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n°9
juillet-septembre 2009
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Jean-Michel Fauvergue
Chef de l’Office central de la lutte contre l’immigration irrégulière et l’emploi d’étrangers sans titre (OCRIEST),
Office judiciaire de la direction centrale de la Police aux frontières (DCPAF), spécialisé dans le démantèlement
des filières d’immigration irrégulière. Ancien officier de paix, il rejoint le corps des commissaires de police en
1984. Sa carrière le conduit à assumer des responsabilités dans des services spécialisés tels que les Groupes d’in-
tervention de la Police nationale (GIPN), à servir outre-mer tant en sécurité publique (Nouvelle-Calédonie,
Guyane) que dans la coopération internationale (Mali, Gabon).
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Jean-Michel FAUVERGUE La face cachée de l’immigration illégale : la traite des êtres humains
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Dans ce dispositif institutionnel, l’OCRIEST a donc structurée peut prendre plusieurs dénominations : groupe
acquis une expertise et une expérience uniques 1 en matière mafieux, cartel, organisation criminelle, réseau, filière…
de lutte contre les flux migratoires organisés sous tous L’article 706-73 du Code de procédure pénale énumère
leurs aspects tant dans le traitement de l’emploi d’étrangers les formes les plus graves et complexes de la criminalité
sans titre que dans la perception de leur vulnérabilité en et de la délinquance organisée. Les nouveaux moyens
tant qu’étrangers. Cet acquis permet de définir les contours d’investigations et les règles procédurales dérogatoires
du crime organisé lié à l’immigration irrégulière. sont applicables à l’ensemble des infractions listées dans
cet article 3.
(1) Résultats d’activité de l’OCRIEST pour 2008 : démantèlement de 16 filières d’immigration irrégulière/3 filières de fourniture de fraude
documentaire/11 structures clandestines employant des étrangers en situation irrégulière ; 329 personnes placées en garde à vue/88
personnes écrouées. Depuis sa création en 1996 : 229 filières démantelées et 230 structures clandestines.
(2) L’expression pourrait avoir plusieurs origines. Les clandestins entassés dans les camions, ressembleraient à des serpents entassés
dans une boîte. Celui qui les conduit est donc la tête de serpent. Une autre explication remonterait à l’époque où les Chinois conti-
nentaux cherchaient à fuir la répression en gagnant Hong-Kong. Pour ce faire, ils rampaient sous les barrières de la frontière. Celui qui
les faisait passer était donc la tête du serpent.
(3) 706-73, 13°CPP : Délits d'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour irréguliers d'un étranger en France commis en bande organisée
prévus par le quatrième alinéa du I de l'article 21 de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d'entrée
et de séjour des étrangers en France (L.622-1 al.4 CESEDA).
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Jean-Michel FAUVERGUE La face cachée de l’immigration illégale : la traite des êtres humains
Il est communément admis que le monde du travail migrants clandestins se regroupent. Il peut s’agir de
illégal est le débouché naturel des clandestins. Toutefois, professions spécifiques se prêtant aisément à cette
au plus fort de l’expérience de l’OCRIEST, les employeurs pratique, tels que les chauffeurs de poids lourd, de
de main-d’œuvre illégale, point d’aboutissement de la taxi, etc. On les voit principalement sur les grands
migration, sont rarement en lien direct avec les filières. axes routiers traversant les continents ;
On peut certes trouver parfois des employeurs de main-
d’œuvre illégale et des collecteurs de fonds en lien avec • les passeurs dépendant de petits groupes de délin-
la filière. Cependant, ces deux catégories n’apparaissent quants organisés. Ce sont, dans le même ordre
pas forcément à chaque fois. Lorsque le lien est clairement d’idée, des groupuscules d’individus, qui peuvent
établi, l’employeur de main-d’œuvre illégale, maillon être tentés de monter un « mini-réseau » pour aider
final du flux migratoire irrégulier, joue souvent le rôle de des clandestins à passer des points stratégiques
contrôleur du remboursement des dettes contractées. comme, par exemple, le Calaisis ;
Cependant, dans la plupart des cas, il profite simplement
de la situation de fait dans laquelle se trouvent les clan- • les membres de filières internationales relevant de
destins pour les embaucher sans être en relation directe la criminalité organisée pouvant se livrer à l’immi-
avec la filière. Le lien est souvent direct lorsque les conditions gration irrégulière et à la traite des êtres humains,
du travail le nécessitent. C’est notamment le cas dans notamment au travers de leur exploitation sexuelle.
l’emploi de saisonniers pour la culture maraîchère ou l’or-
paillage dans des régions isolées. Dans les centres urbains, Souvent, les acteurs œuvrant dans le domaine de la
les relais communautaires permettent de se passer de criminalité organisée traitant de l’immigration travaillent,
cette intégration filière-employeur. pour la majeure partie d’entre eux, de façon quasi exclusive
à cette activité et sont organisés en réseaux structurés dans
De même, les collecteurs de fonds ne se trouvent pas lesquels on compte des donneurs d’ordre, des passeurs,
toujours sur le territoire national. Nombre d’entre eux des logeurs, des trésoriers, etc. Il ressort que les personnes
résident dans les pays situés en amont de la France (souvent interpellées dans ce cadre ont rarement des antécédents
dans les pays sources), ou dans le pays de destination judiciaires autres que ceux liés à l’immigration irrégulière.
finale. Leur implantation dépend de l’organisation du Toutefois, on commence à voir apparaître, notamment
réseau et du moment du paiement. Le collecteur de fonds dans la catégorie des petits groupes organisés, des « filières
apparaît le plus souvent aux échelons supérieurs des de banlieue » dans lesquelles des réseaux d’amitié locale
filières. Les petites unités autonomes, plus polyvalentes, tentent l’aide à l’immigration comme activité rémunératrice.
n’ont pas ce niveau de spécialisation. Certaines structures Ces groupes n’interviennent souvent que sur une courte
exigent un paiement comptant au départ ; d’autres, un portion du trajet souhaité par le migrant. Le corollaire de
complément à l’arrivée. En marge des organisations pro- ce fait induit pour les vraies filières est un rapport à la
posant un package complet du début à la fin du parcours, sous-traitance durant un segment du voyage.
on constate un développement d’une juxtaposition de
petites unités situées tout au long du périple. Ces cellules Il est souvent très difficile de remonter les réseaux
sont relativement indépendantes les unes des autres et jusqu’au donneur d’ordre initial. Ceci est en partie dû à
nécessitent, de la part des clandestins, un paiement par la difficulté de mettre en place une coopération répressive
étape, qui peut se superposer à un paiement de dépôt avec les autorités du pays source. Pour l’instant, peu d’in-
plus important. formations filtrent sur un profil lié à des sommités du
crime organisé ayant main mise sur tous types de trafic.
Cependant, des personnes très impliquées dans la mise
Les profils des acteurs en place de réseaux migratoires, et s’y livrant à temps
plein, peuvent atteindre des niveaux de vie excessivement
des filières élevés. À l’inverse, nombre de passeurs et d’assistants im-
plantés dans les pays de transit ou de destination n’ont
Le profil des individus se livrant à l’immigration irré- pas de train de vie exubérant. Certains, demeurant dans
gulière est atypique dans le paysage du crime organisé. la clandestinité, peuvent vivre en marge du système, au
Plusieurs sortes de passeurs émergent suivant le type d’orga- milieu des migrants. Il est au demeurant acquis que la
nisation à laquelle ils se rattachent : quasi-totalité de ces acteurs se construit une retraite dorée
dans leur pays ou subvient à l’ensemble des besoins de
• les passeurs indépendants. Ce sont souvent des leurs familles, créant dans ces contrées de nouvelles
opportunistes passant à proximité des lieux où les richesses avec l’argent du crime.
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La « victime » Suivant la loi française, quel que soit son statut juri-
dique, l’étranger, qui arrive sur le territoire français, est
considéré comme étant un individu vulnérable ou en
Comme l’immigration irrégulière n’est pas totalement situation de dépendance 4 lorsqu’à son arrivée sur le
assimilable à la traite des êtres humains, elle peut être territoire national, un employeur le fait travailler sans le
considérée comme un acte volontaire à la différence de rétribuer, ou en contrepartie d’une rétribution manifes-
la traite des personnes. Mais, plus les migrants ont tement sans rapport avec l’importance du travail accompli 5,
recours à des filières professionnelles, plus ils ont le le soumet à des conditions de travail ou d’hébergement
risque d’être estimés comme une « marchandise » par les incompatibles avec la dignité humaine 6. Le Code de
trafiquants. Dans la quasi-totalité des cas, les migrants l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
sont désireux de partir et ils se présentent en tant que (CESEDA) prévoit à son article L622-5 3 une circonstance
clients auprès des filières. Les volontaires au départ et aggravante des délits d’aide à l’entrée et au séjour irrégulier
leurs proches (qui financent le voyage) attendent donc, d’un étranger en France 7 lorsque ces infractions ont
de manière tout à fait consciente, une prestation de la pour effet de soumettre l’étranger à des conditions de vie,
part des réseaux structurés. Le clandestin se voit souvent de transport, de travail ou d'hébergement incompatibles
proposer un package contre rémunération. Les passeurs avec la dignité de la personne humaine 8. Ainsi, faire franchir
ont alors une obligation de résultat à l’égard de leurs illégalement la frontière à un étranger, tel que le prévoit
clients. En effet, le réseau joue sa crédibilité commerciale le CESEDA, accroît son état de vulnérabilité et sa situation
sur son taux d’acheminement (dans un secteur relativement de dépendance. De la sorte, ces activités illégales liées au
concurrentiel dans les pays sources). Mais, l’environnement migrant s’intègrent pleinement dans la définition de la
dans lequel a lieu la transaction détermine un rapport traite des êtres humains 9 posée par le Code pénal. Si les
de force disproportionné entre demandeurs et passeurs. filières d’immigration irrégulière n’engendrent pas systéma-
Les conditions économiques, politiques, sociales et éco- tiquement de la traite des êtres humains, elles développent
logiques dictant la loi du marché, vicient, dès lors, le le terreau le plus propice à tout type d’exploitation de la
consentement du migrant potentiel. De plus, les conditions personne humaine. L’activité des filières d’immigration
du voyage rendent celui-ci souvent exténuant, interminable, irrégulière se situe donc en amont de la traite des êtres
dangereux et quelques fois mortel. Cela induit, dans la humains.
plupart des cas, un mépris du passeur pour le migrant,
générant de sa part une véritable déconsidération de la Le propre de l’OCRIEST étant de combattre, sur la
personne humaine. Le client devient, de ce fait, une simple base du CESEDA, les filières organisées ; le statut de
marchandise. victime de la traite des êtres humains, reconnu à l’immigré
(4) Article 225-15-1 CP - Pour l'application des articles 225-13 et 225-14, les mineurs ou les personnes qui ont été victimes des faits
décrits par ces articles à leur arrivée sur le territoire français sont considérés comme des personnes vulnérables ou en situation de
dépendance.
(5) Article 225-13 CP - Le fait d'obtenir d'une personne, dont la vulnérabilité ou l'état de dépendance sont apparents ou connus de l'auteur,
la fourniture de services non rétribués ou en échange d'une rétribution manifestement sans rapport avec l'importance du travail
accompli est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende.
