Rhei 3185
Rhei 3185
Le Temps de l'histoire
12 | 2010
Autour de l’enfant : la ronde des professionnels
Pascale Quincy-Lefebvre
Édition électronique
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DOI : 10.4000/rhei.3185
ISBN : 978-2-7535-1651-9
ISSN : 1777-540X
Éditeur
Presses universitaires de Rennes
Édition imprimée
Date de publication : 30 novembre 2010
Pagination : 41-63
ISBN : 978-2-7535-1259-7
ISSN : 1287-2431
Référence électronique
Pascale Quincy-Lefebvre, « Une professionnalité sociale dans le champ judiciaire : la place des
assistantes dans la justice des mineurs avant 1958 », Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » [En
ligne], 12 | 2010, mis en ligne le 30 novembre 2012, consulté le 01 mai 2019. URL : http://
journals.openedition.org/rhei/3185 ; DOI : 10.4000/rhei.3185
© PUR
Une professionnalité sociale dans le champ judiciaire : la place des assistan... 1
Pascale Quincy-Lefebvre
1 Chiens perdus sans collier (roman de Gilbert Cesbron publié en 1954 et porté à l’écran par le
réalisateur Jean Delannoy en 1955) figure en bonne place dans le panthéon des
professionnels de la protection de l’enfance et de la jeunesse en danger. Mettant en scène
une justice paternelle, personnalisée par le juge Lamy qu’interprète Jean Gabin à l’écran,
la fiction a fonctionné comme un lieu de mémoire pour des acteurs à la culture
professionnelle ancrée dans le moment 45 (juges des enfants et éducateurs en
particulier).
2 À l’époque, généreuse pour certains, l’œuvre est plus inquiétante quand elle aborde le
monde des « experts » ou des « techniciens » comme l’assistante de service social. Dans le
premier chapitre, Alain Robert, le petit pyromane, enfant de l’Assistance publique a sa
« maman papier » ou « son frère de papier », c'est-à-dire son dossier, « compagnon
inséparable »1, « plus précieux que lui-même »2. À côté du médecin, l’assistante est celle
qui, justement, est « en train de (le) foutre… en l’air » en notant toutes ses « bêtises » 3.
Quant à Marc, autre figure de « l’enfance inadaptée », il rencontre des « types en noir
avec leurs lunettes » et des « bonnes femmes avec leur sourire gris », des « gens qui
mangent à l’heure et remplissent des papiers »4. L’assistante sociale, grande figure d’une
spécialisation de la justice des mineurs durant l’entre-deux-guerres, a-t-elle alors perdu
la bataille des représentations de la réforme ? Notons seulement le contraste avec les
années trente.
qui est promu ; un modèle différent de celui de la loi de 1912 avec ses rapporteurs et
délégués bénévoles.
Les enquêtes réalisées concernent d’abord les mineurs de la « correction paternelle », les
mineurs en danger dans une procédure de déchéance paternelle, les délinquants de moins
de treize ans. C’est la connaissance de l’enfant par « l’influence du milieu » pour un
« traitement » plus adapté qui justifie « l’organisation » d’un service d’enquête.
Lorsqu’elle n’est pas seulement empirique, la quête de « vérité » reprend les
enseignements de la sociologie de terrain expérimentée par Le Play et ses disciples. Plus
original, les pionnières font référence à un cadre théorique venu d’Amérique : le casework
17
ou science des cas individuels. Plus conforme à l’air du temps, c’est aussi à travers la
psychiatrie infantile, science des troubles de la constitution et formidable usine à
classements, que la connaissance de la personne est appréhendée18. Des bases théoriques
sont citées mais en contrepoint des savoirs pratiques. Des connaissances en droit sont
également jugées indispensables ainsi qu’une bonne information des dispositifs d’aide
aux familles.
16 Au SSE, nouveau nom du SSEDM, les stagiaires sont encadrées par des diplômées d’une
école de service social. Des éléments d’une formation théorique sont apportés par le biais
de conférences (magistrats, médecins psychiatres, etc.). Les expériences étrangères sont
suivies de près. En particulier celles de Belgique, d'Allemagne, d'Autriche mais aussi des
États-Unis. Plus encore, le SSE met en place une véritable propédeutique de l’enquête
sociale de justice, fondatrice d’une pratique et d’une déontologie appelées à se diffuser
dans les autres services, à Paris mais aussi en province. Le modèle alors élaboré doit
aboutir à une enquête descriptive, mais aussi interprétative et analytique19. Le rapport
reprend des faits qui se veulent objectifs sur l’enfant, sa famille et des tiers éventuels. Les
auteur[e]s interprètent également une histoire familiale en prenant soin de ne pas
empiéter sur les territoires des « experts » (consultations médicales dans un premier
temps) devant lesquels elles sont susceptibles d’amener le mineur. Elles proposent enfin
une synthèse en vue d’éclairer le juge sur « la personnalité » du mineur et les capacités du
milieu.
