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DIP1

Le Droit International Privé (DIP) est une branche du droit qui régule les relations privées internationales, en traitant des conflits de lois et de juridictions, notamment dans un contexte de pluralisme juridique comme au Cameroun. Il repose sur des sources nationales et internationales, et utilise des méthodes directes et indirectes pour résoudre les litiges impliquant plusieurs systèmes juridiques. Le DIP est essentiel pour assurer la sécurité juridique dans les échanges transnationaux, malgré sa complexité et les défis liés à la coordination entre différentes législations.

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Le Droit International Privé (DIP) est une branche du droit qui régule les relations privées internationales, en traitant des conflits de lois et de juridictions, notamment dans un contexte de pluralisme juridique comme au Cameroun. Il repose sur des sources nationales et internationales, et utilise des méthodes directes et indirectes pour résoudre les litiges impliquant plusieurs systèmes juridiques. Le DIP est essentiel pour assurer la sécurité juridique dans les échanges transnationaux, malgré sa complexité et les défis liés à la coordination entre différentes législations.

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Introduction générale : Le Droit International Privé est né au XIXᵉ siècle avec

l’ouvrage de Foelix (1843). Son développement est une nécessité due à l’interdépendance
des peuples. Aucun État ne peut vivre en autarcie : les échanges commerciaux, les
déplacements de personnes, les contrats transfrontaliers posent des problèmes juridiques
complexes nécessitant une branche spécifique du droit.
Le DIP régit donc les relations privées présentant un élément d’extranéité (nationalité
des parties, lieu du contrat, bien situé à l’étranger…). Il traite de la diversité spatiale du droit,
c’est-à-dire de la coexistence de plusieurs ordres juridiques ayant des règles différentes.
1. Objet du DIP
L’objet du DIP se divise en deux aspects :
A. Le caractère international du DIP
Le DIP ne s’applique qu’aux relations privées internationales. Un litige est
international lorsqu’il met en jeu plusieurs États (exemple : un Camerounais conclut un
contrat avec un Français à Dubaï).
L’élément international peut être :
La nationalité des parties ;
Le lieu d’exécution ou de conclusion d’un contrat ;
Le lieu du fait générateur d’un délit ;
La localisation d’un bien.
L’enjeu est de déterminer quel droit doit s’appliquer (droit camerounais, français,
etc.).
B. L’application du DIP aux personnes privées
Le DIP concerne exclusivement les relations entre personnes privées. Il ne traite pas
des rapports entre États ou organisations internationales, qui relèvent du Droit International
Public.
Au Cameroun, le DIP est encore plus complexe en raison du pluralisme juridique :
1. Conflits interpersonnels : opposition entre le droit coutumier et le
droit moderne ;
2. Conflits interterritoriaux : opposition entre le système civiliste
(francophone) et la Common Law (anglophone).
Exemple : un mariage entre un francophone et une anglophone peut soulever un
conflit de lois entre le droit civil et la Common Law.
2. Domaine du DIP
Le DIP couvre plusieurs questions fondamentales :
A. Le conflit de lois
Quand un litige met en jeu plusieurs systèmes juridiques, il faut choisir quelle loi
appliquer. Exemple : un contrat entre un Camerounais et un Nigérian signé en France, quelle
loi s’applique ?
B. Le conflit de juridictions
Lorsqu’un litige concerne plusieurs États, il faut déterminer quel tribunal est
compétent. Exemple : un Camerounais et un Français divorcent, le divorce doit-il être jugé
au Cameroun ou en France ?
C. La nationalité et le statut des étrangers
Certains pays incluent dans le DIP des questions relatives à :
L’acquisition et la perte de nationalité ;
Le statut des étrangers (séjour, travail, droits et obligations).
Cependant, au Cameroun et dans de nombreux pays africains, le DIP est limité aux
conflits de lois et de juridictions.
Le DIP est un droit technique et complexe car il touche plusieurs ordres juridiques en
même temps. Son rôle est de résoudre les conflits de lois et de juridictions en cas de litiges
internationaux. Au Cameroun, sa complexité est accentuée par le pluralisme juridique (droits
coutumier, civiliste et Common Law).
3. Sources du DIP

A. Les sources nationales du DIP


Elles regroupent :
La loi : Son rôle est limité au Cameroun, notamment en matière de conflits de lois et
de juridictions. Peu de textes encadrent le DIP, et une codification est en cours (Avant-projet
de Code des personnes et de la famille).
La jurisprudence : Elle a joué un rôle majeur dans la formation du DIP camerounais en
raison du manque de textes législatifs. Les tribunaux judiciaires ont créé l’essentiel des
règles en interprétant le Code civil (notamment son article 3).
La doctrine : Très influente, elle a inspiré de nombreuses décisions et affiné les
concepts fondamentaux du DIP (ex. : effet atténué de l’ordre public, fraude à la loi). Plusieurs
grands auteurs ont contribué au développement de cette discipline.
B. Les sources internationales du DIP
Elles reposent sur :
Les traités internationaux : Ils permettent d’uniformiser les règles de DIP, soit en
établissant des règles de fond (ex. : OHADA, Convention de Vienne de 1981 sur la vente
internationale de marchandises), soit en définissant des règles de conflit (ex. : Convention de
Rome de 1980 sur la loi applicable aux obligations contractuelles).
La coutume internationale : Elle repose sur des usages largement reconnus par les
États et joue un rôle dans les relations internationales et le commerce international (ex. : lex
mercatoria).
La jurisprudence internationale : Les décisions de la Cour internationale de justice
(CIJ) et de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) influencent certaines règles du
DIP, bien que leur impact soit limité dans le droit privé.
C. La coordination entre les sources nationales et internationales
Le rapport entre ces sources repose sur deux types de conflits :
Le conflit de tendances :
Les universalistes (ex. : PILLET) défendent la primauté des sources internationales.
Les particularistes (ex. : BARTIN, NIBOYET) estiment que le DIP doit avant tout
répondre aux intérêts nationaux.
Le conflit des conceptions de l’ordre juridique :
Thèse moniste : Le droit international et le droit interne forment un système unique
où le droit international prime (ex. : Cameroun, art. 45 de la Constitution).
Thèse dualiste : Le droit interne et le droit international sont distincts et
indépendants.
Le DIP camerounais repose principalement sur la jurisprudence et la doctrine, en
raison du faible encadrement législatif. Toutefois, les sources internationales jouent un rôle
croissant, notamment grâce aux traités internationaux et aux décisions des juridictions
internationales. L’enjeu reste la coordination efficace entre ces différentes sources pour
assurer la sécurité juridique dans les relations transnationales.
4. Méthode du DIP