(6) Article 225-14 CP - Le fait de soumettre une personne, dont la vulnérabilité ou l'état de dépendance sont apparents ou connus de
l'auteur, à des conditions de travail ou d'hébergement incompatibles avec la dignité humaine est puni de cinq ans d'emprisonnement
et de 150 000 euros d'amende.
(7) Article L622-1 alinéa 1 du CESEDA - Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la
circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000
Euros.
(8) Article L622-5 du CESEDA - Les infractions prévues à l'article L. 622-1 sont punies de dix ans d'emprisonnement et de 750 000 euros
d'amende :
[...] 3. Lorsqu'elles ont pour effet de soumettre les étrangers à des conditions de vie, de transport, de travail ou d'hébergement
incompatibles avec la dignité de la personne humaine.
(9) Article 225-4-1 du Code pénal, modifié par la loi n°2007-1631 du 20 novembre 2007 - art. 22 JORF 21 novembre 2007 : « La traite des
êtres humains est le fait, en échange d'une rémunération ou de tout autre avantage ou d'une promesse de rémunération ou d'avantage,
de recruter une personne, de la transporter, de la transférer, de l'héberger ou de l'accueillir, pour la mettre à sa disposition ou à la disposition
d'un tiers, même non identifié, afin soit de permettre la commission contre cette personne des infractions de proxénétisme, d'agression ou
d'atteintes sexuelles, d'exploitation de la mendicité, de conditions de travail ou d'hébergement contraires à sa dignité, soit de contraindre
cette personne à commettre tout crime ou délit. »
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Jean-Michel FAUVERGUE La face cachée de l’immigration illégale : la traite des êtres humains
clandestin lorsque c’est le cas, représente un atout supplé- certaines conditions, il est envisageable que le migrant
mentaire dans la lutte contre les réseaux 10. Le ministère devienne, temporairement, acteur subalterne de la filière.
de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale Il est souvent constaté que dans les zones d’engorgement,
et du Développement solidaire l’a d’ailleurs rappelé dans des clandestins, pour payer leur passage, assistent les
sa circulaire en date du 5 février 2009. passeurs. Pendant une période donnée, ils réceptionnent
les nouveaux migrants, les conduisent dans les lieux de
Toutefois, si le migrant, en tant que victime, doit être stockage, voire aident à leur traversée.
protégé des filières, ceci ne doit pas se faire au détriment
d’une réflexion quant à sa responsabilité propre au cours Un autre avantage pour le passeur, c’est l’aspect volon-
de son voyage. À la différence des autres trafics (drogue, tariste de sa « marchandise ». Lors de reconduite dans les
arme, etc.), cette « marchandise » génère des caractéristiques pays d’origine suite à des tentatives infructueuses, les
particulières liées à la spécificité de l’activité. La première migrants s’adressent souvent aux mêmes passeurs pour
conséquence porte sur l’aspect autonome du sujet. En tenter à nouveau l’aventure (en s’engageant sur une
raison du renforcement des contrôles policiers, le passeur nouvelle dette).
considère le migrant comme une « marchandise intelli-
gente ». Il n’est pas forcé de l’accompagner tout le long Enfin, en cas de sédentarisation, forcée ou voulue, le
du trajet. Il peut lui donner des instructions : « Rends-toi migrant, qui doit trouver des ressources financières
à tel endroit avec tel document. À ton arrivée, téléphone à tel nécessaires à son séjour, peut devenir, à son tour, un
numéro. Cherche quelqu’un vêtu de telle façon… ». En cas d’in- acteur essentiel et volontaire à l’intérieur même du réseau.
terception, le risque d’interpellation pour le délinquant Les contraintes inhérentes à cette situation ne sont pas
est moindre. Ceci induit une difficulté de travail pour sans évoquer, toutes proportions gardées, le rôle que
l’enquêteur. Le passeur pouvant n’avoir qu’un rôle de tient le consommateur-dealer dans le cadre des filières
contrôle du suivi, entre points de rebond, le client peut de stupéfiants.
devenir le seul lien visible entre les différents acteurs de
la filière. Ces derniers peuvent de la sorte éviter un trop En instrumentalisant son propre passage, le sujet
grand nombre de contacts entre eux et déjouent ainsi les contribue à sa propre « marchandisation ». Il n’est certes
efforts des forces de l’ordre. En outre, ce rapport à l’auto- pas envisageable de l’assimiler, pénalement, à un com-
nomie du sujet peut lui faire jouer un rôle actif dans les plice, toutefois, de par son action, la victime contribue
différentes étapes du voyage, chaque étape pouvant être à l’efficacité de la structure. La dichotomie manichéenne
assimilée à une case d’une sorte de « jeu de l’oie » dans entre victimisation et complicité, en termes d’aide au
lequel le sujet évolue avec des consignes. Il a été constaté voyage, tend alors à s’estomper. Ceci entraîne une réelle
que des filières expliquaient à leurs clients qu’ils devaient difficulté policière quant à l’identification des acteurs de
se faire arrêter par la police d’une zone précise pour la filière et à la détermination de leurs actes.
ensuite être conduits au tribunal. Les migrants ont alors
pour instruction de ne pas s’opposer et d’attendre la sortie Par ailleurs, et contrairement aux idées reçues, le migrant
de l’audience pour retrouver le passeur suivant. De même, a souvent une vision précise de ce qu’il risque d’endurer
dans les zones côtières espagnoles et italiennes, les clan- pour un voyage standard 11. Bien souvent, les migrants
destins savent souvent que s’ils tiennent suffisamment ayant réussi leur exil ont tendance à minimiser, a posteriori,
longtemps dans le centre administratif d’accueil sans que les difficultés rencontrées. Toutefois, l’ampleur du rôle
leur nationalité ait pu être déterminée dans un laps de des diasporas, l’accès aux médias, le développement des
temps donné, ils seront conduits sur le continent, d’où moyens de communications modernes 12 et leurs faibles
ils pourront poursuivre leur route. Incidemment, et sous coûts 13 ont considérablement accru la (fausse) perception
(10) Article L316-1 du CESEDA - Sauf si sa présence constitue une menace à l'ordre public, une carte de séjour temporaire portant la
mention « vie privée et familiale » peut être délivrée à l'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis
à son encontre les infractions visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du Code pénal ou témoigne dans une procédure
pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions. La condition prévue à l'article L. 311-7 n'est pas exigée. Cette
carte de séjour temporaire ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. En cas de condamnation définitive de la personne
mise en cause, une carte de résident peut être délivrée à l'étranger ayant déposé plainte ou témoigné.
(11) Ceci exclut bien évidemment tous les risques de séquestrations et autres atteintes à la personne non envisagés par les migrants.
(12) Aujourd’hui, la quasi-totalité du globe, même dans les zones les plus difficiles, est couverte par un ou des réseaux GSM.
(13) Cartes internationales prépayées, appels téléphoniques par des opérateurs alternatifs à bas coût (environ 1 € de l’heure pour l’Asie),
e-mails, SMS, MSN, téléphonie IP (que se soit entre deux ordinateurs connectés en ADSL, ou en utilisant une connexion ADSL pour
rebasculer vers le réseau téléphonique classique).
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raisonnée des futurs migrants, quant à la réalité à endurer. indignes, reste le principal support de la traite des êtres
Il n’en demeure pas moins que la confrontation au réel, humains exercée envers les migrants clandestins.
souvent à la limite du supportable, reste un élément
constitutif du statut de victime reconnu au migrant.
La fraude documentaire
Le travail clandestin reste, et de loin, l’activité illégale En revanche, on peut parler d’une délinquance générée
la plus liée à l’immigration clandestine, mais il n’est pas, par le monde même de l’immigration illégale. L’activité
en tant que tel, une caractéristique de la criminalité orga- délictueuse au sein de la communauté clandestine chinoise,
nisée. Il reste l’apanage d’entrepreneurs indélicats qui se parmi d’autres, en est la parfaite illustration. L’univers
livrent sciemment à l’embauche et l’exploitation de des individus en situation irrégulière se greffe sur l’arrière-
migrants. Ils ont soit pignon sur rue (restaurants, entre- cour de la communauté légale, dans lequel ils vivent en
prises de gardiennage, de nettoyage, de bâtiment, ateliers quasi-autarcie. Ceci induit alors une criminalité spécifique
de confection), soit agissent de façon plus souterraine et intracommunautaire. En effet, Il a été constaté que des
(atelier non déclaré totalement dissimulé). Le travail groupes délinquants chinois cherchaient à kidnapper et
dissimulé, lorsqu’il est exercé dans des conditions séquestrer des candidats à l’immigration appartenant à
(14) Il est toutefois constaté que des faussaires se livrent également, à leur profit ou celui de la filière, au montage d’escroquerie par faux
documents (inventions d’individus, créations d’entreprises pour ouvrir des comptes, toucher des subventions, obtenir des crédits, etc.).
Cette pratique est assez répandue dans certaines filières issues du sous-continent indien. C’est souvent l’organisateur de la filière qui
en est le principal auteur. Parfois, compte tenu de la taille du groupe, une personne peut être dédiée à cette activité.
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Jean-Michel FAUVERGUE La face cachée de l’immigration illégale : la traite des êtres humains
d’autres filières, lors de leur arrivée en France, dans le Des clandestins nord-africains sont fréquemment inter-
but d’obtenir une rançon auprès de leurs familles restées ceptés et trouvés en possession de cannabis et d’héroïne.
en Chine. De même, les clandestins vivant en France ne Récemment, des migrants indiens ont été contrôlés, alors
pouvant confier leurs ressources à un institut bancaire, qu’ils arrivaient d’Italie, avec, à bord du véhicule, des pilules
des délinquants ont pris pour habitude de les suivre d’exctasy. Enfin, les autorités du Royaume-Uni constatent
jusqu’à leur domicile, où ils les ligotent afin de leur que des migrants vietnamiens sont attendus et conduits en
extorquer leurs biens. L’isolement des migrants, de par la Grande-Bretagne, via la Pologne, l’Allemagne et la France,
barrière de la langue et leur statut illégal, en fait donc des dans l’optique de travailler dans la culture clandestine de
victimes faciles pour la traite des êtres humains. Cependant, cannabis à l’intérieur de pavillons ou d’appartements.
au sein de la délinquance asiatique, les passerelles entre Cependant, l’ampleur de ce phénomène n’a pas, à ce jour,
les « têtes de serpent » et les organisations chinoises tradi- été quantifiée par les services britanniques. La question
tionnelles (de type triade) ne sont pas démontrées à ce qui sous-tend ces pratiques, en termes de traite des êtres
jour. On serait même enclin aujourd’hui à envisager les humains, repose sur l’exploitation de la victime.
structures de l’immigration clandestine chinoise comme
des entités spécifiques autres, ou tout du moins en marge Il reste toutefois envisageable que les secteurs criminels
de la criminalité organisée classique. œuvrant dans le trafic de cigarettes soient plus perméables
au trafic de migrants que ceux issus du milieu du stupéfiant.