17 A cette époque, l’enquête n’est pas posée comme la finalité du travail des services sociaux
auprès des tribunaux. Mais elle est décrite par les praticiennes comme la première étape
d’un travail éducatif sur le milieu. Le suivi – et donc le rôle éducatif du service auprès des
enfants de justice – est encouragé par des magistrats. Des éléments de spécialisation
professionnelle sont posés autour d’une figure émergente : « l’auxiliaire de service social
auprès des tribunaux ».
19 En fait, en 1923, le SSE est une exception qui n’a d’ailleurs pas les moyens financiers et
humains de ses ambitions. Pour la majorité des intervenants en service social,
l’autonomie d’une science du social est jugée hors de propos dans une « économie des
savoirs » dominée par le modèle médical ou la doctrine sociale, et dans un cadre judiciaire
qui se détache difficilement des logiques pénales. Il importe de faire reconnaître la
spécificité d’une pratique, l’exigence d’une compétence et la nécessité d’un statut. La
première conférence internationale de service social qui, en 1928, se tient à Paris, ne dit
pas autre chose. Les congressistes travaillent à unifier les techniques, c’est-à-dire
l’enquête, et dénoncent les périls d’une sur-valorisation des références théoriques. Il
importe de former des jeunes filles appelées à être des « mères sociales » et non des
femmes savantes21.
20 Dans le milieu plus général attaché à l'idée de service social, une préoccupation l’emporte
sur les autres : faire naître une profession. Le décret du 12 janvier 1932 est salué comme
une victoire. Il crée un brevet de capacité professionnelle d’assistant social. Des
insatisfactions persistent. Six ans plus tard, une fusion est imposée avec le diplôme
d’infirmière visiteuse, et le service social reçoit sa consécration par le truchement d’un
diplôme d’État. Dans les écoles, placées sous la tutelle exclusive du ministère de la santé
publique, mais en dehors de la légitimité universitaire, le cycle d’étude, alors porté à trois
ans, s’organise autour d’un triptyque appelé à durer : une première année médicale, une
deuxième année médicosociale, une troisième année sociale22. La décision de 1938
accentue la médicalisation du modèle français de formation. Peu d’assistantes sont
formées au service social dit « pur » vite marginalisé par opposition au service
médicosocial. Une tension pointe. Elle oppose celles qui ont la volonté de construire une
profession par regroupement des segments à d’autres, comme des figures des services
sociaux auprès des tribunaux, qui militent pour une distinction progressive du sanitaire
et un complément de formation pour la spécialisation qu’elles incarnent.
L’école est un gage commun de compétences. La formation débouche sur un diplôme
d'État d’assistant de service social. La spécialisation « judiciaire » s’acquiert sur le terrain,
dans les services. Au SSE, des circulaires ou des conférences prodiguent conseils et
méthode. Par exemple, à propos de l’enquête sur mandat judiciaire, dans l’une des
« causeries », Melle Ortlieb, une chef d’équipe, rappelle que l’assistante doit se préparer à
ne pas forcément être bien accueillie. Parfois confondu avec la fonction de l’assistante de
police, son rôle n’est pas toujours bien compris par des parents qui ont déjà été
« fatigués » par le passage des policiers. Les stagiaires sont averties :
« Ils [les parents] nous ont souvent dit combien ils trouvaient inhumain ce
dédoublement de l'assistante : à la fois amie de la famille et espion. Nous avons pu
constater maintes fois que, même si un entretien avec eux n'a pas été tout à fait
amical, ils ont tenu à nous raccompagner ostensiblement pour prouver à leur
voisinage que nous les estimons ».
Les stagiaires sont priées également de tenir compte de la nature du mandat du juge :
procédure initiée au civil, par la famille (correction paternelle) ou par les pouvoirs
publics au civil ou au pénal (déchéance, délinquance). Dans le premier cas, la formatrice
appelle les non-initiées à la prudence : la protection de l’enfance s’exerce dans un cadre
qui autorise le père à réclamer un appui à son autorité par une ordonnance du juge :
« Nous leur devons pour cette raison plus d'égards pour les objections qu'elles [les
familles] auraient à faire contre notre enquête chez les tiers. Nous devons les
ménager, d'autre part, parce que notre action est subordonnée à une bonne entente
avec elles. »23
21 La formation de l’assistante sociale auprès des tribunaux est syncrétique, pour partie
empirique et volontairement pragmatique. A l’échelle du territoire, le cadre de la
pratique n’est pas unifié. A l’époque, la diplômée travaille avec des non diplômées ; la
salariée avec des bénévoles. Parfois, elle œuvre dans un service spécialisé mais le plus
souvent, c’est une polyvalente au service d’une œuvre ou d’une administration. Sous la
tutelle de plusieurs autorités, exerçant des compétences dans des champs encore mal
balisés, l’assistante, une femme dans un monde très masculin, est avant tout une
« auxiliaire » et une « technicienne ». Parce que le service social ne s’est pas constitué en
discipline scientifique autonome, l’assistante ne peut être une « experte ». Dans le milieu
de la magistrature, l’auxiliaire est recherchée pour sa culture juridico-administrative et
pour le maternalisme social qu’elle incarne.
