CHAPITRE I: CADRE THÉORIQUE ET CONCEPTUEL
1.1 Définitions conceptuelles
Avant d’analyser l’impact des politiques fiscales sur la rentabilité et la
performance financière des entreprises, il est essentiel de clarifier les
principaux concepts autour desquels s’articule ce mémoire. Ces concepts
sont au cœur de la problématique posée et permettent d’en cerner les
contours analytiques.
1.1.1. Politique fiscale
La politique fiscale regroupe l’ensemble des mesures prises par un État en
matière de fiscalité. Elle vise à définir les règles relatives à la perception des
impôts, à la structure du système fiscal, à la redistribution des richesses et à
l’orientation des comportements économiques. Une politique fiscale peut être
expansive (réduction des impôts pour stimuler l’économie) ou restrictive
(augmentation des impôts pour réduire les déficits publics).
1.1.2.Rentabilité
La rentabilité d’une entreprise désigne sa capacité à générer un bénéfice à
partir des ressources mises en œuvre. Elle peut être mesurée par différents
indicateurs tels que le taux de marge, le résultat net ou encore le retour sur
investissement (ROI). La rentabilité est un indicateur clé pour les
investisseurs et les dirigeants, car elle détermine la viabilité économique de
l’entreprise.
1.1.3 Performance financière
La performance financière va au-delà de la rentabilité en intégrant des
notions telles que la solvabilité, la liquidité, la productivité du capital et la
croissance des actifs. Elle permet de juger de la situation globale de
l’entreprise sur le plan financier à court, moyen et long terme.
1.2 Fondements théoriques de la fiscalité
L’analyse de l’impact des politiques fiscales repose sur plusieurs approches
théoriques issues de l’économie publique, de la comptabilité et de la gestion
financière.
1.2.1 Théorie de l’incidence fiscale
Cette théorie cherche à déterminer qui supporte réellement le poids de
l’impôt, indépendamment de celui qui en est le redevable légal. En d’autres
termes, elle distingue entre l’incidence légale (celui qui verse l’impôt à l’État)
et l’incidence économique (celui qui en supporte le coût réel). Dans le cas
des entreprises, les impôts peuvent être partiellement répercutés sur les
consommateurs via les prix, ou sur les salariés via les salaires.
1.2.2 Théorie de la fiscalité optimale
Elle vise à concevoir un système fiscal qui maximise le bien-être social tout
en minimisant les distorsions économiques. Elle recommande généralement
une imposition faible des facteurs mobiles (comme le capital) et une taxation
plus élevée des bases moins sensibles (comme la consommation).
1.2.3 Théorie de la neutralité fiscale
Cette théorie postule que l’impôt ne doit pas influencer les décisions
économiques des agents. Autrement dit, un bon système fiscal est celui qui
reste neutre vis-à-vis des choix d’investissement, de consommation et de
production. En pratique, cet idéal est difficile à atteindre, car tout impôt
entraîne des effets économiques.
1.3 Revue de la littérature
La question de l’impact de la fiscalité sur la rentabilité des entreprises a fait
l’objet de nombreuses recherches à travers le monde. Cette section propose
une synthèse des principales conclusions issues de la littérature scientifique.
1.3.1 Études internationales
Plusieurs études ont démontré que des niveaux élevés de fiscalité peuvent
affecter négativement la rentabilité des entreprises. Par exemple, selon
Djankov et al. (2010), une charge fiscale élevée réduit significativement les
marges bénéficiaires des entreprises dans les pays en développement.
D’autres chercheurs, comme Devereux et Griffith (2003), montrent que les
entreprises multinationales choisissent leur implantation en fonction de la
fiscalité applicable, ce qui influe directement sur la localisation des
investissements.
1.3.2 Études africaines
En Afrique subsaharienne, l’étude de Fambon (2006) au Cameroun révèle
que la fiscalité constitue l’un des principaux obstacles au développement des
PME. Au Sénégal, Mbaye (2017) a montré que les entreprises informelles
s’abstiennent de se formaliser principalement à cause de la lourdeur des
charges fiscales.
1.3.3 Études en RDC
La littérature spécifique à la RDC est encore limitée, mais certaines
recherches universitaires indiquent que la fiscalité congolaise est perçue
comme instable, imprévisible et souvent inéquitable. D’après une étude
menée par la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), les entreprises
locales considèrent la pression fiscale comme un frein majeur à leur
développement.