A. La méthode directe (règles substantielles)


Cette méthode consiste à établir des règles matérielles qui apportent directement la
solution au litige, sans passer par une règle de conflit de lois. Elle est utilisée :
En droit de la nationalité, du statut des étrangers, et en matière de conflits de
juridictions et effets des jugements étrangers.
Dans certains traités internationaux comme la Convention de Genève de 1951 sur les
réfugiés ou les Actes uniformes de l’OHADA (ex. droit commercial, droit des sociétés).
En jurisprudence, comme dans l’arrêt Messageries maritimes de 1950, qui a validé les
clauses valeur-or pour les contrats internationaux.
Dans la théorie des lois de police, qui impose l’application directe de la loi du for sans
tenir compte de l’élément d’extranéité.
B. La méthode indirecte (règles de conflit de lois)
Cette approche ne donne pas directement la solution mais désigne la loi applicable
en fonction de règles de conflit. Le juge doit :
Identifier un élément d’extranéité dans le litige.
Appliquer la règle de conflit de lois de son propre système juridique.
Appliquer la loi désignée par cette règle pour trancher le litige.
Ces deux méthodes coexistent et permettent d’établir une théorie générale du droit
des conflits, incluant les conflits de lois et conflits de juridictions, qui sont étudiés en DIP l.
Première partie : les conflits de lois
1. Les méthodes du droit international privé (DIP)
Le pluralisme juridique est au cœur du DIP, qui repose sur le respect du droit
étranger et la coexistence de différents systèmes juridiques. Deux méthodes principales sont
utilisées pour résoudre les conflits de lois :
La méthode directe (ou matérielle) : elle consiste à appliquer directement des règles
substantielles qui donnent une solution immédiate à la question posée. Cette méthode est
fréquente dans le droit de la nationalité, des étrangers et des conventions internationales
(ex. : OHADA, Conventions de Genève et de Vienne).
La méthode indirecte (ou conflictuelle) : elle repose sur des règles de conflit de lois
qui désignent la loi applicable sans donner directement la solution.
2. Les conflits de lois
Le conflit de lois survient lorsqu’une même situation peut être régie par plusieurs
systèmes juridiques. Pour éviter une insécurité juridique, une règle de conflit est établie
pour désigner la loi applicable.
L’étude des conflits de lois se structure en trois chapitres :
1. Les fondements des conflits de lois (histoire et méthodologie)
2. Les étapes du règlement des conflits
3. La mise en œuvre des règles de conflit

Chapitre 1 : Les fondements méthodologiques de la théorie des conflits


de lois
L’évolution du DIP s’est faite en plusieurs phases :
1. Phase pré-doctrinale : Avant toute théorisation, le DIP existait de
manière empirique. Les étrangers n’étaient souvent pas considérés comme des sujets
de droit.
2. Phase médiévale : Avec l’essor du commerce, des solutions ont
émergé, notamment la théorie des statuts en Italie du Nord.
3. Phase territorialiste : Trois courants se dégagent :
Territorialisme français (Dumoulin, d’Argentré) : La loi du lieu du mariage ou du bien
prévaut.
Territorialisme hollandais (Huber, Voet) : La loi s’applique à tous les résidents,
étrangers inclus, mais l’application du droit étranger repose sur la courtoisie internationale.
Territorialisme anglo-américain (Joseph Story) : L’application extraterritoriale d’une
loi dépend de la reconnaissance par l’État concerné.
4. Phase universaliste : Mancini défend l’idée que la nationalité doit être
la base du DIP. En Allemagne, Savigny développe une approche plus objective fondée
sur la localisation des rapports juridiques. En France, Pillet tente une synthèse entre
approche personnelle et territoriale.
5. Phase moderne : Un effort est fait pour harmoniser les solutions entre
États via le droit comparé et les conventions internationales (Maury, Batiffol,
Lerebours-Pigeonnière).

 Les fondements méthodologiques des conflits de lois


Deux grandes méthodes coexistent aujourd’hui :
1. La méthode bilatérale ou conflictualiste : Elle désigne la loi applicable
de manière neutre, qui peut être celle du for ou une loi étrangère. Cette approche est
dominante en DIP.
2. La méthode unilatérale : Elle ne s’intéresse qu’au champ d’application
de la loi du for sans envisager l’application d’une loi étrangère (ex. : article 24 du
Code du travail camerounais).
L’étude des conflits de lois repose donc sur ces principes fondamentaux, qui
permettent d’organiser juridiquement les relations internationales tout en respectant la
diversité des ordres juridiques.
Section 1 : la méthode bilatéraliste
I. Définition de la méthode bilatéraliste
Développée par Savigny, cette méthode vise à désigner la loi applicable en cas de
conflits de lois.
Elle ne résout pas directement le litige mais identifie quel système juridique doit
s’appliquer.
Elle est utilisée lorsqu’un rapport juridique peut être soumis à plusieurs systèmes
juridiques.
II. Structure de la règle de conflit bilatérale
Elle repose sur trois éléments :
1. L’objet du rattachement : La catégorie juridique concernée (ex. :
mariage, contrat…).
2. Le facteur de rattachement : Le critère permettant de désigner la loi
applicable (ex. : nationalité, domicile, lieu du contrat…).
3. Le système juridique désigné : La loi du for ou une loi étrangère.

 Le raisonnement en DIP suit alors ces étapes :