Parmi les facteurs favorisant cette convergence, existe le fait
Prostitution et proxénétisme que la revente de cigarettes reste une infraction accessible,
d’origine étrangère et peu pénalisée, pour les clandestins.
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(15) Ceci devrait permettre une fluidification de la coopération policière et une accélération de la réponse judiciaire, évitant notamment
la délivrance excessivement longue et complexe de commission rogatoire internationale.
(16) Le Système d'informations EUROPOL (SIE) est un fichier de travail commun aux 27 pays de l'Union européenne. Son objectif est de leur
apporter un soutien dans leur lutte contre la criminalité transfrontière organisée, dont l’immigration irrégulière. Il offre la possibilité
d'enregistrer, d'exploiter, de visualiser et d'analyser les informations relatives à la criminalité transnationale, permettant aux services
répressifs de coopérer efficacement dans leurs enquêtes, à l'échelle européenne. Il facilite le partage d'informations sensibles en
garantissant sécurité et fiabilité.
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Olivier Pétré-Grenouilleau
Ancien membre de l'Institut universitaire de France, membre de l'Academia Europaea, il a publié ou édité une vingtaine
d'ouvrages sur l'histoire du commerce colonial et des traites négrières. Il enseigne à l'Institut d'études politiques
de Paris (Sciences Po).
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(1) Nous disposerons bientôt d’une somme sur la question, grâce au livre de Roger Botte, L’impossible abolition. L’islam et l’esclavage, à
paraître chez André Versaille éditeur (Bruxelles).
(2) Il faut toujours avoir à l’esprit que discours esclavagiste et abolitionniste se sont construits en se répondant mutuellement, et qu’il est
donc impossible d’en prendre bonne mesure en les analysant séparément. Le fait de présenter les abolitionnistes comme des hommes
mus par des principes abstraits méconnaissant les réalités du monde colonial est un poncif du discours esclavagiste.
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des valeurs, (comme le droit naturel) perçues par leurs L’internationalisme abolitionniste renvoie aussi à la
défenseurs comme ayant une portée universelle. Par manière dont le mouvement s’est initialement concrètement
conséquent, leur application devait l’être tout autant. Il organisé, sous l’effet d’un cosmopolitisme héritier d’une
s’agissait d’étendre « au-delà de la ligne », c’est-à-dire des sorte de République des Lettres, dont l’histoire demeure
tropiques, et, plus généralement de l’Europe occidentale, encore à écrire, mais dont les contours sont tout à fait
les valeurs de liberté qui s’y étaient peu à peu renforcées. clairs. Avant que des associations et des États ne reprennent
Avec, en ligne de mire initiale, l’Amérique coloniale sous vigoureusement le flambeau, le projet abolitionniste fut
influence européenne. Mais la tâche n’était pas encore en effet porté par des individus se considérant en quelque
achevée (le Brésil étant le dernier pays d’Amérique à abolir sorte comme des citoyens du monde. Ce sont des quakers
l’esclavage, en 1888) que les regards abolitionnistes s’étaient américains qui ont influencé des Anglais, des « Suisses »
déjà portés vers le Maghreb, le Moyen-Orient et l’Afrique (à une époque où la Suisse moderne n’existe pas), comme
noire. À l’instar des mouvements missionnaires, l’aboli- Necker ou Clavière, qui ont joué un rôle important dans
tionnisme ne pouvait donc qu’être un projet à dimensions l’abolitionnisme français d’avant 1789, ou encore des
globales. Scandinaves, comme le Suédois Wadström, qui, voyageant
en Afrique, a publié des ouvrages favorables à l’abolition
Certains États ou mouvements furent en la matière de l’esclavage. On sait, aujourd’hui [David, 2008], combien
plus internationalistes que d’autres. Le plus en avant fut, le relais suisse fut ainsi important dans l’acclimatation en
sans conteste, la Grande-Bretagne, véritable fer de lance France des idées britanniques en la matière, ainsi que
d’une croisade mondiale contre la traite et l’esclavage, dans la persistance des idées abolitionnistes entre 1793
alors que des pays comme la France ou la Belgique s’impli- et 1815 : diffusion d’écrits permettant de contourner la
quèrent surtout dans leurs empires coloniaux respectifs, censure (par l’intermédiaire de la société typographique de
et qu’ailleurs, comme aux États-Unis, le combat aboli- Neuchâtel) avant 1789, rôle de la Bibliothèque britannique
tionniste fut parfois essentiellement porté sur la scène suisse entre 1796 et 1815, influence du groupe de Coppet
nationale. En outre, même les États les plus impliqués, autour de Mme de Staël, dont les membres allaient
comme la Grande-Bretagne, ne poussèrent pas forcément ensuite se distinguer au sein de la Société de la morale
la logique interventionniste à son terme en excluant certaines chrétienne, principal organe abolitionniste français sous
régions de leur champ d’action, comme le monde russe. la Restauration. En 1781, après la révolution de Genève,
Est-ce parce que, une fois disparu, l’esclavage y avait été Clavière fuit en Angleterre. Devenu citoyen britannique
remplacé par un servage moins honni, par ailleurs lui- en 1783, il se rend ensuite à Paris, s’implique dans le
même aboli en 1861 3, ou bien parce que les mouvements mouvement révolutionnaire, devient français, abolitionniste
abolitionnistes se sentaient moins « responsables » de la et ministre. Le cas d’Anthony Benezet (1712-1784) est tout
persistance de formes d’exploitation dans cette partie du aussi éclairant. Calviniste français (il est né à Saint-Quentin
monde ? En effet, le sentiment de la faute et du devoir et s’appelait en fait Antoine Bénézet), il émigra d’abord
joua un rôle important dans la rhétorique abolitionniste 4, en Angleterre et y devint quaker, avant de s’installer à
expliquant en partie pourquoi l’abolitionnisme fut Philadelphie, d’y fonder une société anti-esclavagiste et
d’abord dirigé vers les anciennes colonies européennes, de contribuer à la propagation du mouvement aboli-
avant de concerner les territoires dont elle prenait le tionniste en Angleterre.
contrôle, ses zones d’influence et le monde perçu alors
comme « moins civilisé » que les hommes « éclairés » Troisième élément, l’internationalisation de la question
d’Europe se tenaient de devoir conduire vers le « progrès ». abolitionniste fut aussi rendue nécessaire par la persistance
d’une traite illégale. L’idée, il est vrai, était en germe
(3) On notera que le militantisme abolitionniste britannique n’allait pas toujours jusqu’à concerner le travail forcé et certaines formes
d’esclavage pénal, comme ces convicts envoyés en Australie. Peut-être y avait-il quelque hypocrisie, dans ces différenciations, ainsi que
la volonté d’éviter des amalgames dangereux pour l’ordre social, à un moment où les comparaisons entre le sort du prolétariat industriel
et celui des esclaves coloniaux étaient fréquentes. Mais une partie de l’explication réside sans doute également dans la manière dont
la figure de l’esclavage devint progressivement le signe par excellence de l’ignominie et le contraire absolu de l’idée de Liberté. On
remarquera, par ailleurs, que, avec le temps, le champ des formes d’exploitation visées par le combat abolitionniste s’est largement
étendu, parallèlement à l’extension de l’idée de liberté. Phénomène expliquant pourquoi, servitude pour dette, servage, mais aussi
mariage forcé (moyennant une contrepartie versée aux parents, au tuteur ou à toute autre personne ou groupe de personnes) et travail
forcé d’une personne âgée de moins de 18 ans, étaient rangés parmi les « institutions et pratiques analogues à l’esclavage », selon la
« Convention supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage… » adoptée à Genève le 7 septembre 1956.
(4) À ce sujet, cf. Erman (M.), Pétré-Grenouilleau (O.), Le cri des Africains. Regards sur la rhétorique abolitionniste, Houilles, Manucius, 2009,
160 p.
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auparavant. Dès 1784, dans De l’administration des finances, colonies africaines de l’Europe. Des déclarations à
Necker avait en effet indiqué que l’abolition de la traite caractère universel furent aussi faites par l’Organisation
nécessitait une entente internationale et devait s’effectuer des Nations unies après 1945.
simultanément par les diverses nations impliquées, afin
qu’aucune ne puisse avoir l’impression d’être victime des Plusieurs étapes ont ainsi été franchies, en environ deux
agissements des autres. À un moment où les élites françaises siècles. On a commencé par une internationale aboli-
étaient anglophiles, et où le traité de 1786 avait réduit tionniste qui reposait sur des contacts entre des individus,
une partie du contentieux économique entre les deux des sociétés (comme la Société française des Amis des
nations, une coopération franco-anglaise à ce sujet pa- Noirs, fondée en 1788) et des clubs, lesquels, par certains
raissait d’ailleurs tout à fait possible. Le projet d’une ligue aspects, pourraient figurer parmi les ancêtres de nos actuelles
internationale contre « la traite des nègres » réapparut donc ONG. Puis, au XIXe siècle, vint le temps des accords entre
naturellement en 1815, une fois les guerres révolutionnaires différents États. Enfin, avec le XXe siècle, on aboutit à
et napoléoniennes achevées, dans une Déclaration des des textes de portée véritablement mondiale, du fait de
Puissances du 9 juin 1815 annexée à l’acte final du Congrès la mise en place d’organismes à vocation planétaire.
de Vienne. La Grande-Bretagne tenta sans succès de la
mettre concrètement sur pied l’année suivante, à la
Conférence de Londres. Mais c’est surtout la poursuite Abolitionnisme
d’une traite illégale qui poussa à l’interventionnisme. Car
si, officiellement, les États occidentaux abolissaient peu
et droit d’ingérence
à peu le commerce des esclaves, le trafic clandestin par
l’Atlantique se poursuivit de fait jusqu’aux années 1860.