22 Ainsi, l’assistante apporte alors une technique et un savoir-être que l’on associe à un
milieu (plutôt bourgeois), à un genre (féminin), à une morale (confessionnelle ou laïque).
L’exemple du SSE, matrice du service social spécialisé auprès des TEA peut être à nouveau
cité. La technique n’exclut pas l’empirisme et la fonction de l’assistante sociale est
confondue avec sa personnalité. En 1941, Mademoiselle Baïla est l’auteure d’une
monographie professionnelle dans laquelle sont répertoriées les qualités demandées à la
postulante. Dans les aptitudes physiques, il est question d’un « estomac robuste pouvant
supporter les repas à heures très irrégulières ». Il est mentionné une « bonne acuité
olfactive » pour le « dépistage de la crasse » et de certaines maladies. Concernant les
aptitudes psychiques, la chef d’équipe du SSE valorise un « équilibre mental et nerveux
particulièrement bon », une « intelligence générale bonne », un « esprit de méthode », un
« jugement sûr et droit » et « une maturité d’esprit ». La praticienne est appelée à
s’acquitter de ses tâches « sans esprit de sacrifice, avec la joie normale de ceux qui
accomplissent avec entrain et conscience le travail qu’ils aiment ». Il n’empêche, ici
comme ailleurs, le célibat est encouragé et la personnalité fera la différence. Toujours
dans l’ordre du discours, dans ce même texte de 1941, la postulante se doit de posséder
une connaissance de l’homme, de l’enfant et de l’adolescent. Il lui faut, de plus, avoir
« confiance dans leurs possibilités » de réinsertion. La patience est une qualité, ainsi que
l’empathie. Dans un service qui célèbre la République solidaire, les assistantes sont
invitées à « savoir dégager la valeur humaine d’un être, en dehors ou en dépit des
conventions morales courantes »24. Les leçons de Mary E. Richmond ne sont donc pas
oubliées mais c’est l’idée de morale professionnelle qui domine et une plus grande
efficience du service qui est recherchée. La leçon est belle. La rappeler, c’est également
suggérer que le travail de terrain se dégage mal des représentations d’une classe et des
standards d’interprétation des déviances.
23 Le Service social de l’enfance en danger moral auprès du TEA de la Seine a une histoire
spécifique. Mais la dimension pionnière de l’œuvre et son rôle de modèle pour les services
qui se créent ensuite, initient une spécialisation qui, si elle n’est pas reconnue
officiellement dans le champ des formations, influence le juge lorsqu’il dispose d’un tel
outil. Parce que le service est organisé et spécialisé, qu’il délivre un savoir pratique et
accessible, il est un interlocuteur privilégié d’une justice dans l’embarras. L’expérience
est parisienne dans les années vingt et au début des années trente. Sous des formes
variées, elle gagne quelques grandes villes après 1935.
26 Des services d’enquêtes sont abrités par des patronages ou œuvres de protection de
l’enfance qui, tout en développant une action traditionnelle, suscitent ou accueillent de
nouvelles structures et pratiques. Des services sociaux non spécialisés sont également
créés dans le cadre des municipalités, des caisses d’allocations familiales (CAF) ou de
consultations médicales pour enfants déficients. Dans bien des cas, l’intervenante
appartient à la nébuleuse de l’action sanitaire et sociale. A côté des assistantes de service
social au diplôme très récent, le juge peut solliciter, par exemple, les visiteuses d’hygiène
sociale de l’Enfance. Selon Suzanne Cordelier, auteure d’une thèse de droit sur le service
social à la même époque, au 1er janvier 1937, leur population connaît alors un fort
développement. En France, elles sont 3073, soit presque autant que les infirmières
visiteuses d'hygiène sociale de la tuberculose (3186)31. A la même époque, dans une
enquête diligentée par le Comité national de l’enfance, le nombre de services dits
spécialisés, susceptibles de réaliser des enquêtes pour les juges, est évalué à 33, un chiffre
très optimiste32.
