment, qu’à la suite d’une augmentation de la fonction demande qui passe
de 𝐷1 à 𝐷2 , le prix d’équilibre passe de 𝑃𝐶 à 𝑃1 comme le montre le graphique (a). Le nouveau
prix étant supérieur à l’ancien, i.e. 𝑃1 > 𝑃𝐶 , pour maximiser son profit, l’entreprise typique, à
l’instar de toutes les autres, augmente sa production à 𝑞1 pour satisfaire la condition de premier
ordre, i.e. 𝑀𝐶(𝑞1 ) = 𝑃1 comme le montre le graphique (b). En agrégeant horizontalement les
quantités individuelles, nous obtenons la quantité totale offerte sur le marché, i.e. 𝑄1 = ∑ 𝑞1. A
Pr
ce niveau, chacune d’entre elles réalise un profit positif de l’ordre de 𝜋(𝑞1 ) = (𝑃1 − 𝐴𝐶(𝑞1 ))𝑞1
du moment où 𝑃1 > 𝐴𝐶(𝑞1 ) comme montré sur le même graphique.
.F
Ce surprofit attire des entreprises externes vers le marché qui agissent de la même manière de
ar
maximisation de profit que le font leurs homologues déjà actives sur le marché, faisant déplacer
id
𝑃𝐶 où le profit est nul pour toutes les entreprises. A ce niveau, chaque entreprise produit une
H
quantité 𝑞𝐶 encore fois mais s’agrégeant à une quantité totale supérieur du moment où le
C
′+
nombre d’entreprises sur le marché vient d’augmenter, i.e. ∑𝑁 𝑁
1 𝑞𝐶 = 𝑄𝐶 > 𝑄𝐶 = ∑1 𝑞𝐶 .
H
Avant de clore cette section, notons que la règle d’égalisation du MC et du MR, pour maximiser
AR
le profit, n’est valide que lorsque l’entreprise doit décider de produire une quantité non nulle.
Sur le SR, il est en effet avantageux pour l’entreprise de ne rien produire et subir une perte égale
FI
aux charges fixes que de produire une quantité positive qui lui fait subir une perte bien
supérieure à celles-ci. Une entreprise produira une quantité positive, i.e. 𝑞 > 0, si et seulement
si son résultat au niveau de cette quantité excède celui qu’elle aurait réalisé en décidant de ne
rien produire, impliquant
𝑉𝐶(𝑞)
⇒ 𝑃𝑞 − 𝑉𝐶(𝑞) ≥ 0 ⇒ 𝑃𝑞 ≥ 𝑉𝐶(𝑞) ⇒ 𝑃 ≥
𝑞
⇒ 𝑃 ≥ 𝐴𝑉𝐶(𝑞) (2.8)
1.4. Application
Supposons que le marché de production des téléphones portables est un marché parfaitement
Pr
6 000 − 50𝑃
𝑄𝐷 =
9
ar
Supposons ensuite que 50 entreprises identiques sont actives ce marché dont la fonction du coût
id
(b) Dériver la fonction du coût marginal 𝑀𝐶(𝑞) pour une entreprise typique
H
(c) Trouver la quantité d’équilibre produite par chaque entreprise, i.e. 𝑞 en fonction du prix
AR
- Solution
(a) Etant une constante ne variant pas avec la quantité produite tout en étant une composante
du coût total, 100 constitue par définition un coût fixe.
(b) Par définition, la fonction du coût marginal est la dérivée de la fonction du coût total
par rapport à la quantité produite, i.e.
59
𝑑𝐶(𝑞)
𝑀𝐶(𝑞) = = 2𝑞 + 10
𝑑𝑞
⇒ 𝑀𝐶(𝑞) = 2𝑞 + 10
𝑀𝐶(𝑞) = 𝑀𝑅(𝑞) ⟺ 2𝑞 + 10 = 𝑃
1
⟺𝑞= 𝑃−5
2
(d) La fonction de l’offre totale du marché est l’agrégation horizontales des fonctions
Pr
1
𝑄 𝑆 = ∑ 𝑞 = 50 ( 𝑃 − 5) = 25𝑃 − 250
2
ar
⇒ 𝑄 𝑆 = 25𝑃 − 250
id
6 000 − 50𝑃
H
𝑄 𝑆 = 𝑄 𝐷 ⟺ 25𝑃 − 250 =
9
C
H
⇒ 𝑃 ∗ = 30
𝑄 𝑆 = 25 × 30 − 250 = 500
⇒ 𝑄 ∗ = 500
(f) Les 50 entreprises actives sur ce marché étant identiques, elles partageront ex aequo la
quantité d’équilibre, telle que calculée dans (e), i.e.