Vérifier que le litige relève du droit privé international.
Classer le rapport juridique dans une catégorie de rattachement.
Appliquer le facteur de rattachement pour désigner la loi applicable.
III. Caractères de la méthode bilatéraliste
A. Un caractère indirect
Elle ne tranche pas le fond du litige, elle se limite à indiquer la loi compétente.
Elle s’oppose aux règles matérielles, qui fixent directement les solutions juridiques.
Une exception existe avec la méthode unilatéraliste, qui désigne directement la loi
applicable.
B. Un caractère neutre
La règle de conflit ne favorise ni la loi du for ni une loi étrangère.
Elle ne privilégie pas une solution substantielle.
Toutefois, la neutralité a été critiquée car elle ne tient pas compte des intérêts en jeu.
IV. Atténuations de la neutralité
1. L’option de législation
Permet aux parties de choisir entre plusieurs lois applicables (ex. : contrats,
successions…).
Elle consacre le principe de loi d’autonomie.
2. Les règles à rattachement multiple
Trois types existent en DIP :
Rattachement distributif : Différentes lois pour différents aspects d’un même rapport
(ex. : mariage → loi nationale pour les conditions de fond, loi du lieu de célébration pour les
conditions de forme).
Rattachement cumulatif : Deux lois doivent être respectées simultanément (ex. :
divorce autorisé uniquement si les lois personnelles des deux époux le permettent).
Rattachement alternatif : L’acte est valable si au moins une des lois applicables le
valide (ex. : validité d’un testament selon plusieurs lois).
Conclusion
La règle de conflit bilatérale est essentielle en DIP mais n’est pas totalement neutre.
Elle peut être influencée par des considérations politiques et législatives, ce qui explique
l’existence parallèle d’une méthode unilatéraliste.
Section 2 : La méthode unilatéraliste
La méthode unilatéraliste en droit international privé (DIP) est une alternative à la
méthode bilatéraliste. Elle repose sur une approche territoriale et souverainiste du droit, en
définissant directement les situations auxquelles la loi nationale s’applique, sans passer par
une comparaison avec les lois étrangères.
§1 : La notion d’unilatéralisme
L’unilatéralisme consiste à déterminer uniquement le champ d’application spatial
d’une loi nationale, sans chercher à établir une règle de répartition entre plusieurs systèmes
juridiques concurrents. Contrairement à la méthode bilatérale, qui vise à identifier la loi
applicable à un rapport de droit à travers des critères de rattachement objectifs,
l’unilatéralisme ne s’intéresse qu’à la loi du for (c’est-à-dire la loi du pays où se trouve le juge
saisi).
Cette approche repose sur deux idées principales :
1. L’État détermine lui-même le champ d’application de ses lois.
Selon Quadri, chaque État fixe implicitement les limites géographiques de sa
législation, en fonction de ses propres objectifs politiques et juridiques.
Il s’agit d’une approche souverainiste : un État n’a pas à reconnaître l’application
d’une loi étrangère à une situation juridique qui le concerne.
2. Les lois nationales ont une vocation naturelle à s’appliquer sur leur
propre territoire.
L’unilatéralisme refuse l’idée d’un conflit entre plusieurs lois, car chaque État a le
droit d’organiser seul son droit interne.
Par exemple, un pays peut décider que ses règles sur le mariage ou le divorce
s’appliquent dès lors qu’un de ses ressortissants est concerné, sans chercher à prendre en
compte une éventuelle loi étrangère concurrente.
Cependant, cette méthode suppose une coopération tacite entre les États, ce qui, en
pratique, est rarement le cas. Lorsqu’une même situation est revendiquée par plusieurs
pays, le juge doit arbitrer en fonction du droit interne, ce qui peut aboutir à des solutions
contradictoires d’un État à l’autre.
§2 : La réception de l’unilatéralisme en droit positif
L’unilatéralisme n’a pas été largement adopté dans les systèmes juridiques
modernes, car il présente des limites évidentes en raison de son manque de coordination
avec les autres législations nationales. Cependant, il subsiste dans certains domaines
spécifiques, notamment :
Les lois de police et de sûreté
Certaines législations sont conçues pour s’appliquer automatiquement aux situations
relevant de la souveraineté de l’État, sans considération pour d’éventuelles règles
étrangères.
Exemple : les lois interdisant le travail des enfants, la lutte contre la corruption ou les
lois fiscales nationales.
Le statut personnel
Certains pays appliquent strictement leur propre droit aux questions touchant au
statut personnel de leurs ressortissants, quel que soit le lieu où ils résident.
Exemple : en droit musulman, un État peut imposer que ses ressortissants
musulmans respectent la charia en matière d’héritage, même s’ils vivent à l’étranger.
Les régimes impératifs (ordre public international)
Lorsqu’un État estime qu’une règle est d’ordre public, il peut refuser l’application
d’une loi étrangère contraire à ses principes fondamentaux.
Exemple : un pays qui interdit la polygamie peut refuser de reconnaître un mariage
polygame célébré légalement à l’étranger.
Ainsi, l’unilatéralisme ne constitue pas une méthode exclusive de règlement des
conflits de lois, mais il est utilisé ponctuellement lorsque l’État considère que certaines
règles doivent s’appliquer sans concession. Toutefois, en raison des contradictions qu’il peut
générer, il reste secondaire par rapport à la méthode bilatéraliste, qui permet une meilleure
coordination entre les systèmes juridiques.
1. Les règles de conflit unilatérales
Elles se divisent en fausses règles unilatérales et vraies règles unilatérales :
Les fausses règles unilatérales (ex. article 3, alinéa 3 du Code civil) semblent fixer
unilatéralement le champ d’application d’une loi nationale mais sont en réalité
bilatéralisables (ex. la loi nationale régit l’état et la capacité des personnes de cette
nationalité, ce qui peut être généralisé aux lois étrangères).
Les vraies règles unilatérales (ex. article 310 du Code civil français sur le divorce) ne
sont pas bilatéralisables car elles imposent une loi nationale indépendamment de la
nationalité des personnes concernées (ex. la loi française s’applique aux époux français et
aux étrangers domiciliés en France).
2. Les lois de police
Elles sont définies par Francescakis comme des lois impératives visant à protéger
l’organisation politique, sociale et économique d’un pays. Elles s’appliquent immédiatement
sans passer par une règle de conflit et priment sur toute autre loi applicable au fond.
Distinctions :
Lois de police vs. Lois d’application territoriale : Une loi territoriale doit être
appliquée sur tout le territoire, mais toutes les lois territoriales ne sont pas des lois de
police. Une loi de police est toujours d’application territoriale.
Lois de police vs. Règles de conflit : Une loi de police s’applique spontanément sans
recours à une règle de conflit.
Procédés d’application :
Lois de police du for : Le juge doit appliquer la loi de police de son propre pays sans
se référer aux règles de conflit (ex. article 24 du Code du travail camerounais).
Lois de police étrangère : Si une loi de police étrangère revendique son application,
le juge doit évaluer son acceptabilité selon certains critères (ex. compatibilité avec l’ordre
public).
Chapitre 2 : les étapes du règlement du conflit des lois
Section 1 - La qualification : Définition et rôle
La qualification consiste à identifier la catégorie juridique à laquelle appartient une
situation donnée afin de déterminer la règle de conflit applicable et, par conséquent, la loi