1.4 Cadre conceptuel de l’étude
Le cadre conceptuel permet de visualiser les relations entre les variables clés
du mémoire. Il repose sur trois blocs principaux :
Variables indépendantes : politiques fiscales (niveaux de taxation,
exonérations, stabilité fiscale) ;
Variables intermédiaires : perception des entreprises, stratégie
d’adaptation, environnement économique ;
Variables dépendantes : rentabilité, performance financière.
CHAPITRE II : ANALYSE DU CADRE FISCAL APPLICABLE AUX
ENTREPRISES
2.1 Présentation générale du système fiscal
Le système fiscal désigne l’ensemble des règles juridiques, économiques et
administratives qui régissent la perception des impôts et taxes au sein d’un
pays. Il s’appuie sur deux catégories principales de prélèvements :
Les impôts directs (IS, IR, etc.) ;
Les impôts indirects (TVA, droits de douane, accises, etc.).
En RDC, le système fiscal est caractérisé par une grande diversité d’impôts et
taxes, tant au niveau national que provincial. Il comprend notamment :
L’impôt sur les bénéfices et profits (IBP) ;
La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à 16 % ;
La patente, la taxe sur la publicité, la taxe de voirie, etc. ;
Les cotisations sociales obligatoires ;
Les taxes parafiscales imposées par certaines régies ou entités
décentralisées.
2.2 Typologie des impôts applicables aux entreprises
Les entreprises en RDC sont assujetties à divers types de prélèvements
fiscaux. On peut les regrouper en quatre grandes catégories :
2.2.1 Impôts sur les résultats
Ce sont les impôts calculés sur la base du bénéfice réalisé par l’entreprise.
L’impôt sur les bénéfices et profits (IBP) s’applique à un taux de 30 % pour
les personnes morales.
2.2.2 Taxes sur la consommation
La TVA est la principale taxe sur la consommation. Elle est perçue à un taux
standard de 16 % sur la vente de biens et services.
2.2.3 Taxes sur le chiffre d’affaires
Certaines entreprises, notamment celles non soumises à la TVA, paient une
taxe sur leur chiffre d’affaires (TCA) selon des taux variables.
2.2.4 Taxes locales et parafiscales
Les entreprises doivent également s’acquitter de diverses redevances locales
: taxes de voirie, taxes publicitaires, taxes sur les enseignes, contributions
spéciales, etc. Ces taxes, parfois perçues de manière arbitraire, alourdissent
le coût d’exploitation.
2.3 Cadre juridique et institutions fiscales
La gestion de la fiscalité en RDC est assurée par plusieurs institutions :
La Direction Générale des Impôts (DGI) pour les impôts directs ;
La Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) pour les droits
de douane ;
La Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires,
Domaniales et de Participation (DGRAD) pour les recettes non fiscales ;
Les régies financières provinciales pour la fiscalité locale.
Le cadre légal est défini principalement par le Code général des impôts, le
Code des douanes, la loi de finances et les ordonnances fiscales spécifiques.
2.4 Problèmes structurels du système fiscal congolais
Le système fiscal congolais est confronté à plusieurs défis structurels :
Une instabilité réglementaire : les lois fiscales sont fréquemment
modifiées, ce qui nuit à la prévisibilité ;
Une complexité excessive : le nombre élevé de taxes et la multiplicité
des régies rendent le système difficile à comprendre pour les
entreprises ;
Une pression fiscale globale élevée : les charges cumulées atteignent
des niveaux dissuasifs ;
Une faible culture fiscale : les entreprises, surtout les PME, ont souvent
une connaissance limitée de leurs obligations ;
Des pratiques de corruption et d’extorsion au sein de certaines
administrations fiscales.
2.5 Réformes fiscales récentes en RDC
Au cours des dernières années, plusieurs réformes fiscales ont été initiées
pour améliorer le rendement du système et réduire sa complexité. Parmi
celles-ci :
L’introduction d’un système de télédéclaration fiscale (E-TAX) ;
La modernisation de la TVA et la digitalisation des recettes ;
La réforme du Code des impôts et l’adoption d’une stratégie de
mobilisation des recettes intérieures.
Cependant, malgré ces efforts, la perception des entreprises reste souvent
négative, en raison des lenteurs administratives, du manque de concertation
avec le secteur privé et de l’incohérence entre les réformes annoncées et
leur mise en œuvre effective.
2.6 Conséquences de la fiscalité sur les entreprises
Les effets de la fiscalité sur les entreprises congolaises sont multiples :
Diminution des marges bénéficiaires et rentabilité affaiblie ;
Retard ou annulation de projets d’investissement ;
Tendance à la sous-déclaration ou à l’évasion fiscale ;
Développement du secteur informel ;
Délocalisation ou désengagement de certains investisseurs étrangers.