𝑄 ∗ 500
𝑞= = ⇒ 𝑞 = 10
𝑁 50
60
𝐶(𝑞) 100
𝐴𝐶(𝑞) = = 𝑞 + 10 + ⇒ 𝐴𝐶(10) = 30
𝑞 𝑄
⇒ 𝐴𝐶(10) = 𝑃 ∗
(g) Le surplus du consommateur étant l’aire constitué entre la fonction inverse de demande
et la droite horizontale montrant le prix d’équilibre, il faut trouver la première puisque
les données fournissent la fonction de demande à sa place.
6 000 − 50𝑃
𝑄𝐷 = ⇒ 9𝑄 𝐷 = 6 000 − 50𝑃
9
−9𝑄 𝐷 + 6 000
.F
⇒𝑃=
50
ar
Etant donné la linéarité de cette fonction, en posant 𝑄 𝐷 = 0, nous obtenons le prix maximum
id
−9 × 0 + 6 000
𝑃= ⇒ 𝑃𝑚𝑎𝑥 = 120
50
H
1 𝑚𝑎𝑥 1
H
⇒ 𝐶𝑆𝐶 = 22 500
FI
Les données empiriques collectées à travers le monde concernant les marchés, à priori pouvant
être approximés par le modèle de concurrence parfaite, divergent de celui-ci sur plus d’un point.
Premièrement, contrairement au modèle qui prévoit la stabilité du nombre d’entreprises sur tout
marché à LR, les faits stylisés montrent qu’à tout moment et pour tout marché les entrées et les
sorties se font simultanément. Deuxièmement, plusieurs entreprises réalisent des surprofits,
même à LR, contrairement au modèle qui y prévoit un profit nul. Troisièmement, la distribution
des entreprises selon la taille montre différentes configurations sauf leur concentration autour
d’une taille spécifique comme le prévoit le modèle.
61
En effet, le tableau de la figure 2.3 montrent des taux annuels d’entrée et de sortie d’entreprises
dans des marchés homogènes à travers quelques pays. Nous pouvons y lire, par exemple, qu’en
Belgique sur la période 1980-1984, le secteur manufacturier a connu un taux brut d’entrée de
5.8% et un taux brut de sortie de 6.3%. Pour les autres pays à travers différentes périodes, le
schéma est grosso modo identique, avec une différence entre les deux taux aux alentours du
dixième de leur niveau en valeur absolue.
Les données empiriques montrent aussi que les taux de profit élevé persistent sur de longues
H
périodes. Particulièrement, une étude portant sur 600 entreprises américaines sur la période
AR
1950-1972 a montré qu’il n’y a aucune convergence du taux de profit de ses entreprises même
sur cette période de 23 ans3.
FI
Concernant la taille des entreprises dont le modèle prévoit l’égalité, les données empiriques
montrent que la taille des entreprises entrantes et sortantes est beaucoup plus petite que la
moyenne des entreprises actives sur le marché. Aux USA, la taille moyenne des entreprises
entrantes est de l’ordre de 6.7% de celle des entreprises actives sur le marché contre un
pourcentage de 6.9% pour les entreprises sortantes. Dans le cas du Royaume-Uni, les deux
pourcentages sont de 44.9% et 61.2% pour les entrantes et les sortantes respectivement.
Les données empiriques montrent aussi que ce sont les entreprises de petite taille et de jeune
âge qui croissent plus vite. Ce sont aussi les mêmes jeunes petites entreprises qui quittent
3
Source : op. cit.
62
généralement le marché. La figure 2.4 présente des graphiques montrant la distribution des
entreprises selon la taille dans quelques pays industrialisés, où la taille est mesurée par le
nombre d’employés.
Pour remédier aux limites du modèle de concurrence parfaite à bien décrire la réalité
.F
économique, des modifications doivent être introduites sur ses postulats de base. Cela débouche
ar
sur deux versions adaptées du modèle initial mieux aptes à décrire la réalité du monde
id
2. La sélection compétitive
H
observées entre le modèle de concurrence parfaite et les faits stylisées discutés ci-haut, i.e. les
H
entrées et sorties simultanées par les entreprises sur le même marché, la non-convergence du
AR
taux de profit sur le LR entre les entreprises et la différence remarquable de taille entre elles.
Pour cela, il procède à un relâchement des deux dernières hypothèses du modèle de base.
FI
63
premières plus efficientes que les secondes. Sachant que les trois premières hypothèses
impliquent que toutes les entreprises sont price takers, i.e. le même prix s’impose à toutes, les
entreprises plus efficientes vont produire des quantités plus élevées et réaliser des profits
d’autant plus élevés.
Contrairement au modèle de concurrence parfaite qui postule la libre entrée et sortie du marché,
le modèle de sélection compétitive émet l’hypothèse que pour accéder au marché, une entreprise
fait face à des charges non-récupérables. Les entreprises anticipant des marges sur coûts
variables supérieures à ces dernières accéderont au marché, celles plus pessimistes
s’abstiendront de le faire.