27 Ainsi sur un plan territorial, dans le champ judiciaire, il n’y a pas eu un mais des modèles
de diffusion d’une pratique spécialisée. L’initiative a pu être partagée entre des hommes
de loi, des responsables d’œuvres, un médecin, une assistante sociale, même si les milieux
sont étroits. Le rôle des individus est alors essentiel comme le démontrent la part prise
par Anne-Marie de la Morlais en Bretagne et le travail de fondation et de coordination
qu’elle entreprend pour doter les tribunaux de la région des quelques éléments d’un
service social auprès d’un tribunal33, ou bien l’activité de Marinette Heurtier à Saint
Etienne. La guerre crée un contexte qui pousse à l’innovation. Par exemple, à Clermont-
Ferrand, alors qu’une société de patronage voit le jour en 1935 et propose au tribunal les
services d’une assistante, c’est avec le repli en 1940 de l’Université strasbourgeoise et de
l’école d’assistantes sociales sur la capitale auvergnate qu’une plus grande spécialisation
du traitement judiciaire des mineurs peut être réellement envisagée34. L’organisation
d’un Service social près le tribunal est l’œuvre d’une jeune avocate, chargée de cours à la
Faculté de droit de Strasbourg, Melle de Lagrange. Financé par le Secours national, le
petit service fonctionne en lien direct avec la Consultation pour Enfants déficients animée
par le professeur Lagache, également replié et théoricien officiel de l’enfance inadaptée à
cette même époque.
La spécialisation progresse durant la seconde guerre mondiale. Grâce au travail du Comité
français de service social, une pratique autour de l’enfant en justice se dessine à partir de
l’axe Paris (SSE…) – Ouest (Mme de la Morlais)35. Ailleurs, l’enquête est subordonnée à une
activité dans le cadre d’une consultation médicale ou de services polyvalents.
Sous Vichy, un autre trait se précise. Le contexte de forte croissance de la délinquance
juvénile, la présence d’un régime qui fait de la jeunesse un des maillons de sa politique de
régénération de la nation, stimulent des énergies. Les assistantes sociales sont tout
particulièrement sollicitées et quelques figures se distinguent dans la réalisation de
« maisons d’accueil et d’observation ». L’idée n’est pas neuve comme le prouvent les
programmes de réforme discutés dans l’entre-deux-guerres au sein, par exemple, du
Conseil supérieur de l’enfance sous le Front populaire36. Elle surgit dans les années 1920 à
partir d’expériences, belges en particulier. En France, une des premières expériences de
centre d’observation a été initiée par des assistantes sociales à cette même époque.
L’exemple à citer est, une nouvelle fois, celui du SSDEM, qui, pour de jeunes enfants, a
ouvert le foyer de Soulins à Brunoy (Seine-et-Oise). Avant la fondation d’une section de
rééducation37, l’idée a été d’ouvrir « un centre d'observation pour anormaux atypiques »
pour associer, à une période « d'observation statique »38, une période d'observation
« dynamique ». Dans un cadre « protectionnel » et non pénal, celle-ci vise à découvrir « le
caractère, la nature intime et profonde de l'enfant, notant ses réactions vraies dans la vie
réelle »39 (mais protégée des influences jugées négatives du milieu social et familial). Le
séjour de l'enfant en section d'observation donne alors lieu à un rapport de synthèse et
débouche sur une proposition, avec comme principale alternative, le retour dans la
famille sous surveillance ou le placement dans une institution40.
Entre 1940 et 1944, une concrétisation des idées d’observation gagne de nouveaux publics.
Les réalisations privilégient un « accrochage des centres d’accueil aux services sociaux » 41
. Dans le contexte du premier Vichy, des associations ou personnes privées y sont
encouragées par le Secrétariat général à la Jeunesse. Puis le ministère de la Justice produit
la circulaire du 22 septembre 1942 appuyant le modèle puisque prescrivant, pour gérer les
futurs centres d’accueil, la création d’un service social près de chaque Cour d’appel, avec
section près de chaque tribunal. Un financement est évoqué, poussant ainsi des sociétés
de patronage, à l’exemple de la Société mâconnaise de sauvetage de l’enfance et
patronage des libérés en décembre 1942, à se transformer en service social 42.
Pour diriger les centres d’accueil, alors que le public est majoritairement masculin et
adolescent, des assistantes sociales s’appuient sur des « chefs rééducateurs ». L’initiative
est porteuse d’une professionnalité éducative distincte de celle de l’assistante mais
rouage d’un modèle sociojudiciaire sous la dépendance de la profession pionnière. Les
expériences sont lancées dans un contexte bien particulier et le manque de moyen est
criant. Des voix s’élèvent pour dire l’insuffisance professionnelle des cadres. A partir de
1944, les inspecteurs pour le ministère de la Justice les rejoignent.