compétente. En droit international privé (DIP), cette étape est cruciale pour résoudre les
conflits de lois.
Pourquoi est-ce important ?
La qualification permet de traduire une situation réelle dans un langage juridique
précis.
Elle détermine quelle règle de conflit appliquer, ce qui conditionne la loi applicable
(loi française, loi étrangère, etc.).
Problème des conflits de qualification
Le problème survient lorsque les systèmes juridiques en présence ne qualifient pas
une situation de la même manière. Chaque système peut avoir sa propre approche, ce qui
complique le choix de la loi applicable.
Exemples classiques :
La quarte du conjoint pauvre : Est-ce une question relevant des régimes
matrimoniaux ou des successions ? Cela dépend de la qualification retenue.
Le testament olographe du Hollandais : La validité d’un testament dépend-elle de
règles de forme (loi française) ou de capacité (loi hollandaise) ?
Le mariage civil d’un Grec orthodoxe : La célébration religieuse est-elle une question
de forme (loi française) ou de fond (loi grecque) ?
Ces exemples montrent que la loi applicable dépend de la manière dont la question
est qualifiée, ce qui peut créer des conflits entre les conceptions juridiques des États.
§1 : Le principe de la qualification lege fori
Selon la jurisprudence française (arrêt Caraslanis, 1955), la qualification doit être
effectuée selon la loi du for, c’est-à-dire selon les conceptions juridiques du juge saisi.
A. Les arguments en faveur de la qualification lege fori :
Nature nationale de la règle de conflit : Puisque la règle de conflit appartient au
système juridique national, il est logique que le juge l’interprète selon son propre droit.
Souveraineté législative : La règle de conflit délimite la compétence de la loi
nationale, et il serait incohérent de confier cette délimitation à une loi étrangère.
Logique procédurale : Avant de choisir la loi applicable, il faut d’abord qualifier la
situation. Ce travail revient naturellement au juge saisi.
B. Les critiques de la qualification lege fori
Les partisans de la qualification lex causae (qualification selon la loi étrangère)
soulignent plusieurs inconvénients :
Non-respect du droit étranger : En qualifiant selon le droit du for, on risque de
dénaturer les concepts étrangers.
Manque d’objectivité : Le juge applique ses propres concepts, ce qui peut biaiser le
résultat.
Exemple critique :
Dans le cas du testament hollandais, la capacité d’un Hollandais est régie par le droit
hollandais. C’est donc au droit hollandais de définir les règles de capacité.
Conclusion :
La qualification est une étape clé du règlement des conflits de lois. Bien que le
principe de la qualification lege fori soit dominant en France, il n’est pas exempt de critiques,
notamment en ce qui concerne le respect du droit étranger.
§2 : Le domaine limité de la qualification lege fori
La qualification lege fori (selon la loi du for) n’implique pas que le juge applique
uniquement les concepts de son propre droit interne de manière rigide. Ce principe connaît
des limitations (A) et des exceptions (B).
A. La désignation de la règle de conflit applicable
La qualification selon la loi du for est principalement utilisée pour identifier la loi
applicable, mais elle ne s’étend pas toujours à d’autres aspects du litige.
Qualification par la lex causae :
Une fois que la loi étrangère a été désignée par la règle de conflit du for, c’est cette
loi étrangère qui peut être compétente pour qualifier la question. Cependant, si cette loi
étrangère contient une qualification différente et renvoie à une autre loi (conflit de
rattachement), la question du renvoi peut se poser.
Exemple : En matière de successions, les biens sont qualifiés de meubles ou
immeubles par la loi de leur situation (lex rei sitae). Ainsi :
Meubles : soumis à la loi du dernier domicile du défunt.
Immeubles : soumis à la loi de leur situation.
Biens en général : soumis à une règle unique désignant la lex rei sitae.
Affaire Stroganoff (TGI Seine, 1966) : En matière successorale, la loi du for
qualifie les biens en meubles ou immeubles. En revanche, pour les biens situés à
l’étranger, la lex rei sitae s’applique.
B. L’intervention des traités internationaux
Les traités internationaux peuvent uniformiser certaines qualifications, limitant ainsi
l’application de la qualification lege fori.
Exemple : La Convention de La Haye du 5 octobre 1961
Cette convention règle les conflits de lois en matière de forme testamentaire. Son
article 5 donne une acception large des questions de forme, incluant les prescriptions liées à
l’âge, à la nationalité ou à d’autres qualités personnelles du testateur.
Application : Le problème du testament hollandais ne se pose plus depuis l’entrée en
vigueur de cette convention.
§3 : Le choix de la catégorie interne
A. Les grandes catégories
Les règles de conflit varient selon la nature de la question juridique. Chaque catégorie
regroupe des questions de droit ayant une communauté de nature. Les principales
catégories sont :
1. Le statut personnel :
Inclut les questions liées à la personne (nom, domicile, capacité, relations
extrapatrimoniales).
Soumis à la loi personnelle (loi de la nationalité ou du domicile).
2. Le statut réel :
Regroupe les biens, droits réels et successions.
Soumis à la loi de la situation des biens (lex rei sitae).
3. Les contrats et actes juridiques :
Soumis à la loi choisie par les parties (loi d’autonomie).
4. Les délits et quasi-délits :
Soumis à la loi du lieu où ils surviennent.
B. Les problèmes liés au choix de la catégorie
Le choix de la catégorie peut poser des difficultés dans deux cas :
1. Conflit entre catégories :
La même question peut relever de plusieurs catégories.
Exemple : Affaire Sylvia (1957)
Une Italienne demandait l’annulation d’un contrat en invoquant un défaut de
consentement dû à sa démence.
Problème :
Statut personnel (loi italienne pour défaut de capacité).
Actes juridiques (loi française pour vice de consentement).
Décision : La Cour de cassation a tranché en faveur du statut personnel, qualifiant la
démence comme une incapacité naturelle.
2. Absence de catégorie adaptée :
Certaines institutions étrangères ne correspondent à aucune catégorie du droit
interne.
Exemples :
Quarte du conjoint pauvre.
Trust.
Solution : Le juge doit élargir ou adapter les catégories internes pour intégrer ces
concepts étrangers.
Mélchior : Le juge doit « déformer ou agrandir les tiroirs nationaux » pour accueillir
l’« étoffe étrangère ».
Exemple : Mariage polygamique : Intégré dans la catégorie des mariages malgré sa
spécificité.
Conclusion
La qualification lege fori est un principe central en droit international privé, mais il est
limité dans sa mise en œuvre par :
1. L’intervention de la lex causae une fois la loi applicable désignée.
2. Les qualifications uniformes imposées par les traités internationaux.
3. Les besoins d’adaptation face aux institutions juridiques étrangères.
Section 2 : Le rattachement
Le rattachement constitue la seconde étape du règlement du conflit de lois. Une fois
la qualification effectuée, il s’agit d’attacher la question juridique à un ordre juridique
déterminé. En présence d’une règle bilatérale classique, cela ne pose généralement pas de
problème. Une fois la question classée dans une catégorie de droit international privé (DIP)
du for, l’élément de rattachement correspondant soumet automatiquement la question à un
ordre juridique donné (D. Gutmann, p.69). Cependant, trois facteurs peuvent perturber ce