Une autre hypothèse implicite à ce modèle est que les entreprises n’ont qu’une idée vague sur
.F
leurs fonctions de coûts. Autrement, seules les entreprises efficientes entreront au marché et il
n’y aura, par conséquent, pas de sorties car les entreprises non efficientes par rapport au marché
ar
n’y entreront pas en premier lieu. Le graphique de la figure 2.5 montre l’équilibre à SR pour
id
deux entreprises ayant différentes anticipations par rapport à leur efficiences respectives.
EC
𝐴𝐶2
moyen𝐴𝐶1 et le coût marginal 𝑀𝐶1 car les premiers
AR
𝑃 = 𝑃∗
sont plus bas que les seconds. Du moment où le même
prix 𝑃 = 𝑃 ∗ s’impose à toutes, la première produit une
FI
𝑞
𝑞1 𝑞2
Etant donnés les trois premiers postulats communs avec le modèle de concurrence parfaite, le
même prix s’impose à toutes les entreprises actives sur un marché dans le cadre du modèle de
la sélection compétitive. Etant plus optimiste quant à son efficience, i.e. 𝐴𝐶2 et 𝑀𝐶2 plus bas,
l’entreprise 2 arrive à produire une quantité élevée d’output, i.e. 𝑞2 , et à réaliser un taux de
profit élevé par conséquent. A l’opposé, le pessimisme de l’entreprise 1 quant à son efficience
64
et ses coûts la pousse à réduire sa production, i.e. 𝑞1 , d’où son taux de profit se retrouve réduit
d’autant. Ces résultats convergent avec les données empiriques discutées plus-haut concernant
la différence des taux de profit et de la taille des différentes entreprises.
L’état d’esprit des managers, qui façonne leurs anticipations qui sous-tendent leurs décisions,
en est une chose et la réalité du marché en est une autre. Les entreprises n’ont, en effet, qu’une
idée vague sur leur propre efficience sur laquelle elles apprennent par tentatives successives à
travers le temps. Les entreprises initialement pessimistes qui découvrent une réalité encore plus
hostile décideront de réduire davantage leur production lors des exercices à venir, sinon de
carrément sortir du marché. Cela explique la taille réduite des sortants telle que relayée par les
Pr
faits stylisés présentés ci-haut. Les entreprises dont l’optimisme initial est corroboré par la
réalité du marché décideront d’étendre leur production pour les prochains exercices et
.F
augmenter de taille par conséquent. Cela explique le fait que la taille moyenne des entreprises
ar
survivantes est plus grande est que celle des entreprises sortantes tel que cela a été relayé par
id
les faits stylisés. Entre ces deux situations extrêmes qui viennent d’être présentées, plusieurs
situations sont possibles.
EC
Le fait que les entreprises ne sont pas sûres de leur propre efficience explique aussi qu’il existe
H
des entrées et sorties qui ont lieu sur le même marché simultanément. Les sortants sont les
C
corroboré l’optimisme. Les entrants sont les entreprises qui jugent que leur activité prochaine
AR
sur le marché est suffisamment rentable pour couvrir les charges non-récupérables initiales. La
sélection des entreprises qui resteront sur le marché se fait alors par des essais successifs qui
FI
L’existence des mouvements simultanés d’entrée et de sortie peut, enfin, suggérer un manque
d’efficience et donc un gaspillage de ressources pour la société prise dans son ensemble. Mais
cette impression ne prend pas en compte le fait que les entreprises n’ont pas une idée précise
sur leur propre efficience qu’elles apprennent par essais répétés et qu’aucun planificateur social
centralisé ne peut faire mieux que le marché.
3. La concurrence monopolistique
65
où, à l’exception de cette dernière, les quatre autres hypothèses peuvent être facilement admises.
Sur le marché de la restauration, par exemple, plusieurs petites entreprises sont actives vérifiant
clairement le postulat d’atomicité. Le matériel de cuisine, aussi performant qu’il soit, n’a
aucune raison pour ne pas être à la portée de toutes les entreprises de manière égale, faisant de
la sorte que le postulat d’égal accès soit raisonnablement retenu. Le postulat de libre entrée et
libre sortie peut aussi être accepté du moment où la délivrance des autorisations pour les
restaurants n’est aussi compliquée, de même qu’il n’existe généralement pas de pénalités
sanctionnant les sorties. L’information parfaite va de soi.
