Histoire des musiques populaires actuelles
1. La naissance des musiques populaires au sens de popular music
L’idée de la musique populaire n’existait pas avant le 19ème siècle, de par la polyvalence des
compositeurs.
Or, les valses de Lanner et les Strauss ont pu ouvrir la porte à l’avènement de la musique
pop. Leur style couplait les danses et musiques traditionnelles de ce pays, et assumait le fait
d’être à but divertissant.
C’est ainsi que débutait « le culte de la musique légère » dont parle Raynor. Cette révolution
amena bon nombre de caractéristiques encore présentes dans la musique d’aujourd’hui.
Prenant place à Vienne, New York, Londres et Paris, elle créa un genre qu’on opposera aux
musiques savantes.
1.1. Vienne et la musique de danse
Dès la fin des années 1820, Vienne imposait déjà une musique de danse avec de
toutes nouvelles caractéristiques.
Leurs valses détenaient une grande force populaire, due à l’ouverture des bals au
public (Sperl Zum, Apollo). Les danses phares étaient la polka de Bohème, le quadrille et la
valse. La renommée des valses de Strauss et de Lanner était aussi due au spectacle vsiuel des
techniques des violonistes.
Cette musique a pour caractéristique la note viennoise : une sensible descendante en
IVème degré . La sixte et la septième trouvent aussi leur place, sans résolution, sur un accord
de tonique.
Les accentuations sont de deux types :
- La valse en UN deux Trois
- Le Ländler en un DEUX trois
Strauss Père vient, par son amour de la syncope, placer l’anticipation du deuxième
temps comme caractéristique de son style (rythme viennois). Cette nuance non notée
s’inscrit parmi d’autres, et vient donner un avant-goût du futur Groove.
1.2. New York et les blackface mistrels
À New York, les minstrel shows (1840-1850) ont doté les musiques populaires d’un
caractère percussif, d’un nouveau type de syncope et d’un modèle d’enchaînement
harmonique basé sur trois accords – des caractéristiques que l’on retrouvera, au XXesiècle,
dans un grand nombre de genres, du blues au punk.
L’origine de ces spectacles remonte à 1832, avec Thomas Rice interprétant le
personnage de Jim Crow en se maquillant en noir et en imitant la façon de parler et de
danser des Afro-américains.
La première troupe de minstrels (The Virginia Minstrels) naquit à New York en 1842,
composée de 4 chanteurs-instrumentistes (banjo, violon, castagnettes, tambourin).
L’année suivante, Edwin Christy codifia le genre :
La troupe s’assoit en demi-cercle, les joueurs aux extrêmes, les corner men, se nomment
Tambo and Bones. Ils détiennent le potentiel comique, et interagissent avec Mr Johnson, au
centre. S’alternent numéros parlés, dansés et chantés.
Le genre permit une grande diffusion internationale de la musique afro-américaine,
qui contribua ainsi à la Révolution de la musique pop.
Stephen Foster (1826-1864) reste le premier auteur-compositeur américain à succès.
Il contribua à la création d’une « musique nationale » pour les États-Unis.
Il utilise notamment le call and response, tel le gospel ou les work songs.
Les Minstrels furent les précurseurs du procédé du riff. On y retrouve d’autres
caractéristiques de la musique noire, tel le pentatonisme.
Certains musiciens noirs ont aussi été associés à ce genre, comme James Bland, le
premier auteur-compositeur afro-américain à succès.
Le blackface minstrel show tombera en désuétude à la fin du siècle. Il aura doté la
musqiue pop. de son caractère percussif, et devient précurseur par son principe du Rock n’
Roll. Viendra l’avènement du Vaudeville, qui s’ouvre aux autres ethnies immigrantes.
1.3. Londres et le music-hall
Londres et le music-hall donnèrent naissance à une industrie de la musique pop
(1850-1910). Y était populaire un format d’une petite dizaine de numéros mêlant tous
spectacles vivants, tels les taproom concerts, des concerts de taverne.
Ce succès amena les gens à s’y spécialiser, en ouvrant des music-halls. Le premier
music-hall est le Canterbury Hall, (1852) : suivèrent le Surrey Music Hall (1856), le Weston’s
Music Hall (1857), l’Oxford Music Hall (1861).
Le succès amena une course au music-hall / au profit, et inspirera le Vaudeville. Un
réseau de professionnels de tous genres se créa.
Le Copyright Act de 1842 permit la professionnalisation de l’écriture. Un univers de
différents types de chansons s’installait (chanson de dandy, chanson de camelot, coster
songs)
Un star system mit en scène des vedettes féminines (Lottie Collins, Marie Lloyd)et
masculines, les « lions comiques » (Arthur Lloyd, Gilbert Hastings MacDermott, Alfred Vance
ou George Leyborne), célébrant l’oisiveté, les femmes et l’alcool.
Le maniement du sous-entendu permit un lien plus resserré avec le public, jouant
dans leur popularité, et leur évitait la censure. La chanson grivoise est caractéristique du
Music-Hall.
Marie Lloyd, la Reine du music-hall, maniait le sous-entendu sur le plan physique aussi.
Cf. When I Take my Morning Promenade
Selon Jacqueline Bratton, c’est ce qui différencie la chanson de rue, explicite, et la
chanson de music-hall.
Tout cela poussait les music-hall à chercher le scandale, qui renflouait les caisses.
On retrouve dans ce mouvement certaines caractéristiques musicales léguées, tel le
Refrain/Chorus. Il se distingua du couplet pour la première fois à cette époque Victorienne.
La musique savante tend à vouloir la contemplation du public. La musique pop. Se
différencie ainsi par sa pratique du choeur sur le refrain, faisant chanter le public.
1.4. Paris et le cabaret
Les cabarets montmartrois mettaient en scène des textes engagés, précurseurs des
protest songs et de la chanson réaliste.
Le premier café-concert parisien, le Café des aveugles, ouvre dans le sous-sol d’une
galerie du Palais Royal en 1731. Tel les taproom concerts, quelques cinq spectacles y étaient
mis en scène.
La tradition nationale de chansons contestataires se montra particulièrement
critiques vis-à-vis des autorités.
L’instabilité du pouvoir politique interdit une grande majorité de concerts. En 1860,
Napoléon ouvrira de nombreux cafés-concerts. On retient les Ambassadeurs (1840) ;
l’Eldorado (1858) ; l’Alcazar et l’Alcazar d’été (1860).
Les vedettes étaient Thérésa, Ouvrard et Paulus. Leur répertoire se partage entre
chansons d’amour, chansons grivoises et chansons humoristiques.
En 1880, le café-concert ouvre la voie aux cabarets montmartrois : élitisme et
rebéllion, artistes, peintres et écrivains, satire sociale y cohabitent.
Le premier et le plus important des cabarets artistiques est le Chat Noir (1881).
Aristide Bruant (1851-1925) y bâtit sa réputation. Il parlait souvent des révoltés et des
déshérités, à travers ses « chansons des barrières », des points de passage ou étaient taxés
les marchandises. Y vivait la classe ouvrière parisienne ; découvrant ce monde, Bruant fut
choqué par l’argot, puis attiré.
Ses chansons prennent un air stoïque et choquant, bien que transpirant l’indignation.
Il créa ainsi la chanson réaliste, un héritage légué à la musique populaire.
Les cabarets montmartrois montrèrent aussi une volonté poétique des textes, léguée
à certains futurs musiciens populaires.