principe : les conflits de rattachement (§1), l’évolution des facteurs de rattachement (§2) et
les questions préalables (§3).
§1 : Le conflit de rattachement (le renvoi)
Illustration des conflits de rattachement
Les conflits de rattachement peuvent être illustrés par trois exemples :
1. Statut personnel :
Certains pays rattachent le statut personnel à la loi nationale (Cameroun
francophone, Gabon, France), tandis que d’autres le rattachent à la loi du domicile
(Cameroun anglophone, Angleterre, Canada).
2. Successions :
En droit français et gabonais, les successions immobilières relèvent de la loi de
situation, tandis que les successions mobilières sont soumises à la loi du dernier domicile du
défunt. Dans d’autres pays (Italie, Espagne, Allemagne), les successions sont rattachées au
statut personnel et donc à la loi nationale du défunt.
3. Nationalité des sociétés :
En droit français, le rattachement est à la loi du siège social réel ; en droit anglais, à la
loi d’incorporation ; et en droit hollandais, à la loi du siège statutaire.
Problématique du conflit de rattachement
Par exemple, pour le statut personnel d’un Anglais domicilié au Gabon, la règle de
conflit gabonaise désigne la loi anglaise. Cependant, faut-il appliquer directement la loi
interne anglaise ou tenir compte du rattachement anglais à la loi du domicile (qui renverrait
à la loi gabonaise) ? Cette problématique est au cœur de la question du renvoi.
Typologie des conflits de rattachement
Conflit positif : Plusieurs États revendiquent la compétence de leur propre loi, ce qui
exclut le renvoi.
Conflit négatif : Aucun État ne revendique la compétence. C’est dans ce contexte que
la question du renvoi prend toute son importance.
La controverse doctrinale sur le renvoi
La doctrine est divisée en deux camps principaux :
1. Thèses hostiles au renvoi :
Ces thèses, influencées par Bartin, considèrent le renvoi comme une atteinte à la
souveraineté de l’État, et craignent un cercle vicieux de renvois successifs (« tennis
international »).
2. Thèses favorables au renvoi :
Ces thèses mettent en avant les avantages pratiques du renvoi, notamment la
simplification et l’harmonie des solutions juridiques. Le renvoi est justifié par trois
conceptions principales :
Renvoi-délégation : La règle de conflit étrangère est considérée comme un tout
indivisible avec son droit interne.
Renvoi-règlement subsidiaire : Le refus de compétence par une loi étrangère oblige
le for à établir une règle subsidiaire.
Renvoi-coordination : Cette théorie harmonise les systèmes de DIP en coordonnant
les règles de conflit du for et des États étrangers. Elle est la plus cohérente avec la
jurisprudence.
Le renvoi en droit positif
1. Jurisprudence favorable :
Depuis les arrêts Forgo (1878, 1882), la jurisprudence admet le renvoi, notamment
en matière successorale, de statut personnel (arrêts Birchal, Patino) et de sociétés (affaire de
la Banque ottomane).
Renvoi au premier degré : Par exemple, lorsqu’une loi étrangère renvoie à la loi du
for.
Renvoi au second degré : Lorsque la loi étrangère désignée renvoie à une loi d’un
pays tiers.
2. Conventions internationales :
Certaines conventions, comme celle de La Haye du 1 er août 1989 sur les successions,
intègrent le renvoi pour coordonner les systèmes juridiques. D’autres excluent explicitement
le renvoi.
Restrictions au domaine du renvoi
Exclusion selon la matière :
En matière de contrats ou de régimes matrimoniaux, où les parties peuvent choisir la
loi applicable, le renvoi est exclu (arrêts Lardans, Gouthertz).
Exclusion selon la nature des règles de conflit :
Les règles unilatérales et alternatives excluent le renvoi, contrairement aux règles
bilatérales neutres.
§2 : L’évolution du rattachement (problème du conflit mobile)
L’évolution d’un élément de rattachement après la naissance d’une situation
juridique peut entraîner ce qu’on appelle un conflit mobile. Cela se produit lorsque le facteur
de rattachement (comme la nationalité, le domicile ou la résidence) change, soumettant
ainsi la situation à deux lois différentes. Par exemple, si un meuble passe du Cameroun à la
Tunisie, quelle loi s’applique : celle du Cameroun (ancienne situation) ou celle de la Tunisie
(nouvelle situation) ? De même, si deux époux espagnols deviennent Camerounais, quelle
loi régira leur statut personnel ?
Pour résoudre ces conflits, il est essentiel de déterminer à quel moment l’élément de
rattachement doit être pris en compte. Trois approches principales existent : la théorie des
droits acquis (A), les règles de droit transitoire interne (B), et l’interprétation spécifique à
chaque règle de conflit (C).
A. La théorie des droits acquis
Cette théorie, développée par Pillet, repose sur l’idée que les droits acquis dans un
État doivent être respectés par les autres États, en vertu de la courtoisie internationale.
Ainsi, une situation juridique reste régie par la loi en vigueur au moment de sa naissance,
excluant l’application immédiate d’une loi nouvelle. Cette approche garantit la stabilité et la
sécurité juridique.
Un exemple notable est l’arrêt Banque Ottomane (CA Paris, 19 mars 1965), où la cour
a refusé d’appliquer la règle de conflit française, reconnaissant des résolutions prises en
Turquie sur la base de la loi turque, même après leur épuisement à l’étranger.
Cependant, cette théorie a été critiquée :
Elle fige les situations juridiques, sans tenir compte des évolutions.
Elle accorde une importance excessive à la souveraineté des États, au détriment des
relations entre particuliers.
Elle ne garantit pas la sécurité juridique pour les tiers ignorant la situation passée.
B. L’application des règles du droit transitoire interne
Cette théorie assimile le conflit mobile à un conflit de lois dans le temps. Selon elle,
les règles transitoires internes (article 2 du Code civil au Cameroun) s’appliquent :
La loi nouvelle régit les effets futurs des situations en cours.
La loi ancienne régit les conditions de validité et les effets passés.
Toutefois, cette approche néglige le caractère international du conflit mobile :
Les lois en conflit émanent de différents législateurs.
Les lois en présence ne sont pas successives mais simultanément en vigueur.
C. L’interprétation propre à chaque règle de conflit
Selon cette conception, il n’existe pas de solution générale pour tous les conflits
mobiles. Chaque cas doit être résolu en fonction des objectifs et des intérêts sous-jacents à
la règle de conflit concernée.
En pratique, il est souvent logique de se référer à la situation actuelle (par exemple,
la loi du lieu où se trouve désormais un bien mobilier). Cette approche, inspirée par Bartin,
reflète une adaptation pragmatique aux circonstances spécifiques.
§3 Le rattachement des questions préalables
Un conflit de rattachement peut également surgir lorsqu’une question principale (par
exemple, une succession) dépend d’une question préalable (par exemple, déterminer qui est
conjoint ou descendant).
Deux options se posent :
1. Appliquer la loi désignée par la règle de conflit du for pour la question
préalable.
2. Appliquer la loi désignée par la règle de conflit du pays régissant la
question principale.
A. La controverse doctrinale
Deux courants doctrinaux s’opposent :
Théorie des questions préalables : la loi régissant la question principale doit aussi
résoudre la question préalable. Cela garantit l’unité du système juridique appliqué. Par
exemple, si la dévolution successorale est régie par une loi, celle-ci devrait aussi définir qui
sont les héritiers.
Doctrine majoritaire : chaque question, principale ou préalable, doit être régie par la