Pourtant, tous les restaurants ne servent certes pas les mêmes repas. Les uns servent les fast-
foods emportés à consommer sur place, les autres les repas à plats à consommer sur place. Les
uns se spécialisent dans les plats à base de viande bovine, ovine ou aviaire, les autres dans les
Pr
poissons et fruits de mer. La spécialité peut aussi être asiatique, marocaine, française, etc. Par
.F
conséquent le produit des entreprises de ce marché ne peut pas être considéré identique. Le
modèle de concurrence monopolistique développé par E. Chamberlin (1899-1967) permet de
ar
D’un côté, l’unicité du produit de chaque entreprise confère à cette dernière un certain pouvoir
H
de marché se traduisant une demande individuelle qui lui adressée de pente descendante,
C
modèle est donc price-maker et non price-taker. De l’autre côté, la substituabilité, aussi
AR
imparfaite soit-elle, entre les produits d’une multitude d’entreprise fait que ces produits se font
concurrence malgré tout. Si une entreprise essaie d’user de son pouvoir de marcher pour extraire
FI
le maximum de profit, une partie de sa clientèle se dirige vers le produit d’une autre entreprise.
Par conséquent, le pouvoir de marché d’une telle entreprise n’est que relatif.
Le SR implique que le nombre des entreprise actives sur le marché est fixe. Sur le graphique de
la figure 2.6, 𝑑4 représente la demande adressée une entreprise typique du marché, 𝑀𝑅5 la
recette marginale correspondante. Les courbes 𝐴𝐶 et 𝑀𝐶 représentent son coût moyen et son
coût marginal respectivement. La condition de premier ordre de maximisation de profit
4
Nous l’avons notée en minuscule pour marquer la différence avec la demande notée en majuscule.
5
Au chapitre 3, nous analyserons pourquoi la pente de MR est plus raide que celle de D.
66
implique que l’entreprise choisit la quantité 𝑞𝑆𝑅 qui égalise la le coût marginal et la recette
marginale, i.e. 𝑀𝐶 = 𝑀𝑅. A ce niveau, le prix s’établissant sur le marché est supérieur au coût
moyen de cette entreprise typique, i.e. 𝑝𝑆𝑅 > 𝐴𝐶, signifiant que cette entreprise typique réalise
un profit de l’ordre de (𝐴𝐶 − 𝑝𝑆𝑅 )𝑞𝑆𝑅 . D’autres entreprises actives sur le marché peuvent subir
des pertes au même moment où d’autres font des profits tant que nous sommes en train de
considérer uniquement le court terme.
A LR, si les entreprises déjà installées sur le marché réalisent des surprofits, d’autres entreprises
H
y afflueront pour en tirer bénéficie. Si, par contre, elles subissent des pertes, certaines d’entre
AR
elles quitteront le segment en question. L’entrée est d’autant plus facilitée par le postulat d’égal
accès, i.e. toutes les entreprises peuvent se procurer les mêmes technologies disponibles sur le
FI
marché. En plus, le postulat d’atomicité assure qu’aucune entreprise déjà installée n’est en
mesure d’empêcher d’autres d’y entrer puisque ses actions n’ont pas d’impact sur ses rivaux.
La sortie est aussi garantie du moment où aucune pénalité n’est prévue pour la sanctionner.
Ces mouvements d’entrée et de sortie ne cesseront que lorsque le profit devient nul, situation
qui se produit quant la courbe de la demande de l’entreprise, i.e. 𝑑, est juste tangente à la courbe
de son coût moyen, i.e. 𝐴𝐶. Il ne faut pas oublier que le postulat d’atomicité concerne aussi les
consommateurs qui changent leurs quantités demandées lorsque les prix changent, et c’est ce
qui explique le mouvement de cette courbe de mande. Le graphique de la figure 2.7 illustre
l’équilibre pour une entreprise à LR la condition de premier ordre de maximisation de profit
67
pousse l’entreprise à choisir une quantité 𝑞𝐿𝑅 qui égalise sont MC et sa MR. A ce niveau son
profit est nul du moment où son coût le prix de vente est exactement égal à coût moyen, i.e.
𝑝𝐿𝑅 = 𝐴𝐶, étant donné que celui-ci est tangent avec la courbe de la demande.
Le simple fait que la courbe de demande adressée à une seule entreprise soit descendante
H
l’allure descendante de la courbe de demande, qui se traduit par une courbe de MR encore plus
FI
raide, conjuguée au fait que le MC est croissant, impliquent que ses deux derniers s’intersectent
au niveau d’une quantité forcément plus petite que celle obtenue pour une courbe de demande
plate. Si la gamme du produit était restreinte, nous pouvons penser à une situation où plusieurs
entreprises fusionnent ce qui poussent la courbe de MC vers le bas donnant lieu à quantité
d’équilibre plus élevée et donc un niveau d’efficience plus élevé. De l’autre côté, si la variété
du produit est incluse dans l’utilité du consommateur, ce manque d’efficience au niveau de la
quantité se trouve compensé par l’élargissement de la gamme de produit disponible.
68