D’une part, parce que l’esclavage ne fut partout aboli Cette internationalisation du combat abolitionniste
qu’après la traite 5, et que la demande en esclaves continua posa rapidement une question cruciale, celle du droit
donc une fois la traite supprimée (d’autant plus que l’éco- d’ingérence. Deux grands cas de figure peuvent être
nomie de plantation esclavagiste connaissait un essor distingués à cet égard : la répression maritime de la traite
spectaculaire à Cuba et au Brésil). D’autre part, parce qu’il illégale, et la lutte contre la traite et l’esclavage à l’intérieur
existait toujours des vendeurs d’esclaves en Afrique. Et du continent africain.
enfin, parce que, devenu illégal et dangereux, le trafic des
esclaves était susceptible de rapporter de plus gros bénéfices. Après l’échec de Londres, et l’impossibilité d’établir
C’est pour mettre fin à ce trafic illégal que la Grande- d’emblée une ligue internationale contre la traite, la
Bretagne s’efforça de faire accepter à nombre de pays le Grande-Bretagne opta pour une stratégie de contournement
principe d’accords bilatéraux permettant, comme on le consistant à multiplier les accords bilatéraux. Ils com-
verra plus loin, à des navires de guerre d’un pays de prenaient toujours au moins deux clauses. La première
contrôler et d’arraisonner légalement des navires de instaurait un droit de visite réciproque permettant aux
commerce battant d’autres pavillons. navires de guerre des puissances signataires de visiter les
navires de commerce de l’autre afin de vérifier qu’il n’y
Enfin, la compétition coloniale, le partage de l’Afrique avait pas d’esclaves à bord. La seconde conduisit à l’éta-
et l’émergence d’institutions internationales contribuèrent blissement de commissions mixtes siégeant dans la colonie
également à mettre la question abolitionniste à l’ordre britannique du Sierra Léone. Les navires négriers saisis
du jour des agendas internationaux. L’acte final de la sur les côtes africaines pouvaient ainsi y être transférés et
conférence de Berlin (1885) enjoignait ses signataires de les capitaines jugés. Sous d’autres formes, le droit de visite
« concourir à la suppression de l’esclavage et surtout de était connu au moins depuis le Moyen Âge. Mais, aussi
la traite des noirs ». Cinq ans plus tard, la question de la bien dans l’ordonnance de Colbert (1681) que dans les
répression du commerce des esclaves faisait l’objet du textes ultérieurs, il se limitait à la vérification des navires
chapitre III de l’Acte général de la Conférence de neutres en temps de guerre. En faire l’instrument de lutte
Bruxelles. Destinée à assurer la sécurité collective entre les par excellence contre la traite illégale revenait à
deux guerres mondiales, la Société des Nations (SDN) introduire une législation exceptionnelle en temps de
fut également saisie à plusieurs reprises de la question de paix, ainsi qu’à restreindre la liberté de circulation sur
l’esclavage, ainsi que de celle du travail dit forcé dans les les mers qui était de fait devenue la doctrine dominante
(5) La Grande-Bretagne interdit la traite à ses ressortissants en 1807, mais n’abolit l’esclavage dans ses colonies qu’en 1833. Après l’éphé-
mère abolition de 1794 (l’esclavage étant rétabli en 1802), la France promulgua divers actes et lois contre la traite (1815, 1818, 1827,
1831), mais ne mit un terme définitif à l’esclavage dans ses colonies qu’en 1848. Le Brésil interdit la traite en 1850, l’esclavage en
1888...
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depuis l’affrontement entre celle de Grotius (mare liberum) de manière plus ou moins différente, tous racontaient la
et celle de Selden (mare clausum), au XVIIe siècle. La même chose, à savoir la persistance et même l’essor de
France ne se résolut à accepter ce droit de visite que sous circuits de traite internes destinés à alimenter l’esclavage
la monarchie de Juillet, par les conventions de 1831 en terre d’islam. Les images de caravanes d’esclaves, de
et 1833, les États-Unis attendant 1842, date à laquelle le routes jonchées de cadavres et d’ossements humains, d’es-
filet répressif sur l’Atlantique devenait véritablement claves abandonnés ou exécutés en route devinrent alors
efficace. des lieux communs, éclipsant les gravures de la fin du
XVIIIe siècle relatives au taux d’entassement des esclaves
C’est à ce moment que, millénaire, le trafic négrier à bord des navires de la traite atlantique. Dépeinte sous un
sur l’océan Indien commença à prendre une ampleur jour particulièrement atroce et barbare, la traite africaine
considérable, avec, notamment, le fort développement de commença à susciter l’indignation, ainsi que des projets
l’économie de plantation à Zanzibar. La Grande-Bretagne d’intervention en terre africaine afin d’y mettre directement
puis la France (elle établit une croisière de répression un terme. C’est à ce moment, en 1888, que, bras droit du
dans la région, en 1858) tentèrent alors d’y exporter les pape Léon XIII, le cardinal Lavigerie et ses pères blancs
techniques usitées contre la traite atlantique. Parallèlement, lancèrent la fameuse « croisade noire », à la tonalité
la question d’interventions directes sur le sol africain parfois anti-islamique 6, en partie afin de rattraper le retard
s’était également posée. Intercepter les navires négriers au des catholiques par rapport aux protestants en matière de
large ou sur la côte ne suffisait pas, en effet, à enrayer le lutte contre l’esclavage. Il est remarquable d’y retrouver
trafic. Des opérations de commandos de marine et de tous les éléments de la rhétorique actuelle en matière de
bombardement eurent donc lieu, dès les années 1820, droit d’ingérence. Et, en premier lieu, l’idée d’une urgente
afin de détruire les « captiveries » du littoral, inaugurant nécessité afin de parer à ce qui s’apparente à une véritable
ce que l’on devait appeler plus tard la politique de la catastrophe humanitaire. Dans ses divers écrits, Lavigerie
canonnière. Il faut néanmoins souligner le fait que cette dresse, en effet, le portrait d’une Afrique noire qui, de
dernière n’était alors perçue comme légitime et efficace « paradis paisible » a été transformée en « enfer », sous
qu’en matière de répression de la traite, et non d’un point l’effet de hordes de « démons » responsables de la mort
de vue politique et commercial. Ancien commandant de la et de la déportation d’environ deux millions de per-
croisière française de répression d’Afrique occidentale, sonnes par an, dépeuplant ainsi des régions entières. À la
E. Bouët-Willaumez écrivait, en effet, en 1848, dans son rhétorique de l’urgence s’associe alors évidemment celle
Commerce et traite des Noirs aux côtes occidentales d’Afrique, d’une ardente obligation pour des chrétiens sommés de
que le canon ne peut que nuire au développement des s’impliquer dans la lutte anti-esclavagiste, en donnant de
relations commerciales. l’argent, en s’enrôlant dans des milices, ou bien en faisant
pression sur les États afin de les pousser à intervenir. Le
Pendant les quatre siècles de la traite atlantique (mi tout au prix d’une renonciation à toute analyse sérieuse
XVe-mi XIXe siècles), mis à part le cas des Portugais en de la situation, à toute tentative visant à comprendre la
Angola, les Européens ne pénétrèrent, en fait, qu’assez nature du phénomène [Pétré-Grenouilleau, 2008]. Dans
peu sur le continent africain. L’essentiel des opérations se les années 1820, condamnant cette fois-ci la traite par
déroulait sur les côtes ou à proximité, par l’intermédiaire l’Atlantique, l’abolitionniste anglais Clarkson était conduit
de courtiers et de souverains africains excellant à maintenir à une rhétorique de même nature, où le manichéisme
leur indépendance. Les Européens n’avaient ni les moyens d’un combat du bien contre le mal se suffisait à lui-
ni la volonté de s’aventurer à l’intérieur du continent, et, même 7.
décimés par les fièvres tropicales, les équipages des négriers
faisaient de leur mieux afin d’écourter la durée de leur Ces diverses actions, sur l’Atlantique, dans l’océan Indien,
stationnement sur les côtes. La fin du XVIIIe siècle (avec ainsi qu’en Afrique, ont-elles conduit à l’émergence d’un
Mungo Park, le premier européen à s’aventurer vraiment véritable droit international à vocation humanitaire, c’est-
à l’intérieur de l’Afrique occidentale, en 1795) vit débuter à-dire d’un ensemble de règles communément admises,
le temps des voyages d’explorations, qui se développèrent fondées sur des principes généraux, applicables par des
au tournant de la seconde moitié du XIXe siècle. L’Europe États de droit afin de régler des contentieux et de faire
découvrit alors véritablement l’Afrique intérieure. Les progresser la lutte contre la traite et l’esclavage ? À cette
récits de voyage étaient à la mode, devenaient rapidement question, la réponse ne peut être que mitigée.
des best-seller, et étaient repris dans la presse populaire. Or,
(6) L’un des textes justifiant cette croisade figure (p. 101-156), avec nos commentaires, dans Le cri des Africains, op. cit.
(7) Cf. Le cri des Africains, p. 41-98, ainsi que l’introduction, p. 9-40.
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D’un côté, les avancées furent considérables. Déclarations, Du côté des limites et des zones d’ombre, l’hypocrisie
conventions et traités en tous genres ont permis de ne fut nullement absente d’un combat mené en faveur des
constituer un véritable arsenal juridique rendant possible droits de l’homme. Au moment où la Grande-Bretagne
des actions d’une réelle efficacité. C’est bien, en effet, la autorisait les Portugais, dont l’économie était sous influence
répression de plus en plus efficace de la traite illégale qui britannique, à poursuivre la traite au sud de l’Équateur
conduisit à l’extinction du trafic sur l’Atlantique dans (là, précisément, où les négriers portugais étaient habitués
les années 1860, à un moment où l’offre et la demande à travailler), elle usait de toute son influence pour que la
en esclaves étaient toujours fortes. Malgré des réticences, France, concurrente plus directe, interdise au plus vite la
des lenteurs et des limites évidentes, la logique juridique traite à ses ressortissants. Les 700 000 signatures rassemblées
et diplomatique joua aussi à plein, notamment celle des par les abolitionnistes anglais à cet effet ne constituèrent
précédents. Et ce, dès la fameuse Déclaration de 1815, donc sans doute pas le seul élément ayant influencé la
souvent présentée comme un document vague sans grande diplomatie britannique. Mais elle ne fut nullement la
importance. C’est en se fondant sur le fait que « plusieurs seule à user d’un double langage. Désireux de s’implanter
des Gouvernements européens » ont déjà « pris la réso- dans le commerce zanzibarite, les Français ne rechignèrent
lution » de faire cesser la traite, que les grandes puissances pas toujours à accepter la francisation de boutres impliqués
s’engagent alors à son « abolition universelle et définitive », dans le trafic négrier, et ce alors même qu’ils participaient
avant d’inviter « tous les autres Gouvernements » à les à sa répression, tout simplement pour paraître moins stricts
« appuyer de leur suffrage ». Chaque avancée en la matière que les Britanniques. En 1880, la saisie d’un boutre battant
fut ainsi utile afin de progresser davantage. De plus, faire pavillon français - le Djamila -, pris en flagrant délit de
accepter le principe du droit de visite à une époque où traite, suscita une vive émotion. Le commandant de la
le heurt entre les États nations occidentaux se renforçait croisière française invita alors les Britanniques à assister
n’était pas une mince affaire. à sa destruction publique par le feu, mais en prenant
bien soin de leur indiquer que le navire, de toute manière,
Il en alla un peu différemment dans l’océan Indien et avait été jugé dans un état d’absolue innavigabilité.