règle de conflit du for. Par exemple, la qualité de conjoint est une question de statut
personnel régie par la loi nationale de l’intéressé.
B. La solution jurisprudentielle
La jurisprudence française rejette la théorie des questions préalables.
Arrêt Dame Bendeddouche (3 janvier 1980) : La loi française régit la dévolution
successorale des immeubles en France, mais la qualité de conjoint et l’établissement de la
parenté relèvent de la loi personnelle.
Arrêt Djenanji (11 mars 1986) : La loi successorale détermine les héritiers et leurs
parts, mais pas la qualité de conjoint, qui dépend d’une autre loi.
Ainsi, chaque question doit être examinée selon la règle de conflit propre à sa nature.
Chapitre 3 : La mise en œuvre de la règle de conflit
Mettre en œuvre la règle de conflit signifie l’appliquer. Cependant, cette application
peut parfois être entravée par des obstacles insurmontables (comme une loi étrangère
introuvable ou inconnue). Dans de telles situations, le juge applique la loi de son propre
pays, en vertu du principe de compétence ou de la vocation subsidiaire de la lex fori.
Bien que l’application de la règle de conflit soit le résultat logique du raisonnement
conflictualiste, elle n’est pas toujours automatique. Nous analyserons l’application de la
règle de conflit (Section 1) et les cas d’éviction de la loi étrangère désignée par cette règle
(Section 2).
Section 1 : L’application de la règle de conflit
La loi compétente peut être soit la loi du for (camerounaise dans ce contexte), soit
une loi étrangère. Si la loi camerounaise est appliquée sans difficulté particulière,
l’application d’une loi étrangère peut soulever des problèmes spécifiques. Deux questions se
posent alors :
1. Le juge est-il obligé d’appliquer les règles de conflit de lois ?
2. Si une loi étrangère est désignée, dans quelles conditions doit elle être
appliquée ?
Ces questions soulèvent deux problématiques :
Le statut procédural de la loi étrangère (§1)
Les modalités de sa mise en œuvre (§2)
§1 : Le statut procédural de la règle de conflit
Le statut procédural des règles de conflit a été l’objet de débats doctrinaux,
notamment à cause des évolutions jurisprudentielles. Nous examinerons ici : l’autorité des
règles de conflit pour le juge (A), leur autorité à l’égard des parties (B).
A. L’autorité des règles de conflit de lois à l’égard du juge
L’autorité des règles de conflit est relative (1) et admet des tempéraments (2).
1. Une autorité relative de la règle de conflit
L’autorité des règles de conflit a évolué au fil des décisions jurisprudentielles.
Première étape : La jurisprudence Bisbal (application facultative des règles de conflit)
Dans l’arrêt Bisbal du 12 mai 1959, la Cour de cassation française a affirmé que les
règles de conflit de lois, notamment lorsqu’elles désignent une loi étrangère, n’ont pas un
caractère d’ordre public. Leur application est donc facultative pour le juge, sauf demande
explicite des parties.
Exemple : Dans cette affaire, le divorce de deux époux espagnols a été prononcé en
vertu de la loi française, bien que la loi espagnole interdisait le divorce.
Deuxième étape : Les arrêts Rebouh et Schule (obligation d’appliquer les règles de
conflit)
Ces arrêts de 1988 ont marqué un revirement, imposant au juge d’appliquer d’office
la règle de conflit, même si elle désigne une loi étrangère.
Exemple : Dans l’affaire Rebouh, la Cour a reproché aux juges d’avoir appliqué le droit
français au lieu de la loi personnelle de la mère algérienne dans une affaire de filiation.
Troisième étape : L’arrêt Coveco (distinction entre droits disponibles et
indisponibles)
En 1990, l’arrêt Coveco a restreint le champ de l’obligation d’appliquer d’office les
règles de conflit, la limitant aux matières de droits indisponibles ou régies par une
convention internationale.
Quatrième étape : Les arrêts Mutuelles du Mans et M. Belaid (droits indisponibles
seulement)
La Cour de cassation a confirmé que l’obligation d’appliquer d’office les règles de
conflit ne concerne que les droits indisponibles, comme l’état et la capacité des personnes.
2. Un régime procédural admettant des tempéraments
Deux principaux tempéraments sont reconnus :
Premier tempérament : L’accord procédural en matière de droits disponibles
Les parties peuvent convenir de ne pas appliquer la loi désignée par la règle de
conflit. Cette possibilité est limitée aux droits dont elles ont la libre disposition.
Exemple : L’arrêt Hannover International du 6 mai 1997 a reconnu la validité de tels
accords.
Second tempérament : L’équivalence des lois en matière de droits indisponibles
Si deux lois (la loi désignée et celle appliquée) produisent des effets juridiques
équivalents, le juge peut s’abstenir d’appliquer la règle de conflit.
Exemple : L’arrêt Bao-Daï de 1988 a reconnu ce principe en matière de droits
indisponibles.
B. L’autorité des règles de conflit de lois à l’égard des parties
Les parties peuvent-elles demander l’application d’une loi différente de celle
désignée par la règle de conflit ?
La jurisprudence Bisbal laissait aux parties le soin de réclamer l’application de la loi
étrangère.
Cependant, avec les arrêts Rebouh et Schule, cette question a pris une nouvelle
importance. L’accord procédural des parties reste limité aux droits disponibles.
§2 : La réalisation de la règle de conflit
Pour appliquer une loi étrangère, deux étapes sont nécessaires :
1. Établir le contenu de la loi étrangère (A)
2. L’interpréter (B)
A. La connaissance du contenu de la loi étrangère
1. La charge de la preuve de la loi étrangère
a) Les parties
En principe, les parties doivent prouver le contenu de la loi étrangère.
Exemple : L’arrêt Lautour de 1948 a établi cette règle, qui reste en vigueur au
Cameroun.
b) Le juge
Si le juge doit appliquer d’office une loi étrangère, il a également l’obligation de
rechercher son contenu.
Exemple : L’arrêt Itraco de 2005 impose au juge de collaborer avec les parties pour
établir la teneur de la loi étrangère.
2. Les modes d’établissement de la loi étrangère
Les parties peuvent fournir des certificats de coutume, consulter des experts ou se
référer à des conventions internationales.
Cependant, le juge reste libre de vérifier la teneur et la portée de la loi étrangère.
B. L’interprétation de la loi étrangère
Une fois connue, la loi étrangère doit être interprétée. Le juge du for peut s’appuyer
sur les outils de preuve présentés par les parties ou sur des mécanismes de coopération
internationale.
1. Le pouvoir d’interprétation souverain des juges du fond
L’interprétation est un processus visant à révéler le sens exact d’une règle juridique
ambiguë. En droit positif, les juges du fond disposent d’un pouvoir souverain pour
interpréter la loi étrangère. Cependant, ce pouvoir est limité par la nécessité d’une
interprétation uniquement lorsque le sens de la règle étrangère est incertain. Si le droit
étranger a déjà été interprété par sa jurisprudence ou ses autorités compétentes, les juges
du for doivent s’y conformer.
La Cour de cassation veille à ce que la motivation des décisions soit suffisante, sans
pour autant pouvoir les censurer pour une simple erreur d’interprétation, sauf en cas de
dénaturation.
2. Le contrôle de dénaturation de la loi étrangère
Depuis l’arrêt Montefiore du 21 novembre 1961, la jurisprudence est constante : «
l’application que fait le juge du droit étranger […] échappe sauf dénaturation au contrôle de
la Cour de cassation ». Si cette interprétation échappe au contrôle de fond, les motifs
invoqués doivent néanmoins être justifiés.