28 En 1945, les assistantes sociales ont consolidé leur statut et sont organisées. La période de
Vichy a favorisé l’idéal corporatif et, depuis décembre 1944, l’ANAS (Association
Nationale des Assistantes Sociales) rencontre un vif succès (4 000 adhésions après un an
d’existence). Les services spécialisés auprès des tribunaux sont plus nombreux qu’avant
guerre mais loin de couvrir le territoire. Là où ils se trouvent, ils ont soutenu la mise en
place de centres d’accueil et d’observation. Ils sont disposés à être des rouages essentiels
de la transformation des pratiques judiciaires qui, dessinées sous Vichy dans
l’ordonnance de 1942, s’imposent après 1945. L’espoir est celle d’une justice des mineurs
prête à glisser du champ judiciaire vers le secteur médicosocial. Avec quels acteurs ?
légitimée qui redéfinit la place acquise par les assistantes sociales spécialisées. Dans le
champ socio-judiciaire, les questions posées concernent d’abord l’éducateur du centre de
triage ou d’observation ; plus secondairement le délégué permanent à la liberté
surveillée.
A la Libération, le statut des assistantes sociales s’est encore renforcé. La loi du 8 avril
1946 protège le titre d’assistante sociale : seules les diplômées d’État sont autorisées à
exercer. L’ANAS mise sur l’unité pour représenter une force. La création de la puissante
association professionnelle n’empêche pas d’autres ambitions de s’exprimer. L’une
concerne justement les services sociaux spécialisés. Dans un contexte de grandes
réformes, l’initiative est justifiée par la nécessité de peser sur les pouvoirs publics
(discussion sur la tarification des enquêtes prévues par la réforme). De fait, les objectifs
s’élargissent. Le désir de regrouper les services doit servir une spécialisation sociale
autour de l’enfant en justice. Il importe d’unifier des pratiques et d’influer sur
l’organisation du secteur de la protection de l’enfance en danger. Parti de Bretagne en
1945, le projet se nationalise en 1946 sous la forme d’un comité de liaison, rapidement
transformé en comité d’entente des services sociaux près les tribunaux (octobre 1946) 43.
Pour l’assemblée générale du 18 février 1947, la décision est prise de convier les chefs des
centres d’accueil. Il est prévu d’étudier la question de la formation du « rééducateur »
avec l’idée de l’organiser comme une spécialisation après un diplôme de base, d’assistant
social ou d’instituteur44. La réunion débouche sur la création d’une Fédération nationale
des services sociaux près des tribunaux pour enfants et adolescents. Des vœux sont
envoyés aux autorités concernées et aux écoles. Ils concernent un code qui unifierait la
législation, l’homogénéisation d’un service social pour l’enfance en danger et une
spécialisation dans les écoles. Sa présidence est confiée à un homme, le professeur Robert
Lafon, psychiatre et grande figure des ARSEA (Association régionale de sauvegarde de
l’enfance et de l’adolescence). La réunion a une conséquence paradoxale : celle d’avoir
inspiré la fondation de l’ANEJI ou Association nationale des éducateurs de jeunes
inadaptés.
29 En 1947, les directeurs des centres de triage jugent pesant le parrainage des assistantes
sociales. Leur modèle n’est pas de placer la profession d’éducateur sous la tutelle des
aînées (des femmes au salaire peu élevé car encore conçu comme supplétif d’une
vocation) mais d’ouvrir une voie nouvelle pour une professionnalité éducative encore
bien indéterminée45. A la place d’un simple regroupement des chefs des centres d’accueil
et d’observation dans le sillage des services sociaux spécialisés, les pionniers se
prononcent pour une union plus large : une association accueillant les éducateurs des
centres d’accueil et d’observation mais aussi ceux des établissements de rééducation, les
uns et les autres formant les « branches d’un même métier »46. La création de l’ANEJI est
une façon de dire la dissociation de deux professions, les éducateurs étant définis comme
ceux qui vivent avec les enfants et les assistantes sociales comme travaillant hors du
« centre » pour réaliser des enquêtes sur la famille et le milieu. Pour ce faire, l’association
reçoit l’appui des grandes administrations et du secteur privé, le principal employeur.
30 La sociologue Michèle Becquemin note avec justesse que, dès lors, « complémentaires et
concurrents, FNSS47 et ANEJI se partagent la légitimité établie sur des bases
professionnelles pour valoriser et défendre les conceptions et techniques d’un travail à
deux versants, éducatif et social ». Dans son étude consacrée au SSEDM, elle ajoute que les
étapes de l’officialisation de la profession d’éducateur seront dès lors « autant d’obstacles
à l’aboutissement de la légitimation des assistantes sociales spécialisées en protection de
l’assistante sociale doit produire sur les capacités du milieu. L’assise dans la procédure ne
doit pas cacher des failles. Tout au long de cette même période, elles sont exploitées par
l’Éducation surveillée pour appuyer d’autres professionnalités et pour pousser le milieu à
se réformer.