en Afrique, où seule la mainmise coloniale conduisit à la
quasi-disparition de la traite et au recul de l’esclavage. Par ailleurs, s’il est vrai que le droit de visite et la
Non sans ambiguïtés d’ailleurs. Car, sans constituer l’une répression de la traite illégale contribuèrent à ériger la
des grandes causes de la mise sous tutelle de l’Afrique Grande-Bretagne en gendarme des mers de la planète,
noire 8, la rhétorique abolitionniste lui servit d’alibi en renforçant ainsi son hégémonie, il ne faut pas oublier
nourrissant l’idée de la « mission civilisatrice » et éman- que le coût de cette lutte fut relativement élevé. Seymour
cipatrice de l’Europe. En outre, l’esclavage ne fut pas Drescher, l’un des meilleurs spécialistes de la question, l’a
aboli dans les colonies allemandes d’Afrique noire. Par estimé à près de 1,8 % du revenu national entre 1807 et
ailleurs, les colonisateurs ont souvent dû s’appuyer sur 1863, ce qui dépasse de loin la part du PIB allouée
des élites locales afin d’affermir leur pouvoir. Or, une aujourd’hui par les pays de l’Organisation pour la coopé-
partie d’entre elles dépendait de l’esclavage. Lorsque les ration et le développement économiques (OCDE) à l’aide
colons souhaitèrent passer à la phase dite de « mise en au développement, ainsi que les profits que la Grande-
valeur », ils eurent besoin d’une main-d’œuvre locale. Bretagne aurait pu auparavant retirer de sa participation
C’est alors que l’on recourut à ce que l’on nomma, d’un à la traite 9. De la même manière, la résolution proposée
euphémisme, le « travail forcé ». Et pour justifier ce qui par Hutt, en 1850, montre que la politique abolitionniste
s’apparentait parfois à l’esclavage (suscitant des enquêtes n’était pas du goût de tous les parlementaires. Visant à ce
diligentées par la SDN), on avança l’idée selon laquelle que la Grande-Bretagne se retire de tous les traités pouvant
ce travail forcé ressemblait à l’esclavage traditionnel africain la conduire à user de la force, elle l’aurait, en effet, conduite
que l’on s’empressa de qualifier de « doux » ; ce même à se désengager de tous ceux signés afin de lutter contre la
esclavage qui, quelques décennies auparavant, était présenté traite illégale. Des traités pour lesquels elle avait jusque-là
de manière particulièrement sinistre… employé tous les moyens, qu’il s’agisse de compensations
(8) Cf. les diverses contributions dans Pétré-Grenouilleau (O.), From Slave Trade to Empire. Europe and the Colonisation of Black Africa,
1780s-1880s, Londres, Routledge, 2004.
(9) Drescher (S.), The Mighty Experiment. Free Labor versus Slavery in British Emancipation, New York, Oxford University Press, 2002.
Dans ce total, Drescher compte les frais d’entretien du British Squadron sur les côtes d’Afrique, l’indemnité allouée aux planteurs
britanniques lors de l’abolition de l’esclavage dans ses colonies, ainsi que le coût de la préférence ensuite accordée au sucre britan-
nique concurrencé par celui produit dans les territoires américains demeurés esclavagistes. Les chercheurs ont estimé à 1 % du revenu
national la part des profits négriers dans les années les plus intensives de la traite, à la fin du XVIIIe siècle. Maintenant, il est vrai que
ces profits ont été partagés entre les armateurs et les colons, alors que le coût de la politique abolitionniste britannique a été assumé
par l’ensemble des contribuables.
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financières, de pressions diplomatiques ou bien de chan- l’attestent les deux exemples suivants : celui de Zanzibar
tage (nombre de nouveaux pays sud-américains ayant été et celui de la France. Le premier, entre autres sources, est
obligés de les signer en contrepartie de leur reconnais- tiré des mémoires d’Emily Ruete, la fille du sultan, qui
sance comme États indépendants). C’est aussi en coulant épousa un négociant allemand. Cet ouvrage montre l’aga-
des négriers jusque dans les eaux brésiliennes que la cement, voire l’humiliation d’une femme, alors installée
Grande-Bretagne poussa le Brésil à interdire la traite en Allemagne, face à un discours occidental, et notamment
(1850), tout comme elle avait incité le Portugal à prendre britannique, faisant de « l’Orient » un monde archaïque
en main la répression de son trafic illégal, après toute et conservateur, rétif aux idées de liberté et défenseur
une série d’actions de guerre entreprises entre 1839 et inconditionné de l’esclavage. D’où une sorte d’entreprise
1842 (la résolution Palmerston ayant autorisé la marine d’auto-justification conduisant à mettre en avant les
britannique à user de la force contre les négriers portugais, ambiguïtés occidentales, à présenter les abolitionnistes
même sans accord bilatéral de répression avec leur pays). comme de doux rêveurs tricotant des « bas de laine pour
préserver du froid » les habitants des tropiques, et même
Mais ces limites sont-elles si singulières, et les politiques à mettre en avant un droit « universel » à « la tyrannie »
d’ingérence internationale en matière de droits de l’homme [Ruete, 1991]. Ici, comme dans une grande partie du
d’aujourd’hui sont-elles totalement exemptes de considé- monde musulman, l’abolitionniste fut perçu comme une
rations économiques ou géopolitiques ? On peut en douter. idéologie étrangère contre laquelle il convenait de se
Hier comme aujourd’hui, il n’y a pas forcément d’huma- prémunir, de se défendre, de se justifier, et de se démarquer
nitaire « pur ». Ce qui, inversement, ne veut pas dire que si l’on souhaitait la faire avancer. Atout en termes de
la simple présence d’autres éléments pourrait suffire à diffusion, l’internationalisme abolitionniste et l’activisme
discréditer et à invalider tout projet en faveur des droits britannique purent ainsi parfois constituer des obstacles
de l’homme. Hier comme aujourd’hui, le droit d’ingérence en termes d’implantation, conduire à des effets inverses
pour des motifs humanitaires a aussi conduit à des à ceux souhaités, et pousser des populations à se raidir
crispations et des refus. tout en fournissant aux esclavagistes des arguments pour se
défendre. Nul doute que des parallèles pourraient être
établis avec le débat opposant aujourd’hui les défenseurs
De la difficile convergence des droits de l’homme définis comme étant (à juste titre)
universels et ceux qui, plus proches d’une sorte de rela-
entre universalisme des droits tivisme culturel, critiquent les ambiguïtés d’une idéologie
de l’homme et intérêts nationaux présentée comme occidentale, concédant ainsi des alibis
à ceux tendant à minimiser les formes d’exploitation de
l’homme dans le monde non occidental.
De fait, il n’est pratiquement qu’un seul pays où
abolitionnisme et patriotisme marchèrent main dans la Côté français, universalisme des droits de l’homme et
main (non sans obstacles, comme l’a indiqué cet article), idée nationale pouvaient encore assez facilement converger
à savoir la Grande-Bretagne. En 1788, le pasteur James à la fin des années 1780. La perte de Saint-Domingue
Dore pouvait dire à ses fidèles que, en tant qu’hommes, (suite à la révolte des esclaves dont on accusa les aboli-
chrétiens et Britanniques, ils ne pouvaient tolérer la traite. tionnistes d’avoir été la cause, du fait de leurs « propos
Conscients d’appartenir à une grande nation, à une terre incendiaires »), l’assimilation entre abolition de l’esclavage
de libertés, nombre de Britanniques identifièrent l’abo- (1794), Révolution et Terreur, la reprise de la guerre
litionnisme à une valeur nationale, renforçant ainsi la contre l’Angleterre et l’humiliation de la défaite, la Grande
cohésion d’un pays en pleine transformation. C’est, en Nation retrouvant en 1814 ses frontières d’avant la
effet, entre les années 1780 et 1840 que le mouvement Révolution, sans compter la haine nourrie par nombre
abolitionniste anglais fut le plus puissant, au moment où de marins français prisonniers pendant la guerre sur les
la Grande-Bretagne avait perdu ses treize colonies et eut à pontons anglais, figurent parmi les nombreux facteurs
soutenir la lutte contre l’Europe napoléonienne avant de ayant conduit à discréditer la cause abolitionniste au
renforcer peu à peu un rôle mondial qui ne se concrétisa lendemain de Waterloo. Celle-ci fut alors facilement
vraiment qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. présentée par ses détracteurs comme le résultat d’un
Et l’on peut penser que cette coïncidence chronologique complot, ourdi par la Perfide Albion afin d’affaiblir
ne fut peut-être pas entièrement le fruit du hasard. encore davantage la France, tandis que, ayant retrouvé
leur trône grâce aux armées ennemies, les rois de la
Les rapports entre abolitionnisme et « idée nationale » Restauration ne pouvaient totalement acquiescer aux
furent partout ailleurs plus problématiques, comme demandes pressantes de la Grande-Bretagne sans donner
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l’impression de capituler à nouveau devant elle 10. Aussi, de la Grande-Bretagne dans la lutte contre la traite et
fallut-il attendre les débuts de la monarchie de Juillet l’esclavage, qu’une vision plus globale de cette histoire
pour qu’une dernière loi, très sévère, soit promulguée pourra émerger, en liaison avec les juristes. Ainsi, peut-
contre la traite et que la France accepte le principe être sera-t-il possible de savoir un jour plus précisément
britannique du droit de visite. en quoi, par exemple, le droit de visite mis en avant en
matière de répression de la traite illégale a pu ou non
Avant de conclure, il est nécessaire de rappeler combien avoir une influence en matière de droit maritime inter-
le thème ici abordé nécessiterait des études approfondies : national en général. De la même façon, ces études
toute une histoire, passionnante et essentielle, à la fois permettraient de mieux comprendre le droit d’ingérence.
diplomatique et juridique du combat abolitionniste serait, Car ce que la rhétorique abolitionniste montre clairement,
de fait, à écrire. Les études bilatérales, par exemple sur la c’est que, d’un point de vue argumentatif, l’idéologie à la
dimension diplomatique franco-britannique ou brésilienne base de ce droit souvent présenté comme étant très
et britannique de l’abolitionnisme, sont en effet disponi- contemporain 11 remonte, en fait, assez largement à
bles. Mais d’autres seraient à impulser dans une démarche l’époque du combat ayant opposé abolitionnistes et
comparative plus globale. Les sources sont là, massives, défenseurs de la traite et de l’esclavage.
n’attendant que des chercheurs soucieux de s’atteler à la
tâche. Et c’est sans doute du côté des archives britan-
niques, du fait de l’implication quasiment mondiale Olivier PÉTRÉ-GRENOUILLEAU
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RUETE (E.), 1991, Mémoires d’une princesse arabe, Paris, Karthala, 328 p. (p. 237-244, pour le chapitre sur l’esclavage).
(10) Pétré-Grenouilleau (O.), « Abolitionnisme et idée nationale : divorces et compromis, France, 1789-1831 », dans Abolir l’esclavage, op. cit.,
p. 185-206. On lira aussi avec profit, dans le même ouvrage, le bel article de J. Pedro Marques, « Les chassés-croisés de l’abolition-
nisme et de l’idée nationale : Portugal, 1836-1842 », p. 133-148.
(11) Voir l’article méthodologique de Klotz (A.), « Transational Activism and Global Transformations: The Anti-Apartheid and Abolitionist
Experiences », European Journal of International Relations, vol. 8, 2002-1, p. 49-76.
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Jean-Marc Souvira
Commissaire divisionnaire, chef de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) à
la direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ). Il a exercé précédemment les fonctions d’adjoint au chef de
la division des relations internationales (DRI) à la DCPJ. À la préfecture de Police, il a été chargé de l’état-major
de la direction de la Police urbaine de proximité (DPUP), de chef de section opérationnelle à la Brigade de
protection des mineurs (PJ), et de chef des Unités de recherches du Commissariat spécial des réseaux ferrés
parisiens (PJ). Il est l’auteur du roman policier Le Magicien publié au Fleuve Noir en 2008.