La distinction entre dénaturation et interprétation peut parfois être complexe. Par
exemple, dans l’arrêt Société Africatours du 1er juillet 1997, la Cour a admis qu’un juge puisse
s’éloigner du sens littéral d’une règle étrangère, sous réserve de justifier cette position par
d’autres sources du droit étranger. En revanche, l’arrêt Briaoti du 14 février 2006 a censuré
une décision pour dénaturation, car les juges du fond n’avaient pas tenu compte de
l’interprétation donnée par la jurisprudence étrangère.
Section 2 : L’éviction de la loi étrangère désignée par la règle de conflit
La loi étrangère désignée peut être écartée lorsqu’elle heurte l’ordre public du for
(§1) ou lorsqu’elle résulte d’une fraude à la loi (§2).
§1. L’ordre public international
L’arrêt Lautour a introduit une approche in concreto de l’ordre public international,
qui permet d’écarter la loi étrangère incompatible avec les valeurs fondamentales du for.
Cependant, l’éviction de la loi étrangère doit rester exceptionnelle pour préserver la
neutralité de la règle de conflit.
A. Le contenu de l’ordre public en droit international privé
1. La notion d’ordre public international
L’ordre public international est une notion fonctionnelle, utilisée comme un correctif
exceptionnel pour écarter une loi étrangère jugée inadmissible. C’est au juge d’apprécier in
concreto, en fonction de l’opinion dans l’ordre du for, si la loi étrangère doit être écartée.
2. Les caractères de l’ordre public international
L’ordre public est national : Il reflète les valeurs fondamentales du for, même si
certains principes universels, comme l’interdiction de l’esclavage, sont partagés.
L’ordre public est imprécis : Son application dépend du contexte et de l’appréciation
du juge.
L’ordre public est variable : Il évolue dans le temps et selon les lieux, en fonction des
valeurs sociales et culturelles.
3. Distinction avec l’ordre public interne et les lois de police
L’ordre public international ne couvre pas toutes les dispositions impératives du droit
interne. Contrairement aux lois de police, il intervient après l’application de la règle de
conflit.
B. Les conditions d’application de l’exception d’ordre public
L’ordre public international fonctionne comme un mécanisme d’exception, activé
uniquement en cas d’incompatibilité importante entre les effets de la loi étrangère et les
principes fondamentaux du for.
Deux critères doivent être remplis :
Incompatibilité importante : L’application de la loi étrangère doit produire un
résultat particulièrement choquant.
Critère de proximité : Plus les liens avec le for sont étroits, plus l’ordre public sera
rigoureusement appliqué (ordre public plein). À l’inverse, si les liens sont lâches, son
application peut être atténuée (effet atténué de l’ordre public, consacré par les arrêts Rivière
et Munzer).
C. Les effets de l’intervention de l’ordre public
Lorsque l’ordre public est invoqué, les dispositions de la loi étrangère contraires à
celui-ci sont écartées, et la lex fori est appliquée à titre subsidiaire.
§2. La fraude à la loi
La théorie de la fraude à la loi permet d’écarter une règle de conflit manipulée
artificiellement pour échapper à la loi normalement applicable. L’arrêt Bauffremont du 18
mars 1878 a fondé cette théorie.
A. Les éléments constitutifs de la fraude à la loi
1. L’élément matériel
La fraude repose sur un changement volontaire du facteur de rattachement, par
exemple en modifiant la nationalité ou le domicile. La manipulation peut également
concerner des biens mobiliers ou des qualifications juridiques.
2. L’élément intentionnel
L’intention frauduleuse est essentielle : il doit être prouvé que la modification a été
réalisée dans le seul but d’éluder la loi normalement applicable.
B. La sanction de la fraude à la loi
La sanction de la fraude est généralement l’inopposabilité de l’acte frauduleux.
Cependant, cette inopposabilité peut concerner l’ensemble de l’acte ou uniquement les
conséquences frauduleuses, selon les circonstances.
Deuxième Partie : Les conflits de juridictions
La notion de « conflit de juridictions » peut prêter à confusion, car elle suggère
l’existence de règles neutres et bilatérales similaires à celles des conflits de lois. Ces règles
permettraient, par exemple, à un juge camerounais de reconnaître la compétence d’un juge
étranger pour trancher un litige. Cependant, la réalité est différente. Traditionnellement,
chaque État détermine unilatéralement les conditions de compétence de ses tribunaux,
selon des critères qui ne sont ni neutres ni bilatéraux.
Cette notion englobe trois catégories de règles : les règles de compétence directe
(permettant au juge camerounais de savoir s’il est compétent), les règles de compétence
indirecte (pour déterminer si un jugement étranger peut produire des effets au Cameroun),
et les règles relatives aux effets internationaux des jugements.
Deux grandes questions se posent ici :
La compétence judiciaire internationale (Chapitre 1)
Les effets internationaux des jugements (Chapitre 2)
Chapitre 1 : La compétence judiciaire internationale
Le droit de la compétence judiciaire internationale au Cameroun est issu de sources
nationales et conventionnelles. Son étude s’articule autour des règles de compétence
(Section 1) et du régime de cette compétence (Section 2).
Section 1 : Les règles de compétence judiciaire internationale
Pour mieux comprendre le dispositif camerounais, il est nécessaire d’examiner ses
fondements (§1) avant d’analyser son contenu (§2).
§1 : Les fondements des règles de compétence judiciaire internationale
Les fondements des règles de compétence judiciaire internationale reposent sur des
considérations théoriques (A) et historiques (B).
A. Les fondements théoriques
1. Dissociation entre compétence juridictionnelle et compétence
législative
La compétence juridictionnelle concerne la capacité d’un tribunal à régler un litige,
tandis que la compétence législative détermine la loi applicable au litige. Ces deux notions
diffèrent par leur objet et leurs critères.
En matière de conflit de lois, un critère unique est appliqué par catégorie, car un
problème juridique ne peut être soumis à plusieurs lois.
En revanche, plusieurs juridictions peuvent être compétentes pour un même litige,
laissant le choix aux parties.
La nationalité est un critère de compétence juridictionnelle, mais elle n’est pertinente
pour la compétence législative que dans le domaine du statut personnel.
Par conséquent, un juge camerounais peut appliquer une loi étrangère, tout comme
un juge étranger peut appliquer le droit camerounais.
2. Nature de la compétence judiciaire internationale
Les règles de compétence internationale peuvent être assimilées aux règles de
compétence territoriale interne par transposition. Contrairement à l’idée de Bartin, qui les
associait à des règles de compétence d’attribution, la jurisprudence et la doctrine
camerounaises ont rejeté cette approche. La compétence internationale est ainsi
déterminée selon des critères géographiques, tels que le domicile du défendeur ou la
localisation de l’immeuble.
B. Les fondements historiques
Historiquement, le règlement des conflits de juridictions au Cameroun repose sur la
souveraineté étatique. Pendant longtemps, les articles 14 et 15 du Code civil régissaient la
compétence internationale, conférant un privilège de juridiction aux Camerounais.
Cependant, ces articles, jugés discriminatoires à l’égard des étrangers, ont progressivement
cédé la place à des règles ordinaires issues de la jurisprudence.
§2 : Le contenu des règles de compétence judiciaire internationale