32 Les assistantes sociales spécialisées en protection de l’enfance sont pressées de redéfinir
leur rôle, de rationaliser l’organisation et le fonctionnement des services auprès des
tribunaux pour enfants. Après la guerre et dans les années cinquante, l’Éducation
surveillée aborde la question des services sociaux à travers trois questionnements
principaux : généralisation, coût et rationalisation des pratiques. La généralisation passe
par le développement de services spécialisés, principalement, dans le cadre de l’initiative
privée. La départementalisation en 1951 des TEA – et donc l’abandon de l’échelle trop
limitée de l’arrondissement – est justifiée par la volonté de doter ces juridictions des
rouages jugés indispensables à leur spécialisation : service social, service de délégués,
centre d’observation. En 1950, on compte 262 tribunaux pour enfants pour 58 services
sociaux spécialisés faisant travailler 233 assistantes sociales58. Après la réforme, la
généralisation de la spécialisation d’un service n’est pas acquise mais a progressé.
Lorsque localement, le service n’existe pas, le juge des enfants ou le juge d’instruction fait
appel à des assistantes mandatées, employées par des services municipaux,
départementaux, des organismes comme les CAF ou des œuvres privées, travaillant ou
non dans le champ de la protection de l’enfance et mises à disposition totalement ou
partiellement pour réaliser des enquêtes sociales de justice. En 1953 et 1954, la direction
de l’Éducation surveillée évalue à environ 6000 le nombre des enquêtes sociales
annuellement réalisées au pénal sur un total de 13 504 et 14 070 jugements. La pratique
s’oriente bien vers une pratique générale de l’enquête sociale lors du premier passage en
justice59.
33 Les autres chantiers de l’Éducation surveillée ont plus directement concerné la
réorganisation des services sociaux du TEA de la Seine. Après un premier travail de
sectorisation, le regroupement des branches « délinquantes » des services parisiens (SSE,
Sauvegarde de l’adolescence, Aide morale à la jeunesse) et un financement à l’acte sont
les solutions imposées aux œuvres parisiennes. Les tractations n’ont pas été simples car
c’est la logique de l’action sociojudiciaire à partir d’une représentation structurante, celle
de l’enfance en danger, qui est mise en cause sur le plan de l’organisation. Les services de
l’entre-deux-guerres se sont développés en ménageant une rencontre, pas toujours aisée,
entre vocation judiciaire et idéologie familiale. Elle s’est faite autour de la figure de
l’enfant en danger et s’est recomposée partiellement autour de l’enfant inadapté. Dans
l’une ou l’autre configuration, les services sociaux ont milité pour l’unité de l’enfance. La
volonté de l’Éducation surveillée de regrouper et donc d’isoler l’activité des
« délinquantes »60 à Paris a pu alors être vue comme l’échec d’une stratégie menant à
l’organisation d’un grand ministère de l’enfance qui se serait appuyé sur les œuvres
privées (via les ARSEA) et les médecins pour assurer l’unité de la protection des mineurs
en France.
34 En 1951, la fusion des branches pénales des services parisiens est réalisée sur un plan
administratif avec la constitution du Service social de sauvegarde de la jeunesse. Le
service regroupe 3 assistantes-chef, 24 assistantes, 1 secrétaire-comptable et 5
secrétaires. En moyenne, chaque assistante réalise 6 enquêtes par mois, un rendement
jugé insuffisant par l’Éducation surveillée61. Une étape plus décisive est franchie dans la
fusion en 1953 lorsque l’association est dotée d’un local spécifique. Sorties du moule des
origines, mieux intégrées dans un travail d’équipe autour du TEA, les « délinquantes » ont
pu faire évoluer la culture d’une profession. Des sources le suggèrent, une enquête serait
à faire. En 1958, elles réintègrent le giron de leur service initial.
35 Au début des années soixante, alors que l’ordonnance du 23 décembre 1958 sur la
protection judiciaire de l’enfance en danger modifie en profondeur la gestion des
irrégularités, au nom d’une plus grande normalisation des méthodes et pour consolider
son espace éducatif, l’Éducation surveillée, bientôt inscrite au plan sanitaire et social du
gouvernement, est invitée par le ministère de la Justice à ouvrir dans cinq départements
un service public dont le personnel serait entièrement consacré aux enquêtes sociales
judiciaires62. L’expérience n’est pas concluante. Le secteur associatif continue d’être
sollicité63. L’ordonnance de 1958 fait de la protection la voix privilégiée de l’action du juge
en direction des mineurs. Les services sociaux spécialisés accompagnent le travail
socioéducatif. Par ailleurs, d’autres enjeux focalisent désormais l’attention de
l’administration : le milieu ouvert, une opportunité pour des services socioéducatifs
comme le SSE, qui n’ont pas accepté d’être enfermés dans une technique : l’enquête.