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Ce texte a été transposé par la loi du 18 mars 2003 • la convention du 15 novembre 2000 (Protocole de
dans le droit pénal français (Art. 225-4-1), comme suit. Palerme). Ce texte définit en droit international les
« Le fait, en échange d'une rémunération ou de tout autre avantage moyens et les aspects de la traite transnationale des
ou d'une promesse de rémunération ou d’avantage, de recruter êtres humains (recrutement par force, menace ou
une personne, de la transporter, de la transférer, de l'héberger ou tromperie et transfert à des fins d’exploitation
de l'accueillir, pour la mettre à la disposition d'un tiers, même sexuelle, de travail forcé ou de prélèvement d’organe).
non identifié, afin soit de permettre la commission contre cette Il impose aux pays adhérents de prévenir la traite, de
personne des infractions de proxénétisme, d'agression ou d'atteintes punir les trafiquants, de protéger les victimes et de
sexuelles, d'exploitation de la mendicité, de conditions de travail promouvoir la coopération internationale ;
ou d'hébergement contraires à sa dignité, soit de contraindre
cette personne à commettre tout crime ou délit ». Le législateur • la convention du 16 mai 2005 du Conseil de l'Europe
a inséré par la loi du 20 novembre 2007 les termes « à sa (Convention de Varsovie) 3 est une valeur ajoutée au
disposition ou » pour permettre la répression du recruteur- protocole additionnel de Palerme. Elle complète la
exploiteur. définition et la répression de la TEH en mettant
l’accent sur la protection et la prévention des victimes.
La traite des êtres humains est punie de sept ans d'em- Elle oblige les États à mettre en place ou à renforcer
prisonnement et de 150 000 euros d'amende, la sanction la coordination entre les différentes entités chargées
peut être aggravée (Art. 225-4-2 à 225-4-4 du Code pénal) de lutter contre la TEH. Le 17 octobre 2007, le Conseil
(1) Le Protocole de Palerme est entré en vigueur le 25 décembre 2003. 117 États l’ont signé.
(2) La convention du 2 décembre 1949 est entrée en vigueur le 25 juillet 1951. Elle a été ratifiée par la France le 19 novembre 1960.
(3) La convention de Varsovie est entrée en vigueur le 1er février 2008. Elle a été ratifiée par l’Albanie, l’Arménie, l’Autriche, la Belgique,
la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, Chypre, le Danemark, l’Espagne, la France, la Géorgie, la Lettonie, le Luxembourg, la
Moldavie, le Monténégro, la Norvège, la Pologne, le Portugal, la Roumanie, la Serbie, la Slovaquie.
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de l’Europe a mis en place le GRETA (groupe d’ex- Cependant, force est de constater que dans ces établissements,
perts sur la lutte contre la TEH) composé de treize ce sont de jeunes femmes venues le plus souvent des pays
experts indépendants qui ont été élus au mois de d’Europe de l’Est ou d’Afrique qui les occupent, et non
février 2009. Ce groupe est chargé de veiller à la des autochtones. Ces prostituées étrangères n’y viennent
mise en œuvre de la Convention de Varsovie par les pas de manière isolée, spontanée, ou de plein gré. En
Parties. règle générale, ce sont les réseaux de TEH qui conduisent
ces jeunes femmes vers ces « commerces », et, de ce fait,
Mais la lutte contre cette forme d’esclavage moderne les « chefs » de réseaux ont un statut de commerçant !
est rendue plus difficile dans la mesure où les pays, dits
de destination, ne possèdent pas les mêmes approches Des associations d’aides aux victimes dénoncent le
du phénomène et n’ont donc pas des systèmes juridiques recours au permis de travail, par les « gérants », qui léga-
identiques. Cela empêche une réelle coopération policière lise l’entrée des « employées étrangères » dans l’Union
internationale. La lutte contre les réseaux serait plus effi- européenne, créant de facto une migration volontaire pour
cace si les États mutualisaient leurs efforts et harmonisaient le travail sexuel. En 2001, les Pays-Bas ont obtenu que la
leurs législations. À ce jour, l’essentiel de la répression Cour de justice européenne reconnaisse la prostitution
s’opère à l’intérieur des frontières de chaque pays, même comme une activité économique permettant la délivrance
si on assiste à une légère amélioration de la coopération d’un permis de travail.
policière.
Depuis peu on assiste, sinon à un revirement profond,
mais à une limitation de ces pratiques notamment aux
Encadrement juridique de Pays-Bas. Le fameux « quartier rouge » d’Amsterdam voit
de plus en plus de vitrines qui se ferment, et il en est de
la prostitution au niveau mondial même dans d’autres villes. La Belgique vient de mettre
fin aux baux d’une cinquantaine de ces établissements
La prostitution est définie par un décret du 5 novembre qui prospéraient dans le vieux quartier de Liège. Prise de
1947 comme « l’activité d’une personne qui consent habituellement conscience tardive ? Plutôt le constat que les vitrines et
à des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d’individus autres « maisons closes » générant des profits très im-
moyennant rémunération ». Trois grands régimes juridiques portants, entraînent des troubles à l’ordre public. Qui
coexistent dans le monde, ils reflètent les divergences dit argent, dit trafics de toute nature avec l’implantation
d’appréciation de la prostitution, et, de ce fait, rendent de la criminalité organisée. C’est ainsi que le blanchiment
difficile la coopération policière. d’argent, les trafics de stupéfiants et d’armes se sont
développés, drainant une population qui a conduit les
autorités à limiter les bars, vitrines et autres commerces
Le prohibitionnisme : livrant des femmes à la prostitution.
la prostitution est interdite
C’est le cas notamment aux USA, à l’exception de
L’abolitionnisme
l’État du Nevada, en Russie, en Chine et en Algérie. (de la réglementation)
Toutefois, dans la réalité de ces pays, les prostituées
y sont très nombreuses et les clients poursuivis. La France applique une politique abolitionniste en
matière d'encadrement de la prostitution depuis la rati-
fication, le 19 novembre 1960, de la Convention inter-
Le réglementarisme : nationale pour la répression de la traite des êtres humains
la prostitution est un métier et de l’exploitation de la prostitution d’autrui adoptée
par l’ONU le 2 décembre 1949. Les principes en sont
réglementé comme un autre l'abolition de toute réglementation et de fichage des
prostituées, une répression sévère à l'égard des trafiquants
Les prostituées sont assimilées à des travailleurs du et la prévention de la prostitution. C’est également cette
sexe. En Europe, ce sont notamment les Pays-Bas, politique qui est appliquée en Italie et en Espagne, mais
l’Allemagne et la Suisse qui en sont les tenants. Les « maisons avec plus ou moins de sévérité.
closes », les vitrines, où les femmes sont exposées pour les
clients, sont de simples commerces. Ces pays voient dans La législation française ne réprime la prostitution que
ce système, une façon de limiter l’influence des réseaux. si elle trouble l’ordre public. Le client n’est poursuivi que
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s’il a recours aux prestations d’un mineur ou d’une est de constater que la TEH à des fins d’exploitation
personne vulnérable qui se livre à la prostitution. Le sexuelle est devenue un phénomène planétaire amplifié
proxénète est sanctionné en fonction de la gravité des par la mondialisation.
faits (de sept ans à la réclusion criminelle à perpétuité)
quelle que soit la forme d’exploitation : avec ou sans
violence, de manière directe ou indirecte, avec ou sans le Un phénomène planétaire
consentement de la victime.
L’évolution depuis
Proxénétisme et TEH : le début des années 1990
deux infractions distinctes
et complémentaires La TEH à des fins d’exploitation sexuelle a connu
deux grandes évolutions. La première, au début des
années 1990. L’effondrement du système communiste et
En matière d’exploitation de la prostitution, il ne peut l’implosion des structures sociales de ces pays ont vu
exister de TEH sans proxénétisme démontré. En revanche, l’arrivée massive de jeunes Slaves sur les trottoirs des pays
le proxénétisme est une infraction qui peut être relevée de l’Europe de l’Ouest, « encadrée » par des groupes
sans la démonstration de la TEH. Il faut toujours avoir criminels. La seconde, à partir des années 1995 avec la
présent à l’esprit que l’infraction de TEH se situe en montée en puissance de l’espace Schengen où les pays
amont du proxénétisme. adhérents sont passés progressivement de cinq à seize
aujourd’hui. L’espace Schengen, qui est une zone sans
En général, les procureurs de la République préfèrent frontière intérieure facilitant la circulation des personnes
retenir, dans un premier temps, l’infraction de proxéné- et des biens, permet aussi aux réseaux liés à la criminalité
tisme aggravé quitte, en fonction des éléments d’enquête organisée de se déplacer très facilement, même si les services
recueillis, à la compléter par la qualification de TEH de police possèdent des capacités étendues dans la coo-
aggravée (225-4-2 à 225-4-7 CP). Cependant, à pénalités pération opérationnelle.
identiques, la qualification de proxénétisme aggravé (225-7
à 225-12 CP) est actuellement privilégiée compte tenu de La France, qui comptait environ 80 % de prostituées de
la simplicité de la démonstration juridique et de la nombreuse nationalité française et 20 % d’étrangères à la fin des
jurisprudence. Néanmoins, la qualification de TEH (à années 1980, a vu ce pourcentage s’inverser progressivement
des fins de proxénétisme) commence à être prise davantage pour être maintenant de 75 % de prostituées étrangères
en compte, mais toujours en complément de l’infraction et 25 % de nationalité française. La France n’est pas un
de proxénétisme aggravé. Pour les enquêteurs, cette dualité cas isolé, puisque la problématique est la même dans tous
de qualification ne change en rien les méthodes d’enquête, les pays ouest-européens. Après l’arrivée des prostituées
ces deux infractions peuvent entraîner quatre jours de des pays de l’Est, ce sont maintenant les réseaux africains
garde à vue puisqu’il s’agit de criminalité organisée. et chinois qui s’implantent.
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En revanche, d’autres pays, (l’Allemagne notamment), En revanche, d’autres jeunes femmes des pays de l’Est
attendent que la prostituée dépose une plainte pour com- agissent en connaissance de cause et acceptent d’aller en
mencer l’enquête. Mais il n’est pas aisé pour une victime Europe pour se prostituer. Alors qu’elles pensaient pouvoir
de la traite de quitter son lieu de prostitution pour se gagner facilement de l’argent et faire vivre leurs familles
rendre dans un service de police. Ce qui fait dire à certains restées au pays, elles découvrent leurs conditions de vie
qu’il n’y a pas de réseau de TEH dans leur pays, puisqu’il précaires, la dangerosité et l’absence de gains pour elles-
n’y a pas de dépôt de plainte. mêmes.