Le système camerounais combine une règle ordinaire de compétence (A) et des
règles exorbitantes inscrites aux articles 14 et 15 du Code civil (B), complétées par des
limites à cette compétence (C).
A. La règle ordinaire de compétence
1. Abandon du principe d’incompétence des juridictions camerounaises
dans les litiges entre étrangers
Longtemps, les juridictions camerounaises se déclaraient incompétentes pour régler
les litiges entre étrangers. Ce principe, jugé contraire au droit d’accès à la justice, a été
abandonné à partir de l’arrêt Patino (21 juin 1948).
2. Extension des règles de compétence territoriale interne
Les règles de compétence territoriale interne s’appliquent désormais aux litiges
internationaux. Par exemple, le tribunal du domicile du défendeur ou celui du lieu du fait
dommageable est compétent, même si les parties sont étrangères (arrêt Scheffel, 30 octobre
1962).
3. Adaptation des règles de compétence territoriale interne
Certaines règles internes nécessitent une adaptation en cas de litige international,
notamment :
Successions : La compétence juridictionnelle est déterminée par le lieu de situation
des biens immobiliers.
Saisies et mesures conservatoires : Le juge compétent est celui du lieu d’exécution
de la mesure, car les actes d’exécution relèvent de la souveraineté de l’État sur son
territoire.
B. Les règles exorbitantes des articles 14 et 15 du Code civil
1. Domaine d’application
Les articles 14 et 15 confèrent compétence aux tribunaux camerounais dès lors
qu’une partie est de nationalité camerounaise, qu’elle soit demanderesse (article 14) ou
défenderesse (article 15). Ces articles concernent principalement les obligations contractées
par ou envers des Camerounais, à l’exclusion des actions réelles immobilières concernant
des biens situés à l’étranger.
2. Caractère exclusif
L’article 15 est considéré comme exclusif : une décision étrangère méconnaissant ce
privilège est inefficace au Cameroun, sauf renonciation ou traité international. Cependant, la
jurisprudence française a évolué avec l’arrêt Prieur (23 mai 2006), affirmant que l’article 15
ne consacre qu’une compétence facultative, subordonnée à l’absence de fraude et au
rattachement caractérisé du litige à l’État étranger saisi.
C. Limites à la compétence des tribunaux camerounais
Certaines conventions internationales ou principes de droit international peuvent
restreindre la compétence des tribunaux camerounais, notamment en matière d’arbitrage
ou d’immunités juridictionnelles.
La compétence judiciaire internationale, bien que fondée sur des principes nationaux,
doit évoluer pour intégrer les impératifs du droit international et des engagements
conventionnels du Cameroun.
Chapitre 2 : Les effets des jugements étrangers
La problématique principale est de déterminer les conditions sous lesquelles un
jugement étranger peut produire au Cameroun les effets d’un jugement rendu sur son
territoire. Cette question suppose :
1. D’identifier les effets qu’un jugement étranger peut engendrer.
2. De déterminer les types de jugements concernés par leur efficacité
dans un État autre que celui d’origine.
Un jugement étranger ne peut donner lieu à un acte d’exécution au Cameroun sans
avoir été déclaré exécutoire par un tribunal camerounais via une procédure d’exequatur.
Cette procédure assimile aux jugements étrangers les actes publics reçus par des officiers
étrangers.
L’exequatur est une décision par laquelle un tribunal camerounais confère force
exécutoire aux jugements et actes publics étrangers.
Les décisions étrangères susceptibles d’exequatur :
1. Décisions de droit privé :
Jugements rendus par des tribunaux étrangers.
Sentences arbitrales.
Décisions administratives ayant des effets de droit privé (ex. : divorces
administratifs).
2. Actes publics étrangers :
Actes reçus par des officiers étrangers (ex. : actes notariés).
Section 1 : Les conditions d’efficacité des jugements étrangers
Les jugements étrangers ne peuvent être exécutés au Cameroun que s’ils sont
revêtus de la formule exécutoire par un tribunal camerounais. Cette exécution est
conditionnée par trois exigences :
1. La compétence internationale du tribunal étranger (§1).
2. La conformité à l’ordre public (§2).
3. L’absence de fraude (§3).
§1 : La compétence internationale du tribunal étranger
Pour être exécutoire au Cameroun, la décision étrangère doit être rendue par un
tribunal compétent. Cette compétence est appréciée selon les règles du for (compétence
indirecte) et repose sur :
Un lien caractérisé entre le litige et le pays du tribunal saisi (ex. : nationalité,
domicile, lieu de conclusion du contrat, lieu du délit).
L’absence de compétence exclusive des juridictions camerounaises.
Un choix non frauduleux de la juridiction étrangère.
Selon l’article 7, le juge camerounais chargé du contentieux de l’exécution doit
vérifier :
a) Que la décision émane d’une juridiction compétente dans son pays d’origine.
b) Que les parties ont été régulièrement citées, représentées ou déclarées
défaillantes.
c) Que la décision est exécutoire dans son pays d’origine.
d) Que la décision n’est ni contraire à l’ordre public camerounais, ni incompatible
avec une décision judiciaire définitive rendue au Cameroun.
§2 : La conformité à l’ordre public international
Le jugement étranger doit respecter :
L’ordre public de fond : Le contenu de la décision ne doit pas contredire les principes
fondamentaux du droit camerounais.
P La procédure ayant conduit à la décision doit respecter des principes
fondamentaux, tels que le droit à un procès équitable.
§3 : L’absence de fraude à la loi
La juridiction étrangère choisie ne doit pas avoir été sélectionnée de manière
frauduleuse. Cette exigence vise à prévenir les manipulations visant à contourner les lois
camerounaises ou internationales.
Section 2 : Les effets indépendants de l’exequatur
Un jugement étranger peut produire des effets au Cameroun sans qu’une procédure
d’exequatur soit nécessaire. Ces effets concernent :
1. La reconnaissance (§1).
2. D’autres effets spécifiques (§2).
§1 : La reconnaissance
La reconnaissance vise à constater l’efficacité substantielle et l’autorité de la chose
jugée d’un jugement étranger, sans lui conférer force exécutoire. Par exemple :
Une personne divorcée à l’étranger peut être reconnue comme divorcée au
Cameroun sans exequatur.
Toutefois, si le jugement de divorce inclut une condamnation pécuniaire, son
exécution forcée nécessitera un exequatur.
La reconnaissance :
Ne requiert pas une décision judiciaire (elle s’opère automatiquement).
Suppose que le jugement étranger soit internationalement régulier et qu’il ne
conduise pas à des incohérences juridiques au Cameroun (ex. : incompatibilité avec une
décision déjà reconnue au Cameroun).
Selon l’article 10, les actes publics étrangers (ex. : actes notariés exécutoires dans
leur pays d’origine) sont déclarés exécutoires au Cameroun par le président du tribunal
compétent, sous réserve de leur authenticité et de leur conformité à l’ordre public
camerounais.
§2 : Les autres effets
Un jugement étranger peut constituer :
Un titre ou un instrumentum permettant certaines actions conservatoires.
Exemple : Un jugement condamnant une personne au paiement d’une dette peut
être utilisé pour pratiquer une saisie-arrêt, même sans exequatur.
Cette saisie conservatoire peut être suivie d’une double instance : exequatur et
validation de la saisie.
Les jugements étrangers, bien qu’exempts de force exécutoire, doivent être pris en
compte en tant que faits juridiques dans l’ordre camerounais.

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