36 Les assistant[e]s de service social ont été des acteurs de premier plan dans la naissance
d’une justice des mineurs spécialisée. Ce rôle a été acquis dans un Etat sanitaire et social
en expansion et alors que l’opinion se montrait sensible à la cause de l’enfance
malheureuse. L’assistante sociale impose sa "professionnalité" au travers d’une technique
en prise directe durant l’entre-deux-guerres avec un état des représentations qui voit
dans le mineur de justice, d’abord un produit des dysfonctionnements moraux, sociaux de
la famille ouvrière. L’utilité sociale des nouvelles actrices est saluée par le courant
réformateur de l’entre-deux-guerres. La progressive présence des professionnel[le]s
témoigne de l’intégration par le juridique des nouvelles sciences sociales. L’innovation est
réelle mais contrainte par une représentation des possibles pour une profession au
féminin. L’expérience des assistantes sociales spécialisées en protection de l’enfance dit
les tensions dans le construit d’une profession à une époque donnée.
37 La tension est d’abord celle d’une professionnalité sociale dans le judiciaire. L’hybridation
entre le judiciaire et le social est limitée avant 1945 dans une justice qui se détache
difficilement du modèle pénal. Selon les périodes, elle est contrainte par les
indéterminations ou rivalités entre appareils d’État Santé et Justice pour le contrôle de la
protection civile de l’enfance.
38 La tension est dans le regard porté sur la spécialisation de l’assistante en protection de
l’enfant en justice. Elle est interne au service social qui fait de l’intervention familiale et
des logiques d’assistance, l’épine dorsale de la profession d’assistante. Elle est dans le
secteur administré quand émergent de nouvelles professionnalités sociales et quand, face
au modèle associatif, un modèle public, après bien des crises, a les moyens de coordonner
l’action.
39 La tension est dans une profession au féminin dans un monde d’hommes. La tentation est
forte d’enfermer ces femmes dans la seule technique de l’enquête alors que leurs missions
se multiplient (nouvelles législations, nouveaux publics) et que les éducateurs des centres
d’accueil et d’observation se dégagent d’une tutelle et d’un modèle « genrés ».
40 De fait, après 1945, l’innovation autour de l’enfant en justice est davantage partagée. Les
nouvelles légitimités professionnelles se développent hors du contrôle et du cadre de la
profession pionnière de l’intervention sociale. Dans un cadre législatif qui ne réalise pas
l’unité de l’enfance en danger, ce choix est celui de l’Éducation surveillée. La référence est
NOTES
1. Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier, Paris, édition « Jai lu », 1954, p. 15.
2. Ibid., p. 14.
3. Ibid., p. 27.
4. Ibid., p. 84.
5. Pour un historique synthétique de la représentation du schéma général de la
professionnalisation du service social, Michel Chauvière, Le travail social dans l’action
publique, Paris, Dunod, 2004 : « La plupart des auteurs situent d’abord les résidences
sociales au tournant du siècle (1896-1903), travail de proximité avant l’heure, puis ils nous
exposent les principales branches du service social naissant : les infirmières visiteuses
dans le champ médico-social naissant (tuberculose), les surintendantes d’usine
(notamment durant la guerre 1914-1918) et le service social dans le secteur de la
protection de l’enfance, dont la fusion progressive donnera naissance à un véritable corps
professionnel féminin à de rares exceptions près ».
6. Extrait de l’intervention de Georges Bonjean à la 4 e section « questions relatives à
l’enfance et aux mineurs, Ve Congrès pénitentiaire, Melun, impr. adm., 1895, p. 31.
7. Pascale Quincy-Lefebvre, « À la recherche d’un nouveau paradigme de l’enquête
judiciaire. Magistrats et jeunes délinquants : les formes de l’expérience à la Belle
Époque », in Jean-Claude Farcy, Dominique Kalifa, Jean-Noël Luc (dir.), L’enquête judiciaire
en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 2007, p.195-208.
8. Article 4 de la loi du 22 juillet 1912 : « Il devra être procédé à une enquête sur la
situation matérielle et morale de la famille, sur le caractère et les antécédents de l’enfant,
sur les conditions dans lesquelles celui-ci a vécu et a été élevé, et sur les mesures propres
à assurer son amendement ».
20. Social diagnosis de Mary E.Richmond est publié en 1917 mais n’est pas traduit en
français. Seul son second ouvrage What is the social Case Work… (1922) est traduit en 1926
sous le titre Les méthodes nouvelles d’assistance.
21. Le casework ou l’aide psycho-sociale individualisée n’est inscrite officiellement dans
les programmes des écoles qu’à partir de 1962.
22. Roger-Henri Guerrand, Marie-Antoinette Rupp, op.cit., p.77.
23. A. Association Olga Spitzer, brochure, Melle Ortlieb, L'enquête chez les tiers, SSE, p. 3 à
5.
24. Colette Bonnot, op.cit., p. 87-88.
25. Ibid., p.115 et suivantes. Le service est une émanation du Comité d’étude et d’action
pour la diminution du crime et de son secrétaire général, le quaker Henri Van Etten, alors
délégué à la liberté surveillée. Mme Guichard de Clermont est la secrétaire générale de
cette œuvre nouvelle. La directrice est une assistante sociale : Mademoiselle Demoisy.