Ce sont essentiellement les réseaux bulgares et roumains Au mois de février 2008, à l’occasion du démantèlement
qui sont les plus actifs. Ils emploient fréquemment la d’un réseau nigérian, l’Office central pour la répression
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de la traite des êtres humains (OCRTEH) a expérimenté • soutenir l'effort des pays africains dans l'identification
une approche originale d’enquête pendant la phase des de leurs ressortissants impliqués dans la traite des
interpellations et des auditions. Durant ces opérations, êtres humains ;
un officier de police du Nigeria appartenant au National
Agency for the Prohibition of Traffic in Persons (NAPTIP), qui • adopter des accords bilatéraux renforcés entre les
est le service avec lequel l’OCRTEH entretient de nombreux États membres de l’Union européenne et les pays
contacts, a été présent pendant toutes les opérations. Le d’Afrique afin de faciliter la coopération ;
but était de faire en sorte que les jeunes prostituées se
sentent en confiance avec un de leur compatriote, qu’elles • renforcer les programmes d’action de protection de
décrivent les cérémonies « d’envoûtement », leur recrute- victimes et, par là même, contribuer à la lutte contre
ment, et les moyens empruntés pour arriver dans l’Union les réseaux.
européenne. Malgré cette approche, les jeunes femmes
n’ont pas voulu parler. De l’aveu du policier enquêteur du Enfin, ce séminaire a été aussi l’occasion de mettre en
NAPTIP, elles craignaient davantage de rompre le serment évidence les voies de communications identiques em-
avec le « sorcier » que de parler avec des policiers. pruntées par les réseaux de TEH (exploitation sexuelle,
immigration illégale ou travail illégal). Les passeurs trans-
Ce particularisme des réseaux africains a conduit, pendant portent indifféremment des victimes de la traite dans
la présidence française de l’UE, la direction centrale de l’Union européenne, en provenance d’Asie, d’Afrique, de
la Police judiciaire à organiser un séminaire sur la TEH Moldavie, d’Ukraine, etc. Les ressortissants bulgares et
d’origine africaine à des fins d’exploitation sexuelle. roumains disposent maintenant de facilités de déplacement
L’objectif était de réunir les principaux pays « source » puisque, désormais, ils font partie de l’Union européenne.
(Nigeria, Cameroun, Ghana) et les pays de destination,
la France et ses voisins (Espagne, Italie, Belgique, Allemagne, Après avoir exposé quels étaient les principaux pays à
Royaume-Uni, Pays-Bas) pour tenter d’établir une politique l’origine de la traite, il convient également de préciser les
commune de lutte contre les réseaux. On peut considérer différentes manifestations de la prostitution. En effet, la
que ce séminaire a été le premier du genre à exposer cette prostitution revêt plusieurs formes selon l’évolution des
préoccupation et à proposer des actions concertées des mœurs, des sociétés, les demandes des clients et l’argent que
services de police judiciaire des pays européens (pays de certains d’entre eux sont prêts à y consacrer. Les services de
destination). Cependant, les différentes appréciations que police doivent également adapter leurs manières de
portent nos voisins sur la prostitution ainsi que l’absence travailler pour lutter efficacement contre ces réseaux.
d’accords de coopération renforcée entre « pays source »
et « pays de destination » limitent la portée des conclusions
de ce séminaire.
La prostitution visible
Néanmoins un consensus s’est dégagé sur les mesures Il s’agit de la plus connue, dite de voie publique, que
à adopter, en soulignant la nécessité de poursuivre le plan l’on retrouve dans les villes, mais aussi dans leurs péri-
d’action européen (2005) qui recense toutes les actions phéries ou sur les routes nationales. C’est la prostitution
que chaque pays doit mettre en œuvre en fonction de sa la plus importante en France. Bulgares, Roumaines côtoient
législation : Nigérianes, Camerounaises, Ghanéennes, Chinoises.
• participer au groupe de travail « pays sources et pays Elle est de loin la plus pratiquée par les Chinoises, sur-
de destination » qui va être mis en place par l’OIPC- nommées « les marcheuses », parce qu’elles ne restent pas
Interpol (International Criminal Police Organization - en position statique sur le trottoir, mais se déplacent,
ICPO-Interpol) pour favoriser la lutte concertée contre allant au-devant des clients potentiels. Cette prostitution
les réseaux de TEH ; est le fait de femmes provenant majoritairement de la
région du nord-est de la Chine en récession économique.
• participation active au fichier d'analyse « Phoenix » Ces femmes laissent souvent leur famille pour tenter leur
d'Europol qui sera étendu à la prostitution africaine ; chance dans les pays occidentaux. Elles entrent en clandes-
tinité dans l’Union européenne, travaillent à la tâche pour
• recourir à la création d'équipes communes d'enquête les restaurants asiatiques ou dans des ateliers de confection.
judiciaire entre pays de destination qui constituent Très vite, elles vont rejoindre le milieu de la prostitution,
un moyen de lutte efficace contre les réseaux inter- pour pouvoir rembourser le coût de leurs passages, avant
nationaux ; d’espérer envoyer de l’argent à leur famille.
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Ces femmes, âgées d’environ 40 ans, débutent tardivement à des proxénètes. Dès qu’elles le peuvent, elles quittent les
dans la prostitution. En règle générale, elles se regroupent réseaux et repartent dans leurs pays d’origine, l’Amérique
pour louer un studio servant de lieu de rencontre avec les du Sud ou l’Europe, mais d’autres prennent bien vite la
clients. La difficulté d’évaluer le fonctionnement de ces relève, toujours attirées par « ce qui brille ».
organisations, et de pouvoir y apporter à la fois une
réponse répressive et assurer la protection des victimes,
est essentiellement due à la barrière de la langue. Ce sont Les moyens de lutte
davantage des dialectes régionaux qui sont utilisés, plutôt
que la langue officielle, le mandarin. Le début des années
contre la TEH à des fins
2000 a vu la montée en puissance régulière et constante d’exploitation sexuelle
de la prostitution en provenance de Chine, qui est, pour
l’instant, uniquement observée à Paris.
Il faut souligner que la France est moins touchée que
les autres pays européens. Les chiffres sont souvent sources
La prostitution discrète d’interprétation, mais il est parfois utile de s’y référer. Il
y a entre 15 000 et 18 000 prostituées en France, environ
Celle qui a tendance à se développer. Elle a lieu dans 20 000 aux Pays-Bas (mais qui comptent 17 millions
des appartements, dans des salons de massages ou via d’habitants), environ 85 000 au Royaume-Uni et en Italie,
Internet pour diffuser les annonces. Ce ne sont pas les et plus de 300 000 en Espagne et en Allemagne. Comment
mêmes jeunes femmes que celles qui exercent dans la rue. expliquer de tels écarts ? Les différents systèmes juridiques,
Les Ukrainiennes, les Russes et les Bulgares font usage les coutumes sont souvent mis en avant pour interpréter
d’Internet. Mais la prostitution ayant pour vecteur ces données. En France, les textes de loi qui répriment la
Internet n’est pas propre à la France, c’est un phénomène TEH et le proxénétisme, l’action des services de police et
mondial qui touche tous les pays, y compris le plus de gendarmerie, et le travail des associations expliquent
pauvre d’Europe, la Moldavie, où les agences d’escortes 4 que ce phénomène est relativement contenu.
sont très nombreuses.
(4) Des prostituées qui accompagnent le client, en général des hommes d’affaires. Elles sont recrutées essentiellement sur des sites
internet spécialisés, dont les administrateurs ne sont pas en France. Très peu exercent « en indépendante ». Ces sont généralement des
Slaves.
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de données est renseignée. Elle permet d’observer les la gendarmerie nationale implantés sur le territoire national
déplacements des prostituées d’une ville à l’autre et dans les affaires longues et complexes nécessitant des
d’apporter une réponse judiciaire adaptée. C’est ainsi que investigations à l’étranger.
deux réseaux ont été démantelés fin 2008 en observant le
départ de prostituées roumaines de Toulouse sur Bordeaux. De même, il existe naturellement une complémentarité
Il était évident qu’une dizaine de prostituées ne pouvaient avec les services financiers de la DCPJ, et notamment
pas changer spontanément de ville, du jour au lendemain, l’Office central pour la répression de la grande délinquance
sans être « encadrées ». Cette cartographie est à la disposition financière (OCRGDF) pour traquer les flux financiers
de tous les services qui contribuent à son alimentation. générés par les trafics. De plus en plus souvent, l’Office
central de lutte contre la criminalité liée aux technologies
L’OCRTEH est un service de police judiciaire qui n’a pas de l’information et de la communication (OCLCTIC)
d’équivalent en Europe. En effet, lorsque ce service a été créé apporte son expertise technique à l’occasion des déman-
en 1958, la TEH concernait essentiellement l’exploitation tèlements des réseaux internationaux. En effet, ordinateurs
sexuelle. La montée en puissance de l’immigration et du et téléphones portables, appareils photos numériques font
travail illégals, ainsi que de la pornographie enfantine, qui partie de la panoplie de tous les réseaux criminels. Ils
sont d’autres formes de TEH, a conduit à la création de ont besoin d’avoir avec eux l’ensemble de leurs données
trois autres services spécialisés : qui sont cryptées. C’est là qu’interviennent les enquêteurs
spécialisés en criminalité informatique qui vont faire
- l’Office central pour la répression de l’immigration « sauter » les verrous technologiques facilitant la pro-
irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre (OCRIEST), gression de l’enquête par les autres services.
créé par le décret n° 99-691 du 6 août 1996. Ce service
est dirigé par la Police nationale, direction centrale Dans ce contexte, les quatre jours de garde à vue dont
de la Police aux frontières (DCPAF) ; disposent les enquêteurs luttant contre la criminalité
organisée permettent de fournir au magistrat instructeur
- l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI) un nombre important d’informations. Les articles 706-73
décret n°2005-455 du 12 mai 2005. Ce service est dirigé et suivants du Code de procédure pénale applicables à
par la Gendarmerie nationale ; la criminalité et à la délinquance organisées accordent
davantage de pouvoirs aux services enquêteurs (écoutes
- l’Office central de la répression des violences aux téléphoniques en enquête préliminaire, sonorisation des
personnes (OCRVP), créé à la direction centrale de la véhicules et des appartements, infiltration etc.).
Police judiciaire (DCPJ) par le décret n° 2006-519 du
6 mai 2006. Une de ses missions, en matière de lutte Ainsi, l’association des compétences des services PJ permet
contre la TEH, est celle qui concerne les affaires de de lutter contre toutes les facettes d’un même réseau et de
pédopornographie (pornographie enfantine sur Internet) saisir l’ensemble des avoirs criminels générés par la traite.
et le domaine du tourisme sexuel. Une affaire récente traitée par l’OCRTEH et l’OCRGDF
(avril 2009) illustre cette complémentarité. Une équipe
C’est cette grande spécialisation qui conduit les services commune d’enquête 5 judiciaire a été signée en octobre
de police à rester centrés sur leurs missions. Chacun adopte 2008 par des magistrats français et belges. Cette enquête,
les meilleures pratiques et développe une stratégie ciblée la première en Europe, portait sur un réseau de TEH
contre les réseaux. dirigé par un français et ayant des « maisons closes » en
Belgique où soixante Roumaines avaient été livrées à la
L’OCRTEH lutte contre les réseaux de TEH liés à la prostitution. L’équipe conjointe franco-belge a permis de
criminalité organisée avec les moyens dévolus aux services neutraliser ce réseau et de saisir les avoirs obtenus par les
de police judiciaire, surveillances, photographies et films gains illicites. Environ 3 millions d’euros, en numéraire,
des surveillances, filatures, écoutes téléphoniques des biens immobiliers et bateau ont ainsi été saisis.
téléphones fixes et portables, et bien sûr, les interpellations
et auditions des mis en cause. L’OCRTEH s’associe aux L’OCRTEH porte une attention toute particulière aux
services de police judiciaire, de la sécurité publique et de pays à l’origine de la traite ayant pour cible la France
(5) Art.695-2CPP alinéa 1 : « Avec l’accord préalable du ministre de la justice et le consentement du ou des autres États membres concernés,
l’autorité judiciaire compétente peut créer une équipe commune d’enquête, soit lorsqu’il y a lieu d’effectuer, dans le cadre d’une
procédure française, des enquêtes complexes impliquant la mobilisation d’importants moyens et qui concernent d’autres États membres,
soit lorsque plusieurs États membres effectuent des enquêtes relatives à des infractions exigeant une action coordonnée et concertée
entre les États membres concernés ».
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(Roumanie, Bulgarie, Nigeria, Cameroun). Des actions tous les réseaux européens. Depuis le séminaire de mai
de formation et de sensibilisation sont effectuées auprès 2008, « Phoenix » a été étendu aux réseaux africains.
des services de police et de justice de ces pays. Des accords
de coopération renforcée ont été signés avec la Roumanie Europol est également confronté à la disparité des
et la Bulgarie en 2002, permettant aux services français législations nationales sur la TEH à des fins d’exploitation
des échanges d’informations plus rapides. Ils ont pour sexuelle, qui est un obstacle à la coopération opérationnelle.
objectif, plus particulièrement, de : Les résultats en matière de TEH – immigration illégale –
sont plus probants, parce qu’il existe un consensus entre
- réprimer plus efficacement les pratiques mafieuses les divers pays européens dans l’appréciation de cette
afin de dissuader les candidats à l'installation irrégu- infraction et les moyens de lutte à mettre en œuvre.
lière en France ;
Interpol
- prendre en charge les victimes des trafics que sont les
enfants, afin qu'ils échappent à leur condition de La plus ancienne des enceintes de la coopération inter-
« main-d'œuvre délinquante » ; nationale compte 187 États membres. Elle regroupe les
pays « source » et les pays « de destination ». Interpol
- mieux contrôler la frontière, avec le soutien de leurs possède la capacité à réunir ces pays et à proposer des
partenaires de l'Union européenne qui constitue le actions communes. Interpol a initié le projet « Red routes »
premier point d'entrée dans la zone Schengen ; en 2004. Il s’agit d’un rapport stratégique sur la traite
des femmes originaires d'Europe de l'Est. Il porte sur
- démanteler les filières criminelles d'immigration clan- l'étude effectuée, de 2004 à 2007, de 569 cas de TEH à des
destine et de traite des êtres humains. fins d’exploitation sexuelle transmis par les services de
police européens, ou signalés par des ONG. L'OCRTEH
a activement participé à ce projet en transmettant les
Une indispensable coopération informations concernant les 69 réseaux originaires des
policière internationale pays de l'Est démantelés en France pour les années 2004
à 2006.
Il est illusoire de vouloir lutter efficacement contre ces
réseaux si l’action n’est entreprise qu’à l’intérieur des Au travers de l’analyse de ces cas, Interpol souhaitait
frontières de chaque État. Cependant, les agences de coo- donner une vue d’ensemble sur les personnes trafiquées
pération internationale tentent, avec plus ou moins de (origine, recrutement, etc.), les lieux d’exploitation, les
succès, de stimuler cette coopération. structures et modes opératoires des organisations crimi-
nelles. Dans ses conclusions, le rapport a confirmé ce
Europol que les services répressifs organisés connaissaient. Les
victimes livrées à la TEH à des fins d’exploitation
sexuelle sont le plus souvent recrutées de force, par la
Les 27 pays de l’Union européenne y participent. L’of- violence ou la contrainte. Elles sont âgées de 18 à 26 ans
fice européen de police organise des réunions d’experts et sont originaires de Roumanie, Biélorussie et Bulgarie.
et encourage les pays à mettre en commun leurs rensei- Les trafiquants proviennent de Roumanie, Bulgarie et
gnements dans des fichiers de synthèses pour effectuer des Albanie. Les sommes générées par le trafic sont transférées
analyses et des recoupements. Dix-huit fichiers d’analyse par des sociétés spécialisées dans les mouvements financiers
qui recouvrent la plupart des thématiques liées à la cri- internationaux (Western-Union ou Moneygram) vers les
minalité organisée sont actuellement ouverts. Seuls les pays pays où sévissent les organisations criminelles.
qui participent à l’alimentation d’un fichier d’analyse
peuvent obtenir communication des informations qui s’y L’Union européenne n’est pas restée inactive
trouvent afin de mutualiser leurs actions avec les autres
pays touchés par un même phénomène criminel.
La plupart des 27 pays ayant adhéré à l’Union euro-
Les renseignements concernant la TEH à des fins péenne ont intégré, dans leur droit positif, les équipes
d’exploitation sexuelle ont tout d’abord été structurés communes d’enquêtes et le mandat d’arrêt européen :
dans le fichier « Maritsa » qui ciblait uniquement les réseaux
bulgares. Ce fichier n’ayant pas obtenu les résultats - Les équipes communes d’enquêtes (ECE) : instaurées
escomptés a été fermé. Lui a succédé « Phoenix », qui se par la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004, les équipes
veut plus large puisque figurent les renseignements sur communes d’enquête permettent à au moins deux
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pays de l’UE de travailler ensemble sur un même la protection judiciaire dans l’hypothèse où elles seraient
groupe criminel 6. La France a signé la première ECE menacées en cas de retour dans leur pays d’origine. La
européenne, en matière de TEH, avec la Belgique en mise en œuvre de ce texte est encore trop récente pour
octobre 2008, qui s’est conclue en avril 2009 par un que des conclusions puissent en être tirées.
large succès (cf. supra).
C’est dans ce contexte que l’OCRTEH entretient un
- Le mandat d’arrêt européen : il a supprimé les règles partenariat avec les associations qui assistent et aident les
de l’extradition au sein de l’UE. Les pays peuvent victimes de la TEH et du proxénétisme. Le travail de
remettre les personnes recherchées, y compris leurs l’OCRTEH n’est donc pas uniquement répressif. Les
nationaux, à l’État requérant dans un délai très court, associations sont d’ailleurs parfois les premières à détecter
de 40 jours environ. Ce titre juridique a permis, l’arrivée, sur la voie publique, de nouvelles prostituées
notamment à la France, de se faire remettre, en 2007, étrangères.
les responsables de réseaux Bulgares ou Roumains
pour y être jugés. Pour terminer cet état des lieux, il convient d’insister,
tout particulièrement, sur l’accroissement de la traite des
êtres humains. Tout concourt à son expansion. Nombreux
Partenariat avec les associations sont les pays en Europe de l’Est, en Afrique, en Asie, sur
le continent sud-américain dont les économies sont
La circulaire du ministère de l’Immigration, de l’Inté- faibles et la perspective de travail pour les personnes sans
gration, de l’Identité nationale et du Développement qualification professionnelle nulle. À cela, il faut ajouter
solidaire, dite « circulaire Besson » du 5 février 2009, rejoint la corruption de tous les pans de ces sociétés et des
la directive 2004/81/CE du Conseil de l'Union européenne organisations criminelles puissantes dont le trafic d’êtres
du 29 avril 2004 relative au titre de séjour délivré humains est une des principales ressources.
notamment aux ressortissants de pays tiers, victimes de
la TEH, qui coopèrent avec les services répressifs en Les pays « de destination » ne peuvent pas trouver la
échange d'un titre de séjour temporaire délivré par les réponse, seuls, à l’intérieur de leur frontière, alors que de
préfectures. Cette circulaire vient clarifier les conditions grands espaces européens sans frontière se dessinent.
d’application du décret n° 2007-1352 du 13 septembre Tous les pays s’accordent à dire que la traite des êtres
2007, qui a notamment créé l’article R316-1 du Code humains est un des fléaux des temps modernes. Mais
de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sans coopération opérationnelle internationale, il est vain
(CESEDA) 7, et qui prévoit qu’à l’occasion de leur audition de vouloir lutter contre des organisations criminelles
par les services de police ou de gendarmerie, les personnes mouvantes qui se déplacent sans cesse de pays en pays,
se disant victimes de TEH ou de proxénétisme sont échappant pour les plus structurées d’entre elles, à la
informées de leurs droits afin qu’elles puissent demander répression. Les empilages de conventions internationales,
le bénéfice du délai de réflexion, soit déposer plainte ou de textes législatifs, les grandes déclarations de principe,
témoigner pour qu’une procédure judiciaire soit engagée. ne suffisent pas à enrayer ce phénomène. La lutte contre
Il leur est également possible de solliciter le bénéfice de la traite des êtres humains, comme d’ailleurs toutes les
(6) La France est l’un des pays de l’Union européenne qui a signé le plus grand nombre d’ECE (21 sur une quarantaine d’ECE signées par
les États membres).
(7) Art. R316-1 CESEDA « Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d’éléments permettant de considé-rer qu’un étranger,
victime d’une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles
225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du Code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de
témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l’informe :
1°) De la possibilité d’admission au séjour et du droit à l’exercice d’une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l’article L631-1.
2°) Des mesures d’accueil, d’hébergement et de protection prévues à la section 2 du présent chapitre.
3°) Des droits mentionnés à l’article 53-1 du Code de procédure pénale, notamment de la possibilité d’obtenir une aide juridique pour
faire valoir ses droits.
Le service de police ou de gendarmerie informe également l’étranger qu’il peut bénéficier d’un délai de réflexion de trente jours, dans
les conditions prévues par l’article R316-2 du présent code, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d’admission au séjour
mentionnée au deuxième alinéa.
Ces informations sont données dans une langue que l’étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre
en confiance et d’assurer sa protection.
Ces informations peuvent être fournies, complétées ou développées auprès des personnes intéressées par des organismes de droit privé
à but non lucratif, spécialisés dans le soutien aux personnes prostituées ou victimes de la traite des êtres humains, dans l’aide aux mi-
grants ou dans l’action sociale, désignés à cet effet par le ministre chargé de l’action sociale »
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enquêtes portant sur la criminalité organisée transnationale, différents trafics (stupéfiants, faux papiers, blanchiment
représente un coût financier important. Les investigations d’argent, etc.), et alimenter la corruption. De ce fait, les
sont complexes, longues et nécessitent le recours en pays à l’origine de la traite sont limités pour apporter
permanence à des interprètes et des traducteurs. une réponse satisfaisante à ce phénomène. Aussi, à défaut
de pouvoir agir en profondeur dans les pays « sources »,
Les organisations de coopération, comme Interpol et il convient de mutualiser les efforts et les moyens des
Europol, ont parfaitement compris les enjeux planétaires pays « de destination ».
que sous-tend le déplacement de personnes dans des
réseaux de traite des êtres humains, à des fins d’exploitation
sexuelle, d’immigration illégale ou de travail illégal. En
effet, les organisations criminelles disposent de moyens
financiers importants leur permettant d’investir dans les Jean-Marc SOUVIRA
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