26. En 1932, dans 1281 affaires de mineurs jugées à Paris : 659 enquêtes sociales ont été
réalisées par le SA, 169 par le SSE, 170 par les Marraines sociales. Antoinette Perret,
L’enquête sociale loi 1912. Les services sociaux près le Tribunal pour Enfants de la Seine à Paris
entre les deux guerres, mémoire de maîtrise d’histoire, Paris 7, 1989, p.71. Les assistantes de
police interviennent plutôt dans un registre de prévention ou dans les affaires de
déchéance.
27. Ibid.
28. Sarah Fishman, La bataille de l’enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France
pendant la seconde guerre mondiale, trad., Rennes, PUR (1e édition en 2002), 2008, p. 116.
Quatre services sont cités.
29. Ibid.
30. Bruno Carlier, Sauvageons des villes, sauvageons aux champs. Les prises en charge des
enfants délinquants et abandonnés dans la Loire (1850-1950), Saint Etienne, Publications de
l’Université de Saint-Etienne, 2006, p. 321.
31. S. Cordelier, Service social féminin, Paris, Plon, 1938, p. 33.
32. Melle Gain, « Les activités sociales près des juges des enfants dans les départements
français », Revue médico-sociale et de protection de l’enfance, n° 5-6, Masson éditeur, Paris,
1939-1940, p. 336-342. Cité par Becquemin M., op.cit., p.148.
33. Mathias Gardet , Alain Vilbrod, L’éducation spécialisée en Bretagne 1944-1984. Les
coordinations bretonnes pour l’enfance et l’adolescence inadaptées, Rennes, PUR, 2007.
34. Dr Menut, « Association régionale de Clermont-Ferrand. La Consultation médico-
pédagogique », Sauvegarde, n° 7, janvier 1947, p. 3-7.
35. Samuel Boussion, Les éducateurs spécialisés et leur association professionnelle : l’ANEJI 1947
à 1967. Naissance et construction d’une profession sociale, thèse d’histoire, Université d’Angers,
2007, p. 53.
36. Archives du CAF (Centre du féminisme, Bibliothèque universitaire d’Angers), Fonds
Cécile Brunschvicg, 1AF 48. CSPE Commissions.
37. Evelyne Diébolt, A l’origine de l’association Olga Spitzer. La protection de l’enfance hier et
aujourd’hui (1923-1939), ministère de la Justice, 1993, p. 68 et suivantes.
38. Passant par l'organisation d'examens médicaux, la constitution de fiches
d'intelligence, de fiches psychologiques, la réalisation de tests de motricité...
Archives association Olga Spitzer, « Projet d'organisation psycho-physiologique d'un centre d'observation pour normaux
39.
atypiques ».
59. Statistiques présentes dans les Rapports annuels publiés par la direction de l’Education
surveillée. Le ratio a plutôt tendance à baisser après 1958.
60. Nom que se donnent les assistantes sociales du SSE appelées à travailler dans le cadre
de la Sauvegarde de la Jeunesse issue de la fusion d’une partie des activités du SSE et de la
Sauvegarde de l’Adolescence.
61. Rapport annuel publié par la direction de l’Éducation surveillée, 1951.
62. Ibid, 1960, p. 146.
63. En 1959, il y a quatre services sociaux d’enquêtes sociales dépendant du ministère de
la Justice et 70 services privés qui assurent des tâches d’enquête et des mesures
éducatives. M. Siguier, op.cit.
64. Michel Chauvière, Le travail social dans l’action publique, Paris, Dunod, 2004, p. 110-118
RÉSUMÉS
L’assistante sociale est une figure pionnière dans l’histoire du travail social en France. Entre
spécialisation et unité, une profession se construit durant l’entre-deux-guerres. Un premier
service social auprès du tribunal pour enfants et adolescents, celui de la Seine, est fondé en 1923.
L’initiative ne débouche pas sur la reconnaissance d’une « spécialisation judiciaire » mais
participe au développement de services spécialisés sur un secteur particulier : l’enfance en
danger. Quelle place pour les nouvelles professionnelles dans l’histoire de la justice des mineurs
entre 1923 et 1958 ? Quelles difficultés pour une « spécialisation judiciaire » dans l’histoire de la
profession ?
The social worker is a pioneering figure in the history of social work in France. The profession,
part specialisation and part unit, developed between the wars. The first juvenile court social
service was founded at Seine in 1923. The initiative did not result in a 'judicial speciality' being
recognised but contributed to the development of specialised services in a specific sector:
children at risk. What part did these new professionals play in the history of juvenile justice from
1923 to 1958? What challenges did a 'judicial speciality' face in the history of profession?
AUTEUR
PASCALE QUINCY-LEFEBVRE
Maître de conférences en histoire, CERHIO UMR 6258-Université d'Angers/PRES UNAM.